Le Canada-français /, 1 juin 1934, La sentinelle de l'Occident
Histoire LA SENTINELLE DE (Suite) III.— La sentinelle prête à servir On a donc voulu, en droit ou en fait, la mort de la Hongrie : elle a quand même employé ces dix dernières années à montrer qu’elle veut vivre malgré tout.Le sursaut national a été admirable.Elle a tenté de crier au monde tous les services qu’elle a rendus et qu’elle peut rendre encore à la civilisation occidentale.A étudier la Hongrie actuelle, malgré son morcellement, on constate qu’elle a en elle-même de magnifiques possibilités d’avenir.Elle devra reprendre sa faction un jour ou l’autre, aux avant-postes des pays latins.D’abord, sa constitution politique l’y prépare plus que jamais.Elle est bien spécifiquement hongroise.Le concept fondamental de son droit public en est un que nous ne trouvons nulle part ailleurs, si ce n’est dans l’Église : l’origine divine du pouvoir.Un autre principe est aussi considéré comme essentiel en Hongrie : le pouvoir réside dans l’union indissoluble de la Sainte Couronne et du peuple.La Sainte Couronne, c’est celle qui fut donnée par le Pape Sylvestre II au roi saint Étienne, en l’an 1000.Elle a été le trait d’union de tous les Magyars depuis lors.Elle est toujours, nous l’avons vu, le symbole impérissable du pouvoir suprême.Un roi n’est roi que s’il porte la Sainte Couronne et le peuple ne reconnaît d’ordres que s’ils lui viennent d’elle par celui qui la porte.Et de tout temps les lois ont été établies au nom de la Sainte Couronne.A plus forte raison de nos jours où il n’v a qu’un régent.La Couronne est, de plus, le lien que les premiers rois ont voulu établir avec l’Occident et surtout avec le catholicisme.Elle dit au peuple hongrois que son roi lui commande à cause de la délégation que Dieu lui a donnée par son Pontife.^90436 LA SENTINELLE DE L’OCCIDENT 947 Conception historique et idéaliste, qui fleure agréablement les siècles de foi et de logique chrétienne.Mais, surtout, elle évoque un pouvoir solide et stable, plus stable que les gouvernements modernes, républicains, démagogiques, révolutionnaires ou fascistes.En fait, la Sainte Couronne a suffi à maintenir debout le royaume hongrois pendant mille ans.Aucun autre régime présent ne peut se vanter d’une aussi longue existence.La nation est complétée par l’union de la Sainte Couronne avec le peuple.Le contact est direct entre les deux.La féodalité n’a presque pas existé en Hongrie, au sens où l’entendit l’Occident.Il y eut bien une noblesse et des Ordres, mais ce n’était qu’un classement social, et non pas une hiérarchie de droits devant le pouvoir.Tous les sujets sont égaux devant la Sainte Couronne.Les réformes de saint Ladislas et de Louis le Grand portèrent dans ce sens.La Hongrie ne vit presque jamais de ces classes hermétiquement fermées que tous les autres pays ont connues.Et le peuple y eut sa Grande Charte — la Bulle d’or — seize ans seulement après le peuple anglais.La démocratie moderne pourrait même aller chercher des leçons d’égalité dans l’histoire hongroise.Le peuple eut presque toujours un Parlement (la Diète) pour le représenter près du roi.Les nobles y formaient une Chambre distincte en tant que représentants des comitats (comtés) dont ils possédaient la grande majorité du territoire.De nos jours, pour s’adapter au parlementarisme moderne, la Chambre des nobles est devenue la Chambre Haute et les députés du peuple, la Chambre Basse.La différence est que la Chambre Haute est élue parmi un nombre de personnages à titres spéciaux, grands propriétaires, dignitaires de l’Église, universitaires, etc.La Chambre Basse est élue par le suffrage populaire.Pour en arriver à cette forme, la constitution hongroise a subi l’évolution nécessaire et l’expérience des siècles.Sa plus grande preuve de stabilité lui vient des luttes que les Hongrois ont dû supporter pour la garder dans ses principes fondamentaux.La lutte^ la plus longue fut soutenue contre les souverains de Vienne.Après la réunion de l’Autriche et de la Hongrie sous le même Souverain, les empereurs essayèrent d’unifier les deux pays par la centralisation des pouvoirs ; ils voulurent leur donner une même constitution. 948 LE CANADA FRANÇAIS Durant les deux derniers siècles, les Hongrois s’y refusèrent opiniâtrement.Les efforts qu’ils ont tentés pour sauvegarder l’intégrité historique de leur constitution a créé chez eux un attachement irréductible à l’ordre établi.Cet attachement devient un élément de stabilité pour la nation et pour l’Europe.On ne fournit pas à déplorer ici ou là, de nos jours, les effondrements sociaux dus aux excès de la démocratie, ou à la perte du sens de l’ordre.Ailleurs, on a été forcé de s’arrêter sur la voie de la démocratie et de chercher son salut dans la dictature.La Hongrie n’a pas ce besoin.Si l’on veut, en Europe Centrale, établir un rempart solide contre les débordements démagogiques, ce peuple est tout prêt à offrir son concours : il n’y a qu’à l’appeler au poste.Et qui nous dit qu’il ne devra pas supporter, un de ces jours prochains, le choc du péril russe ?Le bolchévisme a essayé de pénétrer en Hongrie, en 1918 ; mais la Hongrie a rejeté très vite le venin mortel.Il faudrait que l’Occident utilisât l’horreur qu’a ce pays du bolchévisme.Ce rocher magyar restera inattaquable à cause de sa constitution et de ses tendances ethniques.Les idées de désordre pourraient encore se briser sur ce rempart, pourvu toutefois qu’on lui fournisse les moyens de durer.“ Face au front révolutionnaire ! ” répètent les Hongrois.Ils savent par expérience qu’ils sont le premier des peuples “ bourgeois ” que la Ille Internationale vise à détruire.Ils se savent menacés immédiatement parce que voisins immédiats du monstre.Comment veut-on qu’ils résistent aux avant-postes s’ils y sont toujours implacablement isolés ?A la vérité, l’égoïsme qui préside aux relations internationales modernes, fait commettre des imprudences qui compromettent gravement le salut de l’Occident.L’Europe Centrale offre un autre danger pour les pays latins : le pangermanisme renaissant.Les Allemands préconisent la réunion de l’Autriche à l’Allemagne, sous prétexte d’unité de langue et d’intérêts.Pour la même raison la Tchéco-Slovaquie devrait adhérer à cette union.Ainsi, les peuples de langue allemande groupés d’un côté, et les slaves de l’autre, la menace serait plus grave que jamais pour les nations d'Occident.Ces nations ne sauraient plus guère compter sur leur sentinelle millénaire, après l’avoir désarmée.Pourtant elle pourrait encore servir, elle le veut toujours.Parmi toutes les races si diverses de l’Europe LA SENTINELLE DE L’OCCIDENT 949 Centrale, elle est la plus occidentale, la plus latine, par sa culture, par ses relations intellectuelles et surtout par son catholicisme.Plus forte, elle pourrait être un élément d’équilibre dans le bassin danubien et faire échec assez efficacement à la germanisation comme à la slavisation.La mission historique ne ferait que continuer.La sentinelle d’Occident a d’autres possibilités que sa constitution stable et sa formation latine.Elle a, malgré son affaiblissement, des ressources matérielles qui la feraient résister au choc des idées subversives, pour peu qu’on lui aide.Quand la Hongrie a été en paix, elle a démontré qu’elle pouvait mettre un territoire en valeur.Ainsi, au XIXe siècle, elle a consolidé sa position nationale, moins par la force de ses armes que par la mise en valeur de son sol.Cette politique était moins menaçante pour la sécurité de l’Europe que les armements de tous les pays à la même époque.La civilisation devrait lui être reconnaissante du magnifique exemple qu’elle a donné et continue à donner sur ce point.On reste vraiment étonné de voir les immenses travaux exécutés, même depuis la guerre : routes construites, terrains reboisés, marécages assainis, villages créés de toutes pièces dans la grande plaine, etc.Par là, le peuple hongrois s’est montré un peuple terrien qui appuie sa vie nationale sur les travaux de paix plutôt que sur la guerre, sur l’agriculture plutôt que sur l’industrie.La “ surindustrialisation ”, cause de tant de troubles sociaux dans les autres pays, a été, en somme, inconnue en Hongrie.On a donc grande chance que ce pays donne un bel exemple de stabilisation à notre époque de crise.Il faudrait aussi dire la forte organisation des villages et des villes de Hongrie, l’attachement profond du Hongrois pour sa terre, la vie municipale encore très puissante et à tendance presque patriarcale, à la campagne.A visiter les villages, on a l’impression d’une tranquillité sûre d’elle-même.Chez les paysans, il paraît que les idées socialistes n’ont jamais fait un pouce de progrès.Ils savent ce que vaut leur vie laborieuse.Les belles paroles marxistes n’ont jamais pu la leur faire estimer à un autre prix.Voilà donc une possibilité morale que la Hongrie met au service de l’Occident.L’effort intellectuel en est une autre.Il est intense.On pourra voir ailleurs (1) ce que font les (1) Cf.VEnseignement Secondaire, mars 1934.3 950 LE CANADA FRANÇAIS Hongrois pour l’instruction publique.Leur littérature est avant tout pénétrée de cet idéalisme pratique qui en fait une héritière directe de l’humanisme latin, par l’élan et la mesure.Et depuis qu’elle doit réclamer ses droits, la Hongrie parle directement au monde sans autre préparation que sa culture.Du reste, l’idéalisme avait pénétré sa vie intime, bien avant l’existence de sa littérature.Le Hongrois a le culte des idées et des arts qui les expriment.Sa capitale, par exemple, est déjà une sorte d’exposition nationale, surtout de l’architecture, styles renaissance et gothique, avec une pointe d’orientalisme.Il n’est que de voir le Parlement ou les Palais Royaux pour en juger.Le coup d’œil sur Buda et Pest, situées chacune sur sa rive du Danube, est unique au monde.C’est un panorama urbain qui dépasse même celui de Paris ou de Vienne par l’ensemble du spectacle, la largeur de la vue et la variété des détails.La province a de ces vieilles petites villes qui essaient de se rajeunir mais gardent, avec des rides, les traces d’un passé solide, sur lequel on peut s’appuyer.Les villages sont souvent isolés ; ce ne sont parfois que des groupes de quelques maisons.Le Hongrois y a appris depuis longtemps à ne pas trop compter sur les autres pour se défendre.Cet isolement a favorisé le développement d’une vie municipale à laquelle tout le monde doit s’intéresser.Le peuple est à l’image de ses villes et de ses villages.Il est sûr de son histoire glorieuse ; les faits du passé nourrissent son patriotisme profond.Mais il sait rêver d’un avenir qu’il bâtira et défendra par un labeur obscur.Il y ajoutera même la décoration des arts, ces sourires de la vie nationale, aussi utiles que les actes pour soutenir l’idéalisme et pour lutter contre le matérialisme ou l’utilitarisme moderne.Les arts, la Hongrie les cultive intensément malgré ses malheurs.On a même pu résumer Fame hongroise dans son goût pour la musique, symbole de tous ses désirs et de tous ses espoirs symphonisés dans son amour du pays, pour le son des cloches, qui lui chantent son passé et ses obligations catholiques, pour le chant de l’allouette, qui lui annonce l’aube des renaissances nationales, pour les mots de commandements, qui créent l’unité dans la nation quand ils lui viennent de la Sainte Couronne, pour l’appel du clairon, dont les sonneries l’ont conduite si souvent à la vie ou à la LA SENTINELLE DE L’OCCIDENT 951 mort, à la défense de la patrie, pour les vêtements somptueux, caractéristique des désirs simples de ce peuple qui ne veut que vivre en Magyar et en chrétien, laborieusement, mais noblement drapé dans ses mérites et dans son honneur.Mais la plus grande possibilité de la Hongrie est son catholicisme.Je ne saurais trop le répéter : la Hongrie est un pays officiellement catholique.Il est le seul à avoir une constitution à base purement chrétienne.Cette constitution a été élaborée dans la ferveur de la conversion de ses premiers rois, éprouvée au cours des siècles intensément chrétiens comme tous les pays en ont connu au moyen âge, stabilisée enfin avec le désir prédominant de servir le catholicisme avant tout.L’attachement à une telle constitution offre des garanties de mille ans au catholicisme de la nation.Les signes d’attachement à la foi se sont multipliés dans la vie officielle de la nation.Sans préjudice de la liberté des cultes, autre principe de la constitution, les droits religieux du catholicisme sont reconnus le plus complètement possible par les lois.Le seul fait de voter les lois au nom de la Sainte Couronne souligne l’origine divine du pouvoir et indique le sens chrétien donné à la législation.Le rang officiel donné au catholicisme se voit aussi par le protocole.Le Primat de Hongrie passe immédiatement après le roi ou le régent.Les évêques sont, de droit, membres de la Chambre Haute ; les clercs sont exemptés du service militaire, leurs biens exempts d’impôts, etc.En résumé, il est possible de caractériser en trois propositions la condition de catholicisme en Hongrie : 1° Dans aucun pays de l’Europe, l’Eglise Catholique ne jouit à l’heure présente d’une considération aussi grande, ni d’une liberté d’action aussi étendue qu’en Hongrie ; 2° Dans aucun pays, les diverses confessions religieuses ne peuvent semer aussi largement le bon grain de l’enseignement, qui permet d’espérer de brillantes moissons ; 3° Dans aucun pays, les signes de renaissance catholique ne sont aussi nombreux ni aussi sensibles, dans le clergé, dans les Ordres religieux, dans les hautes sphères intellectuelles, et plus encore dans la jeunesse (1).Détail plus spécial sur les sentiments officiels de l’État vis-à-vis de l’Église : il la subventionne largement.Il a (1) R P.Pierre Delattre, S.J.Les Luttes présentes du Catholicisme en Europe Centrale, page 173. 952 LE CANADA FRANÇAIS même pris à son compte une large part du traitement des curés.Mais cette religion favorisée officiellement a-t-elle une influence réelle sur la vie publique et privée ?On a toujours reconnu le peuple hongrois pour un des plus religieux.Son attachement au catholicisme ne fut pas qu’une attitude : il a correspondu à une conviction intime que la religion de Rome favorise sa vie nationale.Et l’histoire le lui a prouvé amplement.Aussi lui a-t-il fait une large part dans la vie publique.Ses chefs ont été, et sont plus que jamais, des pratiquants convaincus.Le gouvernement “ pratique ” vraiment.Pas une fête nationale qui ne soit d’abord une fête religieuse.Les hommes publics n’y paradent pas seulement mais y prennent part, ce qui est très différent.Les gouvernants mettent de même la religion dans leur vie publique comme dans leur vie privée.N’a-t-on pas vu, il y a quelque temps, les députés catholiques faire la retraite fermée, en groupe ?C’est au sortir de cette retraite que l’un d’eux reçut le ministère de la Justice.Il y a à peine un an, mourait un Hongrois qui fut le type achevé de l’homme d’état catholique, le comte Apponyi.Plusieurs de nos revues ont dit son catholicisme vivant et sa vie religieuse parvenue à un des hauts degrés de l’ascétisme chrétien.Le catholicisme de leurs hommes publics, voilà de quoi les Hongrois se vantent le plus volontiers.Une autre manifestation de l’influence du Catholicisme en Hongrie est l’orientation des lois sociales.La Hongrie ne fut pas la dernière à recevoir les directives sociales des Papes.Elle fut peut-être la première à les faire passer dans ses lois.Ce fut même ce qui la guérit du joséphisme autrichien et d’un commencement de libéralisme.Cette erreur avait déjà pénétré dans le gouvernement et dans le clergé, avant la guerre.Depuis la guerre surtout, les œuvres sociales, soutenues conjointement par l’état et par l’Église, se sont développées merveilleusement pour aider au relèvement national.Le catholicisme, qui avait tendance à devenir une parure du royaume, est devenu un ferment de vie sociale en descendant davantage vers les classes inférieures.Cependant, la Hongrie n’est pas allée jusqu’à fonder un parti socialiste chrétien, comme l’Autriche.Les associations catholiques solidement organisées suffisent à influencer LA SENTINELLE DE L’OCCIDENT 953 et à éclairer le gouvernement, par exemple, dans l’enseignement public.Cet enseignement est un enseignement d’état, mais d état catholique, ne l’oublions pas.D’ailleurs, l’apparence d’étatisme cache une réalité très peu dangereuse.Avant la guerre, le danger était plus grand, étant donné les tendances centralisatrices de Vienne.Mais depuis, le gouvernement favorise de toute ses forces les écoles confessionnelles.Il se rend parfaitement compte du rôle qu’il doit remplir dans ce domaine.“ L’école, a dit récemment le ministre de l’Instruction publique, est d’abord l’affaire des parents, puis des communautés confessionnelles.Les églises sont-elles trop pauvres pour soutenir leurs écoles, l’État interviendra.Aussi la loi qui régit l’enseignement à tous les degrés, concilie-t-elle d’une façon très heureuse le devoir de l’État et les droits des parents.Le gouvernement se contente d’aider l’instruction très libéralement et de contrôler l’application des programmes.Et ce qui achève de rassurer, c’est l’obligation très rigoureuse mise en tête de la loi “ d’enseigner la religion dans toutes les écoles, depuis l’enseignement primaire jusqu’à l’enseignement universitaire ou spécial ”.Le catholicisme pénètre aussi profondément la vie privée en Hongrie.Le sens religieux d’un peuple ne s’établit pas en deux lignes ou en deux pages.En Hongrie, il se constate par la fréquentation des églises, qui est générale.Il s’exprime plus solennellement dans certains mouvements religieux auxquels la foule prend une part.Par exemple, le mouvement eucharistique et les œuvres de vocations.On le constate surtout par la vitalité des associations pieuses, par exemple, la société du Credo, qui groupe 16,000 hommes, les nombreuses congrégations mariales, qui encadrent la majorité des Hongrois, ces habitants de l’antique Regnum Marianum.Je n’en finirais pas à parler de toutes les manifestations du catholicisme en Hongrie.Tout prouve que le sens chrétien y est intense.Les professions de foi ne vont pas jusqu’à l’exaltation du mysticisme : on préfère donner des preuves visibles de sa foi.Ainsi on respecte beaucoup le prêtre.Ce fait m’a frappé moi-même, malgré l’habitude que je devrais en avoir.De même, voyez la croix et l’inscription “ Regnum Mariæ ” qui ornent les monnaies et les 954 LE CANADA FRANÇAIS timbres du pays.Encore un détail : le salut courant est : “ Laudetur Jesus Christies.” La Hongrie catholique peut spécialement compter sur sa jeunesse.Elle est crânement pratiquante.Dans tous les milieux, universitaires, étudiants, paysans, industriels, les jeunes s’intéressent à la question religieuse.La Fédération Emericana a 300,000 membres, qui se donnent pour but principal l’étude de la religion et sa pénétration dans la société hongroise.Les malheurs mêmes de la Hongrie ont appris à sa jeunesse à compter moins sur les forces matérielles que sur les valeurs spirituelles.Elle se prépare efficacement à recueillir le flambeau de l’idéal catholique et à continuer les dix siècles de tradition chrétienne.La Hongrie peut donc être pour l’Occident une sentinelle aussi fidèle qu’autrefois.Son gouvernement, son peuple et sa jeunesse sont prêts à reprendre la faction interrompue depuis le Traité de Trianon.Que sera la réponse de l’Europe ?Il semble, à certains signes, que les nations commencent à comprendre mieux.L’avenir prochain nous dira comment on entend redonner à la Hongrie les moyens de servir encore.* * * Ces pages ont pris malgré moi l’allure d’un panégyrique.C’est qu’on ne peut résister aux sentiments d’admiration que donne l’étude un peu fouillée de l’histoire hongroise.Histoire glorieuse ou héroïque pendant mille ans, tragique et douloureuse depuis la guerre, histoire belle alors qu’elle s’élabore dans le creuset des souffrances présentes.On ne saurait rester dans les demi-sentiments à l’égard de cette nation.On hait ce rempart du catholicisme et de l’ordre, ou bien on admire la sentinelle en faction millénaire, on s’indigne devant la sentinelle désarmée, on souhaite avec sincérité la résurrection de la sentinelle prête à servir encore.Quand je visitais Budapest, en juin 1930, je remarquais une inscription lue partout.Ces phrases hongroises m’obsédaient.J’en demandai la traduction à mes jeunes guides.La voici telle que transcrite par eux dans mes notes de voyage.C’est le Credo des Hongrois : LA SENTINELLE DE L’OCCIDENT 955 Je crois en un seul Dieu.Je crois en une patrie.Je crois en une justice divine éternelle.Je crois en la résurrection de la Hongrie.En remerciant mes jeunes amis, je leur promis,— et à leur patrie, en même temps,— de dire leurs raisons de croire dans la justice divine éternelle.C’est cette promesse que je viens de remplir.(Fin) Pascal Pot vin, ptre, Collège de Sainte-Anne de la Pocatière.P.S.— Pour appuyer la série d’affirmations dont cet article se compose, je me permets de référer à la bibliographie suivante : 1° la Hongrie et la civilisation, 3 volumes, faits en collaboration par des auteurs français et hongrois (Paris, Renaissance du livre).2° Les Luttes 'présentes du catholicisme en Europe Centrale, par le Père Pierre Delattre, S.J.(Éditions Spes, 1930).3° Justice pour la Hongrie!, album émouvant sur la question du Traité de Trianon (Budapest, 1930).4 ° La Nouvelle Revue de Hongrie, rédigée en français, à Budapest, par des collaborateurs de toutes les nations d’Europe, traitant des questions de l’Europe Centrale.5° Quelques articles parus dans les Études et le Correspondant.
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