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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Cartier à Gaspé
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1934-05, Collections de BAnQ.

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Histoire du Canada CARTIER A GASPÉ Le voyage — Le séjour — Les conséquences Le 16 juillet 1534, un jeudi, Jacques Cartier pénétra jusqu’à Gaspé, y demeura huit jours et s’en retourna le samedi suivant, 25 juillet.Chercher la cause de sa visite, ou plutôt l’occasion, la raconter, en relever le geste dominant et en noter les conséquences : telles nous semblent bien être les premières considérations qui s’imposent, à la veille des fêtes qui doivent en commémorer le quatrième centenaire, en célébrer la grandeur et en imprimer le souvenir dans la mémoire de tous les vrais Canadiens.Le voyage Voyons d’abord comment le capitaine de Saint-Malo fut amené à Gaspé.En 1533, Jacques Cartier, “ maître-pilote, capitaine de mer ès-port de Saint-Malo ”, adressait à l’amiral de France (1) alors Philippe de Chabot, comte de Charny et de Buzançois, et seigneur de Brion, une supplique, dans laquelle il faisait part de son dessein de reprendre les expéditions de Verraz-zano (2), en vue de trouver un passage vers les Indes ; il demandait l’autorisation de poursuivre le même projet et implorait du secours pour en réaliser l’exécution.L’amiral, selon M.de La Roncière, vendu aux Portugais, ne prit aucun intérêt au projet de Cartier.Toutefois il n’y mit pas d’obstacles, et François 1er, que le récit de Verrazzano avait émerveillé, voulut bien, le 31 octobre 1533, agréer la (1) Le grand amiral avait le commandement des ports et de la flotte du royaume.(2) Verrazzano, navigateur et explorateur florentin, réfugié en France. 828 LE CANADA FRANÇAIS proposition du capitaine malouin, l’autoriser à “ aller à certaines îles et pays où l’on dit qu’il doit s’y trouver grande quantité d’or ”, et se charger des frais de l’expédition.Le 12 mars suivant, il lui faisait remettre, à titre de subsides, un montant de six mille livres — soit environ douze cents piastres de notre monnaie.Le futur découvreur du Canada voit alors aux préparatifs immédiats de son expédition.Il équipe deux vaisseaux de soixante tonneaux chacun et y fait monter soixante-et-un hommes.Il a aussi quelques barques.Après avoir, avec ses hommes : capitaines, maîtres et compagnons, prêté serment entre les mains de Messire Charles de Mouy, seigneur de Meilleraie et Vice-amiral de France, “ de se bien et loyalement comporter au service du Roi ”, il fait voile, de Saint-Malo, le 20 avril 1534.De St-Malo à File du Prince-Édouard “ Et avecques bon temps navigans, rapporte la Relation, vînmes à Terre Neufve, le dixiesme jour de may, et aterrames à cap de Bonne Viste.Mais la présence des glaces le force à se réfugier dans le havre Ste-Catherine et à y passer dix jours.Le 21 mai, voguant vers le nord, Cartier atteint l’île des Oiseaux (aujourd’hui Funk Island), ainsi nommée à cause du grand nombre d’oiseaux qui s’y trouvent.L’équipage en tue, en mange et en sale une grande quantité.Là aussi, il rencontre un ours.“ Et neantmoins que ladite isle soyt à quatorse lieues de terre, les ours y passent à nage la grant tere, pour mangier desdits ouaiseaulx ; desqueulx nos gens en trouvent vng, grant comme vne vache, aussi blanc comme vng signe, qui saulta en la mer devant eulx.Et le lendemain, lui bâillâmes la chasse en noz barques, et le primmes à force, la chair duquel estoit aussi bonne à mangier comme d’vne genise de deux ans.” (Le 24 mai.) Continuant sa route vers le nord, Cartier gagne le golfe des Châteaux, le 27 suivant.Retenu dans le port de Karpont (Quirpion) jusqu’au neuf juin, il traverse le détroit de Belle-Isle et arrive à Blanc-Sablon et au port de Brest (1).(1) Une légende voulait qu’il y eût, en 1508, une ville de mille âmes (200 familles) à Brest, avec un gouverneur résident.Ce n’était qu’une légende.A la rivière St-Jacques, Cartier rencontre un navire de la Rochelle cherchant le port de Brest, après l’avoir passé, en nuit, sans s’en apercevoir.11 le ramène à la rivière, que ses hommes appellent Jacques-Cartier. CARTIER A GASPÉ 829 Après avoir fait provision d’eau et de bois, il avance quelque peu vers l’ouest et arrive à un “ hable ”, qu’il appelle Saint-Servan et où il plante une croix.Son appréciation de cette terre n’est pas élogieuse : ” En toute ladite coste du nort, je n’y vy vne charetée de terre.Il n’y a que de la mousse, et de petiz bouays avortez.J’estime mieulx que aultrement, que c’est la terre que Dieu donna à Cayn.” Il parle ensuite des sauvages qu’il y rencontre.Venus là pour le temps de la pêche des loups marins, ils sont vêtus de peaux de bêtes et se servent de canots d’écorce de “ bouays de boul ” (bouleau).Le 15, Cartier traverse le Golfe pour rejoindre la côte ouest de Terre-Neuve et la longe jusqu’au cap de l’Anguille.Après s’être arrêté au cap Double, à la baie Saint-Julien, au Cap Royal et à Port au Port, il prend sa course vers les îles de la Madeleine.Là encore, quantité d’oiseaux dont il fait provision.“ Nous descendîmes au bas de la plus petitte, et tuâmes de godez et de apponatz, plus de mille, et en primmes, en noz barques, ce que nous en voidlinmes.L on y eust chargé, en vne heure, trante icelles barques.” La terre y est bonne.” Cestedite die est la meilleure terre que nous ayons veu, car vng arpant d’icelle terre vault mielx que toute la Terre Neufve.Nous la trouvame plaine de beaux arbres, prairies, champs de blé sauvaige, et de poys en fleurs, aussi espès et aussi beaulx, que je vis oncques en Bretaigne, queidx sembloict y avoir esté semé par laboureux.Il y a force grouaiseliers, frassiers et rossez de Provins, persil, et aultres bonnes erbes, de grant odeur.” Il y a aussi des ours et des renards.Cartier l’appelle Pile de Brion, en 1 honneur de l’Amiral Philippe de Chabot, seigneur de Brion.De Pile du Prince-Édouard à Gaspé Le 28, l’expédition arrive au nord-est de l’île du Prince-Édouard, au cap d’Orléans (Kildare) et au cap des Sauvages (North Point).Cette terre est basse et unie, “ la plus belle qu’i soict possible de voir, et plaine de beaulx arbres et prairies ”.Malheureusement, il n’y a pas de havres.Cartier atteint ensuite, le 2 juillet, le littoral est (1) du Nouveau-Brunswick, “ terre, dit-il, aussi belle et bonne, labou- (1) Cartier parle ici de la baie St-Lunaire.Il s agit évidemment, de cette nappe d’eau qui sépare l’île du Prince-Édouard du Nouveau-Brunswick, Dupe d’une illusion d’optique, il croit que la bordure de la Nouvelle-Écosse rejoint l’île du Prince-Édouard. MAP or THE ST.LAWRENCE CARTIER'S VOYAGES Seal* of Mile* voyag* p'KticaiiyiM CARTIER A GASPÉ 831 râble, et plaine de aussi belles champaighes et prairies que nous ayons veu, et unye comme vng estancq ”.Le surlendemain, après avoir exposé la baie Mira-michi, il arrive à la pointe nord de 1 île Miscou, qu il appelle “Cap d’Espérance ” (1), à cause de l’espérance qu’il entretenait d’y trouver un passage vers les Indes.Il traverse la baie et va chercher refuge dans un port (aujourd’hui Port-Daniel) qu’il appelle Saint-Martin, où il demeure jusqu’au 12.Pendant le séjour qu’il fait là, il s’avance jusqu’au Barachois de Paspébiac, où se produit un petit incident avec les sauvages de 1 endroit.Quelques hommes de l’équipage, ayant rencontré un grand nombre de sauvages qui voulaient venir à eux, furent effrayés.Pour les faire fuir, il leur tirèrent deux “ passevollans ’ et deux lanses à feu ”.Le lendemain, étant plus nombreux, ils lièrent amitié et trafiquèrent avec eux.Le 8, un groupe de l’équipage remonte la Baie jusqu’à Matapédia, afin de voir si quelque détroit leur permettrait d’aller plus à l’ouest, comme au Détroit de Belle-Isle.N’en trouvant pas, ils reviennent.Au retour, ils rencontrent (à Carleton) un groupe de sauvages, avec qui ils échangent des marchandises contre les peaux qu ils ont.“ Nous congneumes, ajoute Cartier, que se sont gens qui seroient fassiles à convertir, qui vont de lieu en aultre, prenant du poysson, au temps de pescherie, pour vivre.” C’est ce jour-là, 8 juillet, que la baie des Chaleurs reçut son nom.Cartier entre à Gaspé Réalisant que la baie des Chaleurs ne lui fournissait pas le passage qu’il cherchait, Cartier fit voile vers 1 est, le 12 juillet.Le 13, il était au cap de Pré, ou Prato-Percé.Le lendemain, un vent “ contraire et impétueux ” le force à s’éloigner de là et à gagner la baie de Gaspé, où il entre à cause de la tempête.Il y ancre ses deux vaisseaux, et envoie quelques barques reconnaître cette nappe d’eau, qu il croit être un fleuve.Mais la tempête devient si grande que, le 16, un de ses navires perd une ancre.C’est alors qu’il (1) Avec le temps, ce nom fut transféré de l'autre côté de la baie des Chaleurs, au cap d’Espoir actuel, que les Anglais appellent Cap “ Despair Ironie du sort! 832 LE CANADA FRANÇAIS décide de remonter la baie jusqu’à un havre que ses hommes ont reconnu, à sept ou huit lieues à l’intérieur, et qui n’est autre que le bassin de Gaspé.La tempête persistant, Cartier séjourne à Gaspé jusqu’au 25 juillet.Voyons plutôt: “ Nous estons certains qu’i n’y avoid passaige par ladite baye (1), fysmes voille et aparouillames (de Port-Daniel), le dimanche, douziesme jour de juillet, pour aller charcher et découvriz oultre ladite baye jusqu’au cap de Pratto.Et le lendemain au matin, fismes voille pour ranger la coste ; mais il sourvint tant de vaut controire, qu’i nous convint relâcher de là où nous étions pariiz.Et y fusmes ledit jour et la nuyt, jusques au lendemain, que fismes voille, et vysmes le (travers) trefers d’vne ripviére ; nous vint le vent, encore vne fois controire, et force bruymes et non veue, et nous convinct entrer dedans icelle rivyére, le mardi, XIIIle jour dudit moys: et posâmes à l'entrée jusques au XVle, espérant avoyr bon temps, et sortyr.El ledit jour, XVle, qui est jeudi, le vent renfforça tellement, que l’un de noz navires perdyt vne ancre, et nous convynt entrer plus avanc, sept ou huit lieues amont icelle rivière, en vng bon hable et seur, que nous avyons esté veoyr avec nos barques.Et pour le mauvays temps, sarraize, et non veue qu’il fist, fusmes en icelluy hable et ryvière jusques au XX Ve jour dudit moys, sans en pouvoyr sortyr.” Le séjour A Gaspé, Cartier prend contact avec les sauvages qu’il y trouve, et observe leurs mœurs ; il étudie le pays et y plante une croix.Il prend d’abord contact avec les sauvages et les observe.Le récit est savoureux.“ Ce-pendant, raconte-t-il, nous vîmes une grande multitude d’hommes Sauvages qui péchaient des tombes (2), desquelles il y a grande quantité ; ils étoient environ quelques quarante barques, et tant en hommes, femmes qu’enfans, plus de deux cens, lesquels apres qu’ils eurent quelque peu coversé en terre avec nous, venaient privément au bord de noz navires avec leurs barques.Nous leur donnions des couteaux, chappelets de verre, peignes, et autres choses de peu de valeur dont ilz se réjouissoient infiniment, levons les mains au ciel, chantons et dansans dans leur barques.Ceux-ci (1) Baie des Chaleurs.(2) Maquereaux. CARTIER A GASPÉ 833 'peuvent etre vrayment appelez Sauvages ; d’autant qu’il ne se peut trouver gens plus pauvres au monde, et croy que tous ensemble n’eussent peu avoir la valeur de cinq sols excepté leurs barques et rets.Ilz n’ont qu’une petite peau pour tout vetement, avec laquelle ilz couvrent les parties honteuses du corps, avec quelques autres vieilles peaux dont ilz se vêtent à la mode des Egyptiens.Ilz n’ont ni la nature ni la langage des premiers que nous avions trouvez.Ilz portent la tête entièrement raze hors-mis un floquet de cheveux au plus haut de la tête, lequel ilz laissent croître long comme une queue de cheval qu’ilz lient sur la tête avec des êguillettes de cuir.“ Hz n’ont autre demeure que dessouz ces barques, lesquelles ilz renversent; et s’étendent sous icelles sur la terre sans aucune couverture.Ilz mangent la chair preque creue et la chauffent seulement le moins du monde sur les charbons, le même est du poisson.Nous allâmes le jour de la Magdelaine avec noz barques au lieu où ilz étoient sur le bord du fleuve, et descendîmes librement au milieu d’eux, dont ilz se réjouirent beaucoup, et tous les hommes se mirent à chanter et danser en deux ou trois bandes, et faisans grads signes de joye pour notre venue.Ils avoient fait fuir les jeunes femmes dans les bois, hors-mis deux ou trois qui étoient restées avec eux, à chacune desquelles douâmes un peigne, et clochette d’estain, dont elles se réjouirent beaucoup, remerciant le Capitaine et lui frottans les bras et la poictrine avec leurs propres mains.“ Les hommes voyans que nous avions fait quelques présens à celles qui étoient restées, firent venir celles qui s’étoient réfugiées au bois, afin qu’elles eussent quelque chose corne les autres ; elles étaient environ vingt femmes, lesquelles toutes en un monceau se mirent sur ce Capitaine, le touchons et frottans avec les mains selon leur coutume de caresser, et donna à chacune d’icelles une clochette d’étain de peu de valeur, et incontinent commencèrent à danser ensemble disans plusieurs chansons.” En second lieu, Cartier étudie le pays.“ Nous trouvâmes là grande quantité de Tombes qu’ils avoient prises sur le rivage avec certains rets faits exprez pour pécher, d’un fil de chanvre qui croît en ce pais où ils font leur demeure ordinaire, pour ce qu’ils ne se mettet en mer qu’au temps qui est bon pour pécher, corne j’ai entendu.Semblablement croît aussi en ce pais du mil gros comme pois, pareil à celui qui croît au Brésil, dont ilz mangent au lieu de pain, et en avoient abondance, et l’appellent en leur langue Kopaige ; ils ont aussi des prunes qu’ilz sechent 834 LE CANADA FRANÇAIS comme nous faisons pour l’hiver, et les appellent Honesta, mêmes ont des figues, noix, pommes et autres fruits, et des fèves qu’ilz nomment Sahu, les nois Cahéhia, les figues.les pommes.Si on leur montrait quelque chose qu’ilz n’ont et ne pouvoient scavoir que c’étoit, branlans la tête, ilz disoient Nodha, qui est à dire qu’ilz n’en ont point, et ne sçavent que c’est.Ilz nous montraient par signes le moyen d'accoutrer les choses qu’ils ont, et comme elles ont coutume de croître.Ils ne mangent aucune chose qui soit salée, et sont grands larrons, et dérobent tout ce qu’ilz peuvent.” Cartier profita-t-il de son séjour à Gaspé pour faire reconnaître le cours des deux rivières, York et Dartmouth, comme il avait fait en la baie des Chaleurs, et voir si elles pouvaient lui livrer passage vers l’ouest ?Nous pouvons vraisemblablement le supposer, quoiqu’il n’en fasse aucune mention.Peut-être aussi, ayant vu devant lui, avant de pénétrer dans la baie de Gaspé, l’immense golfe Saint-Laurent, avait-il déjà décidé de se diriger de ce côté.D’autre part, la saison étant déjà avancée, il n’était pas sans songer à retourner en France dès son départ de Gaspé, ce qu’il fit en effet.La Croix Le 24 juillet enfin, Cartier plante une croix.“.Nous fîmes faire une croix haute de trente piés, et fut faite en la présene de plusieurs d’iceux sur la pointe de l'entrée de ce port, au milieu de laquelle mimes un écusson relevé avec trois fleurs-de-Lis, et dessus étoit écrit en grosses lettres entaillées en du bois, Vive le Roy de France.En après la plantâmes en leur présence sur ladite pointe, et la regardoiet fort, tant qu’on la faisoit que quand on la plantoit.Et l’ayans levée en haut, nous nous agenouillions tous ayans les mains jointes, l’adorans à leur veue, et leur faisions signe, regardons et montrons le ciel, que d’icelle dépendoit notre redemption : de laquelle chose ilz s’émerveillèrent beaucoup, se tournons entre eux, puis regardans cette croix.” Les conséquences Quelles furent maintenant les conséquences immédiates et la portée lointaine de la visite de Cartier à Gaspé ?Pour répondre à cette question, il suffit de mettre en relief le geste CARTIER A GASPÉ 835 qui a immortalisé sa mémoire et qui a acquis à notre village une place de choix dans le récit des découvertes et l’histoire de notre pays, nous voulons dire : la plantation d’une croix aux fleurs-de-lys.Sans mentionner donc la reconnaissance du golfe Saint-Laurent et l’espérance fondée de faire de nouvelles découvertes, disons que le geste patriotique et religieux de Cartier plantant une croix à Gaspé eut pour conséquences immédiates de donner à la France un nouveau domaine, et de faire connaître le Christ à un peuple nouveau.Cartier donna, disons-nous, un nouveau domaine à son pays : “.Et dessus étoit écrit en grosses lettres entaillées en du bois, Vive le Roy de France.” Il est vrai que les sauvages tentèrent de protester, mais Cartier leur fit comprendre qu’il ne leur voulait aucun mal ; bien au contraire, qu’il leur voulait du bien.Il les apaisa ainsi, à tel point que le chef consentit à laisser partir avec le capitaine français deux de ses fils, Taignoagni et Domagaya.“ Mais, écrit-il, êtans retournez en noz navires, leur Capitaine vint avec une barque à nous, vêtu d'une vieille peau d'Ours noir, avec ses trois fils et un sien frère, lesquels ne s'approchèrent si près du bord comme ils avoient accoutumé, et y fit une longue harangue montrons cetie croix, et faisans le signe d’icelle avec deux doigts.Puis il montroit toute la terre des environs, comme s’il eut voulu dire qu’elle étoit toute à lui, et que nous n'y devions planter cette croix sans son congé.“ Sa harangue finie, nous lui montrâmes une mitaine feignons de lui vouloir donner en échange de sa peau, à quoy il prit garde, et ainsi peu à peu s’accosta du bord de noz navires : mais un de noz compagnons qui étoit dans le bateau mit la main sur sa barque, et à l’instant sauta dedans avec deux ou trois, et le contraignirent aussi-tot d'entrer en noz navires, dont ilz furent tout étonez.“ Mais le Capitaine les asseura qu’ils n’auraient aucun mal, leur montrant grand signe d’amitié, les faisans boire et manger avec bon accueil.En après leur donna on à entendre par signes, que cette croix étoit là plantée, pour donner quelque marque et conoissance pour pouvoir entrer en ce port, et que nous y voulios retourner en bref, et qu’apporterions des ferremens et autres choses, et que désirions mener avec nous deux de ses fils, et qu’en après nous retournerions en ce port. 836 LE CANADA FRANÇAIS “ Et ainsi nous fimes vêtir à ses fils à chacun une chemise, un sayon de couleur, et une toque rouge, leur mettant aussi à chacun une chaîne de laiton au col, dont ils se contentèrent fort, et donnèrent leurs vieux habits à ceux qui s’en retournoient.Puis fimes -présent d’une mitaine à chacun des trois que nous renvoyâmes et de quelques couteaux, ce qui leur apporta grande joye.Iceux étans retounez à terre, et ayans raconté les nouvelles aux autres, environ sur le midi vindrent à noz navires six de leurs barques ayans à chacune cinq ou six hommes qui venoient dire Adieu à ceux que nous avions retenus, et leur apportèrent du poisson, et leur tenoient plusieurs paroles que nous n’entendions point, faisans signe qu’ilz n’oteroient point cette croix.” Mais l’érection d’une croix fut surtout une prédication éloquente de l’Évangile, un signe de rédemption, un geste qui conquit au Christ de nouvelles âmes.“ En après la plantâmes en leur présence sur ladite pointe.Et Vayans levée en haut, nous nous agenouillions tous ayans les mains jointes, l’adorans à leur veue, et leur faisions signe, regardons et montrons le ciel, que d’icelle dépendait notre redemption : de laquelle chose ilz s’émerveillèrent beaucoup, se tournons entre eux, puis regardons cette croix.” Tels furent les résultats immédiats du premier voyage de Cartier au Canada, de sa visite à Gaspé et de l’érection de sa croix.Quelle en fut la portée lointaine ?Pour nous en faire une idée, nous n’avons qu’à songer aux quatre millions de Français qui perpétuent en terre d’Amérique les traditions, les mœurs, le génie et la langue de la vieille France.Nous n’avons qu’à songer surtout aux quelque quatre millions de catholiques qui vivent sous l’influence bienfaisante de la croix au Canada ; aux quatre mille et quelques cents paroisses qui se partagent les quarante-quatre territoires ecclésiastiques canadiens ; aux cinquante-quatre archevêques et évêques, et aux sept mille prêtres, séculiers et réguliers, qui en ont la charge ; aux cinq universités, soixante-quatre collèges et petits séminaires, douze grands séminaires, cent six juvénats, scolasticats et noviciats, trois cent quatre-vingts hôpitaux, orphelinats et asiles ; aux cinquante-deux communautés d’hommes et quatre-vingt-seize communautés de femmes (celles-ci comptent trente mille membres), qui leur viennent en aide et se partagent les CARTIER A GASPÉ 837 besognes diverses requises pour le maintien, la bonne administration et le développement de la vie catholique canadienne.Telle est aujourd’hui la magnifique effioraison de cet humble grain de sénevé, tel est le merveilleux épanouissement de cet arbre modeste que fut la croix érigée à Gaspé par Jacques Cartier, le 24 juillet 1534.C.-E.Roy, curé d'office de Gaspé.
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