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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Chine et Japon
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1932-05, Collections de BAnQ.

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Histoire diplomatique CHINE ET JAPON La situation en Extrême-Orient semble, à l'heure où j’écris, un peu moins tendue qu’au début de 1 année.Est-ce une accalmie ?N’est-ce pas plutôt que les trompettes de la grande presse ont été embouchées pour corner d autres nouvelles aux quatre coins du monde, car il faut reconnaître que nous subissons, pour apprécier les événements, la pression de la publicité qui leur est faite dans les quotidiens à grand tirage.Nous sommes à la merci des compagnies d information, agences qui devraient être impersonnelles et neutres et qui pourtant distillent dans leurs communiqués les tendances d’opinion dont le mot d ordre vient des hautes sphères de la politique ou de la finance.C’est ainsi que l’on signalait dernièrement que le poste de T.S.h.de Sanghai sert, sous l’influence de deux ministres chinois, à inonder le monde du sans-fils de propagande chinoise.La Société des Nations vient de déléguer une commission spéciale chargée de faire une enquête sur les causes du conflit et d’en déterminer les responsabilités.Il faut espérer que le rapport de cette commission sera impartial et nous permettra de juger plus sainement de la situation.En attendant, pour poser d’équerre le problème chinois, lequel a des faces multiples et intéresse non seulement le Japon mais aussi les grandes puissances, il est indispensable de prendre en considération les facteurs géographiques et historiques qui interviennent dans le bilan de cette situation.I — La Chine La tradition historique de la Chine remonte à plus de vingt-cinq siècles avant l’ère chrétienne.Depuis la lointaine époque où les rois égyptiens bâtissaient les pyramides, un peuple d’agriculteurs labourait les terres grasses qu’arrose le Fleuve Bleu et celles moins fertiles qu’arrose le Fleuve Le Canada français, Québec, mai 1932. 720 CHINE ET JAPON Jaune (Houang ho) tandis que des hordes plus farouches paissaient leurs troupeaux dans les plaines arides de la Mongolie.Ces nomades, qui n avaient rien des bergers virgiliens, tentés par la proie facile qu’offraient les sédentaires, se livraient dans leurs territoires à de fréquentes incursions et faisaient des razzias désastreuses.L’union entre la Chine du Nord et la Chine du Sud, si l’on peut appeler cela une union, eut donc pour origine la commune menace du pillage que pratiquaient les Huns, car c’étaient ces mêmes guerriers farouches que les noms d’Attila et de Gengis Khan ont rendus synonymes de fléau.Jusqu’au XIYe siècle de notre ère la Chine fut peu connue du monde occidental ; ses rapports commerciaux se faisaient par les caravanes qui parcouraient la Route de la Soie, traversant le Turkestan chinois par la porte de Jade, gagnaient les ports méditerranéens par la Perse et la Mésopotamie.Marco Polo est le premier explorateur qui renseigna les cours européennes sur les fastes et grandeurs de l’Empire d’Orient.( et isolement de quarante siècles était dû aux barrières naturelles qui marquèrent les limites extrêmes de l’Empire d Alexandre.Ce sont en effet au sud les monts Hymalaya et les plateaux encore peu connus du Tibet, à Vouest la chaîne des monts Kouen-Louen, dont l’altitude moyenne dépasse 18,000 pieds, au nord le double rempart des Altai et du Désert de Gobi.Entouré de telles frontières l’Empire chinois aurait une merveilleuse unité géographique si l’intérieur du pays n’était lui-même divisé par des chaînes de montagnes : la Mandchourie est séparée de la Mongolie par les monts Khingan, tandis que les monts Tsin-ling séparent la Chine du Nord de la Chine du Sud, et les alpes Sseu Tchouen séparent l’est de l'Ouest.Pas d’unité géographique, pas davantage d’unité ethnographique : Turcs et mahométans en Corée et dans le Turkestan,Tongouses en Mandchourie,Sibériens en Mongolie, Hindous dans le Yun nan.Tous ces gens parlent des dialectes différents ; pour se comprendre ils recourent au langage écrit, composé, comme on sait, de caractères idéographiques; ce truchement disparaîtrait si l’on adoptait la transcription phonétique.Les disciples de Confucius, de Bouddha, de Taos sont les plus nombreux, mais il y a aussi beaucoup de mahométans, de juifs et de chrétiens.Le Canada français, Québec, mai 1932. CHINE ET JAPON 721 L’on conçoit que pour unifier un pays aussi divisé il ait fallu une puissante dictature secondée par un appareil administratif très fortement centralisé.Les grandes pages de l’histoire de la Chine marquent le règne d’empereurs énergiques et habiles qui grâce à une poigne de fer imposèrent l’unité politique à des éléments aussi hétérogènes.A ces grands empereurs faisaient suite des rois fainéants, et le cycle des dynasties se répète d’âge en âge jusqu’au dix-huitième siècle : de grandes manifestations militaires réduisent en esclavage le Chinois patient et laborieux qui cultive le sol ou file la soie, puis le règne abusif des castes privilégiées: les Lettrés, les Maires du palais, les Eunuques, met le pays en coupe réglée, amène la dissolution des mœurs et l’effritement de l’autorité, jusqu'au jour où un révolutionnaire lève à nouveau l’étendard de la liberté, fonde une nouvelle dynastie, dont les successeurs retombent dans les mêmes erreurs, les mêmes intrigues.Plus qu ailleurs se vérifie en Chine le dicton que l’histoire est un perpétuel recommencement.Faute d’unité géographique, ethnique ou religieuse, les gouvernements autocratiques de la Chine se sont appuyés sur le culte du passé et de la tradition, dont le respect absolu est l’article essentiel du credo de Confucius ; sacrilège était celui qui osait proposer des changements.Ainsi, au cours des siècles, au lieu de suivre la lente évolution des peuples occidentaux, les us et coutumes de l’Empire céleste demeurèrent figés par un obscurantisme à la fois politique et religieux.L’ère des grandes navigations marqua la fin de l’isolement séculaire de la Chine, mais la pénétration de la civilisation occidentale qui se poursuit depuis deux siècles est loin d’être achevée.Les Arabes trafiquaient par mer avec la Chine depuis le XlVe siècle ; leurs navires faisaient le cabotage entre les ports de Chine et ceux de la Mer Rouge ; les Portugais furent les premiers européens qui abordèrent sur la côte sud-est de l’empire chinois (en 1514), puis à leur suite vinrent les Espagnols, les finançais, les Anglais.Des missionnaires tentèrent au péril de leur vie d’évangéliser ces contrées, d’y fonder des églises : les caprices du prince ou les intrigues de ses courtisans ruinèrent souvent leurs efforts laborieux en promulgant des édits de proscription, sans que les pays européens divisés entre eux et mal renseignés sur la Le Canada français, Québec, mai 193^ 722 CHINE ET JAPON fragilité réelle du colosse chinois, tentassent d'obtenir justice.Ce fut, il faut bien le dire, la sauvegarde d’intérêts matériels et immoraux qui provoqua la première intervention armee.Connu sous le nom de Guerre de l’opium, le premier conflit qui mit aux prises les civilisations européenne et chinoise, fut une violation du droit international.La victoire des Anglais ouvrit la porte aux compromis.Le traité de Nankin (26 juin 1843) “ constitue dans la muraille qui fermait 1 Empire du Milieu la brèche par laquelle les autres peuples pourront y pénétrer en l’élargissant ” (1).D autres causes plus nobles, principalement la protection des missionnaires, justifièrent durant la seconde moitié du XIXe siècle des campagnes militaires menées contre la Chine par les nations européennes ; mais il y eut encore des abus : traite des jaunes, trafic scandaleux auquel se livraient les Portugais établis à Macao, concessions de chemins de fer, ouverture de ports au commerce, luttes d’influence, convoitises territoriales, autant de causes avouées ou cachées qui firent sonner l’hallali du grand géant aux abois.Comme il fallait s y attendre, cette curée des nations provoqua une réaction nationaliste, qui trouva son point culminant dans la révolution de 1906.Longtemps convaincu de sa supériorité sur les “ barbares d’Occident”, le Chinois employa son génie naturel de duplicité et de fourberie à déguiser les avantages militaires ; violant les traités sans vergogne, il traitait avec mépris les représentations qui lui étaient faites, remettant tout en question dès que la protection armée n appuyait plus les griefs de ses adversaires.Battu par les Anglais, par les Russes, par les Français, par les Japonais, par la coalition européenne (guerre des Boxeurs) l'homme vialade d’Extrême-Orient dut bien reconnaître que la supériorité technique avait le dessus sur les innombrables armées mal outillées et mal préparées qu’il pouvait opposer.A ses anciens ennemis il demanda des instructeurs et des armes ; en même temps qu’un mouvement xénophobe se constituait dans les masses, les mieux doués venaient chercher dans nos universités les éléments de cette technique qui les avaient vaincus.Mais le pli qui durant des siècles a marqué la civilisation chinoise, ce respect excessif de la tra- (1) Maspero.— La Chine, p.125.Librairie Delagrave, Paris, 1928.L* Canada français, Québec, mai 1932. CHINE ET JAPON 723 dition, cette crainte mystique du changement, rend précaire l’évolution, et les “Jeunes Chinois ’ , tout bouillants qu ils soient d’un patriotisme trop neuf et intransigeant, paraissent plus soucieux de se créer une situation personnelle que de diffuser l’esprit occidental, grâce auquel ils se haussent au-dessus de leurs contemporains.II — Le Japon Mettons maintenant en parallèle la situation du Japon, sa géographie et son histoire, et tentons de comprendre comment ce pygmée du Pacifique a osé renouveler le geste de David contre Goliath.L’empire insulaire s’égrène depuis Formose jusqu’à la pointe de la presqu île du Kamtchatka en une série de plus de quatre mille îles ou îlots qui sont autant de rejetons des grandes chaînes de montagnes chinoises, que des plissements énergiques et des effondrements formidables ont disloquées.Pays de volcans, de tremblements de terre, de raz de marée, de typhons, qui malgré 1 instabilité physique a conservé l’unité ethnique et politique que sa constitution géographique échevelée semblait lui interdire.De la pointe nord des Kourilles jusqu’au sud de Formose, il y a plus de 28 degrés de latitude (soit la distance entre le détroit de Belle-Ile et Cuba), et l’on conçoit aisément la grande variété de climats, de productions végétales, de genres de vie, que l’empire japonais réunit sur son territoire disposé en éventail.Le pays est composé de trois îles ou groupes d’îles : Formose, Hondo, Yéso et la presqu île Sakhalin.Comparée à celle du Canada sa superficie est 26 fois plus petite, tandis que sa population est cinq fois plus grande (56 millions), ce qui donne une idée de sa forte densité de peuplement.Nous avons parlé d’unité ethnique ; il y a pourtant plusieurs types de races qui ont formé la nation japonaise ; les principaux sont le malais, type populaire, qui peupla d’abord le sud, et le type coréen,qui occupa le nord et devint l’aristocratie ; mais depuis l’époque lointaine de la première occupation, les Japonais n’ont subi aucune invasion étrangère et les types originaires se sont gardés très purs.Le Japon est voisin du grand empire chinois; il n’est pas surprenant que la civilisation très avancée qu’il y trouvait ait inspiré le jeune peuple ; mais en la faisant passer au crible de son génie propre, il lui a donné dans un nouveau cadre Lk Canada français, Québec, mai 1932. 724 CHINE ET JAPON un développement plus vigoureux.L’histoire politique du Japon offre un exemple unique de continuité: la dynastie régnante est au pouvoir depuis le Vie siècle de notre ère ; il y a là une influence mystique, puisque les empereurs sont considérés comme les descendants directs de la déesse du soleil.Il faut dire aussi que jusqu’à la révolution de 1866 le rôle de ces empereurs était purement figuratif.Le pouvoir réel était entre les mains d’une féodalité très puissante appuyant par la force des armes ses prérogatives.Jusqu’au milieu du XIXe siècle le Japon connut une civilisation essentiellement asiatique.Saint François-Xavier fut le premier évangélisateur qui y apporta au XVIe siècle les reflets de la civilisation occidentale en même temps que les lumières de la foi chrétienne ; le mercantilisme des Portugais, qui dès 1542 y installèrent des établissements de commerce, provoqua une réaction des susceptibilités nationales, et des édits de persécution mettant obstacle au développement des relations avec l’étranger eurent pour effet de fermer pour longtemps le Japon à l’influence occidentale.Sous l’égide d’un empereur rituel et de feudataires puissants, qui s’efforçaient d’établir dans leurs domaines une forte administration judiciaire et financière propre à leur assurer les ressources nécessaires, le nationalisme japonais façonna lentement l’âme du peuple ; il forma une société fortement hiérarchisée, où les nobles tenaient à assumer le gouvernement du pays.Leurs rivalités, pour sanglantes qu’ell es furent durant des siècles, agirent comme un stimulant et ne permirent pas à une féodalité constamment sous les armes de s’efféminer par la courtisanerie.Ces grands seigneurs étaient fidèles au trône, mieux encore, sous le régime des shogouns, ils en étaient les tuteurs.Le Japon ne connut pas, comme la Chine, l’accession au pouvoir de révolutionnaires sortis des rangs du peuple et portés par le sort au faîte des honneurs.Si la révolution de 1866 supprima l’aristocratie nobiliaire, ce fut pour renforcer la puissance de l’empereur, qui se dégagea de sa tutelle ; elle fut complétée par l’établissement en 1889 d’un régime constitutionnel qui est encore en vigueur et qui maintint les prérogatives de la couronne.Les agissements des puissances européennes en Chine ne pouvaient laisser le Japon indifférent ; il y vit une leçon dont il fut assez habile pour profiter sans que son amour-propre Le Canada français, Québec, mai 1932. CHINE ET JAPON 725 eût trop à souffrir.Bribe par bribe les puissances occidentales obtinrent chez lui des concessions ; ouverture de ports au commerce, droit de représentation diplomatique, exterritorialité des étrangers dans les limites des territoires concédés, et juridiction consulaire des litiges survenant entre Japonais et Européens sur ces mêmes territoires.Il était à prévoir que l’orgueil séculaire des castes dirigeantes s’accommoderait mal de ces atteintes à leur liberté et de la ruine de leur prestige.Des troubles violents nécessitèrent l’intervention d’une flotte composée de vaisseaux anglais, américains, français et hollandais, et la révolution fut étouffée, comme nous l’avons vu, par la suppresoion de la féodalité et le raffermissement du pouvoir impérial.Plutôt que de s’obstiner, comme la Chine, dans une lutte inégale, le Japon, reconnaissant vite la supériorité de la civilisation occidentale, lui ouvrit ses portes.Les progrès de son adaptation furent si rapides que quelques années après la révolution, il se mettait au rang des puissances européennes pour adresser des revendications à la Chine.Durant les soixante dernières années, le Japon a marché de succès en succès : expédition de Formose en 1874, de Corée en 1876, guerre contre la Chine en 1894-1895, qui se termina par le fameux traité de Shimonoseki, traité très important qui consacra la puissance du Japon et souleva de fortes protestations de la part des nations européennes, dont les acquisitions antérieures se trouvèrent menacées.La pression diplomatique que firent ces puissances, surtout la Russie, fit perdre au vainqueur une partie des avantages acquis, et le força notamment à rétrocéder la presqu’île de Leao-tong (que le nom de Port-Arthur a rendue célèbre).De cette époque date la rivalité russo-japonaise, qui est une des sources du conflit actuel.Il convient de rappeler brièvement quelles visées poursuivait la Russie en Extrême-Orient, pour montrer combien inévitable était la lutte qui la mettrait aux prises avec le Japon.L'empire des Tsars n’avait sur le Pacifique que des ports d’été : Vladivostok, qui est le port le plus méridional, est bloqué par les glaces pendant trois mois.Il fallait, pour servir de tête de ligne au réseau transsibérien, des débouchés sur une mer libre de glaces.Ce grand chemin de fer commencé en 1891 devait à l’origine contourner la vallée du fleuve Amour et rester ainsi complètement en territoire russe.Cela nécessitait Le Canada français, Québec, mai 1932. 726 CHINE ET JAPON toutefois un détour assez important, et c’est pour l’éviter que l'on construisit la section connue sous le nom d’Est-Chinois, qui pénètre en Mongolie à Khailar, traverse la Mandchourie et rentre en Russie près de Vladivostok.C’était un premier pas vers la réalisation d’un rêve plus ambitieux, celui de desservir Pékin et occuper une position stratégique prépondérante.Le traité de Shimonoseki ruinait ces projets, puisque le Japon obtenait la presqu’île de Liao-tong, qui était la clef du réseau.Quelques jours après la ratification du traité, une action concertée des représentants de la Russie, de l’Allemagne et de la France, fit valoir au Japon que sa présence dans cette presqu’île constituait une menace pour la paix et lui faisait promettre de la rétrocéder contre le paiement d’une indemnité de 30 millions de taels.Cette énorme somme fut payée en huit jours et l’on se doute que ce n’est pas la Chine seule qui l’a fournie.Le comte Cassini, ambassadeur de la Russie à Pékin, fut le principal artisan de cette intervention ; très habile diplomate, il sut se faire payer par la Chine le prix même des concessions refusées au Japon.C’est ainsi que par la convention de Cassini, signée à Pékin en octobre 1895 et dont le texte demeura longtemps secret, la Chine s’engageait à construire un arsenal et des fortifications à Port-Arthur(l), et permettait à la Russie d’y concentrer ses forces de terre et de mer, au cas où elle se trouverait engagée dans une guerre (2).Le prétexte allait être fourni par la guerre des Boxeurs, en 1900, à la faveur de laquelle les troupes russes envahirent la Mandchourie et occupèrent les ports du Liao-tong.La farce dont le Japon avait été le jouet s’étalait au grand jour.Sa revanche fut la victoire décisive qu’il remporta sur la Russie en 1904-1905 et le traité de Portsmouth (septembre 1905), qui en fut la conclusion.Les intérêts politiques, économiques et militaires du Japon en Corée étaient reconnus, le bail de Port-Arthur tranféré au vainqueur, de même que tous les travaux effectués sur ce territoire.L’article 7 du traité se lit comme suit : (1) Cf.Pierre Albin.— J.esgrands Traités poliiiqurs, p.462, l'élix Alcan, 1931.(2) La Chine était trop lente au gré des Russes dans la construction de ces ouvrages; un second traité, signé en 1898, accordait la cession à bail de Port-Arthur et de Talienwan (cf.op.cit., 476).Le Canada français, Québec, mai 1932. CHINE ET JAPON 727 Art.7.— Le Japon et la Russie s’engagent à exploiter leurs voies ferrées respectives en Mandchourie, exclusivement dans un but commercial et industriel et en aucune façon dans un but stratégique.En 1907, sous l’influence pacificatrice de la France, le Japon et la Russie oubliant leurs griefs anciens s’engagèrent à s’appuyer mutuellement pour assurer, en cas de troubles, la paix dans leurs possessions voisines en Mandchourie.Par sa victoire sur la Russie, le Japon avait acquis droit de cité dans le concert des nations ; l’alliance anglo-japonaise, signée à Londres en 1905, lui donnait un droit de regard dans les affaires européennes ; c’est ce qui l’amena à participer à la guerre de 1914-1918, dont il sut retirer des bénéfices exceptionnels, tant dans l’ordre matériel et industriel, qu’au point de vue de son expansion en Asie III — Le conflit actuel La dynastie mandchoue qui régna sur le Céleste Empire depuis le milieu du XVIIe siècle était, il ne faut pas l’oublier, considérée comme usurpatrice par les véritables Chinois, et c’est contre elle que s’est faite la révolution de 1912, qui a amené la fondation de la république.Après trois ans d’anarchie la “ Convention nationale ” décida, sur un référendum, l’établissement d’une monarchie constitutionnelle (11 décembre 1915).Une nouvelle révolution des provinces du Sud rétablit la république en mars 1916; et tandis que les nations européennes étaient sous les armes, la Chine pataugea dans le désarroi politique.La Chine est entrée dans les rangs des Alliés par sa déclaration de guerre à l’Allemagne du 2 août 1917 ; sa participation aux hostilités a été très platonique ; le texte de sa déclaration de guerre dit en termes extrêmement polis que “ la Chine n’avait pas d’autre raison (que la guerre sous-marine) d’animosité contre l’Allemagne ”.Alors pourquoi n’est-elle pas restée neutre ?Sa conduite lui fut dictée par Washington qui s’émut de l’action des Japonais contre Ts’ing-tao (Kiao-cheou), territoire concédé à bail à l’Allemagne, dont ils s’étaient emparés le 7 novembre 1914, et s’émut surtout des accords du 25 mai 1915 entre la Chine et le Japon, sur lesquels nous reviendrons.Le Canada français, Québec, mai 1932. 728 CHINE ET JAPON Les Japonais étaient alliés de l’Angleterre ; leur action contre les possessions allemandes se trouvait justifiée ; les États-Unis n’auraient pas pu s’y opposer sans faire preuve de germanophilie et peut-être sans se voir entraînés dans le conflit aux côtés de l’Allemagne, pour donner force à leurs prétentions.Le seul moyen qui se présentait, c’était de décider la Chine à entrer dans la lutte, du même côté que le Japon, qui n’aurait ainsi aucune excuse pour faire des opérations militaires en territoire chinois.C’est à quoi aboutit la diplomatie de Washington, mais trop tard: les Japonais avaient déjà marqué le point.Ces accords de 1915 sont la base diplomatique à laquelle il faut retourner dans l’étude du conflit actuel.Us contiennent l’essentiel d’une “ doctrine de Monroe ” asiatique, puisqu’en effet le gouvernement chinois s’engageait à ne céder à une tierce puissance aucune parcelle de son territoire côtier et à consulter le Japon sur le choix des nouveaux ports à ouvrir.Le second traité, qui était joint au premier, concernait la prolongation des baux de Port-Arthur pour 99 ans et reconnaissait aux Japonais toute une série de prérogatives, dont le détail serait fastidieux, dans la Mandchourie du Sud et la Mongolie Orientale (où passe le chemin de fer).Ce sont donc des droits consacrés par des traités que le Japon revendique.On peut alléguer que ces droits ont été acquis d’une manière violente, mais je me demande s’il existe un seul pays au monde ayant fait des concessions à l’étranger, de son plein gré.En remettant en question toutes les acquisitions qui ont été faites par la force des armes, quel beau gâchis on ferait ! Voyez-vous les Français réclamant le Canada, les Espagnols la Floride, les Hollandais l’Afrique du Sud, etc., etc., sous prétexte qu’ils en ont été dépossédés sans leur consentement ! Non, il faut que le traité qui met fin à une guerre, et qui est toujours imposé par le vainqueur, soit respecté par le vaincu ; sinon il est un casus belli latent.Ce qui reste à prouver c’est que la Chine a violé l’esprit et la lettre des traités ; c’est sans doute ce que révélera l’enquête des délégués de la Société des Nations.Connaissant l’état d’anarchie actuel de la Chine, le banditisme endémique qui y règne, l’incurie totale du gouvernement chinois à réprimer les excès, nous trouvons fort vraisemblable que les propriétés des Japonais installés en Mandchourie aient Le Canada français, Québec, mai 1932. CHINE ET JAPON 729 été mises en péril (1).Mais, diront les chevaliers défenseurs de la Chine, pourquoi attaquer Shanghaï puisque c’est de la Mandchourie qu’il s’agit ?— Il est possible de répondre que les Japonais ne pouvaient contraindre un gouvernement fantôme à faire respecter ses engagements et à assurer dans son domaine la police nécessaire à la protection des ressortissants du Japon, si celui-ci ne frappait à l’endroit où le fantôme a un semblant de réalité.Le boycottage des marchandises japonaises et la propagande hostile faite dans le port international de Shanghaï, le plus actif, véritable porte d’entrée du marché chinois, affectaient considérablement le Japon.Cela ne constituerait-il pas dans nos pays à culture occidentale une invitation à la guerre ?Il est peut-être prématuré de porter un jugement sur les véritables responsables du conflit actuel ; il doit être permis cependant d’avancer qu’entre un gouvernement désordonné, incapable, anarchique, que des bandes indisciplinées tiennent constamment sous leurs menaces, et d’autre part une nation forte et progressive, appliquant son intelligence au développement rationnel des territoires qu’elle occupe, ce sera la seconde qui sauvegardera le mieux la civilisation.Quelle est alors la cause de cette sorte d’anathème qui des quatre points du globe est jeté sur le Japon?Jusqu’à quel point les représentations faites par certaines nations sont-elles dictées par un souci d’humanité ?N’est-ce pas plutôt parce que l’industrie, le commerce nippons deviennent de plus en plus une gênante concurrence ?Et tel État qui depuis un siècle affiche (quand cela fait son affaire) cette fameuse doctrine “ L’Amérique aux Américains ” voit d’un mauvais œil prendre forme ce corollaire “ L’Asie aux Asiatiques ”, tandis que tel autre, qui a tant blâmé l’impérialisme des tsars, voudrait voir se réaliser le rêve séculaire des débouchés sur le Pacifique ! Il n’est pas jusqu’à cette ancienne alliée du Japon, qui, craignant la prépondérance que celui-ci pourrait avoir en Asie, ne s’inquiète pour son marché des Indes et son Dominion austral.Tout cela les Chinois, rusés, madrés, retors, le savent bien ; ils en usent encore mieux.Ils tirent savamment les ficelles de la diplomatie, et les campagnes de presse que l’on nous sert (1) Georges Oudard, dans la Revue hebdomadaire du 12 décembre 1931, portait à 352 le nombre des attaques dirigées contre le chemin de fer mandchourien, durant l’année 1930.Le Canada français, Québec, niai 1932. 730 CHINE ET JAPON en leur faveur, s’inspirent de leur esprit cauteleux.Mais les Japonais, instruits par leur précédente expérience, ne laisseront pas échapper, comme en 1895, les fruits de leur travail et de leur persévérance.Les sommes énormes qu’ils ont investies en Mandchourie, leur action pacificatrice en Corée, m’amènent à appliquer au Japon ce conseil que Maspéro donne au gouvernement français dans la conclusion de son magnifique ouvrage : “ Il tirera plus de profits, matériels autant que moraux, à faire de la Chine une grande nation, qu’à contribuer à sa ruine et à son morcellement au prix de quelques lambeaux de territoire.” Raymond Tanche, docteur es sciences politiques, économiques et sociales.Ls Canada français, Québec, mai 1932.
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