Le Canada-français /, 1 avril 1932, Notes et commentaires
NOTES ET COMMENTAIRES Une Reine qui n’abdique pas Cette Reine, c’est la Philosophie thomiste.L’anarchie intellectuelle de l’époque contemporaine avait tenté des efforts prestigieux pour la détrôner.Combien de ses sujets, jadis fidèles, paraissaient lui avoir tourné le dos ! Mais cette Reine a trouvé d’illustres défenseurs.L’année 1931 a vu paraître, à Rome, un document dont l’importance ne peut encore se mesurer de façon adéquate.Je veux parler de la Constitution Apostolique Deus Scientia-rum Dominus, dont la publication était attendue avec impatience dans les milieux catholiques intellectuels.Ce document — vraiment magistral — rétablit dans ses droits la Philosophie scolastique, la Philosophie catholique, la Philosophie du Docteur Angélique, saint Thomas.A la Faculté de Philosophie, on exposera la philosophie scolastique, de maniéré que les auditeurs en possèdent une synthèse complète et rationnelle, suivant la méthode et les principes de saint Thomas d’Aquin.A la lumière de cette philosophie, on étudiera et jugera les divers autres systèmes philosophiques.(Constit.Apost., art.29, c.) Au reste, cette Philosophie ne sera plus chose morte : les leçons théoriques devront être complétées par des exercices pratiques de toute sorte, si bien que les élèves, au bout de quatre années d’études, seront en état, connaissant à fond la doctrine, de l’expliquer clairement et de la défendre efficacement, aussi bien dans la langue maternelle qu’en latin.Bien propres à vivifier l’enseignement sont, d’une part, 1 Introduction générale à la Philosophie, et, d’autre part, 1 Histoire de la Philosophie.L’ordre même à suivre dans 1 expose des diverses parties de la philosophie contribuera largement à en féconder l’enseignement.Bien vivante, la Philosophie sera aussi de belle humeur ; elle ne boudera pas, ou elle ne boudera plus, la science.En effet, les matières auxiliaires, qu’il faut enseigner avec la Lu Canada français, Québec, avril 1932. 666 NOTES ET COMMENTAIRES Philosophie, sont la psychologie expérimentale, et des questions scientifiques telles que la biologie, l’anthropologie, les mathématiques, la physique, la chimie.La traduction française que nous avons sous les yeux traduit le mot latin auxiliares par secondaires ; mauvaise traduction, croyons-nous, puisque le texte de la constitution définit les disciplina auxiliares: “ quæ ad principales bene tractandas necessariœ sunt'\ c’est-à-dire, “ celles qui sont nécessaires pour le bon enseignement des principales ” ; notre mot “ secondaire ” rend mal l’idée du Souverain Pontife, car, pour le dictionnaire français, secondaire est accessoire et ne fait qu’accompagner le principal ; l’idée de connexion nécessaire paraît donc écartée du contenu du mot secondaire.Quant aux matières “ spéciales”, — qui “ complètent et de quelque façon perfectionnent les matières principales et les matières auxiliaires”, -— elles comprennent, outre des questions de philosophie proprement dites, la biologie générale, les mathématiques supérieures, etc.Ainsi donc il ne sera plus permis aux professeurs de Philosophie de mépriser les Sciences, ni aux professeurs de Sciences de mépriser la Philosophie, attitude qui n’était pas rare, hélas ! Le Souverain Pontife insiste fortement, aussi, sur la nécessité de former les élèves à la recherche et à l’interprétation des sources, ce qui est un procédé scientifique de première importance.Voilà donc un excellent mariage entre la Philosophie et la Science ! Voilà comment le Pape entend remettre sur son trône la saine Philosophie ! Après la voix du Souverain Pontife, écoutons celle du nouvel Archevêque de Québec, Son Excellence Monseigneur Rodrigue Villeneuve.Dès son arrivée à Québec Mgr Villeneuve adressait à ses diocésains un mandement fort significatif.Devenu, par son élévation même, le Grand Chancelier de l’Université Laval, Mgr Villeneuve consacre une partie de son mandement à cette Université.Citons le passage.Avant tout, écrit-il, nous songeons à l’Université qui porte le nom de l’illustre et pieux Fondateur de l’Église de Québec.Nous continuons de penser que les Universités sont les cerveaux des nations, lesquelles, pour rappeler le proverbe réaliste, comme le Lu Canada français, Québec, avril 1932. NOTES ET COMMENTAIRES 667 poisson se corrompent par la tete.Nous souhaitons voir notre Université catholique poursuivre à pleines voiles sa course sur les flots du progrès, toujours guidée par l’étoile polaire de la vérité religieuse et la boussole du sens chrétien.Nous sommes bien assuré que dans la mesure où nos chefs sociaux seront tels par une culture supérieure, profonde, consciente, libre, se mouvant à l’aise dans l’atmosphère des principes, ni satisfaits du Magister dixit ni intempérants et frondeurs à l’égard de l’auguste vérité, dans cette même mesure l’ordre social sera protégé, l’ordre chrétien demeurera inexpugnable chez les nôtres.Car, selon l’angélique Docteur : Superiores homines, ad quos pertinet alios erudire, dehent habere pleniorem notitiam de credendis (Somme Théologique, II-IIæ, q.2a, a.6 in fine).Nous le déclarerons honnêtement, il ne Nous paraît pas qu’on puisse arriver à ce résultat essentiel, sans poser à la base de toute formation supérieure de l’esprit les données de la philosophie thomiste.Non que Nous méprisions les autres systèmes de la pensée chrétienne, si riches de trouvailles intellectuelles, et des plus propres à ouvrir des perspectives nouvelles et parfois indéfinies dans les profondeurs de la vérité.Mais Nous croyons, avec les Souverains Pontifes, que le thomisme s’édifiant sur le terrain du sens commun, porte ses sommets dans les hauteurs de la spéculation rationnelle, plus audacieux, plus droit et plus solide que tout autre système.Ce qui ne suppose ni exclusion ni cantonnement.L’Eglise ne renonce à nul de ses docteurs et elle ne repousse rien de ce qu’ils lui ont apporté en perles de vérité.Mais elle juge que le Docteur commun les a plus sûrement discernées et plus parfaitement serties, ces perles, et que dans ses mains, elles doivent servir de norme pour en apprécier partout ailleurs et la valeur et la qualité.Nous savons bien que Nos efforts pour éclairer, consolider et étendre le haut enseignement chrétien auront ensuite leur répercussion naturelle sur tous les autres degrés de l’éducation, problème vital pour l’Église comme pour les sociétés.Ce soin donné à l’œuvre universitaire et éducatrice serait-il donc sans efficacité pour la conservation des mœurs ?Nullement, à coup sûr.Il y a sans doute distinction entre l’intellectualisme et la sainteté, mais quand l’intellectualisme est irradié et embrasé par une foi profonde et vivante, la charité surnaturelle qui nourrit les vertus en résulte normalement.De nos jours, les esprits ne sont pas moins malades que les cœurs.Toute réforme morale a besoin, pour être durable et résister à l’entraînement commun, d’être appuyée sur des convictions fermes et des notions éclairées.Nous devions à ce texte l’hommage d’une citation complète.Ainsi, selon cet éminent personnage, il faut “ poser à la base de toute formation supérieure de l’esprit les données de la philosophie thomiste Le Canada français, Québec, avril 1932. 668 NOTES ET COMMENTAIRES Notre Université a instauré la philosophie thomiste dans sa Faculté des Arts, et cela a une epoque déjà assez éloignée.Si elle avait besoin d une justification, elle la trouverait donc et dans les affirmations du Souverain Pontife, et dans les encouragements de l’Archevêque de Québec.Cependant, l’Université Laval ne saurait se reposer smses lauriers.Dès que parut la Constitution Apostolique, elle s émut et résolut de porter à un niveau encore plus élevé son enseignement philosophique.Elle avait déjà une École Supérieure de Philosophie.Cette École, elle l’élève au rang d Institut Supérieur et lui donne le programme même de Rome.Son désir est de former, par cette École, une véritable élite intellectuelle.Cette démarche est de nature à remettre la Philosophie à sa vraie place, qui est la première.Mais voici un troisième témoignage.En juillet dernier (1931) l’Association Pax Romana tenait un congrès à Fribourg.Devant les Étudiants catholiques qui y étaient réunis, un professeur de Philosophie de l’Université de Munich, D.von Hildebrand, prononçait un discoms fort remarquable, auquel le Bulletin de l'Institut Catholique de Paris (déc.1931) fait l’honnem d’une citation presque in extenso.Ce savant professem prit pom thème de son discoms “ l’idée d’Université Catholique ”.La citation du Bulletin est trop longue pour que nous songions à la reproduire ici, en dépit de sa haute portée.M.Hildebrand établit d’abord quelle doit être l’attitude de l’esprit humain en face de la vérité ; il condamne certaines théories comme le volontarisme, l’indolence intellectuelle, l’orgueilleux pédantisme, l’hostilité, le défaitisme.La vraie disposition, en face de la vérité, doit être faite de respect, de désir ardent, de réceptivité ; elle correspond à ce que Platon appelle le davpaÇeiv, c’est-à-dire {’étonnement, l’admiration, la cmiosité respectueuse.Or, cette attitude est rendue particulièrement facile au catholique qui accepte la Foi et le Surnaturel dans leur plénitude.On peut concevoir un type de savant, soi-disant catholique, qui prenne, à l’égard de la vérité, une attitude très fausse, précisément parce qu’il est trop peu catholique.Entre un savant ou penseur catholique et un penseur et savant qui, par surcroît, est catholique, il existe une énorme différence.L* Canada français, Québec, avril 1932. NOTES ET COMMENTAIRES 669 Une grande partie des chercheurs catholiques se sont laissé imposer par l’Université libérale moderne l’idéal de la pseudo-absence de préjugés.Sitôt qu’ils font des recherches scientifiques, et, afin de rester “ objectifs ” et exempts de préjugés dans leur travail scientifique, ils se croient obligés d’oublier qu’ils sont catholiques.Us renoncent artificiellement à l’immense avantage qu’ils possèdent comme catholiques.Le catholique ne doit jamais se libérer artificiellement de la base qui lui a été donnée par le lumen supernatural.Bien plutôt, et dans l’intérêt d’une connaissance vraiment exempte de préjugés, objective et sincèrement scientifique, il ne saurait trop se laisser former par la Révélation, sur le terrain de sa position de principe, ni être assez catholique.Dès lors, la nécessité d’avoir des Universités catholiques est une exigence que nous formulons et que nous devions formuler au nom même de la connaissance vraiment adequate et objective.Ce passage montre déjà, à son tour, l’importance primordiale de la Philosophie dans une Université catholique, et la nécessité d’une Philosophie imprégnée, pour ainsi dire, du surnatuel.Et c’est bien le cas de la Philosophie thomiste, ce qui nous ramène au thème de ces notes.Il importe donc que la Philosophie thomiste, scolastique, catholique, soit dans une Université catholique une Reine qui exerce une réelle autorité : sur les esprits, sans doute , sur les cœurs et les volontés aussi ; que l’atmosphère même de l’Université soit imprégnée de cette Philosophie ; que l’Université catholique ne soit pas seulement “ une réunion de chercheurs et de savants catholiques, mais une atmosphère pleine du Christ,.un milieu dominé par la prière,.une structure.saturée de catholicisme.Il faut que les étudiants y respirent de Pair catholique, le sens catholique qui leur donne des ailes et fasse d’eux des hommes de désir ardent, opposés au pédantisme, humbles et croyants, métaphysiquement vaillants.L’Université catholique.ne doit laisser sortir de ses murs aucun étudiant qui n’ait une profonde formation religieuse, tant dogmatique que liturgique.” Ces nobles paroles s’accordent admirablement avec la devise du nouveau Chancelier de l’Université Laval, Docere quis sit Christus.Et en dispensant cet enseignement notre Université se doit d’être fidèle à sa propre devise, qui est d’exceller : Haud pluribus impar! Le Canada français, Québec, avril 1932. 670 NOTES ET COMMENTAIRES Critique de l’enseignement supérieur L enseignement supérieur n’échappe pas à la critique.Le poste qu’il occupe et qui en fait presque nécessairement une cible, le caractère d’entreprise publique dont il est forcément marque, tout, en un mot, l’expose à la critique.Nous ne chercherons pas à dire, ici, que les critiques de notre enseignement supérieur sont toutes mal venues.Il faut s attendre à ce que les universités souffrent d’imperfections, voire de défauts, lot inamissible de la nature humaine, même lorsqu elle porte le caractère sacramentel le plus élevé.Cependant, il est permis de discuter la justesse des critiques.Bien plus, on peut se demander si elles partent d’un bon esprit.Ce qui frappe, dès l’abord, dans la formule qui enveloppe les critiques de notre enseignement supérieur, c est que nos Aristarques et nos Zoïles laissent entendre que notre province a le monopole des déficiences.Et comme la rovidence nous a faits voisins d’un grand pays, on ne manque pas de tendre le doigt par-dessus la frontière, ou de percer du regard sa mathématique transparence, pour crier ensuite : Voyez donc les États-Unis, voilà votre modèle.Tout cela dénote une belle assurance, mais une assurance qui plane bien haut au-dessus de la réalité.Pour s’en convaincre, il suffit de tendre l’oreille à ce qui se dit, précisément au-delà du quarante-cinquième degré de latitude.J’ai sous les yeux une revue américaine, Peabody Journal of Education (juillet 1931).Le premier article a pour titre : Adverse Criticisms of Higher Education.L auteur, C.W.Martin, indique d’abord ses sources : ce sont des publications mensuelles ou hebdomadaires, pour la plupart ; il y en a 37 en tout.Seize d’entre elles sont des revues ou magazines d’intérêt général, tels Atlantic Monthly, Harpers, Literary Digest, Nation, New Republic, Outlook, Scribners, etc.Les autres, — vingt et une, — sont des revues éducationnelles, les plus représentatives, en somme : Association of American Colleges Bulletin, American Association of L mversity Professors Bulletin, Association of American Universities Bulletin, etc.Les numéros où ont été puisées les critiques de l’enseignement supérieur sont ceux des années 1927, 1928 et 1929.Notez ces années, elles sont d’importance, car les publica- Le Canada fbançais, Québec, avril 1932. NOTES ET COMMENTAIRES 671 lions américaines de 1930 et 1931 sont imprégnées d’un visible pessimisme.Les critiques, bien que formulées de diverses façons, se ramènent à des chefs faciles à classer ; il y en a trente-sept qui sont d’inégale fréquence, et qu’on peut grouper sous huit titres plus généraux, à savoir : instruction, méthodes pour mesurer la valeur de l’enseignement, programmes administration, formation des professeurs, travail personne des élèves, idéal, et divers autres sujets.Mais voyons le détail en indiquant la fréquence des cri 1-ques.Deux critiques dominent toutes les autres : 1) le mente des bons professeurs n’est pas suffisamment reconnu (32 fois) • 2) les cours etl’enseignement supposent trop que tous les jeunes gens ont l’esprit coulé dans le même moule (32 Près de ces deux griefs se placent deux autres, marchant aussi de pair : 3) les méthodes ne sont pas au point ; 1 eleve est trop passif (22) ; 4) manque de formation appropriée chez les professeurs (21).Viennent ensuite : 5) médiocre organisation des cours, qui empiètent l’un sur l’autre, ou qui se répètent inutilement dans des départements voisins (16) ; 6) insuffisance de direction pratique de la part des professeurs à l’égard des eleves (15)., 10 ., Notons encore, avec une fréquence respective de 12 et de 11 fois : 7) les professeurs des classes “ freshmen et “sophomores”—Belles-Lettres et Rhétorique dans notre système — sont, pour la plupart, sans formation et sans expérience ; 8) les programmes du “ College ” ne distinguent pas assez entre “ graduate and under-graduate work .Dans le groupe suivant, on trouvera : 9) attache excessive aux “ traditions ” (9 fois) ; 10) programmes trop chargés ; il faut viser à la qualité plus qu’à la quantité (8 fois) ; 11) on dépense trop d’argent pour l’édifice et l’ameublement, on n’en dépense pas assez pour l’enseignement proprement dit (7 fois) ; 12) dans le choix des professeurs on donne trop d’importance aux degrés obtenus et on ne considère pas assez la valeur réelle de l’homme (7 fois) ; 13) les conditions pour l’admission aux études sont défectueuses (7 fois) ; 14) le but que se proposent les Collèges varie, confusément, de l’un à l’autre (7 fois) ; 15) exigences arbitraires et d’ordre quantitatif surtout (7 fois).Le Canada français, Québec, avril 1932. 672 notes et commentaires La fréquence des autres critiques s’échelonne de 6 à 1 • notons-les dans leur ordre: 16) trop de spécialisation chez les professeurs et manque d’étude de la psychologie pédagogique (6) ; 17) le système d’options, les cours, les points, tout pousse l’élève à se bourrer le crâne (6) ; 18) on induit hâtivement les élèves à faire de la recherche et à publier des résultats, au détriment de la formation générale (6) ; 19) un bon nombre de professeurs, qui ont reçu une bonne °™at‘°"’ ne l’utilisent pas dans les classes qu’on leur confie (5) ; 20) 1 enseignement est trop théorique (5) ; 21) l’établissement des “junior colleges” est une menace pour les maisons de culture ” et une poussée vers l’étatisation (5) ; 22) manque de coopération entre les divers départements ou Facultés (4) ; 23) les “ high schools ” et les “ colleges ” empiètent les uns sur les autres (4) ; 24) les professeurs n’ont pas assez de contacts avec les élèves (4) ; 25) le “ Doctorate in Philosophy ” est démodé : on y fait trop de place à la recherche ” et aux langues “ et on néglige l’aptitude à enseigner’ (3); 26) il faudrait un “directeur des études” dans chaque Faculté (3) ; 27) excès de paperasserie administrative (3) ; 28) les professeurs à qui l’âge, l’expérience et la science permettent de donner le meilleur enseignement sont précisément ceux qui en font le moins (3) ; 29) professeurs et élèves sont trop académiquement guindés par les exigences règlementaires (3) ; 30) les tests ou mesures ne sont pas au point; on en fait trop ou trop peu (3) ; 31) dans la formation du professeur on néglige la vraie culture pour favoriser la spécialisation (3) ; 32) chez certains professeurs on trouve des tempéraments et des défauts que leurs qualités ne contrebalancent pas (3) ; 33) dans la formation du professeur de ‘ College ”, on ne songe pas assez à ses besoins particuliers (2) ; 34) on abrège la journée scolaire pour accommoder les professeurs et, par là, on crée de fâcheux conflits (2) ; 35) la vie de Collège exerce sur les élèves une influence fâcheuse, corruptrice, et l’exemple de quelques professeurs ajoute au mal (2) ; 36) l’éducation donnée par le Collège américain est bien imparfaite (2) ; 37) certains professeurs gouvernent leur département de façon tout à fait inefficace (1).Tel est le bilan des critiques.On pourrait ne pas s’en émouvoir si elles venaient seulement du grand public.Mais ce n est pas le cas.Plus des quatre-cinquièmes viennent du Le Canada ebançaib, Québec, avril 1932. NOTES ET COMMENTAIRES 673 personnel même des Universités et des Collèges.Elles méritent donc qu’on s’y arrête sérieusement.De toute évidence les Américains ne sont pas contents d’eux-mêmes, et, lorsqu’il s’agit d’éducation et d’instruction, ils ne réclament ni le “ biggest ”, ni le “ largest ”, ni le “ highest ”.Ils sont.comme nous ! C’est-à-dire imparfaits et perfectibles à la fois.Qu’on lise bien cette litanie de critiques : n’est-ce pas ce qu’on reproche, ici même, à nos collèges et à nos universités ?Sont-ils, pour autant, à livrer au pic du démolisseur ?Ou faut-il, le front rouge de honte, ne plus se présenter dans l’assemblée des nations ?Non, le mal n’est pas si grand, ni si unique.Il faut regarder froidement la situation, aviser aux moyens de progrès, sans se faire esclaves de la “ tradition ”, mais sans se donner des airs de révolutionnaires.A lire les publications françaises et anglaises, on récolte même impression : partout on critique, parfois avec raison, souvent à tort.Il ne faut pas s’en émouvoir outre mesure.On pourrait même s’en réjouir.En effet, la critique tient en éveil, elle empêche la routine, elle stimule les activités, elle est une condition indispensable du progrès.pourvu qu’elle soit juste.Or, pour ce qui nous concerne, il est certainement injuste de nous présenter, comme des modèles parfaits, des pays qui sont les premiers à battre leur coulpe, et à la battre.trente-sept fois ! Requies Sabbati sanctificata est Domino.C’est un passage tiré de l’Exode (16, 23).Pour nous, chrétiens, le Sabbat, c’est le Dimanche, et nous avons l’impérieux devoir de le sanctifier.Parmi les douloureux indices de la baisse de l’esprit religieux dans notre Province, il en est un dont le scandale dépasse, croyons-nous, tous les autres, c’est la profanation du Dimanche.Pour un très grand nombre de chrétiens, le dimanche est pire qu’un jour ordinaire, et il a fallu une Ligue du Dimanche, une Semaine du Dimanche, pour tenter une réaction.Cette année, la Semaine du Dimanche va du 1er au 8 mai.Nos lecteurs nous permettront de leur adresser un très pressant appel à ce sujet.Professeurs, professionnels, et Le Canada français, Québec, avril 1932. 674 NOTES ET COMMENTAIRES autres, se targuent volontiers de constituer une élite, c’est-à-dire un groupement de “ choix ” ; ils doivent donner aux autres l’exemple, le bon exemple, celui de la sanctification intégrale du Dimanche.Un point sur lequel il faut attirer leur attention, c’est celui des jours de congé passés dans la forêt.Deux observations s’imposent : 1.— S’il est admis qu’on peut, à l’occasion, passer un dimanche dans les bois, et manquer au devoir dominical, il convient d’ajouter que ces sorties ne doivent pas avoir un caractère de périodicité régulière.J’excepte, naturellement, les cas de mauvaise santé ou de fatigue excessive.2.— D’autre part, il faut, même dans les forêts, sanctifier le dimanche.Il est des groupes de campeurs qui s’arrangent pour avoir fréquemment avec eux un prêtre ; il célèbre et pour eux et pour les bûcherons, colons ou employés qui se trouvent aux environs.C’est l’idéal.Un idéal qui ne serait peut-être pas si difficile à réaliser, si on y mettait de la bonne volonté.Et puis, il ne faut pas oublier que, même dans les forêts, reste en vigueur la loi de ne pas accomplir d’œuvres serviles.Qu’on chasse, qu’on pêche, qu’on excursionne, cela va bien.Mais qu’on fasse la provision de bois, qu’on accomplisse des réparations aux machines, aux canots, etc., cela ne va plus, à moins d’une grave raison d’urgence.Enfin, pourquoi des catholiques, et instruits, ne sauraient-ils pas, même au cœur de la forêt, sanctifier par quelque prière le jour du Seigneur ?La belle saison va commencer : que chacun prenne ses décisions en conformité avec le précepte divin et ecclésiastique de l’observance du Dimanche ! Arthur Maheux, ptre.Le Canada fbançais, Québec, avril 1932.
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