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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Chronique de l'Université
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1931-04, Collections de BAnQ.

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CHRONIQUE DE L’UNIVERSITÉ In memoriam.— Un centenaire.— Le communisme.— Nouveau professeur.— Grande force catholique.— En retraite.— Alleluia.— Pour finir.Depuis la dernière chronique les décès ont été nombreux parmi nos anciens.Le premier en date dont nous avons à déplorer le départ est l’abbé Wilfrid Gendron, professeur au collège de Sainte-Anne de la Pocatière, autrefois élève de la Faculté de théologie, mort le samedi, 28 février à l’Hôpital Sainte-Anne, Québec.Tout jeune, — il comptait six ans et quelques mois de prêtrise, — il aurait certainement pu espérer longue carrière.Mais, — il y en a tant de mais dans nos pauvres vies, — un banal accident eut facilement raison d’un état de santé loin d’être florissant.Devant la mort il a fait montre de la même générosité ardente qui fut la marque spéciale de sa courte carrière.Le 6 mars, à Saint Flavien, où il vivait retiré depuis quelques années, décédait M.l’abbé Ludger Pérusse, un vétéran du sacerdoce.Humble existence que la sienne.Bien fructueuse, pourtant ! C’est que partout et toujours il a accompli de son mieux ses devoirs de vicaire et de curé.Peut-on désirer davantage ?Il n’y a certainement pas de plus bel éloge que celui-là ! Le lendemain, à l’autre extrémité du pays, à Grouard, Alberta, est disparue une des plus belles, des plus intéressantes figures de notre siècle, Monseigneur Pierre-Émile Grouard, archevêque d’Égine, de la Congrégation des Oblats de Marie Immaculée.Lors du décès de ce grand, de cet illustre missionnaire, la presse a vanté unanimement ses vertus, ses talents, elle a éloquemment parlé de l’œuvre admirable qu’il a accomplie dans l’Ouest canadien.Soixante-neuf années durant, — il avait été ordonné prêtre en 1862, — il s’est dé- Chronique de l’Université 565 pensé tant et plus au soulagement spirituel et temporel des pauvres indiens.Après avoir tant donné, et pour cela, apparemment si riche au cours de son fructueux ministère, il est mort pauvre, très pauvre, ne possédant rien, rien! Mais il possédait les vraies richesses.Voilà qui fait toute sa grandeur.Un cœur vaste comme le monde, une intelligence éminemment supérieure, un jugement solide comme l’acier, une volonté de fer.Et surtout un amour inépuisable pour le bon Dieu et le prochain.Charité qui l’a fait quitter encore bien jeune son beau, son doux pays de France pour venir s’ensevelir dans les glaces des régions polaires.On vante les bienfaits de certains hommes publics.On chante leurs louanges sur tous les toits.On énumère avec un complaisant et visible plaisir ce qu’ils font pour leur race.Mais, sans comparaison toujours désobligeante, qui osera affirmer qu’une existence comme celle de Monseigneur Grouard est moins utile à la prospérité, voire matérielle, d’un pays que celle de ces hommes d’État qui méritent, sans conteste, toute notre reconnaissance.Il faudrait avoir la vue bien courte pour soutenir pareille affirmation.C’est que l’on oublie trop souvent tout le rôle, même économique, que joue la pratique des vertus chrétiennes.Rappelons qtie le bonheur temporel des peuples repose sur les vertus sociales, lesquelles, en définitive, se ramènent à la justice et à la charité.Or, le grand missionnaire, toute sa vie, a enseigné la pratique de ces importantes et fondamentales vertus.Aussi bien devons-nous le mettre aux rangs des plus efficaces agents de paix sociale qui soit.Autre preuve qu’il est digne de la reconnaissance de tous.Oui c’est notre élémentaire devoir de dire tout haut et bien fort les belles actions de cet illustre fils de Mazenod.A une époque où le matérialisme devient de plus en plus effronté et provocateur, il est bon qu’on ne laisse point dans l’ombre, où ils voudraient volontairement et chrétiennement rester, ceux qui, envers et contre tous, prêchent l’urgente 566 Le Canada français nécessité des forces spirituelles.Façon toujours la meilleure de réagir contre le néo-paganisme qui ne cesse d’être une menace pour notre monde.L’Université Laval compte avec un légitime orgueil Monseigneur Grouard parmi ses anciens élèves.Le cher défunt a fait ses deux dernières années de théologie à Québec, 1860-1862.Et la maison de campagne des Messieurs du Séminaire, au Petit-Cap, Saint-Joachim, est encore remplie du souriant souvenir du jeune oblat qui y passa les vacances de l’été 1861.Quelques jours après Monseigneur Grouard, s’éteignait pieusement à Rome, le T.R.Père Alphonse Lemieux, procureur de la Congrégation du Très Saint Rédempteur.Ancien élève, ancien professeur de la Faculté de théologie, il entra chez les Rédemptoristes en 1887,après de brillantes études à Rome et un fructueux enseignement qui donnaient beaucoup à espérer.Il fut au Canada, le premier provincial de sa congrégation.Et, en 1920, son général le manda à Rome pour occuper l’importante charge d’assistant-procureur, puis celle de procureur trois ans plus tard.Besogne qui convenait excellemment aux aptitudes rares et à la belle éducation du regretté défunt.On sait que cette fonction de procureur,— celle d’un ministre plénipotentiaire, — demande beaucoup de tact et de savoir-faire.Car le procureur est appelé à traiter toutes les affaires délicates de son Ordre auprès des Congrégations.Le T.R.P.Alphonse Lemieux était des plus qualifiés pour ce difficile ministère.Beaucoup d’entregent, une politesse exquise, fin au meilleur sens du mot, et puis, et surtout, c’est ce qui ne nuit pas, même en diplomatie, un grand, un incomparable esprit surnaturel, voilà qui lui a permis de s’acquitter on ne peut mieux de cette mission toute lourde de graves responsabilités.D’autres diront quel prêtre, quel religieux il fut.On remarquait que son extérieur ressemblait beaucoup à celui de saint Alphonse.On peut affirmer, avec encore plus de rai- Chronique de l’Universtié 567 son, qu’il a toujours scrupuleusement marché sur les traces de son illustre Père.Il était rédemptoriste jusqu’au bout des ongles.Aussi laisse-t-il à ses frères en religion et à tout le clergé l’exemple d’une vie éminemment religieuse, sacerdotale, entièrement dépensée au salut des âmes et à l’extension du règne de Jésus-Christ sur cette terre.Monseigneur Charles Dauray, décédé en son presbytère de la Paroisse du Précieux-Sang, Woonsocket, le 22 février dernier, n’était point, il est vrai, ancien élève de l’Université Laval.Tout de même, nous nous faisons un devoir de mentionner le décès de ce distingué compatriote qui a passé presque toute sa longue carrière sacerdotale, — cinquante-huit ans,— aux États-Unis.Là-bas il a continûment fait honneur à son pays d’origine.Gentilhomme, prêtre dans toute la force du mot, toujours, et au milieu d’inextricables difficultés, il sut rester à la hauteur de sa tâche et de sa sainte vocation.Inutile de dire que son grand esprit surnaturel, son dévouement pour les âmes lui ont assuré dans la Nouvelle Angleterre les éclatants et solides succès que son panégyriste, Monseigneur Camille Roy, sut si délicatement et si opportunément énumérer le jour de ses funérailles, lesquelles furent ni plus ni moins triomphales.L’Université Laval conservera longtemps le plus affectueux souvenir de tous ces chers défunts.Dans ses vieux murs, leur mémoire, parce que celle des justes, sera toujours en bénédiction : in memoria ceterna erit justus.* * * Le quinzième centenaire de la mort de saint Augustin a été célébré le jeudi soir, 12 mars, à l’Université Laval.Comme il convenait, la séance, spécialement préparée pour commémorer le grand docteur, était sous les auspices de la Faculté de théologie.Le programme comportait deux travaux intitulés : saint Augustin devant l’histoire et 568 Le Canada français saint Augustin et l’Ecriture Sainte, confiés à deux éminents professeurs de la Faculté, le premier, Monseigneur J.-N.Gignac, P.D., le deuxième, M.l’abbé Charles-Omer Garant.Deux conférences de haute tenue littéraire, fortement charpentées et documentées, suivies très attentivement par le nombreux auditoire venu pour entendre parler de l’illustre évêque d’Hippone qui est toujours d’une actualité prenante.Dans certains milieux on pourra peut-être douter de la modernité croissante de saint Augustin.Quoi, ce vieil évêque mort depuis quinze cents ans, qui, toute sa vie a combattu des hérésies dont on ne mentionne même plus le nom, tant elles sont oubliées ! Vraiment, manichéens et donatistes, en tant que tels, ne font guère parler d’eux par le temps qui court.Mais leurs erreurs, avouons-le sans crainte, toujours persistent, toujours s’enfiltrent dans tous les domaines de la pensée contemporaine, et toujours aussi, malheureusement, comptent des adeptes dévoués et fervents.J’en appelle au témoignage d’un auteur très moderne, très à la page, Giovanni Papini, lequel vient d’écrire la vie de saint Augustin.Retenez bien ce passage.Si je vous dis qu’Augustin a passé la moitié de sa vie à se colleter avec les manichéens, les donatistes et les pélagiens, vous respirez comme une odeur d’ennui et vous avez envie de sauter des pages ; mais si j’ajoute qu’en réalité Augustin a combattu les théosophes, les protestants et les romantiques, aussitôt vous dressez l’oreille : vous voilà en pays de connaissance.Remplacez donc, — comme il est légitime de le faire, avec toutes les précautions et les réserves voulues, — Manès par Mme Blavatsky, Donat par Luther et Pélage par Rousseau, et vous sentirez que les luttes et les polémiques d’Augustin ne sont pas les souvenirs glacés d’une vie morte, mais qu’ils sont bien, comme on dit, d’actualité.En racontant les premières erreurs d’Augustin, vous avons déjà vu que le manichéisme n’est, — autour de l’ancien dualisme zoroastrien, — qu’un mélange informe de religions et de philosophies de provenances diverses.Comme la théosophie se fait boudhiste en Asie avec Mme Blavatsky, et chrétienne en Europe, avec Steiner, ainsi le manichéisme se colore de boudhisme en Chine, Chronique de l’Université 569 de christianisme en Occident.Théosophie et manichéisme ont tous deux l’astuce d’endormir le remords en ôtant à l’homme la responsabilité directe de ses actes pervers, pour l’attribuer en revanche, ici à l’invincible Dieu des ténèbres, là au karma, c’est-à-dire aux conséquences d’existences antérieures.Mais où le manichéisme ressemble le plus à la théosophie, c’est dans la composition : Épiphane de Salamène le définit une “ hérésie polycephale , et ce nom conviendrait assez à la mixture asiatique de Mme Bla-vatsky et de ses continuateurs.Quant au dualisme manichéen, nous le retrouvons chez d’autres hérétiques modernes, par exemple chez Renan qui concevait la religion comme une conquête progressive de l’idéal sur la matière et l’animalité, du principe de lumière sur le principe des ténèbres.Et ces reflets de 1 Avesta, nous les retrouvons, sous un autre aspect, chez Nietzsche, qui n’a pas en vain donné au vociférateur de ses préceptes orgiaques le nom de Zarathoustra.Très actuel saint Augustin ! C’est donc rester dans le ton de notre siècle, au diapason des exigences de notre temps que de solenniser la mémoire de l’immortel auteur de la Cité de Dieu.A cette soirée présidée par S.E.le Cardinal Rouleau, archevêque de Québec, le Doyen de la Faculté, Mgr L.-A.Pâquet prononça une courte et brillante allocution pour dire toute l’opportunité de pareille célébration.Puis, Son Éminence de clore cette intéressante et théologique séance en tirant quelques leçons de la vie d’Augustin, leçons tout à la portée des auditeurs, jeunes et vieux, laïques et ecclésiastiques.* * * Le communisme, le bolchévisme est à l’ordre du jour.Il y a de quoi ! On ne cesse de le répéter, c’est la plus grande menace du monde contemporain.Et vraiment, y eut-il jamais, au cours des siècles, théorie, doctrine, aussi subversive ?Nous ne le croyons pas.Du bolchévisme, comme du .570 Le Canada français modernisme, on peut dire avec Pie X, que c’est “ le rendezvous de toutes les hérésies Le jeudi soir, 5 mars, M.l’abbé Édouard Lavergne, curé de Notre-Dame-de-Grâce, a donné, sur cette question, une captivante et très personnelle conférence aux élèves du Petit et du Grand Séminaire.Ses conclusions, toutes pratiques et fort originales, ont fait ouvrir les yeux à plusieurs.Il est bon que les jeunes, si heureux à leur âge, sachent que dans le monde, où trop souvent ils se laissent vivre, il y a des causes profondes, agissantes, de perturbations qui leur rendront la vie joliment dure s’ils ne sont point préparés à faire face à tous ces ennemis de leur foi, de leur religion, de leur race, qui les entourent et les endorment ! Savoir c’est pouvoir, disait François Bacon.Aphorisme devenu vérité banale, vérité de LaPalice, presque.Raison nouvelle pour que les jeunes apprennent de plus en plus afin de pouvoir de mieux en mieux.M.l’abbé Lavergne a répété sa conférence au radio, le dimanche suivant.Et, le jeudi matin, 19 mars, M.l’abbé Georges Savard, professeur d’histoire à l’Université, faisait à son tour devant les élèves du Grand Séminaire le récit du fameux dumping russe.Dans un travail très documenté et très à jour, le distingué professeur sut montrer à son auditoire tous les dangers de cette entreprise soviétique pour les nations civilisées.Cette conférence donnée sous les auspices du cercle des études sociales, plusieurs ont exprimé le désir qu’elle soit publiée.En effet, il faudrait qu’elle sorte du cadre par trop limité où elle a été entendue.Condition sine quâ non, est-il besoin de le dire, pour qu’elle ait toute la notoriété qu’elle mérite.Ce même sujet a été traité dans deux conférences publiques, les 10 et 20 mars, à la salle des Promotions de l’Université par M.l’abbé Alphonse Fortin, licencié en histoire, professeur au Séminaire de Rimouski.La réputation d’historien de l’éminent professeur a depuis longtemps franchi les murs de la maison où tout modeste- Chronique de l’Université 571 ment, comme tant d’autres, il enseigne à des jeunes écoliers, l’espoir de demain.Mais malgré cela, des articles de journaux sortis de sa plume pas assez féconde, et pourtant bien aiguisée, ont fait savoir à plus d’un que Rimouski possédait un maître en Israël, lequel doit et devra faire bénéficier un plus grand nombre de ses vastes connaissances historiques.Sans compter qu’à ses rares talents de plume, M.l’abbé Fortin joint une voix superbe, musicale, avec un verbe varié, châtié et des plus distingués.C’est dire qu’il a intéressé et instruit son très nombreux auditoire de Québec.Et ceux qui ont eu la bonne fortune de l’entendre savent maintenant à quoi s’en tenir sur les causes véritables du bolchévisme dont on parle tant, et surtout, ils connaissent mieux ce fameux Lenine, l’auteur, au fond, de tout ce mal dont souffre notre époque.Lenine ou le mouvement, tel est le titre d’un livre que Pierre Lafue vient de consacrer au fondateur du bolchévisme.En épigraphe, il cite une pensée du grand dictateur: “ Périr, ou s’élancer en avant, à toute vapeur, telle est la devise de l’histoire.” Une volonté inouïe ! Voilà le moyen dont s’est avant tout servi Lenine pour arriver à ses fins.Il a renoncé à son métier d’avocat, à toute étude particulière, à l’art, à sa famille, à l’amour.Qui dira ce que sont déjà ses sacrifices ! Ce qu’il n’a pas appris encore, il l’ignorera toujours.S’il n’a pas aimé, il n’aimera jamais.Il s’offre déjà à nos regards sous l’aspect sommaire et incomplet qu’il gardera presque jusqu’à la dernière minute.Un formidable lutteur sans doute, mais à peine un homme.A peine un homme ! Et, au dire encore de M.Lafue, c’est à cause de cela qu’il a rencontré sur son chemin un adversaire invincible, un obstacle insurmontable.L’histoire lui a opposé un adversaire dont on ne triomphe pas, celui qu’il avait ignoré : l’homme et ses habitudes, l’homme avec ses instincts et ses préjugés, l’homme réel qui n’a rien de commun 572 Le Canada français avec la marionnette abstraite qui se pliait si aisément aux exigences du Système.Même procédé chez tous les idéalistes, chez tous les idéologues de toute école.Systèmes sur systèmes, théories sur théories enfilées à la queue leu leu dans d’énormes bouquins.Et pour qui ?Pour des êtres rêvés, des êtres imaginaires diamétralement opposés à l’homme tel qu’on le rencontre sur la rue.Mais n’empêche que ces fausses théories finissent toujours par descendre plus ou moins dans le domaine du concret où elles font de nombreuses, très nombreuses victimes.Elles se jugent surtout par leurs fruits.Puis pour les combattre avec avantage et succès il est nécessaire d’employer les même armes.Les bolchévistes mènent une ardente campagne d’éducation.Donc, même méthode de notre côté ! C’est pourquoi le Pape actuel demande tant et plus de faire l’éducation sociale des jeunes, et surtout des jeunes clercs, appelés demain à être les guides du peuple, du peuple qui souffre et qui peine, du peuple trop exigeant parfois, sans doute, mais qui doit être éclairé à bon escient, si on le veut préserver du poison marxiste dont il ne semble pas assez se défier à certains jours.Il faut savoir gré à Mgr Camille Roy, l’éminent Directeur de l’École Normale Supérieure, d’avoir mis au programme de l’École pour cette année des conférences sur le communisme.Après les vivantes leçons du distingué professeur de Rimous-ki, nous comprenons mieux pourquoi Lenine a été comparé à une locomotive ! Car toute sa vie “ il a agi avec impétuosité.Il ne s’est arrêté que devant l’humanité dont jamais il n’a compris l’âme.” Bis repetita placent.* * * Toutes nos amicales et fraternelles félicitations à M.l’abbé Ferdinand Vandry, professeur de théologie dogmatique, Chronique de l’Université 573 chargé du cours de droit public de l’Église à la Faculté de droit en remplacement de M.l’abbé J.-E.Grandbois, qui a démissionné pour cause de santé.On sait tout le succès remporté par M.l’abbé Grandbois durant les quinze années de son enseignement.Sa parole facile, distinguée, sa phrase élégante, sa science si à jour, si à point, son intarissable érudition, voilà qui charmait et intéressait les nombreux élèves qui se sont succédé à son cours.Aujourd’hui, dispersés un peu partout, ils se rappellent avec reconnaissance ces doctes leçons qui les ont convaincus pour toujours de la supériorité de la société religieuse, de son rôle nécessaire, de prime importance dans le monde.Ces leçons leur ont aussi de nouveau appris que l’Église et l’État doivent vivre en parfaite harmonie, comme le veut d’ailleurs leur constitution réciproque, harmonie qui est la base de la tranquillité, de la paix, donc, du bonheur des nations.M.l’abbé Vandry est le digne successeur de son ancien maître.11 est on ne peut plus qualifié pour remplir à la satisfaction de tous ce poste de confiance que viennent de lui assigner les autorités de l’Université.* * * Monseigneur L.-A.Pâquet, doyen de la Faculté de Théologie, a mis en brochure les quelques articles qu’il a publiés dans la Semaine Religieuse de Québec, sous la rubrique d’une grande force catholique et nationale.Sujet qui n’est point nouveau ! Mais dont il parle encore, comme il le déclare tout au début, parce que “des circonstances graves, des sentiments et des désirs auxquels ” il ne peut pas “ ne pas déférer ”, l’engagent “ à y revenir ”.On l’a deviné.Il s’agit du bilinguisme chez nous, et plus particulièrement de notre langue.Thèse démontrée cent fois ! Au Canada il y a deux langues officielles: la langue française, 574 Le Canada français la langue anglaise.Toutes deux sont sur un même pied d absolue égalité.Hélas! on semble encore en douter.Et 1 éminent théologien de Laval, champion reconnu, autorisé, écouté, de toutes les causes qui nous sont chères, reprend la plume pour traiter un sujet auquel il a déjà consacré ses meilleures pages.Que voulez-vous ! “ Des circonstances graves ’ l’y obligent.Et aussi, “ des sentiments et des désirs auxquels il ne peut se soustraire réclament encore son nécessaire concours.Ces pages lumineuses, objectives, ramassent en une puissante synthèse tous les arguments en faveur du bilinguisme, et surtout, de la langue française.Nous citons sa conclusion.Des diverses nationalités qui composent notre pays, il n’en est pas de plus franchement canadienne, de plus enracinée dans le sol, de plus étroitement liée et incorporée à l’existence nationale, que celle dont nous avons plaidé la cause et rappelé, trop sommairement, les titres glorieux.Elle n'a qu’une patrie, la patrie fondée au prix de tant de labeurs par les Champlain et les Maisonneuve.Elle ne professe qu’une foi, la foi invariable, incorruptible, de la sainte Église romaine et du Christ Jésus.Elle obéit, dans ses vues et ses programmes d’action, à un souci prédominant, également religieux et patriotique : celui de collaborer, dans la justice et la paix, avec d’autres groupes ethniques dont elle reconnaît volontiers les aptitudes et les mérites, à la diffusion des doctrines et au développement des œuvres sur lesquelles repose, comme sur une base nécessaire, l’ordre social chrétien.L’ordre social chrétien.son maintien, sa stabilité chez nous, on peut hautement affirmer que la nationalité canadienne-française y contribue pour une très nécessaire et très large part.Dès lors, pourquoi lui ménager trop souvent, voire lui contester des droits intangibles P Pourquoi ne pas admettre que la reconnaissance officielle de ces mêmes droits est l’une des causes, et la principale, de la tranquil- Chronique de l’Université 575 lité,delà paix dont nous jouissons, tranquillité et paix que nous envient à bon droit les autres provinces.Souhaitons que cette nouvelle et très opportune brochure de Monsiegneur Paquet obtienne un très vif succès.La plus élémentaire justice l’exige.La retraite universitaire, prêchée par le R.P.Yves Gauthier, eudiste, a fait chapelle comble tous les soirs.Tant mieux ! Le laïcat catholique, c’est-à-dire la part des catholiques à la diffusion de l’Évangile, fut le sujet traité durant cette semaine.Sujet, comme on le sait, éminenment actuel.La gent universitaire, les professionnels ont beaucoup aimé la parole nourrie, apostolique, abondante du prédicateur.Et tous de se rendre compte une fois de plus que la grande réalité de l’au-delà doit donner à leur vie sa véritable orientation.Ces exercices au temps de la Passion leurontremisenmémoiretoutel’efficaceet toute l’utile beauté de l’existence terrestre de l’Homme-Dieu, en même temps qu’ils les ont préparés à chanter le triomphal alleluia de Pâques.Et pour finir cette chronique, nos chers universitaires me permettront de leur faire part d’un programme de culture religieuse qu’un professeur de droit à l’Université de Nancy, M.Georges Renard, suggérait tout dernièrement à des étudiants catholiques.1.— Et d’abord, observez que les hommes se taillent toujours une philosophie en rapport avec leur vie morale.L’homme qui ne rêve que d’une vie facile, a bien aisé de croire que cette vie se referme sur elle-même ; et donc il écarte les obstacles qu’une philosophie spiritualiste mettrait en travers ; il les supprime, cette vie se suffit à elle-même, elle trouve en elle-même son propre achèvement, puisqu’elle se solde par un actif de jouissances ; elle doit combler notre appétit de bonheur— du moins il le croit.Alors à quoi bon chercher au-delà ?.Hélas ! le réveil est terrible.Lorsque la vie a manqué aux engagements qu’il lui avait gratuitement distribués, cet homme est perdu.D taxe la vie d’injustice et de méchanceté : parti d’une illusion, il aboutit à une impasse.Cette illusion lui eût été épar- 576 Le Canada français gnée par une solide culture spirituelle ; et c’est le premier article du programme que je vous propose.II.— Voici le second.Spiritualité, mysticisme même, ce n’est pas affaire de pur sentiment, mais de raison.La spiritualité est de l’ordre de l’intelligence, ou du moins il y a une spiritualité intellectuelle, et c’est elle qui convient à des hommes de science.Une spiritualité robuste et virile a pour fondement nécessaire une culture philosophique ; c’est mon deuxième article.La philosophie, c’est le régulateur de toutes les connaissances humaines ; c’est dans la philosophie qu’elles se coordonnent, et détachées de ce tronc, elles partent à la dérive.La classe de philosophie doit se poursuivre, parallèlement, tout le long des études supérieures.III.— Et c’est alors seulement, — voici mon troisième article, — que vient la culture thêologique.La foi reste en l’air, qui n’est pas épaulée à une forte substructure philosophique ; et toutes les philosophies ne sont pas bonnes à lui servir de substrat.Il y a une méthode à suivre ! On ne commence pas à bâtir les maisons par le toit, et on ne commence pas une culture religieuse par l’explication du dogme ! Il y a une métaphysique préalable à comprendre, — car la métaphysique n’est point le domaine de l’incompréhensible, — avant d’aborder l’étude scientifique du donné de la révélation ; et si vous commencez par ceci sans être passé par là, jamais vous n’arriverez ; peut-être même vous enfoncerez-vous plus avant dans le doute à mesure que vous approfondirez davantage.Vous avez pris la mauvaise route : ne soyez pas surpris de vous égarer.Ce n’est pas la foi qui vous a trompé ; c’est vous qui lui avez été infidèle en négligeant les préliminaires qu’elle impose.Car, si la foi est un don de Dieu, elle s’adosse à la raison humaine ; et l’assentiment qu’elle sollicite n’est point, — pour vous, Messieurs, — celui du charbonnier, mais celui que l’apôtre Paul désigne par ces termes : rationabile obsequium.Tout un faisceau de vérités sur lesquelles nous sommes revenu souvent au cours de ces chroniques.Inutile d’insister davantage.Ajoutons que, tombant des lèvres d’un laïque, d’un juriste éminent, dont l’autorité est mondiale, elles ont une saveur toute particulière.Beau thème de méditation offert aux élèves des différentes Facultés.Laval.
de

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