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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
La vie philosophique
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1930-11, Collections de BAnQ.

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LA VIE PHILOSOPHIQUE L’anné^augustinienne La lecture des journaux nous rend cosmopolites, en nous faisant faire quotidiennement notre petit tour du monde.Et parce que nous voyageons sur les ailes de la pensée, il semble que pour ces quelques instants, nous soyons affranchis du Temps et de l’Espace, ces deux carcans de la matière.Aussi, les randonnées les plus extravagantes ne nous effrayent-elles pas ! Si nous en avons assez d explorer les régions antarctiques avec les argonautes de Byrd, une simple trajectoire vers un autre coin de notre page, et nous voici déjà aux Indes, en Chine, au Brésil, où sais-je ?En Afghanistan peut-être ?En tout cas, où les clameurs de guerre et de révolution nous font vite oublier le grand silence blanc du pôle.v Vous n’aimez pas l’odeur de la poudre ?Passez vite à Genève.Ici vous n’aurez qu’à vous laisser bercer au rythme des palabres pacifistes .et vous sortirez de là, tout édifiés d’avoir vu les nations se donner le baiser Lamourette.Ne manquez pas d’arrêter à Londres en passant, pour vous rendre compte, que le cœur de 1 Empire souffre aussi des palpitations de la crise économique.Après tout, on a le droit de ne pas s’intéresser au sort des écus.Si c’est notre cas, il vous sera sans doute plus agréable d’aller interviewer les derniers survivants d’une espèce qui tend à disparaître : ces bons rois européens.Boris, Carol, Emmanuel ou Alphonse raconteront à des auditeurs sympathiques les heurs et les malheurs de la royauté dans nos temps de démocratie.Bref, à cause des journaux, tous les coins du globe et tous les personnages, de marque ou non, nous sont familiers, l’univers est notre patrie. La vie philosophique 179 A cause d’eux, encore, tous les siècles deviennent nos contemporains.On nous tient en haleine sur toutes sortes d’anniversaires possibles.Nous sommes blasés de centenaires, un tricentenaire attire à peine notre attention.Il nous faut des millénaires pour qu’il nous plaise de trouver ça un peu loin de notre temps.et encore ! Cette année, vraiment, nous sortons de la banalité avec un bimillénaire, celui du chantre de Mantoue, et un millénaire et demi, celui de saint Augustin de Tagaste.Cette coïncidence ne peut manquer de suggérer d’heureux rapprochements entre ces deux grandes figures du génie latin, dont l’influence sur le domaine de l’art et de la pensée continue d’être féconde.L on a dit du siècle de.Platon et d’Aristote qu’il fut la naissance de la raison, de celui de Virgile qu’il fut la naissance du cœur ; et l’on peut ajouter : saint Augustin, ou la naissance de la philosophie chrétienne.L’âme tendre et suave d’Augustin ne pouvait pas ne pas s’éprendre de \ irgile, et en bon africain qu’il était, il dut compatir aux malheurs de Didon, cette reine si humaine dont les sentiments sont décrits par le poète, avec une sensibilité si prenante.Et l’on sait que les coups d’ailes hardis du divin Platon étaient bien faits pour enlever l’intelligence d’aigle du rhéteur carthaginois.L’évêque d Hippone est un latin au verbe chaud, onctueux, virgilien, mais il se complait trop aux ascensions de l’esprit, pour s arrêter à l’harmonie des vers, ou même aux modulations des phrases platoniciennes.Augustin cherche la vérité où qu’elle se trouve.Et comme les Juifs, par l’ordre de Dieu, ont emporté les trésors des Égyptiens, il dépouillera les auteurs profanes, qu ils se nomment Platon, Aristote, Virgile ou Cicéron, de toutes leurs parcelles de vérité et de beauté.Car la vérité appartient au Seigneuril).Génie merveilleusement souple et universel, Augustin s est trouvé placé au confluent de la civilisation gréco- (1) Of.De doctrina Christiana, t.II, XIX. 180 Le Canada français latine décadente, et de la pensée chrétienne naissante.Il fallait une personnalité aussi complète et aussi équilibrée que la sienne pour sortir du marais intellectuel et moral de sa jeunesse, libéré, enrichi du savoir et de 1 art païen, et prêt à fondre en une splendide statue de la Vérité tout le métal précieux qui n’avait jusque-là servi qu aux idoles.Depuis 1500 ans, la voix d’Augustin est la voix de l’Occident : toutes les branches des sciences sacrées, aussi bien que la philosophie, lui empruntent leurs accents ; et il n est pas jusqu’aux aventuriers téméraires de la pensée, qui ne cherchent à dissimuler leurs errements sous le patronage de ce grand nom.Sans doute, il ne faut pas chercher dans les œuvres de l’évêque d’Hippone un exposé méthodique de la théologie ou de la sagesse philosophique.Ni les circonstances qui ont commandé ses écrits, ni les tendances propres à son génie n’ont pu favoriser la construction d’un édifice scientifique aussi rigoureusement objectif, j’allais dire aussi impersonnel, que celui élevé par saint Thomas d’Aquin.La doctrine de saint Augustin est, plus souvent, une expérience personnelle qu’il raconte, une réponse d’occasion qu’il donne, une polémique qu’il soutient.Le genre didactique est par trop opposé au lyrisme, à l’enthousiasme, a l’inspiration faite d’éclairs et de hardiesse du fougueux africain.A entendre ces soupirs, ces chants, ces cris de 1 ame qui accompagnent les thèmes les plus abstraits qu il développe, on entre en communication avec toute la personnalité vivante et vibrante de saint Augustin.Aussi, selon l’idée magistralement exposée par M.Etienne Gilson, (1) à la Semaine augustinienne tenue à Rome, en avril dernier, ne faut-il pas se faire une conception trop arbitraire en ce qui regarde le caractère de la doctrine philosophique de saint Augustin, comme si cette discipline était chez lui parfaitement autonome et subjectivement (1) Cf.Revue Angelicum, juin-sept.1930.La conférence de M.Gilson a paru dans La vie intellectuelle, livraison judlet-aout 1930. La vie philosophique 181 délimitée par rapport à la théologie, du moins, autant que le voudrait notre tendance actuelle à préciser rigoureusement ces sciences, selon leur objet formel.“ Ce qu’il importe de mettre en relief ”, dit M.Gilson (1), “ parce que toute l’œuvre d’Augustin en est profondément marquée, c’est le double aspect de son expérience : intellectuel et moral M.Gilson est historien : il possède le secret de reconstituer les cadres historiques qui expliquent la genèse des doctrines et des systèmes, il a le don de se replacer et de nous replacer en plein dans les milieux qui ont favorisé leur éclosion.Il n’est donc pas étonnant qu’il ait été appelé à contribuer, par ses savantes études, à la célébration du 15ième centenaire de saint Augustin dont il a étudié surtout l’influence sur le Moyen-Age.Il ne pouvait pas être plus opportun de comparer l’idée de philosophie chrétienne chez saint Augustin et chez saint Thomas, et de nous montrer les intimes points de contact entre ces deux génies, mais aussi leurs divergences nécessaires et facilement explicables par leur manière diverse de conquérir, de posséder et d’exposer la vérité.Génie inventif, parvenu au vrai par des détours laborieux, obligé de propager sa conquête dans un empire que tous sentent crouler et ayant à faire face à des ennemis innombrables, Augustin ne fait que rassembler autour de lui des matériaux épars d’une variété et d’une richesse inouïes.Génie constructeur et assimilateur par excellence, né, pour ainsi dire, dans la gloire de la vérité, dans un siècle d’unité politique et religieuse, Thomas d’Aquin élaborera les doctrines de ses devanciers, surtout celles d’Aristote et de saint Augustin, épurera les théories augustiniennes de leurs éléments trop individuels, précisera les données de la foi et celles de la raison, en un mot, intégrera pour les siècles futurs, les trésors amassés jusque-là, et cela d’une façon plus scientifique et définitive que saint Augustin ne l’avait fait au IVième siècle.(1) Vie intellectuelle y p.47. 182 Le Canada fbançais Il est à noter, que dans la plupart des études doctrinales qu'a suscitées le centenaire du grand Docteur, 1 on a abordé surtout des problèmes qui relèvent de la philosophie, ou encore connexes à la philosophie et a la théologie.Saint Augustin a été et reste un théologien d’abord.Le plan philosophique dans ses œuvres se sépare moins bien du plan théologique que chez saint Thomas.Tirer au clair les relations de la nature et de la grâce selon le docteur d’Hippone et préciser sa pensée proprement métaphysique était donc une entreprise qui devait tenter les chercheurs modernes.Car de nos jours s il y a une répugnance, dans certains milieux, à se servir de la locution 'philosophie chrétienne, c’est que, précisément, 1 on tient à distinguer les domaines respectifs de la théologie et de la raison.A la même semaine augustinienne de Rome, le Rév.P.Garrigou-Lagrange, O.P., a donné une étude sur Les rapports de la nature et de la surnature selon saint Augustin.Le savant professeur de l’Angélique a clairement expliqué les vues du saint Docteur, spécialement en ce qui regarde la distinction essentielle entre l ordre naturel et 1 ordre surnaturel, entre la nature, le miracle et la grâce.Le P.Théry, O.P., clôtura la série de ces dissertations en faisant part de ses recherches sur L’augustinisme médiéval et les débuts du débat sur l’unité des formes substantielles.Les pluralistes, selon le R.P., seraient les disciples immédiats d’Avicébron (Xle siècle), et ce ne serait que vers 1277 que l’autorité de saint Augustin aurait été apportée en faveur de leur théorie de la pluralité des formes substantielles.Cette thèse erronée, ne serait, de fait, ni augustinienne, ni traditionnelle.L’Université catholique de Paris a aussi célébré le jubilé de saint Augustin par une série de conférences.Le point de vue philosophique a été abordé par D.Simeterre : La preuve de l’existence de Dieu dans la philosophie de saint La vie philosophique 183 Augustin, et par D.Roland-Gosselin : La morale de saint Augustin.Au Canada, il va sans dire, l’on s’est fait un devoir de ne pas laisser passer inaperçu cet anniversaire signalé au inonde catholique par l’Encyclique de Pie XI Ad Salu-tem.(1) L Lniversite Laval se propose de rendre hommage au grand évêque d Hippone dans les premières semaines de 1931.A Toronto, 1 Institut des Études médiévales a inscrit dans son programme des sessions d’été, une série de cours sur la psychologie, les doctrines éthiques et politiques de saint Augustin.Le secrétaire de l’Institut, le Rév.Henry S.Bellisle a été chargé de ces cours.L Institut des Études médiévales du St.Michael’s College est affilié à 1 Université de Toronto et est sous la direction de M.le Professeur Gilson.Il a été fondé surtout en vue de favoriser les recherches historiques générales sur le Moyen-Age.Mais en atteignant ce but, et en nous aidant à reconstituer ces siècles d’intense vie artistique et doctrinale, les chercheurs ne pourront que provoquer une meilleure intelligence de la scolastique et du thomisme et contribueront à propager la connaissance de ces doctrines dans les milieux neutres ou protestants de l’Université de Toronto et de la Ville-Reine.Cette initiative commence déjà d’être féconde, car les autorités dominicaines d’Ottawa viennent d’y établir une institution de ce genre.Le R.P.Chenu, O.P., en a la haute direction, et c’est un gage de succès.Le R.P.est arrivé récemment d Europe où il est avantageusement connu par ses travaux sur le Moyen-Age et sa collaboration aux revues doctrinales, spécialement à La Revue des Sciences Philosophiques et Théologiques.(1) Cf.Acta Apost.Sedis, 1er, mai 1930.Pour traduction française, cf.La Documentation Catholique, 10 mai 1930. 184 Le Canada français Les cours ont été inaugurés le 9 octobre.Les 20, 21 et 22 octobre, M.Gilson a donné trois études sur saint Augustin et son influence.C’était sous les auspices de la Société des Etudes Religieuses, une autre organisation dominicaine, dont le R.P.Gaudreault, O.P., est le directeur.Par où l’on voit que les frères de saint Thomas sont fidèles à la mission doctrinale de leur Ordre, et qu’ils demeurent partout des animateurs de vie philosophique et théologique.L’Université d’Ottawa, si l’on veut bien se le rappeler, avait déjà célébré dignement la mémoire de saint Augustin lors des fêtes commémoratives tenues en mai dernier.Le Rév.Père Georges Simard, O.M.I., qui est un fervent de l’histoire en général, et de saint Augustin en particulier, donnait, à ces fêtes, une conférence sur saint Augustin, apôtre de la paix.Le Rév.Père a eu l’heureuse idée de publier son travail en brochure.(1) Le sujet traité se rapporte à la philosophie politique de saint Augustin.On trouve ces principes exposés partout dans ses œuvres, mais surtout dans la Cite de Dieu.L auteur de la brochure, avec la subtilité d’analyse qu’on lui connaît, les a extraites de leurs gangues et les a ramassés en un tout bref mais cohérent.Le Père Simard est plus qu un amateur en histoire.Il a le sens profond de l’interprétation ; sa formation philosophique et sa connaissance de nos problèmes nationaux lui suggèrent des applications lumineuses des doctrines augustiniennes aux besoins intellectuels et politiques de notre pays.Sa manière est faite de logique, de souplesse, de pénétration.Ces qualités communiquent à son style une allure facile et élégante qui rappelle la plume academique de M.Henri Bremond.Le R.P.Simard est, avec S.G.Mgr J.-M.-R.'N illeneuve, nouvel évêque de Gravelbourg, un de ces vaillants Oblats qui ont contribué, en dépit de mille obstacles, à donner à l’Université d’Ottawa ce vigoureux élan de progrès qui se (1) Saint Augustin, Apôtre de la paix, par le Rév.P.Georges Simard, O.M.I., in 12-25 pages.Action Sociale Limitée, Québec, 19dU. La vie philosophique 185 manifeste actuellement dans la vie de cette institution.Sous l’habile direction de son Recteur actuel, le Rév.P.G.Marchand, l’Université de la capitale fédérale ne se laisse damer le pion par personne dans le domaine des activités intellectuelles.D’ailleurs, de par sa position et sa charte d’université catholique pontificale, le rôle prépondérant lui appartient sur le front ouest, aux avant-postes de la culture française en Amérique.La fondation de la Société Thomiste d’Ottawa en 1929 et d’une École supérieure de Théologie atteste clairement que l’Université n’entend pas se désister de ses prérogatives et qu’elle saura toujours susciter et encourager les manifestations de la pensée au Canada.* * * Sciences et philosophie Au Congres internationale de philosophie, tenu à Oxford du 1er au 10 septembre dernier, on a traité dans plusieurs langues, divers sujets couvrant à peu près toute la philosophie sans oublier les questions d’histoire de philosophie.Il est intéressant de noter qu’entre autres questions, l’on s’est demandé, en quoi les progrès des sciences modernes avaient été utiles à la métaphysique ?Il semble bien que le problème le plus angoissant de notre culture, soit l’adaptation réciproque de la métaphysique et des sciences naturelles.Je dis adaptation réciproque car les scientistes ne doivent pas oublier qu’ils habitent un château de verre lorsqu’ils lancent des cailloux aux philosophes.Le fait des physiciens ou des mathématiciens qui se posent des œillères est moins inouï que ne semblent le laisser entendre leurs reproches à l’adresse des spéculatifs.Il est vrai que cela ne nous excuse pas.La philosophie a un rôle royal par rapport aux disciplines qu on est convenu de nommer inférieures, c’est la scientia 186 Le Canada français rectrix (1) qui doit se faire un devoir d’intégrer au trésor des vérités acquises depuis des siècles, par la réflexion abstraite, l’apport des vérités conquises sur la matière par les sciences expérimentales.On ne peut le nier, il y a eu dans tous les domaines des sciences de la nature, des acquisitions définitives, des progrès réels et indiscutables, en même temps que des théories encore risquées et des hypothèses parfois hardies, mais qui deviennent, souvent, singulièrement fécondes pour l’explication des phénomènes.Quelle métaphysique va profiter de cette activité vitale des sciences, et de ces découvertes P Au Moyen-Age, à l’heure où les philosophies arabe, juive ou byzantine voulurent détourner, au profit de l’erreur, les trésors de la philosophie d’Aristote, s’il ne s’était trouvé alors, des hommes d’esprit ouvert et de culture universelle autant qu’avertis des besoins de leur temps, comme Alexandre de Halès, Albert le Grand et Thomas d’Aquin, la culture européenne eut été perdue.Heureusement qu’ils ont paru pour baptiser le Stagyrite et canaliser le torrent de sa philosophie païenne au profit de la pensée chrétienne.Déjà, rencontrait-on de ce temps-là des fervents de la routine, des esprits timides pour s’alarmer du mouvement péripatéticien, et infliger aux tenants de la raison la note infamante de novateurs dangereux.Albert le Grand, qui n était pas doux, ne s’occupait guère de leurs cris, et les considérait tanquam bruta animalia blasphémantes in iis quœ ignorant.Faut-il dire sentencieusement que nous sommes à un tournant de l’histoire, où, selon le mot de M.J.Maritain dans son Docteur Angélique, “ deux mouvements immanents se croisent ” ?Il le soutient lui-meme et fait des vœux pour que se lève enfin le génie assez puissant pour assimiler à l’ordre philosophique véritable, l’immense corps des sciences particulières, actuellement livrées à un infernal chaos .(1) Cf.Jacques Maritain.Éléments de Philosophie.Introd.générale, p.79 et 80. La vie philosophique 187 Ce génie ne surgira pas de but en blanc ; il sera le produit normal d’une époque de préparation intelligente et judicieuse.Car il ne s’agit pas d’inféoder la philosophie aux sciences, ni de verser dans des mouvements de réforme qui chambarderaient notre organisation classique au profit d’une spécialisation scientifique prématurée (1).Le progrès est vital et non pas subversif.Nous devons garder à l’égard des sciences, la même liberté d’esprit que celle de saint Thomas à l’égard de l’aristotélisme.Mais il appartient au philosophe et non au physicien, en tant que tel, d’orienter vers le bien commun de l’univers scientifique les découvertes de l’esprit moderne.C’est, au-jourd hui encore, aux scolastiques, de mettre chaque chose à sa place dans le royaume de la pensée, même si des esprits effarouchés gratifiaient cette tendance de l’épithète prise au sens péjoratif : néoscolastique.Le livre de M.Jacques Maritain, cité plus haut (2), montre que saint Thomas est encore le meilleur guide qui puisse nous éclairer dans cette aventure de l’esprit.Personne de nos jours n a mieux compris que M.Maritain la transcendance de la philosophia perennis, à nous transmise par le Docteur Angélique, et son aptitude foncière à résoudre l’énigme des sciences expérimentales.Son ouvrage est une œuvre d’amour et une œuvre d’intelligence.Les Cahiers de la Philosophie de la Nature (3) constituent un louable effort de rencontre entre le philosophe et 1 homme de laboratoire.Parmi les collaborateurs aux Cahiers, on rencontre qui illustrent actuellement et la métaphysique et la science, MM.Maritain, Remy Collin, Roland Dalbiez, Loius Vialleton, Pierre Termier et d’autres, (1) Cf.Le Devoir du 25 oct.1930.Article de l’abbé P.Grondin, la Réforme de Venseignement secondaire.(2) Le Docteur Angélique, in-8 écu, 247 pages, chez Desclée, De Brouwer et Cie, Paris, 1930.o(3) Librairie Philosophique, J.Vrin, Paris.4 livraisons jusqu’à date : 1 Le transformisme ; 2° Mélanges ; 3° Réflexions sur le psychisme, par Remy Collin ; 4 I ues sur la psychologie animale. 188 Le Canada français tous désireux de coopération intellectuelle et de travail en commun.M.Remy Collin écrit, comme préface à ses Réflexions sur le Psychisme, une lettre à son ami Roland Dalbiez, dans laquelle il indique précisément la véritable orientation de ces efforts communs : Nous savons fort bien que la philosophie n’a pas et ne peut avoir l’ambition de résoudre les problèmes scientifiques.Mais, ajoute-t-il plus loin, à notre époque, beaucoup d’hommes, par ailleurs cultivés qui ont désappris le chemin des jardins d’Akadémos, accordent volontiers leur confiance à des savants.C’est un redoutable honneur qu’on fait ainsi à la science, mais un crédit trop large.Il n’en est pas moins vrai que pour avoir audience philosophique de la part d’un grand nombre de nos contemporains, il faut se présenter sous les auspices du Laboratoire.Et il faut dire que la plupart des scolastiques modernes ont compris cette exigence et que plusieurs d’entre eux sont, non seulement bien informés de l’état des sciences modernes, mais qu’ils pourraient rendre des points à plus d un spécialiste de la cornue et de la balance._ _ C’est le cas en particulier de M.l’abbé Henri Collin dont le Manuel de Philosophie Thomiste jouit déjà d’une grande renommée et dans lequel on peut trouver les notions scientifiques servant à illustrer ou à mieux faire saisir les thèses qui comportent des rapprochements avec les sciences expérimentales.Un autre ouvrage de M.Collin, paru depuis quelque temps déjà, De la matière à la vie (1), est le livre d’un philosophe qui sait interroger la nature et d un savant qui ne borne pas son horizon intellectuel aux milieux acides ou hyperalcalins.Je note en terminant que le mouvement vers les sciences n’est pas méprisé par nos éducateurs de collèges qui ont toujours su jusqu’ici tempérer les ardeurs trop impulsives “ÔTDe la matière à la vie, par Henri Collin, in-12, 336 pages.Beauches-nés, Paris, 1927. La vie philosophique 189 de certains réformateurs sans étouffer les bonnes idées d’ensemble qu’on leur exposait.Le Compendium Philosophies Thomisticœ (1) dont le Rév.Père Arthur Dubois, S.J., achève la publication, est né du désir, bien légitime, de mettre entre les mains des commençants en philosophie, un texte bref, clair et adapté aux conclusions des sciences, mais aux conclusions certaines et non aux hypothèses éphémères.L’œuvre du P.Dubois n’étant pas encore terminée, il est difficile de porter sur elle un jugement d’ensemble.La division générale de traités est celle de Wolff.Aussi bien nous semble-t-il que le manuel ne constitue pas un progrès marquant sur ses devanciers au pays.Qui dit compendium philosophiae dit souvent raccourci de philosophie, et le danger de ces genres d’ouvrages, s’est qu’ils sont plutôt des recueils de formules et de définitions.Les notions et les preuves sont trop squelettiques pour constituer par elles-mêmes un manuel vraiment formateur.Ces quelques réserves, d’ailleurs, fort obligeantes, n'empêcheront point l’œuvre du P.Dubois d’être d’une grande utilité à ceux qui préparent les examens du Baccalauréat, parce qu’elle leur permettra de revoir les thèses fondamentales du programme.En effet, le P.Dubois a extrait des leçons des Pères Gény et Remer, S.J., les thèses les plus importantes, en élaguant les détails, les textes et les développements plus spécialisés.11 faut louer le P.Dubois de cet essai et espérons que sa plume nous donnera d’autres travaux philosophiques capables de nous mieux montrer encore sa haute personnalité et d’activer davantage le mouvement des idées, au Canada.Albert Hamel, ptre (1) Compendium Philosophiae Thomisticae.P.Arthur Dubois, S.J.L’ouvrage comprendra 7 fascicules.Ont déjà paru : Logica et Metaphysica generalis ; Cosmologia, Psychologia.Restent à paraître : Metaphysica spe-cialis, Theologia naturalis, Philosophia moralis.
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