Le Canada-français /, 1 décembre 1924, Le triomphe de Dieu
Vol.XII, No 4.Québec, décembre 1924 LE CANADA FRANÇAIS Publication de l’Université Laval LES TRIOMPHES DE LA PAROLE DE DIEU*1* Dieu, dans l’Ancien Testament, parlait surtout par les prophètes.Ces hommes extraordinaires, chargés de suppléer aux insuffisances du régime établi, remplissaient une double fonction : maintenir la société juive dans le culte du vrai Dieu et l’observance des préceptes mosaïques, et préparer dans l’âme du peuple l’avènement, prédit et symbolisé, du Messie.Par l’inébranlable fermeté de leur monothéisme, par leur zèle éclairé et intrépide pour la loi de Moïse, par la sagesse de leurs conseils, par la puissance de leurs exhortations, par la véhémence de leurs reproches, par les accents de pathétique éloquence qui tombaient de leurs lèvres, tantôt comme une plainte, tantôt comme une menace, tantôt comme un flot torrentueux, tantôt comme une lave brûlante, tantôt comme un cri ému de miséricorde et de pitié, les prophètes ont eu sur les destinées religieuses et même civiles de leur compatriotes, une influence considérable, très souvent décisive.A travers mille vicissitudes de défaillances morales et de revers nationaux, la parole prophétique a tenu sous les yeux (1) Cet article forme l’un des chapitres d’un volume que l’auteur publiera prochainement sous ce titre : Cours d’éloquence sacrée, tome I : Principes et préceptes. 234 Le Canada français du peuple, tour à tour coupable, châtié et repentant, l’image intacte de la Loi.Et c’est, en bonne partie, grâce à cette parole puissante que les Juifs revenus de la captivité où les soutinrent dans leur foi la sympathie d’Ezéchiel et le prestige de Daniel, rebâtirent le temple de Dieu et purent reprendre leur rôle historique.Ils hésitèrent d’abord.Ils se montrèrent mous, égoïstes.Dieu intervint par le prophète Aggée : (1) Est-ce le temps pour vous, leur dit le Seigneur, d’habiter dans des maisons lambr issées, pendant que ma maison est détruite ?Montez sur la montagne, apportez du bois, bâtissez ma maison, et elle me sera agréable, et je serai glorifié.Le grand-prêtre et le peuple entendirent la voix de Dieu et les paroles de son prophète.et ils se mirent à travailler à la maison du Seigneur des armees, leur Dieu.* * * .L’éloquence des hommes de foi et de courage suscités pour maintenir l’antique alliance de Jéhovah et de son peuple, n’était qu’une figure de celle qui, par l’organe de Jésus-Christ et de ses Apôtres, devait remuer et régénérer le monde.A la parole prophétique succède, avec l’Ere nouvelle, la parole apostolique.Comment en décrire la force et en redire les merveilles ?Le Verbe de Dieu fait homme, pendant les trois années de son ministère public, inaugure lui-même cette prédication admirable.Tous les Juifs qui l’entendent, même ceux dont il heurte les préjugés, et dont il renverse les doctrines, ne peuvent taire leur surprise.Ses adversaires sont forcés de convenir que jamais homme n’a parlé comme cet homme.(2) Et les foules enthousiasmées se jettent sur ses pas et se suspendent à ses lèvres.(3) 1 Agg.i, 4, 8, 12, 14.2.Jean, vu, 46.(3) Math, iv, 25 ; V, 1 ; vu, 28. Les triomphes de la parole de Dieu 235 Quel est donc le secret de cette éloquence nouvelle et irrésistible ?C’est sans doute un homme qui parle avec toutes les ressources de science, d’imagination, d’émotivité, de persuasion, de l’orateur humain le mieux doué ; mais dans cette parole humaine, il y a la vérité divine, la flamme divine, la vertu divine.“ Quatre causes, fait observer saint Thomas (1), nous expliquent la puissance de la parole du Christ : les miracles que l’orateur opérait à l’appui de son enseignement ; 1’efhcacité persuasive de son discours ; l’autorité avec laquelle il parlait, et qui lui permettait de s’exprimer en maître de la loi : Et moi je vous dis ; enfin l’irréprochable rectitude de sa vie.” Dieu et homme tout ensemble, Notre-Seigneur pouvait conférer à sa parole théandrique une force dont le prodige ne devait pas cesser avec son existence terrestre, mais allait se perpétuer jusqu’à la fin des siècles dans la prédication évangélique.Citons encore l’angélique docteur Thomas d’Aquin(2) : “Il ne faut pas moins de pouvoir, dit le saint, il en faut encore davantage pour faire accomplir une œuvre à des coopérateurs que pour accomplir cette œuvre soi-même.C’est pourquoi le Christ nous a donné de sa puissance divine une preuve très éclatante, en rendant ses disciples capables, par leur enseignement, de convertir à la foi chrétienne des nations absolument ignorantes de la vraie religion.” Formés à son école et forts de sa vertu, les apôtres s’élancent à la conquête du monde.Conquête pacifique qui ne s’appuie que sur les armes de la prière et de la parole ; (3) conquête civilisatrice dont la culture antique n’offre pas d’exemple, et qui aura bientôt “ renouvelé la face de la terre.”(4) Au sortir du Cénacle où l’Esprit-Saint vient d’allumer le feu de l’Apostolat, Pierre, le premier, en face d’une foule nombreuse réunie à Jérusalem, entreprend la croisade sainte.(1) Som.Théol., ni, Q.xm, art.1 ad 2.(2) Ibid.(3) Act.vi, 4.(4) Benoit XV, encycl, Humant generis, 15 juin 1917. 236 Le Canada français Il élève courageusement la voix.Son discours est habile, nourri des Écritures auxquelles croient la plupart de ceux qui l’écoutent.Il prouve par le double miracle de la résurrection et de l’ascension que Jésus crucifié est le Seigneur promis ; il adjure ses auditeurs, ses frères coupables d’un crime sans nom, de laver leur conscience dans les eaux de la pénitence.Ceux qui reçurent sa parole, ajoute le narrateur, (1) furent baptisés ; et ce jour-là trois mille personnes environ se joignirent aux disciples.L’éloquence profane la plus entraînante ne provoque pas de plus prompts, ni de plus salutaires revirements d’opinion.Parmi les Apôtres, c’est saint Paul, celui que Benoît XV appelait naguère “ le héraut de la vérité ” (2) et que les siècles ont surnommé l’apôtre des nations, qui tient le premier rang, non par l’autorité juridique, mais par l’ascendant de la parole religieuse.Lui-même a défini et caractérisé le ministère de la parole sacrée avec une élévation et une justesse de vues qui en font, selon l’expression du Père Long-haye, (3) “ un théoricien de la prédication.” Mais cette théorie qu’il énonçait dans ses épîtres, le grand Apôtre, dans ses discours, savait en faire un usage merveilleux.Par son courage, sa logique, sa fierté, sa dextérité, sa tendresse, il a soutenu les intérêts du christianisme avec un succès incomparable.De vastes multitudes se sont rendues à ses exhortations.Des chrétientés florissantes naquirent de son éloquence.Il affronta sans vaine frayeur les oreilles les plus hostiles.Et lorsqu’un jour il osa paraître devant l’Aréopage d’Athènes et s’adresser à cet auditoire d’hommes superbes, le plus sceptique et le plus blasé de toute l’antiquité païenne, il sut encore, malgré les dédains qui l’accueillirent, faire des prosélytes.(4) Le verbe apostolique a ébranlé de ses échos tout l’univers.“ On n'était encore qu’au commencement de l’époque chré- (1) Act.il, 41.(2) Encycl.cit.(3) Out.cit., 1ère P., ch.III.
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