Le Canada-français /, 1 juin 1923, Le parler populaire
I LE PARLER POPULAIRE (I) La jeunesse a toutes les audaces.Mais si on lui pardonne ses témérités c’est, sans doute, parce qu’elle est capable de beaucoup aimer.Et l’on accepte volontiers de discourir sur ce qu’on aime.Il est une “ belle Dame ” dont on se complaît aisément à proclamer les avantages.En m’invitant à causer, ce soir, des caractères de Sa Majesté la Langue Française, monsieur le Président, une fois de plus, a voulu se montrer bon prince ! Je vous préviens, cependant, que je n’aurai pas tout dit, quand j’aurai rappelé quelques-unes des caractéristiques par où se localisent nos vocables populaires régionaux.Le parler de chez nous s’endimanche peu à peu ; il s’embourgeoise et s’aristocratise.Ce n’est peut-être pas une évolution regrettable, parcequ’elle est conforme au développement de l’instruction chez le peuple, et conséquente de l’épanouissement littéraire de plus en plus accentué chez nos ouvriers de la pensée.Mais, n’oublions pas que noua parlons le français du XVIe et duXVIIe siècles, et que notre langue d’oïl fut une langue littéraire.Que si elle sonne, présentement, à des oreilles parisiennes comme une parlure régionale, elle n’en est en aucune façon moins pure ni moins charmante.Qu’elle vaut d’être exemptée d’une épuration capricieuse, dès qu’elle ne s’entache pas d’anglicismes ou de barbarismes.Le parler populaire des Canadiens français est paré des plus belles images et des plus savoureuses évocations.Ne Conférence donnée à la séance annuelle du Parler Français, le 7 février 1923, à l’Université Laval. 370 Lb Canada français souhaitons pas trop qu’il se modernise lui aussi.Car nos ancêtres, qui l’ont apporté en terre d’Amérique, l’avaient enrichi de toute la limpidité de leur âme neuve encore et de leur cœur simple et candide.Enjoués ou rêveurs, prime-sautiers ou mélancoliques, les colons venus de la Normandie, du Perche, de la Saintonge, de l’Isle-de-France, de l’Orléanais, du Poitou et de Picardie, apportaient en Nouvelle-France ce que la vieille pensée française eût de plus noble, de plus généreux, de plus enthousiaste et de plus profondément humain.Et c’est un levain sacré de l’âme des aïeux qui fermente dans les vieux mots imagés et superbes, dans les expressions énergiques et puissantes, ou gaillardes et franches comme la trempe de leurs natures héroïques.S’il faut penser, avec l’illustre savant que fut Ampère, que “ pour retrouver vivantes dans la langue les traditions du grand siècle il faut venir au Canada,” n’oublions pas non plus, avec Etienne Pasquier, de “ faire renaître et ressusciter les mots qui ont esté du piéça délaissés ; rappelons-les, lesquels remis en usage auront plus de grâce et de goust pour estre sortis de notre ancien estoc.— I — De même et parceque nos grands ancêtres sont venus de diverses provinces, et que chaque groupe de ces provinciaux parlait un français émaillé d’expressions et de tournures particulières à sa région ; de même aussi notre parlure franco-canadienne aura gardé ses variantes, plus ou moins accentuées selon les milieux, et proportionnelles à l’homogénéité ethnique des groupements.La province de Québec est un immense pays.Pour peu qu’on s’y promène, avec un souci d’observation, et cette curiosité philologique qui procure à l’esprit une jouissance peu commune, on a vite constaté des différences notables entre le parler français de la Gaspésie et celui de la Gatineau, Le Parler populaire au Canada-français 371 entre la forme phonétique des Beaucerons et celle des Sague-nayens.Les conditions locales, un genre de vie propre aux diverses régions, des moeurs un peu différentes, et des voisinages étrangers, ont exercé leurs influences multiples sur le vocabulaire et l’émission tonique.Tandis que les termes de marine reviennent avec fréquence dans le dialogue des pêcheurs de Gaspé, les bûcherons du Lac-Saint-Jean hachent leur discours de saccades énergiques.Les “ draveurs ” de la Gatineau traînent lentement leurs patientes mélopées ; les Beaucerons primesautiers fusent leur pensée en éclairs subits, avec des mots qui jaillissent en étincelles.Centre de ces points cardinaux, Québec reste encore le prototype de la pensée et de l’expression françaises, le berceau des traditions régénératrices, le foyer où survit, dans la cendre des grands morts, la chaleur et la lumière que le moindre souffle sait ranimer dès qu’il en est besoin.Et malgré l’intrusion, inévitable en pays bilingue, de quelques anglicismes dont l’élan prosaïque de nos activités croit devoir se servir, il n’en reste pas moins que nos plus belles manifestations de vie intellectuelle, artistique, religieuse, sont dignement servies par une langue française, très pure et très châtiée L’influence du foyer se répand à la ronde jusqu’au pays des Trois-Rivières, jusqu’aux Bois-Francs et jusqu’à Mont-magny.On parle dans Portneuf, dans l’Islet et dans Belle-chasse, dans Nicolet et Lotbinière, comme l’on parle dans le vieux Québec.Les soldats du régiment de Carignan et les laboureurs de l’intendant Talon, depuis deux siècles et demi, ont peuplé les villages et les campagnes circonvoi-sines.Leurs descendants prient le même Dieu dans la même langue et chantent la beauté prospère de la patrie, dans les mêmes refrains, avec la même onction, sur les mêmes vieux airs et les mêmes vieux mots qui renferment tant de poésie. 372 Le Canada français Ce sont ces vieux mots-là qu’il faut garder, parceque, en en continuant l’usage, on sauve de l’oubli les vertus et les idées, les traditions et les coutumes, et les vieilles choses qu’ils représentent.Pour nous, Canadiens français du XXe siècle, c’est déjà quelque chose que de savoir se souvenir.Les mots sont aux idées ce que les vêtements sont aux modes.Tel se vêtira simplement qui affectionne le bon sens.Et tel parlera comme ses pères qui n’a pas honte de sa naissance.Nos ancêtres, qui furent heureux parce qu’ils furent simples et foncièrement humains, traduisaient leur bonhomie et leur gaiété gauloise par des mots empruntés aux choses de leurs milieux.Une tournure d’esprit originale, une finesse d’observation innée chez eux, une énergie morale à toute épreuve, tout cela tempéré par une délicatesse naturelle et un bon sens digne et généreux, ont imprimé dans l’âme de la race des caractères d’une richesse très enviable.Citadins élégants, que l’étude et le contact social ont raffinés, si vous n’avez pas su goûter la saveur du parler campagnard de nos pères, souvenez-vous que quelques-uns des meilleurs écrivains de “ chez nous ” sont allés puiser “ chez nos ancêtres ”, dans des “ contes du vieux temps ”, aux “ sources canadiennes ”, parmi “ les choses qui s’en vont ”, cette sève merveilleuse qui rajeunit notre pensée et qui lui donne cette force par laquelle notre influence morale s’imposera dans la conquête définitive de nos libertés nationales.— II — Ce n’est point tâche facile que de ranger, d’une part, le lexique des vocables de naissance légitime, et d’autre part, la kyrielle infinie des corruptions de mots, des barbarismes et des néologismes, qui s’entrecroisent, chez certains régionaux, dans le discours populaire. Le Parler populaire au Canada-français 373 Néanmoins, pour peu qu’on ait le génie de sa langue on peut assez bien démêler les vocables de terroir et ceux de marine, de ceux qui sont empruntés aux langues étrangères ou que le complet illettré (s’il s’en trouve encore) a reforgés à sa manière.Il est une série de vieux mots, d’usage quotidien chez ceux qui patoisent “ un brin ”, et dont monsieur Adjutor Rivard a fait l’inventaire au premier Congrès de la Langue française, il y a dix ans.Qu’il me permette d’en utiliser quelques-uns pour bâtir un fait-divers, identique partout lorsque revient, chaque année, l’époque des vacances : “ Dès que Vécole est barrée, au carrefour des grands'routes, on voit des trâlées d'enfants qui se ramassent pour s'amuser comme aux jours de classe.Au lieu de berlander à la cuisine et de râper de l'aubel, de tondre sur les catalogues, ils préfèrent prendre des bauches, grimper sur les tasseries, chouler les animaux et galvauder les gadelliers avec des bouts de baculs.Souventefois on en voit, des flandrins, élingués et casuels, la bavaloise en biais, étendus sur le cintre, à l'ombre des clôtures et qui baillent avec des allures achalées.C’est à la mère de l’un de ceux-ci que j’entendais crier, un jour, dans un rang du bas de Québec : “ Hute-toé su'Varicot, Ti-Sef, pi héle ton père qui brette dans le grain !" Ce qui veut dire, m’a-t-on expliqué : “ Monte sur le faîte du four et appelle ton père qui s’attarde dans le champ de grain !” Puisque nous sommes en route, descendons la rive sud du fleuve.Nous nous arrêterons ici et là pour entendre et pour noter des expressions caractéristiques ou des formes phonétiques particulières à chaque région.Et si vous le voulez bien, où que ce soit, nous nous mettrons du pays.Nous laisserons ici nos “ airs gesteux ” de citadins.Et de crainte que des grandes filles et des grands garçons de village, de nous voir “ attifés à quatre épingles ”, aient la tentation après notre passage de se mettre à “ moder ”, vous vous coifferez, mesdames, de “ capines ” et de “ tourmalines ” tandis que nous, messieurs, nous porterons avec 374 Le Canada français orgueil la rarissime “ ceinture fléchée Dès lors, “ nous aurons embelle ” à jaser “ avé l’zabitants Des “ vieilles ratatinées ” nous offrirons “ vitement ” leurs “ chaises berçantes mettront des “ croûtes ” dans le vieux poêle à trois ponts, et feront taire les enfants “ tannants ” pour mieux nous écouter.Et tandis que les vieux nous tendront la “ blague à tabac ” en peau de loup-marin, et que de belles couronnes de fumée violette planeront en montant vers le “ plancher de haut ”, il se racontera de délicieuses histoires que les marins d’En-Bas ont “ tous-chacun ” emportées de leur vie de navigateurs.Ecoutez bien ! C’est un de nos vieux amis qui raconte : “ Les jeunesses d'aprésent riont plus le courage d'autrefois.Au lieu de chouenner (se pavaner) dans Vcanton, comme ils font à c't'heure, on était plus d'aquet d'partir avec le père, sur les barges ou sur les cages de bois pour courir Vaventure.La grosse vague nous prenait un peu en bas de la P ointe-à-P ère.Le nordet nous roulait comme des écopaux.Tiens bon ! Au large ! Ca descendait bon-vent mal-vent.Puis dès qrion touchait le fond de Gaspé, on garochait Vcordeau en criant : Haie les amarres !.“ Les gens parlent drôlement dans la Baie des Chaleurs.C'est du premier monde, des cœurs, pi francs et pas fiers.Un jour y en a-t-un qui r sout.Il venait de Paspé'ia.Je l'entends qui interbolise un gas du quai, un grand zarzais élingue, et lui crie comme ça : Té, lou qu't'a mis l'piquouè ?— Dans l'mitagne, que répond l'autre.— Pi, toé dé lou qu'tu viens?— D'Camoultone.Te dis qu'les chars marchent par là : si tou oué v ni VLoumitée, loute-toué pas, t'a pas l'tagne !.” En revenant du Golfe, je suggère que nous nous arrêtions un peu sur la Côte Nord, que nous visitions Charlevoix, le Saguenay et le Lac-Saint-Jean.Il y a quelques années, je me faisais traverser, en chaloupe, à travers les glaces, de la Baie Saint-Paul à l’Ile-aux-Coudres.Chemin faisant je ne pouvais cacher aux chaloupiers mon admiration pour leur bravoure et leur adresse.L’un d’eux, un vrai loup de mer, se mit à me raconter que son père avait fait le même métier jusqu’à l’âge avancé de quatre-vingt-quatre ans.“ J'aimais pas la besogne, ajouta-t-il, mais on était si ben gréer voyez-vous.Ce qui m'a décidé à m'y mettre, c'est qu'un printemps le père voulait pas s'arrêter, et, un soir il resta pris dans lefrasis.On l'attendit, mais la nuit v'nait ; il était vieux, et puis, j'vous dirai bien.Ca m'tribulait.— “ Ca m'tribulait !” Le Parler populaire au Canada-français 375 Ça m’tribulait.— “ Ça m’tribulait ! ” Je n’ai réentendu ce mot qu’une fois depuis ; c’est des lèvres de Sa Grandeur monseigneur Roy.Cette fois, j’en fus moins surpris, parce-qu’un évêque parle le latin, parce qu’il connaît sûrement le verbe “ tribulare ” et peut-être un bon nombre de ses dérivatifs ! Aux Eboulements, à la Baie-Saint-Paul, à la Malbaie et à Tadoussac, vous noterez la même forme phonétique dans l’émission de certaines syllabes que l’on accentue.très “ circonflexement On dit : “ C’est facile ! ” Elle est bêêlle ! Il fait son homme.Y’en a dans le corps !.On se croirait en Normandie.En arrivant à l’Anse-Saint-Jean, par le bateau, à Saint-Alphonse et à Chicoutimi, en parcourant toutes les paroisses, jeunes ou anciennes de ce pays charmant, vous aurez causé quelques minutes à peine avec un vieux de la région qu’il vous dira gratuitement : “ Oui cher I Mon cher ! Ecoute, cher !” Et c’est à Saint-Alexis, à St-Fulgence et à La-terrière que j’ai cueilli les trois “ bluets ” incomparables que voici : Si quelqu’un bégaie un peu ou “ sile ” en parlant on dit qu’il “ chabaye si un groupe de gamins est surpris à faire quelque mauvais tour et qu’il se disperse subitement, on dit qu’il “ s’époulaille et, durant les élections, si une femme vote contrairement à son mari, elle l’apostrophe d’un air triomphal en lui disant : “ Hein ! mon vieux, je t’ai “ -pourri ” ta voix !”.Au Saguenay comme à Québec, l’on grassaie délicieusement.Le Lac-Saint-Jean est une vaste contrée que les gens de Charlevoix, de Montmorency et de Québec, ont ouvert à la colonisation.On retrouve “ l’étoffe du pays ”, l’âme, la pensée et le langage des bûcherons typiques et des coureurs de bois.Autant, et plus peut-être, qu’au Saguenay, les gens y sont “ d’adon ”. 376 Le Canada français M Par icite, we un vieux de Normandin, y'en a yère, de ceux de mon temps, qui n'ont pas essouché, effardoché pi érochê leurs lots à la sar-pe.Ma femme était dépareillée su'l' ouvrage elle éiou.— A tapait Vbeurre à la micoine, cousait des bougrines aux enfants, marchait la roueite et le métier sans négliger son bardas.Ben manque de fois, après une façon de beurre, elle s'en venait passer des grand'journées à la batterie fout verglacée, pour battre au flau avec l'zommes.C'est pas elle qu'aimait à s'dodicher ! Pour ramasser des chicots dans Vabatis, éplucher l'blé-d'inde, donner l'boire aux gorettes, avec une p'tite jointée d'sel, pi nous faire de la bagosse, elle avait tous les talents.Et ça n'empêche pas que Vdimanche, quand elle avindait son butin propre de sous Véquipttte, a vous prenait un air avantageuse qui m'rendait pas indifférent ! Ac't heure, si yen a ben d'aussi adrettes, j'ai des doutances !” Maintenant, descendons en droite ligne vers le sud.Au pays de la Beauce, je soupçonne que quelques pionniers français aient apporté de l’esprit angevin et berrichon, avec une pointe de provençal.“ Autremain ” je ne comprendrais plus pourquoi on a tant de soleil dans les yeux, de cascades dans le rire et de musique dans les mots.Et c’est ici qu’on entend dire si couramment : “ Y fallai qu'on soupil, qu’on chantit, qu’on dansit et qu’on réveil-lonnit.” Cette manière, plutôt circonscrite à la région, qui embrasse également le comté de Belleehasse, se retrouve dans le discours des corvées et des bis et surtout à l’époque des brayages à l’automne.La région des Bois-Francs touche presqu’à la Beauce.Sa langue populaire a toute la saveur du terroir.Et nous y patoisons avec une douceur qui doit bien, il me semble, comporter quelque charme.Ecoutez, s’il vous plaît, une bonne vieille de St-Christophe qui s’agenouille devant la crèche pour jaser au petit Jésus : “ Mon doux ! mondoux ! que le temps passe.“ J’en ai tant dit des chapelets “ Pour les aut’sans qu’mon cœur se lasse “ De t’répéter les mêmes couplets !. Le Parler populaire au Canada-français 377 “ Ah ! si mon vieux y’était en vie “ Y’t’dirait comme je l’ai choyé ! “ Maint’nant qu’ya pu sa vieill’Sophie, “ Dis don’quis qu’ya pour l’égayer ?.“ Quis qui yi fait son ordinaire, “ Et quis qui yi tricott’ ses bas ?“ Si fallai qu’yen aie pu qu’enne paire ! “ Pis, si fallai qu’yen aie pas !.“ Ben sur, si qui yi manqu’ qu’equechose “ Tu yi voiras bien, toi qu’a d’tout.“ La prochaine fois, si rien n’s’oppose, “ J’apportrai d’quoi beau pour toé-tou !” Dans les comtés qui longent la rive sud du Saint-Laurent, entre Lévis et Longueil, on parle généralement comme à Québec le vieux français épuré mais encore émaillé d’expressions pittoresques.Par-ci par-là, dans Lotbinière et Nicolet, on entend le “ T accentué à outrance ” : “ Y’en a-t-un ti veut t'arriver avant l'zautres ”.“ Qu’a qu’a l’a?Avec un chapeau comme qu’a l’a ; laide comme qu’ l’est, qu’a rise don'd’elle ! — Ta qu’a ouère !” — Et voilà ! — III — Voilà, mesdames, messieurs, quelques vocables et quelques tournures qui n’ont pas tous l’orthodoxie du lexique moderne, et de la grammaire des Immortels.Pour nous en consoler feuilletons le vieux dictionnaire de Richelet, édition de Génève, 1679.Que de mots s’y rencontrent, qu’on pourrait croire des barbarismes, et qui furent pourtant d’usage courant chez les “ honnêtes gens ” du XXVIIe siècle ! Aveindre — tirer, sortir d’une cachette.Avantageux — grand, brave, fort à bras.Amont — terme de marine, vers la source.Bavasses — racontars. 378 Le Canada français Bachette — jeune fille prête à se marier.On lit dans les “ Nouveaux Contes ” de Lafontaine : “ A donc, me dit la bachette, “ Que votre coq cherche poulette !” Escousse — élan, arrêt pour reprendre son élan.Equipolent — équivalence, en équipolent : tout autant.Fafiner — faire la fine mouche.Feu-volage — petite tumeur externe avec inflammation.Franquette — à la bonne franquette, écrit souvent Molière.Gourganes — petites fèves des marais.Hâler — tirer un chaland.J onglet — folâtrer en esprit ; suivre ses chimères.Malavenant — qui n’a pas de délicatesse ni d’entregent.Mangeaille — Molière, dans “ L’Avare ” dit : “ Assassiner les gens à force de mangeaille.” (Act.Ill, Sec.1ère.) Menterie — mensonge.Micmaque — désaccord, tracasserie.Scarron emploie ce mot fréquemment.Mitan — de mitoyen, milieu.Mordêe — de mordre, morsure.Nanan — terme très ancien, dont se servent encore nos petits enfants lorsqu’ils demandent à manger.Naveau — A Paris on dit navet, mais en province française : Naveau.Nêtéyer — pour nettoyer.Néier — pour noyer.Dans un vieil ouvrage du XVIIe siècle, qu! a pour titre “ La Comédie des Femmes coquettes ”, on trouve cette malice : “ Le meilleur mari du monde, ma foi, n’est bon tout au plus qu’à néier !” Nichoir — nid d’oiseau de basse-cour, se prononce “ nichoi Nichon et nichette — le dernier garçon ou la dernière fille nés.N ovales -— terres nouvellement défrichées ; dîmes prélevées sur ces terres.(“ Trouées dans les Novales ” de Jules Tremblay).Œuf — il y a trois siècles on disait un “ eu Ourdir — terme de tisserand ; mettre la chaîne d’une pièce d’étoffe sur l’ourdissoir, à 10, 15 ou 20 brins à la fois.Parée — ornée, habillée, toilettée.“ Es-tu parée ?” Pétons — mot enfantin des petites mamans pour parler des petits pieds de leurs petits enfants.Molière l’emploie dans “ Le Médecin malgré lui Quarteron — de quarte ; le quart de 100 ou d’une livre pesée. Le Parler populaire au Canada-français 379 Quéri — quérir, aller chercher, cueillir.On prononce : aller “kri”.Quêteux — s’est toujours écrit quêteur, mais au temps de Louis XIV il y avait moins de quêteurs que de quêteux.Regaillardir ¦— vieux mot qui signifie : réjouir, remettre d’aplomb “ Entre gens qui s’aiment, dit Poquelin, cinq ou six coups de bâton ne font que regaillardir l’amitié Ravages — chemins de forêts en désordre, piétinés, par le cerf en Europe et l’orignal en Amérique.Patru emploie souvent ce mot dans ses “ Plaidoieries Rave — la rave de jadis est devenue radis.Ravauder — ravauder, ravaudeur, ravaudeuse, qui tenait aux coins des rues à Paris, autrefois, une petite boutique portative et raccommodait à l’aiguille des bas de laine ou de soie.On dit aujourd’hui “ ravaudage ” dans le sens de chicane ou querelle vulgaire parceque les ravaudeuses d’antan avaient l’habitude de se quereller d'une boutique à l’autre, en guise de passe-temps.Rechigner — gronder, être de mauvaise humeur, grommeler sans cesse.“ C’est une vieille qui ne fait que rechigner Remise — petit abri où l’on remet les voitures de promenade.Rêvasser — provoquer son imagination à la prétentaine.Romaine — instrument de fer servant à peser - employé surtout pour mesurer la poudre dans l’artillerie gauloise -appelé ainsi parce que cet instrument venait de Rome.Semblant — feinte.“ Ne faire semblant de rien ” ne pas dissimuler son dessein.Sine facere sanguinem album de nihilo.Sieur — ce mot se dit (fait remarquer le vieux dictionnaire! quelque fois par modestie.Ainsi messieurs Ablan-court, Despréaux et d’autres honnêtes gens ont mis à la tête de leurs ouvrages : “ Traduction du sieur Ablancourt ”, “ Œuvres du sieur Despréaux En effet, cette sorte de titre sent bien plus l’honnête homme que celui de monsieur, dont néanmoins se qualifient plusieurs auteurs cancres.Mais qui ne s’écriera : O siècle ! ô mœurs ! ô sottise du temps !.Simagrées — façons et mines affectées ; faire des simagrées. 380 Le Canada français Souleur — avoir peur, avoir des visions et des pressentiments fâcheux.Souventefois — les lexicographes du XVIIe siècle disaient ce mot déjà vieux.Sucreries — pâtisseries et confiseries de sucre et de choses douces.Toutes choses sucrées.Tareau — pièce de métal, à vis, qui sert à compléter un écrou.Taupin — terme de mépris pour une personne ou, un animal qui est malingre, ramassé sur lui-même, peureux et de couleur plutôt noire ou de moins foncée.On dit taupin, taupine.Tignasse — Méchante perruque, vilaine chevelure.Le poète Chapelain, si riche et si accomodé ne portait qu’une vieille tignasse sur laquelle quelques beaux esprits du temps ont fait mille parodies.Tinette — récipient fait de douves et cerceaux à 2 oreilles — haut de 12 à 15 pouces et large de 20 à 30 pouces à l’évasement.Tourte — tourtière, (tourquière) il faut dire tourte et non pas tourtre pour une pièce d’art culinaire que l’on fait cuir au four, dans une tourtière et qui est faite de pigeonneaux, de viandes hachées ou de fruits.Le mot est fréquemment employé dans un vieux livre qui s’appelle “ L’Ecole parfaite des Ofîciers de bouche ”.Atout venant — Bensérade, Marot, Ronsard et François Villon l’emploient dans leurs rondeaux et villanelles.Trême — (trame) la trême est du fil, de la laine ou de la soie, dévidés sur un petit tuyau qu’on met dans une navette et qu’on passe à travers la chaîne montée sur le métier.D’aucuns écrivent et prononcent trame mais Richelet fait observer que les couverturiers, les tapissiers, et les tisserands disent bien trême et il pense que quand on parlerait comme les gens du métier on ne parlerait point mal.Trognon — Rabelais et Scarron emploient ce mot en parlant des restes ou parties de divers légumes et fruits.“ Ils ne font cas des autres hommes, Non plus que des trognons de pommes.” (Scarron, “ Poésies ”.) Trempette — de tremper ; vocable d’invention populaire ancienne Vailloches — corruption du mot “ veillottes ”, tas de foin qu’on accumule après la fauchaison des prairies. Le Parler populaire au Canada-français 381 Vertigo — mot burlesque que Molière emploie dans M.de Pourceangnac, pour dire colère soudaine, caprice rageur : “ Voyez un peu quel vertigo lui prend !” Volier — d’invention populaire, tiré de volière, lieu où naissent et s’assemblent des centaines d’oiseaux de même famille.Et voilà quelques-uns des joyaux de notre vieille parlure.Mesdames, Messieurs — J’aime à finir cet exposé en faisant un appel à votre sens patriotique.Notre race a gardé, avec la croyance religieuse, le doux parler de ses ancêtres.Notre langue, on l’a tant dit, est le véhicule puissant de nos idéals et de notre pensée latine.La Société du Parler français fut fondée il y a vingt ans.Monsieur l’abbé Camille Roy en rappelait le but au Congrès de 1912 : “ Défendre cette langue, qui est la nôtre, contre “ les influences qui peuvent en déformer la beauté ; créer des “ œuvres propres à faire du parler français au Canada un “ langage qui réponde, à la fois, au progrès naturel de “ l’idiome et au respect de la tradition ”.Vous avez entendu ?“ Au respect de la tradition.” C’est-à-dire, au prolongement de l’âme ancestrale dans la nôtre et puis dans celle de nos enfants.Si nous devons aspirer au perfectionnement de notre parler, si nous devons travailler même, assidûment, dans ce sens-là, est-à-ce à dire qu’il faille nous départir de ce patrimoine des vieux mots, qui sont comme des bijoux anciens, précieux et rares, auxquels sont attachés une vertu mystérieuse et le don de résurrection ?.Complaisons-nous à écouter la chanson candide d’autrefois, pour mieux apprendre ce qu’il faut savoir afin d’être heureux.Lisons ces beaux livres d’histoire, et de légende poétisée, par où notre âme peut communier avec l’âme de nos aïeux : 382 Le Canada français Les anciens Canadiens de P.-A.de Gaspé, Jean Rivard, de Gérin-Lajoie, Chez nous et Chez nos gens, d’Adjutor Rivard, Propos rustiques, de Camille Roy, Rapaillages et Chez nos Ancêtres, de Lionel Groulx, Contes du vieux temps, de Louis-Joseph Doucet, Choses qui s’en vont, du Frère Gilles, Aux sources canadiennes, de G.-E.Marquis, Les Bois-Francs, de C.-Ed.Mailhiot, La Claire Fontaine, d’Englebert Gallèze, Le parler de chez nous, de Joseph Dumais, Récits laurentiens, du Frère M.-Victorin, La Terre paternelle, de Patrice Lacombe et L’Appel de la Terre de Damase Pot vin.Ces récits feront mieux comprendre le sens de la gaieté d’antan que nous sommes en train d’oublier.Pour s’expliquer l’âme canadienne et s’appliquer à la sauver du positivisme moderne, il faudrait remonter jusqu’à l’histoire psychologique du Français au XVIIe siècle.Nos grands aïeux ont été, si peu que ce soit, mais réellement et profondément influencés par le prestige de la poésie populaire, par le premier romantisme de 1630, “ qui visait “ à l’inattendu, à l’imprévu, au rapprochement surprenant “ d’idées disparates, à cet esprit de finesse qui saisit ou “ qui invente des rapports insoupçonnés entre choses fort “ éloignées les unes des autres ”.(Rostand, sa vie, son œuvre, par Faguet.) Emile Faguet prétend qu’il y eut beaucoup d’imagination dans cet esprit-là, et je pense que nos anciens apportaient en terre d’Amérique un peu du patrimoine intellectuel, un peu de cette âme populaire du Moyen-Age, si impressionnable et si sensible, que toute la poésie du temps l’a imprégnée et l’a pétrie de simplesse, de douceur, d’enthousiasme, de gaieté, de bravoure et de gaillardise bien françaises .Alphonse Desilets.
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