Le Canada-français /, 1 mai 1922, Les livres
LES LIVRES Le chanoine Ch.Cordonnier, De la vicrt à la vie ou les grandes vérités de la rie chrétienne, Ve série.Un volume de m-12 ecu, de 352 pages, r.Lethielleux, éditeur, Paris 1921.Cette cinquième série des retraites progressives aux jeunes filles sur la vie chrétienne est le commentaire original, intéressant- de la Résurrection de la fille de Jaïre.L’auditoire de M.le Chanoine de Rouen doit aimer à entendre ainsi exposer cette épisode de 1 Evangile.L’histoire de cette jeune fille morte et ressuscitée fournit au conférencier des aperçus nouvaux, pleins de bonnes choses, et d ou se dégagent de salutaires leçons.La causerie intitulée Joueurs de flutes ne manque pas de piquant et d’actualité.De la mort a la vie est un excellent ouvrage dont toutes les jeunes filles devraient faire leur profit.J.-E.Laborde, S.J.L’esprit de saint François-Xavier.Un vol.in-12 de 274 pages.P.Téqui, édit.Paris.1922 Ce livre, édité pour la deuxième fois, est fait presque en entier d’extraits de lettres du saint, et d’autres ouvrages qui ont été composés à son sujet.Le R.P.Laborde a eu une idée toute apostolique en publiant cet ouvrage.Nous disons apostolique, car, en notre temps, le vent souffle aux missions, et, sans aucun doute, la lecture de l’esprit de saint François-Xavier suscitera plus d une vocation.Mais non seulement ceux qui se destinent a la prédication en pays infidèles pourront bénéficier de la lecture de ces pages.Ceux qui restent y trouveront aussi un stimulant à se dépenser généreusement au salut de nos populations.En parcourant les vingt chapitres de ce volume, les uns et les autres apprendront à nouveau que rien de grand, rien de bon etde solide ne peut se faire sans un veritable amour, pour le Divin Sauveur.C’a été la clef du succès del immortel apôtre des Indes.J.M.Henry de Dorlodot.Le Darwinisme au point de vue del orthodoxie catholique.X vol.L’origine des espèces, 193 pages, Vromant & Cie, Bruxelles 1921.Sous le titre de Collection Lovanium un groupe de professeurs de l’Université de Louvain a entrepris la publication d ouvrages scien- 308 Le Canada français tifiques et littéraires.Celui de M.le chanoine de Dorlodot est le deuxieme de la série.Il contient deux conférences faites pendant la guerre devant le corps professoral de l’Université de Louvain.Le but de 1 auteur en les publiant,— il le déclare lui-même,—- a été de justifier le Conseil rectoral de l’Université catholique belge qui, en 1909, avait envoyé un délégué aux fêtes célébrées à Cambridge en 1 honneur du centenaire de Charles Darwin et du cinquantenaire de 1 apparition de son ouvrage : The origin of species.C’est M.Henry de Dorlodot qui eut cet honneur.Ces pages, sobrement écrites, d’une vaste érudition, très objectives, sont un hymne dédié à Darwin.C’est dire que le distingué professeur de Louvain n’est pas un partisan du fixisme ni du créa-tianisme, même modéré, chose étonnante, il va encore plus loin que Charles Darwin.Nous ne pouvons admettre toutes ses conclusions.Aussi, sans vouloir contester le mérite scientifique de l’ouvrage, nous croyons encore que le créatianisme modéré a toujours un certain droit de cité.Et, malgré tout, nous restons encore convaincus qu’en voulant faire trop large la part aux causes secondes on s’expose à trop diminuer l’influence de la causalité divine.A.L.Abbé V.Dupin, chanoine honoraire de Paris.Pourquoi je crois en Dieu ?P.Lethielleux, éditeur.Ce livre écrit pour les membres d’un patronage veut leur prouver 1 existence de Dieu par l’ordre du monde.Les exemples nombreux choisis dans la nature sont intéressants et capables de convaincre.Ainsi, la comparaison entre la locomotive et les poumons saisit les esprits : “ La chaudière de cette locomotive, avec ses 12 mètres cubes de volume extérieur et ses 16 mètres de longueur, offre une superficie de 300 mètres carrés.La poitrine du mécanicien qu’on aperçoit à droite est 2,500 fois plus petite, et elle offre cependant au sang qui vient s’y purifier une surface de 220 mètres carrés.Des poumons qui auraient le même volume que la chaudière présenteraient une surface utilisable de 48 hectares.Devant une telle comparaison, personne n’hésitera à décerner le premier prix aux poumons de l’homme et à reconnaître le génie du Créateur, qui est antérieur à Séguin d’innombrables siècles et incomparablement supérieur au génie de l’homme.” D’autres exemples analogues, également illustrés par un magnifique dessin, tels le transport de l’eau par le vent, un réseau de canalisation souterraine, les chaudières à bouilleurs, ne manquent pas d’abonder dans l’excellent catéchisme de l’abbé Dupin. Les livres 309 Nous en conseillons la lecture à tous, mais spécialement à la jeunesse de nos patronage et de nos ateliers.Chahles Andler, Professeur à la Faculté de Lettres à 1 Lniversité de Paris.Le pessimisme esthétique de Nietzsche — Sa philosophie à 1 epoque wagnérienne.Editions Ronsard, 1921.Il n’est pas besoin longtemps de lire Nietzche pour s’apercevoir comme sa philosophie a emprunté aux influences grecque et latine.Malheureusement pour ce génie égaré dans le subjectivisme qui dans les réalités voit des contingences et des transformations de “ notre moi ”, il ne s’est pas accroché au roc solide de la philosophie thomiste.Nietzche a changé sa philosophie comme nous changeons d habits.Ses exposés philosophiques, il les doit moins a des principes immuables qu’à des influences ressenties, dont Wagner est une principale et la note dominante du livre de M.Andler.Il m arrivera aujourd hui d’avoir des illusions sur les principes de la morale, demain, je constaterai comme ma connaissance est précaire et tient à la réalité par un fil susceptible d’être brisé au moindre sentiment de subjectivisme.Et savez-vous quand la pensée de 1 art s introduit dans la philosophie, donnant ici et là un accroc à nos pensées, cet art ou mieux ce “ pessimisme esthétique de l’art ” peut conduire à des théories incontrôlables.Le style de l’auteur est clair, sa langue colorée , son exposition aide l’intellection d’une philosophie diflicile à comprendre vu l'incohérence.Qu’il nous soit parmis de regretter qu’un tel talent comme celui de M.Andler ne soit pas mis au service d’une meilleure cause! Arnold Mascarel.ancien magistrat et membre de la société d économie sociale.La famille et ses lois.Editeur G.Beauchesne, 1921.Très important problème que celui de la famille et de ses lois ! M.Mascarel, s’inspirant des traditions de 1 Église et des meilleures données de la science sociale, a cherché à dissiper quelques erreurs courantes.La famille, branche essentielle de la science sociale fut toujours un principe primordial de l’Etat.De l’une à 1 autre, il J a des relations essentielles régies par le droit naturel, positif et civi .La famille a une constitution inébranlable, celle de pourvoir au maintien du foyer et à l’éducation des enfants.Des droits < e a famille, le général de Castelneau a fait une magnifique synthèse en écrivant : “ La famille a le droit de se multiplier, d’être protégée contre les fléaux divers qui la menacent de dissolution ; elle a des 310 Le Canada français droits d éducation ; elle a le droit de posséder, de se perpétuer, de vivre de son travail, d’elire des mandataires aux assemblées politiques.La famille, étant la source de toute grandeur nationale, de toute prospérité économique, c’est le bien familial qui doit être à la foi inspirateur et coordonateur des lois sociales.Toute loi, tout décret, toute jurisprudence, tout régime administratif, jugé après experience, malfaisant ou périlleux pour la famille doit être révisé.En un mot, famille d’abord ! Et le reste, si la famille est forte, une et prospère, viendra par surcroît.” Ce volume, plein de’choses utiles aux pères de familles, ne saurait trop leur etre recommande, s ils veulent se rendre compétents dans les questions familiales.E.P.Alfredo ^Niceforo Les Germains : histoire d'une idée et d'une race.Traduit de l'italien par Georges^ Hervo.1 vol.in-16, ISO pages.“ Édition Bossard .Paris.(C’est la deuxième édition de l’ouvrage revue et remaniée par l'auteur).L essai de M.Niceforo court le risque de passer aux yeux de bien des lecteurs pour promettre plus qu’il ne tient.Celui qui s attendrait à trouver ici un exposé de la théorie du germanisme serait déçu.Il ne s’agit, en effet, ni du germanisme en tant que civilisation, ni de la “ race ” germanique, mais des vues intéressées que certains historiens et anthropologues d’Allemagne ont ajouté, par préoccupation politique, aux réalités de leur développement national, passe ou présent.En somme, et pour définir tout de suite 1 objet de ce livre, M.Niceforo s’applique à prendre en défaut la surenchère tendancieuse que ces écrivains ont faite de leur civilisation et de leur race.Toutefois, comme M.Niceforo est, de son métier, professeur de démographie et de statistique à la Faculté de Droit de Messine, son domaine propre sera moins de faire — après tant d’autres — la critique du pangermanisme (littéraire, philosophique, etc.), de ses manifestations et de sa propagande, que de discuter quelques-unes des déformations évidentes que des écrivains allemands ont fait subir, de parti délibéré, aux données de l’anthropologie.En effet, parallèlement à l’idée de suprématie politique et économique, s’est développée dans la pensée de ces théoriciens une autre image : “ 1 image d’un peuple qui, pour des raisons de race, était, du point de vue physiologique et mental, un modèle supérieur à tous les autres ”.On aperçoit aisément comment cette conception fait écho au Dicours à la nation allemande de Ficht, aux aphorism de Nietzche sur la mission du Surhomme, au lyrisme de Mommsen, Les livres 311 enfin, quand, après avoir rappelé dans son Histoire Romaine, la chute des quatre civilisations antiques : l’égyptienne, la grecque la carthaginoise, la latine, il saluait la destinée des nouveaux peuples “ qui inondèrent l’Europre et transportèrent le foyer de la civilisation de la Méditerranée à l’Océan du Nord Mais comment, d’autre part, arriver à justifier, par l’anthropologie, la théorie de l’omnipotence de la race allemande ?Il semble qu’une pareille prétention soit à peu près insoutenable.Détrompons-nous: c’est au contraire, la chose, au monde, la plus naturelle.Chacun sait que parmi les anthropologues sévit une école qui prétend observer des différences frappantes, dans la forme du crâne, entre les hommes des villes, créateurs de civilisation, et les campagnards, entre les individus des classes supérieures et ceux des classes inférieures.Les deux groupes, nous assure-t-on, sont différemment comparés, du point de vue de la race : les deux formes du crâne que l’on voit dominer, l’un parmi les groupes supérieurs, l’autre parmi les groupes inférieurs, représenteraient deux races ; la première, avantagée de hautes qualités intellectuelles, l’autre médiocrement douée.Chez la première,— la victorieuse,— crâne allongé (dolichocéphale), cheveux blonds, yeux bleus, chez la seconde, crâne rond (brachycéphale), cheveux châtains, plus ou moins clairs, yeux gris ou châtains.Des gens graves,— il convient de ne pas le méconnaître,— contestent énergiquement ces observations, et s’emploient, avec zèle, à contredire ces “ lois ”.Quel dommage que feu Labiche ne soit plus de ce monde pour leur prêter le renfort de son gros bon sens ! Une fois posé le principe de la race omnipotente et une fois défini le type même de cette race, le reste n’est plus qu’un jeu.N’a-t-on pas découvert, en terre allemande, des crânes de l’époque préromaine et même préhistorique, des crânes de forme allongée et qui représentent évidemment le type “ germanique ” par essence ?On pourra prétendre, sans doute, qu’il paraît exagéré de confirmer au bénéfice d’une nationalité contemporaine, un type physique, répandu dès la période néolithique dans de très nombreuses régions européennes ?Tel autre fera observer, peut-être, que ce type physique, qu’on veut identifier avec le peuple allemand, occupe aujourd’hui moins de la moitié de la Germanie, tandis que le reste du territoire est peuplé par ce type brachycéphale défini comme l’éternel vaincu.Un troisième, faisant appel à de minutieuses statistiques, établira pour le type blond les proportions suivantes : Allemagne du Nord : 44 à 33% ; Allemagne du centre : 25 à 32% ; Allemagne du Sud : 18 à 24% ; par contre, il relèvera, paraît-il, hors de l’Allemagne, des moyennes au moins égales sinon 312 Le Canada français supérieures ; par exemple : Ecosse, 50% ; Pays de Galles, 34% ; Angleterre : 40%.Mais qu’est-ce que cela prouve, lui répondra-t-on, sinon la forte densité de l’élément germanique, dans tous les pays du Nord, qui sont aujourd’hui à la tête du progrès.En effet la logique supérieure de la théorie justifie amplement ces annexions.Pratiquement, tout ce qui représente une puissance, ou un progrès, est dû à l’élément germanique; et lorsqu’on rencontre un ensemble social, une collectivité, une nation que l’évidence ne permet pas de confondre avec le germanisme, on lui dénie toute valeur et toute importance : “ Il suffit simplement d’ouvrir les yeux, écrit H.L.Chamberlain, pour voir que moins un pays est peuplé de Germains, moins il est civilisé, et que passer de Londres à Rome, c’est passer sans doute du brouillard au soleil, mais aussi de la civilisation à la semi-barbarie (1) Les annexions dans l’espace ne sont rien encore, auprès de celles que l’on pratique pour le plus grand honneur de la doctrine, à travers la période de l’histoire.Par exemple, on parle de l'antiquité grecque.Mais n’avez-vous pas remarqué, chez Homère, que des personnages de premier plan, Cérès, Achille, Ménélas (qui l’eût cru ?) sont blonds, tandis qu’Athéna, nul ne l’ignore, a les yeux bleus ?Qu’est-ce à dire, sinon qu’au jugement des vieux poètes, le type “ germanique ” est déjà le type supérieur, déjà reconnu comme dominant dans l’aristocratie et les classes dirigeantes, et prêté, par insigne faveur, aux héros de l’Olympe P Plus tard, avec Charlemagne et Dante, ce sont encore les représentants de la pensée du Nord qui portent la révolution dans l’ordre politique, religieux, et intellectuel du Sud.Pour le cas de Dante, en particulier, la confiscation ne manque pas de “ style “ Aucun trait de la physionomie de Dante, écrit-on, ne rappelle les types grecs ou romains connus.Une seule promenade dans les musées de Berlin suffirait pour nous convaincre que le type de la physionomie dantesque ressemble à celui des Sythes, des Lombards et des Francs.” Et plus loin ceci encore qui fait doucement rêver.“ Il est si vrai que la physionomie de Dante est d’origine germanique que son type se trouve parmi les Tyroliens (2) allemands : il y a, en outre, -parenté entre la physionomie de Dante et celle de Luther (1) M.H.-S.Chamberlain est un professeur bavarois, connue pour de copieuses études sur la Renaissance.(2) Nombre d’anthropologues classent les Tyroliens parmi les brachycéphales caractérisés. Les livres 313 Vous aurez peut-être l’idée d’objecter la Renaissance Inspiration malheureuse, car, à l’époque de la Renaissance 1 Italie fut grande, parce que, précisément, tous les Italiens illustres de 1 epo-que furent de sang germanique.Et cette fois, c est la philo^og que l’on alligne pour rapprocher tout nom de grand Italien de la Renaissance du nom allemand analogue ou prétendu tel : Lorenzo Ghiberti vient de Wilbert, Boccace de Buchetz, Leonard de V inci de Wincke ; Diziano Vecellio de Wetzel.Et 1 on argumente de meme pour Alfieri (Elfer), pour Donizetti (Dœn.tz) pour Giuseppe Verdi (Werth), etc., etc., Ainsi présentée en raccourci, la théorie acquiert une outrance de vaudeville qui aide à la faire juger.D’ailleurs, les vaincus ont toujours tort.Ce qui est plus grave, c’est que cette discussion, dans son ensemble, est conduite d’après les données exclusivement matérialistes, et, par conséquent, situe mal les questions.Tant que les valeurs morales n’auront d’autre mesure que les indices céphaliques, les surhommes de toute latitude ne manqueront pas d’arguments pour justifier les inspirateurs de leurs ambitions ou de leur orgueil.Aussi, en dehors de l’intérêt que pourra presenter la documentation recueillie par M.Niceforo, la question principale reste posée dans son entier, et il est vrai qu il n appartient ni a l’anthropologie, ni à la démographie, ni à .la statistique de lui donner une solution satisfaisante.* * * R.DE Villeneuve-Trans.A rambassade de Washington.Octobre 1917, Avril 1919.Les heures décisives de Vintervention américaine.1 vol.in-S , 300 p.“ Editions Bossard ”, 43, rue Madame, Paris-Vl .M.de Villeneuve-Trans a été désigné à la fin de l'année 1917, pour être attaché à l’ambassade de France à Washington.Il y est demeuré jusqu’au mois d’avril 1919.Son témoignage ne manquera pas d’intérêt pour qui veut se représenter sous quelle forme s est posée devant les diverses fractions de l’opinion américaine, dans la presse, au Sénat enfin, la question de l’intervention d abord, puis celle de la paix, et enfin celle de la Société des Nations L auteur néglige de parti pris tout exposé didactique pour s attacher de préférence à évoquer certaines physionomies de premier plan comme celle de Th.Roosevelt, ou pour decrireles incidents de séances parlementaires, notamment dans le chapitre XI\ intitu e .l'Opposition au Sénat.Ainsi nous voyons agir les hommes qui tenaient entre leurs mains les destinées du pays et nous assistons 314 Le Canada français aux conflits qui se sont terminés par l’échec de la politique wilson-nienne.On pourra noter un aveu qui ne fait que compléter l’exposé des faits et que corroborent des déclarations antérieures : “ l’insuffisance des renseignements adressés à Paris par l’ambassade de r rance a été la cause d’une lourde erreur politique Au début de son livre, M.de Villeneuve-Trans raconte comment il prit contact avec le pays et les milieux où ses fonctions l’appe-lamnt.On trouve dans ces pages un juste hommage à l’activité de 1 Université catholique des États-Unis, ainsi qu’aux œuvres des Sulpiciens, des Lazaristes, des Dominicains, des Pères de Sainte-Croix, des frères Maristes et des Sœurs de la Visitation.* * * • Lnmond Pilon.Sous l egide de la Marne (histoire d’une rivière).1 vol m-Ib avec 32 gravures hors texte, “ Editions Bossard ”, 43, rue Madame, Paris-VI .Il faut louer M.Edmond Pilon de nous avoir épargné dans cet opuscule les considérations stratégiques — ou pires — que tant d autres, à sa place, se seraient crus tenus de nous dispenser-Certes, dans cette histoire d’une rivière ”, il donne une place très large et très émue aux pages les plus récentes et c’est ainsi que parmi les illustrations qui enrichissent le texte d’un commentaire perpétuel nous remarquons des sujets particulièrement impressionnants: le cimetière de Chambry, celui de Marcilly, la Grande Tombe de Villeroy où repose Charles Péguy, et ailleurs, l’église de Dormans, un chapiteau de Reims, l’église de Barcy, celle de Châtillon-sur-Marne, celle d’Essômes-sur-Marne.Mais à côté de ce chapitre, le plus récent — du moins pour nous — de l’histoire de la Marne, M.Edmond Pilon n’a garde d’oublier les autres et pour les rappeler il n a qu a suivre le cours d’eau depuis sa source au plateau de Langres jusqu’à son confluent avec la Seine, près de Paris.A travers ces détours et ces méandres, quels aspects changeants ne revet-il pas ! Que de légendes ont fleuri sur ses bords ! Mais, bien mieux encore que des légendes, voici les sites où Jeanne d Arc a passé, voici la maison du fabuliste et voici au fond d un jardin ombreux, le modeste évêché de M.de Meaux.Ajoutons qu apart de 1 évocation historique, l’auteur ajoute celui de l’évocation littéraire si bien que son ouvrage est, en somme, un excellent memento de littérature française. Les livres 315 Saint Augustin.2 vol.in.16., Fayard & (Lie, Paris.Louis Bertrand A la suite du regain de gloire provoqué par la querelle janséniste au XVIIe siècle, où les écrits du théologien avaient été l’objet de célèbres controverses dans les milieux théologiques, S.Augustin n’était plus de nos jours qu’un nom fameux.Si les écrits du docteur peuvent encore piquer la curiosité des érudits et^ provoquer de nombreux commentaires, son existence, toutefois, “ une des plus passionnantes, des plus mouvementées, des plus riches en enseignements ” avait bien eu ses biographes, mais elle attendait encore un historien.C’est cette existence, le siècle où elle s’est écoulée, les événements politiques et religieux auxquels elle a forcément été mêlée et qui par tant de côtés ‘k nous rappellent notre siècle que M.Ls Bertrand a voulu faire revivre dans des pages pleines de vie et d’intérêt religieux et historique.En traitant séparément de l’enfance, de la jeunesse, de la vie cachée et de l’épiscopat de l’évêque d’Hippone, l’auteur a très heureusement réussi à envisager dans son ensemble cette vie si complète et si mouvementée.L’auteur s’est plu à nous montrer, dans tout son réalisme la vie païenne, et à opposer ce matérialisme égoïste à la grandeur de la foi du docteur, invincible défenseur de l’unité religieuse fortment menacée, et à l’abnégation de la charité chrétienne de l’évêque pour ses fidèles, victimes des invasions des barbares.S.Augustin a été “ le type de l’homme d’action à une des époques les plus découragées ” de l’histoire.Dans cette double description du chrétien soutenu par une foi inébranlable et de l’homme d’oeuvre vivifié par l’esprit de charité, l’auteur a fait preuve d’un réel talent, qui amène le lecteur à conclure avec l’auteur “ qu’à l’heure présente, U n’est pas de sujet plus actuel que Saint Augustin ”.Le règne de VAntéchrist, Quatorze Décembre, Le Muffle-Rm, par Dmitri Mérykowsky.(Bossard, éditeur, 4 fr.50).La veine de Dmitri Mérykowsky est vraiment inépuisable, et la facilité avec laquelle il traite les sujets les plus différents révèle un esprit vigoureux, un talent supérieur.Déjà avant la guerre, ce romancier slave avait publié en France deux ouvrages qui avaient eu un certain succès : La Mort des diewæetla Résurrection des dieux._ .Mais durant la dernière guerre, l’auteur a été le témoin attriste et inquiété de la terrible révolution qui a conduit aux abîmes sa 316 Le Canada français pauvre patrie.Dans ces derniers ouvrages, Dmitri Merykoswky quitte le ton quelque peu frivole du roman et nous raconte les événements tragiques qui se sont déroulés en Russie et qui ont précipité ce pays dans l’enfer bolchéviste.Dans VAntéchrist l’auteur nous expose les causes du bolchévisme, les luttes de classe, la terreur des honnêtes gens, les souffrances de toute une population réduite à la famine, etc., etc.C’est un récit vécu et sa prose vive, alerte, et d’une émouvante sincérité nous captive et nous entraîne.Quatorze décembre est une relation de la révolution qui éclata contre le tzar Nicolas I en décembre 1825.A un siècle d'intervalle, nous reconnaissons les mêmes personnages, la même inertie des masses, la même irrésolution des chefs.C’est un livre qui éclaire singulièrement la mentalité russe et met dans une vive lumière l’âme slave.Dans le “ MufSe-Roi ”, l’auteur fait une critique profonde et judicieuse des trois jeunes écrivains russes : Gorki, Tchékhov et Andréiev.Il nous expose la nature de leur talent, la qualité de leur inspiration et l’influence considérable dont ils jouissent parmi la classe intellectuelle.Tchékhov est peut-être, dans la littérature russe le plus grand des écrivains de la vie usuelle et de la mort.Ces écrivains ont prêché les doctrines les plus dissolvantes, la révolte contre tout ordre social ; ils ont sapé et détruit toutes les croyances de 1’ “ intelligentia ” russe.Dmitri Mérykowsky expose leurs théories, il suit leur pensée à travers leurs œuvres et nous montre les effets néfastes de leurs idées dans l’esprit de leurs contemporains.C’est une critique claire, vivante, et qui nous dévoile des caractères insoupçonnés de cette âme russe si mobile et si complexe.A.M.Paul Gsbll.Les propos d’Anatole France.B.Grasset, Paris.Quelques pages délicates ne sauraient compenser l’amas de grivoiseries et d’impiétés accumulées ici à plaisir.Au total un mauvais livre qui, malgré tous les efforts de M.Gsell, n’est même pas un livre amusant.H.G.C. Les livres 317 F.Mauriac.La chair et le sang.Préséances, romans, Emile Paul Paris.Livre curieux, plein de talent discutable, à réserver pour des lecteurs sûrs.J’espère étudier un jour à propos de M.Mauriac les devoirs et les droits du catholique écrivain.Je ne puis aujourd’hui que marquer la place de plus en plus importante conquise par le jeune romancier.H.G.C.Bibliothèque de F adolescence, Les Auteurs “ Vivants ”, lus par les jeunes gens.Créq.édit.Volumes parus Edgard Poë, Colette, André Gide, Henri de Régnier Tentative intéressante, que de vouloir mettre à la portée des jeunes gens des auteurs qui, le plus souvent, n’ont pas écrit pour eux.Mais il y faudra beaucoup d’intelligence et de tact.Je souhaite que les éditeurs en aient assez pour que nous puissions recommande sans réserver leur nouvelle collection.H.G.C.A.Chérel.En relisant Bazin, Bourget, Barrés.1 vol.in-16.Paris, de Gigord.J’ai indiqué déjà pourquoi je ne pouvais souscrire à tous les jugement de l’auteur.Mais son livre, qui est celui d’un patriote, d’un chrétien fervent et d’un lettré, nous oblige à une révision de nos préférences littéraires, et même s’il ne nous convainc pas, il nous aura rendu service.H.G.C.Arthur-James Balfour.L'Idée de Dieu et VEsprit humain.1 vol.in-8 de XII-328 pages, chez Bossard, Paris.1916.Les dix conférences réunies sous ce titre ont été données en 1914 par leur auteur aux étudiants de l’Université de Glasgow.Il nous fait plaisir de trouver en la dernière une conclusion de l’école scolastique : “ Il faut tenir que la raison et les œuvres de la raison ont leur source en Dieu ; si elles répudient leur origine, elles proclament par le fait même leur infirmité ”.Neuf de ces conférences font l’exposé de la thèse de l’existence de Dieu.Le caractère de nos connaissances, celui de nos actions et de 318 Le Canada français nos émotions, prouvent ce Premier Principe, car il est impossible sans lui d’expliquer la science, la morale et l’esthétique.Nous regrettons de ne point trouver dans les développements de cette argumentation la clarté et la belle ordonnance de l’Ecole, et les lecteurs peu habitués à la pensée philosophique les trouveront peut-être fort obscurs.Ils nous ont paru cependant capables de faire la conviction de ceux qui les liront bien.F.G.R.P.Bonaventure Péloquin, O.F.M.Débuts d'un Missionnaire 1 vol.in-8 de IV-228 pages.Montréal, 1921.La conversion de la Chine est voulue de Dieu,— elle est permise maintenant par son chef temporel ;— les nationaux convertis ont la protection officielle de l’État.L’immense territoire de la Chine est donc ouvert au labeur des missionnaires, et chaque village aura sa chapelle quand nos compatriotes Religieux y auront porté l’Évangile de Dieu avec nos aumônes.Ceux qui liront les “ Débuts d’un Missionnaire ” le comprendront bien.Le Père Bonaventure Péloquin est l’un des nôtres; parti en 1915’ il a écrit pour nous dans un livre le récit de ses deux premières années d’apostolat.Ces pages devront être une semence dans la fertilité de nos collèges ; c’est la pensée de l’auteur.Il le déclare en constatant que la France désolée et dépourvue de pretres n est plus en mesure de fournir les missionnaires nécessaires à ces régions qui avaient d’abord été confiées au zèle de son apostolat.Nos jeunes amis qui voudront les lire y trouveront peut-être un appel à suivre le Père Péloquin, pour voir comme lui toutes choses dans le Christ et goûter avec lui cette paix de l’âme dont les Missionnaires ont seuls le partage.A tous leurs lecteurs, elles offriront un divertissement agréable et de généreuses pensées ; et si elles savent déterminer le don de leurs aumônes avec l’appui de leurs prières, le but de l’auteur sera réalisé.F.G. Les Livres 319 Henri-Marie Boudon.Au Secours des Ames du Purgatoire.1 vol., petit format in-6, de XX-120 pages, chez Téqui, Paris, 1922.“ Lorsque le feu prend à quelque maison, on crie de tous les côtes, et partout 1 on dit la même chose ; la plupart des personnes qui viennent au secours se servent du même moyen qui est l’eau, pour y apporter remede ; et cependant en disant les mêmes choses et en se servant des mêmes moyens, on empêche que la maison brûle.” Cette réflexion très simple a décidé autrefois l’abbé Henri-Marie Boudon à écrire Au Secours des Ames du Purgatoire.Le petit livre n est pas recent, il est de l'époque des classiques ; mais il reste actuel, car la vérité est de tous les temps.Le Père Libercier a voulu, en lui donnant une préface, le rééditer pour sa valeur doctrinale.Les chrétiens ont toujours admis que le Purgatoire existe et qu il est le lieu des âmes souffrantes.Il leur sera néanmoins intéressant et pratique de savoir ce qu’elles souffrent en ce lieu et comment elles peuvent en être délivrées.L’abbé Boudon se proposait donc, tout en s’en tenant rigoureusement à 1 enseignement officiel de 1 Église, de faire un ardent plaidoyer en faveur de ces cheres captives, une espèce de croisade pour leur prompte délivrance.Son petite livre est bien adapté à cette fin.F.G.L abbe Henri Morice.La femme chrétienne in-8 de XV-270 pages, chez Téqui, Paris, 1922.la souffrance.Depuis l’accomplissement du fait que la doctrine catholique appelle la chute originelle, la souffrance a repris tous ses droits sur la nature humaine.Cette chose naturelle est devenue le châtiment du péché et une purification nécessaire ; par elle, l’homme expie et se sanctifie lorsqu’il sait en reconnaître la valeur.C’est un bien trop précieux pour qu’on le gaspille.La femme, pour des raisons physiologiques et normales, en doit subir plus que l’homme, et vis-à-vis cette souffrance, elle aura trois attitudes à prendre : la maudire, l’accepter, la rechercher ; les âmes croyantes auront à choisir entre les deux dernières.Pour éclairer ce choix, 1 abbé Morice a écrit son livre.Il l’adresse aux femmes chrétiennes, et le leur présente sous les dehors d’une quinzaine de conférences.L’abbé Morice n’a pas cherché les raisons 320 Le Canada français les plus profondes pour tous les points du sujet qu’il traite ; nous croyons qu’il a voulu rester dans la mesure des personnes à qui il s’adresse.Il dit simplement et dans un langage agréable des vérités qu’il sera bon à plusieurs d’entendre.Sans se confiner aux spéculations qui témoignent d’une connaissance approfondie, il agrémente ses pages de scènes vécues et de solutions pratiques.Les dames de notre société goûteraient le plsisir de vivre, ei elles pratiquaient les leçons de ce livre.F.G.Abonnez-vous à La Revue Française Hebdomadaire.Abonnement pour l’étranger : 60 francs.Administration : 12, rue Auber, Paris (9e) Le Directeur-Gérant, Camille Rot, ptre- Imprimerie de 1’Action Sociale, Limité , 103, rue Sainte-Anne, Québec.
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