Le Canada-français /, 1 mai 1921, Le parler français. discours prononcé à la séance du 9 mars
LE PARLER FRANÇAIS DISCOURS DE M.GAILLARD DE CHAMPRIS A LA SÉANCE PUBLIQUE DU 9 MARS Mesdames, Messieurs, Les orateurs de tout genre ont si bien pris l’habitude de débuter par des actes d’humilité que toute protestation d’incompétence ressemble désormais à une clause de style.Il faut bien cependant que je proclame la mienne ce soir comme je l’ai déjà fait auprès de M.le Président lorsqu’il voulut bien me convier à l’honneur de parler devant vous.Vous êtes des linguistes, des philologues ; vous dressez des glossaires, vous faites de la grammaire historique et géographique.Plusieurs d’entre vous pourraient professer au Collège de France, quelques-uns seraient à leur place à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.Que pourrait vous apporter un pauvre : “littéraire ”, un spécialiste de la littérature dramatique qui connaît mieux peut-être les doublures que les doublets et les mots de théâtre que les mots de terroir ? Discours de M.Gaillard de Champris 253 Excusez-moi donc de ne vous apporter aucune contribution scientifique et de n’étudier aucune question de vocabulaire, de syntaxe ou de style.Je n’ai rien à vous apprendre, c’est à moi de me mettre à votre école.Mais puisque vous aimez tant la langue française, puisque votre ardeur scientifique n’est qu’une manifestation de votre ferveur filiale, peut-être ne vous sera-t-il pas indifférent de rechercher avec moi quelle place elle occupe aujourd’hui dans le monde, quel rôle elle est appelée à jouer dans la civilisation de demain.Est-elle encore la langue de l’élite universelle comme au temps lointain où Édouard III, le vainqueur de Crécy, ne savait pas un mot d’anglais ?comme en ce siècle moins éloigné où Frédéric II se faisait l’élève de M.de Voltaire et ne parlait allemand qu’à de vieux généraux sans culture ?La rédaction bilingue du traité de Versailles ne l’a-t-elle pas dépouillée du privilège et du prestige qu’elle possédait depuis le traité de Rastadt, et ne se trouve-t-elle pas, après la victoire de Foch, en moins bonne situation qu’après les défaites de Louis XIV ?Évidemment, dans sa forme comme dans son esprit général, le traité de Versailles nous semble plus anglo-saxon que français.Mais, si nous en croyons saint Paul, il y a d’heureuses fautes et, suivant le populaire, parfois a quelque chose malheur est bon.Or les inconvénients du système inauguré il y a deux ans sont si nombreux, si évidents, si graves, si faciles à éviter que je me refuse à considérer ce système comme définitif.D’autre part l’entrée des Turcs dans le conflit européen, l’ordre nouveau institué par le traité de Sèvres ont déjà compromis ou risquent d’affaiblir la situation privilégiée de la langue française en Orient.Pour tous ceux qui comme vous ne se contentent pas de l’aimer, de la defendre et de la promouvoir chez eux, mais qui se préoccupent de son rayonnement dans le monde, il y a la évidemment matière à regrets et sujet d’inquiétude. 254 Le Canada français Mais par ailleurs quels signes de progrès, quels débuts de conquêtes, que d’invitations à l’espoir et à l’action.A la France, maîtresse de parler français et de civilisation française, on vient de toute part, on fait appel de tout côté.Comment s’efforce-t-elle de répondre à ces désirs et à ces besoins, je voudrais vous le montrer en quelques mots.Voici d’abord ce qui se fait en France même.Les lycées de Tours, de Poitiers, à Paris le lycée Condorcet reçoivent tout un contingent de jeunes Anglais.Le lycée de Rouen accueille des Norvégiens, celui de Caen des Suédois, celui de Lyon des Syriens.Depuis la guerre, une grande école privée hospitalisait à Arcueil nombre d’étudiants Serbes.L’Université de Grenoble, qui comptait un étudiant étranger en 1897, en comptait plus de 1500 en 1913.La guerre les a dispersés.Mais d’autres sont venus et la vaillante cité dauphinoise aura repris bientôt toute son activité.A Paris, double préoccupation, double effort : assurer aux étudiants étrangers un enseignement spécial qui réponde à tous leurs besoins sans affaiblir l’enseignement dû aux jeunes français ; et aussi préparer à leur tâche les futurs professeurs désireux d’être au dehors les propagateurs de la langue nationale.D’où deux créations nouvelles : des cours et des examens réservés aux étrangers, d’une part ; d’autre part, une sorte d’école destinée à faire connaître aux français non seulement la langue, mais l’histoire, la géographie, les mœurs, le caractère des pays où ils seront appelés à professer.Bien entendu les garçons ou les jeunes gens du dehors ne bénéficient pas seuls des sollicitudes universitaires.Vous avez pu voir ces jours-ci qu’à Paris de jeunes anglaises suivent les cours du lycée Victor Duruy, passant avec un égal plaisir de la classe de français au cours de cuisine.Sans doute goûteront-elles mieux l’éloquence de nos sermonnaires après avoir savouré des pêches Bourdaloue, et retiendront-elles mieux la date de la Bataille de Rocroy après un entremets à la Condé. Discours de M.Gaillard de Champris 255 Mais voici qui est plus étonnant.L’Université de Lyon, l’Université de Paris ouvrent chacune une école franco-chinoise et huit cents fils du ciel vont déjà circulant sur la même colline que jadis François Villon, ou fréquentent le même hôpital où pratiqua cet autre Français, le bon docteur Rabelais.Vous savez enfin les nobles ambitions de Strasbourg et comment la maison qui fut jadis la maison de Pasteur et de Fustel de Coulanges se propose d’attirer à elle tous ceux qui sur les bords mêmes du Rhin restent fidèles à la pensée latine.* * * Mais si ceux-là sont innombrables qui veulent aujourd’hui apprendre la langue française, bien peu seulement peuvent réaliser leur rêve et venir l’apprendre en France.Alors ils se tournent vers notre pays et, tous, individus, institutions, nations, viennent lui demander d’aller à eux en la personne de ses fils.Et voici que les Français, si casaniers pourtant, se sont mobilisés.Seuls ou par équipes, ils sont partis, tantôt pour des pays voisins, amis, avec de sérieux avantages matériels et moraux ; tantôt pour des régions lointaines, à peine civilisées, où les risques, les inconvénients du moins devaient l’emporter de beaucoup sur les profits et les joies.Faisons avec eux, si vous le voulez, un petit Tour du monde.Et commençons par l’Europe.Nous y avions, çà et là, des situations acquises.Chaire de français à l’Université de Londres, par exemple, Institut français de Florence, Institut français de Madrid.En Suisse, à plus forte raison.A Fribourg toute une équipe de lettrés et de savants défendaient la pensée française contre la culture allemande.Ce furent tour à tour Pierre de Labriolle, un fidèle ami du Canada et un maître des études patristiques ; Victor Giraud, aujourd’hui à la Revue des Deux-Mondes ; G.Michaut, aujourd’hui en Sorbonne ; Pierre-Maurice Masson, lettré exquis, officier 256 Le Canada français admirable, tué quelques jours avant sa soutenance de thèse, laissant trois volumes riches de faits et de pensée sur la religion de J.-J.Rousseau; Chérel, qui a consacré à la légende de Fénelon au 18e siècle, l’étude la plus savante et la plus ingénieuse ; Jean Brunhes enfin, le plus connu de tous, créateur, chez nous au moins, de la Géographie humaine, professeur au Collège de France, membre directeur du Comité France-Amérique, demain membre de l’Institut.Mais aux situations acquises des conquêtes récentes se sont ajoutées.Un Français enseigne notre langue à l’Université de Dublin.Oxford a créé la chaire du Maréchal Foch.Londres a des lycées français pour garçons et pour filles.L’Institut de Florence a essaimé à Naples.L’Université de Rome va s’ouvrir à un de nos compatriotes.Toute une organisation universitaire fonctionne à Madrid et grâce à M.Paul Legendre, que connaissent bien ici les lecteurs de la revue les Lettres, rayonne peu à peu sur toute l’Espagne.Lisbonne a son collège ; en attendant mieux, Bruxelles, qui a fermé son école allemande, ouvre un lycée français.Et je ne parle pas, bien entendu, de nos institutions rhénanes.Mais voulez-vous changer de direction ?Au Nord, jusque dans ces pays Scandinaves si saturés pourtant d’influence germanique, notre langue française a pénétré.Nous avons au moins un lecteur français à l’Université de Copenhague, une école en Suède, l’Ecole Saint-Bovid ; et faut-il rappeler qu’une des meilleures grammaires historiques de la langue française a été écrite en français par M.Nyrop, un Danois P Et les États ressuscités, rajeunis ou agrandis par la guerre ?Si la Pologne — qui 1 eût cru ?ne veut a Varsovie qu’une école française, la Tchéco-Slovaquie, dès 1919, s’est occupée d’attirer chez elle nos maîtres de toute classe.L’Esthonie nous a demandé de l’aider dans son organisation intellectuelle.A plus forte raison la Serbie, la Roumanie.De ces pays, les demandes, je pourrais dire les Discours de M.Gaillard de Champris 257 prières, sont arrivées nombreuses, pressantes, touchantes.Des missions entières se sont organisées, et pour les constituer, puis les diriger, on a dû créer à Paris même toute une administration nouvelle.Croyez-m’en, je 1 ai vue fonctionner.Et je vous le répète, il y a quelque chose d’émouvant à voir tant d’âmes affamées demander au français leur aliment intellectuel et moral, comme jadis elles attendaient de la France leur ravitaillement civil ou militaire.Et ne dites pas : ce sont vos alliés ! La reconnaissance ne survit pas toujours à la victoire, ni même l’amitié.D’ailleurs vous pensez bien que d’autres influences cherchent à s’exercer, quelquefois par tous les moyens.Non.Si les compagnons d’hier deviennent aujourd’hui nos clients intellectuels, c’est pour répondre à d’impérieux besoins que seuls, pensent-ils, nous pouvons satisfaire.La preuve que, si le sentiment n’est pas exclu de leur fidélité, cette fidélité n’est pas exclusivement sentimentale, c’est l’attitude de ceux qui furent nos ennemis ou, pire que cela des amis incertains.Voyez la Grèce, la Grèce de Vénizelos et même de Constantin.Sans parler de cours populaires dont le succès est considérable, 44 écoles françaises reçoivent près de 7,000 enfants, garçons et filles, et une mission française doit organiser le lycée d’Athènes à la française, peut-être même une École Normale Supérieure.S’il en est ainsi dans la capitale de Tino et de Sophie de Hohenzollern, pouvons-nous nous étonner qu’il en soit de même à Constantinople et qu’après l’enseignement grec, l’enseignement turc doive s’organiser à la française ?Cette rencontre de deux ennemis dans la même imitation ne laisse pas d’être touchante.Au Caire, à Alexandrie, sommes-nous encore en pays turc, en zone anglaise, ou tout simplement en Égypte ?Je ne vous le dirai pas, mais qu’importe ?si le lycée français du Caire doit doubler sa superficie, et si, au lycée d’Alexandrie, au cours même de la guerre, le nombre des élèves est passé 258 Le Canada français de 360 à 723, et si le nombre des candidats au baccalauréat français a quintuplé.Mais nous sommes encore en Europe, ou presque.Voulez-vous que nous passions la mare aux harengs ?La traversée vous est si familière ! Vos voisins des États ont depuis longtemps multiplié dans leurs écoles et leurs Universités les chaires de français, confiées le plus souvent à des Français ; et d’après une statistique récente c’est 275,000 enfants ou jeunes gens qui se groupent autour d’elles pour l’étude de notre langue.Ce n’est pas assez cependant et l’on veut, paraît-il, fonder à Yale une chaire assez importante pour qu on puisse y attirer un professeur de tout premier ordre.Et d’où vient chez ce peuple pratique cet amour de la langue française ?En partie d’un souci intéressé : “ Le français, écrit M.McDougall Hawkes, président de l’Institut français de New-York, le français n’est pas seulement le langage de la France mais celui de ses vastes et importantes colonies, qui comprennent plus de cent millions d’hommes ; celui d’une grande partie du Canada, de la Belgique, de la Suisse, d Haïti.Il est, en outre, dans une large mesure, le langage des affaires, de la culture, de la diplomatie, en Russie, en Hollande, en Espagne, en Portugal, en Italie, en Grèce, en Turquie, et dans une partie des Balkans, sans compter les vastes pays de l’Amérique du Sud, où une grande partie des affaires est traitée en français.” “ Le français est donc une langue universelle, qui doit être familière à quiconque a des relations avec l’étranger.L’intérêt des États-Unis demande que le plus grand nombre possible de citoyens soit capable d’écrire et de parler le français.” Mais c’est surtout des raisons d’ordre intellectuel et moral qui expliquent cette amitié.“ Aucun langage, dit encore M.McDougall Hawkes,ne comporte autant de nuances et de finesses de pensée que le français ; en conséquence, aucun n’offre un instrument aussi délicat pour l’éducation 259 Discours de M.Gaillard de Champris de 1 esprit.Le français, grâce à sa précision, convient excellemment aux mathématiques, à la chimie, à la physique, a la médecine.Tout étudiant en sciences devrait être capable de lire les traités scientifiques en français.La musique française est un des éléments caractéristiques de la vie moderne ; personne ne peut entrer dans la pensée des grands compositeurs français sans connaître leur langage.La France est la patrie des beaux-arts : tous les étudiants devraient connaître le français à fond, pour comprendre ses manifestations d’art.” bi des Anglo-baxons pensent ainsi, vous vous étonnerez moins que leur opinion soit partagée par les peuples de 1 Amérique latine.Je ne vous en donnerai qu’une preuve.Au Brésil, on veut non seulement réformer le lycée de Rio de Janeiro, mais en fonder à Sao-Paolo, à Porto-Ale-gre.Et j ajouterai qu a Sao-Paolo du moins une Université pourrait bien d’ici peu compléter le lycée.Enfin si nous poussons jusqu’au Japon, nous trouverons à Tokio un Athénée français, et si nous revenons vers l’Occident, nous pourrons à Téhéran faire notre droit presque comme à Paris.* * * Pourquoi, mesdames et messieurs, vous ai-je imposé la sécheresse d’une pareille nomenclature ?Je ne suis pas un économiste pour avoir le droit de vous parler chiffres et géographie.De fait, je me serais bien gardé d’apporter ici des statistiques, s il s était agi de marchandises sèches ou non, de papier-monnaie ou même de francs.Mais il m’a semblé que votre amour pour le parler français ne pouvait demeurer indifférent à la situation de notre langue dans le monde.Ses conquêtes accroissent un patrimoine qui nous est commun et j ai pensé que vous partagiez nos espoirs et nos fiertés. 260 Le Canada français D’autant plus que pour nous — je veux dire vous et nous — une langue est autre chose qu’un ensemble de signes algébriques permettant de résoudre des opérations toutes commerciales.Créée par un esprit, sortie d’une âme, une langue a une valeur intellectuelle et une valeur morale.Parler la même langue, c’est, dans une certaine mesure du moins, penser et sentir en commun.En tout cas, c’est un moyen, et combien précieux, de se mieux connaître et donc de se rendre plus parfaitement justice.Vous voyez l’intérêt qu’il y a pour vous-mêmes à ce que, un peu partout dans le vaste monde, des hommes par ailleurs très différents, subissent dans leur enfance ou leur jeunesse, la même discipline intellectuelle, surtout quand c’est la discipline du bon sens et de la loyauté.Un poète que vous connaissez et qui vous reste fidèlement attaché à écrit : Aimons notre idiome, ô fils de cette terre ! Les rêves sont si beaux qu’il sut toujours bercer ! C’est lui le gardien sûr de l’âme héréditaire Qui Français parle bien, en Français doit penser.Et certes il a raison, et vous en êtes la preuve évidente, vous tous qui en défendant votre langue avez sauvé votre âme nationale.Je me permettrai pourtant de modifier son dernier vers; et puisqu’il s’agit de la propagation et de l’influence de la langue française, sûr, d’ailleurs, d’être d’accord avec Gustave Zidler, je dirai : Qui Français parle bien, en homme doit penser.Oui, j’estime que la diffusion du français et son influence dans le monde n’importe pas seulement à la France et aux pays d’âme française.Il y va d’un intérêt plus général, j’ose dire d’un intérêt universel.Car de quoi demain sera-t-il fait ?On prévoit non seulement pour l’Europe, mais pour le Nouveau-Monde, les plus graves conflits.Peut-être, en effet, ceux qui veulent être surtout des marchands, deviendront-ils bientôt d’im- Discours de M.Gaullard de Champris 261 pitoyables combattants.Mais plus que les rivalités purement matérielles, les luttes spirituelles me paraissent inévitables et dangereuses.On se battra pour des idéaux contradictoires et, dût la force intervenir, encore l’esprit gardera sa primauté.Et de quel côté se trouve aujourd’hui la France ?Par un phénomène qui ne peut surprendre que ses adversaires ou les ignorants, elle est du côté de la sagesse qui est aussi celui de la justice.Réalisant à la lettre la prophétie d’un philosophe qui n’était pas français, elle veut reprendre en main la magistrature que lui reconnaissait J.de Maistre.Et pourquoi ?Pour son bien, pour son honneur ?Sans doute.Mais aussi pour le bien et l’honneur de tous.Écoutez encore l’auteur des Considérations sur la France.“La Providence, qui proportionne toujours les moyens à la fin, et qui donne aux nations, comme aux individus, les moyens nécessaires à l’accomplissement de leur destinée, a précisément donné à la nation française deux instruments, et pour ainsi dire deux bras, avec lesquels elle remue le monde : sa langue et l’esprit de prosélytisme qui forme l’essence de son caractère, en sorte qu’elle a constamment le devoir et le pouvoir d’influencer les hommes.La puissance, j’ai presque dit la monarchie, de la langue française est visible.On peut tout au plus faire semblant d’en douter.” Quant à l’esprit de prosélytisme, il est connu comme le soleil.Depuis la marchande de modes jusqu’au philosophe, c’est la partie saillante du caractère national.Ce prosélytisme passe communément pour un ridicule, et, réellement, il mérite souvent ce nom surtout par les formes.Dans le fond cependant c’est une fonction.” C’est cette fonction dont, très simplement mais très sincèrement, veulent s’acquitter tous ceux qui se font les missionnaires de la langue et de la pensée française.Je ne garantirai pas l’orthodoxie parfaite de tous et de chacun.Peut-être même traîne-t-il parmi eux quelques attardés, aveugles, sourds, sinon muets, et à qui les derniers événements 262 Le Canada français n ont rien appris.Mais, dans leur immense majorité, ce sont gens de bonne volonté qui aiment et veulent faire aimer le français non seulement pour sa clarté, sa probité, sa finesse et ses finesses ; non seulement pour son charme—Musset n’a-t-il pas chanté notre langage si doux qu’à le parler Les femmes sur la lèvre en gardent un sourire ?mais parce que, dans un monde abondonné aux convoitises et aux violences, le français tâchera d’être une fois de plus le langage de la raison, de la justice et de la charité.Voilà pourquoi, Mesdames et Messieurs, à vous qui étudiez votre langue en savants, avec une ardeur toujours juvenile ; mais qui, au dessus des questions de grammaire ou de glossaire, savez vous élever jusqu’aux idées et aux sentiments; a vous qui n’aimez pas seulement les mots pour leur forme et leurs sonorités, mais pour leur âme, j’ai cru pouvoir soumettre non pas un problème d’ordre philologique, mais ces considérations morales sur la propagation et le rôle de la langue française.Mais pourquoi m’expliquer en prose ! Le poète de tout à l’heure a dit les mêmes choses avant moi et mieux que moi.Il pense, il est vrai, surtout à la fraternité de France, mais il me semble bien que son rêve s’élargisse et qu’au delà de son pays il entrevoie quelque chose comme la cité de Dieu.C’est pourquoi sur le rôle civilisateur de notre langue dans le monde, je veux conclure avec lui : Aimons notre idiome, 6 fils de cette terre ! Les rêves sont si beaux, qu’il sut toujours bercer C’est lui le gardien sûr de l’âme héréditaire : Qui Français parle bien, en Français doit penser ! C’est notre doux parler qui nous conserve frères.Nous pouvons succomber, par le nombre envahis : Tant que sur nos tombeaux, dans ces jours funéraires Deux enfants rediront les mots du cher pays, Aussi longtemps vivront l’esprit vengeur qui crie Justice, l’espérance aux vaillantes douceurs L’Immortelle cité, l’idéale patrie Où des chaînes d’amour vont des lèvres au cœur.
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