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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Le parler français. Discours de M. le président
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1920-05, Collections de BAnQ.

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DISCOURS DU M.LU PRESIDUNT Monseigneur le Recteur, Mesdames et Messieurs, Nous voici revenus à cette manifestation annuelle de la vie publique de la Société du Parler français qui vous réunit toujours, aussi nombreux et sympathiques à l’œuvre grandissante sur le point d’atteindre sa majorité.En dehors de cet éclat passager qui se renouvelle d’année en année en un rythme régulier, la société continue de vivre modestement sa vie.Ses heures ne varient guère, jusqu’au jour où son travail mûri et pesé sera enfin partiellement livré à la publication peu tapageuse de son lexique canadien-français.Chaque lundi, elle persiste en ces réunions hebdomadaires du Comité d’étude, à fouiller, à scruter, à émonder, à purifier, à préciser, à ajouter ou retrancher dans ces bottes de mots qui lui ont été livrés pêle-mêle, sans tenir compte de leur origine, de leurs qualités, de leur forme, de leur esprit noble ou roturier.Aussi malgré des arrêts, malgré les intermittences forcées que des raisons et des circonstances incontrôlables provoquent nécessairement, le travail se perpétue lent et sans hâte, mais doué de cette force de l’habitude acquise, de toute la puissance de la goutte d’eau. 310 Lé Canada français Chez les adeptes de ces courtes séances, on retrouve de temps à autre quelques figures passagères.Cependant le plus souvent se rencontre chez eux, une ténacité régulière les ramenant chaque semaine aux pages du dictionnaire, comme l’explorateur revient au désert dont l’emprise s’exerce sans cesse sur le téméraire qui d’aventure s’y est une fois attardé.L’intérêt se renouvelle et prend des aspects divers qui pour certains semblent mirages alors que c’est réalité.La langue est un peu comme la vertu : chose fragile et qu’il faut cultiver.N’allons pas croire que les dangers qu’elle court sont limités à certains pays.Elle peut être menacée partout, même lorsqu’elle se croit à l’abri, dans son propre foyer, sans voisins indiscrets, et profondément enracinée.Aussi, n’est-ce pas seulement à cause des conditions où nous vivons, de notre isolement, de nos entours, qu’il importe de la connaître, de la cultiver, de la ciseler, de l’aimer, mais bien parce qu’il s’agit là d’un devoir de l’ordre le plus général, relevant de la loi naturelle.Ne doit-on pas croire, en somme, que la France soit le pays où la langue française soit le plus à l'abri ?Voyez pourtant ce qui arrive, voyez la menace qui surgit, les dangers qu’elle y court, non point pour sa survivance, son entité, son caractère, mais dans ses mots, dans sa tournure, sa précision.Voyez ce qu’on en dit, ce que l’on croit, ce qu’on espère.Dans un article récent, M.Paul Hazard parlant de la langue française au pays de France, caractérise ainsi son état d’après-guerre : “ Moins pure assurément que dans le passé, parce-qu’elle est plus chargée d’alluvions ; plus relâchée peut-être comme toute la vie moderne ; mais sauvée de la vulgarité envahissante par la vertu préservatrice des talents individuels ; aimée toujours ; respectée davantage par ceux qui veulent la défendre comme ils ont défendu nos drapeaux, elle garde sa physionomie.’^1) (i) Paul Hazard : La langue française et la guerre.— ‘Revue des Deux-Mondes’, 1er avril 1920. Discours de M.le Président 311 S il en est ainsi au pays d'origine, il ne faut donc pas s étonner de ce qu elle se heurte ici à toutes les pierres du chemin, mais il faut comprendre aussi l’effort nécessaire, 1 effort centuplé que la différence du milieu nécessite.Il faut croire et agir : croire en sa puissance, en sa valeur, en sa beaute, en son utilité et joindre à la foi inerte, l’action qui vivifie, affirme et grandit.Car ne perdons pas de vue l’importance du sujet : les relations qui existent entre le développement de la langue, son juste prestige, et le développement général de la race au point de vue littéraire et artistique.Il n’existe pas de cloisons étanches entre les différentes formes de l’intellec-tualité, et si 1 on veut suivre dans l’histoire, les transformations subies par la langue à travers les âges, il sera facile d établir le rapport évident entre cette évolution, celle des lettres et celle des artistes.De la Cantilène de Ste-Eulalie, aux vers de Mme de Noail-les, ou du Roman du Renart à la dernière production de M.Paul Bourget, partout on trouvera conjointement les modifications de la langue et celles de la forme littéraire ; comme on constatera en fait, parallèlement, en regardant la production artistique de la même époque, des modifications analogues entre 1 art du IXe siècle et le cubisme, entre le beau Dieu d’Amiens et le penseur de Rodin.Et cette évolution est progressive dans toute la lignée des œuvres intellectuelles de siècle en siècle et d’époque à époque.Car s il est vrai que la langue suit dans l’extension de son vocabulaire et 1 accommodement de sa forme certains aspects de la pensée humaine tel l'aspect scientifique, il n’en est pas moins véritable que certains autres côtés de l’esprit s’orientent en partie sur ses caractéristiques, sa limpidité, sa pureté, sa précision, sa force ou sa mièvrerie.Aux périodes de la plus grande pureté de la langue, correspond la littérature classique, avec des modifications artistiques de même ordre , la littérature, la peinture et les styles font écho tour à tour à la langue des précieuses.A la langue romantique 312 Le Canada français se joint le romantisme littéraire et artistique, à la langue ultra-moderne par sa technicité et sa forme scientifique se superposent les élucubrations littéraires du naturalisme exagéré ou les déformations de l’impressionisme et du futurisme sous tous leurs angles.Aux peuples jeunes encore de cultiver leur langue, de l’élargir, de la varier, s’ils veulent en même temps développer les lettres et les arts.Mais aux peuples jeunes aussi de la répandre pour diffuser leur influence.L’influence en effet se mesure au développement scientifique, littéraire, artistique et commercial d’un peuple, et aussi au degré d’extension de la langue qu’il parle, au nombre d’individus qui la connaissent et l’utilisent ou peuvent l’utiliser.Ne négligeons donc rien de ce qui se rattache à l’un ou l’autre côté de la question.La Société du Parler français s’efforce d’agir en ce sens par son travail modeste, par l’encouragement qu’elle veut donner à l’enseignement du français chez nos compatriotes de langue anglaise.Et pour cela, elle a offert cette année un prix de français à l’Université de l’Alberta.Parce que la langue est une question d’ordre général, parce que la Société se rappelle aussi ses origines et les lieux que l’ont vue naître et grandir, il n’est pas surprenant qu’elle se soit intéressée de façon particulière au développement de cette Université Laval, œuvre nationale.Elle a cru devoir prêter ses locaux transformés et mondanisés, pour qu’y siègent tour à tour les comités d’organisation, pour que s’y rencontrent les anciens de la maison qui retrouveront ainsi les chemins qui les rattachent au passé et doivent les conduire à l’avenir.Sans bruit elle se rallie au mouvement qui prend corps, elle cherche à manifester sa reconnaissance en témoignant de son attachement a la première institution canadienne-française du pays.Ce soir, elle ne revient pas sur le rapport du secrétaire et celui du trésorier qui alternèrent ici d’année en année dans les débuts.Depuis trois ou quatre ans, elle se contente Discours de M.le Président 313 de vous présenter quelques travaux, convaincue que vous savez maintenant son fonctionnement et ses recherches, comme vous n’ignorez pas la modestie de son état financier.M.l’abbé Gélinas, professeur de Rhétorique et préfet des Études au Collège des Trois-Rivières, a bien voulu accepter notre invitation et nous le remercions de venir malgré ses nombreux devoirs nous parler de la langue française.Outre ses causeries sur l’histoire du Canada, M.l’abbé Gélinas a déjà publié deux séries de conférences pour les “ petits ” et les “ petites ”, Son travail sera fait d’histoire linguistique, à laquelle se joignent des aperçus sur notre passé français et sur l’avenir réservé à nos espérances si nous savons lutter contre les dangers immédiats.Puis M.Adjutor Rivard, après quelques années d’effacement que tous lui reprochent, veut bien enfin reprendre sa place, la grande première place qu’il occupe chez nous.Connaissant M.Rivard pour être un de ces élèves qu’il cherchait naguère à former et auquel il continue de témoigner une amitié imméritée, je n’ose vraiment faire son éloge et rappeler le rôle qu’il a joué et continue d’exercer à la Société du Parler français.Il possède cette mesure de l’esprit français qui fait sains les jugements et crée l’autorité de la critique.Il sait joindre à cette pondération, l’élan convaincant que donne la maîtrise et le souffle inspiré du patriotisme vrai.Aussi quand il n’est plus là, faut-il souvent attendre ses conseils et sa direction avant de tourner la page.Vous lui saurez gré d’avoir voulu nous revenir pour nous parler des proverbes, sujet qui ne peut manquer de l’entraîner à des considérations de l’ordre le plus général, dont chacun saura profiter.La Société Symphonique n’a pas voulu manquer à son engagement annuel.Consciente de la nécessité de l’effort au point de vue artistique que depuis plusieurs années elle cherche à maintenir et à provoquer, elle se joint à nous dans cette courte manifestation de travail d’à côté que ses membres comme les nôtres ajoutent à leurs occupations 314 Le Canada fbançaib journalières.Nous la remercions encore de son dévouement et de l’attachement qu’elle nous porte.Lorsqu’après cette séance, dont vous constituez toujours, Mesdames et Messieurs, le public si intéressé et attentif, vous retournerez au travail, puissiez-vous apporter : la certitude du charme que créent les lettres et les arts.Et puissent les lendemains que nous voulons brillants, être grandis encore de toute la puissance que confère en même temps la langue que l’on aime, que l’on connait et dont on se fait le chevalier servant.A.Vallée.
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