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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Les marges et le messie
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1889-01, Collections de BAnQ.

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LES MAGES ET LE MESSIE En parcourant la suave mais courte page que saint Matthieu consacre à l’adoration des Mages, qui n’a éprouvé un désir : celui de mieux connaître l’histoire de ces personnages vénérables et si populaires, prémices de la gentilité et chefs du grand mouvement qui devait amener toutes les nations à l’Evangile.Nous voudrions essayer de répondre à ce désir, faire, autant que possible, revivre sous les yeux du lecteur les scènes de cette immortelle histoire, et éclairer le récit évangélique qui s’y rapporte des diverses lumières que la science pourra nous fournir.Ces lumières sont bien pâles sans doute, comparées à celles de la parole divine ; mais qui ne sait ce qu’un cadre de nulle valeur ajoute parfois au relief d’un tableau souverainement précieux ?Vers l’époque de la naissance du Messie, ce n’étaient pas seulement les Juifs qui s’attendaient de jour en jour à le voir paraître.L’attente du Libérateur était partout, vive et précise.Partout on savait que les temps étaient accomplis, et que le grand Roi allait sortir de la Judée, et l’univers entier attendait avec impatience l’arrivée des temps nouveaux.On a souvent cité, à l’appui de cette persuasion universelle, les textes de Tacite et de Suétone : “Un grand nombre, dit le premier de ces historiens, 1 étaient convaincus, sur la foi d’antiques prophéties, qu’à cette époque, l’Orient devait conquérir la suprématie, et que des hommes, sortis de la Judée, deviendraient les maîtres du monde”.“ L’Orient tout entier, dit Suétone, 2 était plein du bruit de cette antique et constante tradition, qu’en ce temps, le destin promettait le sceptre de l’univers à des hommes sortis de Judée ”.Et qui ne connaît ces beaux vers où Virgile annonce que la grande période de siècles va enfin se renouveler, selon la prédiction de la Sybille, qu’un enfant va naître pour clore le 1.“Pluribus persuasio inerat antiquis 3acerdotum litteris contineri, eo ipso tempore fore ut valesceret Oriens, profectique Judæâ rerum poti-rentur” (Tacite, Hist.1.v., n° 13).2.“ Percrebuerat Oriente toto vêtus et constans opinio, esse in fatis ut eo tempore Judæâ profecti rerum potirentur ” (Suetone, Vespasian, n° 4). 102 LES MAGES ET LE MESSIE sièclç de fer et rétablir l’âge d’or, et que les grands mois vont commencer leur cours ?1 D’anciennes traditions, on le savait aussi, annonçaient que l’avènement du nouveau Roi qui allait naître serait marqué par une étoile extraordinaire.On ne peut guère douter que ces traditions ne fussent alors, du moins en Orient, d’une notoriété vulgaire, et qu’elles n’eussent leur origine dans la fameuse prophétie de Balaam : “ Une étoile s’élèvera de Jacob 2.” Les Mages, annonçant aux Juifs qu’ils ont vu l’étoile du Messie, en parlent comme d’une chose qui ne doit étonner personne, nul ne devant ignorer qu’une étoile est la marque propre de l’avènement du Christ.Us ne disent pas : “ Nous avons vu une étoile en Orient ”, mais : “ Nous avons vu son étoile ”, Il est aussi à remarquer qu’Hérode ne sembla pas douter que cette étoile ne fût bien l’annonce du Messie, comme le prouve toute sa conduite en cette conjoncture.Et n’est-ce pas sous le titre de Barchochébas, ou Fils de l’étoile, que s’abrita ce fameux imposteur qui organisa la dernière insurrection juive (135) contre Rome ?tant on était persuadé que la venue du Christ devait être signalée par une étoile! “C’est le sentiment très constant de tous les anciens auteurs ”, dit Maldonat, “ que les Mages savaient depuis longtemps, par la prophétie de Balaam, qu’une étoile annoncerait la naissance du Christ ”.3 On ne sait pas à quel moment précis cette étoile parut.Il semble plus probable qu’elle commença à rayonner lorsque le divin Soleil perça le nuage derrière lequel il s’était renfermé pendant neuf mois, et qu’elle resplendit aux yeux des Mages en même temps que la lumière d’en haut brilla sur les bergers de Bethléem.4 Aussi bien les Mages semblent-ils associer dans leurs paroles l’idée de la naissance du Roi des Juifs à l’apparition de son étoile.1.Ultima Cumæi venit jam carminis ætas ; Magnus ab integro sæclorum nascitur ordo.Jam redit et Virgo, redeunt Saturnia régna ; Jam nova progenies cœlo demittitur alto.Tu modo nascenti puero quo ferrea primum Desinet, ac toto surget gens aurea mundo, Casta, fave, Lucina :.(Virgile, Eglogue IV.) 2.“Orietur Stella ex Jacob.” (Nomb.24, 17).3.“ Cons tan tissima omnium fere veterum auctorum opinio est, Magos ex prophetia Balaam jamdiu cognovisse Christo nascente stellam orituram : Orietur Stella ex Jacob ” (Maldonat in Matth.).4.Cf.Bened.XIV, De Festin. LES MAGES ET LE MESSIE 103 On s’est beaucoup occupé de la nature de ce phénomène, et il serait long de rapporter tous les sentiments qui se sont produits à ce sujet.Ces divers sentiments peuvent se ramener à deux.D’après un certain nombre d’interprètes, l’astre des Mages ne serait qu’un phénomène astronomique normal.On connaît, entre autres, la célèbre hypothèse de Képler1 et de plusieurs savants modernes, selon lesquels cette étoile serait, pour ainsi dire, résultée de la conjonction de deux planètes, Jupiter et Saturne, formant par leur rapprochement comme un seul corps lumineux d’une très vive clarté.Que ces deux planètes soient en effet entrées en conjonction vers l’époque de la naissance de Jésus-Christ, la chose ne semble pas douteuse : les savants calculs de Képler, acceptés par les astronomes modernes, la mettent hors de doute.Mais il e3t difficile de voir qu’un tel phénomène réponde aux données de l’Evangile sur l’étoile des Mages.Comment ces sages auraient-ils attaché une signification mystérieuse à un phénomène purement naturel?Mais surtout comment concevoir qu’un de ces globes immenses qui gravitent dans les profondeurs du firmament marche devant des voyageurs, selon l’expression de l’Evangéliste, et leur indique le lieu précis où repose un petit enfant2 ?Il est bien plus simple et plus vraisemblable de croire, avec la plupart des interprètes, que l’étoile des Mages n’était pas un phénomène sidéral proprement dit, mais seulement un météore resplendissant, formé pour la circonstance sous la figure d’un astre dans la région de l’atmosphère.3 Plusieurs ont émis l’idée que cette étoile merveilleuse n’avait été visible que pour les Mages.L’opinion contraire paraît plus conforme à la lettre du texte sacré : les Mages, selon la remarque de dom Calmet, semblent s’exprimer, à Jérusalem, comme si tout le monde avait pu voir l’étoile du Messie.Quelle émotion n’excita pas un phénomène si extraordinaire, au sein de ces peuples de l’Orient, tout pleins de l’idée d’un Libérateur et de celle du signe qui devait l’annoncer ! Certes, il n’est pas étonnant que plusieurs des principaux personnages de ce pays se soient levés pour aller porter leurs hommages aux pieds du nouveau Roi.Il n’est même pas invraisemblable de croire qu’ils entreprirent ce long voyage, non seulement en leur 1.Cf.Kepler, De J.C.vero anno natalitio.2.“Et ecce Stella, quain viderant in Oriente, antecedebat eos, usque dum veniens staret supra ubi erat Puer ” (Matth.Il, 19).3.Cf.S.Thom.III, q.36, a.7 ; et M.l’abbé Fillion, Comment, sur St Matth.¦ 104 LES MAGES ET LE MESSIE propre nom, mais comme représentants d’un grand nombre qui partageaient leurs sentiments.Qu’étaient-ils cependant ce3 nobles pèlerins, dont le nom devait être célébré avec tant d’éclat dans toutes les générations à venir?quel était leur rang dans la société ?quelle région de l’Orient habitaient-ils ?quel était leur nombre?Ni l’Evangile ni la tradition n’offrent aucune réponse certaine à la plupart de ces questions, et ce silence même est un signe de leur importance secondaire.On ne peut nier cependant qu’elles ne présentent un vif intérêt, et qu’elles ne soient tout à fait dignes d’arrêter l’attention d’un chrétien.Saint Matthieu donne à nos héros le nom de mages.Affecté d’abord aux membres d’une caste sacerdotale célèbre qu’on trouve, à l’origine, chez les Mèdes et chez les Perses, ce nom fut dans la suite étendu par l’usage à tous les sages de l’Orient, quand la domination perse y eut tout envahi sous Cyrus et ses successeurs.1 De ce titre de mages qui leur est donné, on aurait donc tort de conclure que nos premiers ancêtres dans la foi appartenaient à la religion des Perses, et comptaient au nombre des sectateurs de Zoroastre, ou qu’ils étaient, comme quelques-uns l’ont dit, de véritables magiciens et sorciers.Il paraît plus vraisemblable et plus convenable de dire, avec dom Calmet 2, qu’ils vivaient au sein de la gentilité, comme autrefois Job et ses amis, et peut-être beaucoup d’autres, étrangers aux erreurs du paganisme et aux pratiques de la superstition, et qu’ils attendaient, dans la pratique de la vertu, la venue du Dominateur prédit par le prophète Balaam, dont ils étaient, au sentiment de plusieurs Pères, les propres descendants.3 A l’étude de la religion ils joignaient celle de toutes les sciences, et»spécialement de l’astronomie, qui devait leur révéler l’étoile du salut.Leur influence était grande au milieu de leurs concitoyens ; il est même à croire, conformément à une tradition ancienne et populaire, qu’ils étaient à la tête de quelque province ou tribu, et qu’ils exerçaient une sorte d’autorité royale.On ne peut rien affirmer de très certain sur leur nombre.Quelques-uns le portent jusqu’à douze; cependant, la plupart des auteurs le réduisent à trois, et ce dernier chiffre paraît cléfL- 1.Cf.D.Calmet, Dissertation sur les Mages (à la tête de son Commentaire sur S.Matthieu).2.Ibid.3.“ Communis Patrum sententia est très Magos vel posteros vel successores-fuisse Balaam ” (Cornelius a Lapide in Numéros, c.24, v.17).Voir aussi Mai-donat in Matth. LES MAGES ET LE MESSIE 105 nitivement adopté par l’opinion traditionnelle à partir de S.Léon-le-Grand.C’est à ce second sentiment qu’il faut s’en tenir, dit Benoit XIV, qui l’appelle le seul vrai.1 Bien des opinions ont été émises sur le lieu d’où sont partis nos trois illustres voyageurs.Les deux hypothèses qui ont réuni le plus de suffrages sont celles qui leur donnent pour patrie l’Arabie ou la Perse.La nature des présents qu’ils emportèrent avec eux et qu’ils durent offrir à l’Enfant-Dieu, comme produits de leur propre pays, semble favoriser la première de ces hypothèses, s’il est vrai, comme l’affirment plusieurs auteurs anciens, que, de toutes les régions d’alentour, l’Arabie seule produise de l’encens.“Il n’y a qu’en Arabie”, dit Pline le naturaliste, “ que se trouve l’encens ”.2 “ Les Sabéens seuls (peuple de l’Arabie heureuse) voient croître la tige qui donne l’encens”, dit à son tour Virgile.3 On sait d’ailleurs que ce pays est renommé pour sa myrrhe 4 et son or 5.Si les Mages étaient réellement revêtus du pouvoir de ces petits princes auxquels l’antiquité donnait souvent le titre de rois, on aurait une raison de plus de croire, avec les Pères les plus anciens 6, qu’ils étaient originaires de l’Arabie plutôt que de la Perse: on ne voit pas, en effet, selon la remarque du célèbre Pierre de Marca, qu’il y ait eu en Perse de ces petits souverains si nombreux dans la péninsule arabique.7 Remarquons aussi ce que dit M.l’abbé Fillion: “ L’Arabie, pour les Hébreux, était par excellence le pays de l’Orient ” 8.Si on voulait concilier toutes les opinions les plus vraisemblables qui se sont produites au sujet du pays des Mages, on n’aurait qu’à le placer non loin des bords de l’Euphrate, sur les frontières de la Perse, de la Chaldée et de l’Arabie.9 Ces pays avaient conservé plus fidèlement que les autres nations l’écho de la promesse de Balaam, qui avait passé sa vie en 1.Benedict.XIV, De Festin : 1.I, Ci II, 7.2.“ Thura, præter Arabiam, millis ” (Piinius, 1.XII, 30, 14).3.“ .Solis est thurea virga Sabæis ” (Virg.Georg., II, 117).4.Cf.Plin.: ibid.5.“ Dabitur ei de auro Arabiæ ”.“ On lui donnera de l’or de l'Arabie ” (Ps.71, v.15)., 6.“ Dès sa naissance, des Mages, partis de l’Arabie, vinrent l'adorer.(S.Justin : Dial, eum Tryph., n.77 ; voir aussi n.78.)—Cf.Tertullien, Adversus Judœos, c.9, et Adversus Marcionem, III, c.13.7.“ Eos plerique veterum reges dixere ex prophetiæ auctoritate, id est, dynastas pagi alicujus, quales erant non pauci in Arabia, nulli vero in Perside.” (Pet.de Marca, Opuscidum de Magis, p.48.) 8.Commentaire sur St Matthieu : h.1.9.Cf.Ludolphe de Saxe, Vita Jesu Christi. 106 LES MAGES ET LE MESSIE ces lieux.1 On comprend qu’à cette époque d’attente universelle, et dans un tel milieu, les Mages, dont les mœurs étaient simples et pures, aient été tout disposés à reconnaître, dans la nouvelle étoile qui brilla sur leurs têtes, le signe du grand Roi, et qu’ils aient été à même d’entendre ce magnifique langage du ciel, selon l’expression de S.Augustin.2 II est à croire d’ailleurs, et c’est l’enseignement de la plupart des Pères, qu’à cette lumière extérieure répondit dans leur âme une lumière divine qui leur montrait le rapport de l’astre nouveau avec la naissance du Messie, et les invitait à aller rendre leurs hommages au Libérateur.3 D’après quelques interprètes, l’étoile des Mages aurait offert à leurs yeux les traits d’un visage d’enfant tout resplendissant de lumière ; et il est curieux de voir que Pline semble s’être fait l’écho de cette croyance, d’ailleurs peu fondée, dans ces paroles de son Histoire naturelle: “ Il y eut aussi une comète, dont la chevelure était si éblouissante de blancheur, qu’il était à peine possible de la contempler; elle représentait un Dieu sous les traits de l’homme”.4 Les Mages furent fidèles à “ la lumière du Christ”.5 Longtemps auparavant, le père des croyants avait quitté sa ville de la Chaldée, à la voix du Seigneur; devenus héritiers de la foi d’Abraham, ces vrais sages n’hésitent pas non plus à quitter leur pays, leur famille, leurs biens, pour répondre à l’appel d’en haut, quelque étrange et romantique que leur conduite puisse paraître autour d’eux.C’étaient les princes de Sabaqui allaient contempler le nouveau Salomon; c’étaient toutes les nations qui s’ébranlaient pour aller se jeter aux pieds du Sauveur universel, du Désiré des nations.On suppose assez généralement que l’étoile guida les Mages pendant tout leur voyage, à peu près comme la colonne de feu guidait les Israélites dans le désert, et qu’elle disparut seule- 1.“ Balaam (vaticinium).in Arabia editum fuit, et turn ibi, turn in Chaldæa seu Mesopotamia, ubi Balaam habitabat, celeberrima traditione conservatum ” (Jans.Ypr : in Num.XXIV, 17).2.“ Stella quid erat, nisi magnifica lingua eoeli ?” (S.Augustin.) 3.“ Dédit Deus aspicientibus intellectual, qui præstitit signum.” Le Dieu qui leur donna le signe, leur en donna en même temps l’intelligence.(S.Léon-le-Grand.)—1“ Stellam Christi esse cognoverunt per aliquarn reve-lationem Une révélation leur apprit que c’était l’étoile du Christ.(S.Augustin.) 4.“ Fit (ou fuit selon quelques-uns) et candidus cometes, argenteo crine ita refulgens, ut vix contueri liceat, specieque humana Dei effigiem in se ostendens ” (II, 29).5.“ Lumen ad revelationem gentium.” (Luc, II, 32.) LES MAGES ET LE MESSIE 107 ment à leur entrée à Jérusalem, pour reparaître à leur sortie de cette ville.L’étude attentive du texte évangélique porterait plutôt à croire que l’étoile ne les accompagna que de Jérusalem à Bethléem : “ Et voilà ”, dit l’évangéliste, après avoir rapporté leur entrevue avec Hérode, “ et voilà que l’étoile, qu’ils avaient vue en Orient, marchait devant eux ” 1 ; C’est donc, semble-t-il, qu’ils étaient venus sans elle : si elle leur eût déjà servi de guide depuis leur pays jusqu’à Jérusalem, l’expression de l’évangéliste paraîtrait peu naturelle; et de plus, dans cette même hypothèse, les Mages, à leur entrée dans la capitale de la Judée, se seraient-ils exprimés en ces termes: “Où est le Roi des Juifs?nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus.”?2 Il semble qu’ils eussent dû ajouter: “ et c’est elle qui nous a conduits jusqu’ici ”.D’ailleurs les Mages avaient-ils besoin de guide pour se rendre dans une ville aussi célèbre et aussi connue que Jérusalem ?Montés sur leurs chameaux, ces “ navires du désert ”, les Mages eurent bientôt franchi la distance qui les séparait de la capitale des Juifs.3 C’était là, pensaient-ils, qu’ils trouveraient Celui qu’ils cherchaient.Sans doute, leur imagination leur représentait les rues de Jérusalem jonchées de rameaux verts et ornées de riches tentures; elle leur faisait déjà entendre le son des harpes d’Israël et les chants d’allégresse des enfants des Hébreux autour du berceau de leur Roi.On imagine leur surprise et leur désappointement, lorsque la froide réalité frappa leurs regards, et que, à leur entrée dans la ville, ils ne purent rien y découvrir qui trahît quelque grand événement.“ Où est le Roi des Juifs qui vient de naître?” demandèrent-ils à quelques-uns des nombreux spectateurs qui se pressaient sur leur passage : “ Nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus l’adorer ”.— “ Le Roi des Juifs, le Messie ! ” 1.Matth.II, 9.2.Matth.II, 2.3.Selon une tradition imposante, ils seraient arrivés au terme de leur voyage 13 jours après la Nativité, c’est-à dire le 6 janvier, jour auquel l’Eglise célèbre l’Epiphanie du Seigneur.Le plus grand nombre des exégètes modernes placent cependant l’adoration des Mages immédiatement après la Purification, et ce sentiment paraît préférable pour deux raisons principales : 1° parce que le texte sacré (V.Matth.II, 13, 14) semble supposer que la fuite en Egypte suivit de très près le départ des Mages, et que par conséquent la Purification a dû avoir lieu avant ce départ ; 2” parce qu’il n’est pas vraisemblable qu’Hérode, si jaloux de son autorité, ait laissé passer presque un mois sans s’informer de l’issue du voyage des Mages, qu’il avait lui-même envoyés dans une ville voisine à la recherche du Roi des Juifs, en leur recommandant de revenir lui dire s’ils l’avaient trouvé.(M.l’abbé Fil-lion, Comment, sur S.Luc.II, 39.) 10S LES MAGES ET LE MESSIE répétèrent les Juifs de Jérusalem en se regardant avec surprise, et sans savoir que répondre.La parole des Mages était tombée au milieu des groupes curieux comme l’étincelle sur le chaume: une sourde rumeur circule bientôt dans les rues, sur les places publiques, dans les maisons, et porte partout une émotion facile à concevoir.Est-il possible que le Roi-Messie soit né, et qu’on doive bientôt voir le drapeau de Judée flotter sur le monde vaincu?Comment l’odieux tyran d’Israël, l’usurpateur jaloux du sceptre de David, va-t-il accueillir une telle nouvelle ?La rumeur publique eut bientôt franchi le seuil du palais d’Hérode, et vint faire trembler le vieux roi sur son trône.Descendant d’Ismaël par sa mère et d’Esaü par son père, Hérode n’était ni l’oint du Seigneur, ni l’élu du peuple : à force d’intrigues, il s’était fait imposer aux Juifs par les Romains tout-puissants.En proie aux frayeurs de l’ambition, et aux tortures de la jalousie, qui se disputaient son cœur, il n’avait reculé devant aucun crime pour affermir son trône.Il avait obtenu de Marc-Antoine, son protecteur, la mort du dernier roi asmonéen, Antigone, prince aimé du peuple ; presque tous les membres du Sanhédrin avait été immolés à sa vengeance avec tout ce qui restait des partisans d’Antigone ; ni la jeunesse et les grâces d’Aristobule, son beau-frère, ni les cheveux blancs du vieil Hircan II, ne les avaient mis à couvert de sa cruauté 1 Marianne, son épouse et nièce d’Antigone, Alexandra, mère de cette belle et infortunée princesse, et tous les Macbabées survivants, avaient eu le même sort ; Hérode avait encore fait étrangler Alexandre et Aristobule, les deux fils qu’il avait eus de Marianne, et chers au peuple malgré leur père, à cause des héros asmonéens leurs ancêtres.Et combien d’autres avaient été victimes de ses terreurs jalouses ! Détesté de toute la nation, sur laquelle il faisait peser un joug de fer, ce monstre couronné n’avait pour lui que ses courtisans, ses sicaires, ses artistes et le parti opulent mais peu nombreux des hérodiens, flatteurs séduits par la magnificence de ses travaux gigantesques, et qui n’avaient pas honte d’appliquer à la royauté de leur maître les caractères prophétiques de l’empire du Christ.Au courant des prédictions relatives à l’avènement du Fils de David, il suivait d’un regard inquiet les manifestations de l’espérance populaire, prêt à noyer dans des flots de sang tout semblant d’insurrection.Et voilà que d’illustres personnages de l’Orient viennent, sans mystère et sans détour, porter jusque dans sa capitalefla nouvelle de la naissance du Roi des Juifs ! Les habitants de Jérusalem, qui connaissaient Hérode, durent LES MAGES ET LE MESSIE 109 trembler pour la vie de leurs nobles hôtes.Aussi habile que cruel, le prince iduméen dissimula son indignation et les craintes secrètes qui l’agitaient.Sa conduite à l’égard des Mages est un type de politique insidieuse et d’hypocrite fourberie.Déjà il ne restait plus aucun débris de la race des Machabées ; sa résolution est vite prise d’étouffer à sa naissance ce rejeton de David, qui semble menacer son trône.Feignant d’entrer dans les préoccupations des Mages et de la ville de Jérusalem, il convoque le grand conseil des Juifs x, et lui pose nettement la question : “ Où le Christ doit-il naître ?” 1 2 La réponse ne se fit pas attendre: “A Bethléem de Juda”, disent les Sanhédristes, “ car il est écrit par le prophète (Mich.5, 2): Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es pas la moindre parmi les cités de Juda: car de toi sortira le chef qui doit régir Israël, mon peuple.” 3 C’est le dernier témoignage solennel rendu à la vérité par la Synagogue; au moment de disparaître, elle montrait du doigt aux Gentils le berceau du Sauveur du monde, sans songer elle-même à aller lui rendre hommage.Grâce à ce témoignage authentique, Hérode connaissait déjà le lieu de la naissance du Roi-Messie.Pour mener à bonne fin 1.Etabli à Jérusalem, après l’exil de Babylone, ce conseil ou Sanhédrin (2uvé^pi0v) était le tribunal suprême des Juifs : c’était à lui qu’étaient déférées les difficultés majeures en matière de justice, de doctrine ou d’administration.Il se composait de 71 membres, qui formaient trois classes distinctes : 1° la classe des prêtres (àp^tspeî;), qui comprenait les chefs des familles sacerdotales ; 2° ]a classe des scribes ou docteurs ('ypatq/.X'rsTç , vopuxot, vop.Ofî,.âaG/.aÀOi)) qui renfermait les lévites ou laïques les plus ver>-ses dans la connaissance de la loi ; 3° la classe des anciens (7rp3
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