Bulletin du parler français au Canada, 1 octobre 1907, octobre
Vol.VI OCTOBRE 1907 No 2 BULLETIN DU Pages SOMMAIRE 41—Étude sur l’histoire de la littérature canadienne—Michel Bibaud.55—Rapport du Secrétaire.62—Livres et Revues.66—Bulletin bibliographique.68—Mécanisme vocal.72—Lexique canadien-français.78—Sarclures.80—Anglicismes.—.L’abbé Camille Roy.A.Rivard.Adjutor Rivard.J.-E.Prince et A.D.Adjutor Rivard.Le Comité du Bulletin.Le Sarcleur.Le Comité du Bulletin.REDACTION ET ADMINISTRATION LA SOCIÉTÉ DU PARLER FRANÇAIS AU CANADA UNIVERSITÉ LAVAL QUÉBEC Editeur-dépositaire, à Paris: H.CHAMPION, libraire-éditeur, 9, Quai Voltaire.COTISATIONS ET ABONNEMENTS pour 1907-1908 sont maintenant DUS. ALPHABET PHONÉTIQUE (Signes conventionnels pour la figuration de la prononciation) d’après MM.Gilliéron et l’abbé Rousselot 1 Lettres françaises.Les lettres a, e, i, o, u, b, d, n, f, /, k, l, ni, n, p, r, t, v, z, ont la même valeur qu’en français.g = g dur (gateau); s = s dure (sa) ; ce = eu français (heureux) ; w — ou semi-voyelle (oui) ; y = i semi-voyelle (pied) ; iù = u semi-voyelle (huile); è = e féminin (je); h marque l’aspiration.Lettres nouvelles, u = ou français (coucou) ; e = ch français (chez).Signes diacritiques.Un demi-cercle au-dessous d’une consonne indique que cette consonne est mouillée : / (son voisin de l + y, l mouillée italienne), k (son voisin de A + y), y (son voisin de y + y), n (gn français de agneau).—Un point au-dessous d’une consonne indique que cette consonne est prononcée la langue entre les dents: t, d (sons voisins de t + s, d + z; c’est le t et le d sifflants canadiens de : ti, du).Les voyelles sans signes de quantité ou de qualité sont indéterminées (tantôt ouvertes, tantôt fermées), ou moyennes: a (a de patte), e (e de péril), o (o de botte), œ (eu de jeune).—Les voyelles marquées d'un accent aigu sont fermées: d (a de pâte), è (e de chanté), ô (o de pot), œ (eu de eux).— Les voyelles marquées d’un accent grave sont ouvertes : à (a de il part), è (e de père), ô (o de encore), ce (eu de peur).—Les voyelles surmontées d’un tilde sont nasales : â (an de sans), ê (in de vin), ô (on de pont), œ (un de lundi).—Suivies d’un point supérieur, les voyelles sont brèves a\ i’, etc.; de deux points, elles sont longues: a:, i:, etc.; d’un accent, elles sont toniques : a', i', etc.Deux lettres qui se suivent, et dont la seconde est entre crochets, représentent un son intermédiaire entre les deux sons marqués.Ainsi, ô[o] = o demi-nasal.Les petits caractères représentent des sons incomplets.Il n’y a pas de lettres muettes dans la prononciation figurée ; chaque son n’est représenté que par une lettre, et chaque lettre ne représente qu’un son. Vol.VI, N» 2.— Octobre 1907.L’ ÉTUDE SUR DE LA LITTÉRATURE CANADIENNE MICHEL BIBAUD (1788-1857) l’histoiîien lsuite) Il n’a pas suffi à Michel Bibaud d’avoir publié en 1830 un recueil de vers : notre premier poète a voulu devenir aussi notre premier historien.Mettre au jour le premier volume de poésies et la première histoire nationale—il s’agit ici d’une simple priorité de temps—qu’il y ait dans la littérature d’un peuple, est, certes, un assez beau titre de gloire, et qui pouvait solliciter l’ambition littéraire de l’auteur des Satires.Les initiateurs, les premiers venus, ont au moins sur les autres le mérite d’avoir commencé, d’avoir frayé des voies, et l’on sait que ce fut jadis l’une des grandes consolations de Lucrèce, poète philosophe.Du reste, vers 1830, notre histoire du Canada offrait à l’ouvrier des lettres un champ aussi fécond qu’il était nouveau.Depuis Charlevoix, qui, au siècle précédent, avait publié une Histoire de la Nouvelle-France, aucun écrivain français n’avait tenté de reprendre et de compléter ce récit.Or, l'Histoire de Charlevoix ne va pas au delà de 1725 ; et Charlevoix étant lui-même un Français de France, il restait donc à faire la première histoire complète du Canada, et la première aussi qui fut signée d’un nom canadien.41 8574 42 Bulletin du Parler français au Canada Michel Bibaud n’a pas manqué, dans la Préface de la première partie de son Histoire, de taire remarquer au lecteur cette lacune et ce besoin, et d’insinuer toute l’opportunité et toute l’originalité de son œuvre.D’autre part, que d’événements s’étaient accomplis depuis 1725, qui avaient profondément et totalement modifié notre existence nationale ! Et quels événements se préparaient encore que l’historien pouvait prévoir! quelles œuvres laborieuses, tourmentées, dont il pouvait suivre déjà et décrire la très pénible élaboration! Aussi, le sujet devait tenter Michel Bibaud, comme il attirait depuis quelques années l’esprit si actif de Jacques Labrie.Labrie et Bibaud travaillèrent à peu près en même temps, mais avec un esprit très différent, à la composition d’une Histoire complète du Canada.Par le moyen des recueils littéraires dont il prit tour à tour la direction, Bibaud put livrer tout de suite à l’imprimeur, et en quelque façon au fur et à mesure qu’il les rédigeait, les feuillets de son manuscrit, tandis que Jacques Labrie attendit que son Histoire fut terminée avant d’entreprendre de la publier; et l’on sait comme il mourut, en 1831, à la veille de faire imprimer cette œuvre, et comme aussi, malheureusement, en 1837, cette œuvre périt, encore inédite, dans l’incendie de Saint-Benoît.C’est donc bien Michel Bibaud qui fut notre premier historien canadien; et ce fut donc à lui de prendre, devant la postérité, la responsabilité de porter sur les événements et les agitations de son siècle les premiers jugements de l’histoire.* * * Né en 1788, Bibaud se trouvait être le contemporain de toutes les querelles politiques qui remplirent jusqu’à 1837 — l’année où il interrompt son récit — les premières périodes de cette partie de notre histoire qu’on appelle la «domination anglaise».Si donc, il lui fallait, pour écrire pertinemment sur la «domination française,» faire toutes les recherches qu’exige l’étude du passé lointain, il ne lui était pas moins nécessaire de se placer au-dessus des quotidiennes animosités pour voir et montrer dans une pure lumière de vérité les desseins et les actions de ses contemporains.Mais il est si difficile à l’homme de s’abstraire de tous les intérêts, de toutes les passions qui l’entourent et l’enveloppent! L’histoire écrite, nul ne l’ignore, est toujours plus ou moins imprégnée de Étude sur l’Histoire de la littérature canadienne 43 ces multiples courants d’idées, de sympathies et de haines qui ne cessent de circuler à travers le peuple, et elle se ressent toujours aussi des inclinations personnelles et des impressions de l’auteur.Mais si l’on ne peut attendre de l’historien, et si même il n’est pas convenable à l’historien, qu'il soit impassible et neutre, du moins peut-on de lui exiger qu’il soit équitable, et qu’il réalise, dans la plus grande mesure possible, cette haute vertu morale qui est l’impartialité.Or, disons-le tout de suite, Michel Bibaud ne nous paraît pas avoir suffisamment montré à travers son œuvre l’image et le rayonnement de cette vertu.Aussi bien, a-t-il vécu à une époque, la plus troublée de toute notre histoire, où les meilleurs esprits, trop souvent comprimés par une politique oppressive, se sont vivement excités et sont plus d une lois sortis de leurs bornes.Les réactionnaires aussi bien que les progressistes, les bureaucrates aussi bien que les patriotes, ont alors oublié la juste mesure qu’il faut savoir donner à son geste et à sa pensée, et il n’est donc pas étrange qu’à ce moment où l’on ne pouvait être indifférent aux graves problèmes dont on pressait de toutes parts les tardives solutions, il fût extrêmement difficile d’apprécier avec indépendance et suffisante modération les hommes et leurs actions.Aussi faut-il, quand on veut juger l’œuvre historique de Bibaud et se rendre compte de l’esprit qui anime l’écrivain, distinguer assez nettement entre l’historien qui raconte, d’une façon d’ailleurs assez brève et sèche, les événements de la domination française, et l’annaliste, le témoin qui enregistre tous les accidents de nos premières luttes parlementaires.Les récits de la domination française, bien dépassés, corrigés et complétés par les historiens qui ont depuis repris ce sujet, n’offrent plus guère d’intérêt pour le lecteur d’aujourd’hui.Ils attestent seulement 1 eflort louable de l’auteur, assez incomplètement documenté, pour lépandre dans le public canadien une connaissance plus précise des origines de notre histoire.C’est sur la seconde partie de l’ouvrage, celle qui comprend les diverses phases de la domination anglaise, que s est plutôt attachée et concentrée l’attention des contemporains et des critiques.Et l’on a pensé définir d’un mot l’historien sympathique à l’oligarchie anglaise qui nous gouvernait : on l’a appelé du vocable alors flétrissant de « bureaucrate ».A cette époque, être bureaucrate, c était sans doute et d abord être fonctionnaire; c’était aussi être 44 Bulletin du Parler français au Canada l’ami, le partisan de ces employés d’administration qui souvent se plaisaient à traiter les Canadiens comme des vaincus et des conquis, et qui avaient donc apporté d’Angleterre dans ce pays la morgue insolente que les métropolitains se dispensent rarement de faire voir à leurs coloniaux.Il y eut presque toujours parmi nous des amis indiscrets et intéressés du conquérant.En 1792, dès le début de notre vie parlementaire, ce fut Pierre-Louis Panet qui sacrifiait volontiers aux exigences de ses collègues anglais sa langue maternelle et celle de ses compatriotes ; ce fut ensuite le juge de Bonne qui, au début du siècle dernier, conduisait le groupe des anglophiles, et attirait sur lui l’anathème des députés patriotes.On donnait alors à ces courtisans du vainqueur le surnom de «chouayen», lequel servit à désigner d’abord les soldats français qui à la bataille de Chouayen ou Oswego, désespérant de remporter la victoire, passèrent à l’ennemi.Les chouayens, les bureaucrates, les conciliateurs à outrance, Michel Bibaud les connut bien, et les fréquenta sans doute.A l’époque des impatientes colères de Craig, ils se créèrent un organe, et firent vivre d’une existence éphémère, que l’anglomanie elle-même devait tuer, le Vrai Canadien
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