Le parler français, 1 décembre 1916, Les livres
LES LIVRES L’abbé Arthur Laçasse.Heures Solitaires.Québec (L’Action Sociale, limitée), 1916, in-8, 21c.x 14c., 188 pages.Pour avoir sa pleine valeur notre poésie doit puiser ses inspirations dans la nature, dans la vie, dans l’âme canadienne.M.l’abbé Laçasse n’a pas dû se faire violence pour mettre en ses vers des choses de chez nous : un heureux penchant l’y portait, avant même qu’on parlât de nationaliser notre littéiature.C’est un poète avant tout sincère, et qui n’aime donc à chanter que ce qu’il a vu.Jamais il ne force son imagination, et son rêve ne l'entraîne pas hors de sa patrie ; la muse de M.Laçasse, même en ses caprices, reste canadienne.C’est le premier mérite de ce recueil.Dans cette poésie simple et naturelle, éloquente aussi et parfois d’une douce mélancolie qui va jusqu’au fond de l’âme, la sincérité des impressions est relevée par la hauteur de la forme ; souvent réalistes par le choix des sujets, ces poèmes sont toujours idéalistes par le style.Les quatre parties du recueil nous montrent le poète tous à tour rêveur grave, et observateur délicat, évocateur ému et chanteur enjoué.Mais partout, quelque sujet qu’il traite et quelque ton qu’il prenne, M.Laçasse verse son cœur dans chacun de ses vers.Aussi sa poésie estelle toute vivante et pleine de sentiments : il a ce don, nécessaire au poète, d’entendre chanter autour de lui “ l’âme des choses ”.La langue de M.Laçasse est celle qui convenait à cette inspiration.Simple et correct, d’yn mouvement régulier et d’un rythme sans heurt, son vers est toujours agréable à dire et parfois se hausse jusqu’à l’éloquence.Quelques faiblesses auraient pu être évitées.— 168 — LES LIVRES 169 Pamfhile Lemay.Reflets d'antan.Montréal (Granger), 1916, in-8, 19c.5 x 12c.5, 217 pages.Malgré le conseil de Boileau, les poètes sont en général peu enclins à repolir leurs vers, quand ils les ont déjà polis une fois.M.Pamphile LeMay est une exception.Retiré dans le calme d’une campagne aimée, depuis plusieurs années, le poète octogénaire relit, corrige, récrit ses œuvres, dont il prépare des éditions nouvelles.Ainsi ont paru déjà, en la forme définitive qu’il leur a donnée, Evan-géline et les Epis ; ainsi paraîtra bientôt la troisième et dernière édition des Vengeances.Bel exemple de travail persévérant et consciencieux que donne aux jeunes le plus vieux et le plus aimable de nos poètes ! Mais tant que le vent fera flotter la longue chevelure blanche du poète, quelque chose chantera dans l’âme de Pamphile LeMay ; et il aura beau s’astreindre à un dur labeur de révision et de correction, il ne pourra se tenir de faire aussi, de temps en temps, s’aligner et se répondre des rimes nouvelles.On naît poète, dit-on ; on meurt poète aussi.Quand LeMay donna ses Gouttelettes, dont le recueil reste son œuvre la meilleure, on crut que c’était son dernier chant.Il en a pourtant fait entendre d’autres encore.Et, dans les Reflets d’antan, qui viennent de paraître, plusieurs poèmes sont inédits ; d’autres avaient déjà été publiés et ont été heureusement retouchés.Il ne s’y trouve, comme dans presque toute l’œuvre du poète, rien que de canadien.L’un des plus beaux titres de gloire de LeMay sera d’avoir aimé singulièrement et pardessus tout sa patrie, et de l’avoir chantée en vers harmonieux.L’abbé Lionel Groulx.Les Rapaillages.Montréal (le Devoir), 1916, in-16, 17c.5xllc., 159 pages.L’obligation où je me trouve de rendre compte des Rapaillages me met un peu en peine.A propos de ce beau petit livre, on a trop parlé d'un autre petit livre, qui n’avait que ie mérite d’être venu au monde un peu plus tôt ; o î les x comparés ensemble ; on les a dit apparentés l’un à l’autre.Cela ne met à l’aise ni l’un ni l’autre auteur.Pourquoi, cher monsieur l’abbé, n’avez-vous pas publié les Rapaillages avant qu’ait paru Chez nous?J’aurais pu, sans embarras, dire de vos contes tout le bien que je pense.A louer votre goût, 170 LE PARLER FRANÇAIS pour les vieilles gens et les vieilles choses, votre amour du terroir, votre esprit d’observation, votre sens du détail intime, la si îeérité de vos souvenirs, la sagesse de votre imagination, la franche simplicité de votre langue, l’élégaiiee de vos tours les plus rustiques, j’aurais pris, monsieur l’abbé, un plaisir extrême.S’il faut me taire sur toul cela, il y a cependant une chose que je peux relever sans crainte.On a écrit, à ce propos : “ La littérature canadienne, après avoir cherché sa.voie pendant longtemps, vient enfin de la trouver.” Et un autre critique a dit que cette affirmation était “ paradoxale ”.Discussion vaine ! Ni l’auteur des Rapaillages, ni l’auteur du Canadien Errant, ni l’auteur de Chez nous n’ont pu croire qu’ils avaient découvert une voie nouvelle.La voie, en effet, était ouverte depuis longtemps et fréquentée par plusieurs.Mais ils se sont peut-être avisés de marcher sur l’aubel du chemin ; peut-être ont-ils même exploré un petit sentier parallèle, déjà tracé aussi, et où il y avait à cueillir encore quelques fleurs.Je ne crois pas qu’ils aient eu d’autre prétention.R.F.Marie-Victorin.La Flore du Témiscouata.Québec (Imprimerie La-flamme), 1916, in-8', 25e.x 16c.5, 127 pages.Pour favoriser le développement des études botaniques chez nous, les naturalistes voudraient une nomenclature complète de la “ Flore de la province de Québec ”.Les matériaux manquent pour établir convenablement cette nomenclature.Le Naiuraliste s’emploie à les réunir, et il a publié ce mémoire du R.F.Marie-Victorin.Un tirage à part, très élégant, met à la disposition de tous les chercheurs les observations de l’aureur, et le résultat de ses herborisations dans la région du Témiscouata.La Ligue des droits du français.Almanach de la Langue française — 1917f Montréal (lmp.du Devoir), 1916, in-16, 128 pages.Voilà un almanach, qui est un almanach, et qui cependant est un livre ! Ceux qui tiennent au calendrier, trouvent celui de 1917 dans les dernières pages de la brochure ; et dans les 110 premières pages ils ont un beau petit livre, où nos meilleurs écrivains disent le mieux du monde les choses les plus intéressantes sur les sujets les plus variés.Le meilleur éloge serait de reproduire la table des LES LIVRES 171 matières ; mais tous nos lecteurs la connaissent.A ceux qui, par hasard, ne se seraient pas encore procuré VAlmanach de la Langue française, nous conseillons fortement de le demander sans retard au libraire le plus proche.R.P.Valentin-M.Breton, O.F.M.Des doutes en matière de foi.Montréal (Granger), 1916, in-12, 83 pages.L’auteur de cet opuscule y définit d’abord les diverses espèces de doutes en matière de foi ; puis il en recherche les causes ; enfin, il donne les “ principes de solution ”.C’est un ouvrage qu’on lit d’abord d’un trait, à cause de la magie d’un style d’une rare élégance, qui donne souvent l’impression d’une surprise et parfois d’une attente satisfaite.Puis, on se prend à le relire, à cause des idées qui abondent et dont chaque phrase est pleine.Enfin, on ne peut se tenir de le méditer en le feuilletant encore, à cause du bien que cette lecture fait à l’âme.Mgr Touchet.Pour les Arméniens.18 pages.Fernand Laudet.La Mission catholique de la France.16 pages.Mgr L.Lacroix.Le Clergé et la Guerre de 1911 : Une paroisse champenoise sous la botte allemande.24 pages.Lettre de VEpiscopat belge (texte officiel).61 pages.Récentes publications du Comité catholique de propagande française à l’étranger.(Chez Bloud et Gay, 7 Place Saint-Sul-pice, Paris.) Le Comité publie aussi un Bulletin de propagande française à Vétranger.(Mensuel.Prix de l’abonnement à 10 numéros, 3 francs.) Nomenclature des noms géographiques de la province de Québec.Québec, 1916, in-8, 84 pages.Cette nomenclature, qui forme le premier rapport de la Commission de géographie de Québec, a été préparée par M.Eugène Rouillard, le secrétaire de la Commission.C’est surtout grâce au travail de M.Rouillard que la Commission fut créée en 1912 ; et c’est encore à son labeur persévérant que nous devons ce véritable dictionnaire des nouveaux noms de lieux de notre Province, où sont réunies et expliquées les décisions de la Commission. 172 LE PARLER FRANÇAIS Les nouvelles appellations qui y sont notées se rapportent, pour le plus grand nombre, aux cantons ainsi qu’aux lacs et aux rivières explorés dans les trois ou quatre dernières années.Il suffit de lire une page de cet ouvrage pour s’apercevoir que la création de cette Commission a été une heureuse innovation.Grâce à elle, plus d’un nom sauvage a été remplacé par un beau nom français ; et le choix qu’elle a fait d’appellations nouvelles est généralement judicieux.On peut seulement regretter qu’elle ait été forcée de conserver un certain nombre de noms indiens, déjà fixés par le Bureau géographique d’Ottawa.R.P.Th.Henusse, S.J.Le Fléau de la Guerre.Paris (Bloud et Gay), 1916, in-16, 32 pages.La guerre peut devenir, au sein d’une nation, un facteur de progrès moral.La Belgique devra sortir, “ retrempée dans l’idéal ”, de la guere héroïque qu’elle fait.Adjutor Rivard.Un numéro de journal qui compte 132 pages mérite bien de figurer dans la bibliographie des livres.Or, l’Avenir National, de Manchester, New-Hampshire, Etats-Unis, a publié, le 23 octobre dernier, à l’occasion de son trentième anniversaire, un numéro-souvenir de 132 pages, qui coûte exactement deux sous.Des articles fort instructifs et des illustrations abondantes et artistiques remplissent ce volume.Le premier fascicule est consacré, comme il convient, au journal lui-même, à son histoire, à son personnel, et à l’histoire résumée de la presse franco-américaine.Le deuxième fascicule est tout plein des souvenirs et des faits qui intéressent la race française en Amérique.Puis c’est la ville de Manchester, son gouvernement municipal et ecclésiastique, ses groupements canadiens religieux, civils, industriels et commerciaux, la géographie descriptive et pittoresque de “Manehester-la-jolie,” ses associations patriotiques et nationales, et enfin les pionniers canadiens de Manchester, qui tour à tour sont étudiés, racontés et loués.Il y a dans ces 132 pages des renseignements très précieux offerts en de?articles alertes et pleins.Nous offrons à l’Avenir National nos félicitations les plus vives, et nous lui souhaitons une constante et toujours grandissante pios-périté.C.R.
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