Le parler français, 1 octobre 1914, Les langues indigènes dans le parler franco-acadien
LES LANGUES INDIGÈNES DANS LE PARLER FRANCO ACADIEN Mémoire présenté au Congrès de la Langue française au Canada (Québec 1912) L’influence des langues indigènes ne s est pas plus fait sentir sur le parler acadien que sur celui des Canadiens français .a de rares exceptions près, ce sont les Indiens qui ont appris le français plutôt que les Français n’ont appris les langues des tribus avec lesquelles ils venaient en contact.Néanmoins, de même qu’un certain nombre de mots français se sont infiltres dans le vocabulaire indien, ainsi certains termes indigènes sont entrés dans la langue acadienne comme dans celle des Canadiens français.Ce qui est difficile, dans cette question, ce n’est pas de reconnaître ces mots indigènes, mais de savoir à quel dialecte indien il convient de les rattacher.Cet embarras s’explique historiquement par la vie errante que menaient les Indiens, par 1 infiltration qui se produisait des termes d un dialecte dans un dialecte voisin, par le fait enfin que les Acadiens, comme leurs frères du Canada, sont venus en rapport tour à tour avec les tribus les plus diverses.Ainsi les peuplades que rencontra Champlain, en 1603, a Stadacone et a Hochelaga, n’appartenaient pas du tout à la même lignée que ceux qu’avait entrevus Cartier, soixante-dix ans auparavant.D’après les indications de ce dernier, dans les récits où il a consigné un vocabulaire assez imparfait de leur langue, ceux-ci se rattachaient à différentes tribus de la famille huronne-iroquoise disséminée à l’est du Mississipi, depuis le golfe du Mexique jusqu’à la mer d'Hudson ; au temps de Champlain, ils avaient mystérieusement disparu des bords du Saint-Laurent où l’on ne trouvait plus que les tribus algonquines.Cet éparpillement si rapide, joint au fait que les indigènes n’ont jamais écrit leurs annales, rend donc très difficile la connaissance de leurs divers dialectes et l’attribution à tel de ces dialectes plutôt qu’à tel autre des mots qui ont reçu droit de cité dans le parler des Acadiens.On sait du moins, avec assez de certitude, le nom des principales tribus avec lesquelles ceux-ci eurent à faire.C’est d’abord celles des Algonquins, dont les dialectes étaient aussi largement parsemés que les rameaux de ce tronc vigoureux ; on les entendait tout le long de l’Atlantique, depuis le cap Hattéras jusqu’aux régions arctiques.Sur les rives du Kennebec et de la Penobscot, ainsi 67 68 u Cj PARLER FRANÇAIS qu en Acadie, vivaient les Abénakis, les fidèles amis des Français.Les Etchemins, appelés canoemen par les Anglais, habitaient l’est et l’ouest de la rivière appelée Sainte-Croix par de Monts.La Nouvelle-Ecosse, le cap Breton et File Saint-Jean étaient habités par les Micmacs ou Souriquois, renommés pour leur cruauté : on sait cependant que les missionnaires acadiens convertirent à la foi chrétienne leur chef Membertou.Enfin, tout le long du Saint-Laurent, depuis l'embouchure jusqu’à Québec, erraient les Monta-gnais, de la famille algonquine.Si ces notions permettent de dire à quelle famille indienne appartiennent les mots indigènes infiltrés dans l’acadien, elles ne permettent cependant pas d’attribuer tel mot à telle tribu de cette famille plutôt qu’à telle autre, vu encore une fois l’intrusion fréquente des mots d’un dialecte dans un dialecte voisin.Aussi, renonçant à une appropriation certaine que seule rendrait possible l’étude comparée des langues indigènes, nous nous contenterons de constater les faits linguistiques.Nous rechercherons les termes indiens qui se sont glissés dans le vocabulaire acadien sans nous occuper de remonter, dans la plupart des cas, jusqu’à la source de ces mots.* * * Le nombre de ces sauvages intrus tend à disparaître : au dire de ceux qui habitent la côte nord de la Baie-des-Chaleurs, les vieux paysans emploient beaucoup plus de mots d’origine indienne que les jeunes gens.D’autre part, il est très peu de ces termes introduits dans l’acadien qui ne se retrouvent en même temps dans le franco et même l’anglo-canadien : bien plus, il semble que la plupart de ces emplois ont été adoptés d’abord par les Anglais, puis, après un détour par les Antliles, ont été transmis aux Français.En voici la liste, aussi complète que nos études nous permettent de la dresser (1) : 1 àlpàka, f.= alpaca.Ce mot est- emprunté au nom péruvien de l’animal qu’il désigne.L’accent porte plutôt sur la pénultième que sur la dernière syllabe, effet, probablement, de l'accent anglais.2 àmàk, m.= hamac.Cf.esp.hamaca.Mot venu des Indes occidentales.3 atokd, m.= pomme des prés.On trouve ce mot écrit de plusieurs façons : atoka, atocca (Chamberlain, N.et Q., v.1, pp.221), otoca (Elliott, A.J.P., v.VIII, p.338).Tout autour de la Baie- 1.Sur ces mots, voir les articles du professeur Chamberlain (American noies and queries, V.I-II, 1S88-89, passim), une étude du professeur Elliot (American Journal of philoiogy, pp.145-151, 338-340) et le Dictionnaire de Sylva Clapin.Ce dernier, qui abonde en renseignements utiles, contient beaucoup de mots de provenance indienne que les ouvrages de même nature publiés depuis.Nous renverrons souvent le lecteur à ce livre ainsi qu'aux deux revues signalées : nous abrégeons seulement la mention du titre (v.g.N.et Q , A.J.P.) Autres abréviations : B P F C = Bulletin du Parler français au Canada ; H.D.T.= Dictionnaire général de Hatzfeld, Darmesteter et Thomas.Consulter aussi le Glossaire franco-canadien, d'Oscar Dunn et les Notes de l’abbé Caron. LES LANGUES INDIGÈNES DANS LE PARLER FRANCO-ACADIEN 69 des-Chaleurs on se sert de ce mot, en anglais cranberry.Bibaud le signale dans son Mémorial, p.56.Clapin dit : prononcez ataka , dans VAppendice, p.345, il l’épelle atoca et cite l’abbé Cuoq (Cl.BPFC, III, pp.254-293 ; V, p.65)., , 4 bàbic, f.Chamberlain épelle babiche et définit : « lamere de cuir ou de peau » (I, p.232) A Carleton en applique ce mot à une espèce de courroie (cf.Clapin, p.32 et p.345 ; BPFC., II, p.145 , III, p.19 ; V, p.65).5 bakà, m.= boucan.A l’origine, petit endroit ou les Caraïbes fumaient la viande.Emprunté au dialecte des Caraïbes ; voir H.D.T.(Chamberlain, I, p.232 ; cf.Clapin ; BPFC.II, p.76 ; III, p.181).: vâ do pd dà st mèzô lo, sè œ vrè bukà.va donc pas dans cette maison-là, c est un vrai boucan.6 bukdné = boucaner ; dérivé de boucan, mais usité au sens de (( fumer, sécher la viande )), sens primitif du mot (cf.BPFC ., III, p.181) ; bukan = boucane, s’applique à la fumée même (ibidem, et II, p.m) : vâ dâ là bukdnèri mœ eàrcé œn bàyèt dérà bukàné.va dans la (boucanerie) me chercher une baguette de hareng boucané.Au lieu de baguette, on entend aussi œn brodé (broc-hetée) qui veut dire (( bon nombre filé ensemble ».Dans l’Ouest, selon Chamberlain (The vocabulary of Canadian French.Québec, Dussault et Proulx, 1906, -p 12, n° Ï5), boucanière, f., veut dire une tente indienne, nommée ainsi à cause de la « boucane » ou fumée qui s en échappe.7 bukdnèri, f.(boucanerie).C’est l’endroit où l’on fume la viande ; voir l’exemple qui précède.Le Comité du BPFC (III, p.182) définit : « Établissement de celui qui fume la viande ».8 doré et doré, f.= anglais dory.Probablement d’origine indienne ; nom donné dans les Indes occidentales et aux alentours du golfe du Mexique, au canot que l’on fabrique tout simplement en creusant une grosse bûche.Il paraît probable que le mot est venu de l’anglais.9 kdnot, m.= canot.On sonne le t final ; caraïbe : canaoa ; cf., pour l’étymologie, Chamberlain (I, p.259) et Clapin.Celui-ci dit que le mot canot fut employé au Canada avant de l’être en France et dérive de l’espagnol canoa, se rattachant au dialecte des Caraïbes.Il cite aussi Lescarbot, qui, dans son Histoire de la Nouvelle-France, appelle canao un « petit bateau tout d une pièce.» kè ! gàrd lé kànot ki pa:s ô làrj ; y d œ sovà:j e œn sàvàjès ki pàgd:j.tiens ! regarde le canot qui passe au large ; il y a un sauvage et une sauvagesse qui (pagayent).10 kdribu, m., caribou, le renne de l’Amérique septentrionale ; d’origine huronne (cf.Chamberlain, I, p.270 ; Clapin, p.68).11 mànitu, m., manitou.Selon Littré : « Nom des divinités de l’Amérique du Nord.» Dans le dialecte de Carleton, bien que le mot se rattache à une divinité, pourtant le sens en est assez 70 LE PARLER FRANÇAIS vague.D'origine algonquine (voir Chamberlain, I, pp.305-6).Le Grand, Manitou est celui qui est placé au-dessus de tous les « manitous ».Cf.Clapin, pp.209, 359 ; BPFC., IV, p.65, où l'on trouve un usage du XVIIIe siècle (1744) : « Ce chien avait le Manitou pour la perdrix, c’est-à-dire il chassait bien.» 12 màogni, m.= l’anglais mahogany (mahogéni) = acajou.Chamberlain cite diverses autorités sur l’étymologie de ce mot.Il paraît être venu de l’Amérique du Sud et être entré dans le dialecte en passant par l’anglais.Selon Chamberlain, ce mot est en train de supplanter la forme populaire canadienne àrkdju = acajou (I, p.365).Dunn donne mahogany comme le font aussi Caron et Clapin.La prononciation canadienne-française est mo:gné : vlâ ti œn bel tàb ; àl e fèt à màogèni.voilà (ti) une belle table ; elle est faite en mahogany.13 mdskwâbinâ, m.Nom d’un sorbier ou d’un cormier ; d’origine algonquine ; voir Chamberlain (II, p.2).Le mot est cité par Bibaud dans le Mémorial, p.56 ; il l’écrit mascouabina (Cf.Clapin, p.359, qui l’écrit de la même façon).14 mékok, m.Usité au lieu du terme français populaire savane.Chamberlain écrit « mohok » et dit que le mot est d’origine micmac.A Carleton on traduit ainsi ce mot : Savane, forêt d’arbres résineux.Clapin (p.362) écrit mokoh et dit «.usité surtout parmi les Acadiens » : Ô7i a été ramâ:sé dé bolwè dà lè mékbk à djô.on a été ramasser des bluets dans le « mokoh » à « Jo ».Dans le Vocabulary of Canadian French, de Chamberlain, n° 10, p.7, on trouve : « Maskeg m.Mot d’origine Crise, désignant un marais, une savane.» Ce renseignement est emprunté, comme le dit Chamberlain, à Clapin, p.359.Ce dernier fournit encore les renseignements suivants : « Le P.Petitot définit le maskeg : marais, ou plaine remplie de lichens.Dans le dialecte Otchipwe on trouve la forme mashkig ».Chamberlain dit que le père Petitot écrit aussi masquèque.15 mikmdk, m.= Micmac, nom donné à une tribu d'indiens.Le sens embarras, intrigue, qu’on trouve dans le Glossaire franco-canadien d’Oscar Dunn, n’est pas celui de Carleton : Ce sens provient peut-être des luttes continuelles entre les Micmacs, fidèles alliés des habitants français, et les Anglais.H.D.T.dit : « Origine inconnue ».(Cf.Chamberlain, II, p.17 ; Clapin, p.361.) 16 mikwàn, f.= grande cuiller en bois.Selon les autorités citées par Chamberlain, II, p.17), probablement d’origine algonquine.Dunn écrit micouenne.Le mot est aussi signalé par Bibaud dans le Mémorial, p.56, et il est écrit micouanne.Clapin écrit micouenne, p.217 et p.361.Cf.le BPFC, (II, p.78) où l’on voit que cette cuiller est celle dont on se sert pour fabriquer le sucre d’érable.On y trouve les formes micoine, III, p.220 ; micouenne, IV, p.144 ; micouanne, V, p.65.17 mitas, f.= grandes guêtres ou jambières ; d’origine algonquine (Chamberlain, II, p.30 ; Elliott, AJP., p.148).Dunn écrit mitasse, Bibaud mitas, Clapin mitasse.Au XVIIIe siècle, on LES LANGUES INDIGENES DANS LE PARLER FRANCO-ACADIEN /I trouve mitasses de poule, de dinde = le bas de la cuisse (BPFC., III, p.291).18 mbgàsin, m.= mocassin.Selon Chamberlain (II, p.31) d’origine algonquine.Dunn écrit mocassin (Cf.Llliott, AJP, \ III, p.339 ; Clapin, pp.218, 362).BPFC (II, p.146) donne la forme mogassines : s fè:r fè:r dé mo:gàsin pur àle 6 bwâ kà:t i fè f ret.se faire faire des mocassins pour aller au bois quand il fait froid.19 màgivà.Selon des renseignements recueillis à Carleton, on entend de temps en temps, dans la bouche des vieux, cette expression.Elle est censée être d’origine sauvage et on l’emploie pour dire je ne peux pas.20 nàgàn, f.Ce mot est venu de Québec.Selon 1 explication fournie par les gens de Carleton, c’est le nom d une valse populaire composée par Louis Lionais.Selon Chamberlain (H.P- 31) le mot est d’origine algonquine et veut dire : berceau indien.Le poète canadien-français, Louis Fréchette, sen est servi.On 1 écrit ordinairement nagane.Clapin écrit nagane et nugâne et définit : « Sorte de filet servant aux mères indiennes pour porter leurs enfants sur le dos » ; cf.aussi la page 362, pour des renseignements plus précis.21 nigog, m.La maîtresse d’école du petit village de Carleton, Mlle Elmina Allard, prétend que ce mot désigne un outil quelconque.En consultant Champlain (II, p.52), on trouve que c’est le nom d’un harpon pour attraper le poisson, harpon dont on se sert dans les parages acadiens.Probablement d origine micmac.Il s’écrit ordinairement nigog ou nigogue.Clapin le définit bien (p.227).22 pàbinâ.Ce mot paraît avoir le même sens que celui du n° 13, maskwabina, c’est-à-dire sorbier ou cormier.Il ressemble à un mot qu’enregistre Clapin.Celui-ci écrit pimbûia (p.246) et définit : (( Michaux et Gray le considèrent comme une variété de la canneberge du Maine et du Canada.» 22a pàgà:y, f.= pagaie.Ce mot a dû être tiré du français pagaie où l’on a supprimé la terminaison - aie que 1 on a remplacée par la terminaison très populaire d:y ou a:y.On entend aussi le verbe pdgdye, pagayer, c’est-à-dire « se servir de la pdgà:y » pour conduire le canot.M.Rivard commente comme suit : « paga:y est inconnu ici.Quant au verbe, nous disons (autour de Québec) pdgeyé ».Chamberlain dit (II, p.62) : «.pas dérivé des dialectes du Canada, mais de quelque dialecte employé dans les parages de la Guienne française ».Clapin donne : « pagaie, petit aviron court dont l’usage nous vient des sauvages » ; il attribue aussi au verbe pagayer le sens de « ramer avec une pagaie ».23 pàpinà, m.Une autre forme du n° 22 ; le sens est le même.24 pdtàt, f.= patate, du mot haïtien batata, selon Chamberlain (II, p.63).pdtàt est le mot usité pour la pomme de terre commune qu’on distingue en français de la patate ou pomme sucrée.(Cf.Rinfret.) Clapin dit : « On dit aussi « pataque » et « petaque » (Cf.tomak pour tomate) ». 72 LE PARLEE FRANÇAIS 25 pikwà, m.Mot entendu dans'l’expression : mèg kom œ pikwà, maigre comme un (picois).Chamberlain (II, p.76) donne le mot picouille dans le sens « animal maigre à l’excès ; origine obscure ».On devra déterminer s’il y a des rapports entre pikwd et picouille.Clapin donne : « picouille, du sauvage Cri pilcu, signifiant briser, fracasser.Tout animal étique, maigre, décharné à l’excès ».26 pinkë, m.C’est le nom, selon les indications fournies à Carleton, d’un oiseau ou d’un poisson.Chamberlain donne (II, p.63) pécan, l’animal connu des pêcheurs sous le nom maries canadensis.Cf.Clapin, pécan.Il faudra d’abord établir l’identité de pinkë et de pécan.27 pirog, f.= pirogue, en anglais pirogue ou dugout.Chamberlain dit (II, p.77) : « De quelque dialecte des Indes Occidentales ou des Caraïbes ;cf.periagua ».Clapin écrit piroque et définit : « Mot sauvage francisé, et désignant soit un canot d’écorce, soit un canot fait d’un tronc d’arbre creusé.)) 28 sézà, m.Épelé, par la maîtresse d’école de Carleton, cézan et traduit « dessus de souliers appelés mocassins » : je tâ:ye mô sézà d suye trô pli.j’ai taillé mon (cézan) de soulier trop petit.Peut-être y a-t-il des rapports entre cézan et m'ogdsin (N° 18).29 skwd, f.C’est le mot usité en anglais : squaw.Parmi les Acadiens sdvàjès est plus commun ; cf.l’exemple cité au n° 9.« Skwd est venu des Algonquins de l’est et s’est introduit de bonne heure dans le parler anglais.» (Chamberlain, II, p.88.) 30 càgàmô, m.,=chef.C’est, sans doute, le mot sagarno = chef indien, noté par Chamberlain (II, p.87).Dans le Massachusetts, on appelait ce chef sagmore.Clapin donne « sagamos, chef de tribu indienne ».31 tdbd, m.= tabac.Chamberlain dit que les deux mots tabac et petun ont survécu au Canada.Parmi les Caraïbes, tabaco signifiait le tuyau au moyen duquel les Indiens fumaient le tabac.32 tambhok, m.= tomahawk, mot qui a pénétré dans le français et dans l’anglais (cf.Chamberlain, II, p.88).Clapin cite La-combe « qui fait dériver ce mot du dialecte Cri : otomahuk, assom-mez-le, ou otamahwaw, il est assommé ».33 tabdgàn = toboggan, mot que l’on emploie tel quel et en anglais et en français.Selon Chamberlain (II, 88), tabagan ressemble plus aux formes de l’algonquin de l’est qu’à celle de l’ouest.La forme micmac est tubagun.Dunn écrit tobogane, Clapin taba-gane, tabogine, tobagane, et il ajoute, après avoir expliqué l’origine et le sens du mot : « On dit aussi traîne sauvage » (Cf.BPFC., II, p.47 : tabdgàn = tobagane).34 wbivdrô, m., = grosse grenouille dont, apparemment, le nom imite le cri rauque ; en anglais, bullfrog.Selon Chamberlain, l’origine en est huronne ou iroquoise.Dunn donne ouaouaron et wa-waron.Legendre (Langue française au Canada, 1890, p.31) dit : « Il vient du mot huron ouaroune et rend exactement le cri de l’animal.» Bibaud commente le mot (Mémorial, p.56) et termine en citant le Vocabulaire de la langue huronne du Récollet Sagard. LES LANGUES INDIGENES DANS LE PARLER FRANCO-ACADIEN 73 Clapin le définit bien.On trouvera un bon exemple de l’usage qu’en fait la littérature canadienne-française dans BPFC.(IV, p.184.) Comme on peut en juger par cette liste de trente-quatre mots indiens, le vocabulaire indigène n’a pas envahi le parler franco-acadien.La même constatation ressortirait d’une étude qui aurait pour objet tout le Canada.Et cependant si, pour classifier les phénomènes linguistiques, on divisait ce dernier en sections géographiques de grandeur égale, sans doute l'on ne découvrirait pas plus de mots indiens dans chacune d’entre elles qu’en Acadie ; mais dans telle section, on trouverait à coup sûr beaucoup de termes indiens différents de ceux que l’on emploie dans telle autre section.La somme des mots différents usités dans les diverses sections formerait donc un total assez respectable.* * * Ce phénomène d’intrusion indienne doit d’autant plus attirer l’attention des lexicographes américains, et surtout canadiens, que ces mots auront vite fait de disparaître avec la fuite des années et l’extinction graduelle des tribus sauvages.Il se passera bientôt dans tout le Canada ce qui est en train de se produire en Acadie, où les vieux presque seuls emploient aujourd’hui ces expressions.C’est en prévision de ce danger que les savants du Canada doivent appliquer de ce côté leur esprit de recherche ; ils auront beau chercher, ils ne trouveront nulle part de phénomène plus intéressant.Pour contribuer au succès de leur tâche, il nous semble utile de ne pas terminer ce mémoire sans ajouter un certain nombre de termes indiens qui, croyons-nous, n’appartiennent pas au vocabulaire franco-acadien (1).Ce sont, par exemple : 1 achigan 2 almouchiche 3 apanac 4 apola 5 assinabe 6 autmoin 7 batiscan 8 cacaoui 9 canaoua 10 canaouache 11 cannibal 12 caouin, -e 13 chouayen % âeigâ dlmucie dpdndk dpold dsindb ôtviwê batiskà kdkdwi kdndwa kdndwùc kdnibdl kdwë, kdwin ewdyë perche noire ; anglais black bass variété de chiens farine variété de ragoût lourde pierre qui sert à retenir un filet au fond de l’eau prêtre ou sorcier indien sapristi variété de canard terme dérisoire appliqué aux sauvages par les blancs v.canaoua anthropophage terme dérisoire pour sauvage, sauva-gesse terme dérisoire appliqué aux Can.fr., particulièrement aux « bureaucrates » de 1837-1838 (1) On se renseignera davantage snr ces mots en consultant soit le Dictionnaire de Clapin, soit la liste publiée par le Père Laçasse (B P F C, v.pp.65-6). 74 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 LE PARLER FRANÇAIS dodiche dodic jupon d’enfant esurgnis esurni graines de porcelaine avec lesquelles les sauvages confectionnent des colliers iroquois irokwâ langage incompréhensible kayak kàyàk canot de pêche kini-kinik kinikinik je mêle machicoté, maeikote, jupe, jupon matchicoté màteikote mackinaw màkina couverture de laine, pelisse malachigan màlàeigâ cf.no.1 mal + achigan ?variété d’achigan manachigan mànàcigà mal conformé manacigan mànàsigâ maskeg mdskèg marais, savane maskinongé màskinôje variété de brochet matachias màtàeias rassades dont les sauvagesses ornent leurs habits matachier màtàcyé s’enjoliver la figure, le corps micoinée mikwané ce que contient la cuillère appelée micoine ondatra ôdàtra rat musqué poisson d’eau douce, fort estimé oualamiche wàlàmie ouananiche wananie ouragam uràgàm ouragan outiko utikô géant, monstre fabuleux pacane pdkdn noix du noisetier ou du coudrier petun p(é)tœ tabac petuner ptœné prendre du tabac, fumer petuneur ptœnœrr fumeur de tabac petuneux ptœnœ pétouane pêtwàn arbuste, arbrisseau pembina pèbina (corruption de pipeybinao)\(ci.22^et 23 ; liste précédente) pêmican pémikà viande empaquetée péribonka péribôka se rassembler piwi piwi wde duvet des oiseaux ouache conduit souterrain du castor ouiche wic retraite du castor quiliou kiliu grand aigle royal sawayenne sàivàyèn racine bienfaisante sakaiva sàkàwd il pousse des crisT’pour empêcher quelqu’un de parler sagamité sàgàmité bouillie quelconque tikouapé tikwape l’homme au caribou watap watàp racine d’épinette James Geddes, Jr.1 Université de Boston.
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