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Titre :
Le coin du feu
Première revue féminine québécoise, Le Coin du feu est en grande partie rédigé par Joséphine Marchand-Dandurand qui y aborde plusieurs sujets sous un angle mondain.
Éditeur :
  • [Montréal :s.n.],1893-1896
Contenu spécifique :
Mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
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Références

Le coin du feu, 1893-03, Collections de BAnQ.

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S No.HT.VOL.T A, '«mm ’IW'WrT MM ¦iBSB&Ék. Ie (oin DU Abonnement: ( S2.00 1>AH ANNEE.) Revue Mensuelle MARS 1S93 Administration : 03 Kuk St.Gabriel Chronique Mme.Dandurmtd.Le Travail chez la femme.Yvonne.V/E Sous.Yves Pascal.Les Clubs • * Les Conseils de la mère Grognon * Locutions vicieuses.* • Petits Cours de Mythologie.* Savoir-Vivre.# * LA PAGE DES ENFANTS.# Hygiène * # Littérature., .Mlthéore.Muscadin., .Muscadin.Cuisine., .Tourne-Brociie.Ici et la * Science amusante.* * Solution Enigme, etc.* Paroles chétiennes.A.Delaire.Choses d’Europe., .Saint Cyr.Feuilleton., .Topp/er- NOTES DE L’ADMINISTRATION.PRIME AUX J EUMES FILLES.—L'administration du Coin du Feu offre un abonnement gratuit à toute personne qui lui obtiendra de ses amies ou connaissancesnon abonnées déjà, trois abonnements payés.Le premier numéro du Coin du Feu a été adressé à tous ceux qui recevront celui-ci.Les personnes auxquelles il ne serait pas parvenu n’auront qu’à en avertir par carte postale, l’administration qui s’empressera de le leur expédier.Monsieur Edouard Vincclct est notre agent pour la ville de Lowell, Mass.E.U.X.'Ej LIPPINTCOTT MiO-AZIUTB, Revue Américaine, Mensuelle et Illustrée.Rédigée par les meilleurs auteurs.Prix de l’abonnement, $3.00; poulies abonnés du Coin du Feu, $2.00. Çhponique.HL y a des gens qui croient qu’il n’y a plus de fées et qu’il n’arrive plus de miracles.Quelle erreur ! Jamais siècle ne fut aussi fécond en surprises et en merveilles ; en aucun autre temps on ne vit tant de bergères devenues reines.Les moyens d’action seulement ont changé depuis Cendrillon; l’audace et l’argent ont remplacé la baguette aux vertus magiques.En accommodant au style de Perreau et en agrémentant de quelques mots cabalistiques, une réalité bien actuelle, on pourrait la faire ressembler à s’y méprendre aux fantastiques imaginations de l’auteur de Barbe-Bleue.N’est-elle pas prodigieuse cette élévation rapide du nommé Cornélius Herz à la toute-puissance chez un peuple éclairé, malin et avisé comme le peuple français ?Dire que cet aventurier parti de rien, n’ayant d’autre mérite que son excessive habileté de dupeur professionnel, prit un tel ascendant sur les hommes publics en France, que les plus grands d’entre eux tinrent à honneur de le compter parmi leurs intimes, que les gouvernements lui obéirent, et qu’il put à un certain moment se payer les gants d’intercéder pour sa patrie d’adoption, auprès de l’Italie, n’est-ce pas invraisemblable?Voyez-vous ce dieu débonnaire, ce génie bienfaisant réconciliant d’un geste souverain les deux nations sœurs, et obtenant de son royal ami Humbert, par la persuasion, qu’il se détache de la triple alliance, pour lui faire plaisir.Mais son copain Crispi, premier ministre d’Italie, lors de cette officieuse et généreuse intervention, a dû dire à son cher Cornélius qu'il était aux regrets de ne pouvoir vaincre l’inqualifiable entêtement des autres alliés de son pays à déposer les armes — car en effet cet éclatant succès manque à la série de ce nouveau baron Afner, décrit par Paul Bourget dans son dernier livre.En réalité, tout contribue à faire ressembler notre escroc, un peu allemand, un peu français, un peu américain, à celui de Cosmopolis jusqu’à ce titre des parvenus : baron.-c S’il est vrai "qu’au moyen de l’électricité ou autrement on atteigne d’emblée au Capitole, il est en quelque sorte rassurant de penser que la Roche Tarpéïenne est toujours là pour en punir les profanateurs.Voyez plutôt ce malheureux Eiffel, que la hauteur de sa tour n’a pu défendre du funeste plongeon.Deux ans de cellule pour celui qui s'était fait à 1,000 pieds d’altitude une habitation confortable et charmante au sommet même de cette colonne de fer ajouré comme une dentelle, qui porte son nom.Prisonnier, l’homme qui de son poste altier pouvait avec orgueil contempler à ses pieds l’immense cité à demi effacée par l’éloignement, et répéter en se l’appropriant, à la vue de ce Paris lointain, mais avec un peu plus de vérité que le héros, de Labiche, sa fameuse comparaison : “ Un grand Perrichon et un tout petit Mont Blanc." Et que dire du pauvre vieux de Lesseps, que la honte vient visiter sur son lit de mort, qui trouve a lie amère ait fond de la coupe enchantée que lui offrit la vie.A 8g ans, après une carrière de travail, de considération et de gloire, se voir condamner comme un vulgaire voleur à cinq ans de prison ! La destinée dans son cas est particulièrement cruelle.C’est au moment où celui qu’on ne pourra plus appeler le Grand Français va partir entouré comme un vénérable patriarche d’une nombreuse famille, révéré, béni de tous, ayant brillamment servi sa patrie pendant les trois quarts de son existence, que le déshonneur l'atteint.L’on est porté à se demander si, en considération de ses états de service, de sa renommée universelle, de son grand âge, de sa mort prochaine, ses juges n’eussent pas dû l’absoudre d’avoir abusé de la confiance de ses compatriotes et d’avoir entraîné la France dans ce désastre du Panama.Mais Thémis est aveugle, et dans les plateaux de sa balance les actes sont scrupuleusement pesés.Un acquittement peut-être eut donné à penser que tout deviendrait permis à qui aurait réussi à se faire une réputation d’intégrité et se serait contenté d’être honnête pendant une partie de sa vie.^ccCe système, s’il s'était établi, aurait pu, en fonctionnant en sens inverse, rendre quelqu’espoir à ce pauvre Zola, qui, ayant été un mauvais garçon toute sa vie aux yeux de l'Académie Française, se repent tout à coup et se met à écrire, afin de forcer les portes de la docte assemblée, des rêvec extatiques, des poëmes d’innocence./ 66 LE COIN DU LEU Mais l’Académie, qui est sourde, comme Thémis est aveugle, tient à la porte le mauvais sujet, n’oublie pas les œuvres passées; toutes les Heurs qu’il met à ses pieds ne semblent au contraire que lui remettre en mémoire le fumier sur lequel elles ont germé.Si l’écrivain si souvent rebuté par les immortels rencontrait un tout petit peu de cette condescendance, de cet enthousiasme, de cet engouement — disons le mot — qu’on marchanda si peu au fameux Herz ! .mais ne raillons pas cette naïveté dans l’admiration, cette badauderie si l’on veut, des français pour quiconque leur jette de la poudre aux yeux.Cette disposition est un symptôme consolant jusqu’à un certain point par le temps qui court.Elle suppose un cœur impulsif et capable d'entraînement.S'il est vrai qu’elle est éloignée de la prudence elle est également l'ennemie de ce froid égoïsme qui se garde des généreux emballements comme d’un accès de fièvre chaude et n’a jamais rien produit de bon.5,-c Ceux que le sens pratique de leur époque ennuie, et qui regrettent les mœurs cérémonieuses des anciennes cours, trouveront à celle du jeune potentat qui gouverne l’Allemagne de quoi satisfaire leur goût pour la révérence.L’autocratie de Guillaume II en effet vient de ressusciter, à l’occasion du manage de sa sœur, uns vieille coutume qui est un anachronisme à la fin du xix' siècle.Au bal auquel assistaient Leurs Majestés allemandes et les nouveaux époux, les ministres du gouvernement, les hauts fonctionnaires de la cour furent forcés de danser selon l’antique cérémonial, avec un flambeau à la main.La dignité des hommes d’état ne paraît pas à son avantage, assure-t-on, ainsi éclairée à la chandelle, mais cette considération n’était pas pour toucher le bouillant petit empereur, qui à un banquet militaire disait, il n’y a pas longtemps, au cours de son allocution aux officiers : “ Ma volonté est la seule loi de l’Etat.” Seul, le Chancelier de Caprivi, ne pouvant décidé nent pas se résigner à jouer le rôle de chandelier, a obtenu par privilège extraordinaire de ne pas figurer en enfant de chœur.Ses collègues, moins heureux, n’ont pu fléchir le digne descendant de Frédéric Guillaume et du Grand Frédé-tic, ces rudes saxons à l’âme dûre, ces “ tour-menteurs d’hommes,” comme s’appelait lui-même le premier, et avec les meilleures raisons du monde.Car c’est lui qui le matin de sa mort s’écriait, dans le râle de la dernière heure, et regardant par la fenêtre ses palefreniers seller maladroitement les chevaux : “ Ah, si je me portais bien, comme je rosserais mes palefreniers.” Et s’adressant à un de ses serviteurs, un grand et brutal gaillard qui avait l’habitude de ces commissions : “ Hacke, dit-il, descendez et rossez ces misérables.” C’est encore lui qui énonçait ce joli principe : “ Il ne faut pas que les soldats aient de l’honneur ; cela est bon pour les officiers.Je fais grand cas d’une troupe que la setde crainte fait tenir en place.” Bénissons le ciel de n'être pas nés sujets de tels maîtres, ni même de leurs arrières petits-fils, qui se donnent le malin plaisir d’affubler de la livrée de la servitude les plus graves personnages du royaume.fl fut plus gai le bal donné à New-York à l’élite de la société sourde-muette.La jeunesse qu’un cruel caprice de la nature a condamnée à un éternel silence est toujours la jeunesse.Le même ferment des joies irrépressibles bouillonne en elle, les mêmes rayons illuminent ses rêves heureux.Aussi a-t-on remarqué qu’à ce bal auquel le mutisme des danseurs imprimait un cachet de solennité, la plus franche gaîté régnait pourtant.Le language des yeux suppléait admirablement, paraît-il, dans certains cas.urgents à la douceur des paroles tendres et à l’éloquence des soupirs.Ce moyen cependant ne suffisant pas tout-à-fait aux exigences d'un flirt compliqué, le jeu des doigts ajoutait encore de fines nuances aux hommages chevaleresques comme aux aveux troublants des œillades.Plus d’une flèche deCupirlon partit ainsi de derrière les frémissants éventails ou l’abri protecteur d’un bouquet innocent.Il y avait là parmi les convives un très remarquable jeune homme du nom de Caton,clavigraphe distingué et habile en toutes sortes de choses, quoi que sourd, muet et aveugle.Voilà .un de ces prodiges don t la profondeur est fastidieuse et énervante.On se casse la tête à tâcher de comprendre comment et pourquoi un tel sujet a pu arriver à penser de commencer à essayer.enfin, n'en parlons plus.Concluons tout de suite comme le personnage de M.Fréchette : C'est impossible, mais (a est.i. LE COIN DU FEU 6/" En somme, le bal, sans être bruyant, fut un vrai succès.Les toilettes y étaient d’un goût exquis, et les danseurs très gracieux gardèrent une mesure parfaite en suivant les vibrations du son le long du parquet.Comme on le voit, pas plus à ces malheureux qu’aux autres déshérités de la nature la Providence ne refuse le “ pain béni de la gaîté.” Mmt Dandurand.Le Travail cljez la Femme.Une dame de nos amies nous apporte, non sans quelque hésitation, une étude sur le Travail de la Femme.C’est la première fois, dit-elle qu'elle confie sa pensée au papier.Continuez, madame, il n'y a que le premier pas qui coûte, et celui que vous venez de faire vous assure dans cette voie plus a’un succès.Le Canadien, 23 Janvier dernier, publie un article intitulé : “Un Congrès de femmes à l’Exposition de Chicago.” J’en extrais le passage suivant : “ Il existe depuis rS88 aux Etats-Unis un con-“ seil national et un conseil international de fem-“ mes.Ces deux associations, qui ont groupé toutes “les sociétés féministes philantropiques des Etats-“ Unis, exercent, dit-on, leur influence sur près de “ 500,000 adhérentes.“ Eh bien, il a été résolu d’organiser, à l'occasion de l’Exposition de Chicago, un grand con-“grès universel de femmes à Chicago, qui doit “ avoir lieu au printemps.On croit qu’un pareil “ congrès pourra servir à présenter au monde l’his-“ toire du progrès et de l’évolution morale des “ femmes ; leur position dans le monde d’aujour-“ d’hui, au point de vue des arts, des sciences et “ de l’industrie; leur influence dans les affaires de “ la politique, de la société et de la famille.” En présence de ces faits qui étonnent à cause de leur nouveauté, nous songeons combien la vie des femmes aujourd’hui ressemble peu à celle de leurs grand’mères.Les pessimistes s’écrient : tout dégénère ! D’autres plus confiants ont foi dans l’avenir; ils ne croient point que le monde marche vers le chaos, et que les peuples retournent à l’état sauvage.Ceux-ci ont compris le grand sens du mot progrès ; ils savent qu’il se traduit par une évolution continuelle, et que les malaises qui l’accompagnent par.fois ne sont que passagers.Si la femme aspire à déployer son activité ailleurs qu’au foyer ; si elle dispute à l’homme une place sur la scène publique où lui seul figurait, il y a là un fait social digne d’attiier au plus haut point l’attention des esprits sérieux.Les grands bouleversements qui changent le sort d'une portion considérable de l’humanité ne se produisent jamais sans un besoin réel.Pour en bien comprendre la raison d’être, on doit rechercher scrupuleusement les causes qui les déterminent.Voyons d'abord ce qu’était la vie d’une femme d’autrefois, dans ses rapports avec ce qui nous intéresse.A ces époques reculées où l’on n’avait pas encore rêvé la vapeur, beaucoup d’industries se développaient au logis.Qui n’a entendu parler du légendaire fuseau, du métier à tisser, de l’indispensable corneille à tricot, du tiroir à broderies.Et dans un autre coin du domaine, des conserves empilées, des petites provisions que la ménagère devait faire, sous peine d’être anathématisée l’année durant par les palais gourmands d'un entourage impitoyable.Et que de choses encore composaient le programme d’une seule de ces journées.Ce que l’on confectionnait à la maison était énorme.Aussi je comprends combien devait être précieux le concours de chaque main.C’est ainsi que je m’explique le caractère patriarchal de ces familles nombreuses, où l’on voyait assis à une même table plusieurs générations.La vie paisible que ces braves femmes goûtaient chez elles contrastait avec les aventures que trouvaient au dehors celles d’entre elles qui désertaient leur toit.L’incertitude des routes, la difficulté des communications les confinaient, grâce à leur éternelle faiblesse, dans un petit coin de terre dont elles ne s’éloignaient que difficilement.Comme conséquence leurs horizons demeuraient bornés : la presse cette grande voix des peuples, ne faisait point arriver jusqu’à elles l’écho des pensées humaines, et l’intelligence assoupie avait la tranquillité d’une eau dormante.Ces temps ne sont plus ; les peuples sont sortis du sommeil léthargique, et chacun s'est senti animé d’une activité fiévreuse devant ce génie d’une autre ère qui a sonné le réveil.Le progrès, ce géant, s’est levé.Il a formé un tout homogène 6S LK COIN DU FEU des forces éparses de la société qui languissaient isolées.L’industrie, prenant un nouvel essor, est venue changer la face des choses, et a remué tout jusque dans le sanctuaire de la famille.Elle monopolisa tout ce que peut produire matériellement l’activité humaine au point que les occupations les plus impérieuses de la femme autrefois ne seraient plus aujourd’hui pour celle qui persisterait à s'y livrer, qu’une perte de temps aussi préjudiciable à elle-même et aux siens qu’à la société toute entière.Lutteront-elles avec les manufactures pour filer et tisser leurs habits ; consacreront-elles des heures et des jours à confectionner des vêtements qu’une machine produira vingt fois plus vite et à meilleur marché qu’elles ne pourraient le faire?Non, aujourd’hui le temps est devenu très précieux, et l’art de l’économiser est souvent une richesse.Maintenant, faut-il s’étonner si la femme, entraînée par le courant des choses, inoccupée chez elle, a franchi le seuil de sa demeure pour porter ailleurs son énergie?Doit-on trouver étrange que la fille privée des ressources nécessaires à son existence par l’infirmité ou la perte d’un père, que la femme laissée sans gîte par la mort d’un époux n’osent plus demander leur pain au fière à l’oncle, auquel le travail improductif quelles offriraient, en entrant dans leur maison, ne seiait qu'un mince dédommagement aux charges qu’elles leur imposeraient ?Beaucoup reconnaissent l’exactitude des faits que nous venons de constater, mais ils déplorent la dure nécessité qui arrache la femme à son foyer.Ils s’affligent de lui voir affirmer, à côté de grâces charmantes, des qualités viriles qui leur déplaisent : Ils ne saisissent point l’harmonie admirable qui naît de la réunion d’un grand cœur, d’une volonté ferme et d'une haute intelligence.Que veulent-ils donc ceux à qui il répugne de voir une femme affronter la lutte pour la vie ! quel état de quiétude rêvent-ils pour elle en lui barrant le chemin qui lui ouvre l’accès delà scène publique ! Savent-ils qu’en rendant oisives une partie des forces de la société, ils feraient faire un pas en arriére à la société même.Qu’on retire la femme de l’atelier, de la manufacture, du magasin, et dites moi si le commerce se maintiendra aussi puissant.La concurrence, disent quelques uns, ne serait plus alors aussi redoutable.Vous-mêmes, mesdames, m’avez fait cent fois ces réflexions, en songeant à l'avenir de vos fils.Oui, c’est vrai ; mais, en vous plaçant à un point de vue plus élevé, n’avez-vous pas songé combien cette concurrence même, qui vous désespère et vous heurte dans l’ordre social, est un élément précieux dans la vie d’un peuple ?C’est l’aiguillon qui fait courir dans la voie du progrès.El comme une roue, qui en tournant accélère sa vitesse de celle déjà acquise, une industrie en appelle une autre.Ainsi dans ses rapports avec le bien-être matériel, le concours que la femme apporte par son travail est des plus précieux.Au milieu de transformations que notre siècle, avec ses vastes consceptions, opère dans les manifestations de l’activité humaine, la femme n’obéit-elle pas, à un principe d’économie sociale en apparaissant sur ce théâtre nouveau.Combien de questions intéressantes mais trop longues à développer pour qu'on les traite ici, ne se posent-elles point à la suite de cette petite étude.Je n’en ferai qu’indiquer quelques-unes : La nécessité dans laquelle se trouve la femme en maintes circonstances de pourvoir a son existences, étant admise, est-il juste qu’on aggrave les difficultés de sa situation, en lui interdisant une foule de carrières, et les plus lucratives souvent.Dans celles où elle a déjà pris place et lait preuve de capacité, en vertu de quel principe, pour un travail égal à celui de l’homme, lui refuse-t-on un même salaire ?Si elle est fille, n’est-il pas de la plus haute moralité qu elle soit a l’abri de la misère ; si elle est mère, ses enfants n’ont-ils pas besoin de pain ?Plusieurs de nos maisons religieuses ont compris les besoins de notre époque et ont essayé de rendre leur éducation pratique, en modifiant quelque peu le cours d’instruction que reçoivent nos filles.C’est ainsi que les Sœurs de la Congrégation Notre-Dame, rue St.Jean-Baptiste, que les sœurs des SS.Noms de Jésus et Marie, rue Cherrier, ont commencé à enseigner le typewriter et la sténographie, facilitant ainsi les moyens de l’obtenir, à celles de leurs élèves qui ne devront demander qu’à leur propre initiative une aisance nécessaire à leur dignité.Yvonne. LE COIN DU FEU 69 V® Soils- Première Cause.$j9nKj5 1.a vingt ans, et c est an sortir dn collège que nous le retrouvons tout joyeux de 11e plus sentir peser sur lui la surveillance des maîtres.Affranchi désormais des mille et une entraves de la Règle dont, en sa qualité de mauvais sujet incorrigible, il a subi la gêne pendant huit années, il rêve, en taquinant du doigt le duvet plein de promesses de sa lèvre supérieure.fl rêve, en supputant devant un miroir la somme de succès mondains que lui vaudront ses nombreux avantages physiques, depuis son abondante et sombre chevelure jusqu’à, et y compris, son pied de petit prince.Il rêve aussi, quelque peu, de l’avenir que lui réservent ses talents; il pousse même la prévoyance jusqu’à se demander, en confectionnant le nœud de sa cravate, à quelle sauce il apprêtera ses aptitudes diverses.Sera-t-il avocat, notaire ou médecin ?Et la question ainsi posée, il la laisse ouverte en attendant que le temps et les •circonstances l’aient résolue pour lui.D’ailleurs, il n’a que faire, pour le moment, de se préoccuper du choix d’un état.Des considérations d’un ordre si non aussi pratique, du moins plus en accord avec les sollicitations incessantes de sa jeune imagination, lui font reléguer au second plan tout autre souci.Comment voulez-vous qu'il songe à sa vocation quand son être tout entier, pris d’une fièvre inconnue, se sent soulevé, comme en délire, lorsque tout en lui s’émeut, et, que son cœur enfin, sortant tout-à-coup de la léthargie où l’avait jeté l’étude des auteurs grecs et latins, se met, sans qu’il puisse assigner de cause préciseàce réveil, à battre une chamade endiablée?Telle est la condition morale de notre jouvenceau au moment où l’amour, “ cet enfant de Bohême,” vient sournoisement s’installer sous sa ¦fenêtre avec un carquois plein de tlèches.Je n’ai pas besoin de dire que le terrible petit ¦dieu n’a pas eu à attendre plus que de raison.A l’instar de ces oiseaux qui, affolés par la pré sence du chasseur, se précipitent à portée de son arme, notre jeune imprudent court au devant du danger.Le vigilant cupidon n’a donc pas tardé à trouver le moyen de lui loger une de ses flèches au bon endroit, ayant bien soin, le malin, de se cacher pour tendre son arc derrière les jupons froufroutants d’une fillette avoisinante.\ Àà 8&\ •ifi A 1!» HH Ça été d’abord de l’étonnement, suivi bientôt d’un éblouissement où le pauvre garçon a vu trente-six chandelles.I.e moyen aussi de ne pas être aveuglé par la brusque apparition de cette masse de cheveux blonds avec des petits courants châtains dans la nuque ! Eh quels yeux ! d’un bleu de pervenche, paraissant noirs à cause de leur encadrement de cils longs.comme ça ! Bref, un idéal de fillette 7o LE COIN DU FEU comme l’Amour seul sait en inventer quand il veut frapper un coup décisif.Ainsi commença, pour notre novice, l’idylle de sa première flamme.Elle eût, hélas ! le sort de toutes scs compagnes de scintillante et peu durable mémoire !.Ceux qui ont eu vingt ans se souviennent, pour en avoir été victimes, de cette vilaine petite fée qu’on appelle la Jalousie, et qui naît des premières ardeurs comme les moucherons semblent surgir des chauds rayons de mai.Ils n’ont pas oublié non plus les sensations très spéciales qu’elle procure à ceux qui ont l’honneur de sa visite.11 est inutile d’analyser les différents symptômes de cette affection du cœur, qui disparaît, du reste, aussi vite qu’elle vous prend .comme la goutte,— pour revenir vous pincer encore jusqu’à ce qu’elle vous laisse, derechef, épuisé, pantelant et furieux.C’est la défaite mortelle pour quelques-uns, salutaire pour les autres.Or, notre tourtereau, qui ire fait que débuter, n’a pas été long tout de même à conclure (pie sous les dehors d’une naïveté charmante, elles cachent toutes un tempérament de coquette effrénée! La défiance s’infiltre dans son âme jadis paisible.Pour quelques âmes sensitives et fermées, les petites misères dont s’accompagnent les premiers emportements du cœur prennent des proportions de catastrophes.Après des intermittences de pluie et de soleil, d’espérance et de découragement, il arrive qu’un amer scepticisme s’établit dans ces âmes sur les ruines des fraîches illusions de la vingtaine.Et la cause du désastre, la voulez-vous connaître ?Apprenez-le, ô jeunes filles, ce fut une innocente taquinerie suivie d'une mousqueterie d’éclats de rires moqueurs.Ali ! cet éclat de rire moqueur, qui, comme un feu de peloton bien dirigé, vous frappe sa victime en pleine poitrine, si vous saviez comme il est meurtrier ! Si vous saviez combien de nuits sans sommeil, à mordre nos oreillers, vous nous avez fait passer pour la stérile satisfaction de donner le change à qui vous aime, en vous montrant tout autres que vous n’ôtes, peut-être adouciriez-vous pour nous la froide cruauté de vos dents blanches, ces merveilles d’orfèvrerie divine destinées par le Créateur à illuminer nos horizons! Avec ça que le bonnet que vous alitez ainsi forcé votre amoureux rebuté à jeter pardessus les moulins — si tant est qu'il soit permis au sexe fort de faire un tel usage de son bonnet — qui sait si vous ne le ramasserez pas un jour.pour en coiffer Sainte Catherine ! Yves Pascal.Les Clubs.Voici quelques jolis paradoxes inventés par Mmo de Girardin pour la défense des clubs.Des paradoxes ne sont pas des arguments, et il ne faut pas prendre trop au sérieux l’apologie que le spirituel écrivain fait de ces institutions.is, s’écrient les causeurs d’aut rebis, les clubs ont tué la conversation ! Les clubs !.au contraire, ils l’ont sauvée : elle revit depuis leur fondation.Ce qui l’avait tuée, c’élait l’abondance des relations insignifiantes.L’habitudp que l’on a prise depuis quelques années de prier trois cents personnes pour la moindre fête a multiplié les relations à tel point que, dans nos salons, les indifférents avaient chassé les amis.Les causeries intimes étaient sans cesse interrompues par des visites d’apparat.La vie parisienne se compose de six mois au plus ; or, trois cents personnes qui veulent être polies deux fois en six mois, et qui viennent vous remercier successivement d’un bal et d’un concert, cela fait en moyenne deux ennuyeux par soirée.Il y avait là de quoi disperser tous vos habitués amusants ; car il suffit de l’apparition d’un visage inconnu pour glacer à l’instant même la conversation la plus animée.Et puis, il faut le dire aussi, il y a dans le monde des personnes qui sont douées de cette fatale propriété, d’arrêter subitement la circulation des idées, comme le poison arrête la circulation du sang ; les uns possèdent cette propriété de nature,continuellement et sans alternatives ; d’autres ne la possèdent que par circonstance ; une contrariété mal dissimulée, une préoccupation LE COIN DU FEU 7i trop puissante les fait passer à l’état de poison malgré eux ; et les voilà par accident jetant la froideur et le trouble dans un salon où la veille ils avaient jeté la vie et la gaîté.Eh bien, tous ces esprits pesants, ces oisifs d’idées qui encombraient la conversation, les clubs les ont absorbés ; ils ont donné asile aux ennuyeux de tout le monde, aux ennuyeux et aux ennuyés ! Ce sont des temples hospitaliers ouverts aux infirmes, aux affligés de toutes les sociétés dont ils attristaient la vue : les clubs sont les hospices des importuns, ils accueillent tous ceux qu’on repousse, ils appellent tous ceux qu’on fuit : Les maris de mauvaise humeur; Les joueurs de mauvaise compagnie ; Les pères ronfleurs ; Les oncles nnnineurs ; Les tuteurs sermonneurs; Les gens qui n’entendent pas bien ; Ceux qui parlent mal ; Ceux qui ne comprennent rien ; Les ultra-étrangers dont l’élocution est par trop laborieuse; on peut causer très agréablement avec un Allemand qui vous dit : Ponchour ; mais avec un entêté qui, après trois ans d’habitude parisienne, persiste à vous dire : finc/iir, il est impossible de 11e jamais s’entendie.Vite un club pour ces étrangers-là.Tous les hommes qui ont un mécompte à dissimuler.Ceux qui ont appris le matin une mauvaise nouvelle ; Ceux qui ont fait dans la journée une fâcheuse découverte ; Ceux qui viennent de rencontrer un créancier ; Ceux qui viennnent de manquer une héritière; Ceux qui commencent à soupçonner un tiers dans leurs amours; Ceux qui pressentent un invalide dans leurs écuries ; Les gens qui ont trop bien dîné la veille ; Ceux qui ont mal dormi cette nuit ; Les rhumes naissants ; Les névralgies obstinées; Enfin tous les ennuis, toutes les souffrances, les humiliations, les inquiétudes, les infirmités qui rendent maussades ceux-là quelquefois, ceux-ci toujours ; ces petites misères de la vie mondaine vont se réfugier dans cet asile indulgent ; leurs plaintes étouffées se perdent dans un concert de propos insignifiants.On oublie assez vite ses chagrins auprès de gens qui les ignorent et qui n’y prendraient aucune part s’ils venaient à les connaître.Autrefois cette mauvaise humeur s’exhalait en famille, et l'on doublait ses ennuis en les faisant partager ; on les prolongeait aussi, malgré soi ; quand on voyait une femme, une sœur, une mère, s’inquiéter de vos tourments, on leur trouvait plus d’importance ; on n’osait pas s’en distraire tout de suite, de peur de paraître léger : maintenant, quand on est maussade, malade, insupportable, on va au club.Vivent les clubs ! Les clubs ne sont pas seulement l’asile des hommes mal disposés, ils servent aussi de repaire aux jeunes gens mal élevés.Les hommes très-faibles ont ce que nous appellerons le préjugé de la grossièreté ; c’est un préjugé qu’il faut sinon respecter, du moins subir avec intelligence.Tous les hommes imaginent que la brutalité, c’est la force, et ils regardent comme un devoir de jurer plusieurs fois dans la journée, pour se prouver à eux-mêmes leur énergie.Le juron est le rugissement de ces gentils perroquets qui s’intitulent lions.Avouez alors -qu'il est bon (pie ces êtres volontairement féroces aient un antre bien clos et bien chauffé, où ils puissent, à toute heure du jour, aller rugir, rugir comme Vert-Vert, avec confiance et sans contrainte.Ils sortent de là plus calmes ; ils ont fait preuve d’énergie : ils savent qu’ils peuvent être violents et grossiers quand ils veulent : ils pourront donc se permettre d’être doux et polis quand on voudra.— Mais, dites-vous, ils 11c sortent jamais de leurs maudits clubs.Tant mieux ! Nous avons quelquefois entendu certains coryphées d’un certain club causer entre eux, et nous persistons à déclarer que l’institution des clubs ne saurait faire aucun tort, dans nos salons, à l’art de la conversation.Les hommes d’esprit savent tirer des clubs de grands avantages ; ils y vont passer quelques heures, recueillir les nouvelles du jour, se mettre au courant ; et puis, ce bienheureux asile leur 7 2 LE COIN DU FEU sert à tout cacher ; il leur tient une réponse toujours prête, un mensonge toujours attelé.— Où allez-vous ?— Au club.— D’où venez-vous ?— Du club.— Qu’est-ce que vous avez fait hier au soir ?— Je suis resté au club.— Où dînerez-vous demain?— Je dînerai au club.Ainsi, ces clubs dont on médit tant absorbent les ennuyeux, enchaînent les ennuyés et affranchissent les gens aimables !.Et vous vous plaignez des clubs, mes dames ! Allons, vous n êtes pas de bonne foi.Nous ne nous en plaignons pas, nous autres, ils ont pris au monde ce que le monde leur avait donné, et rien de plus.U SAVOm-VlVRÊ.fiançailles.Une amie s’intéressant au Coin nu Feu et à ses abonnées nous a demandé si nous croyions utile de ue pas omettre dans la reproduction des ouvrages fiançais sur l’IIygiène et le Savoir-Vivre, certains détails juiant quelquefois avec la simplicité de nos mœurs.Nous nous figurons que nos lectrices, même celle.- dent la fortune ett très modeste, ne détestent pas être initiées aux mystères d'une élégance raffinée.Outre que ces détails satisfont chez elles un amour naturel du beau, certaine curiosité aitistique, elles y découvriront des principes généraux qu'elle pourront appliquer en petit et en proportion de leurs moyens.En élégance comme en toute chose on gagne toujours à connaître davantage.C’est en voyant de belles choses, et non pas seulement celles qu’on a ou qu'on peut avoir — qu’on se forme le goût.a fête des fiançailles sc pas se en famille et dans une intimité rigoureuse.,es amis de la veille et ce qu’on appelle “ les connaissances ” n’y assistent pas.En effet, en n’expose pas le bonheur ingénu de la jeune fille, ses joies rougissantes, aux yeux et aux commentaires des indifférents.C’est seulement dans le cis où le prétendant occuperait une haute position sociale, une posi-sion politique, qu’on donnerait un air officiel à l’événement, qu’on déclarerait les fiançailles avec quelque solennité.Et encore vaudrait-il mieux se dispenser de cet éclat et d’une publicité qui n’est requise que pour le mariage.Le fiancé envoie son premier bouquet le jour des fiançailles.Ce bouquet est composé de fleurs blanches, parmi celles que i réfère la fiancée dans cette couleur.Il apporte lui-même la bague.Il a consulté discrètement pour savoir qu’elle est la pierre favorite de la jeune fille, car il ne doit pas acheter cet anneau au hasard.Il y a des fiancées qui ont peur des perles, parce qu’elles s’imaginent qu’elles présagent des larmes.Beaucoup aiment la tur- quoise pour sa douce couleur et sa signification : constance, vérité.L’opale est très jolie, pas banale ; on la dit impressionnable: elle change de couleur, rougissant ou éteignant ses feux selon les émotions de celle qui la porte.On ne donne jamais d’émeraudes en cette circonstance, et pourquoi donc?puisqu’on l’appelle pierre tits vierges.L’algue-marine changeante ne sera pas non plus choisie, malgré sa beauté, elle est réputée porte-malheur, et ce n’est pas en pareil jour qu’on peut rompre en visière aux superstitions de sa fiancée.Quelle qu’elle soit, cette bague doit être bien accueillie.Elle est glissée au doigt de la jeune fille (au quatrième de la main gauche) par le fiancé.Au dîner — qui est indispensable — les fiancés sont placés à côté l’un de l’autre, au milieu de la table ; ils ont en face d’eux le père et la mère de la jeune fille ; le père du fiancé est auprès delà maîtresse de la maison, sa mère auprès du maître de la maison.Le menu de ce dîner doit qu’on être relativement simple.Il faut sente bien que c’est un dîner de famille, des jours de fêtes et de joie.Les fiançailles sont déclarées solennellement au dessert.— Si la réception est une soirée dansante, la cérémonie de la déclaration a lieu vers minuit.Les invités font leurs souhaits de bonheur aux fiancés.La jeune fiancée est habillée d’une robe gaie, rose tendre, bleu céleste, blanche avec des rubans aurore.Les femmes présentes assortissent la couleur de leur toilette à la circonstance, c'est-à-dire qu’il ne faut pas de notes sombres.Le fiancé et les autres hommes portent le costume du soir, l’habit. LE COIN DU FEU 73 Dans la soirée qui suit, sans isoler les fiancés, on s’arrangera pour qu’ils puissent causer sans être entendus.On agit de même jusqu’au mariage.On ne les laisse jamais seuls ; mais on n’affecte pas de monter la garde autour de cet amour permis.Il vaut beaucoup mieux qu’une fiancée ne sorte pas en public avec son fiancé ; mais dans le cas où elle irait avec lui dans la rue.au théâtre, etc., elle serait toujours accompagnée d’un parent masculin qui, seul encore, a qualité pour la protéger.Le lendemain des fiançailles, on écrit aux membres des deux familles qui n’ont pas été invités, mais auxquels on doit pointant cette marque de déférence de les instruire de l’événement.Selon les rapports établis et que nous ne pouvons déterminer, c’est la fiancée ou ses parents qui font part des fiançailles à la parenté, en ce qui concerne leur côté, du moins.Le fiancé ou ses parents ont le même devoir envers leur propre famille.Afin d’éviter les commentaires des gens qui ne sont pas dans le secret et que les assiduités du fiancé feraient causer, on s’arrange, si c’est possible, pour que l'époque du mariage ne soit pas trop distante de celle des fiançailles.Le bouquet quotidien est de rigueur.Il est exclusivement composé de fleurs blanches.Pour conjurer la satiété, on fait prendre au fragile présent des formes différentes.Un jour, ces Heurs représenteront un éventail ; une autre fois, on les fera disposer en encadrement pour le miroir de la toilette ; enfin le bouquet du jour du contrat pourra être arrangé en manière de coffret, lequel enfermera un bijou.Mais il ne faudrait pas risquer cette- dernière ingéniosité que nous indiquons, avant le contrat.Les présents solides, d’une valeur intrinsèque, ne sont autorisés qu’à partir du jour où l’on fait les réglementations d’argent.Cocutioqs Le mot set, si souvent usité en parlant français, est anglais.Ne dites donc pas : Un set de chambre, Un set d diner, mais, Un ameublement de chambre, Un service à diner, etc.Un appartement est un logement composé de plusieurs pièces.Il faut donc éviter de dire: Ce logement contient plusieurs appartements.Après les fiançailles, les parents de la jeune fille et ceux du jeune homme peuvent annoncer (chaque famille de son côté) le mariage de leur enfant aux gens de leur monde.Le savoir-vivre interdit à ceux-ci toute question qui friserait la curiosité, à plus forte raison l’indiscrétion.En général, les parents se bornent à donner des détails succincts, indispensables.La jeune fiancée, rencontrée dans le salon de la mère du futur, par les amies de cette dernière, leur est présentée en ces termes : “ M11®., ma future bru.” Ces mots sont accompagnés d’un sourire affectueux.La même cérémonie a lieu dans le salon de la mère de la fiancée, à l’égard du “ futur gendre.” Mais on ne reçoit guère plus chez les parents de la jeune fille, après les fiançailles, jusqu’au mariage.Beaucoup de jeunes gens, qui sortent en compagnie de leur fiancée et de leur future belle-mère, ne savent à laquelle des deux ils doivent offrir le bras.Le bon goût, le tact, les convenances leur imposent l’obligation d’offrir leur bras à leur belle-mère “à devenir”, comme on dit en certains pays, en dépit du plaisir plus vif qu’ils auraient à choisir leur fiancée.A la rue, une future belle-mère acceptera ce bras et sa fille marchera à ses côtés.Dans un jardin, à la campagne, elle déchargera son futur gendre de ce devoir de courtoisie et permettra aux deux jeunes gens de marcher bras dessus bras dessous auprès d’elle.Pour pénétrer dans un salon, le futur n’offrira son bras ni à l’une ni à l’autre.En entrant dans une maison particulière, on ne se donne pas le bras.En tous lieux et en toutes circonstances où un homme soutient de son bras la marche d’une femme, ce bras est offert à la belle-mère future et non à la fiancée.Vicieuses.Plusieurs chambres, plusieurs pièces sont les expressions propres.Excepté que est employé improprement dans le sens de hormis que, à moins que.Exemple : je ne la verrai pas, excepté qu'elle viendrait, au lieu de hormis qu'elle vienne, à moins qu'elle ne vienne. LA PAGE DES ENFANTS.TRAVAUX EN PAPIER DÉCOUPÉ.Aujourd’hui que nous sommes en carême, je vais indiquer comment nous pourrons découper, dans des cartes de visite ou du papier fort, les sœurs de charité dont nous donnons les dessins ci-dessous, sans oublier leurs petites élèves.Il suffira, pour cela, de suivre exactement les instructions suivantes, qui sont des plus simples, comme vous allez vous en assurer.Matériel nécessaire ; quelques cartes de visite, du papier blanc un peu fort, un crayon noir, un crayon à bouts rouge et bleu, une paire de ciseaux.Etes-vous prêts?Nous commençons : Pliez en deux une carte de visite, dans le sens de sa longueur ; calquez, sur du papier transparent, la moitié du gabarit représenté fig.i, et reportez-la sur une des moitiés de la carte pliée ; le pli de la carte devra se confondre avec la ligne Fig.i.pointillée formant l’axe de la fig.i.Une fois que le contour de cette demi-figure aura été tracé, découpez votre carte suivant ce contour; en la dépliant ensuite, vous aurez une figure semblable à la fig.i.11 ne reste plus grand’chcse à faire pour transformer la carte, ainsi découpée, en sœur de charité.Repliez de nouveau la carte suivant sa ligne médiane; ramenez en avant les deux bras, en les pliant suivant les lignes pointillées du modèle, puis faites la cornette au moyens de deux grands plis obliques, vous pourrez en varier légèrement la forme, mais elle doit venir en avant, de façon à cacher le visage, qui est absent.Coloriez en bleu foncé, à l’aide du crayon de couleur, la jupe et les manches, en réservant en blanc le grand tablier ; dessinez un rosaire, un trousseau de clefs, etc.; vous pourrez aussi placer dans une main une allumette-bougie, figurant un cierge, ou encore un petit morceau de carton plié, représentant un livre de messe; pour ces accessoires, chacun pourra les varier suivant son goût.La sœur, ainsi confectionnée, aura l’aspect représenté fig.2.C’est bien, n’est-ce pas, la sœur de Saint-Vincent de Paul, dont le costume est populaire dans toutes les parties du monde?Fig.2.Avec le gabarit de la fig.3, vous pourrez fabriquer une sœur un peu différente ; la forme de la cornette n’est plus la même, mais elle ne présente aucune difficulté.Cette variante est représentée fig- 4- / Le léger écartement des deux moitiés de la carte permet à nos deux sœurs de se tenir debout quand nous les posons sur la table.Fig.4.Si nous passons à une de leurs élèves, nous constatons avec étonnement que son gabarit (fig.5) indique l’existence de quatre jambes ! Rassurez-vous ; lorsque nous aurons découpé, puis replié la carte sur laquelle le demi-contour du gabarit de la fig.5 aura été tracé, nous aurons soin de couper deux de ces jambes, en en laissant une de chaque côté ; si nous laissons la jambe droite en avant, nous laisserons la jambe gauche en arrière, ou v;ce-versa, de façon que, en, regardant la fillette de profil, nous verrons ses deux pieds l’un derrière l’autre (fig.6).—A suivre.Fig.0.llllllllïll HYGIB1TE.Les Bains en général.E bain régulier devrait entrer dans les mœurs de toutes les classes de la société.S’il y a impossibilité matérielle à se plonger chaque jour dans une baignoire, ou si le médecin interdit 1 a grand bain, le bain à l’éponge est suffisant pour répondre aux besoins de propreté et de santé.La peau humaine est un réseau compliqué, dont il faut maintenir les mailles ouvertes et libres pour que le corps puisse éliminer, au travers, les impuretés intérieures dont il doit se débarrasser sous peine de maux, de souffrances, de mort parfois.On stimule l’action bienfaisante des pores de la peau, en les ouvrant par le bain, surtout si on le fait suivre — quel qu’il soit — de frictions à la brosse, à la serviette rude, etc.Que de fièvres, de maladies contagieuses, sont tenues à distance par ces soins.En cas d’inflammation intérieure, de coliques bilieuses, de congestion, il n’est pas de remède plus certain que le bain chaud.Ce bain fait encore obtenir des cures étonnantes dans la constipation obstinée.Quelqu’un qui craindrait d'avoir gagné une maladie contagieuse devrait se plonger immédiatement dans un bain chaud.11 y aurait chance pour que l’infection ressortît par les pores.Mais il faudrait, bien entendu, prendre garde de se refroidir.La'propreté de la peau a une grande action en ce qui concerne l’assimilation de la nourriture par le corps.“ Sauf vot’respect ” on a reconnu que les porcs bien lavés ont une chair supérieure à celle des porcs malpropres.Mais on va m’accuser de faire de la médecine» J’ai voulu démontrer que l’expulsion salutaire que le corps accomplit par la peau enseigne la nécessité d’ouvrir les pores de celle-ci, en la tenant parfaitement nette, la moindre souillure, la plus fine poussière suffisant à boucheries petites ouvertures dont l’admirable nature l’a douée.Pauvre moyen âge, qui ignora l’usage de l’eau ! ‘‘ Mille ans sans bains ! ’’ s’écrie quelque part Michelet dans ses travaux historiques.Aussi que de |iestes, de maladies horribles désolèrent alors la pauvre humanité.Du temps de Henri IV l’usage du bain devait être rare encore, car on cite l’étonnement naïf d’un grand seigneur de l’époque, qui se demandait pourquoi on se lave les mains et pas les pieds.Fi ! l'horreur ! Mais en apprenant à quel point les belles dames de la cour du roi Soleil se négligeaient encore, on frémirait de dégoût.Cependant, les grandes coquettes ont connu, dans tous les temps, les bienfaits du bain et des ablutions.BAINS FROIDS, BAINS CHAUDS, BAINS A I,’ÉPONGE.Il y a des gens qui se plongent pendant quelques instants, chaque jour, dans une baignoire d’eau froide.Il faut être très fort pour supporter ce bain, et je ne conseille à personne de s’y livrer sans avoir consulté son médecin.Même quand le bain froid est permis ou ordonné, il est bon de n’y faire guère qu’entrer et sortir.L’eau doit être à 50 ou 59 au-dessus de zéro.La friction est indispensable au sortir de ce bain.Le bain entier chaud est avantageux à ceux dont le sang se porte au cerveau avec excès.Sa température ne doit pas dépasser 100 degrés.Le bain entier tiède est le plus usité.On peut chauffer l’eau d'une façon très variable: 6SÙ95.C’est une erreur de prolonger ce bain trop longtemps.On n’y restera pas plus de trente minutes, on peut en sortir au bout d’un quart d’heure.à moins, bien entendu, que le médecin n’en ait ordonné autrement.Lorsque le bain entier est d’un usage trop difficile, le bain .à l’éponge journalier peut le remplacer pour entretenir la santé et pour suffire attx-soins de propreté.Les pores de la peau sont ouverts et nettoyés, et il n’y faut employer que quelques instants ; au lieu d'une baignoire et de tout l’attirail du bain entier, on n’a besoin que du tub, immense cuvette en zinc, où l’on se place, d’un broc plein d'eau et d'une autre cuvette pour y tremper son éponge.On fait d’abord couler l’eau sur sa poitrine, puis sur son dos, en pressant une grosse éponge, bien imbibée d’eau dans la cuvette ordinaire placée à portée.On se nettoie ainsi successivement tout le corps, sauf le visage, le cou, les oreilles, qui récla- KDTCTüa^;^ 76 LE COIN DU EE U ment des soins plus délicats, des éponges et des serviettes plus fines.On procède aussi ultérieurement au nettoyage compliqué des mains, qui requiert d’autres ustensiles.On s’essuie bien le corps avec des serviettes-éponges très sèches.On commence à prendre le bain à l’éponge à l’eau tiède, puis, si on se porte bien, on abaisse progressivement la température de l’eau, et le bain à l’éponge se prend enfin à l'eau froide.Dans tous les cas, la pièce où l’on opère sera doucement chauffée, en hiver, au printemps, à l’automne.Les personnes faibles, celles dont les poumons sont délicats, resteront fidèles à l’eau tiède.Après tous les bains, une friction, mais nous en parlerons plus loin, et aussi des massages.Lorsqu’on s’est frictionné après le bain, une petite sortie au grand air fait beaucoup de bien, à condition de marcher très vite.Les bains partiels à l’éponge et les demi-bains se prennent presque toujours tièdes.11 ne faut jamais prendre de bains, se livrera aucune ablution même, immédiatement après avoir mangé.Le bain exposerait à un danger véritable, l’ablution, si restreinte fût-elle, troublerait profondément la digestion.On doit mettre trois ou quatre heures entre un repas un peu copieux et le bain.Quand on fait usage du savon dans le bain quelconque entier, on l’emploie à la fin, et il faut une seconde immersion dans l’eau claire.On ne se servira pas de savon journellement, et on le choisira blanc, bien pur, très peu ou pas du tout parfumé.UTTêRATURÊ.reviens aujourd’hui, mesdames, au nou-veau livre de Paul Bourget, Cosmopolis, mÜKsS dont l’apparition est considérée comme 1111 évènement européen.Vous lirez désormais ou vous entendrez souvent des allusions aux personnages qui y sont mis en scène par l’éminent romancier.Ces personnages en elfet incarnent des types génériques, des modèles de certaines classes d’individus qu’on rencontre dans la vie, et qui méritent, par le fait qu’ils représentent une espèce, une dénomination spéciale.Il a toujours existé des hommes égoïstes, ayant des ambitions disproportionnées à leurs facultés, et se refusant à gagner par des moyens à leur portée le pain de leur famille, qui elles-mêmes partagent les illusions de leur chef, se résignent à vivre de privations et à travailler à leur propre subsistance plutôt que de le voir s'abaisser à des occupations inférieures à son idéal.Daudet a personnifié dans Fromon-jeum et Risler ainè ces idiots prétentieux, et a donné un nom à leur espèce en appelant son héros Delobelle.C’est la marque d’un grand écrivain que de saisir, de peindre avec vérité et de caractériser les formes différentes que prennent les tendances de l’h.inanité.C’est cette aptitude particulière qui a immortalisé les noms de Théophraste, lequel écrivit ses Caractères 285 ans avant l’ère chrétienne, de LaBruyère.de Lafon- taine, de Molière, et qui perpétuera encore parmi les français ceux de Balzac, de Flaubert, etc.C’est à celles de mes lectrices qui ne liront pas Cosmoputis que je veux présenter quelques uns de ses acteurs, de façon qu’elles 11e restent pas complètement étrangères à un ouvrage qui fait et fera encore tant de bruit.En ce siècle pratique où le prestige de l’or est si grand, plus d’un Affiler se trouvera sur votre route ; et l’on comparera longtemps les douces et innocentes filles de criminels mais heureux aventuriers à l’angélique Fanny Affiler.La scène de CosmopoUs se passe à Rome, et le monde qui y est décrit est celte société hétérogène de touristes de toutes nationalités vivant à Cannes, à Nice, à Florence ou à Rome l’hiver, et qu’on retrouve l’été aux plages en vogue.François Coppée, auquel l’auteur à fait lire son livre le premier, en épreuves, a tracé de saisissants portraits des principaux personnages que je vous citerai.11 y a la Comtesse Catherine Sténo et sa fille Alba ; le financier véreux.Justus, Afner, et sa fille Fanny ; Dorsenne un jeune psychologue comme Paul Bourget lui-même ; Montfanon, l’ancien zouave et fervent catholique ; l’affreux petit prince Ardea, arrière neveu et héritier d’un pape ; le peintre américain Maitland ; sa femme Lydia, LE COIN DU FEU 77 une doucereuse scélérate qui a du sang noir dans les veines, et dont les lettres anonymes amènent les catastrophes dans l’action de Cosmopolis ; Fernand Chapron, frère de cette dernière, et dévoué comme un chien fidèle, au détriment de sa sœur même, à son ami et beau-frère Lincoln Maitland ; Boleslas Korka, un slave nerveux et un peu fou ; sa femme, Maud, charmante et loyale créature, victime comme Lydia Maitland de la coquetterie de la triomphante Comtesse Sténo, le laisse la parole à François Coppée.Nous sommes à Rome, où le romancier français Julien Dorsenne a passé l’hiver et s'attarde encore au printemps.Du talent, de l’esprit, de l’honneur, il a tout pour lui, ce jeune homme.Mais hélas ! c’est un cœur sec.Il vit surtout par cmiosité, et il s’amuse seulement à observer, en par fait dilettante, les travers, les ridicules, les vices même des cosmopolites auxquels il se trouve mêlé.Tout au plus éprouve t il, ce peu tendre Dorsenne, une amitié singulière, qji prend la ferme du “ flirt ” et de la camaraderie, mais où il y a du respect et de la compassion, pour une jeune Vénitienne, Alba Sténo ; car, cher, elle, ce spectateur sagace sent une âme profonde et devine une souffrance.Pourquoi cette délicieuse enfant semble t-elle marquée pour le malheur?Pourquoi sa parole devient-elle tout i coup si amère, son sourire si douloureux ?Pure comme un lys, mais élevée et grandie dans un milieu trop libre, elle n’est pas igno' rante ; — et l’infortunée soupçonne la conduite de sa mère.Voici le secret d’Alba.Voici l’affreuse situation, la tragédie morale qui est ie fond de Cosmopolis.La terrible mère, en effet, que la comtesse Catherine Sténo ! Elle est belle comme ces antiques dogaresses dont le titien a fait de mémorables portraits.Femme de tête, pleine de jugement, point méchante, aimant sa fille à sa manière, comme une jeune amie, une aimable compagne; mais ne vivant,tète, cœur et sens, que pour ses passions versatiles.Car les dessous sont fangeux, de cette aristocratie de table d’hôte.Tout en prenant sa tasse de thé ou son sorbet chez la comtesse, Dorsenne les pénètre à coups de lorgnon, ces bohèmes dorés.Le vieil ami de la maison est le baron Justus Afner, un pirate financier, un voleur enrichi et vaniteux, sans nationalité ni religion précises, qui a réduit des milliers de dupes à la misère, et dont le correct plastron de gentleman est éclaboussé par le sang de plus d’un désespéré, victime de ses escroqueries.Tout concourt au triomphe de ce personnage à la fois horrible et ridicule, dont Bourget a fait un type inoubliable.Sa fille Fanny, qui conserve les plus naïves illusions sur son déplorable père, a l’âme pieuse et mystique ; et, précisément, le prince romain Ardéa, un jeune cynique, est ruiné de fond en comble.L’occasion est belle pour Justus Afner.Que Fanny, qui est protestante, se convertisse, et il achètera pour elle le blason papal et le palais historique à vendre.Tel est ce monde, si respectueux en apparence de tous les scrupules et de toutes les délicatesses, mais qui n’est, au fond, qu’un fumier Henri, qu’une peste parfumée.Le sceptique Dorsenne le raille ; mais, pour le juger, c’est le marquis de Montfanon qu’il faut entendre.11 n’en est pas, celui-là, de Cosmopolis, mais bien de la vieille France, et des pieds à la tête.Il en a toutes les traditions d’honneur, l’ancien zouave de Charette, qui a perdu un bras à Patay ; et si, déjà vieux maintenant, il vit à Rome, dans la solitude, tomme une espèce de moine laïque, c’est qu’il y est retenu par toutes les fibres de son cœur de chrétien.Montfanon est de la r ace des preux, et il a le mépriset la haine de ceux qui ne vivent que pour jouir.Bourget n’avait pas encore créé de figure aussi originale que ce terrible manchot.Rien de plus piquant que le choc de ses généreuses colères contre les indulgentes ironies de Dorsenne.Chaque page du livre ou Montfanon tonne contre les voluptueux et les rastaquouères est étincelante d’éloquence, d’esprit et de verve.Cependant le drame éclate grâce aux viles intrigues de I ydia Maitland, vipère qui se cache sous les fleurs exotiques de Cosmopolis.Les masque, souriants et hypocrites vont tomber, et Justus Afner lui-meme va souffrir dans ce qui reste en lui de sensible, — dans sa vanité- Il n aura point pour gendre un prince romain.Car sa fille Fanny apprend les infamies de son père, et s’abîme dans la solitude et dans la prière.Quant à la pauvre Alba, instruite par la perfidie de la femme du peintre Maitland de l’indignité de sa mère, elle veut mourir.Une seule chance de salut lui reste.Elle aime en secret Dorsenne.S'il l’épousait, s'il l’arrachait à ce milieu où elle étouffe de dégoût, peut-être pourrait-elle encore vivre et être heureuse ?Avec 1 angoisse du joueur qui risque son dernier louis, elle fait son aveu au jeune homme.Mais cel observateur de profession ne s’est aperçu de ren.Il n aime pas d’amour la jeune fille ; il le lui dit avec une honnête mais cruelle sincérité, et, sans le savoir, il la condamne à mort.Ici, Paul Bourget a écrit quelques pages qui feront couler bien des larmes.Ce sont celles ou il a conté la fin d Alba Sténo.Après l’adieu de Dorsenne, elle s’est fait conduire au bord d'un petit lac, perdu dans la pestilentielle campagne de Rome.Comme par caprice, elle est descendue de sa voiture, a pris place, seule, dans un batelet, s’est éloignée de larive.Elle va se noyer.Mais un généreux scrupule lui vient tout à coup et l’arrête.Ce suicide sera, pour sa mère, si douloureux et si accusateur ! Elle choisit alors une mort plus affreuse, mais qui ne semblera pas volontaire.Elle entr ouvre son corsage et présente à l’air empoisonné qui l’environne sa poitrine moite d’une sueur d’agonie.La fièvre a pitié d elle, c'est-à-dire la tue ; et la malheureuse enfant meurt au bout de quelques jours, à peine pleurée.François Coppée ne trouve à Cosmopolis qu’un défaut — si c’en est un,— c’est l’excessive abondance.Il y a trois ou quatre actions dans Cosmo- 78 LE COIN DU FEU polis.Mais, comme les chevaux d’un char que conduit une main à la lois ferme et légère, elles courent, rapidement et sans confusion, vers le dénouement et la moralité de l’œuvre.-c Parmi les livres nouveaux, notons Maître Gratien, de Léon de Tinseau ; La Steppe, d’Alex.d’Arc, avec une préface de Pierre Loti ; L.a Vie Privée de Michel Teissier, par Edouard Rod, publié dans la Revue des Deux-Mondes ; Portraits d'Ecrivains, par Réné Doutnie ; trois poèmes, __ Tobie, Noël et Sainte Cécile, réunis en un volume, par Maurice Bouchor.æcjOn jouera prochainement sur les scènes parisiennes, .Madame Chrysanthème et Pécheurs d'Islande de Pierre Loti.Les premières qui ont été relativement rares cet hiver foisonnent en ce moment.Ces pièces nouvelles sont : Bouton d'or, qui a un très grand succès au Nouveau-Théâtre ; au Vaudeville Les ^ens de bien de MM.Guinon et Dernier, un succès aussi ; Cadeau de noces aux Bouffes, musique de Lacôme, un fiasco ; Le Talisman à la Gaité, musique de Planquette, assez bien accueilli ; à l’Odéon La Fille à Blanchard, que Sarah Bernhardt a joué en Amérique sous le titre de Pauline Blanchard, et qui n’a pas plu au public parisien malgré le talent déployé dans le rôle de Sarah par M"1" Weber.™ L’événement artistique de la saison à New-York est l’apparition de M"lp Duse (qu’un journal français appelle I )ase) sur la scène du Fifth Avenue Theatre.L’étoile a été acclamée avec un enthousiasme frénétique à Vienne, à St Petersbourg et à Berlin.Elle est souvent comparée à la planète française ; mais si l'on veut se fier au jugement de l’onduleuse Sarah elle-même sur sa rivale, le voici : “ M"10 Duse, dit-elle, est une grande artiste, mais elle m’imite trop.Le public et la presse du reste exagèrent beaucoup son talent.’ Elle est fort goûtée à New-York.Les nouveaux essais de Mascagni dans l’opéra : /’ Ami Fritz et les Rantr.au n’ont pas eu le succès de Cavaleria Rusticana.The Mountebanks, une operette de Cellier et Caryll, est redevable de la faveur avec laquelle on l’accueille, au livret de Gilbert, qui a eu la mauvaise pensée de se séparer cette fois de son collaborateur ordinaire, Sir Arthur Sullivan.The girl L left behind me est fort applaudie au nouvel Empire Theatre.Une excellente compagnie française de la Nouvelle Orléans doit donner bientôt à New-York des représentations du Roi d'Y s de Sigurd, Le Cid, Esclar-monde, Charles VL, et Roland.Espérons que ces artistes, dont on dit beaucoup de bien, pousseront jusqu’à Montréal.Météore.Les Corjseils de la /Jere Grogrioq.Il y a des indiscrétions très agtéables à faire, mais qui une fois faites nous donnent l’occasion de réfléchir sur les avantages de la circonspection : Ne dites jamais à une amie dont vous voulez conserver l’affection que son mari vous a demandée en mariage avant elle.~~J’ai remarqué que quand on a réussi à se faire une certaine réputation d'esprit, on en retire comme les intérêts: mm Ceux qui s’ennuient avec vous croient que c'est leur faute.~~ Une pensée cueillie dans ma lecture d’aujourd’hui : ~~ Le monde est rigoureux dans ses jugements ; il ne pardonne rien ; telle est son opinion sur les femmes; il les croit vaines, frivoles, susceptibles, et cependant il les adule, il les encense.Quel fondement faut-il donc faire sur cette monnaie courante qu’on appelle compliment? /Suscadirç daqs le /^oqde.Eli bien, vrai, ce n’était pas trop tôt.Le Mercredi des Cendres estnotre libérateur et le Carême est de toutes façons notre salut dans le temps et pour l’éternité.Amen.La vérité est que nous arrivons fourbus à ce port de repos et de tranquillité jusqu’au point de trouver réconfortante l’apaisante solitude qu’elle crée autourde nous.11 n’y a qu’un point noir, c’est le jeûne.Un parent que j’ai dans les ordres pré tend qu'on ne saurait s’autoriser de la mauvaise santé qu’on s'est faite pendant le carnaval pour s’en dispenser.D’un autre côté, mon médecin, auquel j’en ai appelé de ce décret incommode, m’a dit tout de suite et sans seulement me tâter le pouls : — “ Jeûne, jeûne, mon gaillard, tune t’en porteras pas plus mal : au contraire, un régime diététique sévère vajustetnent te remettre l’estomacque tu as fatigué par suite de tous ces soupers nocturnes.Le système se trouve très bien au printemps, saison traîtresse, d’un dosage prudent et mesuré de la nourriture.Ne sais-tu pas (pie les lois de l'Eglise s’accordent aussi bien dans leur sagesse avec l'hygiène du corps comme avec la morale et.— Tiens, interrompis-je, je crois entendre mon cousin l’abbé.— Va, achèva-t-il, je te recommande les œufs frais le sommeil et la résignation.— Ainsi tu crois sérieusement ?.— C’est tout ce qu'il te faut Je ne pus arracher autre chose à cet homme implacable, à ce singulier ami.Mesdames je vous passe la recette.Œufs frais.Sommeil.Résignation, doses égales.C’est souverain pour le teint.En attendant les bons effets de cette médecine doublement efficace, récapitulons un peu, si vous voulez, les réjouissances des dernières semaines.(Jn des beaux bals de la saison a été donné dans la nouvelle et magnifique maison de M.et M"“ 15., 907 rue Sherbrooke, pour la jeunesse.Une autre brillante affaire de jeunes, chez M"1" CL, la femme d’un avocat distingué de la rue St.Denis.Un thé chez Mmc P.de la rue Dubord pour les amis de sa sœur, et où les charmantes invitées se montrèrent plus joyeuses qu'altérées.Très agréable soirée chez M"1.0 A., rue Drummond, brillante réunion du Club Euchre rue Berri, sous le toit d’un avocat dont le nom n’a rien de triste et dont la jeune femme reçoit avec distinction.Les hôtels princiers de nos millionnaires ont été ouverts largement à leurs nombreux amis dans le courant du mois passé.A celui de l’un des Magnats du Pacifique, rue Drummond, tout particulièrement somptueux et artistique, orné de tableaux de maîtres, etc., deux fêtes superbes furent données, l'une dansante pour la gaie phalange des unmarried, et l’autre musicale à laquelle des amateurs de la société partagèrent les succès des artistes engagés pour la circonstance.On y soupa depuis ro 30 p.m.jusque fort avant dans la nuit.Les amis de M"10 Van H.ont été également conviés à une soirée de gala dont elle fit les honneurs avec cette urbanité de bonne compagnie qui la distingue.Très pittoresque et très fécond en quiproquos divertissants le bal travesti donné dans le remarquable château du Sénateur D.rue'Sherbrooke.Sous la livrée uniforme des longs dominos blancs et des loups de velours ou de dentelle noirs couvrant une partie de la figure, les invités de tous sexes avaient l’apparence de fantômes en liesse.Une des plus jolies soirées à noter est celle que passèrent les amis de la très gentille M"" C., dans la délicieuse villa sise rue Dorchester, en un des coins les plus pittoresques de notre ville.Jusqu’à une heure avancée, l’intérêt, la surprise et la gaieté de la société (pii se pressait dans ses salons furent soutenus par un spectacle stéréoscopique reproduisant avec une vérité saisissante, les principaux monuments du monde entier, des coins de Paris, cette terre promise qu’il est si agréable de contempler — même en gravure ou sur la toile qu’éclaire la décevante lanterne magique.Le concours du phonographe mit le sceau au plaisir de cette fête intelligente et d’un cachet si relevé.Voilà, mesdames et messieurs, qui \aut peut-être So LE COIN DU EE U la satisfaction d’y aller de cinq de mieux de neuf heures à minuit, ne vous en déplaise.Une partie de progressive réunit chez Mnl" G.La femme d’un éminent Conseil de la Reine, rue Sherbrooke, la fleur de notre jeunesse.Un At Home chez la jolie M"" E., de la rue Berri et une sauterie d’un entrain tout juvénile offerte aux amis de sa fille le lundi gras, par Lady L., ont brillamment clos le carnaval de 1S93.A tous les participants de ces dissipations mondaines, que la fatigue soit légère et le Carême réparateur.MUSCADIN.Cuisine.Pâté de perdrix aux champignons Faites fondre à peu près 8 livres de panne.Après avoir retiré une partie de la graisse, mêlez aux créions quelques foies de volailles, de la chair de perdrix ou de poulet, un rognon et un filet de porc frais hachés ; poivre, sel, épices et une chopine d’eau.Laissez alors bouillir le tout bien doucement pendant une heure et demie.Une demi-heure avant de retirer, ajoutez le contenu d'une boîte de champignons, coupés en petits morceaux et un verre à pied de sherry.Moulez dans des lrols de faïence et tenez au froid.Olives farcies pour hors-d’ceuvre.Pelez en les tournant des olives vertes, et enlevez les noyaux.Faites un hachis très fin, composé d’anchois et de câpres, que vous formez en petites boules que vous introduisez une à une dans chaque olive à ce du noyau, il ne faut prs que oie la boule et par conséquent qu’elle soit trop grosse.Mettez les olives dans un bol et recouvrez-les d’hui, le : cette opération doit se faire la veille.Au moment de les dresser dans un ravier, on enlève l’huüe Ces olives ainsi préparées sont excellentes.manière de glacer les GATEAUX AVEC DU SUCRE.Pour un gâteau de six personnes, passez au tamis ^ une demie livre de sucre — " en poudre que vous met- trez dans une casserole avec du rhum, du curaçao ou une liqueur à votre choix.Tournez sur un feu doux, sans laisser bouillir et pour obtenir un sirop pas trop épais.Versez en tournant sur le gâteau après l’avoir préalablement garni d’une mince couche de confiture.Laissez refroidir, et servez. .- ' » "T" v>.(!&>• -;^A lagrand’messe de Pâques, qui sera célébrée à St-Pierre de Rome avec une pompe extraordinaire, et à laquelle Léon XI11 en personne officiel a, un jeune compositeur américain — M.Prank Dos- sert__dirigera le chœur.La messe en musique qu’il dédie à Sa Sainteté en l’honneur de son jubilé sera exécutée en cette solennelle circonstance de vaut tous les dignitaires de la Cour Papale.Les journaux de New-York se montrent glorieux de l’honneur qui écheoil à leur compatriote, et proclament déjà que le jour de Pâques à Rome sera An American day.Une famille fashionable de Boston vient d’inaugurer une nouvelle forme de lettre de faire part pour la naissance d’un bébé.Sur la carte des parents celle du poupon lui-même est nouée, toute mignonne, d’un ruban blanc, et porte au dessous du nom, aux deux angles inférieurs, la date de la naissance et le poids du nouvel arrivé.'r'-jUn caprice de la Mode veut que la société européenne cosmopolite, qui va en hiver s’offrir a Nice, à Cannes ou à Monte Carlo les douceurs du printemps, déserte ces Edens des bords de la Méditerranée pour aller au Caire.C’est sans doute l’engoûment pour les “ anti quités” qui ramène la vogue à la patrie de Cléopâtre.Une lettre de M"'" Sévérine, la célèbre journaliste française.___Le groupe, “ la Solidarité des femmes,” ayant proposé à M""! Sévérine d’être candidate, a reçu la réponse suivante : A Madame Potonié-Pierre, secrétaire du groupe la “ Solidarité des femmes." Paris, le g janvier 1S93.Madame et citoyenne, Milles grâces de l’offre, mais il y a méprise, mon refus de 1SS5 vous en était garant.Sur le terrain économique — c’est-à-dire la défense des intérêts et des droits féminins, en ce qu’ils ont de sérieux et de sacré — je suis votre homme ! Sur le terrain politique, je persiste à méconnaître les délices du suffrage universel, quelque sexe qui y doive participer — ce n’est pas quand la pomme est pourrie qu’il y faut mordre 1 Donc, trop “arriérée” comme femme, fière du rôle abnéjatif et maternel que la nature m’a dévolu, aucunement tentée de déchoir aux masculines ambitions ; donc, trop “ avancée ” comme bas-bleu, plutôt gouailleuse quanta l’efficacité du vote, je ne me sens mûre que pour l’abstention.Recevez, madame et citoyenne, mon fraternel salut.Sévérine.« Si vous voulez qu’une lecture vous profite, disait un professeur d’expérience à ses élèves, il faut, avant de la commencer, mettre à portée de votre main un dictionnaire, et ne laisser jamais passer un mot dont vous ne comprenez pas exactement le sens, sans en chercher aussitôt l’explication.” Nous engageons fortement nos jeunes lectrices à mettre ce bon conseil en pratique.Elles devraient également noter avec soin, à mesure qu’elles sont signalées, et afin de ne les 82 AU COIN DU FEU.plus commettre, les fautes de langage que nous corrigeons dans chaque livraison de la Revue.Nos abonnées doivent comprendre que la série du Coin ou Feu sera précieuse à conserver, car elle se trouvera contenir à la fin de l’année la matière de plusieurs livres.Nous commençons aujourd’hui un petit traité-mythologique qui facilitera à celles qui sont amateurs de bonne littérature l’intelligence des allusions aux divinités de e, si fréquentes dans- les livres.PAROUS CHRemWNtS.Ces quelques lignes sont extraites d’un article intitulé : La Corruption, publié dans la K if orme Sociale, et signé parM.Alexis Delaire.La plus vulgaire des nourrices sait bien que chez le petit enfant, avec les premières lueurs de l’intelligence apparaissent aussi les passions : la colère et l’envie, plus tard la violence et la dissimulation.Le fait d’expérience, ce n’est donc pas la spontanéité de la vertu, mais la nécessité de la correction.Et c’est dès le jeune âge que la verge de la discipline doit chasser la folie du cteur de l’enfant.Que de fois on entend répéter avec une tendresse trop faible : “ Le cher petit, à quoi bon le gronder déjà, n’aura-t-il pas assez de larmes à verser dans la vie ; d’ailleurs, quand la raison vieil dra, il comprendra de lui-même ce qu’il doit faiic.” Autant vaudra prétendre qu’il faut laisser grandir la branche avant de la plier le long de l’espalier.C’est, au contraire, quand l’âme, le caractère, la volonté qui composeront cette nouvelle individualité moufle commencent à se former, et sont en quelque sorte ‘‘à l’état naissant,” qu’il la faut fa- çonner.L’autorité infiniment douce mais résolument ferme des parents la doit dresser selon la loi de Dieu.Les parents, qu’on ne l’oublie pas, ont reçu du Créateur un don merveilleux : ils continuent son œuvre en appelant à la vie un être nouveau sur la terre.Ils devront pourvoir à ses besoins matériels en même temps qu’ils le prépareront à ses devoirs envers les hommes ; autrement ce serait un parasite, un barbare qu’ils introduiraient dans la société.Mais bien plus haute encore est leur mission, car cette âme immortelle que Dieu leur a confiée, il faut la conduire à ses éternelles destinées.Ainsi, l'autorité paternelle, la seule que Dieu ait instituée dans le Décalogue, est la plus auguste qui se puisse concevoir, celle qui peut suppléer à toutes les autres et qu’aucune autre ne saurait remplacer.Les petits la peuvent exercer avec autant de dignité que les puissants, car elle n’exige ni la richesse, ni la science, nuis la droiture du cœur, et les humbles sont souvent plus près de Dieu.La /^ode- |,’LapF°9Ks étoffes aux couleurs brillantes pren- Piste* tient un empire absolu.Ce sont des châlis et des mousse lines avec de V: grandes fleurs ou de grands ramages ° ° ° rappelant les traditions élégantes du siècle passé.On en fait des jupes très larges et des corsages roncés à la taille complétés du fichu ou du grand volant retombant sur les bras, du temps jadis.N’allez pas croire, chères canadiennes, qu’il faille, à cause du changement complet dans la manière de s’habiller, mettre de côté toutes vos robes des saisons précédentes.La mode, malgré ses arrêts impérieux et profondément révolutionnaires, a encore des égards pour nous, et nous laisse la possibilité de rafistoler nos toilettes de l’année dernière.11 est bien entendu qu’on coupe d’abord toutes les traînes.Je ne prétends pas qu'on puisse faire d’un fourreau une jupe large, mais il est facile, en garnissant les robes anciennes de plusieurs volants larges et bien froncés jusqu’à mi-hauteur, de leur donner l’apparence des jupes ballonnées que réclame la nouvelle loi.Les corsages sont généralement courts, beaucoup garnis avec les épaulettes longues ; les manches très amples.On en a fait d’une vetge et un tiers de large.Presque toutes les toilettes d'été pour les jeunes personnes seront décolletées avec de petites pèlerines de même tissu que la robe couvrant leçon et servant de collet.Les bas noirs et bleu foncé se portent toujours C$D LE COIN DU EE U pour la ville.Avec les robes habillées, la règle ne varie pas, Le bas clo:t être de la coule ir du soulier.Le vêtement très à la mode est la grande pèlerine d'étoffe écossaise doublée de soie changeante, avec seconde pèlerine plus courte que la première, formant aussi collet en velours de même teinte que l’étoffe.Les grandes modistes sont dans une perplexité extrême.Il s’agit de trouver des coiffures inédites pour le printemps.Pour le moment on porte beaucoup la capote Empire.Les voilettes sont noires parsemées de petites perles de couleur.Il circule au sujet de la crinoline des bruits alarmants, qui seront peut-être parvenus jusqu’à vous.Espérons cependant que le bon goût et le bon sens triompheront du fléau qui nous menace.Nous engageons les canadiennes à ne céder à ce détestable caprice de la mode qu’à la dernière extrémité.On fait un très grand étalage de bijoux.Jamais «3 ils n’ont été portés en si grande profusion qu’aujourd’hui.On nous rapporte que Madame W.K.Vanderbilt, dans une fête récente, avait un cordon de diamants attaché sur l’épaule et faisant plusieurs fo:s le tour de la taille.Une toilette de promenade est faite en étoffe pelucheuse couleur puce (bran).Jupe rotonde garnir dans le bas de cinq petits rouleaux de velours orange.Corsage court avec petits figaros de velours orange et grands revers de soie puce Manches très larges, même étoffe que la jupe, avec poignet de velours.La coiffure allant avec cette toilette est la Capote Empire de velours puce avec nœud de velours orange et touffe de plumes brun foncé.(La capote Empire ressemble beaucoup à ce chapeau que l’on a désigné dans le commerce sous le nom anglais àepoke.) Vêtement de fillette.—Drap bleu saphir doublé de surah brique.Empiècement (joug) à fond brique brodé d’argent, Manche large en drap avec poignet de même broderie que l'empiècement.LA SCIENCE AMUSANTE V; » CORPS ROUt.ANT REMONTANT UN PI.AN INCLINÉ.Si nous posons une bille, un cylindre ou tout autre corps roulant sur un plan incliné, nous savons ce qui va se produire: le corps descendra le long de ce plan incliné, sous l’action de la pesanteur.Voici une expérience qui semble contredire le principe du plan incliné, mais nous allons voir qu’elle le confirme au contraire.Collez l’un contre l’autre par leurs bases deux cônes en carton, deux abat-jour, par exemple.D’autre part, formez un plan incliné avec deux cannes posées sur deux livres d’une égale hauteur, mais en ayant soin que ces cannes fassent entre elles un certain angle, dont le sommet se trouve du côté le plus bas du plan incliné.Posez votre double cône près du sommet de cet angle, et vous le verrez rouler le long des deux cannes, en remonta ni le élan Ine/inp, ce qui semblera miraculeux au premier abord.Mais vous vous rendrez vite compte de ce qui se passe en remarquant que, par suite de l’écartement croissant des cannes, dms le sens de la montée, l’axe des deux cônes, sur lequel s; trouve leur centre de gravité, s’abaisse de joins en plus ; il n’y a donc là qu’une curieuse illusion : aucune atteinte n’est por aux lois immuables de la pesanteur.Toxi Tir. LE COIN DU FEU "'4 Choses d'Curope.1.' l-.yyptc ci hi .\fid iter mutt' Paris, io.Février 1893.1 paraît, mesdames, que vous ignorez ou que vous oubliez souvent que vous êtes anglaises.Quelques-unes d'entre vous s’écrieront peut-être même avec conviction : “ Mais, non, nous sommes canadiennes-françaises.” Oui, en effet, vous êtes bien un peu ça, mais dans le langage international vous n’êtes qu’anglaises, des filles de |obn Bull, quoi ! oh ! les plus ravissantes de toutes ses fil es, puisque vous réunissez les grâces de deux hères races et que vous n’avez pas la raideur et la morgue des londoniennes vos sœuis.Cette idée m’est venue à l’esprit ces temps derniers et s’y est maintenue tant qu’a duré le malaise produit par l’incident égyptien.C’est que votre situation serait exceptionnellement intéressante le jour où la guerre éclaterait «litre la France et l’Angleterre.En bonnes et loyales anglaises que vous devez être, vous prieriez pour le succès du drapeau britannique, je suppose, malgré les violentes protesta- tions de votre cœur français ?.je posais cette question à une montréalaise, de passage à Paris ; elle me répondit aussitôt sur un ton très sérieux, mais avec de la malice plein les yeux : " Oh ' les anglais sont protestants, vous savez, et comme ils 11’ont pas confiance dans 1 efficacité de nos prières, nous les laisserions se débrouiller tout seuls.’ Te ne voudrais pas vous effrayer plus que de raison et vous laisser croire à la probabilité d’une Tiipture entre les deux pays, car rien ne justifierait un tel pessimisme.Comme je vous ai déjà dit quelque chose des ¦questions épineuses qui peuvent amener la guene en Europe, je profiterai des présents événements pour causer un peu du seul point de contact où puisse se produire une friction.dangereuse entre votre métropole et votre mère-patrie.Nous avons constaté déjà que l’Angleterre n aimait pas la Russie, et ce parce que cette dernière avait des vues ambitieuses sur les Indes.Nous avons vu la diplomatie anglaise s évertuant A feinter aux Dardanelles l’entrée de la Méditerranée à la marine russe, afin de ne la pas rencontrer lorsque ses propres vaisseaux traversent cette mer pour se rendre aux Indes ou en revenir par la voie du Canal de Suez.Si vous voulez maintenant savoir quels sont les sentiments du Cabinet de Londres à l’endroit de la France et de la triple alliance, regardez dans la Méditerranée et voyez qui peut la gêner dans la possession paisible de la voie des Indes.Vous trouverez là le secret de ses sympathies et de son mauvais vouloir.L’Angleterre n’a d’autres concurrents dans cette mer que ceux qui y ont des possessions et des ports, car elle peut en fermer 1 accès à toutes les Hottes de l’Atlantique, attendu qu’elle en garde l’entrée à Gibraltar, entre les côtes d’Espagne et celles du Maroc.Elle a en sus, comme quartier général de ses forces navales méditerranéennes la superbe île de Malte que Bonaparte enleva aux Chevaliers de St-Jean de Jérusalem en 179S, lors de son expédition d’Egypte, mais que les Anglais lui arrachèrent deux ans après.Les deux ports de cette île offrent une protection parfaite à la forte escadre qui y séjourne.Mais, malgré cette escadre et la possession de Malte, l’Angleterre n’ignore pas la supériorité de notre marine sur cette mer ; elle connaît aussi les intérêts considérables que nous avons dans l’Orient, elle sait surtout que nous ne consentirons jamais à ce que l’Egypte passe sous sa domination.En présence de cette situation, elle cherche des alliés possédant de bons vaisseaux de guérie.Lorsqu’il parut certain que la Russie s’alliait a la France, au printemps de 1891 il fut fortement rumeur d’une convention entre l’Italie et l'Angleterre.Lord Salisbury a toujours eu un faible pour la triple alliance, mais ses bons procédés ont été plus spécialement marqués à l’adresse du gouvernement italien. LE COIN DU FEU 85 C’est que l’Italie a une très belle flotte dans la Méditerranée, et qu’elle pourrait assurer la prépondérance à l’Angleterre dans l’hypothèse d’une guerre avec nous.Quand on est bien tort il importe si peu d’avoir raison ; l’adversaire prudent subit les injustices et fait contre fortune bon cœur.Cette question d’influence dans la grande mer intérieure qui roule ses flots sur les plages d'Espagne, de France et d’Italie, pour les porter ensuite à la vieille terre des Pharaons, est d’autant plus importante qu’avant longtemps Sa Majesté britannique sera mise en demeure de répondre catégoriquement à cette question que lui pose avec persistance depuis dix ans le gouvernement français : Quand évacuez-vous l’Egypte ?Avant 1882, l’Egypte, gouvernée par un khédive, vice-roi suzerain du sultan de Constantinople, était pratiquement sous le contrôle ou le protectorat de la France et de l’Angleterre.Depuis plusieurs années, ce pays n’ayant pu payer les intérêts de sa dette publique aux banquiers de Paris et de Londres, deux contrôleurs avaient été nommés par la France et l’Angleterre pour surveiller la perception des revenus et protéger les intérêts de leurs nationaux.Us avaient ci peu prés la position de ministres des finances dans le gouvernement égyptien.Cet état de choses faisait assez l’affaire des deux nations rivales, car leur influence était égale sur les bords du Nil.L’Egypte est exceptionnellement située : elle n’est, à proprement parler, qu’une longue vallée au milieu de laquelle coule le Nil.— pays très fertile Petit Cours Muses : déesses des sciences et des arts, filles de Jupiter et de Mnémosyne.Elles étaient neuf, savoir: Clio, Melpomène, Thalie, Euterpe, Terp-sicore, Erato, Calliope, Uranie et Polymnie.Elles avaient Apollon à leur tête.Le palmier, le laurier, et plusieurs fontaines comme l’Hippocrène, Cas- et possédant d’importants comptoirs.Mais ce qui rend cette contrée tout spécialement désirable c’est qu’elle est placée parallèlement à l’isthme de Suez, dont elle est la maîtresse, et que ses gouvernants ont absolument sous la main le fameux canal, c’est-à-dire la seule voie directe de communication entre l'Occident et l’Orient.En 1882 Arabi pacha, le ministre de la guerre du khédive Tewfik, leva l’étendard de la révolte.Le gouvernement anglais demanda à la France de se joindre à lui pour rétablir l’ordre en ce pays.M.de Freycinet, notre président du conseil d’alors, refusa d’intervenir, malgré les protestations indignées de Gambetta.Ce fut une lourde faute.Les cuirassés anglais bombardèrent seuls Alexandrie.Les soldats de Wolseley firent Arabi prisonnier.Les diplomates de Westminster s’installèrent au Caire et à Alexandrie, et y sont encore.Le khédive Tewfik est mort ; son jeune fils l'a remplacé.Il a voulu, il y a un mois, démettre un de ses ministres et en appeler un autre, mais l’ambassadeur anglais s’y est objecté et a parlé en maître.L’occupation du pays devait être tcmporaiie, elle dure cependant depuis dix ans.Bonaparte, avec ses vaillants soldats d’Italie et ses lieutenants Kléber, Desaix et Berthier a tenté, mais en vain, de s’y établir, il y aura bientôt cent ans.Nous allons voir si nos voisins de la Manche peuvent réussir là où le génie du siècle a failli.Saini-Cyr.de Mythologie.talie et le fleuve Permesse leur étaient consacrés.Elles habitaient les monts Parnasse, Hélicon, Piéritis, le Pinde ; et l’on s’imaginait que le cheval Pégase paissait sur ces montagnes et aux environs.{Au prochain numéro, l'histoire de chaque Muse.) 86 LE COIN DU FEU L'HERITAGE.ii (Suite.) — On la retrouvera sans vous, reprit brutalement la voisine; passez seulement votre chemin." Sans répondre à cette femme, je pris congé de l’aimable enfant, en lui exprimant le vœu que je formais de la voir se rétablir promptement et l'intention où j’étais de venir m’informer d’elle auprès de sa mère.Après quoi je sortis, sans songer à mon manteau resté sur le pied du lit.l’étais indigné contre cette voisine, et vivement blessé d’avoir été surpris dans l’unique moment où une curiosité bien naturelle m’avait porté à m’approcher du lit : mais il me semblait, au regret avec lequel je m’éloignais de ce réduit, que j’y eusse laissé mon cœur.A mesure que je cheminais.ce passé, encore si voisin, prenait peii à peu la teinte d’un songe lointain que je lâchais de ressaisir : et, pendant que je disputais ainsi à l’empire des impressions nouvelles, je m'égarais dans les rues sans plus songer à ma demeure, à l’incendie, ni à l’heure avancée.Seulement la vue d'un passant me faisait battre le cœur ; dans chacun je m’attendais à voir, je croyais reconnaître la mère de ma protégée, et j’entourais déjà de respect et d’amour cet être inconnu qui avait donné le jour à mon amie.Mon amie ! ainsi la nommais-je déjà dans mon cœur, dans ce secret sanctuaire où nulle entrave ne gêne la tendresse du langage, où l’amour seul dicte les mots et prête à chacun sa douceur, ses charmes et son prestige.Après avoir ainsi erré pendant longtemps, je me trouvai dans le voisinage du faubourg.Alors seulement je vins à songer à l’incendie, et les évènements de la soirée se retracèrent à mon esprit, mais comme des impressions presque effacées, au milieu desquelles je retrouvai sans cesse l’image de la jeune fille, ses mains blanches sur les seaux, son beau regard réfléchissant l’éclat des flammes.Reprenant un à un mes souvenirs, je l’accompagnais de nouveau, je la couvrais de mon manteau, je saisissais sa main dans l’obscurité ; mais surtout je sentais avec émotion sur mes bras l’empreinte de son jeune corps, et je retrouvais avec délices ce moment où, chargé de ce doux faix, je l’avais transportée sur son lit, dans la solitude de sa demeure.Pendant que ces pensées me ravissaient, je passais presque sans curiosité devant les lieux que naguère dévorait la flamme.L’incendie, maîtrisé à la fin par les efforts de la foule, exhalait en tourbillons d’une noire fumée ses dernières fureurs.Des solives charbonnées, des monceaux de ruines et de décombres gisaient entassées sur ce vaste espace, occupé quelques heures auparavant par des maisons populeuses, par des familles paisibles, maintenant errantes et désolées.Autour veillaient quelques hommes du guet, et une pompe promenait son jet solitaire sur les points où les rafales d’un vent glacé ranimaient des feux mourants et mal éteints.Quittant ce théâtre de désolation, je me perdis dans le silence et l’obscurité des rues, et quelques instants après j'étais dans ma demeure.III Il était deux heures de la nuit lorsque je rentrai chez moi.le soir de l’incendie.Encore tout rempli des impressions de la soirée et de l’image de ma jeune protégée, j’étais en proie à une secrète agitation qui m’ôtait toute envie de dormir.Aussi, après avoir ranimé mon feu dont les tisons fumaient encore, je m’établis à rêver.C'était, cette fois, volontairement, par goût, sur un sujet qui me touchait au cœur, au lieu que d’ordinaire je rêvais forcément, par fainéantise et sur un rien.Mais il est singulier comme les moindres objets qui nous entourent entrent en part dans la direction ([tie prennent nos pensées.Tout en rêvant, j’avais devant les yeux mes instruments de toilette, que j’avais laissés épars sur ma cheminée, et, LE COIN DU FEU «7 dans le nombre, le savon perfectionné, qui répandait encore un subtil parfum de rose.Ce parfum, que je n’avais point cherché, portait insensiblement à mes organes comme des émanations aristocratiques, qui faisaient peu à peu rebrousser ma pensée jusqu'au moment.où je m’étais trouvé à cette même place, m'apprêtant à aller promener ma personne dans les salles du Casino, sous les regards de femmes brillamment parées, et au milieu de l'élégance du monde fashionable.Je chassai bien vite ces scènes de luxe et de grandeur pour retourner dans l’humble demeure de ma jeune amie ; mais j’avoue que je n’y rentrai déjà plus avec le même charme qu’auparavant.La simplicité des meubles me paraissait nue, les ustensiles de cuisine blessaient mes regards, et le ton commun de la voisine résonnait à mon oreille de la façon la plus ingrate.J’avais besoin, pour contre-balancer l'effet désastreux que faisaient ces choses sur mes amoureuses rêveries, de tenir mon imagination constamment occupée de la jeune enfant, dont le port, les traits, la voix et même le costume ne m’avaient rien offert que de noble et de gracieux.C’est en me maintenant ainsi toujours sur le même objet que je parvins à m’endormir avec des affections bien intactes.Dérangé bientôt par le retour de Jacques, je profitai d'un intervalle de demi-réveil pour me déshabiller et me mettre au lit.11 est à croire que j’étais très-fatigué ; car je ne fis qu’un somme jusqu’à deux heures après-midi.Au moment où j’ouvris les yeux, la lumière du jour me frappa très-désagréablement, en venant contraster avec l’univers nocturne au milieu duquel mon imagination s’était endormie la veille.Je commençai donc par regretter la nuit, et surtout l’incendie, que, selon toute probabilité, je ne pouvais espérer de voir se renouveler le soir suivant ni les autres.J’en éprouvai un grand vide et beaucoup de découragement.Mais j’avais du moins une démarche intéressante en perspective pour ma journée : je devais retourner chez ma jeune amie.C'était beaucoup, et je m’efforçais de m'en réjouir.Toutefois, je cru, reconnaître que dix heures de profond sommeil et surtout le retour de la lumière du jour, avaient un peu effacé sa charmante image et dépouillé ses attraits de quelque prestige.Je craignais de la retrouver bien portante, enhardie par l’appui de sa mère, occupée peut-être à quelque soin de ménage.Je considérais qu’une foule de circonstances fortuites, qui ne pouvaient plus se reproduire, avaient contribué à lui donner pour quelques moments.à mes yeux un charme accidentel pour lequel je m’étais passionné, comme s’il eût pu être durable.Enfin, réfléchissant à certaines idées romanesques tendant au mariage, cpii m’avaient paru naturelles peu d'heures auparavant, je ne pouvais m’empêcher de les trouver parfaitement extravagantes, et cela au grand détriment de ma passion naissante, qui perdait ainsi l’avantage d’un dénoùment possible.C’est ainsi que je redevenais peu à peu l’homme de la veille.Cette flamme passagère qui avait un instant brillé dans mon cœur pâlissait par degrés, et déjà l’ennui, plus pâle encore, renaissait à côté.Toutefois, et c’est ainsi que tout se fane à l’expérience.je ne pouvais redevenir exactement le même.Chaque émotion, une fois éprouvée, laisse son vide dans le cœur et n’y petit plus renaître.A une seconde aventure pareille, je n’eusse plus retrouvé la même pùreté d’impressions, ce charme vif de ce qui est nouveau, inopiné ; et le sentiment d’avoir prodigué sans fruit quelques-uns de ces précieux trésors m'était trop peu étranger pour que je ne trouvasse pas quelque lie au fond de cette coupe à laquelle je venais de m’enivrer.Tel est l’état où je me trouvais au bout d'une ou deux heures d'ennuyeux loisir.Tout m’était redevenu indifférent : j’avais oublié mon polype ; mes habitudes mêmes, qui d’ordinaire me servaient à combler le vide des journées, avaient perdu leur empire, et je restais immobile auprès de mon feu.sans plaisir à y demeurer et sans envie de le quitter.Une carte fixée au coin de ma glace m'avertissait de passer la soirée chez Mme de Luze ; je la considérais avec dédain, avec dégoût; je me révoltais contre ses avances intempestives; et, finissant par y voir Mme de Luze elle-même, qui me faisait le plus flatteur accueil au profit de sa jeune cousine (c’est l’épouse que me destine mon parrain), je me surprenais à lui refuser mon salut, à lui tourner le dos, à ne pas l’écouter, et à jouir du même coup de la figure déconfite de mon parrain.“ Non ! leur disais-je à tous, non.Hier encore je pouvais trouver quelque amusement à vo 88 LE COIN DU FEU prévenances ; aujourd’hui, plus.Une enfanl pauvre, simple, obscure, passerait encore avant vous, si je me sentais quelque force pour aimer, le moindre désir de quitter cette place, d’où je bâille à vos avances et m’ennuie de votre accueil.” Et, pour mieux le leur prouver, je jetai la carte an feu.“ Jacques ! — Monsieur a-t-il appelé?— Allume la lampe, et souviens-toi que je ne veux recevoir personne.— C’est qu’il y a M.votre parrain qui a fait dire comme ça qu’il viendra vous prendre pour aller chez Mme de Luze.— Eh bien, n’allume pas la lampe, car je vais Sortir.— Alors faudra-t-il?.— Rien.— C’est qu’il viendra.— Tais-toi.— Et alors.— Jacques, tu es le plus insupportable des domestiques que je connaisse.— C’est que ce n’est pas gai, ce que monsieur dit là.— Je crois vraiment que tu n’en conviens pas.— Si, monsieur, mais.—- Ne réplique rien.Va-l-en, laisse-moi, disparais.” Je m’occupai aussitôt de mettre mes bottes pour sortir, afin d’échapper à mon parrain, dont l’importunité provoquait en moi les plus violents mouvements d’humeur.“ Non, disais-je, tant que cet homme voudra faire mon bonheur, je n’aurai pas un instant heureux ! Quel rude esclavage ! et qu’un héritage est dura gagner! Il me plairait de rester tranquille chez moi ; eh bien, non, il faut que je m’en chasse moi-même ! ” Ici, mon tirant de botte cassa; je ne manquai pas de m’en prend:e à mon parrain, que j’envoyai à tous les mille diables d’enfer.“ Monsieur?— Recouds ce tirant.Vite.— C’est que.M.votre parrain est là?— Imbécile ! J’étais sûr que tu me le pousserais à la traverse.Eh bien, moi, je n’y suis pas.Entends-tu ?’’ Jacques sortit épouvanté, et sans oser prendre de mes mains la botte, dont le tournoiement me naçant accompagnait l'emportement de mes gestes et la fureur de mes yeux.Il était à peine sorti, que mon parrain entrait radieux, et tout plein de la plus désolante bonne humeur.“ En route ! en route, Édouard ?Eh bien ! tu n’es pas prêt ?Dépêche-toi, pendant que je me chauffe les pieds.” C’est toujours une chose déplaisante que cette familiarité amicale qui se campe chez vous, occupe votre foyer, s’étale dans votre fauteuil, et croit rte faire qu’user des droits de l’amitié, en violant l’abri du domicile et la liberté du chez soi.Cette manière était éminemment celle de mon parrain, et cela seul contribuait d’ordinaire à refroidir mon accueil ; mais cette fois, contarriéau plus haut degré, je rongeais mon frein, fort tenté de lui répondre avec une franche brusquerie.Toutefois, habitué à me contraindre devant son héritage, j’aimai mieux faire effort pour louvoyer.“ Je crois, lui dis-je fort gracieusement, je crois, cher parrain, que je vous laisserai aller seul, si vous me permettez.— Je ne te permets pas, ce soir moins que jamais.C’est ce soir que nous bouclons l'affaire.Sors seulement bien mis, gracieux, moyennement aimable, et tout est dit.Mais un peu vite ; j ai promis que nous irions de bonne heure.” Blessé au vif de voir qu’on eût ainsi disposé de moi et que l’on prétendît m'imposer l’obligation d'être aimable dans un moment où j’avais si peu l’envie de l’avoir, je risquai un refus plus positif: “ je crois, mon parrain, que je ne veux pas vous accompagner.” Mon parrain se retourna pour me regarder en face.Toutes ses idées sur la docilité d’un héritier étaient bouleversées par ce ton de résistance, et, dans cette situation inattendue, il ne savait trop que dire.Après m’avoir regardé : “ Voyons, explique-toi 1 me dit-il brusquement.— Cner parrain, c’est que j’ai rélléchi.— Ah! ce n’est que cela?Eh bien! suis mon conseil, ne réfléchis plus ; ou bien tu ne te marieras jamais.C’est pour avoir réfléchi que mai je me trouve garçon à l’heure qu’il est, et pour le reste de mes jours.Si tu en fais autant, ma fortune et la tienne passent à des tiers, et le nom LE COIN DU FEU s’éieint.Ne réfléchis plus ; c’est d’ailleurs inutile.Là où les convenances se trouvent, rang, richesse, personne belle et aimable, réfléchir est insensé.Il faut agir et terminer.Habille-toi et partons.— Impossible, mon cher parrain.Je veux bien ne plus réfléchir, mais, tout au moins, pour que je me marie, il faut que j’en aie le désir.— Ah parbleu ! es-tu décidé à 11e pas te marier ?Alors dis-Ie ; voyons, parle.” En disant ces mots, mon parrain avait pris un ton significatif, et semblait me présenter son héritage à prendre ou à laisser.C’est cette terrible alternative que je voulais éluder, sans trop savoir comment y parvenir.Heureusement je vins à songer à mes idées extravagantes de la veille ; et les prenant pour prétexte : “ Et si, lui dis-je avec un demi-sourire, si mon cœur s’était déjà porté d’un autre côté ?.— Prétexte! dit-il, J'aime mieux que tu dises franchement : “ Je ne veux pas me marier.” Alois je saurai à quoi m’en tenir.— Et si vous vous trompiez, cher parrain, et que je fusse réellement amoureux, me conseilleriez-vous d’épouser votre demoiselle quand j’aurais donné mon cœur à une autre?— C’est selon.Qui aimes-tu?— J’aime une jeunejpersonne charmante.— Est-elle riche ?— Il n’y a pas d’apparence.— Son nom ?— Je l’ignore.— Voilà qui est fort ! Que diable est-ce que tout cela signifie ?— Cela signifie que tout obscure et pauvre que soit celte jeune fille, elle m’est cependant assez ché e pour que, si je songeais à me marier à présent, ce qui n’est point, je fusse plus porté pour elle que pour toute autre.— Ah ! ah I pauvre, obscure et belle! C’est, je vois, une niaiserie dans les règles.— Niaiserie! parbleu non, mon parrain, je vous assure.— Ne plaisantons pas ! — Croyez que je n’en ai nulle envie.— Hé ! laisse donc I Placé comme tu l’es, riche, de bonne famille, aller songer à une créature sans nom et sans fortune!.On peut avoir avec de 89 telles personnes une liaison, maison 11e les épouse pas.” Ce propos de mon pirrain, qui me semblait outrager la jeune fille dont la timide pudeur m’avait surtout ému, me mit hors de moi.En même temps qu’il réveillait dans mon cœur ces vifs sentiments qui l’avaient fait battre la veille, il y faisait naître le mépris pour un vieillard qui, ne trouvant d’estime et de louange que pour la richesse et le rang, semblait méconnaître les charmes sacrés de l’innocence, et comme m’inviter à les profaner sans remords.“ Mon parrain, lui dis-je avec feu, vous outragez une jeune fille aimable et vertueuse.une enfant plus pure que vous ne pouvez le croire, plus digne de respect que celle que vous proposez à mon choix, et mille fois plutôt je l’épouserais que je n’irais la flétrir !.— Eh bien! ne la flétris pas, mais épouse l’autre.— Pourquoi, si je n’ai pas d’affection pour elle, si mes penchants me portent ailleurs?Vous alléguez mon rang, je m’y ennuie ; ma richesse .elle déviait, ce me semble, servir à me rendre plus libre qu’un autre dans le choix d’une épouse.Quoi donc! si j’avais rencontré dans cette personne sans fortune et sans nom, dans cette fille dédaignée, dans cette créature enfin, la beauté, la vertu, et mille qualités aussi dignes de mon respect que de mon amour .qui m’empêcherait de suivre un penchant honnête !.Qui pourrait blâmer que j'eusse le désir de partager ma richesse avec son dénûment, d’appuyer sa faiblesse sur ma force, de lui donner un nom si elle n’en a point, et de trouver dans ces nobles et généreux motifs un bonheur plus vrai, plus pur et plus mérité que celui que je puis attendre de l’accord de quelques convenances vaines et factices?.Ah ! mon parrain, je voudrais en avoir la force : je voudrais n’être pas déjà énervé, corrompu par les maximes du monde où je vis, enchaîné par mille liens qui me gênent et m’entravent sans me donner le bonheur, et je saurais le trouver enfin auprès de cette modeste compagne, objet de vos dédains et de vos outrages ! — l'u prêches à merveille, mais comme un sot.Ces idées-là, on en est revenu.C’est bien dans les 90 LE COIN DU FEU romans ; dans la vie, c’est niaiserie.Si jamais tu faisais pareille sottise, souviens-toi que tu partagerais ton bien, mais non pas le mien.Je ne l’ai pas gardé, augmenté, bonifié, pour le faire tomber aux mains d’une grisette, pour l’employer justement à faire déchoir une famille, et le dissiper à soutenir les gens de bas étage que tu nous auras donnés pour parents.” Ces paroles n’étaient pas propres à me ramener; je pris mon parti aussitôt Pour l’heure, mon parrain, je ne songe pas à me marier ; mais j’aspire à le pouvoir faire librement, quand et comment il me conviendra, fût-ce avec une jeune personne que vous méprisez sans la connaître.Il est trop juste, dans ce cas, que je me défasse de toute prétention à votre héritage.Reprenez-le et rendez-moi le droit de disposer de moi.Que ce soit sans nous en vouloir mutuellement.Pour vous, croyez-m’en, je vous en conjure, vous ne m’en serez que plus cher quand je ne verrai plus en vous l’arbitre intéressé de ma destinée, quand je ne serai plus fatigué de ployer, par ménagement, à vos vues qui ne sont pas les miennes ; en un mot, quand je ne serai plus que votre neveu qui vous aime, et non plus votre héritier qui vous craint et vous résiste.” Pendant que je parlais ainsi, le visage de mon parrain trahissait un dépit rempli de violence et d’amertume.Ses plans renversés, ses volontés méprisées, ses bienfaits dédaignés, tout contribuait à le jeter dans un état d’emportement et de trouble qui le faisait pâlir, et rougir tour à tour : “ Ah ! ah ! c’est là ce que tu voulais amener?dit-il enfin en éclatant ; ma bonté te lassait ! mon joug t’était à charge ! Tu voulais, en toute bonne amitié, envoyer promener mes conseils, mes soins, mes bienfaits.Suffit ; j’entends.Mais, monsieur, passez-vous de mon amitié comme de mon bien ; ni l'un ni l’autre ne vous appartiennent plus et ne m’embarrasseront pas.Je vous salue.” Il sortit, et, après l’avoir reconduit quelques pas, je revins dans ma chambre.IV Lecteur, donnez-vous?Que vous semble de ma conduite?Est-ce à mon parrain, est-ce à moi que vous donnez raison ?Je vais vous le dire.J’entends que je pourrais vous le dire, si vous m’appreniez votre condition, votre âge, si vous êtes femme ou homme, garçon ou demoiselle.Il me suffirait pourtant de savoir que vous êtes jeune, pour que je m’imaginasse que vous êtes de mon parti ; non point que je le croie celui de la prudence, ni même de la sagesse, mais bien, je l'avoue, celui de l’imprudente honnêteté, celui de la générosité inconsidérée, celui que l'on ne prend pas quand les années ont apporté plus de calcul dans l’esprit et moins de sève dans le cœur.Jeune ami ou amie, si je me trompe, laissez-moi mon erreur, elle m’est chère ; si j’ai deviné juste, que je ne vous ôte pas la vôtre ! Assez tôt vous deviendrez prudent, assez tôt vous apprendrez la sagesse ; assez tôt vos passions attiédies, cessant de prêter leur feu à vos sentiments honnêtes, laisseront le champ libre aux graves leçons de la raison, des intérêts et des préjugés.Que si vous êtes vieux, assez malheureux pour n’être plus que sage, mais riche encore des débris d'un cœur qui fut chaud et généreux, je suis sûr que me taxant à regret d’imprudence vous me tendez néanmoins votre main défaillante ; votre sourire m’accueille ; en dépit de votre sagesse, votre air m’approuve et votre estime me récompense.Bon vieillard, je vous connais, je sais que vous lirez ce récit.Blâmez sans crainte; je lis dans vos traits vénérables plus de regrets que de reproches, plus d’appui que de blâme.Mais si aux glaces de l’âge vous avez laissé s’unir l’égoïsme de caractère ou de condition, celui de l’avarice ou des préjugés; si de tout temps vous sûtes calculer le présent pour l’avenir; si vous sûtes toujours préférer la sûreté du bien-être aux hasards de l’imprudence généreuse ; si jamais la chaleur des,passions ne sût rompre l’enveloppe de votre vanité .homme sage, alors vous êtes pour mon parrain, alors vous blâmerez celui qui renonce à un héritage ; vous le blâmerez plus enc re si, épris des charmes d’une enfant qui n’est que belle et pure, il méconnaît son propre rang et aspire à déchoir.Pour moi, je ne sentis d’abord que le plaisir d’avoir secoué le joug, et je rentrai dans ma chambre le cœur content et plein de vie.Je l’avoue, en songeant aux sentiments qui m’avaient inspiré mes LE COIN DU FEU 9i réponses, quelque orgueil se mêlait à ce contentement, et, bien que je n’eusse encore formé aucun projet sur la jeune fille dont j’avais pris la défense, je m’applaudissais d’avoir eu le courage de parler et d’agir avec autant de chaleur que je l’eusse pu laire par ce motif intéressé.Mais d’autres sentiments encore m’agitaient : j’avais rompu ma chaîne, mon sort m’appartenait en propre, j’étais libre, et la liberté ne se recouvre pas sans ivresse.Ma petite fortune, que j’avais toujours envisagée comme la source d’un bien-être provisoire, prit tout à coup de la valeur à mes yeux ; elle devint un bien réel et présent, et dés ce moment me fut précieuse et chère.Je pouvais du moins en disposer à ma fantaisie, la partager avec qui bon me semblerait; j’avais de l’intérêt à croître, et au lieu de cette torpeur dans laquelle j’avais été élevé, quelques lueurs d’ambition me faisaient considérer sans répugnance l’activité des projets et la nécessité du travail.Par un effet machinal que provoquait en moi l’instinct de la propriété réveillé par ces idées, je rangeais les pincettes à leur place, je mettais en ordre ma boite à rasoirs, et, jetant un regard ami autour de ma chambre, je trouvais à chaque objet, à chaque meuble, un prix tout nouveau.Bientôt, l’amour du chez soi me faisant sentir ses premières atteintes, je voyais d’un autre œil mon domestique Jacques, je pensais à le former, à me l’attacher; et, considérant pour la première fois sous leur vrai jour toutes les ressources de ma condition, je songeais à créer au plus tôt autour de moi ce bonheur que j’avais toujours entrevu comme lointain et dépendant de la mort d’un oncle.Au milieu de ces idées nouvelles, le désir des affections domestiques ramenait de temps en temps ma pensée vers une compagne qui animerait la solitude de ma demeure, et alors je retrouvais devant mes yeux l’image de ma jeune amie de la veille.Enfin, comme les plus heureux effets ont souvent de risibles causes, ce qui m’enchantait le plus dans ma situation nouvelle, c'était de n’aller point ce soir au thé de Mme de Luze.Je passais de là à des questions très-philosophiques, selon l'habitude que nous avons de formuler en maximes générales toutes les leçons de notre expérience privée.Ah ! qui que vous soyez qui faites dépendre votre sort d’un héritage, je vous plains I Si votre homme 11e meurt au plus vite, vous risquez de perdre vos plus belles années dans une ingrate et ennuyeuse attente; et si, impatient de jouir, vous désirez sa mort au moment même où vous lui prodiguez vos caresses, vous êtes un monstre.Et puis, qu’est-ce ?refouler derrière votre masque tous vos sentiments naturels, faire le sacrifice de vos penchants, de votre opinion, souvent de votre droiture .Non, non, point d’héritage ! plutôt travailler, plutôt souffrir, mais vivre libre, indépendant, maître de sa personne et de son cœur ; le donner à celle qu’il aime plutôt qu’à celle qu’on lui impose .à une fille pure, simple, retirée, qui vous rendra en tendresse et en dévouement le sacrifice que vous lui faites d’une position llatteuse, tout aussi bien qu’à une demoiselle qui, vous devant peu, exigera beaucoup, qui cherche un rang plutôt qu’un époux, des convenances plutôt que des affections, et dont vous aurez sans cesse à disputer le cœur aux vanités, aux dissipations et aux dangers du grand monde .“ Aimable amie, ajoutai-je transporté par l’exaltation de mes pensées, modeste fille, toi que j’ai vue si douce et si craintive, si belle de pureté et de grâce ; toi que j’ai tenue dans mes bras avec des transports si vifs, mais si respectueux et si tendres, pourquoi redouterais-je de chercher auprès de toi ce bonheur dont seule tu m’as fait goûter les prémices et deviner les attraits?” C’est ainsi que, provoqué par l’outrage, l’amour renaissait dans mon cœur, s’y confondant avec la pure flamme du désintéressement, avec l’énergie des sentiments vrais et honnêtes.A ce vif essor succédait peu à peu quelque curiosité à l’égard de la personne qui en était l’objet, comme pour m’as-smer qu’au besoin ses manières et son éducation 11e se trouveraient pas trop en désaccord avec le vœu que je pourrais former d’obtenir sa main.C’est alors que diverses choses, que je n'avais point remarquées d’abord, se présentèrent à ma mémoire et que je m’occupai d’en tirer des inductions.Je revenais souvent à la blancheur de ses mains, dont aucun travail manuel ne paraissait avoir altéré la délicatesse ; je me rappelais avec plaisir que la fatigue de la chaîne, trop forte pour scs débiles bras, l’avait fait succomber sous le poids du malaise, comme si, accoutumée à une vie douce et tranquille, elle n’eût pu soutenir la rudesse d’un 92 LE COIN DU FEU travail pénible et grossier.Bien que très-inhabile à juger des détails d’un habillement de femme, le sien m’avait pourtant paru d’une élégance simple et gracieuse, et j’attachais un prix inestimable au souvenir qui me restait de ses jolis pieds, chaussés avec quelque recherche de petits brodequins d’étoffe grise, lacés sur le côté.Entrant ensuite dans sa demeure, j’en parcourais de nouveau tous les recoins, m’arrêtant à quelques meubles de prix, qui m’avaient paru être les débris d’une aisance passée et comme les indices d’une certaine élégance de mœurs.J’avais vu sur un fauteuil une mante en étoffe de soie noire, bordée d’une pelisse de même couleur, et ce vêtement, que j’avais jugé appartenir à la mère, me donnait de son air et de sa mise une idée de noblesse et de simplicité vénérable.Mais surtout je me souvenais qu’en cherchant du vinaigre mes yeux étaient tombés sur une table où, parmi des feuilles de papier éparses, j’avais remarqué quelques volumes proprement reliés, et dont le seul qui se trouvât ouvert dans ce moment était le poëme anglais Thompson sur les Saisons.Réunissant tous ces indices et les rapprochant du son de voix, de l’accent, des manières, et surtout de la craintive réserve de ma jeune protégée, j’arrivais par degrés à compléter d’une façon charmante l’image imparfaite qui m en était restée, et, satisfaisant aux exigences que l’éducation, des goûts et des habitudes aristocratiques m’avaient rendues comme naturelles, je me surprenais à l’aimer cent fois davantage.L’impatience de la voir devenait alors pressante, et je regardais avec anxiété l’aiguille de ma pendule, incertain si, malgré l’heure déjà si avancée, je n y porterais point sur-le-champ mes pas.Bientôt je me levai subitement c-t je sortis.V Dès que je me trouvai dans la rue, le calme du soir, l'heure, l’obscurité, le silence, achevèrent de rendre à mes sentiments tous les prestiges et la vivacité qu’ils avaient eus la veille.Je pris par les mêmes rues, afin de mieux repasser par les mêmes impressions, et je me trouvai bientôt dans le voisinage de la demeure où tendaient mes pas.Mais à mesure que j’approchais, une émotion qui m était peu ordinaire ralentissait ma marche, et, quand je fus entré dans l’allée, je m’arrêtai, incertain de nouveau si je voulais monter ou renoncer pour le moment à mon projet.Ce qui aurait dû m’y faire renoncer fut ce qui me porta à le poursuivre.M’étant avancé jusque dans la cour, je ne vis point de lumière au troisième étage; j'aurais dù en conclure que je ne trouverais personne; mais c’est justement cette chance qui, m’ôtant en partie mon embarras, m’encourageait à monter.J’y étais aussi engagé par un mouvement de curiosité, car cette obscurité avait contrarié mon attente.Il n’était que huit heures, et je ne pouvais supposer que les personnes que j’allais voir fussent déjà couchées.Je m’engageai donc dans l’escalier, avec un battement de coeur qui redoublait à chaque fois que je heurtais quelque chose dans l’obscurité, ou lorsque, m’arrêtant, je retrouvais le silence.A la fin, je parvins devant le seuil ; mais je n’osai frapper tout doucement à la porte qu’après m’être convaincu, par un long moment d’attente et d’examen, qu’il n’y avait probablement personne qui pût me répondre.A peine avais-je frappé, que, ma conviction me quittant tout à coup, je retins mon haleine, prêt à m’enfuir si j’entendais le moindre bruit ; mais rien ne se fit entendre.Alors je frappai moins doucement, ensuite plus fort, et, après avoir acquis ainsi la certitude que 1 appartement était inhabité en ce moment, je me hasardai à sonner .Aussitôt une porte s’ouvrit à l’étage au-dessous, et une lumière éclaira d’une faible lueur la place où j’étais.La personne ne bougeait ni ne parlait, et la lueur restait la même.Que devais-je faire ?Fuir dans les étages supérieurs?C’était me faire poursuivre et attirer sur moi la honte et le soupçon.Rester en place?Déjà une sueur froide m’en ôtait le pouvoir, et chaque seconde qui s’écoulait dans cette situation me paraissait un siècle d’angoisses.Descendre hardiment, je n’en avais pas le courage.Je me décidai à sonner encore.“ C’est lui ! ” s’écria une voix, et aussitôt j’eus devant les yeux la voisine qui m’avait insulté la veille.Le visage de cette femme respirait la fureur : “ Indigne, me dit-elle, et vous osez revenir?.Quelle impudence !.Votre manteau, n’est-ce LE COIN DU ELU 93 pas ?.Il est chez M.le pasteur du quartier.Allez l’y chercher.11 sait tout, et vous trouverez là à qui parler.” l’écoutais ces paroles violentes et entrecoupées avec plus d’étonnement que de colère : “ Madame, lui dis-je, j'ignore qui vous ôtes ; ce que je comprends mieux, c’est l’imprudence avec laquelle vous compromettez cette honnête enfant, en me calomniant moi-même.— Monstre ! interrompit-elle, je ne t’ai pas vu I .je n’ai pas vu ses pleurs !.Ce n’est pas moi qui ai recueilli votre minteau, resté auprès du lit!.— je ne vous entends pas, interrompis-je à mon tour : au surplus, je ne viens ni pour vous écouter ni pour recouvrer mon manteau.Si vous pouvez me dire à quelle heure je pourrai rencontrer cette jeune fille et madame sa mère, c'est la seule chose que je demande de voit-, — Ici, vous ne les verrez plus, et là où elles sont, ne vous avisez pas de le-; y chercher.Allez, malheureux, quittez cette maison, et que jamais on n'y entende plus parler de vous ! c’est la seule chose que je sois chargée de vous dire." En achevant ces mots, elle descendit en me précédant, et s’arrêta quelques instants sur son seuil, comme pour s’assurer que je m’en allais.Par une ouverture qui donnait dans la cour, j’aperçus dans ce moment plusieurs têtes qui étaient aux fenêtres, attentives à ce qui se passait.Comme ma surprise et surtout mon silence me donnaient presque un air honteux et coupable aux yeux de tout ce monde : “ Madame, dis-je à la mégère qui venait de causer ce scandale, je tiens, à cause des personnes qui nous écoutent, à ne pas taire mon nom ; je m’appelle Edouard de Vaux.Il se peut que cette jeune personne et sa mère apprennent à me mieux connaître, et j’y ferai mes efforts ; car je les respecte trop pour que je puisse supporter leur mépris : quant à vous, comptez sur le mien, dans tous les cas ; car, sans fondement quelconque et mue par la bassesse de vos propres sentiments, vous avez fait à cette jeune fille un tort peut-être irréparable.” Après ces mots, je descendis ; un profond silence me permettait d’entendre les chuchotte-ments des voisins que cette scène avait attirés vers leurs fenêtres.Bientôt je me retrouvai dans la rue.J’étais fort désappointé, bien moins cependant par l’injuste sortie de cette femme que parce que je n’avais point revu la jeune fille, et que, de plus, j’ignorais dés lors le lieu de sa retraite.Ne sachant auprès de qui m’en informer, et l’heure avancée m’ôtant tout espoir de pouvoir m'y présenter ce jour-là, je pris fort à regret le parti de rentrer chez moi.Néanmoins cet incident, loin de refroidir mes sentiments, leur avait, au contraire, prêté une force plus intime, et la fuite imprévue de ces deux dames m’avait frappé par quelque chose de mystérieux et de romanesque qui, tout en m'affligeant, ne déplaisait pas à mon tour d’esprit.Emu des alarmes de la mère, j’étais vivement impatient de les calmer ; et la fille, un instant fanée par le souffle impur de la calomnie, ne m’en paraissait que plus touchante.Comme c’était à mon occasion.je me sentais engagé à la protéger encore, et ce rôle, auquel ma conduite à son égard donnait quelque noblesse, flattait mon amour-propre et secondait le penchant qui m’entraînait vers elle.En rentrant chez moi, j’appris de Jacques qu’une personne m'attendait dans le salon depuis quelques instants.J’y entrai précipitamment, et un monsieur inconnu, qu’à son costume je jugeai aussitôt pouvoir être le pasteur qui avait mon manteau, se leva de devant le feu pour me saluer.“ Vous ignorez, monsieur, ce qui m’amène, me dit-il avec assez d’émotion, et je suis moi-même embarrassé de vous le dire.— Est-ce vous, interrompis je, qui êtes le dépositaire de mon manteau ?— Oui, monsieur.— En ce cas, monsieur, je sais ce qui vous amène, et je suis prêt à vous écouter.” Nous nous assîmes.“ Monsieur, reprit-il, je dois vous dire que je ne vous connais point, et (pie, sans votre manteau qui porte votre nom sur l’agrafe, je n’aurais pas même eu le moyen de venir vous importuner.Du reste, mon titre à me présenter chez vous ne repose que sur les devoirs qui me sont imposés, envers mes paroissiens, et je ne le ferai valoir qu’autant que vous le reconnaîtrez vous-même. 94 LE COIN DU FEU — Je le reconnais, lui dis-je.— Je vous parlerai donc avec franchise, monsieur, continua-t-il.J arrive ici prévenu contre vous par des apparences, par les propos d’une \oisine, et plus encore par la douleur d’une mère tespectable, qui voit, pour la première fois, le scandale et la médisance effleurer la couronne sans tache qui faisait le plus bel ornement et la seule richesse de son enfant.Mais je n’ignore Point que le scandale et la médisance n'épargnent pas les intentions les plus pures et les procédés les plus honnêtes, et je suis encore prêt à croire les vôtres tels.Seulement, monsieur, il m’importait, dans une chose qui intéresse le bonheur de deux personnes que leur isolement recommande plus spécialement à ma protection, de venir à vous, de vous parler, d’apprendre, si je le puis, quel danger elles ont couru ou peuvent courir encore.afin d’être mieux à même de les guider selon le bon sens et la vérité.Je vous l’avouerai encore, quelque coupable ou quelque imprudent que vous puissiez avoir été, je n'ai pas désespéré que les discours d’un vieillard désintéressé pussent vous détourner de faire le mal, ou tout au moins vous inspirer des sentiments de respect ou de pitié favorables à mes deux paroissiennes.— Monsieur, répondis-je aussitôt, je ne blâme ni vos motifs, ni vos prétentions; mais il me semble qu’un témoignage était encore préférable au mien, c’est celui de la jeune fille.Si cette enfant m accuse d’avoir manqué d’égards, si ses paroles déclarent autre chose que les soins respectueux que je lui ai rendus, si elles trahissent de ma part la moindre atteinte de sa pureté .qu’est-il besoin de venir à moi?Ne croiriez-vous pas plutôt au témoignage de cette modeste enfant qu’à celui dun homme que déjà les apparences accusent?Aussi, monsieur, tout en respectant vos intentons, je ne m’explique ni votre démarche ni le scandale qui la provoque.Encore une fois, j’en appelle à la jeune fille elle-même, et, si elle me condamne, j’accepte avec cet arrêt son mépris et le vôtre.Vos paroles, reprit le pasteur, respirent la franchise et 1 honnêteté, el de plus le témoignage que vous invoquez ne vous est point défavorable.Seulement il est incomplet; il est celui de l’inexpérience et de la candeur que l’on craint d’altérer par des questions indiscrètes.Cette jeune fille, ignorante de ce qu’on lui veut, troublée par ce qu’elle entend, ne sait que verser des larmes en attestant de vos soins honnêtes.Pour ma part, j en croirais avant tout le tact de son innocence.Mais vous convenez peut-être que vous auriez pu.même à son insu, manquer à la stricte honnêteté, et, quand un témoin oculaire vous dénonce et vient porter la terreur dans l’âme d’une mère que des apparences fâcheuses indisposent, vous ne devez pas trouver étrange ni dénuée de motifs la démarche que je fais en recourant à votre sincérité.Elle est pénible, je vous l’assure, cette démarche : suspecter la loyauté, la délicatesse, les intentions, opposer le doute aux dénégations d’une bouche honorable, c’est, sinon la plus cruelle, du moins la plus pénible tâche que puisse nous imposer notre ministère.— C’est vrai, monsieur, lui cis-je sèchement, loutefois, puisque vous balancez entre mon témoignage et celui de cette femme, je ne veux ni m’offenser ni me taire.Voici ce qui s’est passé.Mais, après que je vous aurai fait ce récit, je vous en préviens, monsieur, je ne supporterai de votre part ni doute ni incertitude.” Alors je lui racontai tous les événements de la veille, tels qu’ils sont connus de vous, lecteurs.Je ne lui cachai ni mon empressement ni ma tendresse ; car, si ces choses sont, pour une âme dégradée, des indices suspects, il eu est autrement des caractères nobles, pour qui elles sont le plus sûr garant de la pureté du cœur et des procédés.Il m'écouta avec intérêt, je crus voir plus d’une fois se peindre sur ses traits des signes de sympathie et d’approbation, je vis son regard m’absoudre et sa main prête à sabir la mienne .Aussi lorsque, après avoir fini mon récit, je le vis rester immobile et silencieux, j’en éprouvai une vive indignation, et j’étais prêt d’éclater en paroles insultantes, lorsqu’il reprit: “ Ne vous fâchez point.J’ai écouté votre récit; entre vous et cette femme je n’hésite pas.Pardonnez pourtant, si, faisant violence;! mes propres convictions, je vous refuse encore les paroles d’estime et de réparation que je désire vous devoir.Mais un autre témoignage plus fort, plus respectable, une personne intéressée à vous justifier, en cherchant tont à l’heure à vous disculper auprès LE COIN DU FEU 95 de moi, a plus fait pour ébranler cette conviction que n’eût pu le faire toute voix accusatrice.” J écoutais ces paroles avec une attente confuse, et le cœur agité des plus violents mouvements de colère, de mépris et de fierté.A“'1e ne veux r*en feindre, continua-t-il; Mlle S , la cousine de Mme de Luze, est ma parente ; ^ a Peu de jours que, consulté par sa famille, j’ai donné mon assentiment à son union avec un homme que, dans mon opinion, ses mœurs, son caractère, recommandaient mieux encore que son rang et sa fortune .à son union avec vous, monsieur.C’est votre parrain que vous aviez chargé de vos démarches, c’est lui aussi qui, tout à rheure, alarmé des conséquences que pourraient avoir les bruits que vous venez de démentir, et sachant qu’ils étaient parvenus à ma connaissance en même temps que ce manteau accusateur, est venu se faire auprès de moi votre défenseur.II avait vos aveux, il implorait mon indulgence, il me priait d’étouffer un scandale qui pouvait vous nuire, .1 me suppliait d’employer mon influence à vous détourner d’une honteuse liaison .Maintenant, mettez-vous à ma place; jugez vous-même combien la vérité est difficile à atteindre, même pour celui qui la cherche avec le plus de désir, et ne vous offensez plus de ce que vous ne rencon-tiez pas dés l’abord cette réparation pleine et facile que votre innocence pcutVous faire envisager comme un droit évident et sacré.” En proie à mille sentiments contraires et impétueux ; indigné contre mon parrain, dont l’âme trop peu élevée avait interprété mes paroles honnêtes comme les feintes honteuses du libertinage; possédé d’estime et de respect pour l’homme qui me parlait, et pressé de répondre à tout à la fois, je restai quelques instants en silence, dominé par une agitation qui peu à peu se calmait, à mesure que j écartais de ma pensée toutes les réponses qui n’auraient pas paru péremptoires ni satisfait aux exigences de ma fierté et de mon innocence, toutes deux outragées.A la fin, trouvant un langage : • Monsieur, lui dis-je avec autant de calme que pouvaient m’en laisser les émotions que je comprimais, vous ne m’offensez point.Quand un parent me flétrit à plaisir, pourquoi attendrais-je de vous une opinion honorable qu’il n’a pas lui-même?Mais j’ai de quoi détruire vos soupçons et rassurer vos scrupules .oui, monsieur, j’aime cette jeune fille .mais ce que vous ignorez, ce que mon parrain n a eu garde de vous apprendre, c’est qu’à cause d’elle je l’ai mécontenté; à cause d’elle j’ai secoué son joug, j’ai refusé son héritage, et quelque chose de plus flatteur encore, monsieur, la main de votre parente, l’alliance de votre famille .En agissant ainsi, je n’avais point encore arrêté mes vues sur votre jeune protégée ; mais aujourd’hui qu'elle est compromise, aujourd’hui que les propos envenimés des uns, les discours officieux des autres, sont parvenus à la flétrir, je demande sa main, je la désire, je la veux !.et c’était, avant votre venue, le seul projet de mon cœur.Vous aurai-je pour appui dans le désir que je forme?continuai-je d’un ton moins emporté; voudrez-vous être le porteur de nu demande?c est ce que j ose espérer de vous, monsieur, si, convaincu de ma droiture, vous me rendez enfin justice .i ” Alors il me tendit la main, non sans quelque attendrissement.“ Depuis longtemps, dit-il, je vous rends justice, mon jeune ami ; mon estime est à vous, entière, sinçére, et mon cœur s’émeut à ces vertueux transports, qui peut-être vous emportent trop loin .Je n’ai point mission de plaider ponr ma parente, et plutôt encore plai-deiai-je en mon nom qu’au sien, tant vous répondez à 1 opinion honorable que j'avais conçue de \ otre caractère ; mais c’est le sort de votre vie (pie vous décidez ainsi en un instant.Vous rejetez mille avantages.Vous répudiez une personne aimable et digne de vous .vous vous aliénez un parent.vous perdez une fortune qu’il vous destinait.et que tiouverez-vous en revanche?La vertu, sans doute, les grâces du corps et celles de 1 esprit ; mais une personne obscure et sans fortune, une enfant délaissée du monde que vous voyez, et que les préjugés vous défendront d’y produire .Au surplus, continua-t-il, à Dieu ne plaise que je veuille nuire à celles qui me sont confiées, et que je détourne d’elles un bonheur que peut-être la Providence tenait en réserve à leur infortune et à leurs vertus.Voyez vous-même, mon bon ami ; j’ai voulu vous éclairer, et non corrompre votre honnête énergie ; j’ai voulu non pas éteindre ces transports, mais y adjoindre la réflexion, qui seule peut les rendre sages.Que LE COIN DU EE U 96 si vous persistez dans ces généreux projets, ne craignez point que je laisse à d’autres le doux soin d’en porter l’annonce, d’en être l’appui fidèle, de vous vouer dès aujourd'hui une affectueuse •estime, et d'adresser à Dieu les plus ferventes prières pour une union formée sous d’aussi touchants auspices.” A ces mots, je me jetai dans ses bras, et.l'ayant embrassé, j’achevai de lui ouvrir mon cœur.Il put voir que mes réflexions avaient précédé les siennes, et que ma résolution, pour s’être formée fortuitement, n’en était pas moins fondée sur des convenances vraies et sur le désir de trouver dans des attachements et des devoirs un bonheur que m’avait jusque-là refusé une situation trop heureuse et facile.Bientôt, chassant tous ses scrupules, il finit par s’associer à mes projets avec tout l’entraînement d’un cœur chaud et généreux, et, comme il arrive lorsqu’une véritable sympathie a fait disparaître les distances d’âge,*de condition ou de rang, cet homme vénérable, à qui je parlais pour la première fois de ma vie, m'inspirait le respect d’un père et toute la confiance d’un ancien ami.C’est alors que je commençai à le questionner sur ces deux dames, qui, déjà si liées à mon existence, ne m'étaient pas même connues de nom.Il m’apprit que la jeune fille se nommait Adèle Sénats, et, je l’avoue, ce nom m’enchanta.Je suis très-sujet à trouver aux noms propres un air commun ou distingué, et, par un travers d’esprit dont je n’étais pas corrigé, j’aurais préféré mille lois un nom qui ne me déplût pas à des avantages réels de fortune ou de rang.Mais l’aimable nom d’Adèle, outre le charme que j’y attachais déjà, en prit un que les années n’ont pu détruire, parce que, gravé dès lors au plus doux endroit de mon cœur, il rallie à lui les dernières impressions de ma jeunesse et tout ce que j’ai pu goûter depuis de vrai bonheur.Mais tout, d’ailleurs, dans ce que m’apprit le pasteur, sans choquer aucun des préjugés qui me sont propres, redoublait mon ivresse et mon contentement.Le père de cette jeune fille était Suisse, ainsi que moi.Entré jeune au service de la marine anglaise, il était parvenu à un grade peu élevé, mais honorable, et, pendant son séjour en Angleterre, il y avait épousé la mère de mon Adèle.Ceci, en m’expliquant pourquoi j’avais vu sur la table le poème des Saisons, me semblait prêter à l’air de cette jeune fille cet attrait qu’ont d’ordinaire pour nous les femmes étrangères, et j'aimais à attribuer à son origine anglaise sont teint éblouissant, la mélancolique douceur de ses grands yeux bleus et l’aimable innocence de son front.Depuis quelques années, sa mère l’avait amenée en Suisse pour lui donner à moins de frais une éducation qu’elle envisageait comme sa ressource future, et, depuis la mort du père, arrivée deux ans auparavant, ces deux dames, réduites à vivre de la modique pension que la loi anglaise assure à la veuve d’1111 officier mort au service, étaient venues habiter la demeure oû le hasard m’avait conduit à leur rencontre.1 e là cts meubles élégants que j’avais remarqués, avec d’autres indices d’une condition jadis plus aisée.Toutes ces choses me ravissaient.“ Mais pensez-vous, lui disais-je, que ces dames ainsi prévenues contre moi voudront accueillir ma demande?.Pensez-vous que je saurai me faire aimer de cette jeune fille, pour qui les avantages de fortune que je puis lui offrir ne sont rien sans doute, et dont le cœur, rendu timide et craintif par la pudeur même, n’osera se livrer aux atteintes de l’amour?.Je sens que je n’ai de ressources et d’espoir qu’en vous, leur digne protecteur, celui qui peut seul, par le respect qu’il inspire, détruire les préventions de ces deux dames et leur faire agréer des vœux dont peut-être elles se défient.— C’est à quoi, me dit-il, je m’emploierai, mon jeune ami.Du reste, redoutez peu leurs préventions et davantage leur fierté.Aux premières clameurs de cette voisine emportée, mon soin le plus empressé a été de soustraire mes deux amies à son influence, tout en les dérobant à vos atteintes, si réellement je trouvais, après vous avoir vu, les propos de cette femme fondés.De cette manière, leurs préventions n’ont pu s’accroître, et mon témoignage, dont elles attendent tout, suffira à les rassurer pleinement.Mais elles ont l’orgueil de l’honnêteté pauvre : votre fortune, votre rang, supérieurs aux leurs, peuvent effaroucher leur fierté ; et les idées de la mère, que j’ai moi-même encouragées, ont toujours été de chercher le bonheur de sa fille dans une condition obscure, la seule dont LE COIN DU FEU 97 leur position leur laissât la chance, mais dont une éducation trop cultivée leur fermait peut-être le chemin.Car vous ne sauriez croire, ajouta-t-il pendant que mon cœur dévorait ses paroles, combien d’intelligence, de goût, de vraie parure de l’esprit, embellit les hôtes du réduit si simple que vous avez vu.Cette jeune tille, si timide et si inexpérimentée d’ailleurs, possède et cultive une foule de connaissances; elle s’est adonnée à la musique, au dessin, et à toutes ces choses elle apporte l’avantage d'une aptitude naturelle, et je ne sais quelle grâce remplie de sentiment.Sa mère unit â des qualités pareilles ce qu’y ajoutent l’expérience, les voyages, une vie bien employée, mais surtout cette aménité douce qui provient d’une sensibilité exercée aux épreuves comme aux joies du cœur.Aussi trouvé-je toujours un plaisir nouveau â les visiter.C’est l’endroit aimable de ma paroisse : je m’y oublie souvent,et je n’en sors jamais que je n’admire combien de grâces et d’agrément l’honnêteté, le travail, la culture, peuvent rassembler autour de ce petit foyer si voisin de la gêne et de la misère.” Cet entretien dura fort tard.Je le prolongeais par mille questions, ne pouvant me lasser d’entendre mon respectable ami me raconter ce qu’il savait des personnes qui m’inspiraient un intérêt si vif.Nous convînmes que dès le lendemain matin il se rendrait auprès d'elles ; que, selon la disposition où il les trouverait, il ferait les premières ouvertures, et que peut-être, pour répondre â mon impatience, il me rapporterait une réponse avant midi.Après cela, il se leva pour se retirer ; mais je voulus l’accompagner jusqu’à sa demeure, où je pris congé de lui, le cœur rempli d’affection, de joie et d’espérance.VI Te rentrai chez moi bien heureux et bien changé.11 me semblait que dès ce jour seulement je commençasse à vivre, et je pense encore aujourd’hui que c’était vrai ; car, si dès lors quelques traverses ont agité ma vie, je ne suis jamais retombé dans cet état de torpeur, fruit ordinaire d’une existence assurée et d’un avenir tout tracé, où le cœur est vide, où les facultés sont inactives, où l’esprit va se rapetissant et finit par se con- centrer sur les petits intérêts des salons, sur les frivoles préoccupations de la vanité.J’appartiens à une classe où cette situation est commune, de nos jours surtout, et, en voyant quel est le partage de ceux qui y demeurent, je sens que, si j’avais encore à choisir ma vie, â défaut de celle où j’ai trouvé le bonheur, je préférerais la gêne laborieuse, d’où naissent de l’activité et des efforts, à cette oisive opulence où j’ai végété durant la moitié de mes plus belles années.le m’étais, comme le soir précédent, établi à songer au milieu d’une agitation remplie d’un intérêt vif et puissant, comme il arrive en ces instants solennels de la vie, où l’on dit adieu au passé pour se porter tout entier vers une destinée nouvelle.Tantôt, assis et les regards fixés sur le feu, j’encourageais mes espérances de tout ce que je pouvais me rappeler d’affectueux dans les paroles ou dans l’expression de la jeune fille, et surtout de tout le poids qu’auraient auprès de ces dames les recommandations de mon ami : ou bien, regardant ces espérances comme accomplies, je me levais avec transport, je me promenais par ma chambre, et, anticipant sur les jours, sur les semaines, sur les années, je me peignais une félicité riante, â laquelle je faisais concourir mille charmants projets.Au milieu de ces songes, mes.yeux vinrent à tomber sur un billet à mon adresse, que, dans ma préoccupation, je n’avais pas remarqué, bien qu’il fût déposé en face de moi, sur la cheminée.A l’adresse, je reconnus aussitôt l’écriture de mon parrain, et je sonnai: “Quand est venue cette lettre ?dis-je à Jacques.— Pendant que Monsieur vient de sortir ; tnê-mement qu’il y a une réponse, qu’ils ont dit.— C’est bon.” J’ouvris la lettre avec un médiocre empressement ; la voici : “ Mon cher Édouard, “ Je veux bien tout oublier.En te quittant j’ai su ta fredaine, et que ton manteau y est resté.J’ai aussitôt agi auprès de qui de droit, et étouffé le bruit qui commençait à se répandre vigoureusement.Le plus pressé était d’amadouer M.le pasteur Latour, parent de ta future, et j’y suis parvenu.Rien n’est gâté. 98 LE COIN DU FEU Une fois que tu as avili cette fille, je pense que tout est dit de ce côté.Tu leur dois quelque dédommagement, et je m’en charge.Mais plus d'incertitude ni de délais.Nous terminons demain, et à ce prix (tu n’es pas bien à plaindre) tu retrouves l’héritage et l’ami ié de ton affectionné parrain.” La lecture de cette lettre me livra au plus violent emportement, et j’éclatai en insultes contre mon parrain, qui se dévoilait à moi comme un être sans cœur et sans moralité, dont la cynique parole profanait tout ce que je regardais comme pur et sacré.Je pris aussitôt la plume, et j’écrivis une réponse dont l’impétuosité méprisante était trop excessive pour 11e pas me surprendre moi-même quelques moments plus tard.Aussi je la déchirai pour en refaire une autre, puis une troisième, jusqu’il ce que, déjà plus calme, et venant à réfléchir que mon sort, qui devait peut-être se décider le lendemain, serait une éclatante réponse à son outrageante lettre, je finis par dédaigner de lui écrire, et je retournai, pour toute vengeance, à mes douces rêveries.Il était presque trois heures du matin lorsque je me mis au lit.J’espérais tromper par quelques heures de sommeil l’impaf'ence avec laquelle j’attendais le lendemain ; mais à peine fermais-je les yeux pendant quelques instants, et aux premiers rayons de lumière qui pénétrèrent dans mon appartement, je me levai pour m’habiller et pour attendre avec une impatience toujours plus vive.Les yeux fixés sur la pendule, je calculais l’heure à laquelle M.Latour devait se lever, se disposera partir, être en route, et enfin se présenter à ces danus.Arrivé à ce moment, je composais son propre discours de mille manières, selon la situation, le lieu, les dispositions où il rencontrerait ses deux amies ; puis, aidé de toute l’illusion du désir et de l’amour, je prêtais à l’expression de ma bien-aimée et aux paroles de sa mère un langage qui comblait mes vœux.A la fin, l’attente me devint insupportable, et je me décidai à sortir sur l’heure, pour aller à la rencontre de la réponse que devait m’apporter M.Latour.C’était dans sa propre campagne, à une lieue de la ville, que ce bon pasteur avait recueilli ces dames le jour précédent.J’en pris le chemin, par une matinée de décembre dont les impressions 11e sortiront jamais de mon souvenir.Le temps était doux, les chemins affreux.Un soleil pâle éclairait d une lumière argentine les champs sans verdure et les arbres sans feuillage, et la neige des montagnes brillait faiblement derrière une brume légère.Mais mon cœur réchauffait de ses propres feux cette nature glacée, et, comme attendri par l’espoir d’une félicité prochaine, il se peignait le bonheur et l’amour versant leurs dons jusque sur les moindres chaumières éparses dans les prés qui bordaient la route.Je me souviens que, m’étant assis pour attendre M.Latour, mes yeux s’arrêtèrent sur l'une de ces cabanes, presque ensevelie sous l’épais branchage des ormeaux, et d’où s’échappait une tranquille fumée.Je m’avisai de fixer mon sort sous cette humble chaume, j’y appelai mon amante, j'y arrangeai ma vie, et, animant insensiblement ces ombrages dépouillés du charme vivant de mes rêves, mon impatience, quelques instants trompée, laissait errer mes pensées autour de ce rustique asile.Quelquefois l’avenir donne aux songes du cœur comme l’air d’un pressentiment.Peu d’années après, c’est dans une retraite voisine de ce lieu que j’ai vu les miens se réaliser.Pendant que j’étais assis, un char qui parut à l’extrémité de la route me lit lever comme en sursaut et courir à sa rencontre.Je reconnus de loin qu’il était vide, et j’allais passer outre, quand l’homme qui le conduisait, après avoir ralenti le pas de son cheval, finit par s’arrêter, et me demanda si je n’étais point la personne que M.le pasteur Latour envoyait chercher .En un clin d’œil je fus dans le char, qui rebroussa rapidement.Aussitôt le trouble et l’émotion, succédant à l’impatience, m'ôtèrent toute présence d’esprit, en sorte que j’aurais donné tout au monde pour que le char m’emportât avec moins de vitesse.Bientôt j’aperçus la maison, située au penchant d’un coteau.On y arrivait par une côte rapide, ombragée de vieux noyers.Le cœur me battait avec force, et mes yeux cherchaient avec anxiété à reconnaître quelque mouvement alentour.Mais un silence tranquille planait sur cette retraite, et deux volets ouverts au rez-de-chaussée indiquaient seul qu’elle fût habitée.Cependant la côte tirait à sa fin ; déjà les haies, plus rapprochées, m’ôtaient LE COIN DU FEU 99 la vue des bâtiments ; j’apercevais un portail, et les aboiements d’un chien se confondirent tout à cou]) avec le lalentissement des roues qui atteignaient le pavé de la cour.Le char s’arrêta, et tout rentra dans le silence.Je venais de descendre lorsque parut M.Latour.Une dame d’environ cinquante ans s’appuyait sur son bras.Elle était mise avec goût et simplicité, te, malgré l’émotion qui troublait la sereine noblesse de son visage, son regard pénétrant et sensible, fixé sur ma personne, augmentait ma timidité en même temps qu’il gagnait mon cœur.Dans ces premiers instants, je ne sus rien lui dire ; elle-même gardait le silence ; mais le bon pasteur s’adressant à moi, “ Mon ami, me dit-il, j’ai présenté vos vœux à madame, qui a bien voulu en paraître touchée.C’est, je pense, tout ce que je pouvais faire ; le reste vous appartient, ou plutôt appartient à votre mérite, qui se fera mieux connaître par lui-même que par ma bouche.— C’est, dit alors la dame d’une voix émue, c’est d’une manière étrange, monsieur, que nous venons à nous connaître .Néanmoins, les paroles de M.Latour sont toutes-puissantes pour vous gagner mon estime, et je n’ai pas à repousser une demande qu'il appuie.Ma fille ne sait rien encore, mais je n’ai plus rien à lui taire ., et, une fois que j’ai donné ma confiance à votre caractère, je dois laisser le reste à son libre choix .Mais entrez, je vous prie .” J’étais trop troublé pour oser répondre ; toutefois, oubliant, dans l’expansion de mon cœur, cette retenue à laquelle se conforme la politesse qui se possède, je saisis la main de cette dame et j’y appliquai mes lèvres avec un transport auquel elle parut sensible.A peine j’avais lu ce mouvement sur son visage, que, déjà moins timide, j’avançais mon bras pour recevoir le sien et la conduire dans le salon.A ce moment je me sentis son fils, et mon cœur, exalté par le bonheur et la reconnaissance, lui vouait avec serment cette affection sincère dont j’ai tâché depuis de réjouir ses vieux jours.Dès que je fus entré dans le salon, la jeune fille me reconnût, et ses joues se colorèrent d’une vive rougeur; puis, me voyant soutenir le bras de sa mère, eUe reprit un air tianquille, et s’inclina pour me saluer.Elle se tenait debout, dans une atti- tude pleine de giâce et de modestie, attendant pour s’asseoir que les autres personnes fussent placées.“ J’espère, mademoiselle, lui dis-je, que vous ne vous ressentez pas trop des fatigues de cette soirée, à laquelle je dois l’avantage de vous connaître." Elle rougit de nouveau, et, pour chasser l’embarras que causaient ces souvenirs, je parlai de l'incendie.La conversation s’établit alors, mais froide et contrainte, comme il arrive lorsque les paroles ne servent qu'à voiler les préoccupations du cœur.La jeune fille seule, étrangère à ces préoccupations, se livrait avec abandon au plaisir d’écouter, et ajoutait quelques paroles timides à ces récits, qui captivaient son attention sans partage.Néanmoins cette situation, en se prolongeant, devenait gênante, et quoique déjà plus rassuré, les paroles de la da ne m’avaient laissé incertain sur ce que je pouvais hasarder de dire.A la fin, M.Latour, s’adressant à la jeune demoiselle : “ j’ai, lui dit-il, un vœu à former, inademoisel'e Adèle : c’est que mon ami, qui est aussi celui de madame votre mère, puisse un jour devenir le vôtre, — Vous savez bien, monsieur Latour, dit la jeune fille timidement, mais sans honte, que j’aime tous ceux qui sont chers à ma mère et à vous.” Je compris alors qu’elle ne se doutait point du motif de ma venue, et que son cœur ingénu n’avait pas pénétré le suis des paroles de M.Latour.“ Mademoiselle, repris-je aussitôt, la moindre affection de votre part est une faveur sans prix à mes yeux; mais pourquoi vous taire le vœu auquel j’attache toute ma félicité?.C’est le don de votre main que j’implore, c’est le bonheur d’associer ma vie à la vôtre, celui de trouver, avec une compagne tout aimable, une mère que déjà j’aime et je vénère comme celle que j'ai perdue!" Pendant que je m’exprimais ainsi, la jeune enfant, surprise, alarmée, jetait tour à tour un regard sur M.Latour, sur moi, sur sa mère.Celle-ci, sur le point de décider seule du sort d’une fille tendrement aimée, avait senti se rouvrir la blessure de son cœur, en sorte que, déchirée par les souvenirs du passé, soumise et tremblante devant l’incertitude de l’avenir, son regard implorait l’affec- 100 LE COIN DU EE U tion, l’appui, la pitié, et, cessant de se contraindre, elle laissait couler de ses yeux d’abondantes larmes.“ Maman, lui dit sa tille en se réfugiant auprès d'elle, pourquoi pleurez-vo ts?.J’aime monsieur, je vous suis soumise .dispose/, de moi pour votre bonheur ; là seulement je trouverai le mien .” Sa mère ne pouvait lui répondre ; mais, à la fin, ses alarmes cherchant en moi leur refuge, elle saisit sa main, et elle la plaça dans la mienne.Dès ce moment nous fûmes unis.La vraie candeur est confiante, un cœur neuf à l’amour se donne sans réserve; je trouvai intacts dans celui d’Adèle ces trésors que d’ordinaire le monde souille ou effleure, mais que la retraite embellit et conserve.Remarquable par son élégante beauté, remplie de grâces et d’agréments, douée de cette sensibilité qui, dans une fem ne, rehausse les talents et les connaissances, son finie généreuse et modeste ne connaissait d’autres plaisirs que ceux de l’affection et du dévouement; et, en même temps qu’elle semblait prodiguer les grâces de ses manières et de son esprit, je ne sais quelle pudique réserve donnait à ses moindres faveurs un charme plus profond, plus piquant mille fois que celui que d;s femmes aussi belles cherchent en Il fut convenu que ces dames achèveraient de passer l’hiver dans cette retraite que leur offrait le bonM.Latour.C’est là que chaque jour, pendant les rigueurs d’u 1 hiver glacé, je venais avec transport m’enivrer, auprès de cette charmante fille, de toutes les délices d’un amour chaque jour plus vif et chaque jour mieux partagé.Temps de félicité présente et de riant espoir! jours heureux de ma vie ! non comme tant d’autres plaisirs que les années emportent sans retour, vous n’avez point passé sans laisser d’aimab’es traces ; vous fûtes la brillante aurore de ce bonheur que je goûte aujourd’hui, et mon cœur, en rebroussant jusqu’à vous, n’a point à vous demander compte de douces promesses dont vous m’avez leurré ! Au printemps suivant.M.Latour nous maria dans l’église d’un village voisin ; heureux et fier d’une union qui fut l’ouvrage de sa prudence et de son désintéressem jnf, il est demeuré notre plus constant ami.Jacques m’a accompagné dans ma condition nouvelle, et mon parrain, mort deux ans après sans m’avoir pardonné, a partagé ses biens entre des parents moins fortunés que moi.Je finis, lecteur; m'aurez-vous suivi jus pi’au boat ?Pour moi, je me le suis figuré, et c'est pourquoi j’éprouve tant de regret à vous quitter.Toppfer.vain dans les calculs de la plus adroite coquetterie.Fin.Solutions.ENIGME No.IL —CRIME.RIME.Enigme No.III.Sans mon premier pour tous la vie est impossible, De mon second l’on craint les accès bien terribles; Mon tout, dans le chagrin ou dans l’adversité, Nous aide à renforcer notre esprit accablé.M.Lamerre a épousé Mlle.Lepère; de ce mariage naquit un fils qui est devenu le maire de sa commune.Monsieur, c’est le père ; madame, c’est la mère, les deux font la paire.Le fils est le maire Lamerre.L.cpire, quoique père, est resté Lamerre; mais la mire, avant d’être Lamerre était bien Lepère.Le père est donc le pire sans être Lepère, miisqu’il est Lamerre, et la mère est Lamerre, étant née Lepère, mais n’a jamais pu être le maire.Le père n’est pas la mère, tout en étant Lamerre.La mère meurt, Lamerre, qui est h père, et qui n’a jamais été Lepère, pas plus qu’il a été le père de la mère du maire, le père, dis-je, devenant veuf, la perd, et le père Lamerre, ainsi que le maire Lamerre perdent la tête et moi aussi.Conversation entendue entre deux fonctionnaires publies : — Voyez - vous .j’y ai beaucoup réfléchi .le meilleur moyen pour gagner de l’argent, c’est de rester honnête I.—C’est un système !.On trompe les autres 1 TOUSSEZ-VOUS?Depuis un JourI Une Semaine I Un jVIois ! 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