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Titre :
Bulletin des recherches historiques : bulletin d'archéologie, d'histoire, de biographie, de numismatique, etc. /
Éditeur :
  • Lévis :Pierre-Georges Roy,1895-1968
Contenu spécifique :
novembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
quatre fois par année
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Bulletin des recherches historiques : bulletin d'archéologie, d'histoire, de biographie, de numismatique, etc. /, 1938-11, Collections de BAnQ.

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LE BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES VOL.XLIV LÉVIS, NOVEMBRE 1938 No 11 QUE PENSER DES FRÈRES KIRKE ?Le 14 avril 1938, un hebdomadaire de Montréal, Le Samedi, répondait à la question suivante : Q.— Les trois frères Kirlce, qui s'emparèrent de Québec en 1629, n'étaient-ils pas des huguenots français ?Avaient-ils le droit de venir attaquer la petite capitale canadienne ?R.— On a été longtemps sur l'impression que les frères Kirke étaient de nationalité française et qu ils avaient passé au service de l’Angleterre ; or, il paraît qu’ils n’étaient pas français, ni huguenots.Il est prouvé, par 1 acte de sépulture de leur père, Gervais Kirke, marchand de Londres, qu ils étaient originaires du Derbyshire, en Angleterre, et qu ils appartenaient à l’église établie de la Grande-Bretagne On dit que leur mère, Elizabeth Goudon, était née à Dieppe.Quant à leur expédition contre Québec en 1629, disons qu'elle portait l’autorisation du roi d Albion, alors en guerre avec celui de France, et que, par conséquent, les kirke accomplirent là un acte légitime de belligérant.On ne peut les en blâmer.Cette solution du problème Kirke n était pas nouvelle en 1938.Est-elle définitive ?C'est ce que nous voudrions étudier ici (l).(1) Nous remercions le R P.Melançon, archiviste du Collège Stc-Marie de Montréal pour la collaboration qu'il nous a donnée dans la rédaction de ce travail. I 322 Les limites du sujet Nous ne nous arrêterons pas à 1 orthographe du nom de nos personnages, qui s’écrit de sept façons au moins : Kcr, Quer, Kerth, Kearke, Kirk, Kirke.Nous n’avons pas besoin de savoir s’ils sont anglicans ou huguenots (2), si la famille est d’origine écossaise ou anglaise (3) ; leur sort après 1632, sort triste ou glorieux, ne nous intéresse pas ici.Au moment où ils attaquent la Nouvelle-France, en 1628, où ils s en emparent, en 1629, sont-ils sujets du roi de France ou du roi d Angleterre ?La question n’est pas sans importance ; car si les Kirke sont Français de nation, leur conduite doit être flétrie comme une trahison ; s’ils sont Anglais, ils doivent être jugés par l’ensemble des droits et coutumes regardés comme légitimes quand deux pays sont en état de guerre, comme c’était ici le cas (4).’ Les principes de solution Si nous possédions des biographies sûres et détaillées de nos personnages, la tâche serait à la fois plus facile et plus courte.Mais, à notre connaissance, pareils ouvrages n’existent pas.Personne, croyons-nous, n a songé à relever — en admettant que la chose soit possible — l’acte de naissance des Kirke.Personne ne nous apprend avec certitude en quelles circonstances, a quelle époque précise, ils sont entrés au service de 1 Angleterre.Force nous est donc de nous en tenir aux faits et documents, contemporains des événements, documents privés ou documents officiels.Le lieu de naissance des Kirke ; ses conséquences A la page 206 de son ouvrage The first English Conquest of Canada, Henry Kirke nous donne l’acte de sépulture de Gervais Kirke, père de David, Thomas et Louis.On v apprend que Gervais Kirke, originaire du Derbyshire, avait P liirnn^an^ B «Ivmisfes ou de quelque autre Religion plus libertine», écrit le 0ueL !nr lè fin i B"“" K’,a"0"' dcJ632' Dans Gwwtfc Provinces, II, 400, i I est affirmé que sur la fin de sa v,c au moms, Dacid K,rke était anglican.était nricrinain a ^•de G.£Vais Kirkc- Pèrc dcs aventuriers, affirme que la famille c ait originaire du Derbyshire.The first English Conquest of Canada, 206.Champlain écrit ÊKCTft TviS: ' “* fi—i -i - fi».«.¦ (4) Siège de la Rochelle, 1627-1629. 323 — épousé Élisabeth Goudon, de Dieppe, qu’il avait vécu en France « the most part of forty years », qu'il avait eu cinq fils et deux filles ; que l’aînée des filles, Élisabeth, avait marié un Dieppois, Jacques Greteuelo, que la dernière de la famille, Marie, avait alors (1629) 10 ans.Il n’est pas dit expressément que les enfants sont nés à Dieppe, mais tout nous porte à le Croire.Et personne n’a osé taxer d’erreur le P.de Charlevoix qui, écrivant 130 ans avant Henry Kirke, et ignorant le document dont nous parlons, affirme sans broncher : « David Kerth, natif de Dieppe (3)- » Douglas Brymner, conservateur des Archives du Canada et le juge Prowse, historien de Terreneuve, affirment également que les Kirke sont nés à Dieppe (6).A notre connaissance d'ailleurs, ce point n’est pas controversé.Cependant, de ce fait les historiens n'ont pas toujours tiré des conséquences légitimes.Et, ce n’est pas sans étonnement que dans une collection aussi sérieuse que Canada and its Provinces, collection publiée sous la direction d’Adam Shortt et d’Arthur Doughty, on lit des phrases comme celles-ci : « David Kirke, though born at Dieppe of a French Mother, had for father Gervase Kirke, a merchant of London who went at an early age to the metropolis from Greenhill in Derbyshire, was, contrary to the common opinion, not a Huguenot, but in his later life at least, a staunch adherent of the Church of England ard a great admirer of Archbishop Laud.These family details, brought to light bv Henry Kirke in The first English Conquest of Canada, vindicate David from the charge of treachery to France, since his allegiance seems to have been by blood a divided one (7).» Et, sans doute, nous admettons que les circonstances de famille et de religion puissent atténuer, jusqu’à un certain point, chez David Kirke, la faute morale personnelle.Mais, nous n’examinons pas ici la conscience des Kirke ; nous examinons le fait objectif et brutal ; fait brutal de trahison qui n’existe même pas, si on en croit le même ouvrage, où David Kirke est introduit comme « an English Captain (8).» (5) Histoire et Description finirait de la Nouvelle France, édition de 1744, I, 165- (6) Brymner dans Report on Canadian Archiva, 1884, p.XII.Gcrvais Kirke, père des aventuriers s'était établi à Dieppe, « where he married and where his children were born».Prowse, dans A History of Newfoundland, MrcMillan, Ncw-Ycrk, 1895, p.148 : « Kirke (David) and his brothers, Lcuis and Thomas, were born in Dieppe.» (7) T.II, p.400.(8) Ibid., p.324. 324 Nous allons nous permettre de ne pas partager l'opinion des auteurs de Canada and its Provinces.Pour nous, David Kirke n’était pas un capitaine anglais.Nos arguments 1.C’est d’abord la conséquence du fait admis par tous les historiens, par nos adversaires eux-mêmes : la naissance en terre française des Kirke.Sous l'Ancien Régime, en effet, quiconque naissait en France était sujet français.Dans le Répertoire général alphabétique du droit français, direction Fuzier-Herman, Paris 1901, voici ce qu’on peut lire au mot Nationalité : « L’enfant prend alors (i.e.à l’époque féodale) jure soli la nationalité du pays où il est né.Sous ce régime, c’est la terre qui détermine la condition de la personne.L'enfant est l’homme du Seigneur sur la terre duquel il est né ; plus tard, avec les progrès de la royauté, il est sujet du roi lorsqu'il est né dans son royaume.Il y trouvait, du reste, un certain intérêt, car il échappait de la sorte aux déchéances qui frappaient les aubains.» « Ce principe est resté en vigueur pendant toute la durée de notre ancien droit.En conséquence, tout individu né en France était Français, soit que ses parents fussent eux-mêmes Français ou étranger.« Les citoyens, les vrais et naturels Français sont ceux qui sont nés dans l’étendue de la domination française.La seule naissance dans ce royaume donne les droits de naturalité, indépendamment de l'origine des père et mère et de leur demeure (Pothier, Tr des personnes et des choses, no 43 et 43)- (9) » Il reste que sujets français par naissance, les Kirke auraient pu devenir sujets anglais par la naturalisation.Or aucun historien, à notre connaissance, n’a osé soutenir cette affirmation ; aucun document connu ne permet de le faire.Au contraire, les faits et documents que nous allons étudier sont des faits et documents à la charge des Kirke.2.J emprunte le premier fait à l’ouvrage de Henry Kirke.Voici ce qu’il écrit à la page 66 : (9) ^ est à M• Maréchal Nantcl, conservateur de la bibliothèque du Barreau de Montréal, que nous devons 1 indication de cet auteur et la communication de ce texte.Nous sommes heureux de l'en remercier ici. 325 « Great was the fury of the French King and counsel when the news of this disaster (il s’agit de la défaite de de Roquemont aux mains des Kirke, en 1628) arrived in Paris ; the merchants w'ho had become associates (Compagnie des Cent-Associés) in the New Company were clamorous for revenge ; and in a solemn Council held by the King, Captain David Kirke and his brothers were declared public enemies, and were condemned to be burnt in effigy.On the same day, amidst the tolling of bells, three stuffed figures, representing David, Thomas and Lewis Kirke, were carried in procession through the streets of Paris, and then burnt to ashes in the Place de Grève, amidst the yells of an exulting populace.» Nous comprenons fort bien l’irritation des Cent-Associés devant la lamentable et désastreuse défaite de de Roquemont.Mais cette scène solennelle du Roi en son conseil, décrétant les Kirke ennemis publics, cette procession dans les rues de Paris, d’une foule, qui, au son des cloches, hurle sa rage et brûle en effigie les Kirke, tout cela nous paraît dénué de sens, si les Kirke sont sujets anglais.Car, ne l’oublions pas : la France et l’Angleterre sont en guerre.Ce ne sont pas seulement quelques capitaines, ce sont tous les Anglais qui sont des ennemis publics et le Roi n’a pas besoin de le signifier en son Conseil.Quant à la défaite de de Roquemont, pour pénible qu’elle soit, elle est au nombre des événements auxquels peut et doit s’attendre, de la part de son ennemi, un pays en état de guerre.Mais si les Kirke sont Français, on comprend fort bien l’intervention personnelle du Roi.C’est à lui qu’il appartient de déclarer que trois de ses sujets sont devenus des ennemis publics, des traîtres ; c’est à lui qu’il appartient de les juger ; et puisqu’ils ne sont pas là en personne, pour subir le juste châtiment de leur crime, qu’on les brûle, du moins, en effigie.L’éclat extérieur donné à cette décision royale aura pour effet, et c’est bien ce que l’on désire, de maintenir dans la fidélité ceux des rebelles français qui hésitent encore, mais qui ne voudraient pas voir attachée à leur nom la qualité de traître, ni en subir les conséquences.3.Notre deuxième argument n’est pas moins révélateur.Le 12 juin 1631, c’est-à-dire à l’époque où se poursuivaient les négociations qui devaient aboutir au traité de Saint-Germain-en-Laye, Charles 1er, roi d’Angleterre, écrit — 326 - àson ambassadeur de Paris, sir Isaac Wake.Un passage de cette lettre vient immédiatement à notre sujet ; nous en donnons la traduction française, telle que nous la trouvons dans Tanguay, traduction qui nous paraît exacte : « Un autre point reste aussi à résoudre quant à l’obligation imposée à nos sujets de sortir du Canada et d'autres lieux ; c’est que la révocation soit faite de tous les actes publiés en France contre ceux qui ont été engagés dans cette entreprise, particulièrement contre les trois frères Kirk, ainsi que nous l’avons demandé autrefois au sujet du baron de la Tour et son lils, avec lesquels sir William Alexander avait traité, ce qui fut jugé raisonnable par les ministres du roi, et ce sur quoi il faut encore insister (10).» On 1 aura remarqué : Charles 1er qui connaît l’existence d’actes publiés en France contre les Kirke n’en attaque pas la légitimité.Il ne réclame pas un droit, il demande une faveur.A 1 occasion du traité de paix qui s’élabore, en ce moment, où, 1 essentiel étant sauf, les puissances sont portées à se faire des concessions mutuelles, il demande tout simplement la radiation de ces actes.Or, quels sont ces actes ?C’est d’abord la décision du Roi en son conseil déclarant les Kirke ennemis publics et les traitant comme tels.Viennent ensuite les « Lettres Patentes de commission du Roy portant l’établissement des Juges ordonnés pour informer contre tous ceux qui adhèrent aux Anglais et aux sujets rebelles tant de la Rochelle que d’autres et procéder à la confiscation des biens meubles et immeubles des dits rebelles », 22 octobre 1627 (11).Enfin à la date du 15 décembre 1628 « Declaration du Roi contre ses sujets de la R(eligion)P(rétendue(R(éformée) qui demeurent engagez dans la rébellion les déclarant criminels de lèze majesté au premier chef et indignes de toutes grâces et miséricordes, à moins de faire leur soumission dans le dit temps (12).» Pas un instant, Charles 1er ne met en doute la validité de ces actes, ni la validité de leur application aux Kirke.Il en demande tout simplement l’abolition.Et sur quoi se base-t-il pour obtenir cette grâce ?Il se base, à la méthode anglaise, sur un précédent.Et quel est ce précédent ?Celui de (10) Atratmhsngùtru, pp.20-25.Le paragraphe que nous citons, p.24.Texte anglais la lettre de Charles 1er dans Rtport on Canadian Archiva, 1884 nr>.LX-LXII (11) Mrnurt François, T.XIV, 1627-1628, p.149.’ (12) Mcrcuri François, T.XV, 1629, p.28. — 327 — du baron de la Tour, dont la nationalité française ne fait pas de doute, et dont la loyauté au roi de France est pour le moins douteuse (13).Et voilà donc dans un document, émanant des légistes anglais qui l’ont rédigé et de Charles 1er qui l’a signé, les Kirke, assimilés au baron de la Tour.Dès lors, que dirons-nous?Si les Kirke sont sujets anglais, il faut conclure que Charles 1er les a trahis, qu'il a manqué gravement à son devoir en ne les défendant pas avec plus d’énergie, en n’exigeant pas une solennelle réparation d’honneur ; qu’il a été mauvais politique, en ne se basant pas sur la légitimité de leur conduite pour obtenir des conditions de paix meilleures.Mais si les Èirke sont nés à Dieppe, tout s’explique.Car le droit anglais regarde non pas comme particulier à tel ou tel peuple, mais comme principe de droit général l’acquisition de la nationalité par la seule naissance dans un pays.« Nemo Patriam in Qua natus est exuere nec Ligeantiæ debitum ejurare possit.» Tel est le principe qui se traduit ainsi en anglais : « A man cannot abjure his native country nor the allegiance which he owes to his Sovereign.» Et encore : « The natural-born subject of one prince cannot, by any act of his own, not even by swearing allegiance to another, put off or discharge his natural allegiance to the former.» Origine propria neminem posse voluntate sua eximi mani-festum est (l4).» En vertu de ce principe, le droit anglais regarde comme sujet anglais tout homme né en Angleterre, même s’il a prêté serment d’allégeance à un souverain étranger ; mais c'est aussi le même principe qui ne permet pas de regarder comme de nationalité anglaise, un homme né en France, son père et sa mère fussent-ils d’origine britannique.(13) « Claude de La Tour, pcrc, avait été pris l’année précédente, par la flotte de Kcrtk.Il revenait de France pour rejoindre son fils dans l’Acadie.Emmené en Angleterre comme prisonnier, il laissa ébranler sa fidélité envers son souverain, et il épousa une dame anglaise de haute condition.Cette alliance lui imposa une espèce d'obligation d’engager son fils à remettre son fort en l'obéissance du roi d’Angleterre; ce qui lui réussit fort mal : car le jeune La Tour résista courageusement à toutes les suggestions et même les attaques de son père (Denys, t.I, p.68 et suivantes).» Les voyages de Champlain, édition Laverdière, T.VI, 314, note.(14) Broom-Byrnc : A selection of Legal Maxims, classified and illustrated, by Herbert Broom, LL.D.The ninth edition by W.-J.Byrne.Londres 1924.C'est encore à la courtoisie de M.Maréchal Nantcl que nous devons la communication de ce texte. 328 3 Dans 1 édition de ses voyages, Paris 1632, Champlain parle évidemment des Kirke.jamais le mot de traître ou de trahison n’apparaît sous sa plume.A première vue, il semble identifier parfaitement les Kirke avec les Anglais.« Depuis que les Anglois eurent pris possession de Québec écrit-il tristement, les jours me semblaient des mois.» Et plus bas : « Lesdits Anglois s’estant ainsi saisis du pa is.(13).» Deux passages seulement méritent de retenir notre attention.« Louis Quer, écrit Champlain, étoit courtois, tenant toujours du naturel François et d’aimer la nation, bien que fils d un Écossais qui s estoit marié à Dieppe, il désiroit obliger en tant qu il pouvoit ces familles et autres François à demeurer, aymant mieux leur conversation et entretien que celle des Anglois, à laquelle son humeur monstroit répugnance (16).» Il ne faudrait pas exagérer l’importance de ce texte, nous semble-t-il.Champlain affirme bien que Louis Kirke a du sang français dans les veines, qu’il aime la nation, qu’il a une véritable propension pour les Français.Cependant, quand il ajoute : « bien que fils d'un Écossais qui s'estoit marié à Dieppe », il ne veut pas insister sur la nationalité française de ce personnage.Dans le second texte, d’un maniement délicat, nous le reconnaissons, si le mot de trahison n’y est pas, la chose est clairement affirmée.Champlain ne fait que rapporter les paroles d un autre.Il s’agit de Jacques Michel, natif de Dieppe, traître authentique, et qui donne libre cours aux sentiments de haine qu’il éprouve envers ses chefs, les Kirke., .On est à Tadoussac, été de 1629, en attendant le départ définitif pour 1 Europe.Et voilà que « ledit Jacques Michel estant saisi d un grand assoupissement, fut trente cinq heures sans parler, au bout duquel temps, il mourut rendant 1 âme.» Entre ce long assoupissement et la mort, il y eut au moins une journée, non pas de répit, mais de dépit : (15) Edttion Laverdière, T.VI, p.248.(16) Ibid., p.249. — 329 — « Car le jour précédent, il avoit tellement juré et blasphémé le nom de Dieu que j’en avois horreur, faisant mille sortes d’imprécation contre les bons Pères Jésuites, et des habitans de S.Malo.11 se plaignoit aussi de l'arrogance insupportable de son General, pour un marchand de vin qu’il avoit été à Bordeaux et à Coignac, et cogneu ignorant la mer.Car outre mes appointements, ils dévoient me donner recompense, ce qu’ils n’ont faict ; m’ont refusé le commandement d’un de leurs vaisseaux pour mon fils.» Entre autres accusations dont Jacques Michel charge la réputation des Kirke, il y a celle-ci : « j’ay laissé ma patrie, comme ils ont fait, pour servir un estranger (17).» Certes, il faut tenir compte de l’état d’âme dans lequel se trouve Jacques Michel.Sa rage est immense, elle va jusqu’au désespoir, il nous le dit lui-même : « jamais ie n’auray l’âme bien contente, ie seray en horreur à tout le monde, sans espérance de retourner en France, l’on a fait mon procez, ainsi qu’on m’a dit, mais puis que l’on me traitte de toutes parts comme cela, c’est me mettre au desespoir et faire plus de mal que ie n’ay fait, ne pouvant que perdre la vie une fois, mais ie la puis bien faire perdre à beaucoup si l’on me desespere, tous ces discours ne se passoient pas sans iurer (18).» Cette rage de Jacques Michel va-t-elle jusqu’à lui faire inventer de toutes pièces tous et chacun de ses griefs contre les Kirke, qu’il connaît de vieille date et avec lesquels depuis deux ans au moins, il sillonne les mers ?Nous ne voudrions pas l’affirmer.11 possède, semble-t-il, l’usage encore normal de ses facultés ; il y a de la logique dans son discours, et Champlain ne croit pas inutile de discuter avec lui.Et puis, si l’accusation est fausse, comment admettre que Champlain qui n’était pas obligé de le faire, et qui ne pouvait le faire qu’en manquant gravement à la charité, l’a pourtant insérée, sans aucun correctif, dans un ouvrage qui paraît avec privilège du Roi l’année même où est conclu le traité de Saint-Gcrmain-en-Laye ?C’était bien le temps le moins convenable pour créer un nouveau « casus belli » en accusant de trahison des sujets de Charles 1er, si les Kirke sont Anglais.Or, l’histoire ne fait mention d’aucune protestation, ni de la part des Kirke, ni de la part du gouvernement anglais.(17') Ibid., p.286.(18) Ibid., p.286. 330 — A notre avis, Champlain, qui faisait de l’histoire, non de la controverse, s'est gardé de porter l'accusation lui-même et en son nom.Mais, si après l'avoir recueillie de la bouche de Jacques Michel, il la répète, c’est qu’il y ajoute foi, c’est qu’elle est vraie.Et qui sait si, féal sujet par excellence, Champlain n’a pas voulu par là nous donner la juste mesure de ses sentiments pour les Kirke, en les faisant convaincre de trahison par un traître ?4.Nous ne sommes pas encore au bout de nos arguments.La même année, 1632, nous retrouvons la même chose sous la plume d’un auteur consciencieux, le P.Paul Lejeune, S.J., et dans une publication sérieuse, largement répandue en France : Le Mercure François.On sait que la lettre du P.Paul Lejeune à son Provincial de Paris, datée 28 août 1632, « du milieu d’un bois de plus de 800 lieues d estendue, à Kébec », et qui sous le titre de « Brieve Relation .» ouvre la série ininterrompue des Relations des Jésuites, parut également dans le Mercure François.Peu importe que le document paraisse ici sans nom d’auteur, puisque nous le connaissons avec certitude ; peu importe que l'éditeur du Mercure.qui, apparemment ne manquait pas de copie, abrège le récit.L’essentiel y est : Le P.Lejeune a vu la triste condition de Québec, au printemps de 1632, il y rencontre Thomas Kirke, et voici ce qu’il ne craint pas d’écrire : « Le lendemain, on envoya sommer le Capitaine Thomas Ker, François de nation, né à Dieppe, qui s’est retiré en Angleterre, et qui avec David et Louis Ker, ses frères et un nomme Jacques Michel aussi Dieppois, tous huguenots, s estoient venus jetter sur ce pauvre pays, où ils ont fait de grands dégâts, et empesché de très grands biens (19).» Lisons maintenant la suite de ce texte dans la Brieve Relation.: «Ce pauvre Jacques Michel plein de mélancolie, ne se voyant point récompensé des Anglois, ou plus tost des François reniez et anglisez, comme il pretendoit (20), pressé en outre d un remords de conscience d’avoir assisté ces (19) Mercure François, 1632, p.66.(20) Phrase mal construite.La pensée du P.Lejeune sur les Kirke étant assez connue par ailleurs, il taut lire : « ne se voyant pas récompensé, comme il prétendoit, des François reniez et anglisez.» r — 331 nouveaux Anglois contre ceux de sa patrie, mourut subitement quelque temps après la prise de ce pays.Il lut enterré à Tadoussac (21).» Et plus bas : « Dieu sçait si nos François furent joyeux, voyant desloger ces François anglisez (22).» Ainsi, sur la nationalité française des Kirke, le P.Paul Lejeune n'a pas le moindre doute.Et ce qui donne à son témoignage une valeur exceptionnelle, c'est qu il était parfaitement bien placé pour savoir.De 1630 à 1632, date de son départ pour le Canada, il fut Supérieur de la résidence des Jésuites de Dieppe.Les Dieppois restés fidèles au Roi de France ressentaient alors lourdement l'injure attachée au front de leur ville par la rumeur publique.N éta'ent-ce pas trois des leurs qui, actuellement, occupaient au nom du roi d Angleterre, une colonie hier encore française ?Ils avaient tout intérêt à se laver de cette honte, à clamer bien haut que les Kirke étaient sujets anglais.S’ils ne 1 ont pas fait, c est que, évidemment, ils ne pouvaient pas le faire.Aussi, est-ce en pleine connaissance de cause que le P.Lejeune nous présente les Kirke, avec un réel dégoût, comme des « François anglisez ».La vaste publicité donnée par le Mercure François et la Brieve Relation aux tristes exploits des Kirke a-t-elle provoque des protestations indignées, des réparations d honneur .L’histoire, à notre connaissance du moins, ne le rapporte pas.Et d’ailleurs, si le fait de la trahison n avait pas ete alors notoire, le Provincial des Jésuites de Paris, homme, par sa profession, charitable et prudent, aurait-il livré au gran public un écrit qui, dans la pensée de son auteur, le P Lejeune, lui était probablement personnel ?Résumons-nous : nous sommes en présence de quatre témoignages distincts, indépendants, témoignages dont on ne peut suspecter ni la sincérité ni la science et qui pourtant nous mènent à la même conclusion : pour le roi de France comme pour le roi d'Angleterre, pour Champlain comme pour le P.Lejeune, les Kirke sont Français de nation.Nous l'avons déjà dit et nous le répétons : nous ne nous prononçons pas sur le degré de leur culpabilité personnelle.Mais nous le demandons sincèrement : les actes qu ils ont poses en 1628 et en 1629 ne sont-ils pas des actes de trahison ?(21) Vitiations Jts Jisuûts, Édition de Québec, T.I, p.8.(22) IM. L opinion nouvelle Four être complet, il nous faut indiquer comment s'esc formée cette opinion, qui contredit l’enseignement de nos premiers historiens, Charlevoix, Bibaud, Garneau, Ferland et que, pour cette raison, nous appelons l’opinion nouvelle.En 1871, paraissait a Londres un ouvrage qui avait pour litre .The first English Conquest of Canada.L auteur, sir Henry Kirke, se réclamait mieux informé, il ne s en serait peut-être pas vanté — de valeureux ancêtres : nos Kirke.Nous aurions tort de nous laisser éblouir par le titre de Maître-ès-Arts d’Oxford qu’affiche ici l’auteur.A Oxford, comme ailleurs, il y a des Maîtres-ès-Arts qui sont de piètres historiens.Tel parait être, en particulier, le cas de sir Henry Kirke.Voyons un peu et examinons par nous-mêmes quelques-unes de ses affirmations, prises au hasard.F) après lui, ce n est pas en 1615, comme nous l’apprend 1 histoire vraie, mais en 1612 que les Récollets arrivèrent au Canada (23).Son récit des origines de la Compagnie des Cent-Associés est de la plus haute fantaisie.Écoutons-là, elle est amusante et n a guere besoin de réfutation : « The Duc de Ventadour, in 1622, having taken Holy Orders, accepted the Office of Viceroy of New France, solely with the view of converting the savages, and for this purpose he sent Jesuits to Canada.This was a great mortification to the Recollects (24), so that incessant bickerings a u 4uarre‘s arose between them and the Roman Catholics, which came to such a pass as seriously to retard the infant colony.To put an end to these disturbances the Cardinal Richelieu established the Company of New France.This ompany, consisting of three hundred associates (25), engaged to send three hundred tradesmen (26) to New France, and to supply all those who settled in the country with lodging, food, and clothing for three years, after which they would grant to each workman sufficient land to keep him, with r•!” F,n' Enduh Conquit! of Canada, p.48.Frère sü Sillt.quc '“Jésuites vinrent au Canada à la demande des Rccollets.C'est le Htoùr.L çi,“édition Tr o s s, 'ï" U " p.*7 R*-863 " ° “S Pr°P°samcs Ies RR PP' ->ésuit" ' 28' n.Onnr H t*U' S?U,!*n0ns-, ,P s a8'f> en effet, de la Compagnie des Cent-Associés.Î00 marchands C » lrke a'M' 'u que les Cent-Associés devaient faire passer au Canada lit-cn dam l)-,.j.T'iV tro,s cc'lti)1
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