Bulletin des recherches historiques : bulletin d'archéologie, d'histoire, de biographie, de numismatique, etc. /, 1 octobre 1930, octobre
LE BULLETIN DES ~ is Historiques VOL.XXXVI LEVIS — OCTOBRE 1930 No 1Ü JOSEPH-HYACINTHE DE RIGAUD DE VAUDREUIL Né à Québec le 21 juin 1706, il était le dixième enfant de Philippe de Rigaud de Yaudreuil, gouverneur de la Nouvelle-France, et de Louise-Elisabeth de Joybert.Son père le lit admettre enseigne dans les troupes de la marine entretenues dans la Nouvelle-France dès 1715.11 n’avait pas encore dix ans ! En 1720, il était promu lieutenant dans les mêmes troupes.Il passa en France en 1722, et entra peu après dans le Régiment des Gardes Françaises en qualité de gentilhomme à drapeau.Le 24 juin 1724, il était fait second enseigne.En 1725, Joseph-Hyacinthe de Rigaud de Yaudreuil, afin d’avancer plus vite, passait à Saint-Domingue où, le 17 janvier 1726, il recevait une commission de capitaine d’infanterie.La même année, M.de la Rochelard, gouverneur général de Saint-Domingue, lui donnait le commandement de toutes les troupes qu’il mena à la frontière des Espagnols où on avait commis quelques hostilités.Le 8 mai 1730, M.de Vaudreuil était nommé major du Petit-Goâve, île Saint-Domingue.En 1734, le 1er septembre, il devenait major et commandant au fond de l’Ile-à-Vache, quartier Saint-Domingue.392871 - 57« “ Le 17 août 1738, il était chargé de commander dans toute la partie du sud de File Saint-Domingue.Deux ans plus tard, le 17 janvier 1740, il était fait lieutenant de roi et commandant du fond de l’ile à Vache et dépendances.Le 20 septembre 1743, il était promu lieutenant de roi et commandant de tout le Cap-Français.Le 1er novembre 1749, Louis X\ faisait M.de Vau-dreuil capitaine de vaisseau, gouverneur des parties d'ouest et du sud de Saint-Domingue et commandant général de toute File Saint-Domingue sous les ordres du gouverneur général, ou en son absence avec les mêmes honneurs et prérogatives.Enfin, au mois de mars 1753, il était nommé gouverneur et commandant général et en chef de toutes les iles de Saint-Domingue sous le Vent.La santé chancelante de M.de Vaudreuil le força de donner sa résignation le 19 mars 1757 (1).Louis XV, pour récompenser les services de M.de Vaudreuil, lui accorda 2000 écus de pension de retraite et le fit commandeur honoraire de l’Ordre Royal et Militaire de Saint-Louis.Le comte de Vaudreuil mourut à Paris le 30 octobre 1764 (2).Un mois avant sa mort, le Roi lui avait permis de porter la grande Croix et le Cordon rouge, en sa qualité de commandeur honoraire de l’Ordre de Saint-Louis.M.de Vaudreuil avait épousé à Saint-Domingue, le 12 juin 1732, Marie-Claire-Françoise Guyot de la Mirande, veuve de Dominique 1 férard, et fille de messire Charles Guyot de la Mirande, lieutenant de roi à Saint-Domingue, et de Agnès Le Maire.Elle lui donna quatre enfants: (1) M.île Monteiilm écrivait, le 10 juin 1757, à M.fie Bourlamaque : “M.le comte île Vaudreuil.gouverneur de Saint-Dominique, qui depuis deux ans demandait son rappel, i'a obtenu.Sa place donnée, à M.Bast.” (2) On lit dans la Gazette de (Québec du 2 mai 1765 : ‘‘Le comte de \audreuil, ci-devant gouverneur du Canada, mourut le 1er novembre (1764).” Erreur.C’est du comte .Joseph-Hyacinthe de Uigaud de Vaudreuil dont il s’agit dans cette note. 579 — I.Marie-Agnès-Elisabeth-Charlotte de Rigaud de Vaudreuil Née à Saint-Domingue le 29 avril 1733.Décédée au même endroit en 1737.11.Joseph-Hyacinthc-François de Roule de Rigaud de Vaudreuil “ Né à Saint-Domingue le 2 mars 1740.“ A l’âge de dix-neuf ans, le jeune Vaudreuil prit rang dans l’armée, plutôt, ce semble, par respect pour ses traditions de famille que par véritable esprit militaire.Durant la guerre de sept ans, il lit campagne dans l'état-major du prince de Soubise, le vaincu de Rosbach.“ La paix faite, il oublia vite le métier des armes: on ne le verra ni en Amérique ni en Russie, parmi les brillants volontaires cl’Yorktown ou d’Ismaïl.Sa vocation, son ambition étaient ailleurs, et jusqu’à près de quarante ans, il vécut autour de Versailles, confondu dans la toute des gentilshommes.La mort de son père en 1764, suivie bientôt de celle de sa mère, lui avait valu la jouissance d’une grande fortune; les revenus considérables qu’il tira de ses plantations de Saint-Domingue lui permirent d’être obligeant toujours, magnifique à l’occasion.11 n’était pas jusqu’à son origine créole (pii ne concourût à le mettre en évidence: ne suffisait-il pas alors d’être Américain de coeur ou de naissance pour plaire à ceux qui avaient applaudi Alzirc ou qui lisaient les Incas ?“ A ces avantages, le jeune Vaudreuil joignait les qualités extérieures que le monde recherche dans ses favoris: un visage agréable, des manières nobles et attrayantes, une conversation variée, l'art de donner au badinage et à la galanterie les formes les plus respectueuses.Il n’y a que deux hommes, disait la princesse d’Hénin, qui sachent parler aux femmes, LeKain sur le théâtre et M.de \ audreuil a la ville ( 1).Il lisait bien les vers, contait à merveille, et chantait avec goût les ariettes à la mode.La chronique d’alors le fait bien débuter, comme virtuose de salon, chez la maréchale de Luxembourg, par une chanson dont le choix semble fort invrai- (1) Mme de Genlis, Souvenirs de Félicie. — 58o — semblable, mais elle le montre aussi figurant dans les quadrilles costumés de la Cour, et montant en rival de Mole, sur les scènes de société, chez le duc d’Orléans à Bagnolet, chez la duchesse de Bourbon à Petit-Bourg, chez le comte de Clermont à Berny.Grimm le proclamera un jour le meilleur acteur de société qu'il y ait peut-être à Paris (1).Sa politesse semblait à tous partir du coeur, et sa bienveillance ne se refusait à personne.11 mettait assidûment en pratique ce conseil d’un vieux courtisan d’alors: Dites du bien de tout le monde, en attendant l’occasion d’appliquer cet autre: Demandez tout ce qui vaquera.“ Cette occasion finit par s'offrir naturellement à lui.On sait quel rôle les Polignac ont joué autour de Louis XVI pendant la plus grande partie de son règne.Une jeune femme sortie de la noblesse de province, Yolande de Polastron, comtesse de Polignac, conquit sans y penser la faveur et l’amitié de la reine Marie-Antoinette; devenue successivement duchesse, gouvernante des Enfants de France, elle s’imposa au couple royal avec tout un cortège de parents et d’amis.A sa suite, les femmes se montrent d’abord : ce sont sa belle-soeur, la comtesse Diane, laideron plein d’esprit, devenue, en dépit de ses moeurs, chanoinesse et dame d’honneur de Madame Elisabeth; puis son autre belle-soeur, la languissante et sentimentale Mme de Polastron, bientôt objet des hommages assidus du comte d'Artois; puis, sa tille, la duchesse de Uuiche, qui attira aussi un moment, dit-on, les regards du prince.Auprès d'elles, les hommes,—je mets à part le caustique et sournois baron de Besenval,—font moins brillante figure.M.de Polignac est homme plein de droiture et d’honneur.M.de Polastron est une "nullité qui joue dit violon.” M.d’Adhé-mar, l’aimable chanteur, disparaîtra bientôt dans les honneurs lointains d’une grande ambassade.Le seul avec lequel il fallait compter, c'était le brillant cousin qui était avant tous dans le coeur de la favorite, c’était \ audreuil.“ Depuis plusieurs années, Mme de Polignac exerçait sur son jeune parent le pouvoir discret et pourtant souverain de ses charmes.Une tradition de famille, dont je ne garantis (1) l’apillon de La Kerté.-hui niai, 1!» janvier et 2 février 1763.- Collé, Journal hMoriquo, t.II, p.363.D’Orerkireh, Mémoires, l.II, p.199.— Grimm, Correxpondtincr (Kil.Toumeux, t.XII, p.127). point l’exactitude, a entouré de circonstances assez romanesques l’origine de cette liaison.Vaudreuil, dit-on, était vivement sollicité par sa soeur, Mme de Duras, de souscrire à un projet de mariage entre lui et une de ses parentes éloignées, Mlle de Polastron, encore enfant.Il se laissa conduire au couvent où la jeune personne était élevée mais celle-ci ne promettait point, à ce qu’il parait, de devenir ce qu’elle fut plus tard, une femme séduisante entre toutes.Vaudreuil, en la quittant, s’exprima sur son compte en termes peu flatteurs, et assez haut pour que la petite pensionnaire l'entendit.C’en fut fait bien entendu de tout espoir d’alliance.Quelques années plus tard, Vaudreuil rencontra à Versailles une dame dont la beauté le charma; il ne reconnut point en elle la cousine dédaignée, et n’en fut que plus étonné en apprenant son nom.Dès ce jour, il en devint éperdument amoureux, et sa passion devait durer jusqu’à la mort de celle qui en fut l’objet.“ La véritable entrée en scène de Vaudreuil à Versailles, l’heure à laquelle il devint un personnage important, est signalée par les contemporains vers la fin de 1779.Le 1 octobre, Mercy, qui a semblé l’ignorer jusque-là, mande à l’impératrice Marie-Thérèse l’importante libéralité dont Vaudreuil vient d'être l’objet, par l’entremise de la comtesse Jules de Po-lignac.L’adroit créole, sous prétexte qu’à cause de la guerre, il ne tirait rien de ses propriétés d’Amérique, venait de se faire attribuer trente mille livres de pension jusqu’à la paix.Pour en perpétuer le profit, il aurait échangé à temps cette pension, de l’aveu de la Reine, contre un domaine obtenu par le crédit du comte d’Artois.Ce ne fut pas tout : peu de temps après, il se faisait comprendre dans une promotion de camp, et, ce qui ne le touchait pas moins, il était investi d'une charge de cour bien rétribuée, celle de grand fauconnier (1).Ses fonctions se bornaient, la chasse au vol n’étant plus en usage, à recevoir solennellement les gerfauts d'Islande offerts par le roi de Danemark, ou les faucons envoyés de Malte.“ Bientôt après, il était décoré du cordon bleu, et nommé gouverneur ad honores de la citadelle de Lille, aux appointements annuels de six mille livres.( 1) 1er mars 1780. — 582 — “ L’amitié d’un prince du sang couronna et assura cette série de faveurs.En 1782, il se lit désigner pour suivre le comte d'Artois en Espagne, au siège de Gibraltar, visita avec lui les tranchées sous le feu de l’ennemi, et le souvenir des dangers courus côte à côte comme celui des affections communes consacra entre eux une amitié à toute épreuve." Abrité ainsi derrière l’ami de la Reine et le frère du Roi, Yaudreuil finit par régenter sans bruit et animer de sa vie propre la société intime, restreinte, qui servait de réfuge à Marie-Antoinette contre les ennuis de la royauté.Il était à peu près le maître du logis dans l’appartement où la gouvernante des Enfants de France recevait presque chaque soir sa souveraine, et où le Roi, un peu dépaysé et mal à l’aise, était parfois traité en importun.Enfin, il tenait, au sens strict du mot, le premier rôle sur le petit théâtre de Trianon; il était le compère Colas dans Les deux Chasseurs et la Laitière, Richard dans Le Roi et le Fermier, le devin dans Le Devin de l’illage il jouait au naturel, d’après le Roi, le personnage du jaloux Dormilly dans Les Fausses Infidélités de Barthe; enfin, le 19 août 1785, déguisé en comte Almaviva, il devenait pour quelques heures l’amoureux de Rosine sous les traits de Marie-Antoinette.Les ennemis de Y Autrichienne voulurent voir là autre chose qu’une comédie.Yaudreuil figurait dans leur pensée sur cette liste d’amants apocryphes illustrée déjà des noms de Lauzon et de Coigny.Or, s’il en est un à écarter, c’est assurément l’Almaviva de Trianon.Non seulement il ne fut jamais aimé, mais de fait il fut toujours suspect.“Four netre pas un favori, Vaudreuil jouit néanmoins, à certains moments, d’un crédit sans bornes.11 aimait trop ses aises et ce qu’un de ses amis a appelé la douceur de vivre, pour se donner le souci des affaires, et n’avait point d’idées à offrir aux gouvernants; mais sa main se faisait sentir partout et son pouvoir était occulte, mal défini, sans responsabilité comme sans limites.Indifférent à l’administration et à la politique générale, \ audreuil se passionnait pour les questions de personnes et les “trigauderies de Cour”; il entendait être, entre un clavecin et une table de quinze, l’arbitre des grâces et, dans les changements ministériels, le nom qu’il avait soufflé à la - 5»3 Reine, par l’intermédiaire de la favorite, finissait par se trouver dans la bouche du souverain.Il eût donné, s’il eût pu, le portefeuille de la marine au chef de sa maison, le marquis de Vaudreuil; il réussit en revanche à faire disgracier le prince de Montbarey, ministre de la guerre, qui avait refusé à lui et aux siens de lucratives survivances, et Ségur et Castries, quand ils arrivèrent au pouvoir, durent un peu se considérer comme ses obligés.“ Son influence est encore plus sensible dans les intrigues qui portèrent Calonne au contrôle général des finances, et l’y soutinrent pendant plusieurs années.Avec la garde des sceaux, le lieutenant de police et la moitié de la Cour, il dirigea la faction favorable à ce ministre contre les débris du parti Choiseul, favorable à Necker.Lorsque le marquis de Vaudreuil fut injustement menacé de passer en jugement pour sa conduite à la bataille navale des Saintes, il crut pouvoir intervenir avec autorité en sa faveur.On racontait même alors qu’il était allé trouver le maréchal de Castries, et qu’il l'avait pressé si vivement que celui-ci aurait fini par dire: “ Mais vous oubliez, Monsieur, que vous parlez à un maréchal de France et à un ministre du Roi.—Je ne puis l’oublier, aurait répliqué Vaudreuil, puisque c’est moi qui les ai faits; ce serait à vous à vous en souvenir ” (1).A Calonne, qui tenait les clefs du trésor, il parait avoir demandé surtout des services en rapport avec la situation du personnage.Vaudreuil, qui donnait des dîners et des fêtes magnifiques, qui était la providence de sa nombreuse parenté, ne se piquait ni d’ordre dans ses finances, ni de discrétion dans ses emprunts.Dès 1784, des circonstances que nous ignorons amenèrent dans sa situation de fortune une perturbation irrémédiable.Il dut recourir aux bontés du Roi, mettre à profit l’obligeance de Calonne, et obtint une avance de 1,200,000 livres.Ce secours étant insuffisant, il se résigna à mettre en vente une partie de ses tableaux.Il est vrai que Louis XVI lui en racheta plusieurs et à haut prix ; ce qui était une façon détournée de lui venir en aide.Deux ans plus tard, étant mis en demeure de rembourser six cent mille livres empruntées sur billets, il dut demander un arrêt de surséance qui lui fut re- (1) Itachauinont, Mémoires, 16 janvier 1784. 5-s4 — fusé, sa dette n’ayant pas été contractée selon les formes légales.Derechef il s’adressa à Galonné; celui-ci, pris d’un reste de scrupules, pria le comte d’Artois d’avancer la somme, et, dès le lendemain, se jugeant couvert par cette garantie, envoya à Yaudreuil les six cent mille livres (1).“ Malgré ces fâcheuses indiscrétions, Yaudreuil n’en vint pas à exploiter clans une pensée de lucre la faveur royale ou ministérielle.S’il fut peu délicat à force d’imprévoyance, il ne fut jamais vénal.lui un sens, sa probité était féroce à “l'américaine", comme dit lîesenval, qui ne l’aimait guère.Beaumarchais se présente un jour à son lever, lui expose un merveilleux projet de finances de son invention, et lui offre un pot-de-vin important s’il consent à patronner l’affaire: “Monsieur, répondit Yaudreuil, vous ne pouviez venir dans un meilleur moment, car j’ai passé une bonne nuit et jamais je ne me suis mieux porté que ce matin ; hier, je vous aurais fait jeter par la fenêtre” (2).“ La vieille monarchie n’avait plus que le souffle dès ce printemps de 1787 où s’acheva, par une crise inattendue, le règne de Galonné.Ce fut aussi, dans les petits appartements, le terme du règne de Yaudreuil.Vaudreuil partit avec les Polignac pour l’Angleterre, sous prétexte de prendre les eaux de Bath.Rentré en France, il trouva sa situation bien changée.Il était convaincu par les papiers de Galonné d’avoir singulièrement abusé de son crédit, et d’avoir puisé près d’un million sans justification quelconque dans le trésor public.Or, à ce moment même, sa charge de grand fauconnier était supprimée, et ses ressources personnelles venaient d’être diminués par la banqueroute du financier Saint-James, son bailleur de fonds ordinaire.11 espéra un moment que le Roi, à l’aide d’un acquit de comptant, le tirerait d’affaires; mais Louis X\ I avait dit de lui et de ses amis: “ Ils n’ont qu’à payer, je n’entends plus être responsable de leurs folies.” La Reine elle-même aurait été inflexible.(1) Montgaillard (Histoire de France, t.II, p.221) affirme qu’en huit années Vaudreuil toucha, par suite de gratifications annuelles ou d’ordonnances de comptant, la somme de 2,885,000 livres, indépendamment des appointements qui lui étaient alloués comme grand fauconnier.(2) Mme Vigée-Lebrun, Souvenir*. — 5«5 — “ En juillet 1789, la révolte était maîtresse de Paris et menaçait Versailles.Dans la nuit du 16 au 17, le comte d'Artois, suivi de Yaudreuil, de son capitaine des gardes d’Hénin, et de son écuyer de Grailly, partait de Versailles à cheval et gagnait par des chemins détournés la forêt de Chantilly.La frontière fut franchie sans obstacles.A Namur, le prince et ses amis s’arrêtèrent quelques jours, puis ils repartirent le 2 août pour la Suisse.“ Pendant deux années, Vaudreuil vécut près des Poli-gnac, au château de Kittsee, près de Presbourg, et dans un faubourg de Vienne, mais il se garda de les suivre en Ukraine, où ils s’établirent sur une terre qu’ils tenaient de Paul 1er.“ Ses yeux et sa pensée étaient alors tournés vers l'Angleterre.“ En 1795, Vaudreuil trouva enfin les moyens de gagner l’Angleterre.“ En 1799, Vaudreuil s’établit définitivement aux portes de Londres, à Twickenham, et ne sortit plus de sa retraite; il était devenu Anglais d’habitudes et presque de coeur.“ La première Restauration qui ramena le comte de Yaudreuil à Paris, après vingt-cinq ans d’absence, lui valut de finir sa vie au milieu de nouveaux honneurs.Il fut nommé lieutenant général ( 1 ) et introduit dès le début à la Chambre des pairs (2).L’ancien Mécène de Gennevilliers devint ensuite gouverneur du Louvre, puis entra par ordonnance à l’Institut, en même temps que Yaublanc, Plaças et Turpin de Crissé.C’était un revenant, mais qui trouvait, du moins en dehors de la politique, des mains tendues pour le recevoir.“ Avant-hier, écrit la comtesse Potoka le 22 mai 1X14, j'ai été à un concert chez Mme Vigée-Lebrun.Tout le monde s’amuse à voir M.de Yaudreuil en faire les honneurs comme il y a vingt-cinq ans.Ils paraissaient fort bien ensemble malgré la lacune; ils se sont retrouvés comme le beau Cléon et la belle Javotte, et auraient bien pu ne pas se reconnaître ” (3).(1) 1) septembre 1810.(2) 4 juin 1814.(Il) L.l’érev, Histoire d’une y ni ntic dame, lu comtoise Hiltne l’utorka, - 586 “ Chaque jour, écrit un autre contemporain, on venait lui rappeler les bienfaits qu’il avait oubliés, et ces témoignages d’une longue et rare reconnaissance le touchaient profondément.Il n’avait rapporté aucun souvenir amer.” “ Il recevait au Louvre en grand seigneur d’autrefois; il y réunissait à sa table ses amis de diverses époques, Anglais et Français; il y donnait des concerts oit se firent entendre Viotti revenu comme lui de Londres, et Garat rendu aux admirateurs de sa jeunesse.Son insouciance était restée jusqu’au bout égale à sa générosité.Un de ses amis a raconté que le lendemain d’une de ces fêtes, lors de la Saint-Charles en 1816, ses créanciers se présentèrent chez lui, aussi nombreux que ses invités la veille.Il eût été fort embarrassé de les satisfaire, et ce lut le comte d’Artois qui désintéressa les plus pressés.“ Son plus vif désir eût été d’obtenir du Roi, par le même intermédiaire, la récompense accordée à la fidèle amitié de Avaray, le titre de duc.De Londres, oû il s’était réfugié pendant les Cent-Jours, il rédigea pour son prince une supplique qui resta sans effet, ou qui ne fut pas envoyée à son adresse.Vaudreuil, durant sa dernière maladie, renouvela une requête qui avait pour but, pensait-il, d’assurer à son fils une brillante alliance.“ 11 est bien jeune ”, se borna à répondre du bout des lèvres le comte d’Artois." Vaudreuil ne figure dans l’histoire de la Restauration que par sa présence aux obsèques de Louis XVI et de Marie-Antoinette à Saint-Denis et par son vote de mort dans le procès du maréchal Ney.Dès sa première rentrée en France, il avait ressenti les premières atteintes de la maladie qui devait remporter, le 17 janvier 1817.Son éloge fut prononcé à la C hambre des pairs par le duc de La Rochefoucault-Liancourt.Un seul mot eût suffi, celui qui résume l’élégie consacrée par le poète Brifaut à sa mémoire : Vaudreuil se fit aimer; ce fut là sa science ” (1).(1) Léonce Pingaud, Correspondance intime du comte de Vaudreuil et du comte d’Artois pendant l'Emigration, tome premier, p.VI. - 587 - Le comte de Yaudreuil avait épousé à Londres, le 8 septembre 1795, Marie-Joséphine-Hyacinthe-Victoire, tille de son cousin le marquis Louis-Philippe de Rigaud de Yaudreuil et de Madeleine-Pétronille de Roquefort de Marquin.Elle décéda à Paris le 31 décembre 1851, laissant deux enfants : lo.— Charles-Philippe-Louis-Joseph-Alfred de Rigaud de Vaudreuil né à Londres le 28 octobre 1796.11 fut admis à la Chambre des pairs, à titre héréditaire, le 29 mars 1822.11 devint, le 22 février 1826, colonel du 3e régiment de chasseurs.11 démissionna l’année suivante.11 mourut à Paris le 4 février 1880.11 n’avait pas eu d’enfants.Le nom de Vaudreuil s’est donc éteint avec lui puisqu’il était le seul survivant mâle de cette illustre famille.2o.— Victor-Louis-Alfred de Rigaud de Vaudreuil né en Ecosse le 1er janvier 1799.En 1814, au retour des Bourbons, il se décida à suivre comme ses ancêtres, la carrière militaire et il entra dans les chevaux-légers.Après les Cent-Jours (pendant lesquels il avait quitté le sol français pour revoir l’Angleterre) il passa dans les hussards de la garde royale.Mais ses goûts étaient plutôt pour la carrière diplomatique.En 1816, il était envoyé à Naples en qualité d’attaché d’ambassade.Nommé ensuite secrétaire de légation, il résida successivement à la Haye et à Cassel.Promu secrétaire d’ambassade, il fut envoyé à Londres, puis à Lisbonne (1727), où il remplit par intérim les fonctions de chargé d’affaires.En 1828, il retourna à Londres comme premier secrétaire d’ambassade.Il remplissait les fonctions de chargé d’affaires lors-qu’éclata la révolution de 1830, et ce fut lui qui présenta le personnel de l’ambassade à Talleyrand, envoyé extraordinaire cle Louis-Philippe.Il passa ensuite à la légation de Weimar.C’est pendant son séjour dans cette ville qu’il se lia d’amitié avec Goethe.Malgré son grand âge et ses infirmités, le (1) Le comte d’Artois écrivait d'ICdinibourg, le a 1 octobre 1791», au comte de Vaudreuil : “C'est du fond de mon coeur que je te fais compli- ment, mon ami, sur la naissance de votre enfant; j’embrasse le jeune, je dis bien des choses tendres à la mèr,e et je veux que tu baises votre petit sur ses joues grasses et blanches”.— Correspondance intime ilu comh de Yaudreuil cl du comte d’Arloiu, tome second, p.279. S88 grand poète Goethe, dont la fin était alors prochaine, aimait à aller s’entretenir des heures entières avec l’aimable causeur qu’était M.de Vaudreuil.En 1832, il fut désigné pour aller remplir les fonctions de ministre plénipotentiaire à Munich.Là, encore, il sut se créer de nombreux amis et servir efficacement son pays.Il eut l’art de captiver l’affection et la confiance du souverain de la Bavière.Une courte maladie l’enleva à son pays le 3 novembre 1834.Il avait épousé, le 23 août 1828, Louise Collot, fille aînée du directeur général de la Monnaie de Paris, dont il eut une fille: Marie-Marguerite-Victoire-Charlotte de Rigaud de Vaudreuil, qui devint, à Paris, le 25 avril 1853, la femme du comte Amédée-Théodore-Henry-Armand-Gédéon de Clermont-Tonnerre.Celui-ci décéda en son château de Brugny (Marne), le 14 décembre 1881, à l'âge de 57 ans.La comtesse de Clermont-Tonnerre porta toujours un grand intérêt au Canada.Ecrivain de mérite, elle avait traduit en français deux ouvrages de Francis Parkman: Pioneers of New-France et The Jesuits in North .huer ica.Décédée au château de Brugny le 17 septembre 1900, à l’âge de 70 ans.111.Maric-Louisc-Charlotte de Rigaud de Vaudreuil Née à Saint-Domingue le Décédée à Saint-Domingue en 1741.IV.Maric-Joscphine de Nigaud de Vaudreuil Née à Saint-Domingue le 3 juin 1743.Mariée le 2 mai 1765, à Charles-Armand-Fidèle de Dur-fort, comte de Duras, fils d’Emmanuel-Félicité de Durfort, duc de Duras, pair de France, lieutenant général des armées du Roi, et de Louise-Françoise Maclovie-Céleste de Coetquen.Ils eurent une fille: b idèle-Joséphine-Maclovie Durfort de Duras.Elle épousa en émigration le comte Alexis-Charles-Félix de Rotalier, major dans l’armée de Condé.P.-G.R. — 589 — BIBLIOTHEQUES D’AUTREFOIS A MONTREAL Il y a quelques années, nous avons publié, dans un quotidien, sous le pseudonyme de Edouard Blondel, une série de notes sur quelques anciennes bibliothèques de Montréal.Notre but était surtout de localiser les emplacements où ces institutions avaient eu leur siège.Ayant constaté depuis, qu’il y avait dans notre texte des erreurs à corriger et des précisions à ajouter, nous le republions ici pour le cas où ces bribes d’histoire locale pourraient guider les chercheurs.La Montreal Library La principale bibliothèque de Montréal, en 1819, dit Doige, dans son Almanach des adresses, s’appelait la “Montreal Library’’, et elle occupait le rez-de-chaussée de l'aile nord de la “Mansion Hotel”.Cette bibliothèque appartenait à un groupe de citoyens et comprenait 7,000 volumes.La “Mansion House Hotel’’ s’élevait à l’angle sud-ouest des rues Saint-Paul et Bonsecours.Elle remplaçait l’ancien palais des Intendants de la Nouvelle-France, puis la demeure de M.de Longueuil.Plus tard, sir W.Johnson acquit l’immeuble et y érigea une résidence somptueuse, laquelle transformée devint une hôtellerie dont les touristes de l’époque vantèrent le confort et la distinction.Cette maison fut incendiée le 16 mars 1821, mais la bibliothèque de Montréal ne semble pas avoir péri en cette circonstance, comme on le verra ci-après.Une bibliothèque circulante Le compilateur du Bottin montréalais, de 1819, M.Doige, nous apprend qu’en outre de la “Montreal Library”, la métropole canadienne comptait une bibliothèque circulante avec salles de lecture chez les libraires Nicless et McDonald, qui avaient leur établissement dans une des vieilles maisons qui faisaient face au palais de justice, rue Notre-Dame, à l’encoignure sud-est de la rue Saint-Vincent.Ces bâtiments ont été rasés en partie pour faire place au gratte-ciel de la Sauvegarde.La “News Room” En 1821, après l’incendie de la “Mansion-House”, on transforma une ancienne chapelle méthodiste qui existait sur le côté ouest de la rue Saint-Sulpice, exactement où sont aujourd’hui les bureaux de la fabrique de Notre-Dame.Dans ce temple désaffecté, on fonda la “News Room and Exchange”, c’est-à-dire une salle de lecture et un cercle de gens d’affaires.On retrouve ici, peu après, la “Montreal Library” qui avait réussi à sauver ses livres, car au témoignage de Bosworth (Hochelaga Depictaj, l’institution possédait, en 1839, quelque chose comme 8,ooo volumes, dont 2,000 étaient de langue française.La Bibliothèque du Parlement C’est en 1844 que le gouvernement du Bas et du Haut-Canada loua le marché Sainte-Anne, rue McGill, pour y tenir les réunions du parlement canadien et y installer ses bureaux.Cinq ans plus tard, en 1849, lisons-nous dans l’étude historique que M.Fauteux a consacrée aux bibliothèques canadiennes, ‘‘les deux bibliothèques des chambres du parlement comptaient ensemble 22,000 volumes.Sur ce nombre, il y avait une “admirable collection de près de 2,000 volumes, tous relatifs a 1 Amérique, que l'infatigable George Barthélémy haribault avait pris de longues années à rassembler et dont un grand nombre d’ouvrages 11e peuvent plus se retrouver aujourd’hui”.Cette intéressante bibliothèque eut un sort déplorable ainsi qu on peut le constater a la lecture de la page suivante que nous extrayons de Montreal Fin-de-siècle.“Le 25 avril 1849, lord Elgin venait de donner la sanction royale à la loi qui indemnisait ceux qui avaient été ruinés par les troupes anglaises durant la rebellion de 183738.Lorsqu’il reparut sur la rue il fut assailli de toutes parts avec des pierres et des oeufs pourris.Les aviateurs — 59i — se répandirent dans la ville, convoquèrent une grande assemblée pour le soir sur le Champ de Mars.L’assemblée eût lieu, des résolutions incendiaires furent adoptées, puis la foule se porta sur les édifices du Parlement.Les députés durent se retirer devant les énieutiers qui procédèrent à démolir les meubles.Quelqu’un trouvant que ça n’allait pas assez vite, mit le feu à l’édifice et quelques heures après il ne restait plus qu’un amas de cendres.” L’ancien marché devenu “palais législatif”, mesurait 34-2 pieds (le longueur par 50 pieds de façade et il était construit en pierres grises provenant des carrières du nord de la ville.La Mercantile Library Fondée le 27 novembre 1840, la “Mercantile Library” se logea dans la “News Room” dont nous avons parlé plus haut.Au cours de l’année 1843, elle s’installa dans le marché Sainte-Anne, mais il lui fallut déguerpir assez tôt, car le gouvernement canadien décida de s’emparer du local.En 1864, l’honorable John Young, négociant, et J.McLaren, fabricant de cuirs, deux membres de l’institution, acquirent un terrain sur le côté nord de la rue Bonaventure (depuis Saint-Jacques J, entre la rue McGill et la ruelle Saint-Michel, et y érigèrent un édifice spacieux qui devint le siège de la “Mercantile Library”, au mois de mai 1866.Construit en pierre jaunes de l’Ohio et mesurant 54 pieds de front, le nouveau bâtiment avait fort belle allure.La bibliothèque ainsi que la “Montreal Art Association” (qui débutait) en occupaient chacune une partie.Sans doute parce que le commerce envahissait les environs et que la clientèle se logeait dans les rues plus au nord, la bibliothèque “Mercantile” émigra rue Sainte-Catherine en 1872.A cette date, on lui accordait 5,000 volumes et elle comptait un effectif de 720 membres.Cette institution fut englobée par la “Montreal Amateur Athletic Association” vers 188CX Sur la façade de l’ancien local (rue Saint-Jacques Ouest, aujourd’hui) noircie par la fumée et les poussières, on — 592 distingue encore les trois grosses lettres en relief M.L.A.qui rappellent la destination première de l’immeuble.L'Institut canadien La société littéraire et politique qui a fait verser le plus d’encre, qui a soulevé le plus de dissensions, qui a créé le plus d’animosité et dont l’histoire ferait un volume de haut intérêt, c’est l’Institut Canadien de Montréal.Fondée le 17 décembre 1844.cette société groupa rapidement la majeure partie des intellectuels de langue française .Lors de sa première décade d’existence, l’Institut était assez puissant pour se mettre dans son immeuble.“Le vent de la prospérité soufflait dans ses voiles”, mais l’écueuil était proche et l’équipage ne sut pas en garer le vaisseau.Des difficultés avec les autorités religieuses provoquèrent en 1858, une scission fatale dans les rangs de l’association.Bientôt il ne fut plus avenant de se dire membre de l’Institut et tout un brillant avenir s’effondra.Subséquemment, la bibliothèque de l'Institut (environ dix mille volumes) passa au "Club Canadien” qui, à son tour, la céda à l’institut Fraser, angle des rues Dorchester et Université.L’édifice fut abandonné vers 1880, puis il devint théâtre, lieu de réunion du premier parlement modèle et salle de danse.Il existe encore vis-à-vis la rue Claude.I.a “Mechanics Institute" Cette institution (pii date de 1828 se fit ériger un bâtiment dès 1.852, au coin des rues Saint-Jacques et Saint-Pierre, et la y installa une bibliothèque de 5,500 volumes.Lu 1897, le nombre des livres, selon Borthwick était rendu a 12,000 et, en 0)14.d’après un rapport paru dans les journaux, il dépassait 19,000.Vers cette dernière année, l’immeuble était vendu et 1institution s’en faisait construire un nouveau, rue Atwater, a V 1 stmount.Celui de la rue Saint-Jacques fut récemment démoli pour faire place au gratte-ciel de la banque Royale. — 593 Le Cabinet de Lecture Paroissial Le Cabinet de lecture paroissial a été fondé en février 1857 sous les auspices de l'abbé Regourd, I’.S.S., et paraît avoir débuté dans l’ancienne chapelle méthodiste (rue Saint-Sulpice) (pii déjà avait logé une couple de bibliothèques.Le 17 février i860, on inaugurait l’édifice que tout Montréal a connu et qui était sis à l'angle nord est des rues Xorte-Darne et Saint-FVançois-Xavier.Après un demi-siècle d’une grande vogue, le Cabinet de lecture dût disparaître.Sa clientèle, petit à petit, s’était éloignée et ne le v isitait guère.L’édifice fut livré au démolisseur parce que des capitalistes voulaient asseoir sur remplacement, le gratte-ciel ‘‘Transportation”.Quant à l’institution même, elle renaissait des mois plus tard, rue Saint-Denis, sous un autre nom, plus vigoureuse et plus intéressante que jamais, mais voici que le sort de cette institution sans égale paraît menacée.La “Y.M.C.A.” La “Young Men Christian Association”, la première du genre fondée en Amérique, date de 185J.Idle a pour but l’éducation intellectuelle, sociale et corporelle des jeunes gens au moyen de conférences, de bibliothèques, de cours du soir et de salles de gymnastique.Le premier édifice important de cette association qui maintenant en a plusieurs, était sis à l’angle de la rue Craig et du square Victoria.11 fut ouvert officiellement le 14 mars 1873.On l’abandonna en 1890 alors que l’association alla établir ses quartiers généraux à l’angle de la rue Dorchester et du square Dominion.Devenu trop petit, ce dernier édifice fut vendu puis remplacé par les somptueux bureaux de l’assurance-vie “Sun”.La bibliothèque de la Y.M.C.A., en 1914, comptait 3,000 volumes.L’édifice de la rue Craig dont on a démoli une partie sert aujourd’hui de bureau «à une compagnie commerciale. — 594 — Un Souvenir A l’hiver de 1889-90, M.Edmond-Marie Temple qui promena son activité dans le journalisme, dans le théâtre et dans l’enseignement, fit une tentative qui parût avoir chance de succès.Il essaya de fonder la "bibliothèque industrielle de Montréal”, au moyen d'une souscription populaire.11 ne demandait à chaque citoyen que la minime somme d’un dollar.Sur versement, il délivrait au souscripteur une carte de “membre fondateur”, qui donnait au titulaire “droit à une admission permanente”.Plusieurs, sans doute, firent comme nous et lui confièrent leur obole, car notre carte porte le No.1699.Cependant, la bibliothèque resta dans les limbes.Les fonds furent peut-être a peine suffisants pour couvrir les frais de propagande.Toujours est-il que le projeteur alla mourir obscurément à Sainte-Louise de L’Tslet, le 20 mars 1895.Mais n’est-ce pas de ce mouvement que sortit la bibliothèque municipale, dont le premier local fut le Monument national, rue Saint-Laurent ?La bibliothèque de Saintc-Cwicgondc Fn 1905 la municipalité de Sainte-Cunégonde, à l’instigation de M.le curé .F-X.-E.Ecrément, fonda une bibliothèque publique dont le soussigné fut le conservateur.L’institution avait ses salles de lecture dans le bel hôtel de ville de la localité.Quelques mois après, Sainte-Cunégonde était annexée a la cité de Montréal.Neanmoins, la bibliothèque suburbaine, avec ses trois mille volumes très variés, resta accessible au public et elle était fréquentée annuellement, par plus de dix mille lecteurs, en 1915.lorsque les commissaires de la métropole, par économie, décidèrent de “verser son actif en volumes , dans celui de la grande bibliothèque municipale, rue Sherbrooke est.E.-Z.M ASS I COTTE. — 595 — LA LOCUTION : “C’EST DE VALEUR’’ Parmi les idiotismes particuliers à la langue canadienne, il en est peu qui aient autant intrigué nos philologues que l’expression bien connue : C’est de valeur ou c'est bien de valeur.Un professeur de littérature française, qui s’est beaucoup appliqué à l’étude de nos locutions populaires et qui a réussi à les justifier presque toutes, m’avouait récemment qu’il n’était guère encore arrêté que devant cette même locution; “C’est de valeur", dont il n’a pu trouver d'équivalent clans le langage d’aucune des provinces de Erance et qu’il était par conséquent enclin à croire un canadianisme pur.Or, voici qu’en feuilletant ces jours derniers les Nouveaux Voyages aux Indes Occidentales du capitaine Bossu ( 1,195^, je suis tombé par hasard sur un passage qui apporte peut-être quelque éclaircissement à la question.L’auteur vient de reproduire la harangue d’un sauvage de la Louisiane qui, avant d’être attaché au poteau du supplice, recommande aux Français son père et sa mère, et il ajoute : “A peine avait-il achevé cette courte et pathétique harangue, que ce bon et tendre père, pénétré de l’amitié filiale, se leva aussitôt et parla en ces termes : “C’est de valeur que mon fils meure.Etant jeune et vigoureux, il est plus capable que moi de nourrir sa mère.Je demande à mourir à sa place.” Et, dans une note au bas de la page, le capitaine Bossu commente ainsi le mot valeur : “Ce terme de valeur est un mot qui signifie en leur langage ce qui est fort ou extraordinaire”.Déjà, dans son Histoire de la Louisiane, parue dix ans plus tôt, Lepage de Pratz (n, 47) avait noté, à propos du mot valeur, que “les naturels ne servent en leur langage de ce terme pour exprimer ce qui est ou très estimable, ou de grande conséquence, ou fort extraordinaire” ; mais dans la phrase même qui occasionnait de sa part cette réflexion, le mot — 596 — valeur était employé clans un tout autre sens que clans celle citée par Bossu, il s’agissait simplement d’une sorte de bois dont les sauvages de la Louisiane disaient qu’il était “de beaucoup de valeur”.Ce qui est intéressant, c’est d’avoir retrouvé clans Bossu.en 1768, la locution “c’est de valeur” employée exactement dans le même sens où notre peuple lui-même l’emploie.Faut-il vraiment croire qu'elle a une origine sauvage ?Ne sont-ce pas plutôt les interprètes canadiens qui, en rencontrant dans les harangues indiennes un terme qu’ils savaient signifier “quelque chose d’extraordinaire”, l’ont simplement rendu par la locution française qu’ils avaient eux-mêmes l’habitude d’employer en semblable occurence ?Aegidius Fauteux LES DISPARUS Edouard-André Barnard.— Né aux Trois-Rivières le 30 septembre 1834, du mariage de Edward Barnard et de Mathilde Blondin.Kn 1866, lors de l’invasion fénienne, il commandait les détachements militaires de Saint-Armand et de E’religslmrg.En 1867, il fut un des principaux organisateurs du régiment des zouaves canadiens envoyé à Rome.M.Barnard s’occupa d’agriculture à partir de 1878 jusqu’à sa mort.Il fit de l’expérimentation agricole sur sa terre de Varennes, puis aux Trois-Rivières et enfin à L’Ange-Gardien, près Québec.11 devint secrétaire du Conseil d’agriculture et rédacteur du Journal officiel d’agriculture.Décédé à L’Ange-Gardien le 19 août 1898.Auteur de L’agriculture au point de rue de l'émigration et de ïimmigration (1872J; Une leçon d'agriculture.Causeries agricoles (1875); Beet sugar, its Economical Production in the Province of Quebec.Paper read before the Bedford Agricultural Association on the 9th March, 1877; Petit traité sur le dessèchement et le drainage des terres ( 1887); Manuel d’agriculture (18957. — 597 — A PROPOS DE PIERRE BOUCHER Le docteur Georges Levassort, vice-président de la Société Percheronne d’Histoire et d’Archéologie, termine ainsi la belle notice qu’il a consacrée à Pierre Boucher (Un Percheron Mortagnais, Pierre Boucher, Bellême, 1926J : “Pour avoir une idée de l’énergie que durent déployer ces colons, il faut considérer les difficultés d’un climat rigoureux, avec ses longs hivers, ses rivières et ses fleuves glacés, ses champs et ses chemins couverts d’une épaisse couche de neige, ses forêts sombres à défricher.Ceux d’entre vous qui ont lu Maria Chapdelaine (O, peuvent se représenter la dure existence de ces “faiseurs de terre’’.Que de fois ils ont dû regretter leur doux pays du Perche ! Que de fois ils ont dû se poser la question que se pose Maria : "Pour- quoi rester là, et tant peiner et tant souffrir ?Pourquoi?” Et ils entendirent les mêmes voix qu’elle et, comme elle, ils restèrent à leur dur labeur.“Ajoutez à cela l’isolement dans lequel ils vivaient ; loin de tout puisque rien n’existait ; constamment harcelés par des ennemis implacables et cruels.Il leur fallait être à la fois soldats et colons; les femmes maniaient et la charrue et le fusil.“La ville de Mortagne doit s’enorgueillir d’avoir donné naissance à de tels hommes et nous devons saluer avec fierté la famille des Boucher, et.en particulier, Pierre Boucher.Nous pouvons répéter avec ses descendants français et mau-ritiens : “Pierre Boucher a été un grand pionnier de la ci- “vilisation.un chrétien modèle.11 a sauvé de l’anéantisse-“ment la colonie naissante d’où est sortie la Nouvelle-hran-“ce, puis un Dominion magnifique.Il a surtout, par les exemples qu’il a laissés, les principes qu’il a affirmés, préparé “l’essor des grandes vertus et des nobles qualités qui sont “l’honneur et la force des Canadiens.” “Nous avons pensé qu’il était bon de faire revivre à vos yeux une telle figure, non seulement parce qu’elle est une (1) Maria Chapdelaine, Récits (lu Canada français par Louis Hemon. 598 gloire locale, mais aussi parce que, comme le disait le l)1' de Varennes à la cérémonie de l’inauguration des statues de Pierre Boucher et de la Vérendrye : “L’histoire nous clé- “montre qu’une nation a besoin, à certains jours, de faire re-“vivre les faits glorieux de ceux qui l’honorèrent.Rien de “plus propre à faire vibrer l’âme, à relever les courages dé-“ fai liants, à inspirer une noble émulation.” LA FAMILLE LE MOYXE DES PINS Charles Le Moyne, le fondateur de la famille Le Moyne de Longueuil, était originaire de Dieppe.Il vint s’établir dans la Nouvelle-France en 1641.L’histoire de la famille Le Moyne de Longueuil a été publiée en 1889 par MM.Jo-doin et Vincent sous le titre Histoire de Longueuil et de la famille de Longueuil.Jean Le Moyne, le fondateur de la famille Le Moyne des Lins, né a Notre-Dame de Pitres, évêché de Rouen, entre 1634 et 1640, passa dans la Nouvelle-France en 16^5, avec son frère Pierre Le Moyne.M.1 abbé Ferland dit de Jean Le Moyne des Pins, dans ses Notes sur les registres de Notre-Dame de Québec: “Jean Le Moyne paraît avoir été proche parent de Charles Le Moyne de Longueuil .Tout semble indiquer, en effet, que ( harles Le Moyne et Jean Le Moyne appartenaient à la même famille.Nous avions déjà une Histoire de la famille Le Moyne de Longueuil.Madame W.-M.White, née Edith Le Moyne, a publié (1930J, sous le titre Le Moyne des Pins, Genealogies jrom 1655 to 1930, une excellente généalogie de la famille Le Moyne des Pins.Le consciencieux travail de madame White corrige et complète le Mémoire de famille publié par sir James-M.Le Moine. — 599 INFORMATION CONTRE LE SIEUR D’AILLE-BOUST D’ARGENTEUIL (Suite et fin) L’an mil sept cens quinze, le vingt huitiesme janvier, quatre heures de relevée, par devant nous François-Marie Boiiat, conseiller du Roy et son lieutenant particulier civil et criminel de la juridiction royalle de Montréal, en la chambre où nous tenons l’audience.Est comparu Louis Dailleboust, Escuillier, sr de Cou-longe, caddet dans les trouppes de la marine, lequel nous a dit qu’en vertu de nostre ordonnance du jour d’hier il aurait été assigné à la requeste du procureur du Roy en ce siège pour estre ouy et interrogé de nouveau sur les charges et information faites à la susdite requeste laquelle assignation n’est eschéante que jeudy neuf heures du matin et que comme il n’est pas en état de demeurer en cette ville jusques au dit temps attendu les affaires pressantes qu’il a au haut de l’ysle, distance de neuf lieux de cette ville, que la dame sa mère estant seule au dit lieu a un grand besoin de lui, (pie d’ailleurs les mauvais tems pourraits l’empescher de se rendre au dit jour en cette ville pour satisfaire à la ditte assignation, il nous requiers vouloir l’entendre ce jourd’huv et a signé ainsi signé Dailleboust.Ouy le procureur du Roy en nostre siege qui a dit qu’il n’empeshe que le dit sieur de Colonge ne soit ouy ce jour d’huy et a signé ainsi signé P.Raimbault.Sur quoy nous lieutenant particulier susdit avons ordonné que le dit sr de Colonge serait pnt.ouy et interrogé de nouveau sur les faits resultants des dites charges et information et sur les nouveaux faits mis en nos mains par le dit procureur du Roy et à laquelle interrogatoire avons proceddé ainsy qu’il en suit et après serment par luy fait de dire vérité fait du jour et an que dessus ainsy signé Dailleboust, Bouat et Adhemar, greffier, avec paraphe.Adhemar, greffier Interrogé de son nom, surnom, âge, calité et demeure.A dit s’apeller Louis Dailleboust, Ecuier, sr de Colonge, caddet dans les troupes de la marine en ce pais, demeurant au Bout d’en haut de cette isle. too — Interrogé s’il n’estait pas de la compagnie du sr Dargen-teuil lorsqu’il tua le sieur de La Mollerie.A dit que ouy et qu’il estait ensemble.Interrogé sy le dit Dargenteuil et luy n’avaient pas eu querelle avec le dit sr de La Mollerie et s'il ne cherchait pas à se battre avec luy.A dit que non, que loin de cela qu’il a esté toujours son ami et qu'il avait plus de societté avec le dit sieur de La Mollerie qu’avec le dit sieur Dargenteuil son cousin et que restait par hazard qu’il s’était rencontré ensemble.Interrogé sy lorsque le dit sr Dargenteuil donna le coup d’epée au dit sr La Mollerie il ne le suivait pas à dessin de l’aider sy le dit sr de La Mollerie se fut mis en défense.A dit que non.Interrogé sy ce n’est pas luy qui a incité le dit sieur Dargenteuil a se venger de l’insulte qu’il prétendait avoir resçu du dit sr de La Mollerie.A dit que non.Interrogé s'il ne vit pas donner le coup d’épée qu’a resçu le dit de La Mollerie et pourquoy voyant que le dit sr Dargenteuil retournais sur ses pas l’espée ntie à la main après le dit de La Mollerie il ne se mit pas en devoir de l’empescher d’exécuter son dessein.A dit qu’il n’a point veu donner le coup d’épée au dit sr de La Mollerie et qu’il n’a point vu le dit sieur Dargenteuil l’épée à la main quand il retourna sur ces pas pour aller sur lui dit sieur de La Mollerie et qu’il n’avait aucune connaissance qu’ils eussent querelle ensemble.Interrogé en cpiel endroit il était lorsque le dit sr Dargenteuil retourna sur ses pas pour courrir après le dit sr de La Mollerie et s’il ne revint pas aussy lui-meme avec le dit sr Dargenteuil après le dit sr de La Mollerie qui était déjà entré chez la dame de La Pipardière et à quel dessin.A dit qu’il était devers chez M.de Lestage ou monsieur de Senneville autant qu’il peut s’en souvenir et qu’il n’est point revenu avec le dit sr Dargenteuil sur ces pas puisqu’il continua son chemin en venant devers l’hôpital et estant vis a vis de la maison de monsieur De Musseaux il retourna et vit son cousin qui sortait de chez la ditte dame La Pipardière l’cpée nue à la main et quand le dit sieur Dargenteuil fut arrivée à — 6oi — luy qui répond le dit répondant demande au dit sieur Dar-genteuil quesce qu’il y a, quesce qu’il y a, le dit sieur Dargen* teuil ne luy respondit rien et passa fort viste.Lecture cà luy faite du present interrogatoire a dit que ses réponses contiennent véritté y a persisté et a signé avec nous et notre greffier ainsy signé Dailleboust, Bouat et Adhe-mar greffier avec paraphe.Adhemar, greffier Soit communiqué au procureur du Roy en nostre siège pour y requerrir et conclure ce qu’il avisera et à nous raporté estre ordonné ce qu’il appartiendra.Ainsy signé Boiiat et Adhemar greffier avec parraphe.Adhemar, greffier Procédure sur les lettres de grâce obtenues par le sieur d’Ail-leboust, chevalier d’Argenteuil, pour avoir tué le sieur de La Mollcric Interrogatoire sur la sclcttc Du septe octobre mil sept cent vingt.Interrogé de son nom, aage, qualité et demeure.A dit ql.se nomme Jean d’Ailleboust, Escuyer, sieur d’Argenteuil, aagé d’environ vingt-six ans, lieutenant pour le Roy en l’vsle Ste-Lucie et cy devant enseigne dans la compagnie de Chalus en ce pays, demeurant présentement en cette ville chez le sr Cerry, rue St-Pierre, Interrogé s’il n'a pas de causes de récusation contre aucun des juges, A dit que non.Interrogé comment il a apris que feu le sieur de La Mol-lerie avait tenu des discours railleurs de luy.A dit qu’on luy avait rapporté que le d.feu sieur de La Molerie avait tenu des discours offensants contre luy, et que l’ayant rencontré sur la place de Montréal en allant chez la dame de La Pipardière, il luy dit ql.avait appris ql.avait tenu de mauvais discours contre luy et ql.le priait de les cesser.Interrogé comment il prit querelle avec luv et comment il l’a blessé. — Ô02 — A dit que le d.S.La Mollerie estant à la porte de la d.dame de la Pipardière l’insulta de nouveau luy ayant répondu sur ce qu’il luy disait de cesser ses discours que ce ne serait pas un petit visage connue luv qui le ferait taire ce qui fit retourner le répondant vers le d.s.de La Mollerie pour le prier de ne pas continuer à se servir de pareils termes, sur quoy le d.sr de La Mollerie luy donna un coup au menton luy disant d’aller au diable et de le laisser en repos, sur quoy le répondant mit l’épée à la main et le poursuivit jusqu’au fond de l’allée de la maison de la cl.daine de la Pipardière et lui donna un coup d’épée.Et plus avant n’a esté interrogé.Lecture à luy faite du présent interrogatoire a dit ses réponses contiennent vérité, y a persisté et signé et à l’instant a été remis entre les mains de justice pour estre conduit en sa prison.Le Chvr Dailleboust Bégon Rivet Extrait des Registres de la Conciergerie de Québec Aujourd'huy septie.octobre mil sept cent vingt, du matin, s’est présenté, rendu, et mis en état ez prisons.Jean Dailleboust, escr, sieur Dargenteuil, pour fre entériner les lettres de grâce ql.a obtenues de Sa Majesté au mois de janvier de l’année dernière mil sept cent dix neuf et a signé sur le d.registre.I )elivré par moy concierge soubsigné les an et jour susd.Hubert Veu par nous Procureur Général du Roy la reqte presentee au con*'1 par le sr Dailleboust d’Argenteuil tendante à ce qu il fut amené au Cou*'1 fut pour présenter les lettres de grace par luy obtenues de Sa Majesté du mois de janv.1719 au bas de laquelle est l’ordce.de soit à nous communiqué en datte de ce jour, les d.lettres de remission obtenues par le d.sr Dargenteuil et les trois certifficats y attachés soubs le contre scel., ycelles lettres scellées du grand sceau en cire verte — 603 — sur lacs de soye rouge et verte signée Louis et sur le reply par le roy le duc d’Orléans régent présent Fleuriau, l’écrou de la personne du d.sr Dargenteuil ez prisons de la conciergerie de cette ville signé Hubert, l’acte de désistement passé devant les nores.à Paris par le sr Pinaut, procureur de la dame veuve de La Mollerie, et mère du feu sr de La Molle-rie, en datte du 27 may 1716, ensuitte duquel est la procuration de la dte.dame de La Mollerie en datte du 22 des mes-mes mois et an, une reqte présentée par le sr de la Chassai-gne, major de Montréal, à M.le baron de Longueuil, lieutenant de Roy de la mesme ville, tendante juger le procès instruit contre le d.sr Dargenteuil au bas de laquelle est la .de mon d.sr de Longueuil en datte du 20 août 1715, le procès-verbal de l’exécution par effigie du jugement du Cons.de guerre rendu contre le d.sr Dargenteuil en datte du 30 7bre 1713, certifficat de mon d.sr de Longueuil en date du dix-huit septembre dernier par lequel atteste (pie sur la demande de Monsieur l’intendant (?) il s’est transporté chez la delle veuve Clerin pour rechercher la procédure criminelle faite par le conseil de guerre contre le d.sr Dargenteuil et qu'il n’en a pu trouver quoy que ce soit autre (pie la susdte reqte du sr de la Chassaigne le d.procès-verbal d’exécution, et qu’il n’a pu sçavoir ce qu’est devenu la d.procédure; nous attendu que la d.procédure se trouve perdue nous requérons que le d.sr Dargenteuil soit ouy en la chambre du concl et interrogé sur les faits exposés par luv dans les dites lettres de grâce pardon et remission consentant qu’elles soient ensuitte entherinées pour jouir par luv de l’effet et contenu en icelles.Fait à Québec le sept*' octobre mil sept cent vingt.Collet A nos Seigneurs du Conseil Supérieur de ce pays Suplie humblement Jean Dailleboust Dargenteuil et vous remontre qu’il aurait obtenu lettres de grâce de Sa Majesté en date du moys de janvier mil sept cent dix neuf adressante à vous Nos Seigneurs pour estre entherinées et comme il est expressément dit qu’il n’aura qu’une année du jour de l’arrivée des vaisseaux dans lequel il se sera embarqué pour les — 604 faire entheriner à peine d’en estre dechue il dezirerait jouir de l’effet des dites lettres de grâce pourquoy parvenir il se serait constitué prisonnier ez prisons Royaux de cette ville ainsy qu’il apparait du prosses verbal d’écrou joint à la présente requeste.Ce considéré.Nos Seigneurs, il vous plaise ordonner que le su pliant ceras amené devant vous pour vous représenter ces dites lettres de grâce et le désistement de la dame veuve de La Mollerie pour estre ensuitte par vous Nos Seigneurs ordonné ce qu’il apartiendra et ferez justice.Le chev.Dailleboust Soit communiqué au procureur du Roy.Fait à Québec au Conei1 Supérieur le lundy sept octobre mil sept cent vingt Bégon Appendice Procédures contre le sieur de La Mollerie pour avoir tué Charles Fustel d’un coup d’épée.Le procureur du Roy au siège de la Prevosté et admi-rauté de Québec remontre à la Cour qu’à sa requeste et celle de son prédécesseur il aurait esté informé de la mort du nommé Charles Fustel, décédé à l’Hostel Dieu de cette ville le deuxiesme octobre dernier de coups d’épée qu’il a reçus du sieur de La Mollerie, Kscuyer, officier dans les troupes du détachement de la Marine en ce pays et fait les procédures nécessaires à l’encontre du dit sieur .de La Mollerie sur lesquelles il aurait esté rendue sentence par contumace a la Prevosté de cette ville le 18 juin dernier qui condamne le dit sieur de La Mollerie pour les cas resultans du procès à avoir la tète tranchée, mais comme la ditte sentence sans estre authorizée par la Cour le dit procureur du Rov requiert Messieurs que vu les Procédures faittes en la ditte prevosté il vous plaise luy accorder l’exécution de la ditte sentence à Québec çe 29e novembre 1717.J.F .M de Lino (1) ( 1 ) Archives de la province de Québec. — 6o5 — RATIFICATION DU TRAITE DE PAIX DU 13 DECEMBRE 1665 (22 MAI 1666) Le 22 du mois de niai de l’année 1666, les Iroquois de la nation de Tsonnontouan Supérieurs d’Onnontaé, étant descendus à Québec, pour y demander la paix par dix de ses ambassadeurs nommés Garonhiaguerha, Sa-ga8ichi8touk, •OsendSt, Gachioguentiaxa, Hotiguerion, Ondeg8aronton, So8enta8en, Tehaoug8echa8enion, Ho-naguestSi, Pehonneritague, Tsohaïen après avoir fait entendre par la bouche de l’orateur Garonhiaguerha, leur chef, le sujet de leur ambassade par trente-quatre paroles exprimées par autant de présents, ont unanimement demandé qu’ayant toujours été sous la protection du très haut, très puissant et très excellent prince Louis Quatorzième, par la Grâce de Dieu, Roi très chrétien de France, et de Navarre, depuis que les Français ont découvert leurs terres, il plût à Sa Majesté de la leur continuer et de les recevoir au nombre de ses fidèles sujets, demandant que le traité fait tant pour la nation d’Onnontaé que pour la leur ayant pour eux pleine force et son entier effet, le ratifiant de leur part en tous ses points et articles, dont lecture leur a été faite en langue iroquoise par Joseph Marie Chaumonot, Prêtre et Religieux de la Compagnie de Jésus, nommé en langue huronne Tche-chon, ajoutant en outre à tous les dits articles qu’ils protestent effectuer de bonne foi ce qu’ils ont offert par leurs dits présents, surtout de faire passer à Québec, aux Trois-Rivières et au Montréal de leurs familles pour servir de liens plus étroits de leurs personnes et de leurs volontés aux ordres de ceux qui auront en ce pays l’autorité du dit Seigneur Roi, qu’ils reconnaissent dès à présent comme leur Souverain, demandant réciproquement en-tr’autres choses qu’on transmette chez eux des familles françaises et quelques Robes Noires, c’est-à-dire des Jésuites pour leur prêcher l’Evangile et faire connaître le Dieu des Français qu’ils promettent aimer et adorer, avec assurance que non seulement ils leur prépareront des cabanes pour les loger, mais encore qu’ils travailleront à leur construire des forts pour les mettre à couvert 6o6 — des incursions des ennemis communs les Andustoaeron-nons et autres, et pour que le présent traité fait de leur part en ratifiant le précédent soit stable et notoire à tous ils ont signé de la marque différente et distinctive de leurs familles après que ce qu'ils ont demandé au dit Seigneur Roi leur a été accordé en son nom par Messire Alexandre de Prouville, chevalier, seigneur de Tracy, conseiller du Roi en ses conseils, lieutenant général des armées de Sa Majesté et dans les lies et terre ferme de l'Amérique Méridionale et Septentrionale tant par mer que par terre, en vertu d'un pouvoir à lui donné, dont est fait mention au présent traité, en la présence et assisté de Messire Daniel de Remy, seigneur de Courcelle, conseiller du Roi en ses Conseils, lieutenant général des armées de Sa Majesté, et gouverneur de l’Acadie, Isle de Terre Neuve, de Canada, et de Messire Jean Talon, aussi conseiller de Sa Majesté et intendant de justice, police et finances, de la Nouvelle-France, qui ont signé avec le dit seigneur de Tracy et comme témoins François LeMer-cier, Prêtre, supérieur de la Compagnie de Jésus, et de Joseph Marie Chaumonot, aussi prêtre de la même compagnie, interprètes des langues Iroquoises et Huronnes.Fait à Québec, le 25 mai 1666 (1).SA 1NT-FERI ) 1N A ND D’HALIFAX Saint-Ferdinand d'Halifax doit son nom à M.l’abbé Ferdinand Gauvreau, curé de Saint-Sylvestre, qui, avec un groupe de ses paroissiens, prit possession de cette partie des Bois-Francs, dans l’été de 1834.On trouvera des renseignements sur la fondation de cette paroisse dans une brochure publiée à Arthabaska, en 1913, sous le titre de Notice sur la paroisse de St-Ferdinand, comté de Mégantic, F.Q.(I) Archives de lu province de Québec. — 6c>7 — LE MARECHAL DE CAMP DESANDROUINS Jean-Nicolas Desandrouins naquit à Verdun le 7 janvier 1729, du mariage de Benoît-Nicolas Desandrouins, seigneur de Dombasles près Verdun, et de Ma-rie-Scholastique Hallot.A l’âge de dix-sept ans, il recevait une commission de lieutenant au régiment de Beauce-infanterie.En 1749, il entra dans le corps des ingénieurs du Roi et suivit les cours de l’école de Mézières.C’est le 10 mars 1753 que Desandrouins obtint sa commission d’ingénieur ordinaire., Trois ans plus tard, au printemps de 1756, Desandrouins passait dans la Nouvelle-France.Ici, il servit au fort Frontenac, prit part au siège de Chouagucn, au siège du fort William-Henry, à la bataille de Carillon, commanda le fort Lévis, prit part au siège de Québec sous le chevalier de Lévis, rédigea de nombreux rapports, etc., etc.De retour en France à l’automne de 1760, Desandrouins obtint de Louis XV la permission de servir à Malte en qualité d’ingénieur.Il revint en France en 1762 et continua à être employé comme ingénieur.Il servit tour
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