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Titre :
Bulletin des recherches historiques : bulletin d'archéologie, d'histoire, de biographie, de numismatique, etc. /
Éditeur :
  • Lévis :Pierre-Georges Roy,1895-1968
Contenu spécifique :
octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
quatre fois par année
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Bulletin des recherches historiques : bulletin d'archéologie, d'histoire, de biographie, de numismatique, etc. /, 1924-10, Collections de BAnQ.

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LE BULLETIN DES VOL XXX N.-D.DE LEVIS—OCTOBRE 1924 No 10 LE CENTENAIRE DE GERIN-LAJOIE Louis Hémon a vécu moins de deux ans dans la province de Québec.Il a écrit, en quelques mois, un roman.Maria Chapdelaine, qui a eu un succès considérable.Le livre de Hémon a des qualités incontestables.A-t-il décrit fidèlement les moeurs, les coutumes, la vie de nos colons canadiens ?Les opinions sont très partagées sur ce point.Beaucoup sont d opinion que ses personnages sont intéressants, typiques, mais qu’ils sont plutôt des exceptions dans la grande famille des colons canadiens.lout de même, Maria Chapdclaiue est un petit chef-d’oeuvre.Les centaines de mille exemplaires vendus de ce roman en sont la preuve.Autrement, il faudrait prendre les lecteurs européens pour des badauds.Hémon décéda le 8 juillet 1913, et, six ans plus tard, on lui élevait un monument à Péribonca, où il a vécu.Pour nous, le vrai roman du colon canadien, c’est le Jean Rivard de Gérin-Lajoie.Au triple point de vue du style, de l’action et de la facture générale, Jean Rivard est peut-être inférieur à Maria Chapdclaiue, mais dans tout le livre de Gérin-Lajoie règne un souffle patriotique remplacé dans le roman de Hémon par une espèce de fatalisme qui n’est certainement pas canadien ni chrétien.Gérin-Lajoie est mort depuis quarante-deux ans.Combien de Canadiens-français savent où il est inhumé ?Nous avons reconnu les mérites de Louis Hémon.Avons-nous été juste pour la mémoire de notre compatriote ?Les pages qui suivent ont pour objet de faire connaître Gérin-Lajoie et son oeuvre à la jeune génération.Peut-être sera-t-elle moins oublieuse que celle qui l'a précédée ?P.-G.R. LA CARRIERE DE GKRIN-LAJOIE Né à Yamachiche, en 1824, Antoine Gérin-Lajoie fit de brillantes études classiques au collège de Nicolet.Au sortir de ses études classiques.Gérin-Lajoie voulut étudier le droit, et s’inscrivit à Montréal au bureau d'un ancien ami de collège.Etant d'ailleurs sans ressources suffisantes pour payer ses études, il alla tout de suite chercher fortune aux Etats-Unis.Son voyage aventureux dura dix-sept jours, du 13 au 30 août 1X44.N'ayant pu obtenir nulle part d’emploi, l’étudiant revint à Montréal où il dut battre encore pendant trois mois les pavés, avant de trouver enfin une besogne peu rémunératrice à la Minerve.De correcteur d’épreuves qu’il y fut d’abord, il devint bientôt rédacteur du journal.Pendant deux ans et demi il fut ainsi mêlé aux luttes politiques de la Minerve, qui soutenait alors Lafontaine et Baldwin contre Draper et Vigen battre temps, il donnait des leçons et continuait ses études de droit.11 se fit recevoir avocat.De la politique dont il s’était vite dégoûté, il se réfugia au barreau où sa timidité l’empêcha de réussir.C’est à cette époque qu’il rêva de devenir un jour cultivateur et de vivre la vie qu’il devait raconter dans Jean Rivard.Mais il dût plutôt, pour vivre, occuper des emplois administratifs.A partir de ce moment, Gérin-Lajoie entra dans le service civil qu’il ne quittera pas.C’est en 1856 qu’il devint bibliothécaire du parlement : situation qui lui fit des loisirs et lui permit de se livrer à l’étude.Le parlement étant venu se fixer à Québec en 1859.Gérin-Lajoie y rencontra tout un groupe d’hommes qui se préoccupaient de développer notre littérature.11 se joignit à eux.Avec l’abbé Casgrain et le docteur Hubert Larue, il fonda les Soirées canadiennes, puis le foyer Canadien.C’est dans ces recueils qu’il publia son roman.En 1862, parut dans les Soirées, Jean Rivard, le défricheur, et, en 1864, dans le foyer, Jean Rivard, économiste.Lorsqu’Ottawa fut définitivement choisi comme capitale du Canada, Gérin-Lajoie y suivit l’administration.Il y mourut le 4 août 1882.L’aiïhk Camimjc Roy (1) (1) Manuel d’histoire de la littérature canadienne-française. — 291 — LE PAYS ET LA FAMILLE DE GERIN-LAJOIE IMPRESSIONS D’EN FA N CE d’un DE SES El LS 11 y a bien de cela cinquante-cinq ans.Mon père, conservateur de la bibliothèque du parlement à Ottawa, le Bytown d hier, ne manquait jamais, à peine la session terminée, de taire son pèlerinage annuel au foyer paternel, à Ya-machiche, pays des ancêtres, en pleine province de Québec, A cette époque déjà lointaine, et que sépare de l’actuelle, meme plus que le nombre des années,—la merveilleuse transformation économique opérée dans l’intervalle, aucune ¦\oit fci îée directe ne reliait la capitale adolescente, informe, du Dominion au coeur de la province française que baigne le grand fleuve Saint-Laurent.Pour s’y rendre à partir d'Ottawa, on avait le choix entre deux routes combinant le trajet par eau avec celui sur rail.L itinéraire préféré consistait à descendre en bateau le cours de l’Ottawa, grand tributaire du Saint-Laurent.C’était une navigation de toute une journée entre des rives où des champs agrestes alternaient avec des pentes boisées à 1 aspect un peu sauvage, pleines d’ombre et de mystère, à travels une campagne clairsemée d habitations rustiques et que n avait pas encore déflorée la main rapace et niveleuse de l’exploitant.Mon père, avec sa nature rêveuse, impressionnable, son tempérament d’intellectuel, moitié poète et moitié philosophe ; fatigué de la réclusion du bureau, de la tension nerveuse du cabinet d étude, épris de la contemplation de la grande nature, n’aurait pas songé à se plaindre de la lenteur de ce mode de déplacement.Et pour moi petit citadin qui n’avais guère connu que le séjour dans une ville minuscule à l’existence un peu circonscrite et monotone, c’était une inexprimable joie, une fête de tous les instants que ce contact plus large et diversifié avec les choses et la vie, que ces échappées sur les manifestations de l’activité humaine où se mêlait constamment de l’imprévu._ Montréal m en imposait par son développement matériel, modeste sans doute au regard de celui de la métropole 2Q2 — d’aujourd’hui, notable, pourtant, par comparaison avec celui d’Ottawa, la petite capitale d’alors.Mais le bruit et le clinquant de la cité commerçante n'étaient pas pour séduire mon père.Quelques courses d’affaires, une visite a son cousin, ancien coparoissien et ami de coeur Raphaël Rellemare, dont il affectionnait beaucoup la jeune famille, et qui avait alors logis et jardin sur la rue Sanguinet, en attendant d aller occuper une maison plus spacieuse, rue Berri; et nous prenions un des grands vapeurs qui faisaient la desserte du Saint-Laurent.Sa toilette terminée, et après avoir obscurci des flots d’une noire fumée la ligne des quais du marché Ronsecours, le grand bateau, sorte de palais flottant, sous sa robe blanche, panachée d’or et de vert, s’en allait majestueux sur la nappe étincelante du fleuve, son entrepont gorgé de ballots et de bagages, porteur d’un chargement d’humains, de bêtes et de marchandises.Il accostait chemin faisant a \ arennes, à Verchères, à Sorel, à Berthier ; et chaque fois c’était pendant une demi-heure un tintamarre, un remue-ménage indéfinissable, où se confondaient les coups de sifflet et de sonnette de la commande, les vociférations des hommes de l’équipage lançant l’amarre ou projetant les passerelles, le roulement des diables ou des brouettes, et, par-dessus tout cela, la cacapho-nie de bêtes piaulantes, cacardantes, bêlantes, hennissantes, beuglantes.Vers le soir, en plein lac Saint-Pierre, un bateau plus petit venait s’accoler au grand ; il s’ensuivait pour quelques instants l’agitation, le va-et-vient, le concert discordant de tout à l'heure ; nous passions dans le petit bateau, qui se détachait du grand, et tandis que celui-ci de belle allure filait vers Trois-Rivières, le nôtre s’engageait dans les méandres à l’eau trouble de la rivière du Loup ; nous étions rendus.Comme par un coup de baguette magique, tout changeait autour de nous.Jusque-là nous avions vécu dans le bruit et la foule, la rumeur des villes, le brouhaha du trafic, le grondement des machines, la précipitation de voyageurs en retard, le coudoiement de gens affairés qui nous étaient indifférents, comme nous l'étions pour eux.Voici maintenant que le crépuscule d’un soir d’été à la campagne nous en- — 293 veloppait de son manteau d'ombre et de tranquillité.A travers le clair-obscur, nous apercevions l’oncle Carisse qui, venu de la maison paternelle en “voiture tine”, s’empressait à notre rencontre, après avoir solidement assujéti son “poulain au pieu le plus rapproché du quai.L ne cordiale poignée de main, et il nous donnait des nouvelles des vieux parents, de la jeune soeur restée à la maison, des frères éloignés qui avaient écrit, et aussi des bons voisins.Car nous étions désormais en pays de parenté et de connaissances, en pays de bonne tradition communautaire, où chacun tenait au voisinage par les liens du sang, de multiples alliances ou des services rendus.Le chemin du roi où trottinait notre cheval dominait le cours encaissé de la rivière du Loup ; quelque temps il en répétait les sinuosités pour s’en détourner ensuite brusquement et, en pleine vue du lac Saint-Pierre, se raccorder au rang des Petites-1 erres d’Yamachiche.Tout le long, sous les grands arbres de la berge, s’égrenait le chapelet des habitations rurales, de*proportions modestes, pour la plupart, mais proprettes et respirant l’aisance, chacune avec son jardinet, ses massifs de fleurs aux couleurs vives, ses quelques arbustes ou arbres fruitiers qui se dégageaient sur le fond rouge et blanc des bâtiments de ferme.Presque pas une maison qui n’eût son trait distinctif, son attache de parenté ou d’étroit voisinage avec celle de Gé-rin-Lajoie, pas une qui n’eùt sa place marquée dans l’histoire locale.Beaucoup de choses qui me furent plus nettement révélées par la suite ne firent alors qu’effleurer mon esprit.Mais pour mon père, de tous les recoins de cette paisible campagne, montait forte et pénétrante, quoique discrète, la voix des ancêtres, voix du sentiment, voix du souvenir.Dans cette habitation d’extérieur engageant que nous passions sur la route, ou dans cette autre dont nous apercevions le pignon ou la tourelle perçant le feuillage des érables sur la rive opposée, s’était écoulée l’enfance de tel professeur éminent du séminaire, de tel directeur vénérable de l’institution où mon père avait fait ses études.Ici vivaient les parents considérés d’un jeune cultivateur qui allait bientôt épouser la plus jeune soeur de mon père, union d’où sorti- — 2 94 rait pour l’Egûise et le pays une nouvelle génération d’éducateurs, d’auxiliaires des oeuvres de charité, d’hommes d’action et d’initiative.Nous étions maintenant à l’entrée du rang des Petites-Terres.A notre gauche s’élevait une maison de pierre d’assez belle apparence, sur la concession même (|ue le premier Gérin à s’établir à Yamachiche, originaire de la province française du Dauphiné, soldat dans l’armée de Montcalm, avait reçue comme dot de sa femme Madeleine Grenier ( 1760).Ce n’était pourtant pas la ferme de mes grands parents.La première terre, héritage de Madeleine Grenier, était, à la troisième génération, allée à un petit-fils de Jean Gérin, François, frère cadet de mon aïeul Antoine, tandis que celui-ci, à peine majeur, s’établissait avec sa jeune femme Amable Gélinas à quelque distance de là, le long de la même route, sur un bien dont venait de se déposséder en faveur du père du nouveau marié un ménage désireux de s’assurer une vieillesse paisible (1822).C’est sur cette propriété que naquit mon père deux ans plus tard.Bientôt nous y étions rendus.Quel bonheur c’était de se voir si joyeusement et si tendrement accueilli par les grands parents au pas déjà alourdi par l’âge, et par la tante Emma dans toute la fraîcheur de ses vingt ans.La maison de bois, basse, mais assez longue, avec sa cuisine et sa remise en allonge, datait du siècle précédent.C’était bien une des plus anciennes, sinon des plus décoratives des alentours.Contrairement à ses voisines, elle s'élevait du côté sud de la grande route, entre celle-ci et le fleuve.Au delà des grands herbages de la rive basse et plane, miroitait dans le lointain la surface argentine du lac, sur laquelle se déplaçait, avec la lenteur d’un hanneton, l’image réduite d’un vapeur ou d’un voilier.Sur la façade de la maison courait une étroite galerie que surplombait le “ravalement” de la couverture, et qui donnait sur un petit jardin de fleurs.A droite, un assez grand potager ; à gauche, le fournil où l’on cuisait le pain de ménage ; en arrière, la laiterie installée dans une petite construction attenante à la cuisine.Enfin, en avant, de l’autre côté du chemin du roi, le verger où croissaient un peu confuse- 295 — ment pommiers, pruniers, cerisiers, petit enclos séparé de la longue grange-étable par l’allée conduisant aux pâturages, aux prairies, aux champs de céréales, et ceux-ci se déroulaient jusqu au bois, jusqu’à l’érablière dont le rideau touffu fermait l’horizon vers le nord.! L’intérieur de cette vieille maison, dont mon cousin 1 abbé Joseph ( iélinas a de date récente écrit l’histoire avec la piété du petit-fils et le souci d’exactitude de l’écrivain, avait bien son charme fait d’âgie et de simplicité.Derrière ses volets de planches qui tournaient en grinçant sur leurs gonds de fer coudé, se cachaient des meubles comme on n’en voit plus souvent aujourd'hui» : de grandes couchettes en bois, quelques-unes avec leur alcove, des chaises et des tables de confection domestique, des “catalogues” recouvrant les planchers, des bahuts, une huche, un banc-lit (à la fois coffre, siège et couchette) des rouets à pédale avec leur dévidoir, sans parler des images de piété et des portraits de famille a cadres de bois ou de cônes de sapin, suspendus au mur de la salle ou du petit salon.Même la remise en annexe à la vieille maison abritait des choses captivantes pour moi: faux, javeliers, faucilles, qu’il m’était bien défendu de manier, de toucher : voitures capitonnées, ou simples “barouches”, où je m’installais en maître pour conduire un cheval imaginaire en des randonnées interminables ; un banc à planer qu’on utilisait pour la confection de maint outil ou ustensile domestique, de fourches, de râteaux en bois, et même d’arcs et de flèches “pour le p’tit gars d’Antoine”.Pouvais-je ne pas admirer les rodomontades du jeune cheval se promenant tête haute au milieu des vaches ruminantes et comme rêveuses, à l’ombre, tout auprès du vergier ?Et son allure fringante du dimanche quand, fier et faraud dans son harnais aux boucles métalliques luisantes, il tirait, jarret tendu, le carrosse aux sièges rembourés ! Quels transports de joie lorsque, dans quelque crèche isolée de l’étable, je découvrais un nid d’oeufs blancs et frais, •où lorsqu’un bras vigoureux tendait l’arc de bois franc et lançait a perte de vue la flèche de frêne que mon grand-papa -Lajoie savait si bien tailler à la plane et au canif. — 296 — L'eau venait à la bouche à voir seulement ces tartines-de pain de ménage dont la surface se veloutait d une crème épaisse et de sucre d’érable.La tante Emma au sourire si doux était allée l’instant d’avant quérir ces bonnes choses dans lesaulnlers, d’Yamachiche, p.258.Histoire de la paroisse UNE OPINION FRANÇAISE SUR GERIN-LAJOIE Il est certains écrivains, et non des moindres, dont ort peut étudier les oeuvres avec profit sans connaître leur vie publique et privée : génies purement objectifs, qui ne se livrent jamais tout entiers.Les uns 11e mettent clans leurs livres nul écho de leur vie agitée ; les autres, ne pouvant agir, confient au papier leurs rêves d’action qui susciteront peut-être des hommes.11 en est encore—Gérin-Lajoie, l’historien et le journaliste canadien dont nous voulons parler appartient à cette catégorie,—dont les ouvrages se mêlent si bien à l’existence qu’on 11e peut concevoir celle-ci sans ceux-là.Hommes d’action qui laissent aux autres le résumé de leur expérience et de leurs observations ; peut-être un peu irroches des événements pour porter sur eux un jugement définitif, mais placés à merveille pour nous faire comprendre leur époque et leur pays, grâce à une foule de détails qui seraient à jamais perdus sans eux.On ne peut guère étudier l’histoire et les lettres du Canada pendant cette époque si importante et si troublée qui s’étend de la dernière insurrection, en 1837, à l’établissement du Dominion, sans lire attentivement les oeuvres de Gérin-Lajoie car elles sont pleines des plus précieux enseignements.11 n'a, il est vrai, joué que des rôles de second plan, mais il vit de près les politiciens, cpti occupaient le premier.Bien avant Crémazie, dont il n'avait pas le tempérament poétique, il publia quelques vers, véritables Juvenilia, qui sont les premiers balbutiements de la littérature canadienne.Avec l'ardeur et l’audace de la vingtième année il tenta de vivre en dehors de toute tutelle, de créer sa vie.Les premières illusions envolées—et il suffit pour cela d’une quinzaine, tant fut brutal le contact des rêves de l’écolier avec la civilisation vankêe, il se mit courageusement au travail.Il se lança dans le journalisme, en lit un rude apprentissage ; puis, par-profession assistant à toutes’les luttes parlementaires, il écrivit, lui, le témoin le mieux placé pour tout voir, l'histoire politique de son temps, lors du grand ministère Baldwin-Lafontaine qui fit le premier oeuvre véritablement canadienne sous la couronne britannique.Enfin, pénétré des nécessités de la vie moderne, il écrivit ce Jean Rivard, cette histoire très — 32° — simple et très belle d’un homme d'action qui laisse le fatras oiseux des livres, retourne à la culture des espaces inexploités que l’Amérique du Nord offre à ses enfants, et une fois son indépendance matérielle assurée, prend une part active a la solution des problèmes économiques dont nul citoyen ne doit se désintéresser.Nos compatriotes ne peuvent lire ce livre avec indifférence, s’ils ont conscience de ce qui doit assurer la pérennité du peuple français.Ne sont-ils pas un peu de Jean Rivard, les professeurs de l’Université que nous avons vu quelque jour lancer aux orties leur épitogie jaune à la double bande d’hermine, pour chercher dans les îles du Pacifique une existence nouvelle et de plus larges horizons ?Celui qui voudrait trouver dans cette étude de fines remarques littéraires et de subtiles considérations d'esthétique feia mieux de ne point la lire.A1 riis a tous ceux qui pensent anxieusement a 1 avenir de leur pays, nous présentons avec confiance l’exemple de Jean Rivard.CltARLKS Ali Ditu 1 Iai.df.n ( I ) LA CARRIKRL DE L'ENSEIGNEMENT La carrière de 1 enseignement devrait être au-dessus de toutes les professions libérales ; après le sacerdoce, il n’est pas d’occupation qui mérite d’être entourée de plus de considération.Un sait que ce qui éloigne les hommes de talent de cet emploi, c est la miserable rétribution qui leur est accordée.L instituteur le plus instruit, le plus habile, est moins pavé que le dernier employé de bureau.N est-il pas tout naturel de supposer que si la carrière de renseignement offrait quelques-uns des avantages qu’offrent les professions libérales ou les emplois publics, une partie au moins de ces centaines de jeunes gens qui sortent chaque année de nos co.lèges, après, y avoir fait un cours d’études classiques, s y jetteraient avec empressement ?En peu d’années le pays en retirerait un bien incalculable.________ C.ekin-Lajoif (2) ( 11 Etudes de littérature canadienne«française.C-’t Jean Rivard, économiste. — 3-Ji UN RFA’K DF GERIN-LAJOIK L’auteur de Jean Rivant eut un jour une idée d artiste.Infatigable dans la recherche des vieilles légendes canadiennes et des intérieurs champêtres, il songea à adopter un procédé bien connu des acteurs, des peintres et des romanciers ¦de la grande cité parisienne.pour mieux personnifier le rôle qu'ils rempliront sur la scène : pour mieux reproduire sur la toile les couleurs locales d'un tableau de moeurs contemporaines : pour mieux décrire dans une page de roman à sensation, le dernier souffle d'un malheureux duelliste à l’agonie, ces célébrités du théâtre, de la peinture et de la fiction ne se gêneront nullement de revêtir le premier affublement venu, la blouse de l'ouvrier comme l'accoutrement antique du gentilhomme ruiné : de se perdre dans de sombres carrefours et de parcourir les vastes salles des hôpitaux, afin d’assurer à leur personne, à leur pinceau et à leur plume la pose, la touche et l expression du réalisme le plus pur.Gérin-Lajoie songea à un travestissement presqu’iden-tique mais, avec de plus nobles intentions, luitons-nous de le dire.On rencontre souvent clans nos campagnes un petit homme, portant lunettes, fier de son habit râpé et de sa besace légendaire de moules et de lingots de plomb ou d’étain.C’est le fondeur de cuillères.11 est admis partout, et partout on lui permet de contempler au travers du verre de son binocle, l'étain grisâtre qui se fond sur la flamme en un liquide d’argent puis s'écoule en filets brillants dans les moules préparés et se transforme en un usteijsile bombé et reluisant.C’est l'industrie à laquelle Gérin-Lajoie réva durant quelques jours, mais, pour l’écrivain, les minuties du métier n’auraient été que secondaires : l’intérêt principal se serait concentré sur l'entourage : un intérieur franchement canadien.Quelles belles scènes un observateur comme Gérin-Lajoie nous aurait fait admirer, quelles naïves légendes son talent de conteur nous aurait transmises de la bouche même de l’aïeul, racontant, à la veillée, ses impressions de jeunesse, ses souvenirs d’autrefois ! La vie paisible de la campagne — ^22 — n’aurait pas ou de secrets pour l’auteur de Jean Rivard, mais, ce projet comme beaucoup d’autres : .'II! monde où les jilws belles choses Ont le pire destin ne fut pas exécute.On y a peut-être perdu beaucoup, mais consolons-nous en songeant que les peintures trop exactes, trop réalisées, ravissent souvent au paysage l’auréole qui illumine sa beauté, en lui enlevant son charme principal : le prisme poétique.Chs-M.Ducharaik (i) LH PORTRAIT DE GERIN-LAJOIE .-'H1 physique.Gérin-Lajoie n’est pas un géant.Sa phy- sionomie et toute sa personne n’annoncent pas l’homme que ses succès littéraires vous font imaginer.Sa taille est petite mais assez bien prise.Il a les cheveux et les favoris bruns, et une moustache bien fournie orne sa lèvre.Traits sinon réguliers, du moins portant le cachet d’une bonhomie charmante ; hgure pleine et calme, regard doux, limpide et serein.voix tendre et sympathique, tout chez cet homme dénote une honte innée.Ses traits sont imprégnés de bienveillance.Il est aussi humble et aussi timide qu’il est bon.Ce n’est pas lui qu on pourrait accuser d’être un auteur pédant.11 est loin de rechercher la flatterie et la louange que scs talents et, ses succès, littéraires lui offrent l’occasion de faire éclore.L humilité n est pas la qualité ordinaire et dominante des ea nains en général ; mais c’est le caractère distinctif chez , erin-Lajoie.Les rudes épreuves qu’il a rencontrées dans e coins de sa carrière, ont contribué beaucoup à former ainsi son caractère Avant d’être journaliste, il lui a fallu franchir plusieurs obstacles, subir beaucoup de contrariétés.D’abord simple correcteur d’épreuves, il passa aux faits divers avant d arriver definitivement au fauteuil éditorial._______ L.-M.Darvf.au (2).(1) Revue Canadienne, vol.XIX, i> -Rb) (-’) Nos hommes de lettres ( I sT.'tj , J! A*7 — 3-3 — GER1X-LAJC)IE.ECOLIER Dès son enfance.Antoine Gérin-Lajoie se fit remarquer par son intelligence et son goût pour l’étude.“Après avoir éclipsé tous ses compagnons à l'école primaire du village, il prit quelques leçons de latin chez un M.Caisse, instituteur instruit, qui s’intéressa aux _ progrès de son élève.Ce fut à cette époque que Gérin-Lajoie rencontra dans le clergé, comme au reste bien d’autres Canadiens distingués, un homme intelligent et dévoué qui comprit son talent, l'encouragea, s’appliqua à le développer, dans 1 espérance d’en faire un citoyen utile à son pays” (Casgrnin).Ecoutons Gérin-Lajoie raconter lui-même ses débuts au collège : “Un jour (j’avais alors treize ans).M.Dumoulin, curé d'Vamachiche, m’amena chez lui, et après ni avoir tait promener longtemps, longtemps avec lui dans son jardin en me faisant des questions sur toutes sortes de sujets, questions auxquelles ie répondais avec toute la simplicité et la naïveté d'un enfant, il nie dit que je devrais aller au collège, et de déclarer à mon père que s’il voulait m’y envoyer, lui.M.Dumoulin, paierait, chaque année, le.premier trimestre de ma pension.“Mon père consentit volontiers à cette proposition et m’envoya la même année (septembre 1837) au collège de Ni-colet.où j’entrai bravement en syntaxe.Mais je me trouvai bientôt fort embarrassé.Je n’avais jamais vu un dictionnaire, et je ne Savais pas comment m’y prendre pour chercher les mots : je n’avais jamais fait ni version, ni thème, et je n’étais guère en état de lutter avantageusement avec les autres élèves de ma classe.Aussi dans le premier thème que nous fîmes, le régent me nota cinquante fautes, ce qui ne me laissa qu’un seul mot correct.Nous étions vingt et un dans ma classe.Pendant les deux premières semaines, je fus le vingt et unième !.Cela m’humiliait d’autant plus que jusque-là, aux écoles de ma paroisse, j’avais presque continuellement été à la tête de mes classes.Mais j avais beaucoup d’émulation et je me mis a travailler avec ardeiu.Enfin, la troisième semaine, je fus le sixième.Ce progrès me donna du courage et me lit faire de nouveaux efforts.Le — 324 — reste de l'année, j’occupai généralement une des premières, places et j’obtins plusieurs prix.’’ Gérin-Lajoie continua ses études avec un succès toujours croissant, et fut bientôt reconnu pour l’élève le plus brillant qu’on eût vu jusqu’alors à Nicolet.Dès la fin de son année de belles-lettres, il versifiait avec une facilité étonnante.L’étude était devenue pour lui presque une fureur, selon sa propre expression, et il avait lu tout d’une baleine le Cours-dc littérature de Laharpe et plusieurs classiques français ( i ).GERIN-LAJOIE ET L’ABBE 'FERLAND L’abbé J.-B.-A.Eerland, l'auteur du Cours d’histoire-du ( an ad a et d’autres ouvrages historiques remarquables, fut neuf années préfet des études puis supérieur du collège de Nicolet.C est ce prêtre savant et dévoué qui encouragea Gérin-Lajoie dans ses premiers essais littéraires.La meilleure biographie de l’abbé Eerland a été écrite par Gérin-Lajoie.Ce travail de reconnaissance a été publié dans le foyer Canadien de 1865.Qu on lise dans cette étude le chapitre consacré au collège de Nicolet et on se convaincra que Gérin-Lajoie avait le coeur placé au bon endroit.Gérin-Lajoie terminait sa biographie de l’abbé Eerland par les lignes suivantes : O regretté ami, puisse votre esprit si pur, si saint, si aimable ne pas disparaître du milieu de nous ! Puisse-t-iî s’infiltrer dans nos écrits, et diriger le coeur de tous ceux qui se croient appelés a la tache si difficile d’instruire et d’édifier leui s semblables par le travail de la pensée, afin qu’ils puissent, comme vous, en quittant la terre, se rendre le témoigna-gne de n’avoir jamais, par un mot de leur plume, blessé la pudeur, la justice ou la vérité !” Nous pouvons dire de Gérin-Lajoie ce que lui-même affirmait de son ami et mentor l'abbé Eerland : ses écrits n’ont jamais blessé la pudeur, la justice ou la vérité ! _________ P'.-a r,.(1) l.'Echo de Saint-Justin, 1er juillet 1924. — 325 — UN CANADIEN ERRANT Un Canadien errant, Banni de ses foyers, Parcourait en pleurant Des pays étrangers.Un jour, triste et pensif, Assis au bord des flots, Au courant fugitif 11 adressait ces mots : Si tu vois mon pays, Mon pays malheureux, Va dire à mes amis Que je me souviens d’eux.O jours si pleins d’appas, Vous êtes disparus.Et mon pays, hélas ! Je ne le verrai plus.Plongé dans les malheurs, Loin de mes chers parents.Je passe dans les pleurs, D’infortunés moments.Pour jamais séparé Des amis de mon coeur, Hélas ! oui, je mourrai Je mourrai de douleur.Non, mais en expirant, O mon cher Canada, Mon regard languissant Vers toi se portera.Gkuin-Lajoii GERIN-LAJOIE, SEMEUR l'ort heureusement doué, Gérin-Lajoie aurait pu aspirer à devenir le plus brillant de nos littérateurs : il ne l’a pas voulu.Il a mieux aimé en être le plus utile.Cette pensée a toujours été s >n rêve, l’ambition de sa vie, l’unique but de ses travaux.Iran Rivard, le meilleur de ses écrits, réflète Gérin-Eajoie tout entier.Le cultivateur éclairé et vertueux est.à son avis, le plus beau type de l’homme.Il a caressé le projet de s'acheter une ferme, en pleine campagne, dans la paroisse de Xicolet.entre le pont Saint-François et le vieux Séminaire.pour être près du grand fleuve et de sa chère Alma Mater, où "j’aurai, disait-il, probablement des amis éclairés et vertueux." Et.là-dessus, s’est formé à jamais une vie de travail chrétien, de dévouement patriotique, de foi vive.Il a semé à pleines mains et à plein coeur : il a conçu, énoncé, mis en relief l'idée-chef capable d’assurer notre survivance.Combien cette idée pure, combien cette vue fortifiante, l’emporte sur ce patriotisme fade et ridicule qui débilite trop des meilleures intelligences de notre époque où un utilitarisme grossier coudoie sans le contredire un opportunisme raffiné.Gérin-Laj >ie*a semé.Peu importe qu’il n'ait fait qu’entrevoir les germinations et moissons de l’avenir.C’était là sa vocation, qu’il remplit toujours, qu’il remplit encore.La mort n’a pas éteint sa parole ; ses chaudes prédications vibrent toujours dans notre atmosphère ; l’expérience humaine en a montré la haute portée sociale.Ecoutons-les religieusement.Elles émanent d'un homme qui fut en cette matière le plus grand bienfaiteur de sa race.Devant son souvenir grandissons nos âmes, transformons-les dans l’amour intense de la religion et de la patrie.Li‘ Séminaire de Xicolet (i) (1) L'Echo de Saint-Justin, 1er juillet 1924. 3-7 — GERIN-LAJOIE ET LA BRUYERE Permettons-nous de faire ici un léger rapprochement entre La Bruyère et Gérin-Lajoie.On peut fort bien dire qu’il n’y a rien de commun entre l’auteur des Caractères et le poète des exilés, mais ou ne saurait nier certaines analogies entre ces deux écrivains.N’ont-ils point tous deux visé au perfectionnement de la société au milieu de laquelle ils vivaient, l’un en ridiculisant les fausses grandeurs de son époque, l’autre en déracinant les préjugés contraires à la sublime mission de l’agriculteur ; n’ont-ils pas tous deux décrits avec art les caractères saillants de leur entourage, l'un en reproduisant d’un pinceau subtil, les pompes, les mensonges, les ridicules des cours fastueuses et des grandes capitales, l’autre en évoquant l’aimable simplicité, l’agréable franchise des scènes canadiennes.La Bruyère a été le peintre d’une société parvenue au plus haut dégré de la perfection ; Gérin-Lajoie a été le peintre d’une société naissante ; le premier donnera de sages conseils aux grands, aux esprits forts des cours royales, le second aux humbles, aux modestes cultivateurs des campagnes ; celui-là réhabilitera la plume et les ouvrages de l’esprit, celui-ci la hache et la charrue.Sans doute, Gérin-Lajoie n’a pas la subtilité du style de La Bruyère, mais un style subtil aurait-il été bien com enable.dans un livre qui s'adresse surtout aux défricheurs ; un culte aussi excessif de la forme n’aurait-il pas été une erreur impardonnable de la part de l’auteur ?Certes, oui, et Gérin-Lajoie l’a fort bien compris en s’appliquant surtout, à donner à ses périodes une élégance de convenance et non pas une élégance déplacée.D'ailleurs, l’artiste qui peint les casca-telles du ruisseau qui sautille sur un lit de mousse, parmi les fleurettes et les blés verts, dénote autant d’art, dans son paysage champêtre (pie celui qui reproduit sur sa toile, un croquis de jardin public où l’on voit s'échapper du trident d’un Neptune en marbre, que traînent des tritons, aux teintes nacrées, une onde qui s'élève dans les airs en gerbes liquides puis retombe en une brume d'azur.Chs-M.Ducharmk ( i) (1) Revue Canadienne, vol.XXII, p.2!)2. CANADIEN ERRANT OU ACADIEN ERRANT Le 15 août 1884, les Acadiens avaient leur deuxième •convention nationale à Miscouche, île du Prince-Edouard.'C’est à cette convention qu’ils se choisirent un drapeau et un chant national.I/honorable sénateur Poirier, dans son livre Le Père Lefebvre et l’Acadie, dit à ce sujet : l11 air national fut aussi adopté à la convention de Miscouche, l'air grégorien de Y Ave Maris Stella.Quant aux paroles, elles étaient toutes trouvées : c’est l'élégie”suave et mélancoliquement plaintive de Gérin-Lajoie, dont la mesure s’adapte au rythme religieux : Un Acadien errant, Banni de ses foyers, Parcourait en pleurant Des pays étrangers.“Ce chant est une complainte acadienne, d’inspiration toute acadienne, composée par M.Gérin-Lajoie, quelque temps après sa tragédie en trois actes de Charles Latour.Le mot Canadien, dans le premier vers, fut, par le peuple, substitué au mot Acadien de l’original.” La complainte originale de Gérin-Lajoie portait-elie Un Acadien errant ou Un Canadien errant ?Le mot C anadien n’a pas remplacé le mot Acadien dans la complainte de Gérin-Lajoie pour la bonne raison que le jeune auteur composa un chant canadien.Nous en avons peur preuve le témoignage même de Gérin-Lajoie.Dans ses Souvenirs de C oil c (je, sous le titre Un Canadien errant il écrit : "J’ai composé cette chanson en 1842, lorsque j’étais en rhétorique à Nicolet.Je 1 ai faite un soir dans mon lit, à la demande.de mon ami Cyp.Pinard qui voulait avoir une chanson sur cet air : Par derrière chez sa tante.Je lui avais bien défendu de la chanter au collège.Mais il oublia cette défense, et dès la tin de l’année, elle était chantée par une partie des écoliers.Elle est devenue populaire, je ne sais par Duel hasard, et je l’ai entendu chanter plusieurs fois cà Montréal et à Trois-Rivières.Elle a été publiée en 1844 dans le — 329 — Charivari Canadien sous mes initiales A.O.L.Mais parmi ceux ou celles qui la chantent aujourd’hui, il y en a bien peu qui savent (pie j'en suis l’auteur.” S’il y avait eu un changement quelconque, à l’origine, dans son Canadien errant, Gérin-Lajoie n’aurait pas manqué de le noter dans son journal intime.P.-G.R.NOS HOMMES PUBLICS Quoique je sois loin d’être, enthousiaste des vertus de la plupart de nos hommes publics, je crois qu’assez souvent nous sommes ingrats à leur égard.Il est bien vrai que quelques-uns d'eux ne méritent guère la reconnaissance du pays, leur principal but.en montant au pouvoir, étant de tirer avantage de leur position dans leur intérêt et dans celui de leurs amis, ou d’exercer de mesquines vengeances contre leurs adversaires ; mais il en est, quoi qu’on dise, qui ont des vues larges, du désintéressement, du patriotisme, et qui ne consentent à prendre le timon des affaires que par devoir, par dévouement.Cependant les hâbleurs politiques, les journalistes exaltés les confondent tous ensemble et les abreuvent d’outrages.Cette manie d’insulter, de dénigrer nos hommes d’état, de leur supposer les plus vils motifs, est tellement de mode aujourd’hui, qu’elle effraie les citoyens honorables dont les conseils et les travaux pourraient rendre de grands services à la patrie.Ils refusent d’embrasser une carrière où leur honneur même est en jeu.Qu’arrivera-t-il si par nos exigences et notre- ingratitude nous les forçons à se confiner dans le repos de la vie privée ?Nous serons laissés à la merci d’esprits sans portée, de caractères sans énergie, d’individus secondaires en tous points, dont la maladresse ou l’inexpérience nous conduiront à notre perte.Oh ! apprenons donc au peuple à reconnaître et apprécier les ser^ vices de nos grands hommes.Ils deviennent plus rares de jour en jour ; tâchons au moins qu'ils ne disparaissent pas tout-à-fait.Gkrin-Lajouv (i) (1) Jean Rivard, économiste. — 330 — LA BONTE DE GERIN-LAJOIE Gérin-Lajoie avait épousé, le 26 octobre 1858.une fille •d'Etienne Parent, qui partageait ses goûts pour la poésie, les lettres, et pour les bonheurs intimes du foyer.Cette femme de si rare distinction fit à son mari l’existence calme, recueillie, élégante, affectueuse et discrète qu’il avait souhaitée pour sa maison.Madame Gérin-Lajoie, que j’eus l’honneur de rencontrer un jour, au soir de sa vie, me disait que le secret d’être heureux c'est de chercher le bonheur dans les mille petites choses qui nous entourent, et de ne le poursuivre jamais dans des événements extraordinaires qui aiguisent l’ambition sans la satisfaire.Paroles de sagesse qui révélaient toute la bonté de son coeur, toute la haute spiritualité de sa vie, et qui contiennent tout le secret des joies intérieures dont s’inonda le foyer de Gérin-Lajoie.C’est dans cette atmosphère de tendresse que s’affina toujours la sensibilité exquise de l’auteur de Jean Rivard.La moindre émotion faisait à ses yeux monter des larmes.Un soir de printemps, Benjamin Suite, qui raconte le fait, se promenait à Aylmer avec Gérin-Lajoie.Tout à coup une douce voix de femme se mit à chanter ; et la douce voix féminine chantait la ballade du Canadien errant.Gérin-Lajoie, ému, troublé jusqu’au fond de l’âme, 11e put écouter sans Pleurer ce refrain qui avait autrefois jailli de ses dix-huit ans.L ne autre fois, à Ottawa, Gérin-Lajoie et Benjamin Suite regardaient de la colline du Parlement, vers la baie où des hommes de cage formaient les radeaux qui, à cette époque, descendaient par l’Outaouais et le Saint-Laurent jusqu à Montréal ou Québec.Le travail venait de cesser, et les “voyageurs" se reposaient.Voici que l’un d'eux, robuste ténor.entonna de sa belle voix dolente: L 11 Canadien errant.Et le chant montait comme une triste complainte dans le si-knee du soir.Cette fois encore Gérin-Lajoie suffoquait d’émotion : les larmes lui montèrent aux yeux ; et Benjamin >ulte.qui fut lui-même le plus original et le plus sensible des hommes, pleurait à côté de son ami., .Meut-on une autre preuve de la sensibilité et de la bonté de Gérin-Lajoie ?Au moment où il achevait son ouvrage sur — 33i — l’établissement du gouvernement responsable, Louis-Philippe Turcotte publiait, en 1871 et 1872, son livre Le Canada sons l’Union.Turcotte redoutait la concurrence de Gérin-Lajoie, et avec raison.11 supplia donc ce dernier de 11e pas publier maintenant son travail afin de ne pas nuire a la vente du sien qui venait de paraître.Gérin-Lajoie, avec un désintéressement qui honore les gens de lettres, se laissa toucher par cette prière.11 jeta son manuscrit au fond d un tiroir, et il ne l’acheva jamais.L’ouvrage, heureusement, était fort avancé, presque fini, et ce fut le Canoda-l'rançais qui, en 1888, six ans après la mort de l’auteur, le publia sous le titre de Dix ans d’Histoire du Canada, 1840-1850.L’abbe Camille Roy (i) L’HISTOIRE DU CANADIEN ERRANT DE GERIN-LAJOIE Je vais vous raconter comment cette chanson célèbre est venue au monde.Il y avait au collège de Nicolet un élève du nom de Pinard qui chantait des airs de marche durant les promenades autorisées.On se plaisait beaucoup a marque! le pas sur les cadences du jeune Pinard, et comme Gérin-’Lajoie venait de voir passer sur le lleuve le navire qui emportait les exilés canadiens déportés en Australie, il conçut le projet de faire chanter a ses camarades une complainte siu ce sujet.Elle fut composée en moins d une heure et, le lendemain, tout le collège retentissait de ces accents.Ce fut comme une traînée de poudre dans le Bas-Canada.L ai 1 } était connu.Les grands chansonniers, comme Bérenger, ont toujours adopté des airs familiers à tout le monde.La population vibra au son des paroles qu’elle entendait parce que c’était l’expression de la pensée populaire.\ ou s dirais-je que ces couplets se sont répandus aux extrémités de 1 Amérique, partout où il y a des Canadiens, et, comme dit le 1 èi e de Smet : “Où les Canadiens-français 11’ont-ils pas pénétré ?” Benjamin Sulte (2) (1) Le Canada Français, vol.XI, 1>- 787 octobre 1667.donne, comme nom de sa femme, Françoise-Charles Desmeni.” "Gérin-Lajoie a voulu personnifier dans l’abbé Leblanc, un ancien curé de Yamachiche, M.Dumoulin, qui avait engagé son père à lui faire faire un cours d’étude.“Louise Routier doit son nom «à une famille Routier que Gérin-Lajoie connut pendant son séjour à Montréal, de 1846 à 1849.M.Routier avait quatre grandes filles, de grande distinction.L’aînée, dit-on, fit une vive impression sur notre auteur.Trop pauvre pour songer à se marier, Gérin-Lajoie crut devoir s’éloigner.11 garda de cette famille le plus affectueux souvenir.” LFS chicanes de paroisses autrefois Il est bien rare qu’on puisse bâtir une église en Canada sans que la discorde n'élève sa voix criarde., Le site du nouvel édifice, les matériaux dont il sera construit, les moyens à adopter pour subvenir aux frais de construction, tout devient 1 objet de discussions animées.On se pique, on s’entête, on pousse l’opiniâtreté si loin, que quelquefois le décret même de 1 évêque ne peut réussir a pacifier les esprits.On composerait un gros volume du récit de toutes les contestations de ce genre qui ont agité le Ras-Canada depuis son établissement.Des scandales publics, des espèces de schisme se sont produits à la suite de ces contestations.Ces divisions si ridicules et si funestes deviennent heureusement plus rares, aujourd hui que les esprits se livrent plus qu’autrefois à la considération des affaires publiques et que les hommes d’opposition quand même trouvent dans les ¦questions de politique générale ou les questions locales les aliments nécessaires à l’exercice de leurs facultés.Gf.rin-Lajoi^ (i) (1) Jean Rivard, économiste. — 334 — CONTRAT DE MARIAGE DE JEAN JARIN (GERIN) PREMIER ANCETRE CANADIEN DE GERIN-LAJOIE Pardevant nous prêtre faisant les fonctions curiales en la paroisse de Ste Anne d'Yamachiche y résidant soussigné et témoins cy après nommés furent présent en personnes Jean Jarin bourgeois de la paroisse des Echelles du diocèse de Grenoble d une part, et françois Grenier habitant résidant au petit amachiche stipulant en cette partie pour Magdeleine Grenier sa tille a ce présente et consentente d’autre part : lesquelles parties de lavis et du consentement de leurs parent et amis présent, sçavoir Joseph Adam François Grenier père françois Grenier tils tous habitant d'Yamachiche : Etienne Herou autre habitant du dit lieu Ont fait les traités accords et convention de mariage qui suivent.Sçavoir que le d.Jean Jarin promet de lavis de ses amis présents prendre librement et sans aucune contrainte la de.magdeleine Grenier pour sa légitime Epouse, laquelle magdeleine Grenier prend volontairement le d.Jean Jarin pour son légitime Epoux pour i celui mariage faire et célébrer en face de l'Eglise le plutost que taire se pourra et qu’avisé sera entre eux* leurs dits parents et amis si dieu et notre mère Ste Eglise y consentent.Seront les dits futur Epoux communs entons bien meubles et immeubles et conquest immeubles aux usages et coutumes de paris giardées en ce pays auxquelles les futur Epoux se soumettent pour l’Exécution du présent Contrat et de toutes clauses ici mentionnées.Ne seront néanmoins les futurs Epoux tenu des dettes ou hypothèques l’un de 1 autre faites et crées avant leurs Epousailles et si aucunes sont elles seront payées et acquittées par et sur les biens de celuy qui les aura faites et crées sans que l’autre et ses biens en soient tenu.Le d.futur Epoux a déclaré prendre la d.future Epouse avec les droits a elle appartenant qui lui sont échus ou lui échoiront par le décès de ses père et mère.En fa\eui duquel futur mariage le d.futur Epoux a doué et doue la de.future Epouse de la somme de trois cent Livres, a prendre sur tous les biens dud.futur Epoux qu’il en a de ce aprésent chargé, affecté a garantir souvenir et faire Valoir led.douaire pour enjouir par elle suivant la de.Coutume de paris sans qu'elle soit tenue le demander en Justice, le preci-put sera Egal et réciproque de la somme de deux cent Livre en meubles suivant la prisée de l’inventaire qui en sera faite ou lade.somme en deniers comptants au choix du survivant.Sera loisible à la future Epouse survivant son dit futur Epoux prendre et accepter lade.Communauté ou y renoncer et en cas de renonciation elle pourra reprendre et Emporter franchement et quittement tout ce qu’elle y aura apporté •ou lu y sera Echu et avenu par donation, succession ou autrement, son dit douaire et preciput tels que dessus sans être tenu d’aucune dette ou hipotèque faites et créés pendant la cle.Communauté encore bien qu’elle s’y fut obligé ou y eut été condamné dont elle sera acquittée et indemnisée sur ses biens ou par ses héritiers et pour laquelle indemnité elle aura hipoteque de ce jourd'huy sur tous les biens dud.futur h',poux.led.françois Grenier donne par les présentes and.Jean Jarin son futur Gendre la jouissance pendant son vivant du terrain qui se trouve depuis la Ligne de Jean Baptiste lacourse a gagner sa vieille grange inclusivement et veut led.grenier conjointement avec marie Joseph Gelinas son Epouse que la part et portion d’héritage de terre qui appartiendra audit Jean Jarin après son décès soit contiguë et adhérante aux deux arpents et demi de terre dont il luy laisse la jouissance sa vie durante, depuis le chemin du Roy en montant au bout de sa dite terre afin que les Batiments que led.Jarin fera ne puissent être dérangés même après le décès dud.françois grenier et marie Gélinas sa femme et led.futur Epoux a déclaré se charger des fossés et clôtures de ligne entre Jean Baptiste Lacourse et led.grenier et pour la bonne amitié que se portent lesd.futurs Epoux l’un à l’autre se font par les présentes don mutuel, viager Egal et réciproque de tous leurs biens venus et avenir tant en meuble que propres et comprend immeubles a ces clauses que le survivant des deux sans Enfants aura la propriété de tous les biens qui seront trouvés en nature après le deces lun de Loutre pour en disposer sera en cas d’Enfant vivant le present •don nul et comme non fait.Car ainsy etc.promettant etc.obligeant etc.renonçant etc.fait et passé au presbytère d’Ya-machiche avant midi le sixième octobre mil sept cent soixan- — 336 — te en présence de françois Grenier, Joseph Adam.Joseph leroy batiste lacourse, augustin Girardin et plusieurs autres, qui ont déclaré ne sçavoir signer lecture faite suivant l’ordonnance—ainsy signé B.leroy, Girardin et chefdeville ptre.L'an mil sept cent soixante le quatorze octobre avant midi En l'Etude et pardevant le notaire Royal soussigné est comparu Joseph Adam habitant de Grand pré lequel a déposé les conventions de mariage d’entre Jean Jarin et Magde-laine Grenier rédigés par Mr Chefdeville prêtre missionnaire de la paroisse de Ste Anne d’Yamachiche le six du présent mois et dont la teneur est cydessus et des autres parts pour être mis au rang de ses minutes et en être délivrés toutes Expedition requises et necessaires auquel appartiendra, fait aux trois Rivières le jour et an cv dessus en présence de Joseph Daviau menuisier et Charles dugré Bourrelier témoins résidant en cette A ille soussigné avec le notaire et à led.déposant déclaré ne sçavoir signer de ce Enquis lecture faite suivant lordonnance ainsy signé a la minute Charles dugré Daviau et du notaire soussigné.Pillard, Notaire Royal (i) LISEZ JEAN RII'A RD La lecture personnelle de Jean Rivard replacera sous vos yeux, toute une série de coutumes et d’habitudes qui s’en vont : elle vous fera donc aimer ce livre non seulement parce qu'il est un excellent manuel d’économie sociale, mais aussi parce qu'il est comme le reliquaire de vieilles choses disparues : et si vous tenez compte de la grandeur du dessein qui l'a inspiré, de la bonhomie et de la simplicité de l’exécution, et de l'influence salutaire qu'il peut avoir sur l’esprit du peuple.vous estimerez que ce roman, malgré ses défauts de composition et de style, quoiqu’un peu plus aride et plus terne, est presque l'égal de eclui que vers le même temps publiait M.de Gaspé : et dans votre bibliothèque vous placerez sans doute Jean Rivard à côté des Anciens Canadiens.L'abbk Camille Roy ( j) U > I.'Echo de Saint-Justin, 1er avril 1924.(- < Bulletin du Parler français, vol.VI.]>.aurs considérées par elle comme d’heureux événements.Ce besoin de sociabilité a fait importer de France ou établir ici, dès les commencements de la colonisation du pays, l’heureuse coutume de faire certains travaux en commun, et de convertir ainsi en un passe-temps agréable des occupations qui sans cela seraient pour le moins ennuyeuses.Au nombre de ces fêtes sociales, célébrées encore dans un certain nombre de paroisses canadiennes, sont les épluchettes de blé-d’Inde.En automne, après la cueillette du maïs, et lorsque les épis détachés un à un de leurs tiges ont été amoncelés dans le hangar ou dans un des grands appartements de la maison, il est d’usage d’inviter les voisins et les voisines à venir, à la veillée, donner un coup de main, pour l’effeuillement des robes.Les femmes et les enfants, et surtout les jeunes filles •et les jeunes garçons ne manquent jamais d'être de la partie.La bande s’assied pêle-mêle sur les monceaux de maïs.Chacun prend un épi d’une main, et de l’autre le dépouille de son ¦enveloppe.Le travail se fait au milieu d'une animation générale et d’un feu roulant de joyeux propos.Le plus souvent même on ne s’en tient pas là, et d'énormes épis encore tout habillés, lancés par des mains agiles, traversent inopinément l’espace, et vont effleurer la joue de quelque malheureux ¦éplucheur, produisant dans leur évolution un remuement général et une hilarité bruyante.De jeunes amoureux, trop éloignés l’un de l’autre pour converser autrement, ont même parfois recours à ce mode de correspondance, aussi rapide que le télégraphe, et d’invention beaucoup plus ancienne.Mais l’incident le plus amusant de la soirée, c’est sans contredit la découverte de l'épi rouge.On sait que cette variété de maïs, que sa couleur pourpre-violette distingue facilement des variétés jaunes et blanches, est si rare qu’à peine s’en trouve-t-il un ou deux épis dans toute une pièce de plu- — 340 — sieurs arpents.Cette grande rareté a fait établir un usage qui, sans cette circonstance, n’eût pas manqué de dégénérer promptement en abus.Il est admis de temps immémorial que l’heureux éplucheur qui trouve un épi de la couleur en question a le privilège d’offrir son épi rouge, comme autre' fois Paris la pomme d’or, à la plus belle de l’assemblce.C’est là généralement le couronnement de la fête ; mais pendant longtemps encore on en parle au village.Gerin-Lajoië (i) GERIN-LAJOIE ET LOUIS HEMON L’honorable sénateur David, dans son dernier ouvrage Au soir de la vie, qui est comme la consécration de sa longue et utile carrière, démontre qu’on trouve dans nos livres canadiens des descriptions des moeurs et de la vie des champs semblables à celles qu’on admire tant dans le roman de Louis Hémon, Maria Chapdclainc.Savez-vous quel est l’ouvrage cité presque exclusivement par M.David pour établir sa thèse ?Le Jean Rivard de Gérin-Lajoie.Entr’autres belles pages de Jean Rivard, M.David cite celles où Gérin-Lajoie raconte les premiers travaux de défrichement de son héros sur la terre qu’il vient d’acheter.M.David admire aussi les pages où Gérin-Lajoie décrit l’opération du brûlage des abattis par Jean Rivard et Pierre Gagnon.Puis, l’honorable sénateur, qui était un intime du regretté sir Wilfrid Laurier, nous donne l’opinion du grand disparu sur Maria Chapdclainc.“Il admirait, dit-il, le roman de Louis Hém®n, mais il croyait que l’auteur avait eu tort de représenter le colon comme un être triste, mécontent de son sort, supportant péniblement les fatigues de son rude labeur et les ennuis de la vie au sein de la forêt.“Au contraire, disait Laurier, sauf quelques exceptions, le défricheur aime son travail et s’y livre gaiement, gardant toujours sa bonne humeur.” P.-G.R.(1) Jean Rivard. 34' LES CHEMINS POUR LES COLONS Tout ceux qui parmi nous ont à coeur le bien-être du peuple et la prospérité du pays regardent avec raison la colonisation des terres incultes comme le moyen le plus discret et le plus sûr de parvenir à l’accomplissement de leurs voeux.Lord Elgin, ce gouverneur dont les Canadiens conserveront à jamais la mémoire parce que dans son administration des affaires de la Province il ne se contenta pas d’être anglais mais qu’il voulut avant tout être juste, lord Elgin disait en 1848 que la prospérité et la grandeur future du Canada “dépendaient en grande partie des avantages qu’on retirerait des terres vacantes et improductives, et que le meilleur usage qu'on en pût faire était de les couvrir d’une population de colons industrieux, moraux et contents.” Toutes les voix canadiennes ont fait écho à celle du noble lord, ou plutôt lord Elgin, en énonçant cette opinion, n’était que l’écho de toutes les voix canadiennes, car depuis nombre d'années les propositions les plus diverses avaient déjà été faites pour atteindre le but en question.Mais de tous les moyens proposés, le plus simple, le plus facile et en même temps le plus efficace 11’est-il pas.de l’aveu de tous, la confection de chemins publics à travers les forêts ?Oui, et ce qui prouve cela de la manière la plus irrécusable, c'est que chaque fois qu’on a établi quelque part de bonnes voies de communication, à peine le fait a-t-il été connu parmi les populations rurales, que les routes se sont bordées d'habitations, et qu’au bout de quelques mois l’épi doré remplaçait partout les arbrisseaux naissants et les chênes séculaires.Si ce moyen si rationnel eût été adopté et mis en pratique, sur une grande échelle, il y a cinquante ans, la face du pays serait entièrement changée ; ces milliers de Canadiens qui ont enrichi de leur travail les états limitrophes de l’Union Américaine se seraient établis parmi nous, et auraient contribué, dans la mesure de leur nombre et de leurs forces, à développer les ressources du pays et en accroître la population.En étudiant les causes qui ont retardé l’établissement du Bas-Canada, et fermé de vastes et fertiles contrées à cîes — 342 — légions d’hommes forts et vaillants, on se sent agité malgré soi de sentiments d'indignation.Mais laissons là le passé ; l’histoire dira tout le mal qu’ont fait à notre population la cupidité insatiable, l’avarice impitoyable des grands et riches •spéculateurs, une politique égoïste, injuste et mesquine, et la mauvaise administration, pendant trois quarts de siècle, de cette belle et intéressante colonie.Sans nous laisser aller aujourd’hui à de justes mais, inutiles regrets, cherchons à réparer autant que possible les maux du passé, et ne portons nos regards que vers l’avenir.Gerin-Lajoie ( i) • * \ / ACTE DE SEPULTURE DU PREMIER ANCETRE CANADIEN DE GERIN-LAJOIE Extrait du registre des baptêmes, mariages et sépultures faits et célébrés en l'église paroissiale de Sainte-Anne d'Yamachiche en mil sept cent quatre-vingt-dix-neuf.L’an mil sept cent quatre-vingt-dix-neuf le vingt-cinq février par moi prêtre soussigné a été inhumé dans le cimetière de cette paroisse le corps de Jean Garin dit Lajoie mort d avant hier en la nuit, époux de défunte Magdelaine Grimer.domicilié agriculteur en cette paroisse, muni de l’extrême onction, âgé d’environ soixante et onze ans, présence Joseph Caron, Joseph Adam qui n’ont su signer de ce enquis.Kimrer, ptre._ Lequel extrait nous prêtre curé soussigné certifions être conforme au registre original.En foi de quoi, nous avons signé le présent extrait et apposé le sceau de notre église, a \ amachiche, le vingt-neuf août mil neuf cent vingt-quatre.N.Caron, ptre, cure.t Le livre de Gérin-Lajoie (Jean Rivard) a un but noble, c est une bonne action.11 montre jusqu où peut atteindre un jeune homme de coeur et ce que peuvent produire dans notre Pays pour le bien général et l’avantage des particuliers, l’intelligence et la force de volonté jointe au travail et à la persévérance.Edmond Lareau (1) Jean Rivard. — 343 — FAIRE SON DEVOIR Comment dois-je employer les années que Dieu m’accorde ?La nature me répond de chercher le bonheur.Mais comment me le procurer ?Voilà le grand point.Pour qui a été élevé dans des principes de religion, et même pour celui qui croit à une religion naturelle et qui n’est pas tout à fait épicurien, la satisfaction de tous ses désirs sensuels ne saurait le rendre heureux.Pour pouvoir goûter un bonheur durable, il faut qu’il puisse se dire, à chacune de ses actions, je crois remplir mon devoir et m’acquitter de ce que je suis appelé dans mon état à faire ici-bas.11 est impossible d’être malheureux, lorsqu’on agit par de tels motifs ; si l’on rencontre des obstacles, si l’on est désappointé, si l’on travaille inu-Element, au moins on a la consolation de se dire : “J’ai fait ce que je devais faire”, et on vit sans remords ; au milieu des passages les plus difficiles, on goûte la paix du coeur.Mais, pour celui que l’ambition, l’avarice, etc, agite ou tourmente, quelle consolation peut-il avoir, lorsque ses efforts sont sans succès, ou qu’il éprouve quelque cruel désappointement ?Aucune.Il faut qu’il ronge en silence son dépit, ou qu’il se suicide.Je dis donc que pour être heureux sur la terre, l’homme doit avoir dans toutes ses actions un but qu’il croit conforme à sa destinée.Là-dessus, il doit consulter son jugement.Maintenant, doit-on se détacher tout à fait de ses semblables, et vivre comme un égoïste en ne pensant qu’à se rendre la vie agréable ?Non, un homme qui adopte ce genre de vie ne saurait vivre heureux, parce qu’il doit avoir des reproches à se faire.11 ne peut toujours éviter de penser que son devoir l’obligeait à se rendre utile à ses semblables, que chacun doit travailler à soulager les maux de l’humanité, et à répandre autant de bonheur que passible autour de soi.S il se croit capable de s’acquitter d’une charge qu’on voudrait lui imposer, il est coupable s’il la refuse.Les hommes sont sujets à tomber dans les excès.Tel qui ne voit pas jour à s’élever aux honneurs, renoncera tout à coup à la vie publique et se cloitra loin des yeux du monde.Ce n’est pas ainsi que doit agir un véritable philantrope, ni tvn vrai patriote.Un, — 344 — homme qui ne cherche que le bonheur de ses semblables et qui agit par vertu, ne se rebute pas, il ne boude pas, il tâche de faire du bien malgré l’opposition qu’on pourrait lui susciter, parce qu’il sait qu’il n'en aura point de remords, et que peut-être on reconnaîtra un jour qu’il avait raison.Gerin-Lajoie (i) LA PERTE DE TEMPS DANS NOS CAMPAGNES lTne des grandes plaies de nos campagnes canadiennes, ¦c’est la perte de temps.Des hommes intelligents, robustes, soi-disant laborieux, passent des heures entières à fumer, causer, se promener d’une maison à l’autre, sous prétexte qu’il n’y a rien qui presse, comme si le cultivateur n’avait pas toujours quelque chose à faire.Vous les verrez, sous le moindre prétexte, aller à la ville ou au village, perdre une journée, deux jours, en cabale d'élection, ou dans une Cour de Commissaires, ou pour faire l’achat d'une bagatelle; vous les verrez souvent revenir à la maison, le sang échauffé, l’esprit exalté, et occupé de toute autre chose que de la culture de leur terre.Je ne parle pas des ivrognes.Le colon ivrogne est un être malheureux, dégradé, qui ne peut prétendre à la considération publique, cpti ne saurait songer à améliorer sa position, et cpti sait bien d’avance qu’il est condamné irrévocablement à vivre dans l’indigence et la crapule.Je ne veux parler que de cette classe d’hommes malheureusement trop nombreuse qui, parfaitement sobres, bons, gais, sociables, ont cependant le défaut de ne pas songer assez à l'avenir.de perdre chaque jour un temps précieux qu’ils pourraient consacrer à accroître leur bien-être et celui de leurs •enfants.Ils ressemblent un peu à nos sauvages chasseurs ; ils ne songent pas au lendemain.Qu’ils tombent malades, qu’ils soient arrêtés par quelque accident, qu’ils décèdent tout-à-coup, leur famille tout entière est à la charge du public.( 1 l Jean Rivard.(IM Jean Rivard.Gkrin’-Lajoie (2) — 345 — LA RECOMPENSE DU TRAVAIL Arrêtons-nous encore un instant devant cette merveilleuse puissance du travail.Qu’avons-nous vu ?Un jeune homme doué, il est vrai, des plus belles qualités du coeur, du corps et de l’esprit, mais dépourvu de toute autre ressource, seul, abandonné pour ainsi dire dans le monde, ne pouvant par lui-même rien produire ni pour sa propre subsistance ni pour celle d’autrui.Nous l’avons vu se frappant le front pour en faire jaillir une bonne pensée, quand Dieu, touché de son courage, lui dit : vois cette terre que j’ai créée; elle renferme dans son sein des trésors ignorés ; fais disparaître ces arbres qui en couvrent la surface ; je te prêterai mon feu pour les réduire en cendres, mon soleil pour échauffer le sol et le féconder, mon eau pour l’arroser, mon air pour faire circuler la vie dans les tiges de la semence.Le jeune homme obéit à cette voix et d’abondantes moissons deviennent tout de suite la récompense de ses labeurs.Qu’on se représente ses douces et pures jouissances en présence de ces premiers fruits de son travail ! Sans moi, se dit-il à lui-même, toutes ces richesses seraient encore enfouies dans le sein de la terre ; grâce à mes efforts, non seulement je ne serai plus désormais à charge a personne, non seulement je pourrai vivre du produit de mes sueurs, et ne dépendre que de moi seul et du Maître des humains, mais d’autres me seront redevables de leur subsistance ! Déjà, par mon travail, je vais être utile a mes semblables !.O jeunes gens pleins de force et d’intelligence qui passez vos plus belles années dans les bras de l’oisiveté, qui redoutez le travail comme l’esclave redoute sa chaîne, vous ne savez pas de quel bonheur vous êtes privés ! Cette inquiétude vague, ces ennuis, ces dégoûts qui vous obsèdent, cette tristesse insurmontable qui parfois vous accable, ces désirs insatiables de changements, de nouveautés, ces passions tyranniques qui vous rendent malheureux, tout cela disparaîtrait comme par enchantement sous l'influence salutaire du travail.11 existe au-dedans de chaque homme un feu secret destiné à mettre en mouvement toute la machine qui compo- — 346 •se son être : ce feu secret, qui comprimé au-dedans de l’homme oisif, y exerce les ravages intérieurs les plus funestes et produit bientôt sa destruction totale, devient chez l’homme actif et laborieux la source des plus beaux sentiments, le mobile des plus nobles actions.Gerin-Lajoie (i) ACTE DE MARIAGE DU PREMIER ANCETRE CANADIEN DE GERIN-LAJOIE Extrait du registre des baptêmes, mariages et sépultures faits et célébrés en l'église paroissiale de Ste-Anne d’Ya-machiche en mil sept cent soixante.“L’an mil sept cent soixante, le sixième jour d’octobre, après la publication de trois bans de mariage pendant trois dimanches consécutifs au prône des messes paroissiales entre Jean Jarin, fils de Joseph Jarin et de Marie Courtin, ses père et mère, de la paroisse des Echelles, diocèse de Grenoble d’une part, et Madeleine Grégner, Idle de François Gré-gner et de Josephte Gélina, ses père et mère, de cette paroisse d’autre part, sans qu’il se soit présenté aucun empêchement, je curé soussigné certifie avoir reçu leur mutuel consentement de mariage et leur avoir donné la bénédiction nuptiale avec les cérémonies prescrites par notre mère la Ste-Eglise Catholique apostolique et romaine présence de François Grégner, d’Augustin Girardin, de Benoist Leroy, de Jo-•sephaur et de plusieurs autres.Girardin et Leroy ont signé, les autres ont dit ne savoir signer.Ainsi signé : Girardin, Leroy, CllEEDEVIIJJv, ETRE.” Lequel extrait nous prêtre curé soussigné certifions être conforme au registre original.En foi de quoi nous avons signé le présent extrait et apposé le sceau de notre église, à Ya-machiche le vingt-neuf août mil neuf cent vingt-quatre.N.Caron, ptrk, cure.(1) Jean Rivard. — 347 — UNE LETTRE DE GERIN-LAJOIE A SON JEUNE FRERE Québec, 16 novembre i86r.Mon cher Denis, Je viens de recevoir ta lettre du 8 octobre dernier que tu as, je suppose, gardée dans ton pupitre jusqu’à hier.Tu aurais dû tue l’envoyer plus tôt ; elle m’a fait beaucoup de plaisir ; elle dénote un véritable progrès chez toi.Ton style est passablement bon, pour un élève de troisième.J’aime beaucoup ton écriture.Elzéar (i) qui m’écrit assez souvent m a toujours donné de bonnes nouvelles sur ton compte ; j’espère que tu continueras à faire aussi bien que par le passé, et même mieux, si c’est possible._ < # Comme je désire te répondre par la malle d’aujourd'hui, je ne puis t’entretenir longtemps.Je vais répondre pourtant à la question que tu me fais, à propos de mon nom.Notre vrai nom de famille n’est pas Lajoie, mais Gérin.Nos ancêtres n’ont jamais été connus en b rance sous le nom de Lajoie.C’est notre bisaïeul qu’on a appelé le premier Lajoie parce qu’il était toujours content et gai.C’est un nom de guerre.Dans mes dernières années de collège, M.Ferland.notre directeur, écrivait toujours mon nom “A.Gérin-Lajoie , et j’ai continué à l’écrire ainsi : cependant le plus souvent je signe A.G.Lajoie.Si je recommençais ma vie, je signerais “À.Gérin” tout simplement, et je vous conseillerais à Elzéar et à toi d’adopter dans votre signature le nom de Gérin.J’ai vu plusieurs contrats de nos grands pères où le nom de Lajoie n’était pas même mentionné.Je voyais même dernièrement des rapports de milice de 1834, 1835, 1836, où le nom de papa était marqué Antoine Gérin tout court.Aies enfants ne signeront que Gérin.Tl importe peu quel nom on porte pendant les quelques années qu’on passe sur la terre, mais a mon avis, plus le nom est court, mieux c’est.Je t’enverrai les Légendes Canadiennes au plus tard lundi prochain, peut-être même aujourd’hui.Je te les aurais envoyées plus tôt si j’eusse pensé que cela te ferait plaisir.Elles sont écrites par un de mes bons amis (M.Casgrain).(1) Son frère, plus tard l'honorable Klzéar Oériu. - 348 - Malgré tout leur mérite, comme oeuvre littéraire, je ne les regarde pas comme modèle de style.Elles manquent de naturel en plusieurs endroits, mais cela ne t’empêchera pas de les lire avec profit.Ecris-moi de temps en temps, et sois sûr que je recevrai toujours tes lettres avec plaisir.Je ne puis pas toujours répondre immédiatement mais cela ne doit pas vous empêcher de m’écrire.Fais bien mes amitiés à Elzéar et crois-moi, cher Denis, Ton frère affectionné, Antoine (i) A PROPOS DU CENTENAIRE DE GERIN-LAJOIE Antoine Gérin-Lajoie a laissé deux oeuvres maîtresses: un roman, Jean Rivard, qui a subi la plus convaincante des épreuves, l'examen et l’approbation de quatre ou cinq générations de lecteurs ; un lu re d’histoire, Dix ans au Canada, qui a recueilli pour l’avenir de précieux documents sur l’une des périodes intéressantes de notre histoire politique.Ce dernier livre, publié après la mort de l’auteur, est relativement peu connu : c’est une pièce de fonds des bibliothèques politiques et historiques.Jean Rivard, au contraire, est avec les Anciens C anadiens et Jacques et Marie l’une des oeuvres les plus populaires que nous possédions.Elles sont toutes les trois sorties du mouvement littéraire et patriotique de i860 et, depuis un demi-siècle et plus, font la joie de publics successifs.Jean Rivard est resté le type du colon instruit, comme Pierre Gagmon, celui du manoeuvre enthousiaste et dévoué, et la délicieuse figure de Louise Routier est l’une des plus gracieuses qu’ait dessinées un crayon canadien.Antoine Gérin-Lajoie nous a laissé plus que des livres : le souvenir d une vie probe, droite et nette.Quand on feuillette les livres d il y a cinquante ou soixante ans, avec leurs portraits parfois cruels, on retrouve presque toujours cette note : Gérin-Lajoie, c est 1 homme sage, hanté par le souci de la terre paternelle, que ses confrères admirent et dont ils parlent avec une sorte de respect.Omer Heroux (2) (1) Archives de la province de Québec.(2) Le Devoir, avril 1024. — 349 — GERIN-LAJOIE, AUTEUR DU MOT CANTON En 1896, un Colon posait la question suivante au Bulletin des Recherches Historiques : “Le mot canton est-il la traduction exacte du mot tmanshift ?Cette traduction est-elle autorisée par nos lois 1 ' Quelques semaines plus tard, feu M.L.-C.Mélanger, avocat distingué du barreau de Sherbrooke, répondait à la question de Colon : "Le mot toivnship est du vieil anglais.11 est dérivé de township, de l’anglo-saxon tunscipc (Tttn, enclos, ville, Scipc, Ship, vaisseau).Du temps des Anglos-Saxons.le territoire occupé par une communauté habitant un patrimoine enclos, une ferme, ou un village renfermé dans certaines limites, formait un township.Dans le sens légal, en Angleterre, ce mot signifie une ville, ou un village, lorsqu’il y en a plus d’une dans une paroisse ; une division de paroisse, au sein de laquelle il y a un constable spécial et des survenants pour les pauvres.Aux Etats-Unis, c est un territoire subordonné à un comté, dont les habitants jouissent de pouvoirs politiques leur permettant d'administrer leurs affaires locales, comme l’entretien des routes publiques, le maintien des écoles, etc._ “Quand à l’origine du mot canton, comme traduction ou équivalent du mot township, je me trouve ici en pays de connaissance.J’occupais alors (1866-1870) le poste de rédacteur du Pionnier.J’étais de l’école des puristes en fait de langue française.Il me semblait qu’il devait y avoir, dans la langue de Louis XIY, un mot équivalent à chaque mot de celle de Shakespeare, et qu’en parlant ou en écrivant en français on doit se servir de mots usités dans cette langue.A la bonne heure, mais comment traduire township ?Je prends mon dictionnaire et j’y trouve que le mot canton signifie “circonscription territoriale comprenant plusieurs communes et formant une subdivision de l’arrondissement.” C’est cela, me dis-je.Un toivnship comprend parfois deux ou trois municipalités, ou communes, et il forme partie d’un comté.Eurêka l c’est trouvé, et voilà le mot lancé dans le Pionnier du temps et il a été accepté dans la langue, même officielle.Voici comment : En 1870, il s’agit de faire la refon- — 350 — te de nos lois municipales.11 y eut à ce propos une grande-convention des intéressés à Sherbrooke : des préfets, des.maires, des conseillers, des secrétaires-trésoriers municipaux, etc, etc.Cette importante réunion dura plusieurs jours.Ses travaux ont produit le Code Municipal, rédigé plus tard par feu M.A.-T.Marsan, sous la direction de Thon.Gédéon Ouimet, alors procureur général, et promulgué le 2 novem-vrc 1871.Durant les débats, les adeptes du mot canton s’en servirent ouvertement, au lieu du mot township, et il était évident (pie le mot allait faire fortune.Mal lui en prit pourtant parmi les traducteurs du Code, à Québec ; car la première version française du Code fut mise au jour avec la tache originelle, township.On avait ajouté à l’article (pie le mot français canton voulait dire la même chose ! Alors à cpioi bon retenir le mot toivnship ?Ce n’est que plus tard, après la régénération par le bon sens sans doute, que le mot canton fut consacré.Aujourd’hui, il est défini comme suit à l’article 19, page 5, du Code Municipal : “Le mot canton désigne tout territoire érigé en canton par proclamation.” "Un jour un adversaire me disait : "Votre carrière aura été stérile pour votre pays.” J’y ai souvent songé depuis, et je commençais à éprouver des doutes sérieux à cet égard.Mais à présent, je me console et j’espère."S'il est vrai (pie celui (pii fait croître un brin d’herbe nouveau, est un bienfaiteur de l'humanité, que dire de ce-hu (pii remplace un mot étranger à notre belle langue et exprimant la même chose ?S’il n’est pas un bienfaiteur de 1 humanité, celui-là, il n’en est pas moins un ami des lettres, car comme 1 a dit un penseur : "S’il n’y a pas de gloire à savoir la grammaire, il y a honte à l'ignorer.” M.Bélanger avait réclamé une priorité (pii ne lui ap-pai tenait pas.M.Raphaël Bellemare écrivait un peu plus tard : M.L.-C.Bélanger, s’est fait un raisonnement très juste a\ aut de traduire le mot anglais township par celui de canton, et nous devons le féliciter du soin qu'il a pris de populariser cette traduction.J1 me permettra bien de rappeler à sa mémoire le nom d un autre éciivain bien distingué et bien respecté qui s’était fait un 1 aisonnement non moins juste pour introduire ce mot de canton dans notre littérature canadienne-française."M.A.Gérin-Lajoie, avant d’écrire son roman Jean Rivard.avait dit à un ami qui s’en souvient : “Bien que la scène de mon roman se passe dans les townships, ie ne me servirai pas de ce mot qui n'est pas français.La Suisse, où l’on écrit et parle le français, nomme cantons ses circonscriptions territoriales à peu près analogues à celles de nos townships ; et ce nom est en usage en France pour désigner les grandes subdivisions des arrondissements.Je vais employer ce mot, à leur exemple.Et de fait, dans Jean Rivard, publié à Québec en 1864, (in lit canton et non pas township.“Depuis ce temps la popularité de ce nom a suivi le progrès de la population française dans ces cantons.M.Bélanger a contribué à ce progrès comme journaliste, YUnion des Cantons de l'Est y a contribué par son titre même qui est une proclamation en permanence ; mais je crois que la priorité appartient au Jean Rivard de M.Gérin-Lajoie.” Et M.Ernest Gagnon, précisant davantage, écrivait, à la suite de M.Bellemare : “Le mot canton comme traduction du mot township, a été employé pour la première fois en 1862, par mon regretté ami M.Antoine Gérin-Lajoie, dans son ouvrage intitulé : Jean Rivard, au volume II des Soirées Canadiennes.“Dans sa grande modestie, M.Lajoie 11e croyait pas au succès de sa traduction, et il ne la risquait qu’avec timidité.On peut lire au volume II des Soirées Canadiennes, au bas de la page 85, la note suivante, écrite par M.Antoine Gérin-Lajoie : “Le mot anglais township n’a pas d’équivalent en français.M.Tocqueville dit que le township tient le milieu entre le canton et la commune.Ce mot est d’usage si général parmi les Canadiens qu’il ne serait guère possible aujourd'hui de lui en substituer un autre.Je me servirai pourtant, (dans le cours de ce récit (Jean Rivard), du mot canton, de préférence au mot township.'' Cette traduction fut, dans le temps, considérée comme une heureuse trouvaille.Il est donc bien établi que Gérin-Lajoie est l’auteur du mot canadien canton.F.-G.R. — 352 — ACTE DE MARIAGE DE GERIN-LAJOIE St-Michael’s Cathedral, Toronto.Antoine Gérin-Lajoie and Josephine Parent were married at St.Michael’s Cathedral, 200, Church St., on the 26th day of October A.D.1858 by Rev.J.-N.Bruyère.V.G., in presence of Sabin Patrie and S.V.Sicotte as witnesses.I certify that the foregoing has been correctly copied from the Marriage Register of the above Church this 29th day of August A.1).1924.Rkvix G.Kiruy ACTE DE SEPULTURE DE GERIN-L.AJOIE Extrait du registre des baptêmes, mariages et sépultures de la paroisse de Notre-Dame, Ottawa, Ont., pour l’année mil huit cent quatre-vingt-deux ( 1882) : "Le sept août mil huit cent quatre-vingt-deux, nous, prêtre soussigné, avons inhumé dans le cimetière de Notre-Dame, lot 684, Antoine Gérin-Lajoie, né à Yamachiche, P.Q.décédé à Ottawa, âgé de cinquante-huit ans, époux de Joséphine Parent, de cette ville.Les témoins ont été Benjamin Suite et Joseph Robert.G.Rouiu.ox, ptrk.” _ Lequel extrait, nous soussigné, vicaire général du diocèse d Ottawa, Ont., certifions être conforme au registre original déposé dans les archives de la dite paroisse.L.-N.Cam pkau, ptrk, V.G.Jean Rivard est surtout un roman social.Et il vaut donc, d abord et avant tout, par la thèse qui y est développée, par 1 intérêt général qu’il comporte, par les scènes de vie coloniale qu il raconte, par le très large tableau rustique qu’il déroule sous les yeux du lecteur.C est 1 impression d ensemble que l’on en reçoit qui fait sa première valeur éducative, et qui lui assurerait pour longtemps, s’il était plus connu, une bienfaisante influence sur 1 esprit de nos populations agricoles.L’abbiî Camille Roy
de

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