Bulletin des recherches historiques : bulletin d'archéologie, d'histoire, de biographie, de numismatique, etc. /, 1 avril 1902, avril
BULL ETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES VOL.8 A VEIL 1902 No 4 UNE CALOMNIE IIISTOKIQUE La mort du comte de Frontenac fut pour ses ennemi', 1 occasion et le sujet d’une anecdote scandaleuse dont les auteurs masquds—ils le sont encore dans notre histoire— se promettaient un succès colossal.De fait, ce potin-là était un chef-d'œuvre de haine et-de (lortidiu.Ce coinm.rago habilement glissé dans les conversations devait sûre-inent tuer, et ù, brève échéance,-la bénnê renommée de madame de Frontenac, la perdre sans retoiVr dans l’estime de ses contemporains en attendue tque l'Histoire confirma, sans recours d'appel, le verdict infamant, prononcé en ptv mi ère instance par le tribunal, toujours rneom pètent, de l'opinion publique.~ On avait donc entendu dire qu'a la mort de monsieur de Frontenac, son cœur, enfermé dans une boite de plomb— d’aucuns prétendent colfret d’argent—avait été envoyé à la comtesse sa femme qui l’avait orgueilleusement refusé disant : “ quelle ne voulait point d un cœur mort qui,rivant, ne lui avait point appartenu !" Et cotte calomnie, luisant boule tie.neige, se grossissait, comme t\ plaisir, tic détails in.dits autant "que persuasifs.Ainsi, le racontar nommait avec un bel aplomb le révérend père récollet dont la mission charitable avail si piteusement échoué auprès île l’inexorable Divine at qui.plus honteux qu’un renard qu’une poule aurait pris, s'en était revenu placer le cœur répudié de Frontenac sur son cercueil où tous — 9S — deux dormirent ensemble près do cent ans ( 1(599-1 i9(J) comme la Belle, nu Bois dos contes de Perrault.Puis était advonu l'incendie du couvent des Iiecollets : alors ceicueil et coffret s'en étaient allés, toujours de compagnie—comme le renard et le boue de la fable—continuer leur somme à la cat h d rale do Québec, primo loco, sous la chapelle de Notro-|)ame-de-Pitié, et secundo loco, sous le parvis du sanctuaire de la cbapello Sainte-Anne, dans la môme église, etc , etc.Toutes et chacune dites pérégrinations constatées par moults bons témoins.Or cette milice posthume n'a pas été conservée mais Inventée par la tradition.Cette tradition, tien moins qit’bis torique, n'est pus d origine française, mais canadienne, qué beeqtioiso seulement.Imaginée de ce côte-ci de I Atlantique cette anecdote malveillante n’ost rapportée par aucun des chroniqueurs et des historiographes front'd is du 1 liètuc ou IBiènie siècle.Rendons hommage, je ne dirai pas à la saga cité, mais au simple bon sens de ces écrivains : aucun d eux m- lit à cet odieux potin l'honneur de le prendre ausTicux.de le considérer même comme un commérage \ raisembl» Me! (1) Seuls quelques auteurs canadiens-français osèrent lui doit uer asile dans leurs ouvrages au risque d en comprotn ¦ 111 ¦ l’autorité auprès des gens sérieux.Sans constater,au ptéala hic, si cette anecdote était tille légitime de l’Histoire, ou eniant naturelle do la Fable ils la publièrent dans leurs livres.Puis les journaux, le» revues, s'en emparèrent et la vulgarisèrent à leur tour dans l’esprit des foules.Mais un roman qui, plus que toutes les œuvres littéraires et historiques do ces auteurs réunies, ivpuudit cette anecdote aux quatre coins de la province de Québec est indéniablement (i) Il convient de remarquer a ini que no* *rands auteurs—le* trois his orient canadiens fram; iis G.um au, Ferlaml, Laverdière— l’ignorent absolument. le François de Bienville de XI.Joseph Marmotte, publié en 1870 (1).1 Voici, en effet, ce que nous lisons, en note, au pied de la page 270 de la première édition • Prontenac, comme chacun «ait, mourut en 1098 et fut “ antern5 dan8 1V-8,i*> d« Récollets.Lors do l’incendie de cette église, le six septembre 1796, on releva les corps qui \ avaient été inhumés.Ceux des personnages importants, ” 0,UriuUr0‘1 celui de M -de Frontenac, furent inhumés dans ’¦ la cathédrale, et, dit-on, sous la chapelle de Notre-Dame 'le I nie.Les cercueils en plomb qui, parait-il, étaient " sur des baires de for dans l’église des Récollets • avaient été en partie fondus par le leu.On retrouva dans " celui de M.de Frontenac une petite boîte eu plomb qui contenait le cœur de l’ancien gouverneur.D’après un* tradition conservée par le Prère Louis, récollet, le eœur - du comte de Frontenac fut envoyé, après sa mort, à «a veuve.Mais laitière comtesse ne voulut pas le recevoir, disant : qu elle ne voulait pas d'un cœur mort qui, vivant • ne lui avait pas appartenu.La boite qui le renfermait • fut renvoyée au Canada et replacée dans le cercueil du comte où on la retrouva après I incendie.” * 1 -Marmotte ajoutait “ Ce* précieux détails inc sont fournis par mon ami,aussi bienveillant qu'éclairé.M ¦ I abbé II.Iî.Casgrain.'’ L année suivante,1871, Mgr Tanguay publiait le premier tome de son fameux Dictionnaire Généalogique.La légende racontée à M.Joseph Marmotte par son ami l'abbé Raymond Casgrain s'y trouvait reproduite.Rn l'acceptant dans son livre l’auteur lui donnait, i/,so facto, non seulement une (i) La premiè c edition fut publié- cher Lc^ur en iSb$, clic/ Beaucheinin Ar Valois M iniiét tlui’.#, paifts 400 cl 401.UroustcAu, en 1S70,—la seconde.I-t tué.ne note %'j trouve r
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