Journal de l'instruction publique, 1 avril 1863, Avril
Volume VII.Montréal, (Bas-Canada) Avril, 1863- No.4.Mc'Æ PEUPif 'O/D'rë »I SOMMAIRE.— Littérature: La Débâcle, par Pli.de Gaspé.—Science: Les Nations à l’Exposition Universelle de Londres, en 1862, deuxième partie : Le Continent Européen.l’Orient et le Nouveau Monde, par E.Levasseur.—Avis Officiels : Erection de Municipalité Scolaire.—Nomination de Commissaires d’Ecole.—Editorial : Le mouvement agricole et l’Ecole d’Agriculture de Ste.Thérèse de Blainville.—Extrait des rapports de MM.les inspecteurs d’école pour 1859 et 1860.(suite.)—Bulletin des Publications et des Réimpressions les plus récentes: Paris, Liège, Bruxelles, Londres, Québec, Montréal.Saint-Hyacinthe.—Petite Revue Mensuelle.—Nouvelles et Faits Divers: Bulletin de l’Instruction Publique.— Bulletin des Lettres.—Bulletin des Sciences.—Annonce :—Aux libraires et aux commissaires d’école.Desbarats et Derbyshire.—Gravures : Vue du Collège de Ste.Thérèse et plan des bâtiments de la ferme modèle.LITTERATURE.La Débâcle.Les voyageurs continuent gaiement leur route ; le jour tombe.Us marchent pendant quelque temps à la clarté des étoiles.La lune se lève et éclaire au loin le calme du majestueux Saint-Laurent.—Ah ça ! vous autres, mes messieurs, dit José, quand vous aurez fini de jaser avec madame la lune, à laquelle j’ignorais qu’on pût conter tant de raisons, vous plairait-i 1 d’écouter un peu le vacarme qui se fait au village de Saint-Thomas ?Tous prêtèrent l’oreille: c’était bien la cloche de l’église qui sonnait à toute volée.—C’est l’angelus, dit Jules d’Haberville.—Oui, reprit José, l’angelus à huit -heures du soir ! —C’est donc le feu, dit Arché.—On ne voit pourtant point de flammes, repartit José ; dans tous les cas, dépêchons-nous ; il se passe quelque chose d’extraordinaire là-bas.Une demi-heure après, en forçant le cheval, ils entrèrent dans le village de Saint-Thomas.Le plus grand silence y régnait ; il leur parut désert : des petits chiens seulement, enfermés dans quelques maisons, jappaient avec fureur.Sauf le bruit de ces roquets, on aurait pu se croire transporté dans cette ville des Mille et une nuits où tous les habitants étaient métamorphosés en marbre.Les voyageurs se préparaient à entrer dans l’église dont la cloche continuait à sonner, lorsqu’ils aperçurent une clarté, et entendirent distinctement des clameurs du côté de la chute, près du manoir seigneurial.S’y transporter fut l’affaire de quelques minutes.La plume d’un Cooper, d’un Châteaubriand, pourrait seule peindre dignement le spectacle qui frappa leurs regards sur la berge de la Rivière-du-Sud.Le capitaine Marcheterre, vieux marin aux formes athlétiques, à la verte aliure, malgré son âge, s’en retournait vers la brune, à son village de Saint-Thomas, lorsqu’il entendit sur la rivière un bruit semblable à celui d’un corps pesant qui tombe à l’eau ; et aussitôt après, les gémissements, les cris plaintifs d’un homme qui appelait au secours.C’était un habitant téméraire nommé Dumais qui, croyant encore solide la glace assez mauvaise déjà qu’il avait passée la veille, s’y était aventuré de nouveau, avec cheval et voiture, à environ une douzaine d’arpents au sud-ouest du bourg.La glace s’était effondrée si subitement que cheval et voiture avaient disparu 60us l’eau.Le malheureux Dumais, homme d’ailleurs d’une agilité remarquable, avait bien eu le temps de sauter du traîneau sur une glace plus forte, mais le bond prodigieux qu’il fit pour échapper à une mort inévitable, joint à la pesanteur de son corps, lui devint fatal : un de ses pieds, s’étant enfoncé dans une crevasse, il eut le malheur de se casser une jambe, qui se rompit au-dessus de la cheville, comme un tube de verre.Marcheterre, qui connaissait l’état périlleux de la glace crevassée en maints endroits, lui cria de ne pas bouger, quand bien même il en aurait la force ; qu’il allait revenir avec du secours.Il courut aussitôt chez le bedeau, le priant de sonner l’alarme, tandis que, lui, avertirait ses plus proches voisins.Ce ne fut bien vite que mouvement et confusion ! les hommes couraient ça et là sans aucun but arrêté ; les femmes, les enfants criaient et se lamentaient ; les chiens aboyaient, hurlaient sur tous les tons de la gamme canine, en sorte que le capitaine, que son expérience désignait comme devant diriger les moyens de sauvetage, eut bien de la peine à se faire entendre.Cependait, sur l’ordre de Marcheterre, les uns courent chercher des câbles, cordes, planches et madriers, tandis que d’autres dépouillent les clôtures, les bûchers, de leurs écorces de cèdre et de bouleau pour les convertir en torches.La scène s’anime de plus en plus ; et, à la lumière de cinquante flambeaux qui jettent au loin leur éclat vif et étincelant, la multitude se répand le long du rivage jusqu’à l’endroit indiqué par le vieux marin.Dumais, qui avait attendu avec assez de patience l’arrivée des secours, leur cria, quand il fut à portée de se faire entendre, de se hâter, car il entendait sous l’eau des bruits sourds qui semblaient venir de loin vers l’embouchure de la rivière.—Il n’y a pas un instant à perdre, mes amis, dit le vieux capitaine, car tout annonce la débâcle.Des hommes moins expérimentés que lui voulurent aussitôt pousser sur la glace les matériaux qu’ils avaient apportés sans les lier ensemble, mais il s’y opposa, car la rivière était pleine de crevasses, et de plus le glaçon sur lequel Dumais était assis, se trouvait isolé d’un côté par les fragments que le cheval avait brisés dans sa lutte avant de disparaître, et de l’autre par une large mare d’eau qui en interdisait l’approche.Marcheterre, qui savait la débâcle non-seulement inévitable, mais aussi imminente d’un moment à l’autre, ne voulait pas exposer la vie de tant de personnes, sans avoir pris toutes les précautions que sa longue expérience lui dictait.r Les uns se mettent alors à encocher à coups de haches les planches et les madriers; les autres les lient de bout en bout • quelques-uns, le capitaine en tête, les hâtent sur la glace, tandis que d’autres les poussent du rivage.Ce pont improvisé était à peine à cinquante pieds de la rive que le vieux marin leur cria: Maintenant, mes garçons, que des hommes alertes et vigoureux 60 JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.me suivent à dix pieds de distance les uns des autres—que tous poussent de l’avant !” Marcheterre fut suivi de près par son fils, jeune homme dans la force de l’âge, qui, connaissant la témérité de son père, se tenait à portée de le secourir au besoin ; car des bruits lugubres, sinistres avant-coureurs d’un grand cataclysme, se faisaient entendre sous l’eau.Chacun cependant était à sou poste, et tout allait pour le mieux : ceux qui perdaient pied s’accrochaient au flottage, et une fois sur la glace solide reprenaient aussitôt leur besogne avec une nouvelle ardeur.Quelques minutes encore, et Dumais était sauvé.Les deux Marcheterre, le père en avant, étaient parvenus à environ cent pieds de la malheureuse victime de son imprudence, lorsqu’un mugissement souterrain, comme le bruit sourd qui précède une forte secousse de tremblement de terre, sembla parcourir toute l’étendue de la Rivière-du-Sud, depuis son embouchure jusqu’à la cataracte d’où elle se précipite dans le fleuve Saint-Laurent.A ce mugissement souterrain succéda aussitôt une explosion semblable à un coup de tonnerre dans le lointain, ou à la décharge d’une pièce d’artillerie du plus gros calibre.Ce fut alors une clameur immense.La débâcle ! la débâcle ! sauvez-vous! sauvez-vous! s’écriaient les spectateurs sur le rivage.En effet, les glaces éclataient de toutes parts, sous la pression de l’eau, qui, se précipitant par torrents, envahissait déjà les deux rives.Il s’en suivit un désordre affreux, un bouleversement de glaces qui s’amoncelaient les unes sur les autres avec un tracas épouvantable, et qui, après s’être élevées à une grande hauteur, surnageaient ou disparaissaient sous les flots.Les planches, les madriers sautaient, dansaient, comme s’ils eussent été les jouets de l’océan soulevé par la tempête.Les amarres et les câbles menaçaient de se rompre à chaque instant.Les spectateurs saisis d’épouvante, à la vue de leurs parents et amis exposés à une mort certaine, ne cessaient de crier du rivage : __sauvez-vous! sauvez-vous! C’eût été, en effet, tenter la Providence que de continuer d’avantage une lutte téméraire, inégale, avec le terrible élément dont ils avaient à combattre la fureur.Marcheterre cependant, que ce spectacle saisissant semblait exalter de plus en plus, au heu de l’intimider, ne cessait de crier: -en avant, mes garçons ! pour l’amour de Dieu, en avant mes amis ! Ce vieux loup de mer, toujours froid, toujours calme, lorsque sur le tillac de son vaisseau, pendant l’ouragan, il ordonnait une manœuvre dont dépendait le sort de tout son équipage, l’était encore en présence d’un danger qui glaçait d’effroi les hommes les plus intrépides.Il s’aperçut, en se retournant, qu’à l’exception de son fils et de Joncas, un de ses matelots, tous les autres cherchaient leur salut dans une fuite précipitée :—Ah ! lâches! s’écria-t-il; bande de lâches ! .Ces exclamations furent interrompues parson fils, qui, le voyant courir à une mort inévitable, s’élança sur lui; et le saisissant à bras-le-corps, le renversa sur un madrier où il le retint quelques instants malgré les étreintes formidables du vieillard.Une lutte terrible s’engagea alors entre le père et le fils ! c’était l’amour filial aux prises avec cette abnégation sublime : l’amour de l’humanité ! Le vieillard, par un effort puissant, parvint à se soustraire à la seule planche de salut qui lui restait; et lui et son fils roulèrent sur la Mace, où la lutte continua avec acharnement.Ce fut à ce moment de crise de vie et de mort, que Joncas, sautant de planche en planche, de madrier en madrier, vint aider le jeune homme à ramener son père sur le pont flottant.Les spectateurs qui, du rivage, ne perdaient rien de cette scene déchirante, se hâtèrent, malgré l’eau qui envahissait déjà la berge de la rivière, de hâler les câbles ; et les efforts decent bras robustes parvinrent à sauver d’une mort imminente trois hommes au cœur noble et généreux.Us étaient à peine, en effet, en lieu de sûreté nue cette0 immense nappe de glace restée jusque-là stationaire, malgré les attaques furibondes de l’ennemi puissant qui l’assaillait de mutes parts, commença, en gémissant, et avec une lenteur majestueuse, sa descente vers la chute pour, de là, se disperser dans le grand fleuve.-, , Tous les regards se reportèrent aussitôt sur Dumais.Cet homme était naturellement très-brave ; il avait fait ses preuves en maintes occisions contre les ennemis de sa patrie ; il avait meme vu la mort de bien près, une mort affreuse et cruelle, lorsque, lie a un poteau où il devait être brûlé vit par les Iroquois, ses amis male-chites ’e délivrèrent.Il était toujours assis à la même place sur son siéve piécaire, mais calme et impassible comme la statue de 1 mort55 II ht bien quelques signes du côté du rivage que l’on crut être un'éternel adieu à ses amis.Et puis, croisant les bras, ou les elevant alternativement vers le ciel, il parut détaché de tous liens terrestres et préparé a franchir ce passage redoutable qui sépare l’homme de l’éternité ! Une fois sur la berge de la rivière, le capitaine ne laissa paraître aucun signe de ressentiment; reprenant, au contraire, son sang-froid habituel, il donna ses ordres avec calme et précision.—Suivons, dit-il, la descente des glaces en emportant tous les matériaux de sauvetage.—A quoi bon ?s’écrièrent ceux qui paraissaient les plus expérimentés : îe malheureux est perdu sans ressource ! —Il reste pourtant une chance, une bien petite chance de 6alut, dit le vieux marin, en prêtant l’oreille à certains bruits qu’il entendait bien loin dans le sud : et il faut y être préparé.La débâcle peut se faire d’un moment à l’autre sur le bras Saint-Nicolas (1) qui est très-rapide, comme vous savez.Cette brusque irruption peut refouler les glaces de notre côté ; d’ailleurs nous n’aurons aucun reproche à nous faire ! Ce que le capitaine Marcheterre avait prédit ne manqua pas d’arriver.Une détonation semblable aux éclats de la foudre se lit bien vite entendre ; et le bras de la rivière, s’échappant furieux de son lit, vint prendre à revers cet énorme amas de glaces qui, n’ayant rencontré jusque-là aucun obstacle, poursuivait toujours 6a marche triomphante.On crut pendant un moment que cette attaque brusque et rapide, que cette pression soudaine refoulerait une grande partie des glaces du côté du nord, comme le capitaine l’avait espéré.Il s’opéra même un changement momentané qui la refoula du côté des spectateurs ; mais cet incident, si favorable en apparence à la délivrance de Dumais, fut d’une bien courte durée ; car le lit de la rivière se trouvant trop resserré pour leur livrer passage, il se fit un temps d’arrêt pendant lequel, s’amoncelant les unes au-dessus des autres, les glaces formèrent une digue d’une hauteur prodigieuse ; et un déluge de flots, obstrué d’abord par cette barrière infranchissable, se répandit ensuite au loin sur les deux rives et inonda même la plus grande partie du village.Cette inondation soudaine, en forçant les spectateurs à chercher un lieu de refuge sur les écors de la rivière, fit évanouir le dernier espoir de secourir l’infortuné Dumais.Ce fut un long et opiniâtre combat entre le puissant element et l’obstacle qui interceptait son cours; mais enfin ce lac immense, sans cesse alimenté par la rivière principale et par ses affluents, finit par s’élever jusqu’au niveau de la digue qu’il sapait en meme temps par la base.La digue, pressée par ce poids énorme, s écroula avec un fracas qui ébranla les deux rives.Et comme la Riviere-du-Sud s’élargit tout à coup, au-dessous du bras Saint-Nicolas, son affluent, cette masse compacte, libre de toute obstruction, descendit avec la rapidité d’une flèche ; et ce fut ensuite une course ettre-née vers la cataracte qu’elle avait à franchir avant de tomber dans le bassin sur les rives du Saint-Laurent.Dumais avait fait, avec résignation, le sacrifice de sa vie : calme au milieu de ce désastre, les mains jointes sur la poitrine, le regard élevé vers le ciel, il semblait absorbé dans une méditation profonde, comme s’il eût rompu avec tous les liens de ce monde materiel.Les spectateurs se portèrent en foule vers la cataracte, pour voir la fin de ce drame funèbre.Grand nombre de personnes, averties par la cloche d’alarme, étaient accourues de l’autre cote de a rivière et avaient aussi dépouillé les clôtures de leurs ecorces de cèdre pour en faire des flambeaux.Toutes ces lumières en se croisant, répandaient une vive clarté sur cette scène lugubre.On voyait, à quelque distance, le manoir seigneurial, longue et imposante construction au sud-ouest de la rivière, et assis sur la partie la plus élevée d’un promontoire qui domine le bassin et court parallèle à la cataracte.A environ cent pieds du manoir s elevait le comble d’un moulin à scie dont la chaussée était attenante a a chute même.A deux cents pieds du moulin, sur le sommet de la chute, se dessinait les reste d’un îlot sur lequel, de temps immemorial, les débâcles du printemps opéraient leur œuvre de destruction.Bien déchu de sa grandeur primitive, car il est probable qu’:l avait jadis formé une presqu’île avec le continent, dont U formait l’extrémité,—cet îlot présentait à peine une surlace de douze pieds carrés à cette époque.De tous les arbres qui lui donnaient autrefois un aspect si pittoresque, il ne restait plus qu’un cèdre séculaire.Ce veteran, qui pendant tant d’années, avait bravé la rage des autans et des debacles périodiques de la Rivière-du-Sud, avait fini par succomber a demi dans celte lutte foimidable.Rompu par le haut, sa tete se balan-çait alors tristement au-dessus de l’abîme, vers lequel, un peu penché lui-même, il menaçait de disparaître bien vile, privant ainsi l’îlot de son dernier ornement.Plusieurs cents pieds séparaient cet îlot d’un moulin à farine situé au nord-est de la cataracte.Par un accident de terrain, cette prodigieuse agglomération de glaces, qui, attirées par la chute, descendaient la nyiere avec a rapidilé d’un trait, s’engouffrèrent presque toutes entre 1 îlot et le (1) Riviere qui coupe la Rivière-du-Sud à angle droit, près du village. JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.61 moulin à farine dont elles rasèrent l’écluse en quelques secondes; puis s’amoncelant au pied de l’écors jusqu’au faîte du moulin, elles finirent par l’écraser lui-même.La glace ayant pris cette direction, le chenal entre le moulin à scie et l’îlot se trouvait relativement à peu près libre.La foule courait toujours le long du rivage en suivant des yeux, avec une anxiété mélée d’horreur, cet homme qu’un miracle seul pouvait sauver d’une mort atroce et prématurée.En effet, parvenu à environ trente pieds de l’îlot, la glace qui emportait Dumais suivait visiblement une direction qui l’éloignait du seul refuge que semblait lui offrir la Providence ; lorsqu’une banquise, qui descendait avec une rapidité augmentée par sa masse énorme, frappant avec violence un de ses angles, lui imprima un mouvement contraire.Lancée alors avec une nouvelle impétuosité, elle franchit la partie de l’îlot que l’eau envahissait déjà et assaillit le vieux cedre, seule barrière qu’elle rencontrait sur la cime de la cataracte., ar ébranlé par ce choc imprévu, frémit de tout son corps ; sa tete déjà misée se sépara du tronc et disparut dans des flots d’écume.Dechaigé de ce poids, le vieil arbre se redressa tout à coup; et athlete encore redoutable, se prépara à soutenir une nouvelle lutte avec d anciens ennemis dont il avait tant de fois triomphé.Cependant Dumais, lancé en avant par ce choc inattendu, saisit je tronc du vieux cèdre qu’il enlaça de ses deux bras avec une étreinte convulsive ; et se soulevant sur une jambe, seul point d appui qui lui restait, il s’y cramponna avec la ténacité d’un mourant, tandis que la glace sur laquelle reposait son pied unique, soulevee par I eau qui augmentait à chaque instant de volume et attirée par deux courants contraires, oscillait de droite et de gauche, et menaçait à chaque instant de lui retirer ce faible appui.Il ne manquait rien à cette scène d’horreur si grandiose! Les flambeaux agités sur les deux plages reflétaient une lueur sinistre sur les traits cadavéreux, sur les yeux glauques et à moitié sortis de leur oibite de cette victime suspendue sur les dernières limites de la mort.Certes, Dumais était un homme courageux! il avait déjà, à diverses époques, fait preuve d’une bravoure héroïque ; mais dans cette position exceptionnelle et inouïe, il lui était bien permis d’etre complètement démoralisé ! * Cependant Marcheterre et ses amis conservaient encore quelaue espoir de salut.n H Avisant sur la plage près du moulin à scie deux grandes pièces de bois carre, ils se hâtèrent de les transporter sur un rocher qui avançait dans la rivière à environ deux cents pieds au-dessus de la chute.En liant chacune de ces pièces avec un câble et les lançant successivement, ils espéraient que le courant les porterait sur 1 îlot.Vain espoir! efforts inutiles! l’impulsion n’était pas assez forte ; et les pièces, empêchées d’ailleurs par la pesanteur des cables, dérivaient toujours entre la plage et l’îlot.Il semblerait impossible d’ajouter une nuance à ce tableau unique dans son atroce sublimité, d’augmenter l’émotion douloureuse des spectateurs pétrifiés à la vue de cet homme prêt à disparaître a chaque instant dans le gouffre béant de la cataracte.Il se passait pourtant sur le rivage une scène aussi sublime, aussi grandiose .c’était la religion rassurant le chrétien prêt à paraître au pied du redoutable tribunal de son juge suprême ! c’était la religion offrant ses consolations au chrétien" prêt à franchir le terrible passage de la vie à la mort.Le vieux curé de la paroisse, que son ministère avait appelé auprès d un malade avant la catastrophe, était accouru sur les lieux du desastre.C était un vieillard nonagénaire de la plus haute stature: le poids des années n’avait pu courber la taille de ce Nestor moderne qui avait baptisé et marié tous ses paroissiens, dont il avait enseveli trois générations.Sa longue chevelure blanche comme la neige, agitée par la brise noctunie, lui donnait un air inspire et prophétique.Il se tenait là, debout sur le rivage les deux mains étendues vers le malheureux Dumais.Il l’aimait• il b avait baptise ; il lui avait fait faire cet acte touchant du culte catholique qui semble changer subitement la nature de l’enfant et le faire participer a la nature angélique.Il aimait aussi Dumais parce qu il l’avait marie a une jeune orpheline qu’il avait élevée avec tendresse et que cette union rendait heureuse; il l’aimait parce qu u avait baptisé ses deux enfants qui faisaient la joie de Il était là, sur le rivage, comme l’ange des miséricordes, l’exhortant a la mort et lui donnant non-seulement toutes les consolations que son ministère sacré lui dictait, mais aussi lui ' adressant ces paroles touchantes qu’un cœur tendre et compatissant peut seul inspirer.Il le rassurait sur le sort de sa famille dont le Seigneur de Beaumont prendrait soin, quand, lui, vieillard sur le bord de sa fosse, n existerait plus.Mais voyant que le péril devenait de plus en plus imminent, que chaque nouvelle secousse imprimée a 1 arbre semblait paralyser les forces du malheureux Dumais il fit un grand effort sur lui-même et lui cria d’une voix forte qu’il tâchait de raffermir, mais qui se brisa en sanglots : “ Mon fils, “ faites un acte de contrition, je vais vous absoudre de tous vos “ péchés.” Le vieux pasteur, après avoir payé ce tribut de sensibilité à la nature, reprit d’une voix forte qui s’éleva vibrante au milieu du bruit assourdissant de la cataracte : “ Mon fils, au nom du Dieu “ tout-puissant, au nom de Jésus-Christ, son fils, qui m’a donné “ les pouvoirs de lier et de délier sur la terre, au nom du Saint-“ Esprit, je vous absous de tous vos péchés.Ainsi-soil-il !” Et la foule répéta en sanglotant:—Ainsi-soit-il ! La nature voulut reprendre ses droits sur les devoirs de l’homme de Dieu ; et les sanglots étouffèrent de nouveau sa voix; mais dans celte seconde lutte, le devoir impérieux du ministre des autels vainquit encore une fois la sensibilité de l’homme et du vieillard.—A genoux ! mes frères, dit-il, je vais réciter les prières des agonisants.Et Ja voix du vieux pasteur domina de nouveau celle de la tempête, lorsqu’il s’écria, les deux mains étendues vers l’holocauste : “ Partez de ce monde, âme chrétienne, au nom de Dieu le Père “ tout-puissant qui vous a créée; au nom de Jésus-Christ, fils du “ Dieu vivant, qui a souffert pour vous ; au nom du Saint-Esprit “ qui vous a été donné ; au nom des Anges et des Archanges ; au “ nom des Trônes et des Dominations ; au nom des Principautés “ et des Puissances ; au nom des Chérubins et des Séraphins ; au “ nom des Patriarches et des Prophètes ; au nom des Saints Apôtres “ et des Evangélistes ; au nom des Saints Moines et Solitaires; au “ nom des Saintes Vierges et de tous les Saints et Saintes de Dieu.“ Qu’aujourd’hui votre séjour soit dans la paix, et votre demeure “ dans la Sainte Sion.Par Jésus-Christ notre Seigneur.Ainsi-“ soit-il.” Et les spectateurs répétèrent en gémissant :—“Ainsi-“ soit-il.” (lj Un silence de mort avait succédé à cette scène lugubre, quand tout à coup des cris plaintifs se firent entendre derrière la foule pressée sur le rivage : c’était une femme, les vêtements en désordre, les cheveux épars, qui, portant un enfant dans ses bras et traînant l’autre d’une main, accourait vers le lieu du sinistre.Cette femme était l’épouse de Dumais qu’un homme officieux avait été prévenir, sans précaution préalable, de l’accident arrivé à 6on mari dont elle attendait à chaque instant le retour.Demeurant à une demi-lieue du village, elle avait bien entendu e tocsin ; mais seule chez elle avec ses enfants qu’elle ne pouvait laisser, elle s’était résignée, quoique très-inquiète, à attendre J’ar-nvee de son mari pour se faire expliquer la cause de cette alarme.Cette femme, à la vue de ce qu’elle avait de plus cher au monde suspendu au-dessus de l’abîme, ne poussa qu’un seul cri, mais un cri si déchirant qu’il pénétra comme une lame d’acier dans le cœur des spectateurs ; et, perdant aussitôt connaissance, elle tomba comme une masse inerte sur le rivage.On s’empressa de la transporter au manoir seigneurial où les" soins les plus touchants lui furent prodigués par Madame de Beaumont et sa famille.Quant à Dumais, à l’aspect de sa femme et de ses enfants, une espece de rugissement de jaguar, un cri rauque, surhumain, indéfinissable, qui porta l’effroi dans l’âme des spectateurs, s’échappa de sa poitrine oppressée ; et il sembla tomber ensuite dans un état d insensibilité qui ressemblait à la mort.Ce fut au moment précis où le vieux pasteur administrait le sacrement de pénitence, que Jules d’Haberville, Arche de Locheill et leur compagnon arrivèrent sur les lieux.Jules fendit la foule et prit place entre le vénérable curé et son oncle de Beaumont • Arché au contraire, s’avança sur le rivage, se croisa les bras, saisit d’un coup d œil rapide tout l’ensemble de cette scène de désolation et calcula les chances de salut.Après une minute de réflexion, il bondit plutôt qu’il ne courut vers le groupe où se tenait Marcheterre ; et, tout en se dépouillant a la hâte de ses vêtements, il lui donna ses instructions.Ses paroles turent breves, claires et concises :—Capitaine je nage comme un poisson, j ai 1 haleine d’un amphibie; le danger n’est pas pour moq mais pour ce malheureux, si je heurtais la glace en l’abordant.Arretez-moi d abord à une douzaine de pieds de l’îlot, afin de mieux calculer la distance et amortir ensuite le choc: votre expérience fera le reste.Maintenant une corde forte, mais aussi légère que possible, et un bon nœud de marin." U dit; et tandis que le vieux capitaine lui attachait l’amarre ti L aut«ur na pas craint de citer au long cette incomparable exhor-“* “ • LeS prieres de a llturg'e catholi pie sont malheureusement tron peu connues et appréciées.Quoi de plus sublime que cette prière nue le pretre adresse a l’âme du moribond au moment où, se dé^geant^de Diet?m°rtelle’ eUe va s’eDVoIer au Pied dl‘ tribunal redoutable de 52 JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.un seul avait baissé avec abondance la l’illusion d’un rêve sous les bras, il se ceignit lui-même le corps d’une autre corde, dont il fit un petit rouleau qu’il tint dans la main droite ; ainsi préparé, il s’élança dans la rivière où il disparut un instant ; mais quand il revint sur l’eau, le courant l’entraînait rapidement vers le rivage.11 fit alors tous les efforts prodigieux d’un puissant nageur pour aborder l’îlot, sans pouvoir réussir : ce que voyant Marche-terre, il se hâta, en descendant le long de lew crève, de le ramener à terre avant que ses forces fussent épuisées.Une fois sur le rivage, de Locheill reprit aussitôt sa course vers le rocher.Les spectateurs respirèrent à peine lorsqu’ils virent Arche se précipiter dans le« flots pour secourir Dumais qu’ils avaient désespéré de sauver.Tout le monde connaissait la force herculéenne de de Locheill, et ses exploits aquatiques dans les visites fréquentes qu’il faisait au Seigneur de Beaumont avec son ami Jules, pendant leurs vacances du collège.Aussi l’anxiété avait-elle été à son comble pendant la lutte terrible du jeune homme repoussé sans cesse vers le rivage, malgré des efforts qui semblaient surhumains ; et un cri de douleur s’était échappé de toutes les poitrines en voyant la défaite.Jules d’Haberville n’avait eu aucune connaissance de cette tentative de sauvetage de son ami de Locheill.D’une natuie tiès-irrTpressionable, il n’avait pu soutenir, à son arrivée sur la plage, le spectacle déchirant d’une si grande infortune.Après regard empreint de la plus ineffable compassion, i les yeux vers la terre et il ne les en avait plus détachés.Cet homme suspendu par un fil sur ce gouffre béant, ce vieux et vénérable prêtre administrant à haute voix, sous la voûte des cieux, le sacrement de pénitence, ces prières des agonisants adressées a Dieu pour un homme dans toute la force de la virilité, cette sublime évocation qui ordonne à l’âme, au nom de toutes les puissances célestes, de se détacher d’un corps où coule sève vigoureuse de la vie, tout lui semblait affreux ! , , Jules d’Haberville, entièrement absorbe par ces emotions navrantes, n’avait donc eu aucune connaissance des efforts qu’avait faits son ami pour sauver Dumais.Il avait bien entendu, après la tentative infructeuse de de Locheill, les cris lugubresde la foule qu il avait attribués à une nouvelle péripétie de cette scene de desolation, dont il détournait ses regards.Ce n’était pas un lien ordinaire entre amis qui 1 attachait a son frère par adoption ; c’était cet amour de David et de Jonathas, plus aimable, suivant l’expression emphatique de l’Ecriture, que 1 amour d’aucune femme! Jules n’épargnait pas ses railleries a Arche, qui ne faisait qu’en rire, mais c’était son bien a lui, auquel il ne pei-mettait à personne de toucher.Malheur à celui qui eut offense de Locheill devant l’impétueux jeune homme ! D’où venait cette grande passion?il n’y avait pourtant, en apparence, aucun rapport dans leur caractère.Arche était plutôt froid au’expansif ; tandis qu’une exubérance de sentiments exaltes c.ebor-dait dans l’âme de Jules.Il y avait néanmoins une similitude bien précieuse : un cœur noble et généreux battait sous la poitrine des tlejosi!'lurqS^1n’avait rien perdu des préparatifs de de Locheill à son arrivée et qui connaissait la violence des passions d Haberville, son jeune maître, s’était glissé derrière lui, prêt à comprimer par la force physique cette âme fougueuse et indomptable.L’anxiétédes spectateurs fut à son comble a la seconde tentative d’Arché pour sauver Dumais, qu’ils croyaient perdu sans ressource aUTous les yeux étaient tournés, avec un intérêt toujours croissant, vers ce malheureux dont le tremblement convulsif annonçait qu il nerdait graduellement ses forces à chaque secousse du vieux cedre et à chaque oscillation de la glace qui roulait sous son pied.La voix brisée du vieux pasteur, criant pitié au Dieu des miséricordes, interrompait seule ce silence de la tombe., ., Les premiers efforts inutiles de de Locheill n avaient fait que 1 exalter d’avantage dans son œuvre de dévouement philanthiopique .il avait fait, avec une abnégation bien rare, le sacrifice de sa vie.La corde, sa seule chance de salut, pouvait se rompre J°rsqu_ * ® serait surchargée d’un double poids, et exposee d ailleurs, comme elle le serait sans relâche, à l’action d’un torren impétueux.U était aussi trop habile nageur pour ignorer le danger """"" imminent homme incapable de en outre à demeurer atteint le rivage.szssssis-si-ü « •» * *• " de tactique ; c’est ce rouleau que je tenais dans ma main droite qui a d’abord paralyse mes forces, lorsque je me suis élancé dansV rivière, et ensuite lorsque J ai voulu aborder l’îlot.Il élargit alors le diamètre du nœud de la corde qu’il passa de son épaule droite sous son aisselle gauche, pour laisser toute liberté d’action à ses deux bras.Ces précaulions prises, il fit un bond de tigre, et, disparaissant aussitôt sous les flots qui l’emportaient avec la vitesse d’un cheval lancé à la course, il ne reparut qu’à environ douze pieds de l’ilôt, arrêté par la corde que raidit Marche-terre, ainsi qu’ils en étaient convenus.Ce mouvement pensa lui être funeste, car, perdant l’équilibre, il fut renversé la tête sous l’eau, tandis que le reste de son corps surnageait horizontalement sur la rivière.Son sang-froid, très-heureusement, ne l’abandonna pas un instant dans cette position critique, confiant qu’il était dans l’expérience du vieux marin.En effet celui-ci, lâchant tout à coup deux brasses de l’amarre par un mouvement saccadé, de Locheill, se servant d’un de ces tours de force connus des habiles nageurs, ramena subitement ses talons à s’en frapper les reins ; puis se raidissant les jambes pour battre l’eau perpendiculairement, tandis qu’il secondait cette action en nageant alternativement des deux mains, il reprit enfin l’équilibre.Présentant alors l’épaule gauche pour se préserver la poitrine d’un chcc funeste à lui et à Dumais, il aborda le lieu du sinistre avec la vitesse de l’éclair.Dumais, malgré son état de torpeur apparente, malgré son immobilité, n’avait pourtant rien perdu de tout ce qui se passait.Un rayon d’espoir, bien vite évanoui, avait lui au fond de son cœur déchiré par tant d’émotions sanglantes à la vue des premières tentatives de son libérateur ; mais cette espérance s’était ravivée de nouveau en voyant le bond surhumain que fit de Locheill en s’élançant de la cime dü rocher.Celui-ci avait à peine en effet atteint la glace où il se cramponnait d’une seule main, pour dégager de l’autre le rouleau de corde qui l’enlaçait, que Dumais, lâchant le cèdre protecteur, prit un tel élan sur sa jambe unique, qu’il vint tomber dans le bras d’Arché.Le torrent impétueux envahit aussitôt l’extrémité de la glace, qui, surchargée d’un double poids, se cabra comme un cheval fougueux.Et cette masse lourde, que les flots poussaient avec une force irrésistible, retombant sur le vieux cèdre, le vétéran, après une résistance inutile, s’engouffra dans l’abîme, entraînant dans sa chute, une portion du domaine où il avait régné en souverain pendant des siècles.Ce fut alors une immense clameur sur les deux rives de la Rivière-du-Sud : accalamation triomphante des spectateurs les plus éloignés et cri déchirant d’angoisse sur la rive la plus rapprochée du théâtre où s’était joué ce drame de vie et de mort.En effet tout avait disparu comme si la baguette d’un enchanteur puissant eut frappé la scène et les acteurs qui avaient inspiré un intérêt si palpitant d’émotions.Le haut de la cataracte n’offrit plus dans toute sa largeur entre les deux rives que le spectacle attristant des flots pressés, qui se précipitaient dans le bassin avec un bruit formidable, et le rideau d’écume blanche qui s’élevait jusqu’à son niveau., .Jules d’Haberville n’avait reconnu son ami qu’au moment où il s’était précipité, la seconde fois, dans les flots.Souvent témoin de ses exploits natatoires, connaissant sa force prodigieuse, il n’avait d’abord montré qu’un étonnement mêlé de stupeur ;mais quand il le vit disparaître sous l’eau, il poussa ce cri délirant que fait une tendre mère à la vue du cadavre sanglant de son fils unique ; et, en proie à une douleur insensée, il allait se précipiter dans le torrent, quand il se sentit étreint par les deux bras de fer de José.Supplications, menaces, cris de rage et de désespoir, coups dé-sespéiés, morsures, tout fut inutile pour faire lâcher prise au ndele serviteur.C’est bon, mon cher Monsieur Jules, disait José : frappez, mordez, si ça vous soulage, mais au nom de Dieu, calmez-vous ! votie ami va bientôt reparaître, vous savez qu’il plonge comme un marsouin et qu’on ne voit jamais l’heure qu’il reparaisse, quand une fois il est sous l’eau ! calmez-vous, mon cher petit Monsieur Jules, vous ne voudriez pas faire mourir ce pauvre José qui vous aime tant, qui vous a tant porté dans ses bras ! votre père m’a envoyé vous chercher à Québec ; je réponds de vous corps et âme, et il n y aura pas de ina faute, si je manque à vous ramener vivant.Sans cela, voyez-vous, Monsieur Jules, une bonne balle dans la tete du vieux José.Mais tenez, voilà le capitaine qui hâle I amarre a force de bras ; et soyez sûr que Monsieur Arché est au bout et plein de vie., ., , En effet, Marcheterre aidé de ses amis, s empressait, tout en descendant le long de la grève, de retirer, à fortes et rapides brassées, la corde à laquelle il sentait un double poids.Il leur fallut de grands efforts pour dégager de Locheill, une fois en sûreté sur la plage, de l’étreinte de Dumais qui ne donnait pourtant aucun signe de vie.Arché, au contraire, délivré ne cette étreinte qui l’étouffait, vomit trois à quatre gorgées d’eau, respira bruyamment et dit : JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.53 —Il n’est pas mort ; il ne peut être qu’asphyxié ; il vivait il y a une minute à peine.On se hâta de transporter Dumais au manoir seigneurial où des soins empressés et entendus lui furent prodigués.Au bout d’une demi-heure, des gouttes d’une sueur salutaire perlèrent sur son front, et à l’expiration d’une autre demi-heure, il rouvrait des yeux hagards, qu’il promena longtemps autour de lui et qui se fixèrent enfin sur le vieux curé.Celui-ci approcha son oreille de la bouche de Dumais, et les premières paroles qu’il recueillit furent: “ Ma femme ! mes enfants ! Monsieur Arché !” —Soyez sans inquiétude, mon cher Dumais, dit le vieillard : votre femme est revenue de son évanouissement, mais comme elle vous croit mort, il me faut de grandes précautions pour lui annoncer votre délivrance : tant d’émotions subites pourraient la tuer.Aussitôt qu’il sera prudent de Je faire, je l’amènerai prés de vous ; je vais I y préparer.En attendant voici M.de Locheill, à qui, après Dieu, vous devez la vie.A la vue de son sauveur, qu'il n’avait pas enqore distingué des auties assistants, il se fit une réaction dans tout le système du malade.Il entoura Arché de ses bras, et pressant ses lèvres sur sa joue, des larmes abondantes coulèrent de ses yeux.Comment m’acquitter envers vous, dit-il, de ce que vous avez lait poui moi, pour ma pauvre femme et pour mes pauvres enfants ! ~~n recouvrant promptement la santé, dit gaiement de Locheill.Le Seigneur de Beaumont a fait partir un émissaire à toute bride poui amener le plus habile chirurgien de Québec, et un autre émissaire pour préparer des relais de voitures sur toute la route ; en sorte que demain, à midi, au plus tard, votre mauvaise jambe seia si bien collée, que dans deux mois vous pourrez faire à l’aise le coup de fusil avec vos anciens amis les Iroquois.Loisque le vieux pasteur entra dans la chambre où l’on avait tianspoité sa fille d’adoption, elle était à demi couchée sur un lit, tenant son plus jeune enfant dans ses bras, tandis que l’autre dormait a ses pieds.Pâle comme la statue de la mort, froide et insensible à tout ce que Madame de Beaumont et d’autres dames du village pouvaient lui dire pour calmer son désespoir, elle répétait satis cesse : mon mari ! mon pauvre mari ! je n’aurai pas même la triste consolation d’embrasser le corps froid de mon cher mari, du pere de mes enfants ! En apercevant le vieux curé, elle s’écria, les bras tendus vers lui : j, 'st-ce vous, mon père, qui m’avez donné tant de preuves d affection depuis mon enfance, qui venez maintenant m’annoncer que tout est fini ! Oh ! non ! je connais trop votre cœur: ce n’est pas vous qui vous êtes chargé d’un tel message pour l’orpheline que vous avez élevée ! Parlez, je vous en conjure, vous dont la bouche ne proféré que des paroles consolantes ! Votre époux, dit le vieillard, recevra une sépulture chrétienne.^ esJ donc mort ! s écria la pauvre femme ; et des sanglots s échappèrent pour la première fois de sa poitrine oppressée.L était la réaction qu’attendait le vieux pasteur."T^a °heie fille, reprit-il, vous demandiez comme faveur unique, il il y a qu un instant, d’embrasser le corps inanimé de votre mari, et Dieu vous a exaucée.Ayez confiance en lui, car la main puissante, qui 1 a retiré de l’abîme, peut aussi lui rendre la vie.La jeune femme ne répondit que par de nouveaux sanglots.C est le même Dieu d’ineffable bonté, continua le vieux pasteur, qui dit a Lazare dans la tombe : “ Levez-vous, mon ami, je vous ’ordonne.” Tout espoir n’est pas perdu, car votre mari dans son état u horribles souffrances.La pauvre jeune femme, qui avait écouté jusque-là son vieil ami sans trop le comprendre, sembla s’éveiller d’un affreux cauchemar, et, pressant dans ses bras ses deux enfants endormis, elle s’élança vers Ja porte.T Peindre l’entrevue de Dumais avec sa famille, seiait au-dessus de toute description.L’imagination seule des âmes sensibles peut y suppléer.Il est souvent facile d’émouvoir en offrant un tableau de malheur, de souffrances atroces, de grandes infortunes : mais s agit-il de peindre le bonheur, le pinceau de l’artiste s’y refuse et ne trace que de pâles couleurs sur le canevas.;A!lo,ist S0UPer maintenant, dit M.de Beaumont, à son ancien et veneiabie ami ; nous en avons tous grand besoin ; surtout ce noble et courageux jeune homme, ajouta-t-il en montrant de Locheill.- Doucement, doucement, mon cher Seigneur, dit le vieux curé.1 nous reste un devoir plus pressant à remplir : c’est de remercier Dieu dont la protection 6’est manifestée d’une manière si éclatante ! Tous les assistants s’agenouillèrent ; et le vieux curé, dans une courte, mais touchante prière, rendit grâce à Celui qui commande a la met en courroux, à Celui qui tient, dans ses mains puissantes, la vie et la mort de ses faibles créatures.Ph.De Gaspé.Les Anciens Canadiens.SCIENCE.Ices nations à l’Exposition Universelle de Londres en 1862.DEUXIÈME PARTIE.LE CONTINENT EUROPÉEN.—L’ORIENT ET LE NOUVEAU MONDE.I.—l’europe.Quand on avait passé une semaine à parcourir les innombrables galeries dans lesquelles s’étalaient ou se groupaient sous mille formes diverses les produits anglais, on avait fait une revue à peu près complète de l’industrie moderne.Ce n’était pas sans fatigue sans doute ; mais on était largement payé de sa peine en contemplant toutes les transformations que le génie de l’homme fait subir à la matière.La poésie vante la richesse et la munificence de la nature.La science est loin de contredire la poésie, puisqu’elle enseigne que Ja nature est le réservoir commun de tout ce qui naît et meurt, et que nous ne possédons rien que nous ne tirions de son fonds ; mais elle sait aussi que ce fonds lui-même n’est inépuisable qu’autantque l’intelligence de Phomme s’applique à l’exploiter et à l’entretenir, et que d’ailleurs il fournit seulement des aliments, peu variés, et d’informes matériaux : la nature, même revêtue de sa plus luxuriante parure, n’offre pour abri que le feuillage de ses forêts ou la dépouille de ses animaux.C’est l’industrie qui pétrit la terre en briques et en tuiles, qui coupe la roche en pierres de taille, en ardoises, qui fond les minerais, dont elle tire des myriades de produits, depuis le simple clou jusqu’à la locomotive c’est l’industrie qui file et tisse Ja toison des brebis ou le duvet de cer.taines graines, qui compose les plus riches étoffes avec les fils d’une chenille.L’industrie, c’e6t le cachet que l’homme imprime à la nature, et l’empreinte est d’autant plus profonde que la civilisation est plus avancée.Un peuple sauvage ne sait encore imposer à la matière qu’un petit nombre de formes grossières ; dans 1e tronc d’un arbre, il creuse un canot, et d’une pierre qu’il aiguise il fait une hache : ses idées, ses moyens d’action, ses besoins sont trop bornés pour lui permettre d’aller au delà.Une nation comme celle qui habite la Grande-Bretagne fait en quelque sorte disparaître sous les modifications innombrables du travail la matière première qu’elle plie aux usages les plus divers, toujours prêle à satisfaire tout besoin, à prévenir, à solliciter même le désir.Quand on voit étalé sous ses yeux tout ce que peut donner, dans ses applications les plus diverses, l’industrie manufacturière, depuis l’humble travail de la tricoteuse, qui, dans les montagnes de l’Ecosse, fait des bas en gardant ses troupeaux, jusqu’aux gigantesques usines qui pétrissent sous leurs marteaux dés masses énormes de fer d’où jaillit la flamme, et aux fabriques où des métiers, alignés par centaines et mus par une même force, tissent chaque jour assez d’étoffe pour couvrir une ville entière, on se prend à comparer les dons de la nature et les conquêtes de l’homme, la munificence de l’une, qui sème la vie au hasard et prodigue ses créations, et la puissance de l’autre, qui tourne à son profit ces forces désordonnées, qui, par la discipline que leur impose son bras et son intelligence, en centuple l’effet utile, et même le plus souvent, véritable créateur, fait naître l’utilité là où la nature semblait n’avoir mis qu’obstacle et danger ; au milieu de la prodigieuse réunion de produits en tout genre exposés dans un même lieu par l’industrie d’une grande nation, on acquiert aisément la conviction que la véritable richesse, celle qui donne à un peuple les moyens de vivre de la vie civilisée, et que la jouissance, loin d’épuiser, accroît sans cesse, est la richesse due au travail, la richesse dans laquelle la matière ne sert qu’à prêter une forme sensible à une émanation de la pensée humaine.Un pareil spectacle, envisagé de ce point de vue, a sa grandeur propre, comme les beautés^de la nature, et laisse dans l’esprit une impression morale.Il n’y avait que la Grande-Bretagne qui présentât dans son ensemble cet aspect imposant, et qui donnât la série complète des transformations de la matière ; les autres nations n’en avaient que des fragments.La cause principale de cette différence, nous l’avons déjà dit, c’est que l’Angleterre était chez elle, et que ses exposants n’hésitaient pas plus à envoyer par le chemin de fer un marteau-pilon qu’un châle de dentelle.D’ailleurs, l’Angleterre tient le premier rang parmi les nations industrielles.Les Etats du continent européen fournissent au commerce extérieur un total de 16 milliards et demi, y compris la France, qui figure dans ce nombre pour 4 millards ; à elle seule, l’Angleterre dépasse 8 milliards, 64 JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.c’est-à-dire que son commerce équivaut à la moitié du commerce que font les autres Etats de l’Europe réunis : toutes choses égales d’ailleurs, elle aurait eu droit au tiers de la place.Si une pareille exposition avait été possible au XVIle siècle, à une époque où les nations prenaient un sorn jaloux de leur industrie et l’enfermaient derrière une triple barrière de règlements, de prohibitions et de tarifs, un transept eût suffi pour contenir les richesses industrielles du monde entier, et on se serait promené comme dans un désert sous les voûtes du palais de Kensington, où se pressaient cette année tant de richesses amoncelées, qu’à peine les visiteurs pouvaient-ils, en certains endroits, se frayer un passage.Le spectacle eût été tout autre que de nos jours: chaque nation aurait eu sa physionomie particulière qui l’eût fait reconnaître de prime abord.La France aurait brillé entre toutes par la variété de ses produits ; à côté des vins, des céréales et des laines, elle aurait montré ses tissus, toiies, draps et soieries, dont Colbert s’était appliqué à accroître la production et avait prétendu fiver la qualité ; elle aurait montré sa bonneterie, ses dentelles, ses tapisseries des Gobelins, ses modes peut-être, car elle commençai; à donner le ton en Europe, et les souverains étrangers, les yeux fixés sur le grand roi, cherchaient à imiter dans leurs palais les splendeurs de Versailles.Mais combien les caprices de la mode eux mêmes étaient-ils contenus par l’impuissance de l’industrie ! Les procédés de fabrication étaient partout les mêmes : la composition des trames et des chaînes, invariablement déterminée, imposée même sons des peines sévères ; le choix des dessins, limité comme le nombre ] des marches que comportait l’ancien métier.L’Angleterre aurait eu un rôle plus modeste qu’aujourd’hui ; elle connaissait la houille et fabriquait le fer ; mais ces deux éléments de production n’étaient que d’une utilité secondaire tant que la vapeur n’avait pas révélé leur puissance ; son étain et ses laines fines, dont elle prohibait l’exportation, faisaient alors sa gloire; sa bonneterie, sa dentelle, sa quincaillerie et ses lainage ne venaient qu’en seconde ligne.La Hollande était ce qu’est aujourd’hui l’Angleterre, le grand entrepôt des produits du monde entier ; on l’aurait facilement reconnue à ses épices, qui l’enrichissaient beaucoup plus que ses manufactures de draps et de toiles.On aurait reconnu également la, Flandre à ses lins; le Portugal, à ses vins et à ses laines que! est si grande, qu’on ne saurait souvent distinguer d’où vient le produit fabriqué par les mêmes procédés, avec des outils de même nature et presque Ue même force.Qui a vu une filature mécanique en a vu mille ; elles ne sont pas autrement construites à Manchester qu’à Reichenberg.Ce qui distingue le plus les manufactures modernes, c’est le prix de revient dans la grande production, le goût dans les articles de fantaisie.La facilité des communications et la fréquence du commerce entre les peuples ont produit des effets bien différents de ceux qu’avaient prédits des esprits chagrins, et que semblaient meme appeler de leurs vœux quelques amis peu clairvoyants de la liberté.On ne cessait de répéter qu’à mesure que les produits pourraient circuler sans trop de gène d’un pays à l’autre par-dessus les barrières abaissées, ceux des nations industrielles inonderaient les marchés, et, comme des torrents dévastateurs, emporteraient les fabriques naissantes ou encore mal affermies ; que, par suite, des divisions profondes devaient s’établir dans le travail, telle région se renfermant uniquement dans la production agricole, telle autre dans la production industrielle, qui elle-même se scinderait peut-être entre autant de nations qu’elle compte de branches.Or, depuis quelques années, sous l’influence des enseignements de l’économie politique, les barrières se sont abaissées dans la plupart des Etats européens, et les torrents n’ont rien dévasté.Ce qui s’est répandu 1 avec les produits les mieux appropriés à la consommation par leur prix et leur qualité, c’est l’exemple des bons produits obtenus par l les bons procédés, et le stimulant du succès, c’est, en un mot, 1 activité manufacturière.Le phénomène a été tout le contraire de celui qu’on attendait.Depuis que se sont accrus le commerce des idées et l’échange des richesses, les capitaux se sont portés dans les lieux qu’ils n’osaient aborder, les intelligences se sont éveillées, et les grandes industries se développent où naissent chez toutes les nations de l’Europe civilisée.La race européenne a le privilège d’une énergie de travail et d’une puissance de mouvement dont les autre?races n’approchent pas ; cette supériorité, qui n’a cessé de se manifester par des effets éclatants depuis le commencement de ce siècle, elle la doit a son climat, à la conformation de son territoire, aux émigrations qui y ont X idUUl c d ocf> J111 o « le I ui HJJdi j ci oco viiia ci a oco juuico uuc i ( ., i l» Unof ot anv m rpnr^ n n 1 l’Angleterre attirait déjà sur ses marchés ; l’Espagne dégénérée, à ' accumule peu a peu les tribus nomai es i f .l’occident nlus ._____________.fl,?DA.„,r.en ont été e résultat.Plus on avance du cote de 1 occident, plus ses belles laines et aux produits du Mexique et du Pérou ; Venise, à ses glaces et à ses dentelles ; l’Italie, à ses riches étoffes d’or et de velours; l’Allemagne, aux armes deluxe, à la chaudronnerie d’Aix-la-Chapelle, aux fers de Cologne, à la bijouterie d’Augs-bourg, à la quincaillerie et aux joujoux de Nuremberg.Mais dans l’Allemagne même, l’activité industrielle ne s’était développée que sur un petit nombre de points; au delà de l’Elbe, commençaient les régions purement agricoles dans lesquelles, à l’exception des verres” de Bohême et des toiles de Silésie, on aurait vainement cherché, avant la révocation de l’édit de Nantes, d’autres industries que celles qui sont indispensables aux besoins journaliers de la vie la plus rustique, et qui se trouvent à toutes les époques, chez toutes les nations, dès qu’elles ont renoncé à la vie nomade.Un voyageur qui traversait alors l’Europe était frappé de la différence des costumes, des mœurs, des habitudes, chaque fois qu’il franchissait une frontière, ou même qu’il passait d’une province dans une autre : une exposition des produits industriels aurait alors présenté les mêmes différences et aurait eu pour l’artiste le charme d’une vaste collection de tableaux de genre.C’est un charme auquel les visiteurs de nos modernes expositions doivent presque entièrement renoncer.Déjà, en 1851, dans le palais de Cristal, les différences ne se marquaient souvent que par des traits indécis, et les produits exposés prouvaient que, si certaines nations étaient encore attardées faute dégoût ou de capi taux, toutes du moins connaissaient les ressources de la grande industrie.Depuis onze ans, les retardataires ont hâté le pas, et peu à peu la diversité tend à disparaître.Ce n’est pas que toutes les nations soient égales en activité et en richesse : ici les manufactures et les fabriques se pressent à côté les unes des autres, et le rapprochement stimule le progrès ; là, elles sont disséminées, et le capital s’accroît avec lenteur; ici, elles frappent par la variété de leurs travaux, et présentent, comme en Angleterre, une jpr]gfT0 complete de la puissance industrielle ; là, elles n en montrent que certains aspects.Mais partout elles appellent également la science à leur aide : la chimie et la mécanique sont, dans tous les pays, les guides et les régulateurs de l’industrie.Aux traditions de la routine et aux petites pratiques dont on conservait soi-gneusement le secret dans chaque atelier, ont succédé les méthodes rationnelles qui se discutent au grand jour et qui n’appartiennent en propre à personne.De là, dans les grandes manufactures, une similitude qui n’existait pas autrefois.Entre un atelier de machines à vapeur à Vienne, à Zurich ou à Paris, la ressemblance en ont été le résultat.Plus on avance u_ - le caractère européen semble se marquer en traits distincts par la variété et la richesse de l’industrie, par l’activité des idées et I autorité de l’opinion publique.Il distingue non-seulement 1 Angleterre et la France, mais la Belgique et la Hollande, qui,^ placées dans le voisinages de deux grands pays, participent de 1 un et ue l’autre, ainsi que les riches provinces de la rive gauche du Khin et de la Suisse manufacturière.Derrière la ligne formée par le grand fleuve qui fut autrefois la limite de la civilisation romaine et de la barbarie, le caractère industriel est encore profondément empreint dans une grande partie de l’Allemagne, quoiqu rl s affaiblisse à mesure qu’on s’éloigne du centre de l’activité manufacturière, soit qu’on descende dans les légions du sud, si prospeies autrefois, soit qu’on s’enfonce vers les froides régions du nord et les vastes plaines de l’orient, sur lesquelles plane le geme asiatique.Mais l’activité est contagieuse de nos jours ; la vapeur 1 entraîne avec elle sur les rails de ses chemins de fer, et en seme es germes partout où pénètre la locomotive.La fin des gran es mterres qui ont ensanglanté les premières années du XIXe siée e et l’établissement des voies ferrées marquent les deux grandes étapes du progrès manufacturier, qui suit une marche de plus en plus rapide.Après les événements de 1815, la France et les t'a}s-Bas, suivant l’exemple de la Grande-Bretagne, se lanceren avec ardeur dans la grande industrie; des rnanufactuies s e eveien bientôt dans l’Allemagne, qui se lassait de recourir sans cesse a sa puissante alliée.Aujourd’hui, les manufactures ont traverse la Vistule ; elles se groupent en grand nombre autour de baint-t'eters-boursr et de Moscou; elles ont passé les Alpes, et vont ranimer l’Italie libre ; elles ont même franchi les Pyrénées et cherchent a s’étaler dans la Péninsule, longtemps endormie dans une paresse que ne pouvaient secouer de stériles révolutions.Dans ce vas champ, il n’est pas d’industrie qui n’ait sa place et qui I£er"e se développe sur plusieurs points à la fois.Si a Grande-Bie B éclipse toutes ses rivales par la grandeur de sa production, le con i-nent retrouve ses avantages par deux autres côtés : il I empor e p la variété des produits du sol, et, dans le domaine de 1 ar, î es presque toujours supérieur.La Grande-Bretagne possède l’étain, le plomb, l’argile, et surtout la houille et le fer.La Belgique a, comme elle, des provinces entières couchées sur des lits de houille ; la Suede, giâce a-e forêts, produit des fers au bois sans lesquels 1 Angleterre n drait pas ses meilleurs aciers ; l’Italie a ses marbres ; Lur p JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.55 orientale a son lin, son chanvre et ses blés qu’elle envoie dans les contrées manufacturières.La France figurait avec honneur dans l’exposition des produits du sol.Ce n’est pas que l’intensité de la culture y soit poussée plus loin que dans toute autre contrée : l’Angleterre nous devance encore sous ce rapport ; sur le continent même, les terres de Belgique donnent en moyenne plus de blé que les nôtres, et les prairies de la Lombardie n’ont pas d’égales.Mais il n’est pas de contrée en Europe à qui la nature ait plus libéralement distribué la variété des richesses : la France a la tête dans les brouillards de la mer du Nord, et les pieds sous l’ardent soleil du Midi ; elle recueille tout ce que peut rendre la terre des zones tempérées, depuis le colza et l’œillette des riches fermes de la Flandre, jusqu’aux olives et aux oranges des jardins de la Provence.Elle connaît, de ce côté, ses avantages ; aussi la commission française avait-elle eu une heureuse pensée en donnant une large place aux produits de l’agriculture et en formant en quelque sorte le cadre de notre exposition avec ce qui constitue le fondement de notre richesse nationale.Nous devons être aussi fiers de nos blés et de nos vins que la Grande-Bretagne de sa houille et de son fer.Les vins sont le triomphe de notre culture ; nous avions pourtant des rivaux au palais de Kensington.Pendant que l’oïdium dévore les vignes de l’Europe occidentale et détruit les plus belles espérances, le Nouveau-Monde plante des ceps, et tous les petits Etats qui semblent sortir tout armés des eaux de l’océan Pacifique,exposent déjà des vins rouges et blancs et nomment des crus dont quelques-uns, inconnus aujourd’hui, auront peut-être un jour la réputation du coteau de Constance.Mais c’est là une concurrence de l’avenir dont nos vignerons n’ont pas encore à se préoccuper.Celle des crus européens est plus sérieuse ; je ne parle pas de la Grèce qui était à peine représentée, ni de l’Italie, qui, malgré la quantité de bouteilles qu’elle étalait, ne peut se dissimuler qu’elle est bien déchue de son antique renommée: elle fait beaucoup de vins de liqueur, mais ce sont de simples imitations du muscat, et 6i elle peut vanter son lacryma-christi, elle en possède trop peu pour en faire un article d’exportation ; le seul vin qui ait aujourd’hui chez elle un caractère accentué et une importance commerciale, c’est le Marsala, encore doit-il la faveur dont il jouit aux Anglais qui ont acheté et transformé la plupart des crus de la Sicile occidentale.Les vrais rivaux de la Bourgogne et du Bordelais sont dans la péninsule Ibérique, sur les bords du Rhin, en Hongrie.Les vins d’Espagne et de Portugal, le Xérès et le Porto, sont surtout les grands ennemis contre lesquels nous avons à lutter sur le marché de Londres ; vieille lutte qui se rattache intimement à la politique de l’Europe, et dont on ne pourrait retracer l’histoire sans raconter les guerres et les alliances des derniers siècles.II fut un temps où le claret régnait sans partage dans les magasins de la Tamise; et, quand ce règne cessa, Bordeaux en fut si affligé qu’il protesta par les armes contre l’annexion au domaine royal, et attira sur lui les vengeances de Charles VIL Les guerres d’Espagne, au commencement du XVlIIe siècle, et le traité de Methuen, ont confirmé la défaite des vins français ; pour une pièce de Bordeaux, il se vend aujourd’hui en Angleterre près de dix pièces de Porto ou de Sherry.Aussi l’Espagne et le Portugal avaient-ils voulu flatter des clients qui leur achètent, année moyenne, 350,000 hectolitres : ils avaient donné à leurs vins la place d’honneur et les avaient étalés en pyramide triomphale comme la pièce principale de leur exposition et de leur commerce.La Hongrie avait aussi étalé les siens en colonne, en éventails, bizarrement entrelacés de pampres artificiels ; malgré le mauvais goût du décor, l’exposition était intéressante.La Hongrie est, après la France, le pays qui produit le plus de vin ; ses crus 6ont bons en général, quelques-uns excellents, et si jusqu’ici le défaut de communication n’a permis d’en exporter qu’une très-petite quantité parmi les qualités supérieures, le temps n’est peut-être pas éloigné où les chemins de fer, facilitant l’enlèvement non-seulement des vins fins, mais des vins ordinaires, leur assureront une assez large place sur les marchés du Nord.Les vins du Rhin, que le fleuve semble pour ainsi dire porter à la mer, jouissent depuis longtemps de cet avantage ; mais la production en est très-limitée et ne peut s’étendre que lentement, parce que ces vins doivent presque leur réputation aux bons soins des cultivateurs et à la conscience des marchands.Nos négociants ne sont pas tous aussi scrupuleux.On se plaint en France que nos vins de Bordeaux ne soient pas assez appréciés des Anglais ; mais on pourrait se plaindre en Angleterre que les boissons qu’on décore du nom de Bordeaux soient trop souvent indignes de ce titre.Nous devrions comprendre que nous ne pouvons lutter à Londres contre nos rivaux que par la quaiité ; car, pour des palais dont le goût est émoussé par l’usage des bières fortes, les vins vrais ou prétendus de Xérès et de Porto, largement arrosés d’alcool, ont une saveur que nous ne saurions donner au Bordeaux, et l’emporteront toujours dans la consommation générale; c’est sur les tables richement servies que nous devons chercher à accroître notre clientèle, et nous n’y réussirons que par la qualité.Toutefois, depuis le traité de commerce, nous commençons à faire entrer en ligne de bataille une importante réserve qui, jusqu’ici, s’était tenue à l’écart.Un préjugé, soutenu par les obstacles de la douane et les difficultés du transport, faisait croire que les vins de Bourgogne étaient incapables de voyager.On pense autrement aujourd’hui ; les récoltes de la haute Bourgogne et du Méconnais sont aujourd'hui disputées par des commissionnaires anglais aux négociants de Bercy, qui regrettent le temps où ils étaient seuls à régler les prix avec le vigneron.Les vins de Nuits et de Beaune, qui ont plus de corps que le Bordeaux, seront goûtés, avec le temps, par les buveurs de bière, et deviendront un précieux renfort pour notre exportation dans les pays du Nord.Chaque exposition ne saurait être signalée par quelqu’une des belles inventions, telles que la machine de Watt, le métier de Jac-quart, la peigneuse d’Heilmann, qui font époque dans l’histoire du travail.D’ailleurs, les grandes révolutions de l’industrie ne s’accomplissent pas en un jour, sous la baguette d’un magicien.Quels que soient le génie de l’inventeur et le mérite de l’invention, il laut que le temps consacre le nouvel instrument et que l’armée des producteurs, ouvriers et patrons, ait opéré un changement de front auquel on se résigne d’autant plus lentement qu’il occasionne plus de dépenses et de bouleversements dans la main-d’œuvre.A la courte distance qui sépare aujourd’hui nos expositions universelles, la perspective manque ; les traits sont indécis, peu saillants, et le dessin qu’on essayerait de tracer des progrès industriels risquerait de manquer de proportion.Cependant, il est certain que des progrès ont été faits, progrès de détails, mais progrès constants qui, ayant lieu simultanément dans plusieurs branches de la grande industrie, ne peuvent manquer d’exercer une influence sensible sur la production.Les produits chimiques et la métallurgie ont certainement été, depuis cinq ans, les plus favorisés en ce genre.Pour la métallurgie, la Prusse et la France se disputent la palme.IJ y a déjà un certain nombre d’années que l’usine d’Essen, dirigée par M.Friedrich Krupp, a fabriqué par des procédés économiques des aciers fondus très-recherchés pour ressorts, essieux, bandages, etc.M.Bessemer a un procédé plus économique encore : il transforme directement en acier la fonte, en y lançant un courant d’air qui brûle l’excès de carbone au moment où elle sort du haut-fourneau ; la maison James et Cie, de la Gironde, avait obtenu par ce moyen des aciers qui étaient d’une fort belle apparence et qui ont l’avantage de pouvoir, par le bon marché relatif, prendre assez aisément la place du fer dans un grand nombre de cas et de résister bien plus longtemps aux frottements.Les applications de l’acier sont innombrables, le prix est le seul obstacle ; le jour où cet obstacle sera supprimé par le progrès de la fabrication, l’acier envahira non-seulement les chemins de fer, mais les filatures, les tissages et tous les ateliers dans lesquels l’entretien de l’outillage pèse lourdement sur les frais généraux.L’Angleterre a compris l’importance de cette substitution, et elle commence à l’exécuter : de ce côté, du moins, le continent ne reste pas en arrière.Dans les arts chimiques, les inventions conduisent aussi à l’économie.C’est la France qui, avec le goudron que la houille distillée dépose sur les parois de la cornue pendant la fabrication du gaz, a trouvé le secret d’extraire ces brillantes couleurs dont se sont emparés nos fabricants d’étoffes et qu’ils ont décorées des noms de Magenta, de So/ferino.L’indigo en a senti le contrecoup, et le relevé de nos importations accuse une diminution sensible de la faveur dont il jouissait.Qu’il se rassure toutefois, les nouvelles venues ne le chasseront pas du marché ; mais elles partageront avec lui, elles solliciteront la consommation par l’attrait de la variété, et leur bon marché relatif obligera l’indigo à modérer ses prétentions : c’est là le double avantage que l’économie politique trouve à toute concurrence.Il y avait à l’exposition bien d’autres produits que le perfectionnement des procédés avait améliorés d’une manière digne de remarque.Je n’en puis citer qu’un petit nombre.Naguère, en Sicile, on séparait le soufre du calcaire, auquel il est mêlé, en fondant le minerai dans des fourneaux cylindriques, à ciel ouvert ; des vapeurs sulfureuses se répandaient dans l’air et empestaient les campagnes environnantes.On a eu l’idée, bien simple, de former avec le minerai des meules qu’on recouvre de terre, à l’image des charbonniers de France : la combustion a lieu sans que les gaz s’échappent; le rendement s’est accru de toute la quantité qu’on perdait autrefois, et l’herbe verdit au pied de ces foyers qu’on était obligé de placer dans un désert, à plusieurs kilomètres des habitations et des cultuies.En France, on a trouvé le moyen d’obtenir l’acide sulfurique par le traitement des pyrites, et de diminuer 56 JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.encore le prix déjà bien réduit de cet acide, qui est un des plus précieux agents de l’industrie : depuis soixante ans, c’est-à-dire depuis que la science a pris possession de l’industrie, la valeur de l’acide sulfurique a baissé dans la proportion de 10 à 1.Le sodium, le sulfure de carbone ont subi des changements plus étonnants encore : depuis dix ans, la baisse est dans la proportion de 120 à 1 pour le premier, de 200 à 1 pour le second.C’est que jusqu’ici on ne les employait que dans les laboratoires, en très-petite quantité ; la fabrication de l’aluminium et les préparations du caoutchouc ont centuplé tout à coup leur consommation ; la grande industrie s’en est emparé, et, appliquant aux procédés scien-trfiques les secrets de son économie, elle a, sans invention nouvelle, produit cette merveille.De ces faits ressort une leçon qui se rencontre à chaque pas dans l’histoire, mais qu’on ne saurait trop répéter : isolées, l’industrie et la science sont d’ordinaire impuissantes à étendre les jouissances de l’homme par une possession plus complète de la nature, l’une errant à tâtons dans les ténèbres, l’autre dédaignant de chercher les voies les plus simples de la production, mais leur union féconde le travail.C’est un des caractères de la civilisation moderne ; il y aurait de l’ingratitude à le méconnaître, et une singulière imprévoyance à ne pas rendre aux générations futures cette union plus facile encore qu’elle n’a été pour nos pères et pour nous.Si nous avions, à ce sujet, un conseil à donner aux hommes de notre temps, nous leur dirions : “ Donnez la parole à quiconque sait quelque chose et veut bien en faire part à ses concitoyens ; ouvrez et laissez ouvrir des écoles, des cours publics ou privés; versez abondamment l’instruction, non-seulement sur la multitude, qui, dans le passé, ne buvait jamais une goutte de cette rosée, mais 6ur toutes les classes de la société qui ne reçoivent que des leçons insuffisantes, superficielles, trop vite oubliées, et ne craignez jamais l’excè6 ; partout où le maître trouve des disciples qui consentent à donner leur temps et leur argent, son enseignement a sa raison d’être, et la leçon qu’il sème à pleines mains portera des fruits.On s’abuse ou l’on ment quand on vous dit que l’instruction imparfaite ne fait que des vaniteux et des mécontents.On tire peut-être vanité de savoir lire dans un pays où la majorité des habitants vit dans la plus grossière ignorance ; mais dans les pays où chacun possède ces premiers éléments de l’instruction, on n’est pas plus fier de savoir lire et écrire que de savoir parler, et on est plus intelligent, surtout mieux préparé à apprendre : l’Angleterre et la Prusse nous en fournissent la preuve.Quand l’instruction, sous mille formes, se répand à flots des hauteurs de la science jusque dans les bas-fonds de la société, des idées communes circulent dans les diverses couches de la population, et des communications plus faciles s’établissent entre elles ; le savant dédaigne moins l’usine; l’industriel est plus capable d’appliquer les théories et les découvertes du cabinet au perfectionnement de la manufacture, et l’ouvrier exécute mieux les ordres.” La France, du reste, n’a rien à envier aux autres nations.Si, dans le concours de Kensington, on eût décerné une grande médaille d’honneur à la nation qui “ avait le mieux mérité de l’industrie par une grande découverte en chimie,” nul doute qu’elle ne l’eût obtenue dans la personne de M.Sainte-Claire Deville qui a découvert, on pourrait presque dire inventé, l’aluminium, déjà entrevu par un chimiste allemand.Faire sortir de l’argile un métal quatre fois plus léger que l’argent, non moins malléable et plus tenace que lui, c’est pour ainsi dire convertir la boue de nos campagnes en une mine à fleur de terre, riche d’un minerai plus précieux que le cuivre.La découverte une fois faite, toute la difficulté consistait dans les frais d’exploitation ; si l’on était demeuré au prix de revient primitif, qui égalait celui de l’or, l’aluminium n’eût jamais été qu’une curiosité de cabinet.M.Sainte-Claire Deville et M.Debrayq son collaborateur, se sont appliqués à en faire un objet d’utilité et de commerce, et l’aluminium, qui est déjà descendu à 80 fr.le kilogramme, prend peu à peu sa place sur le marché des métaux.Em.Levasseur.{Revue Contemporaine.) (A continuer.) A/VIS OFFICIELS.ERECTION DE MUNICIPALITÉ SCOLAIRE.Il a plu à Son Excellence, le Gouverneur Général, par minute en Conseil du 1 de ce mois d’avril : De détacher de la municipalité scolaire de St.Roch de Québec toute Cette partie de territoire que comprend la municipalité rurale de St.Roch-Nord et de l’ériger en municipalité scolaire séparée sous le nom de Municipalité scolaire de St.Roch-Nord, avec les mêmes limites qui ont été assignées à la dite municipalité rurale par l’acte 25e.Viet.chap.47.NOMINATIONS: COMMISSAIRES D’ÉCOLE.Son Excellence, le Gouverneur Général, a bien voulu approuver les nominations suivantes : Québec, St.Roch-Nord :—M.M.Edmond Paradis, Louis Lortie, Barthélemy Hudon, Joseph Le François et David Davidson.JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE MONTRÉAL, (BAS-CANADA), AVRIL, 1863.Le îisouvement agricole et l’Ecoie a’Agriculture de Sie.Thérèse.Nous avons déjà eu occasion de mentionner à plusieurs reprises les heureux résultats que l’on peut attendre du mouvement agricole qui se manifeste sur toute l’étendue du Bas-Canada, en autant surtout qu’il se trouve lié avec l’éducation.• En exigeant des candidats pour le diplôme d’école pri-maire-supérieure certaines connaissances en agriculture, le Conseil de l’instruction publique a consacré le principe de l’introduction de cette branche dans l’instruction primaire et a confirmé ce qu’avait déjà fait le département en l’introduisant dans les écoles normales.Mais si, d’un côté, l’instituteur doit posséder certaines notions d’agriculture qu’il pourra communiquer à ses élèves, surtout en s’y prenant de la manière indiquée dans l’excellent discours prononcé par M.Dupin, et dont nous avons donné des extraits dans notre livraison de décembre dernier ; d’un autre côté, le jeune homme instruit qui voudra se livrer à l’exploitation d’une terre et servir de modèle à ses voisins, (et nous ne connaissons point de plus beau rôle pour un jeune canadien instruit et intelligent,) ce jeune homme, disons-nous, aura besoin d’études plus spéciales et à la fois plus pratiques et plus scientifiques.De là la nécessite d’écoles spéciales avec fermes modèles, ce qui, ainsi que l’école modèle d’une école normale, n’est autre chose qu’une école d'application.Nous avons déjà applaudi aux efforts qu'a faits le Collège de Ste.Anne pour cet objet, et l’on trouve dans notre journal (1859 p.191 et 1861 p.146) une description de ce collège et de son école d’agriculture.Aujourd’hui une autre de nos grandes institutions enseignantes, le Collège de Ste.Thérèse de Blainville vient de commencer pour le diocèse de Montréal ce que Ste.Anne a entrepris pour celui de Québec.Nous reproduisons de la Revue Agricole quelques renseignements sur le nouvel établissement, que nous accompagnons d’une vue du collège et d’autres gravures, dues à l’obligeance du directeur de cette utile publication.Ce qui suit est d’abord un extrait du Prospectus de la nouvelle école dans lequel on trouvera le programme de l’enseignement et les conditions d’admission. JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.57 “ Nous croyons avoir en mains les éléments nécessaires au succès de cette œuvre.La corporation du collège possède plus de cinq cents arpents de terre dont une grande partis est déjà en très-bon état de culture.On y rencontre une grande variété de sols, depuis l’argile tenace jusqu’au sable léger, ce qui sera d’un grand avantage pour les élèves qui pourront apprendre les façons nécessaires à chaque a il i mSmSam bas?; 'iidlliii mm ¦ r-'rmil Gravure No.1.—Pensionnat de l’Ecole d’Agriculture de Ste.Thérèse, Comté de Terrebonne.espèce de sol.De vastes tourbières desséchées artificiellement offrent un exemple intéressant de l’égouttement des terres.La fabrication des composts peut s’y faire de la manière la plus économique au moyen de la tourbe qui se trouve sur la ferme même.Au-dessus de vingt arpents de terre sont consacrés chaque année à la culture des légumes.Un verger, des plantations et de vastes jardins, permettent l’enseignement pratique de l’horticulture et de l’arboriculture.Plus de six cents pieds de bâtisses pour les besoins de la ferme Trrmun tummfl Timiinmi mnmmi nuHumii; •• - SIJSiBbIs ¦lïmiiHminVimimïiif -*u: ' No.2.—Plan général des Bâtiments de Ferme de l’Ecole d’Agriculture de Ste.Thérèse.permettent l’élcve d’un nombreux bétail.L’engraissement des riences intéressantes.Pas moins de trente vaches laitières four-bœufs et des porcs s’y fait sur une échelle assez considérable pour 1 niront un sujet d’études encore plus important, fournir les viandes nécessaires à la consommation de près de deux On a adopté depuis longtemps l’emploi d’instruments perfection-cents personnes ; ce qui sera pour les élèves une source d’expé- ! nés, tels que butteur, houe à cheval, hache-paille, coupe-racines, 58 JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.etc.Une boutique munie d’un outillage complet mettra les élèves à même d’apprendre à confectionner d’une maniéré économique une partie des voitures et instruments à l’usage d’une ferme.Le cours principal sera de trois années et l’enseignement y sera réparti comme suit : Ire année.—On s’efforcera la première année de donner aux élèves des notions élémentaires sur toutes les parties de la science agricole, afin qu’il puissent, les deux années suivantes, suivre avec plus de profit les diverses opérations de la ferme.On y enseignera donc les préceptes généraux de culture, la culture spéciale des plantes, la théorie des assolements, l’horticulture, la sylviculture, la comptabilité agricole, l’économie du bétail, etc.2me année.—La seconde année sera consacrée à une étude plus approfondie des terrains agricoles, des amendements, des engrais, de la météorologie agricole, de l’agriculture proprement dite, des cultures spéciales, de la théorie des assolements, de l’horticulture.3me année.—La troisième année sera surtout consacrée à l’étude de tout ce qui concerne le bétail.Ce cours comprendra l’anatomie et la physiologie des animaux domestiques, leur conformation extérieure, la pharmacie vétérinaire, l’économie du bétail, l’étude des differentes races d’animaux domestiques et des moyens de les perfectionner, la fabrication du beurre, des fromages, etc.Les élèves pourront suivre les cours de physique, de chimie et d’histoire naturelle donnés au collège, ce qui sera pour eux, en quelque sorte, la philosophie de l’agriculture.Pour mettre les connaissances agricoles à la portée d’un plus grand nombre, il y aura aussi un cours d’un an.Il est assez peu de cult.vateurs qui, en sus de leurs dépenses ordinaires, puissent faire les frais d’une pension pendant plusieurs années.Nous y avons pourvu en établissant un cours d’une année seulement.Ce cours sera celui que les élèves du cours principal suivront pendant la première année.Il se composera donc des notions élémentaires de l’agriculture comme nous l’avons indiqué plus haut.Pour donner à l’enseignement un caractère tout pratique, les élèves suivront le directeur de la ferme dans ses courses journalières.Ils recevront de lui les explications nécessaires sur chaque opération.Les élèves sans distinction devront travailler à des heures déterminées.Ils seront sous la surveillance d’un professeur.Ils devront avoir au moins quinze ans, savoir les éléments de l’orthographe et du calcul.On n’admettra pas d’élèves dont la conduite ne sera pas régulière.L’année scolaire commencera le 1er Mars et se terminera le 31 Décembre.Nous avons jugé que l’hiver est le temps le plus convenable pour les vacances, ce temps étant le moins précieux pour le cultivateur.Gravure No.3.—Elévation de la Remise, de la Vacherie de l’Ecole d’Agriculture de Ste.Thérèse, P MR V E G GG Gravure No.4.—Elévation de la Porcherie, de la Vacherie d’élevage, de l’Ecurie et de3 Granges.ninnin^'nBmnnniiiifatMiiiiiiiiinit^jiniiinnj 13 CDD C B D I L Gravure No.5.—Vue de la Fabrique.SRPXAXPRS Gravure No.G.—Section de la Vacherie.Le prix de la pension est de $72.Pour faciliter l’entrée de l’école à un plus grand nombre n’élèves, les parents pourront nourrir leurs enfants en dehors du collège, dans des maisons approuvées par le directeur.Pour ces derniers, l’enseignement sera de $24.La maison pourra fournir le lit et autres effets de ménage pour une somme qui n’excéde pas $4 par année.Les éleves coucheront au collège.Ils ne pourront aller au village que pour prendre leurs repas.Le papier, les livres, etc., seront fournis par la maison à la charge des parents.Nous sentons que nous entreprenons une œuvre difficile, mais l’espoir d’êlre utile à noire pays nous soutiendra.Le double but que nous nous proposons, rehausser la classe agricole et améliorer son sort ; ouvrir une carrière utile et honorable à une foule de jeunes gens sans avenir, nous méritera un concours et un appui libéral de Ja part de nos compatriotes : et notre œuvre rencontrera, nous l’espérons, les sympathies du peuple Canadien.” Vient ensuite la description des bâtisses destinées à l’exploitation agricole.“ La gravure No.2 est un plan horizontal des bâtisses de la ferme avec la cour.La porcherie P est divisée, ainsi qu’on peut le voir, dans sa longueur par une allée spacieuse.De chaque côté sont les loges qui s’ouvrent par un panneau mobile de bas en haut, de manière à permettre une distribution commode de la nourriture.M est le magasin contigu à la porcherie.R est une remise destinée aux voitures d’hiver.V est une étable supplémentaire sur le plan de l’étable principale décrite plus bas.E est l’écurie.11 y a des armoires disposées en arrière des chevaux et destinées à recevoir les harnais.GGG sont les granges.RR sont des remises.P est la pompe et K le passage qui conduit à la cour C.H est un hangar destiné à la conservation des grains.M est un magasin qui communique avec l’étable V par une porte.L’étable est en deux parties, une destinée aux bêtes d’engrais, et l’autre aux vaches laitières.On voit à droite des cases destinées aux veaux.La gravure No.6 tait ressortir les dispositions intérieures de l’étable.A est une allée pour la distribution des aliments.Les fourrages y tombent du fenil placé au-dessus, par une trappe ; XX sont les auges, PP le pavé, RR les rigoles pour l’écoulement des JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.59 urines ; SS est un autre pavé qui permet de circuler commodément La bâtisse représentée par la gravure No.5, se compose d’un local destiné à la cuisson des aliments C, puis d’une boutique B, d’une boucherie D, d’une lingerie I et d’une laiterie L.Les gravures Nos.3, 4, 5, donnent l’élévation des bâtisses que nous venons de décrire.Ces bâtisses d’une longueur collective de plus de six cents pieds, laissent peu à désirer pour la solidité des constructions, la salubrité et la commodité du service.Le tout est complété par une cour spacieuse placée au centre des bâtisses principales, de deux cent soixante pieds de longueur sur cent six de largeur, bien fermée de toutes parts comme l’indique le plan général No.2.” Nous formons des vœux pour que les grands sacrifices que le Collège de Ste.Thérèse s’est imposés ne soient pas inutiles, et pour que la jeunesse canadienne ne dédaigne point les instruments que l’on met à sa disposition afin d’assurer sa propre félicité en même temps que la prospérité du pays! Extraits «les rapports de MM.les Inspecteurs d’Ecole, pour les années 1859 et 1860.Extraits des rapports de M.l’Inspecteur Bruce.J’ai autant à me louer aujourd’hui que lors de mon dernier rapport des progrès que fait l'éducation dans mon district d’inspection, et ces progrès sont sensibles dans plus de la moitié des écoles.Quelques-unes cependant laissent à désirer sous ce rapport.Les élèves d’au moins les cinq-huitièmes des écoles dont j’ai fait l’examen font preuve de capacité et de beaucoup d’intelligence.Ce qui surtout indique du progrès, c’est qu’un grand nombre d’enfants même apprécient mieux qu’ils ne le faisaient, il y a quelques années, l’instruction et tous les avantages qu’ils en retirent ; dans quelques municipalités, j’ai également remarqué que les contribuables ont sur ce sujet des idées plus exactes et savent ce que vaut un bon système d’enseignement.Mais ce qui in’a plu davantage, ce sont les changements que l’on a fait subir aux méthodes d’instruction dont jusqu’ici l’on a fait usage.C’est aujourd’hui l’intelligence que l’on s’attache à éclairer.L’enfant comprend ce qu’il lit.Si on le fait calculer, ce n’est qu’a-près l’avoir initié aux principes de l’arithmétique.Il en est de même de tous ses autres exercices.Mais je regrette d’avoir à constater qu’il n’en est paR partout ainsi et qu’un grand nombre d’écoles, qui sont dirigées par des maîtres incapables ou dépourvus d’énergie, ne participent pas aux heureux résultats de ces changements.Quant à celte espèce d’instituteurs, je n’ai rien de bien favorable à en dire, et si, malheureusement, ils sont nombreux, on er.doit blâmer nos Bureaux d’Examinateurs, qui leur accordent des diplômes, et surtout les Corporations de Commissaires et de Syndics d’école, qui permettent généralement aux contribuables de s’assurer les services de maîtres de leur choix, lequel est souvent loin d’être judicieux.Sur 132 écoles dont j’ai fait l’examen, depuis le premier de mai dernier, 15 sont très-habilement conduites ; 38 sont de bonnes écoles ; 35 le sont un peu moins; 27 sont médiocres ; 15sont très-médiocres et 2 méritent à peine le nom d’école.Les écoles médiocres dont je viens de parler ont des instituteurs dont l’engagement ne doit pas se prolonger au delà d’une année.Parmi les instituteurs des autres écoles, il s’en trouve 32 qui remplissent leurs devoirs dans la même école depuis nombre d’années ; les services des autres sont payés pour une période de temps qui ne doit pas durer moins d’une année.Au sujet des heureux changements que l’on a fait subir aux diverses méthodes d’instruction, je dois ajouter qu’outre les soins tout particuliers que l’on donne à la lecture, que l’on regarde comme un excellent exercice pour l'intelligence, l’épellation attire aussi l’attention des instituteurs, et on l’enseigne aujourd’hui d’une manière plus pratique et plus efficace que par le passé.Il en est de même de l’écriture, et l’on fait des progrès marquants dans cette branche.J’en ai également remarqué de très-grands dans l’étude de la grammaire, de la géographie et dans l’art de la composition.Par suite de l’adoption des bonnes méthodes, l’étude de l’arithmétique, dans la plupart des écoles que je surveille, prend des développements considérables.En somme, les examens que j’ti faits ont été satisfaisants.Les maisons d’école sont à peu près dans l’état où elles étaient lors de mon dernier rapport.Celles auxquelles on a fait des réparations sont en bien petit nombre.J’en compte an plus deux.Deux écoles renferment des pupitres rangés parallèlement.On construit une maison d’école dans l’arrondissement numéro 4 de St.Malachie d’Ormstown ; on en termine une autre dans l’arrondissement numéro 14 de Chatham.En ce qui concerne les maisons d’école, en général, ce que je puis dire est loin d’être favorable.Presque toutes sont mal éclairées et ne sont pas suffisamment aérées.La plupart offrent un séjour très-incommode.Rien, jusqu’à cette heure, n’a été fait pour utiliser les terrains qui en dépendent.Dans les parties du pays où ces terrains sont spacieux, il n’est pas besoin de les enclore pour eu faire des lieux de récréation ; mais bien qu’on ne dispose pas partout d’autant d’espace, il est cependant du devoir des Commissaires et des Syndics de veiller à ce que leurs maisons d’école ne manquent pas de lieux d’exercices pour les élèves.Les livres dont on 6e sert aujourd’hui sont mieux choisis ; mais, dans beaucoup d’écoles, la série en est encore plus ou moins incomplète.Les écoles de Dundee sont mal pourvues des livres nécessaires ; celles des townships d’Elgin et de Godmanchester n’en ont pas en quantité suffisante, et j’y ai également remarqué l’absence de beaucoup de choses indispensables.Le besoin d’une série uniforme de livres se fait grandement sentir dans celles de Franklin, de St.Jean Chrysostôme et de Hemmingford.J’ai vu, dans ces municipalités, des enfants qui se reirdaient sans livres à l’école.Un grand nombre d’écoles placées sur la frontière ont une variété de livres très-nuisibles à l’instruction, en ce qu’elle nécessite la subdivision des classes et qu’elle contraint le maître à partager son attention.Sur 142 écoles, il n’y en a que 80 qui possèdent des tableaux noirs.Je n’en ai trouvé que peu qui eussent des cartes murales, et un plus petit nombre encore qui eussent des tableaux portatifs, quoique ces derniers tableaux ne soient pas d’un bien grand avantage pour le maître et pour l’élève.Dans les écoles où j’ai trouvé des séries uniformes de livres entre les mains des enfants, ces derniers sont généralement classés d’après leur mérite ou suivant leurs progrès dans la lecture ou l’épellation.J’ai peu à dire des journaux d’école; j’ai raison de croire qu’ils sont assez exactement tenus.A ce sujet, j’ai cru devoir faire des représentations aux Commissaires et aux Syndics qui n’en déposaient pas entre les mains des maîtres, ce qui les met dans la nécessité d’en faire l’achat à leurs propres frais.Ceci explique le défaut de système que l’on remarque dans ces journaux.La négligetice que l’on rnet à payer aux instituteurs le salaire qui leur est dû est très-blâmable.On s’attend à ce que ceux qui se chargent de diriger les écoles s'acquittent avec fidélité des devoirs qu’ils s’imposent, et, s’ils y faillissent, on ne manque que rarement de le leur faire observer ; il en est même qui poussent la sévérité jusqu’à prendre de là occasion de leur signifier leur congé.Cependant cette fidélité qu’on leur demande ne se trouve pas, il s’en faut de beaucoup, dans la manière dont les traitent les contribuables, surtout quand il s’agit d’acquitter ce qu’ils leur doivent.S’ils les payent, ce qui bien des fois ne se fait pas, ils le font par petites sommes et encore bien longtemps après l’échéance de leur salaire.Je ne connais qu’une seule municipalité où les instituteurs sont exactement payés.Tel est, en somme, ce que j’ai vu de plus remarquable depuis mon dernier compte-rendu.Voici ce que dit M.Bruce, dans un autre rapport, de la Cité de Montréal.CITÉ DE MONTRÉAL.J’ai passé quelques jours à faire l’examen des institutions anglaises d’éducation supérieure de la Cité de Montréal, ainsi que de ses écoles communes, et je ne crois pas exagérer en disant qu’elle n’a jamais été pourvue d’aussi bonnes écoles, parmi lesquelles il s’en trouve d’un ordre élevé.Quoique ces écoles ne soient pas sous ma surveillance, cependant, les visites que j’y ai faites n’ont jamais été vues de mauvais œil.Dans un grand nombre, j’ai été accueilli avec la plus grande politesse et avec beaucoup d’empressement.Plusieurs instituteurs m’ont même prié de leur dire franchement mon opinion sur la discipline de leurs écoles et sur leurs méthodes d’enseignement, et c’est justice à leur rendre que de dire que les écoles qu’ils dirigent méritent, sous tous rapports, que l’on s’intéresse à elles.Suivant les observations que j’ai été à portée de faire, j’ai cons- 60 JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.taté un progrès général dans toutes les écoles de Montréal.Les systèmes défectueux, les méthodes inintelligentes d’enseignement et les instituteurs incapables tendent, petit à petit, à disparaître ; et ce surtout dont ont besoin aujourd’hui toutes nos écoles habilement conduites, c’est l’appui zélé de tous les citoyens.Extrait du rapport de M.l’Inspecteur Valade.J’ai l'honneur de vous transmettre le rapport suivant sur les écoles de ma circonscription.Il m’est agréable de pouvoir constater que, généralement parlant, les écoles de ce district sont sur un pied stable et prospère.Je n’ai qu’à me louer de l’énergie, du zèle et de l’aptitude de la plupart des instituteurs et institutrices.Les contribuables, presque partout, paient ies taxes scolaires de bon gré et avec empressement même.S’il y a quelques exceptions, elles doivent être attribuées.non au mauvai- vouloir, mais à la négligence de quelques secrélaires-hésoriers, inhabiles d'ailieurs à remplir une charge qui est une des plus importantes que confère la loi des écoles.Les commissaires, de leur côté, s’acquittent bien de leurs devoirs.Les écoles visitées régulièrement, des récompenses distribuées, des maisons érigées ou réparées, tels sont, en quelques mots, les résultats obtenus par eux, grâce à leurs efforts.Je dois aussi faire observer que je suis presque toujours accompagné de la majorité des commissaires, à chaque visite que je fais.Je préviens ordinairement ies parents du jour de l’examen, et j’ai le plaisir de voir, bien souvent, un grand nombre d’entre eux y assister.Bien souvent aussi, ces réunions sont présidées par le Curé de la paroisse, ce qui contribue grandement à en rehausser l’éclat.Dans plusieurs municipalités protestantes, je n’ai qu’à me louer de la courtoisie de MM.les Ministres et de leur empressement à m’accompagner.Je ne puis que répéter tout le bien que j’ai déjà mentionné au sujet des établissements religieux d’éducation que renferme Montréal et le reste de ce district d’inspection.J’ai pu m’assurer que les élèves sortis de l’école Normale et qui dirigent des écoles dans quelques localités de ce district, s’acquittent de leur lâche de manière à obtenir de bons résultats et à faire honneur à l’institution qui les a formés.Je remarque avec peine l’irrégularité avec laquelle plusieurs écoles sont encore fréquentées ; des enfants de 12 ans et plus étant souvent retenus par leurs parents pour leurs travaux agricoles.Pour ceux qui fréquentent régulièrement les écoles, je suis généralement satisfait de leurs progrès.Avant peu d’années, pourvu que rien rie vienne arrêter la marche progressive de nos écoles, les neuf-dixièmes de la population de ce district posséderont une certaine éducation commerciale, c’est-à-dire que les neuf-dixiémes sauront lire, écrire et chiffrer.Bulletin des Publications et des Etéimpressious les plus Récentes.Paris, février et mars, 1863.Magny : Nobiliaire de Normandie, gr.in-8, iv-344 p.Aubry ; 20 fr.Deschamps : Essai Bibliographique sur M.T.Cicéron, par P.Deschamps, avec une préface par J.Janin, in-8, xxxii-190 p.Potier; 6 fr.Düval : Histoire de l’Emigration Européenne, Asiatique et Africaine au 19e siècle ; ses causes, ses caractères et ses effets, in-8, xvi-496 p.et 1 pl.Guillaumin ; 7 fr.50 c.Zelt.er : Les Empereurs Romains, caractères et portraits historiques, in-8, iv-548 p.Didier: 7 fr.Sonnet et Fronteba : Eléments de Géométrie Analytique, rédigés conformément au programme d’admission à l’Ecole Polytechnique et à l’Ecole Normale Supérieure, 2e édition, in-8, 596 p.et 2 pl.Hachette; 8 fr.Verdet et Berthelot : Leçon3 de Physique et de Chimie, in-8, 336 p.Hachette ; 6 fr.Artaud: Fragments pour servir à l’Histoire de la Comédie Antique, in-8, 303 p.Durand ; 5 fr.Saint-Simon: Mémoires complets et authentiques collationnés sur le manuscrit original, par M.Chéruel, et précédés d’une notice par M.Sainte-Beuve, 9 volumes in-18.Hachette ; 2 fr.le vol.Bellemare : Abd-el-Kader, sa Tie politique et militaire, par A.Belle-mare, in-18, 466 p.Hachette; 3 fr.50 c.Littré: Dictionnaire de la Langue Française.C’est un dictionnaire historique et, pour bien dire, généalogique de chaque mot de la langue.Le travail est peut-être un des plus gigantesques que notre siècle ait vu entreprendre.On sait que, depuis nombre d’années, l’Académie française est censée faire un travail semblable et qu’elle n’en a publié tout dernièrement qu’une première livraison.On a calculé qu’à ce compte, son œuvre ne serait pas finie avant plusieurs siècles.M.Littré ne désespère pas d’en venir à bout dans le reste de sa vie.Tome 1er, 1ère livraison, in-4, lx-96 p.Hachette ; chaque livraison 3 fr.50 c.Broglie (de) : Ecrits et Discours de M.le Duc de Broglie, 3 vols, in-8, 1494 p.Didier ; 21 fr.Guizot : Histoire Parlementaire de France, recueil complet des discours prononcés dans les chambres de 1819 à 1848, par M.Guizot.Tomes 1 et 2, in-8, cxlii-921 p.Lévy ; chaque vol.7 fr.50 c.Mézières : Prédécesseurs et Contemporains de Shakespeare, in-8, xv-403 p.Charpentier ; 6 fr.Liège, janvier, 1863.Dejardin: Dictionnaire des Proverbes Wallons, précédé d’une étude sur les proverbes, par J.Stecher, et suivi des mémoires couronnés par la Société Liégeoise de Littérature Wallonne, gr.in-8, viii-628 p.Bruxelles, janvier, 1863.Juste : Les Pays-Bas au 16e siècle, in-8, 379 p.Lacroix ; 7 fr.50 c.Londres, janvier et février, 1863.Bacon (Lord): Essays and Colours of Good and Evil with notes and glossarial index, by W.Aldis Wright, post 8vo, pp.474 ; cloth, 7s.6d.Macmillan.Dalton (William) : The West Hunters or Adventures in the Indian Archipelago, 12o, pp.445 ; cloth, 5s.Hall.Fitzroy (Admiral) : The Weather Book ; a Manual of Practical Meteorology, 8vo, pp.470 ; cloth, 15s.Longman.Hallam : Remains in Verse and Prose, with Preface and Memoir, 12vo, pp.370 ; cloth, 7s.6d.Murray.Hartwig : The Tropical World, with numerous plates and cuts, 8vo, pp.584 ; cloth, 21s.Longman.Haydn (Joseph) : A Dictionary of Dates, revised and greatly enlarged, by Benjamin Vincent, 8vo, pp.770 ; cloth, 18s.Moxon.Russell (W.H.) : My Diary North and South, 2 vols, post 8vo, up.870 ; cloth, 21s.Bradbury.Québec, mars et avril, 1863.Fréchette : Mes Loisirs, poésies par Louis-Honoré Fécbette, in-12, 200 p.Léger Brousseau ; prix, 50 cts.Nous avons déjà parlé, plusieurs fois, de la muse élégante et facile de M.Frécliette, et l’on trouvera, dans la première livraison de notre journal de cette année, une des pièces qui font partie de ce recueil, que nous n’avens pas encore eu le temps de lire de manière à pouvoir lui rendre justice.De Courtenay: The Culture of the Vine and Emigration, by J.M.De Courtenay, in-8, 53 p.Joseph Darveau.M.De Courtenay est.d’avis que Dion ne fit rien d’inutile ; le Canada, lors de sa découverte, était couvert de vignes ; il en croît encore beaucoup dans plusieurs parties du pays ; l’auteur en conclut que nous devrions cultiver la vigne et faire nous-mêmes notre vin.Il cite ses propres tentatives et celles de quelques autres amateurs à l’appui de ce qu’il avance.Morgan: The Canadian Parliamentary Companion, in-16, 88 p.Des-barats et Derbyshire.C’est la seconde année que M.Morgan publie ce petit annuaire parlementaire.Il contient des renseignements biographiques sur chaque membre de la législature, et des Dotions utiles sur les principes constitutionnels et sur les lois et règlements du parlement.De Gasi>é : Les Anciens Canadiens, par M.Philippe Aubert de Gaspé, in-8, 4i 1 p.Desbdiats et Derbyshire ; prix, $1, et pour les abonnes au Foyer Canadien, 75 cts.Nous donnons, sur nos premières pages, un chapitre de ce livre charmant.“ M de Gaspé, né 28 an3 seulement après la conquête, (dit la rédaction du Foyer,) a pris pour sujet cette époque la plus remarquable de notre histoire, et il a su renfermer dans ce cadre, avec un rare bonheur, toutes le3 anciennes traditions, les vieilles coutumes, les souvenirs de famille, et une foule de détails intimes qui assurent à cct ouvrage le plus grand succès.Sa place est marquée à côté de 1 Histoire de M.Garneun ; car si l’une retrace l’existence de la colonie, on peut dire que l’autre est l’histoire de la famille canadienne.L’une nous apprend les événements politiques, tandis que l’autre nous fait pénétrer dans la vie intérieure du peuple.Et ce qui donne un nouvel intérêt au livre de M.de Gaspé, c’est que, sous les apparences d’une fiction, facile d’ailleur» à percer, l’ouvrage est presque entièrement historique.” JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.81 Bien que M.de Gaspé n’ait adopté la forme du roman que comme une sorte de canevas sur lequel il voulait broder ses tableaux de, mœurs, l’histoire qu’il raconte ne manque ni d’intérêt ni même de péripéties dramatiques.Les chapitres La débâcle, Une nuit chez les Sauvages et les Plaines d'Abraham, qui sont pour bien dire les trois principales scènes du drame, ont tout le tragique des aventures les plus émouvantes racontées par Fennimore Cooper.Le dénouement qui, nous assure-t-cn, est calqué sur une histoire vraie, prouve peut-être UDe fois de plus que le vrai n’est pas toujours vraisemblable.Du reste rien de commun, rien qui ne soit parfaitement senti et par là même parfaitement original dans tout le livre.Les sentiments les plus nobles et les plus élevés régnent dans cette œuvre toute nationale et patriotique; et les anciens Canadiens sont surtout et dans toute la force du terme les vrais Canadiens.Le style de l’auteur offre un heureux mélange des traditions littéraires du dix-septième siècle et de la littérature romantique de notre époque, qu’il paraît avoir suivie dans toutes ses phases; de meme que, sans les nombreux épigraphes anglais dont ses chapitres sont ornés, on s’apercevrait encore que la littérature anglaise ne lui est pas inconnue.L’ouvrage est suivi de nombreuses notes qui contiennent de3 anecdotes, des observations ethnographiques et des documents historiques très-intéressants.Parmi ces notes, il s’en trouve une où l’auteur prend bravement quoique modestement à partie M.Guizot et M.Garneau au sujet de l’affaire de Jumonville.Cet officier français tué par un détachement sous les ordres de Washington au fort Nécessité, au moment où il s’y présentait comme parlementaire, était le grand oncle de M.de Gaspé, et ce dernier, outre les documents historiques, fait valoir les traditions de sa famille à l’appui des accusations portées contre le héros américain.Cette page de notre histoire méritait certainement d’être étudiée et nous recommandons la lecture des remarques de M.de Gaspé aux futurs biographes de Washington.Album Historique : L’Album qui devait compléter la dernière livraison des Transactions de la Société Littéraire et historique de Québec et dont nous avons déjà parlé dans la revue de l’article sur la famille de Jacques Cartier, dans notre livraison de novembre dernier, vient de paraître et nous devons nos plus sincères remefeîments à M.Faribault, qui a eu l’obligeance de nous en adresser deux exemplaires.Cet album, dû au zèle de notre infatigable bibliographe, renferme lo un superbe portrait de Jacques-Cartier ; 2o Le fac-simLe de la liste des compagnons de voyage de l'illustre navigateur signée par lui-même; 3o Jacques-Cartier et son escadre montant le St.Laurent, d’après un tableau de Gudin ; 4o L’arrivée de Jacques-Cartier à Québec et son entrevue avec les chefs sauvages à Stadaconé ; 5o Le manoir de Jacques-Cartier à Limoi-lou (vue intérieure) ; Go Le même (vue extérieure).Cette dernière vue diffère quelque peu de celle que nous avons reproduite dans le premier volume de notre journal, page 51 ; et la principale différence consiste dans l’absence des deux portes cintrées qui n’existaieut.plus en 1858, lorsque le Père Martin a fait sur les lieux les deux esquisses publiées aujourd’hui.Toutes ces lithographies imprimées chez Lemer-cier à Paris sont d’une rare beauté.M.Faribault, au mérite d’avoir recueilli et oublié ces charmants souvenirs du berceau de notre colonie, joint cïlui d'en avoir placé de3 exemplaires dans nos principales institutions.Souvenir consacré à la mémoire vénérée de M.L.J.Casault, premier recteur de l’Université-Laval, in-8, 58 p.Léger Brousseau.Cette élégante brochure renferme lo.la biographie de M.Casault par M.l’abbé Méthot, 2o son oraison funèbre par M.le grand vicaire Cazeau, 3o son éloge par M.le Dr.Larue.Elle est ornée de deux belles photographies, l’une est le portrait du recteur, l’autre une vue du monument élevé à sa mémoire.Montréal, mars et avril, 1863.Guérin : Merveilleux effets de l’eau froide dans le traitement des maladies, ou de l’Hydrothérapie, par le Dr.Guérin in-8 31 p.Les Bis aux-Arts : Journal littéraire des arts, des sciences, de l’industrie, paraissant le 1er de chaque mois, 8 pages grand in-4.Abonnement $1.50.ou $1 en payant d’avance.Prix de chaque numéro, 121 cis.Nous remercions MM.Boucher et Manseau, les éditeurs, de l’envoi de la première livraison de cette nouvelle publication.Elle contient une romance extraite de la cantate de Sabatier avec la musique et divers articles de la spécialité indiquée par son titre.C’est,|crovons-nous, seulement la seconde tentative de ce genre faite en Canada ; et nous lui souhaitons tout le succès que méritent ses entreprenants éditeurs.Saint-Hyacinthe, avril, 1863.Boucher de La Bruère : Le Canada sous la domination anglaise, analyse historique par Boucher de La Bruère fils, in-8o, 80 p.Lussier et Freres.Nous sommes heureux de voir que l’auteur a reproduit sous cette forme l’excellent travail qu’il avait d’abord publié dans le Courrier de St.Hyacinthe.L’époque la moins connue de nous, est souvent la plus rapprochée et M.de La Bruère a rendu un grand service à ceux de nos compatriotes qui n’auraient point le temps de lire un ouvrage plus étendu.Petite Revue McustieEIe.Les journaux anglais sont remplis de détails au sujet des fêtes du mariage de S.A.R.le Prince de Galles, et les journaux illustrés, surtout, en auront encore pour longtemps à s’en occuper.L arrivée de la jeune princesse, sa promenade dans Londres, à travers les magnifiques rues et places publiq :es, et à travers aussi une population de trois millions d’être3 humains accourus pour la voir, 1 imposante céiemonie du mariage dans la chapelle de Windsor, voilà autant de scènes qui ont exercé avec profit le burin des artistes anglais.La Reine, connue^ on l’avait annoncé, n’a pris que peu de part à la cérémonie.Elle s est tenue en deuil et accompagnée de Mde.Bruce dans une tribune d où eile a pu sourire, à travers ses larmes, au bonheur de son fils.La jeune princesse a su, dès son début, se rendre très-populaire, et le3 journaux de toutes les nuances parlent d’elle avec un enthousiasme qui n a rien d’officiel.Le poète anglais du jour, Tennyson, lui a souhaité la bienvenue dans une petite pièce de vers qu’ont admirée tous ceux qui connaissent les difficultés et les écueils de ce genre de poé&ie.En voici une traduction libre du Courrier des Ltats-Cnis, imitant, dit ce journal, autant qu’il est possible, la forme insolite des vers anglais : BIENVENUE ! “ Fille du roi des mer3, des lointains océans, Alexandra.Nous sommes tous Saxons et Danois et Normands, Mais nous sommes Danois pour votre bienvenue, Alexandra.Salut, dit le canon des forts et des vaisseaux; Salut, dit la clameur tonnante de la rue.Salut 1 Tous les enfants vont souriants et beaux Effeuiller sous ses pas les fleurs de leur corbeille ; Disparais, sol heureux, sous ce tapis de fleurs.Oiseaux, dans les buissons que votre chant s’éveille - Salut, salut, salut! de nos voix, de nos cœurs! Sonnez Druyants clairons, et toi.trompette sonne ! L’étendard va flotter sur la tour qu’il couronne Et la flamme étincelle au cap battu des vents.Salut, disent aussi le3 clochers résonnants ! Cloches, que votre voix dans l’air joyeux s’entende ; Cités ! qu’un feu brillant vous fasse nue guirlande; Salut! salut à vous ! que ce pays demande, Alexandra ! Fille du roi des mers, à vous bonheur, beauté ; Joie au peuple et au trône, aux champs, à la cité l D’un heureux héritier heureuse fiancée, Du fils du roi des mers devenez l’épousée.Venez et aimez-nous ; nous vous appartenons.Que nous soyons Normands, ou Danois, ou Saxons, Ou Celtes, ou Teutons, ou de race inconnue.Nous sommes tous Danois pour votre bienvenue.Alexandra ! ! ! ” Malheureusement, un triste accident est venu tempérer la joie qui régnait à Londres et dans toute l’Angleterre ; pas moins de six femmes ont été écrasées dans la foule, à divers endroits, pendant l’illumination de la capitale.On peut dire, du reste, que dans le mouvement d’une aussi dense population, ce malheur, si grand qu’il soit, n’a rien qui doive surprendre.Le parlement anglais, qui ne s’est ajourné que juste autant qu’il était nécessaire pour ces solennités, a repris de suite ses séances, et, comme on devait s’y attendre, il a été de nouveau question de la Pologne.Constatons, à regret, que l’attitude des grandes puissances à l’égard de ce noble martyr des siècles, n’est pas tout ce que l'humanité aurait dû désirer.Il est bien à craindre que, pendant les hésitations et les formalités diplomatiques, la nation en deuil ne soit encore une fois écrasée par la Russie.Si, dans la presse et le parlement anglais, le premier élan en faveur de la Pologne semble déjà ralenti, au sénat français, la discussion s’est terminée par l’adoption de l’ordre du jour, ce qui n’est pas non plus d’un augure bien favorable.Voici, du reste, comment M.Billault, qui a voulu prendre sa revanche de la brochure de M.de Mon-talembert, a apprécié, dans son discours, le rôle et la position des diverses puissances européennes dans cette grande question : “ A côté, nous trouvons qui?la Prusse, engagée avec la Russie, la Prusse, dans laquelle le gouvernement libre se développe de plus en plus, où les sentiments libéraux de la chambre ont fait leur manifestation, où la sympathie populaire s’est révélée énergiquement dans un sens qui peut aider à la pacification successive.Eh bien! serait-il sage de lui donner des inquiétudes qui pourraient troubler ces tendances?“ 11 faut, au contraire, espérer deux choses pour la Prusse: c’est que le souverain sera éclairé par son peuple, et que le peupie comprendra les grands intérêts politiques, les intérêts généraux du monde et cherchera à pacifier, à éloigner les élémens qui peuvent être des causes d’inquiétude.“ Il y a une troisième puissance, l’Autriche, engagée aussi par les traités de 1815, ouvrant aussi se3 portes à l’arrivée de la liberté, cherchant au milieu des difficultés que lui crée la diversité des races, à fonder un empire constitutionnel, et à y faire pénétrer la civilisation du siècle.Vous avez pu voir comment son jeune empereur, oubliant l’as- ea JOURNAL DE L INSTRUCTION PUBLIQUE.sassinat dont il a failli être victime,Jn’a pas craint de continuer l’œuvre dont cet attentat aurait pu le détourner.Loin de là, il a marché dans la voie qu’il avait abordée ; il a su donner aux provinces polonaises de 6on empire une confiance et une tranquilité dont il recueille aujourd’hui le fruit.L’Autriche a mieux compris que ses voisines le rôle qu’il lui convenait d’adopter, et les vastes horizons nouveaux qui pouvaient s’ouvrir pour elle.“ Dans cette situation, croyez-vous qu’il serait sage de nous donner à ses yeux une apparence révolutionnaire, de paraître prendre des résolu-trons belliqueuses, énergiques, excessives, d’effaroucher, en un mot, ces amis sincères, mais nouveaux, de la liberté ?(Très bien 1 très bien I) “Je viens d’énumérer les puissances directement interressées dans la question.Derrière, et au delà, qu’y a-t-ii?“ L’Italie?Plus tard, peut-être, pourra-t-elle apporter son influence ; mais aujourd’hui elle est trop jeune ; elle n’est pas encore assez faite.“ L'Espagne ?Elle est bien loin.“ La Suède ?elle est bien près.“ U y a l’Angleterre.“ L’Angleterre a une situation toute spéciale ; elle a dans son langage un libéralisme absolu ; elle a dans sa conduite une circonspection aussi absolue que son libéralisme.(Assentiment,) “ Les Polonais n’ont pas à s’en plaindre ; maintes fois la tribune a fait entendre le même langage officiel, et l’on peut résumer ce que le gouvernement anglais a dit à cet égard en rappelant les paroles qu’un grand orateur, lord John Russell, prononçait le 26 mars 1862, dans le sein de la chambre des communes : “ Jamais, disait-il, aucun homme d’Etat anglais n’a eu l'idée de prêter une assistance matérielle à la Pologne.” “ Ces paroles sont l’explication d’une politique toujours suivie par les hommes d'Etat aDglais, et pour rapprocher un détail qui se rapporte à cet ordre d’idées, j’ajouterai que récemment lord Palmerston, dans son dernier discours, disait : “1 Nous avons le droit d'invoquer les traités de 1816 ; mais c'est un droit dons nous n’avons pas jugé à propos d’user jusqu’à présent.“ L’Angleterre, sans doute, fera des vœux en faveur de tout ce qui pourra être tenté, mais y a-t-il à cela des avantages assez grands pour nous les faire considérer comme une base d’opérations sérieuses?(Non 1 non !)’’ M.Billault a ainsi terminé son discours ; et ces dernières phrases peuvent être considérées comme le motivé de l’ordre du jour qu’il a fait voter au Sénat : “ Ainsi la question est bien posée.Il y a deux politiques.Vous avez à opter.“ Le gouvernement de l’Empereur est sympathique à la cause de la Pologne dégagée de tout alliage révolutionnaire.“ Point de doute sur ce point.Vous avez fait appel aux généraux qui ont combattu à côté des Polonais sur les champs de bataille du premier empire, à ceux qui ont combattu les Russes en Crimée, aux cardinaux qui sont ici les organes de la religion catholique I Eh bien I c’est à eux tous que je fais aussi appel, et je fais encore appel à vous-mêmes.“ Il ne s’agit pas de sacrifier la Pologne, mais d’adopter, pour porter remède à sa situation, une politique prudente et efficace.Voilà le sens de votre ordre du jour.(Oui! oui.) “ Il s’agit de manifester vos sympathies pour la Pologne, tout en manifestant en même temps votre confiance absolue dans les intentions de l’Empereur.(Oui 1 oui I—C’est cela I—Très bien I) “ Cette attitude n’a rien d’équivoque, rien d’incertain ; personne ne s’y tromperai Vous aurez témoigné de votre sympathie pour les souffrances d’un peuple malheureux, et vous aurez rempli votre devoir de citoyens envers votre pays.” Le discours le plus ultra-polonaisja été celui du Prince Napoléon ; tandis que le plus ultra-russe a été celui du Marquis de La Rochejaque-lein.Le premier a fait remarquer d’une manière ironique Pabsence des ro.onnq leurs diocèses nar les devoirs de l'époque reli- possible qu iis eussent voté dans la minorité avec le rrince ; c eui eie un de ces contrastes frappants dont les assemblées délibérantes offrent souvent le spectacle.Les dernières nouvelles de Pologne ne sont point favorables aux insurgés.Langiewicz le dictateur à peine élu, aurait été fait prisonnier par les Russes, dans une grande bataille qu’il aurait perdue.La révolte ne parait guère avoir été arrêtée pour tout cela, et l’insurrection se propageait au contraire avec la plus grande activité.Les relations de l’Angleterre avec les Etats-Unis, qui d’apres les derniers télégrammes étaient plus tendues qu’elles ne l’ont été depuis l’affaire du Trent, vont peut-être faire une diversion fatale aux efforts de la diplomatie en faveur de la Pologne.I es Etats-Unis ont arrêté sous divers prétextes plusieurs vaisseaux anglais, et, en même temps, ils se plaignent avec amertume et avec menaces de la facilité ave ; laquelle les Etats séparés se procurent en Angleterre des vaisseaux et des munitions et de la faveur avec laquelle a été accueilli l’emprunt confédéré.Le ministère ayant été interpellé dans le parlement, Lord Palmerston et le solliciteur-général se sont livrés contre le gouvernement américain à des récrimiuations qui ont alarmé certains journaux anglais., Si à ce qui précédé nous ajoutons que Charleston n est pas encore pris par les fédéraux, ni Mexico par les Français, que Rome et la ques- tion romaine sont encore dans le statu quo, et que les Grecs n’ont pa* encore trouvé un roi ; ces renseignements tout négatifs compléteront notre bulletin de l’étranger.Celui de l’intérieur sera plus court encore.Les vacances de Pâques ont eu ceci d’insolite qu’elles ont vu quatre élections, dont trois à l'Assemblée Législative et une au Conseil.Parmi les nouveaux élus se trouve l’hon.George Brown, l’ancien chef de l’opposition haut-canadienne, et sa rentrée en chambre n’est pas l’événement le moins important de notre chronique politique.Nous voudrions bien aussi donner le bulletin du printemps ; mais cette aimable saison très-courte en ce pays n’existe hélas ! cette année que sur nos calendriers.L’hiver qui n’est venu qu’à regret semble vouloir faire son temps et ne s’empresse nullement de partir.Les ponts de glace qui couvrent le fleuve à Québec et aux Trois-Rivières tiennent bon et tout fait craindre un bien grand retard dans l’ouverture de la navigation.Dans les nouveaux établissements, l’on est déjà à bout de ressources; la dernière moisson n’a pas été très-bonne et l'hiver prolongé menace d’épuiser les provisions de bien des familles.Il y a déjà cependant longtemps qu’une lettre de Rimouski, publiée dans les journaux de Québec, annonçait que l’on y avait entendu le chant du rossignol.Heureux habitants de ces parages s’ils ont tout à l'avenant I Mais malheureusement un rossignol, pas plus qu’une hirondelle, ne fait le printemps.NOUVELLES ET FAITS DIVERS.BULLETIN DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.— Ce qui suit est une analyse succincte de l’Exposé relatif à l’inslruc-tion publique en France, qui a été présenté au Sénat et au corps législatif et publié dans le Moniteur du 14 de janvier dernier.Instruction publique.“ La haute sollicitude de l’Empereur et le bienveillant concours des grands corps de l’Etat n’ont pas manqué, pendant l’année 1862, à l’administration de l’instruction publique et des cultes, qui touche à des intérêts si nombreux et si importants.Aussi cette administration a persévéré dans sa marche progressive, et, si elle n’a pu arriver à tous les résultats qu’elle désirait, c’est que, malgré ses efforts, elle a dû subordonner ses actes et ses projets à l'insuffisance de ses ressources.Un jour viendra, sans nul doute, où, grâce aux sévères économies introduites dans notre régime financier, il sera permis de doter chaque budget d’allocations vraiment normales, et qui donneront les moyens d’accorder aux besoins intellectuels, religieux et moraux du pays la satisfaction qui leur est due." lo Enseignement Supérieur.Cette partie de l’Exposé constate que de très-utiles travaux ont été commencés au Muséum d’Histoire Naturelle.Ce Muséum a reçu de la munificence de l’Empereur un grand nombre d’animaux intéressants pour la science et qui proviennent, en partie, de dons diplomatiques faits par les rois de Siam.Le Bureau des longitudes, réorganisé et augmenté dans son personnel par le décret du 26 mars 1862, a pu améliorer notablement le volume qu’il publie chaque année sur la connaissance des temps.L'Ecole française d'Athènes, qui possède de jeunes professeurs déjà riches de brillantes études classiques et de travaux très-distingués, continue ses recherches sur le sol de la Grèce.Ces fouilles n’ont point, jusqu’à présent, été interrompues par les troubles politiques qui régnent dans ce pays, et elles promettent les plus nombreux et les plus curieux documents pour l'épigraphie et l'archéologie de l’antiquité.Nous voyons par cet Exposé que le Dépôt des livres, établi au ministère de l’instruction publique, a distribué, pendant le cours de l’année 1862, 83211 volumes.2o Facultés et administration académique La situation très-digne d'intérêt des commis d’académie, c’est-à-dire des employés attachés aux bureaux des recteurs, a été améliorée, grâce au crédit accordé en 1862 par la chambre.L’augmentation sensible du nombre des grades délivrés par les Facultés et les Ecoles de l’enseignement supérieur, signalée dès 1800, ne s’est point arrêtée en 1862.En effet, 1862 a fourni 295 diplômes de plus qu’en 1861.3o Ecole Normale supérieure et instruction secondaire.Sous ce titre, nous voyons que l’organisation de l’Ecole Normale supérieure s'achève, grâce aux allocations accordées par le Corps législatif.Il y est constaté, en outre, que le nombre, des élèves a augmenté et que le trailement des maîtres de conférences a été élevé.C’est de cette grande école que sortent les professeurs agrégés qui vont ensuite distribuer l’enseignement classique dans les collèges communaux et les lycées.Il y a aujourd’hui en France 80 lycées impériaux, sans compter celui d’Alger En 1862, il a été dépensé plus d’un million pour la construction ou la réparation des lycées des villes et des départements.Nous remarquons que les collèges communaux ont été nécessairement JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE 8* frappés par la concurrence de l’enseignement libre, et que leur nombre, peut-être excessif, est aujourd’hui une cause de faiblesse et de décadence.On croit que ces nombreux collèges ne pourront produire des résultats satisfaisants qu’en se livrant principalement à l’enseignement intermédiaire.4o Instruction primaire.L’instruction primaire a suivi sa marche progressive durant l’année 1862.Le nombre des écoles communales est aujourd’hui de près de 37000 et la régularité des élèves e9t plus grande.La loi actuelle en France n’admet ni le principe de l’instruction gratuite, ni celui de l’instruction obligatoire.Elle exige une rétribution équitable des familles qui peuvent aisément l’acquitter, et elle admet la gratuité en faveur de tous les indigents et en faveur même de tous ceux qui sont quelque peu gênés pour la redevance scolaire.De cette manière, les parents, que le droit naturel et civil rend libres de la disposition de leurs enfants, ne sont points forcés à l’instruction primaire sous peine d’amende ou de prison, comme cela se pratique dans plusieurs pays.Comme on peut le voir, cette mesure n’a pas eu pour effet de diminuer le nombre des élèves payants, puisque ce nombre s’est augmenté, depuis trois ans, de plus de 200,000, et la rétribution scolaire, qui, en 1858, ne s’élevait pas à plus de neuf millions, atteint aujourd’hui le chiffre de treize millions de francs.“ C’est cette prospérité du service de l’instruction primaire, dit l’Exposé que nous analysons, qui a permis à l’Empereur, toujours plein de sollicitude pour les classes ouvrières et pour leurs modestes instituteurs, de promulguer le décret du 19 avril dernier, d’après lequel tous les maîtres d’écoles communales, comptant 5 ans de services, recevront, à partir de 1863 et à titre de traitement supplémentaire, une indemnité calculée de manière à élever leur revenu scolaire au minimum de 700 fraucs.En outre, le vingtième des instituteurs pourra recevoir un traitement de 800 francs, après 10 ans de services, et de 900 francs après 15 ans.Les maîtres à comprendre dans ces deux dernières catégories seront choisis parmi ceux qui se seront montrés les plus capables et les plus dévoués dans l’exercice de leurs fonctions.Enfin, tout élève-maître, boursier de l’Etat ou des départements, appelé pour la première fois aux fonctions d’instituteur public, recevra, en sor;ant de l’école normale pour se rendre à son poste, une indemnité de 100 franc3.On sait que le premier mois de traitement de ces jeunes maîtres est retenu au profit de la caisse des retraites, et qu’ils ne peuvent toucher les deux mois suivants qu’à l’expiration du trimestre.L’Empereur a voulu les mettre à l’abri des premiers besoins et des dangers que pouvait leur créer une situation pénible et gênée au début.” Nous voyons, eu outre, qu’en 1862, 662 communes ont obtenu des secours de l’Etat pour la construction ou la réparation de leurs maisons d’école.La part de chacun a été, en moyenne, de 1954 francs, formant un peu plus de douze cent mille francs, ce qui représente approximativement le cinquième d’une dépense totale de 6 millions.Le département de l’instruction publique a pu, en outre, accorder une somme de 490,000 francs pour la dépense totale de maisons d'école dans les communes trop pauvres pour en supporter la moindre partie : le nombre de ces communes est de 92 et le chiffre moyen des allocations qui leur ont été faites est de 5326 francs.L’Exposé fait observer qu’on devait poursuivre, en même temps, l’amélioration et l’extension des écoles normales primaires, et qu’en 1862, des I sommes assez fortes ont été accordées aux départements pour atteindre ce but essentiel.L’œuvre des bibliothèques scolaires se développe et promet d’utiles résultats.Il faut observer qu’il ne s’agit pas de l’œuvre plus vaste et plus libre des bibliothèques communales, mais d’une entreprise modeste et dont le ministre de l’instruction publique supporte toute la responsabilité.La loi eu France a pourvu à ce qu’il ne puisse s’introduire, dans ces bibliothèques spéciales, aucun ouvrage qui ne remplirait pas le but moral et professionnel qu’on s’est proposé : elle veut, de plus, que ces bibliothèques, qui sont un besoin réel de notre époque, demeurent sous la surveillance et le contrôle de l’instituteur, et que les livres de classe soient prêtés gratuitement à tous les enfants pauvres qui ne peuvent payer la rétributiou scolaire.Cette dépense se trouve couverte au moyen d’une cotisation volontaire versée par les enfants des familles aisées, qui reçoivent également ces livres.Nous voyons que le gouvernement français porte un grand intérêt à ces bibliothèques, puisqu'il a consacré une somme de 100,000 francs, en 1862, à l’achat des livres, et que la nombre des volumes ainsi acquis et distribués se monte à dIus de 60,000 volumes.Il y a aujourd’hui en France près de 1000 communes dotées de ces bibliothèques.Voici ce que dit l’Exposé au sujet des écoles normales primaires.“ Nos écoles normales primaires, qui forment les instituteurs, présentent un excellent système d'enseignement ; car, à côté des connaissances scolaires, on y développe toutes les notions scientifiques qui sont appli cables aux usages de la vie et qui peuvent aider puissamment la bonne entente du travail professionnel.L’arpentage, le nivellement, le dessin, le chant s’y rencontrent avec l’instruction pratique et théorique de l’agriculture.Presque toutes ces écoles normales ont aujourd'hui des terrains assez vastes pour étudier les meilleures théories de l’horticulture et les meilleurs procédés agricoles, dan9 la mesure des faits les plus usuels.Enfin, on s’efforce d’y développer le goût et l’exposition des applications industrielles.Ainsi se forment de nombreux instituteurs, instruits, dévoués, et pouvant rendre des services au pays.” — Décédé, le 16 mars dernier, M.Cléophas Parent, instituteur de l’école modèle de l’Isle-Verte et ancien élève de l’Ecole Normale Laval, âgé de 24 ans.Dans l’espace de six mois qu’il a dirigé cette école, il avait su faire preuve d’un grand talent pour l’enseignement et mériter l’estime géuérale par sa conduite régulière.Il appartenait à la Société St.Joseph.On le recommande particulièrement aux prières des instituteurs.—(Communiqué.) BULLETIN DES LETTRES.—M.Pihan père, prote de l’atelier oriental à l’Imprimerie impériale, que nous avons cité parmi le3 personnes à qui l’empereur a remis, dimanche, la décoration de la Légion d’honneur, a commencé d’abord par être apprenti, puis simple ouvrier compositeur à l’Imprimerie impériale.Par de longs travaux, sans leçons, sans secours, sans quitter un seul jour sa fonction administrative, il-est devenu l’un des plus savants orientalistes de l’Europe.L’Institut a couronné son Essai sur les systèmes de numération des langues orientales.C’est à lui qu’on doit d’avoir, d’après les manuscrits dessinés pour la fonte, les caractènes de l’arabe vulgaire, ou maghrébin, employés actuellement à imprimer en Algérie tous les textes qui servent à nos communications avec les Arabes.M.Piban père, qui compte trente-sept ans de service à l’Imprimerie impériale, est auteur de travaux nombreux et estimés.—Ces jours derniers a eu lieu la réouverture de la bibliothèque Mazarine, fermée pour cause de réparations.Cette charmante bibliothèque, qui était jadis coupée en deux, ne forme aujourd’hui qu’une seule galerie, la cloison du fond ayant été supprimée.Tout le long de cette galerie en équerre, on a exposé un grand nombre de bustes en marbre et en bronze, dont la plupart ont été retrouvés dans les caves du palais ; ces bustes sont exposés sur des termes en marbres dont plusieurs sont de couleurs variées, et d’autres sont ornéi d’enchâssements.Parmi les bustes exposés, nous remarquons celui de Mazarin, fait par Guérard, d’après un buste contemporain ; un autre de Richelieu; un faune antique d’une physionomie admirable d’expression, puis deux terres cuites de Houdon, l’une représentant Franklin et l’autre Daubenton.Au centre de ce cadre si riche sont exposés des meubles de Boule, des tables recouvertes de tranches en marbres rares, de9 brèches de toutes couleurs, des marbres feudle de pêcher et une tranche de brocatelle.Sur l’un de ces meubles est placée l’écritoire du grand Condé.Dans la partie méridionale de la galerie se trouvent des buffets surmontés de vitrines renfermant les incunables et les éditions rares ; ce sont les bijoux de l’établissement, bijoux qui lui viennent de son fondateur et qu’il possède par conséquent depuis deux siècles.Parmi ces recherches bibliographiques, nous remarquons, dit le Siècle, auquel nous empruntons tous ces détails, la bible dite Mazarine, qui est un Gutemberg authentique.Au-dessus des vitrines à livres règne une plate-forme où sont exposés des spécimens réduits d’un grand nombre de vestiges de monuments pélasgiques ; ces fac-similé ont été exécutés sous les ordres de M.Petit-Radel.Parmi ces ruines se trouvent les remparts de Russella, ville des Etrusques ; ceux de Norba, cité des Volsques ; de Vesbata, ville du Latium ; et puis des ruines grecques d’une époque postérieure; celle de Cbéronée, en Béotie ; la porte aux Lions, de l’acropole de Micènes, etc.Sur une table isolée se dresse une colonne phénicienne, rapportée de Sidon par l’abbé Barthélemy, auteur du Voyage du jeune Anacharsis en Grèce.Cette colonne, sorte de piroïde très-allongé, est posée sur un socle quadrangulaire, portant une inscription.Enfin les riches boiseries sculptées, les lustres en cuivre fouillé, les meubles précieux, tout a ce cachet de luxe, d’ampleur et de bien-être qu’on trouvait chez les grands seigneurs du temps de Louis XIV ; c’est le dix-septième siècle dans toute sa splendeur.—Journal des Débats.—Suivant le Bookseller, le principal organe des libraires-éditeurs de la Grande-Bretagne, la presse de ce pays a imprimé, durant les derniers douze mois, 4828 nouveaux ouvrages.De ces 4828 volumes, 942 traitent de religion ; 337 sont consacrés à la biographie et à l'histoire générale ; 673 à la poésie et à la littérature en général ; 925 sont des romans ; 61 des ouvrages illustrés sur les arts et l’architecture ; 60 sont dédiés au commerce; 278 appartiennent à la géographie, et aux vo}rages; 283 sont des livres de loi et des livres publiés par le parlement; 129 traitent de médecine et de chirurgie ; 243 sont des ouvrages classiques, philologiques, &c.; 191 s'occupent, de grammaire et d’éducation; 81 de l’art nautique et militaire ; 157 sont dévoués à la politique; 104 à l’agriculture, et 148 aux sciences et à l’histoire naturelle.Ce qui suit fait voir la publicité donnée à quelques ouvrages.M.Murray a vendu 30,000 exemplaires des Voyages du Dr.Livingston, à une guinée chaque, et 10,000 à 6 chelins.M\I Chapman et Hall ont vendu 100,000 ex.de l’ouvrage intitulé : Nicholas Nicklehy, par Dicken, et 140,000 ex.de Pickvick, ouvrage du même auteur.Les livres d’école et d’éducation ont eu aussi un grand débit.11 a été vendu, par MM.MacMillar & Cie, 30.000 ex.de Y Arithmétique de Smith, 13,000 du livre intitulé : Palsgrave’s Golden Treasury et 8,000 de l’Algèbre de Todhunter.De ChambeiJs Information for the People il a été vendu 140,000 ex.et des livres connus sous le nom de Educatitn&l Tracks, la , quantité énorme de 240,000 ex., sans compter ceux qui sont passés dans le commerce d’exportation. 64 JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.Du 1er.janvier au 20 décembre, ïe nombre de livres publiés en France, d’après la Bibliographie, s’élève à 11,484, ce qui donne juste 957 volumes par mois.Des Mémoires de M.Guizot, 9000 ex.ont été vendus.Il a été tiré 16,000 ex.des Misérables de Victor Hugo, édition française ; de l’édition belge, (Bruxelles) 40,000.II a été publié 50,000 ex.de VHistoire du Consulat et de V Empire, par M.Thier3.(Traduit du London Spectator.) — M.le Prince de Broglie, qui remplace le Père Lacordaire à PAca-démie Française, a prononcé son discours de réception auquel a répondu M.de Saint Marc Girardin.Un immense mouvement de curiosité et une acclamation véritable ont salué l’entrée de M.Thiers.“ Une phrase bien simple dans le discours de M.de Broglie sur la Pologne a été couverte d’applaudissements unanimes prolongés et répétés qui avaient, dit Y Illustration, toute la valeur d’une manifestation pour le droit et la civilisation contre l’oppression et la barbarie.Rien n’était plus touchant que cet hommage rendu par des jeunes gens, des vieillards, des femmes composant une assemblée d’élite réunie pour goûter les plaisirs les plus délicats de l’esprit, à ceux qui, au même moment, mouraient au loin, dans quelque bois inconnu, pour la vie, l’honneur, la liberté de leurs pères et de leurs mères, de leurs enfants et de leurs femmes.” — Hier, l’Académie Française a eu une séance qui a fait événement.Il s’agissait de la réception de M.Octave Feuillet, le charmant romancier, élu en remplacement d’Eugène Scribe, et chargé de prononcer l’éloge de son prédécesseur.L’impératrice, qui a beaucoup contribué à l’élection de M.Feuillet, son écrivain favori, assistait à cette solennité avec la princesse Mathilde, la Princesse Clotilde et le prince Napoléon.Le discours du récipiendaire et la réponse que lui a faite M.Vitet sont des morceaux très-réussis.Us renferment des appréciations tres-fines du talent de Scribe et de celui de M.Feuillet.Ce dernier a payé sa dette de reconnaissance à son auguste protectrice dans un hommage plein de grâce, et il a affirmé ses convictions politiques en *‘ rendait justice à un grand règne.'7 Le mot a produit des sensations diverses dans l’enceinte de l’institution, où, depuis longtemps, il ne s’était rien dit de pareil, si ce D’est à propos du règne de Louis XIV.Mais M.Vitet a donné une petite revanche au parti des Frondeurs, en s’emparant d’un mot de M.Feuillet lui-meme, sur la tolerance politique du temps de Scribe, qu’il avait appelé un âge d’or.“ Que d’égards pour tous ses hôtes, a dit M.Vitet, à propos de l’ancien Théâtre de Madame! Que de ménagements 1 Quelle touche légère ! Comme il savait glorifier les vaincus sans trop chagriner les vainqueurs 1 car alors, au théâtre, les vaincus étaient glorifiés ! Vous l’avez dit, monsieur, c’était l'âge d’or! ” Chacun a donc eu sa part de satisfaction dans cette représentation de l’Académie, transformée pour un jour en théâtre de l’impératrice.— Counier des Etats-Unis.ailantine cultivée avec tant de succès en France et en Italie.On se propose de distribuer les œufs que pourront donner ces vers au mois de mai prochain entre ceux des membres de la Société Botanique qui désirent aider à la tentative de les introduire an Canada.C’est l’arbre connu sous le nom d'Ailantus Glandulosa qui fournit la nourriture à ces vers à soie, et cet arbre vient très-bien dans ce pays.Le professeur Lawson a aussi exlr^é des échantillons de drap fabriqué dans les prisons de l’Inde avec le duvet de la plante indienne que les botanistes désignent sous le nom de calotrope, et les anglais, sous celui de seed-weed.Le duvet de cette plante est exactement semblable à celui des calotropes du Canada.Parmi les correspondances qui ont été lues à l’assemblée, il s’en est trouvé une du Dr.Maclagan, (Berwick upon Tweed) sur les plantes recueillies en Canada.Les observations de M.Maclagan, formant deux volumes manuscrits et donnant des renseignements nouveaux sur à peu près 900 espèces de plantes canadiennes, seront publiées dans les annales de la Société.Le professeur Lawson a attiré l’attention sur la proposition du Gouvernement Impérial relativement à la publication des Flores des colonies de l’Empire Britannique ; cette publication devant être faite sous la direction de Sir William Hooker, botaniste de la Reine.Il fut lu une correspondance à ce sujet, adressée d la Société par le Juge Logie, de Hamilton.Le secrétaire des Colonies ayant demandé au Gouvernement Canadien son approbation et son concours relativement à la publication de la Flore Canadienne, plusieurs des membres exprimèrent fortement leur opinion sur l’importance de cette publication, tant sous le rapport scientifique que sous le tapport commercial ; que ce travail serait un excellent moyen de faire connaître, et aux Canadiens et aux habitants de l’Europe, la nature et la richesse de nos forêts canadiennes, ferait naître de nouvelles sources d’industries et contribuerait au développement des entreprises commerciales.Le Dr.Dickson a demandé la formation d’un comité chargé de représenter à la Législature l’importance de la proposition de Sir William Hooker.Dans le cas où le Gouvernement refuserait la faible somme nécessaire pour l’exécution de ce projet, il serait sans doute facile, a ajouté le Dr.Dickson, de trouver un nombre suffisant de personnes disposées à souscrire, dans un court délai, le montant demandé.—(Traduit du Canadian Naturalist.) .A.1ST IS' O IS' c v:.las Libraires, Inspecteurs et Commissaires d’Ecole, aux lastitatioas Religieuses et au Public» BULLETIN DES SCIENCES.— Notre bonne ville se distingue par le grand nombre de ses sociétés nationales, littéraires, scientifiques, historiques, artistiques, de bienveillance et de charité.Une nouvelle association, qui tient à la fois à la nature de la Société Historique de Montréal et de la Société d’Histoire Naturelle, vient de s’organiser en cette ville, et promet de prospérer tout en ajoutant encore à l’excellence de notre ci » é * nous voulons parler de la Société Numismatique de Montréal, établie le 9 décembre dernier, par quelques Messieurs Canadiens-Français et Anglais, ami3 de cette intéressante science.Le but de cette société, qui compte actuellement vingt memores actifs, est ainsi exposé dans sa constitution : “ Promouvoir 1 étude de la Numismatique et former un Musée et une Bibliothèque à 1 usage de ses membres.” Elle a déjà entrepris des travaux intéressants et sérieux sur l’étude de la numismatique nationale.A la première des deux séances qu’elle a tenues,—aprc3 les travaux d’organisation, l’installation des Officiers et l’adoption d’une Constitution—M.Stanley C.Bagg lut, en anglai3, un intéressant essai sur les avantages résultant de l’ét idc de la numismatique.Le Daily Witness du IG Février reproduisait plusieurs extraits de cet essai.A .A la deuxième assemblée mensuelle de la Société, tenue le ol janvier M.Bagg lut une seconde fois, à la demande de plusieurs nouveaux membres, son Dremier essai, qu’il avait fait imprimer pour 1 usage de la Société, puis M.Boucher lut, en français, quelques notes qu’il avait recueillies, sur les monnaies de cuivre du Bas-Canada.Les remarques provoquèient, [de la part des membres présents, plusieurs observations intéressantes.On expliqua d’une manière satisfaisante l’origine de plusieurs de ces pièces et l'on signala certaines singularités guères perceptibles quoique très-significatives.La Société publiera probablement dans quelques mois un résumé de ses travaux sur la numismatique du pays Plusieurs dons furent ensuite faits au musée de la Société, et quelques séries de monnaies et de jetous Canadiens ainsi qu’une médaillé de l’Exposition de Londres, de 1862, furent exhibés par le Président.MM.Huguet-Latour et J.Bronsdon.—Les Beaux-Arts.— La Société Botanique du Canada a tenu, à Kingston le 26 janvier dernier, la première assemblée de sa 3e.session, sous la présidence du Très Rév.Principal Leitch.Le Professeur Laws-»n a dit que, grace a l’obligeance du Professeur Caruel.autrefois de Florence et habitant actuellement Pise, il avait reçu une grande quantité de cocons du ver a soie de Chine, de l’espèce dite Salurnia Cynthia, qui produit la soie LES soussignés ont l’honnenr de donner respectueusement avis, qu’ils ont fait acquisition, par voie de vente judiciaire, de la propriété littéraire, ainsi que du fonds, des ouvrages suivants, publiés ci-devant par MM.J.& O.Ckemazie, savoir : ÉLÉMENTS DE GÉOGRAPHIE MODERNE, imprimés sous la direction de la Société d’Ëducation du district de Québec, d l'usage des Ecoles Elémentaires ; NOUVEL ABRÉGÉ DE LA GÉOGRAPHIE MODERNE, par M.l’Abbé Holmes, tout dernièrement revu et corrigé ; TRAITÉ D’ARITHMÉTIQUE, à Tusage des Ecoles, par Jean-Antoine Bouthillier, revu et corrigé.— AUSSI EN VENTE — LE LIVRE DES ENFANTS, Nouvel Alphabet Français, illustré,— et la NEUVAINE A ST.FRANÇOIS XAVIER, (ci-devant publiés par MM.Crémazie,) sur beau papier et papier ordinaire, avec image du Saint: Variété de reliures.LE MANUEL DES PAROISSES ET FABRIQUES, par H.Langevin.LA GRAMMAIRE FRANÇAISE de Lévizac ; LES STATUTS REFONDUS, et autres, etc.LE LIVRE DE PLAIN-CHANT, publié par l’autorité et sous la direction de Monseigneur l'Administrateur, en deux volumes 8 -vo, sera prêt à être livré l’été prochain.Les soussignés auront toujours en mains un nombre d’exemplaires de tous ces livres, suffisant pour remplir toutes commandes san3 délai ; le commerce et autres acheteurs en gros auront comme ci-devant le bénéfice d’un escompte libéral.DESBARATS & DERBISHIRE, Coin des Rnes Ste.Anne et Desjardins.Québec, 16 Janvier, 1863.Des Presses d Mr dilaté d’Eusèbe Senécal, 4, rue St.Vincent, Montréal.
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