Journal de l'instruction publique, 1 octobre 1859, Octobre
g iSil 'PRociïtsi âikvi wwm Volume III.Montréal, (Bas-Canada) Octobre, 1859 No.10.SOMMAIRE.—Littérature.—Poésie : La Sœur de Charité, par Ernestine Drouet, institutrice, (pièce couronnée par l’Académie Française).—La Royauté d’un jour, par Mme Desbordes-Valmore, (suite).— Science.— Compte-rendus des Cours Publics : Cours de Langue Française à l’Ecole Normale Jacques-Cartier, pur M.le Professeur Devisine, (suite).—Cours d’Histoire du Canada à l’Université Laval, par M.l’abbé Ferland.rapporté par M.Arthur Casgrain, élève de l’Université, (suite).—Education.—Pédagogie : De la manière d’envisager la profession d’instituteur.par J.J.Rapet, (inédit).—Avis Officiels.—Diplômes accordés par les Bureaux d’Examinateurs.— Instituteurs Disponibles.— Éditorial.— Obituaire.— Revue Bibliographique : The teacher and the parent, par Charles Northend, (suite).—Nouvelles et tajts divers.—Bulletin de l’instruction publique.—Bulletin des lettres.— Bulletin des bons exemples.—Distribution de prix.—Séminaire de Nicolet.—Annonces.LITTERATURE.LA SŒUR DE CHARITE.PROLOGUE.Son regard est craintif, sombre, mystérieux, Et semble redouter de se lever aux cieux.Elle tient un fardeau pressé sur sa poitrine.Puis au seuil d’une porte, elle tremble.s’incline ; Puis.plus rien dans ses bras !.—O spectacle navrant ! Cette femme est la mère—et ce fardeau l’enfant ! Voyez la : que fait-elle ?Elle hésite : elle frappe ! Sans regarder son fils, rapide, elle s’échappe ! Ah ! laissez-la s’enfuir, ne suivez point ses pas : Le Remords qui l’atteint, ne la quittera pas ! Mais lui que devient-il?—A ses cris, l’autre mère, Celle que le Seigneur donne à toute misère, Apparaît sur le seuil qu’ont mouillé tant de pleurs, Et calme doucement ses premières douleurs ; Un soupir pour la mère,—à l’enfant un sourire.Cela suffit, ma Sœur, car cela veut tout dire.Antiquité !—siècles des sages ! Antiquité I—siècles des Dieux ! Que d’éblouissantes images Léguèrent au monde, en leurs pages, Tes poètes aimés des Cieux I Mais tes sages et tes poètes, Et toutes leurs nobles conquêtes, N’effacent pas dans sa grandeur Le saint Apôtre.et la pensée Qui, vivante, s’est élancée Non de son front, mais de son cœur! De tes Dieux toute la famille Vaut-elle cette simple fille Qu’illumine la Charité ?Que eerait-ce enfin, auprès-d’elle, Que ta plus austère immortelle Et sa chaste divinité ?Non, de Diane chasseresse Jamais la stérile rudesse Ne s’égalera, dans nos vers, A la virginité féconde De la sublime vagabonde Qui va, parcourant l’univers, Pour semer partout l’espérance.Pour guérir partout la souffrance, Ne redoutant ni fer ni feu ; Car son cœur , qu’il plaigne ou soulage, Dans tout malheureux voit l’image, L’image même de son Dieu I LES ENFANTS TROUVÉS.Il fait nuit, il fait froid ; tout est calme et silence D’un long manteau couverte une femme s'avance : Elle embrasse ton fils ! va, ne crains pas pour lui, Pauvre femme ! A ses yeux, ce qu’il est aujourd’hui, C’est Jésus revêtu des langes de l’enfance ! Jésus versant des pleurs 1 Jésus dans l’indigence ! Oui, ces vagissements et ces premiers chagrins, Ces pieds sans force encore, et ces petites mains, Tout cela, c’est Jésus, pour l’admirable Vierge ! Peut-être, s’inclinant à la clarté du cierge Et disant ta douleur à l’écho du saint lieu, Elle fera ce soir cette prière à Dieu : “ La voix de l’innocence émeut un cœur de père.“ Et l’enfant, par ses pleurs, dit : Orâce pour ma mère !” Puis la porte bientôt se referme sans bruit : Tout est calme et silence ; il fait froid, il fait nuit.l’école.— “ Où vas-tu, mon enfant?„ „ , „ — “ Mais, madame, à l’école.— “ Et chez qui ?—11 Chez les Sœurs.— “ Simple et douce parole ! — • Orand-pere, qui sait tout, m’a souvent répété “ Qu’aujourd’hui l’ignorance est une infirmité : “ Je sais lire, et j’écris I — “ Que lis-tu ?— “ C’est tout ?“ L’Evangile.— “ Et c’est assez ! , ., —“ Il n’est pas difficile, Ce Uvre-la, madame, et je le sais par cœur.— “ Je veux suivre tes pas jusqu’auprès de la Sœur : “ Ainsi qu’elle, aux enfants, vois-tu, j’apprends à lire ; “ Nous aurons toutes deux cent choses à nous dire.” ’ J’entrai ; je n’entendis que chants et cris joyeux ; La Sœur, avec bonté, souriait à ces jeux ; 170 JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.Je m’inclinai bien bas devant cette humble femme, — Vierge et mère à la fois! — qui disait en son âme, Avec l’Ami divin des simples, des souffrants : “ Laissez venir à moi tous les petits enfants.” — “ Ma Sœur, ainsi que vous, je suis institutrice : “ Moi, c’est profession ; mais vous, c’est sacrifice ! — “Oh ! votre rôle est beau ! — “ Le vôtre est généreux ! “ A moi les fronts brillants, les visages heureux, “ La jeunesse, d’amour et de soins entourée ! “ La terre, quand je sème, est déjà labourée ; “ Une mère, au besoin, me prête encor secours.— “ Cela chez nous, hélas! n'arrive pas toujours.— “ Mais comment voyez-vous sans nulle répugnance “ Ces enfants dépouillés des charmes de l’enfance, “ Flétris, hâves, couverts d’un grossier vêtement ?.— “ On les trouve plus beaux, madame, en les aimant.— “ Et vous les aimez tous ?— “ Seul à seul, tous ensemble ; “ Car j'aime en eux Jésus, chacun d’eux lui ressemble ; “ Chacun d’eux porte en soi tous les traits du Sauveur : “ J’aime sa foi, dans l’un ; dans l'autre, sa candeur ; “ Celui-ci me le montre en son obéissance; “ Celui-là dans son calme et dans sa patience ; “ Tel enfant le rappelle en son humilité ; “ Tous.dans son innocence et dans sa pauvreté.” Et des larmes brillaient au bord de sa paupière ; On voyait sur son front une douce lumière ; Et j’écoutais sa voix.et j’écoutais mon cœur ; Et je lui dis enfin : “ Grâce à vous, bonne Sœur, “ J'entrevois i ma tâche une étendue immense : “ Par l’amour de Jésus le respect de l’enfance ! “ Une clarté nouvelle en vos discours m’a lui : “ C’est toute une leçon que j'ai prise aujourd’hui.Alors, comme une enfant, dans les bras de la sainte Je me sentis serrée en une douce étreinte : — “ Sœur, puis-je vous aimer, vous revoir quelquefois ?— “ Tous les cœurs sont unis, sœur, au pied de la Croix.” l’hospice.— “ Mon frère, il faut enfin panser cette blessure.— “ C’est impossible.Oh non ! — “ Pourquoi?Ma main est sûre, “ J’irai bien doucement.— “ Ce n’est pas de la peur ! “ Mais vous, Mademoiselle.— “ On m’appelle ma Sœur.— “ De votre serviteur vous faire la servante ?— “Oh ! que cette pensée est douce et consolante ! — “ Vous, vous que tant de fois je vis partir au bal, “ Vous retrouver un jour sœur dans un hôpital ! “ Non, ne me pansez pas, cette plaie est ali reuse I “ Ma femme pourrait seule être assez courageuse “ Pour vaincre son dégoût, grâce à tout son amour : “ Elle ne viendra pas.car ce n’est pas le jour I — “ Je veux la remplacer ; et croyez-moi, mon frère, '¦ La charité fera ce que l’amour peut faire.— “ Voir dans les malheureux des amis, des parens ! — “ La charité, mon frère, aplanit tous les rangs.— “ Hélas ! aux coups du sort je restais insensible ; “ Mais la pire misère, oh oui 1 la plus horrible, “ Qui nous couvre le front presqu’autant qu'un remords “ C’est, croyez-le, ma Sœur, la misère du corps! — “ Vous souffrez, comme vous, j’ai connu la souffrance, “ Laissez-vous donc servir, aimer sans résistance ; “ Frère, je vous en prie ! ” Il hésite un moment ; Mais ce mot si naïf lui semble si charmant, Qu’il retrouve par lui la force et le courage.L’homme, de ses deux mains, se couvre le visage ; L’humble fille commence.et s’arrête soudain : La pitié, le dégoût ont fait trembler sa main.Elle pâlit, rougit, puis bientôt s’illumine ; Fait un signe de croix sur sa faible poitrine ; Et retourne à sa tâche avec amour et foi.Qui l’y rappelle donc ?—O Jésus-Christ, c’est toi ! C’est ton sang! C’est ta chair qui saigne et qui palpite ! Véronique à genoux alors se précipite ; Panse ta plaie, ô Christ ! étanche ta sueur ; Et, soulageant un pauvre, assiste le Sauveur ! LE BAGNE.“ Dieu veille en Créateur sur toute créature." La Sœur parlait ainsi.— “ Ce n’est qu’une imposture!.” Répondit le forçat : “ Qui plaindrait mon tourment ?" “ Ton Dieu serait pour moi le Dieu du châtiment 1 “ Et toi, qui viens ici me parler d’espérance, “ Ton reste de pitié n’est dû qu’à mon silence : “ Un seul mot, et tout fuit I (J’y suis habitué).“ Et tu fuiras ! ” — “ Jamais ! ” — “Tu fuiras !.J’ai tué !.” Un cri d'horreur répond à ce mot homicide.— “ Voilà donc la pitié de ce cœur intrépide 1.“ Ton Dieu, que si clément tu m’as réprésenté, “ Il ferait comme toi, fille de Charité !.“ A d’autres les remords, et mourons dans l’abime ! ” — “ Jésus, Dieu de pardon ! Jésus, douce victime ! “ S’écrie alors la Vierge en un pieux transport : “ Tout se peut relever.quand le cœur n'est pas mort! “ Madeleine a pleuré, vous sauvez Madeleine I “ Vous ne méprisez point une Samaritaine ! “ Quand la femme adultère embrasse vos genoux, “ Votre voix des bourreaux désarme le courroux ! “ Rapportez au bercail la brebis égarée.“ Votre épaule à ce faix est déjà préparée I “ Oh ! que pour vous bénir cet homme vive un jour I “ Rendez-moi le courage et rendez lui l’amour ! “ Frère, votre douleur peut vous être féconde : “ Le Juste un jour gémit sous les forfaits du monde ; “ Et les saints oliviers burent avec ses pleurs “ De Bon front tout poudreux les sanglantes sueurs ! “ Frère, le Rédempteur comprend toute souffrance : “ Si votre crime est grand, son pardon est immense ! ” — “ Ma sœur, il est bien tard pour songer au pardon !" — “A l’heure de la mort pleura le bon larron.” — “ Mais des pleurs peuvent-ils laver mon infamie?" — “Un seul suffit.” — “ Et bien ! vous, mon unique amie, “ Pour que ce triste cœur croie au pardon divin, “ Pardonnez-moi d’abord et donnez moi la main.” — “ Mon frère, la voici.” — “ Religion sublime, “ Qui fait que l’innocence ose approcher du crime I ” — “ Aussitôt que le crime est devenu douleur, “ Il peut à l’innocence oser dire : ma Sœur.” ÉPILOGUE.O vous tous qui souffrez et que sa main soulage, Vous qu’un tendre respect courbe sur son passage, Montrez-nous, montrez-nous la trace de ses pas.Où va-t-elle ?—ou plutôt : où ne va-t-elle pas ?Enfants nés dans ses bras, vieillards morts sous son aile ; Malades insensés, captifs soignés par elle ; Ignorants qu’elle instruit au livre des vertus ; Malheureux, par ses soins, ou nourris ou vêtus, Formez son auréole, éclairez son visage ; Chantez-la tous en chœur à ma dernière page ! Pauvre, qui te crois seul et pleures ici bas, Un ange est près de toi, qui te suit pas à pas : Qu’on t’arrache à ton sol, qu’on t’arrache à la France, La consolation rejoindra la souffrance I Les flots vont t’emporter,—ils te l’amèneront ; Us vont vous désunir,—ils vous réuniront I Ta mère, alors, ta mère, enchaînée au rivage, Enviant ses périls, bénira son courage : Le pouvoir maternel lui-même est limité ; Mais on n’enchaîne point la sainte charité.Tu la verras un jour, affrontant la mitraille, Te panser demi-mort sur le champ de bataille ; Servante courageuse, elle sait qu’en tout lieu Son maître, c’est Jésus ; son salaire, c’est Dieu ! — “ Vierge, où vas-tu ?Vois donc comme les flots mugissent.— “ Je sers Jésus, à qui flots et vents obéissent.” , — “ Vierge, où vas-tu ?”—“ Je vais où Dieu dit : “Suivez-moi.“ Je vais semer l’amour où l’on sème la Foi I ” Oui, va prêcher, ô noble femme 1 Non pas des lèvres, mais de l'âme ! Partout souffre l’humanité.Quand la croix marche la première Tu ne peux rester en arrière, Car la croix c’est la charité ! Va montrer partout l'espérance, Va guérir partout la souffrance, JOURNAL DE D’INSTRUCTION PUBLIQUE.171 No redoutant ni fer ni feu ; Car ton cœur, qu’il plaigne ou soulage, Dans tout malheureux voit l’image, L’image même de son Dieu ! Eunbstinb Drouht, Institutrice.La Royauté d’un Jour ou la Fête des Innocents.{Suite.) LE PETIT VOISIN.“ Na lui fais donc pas honneur à cette froide innocente,” dit une jeune voix ferme dans l’oreille d’Agnès, qui bondit.Cette voix était celle d’un troisième innocent habillé en grand-père, fils de l’avare possesseur de la maison habitée par la famille Aldenhoff.Depuis un quart d’heure, le petit voisin regardait Agnès du haut de sa porte, à lui, de sa porte en face, élevée au dessus du sol par un large perron a rampe de fer doré dans le goût espagnol.On voyait pendre à cette porte, toujours fermée, un noble pied de chevreuil, en signe de la richesse qui rendait cette maison saillante et enviée entre toutes.L aïeul opulent avait aussi, dès l’aurore, départi ses vêtements à Ferdinand Duhein, qui les portait avec une joie pareille à celle d’Agnès.11 était, à cette heure, décoré d’une canne à pomme d’or, d une tabatière d’argent finement ciselée, d’un chapeau à trois cornes , dont son grand-père conservait précieusement l’usage Ce grand-père puisqu’il faut l’avouer, malgré notre sympathie pour Ferdinand, passait, dans la paroisse , pour un Arpagon, bien qu’il fût propriétaire de la moitié des maisons de la rue natale d Agnes.Ferdinand, qui avait en vain crié bonjour à la petite voisine, ennuyé de n’en être point aperçu, venait s’offrir à son admiration.Agnès aimait Ferdinand, qui n’était point fier et qui avait joue mainte fois aux osselets avec elle, l’innocente lui avait rendu de loin son bonjour par un signe de tête ; mais sa voix n’eût osé prendre 1 essor vers la maison d’où sortaient tous les chagrins de ses parents, cette maison dont le maître s’armait de tant de rigueur contre son pere qu’elle aimait comme on aime Dieu.Les mots saisie, prison, prononcés tout à l’heure à voix basse dans sa famille, laisaient l’empreinte de la tristesse sur son petit visage amical.Ferdinand, trop éloigné pour causer comme il en avait envie, sans s inquiéter de la dignité que lui imposaient ses habits de velours, avait enfin franchi la haute rampe et la rue, pour venir se planter devant Agnès.Ils s’examinèrent d’abord sérieusement et se trouvèrent bien.Le monde était si nouveau devant ces deux cœurs d’anges, qu’ils sentaient à peine le souffle piquant de décembre ; ils semblaient être encore dans les frais jardins du paradis ouvert à leurs regards enchantés.Ferdinand s’approcha du visage d’Agnès ; pressé de deviner au parfum ce qu’elle avait mangé, il respira curieusement sa bouche rose.Agnès, qui n’en faisait pas mystère, dit : “Que sentez-vous?—Comme un fruit,” répliqua-t-il.Et elle dit oui, de la tête, avec un petit sourire.“ Qu’as-tu commandé depuis ce matin ?continua Ferdinand, en train de parler, sans attendre la réponse.Moi, j’ai voulu le chocolat de grand-père, avec deux pains fiançais chauds et beurrés : j’ai voulu de la crème, du café, de l’ani-sette de Hollande et du vin de Grenache ; j’ai voulu dix feuilles imprimées en bêtes d’or, pour les découper et les mettre dans des li-vresj tu en gagneras à la gageure pour des épingles, et je te rendrai les épinglés.J ai voulu des ombres chinoises, et je les ai eues ! J ai commandé pour ce soir Raoul le jouer de violon, qui jouera des airs de contredance ; j’ai commandé Grenade le carillonneur, nui siffle aussi bien que la flute.Ils viendront an dessert et ils auront „ 71" ! nos caves en sont toutes pleines.Moi, je boirai de l’hydro-mel, de la biere d’orge, et de tout, comme les hommes, et je serai content ! A present, parle, loi.” J Mais Agnes n eut rien à répondre.Qu’aurait-elle pu répondre ' Qu aurait-elle pu raconter de son règne ?Toutefois il l’y contrai-gmt, car fl avait le ton péremptoire que donnent une canne à pom-o?d on n’en a pas ; il un œuf au beurre noir, mais je ne l’aime pas.Just,qui l’a m t JF- • Ferd,nalld la regarda plein d’étonnemeT "s-7 r IT, ’ V Cro‘S queLce , est P'us la saison des gâteaux ! c est toujours la saison chez le pâtissier; i’en ai commandé n e pour ce soir.—Ce n’est donc la faute de personne,” dit Acmes ïesSntC 6 ht fTPT être Joyeuse, deux ruisseaux de mes prirent leur cours le long de ses joues.; Ferdinand, stupéfait, perdit tout son aplomb ; son chapeau tricorne même parut triste sur ses longs cheveux châtains bouclés ; mais comme il s’était habitué dés le matin à dire Je veux! il continua de même avec Agnès.“Je veux savoir pourquoi tu pleures! —C’est que ma mère pleure.—Pourquoi pleure-t-elle?Parce que ton grand-père veut que mon père aille en prison, à cause qu’il n’a plus d’argent pour payer nos loyers de Noél.On ne veut pas attendre qu’il en gagne ! Ma grand’mère a dit : Agnès a le droit, tout le jour, d’aller demander un délai, puis d’ajouter : Soyez humain, c’est un innocent qui vient vous le demander de la part du Sauveur ! mais mon père ne veut pas que j’aille dire cela contre une pierre, et ma mère pleure ; voila ce que j’ai, Ferdinand-” Ferdinand n’osa plus parler de son bonheur.Après avoir regardé devant lui, puis par terre, il s’en alla disant: “Adieu, Agnès.— Adieu, Ferdinand,” répondit la petite reine désolée, qui demeura là pour le voir s’en retourner, puis remonter lentement le perron, puis tirer violemment le pied de chevreuil pour qu’on vînt lui ouvrir, puis disparaître enfin tout à fait.La rue fut longtemps déserte.LE PAUVBE.Tout à coup, Agnès, dont les larmes s’étaient séchées au grand air, courut dans la cour où balayait sa grand’mère, et tendant les mains, lui cria ; “ Ma grar.d’mère, donnez l’aumône, le bon Dieu est à la porte.” Elle parlait d’un mendiant â la chevelure blanche levée en auréole d’argent sur la calotte noire qui couvrait sa tête; son habit rouge, criblé de pieces de toutes sortes, était d’une forme bizarre, et à force de propreté, cette misère avait son lustre.On supposait cent ans à ce pauvre tout penché, qui ne parlait jamais en s’arrêtant calme et sérieux sur chaque seuil; et les enfants de la ville l’appelaient Bon Dieu.Madame Aldenhoff fouilla ses grandes poches avec empressement ; mais elle eut beau les interroger jusqu’au fond, elle n’y trouva que son étui plein d’aiguilles, son Christ en ivoire et son dé de cuivre, rien autre, ce qui la mortifia presque autant que sa petite-fille.C’était la première fois, depuis quarante ans d’aumône à ce pauvre, qu’elle avait toujours connu aussi vieux, qu’un refus interrompait d’elle à lui comme un fil entre le ciel et la terre.L’aïeule s’arêta en soupirant, et dit : “ Je n’ai rien !—Eh bien, alors, repar-tit Agnès, qui brûlait de donner elle-même le jour de sa fête, je vais chercher ma lettre de change.—Que veux-tu qu’il en fasse ?—Il la mettra dans son sac jusqu’à dimanche ; c’est le jour de 1 échéance, et mon oncle Jean, bien sûr, viendra la payer avant la messe.—Ma parole vaut ton billet, mon enfant, et il croira.Mais aux pauvres qui ont cent ans, on ne donne pas de billet ; il vaut mieux leur donner à boire ” Ainsi fit-elle.Après avoir rempli de bière le grand vidercome pour le pauvre qui attendait son dû, la grand’raère prit Agnès par la main et s’en vint droit à lui.“ Buvez, lui dit-elle d’un ton courageusement triste, et faites-nous crédit d’argent pour aujourd’hui.Vous aurez le double l’autre semaine ; mais, s’il vous plaît, laissez votre bénédiction sur cette enfant, car c’est aujourd’hui 6a fête.” Le pauvre, ayant bu, la regarda gravement.Il fit en silence le signe de la croix, levant ses yeux jusqu’à la madone incrustée au mur frontal du logis qu’il hantait depuis tant d’années, et s’en alla reveur et doux.Agnès, frustrée en toutes choses, le regarda glisser de porte en porte, ou de plus riches voisins avaient le bonheur de lui donner - il atteignit bientôt près du pont l’enfoncement d’un vieux couvent détruit, ou cette furtive image du Christ s’évapora comme un rêve.l’oiseau d’agnes.Il y avait encore un innocent dans le voisinage, mais celui-là ne desaTîIcnllPtS T T P0rte‘ demeurait dans ce couvent abandonné leLRéC^IeV°nt 00 Vient de parler’ où son père> loueur de carrosses et de chevaux, tenait ses magasins à fourrages.Durant l’été des nuees d enfants allaient jouer dans les vieux cloîtres, qui reten-“ df leurs cris Perçants ; à cette heure, il y régnait un grand ‘ "c,e , Le carrossier, qui aimait beaucoup le petit Amé, unique AméH d?son veuvage, ne travaillait pas joyeusement, car le petit p Ce Pere soucieux s’en vint donc demander à tPrer d-n« U AldenLofT, et l’on s’empressa de le faire en- sansdfeu 8 exc“8ant commi on put de le recevoir n W ! ?' ,Pk a d0"fern.ent sa maln sur 'a joue d’Agnes, qui n entra pas d’abord, et lui dit : “ Je vous ai prise vraiment pour votre grand mere ; ce qui fit rougir de plaisir la petite enfant.1 172 JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.hâte car- et le l’oiseau.” Demeuré seul avec les femmes, le carrossier s’expliqua: montra toute sa vie une giande predilection pour le rude mais énergique idiome en fathf ave’ S,°“ ?’ fLou,ls:le'Débonnaire> bien qu’il s’exprimât J.îm ave® autaut de facilite que son père, n’en préféra pas moins io ès oTvoir ^%Te< langUe' Le 'atiu rustique, en Veustrie Vi?v6 d,abord 1U Un moyen de rapprochement entre les nZ nZ 8 te?dl peu à peu’ pénétra Jusque dans les villes et mêmï rr Tr K langue général® de la nation.Le clergé lui-mand nomhieUd’bearCOUIî-3 a ProPaSation du latin rustique; un fou"ét^tbnh|d® eSiaSt,qUeS “e connaissaient que ce latin, et ions au ni d 'g%t V ^ P°Ur faire entendre leurs instruc-consefl de • S Pr0SIfr d°nne aUX Prêtres de son époque le oompns des fidlér1 “ VU,eaire’a’da veulent éU bien aueurf1 |d°aCjfV'dem q}16 leR Francs, peu nombreux, quoique vain-Hln i d lm,P°ser leur Engage aux vaincus, finirent par accep-orofonléa 6 cesde'niers; ce qui montre que le latin avait jeté de seul eve TT dans le terrrton'e.L’histoire ne nous offre pas ce du InnU de;d Une ™‘°n oonquérante subissant le joug de l’idiôme le clcmhl h ai,"cu‘ ,C esî ainsl que les Normands reçurent plus tard le double bapteme du culte et de la langue de la France, qu’ils ve- liaient de vaincre.Deux siècles et demi plus tard; ils tran.spor-cette langue en Angleterre, où, en dépit de la petitesse de 1 île, de leurs efforts constants, et des lois rigoureuses de Guillaume-ie-Conquérant, tenues en vigueur jusqu’à la fin du régne d’Edouard III, c est-à-dire, plus de deux-cents ans, ils ne réussirent pointé substituer parmi le peuple l’usage du français à celui de l’anglo-saxon.Apprenons par là combien la force et la volonté humaine sont impuissantes à étouffer un idiome dans la bouche d’un peuple.Mais continuons notre examen de la marche du latin vulgaire.Dans l’origine, le latin rustique ne différait guère du latin litiéraire que par la violation de quelques règles grammaticales, par quelques vices de prononciation, par le mélange d’un certain nombre de mots ou de tournures celtiques ou tudesques.Peu à peu la confusion ue formes grammaticales s’accrut considérablement, au point que beaucoup d’entre elles étaient employées les unes pour les autres, non seulement par le peuple, mais encore par des personnes que leur rang et leur position sociale auraient dû préserver de J’igno-rance commune et au moins empêcher de faire les fautes les plus grossières.r Au \ Ile siecle, le latin rustique avait subi des altérations si profondes et si radicales, qu’il put être considéré comme un nouvel idiome, entièrement distinct de la langue latine à laquelle il devait son origine.La nouvelle langue fut appelée Romane, parce qu’elle était I jdiôme propre des vaincus, à qui l’on donnait le nom de tvimains, par opposition aux conquérants issus de la noble race des Francs.La premiere mention de la langue Romane que l’histoire nous ait conservée, remonte au Ail le siècle; elle nous a été transmise par l’auteur de la vie de St.Monmolin, qui succéda à St.Eloi comme évêque de Noyon, honneur qu’il dût principalement à la connaissance toute particulière qu’il possédait de la langue romane et de la langue tudesque.Il était, en effet, fort important à cette epoque qu’un évêque pût parler l’un et l’autre de ces idiomes, afin de pouvoir lui-même instruire dans leur propre langue, les populations appaitenant aux deux races différentes qui occupaient les Gaules, ainsi que le prescrivit formellement plus tard le 3e Concile de Tours.Vers le milieu du IXe siècle, nous trouvons le premier monument important de la langue romane, qui soit parvenu jusqu'à nous: c’est le serment que Louis-le-Germanique fit à Charles- e-Chauve, en 842.Le nouvel idiome nous est connu au Xe siècle par une cantilène en l’honneur de Ste.Eulalie, et au Xle, par les’ lois que Guillaume de Normandie donna aux Anglais, après la conquête de leur pays.A l’occasion du serment dont nous venons de parler, l’histoire nous montre un fils de Louis-le-Débonnaire un petit-fils de Charlemagne, Charies-le-Chauve, obligé de haranguer son armee en langue romane, c’est-à-dire, de parler la langue^des vaincus, pour se faire comprendre de ses sujets C’est que la position dans laquelle il se trouvait était bien différente de celle de son père et de son aïeul.Ces deux princes, maîtres de la Germanie, de la Gaule et de l’Italie, résidaient sur les bords du Rhin, au milieu des Germains, leurs compatriotes, à qui leur maison devait son élévation et sa gloire.Ainsi, leur origine, le pays qu’ils habitaient, les gens qui les entouraient, tout concourait à ce que le tudesque fût leur langue usuelle ; mais Charles-le-Chauve, réduit à la possession de la Neustrie, se trouva jeté au milieu de populations qui ne parlaient, qui ne comprenaient que le roman, et qui avaient le tudesque en aversion, aversion telle que la seule difference de language occasionnait des rixes sanglantes entre les gens de langue romane et ceux de langue tudesque.Aussi fut-il contraint d’adopter la langue romane, la seule qui pût le mettre en rapport avec la nation à laquelle il commandait.A plus forte raison, cette langue devint-elle une nécessité pour les rois, ses successeurs.Toutefois le tudesque ne disparut pas complètement de la cour • les Carlo-vingiens en perpétuèrent sinon l’usage habituel, du moins l’intelligence parmi les principaux officiers de leur maison.Tout semblait leur en faire à la fois un devoir et une nécessité : les traditions les souvenirs de leur origine, leurs mariages fréquents avec des princesses de sang germanique, leur résidence habituelle à Laon ville situee dans le voisinage des pays allemands de la Lorraine inférieure, et enfin la part active que les princes germaniques prirent continuellement sous cette dynastie à tous les troubles, à tous les demeles, a toutes les guerres, à tous les traités qui eurent lieu dans le royaume.Mais à l’extinction de la dynastie carlovingienne les circonstances qui avaient maintenu l’intelligence du tudesque dans la maison royale, cessèrent d’exister sous les rois de la 3e race et Hugues Capet, le premier d’entre eux, bien qu’issu du sano- cerma-mque, etmt tout aussi étranger au langage de Charlemagne qu’à celui d Auguste.Souverain parvenu, il n’entendait et ne parlait que a langue romane.Aussi, à partir de cette époque, les princes d Allemagne, qui désiraient entretenir des relations avec la cour de h rance, furent obligés d’avoir recours à des ambassadeurs qui connussent la langue romane.4 174 JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.Le roman dut principalement sa formation aux altérations successives que le peuple fit subir à la langue latine.Ces altérations différèrent, dès l’origine, par certaines nuances, selon le pays où se forma le nouvel idiome.Elles s’accrurent et se multiplièrent par le temps; elles en vinrent à se dessiner plus nettement, et à se circonscrire avec plus de précision, à la faveur du fractionnement que le système féodal fit éprouver à tout le territoire du royaume.Dans les Xlle, XlIIe et XlVe siècles, telles étaient les variétés que présentait la langue d’oil, selon les divers pays où elle était en usage, qu’on eût pu diviser cette langue en autant de dialectes, qu’il y avait de bailliages dans la France Septentrionale ; mais, en ne tenant compte que des caractères généraux les plus marqués, on arrivait à compter autant de dialectes différents que l’on comptait de provinces en deçà de la Loire.Chacune des capitales de ces provinces devenait un centre dont l’influence se faisait sentir sur tout le pays qui en dépendait, et les habitants de la meme province se piquaient plus ou moins de modeler leur langage sur celui que l’on parlait à la cour du duc ou du comte qui les gouvernait.De la sorte, chaque idiome provincial tendait à une certaine uniformité, et la la.ngue d’oïl pouvait se diviser en dialectes de l’Artois, de la Flandre, de la Picardie, de la Champagne, de Pile de France, etc.Il est important de remarquer que celui-ci était spécialement désigné sous le nom de français, par opposition au Picard, au Champenois, etc.Par l’avènement de la maison des ducs de France (à partir de Hugues Capet) à la couronne des Gar-lovingiens, le dialecte français partagea la fortune de cette maison, et prit, de jour en jour, une supériorité marquée sur les autres dialectes, comme la nouvelle dynastie ne tarda pas à établir sa suprématie sur tons les feudataires du royaume.La cour de France était devenue, pour les seigneurs du Nord, le modèle et 1 ecole de la galanterie, de la courtoisie et des belles manières.Aussi, des le Xlle siècle, il n’était plus permis à un gentilhomme picard, normand ou bourguignon, de s’y présenter sans qu’il sût s'exprimer en français, non plus qu’à un trouvère désireux de quelque célébrité, de composer ses ouvrages en un autre dialecte.A dater de cette époque, l’idiôme de Pile de France se propagea de plus en plus, à l’aide des circonstances et des moyens puissants que surent, employer les rois pour fonder l’unité française.Au XlIIe siecler ce fut par l’extension du domaine de la couronne ; au XlVe, pa l’accroissement de l’autorité des Capétiens, l’organisation de la justice royale et celle du parlement de Pans; au XVe, par 1 etablissement d’une administration fiscale, d’une organisation militaire, et par la faveur accordée à l’imprimerie naissante ; au XVle, enùn, par des ordonnances formelles, prescrivant l’usage exclusif du français dans tous les actes publics ou privés.Des lors,le Jrançais acauit une telle importance, et obtint une telle prépondérance sur les autres dialectes de la langue d’oïl, que ceux-ci, réduits a l’etat de patois dédaignés, furent relégués dans les campagnes, ou ils s’éteignent aujourd’hui dans les derniers rangs de la population, cembmbles à de faibles rejetons étouffés par les vigoureuses racines d’un arbre puissant issu avec eux du pied du meme tronc.Ce ne fut point seulement dans le Nord que le dialecte de 1 Ile de France étendit sa domination.Dès le XlIIe siècle, il avait passe la Loire avec les croisés marchant contre les Albigeois.Plus tard, la réunion successive des provinces méridionales à la couronne de France rendit insensiblement l’usage du français aussi necessaire dans ces provinces qu’il l’était devenu dans celles du Nord, et l’idiôme poétique des troubadours dut se résigner à subir le sort du trouvère picard ou bourguignon.^ , , Pendant le cours du moyen-age, la langue française, liviee a la merci des caprices de l’usage, n’a que des allures indécises, qui changent presque de génération en generation.Au XVle siecle, elle fait au latin, au grec et à l’italien, des emprunts nombreux, mais souvent superflus ou contraires au geme particulier de notre idiome Dans le siècle suivant, le français se debarrasse dune nortion'peu regrettable de ces nouvelles acquisitions ; il s epure, se polit, seFrégularise ; l’usage, jusqu’alors incertain, se trouve defini-tivement fixé par la pratique habituelle des gens de goût, par les décisions de l’Académie naissante, et surtout par les immortels chefs-d'œuvre des hommes de génie, qui s illustrent dans la littérature dans les arts et dans les sciences.Enfin, cette langue, telle qu’elle se parle aujourd’hui, est devenue la langue de la diplomatie et l’expression exquise de la politesse dans les ramœ les plus élevés de la société.Cette langue, cultivée par les intelligences d’élite de tous les pays, peut-elle jamais tomber dans l’oubli, peut-elle périr chez un peuple qui a déjà si noblement et si courageusement lutté pour la conserver, et qui voit dans le maintien de l’idiôme de ses pères, l’une des premieres garanties de la nationalité canadienne ?HISTOIRE DE CANADA.COMPTE-RENDU DU COURS DE M.l’aBBÉ FERLAND, DONNÉ A l’université LAVAL.(Suite.) Ce fut dans une disette de l’année 1611 qu’on découvrit cette plante nutritive appelée topinambour par les sauvages et depuis par tous ceux qui la connaissent.Les PP.Biart et Masse visitèrent le premier le voisinage de la rivière Kennebec, le second la Baie française et la rivière Saint-Jean.En 1613 Madame de Guercheville obtint de la regente, veuve de Henri IV, une charte dans laquelle M.de Monts cédait à cette dame toutes ses prétentions : le but de Madame de Guercheville était la conversion des sauvages et la fondation d’une colonie française en Amérique.—Elle obtint des dons de la régente et des dames de la cour; équippa un navire dont elle confia le commandement à M.de La Saussaye, lui enjoignant, en lui donnant sa commission, d aller fonder un établissement ailleurs qu’à Port-Royal.Le Père Cantin et le frère Gilbert Duthet devaient, avec les PP.Biart et Masse déjà rendus en Acadie, commencer l’établissement des missions des Jésuites.La Saussaye prit terre à l’entree de la rivière Pénobscot, dans l’endroit nommé par Champlain et encore appelé Mont-Désert.La Saussaye ne s’occupa pas de se fortifier, mais commença de suite des défrichements.Samuel Argall partait vers le même temps de la Virginie sur un navire de guerre escortant une douzaine de navires de peche; poussé par la tempête veis l’établissement de Mont-Désert, appelé par les Pères Saint-Sauveur, et trouvant le navire de La Saussaye en rade monté seulement par quelques hommes, Argall 1 attaqua; le Frère Duthet se mit à la tète des hommes, tira du canon ; mais il fut tué et Argall s’empara du navire.Il descendit ensuite à terre.La Saussaye était absent : il ouvrit les papiers du commandant français, enleva sa commission, puis remit le tout à sa place et attendit en armes le retour des detn-cheurs de la nouvelle colonie.La Saussaye arriva bientôt et Argall lui demanda en vertu de quels pouvoirs il venait ainsi s emparer du pays : La Saussaye répondit que c’était en vertu d’une commission du Roi de France.—“ Montrez-moi cette commission, dit Argall.” La Saussaye alla chercher sa commission, mais elle n y était plus.j .Argall alors traita ces braves gens comme des forbans : il permit à une trentaine d’entre eux de regagner Port Royal et il emmena les Pères Biart et Cantin, La Saussaye et les autres, prisonniers en Virginie, à James-Town.Arrivé là, le gouverneur de James- lown voulut faire pendre La Saussaye comme pirate ; mais alors Argall, par un retour de conscience, déclara qu’il avait volé la commission de ce capitaine et la produisit., Samuel Argall fut, la même année, envoyé en Acadie ou il détruisit les restes des établissements de Saint-Sauveur, de Sainte-Croix et de Port-Royal, faisant prisonniers ceux des français qui ne réussirent pas à se réfugier parmi les sauvages.Les Pères Jésuites avaient été trainés sur les navires d Argall et fort maltraités par un capitaine Turnell.Le navire de ce capitaine, portant les pères, partit pour James-Town ; mais la tempete le força à relâcher au port de Fayal, aux lies Açores.Turnell craignant le ressentiment des Portugais relativement aux Jésuites, pria ceux-ci de demeurer cachés ; ce qu’ils promirent.Les peres tinrent parole et se tinrent cois dans le coin qu’on leur avait prepare Turnell leur en témoigna sa reconnaissance plus tard, et arrives en Angleterre ils purent bientôt regagner la France.XI.Les Pères Biart et Cantin étaient donc rentrés en France, par l’entremise de l’ambassadeur français à Londres.Quant aux au res prisonniers laissés à James-Town, ils purent aussi un peu plus ma revoir leur patrie, par les soins du capitaine Argall, qui vou!ait sans doute, par ses procédés généreux, se faire pardonner sa conduite déloyale envers La Saussaye.Mais ,1 lui fallut presque J®® cher des mains de Sir Thomas Dale qui, feignant a leur égard une juste sévérité, n’était au fond dominé que par sa haine du ^Madame de Guercheville avait beaucoup perdu par 'a ruine de Saint-Sauveur.Quant aux Pères, ils n’avaient rien P®^ Pfrce qu’ils n’avaient rien à perdre ; leur seul trésor, c était leurs m > et celui-là, ils l’avaient augmente par les travaux et lee souffrance de leur héroïque apostolat.Ils regrettaient cependant leur bel JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.175 mission de St.Sauveur, qui promettait déjà de récompenser leur zele ; car le rayon de leurs courses s’était étendu de jour en jour et ils songeaient qu’ils n’avaient pas eu le temps de se rendre à 1 appel des Etchemins et des Abénaquis, tribus demeurant non loin de baint-Sauveur et qui les avaient invités à leur porter la parole du Grand Esprit.M.de Poutrincourt lui, avait tout perdu, il était ruine.Entièrement dévoué à la grande œuvre qu’il avait entre-prise, il y avait consacré toot ce qu’il possédait, et il comptait meme s établir à Port-Royal avec sa famille.Cependant un seul de ses fils, Je baron de Biencourt, l’avait jusqu’alors accompagné.—Ct puis, M.de Poutrincourt n’était pas riche et c’est même cette pauvreté qui avait indirectement causé la perle de la colonie.— isn eflet, il aurait été nécessaire qu’il demeurât à Port-Royal pour veiller a la protection de l’établissement, mais il lui fallait se procurer des fonds, et pour cela aller en France solliciter l’assistance des marchands et des seigneurs auprès desquels il ne réussissait pas toujours ; de sorte que lorsque le capitaine Argall parut devant Je tort, les colons étaient absents, pour la plupart, occupés à se pro-cuier des vivres, et il lut facile à celui-ci d’opérer son œuvre de destruction.Le malheur de M de Poutrincourt le rendit injuste à l’égard des Jésuites, qu’il accusa sans fondement, sans aucune raison, d’avoir ete la cause de la ruine du Port-Royal, en y conduisant les Anglais.Le lait est que ceux-ci furent contraints d’employer la force pour fane embarquer le Père Biart, et que c’est un sauvage qui les conduisit a l’étab issement des Français.N’ayant plus aucune espérance de ce côté, M.de Poutrincourt se présenta au Roi et il en obtint une commission dans l’armée.Dans les troubles qui accompagnèrent le mariage du Roi avec Anne d’Autriche, plusieurs seigneurs s’étaient ouvertement révoltés et parmi eux le prince de Condé, qui occupa plusieurs places voisines de Paris, ent’autres Méry-sur-Seine et Château-Thierry.Poutrincourt reçut ordre de les reprendre et reprit en effet la première, mais comme il montait à l’assaut il fut frappé sur la brèche par une balle et tomba au champ d’honneur, terminant par une mort glorieuse une vie toute entière consacrée à acquérir pour sa patrie une nouvelle France sur les bords lointains de l’Acadie.Bon catholique autant que grand citoyen, il avait adressé au Souverain Pontife une fort belle lettre que Lescarbot nous a conservée, et dans laquelle il demandait la bénédiction apostolique pour lui et ses colons avant l’entreprise qui allait réclamer d’eux tant de travaux, de courage et de persévérance.Ainsi se terminèrent ces tentatives de colonisation dans cette partie de la Nouvelle-France, tentatives sur lesquelles on avait fonde de si grandes espérances et qui étaient sur le point d’être couronnées par le succès.L’Angleterre avait fait là un premier pas dans ses empiétations sur les possessions françaises, elle prétendait pousser ses limites aussi loin que possible et employer pour cela tous les moyens, profiter de toutes les circonstances.Avec cette constance que l’Angleterre met dans toutes ses entreprises et qui est même le trait caractéristique de sa politique, elle ne cessa jamais de harceler les Français jusqu’à ce que le malheureux rè^ne de Louis XV vint metrre un terme fatal aux grands projets des Richelieu, des Louis XIV et des Colbert, qui avaient voulu fonder un grand empire français en Amérique.Avant de parler u’une autre colonie, dont nous avons déjà mentionné la découverte et l’exploration, il ne sera pas sans utilité de faire le résumé chronologique des divers voyages accomplis dans la Nouvelle-France, depuis sa découverte jusqu’à la ruine de Port-Royal.Le premier voyage fut celui du baron de Léry en 1518.En 1524 Verazzani découvre la côte de l’Amérique du Nord depuis la Flo-nde jusqu’au Cap Breton.Quant à un second voyage, qu’on pré-tend avoii été fait par ce navigateur, en 1525, nous n’avons, à ce sujet, aucune donnée certaine.Le premier voyage de Cartier dans lequel il visita le golfe St.Laurent eut lieu en 1534.Eu 1535, il remonta le fleuve jusqu’à Hochelaga et hiverna à Québec, et en 1536 il retourna en Fiance.En 1541, il revient en Amérique, hiverne au Cap-Rouge, et repart l’année suivante en meme temps que Roberval entre dans le golfe.En 1543 a lieu le 4e et dernier voyage de Jacques-Cartier, qui vint chercher M.de Roberval.Puis viennent les neveux de Cartier, Jacques Noël et Lajaunais Chatton.En 1578, ou, suivant d’autres, en 1598, le marquis de la Roche aborde à File de Sable et visite la côte de l’Aca-die.Ici se placent les expéditions de Chauvin, puis du coraman-em de Chaste à Tadoussac.Eu 1604, M.de Monts hiverne dans | ne Ste.Croix, et après avoir laissé ses hommes à Port-Royal, n rentre en France en 1605.Il cède Port-Royal à M.de Routnncourt qui, en 1606, s’embarque pour l’Acadie avec Lescarbot, et Hébert est contraint de l’abandonner l’année suivante, vient relever sa colonie en 1610, emmenant avec lui le premier pretre de la Nouvelle-France, M.Fléché.En 1611, Biencourt mena a Port-Royal les PP.Biart et Edmond Masse.En 1613, la marquise de Guercheville équippe un navire et envoie M.de La Saussaye fonder un établissement à St.Sauveur, lequel est détruit par Argall, qui fait ensuite subir le même sort à Port-Royal._ _ -^disons donc qu’en 1607, après le retrait de la commission de M.de Monts, Champlain revint en France avec le reste des colons de Port-Royal : fl s’adressa au Roi, et lui donna des détails sur ce qu il avait vu et découvert, engagea M de Monts à ne pas abandonner ses projets de colonisation, et par le moyen de leurs amis communs, M.de Monts réussit à faire renouveler son privilège.On 6ait d ailleurs que le privilège était complètement distinct delà concession de terre que le Roi lui avait accordée, lors de sa premiere commission.Son privilège pouvait lui être enlevé sans qu’il cessât d’etre maître de la partie de la Nouvelle-France qui lui avait ete concedee, si bien que lorsque plus tard Madame de Guerehe-ville voulut établir une colonie en Acadie, elle fut obligée de tiaitei avec M.de Monts.Ce privilège renouvelé, en 1607, devait durer un an, et le profit devait servir à couvrir les dépenses de la colonisation.M.de Monts avait été appauvri par le mauvais succès de ses entreprises précédentes ; mais il lui restait encore quelques amis dans sa mauvaise fortune, et entr’autres les Sieurs Lucas Legendre et Collier, qui s’empressèrent de lui venir en aide.Le premier, Lucas Legendre, servit, en 1615, de témoin au confiât de mariage de Champlain : détail bien peu impor ant en soi, mais qui, comme nous I avons déjà fait remarquer, emprunte un certain inté-ret de 1 importance de la personnalité de Champlain pour nous.Grace a ces secours, deux navires furent équipés et frétés à Honneur.L un d eux, monté par Pontgravé, contenait tout ce qui devait servir a la traite avec les sauvages, et l’autre, monté par Charn- colonîePOr ^ ,0Ut6S 68 provislons et choses nécessaires à une Il est à remarquer que Champlain n’avait pas de commission et par consequent aucune autorité par lui-même.—C’est M de Monts qui était revêtu de l’autorité du Roi, Champlain n’était qu*e son lieutenant, de sorte que dans les premières années M.de Champlain relevait d un autre dans l’administration de sa colonie.Le voyage parait avoir été assez heureux.—Arrivé à Tadoussac, il j laissa Pontgravé pour commercer avec les sauvages, et il consa colonie '“'Vm ^ seu|_,navire J^qu’à .Québec où il voulait fonder sa colonie.—Des 1603, Champlain avait remarqué la beauté du port de Quebec et son site avantageux, il avait admiré ce beau promontoire qui s avance dans le milieu du fleuve, et dans son esprit il avait alors arrête le projet d’en faire Je siège de Rétablissement qu il voulait voir naître dans cette partie de la Nouvelle-France Dans le journal de son voyage il indique les différents lieux auxquels il donna des noms en remontant le fleuve St.Laurent en M" 1 aux, L'cvres» J’île aux Coudres, déjà nommée, et la SH irtin r" grand Cap, situé vis-à-vis l’extrémité Nord-Est de 1 île d Orleans, auprès duquel les flots étaient extrêmement bouleverses quant le vent s’élevait : pour cela il le Lml, Cap-Tourmente.De là il suivit le chenal duNord ouequiavTfl toujours ete suivie par les Français, car ce n’est que bien des années apres que d’Iberville découvrit le chenal du Sud.années Apres avoir examiné les environs, Champlain dit qu’il ne trouva aucun heu plus propre pour un établissement que la pointe de Quebec.Cette pointe c’est cette partie qui entoure ?,.• l’eghse de la Basse-Ville.La mer venait alors battre aiïeurÏaux pieds des rochers, mais cette petite pointe s’acrran,iit ".®u.rs aux à mesure qu’à force de travauTZ Œfcalf surb flots.Elle était alors couverte de noyers et de viJeKR deS Au cote était une anse qui vient d’être5 fermée par îe quai Yufuî' CefuMe ! ann ,et?lt î,res cornm°de pour les chaloupes Ce fut le 3 juillet de l’annee 1608, que M.de Oharrmlo- pied a terre sur notre rivage et y arbora le drapeaubfanc On mit a construire un magasin avec les arbres ilnH,-= anC'i se Champlain dit qu’il fit creuser de fort belles caves ayanTfi pledsde profondeur pour conserver les provisions.Après aLôir son ®i ,d vivres on songea aux hommes, et on construisit trois corns H» i * d environ 18 pieds de long sur 15 de large Enfin pour se dtfen?16 d’un coup de main, on fit un fossé de la laro-eur de^ IL t dre 6 pieds de profondeur.Tout autour on éleva des retran1hS aya,1 a l’exception d’un petit espace du côté delà rivièreouse/LI aujourd hui le quai Napoléon, espace que Champlain fit canons pour défendre le passage du fleuve.üL côté de l’Est ^ laissa encore une autre place ayant de 250 à 280 pieds d„ E *’ 1 c’est encore ce que nous appelons la Place de la Basse-Ville ^T^t5 cela était placé dans le voisinage de l’érrlise a„t„Qn V, „ lout » «« tamis”, 17G JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.C’est une chose digne de remarque, non-seulement suivant les Français, mais même d’après l’opinion des visiteurs étrangers, que les fondateurs de cette nation ont toujours eu un coup-d’œil admirable dans le choix de leurs établissements.Voyez Québec, par exemple ; placé dans un rétrécissement du fleuve, dont il commande le passage, il est là à la tête de la navigation comme la clef de cette belle vallée, de ce beau bassin de notre grand fleuve dont le cours mesure '2300 milles, depuis l’angle du Cap des Rosiers jusqu’à l’extrémité du lac Supérieur ou la rivière St.Louis.Le grand monarque Louis XIV avait formé le projet de fonder un grand empire Français embrassant les deux immenses vallées du St.Laurent et du Mississipi, lequel devait par conséquent s’étendre du Golfe St.Laurent au Golfe du Mexique.Nous disions, tout-à-l’heure, que l’on a toujours remarqué un coup-d’œil admirable dans les Français, qui fondèrent en ce pays quelques établissements et nous citions le choix de Québec.Or, ce choix n’en est pas la seule preuve, Montréal était aussi admirablement placé, et il n’est pas jusqu’aux petits forts disséminés sur le territoire Canadien pendant la domination française, qui ne proclament par leur position avantageuse la science et l’habileté de leurs fondateurs, souvent de simples officiers français.Pendant longtemps Champlain communiqua avec Pontgravé, resté à Tadousac, d’où il lui envoyait des provisions, mais Pontgravé dut retourner en France à l’expiration de son privilège, emmenant avec lui une partie des Français.Combien en resta-t-il auprès de Champlain ?on ne le sait pas au juste, maison conjecture avec assez de probabilité qu’il en resta une vingtaine.A peine pouvait-on dire que la colonie existât, que déjà on ourdissait un complot contre la vie de son chef.Depuis quelques temps un certain esprit de mécontentement régnait parmi les colons, un d’eux surtout se distinguait entre tous, par ses plaintes et ses murmures contre M.de Champlain.Cet homme, serrurier, natif de Normandie, s’était déjà montré très incommode dans un autre voyage et c’est avec grande peine que le gentilhomme Saintongeois avait pu lui sauver la vie, sur la côte de l’Acadie, où il était descendu malgré ses ordres, avec quelques autres jeunes gens, qui furent tous massacrés par les naturels.Oubliant la reconnaissance qu’il devait à son sauveur, ce jeune homme souffla l’esprit de désordre parmi ses compagnons, dont il entraîna 3 ou 4 à former une conspiration contre la vie du capitaine français.—On devait l’engager à sortir et un des conjurés devait l'assassiner.Puis s’emparant des barques et pillant les magasins, on devait aller prendre à Tadoussac un navire pour aller se livrer à la piraterie sur les côtes d’Espagne.Arthur Casgrain.(A continuer.) EDTT CATION.PEDAGOGIE.DE LA MANIÈRE D’ENVISAGER LA PROFESSION D’iNSTITUTEÜR.(.Suite.) Beaucoup encore maintiennent dans leur classe une discipline parfaite ; les élèves sont silencieux, et, sous l’action d’une surveillance vigilante, ils obéissent scrupuleusement à leur maître, exécutent ce qui leur est prescrit, et s’abstiennent de faire ce qui leur est défendu ; mais la discipline n’est pas l’éducation, et une discipline qui s’arrête à la surface, qui règle les mouvements du corps sans régler les esprits et les cœurs, ne saurait tenir lieu de cette profonde éducation religieuse et morale, qui s’empare de l’élève sous l’influence toujours agissante d’un maître ayant à cœur le salut des âmes, qui le pénètre tout entier, lui donne un mobile plus énergique que la crainte d’un règlement, et lui fournit dans l’amour de Dieu et le sentiment du devoir, un frein puissant contre les défauts présents et contre ses passions futures.D’autres, en plus grand nombre peut-être, veillent avec le soin que commande leur intérêt à ne pas être pris en faute ; ils redoutent l’œil d’un maire, d’un curé, d’un délé- gué, d’un inspecteur, ils se tiennent prêts pour les visites les plus inattendues ; jamais ils ne s’absenteraient de la classe ou ne la fermeraient avant l’heure ; ils craindraient d’être pris à l’improviste : sous beaucoup de rapports ce sont des modèles d’exactitude et de ponctualité, et cependant l’école ne donne que de faibles résultats ; il n’y a rien à reprendre, mais il n’y a pas davatange à louer ; les élèves ne font pas le mal en classe, mais ils n’y font pas le bien, et ils le font moins encore au dehors ; les leçons et les devoirs sont faits régulièrement et néanmoins les progrès ne sont pas sensibles ; les élèves sont indifférents pour l’école et pour le maître, comme il l’est lui-même pour eux ; tout est froid, languissant dans l’école, parce que le maître est sans zèle et sans chaleur; il fait un métier.Il en est beaucoup encore qui après avoir étudié pour s’ouvrir l’entrée de la carrière cessent de s’instruire, pensant qu’ils n’ont plus rien à apprendre pour diriger une école.En embrassant la profession, ils semblent l’avoir fait sous l’influence de cette idée qu’une fois leur examen passé et en possession d’un emploi, le plus difficile a été fait pour eux et que leur tâche n’exigeait plus d’effort pour en assurer le succès.Us ont pensé, dirait-on, que l’instruction préalablement acquise leur suffirait toujours, et qu’ils n’avaient plus rien à faire pour étendre et varier leurs connaissances ; ils n’ont pas compris qu’il leur restait encore à apprendre le plus difficile, l’art de conduire une classe et de former le cœur et l’esprit des enfants, art qui ne s’acquiert que par l’expérience et par une longue étude du cœur humain.Mais alors reconnaissant combien ils se sont trompés, ou plutôt se sentant incapables de surmonter les difficultés qui se présentent à eux de toutes parts, et dont ils cherchent la cause ailleurs qu’en eux-mêmes, ils tombent dans une indifférence aussi nuisible à leurs intérêts qu’à celui de leurs élèves, car l’in-diflèrence du maître ne peut qu’engendrer l’indifférence des enfants.Voilà ce que produit malheureusement chez beaucoup de ceux qui embrassent la carrière de l’enseignement , la disposition à n’y voir qu’un état comme un autre, et encore n’avons-nous parlé ici que de ceux qui sont assez éclairés pour comprendre qu’sn général ici-bas notre intérêt est intimement lié à l’accomplissement de notre devoir.Que serait-ce si nous peignions les effets qu’elle produit sur ceux qui, partageant un aveuglement trop général, paraissent voir une opposition entre leur intérêt et leur devoir et regardent comme un gain tout ce qu’ils enlèvent au dernier ! Dans ces écoles, l’éducation est nulle, et se borne à prévenir les fautes les plus graves ; la discipline elle-même est faible et impuissante à maintenir l’ordre dans la classe ; l’école est bruyante, les enfants dissipés et inattentifs ne font point de progrès, l’enseignement, donné sans goût, est sans attrait pour les élèves, et la paresse de ceux-ci répond à l’indifférence du maître.Mais, sans nous arrêter à tracer un tableau, qui nous aimons à le croire, n’est qu’une exception dans ce pays, et sans prétendre que cette manière de considérer la profession d’instituteur ait partout des résultats aussi fâcheux, n’est-il pas évident qu’elle ne suffit pas pour faire porter à l’éducation tous ses fruits, et pour procurer à la société, non pas tous les avantages qu’elle en attend, mais des avantages proportionnés aux sacrifices qu’elle s’impose dans les circonstances présentes 1 Est-elle suffisante surtout pour produire les résultats que peut enfanter une pensée supérieure et pour donner cette force qui triomphe des obstacles, et que l’homme de cœur puisse dans le sentiment qu’il n’a pas rempli son devoir et qu’il est un serviteur infidèle, tant qu’il n’a pas fait tout ce qu’il est capable de faire ?Cette manière d’envisager sa profession, si contraire aux véritables intérêts de la société, a-t-elle du moins des avantages pour les instituteurs ?hélas ! nous pourrions laisser le soin de répondre à ceux qui y sont entrés n’y cherchant que JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.117 leur intérêt et n’y voyant qu’une profession semblable à d’autres.Us nous diraient combien ils sont revenus de leur erreur, et au prix de quel désenchantement ils ont reconnu la vérité.C’est que s’il est une carrière qui diffère de toutes les autres professions, c’est celle de l’éducation.Il n’y a que déception et désappointement inévitable, pour celui qui en la choississant n’y a porté que des vues personnelles.Vous y êtes entré avec l’espoir de vous faire un jour une position avautageuse et en rapport avec vos peines ; et vous reconnaissez bientôt, que, malgré toute la bonne volonté de la société, malgré la générosité dont elle pourrait se montrer animée, jamais cette profession ne pourra procurer, comme tant d’autres, je ne dis pas la richesse mais même une rémunération proportionnée à l’étendue de vos fatigues et de vos soins ; c’est qu’il est des travaux que l’homme est impuissant à récompenser, et dont on ne peut être indemnisé que par sa conscience et par Dieu.Vous avez cru y rencontrer une profession moins fatigante qu’un état manuel, où vous pourriez vivre commodément, avec peu de travail, et du moins sans souci et sans peine, et il se trouve que c’est une position très pénible.Sans doute vous n’êtes pas comme le manœuvre, courbé tout le jour sur un métier, ou exposé à la chaleur du soleil et aux intempéries des saisons ; mais, au lieu d’une vie en plein air et d’un exercice qui fortifie la santé, vous êtes astreint à un travail sédentaire et condamné à respirer pendant de longues heures l’air vicié d’une classe.Vous n’avez plus d’ailleurs aucune liberté, vous ne vous appartenez plus à vous-même : tous vos instants depuis le matin jusqu’au soir sont acquis à vos élèves, et le soir encore vous devez vous préoccuper du travail du lendemain.Nulle position n’est aussi assujétissante que la vôtre ; vous devez étudier chacune de vos paroles, et le moindre de vos gestes, parce que vous êtes en présence d’une foule d’eufants qui vous épient ; vous posez tout le jour devant eux.Vous avez peut-être compté sur les plaisirs de l’enseignement, vous avez cru que les ennuis de la surveillance et de l’éducation, seraient compensés par les jouissances de l’instruction, et vous reconnaissez que vous avez à recommencer chaque jour la même tâche, et que les connaissances que vous pouvez donner à vos élèves, se réduisent aux notions les plus élémentaires, et à une pénible répétition quotidienne de ce qu’il y a de plus fastidieux dans l’étude.Peut-être encore avez-vous pensé trouver un dédommagement à ces ennuis dans l’amour des enfants et la reconnaissance des familles ; et l’amour des uns comme la reconnaissance des autres vous échappent.Les enfants vous voient indifférents à leur égard, ils s’aperçoivent que vous les supportez difficilement, et ils n’ont pas de plus grand bonheur que d’abandonner l’école et vous.Les parents vous voient faire un métier, et quand ils vous ont payé une rétribution chichement marchandée, ils se croient quittes envers vous, comme envers le tailleur ou le boulanger à qui ils ont payé sa marchandise.Ainsi, à quelque point de vue que nous considérions l’éducation, lorsque nous n’y avons apporté que des sentiments d’intérêt personnel, lorsque nous n’y avons vu qu’un état ordinaire, lorsqu’en un mot nous faisons un métier, nous n’y rencontrons que désappointement ; notre existence n'est qu’une suite d’illussions déçues ; les ennuis et les peines se multiplient sous nos pas ; l’enseignement ne nous présente que peine et fatigue, l’éducation devient une tâche hérissée de difficultés ; le mécontentement et la lassitude s’emparent de vous ; nous faisons tout sans goût, bientôt même avec répugnance ; nous faisons tout de plus en plus mal, et nous le faisons chaque jour avec plus d’ennui, parce qu’on fait mal et avec ennui, tout ce qu’on fait sans attrait.Nous le faisons d’ailleurs sans succès, et alors viennent les reproches et les déboires de toutes sortes, parce que les autres ne sont jamais contents de nous quand nous ne le sommes pas de nous-mêmes.Quelle différence, au contraire, si dans l’éducation nous avons vu avant tout un apostolat ! Avec le point de vue tout change, non pas seulement d’aspect, mais de nature.Les choses ne diffèrent pas parce que nous les voyons autrement ; elles sont ou plutôt elles deviennent tout autres, parce qu’en y apportant un autre esprit nous les faisons d’une manière essentiellement différente.Ce n’est pas qu’il y ait moins de travail, et qu’on y rencontre moins de peine et de sujétion ; ce n’est pas non plus que tout y devienne facile et nous réussisse à souhait.Avant d’embrasser cette carrrière, nous n’avons jamais pensé qu’elle fût débarrassée de ronces et d’épines ; c’est pour cela, au contraire, que nous y avons vu un apostolat.Mais les difficultés de la route paraissent toujours moins grandes à qui les a prévues, et on supporte d’autant mieux les fatigues qu’on a fait provision de plus de forces ; une tâche délicate devient toujours beaucoup plus facile quand on y est bien préparé.Si nous ne rencontrons pas dans cette carrière, tous les avantages que nous aurions pu espérer, bien moins encore ceux que nous aurions pu nous procurer dans une autre profession, nous n’en sommes pas découragés pour cela.Comme nous n’avons pas ambitionné une position brillante, comme d’avance nous avons voulu seulement nous assurer une existence modeste, mais honorable et sûre, nous possédons ce que nous avons désiré : dès lors nous sommes satisfaits.Je ne dis pas que nous ne puissions désirer encore ; est-il aucune position ici-bas, où l’homme puisse se trouver complètement heureux?mais la modération même de nos désirs, ne leur permet pas d’empoisonner la source de notre satisfaction.Notre position est sans doute plus pénible et plus fatigante qu’on ne suppose ; il y a dans cet exercice continuel de la parole, joint à une vie sédentaire et renfermée, quelque chose de peu favorable à la santé.Mais le calme de l’âme produit un bien-être physique, qui a sur cette santé une influence de nature à compenser bien des inconvénients.La simplicité des goûts, qui s’allie si bien à notre profession, doit nous avoir porté de bonne heure à contracter l’habitude d’occupations propres à combattre les inconvénients de la vie sédentaire.La culture d’un jardin, de toutes les occupations la mieux appropriée à notre profession, est d’ailleurs un exercice aussi fortifiant qu’il est un délassement agréable.Les promenades mêmes que nous pouvons faire avec nos élèves et qui sont un précieux moyen de les instruire en les intéressant, viennent encore nous offrir de nouvelles ressources que favorise surtout le séjour à la campagne.L’enseignement qui parait si fastidieux à quelques-uns, à cause du cercle restreint dans lequel ils doivent se mouvoir, obligés, disent-ils, de recommencer chaque jour la même tâche, l’enseignement n’a pas pour nous la même aridité.Nous n’y voyons pas seulement de faibles connaissances à donner à de jeunes enfants ; nous y voyons avant tout des esprits à former, des facultés à exercer, et la diversité des esprits apporte chaque année la variété dans nos travaux.Chaque jour donne lieu à des observations pleines d’un haut intérêt.Nous nous plaisons à épier l’éveil des intelligences, à voir les âmes s’épanouir, grandir et se développer sous l’influence de l’instruction, comme les plantes sous l’action d’un soleil vivifiant.Puis l’intérêt que nous prenons à instruire nos élèves, leur donne à eux-mêmes du goût pour l’étude.L’indifférence des enfants pour l’instruction, leur aversion pour le travail et par suite leur indolence, leur dissipation, leur paresse et la lenteur de leurs progrès, qui font le désespoir de tant de maîtres et paralysent leurs forces, ne se montrent plus dans notre classe avec des caractères aussi décourageants.Comme 178 JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.nous avons du goût à tout ce que nous faisons, nos élèves en ont à leur tour pour ce que nous leur faisons faire ; ils travaillent avec ardeur ; nous voyons leurs progrès répondre à nos soins, et ces progrès sont déjà par eux-mêmes une douce récompense de nos efforts.L’éducation proprement dite, c’est-à-dire l’éducation religieuse et morale, cet écueil de tant de maîtres, nous devient d’autant plus facile que nous y donnons plus de soins et des soins plus continus et plus persévérants.Si elle éclioue dans un si grand nombre d’écoles, c’est qu’on ne s’en occupe pas avec suite ; on le fait par intermittence, par boutades pour ainsi dire, essayant de remonter la machine quand elle se détraque, et s’efforçant de rétablir la discipline quand elle est presque perdue.Nous, au contraire, entre les mains de qui elle ne saurait se relâcher sous l’action d’une surveillance qui ne se ralentit jamais, nous n’avons pas besoin de nous consumer en efforts pour relever notre classe.Comme dès le principe nous avons su y faire régner un bon esprit, nous avons le plaisir de voir les choses marcher avec ordre et régularité, grâce à cette impulsion habilement entretenue.Pénétrés d’ailleurs de l’idée de l’auguste mission que nous avons à remplir, nous ne la perdons pas de vue un instant.En y consacrant toutes nos pensées, nous y trouvons des ressources nouvelles ; à chaque instant nous découvrons de nouveaux moyens d’agir sur les cœurs.En étudiant les caractères, nous apprenons à les mieux connaître, et à mesure que nous connaissons mieux nos élèves, nous parvenons à les diriger plus sûrement et avec plus de facilité.Et alors, quelle satisfaction pour nous de voir par nos soins ces caractères se modifier de la manière la plus heureuse, de voir les défauts s’affaiblir et faire place à d’heureux penchants, les bonnes habitudes se substituer aux mauvaises, les bons sentiments jeter dans les cœurs de profondes racines, et devenir pour l’avenir de précieuses garanties d’une conduite morale et vertueuse ! Et plus tard, quel contentement en voyant l’affection de nos élèves répondre à nos soins ! car ils ne peuvent manquer de nous aimer, s’ils sentent que nous les aimons nous-mêmes, que nous ne sommes préoccupés que de leur bien, et que nous n’avons pas de plus grand bonheur que celui de nous trouver au milieu d’eux ! Il y a dès lors dans cette affection quelque chose qui nous dédommage largement de tout ce que nous avons pu faire pour eux.Nous jouissons en voyant leur empressement à se rendre à l’école et à s’y grouper autour de nous, leur bonheur quand ils nous revoient après une absence, et les témoignages de leur gratitude quand, devenus hommes, ils reconnaissent que nos soins les ont faits tout ce qu’ils sont.Quelle douce satisfaction n’éprouvons-nous pas alors, en nous voyant l’objet de la considération générale, en rencontrant partout les preuves de l’estime que nous avons su inspirer à tout ce qui nous environne, en entendant sans cesse l’expression de la reconnaissance des familles qui n’ont pu être insensibles à tant d’efforts, et qui nous doivent la bonne éducation et les succès de ce qu’elles ont de plus cher ! Nous jouissons à la pensée du bien que nous avons fait autour de nous, à l’idée de la transformation que nous voyons s’opérer sous nos yeux.Y a-t-il aucune autre profession qui puisse procurer de pareilles jouissances 1 Et si l’éducation est un apostolat, en est-il un autre qui rencontre aussi sûrement sa récompense ici-bas 1 Et quand je parle de récompenses terrestres, je n’entends pas dire uniquement les pures jouissances de l’intelligence qu’on goûte dans la carrière de l’éducation, la satisfaction d’avoir fait le bien, le plaisir de voir de jeunes âmes se développer sons l’influence de nos U çons et de nos soins paternels ; je n’entends pas seulement ces consolations qu’on trouve à tout instant, qui nous soutiennent, nous encouragent, et nous font puiser une nouvelle force dans le sentiment du bien que nous avons déjà fait.Non, ce n’est pas assez dire.Voir dans l’éducation un apostolat, y porter les sentiments dont doit être pénétré l’homme qui remplit une noble mission, c’est encore le meilleur moyen d’y faire son chemin, d’y obtenir les succès qui conduisent au bien-être.Car, en conseillant le dévouement, je suis bien loin de proscrire le désir d’un légitime avancement.L’espoir du bien-être ne nous est interdit ni par la morale ni par la religion : c’est même pour nous un devoir de le rechercher pour notre famille, et de faire nos efforts pour le procurer à ceux qui attendent de nous leur existence.Et quel plus sûr moyen d’atteindre ce bien-être que de faire ce qui peut le mieux attirer et retenir chez nous les élèves, assurer la prospérité de notre école et nous faire grandir avec elle en estime et en considération.Que si cependant nous rencontrons des obstacles imprévus ; si des circonstances difficiles viennent nous entraver ; si le succès ne répond pas tout-à-fait à nos efforts ; si quelques-unes de ces natures d’élèves, comme il s’en rencontre malheureusement, résistent à nos soins et nous donnent de justes sujets d’affliction ; si quelques parents prévenus ou aveugles, méconnaissent les soins dévoués que nous prodiguons à leurs enfants, nous avons du moins la satisfaction des cœurs nobles, celle de notre propre conscience ; nous avons surtout la consolation de nous dire que la récompense ne nous manquera pas, parce que Dieu, en vue de qui nous travaillons, ne trompe jamais les espérances de ceux qui mettent leur confiance en lui.J.J.Rapet.AY IS OFFICIELS.BUREAU DES EXAMINATEURS CATHOLIQUES DU DISTRICT DE MONTREAL.MM.Thomas Mathews et Pierre Urgèle Dupras ont obtenu des diplômes les autorisant à enseigner dan3 les écoles modèles ou écoles primaires supérieures.Dlles Mathilde Demers, Sarah Ducharme, Adeline Desroches, Julie Desnoyers, Lucie Dupont, Christine Côté, Aglaé Cardinal, Olyme Clark, Mary Connolly, Ersèbe M.Chenevert, Victorine Nichols, Aurélie Boire, Célina Benoit, Angèle Belleville, Marie-Louise Benoit, Célina Boire, Anfèle Valois, Phébé Vincent, Héloïse Malo, Julie Mongeau, Arseline MarsaDt.Anastasie Gauthier, Philomène Généreux, Ursule Perrault, Clothilde Poirier, Adélaïde Rousseau, Emélie St.Denis, / nn Smith, Marguerite Ouellet, P.Lanctôt, Philomène Laviolette, Célina Laçasse, Emélie Lumina Lavoix, Denise Loranger, Jane Byrn, Marie Souchereau, Sophie Fortin, Margaret Finn, Catherine Finn, Aurélie Trudeau, Marie Robert, Elisa Kelly, Marie Johnson, Mathilde Tardif, Marie Lapointe ; MM.Joseph Desnoyers, Alexandre Guimont, Pierre Joly, Maurice Lapointe, Martin Moore et Nérée Tétreau, ont obtenu des diplômes les autorisant à enseigner dans les écoles élémentaires.F.X.Valade, Secrétaire.BUREAU DES EXAMINATEURS PROTESTANTS DU DISTRICT DE MONTREAL' M.Angus McPherson ; Dlle Jane Pringle ; MM.David Dunsmore et Thomas Burton ; Dlles Amanda Lalamme et Sarah Paine ; M.Samuel Montgomery, Dlles Mary Kelly, Adrianne McNaughton, SusanDah Paine, Elizabeth Brown, Adeline Âmes, Sarah Jane Fisher, Leorna Milh Isabella McGarvey, Cynthia Towns et Ann Corrigan, ont obtenu des diplômes les autorisant à enseigner dans les écoles primaires.A.N.Rennie, Secrétaire.BUREAU DES EXAMINATEURS CATHOLIQUES DU DISTRICT DE QUEBEC.M.Daniel McSweeney a obtenu un diplôme l’autorisant à enseigner dans les écoles modèles.Dlles M.C.R.Piteau, A.V.Rinfret, C.Esther Caron, Philomène Jacob, H.E.C.Gnay, Louise Bouchard, H.Georgiana Bélanger, Sopf>16 Lehoulier, Victoire Talbot, M.Emma Picard, Eulalie Bélanger, M.Caroline Couillard, M.P.V.Fournier, Lucie Trépannier, Adéline Roule»"i JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.179 Vitaline Boucher, Ellen Lynch et M.John Fuyford, ont obtenu des diplômes les autorisant à enseigner dans les écoles élémentaires.N.Laçasse, Secrétaire.BUREAU DES EXAMINATEURS DU DISTRICT DE KAMOURABKA.M.A.J.O.Montrumy ; DUes Caroline Chevrefils, Artbémise Fournier, Ursule Martel, Clarisse Parant, Aglaé LeBel, Elise Landry, Mathilde Tardif, Célioa Pelletier, Luce Desjardins, Hyppolite Lavoie, EmmaPuize, Marie Danjoue, Joséphine Parant, Gracieuse Langis, Virginie Jauvin, Hautippe Gagné, Adélaïde Banville, Julie A.St.Laurent, Marie Lizotte, Ursule Lizotte, Artbémise Dumont, Elizabeth Miehaud, Elmire Danjoue, Appoline Lafrance, Justine.Ouellet, Elizabeth Lévêque, Flore Dubé, Philomère Dumont, Eugénie Bélanger, Alphonsine LeBel et Ludgarde Béchard, ont obtenu des diplômes les autorisant il enseigner dans les écoles primaires.P.Dumais, Secrétaire.INSTITUTEURS DISPONIBLES.M.James Lockyer Biscoe, domicilié à la rivière St.Pierre, muni d’un diplôme pour école élémentaire, enseignera les rudiments de la langue française et l’anglais.Mlle Couch, munie d'un diplôme d’école modèle de l'Ecole Normale McGill, désire trouver une place comme institutrice.Mlle Couch est catholique ; elle peut, quoiqu’enseignant principalement l’anglais, se charger d’une classe de commençants en français.S’adresser au bureau de l’éducation.JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.MONTREAL, (BAS-CANADA,) OCTOBRE, 1859.OBITU AIRE.Le pays entier a appris, avec une vive douleur, le triste accident qui a enlevé à Son Excellence, le Gouverneur Général, son fils unique, jeune homme dont les talents et les inclinations justifiaient d’une manière toute particulière la devise de sa famille : “ Study quiet." La presse de tout le pays et celle de l’étranger ont donné, dans cette circonstance, à Sir Edmund Head, des témoignages de sympathie et de respect qui n’ont été que l’écho de l’émotion publique à la nouvelle d’un aussi grand malheur.M.John Head, fils de Son Excellence le très honorable Sir Edmund Walker Head, Baronet, et d’Anna Maria, fille du Rév.Philip Yorke, de la famille des Comtes de Hard-wicko, était né le 6 mars 1840.Il vint en Canada quelque temps après que son père eût été promu du gouvernement du Nouveau-Brunswick à celui de toutes les possessions anglaises de l’Amérique du Nord.Il avait étudié au collège de Harrow, en Angleterre, où Lord Byron et Sir Robert Peel reçurent leur éducation ; il continua ses études au collège du Haut-Canada, à Toronto, pendant quelque temps et fut envoyé, il y a deux ans, à la célèbre université allemande d’ITeidelberg.D’un caractère aimable , liant et modeste, il possédait, pour la science et pour l’histoire naturelle surtout, une véritable passion.Il avait déjà fait des recherches géologiques bien au-dessus de sou âge et formé une collection de fossiles d’une assez grande valeur.Une espèce découverte par lui à la Pointe-Lévi a reçu son nom ; c’est un de ces graptolites caractéristiques des formations des environs de Québec.Il n’était de retour d’Europe que depuis quelques jours et devait repartir prochainement pour compléter ses études à '•’université d’Oxford, lorsqu’il accompagna Six Edmund et Lady Head dans une excursion dans la belle vallée du St.Maurice ; notre Gouverneur voulant voir et apprécier lui-même les ressources de ce vaste territoire récemment ouvert à la colonisation.A partir des Trois-Rivières, où le maire et les citoyens donnèrent à Son Excellence, à ses ministres et aux étrangers de distinction qui les accompagnaient, une véritable fête civique, le voyage, jusqu’aux chûtes des Piles, ne fut qu’une succession d’enchantements.Samedi, le 24 septembre, on était de retour aux chûtes de la Grand'Mère, et Lady Head avait trouvé les paysages si grandioses et toute cette contrée si intéressante, qu’elle se proposait d’attendre dans la vallée du St.Maurice, pour descendre à Québec, que Sir Edmund, qui devait partir le jour même pour Kingston, fût de retour de ce voyage.Plusieurs touristes avaient eu la fantaisie de se baigner dans les eaux du St.Maurice, et, le dimanche matin, le jeune M.Head, en compagnie de l’hon.John Browne, descendit au bord de la rivière, et pendant que ce dernier retournait chercher quelque chose qu’il avait oublié, il se mit à l’eau.Malheureusement il ne savait point nager, et, sentant que le sable glissait sous ses pas, il se jeta ou tomba sur le dos.A cet instant il fut apperçu par plusieurs voyageurs que l’on avait pris pour guides dans l’expédition, et qui, se trouvant à une certaine distance du rivage, virent cependant qu’il ne se conduisait point dans l’eau comme un nageur expérimenté l’aurait fait.Trois d’entre eux descendirent au rivage et se jetèrent dans l’eau à son secours ; mais au moment où on allait l’atteindre il disparut pour ne plus reparaître.Augustin Bellemare et Louis Décôteau plongèrent à plusieurs reprises ; mais sans succès.On amena des canots et Bellemare saisissant une longue perche, dont les spectateurs sur la rive tenaient l’autre bout, plongea de nouvean.Ces actes d’un courage héroïque s’accomplissaient à une centaine de pieds de la chûte de la Grand’Mère, et dans un endroit où le moindre faux pas pouvait entraîner ces hommes dans l’abîme.Après quelques instants d’une cruelle attente, Bellemare reparut tenant dans ses bras le corps de l’infortuné' jeune homme.Comme il n’avait été que quelques instants sous l’eau, on conçut l’espoir de le rappeler à la vie, et tout fut essayé dans ce but depuis 8 heures du matin jusqu’à midi, le malheureux père prenant lui-même sa part de ces efforts, hélas ! inutiles.L'Ere Nouvelle des Trois-Rivières, qui a publié la première ces détails, fait une peinture touchante de la scène de désolation qui se passa lorsqu’on annonça à Lady Head que tout espoir était perdu.Les funérailles de M.Head eurent lieu au cimetière du Mont Hermon, vendredi, le 30 septembre.L’évêque anglican de Québec présidait au service funèbre et pas moins de 2000 personnes étaient présentes.Son Excellence, Sir Williams de Kars, commandant des forces britanniques dans l’Amérique du Nord, et sa suite, les ministres et les officiers des divers départements, le maire et les conseillers de Québec, une députation de la ville des Trois-Rivières, le consul de France et son chancelier, les élèves des écoles publiques, parmi lesquels se trouvaient ceux de l’école normale, fesaient partie du convoi.Sir Edmund et Lady Head assistèrent eux-mêmes à la triste cérémonie, et la 180 JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.description qu’en donnent les journaux de la capitale est marquée au coin des plus vives et des plus respectueuses sympathies.Revue Bibliographique.J'he l'eacher and the Parent, par M.Charles Northend, Surintendant des Ecoles Communes de l’Etat de Massachusetts.New York, 1856.(SUITE.) Un instituteur peut être un habile littérateur, posséder des mérites de tout genre, et, cependant, ne réussir qu’imparfaitement dans son art, s’il ne l’exerce avec sagesse.Il arrive souvent qu’il veut épargner à ses élèves, en le fesant lui-même, un travail auquel il aurait dù les contraindre à se livrer; il est vrai qu’il est plus aisé pour lui de s’en acquitter que de le leur faire faire ; mais ce n’est pas là les instruire, et, bien plus, cet e méthode est déplorable : quand elle se renouvelle fiéquemment, elle les habitue au pire de tous les defauts, la paresse.C’est vouloir le bien des enfants que de leur faire comprendre qu’en étudiant ils ne doivent, autant que possible, que se fier à eux-mêmes ; et, de son côté, le maître doit leur inculquer cette idée.En un mot, il doit leur enseigner à s'instruire, et ne jamais les aider à accomplir la tâche qu’il leur a imposée, que quand il voit qu’ils ne peuvent vaincre les obstacles qu’ils éprouvent à s’en acquitter.Le discernement et la prudence guident dans ce cas l’instituteur.Plus l’élève consacrera de temps à l’étude ou à la recherche d’une vérité ou d’un principe, plus il leur attachera de valeur, quand il les aura découverts, et plus il aura de plaisir et mettra d’ardeur à suivre les préceptes qu'on voudra bien lui donner.Que l’instituteur ne perde jamais de vue les axiomes suivants: L’éducation c’est le développement des facultés physiques et morales de l’homme.Elle a surrout pour but d’éveiller son intelligence, de lui inspirer l’amour du vrai et de l’honnête et de lui fournir les moyens de pratiquer ces vertus.Elle doit faire naître en lui un ardent désir de connaître, et ce désir, si l’on a soin de l’exciter à propos, ne le quittera qu’avec la vie.Elle l’aide encore à étudier la nature, à s’initier aux sciences physiques, à lui faire comprendre les phénomènes dont il est chaque jour témoin ; enfin, en lui révélant sa propre nature, elle le met en mesure de se perfectionner et de se comprendre lui-même.Donner de l’éducation à l’homme, c’est élever son intelligence au-dessus de la matière qui lui serf d’enveloppe ; c’est cultiver son imagination ; c’est le rendre sensible à tout ce qui est beau dans la nature et dans l’art ; c’est lui donner la faculté d’apprécier les œuvres des écrivains de génie et le disposer aux calmes jouissances que procure la culture des lettres.Lui donner de l’éducation, enfin, c’est lui apprendre à cultiver l’art de la parole, c’est-à-dire “ à bien dire ce qu’il faut, tout ce qu’il faut, et rien que ce qu’il faut.” Que l’enfant ne commence jamais une nouvelle leçon si l’on s’apperçoit qu’il ne comprend pas parfaitement ses leçons précédentes.Que des exemples cités à propos piquent sa curiosité et lui donnent le goût de s’instruire.Le maître doit varier ses leçons, de façon à rompre la monotonie à laquelle donnerait lieu l’étude continue d’un même sujet.Si l’ordre et la discipline doivent exister quelque part, assurément ce doit être dans l’école.Sans eux point de progrès possibles.Pour les maintenir, il n’est pas nécessaire que l’instituteur ait le regard et la parole sévères ; il ne l’est pas non plus qu’il expose aux yeux des enfans les instruments avec lesquels il se propose de châtier ceux qui en freignent la discipline qu’il tentera d’établir.Les menaces n’aflerm.ront pas son autorité Que ses règlements soient peu nombreux et ne changent jamais.Un mot de reproche, un simple froncement de sourcils sont souvent plus efficaces que les punitions que l’on pouirait infliger.Dans la famille comme dans l’école, l’emploi répété des menaces ou du fouet produit les plus tristes résultats.Afin de faire cesser le bruit que font parfois les élèves, il ne con vient pas que le maître en fasse plus qu’eux ou qu’il grossisse les intonations de sa voix ; si ce bruit continue, qu’il suspende ses leçons et attende avec calme que la tranquillité renaisse.Si le désordre entraîne une perte de temps, un sûr moyen d’empêcher qu’il se renouvelle c’est d’ajourner la fermeture de l’école.Ce procédé îéussit presque toujours.Mais que l’on se donne bien garde de punir aujourd’hui ce que l’on pardonnera demain.Toute faute mérite censure et c’est manquer de discernement et perdre la confiance des enfans que d’en agir autrement.On demandait un jour à la mère du célèbre Washington, comment elle avait formé le noble caractère de son fils.“ Je me suis, répondit-elle, évertuée de bonne heure à lui enseigner à obéir, à être diligent et à se conformer en tout à la vérité.” Si c’est là l’éducation que l’on a donnée au grand homme, et ce qui a contribué à le faire tel qu’on l’admire aujourd’hui dans l’histoire, cette éducation n’est certes pas àdédaigner.Sans l’obéissance d’ailleurs la tâche de l’instituteur est impossible.A la 117 page de son livre, M.Northend donne encore aux instituteurs une série de préceptes qui nous semblent de la plus grande utilité.Nous les reproduisons en entier.lo.Dès l’ouverture de son école, que l’instituteur fasse comprendre à ses élèves qu’ils lui doivent promptement et exactement obéir.2o.Qu’il allie la fermeté à la douceur, et que sa parole soit l’expression fidèle de ce qu’il veut dire.3o Qu’il ne fasse jamais de promesses, s’il n’a pas la certitude de les tenir.4o.Qu’il ne fasse jamais faire à l’élève un travail dont il ne peut s’acquitter, et si ce travail l’embarrasse trop longtemps, qu’il lui indique les moyens de s’en tirer.5o.Toute désobéissance volontaire mérite châtiment ; mais ne punissez jamais mal à propos ni avec colère.Ne portez jamais de coup sur la tête de l’enfant.6o.Ne faites jamais voir aux enfans que leurs taquineries vous irritent.7o.S’ils s’irritent eux-mêmes ou qu’ils parlent avec pétulance, attendez qu’ils se soient calmés pour leur remontrer l’inconvenance de leur conduite.8o.N’accordez jamais tien à l’élève colère qui cherche à vous émouvoir par ses menaces ou par ses larmes.Soyez ferme, mais juste en même temps.9o.Une légère correction sagement infligée est souvent plus efficace que la crainte d’un châtiment plus sévère que vous laisseriez entrevoir, si la faute que vous punissez se renouvelait.lOo.Ne permettez pas que l’on fasse ce qu’une fois vous avez défendu que l’on fit.llo.Faites comprendre aux enfans que, pour paraître bons, ils doivent nécessairement l’être.12o.Ne tolérez jamais le mensonge.13o.Si l’élève vous trompe, faites-lui sentir durant quelque temps qu’il a abusé de votre confiance.14o.Ne faites jamais allusion à des fautes passées, si l’enfant témoigne un répentir sincère de les avoir commises.15o.Apprenez, autant qu’il dépend de vous, à vos élèves à être diligents, obéissants, persévérants, bons, patients, honnêtes, sincères et polis.16o.Gardez vous, en leur parlant, de le faire avec dureté ou colère, mais étudiez-vous à mettre le plus de douceur et de bienveillance possibles dans vos relations incessantes avec eux.La morosité et la violence ont été fatales à bien des instituteurs.(A continuer.) NOUVELLES ET FAITS DIVERS.BULLETIN DE L’iNSTRUOTION PUBLIQUE.—L’université qui vient d'être érigée au Texas a été amplement dotée par cet état.On a fait une allocation d'un million d, dollars pour la construction des édifices qui lui sont destinés ; et on lui a fait une concession gratuite d’une vaste étendue du domaine public, dont une partie a déjà réalisé $280,000 , et dont le tout pourra produire jusqu'à $1,250,0O0.—Les institutions d’éducation de Montréal ont reçu cet été la visüe de plusieurs étrangers de distinction.Les collèges et les académie de filles de Montréal et l'Ecole Normale Jacques Cartier, ont eu récemment la visite de Mgr.Valdivieso, arclrévêque deSan lago, et de son grand vicaire, 11.Raphaël Prado, aussi celle du Dr.de Rachmaninow, professeur à l’université impériale de Kiew, en Russie, qui est chargé, par son gouvernement, de se procurer des renseignements sur l’état de l’instruction publique en Amérique.Mgr.Blanchet, archévêque de l’Orégon,» aussi vi-ité dernièrement les principales institutions d’éducation du Bas-Canada, et il est parti emmenant avec lui pas moins de dix-hmt instituteurs et institutrices, pour les contrées lointaines où il n side.La plupart appartiennent à des ordres religieux.— Le professeur Denison Olmsted est mort à New Haven, dans le cour» du mois dernier.Il était né à Hartford, le 16 juin 1791.Il débuta dan» la vie comme instituteur à New London, et fut ensuite nommé régent JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.181 à Yale College.En 1817 il fat nommé professeur de chimie et de minéralogie à l'Université de la Caroline du Nord.Il entreprit de faire l’exploration géologique de cet état C’était la première entreprise de ce genre en Amérique, et la publication de l’ouvrage qu’il écrivit sur ce sujet, attira l’attention des savants.En 1825, il fut nommé professeur de physique et de mathématiques à Yale College.Il se distingua surtout par ses observations sur la pluie de météores du mois de novembre 1835.Il fut le premier à émettre l’opinion, généralement réçue aujourd’hui, que le phénomène des étoiles filantes est dû à la rencontre que fait notre atmosphère de petits corps inflammables perdus dans l’espace.Il a publié de nombreux mémoires dans les journaux scientifiques des Etats-Unis ; mais il s’est surtout rendu utile par ses ouvrages élémentaires, destinés aux collèges, aux académies et mêmes aux écoles communes.11 a toujours pris une large part au développement de l’instruction primaire, a écrit beaucoup sur ce sujet, et dès 1813 il projeta l’établissement d’écoles normales.Sa vie fut toujours pieuse et exemplaire et sa perte, dit un journal, est vivement sentie, non seulement dans le monde savant mais encore dans la société chrétienne.BULLETIN DES LETTRES.— L’Académie française, il y a quelques jours, tenait sa séance publique annuelle : elle avait à distribuer les prix de littérature mis au concours cette année et les prix de vertu fondés par la libéralité de 51.de Montyon.Cette séance a été des plus intéressantes, des plus brillantes : l’Académie s’y montrait de plus en plus fidèle à sa mission, qui est toute littéraire et patriotique ; l’auditoire, de sou côté,—un auditoire nombreux malgré les chaleurs caniculaires de la saison—s’y montrait empressé et sympathique aux discours des deux rapporteurs, M.Ville-main et M.Guizot, le premier appréciant avec sa finesse et sa discrétion habituelle les œuvres et les écrivaias que couronnait l’Académie, le second appelant, avec la gravité qui lui est propre, les couronnes et l’estime publique sur ces simples et pures vertus à qui une complète justice ne saurait être rendue en ce monde, et qu’on ne peut louer dignement ici-bas que d’une seule manière : “ en les imitant.” La séance s’est ouverte, selon l’usage, par le discours du secrétaire perpétuel de l’Académie.M.Villemain avait à faire son rapport sur les ouvrages et les talents si divers que l’Académie a jugés dignes de ses récompenses, et il s’en est tiré, cette fois comme toujours, avec une sagacité et une pénétration dont lui seul a le secret.C’est peu de l’avoir entendu, nous avons lu et relu cet excellent discours ; nous n’y trouvons rien à redire, si ce n’est peut-être l’omission d’un mot qui n’eût en rien, ce nous semble, gêné le mouvement de la première phrase.Cette phrase de début, la voici : “ La fête d’un conquérant vient de se célébrer cette année sous les auspices de la paix.” Pourquoi n’avoir pas dit—nous demandons bien pardon d’oser refaire une phrase de M.Ville-main—pourquoi D’avoir pas dit : sous les auspices de la victoire et de la paix ?Ce mot de victoire eût été simplement ici une vérité récente et une justice historique.La paix de Viliafranca n’est pas une de ces paix à tout prix qu’imi.ose la fatalité des évènements ; elle a cela d’exceptionnelle, au contraire, qu’elle est le fruit de la générosité victorieuse.Sous tous les régimes, le sentiment national, le seul dont relève notre critique, a le droit d’être susceptible et ombrageux : il est des oublis qui le contristent.Cela dit, nous n’avons que des remerciments à offrir à M.Villemain pour la maniéré dont il sait parler des choses de l’esprit.Chacun de ses discours est pour nous une occasion d’étude : il y a profit à méditer sur l’art consommé d’un pareil maître.Sa tâche de rapporteur, dans la séance du 25, était des plus étendues et des plus complexes.Il s’agissait pour lui de nommer et de caractériser quinze ou vingt sujets différents, quinze ou vingt esprits divers d’aptitudes, de direction et de portée ; d’intéresser plus ou moins sur chacun d’eux ; d’insister ou d’atténuer à propos ; d’exposer et de justifier certains choix de l’Académie, tout en insinuant ses réserves de goût à soi et son jugement ; de mener l’éloge et la fine critique à l’exacte limite du vrai et des convenances ; d’observer l’art si difficile des transitions : il s’agissait enfin de faire ce qui, pour le secrétaire perpétuel de l’Académie, n’est plus qu’une habitude et un jeu.En vérité, il n’y a guère que M.Villemain qui nous semble capable d’embrasser avec cette facilité et cette flexibilité élégante un si grand nombre de matières et d’en dissimuler les disparates.Dans son dernier rapport, si aisé de style, si ample d’informations, tout se tient, tout se nuance, tout se complète : on dirait une trame de soie fine et brillante, d’un poli et d’un lustre achevé.L’art des transitions, et j’y reviens volontiers, est chose à étudier chez le célèbre académicien.Cet art, il le pousse très loin, trop loin peut-être, surtout quand il s’agit d’avoir prise sur un auditoire à qui une pensée nettement accusée ne déplaît pas.Un auditoire, c’est un peu un public de théâtre : il est à distance, et il aime une phrase qui frappe et se détache.On n’a plus affaire avec lui à quelque cercle intime où le charme est de penser tout haut et de parler bas ; les demi-mots ici ne s'entendent guère ; les intentions ingénieuses peuvent sembler de la timidité ou de l’obscurité.Certes, l’obscurité n’est ni dans l’intelligence ni dans le Btyle de M.Villemain : il y voit très-clair, et il dit d'une façon limpide et fluide ; mais cette fluidité même qui voile et recouvre les vives arêtes de la pensée, les saillies de l’esprit et de la passion, si elle est une rare qualité et un mérite de plus dans le style tempéré de l’éloge académique, ne serait-elle pas en même temps chez l’écrivain l’indice d’un tempéraiument aimablo autant que vif, d’un talent qui s’accorde l’ironie, mais à fleur de peau, parce qu’il tient moins à réveiller qu’à effleurer, à émouvoir qu’à charmer, à instruire qu’à séduire, à con- vaincre qu’à plaire?Plaire, charmer, tout en restant vrai au fond, et Bouvent d’une vérité acérée, dérober l’aiguillon sous le miel, voilà le secret de quelques écrivains bien connus à qui les dextérités et la magie du style permettent de tout insinuer sans rien accuser.De là ces fuites heureuses entre l’éloge et le blâme, ces ondulations oratoires où la vérité critique se joue et tourne les écueils de l’ameur-propre, ce3 formules complaisantes, ces transitions tantôt habilement rapides, tantôt lentes et majestueuses, où la pensée du juge semble disparaître et s’effacer.Regardez-y de près cependant, sous cette nappe transparente et caressante, à peu de profondeur, vous distinguerez, ici ou là, quelque banc de coraii aigu, quelque récif où l’orgueil et la fatuité littéraires, pour peu qu’ils s’oublient au chant de la sirène, rencontrent en s’y blessant un avertissement utile.M.VillemaiD excelle en avertissements de ce genre à l’adresse des vivants ; pour le3 morts, il a des paioles et une équité tout émues.Dans son discours, nous lisons une page de regrets tres-sentis sur la fin prématurée de M.de Tocqueville, “ le publiciste philosophe et citoyen, l’ami des droits populaires, mais qui les voulait conformes à la justice et dominés par la loi morale.” On ne saurait en moins de mots caractériser mieux cette jeune et austère puysionomie de M.de Tocqueville, qui unissait en lui “ le culte de l’indépendance civile et de la foi religieuse.” A cette appréciation d’un “ esprit supérieur et d’un cœur patriote ” dont la perte récente est un sujet de deuil pour la France comme pour l’Académie, le secrétaire perpétuel a joint l'éloge d’un autre esprit également distingué dans les lettres, M.Hippolyte Rigault.Enlevé dans la force de l'âge et de l’intelligence à la littérature militante contemporaine, M.Rigault a laissé des traces brillantes d’une trop rapide carrière.Ses études de critique out été recueillies et publiées depuis sa mort; et, ici même, à la première page de cette Revue, elles sont l’objet d’un travail sympathique dû à la plume d’un de nos collaborateurs les plus compétents et les mieux informés.L’Académie a la louable habitude de distraire chaque année un ou deux prix parmi ceux fondés pour l’utilité morale, c’est-à-dire “ pour la dignité même du talent littéraire,” et de les consacrer à des recueils de poésies à titre de récompense ou d’encouragement.Fidèle au vœu dont elle est dépositaire, elle croit devoir ainsi “ accueillir, exciter l’apostolat du bien par la littérature, à tous les degrés, sous toutes les formes.” C’est en ces termes excellents que s’exprime 51.Villemain, ayant à motiver les choix de l’Académie qui a voulu cette année honorer de ses couronnes deux poètes ou plutôt deux volumes de vers .les Légendes de la Charité, par M.Charles Lafont, et les Légendes de M.Pécontal.La saison académique a été, comme on le voit, favorable aux légendes.Rien de mieux : nous nous assochms trop à tout ce qui peut arriver d’heureux à la poésie, sous quelque figure qu elle se produise, pour ne pas nous réjouir de cette large part faite dans les récompenses de l’Académie à un genre un peu spécial, mais où l'inspiration peut encore se donner carrière.Toutefois nous regrettons qu’un choix sur deux n’ait pas rappelé au public que d’autres sillons en poésie sont également cultivés avec succès et ferveur.Il a paru l'an passé et cette année même plusieurs recueils de vers où la pensée revêt une forme lyrique qui, pour n’êtie pas toujours irréprochable, n’en révèle pas moins beaucoup d’aptitude et de culture.Serait-ce à nous de les signaler à l’attention de l’Académie?nous ne serions pas embarrassé ; Il en est jusqu’à deux que je pourrais citer : les Etudes et aspirations de 51.du Pontavice de Heussey,—les Petits Poèmes de 51.Edouard Grenier, où se trouve une pièce des plus remarquables, j’ai presque dit un chef-d’œuvre, la Mort du Juif errant.Ci s volumes avaient été publiés dans les conditions requises pour êtie admis au concours.L’Académie les a-t-elle reçus et écartés?en aurait-elle simplement ajourné l’examen ?Nous l’ignorons.Ce que nous savons, c’est que 51.Villemain, avant de prendre congé de 51.Pécontal et de ses Légendes, nous a pleinement édifiés sur d’autres côtés de l’art du poète ; —“ cet art, non sans éclat, assure le maître, à qui les grands sujets sont accessibles et conviennent comme les plus humbles ; ” et à l’appui de cet éloge mesuré, le secrétaire perpétuel nous a lu quelques vers détachés d’une ode à Chateaubriand, trois ou quatre strophes d’une riche vibration, d’une belle sonorité méridionale qui a produit son effet sur l’auditoire.Nous avons applaudi et aux vers, et au spirituel lecteur, et à l’auditoire.—Cependant, il serait bon, même à l’Académie, de ne pas toujours confondre cette sonorité-là avec le véritable accent lyrique.Après 51.Villemain, 51.Legouvé a pris la parole et a donné lecture d’un extrait fort bien choisi dans V Eloge de Regnard, par 51 Gilbert, éloge qui a remporté le prix d’éloquence.51.Legouvé dit avec science et avec goût Excellent lecteur, il a fait ressortir et applaudir les qualités de justesse et de vivacité d’esprit dont 51.Gilbert, le lauréat déjà couronné pour son Eloge de Vauvenargues, a fait preuve dans sou Etude sur le poète dramatique.Ce nouvel écrit de 51.Gilbert est d’une langue très-distinguée, un peu recherchée sans doute, visant parfois à l’antithèse, mais l’auteur a su tirer de l’antithèse d’heureux effets.L’inévitable comparaison entre 5iolière et Regnard, entre les femmes de leur théâtre, a amené des rapprochements piquants, des traits d’une malignité spirituelle, que comportait d’ailleurs le sujet, et que l’auditoire a accueillis de ses sourires et de ses applaudissements.Les applaudissements n’ont pas manqué non plus a 51.Guizot et a son rapport sur les prix de vertu.On peut dire que son discours a fait eclat ; l’auditoire était visiblement remué devant cette éloquence éprouvée cette diction mâle et pleine, devant l’élévation et la dignité des sen til 182 JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.merits.Un grand talent absorbait uniquement et sans arrière-pensée l’attention de ce public ému.Dès les premières phrases de son discours, empreint, au début, d’une sorte de tristesse grave, que l’on comprend aisément chez l’illustre orateur, M.Guizot est entré en plein dans son sujet, la célébration des vertus modestes et l’éloge de M.de Montyon, le généreux fondateur, l’homme de bien qui, “ ayant vécu dans le siècle de la confiance et de l'espérance illimitées pour les hommes, vivement touché de leurs misères, a toujours eu foi dans leurs mérites et daus leurs destinées ; qui s'est promis de la vertu toujours et partout, dans les lettres comme dans la vie ; qui a compté sur des œuvres littéraires morales comme sur des actions vertueuses.” De l'élévation, de l’émotion, une netteté admirable de pensée et d’accent, aidée d’un geste qui sentait la tribune presque autant que le bureau de l’Académie, voilà ce qui agissait profondément sur l’assemblée.Si, au début, M.Guizot nous a paru d’une gravité découragée, en se rangeant lui-même au nombre de ces contemporains qui “ regardent notre temps avec des yeux un peu fatigués et tristes, comme ayant trop attendu de l’humanité et n’en espérant plus beaucoup,” en avançant dans son rapport, où il avait à raconter tant de dévouements obscurs, de fidélités désintéressées qui honorent le cœur humain, il nous a semblé se rasséréner et reprendre confiance dans la sève généreuse d’une société qui offre encore de tels exemples à couronner, et en si grand nombre, que les récompenses de l’Académie ne suffisent pas aux bonnes actions et aux vertus ignorées.“ Je suis persuadé, a ajouté M.Guizot, qu’il y en a beaucoup de pareilles, dans notre patrie, qui sont et resteront inconnues.On a dit souvent que nous ressentirions tous un grand et juste effroi si tout à coup ce monde devenait le palais de la Vérité, et si tous les cœurs, toutes les vies paraissaient soudain au grand jour.Il y aurait alors, en effet, bien des spectacles à fuir, et nous aurions bien souvent à détourner ou à baisser les yeux ; mais bien souvent aussi nous les ouvririons avec joie pour contempler une multitude de vertus ignorées, de bonnes actions accomplies loin de tout regard et sans autre but qu’elles-mêmes, des merveilles de bonté, de sympathie, d’amitié, d’attachement au devoir, de dévouement.La nature humaine est à la fois très-faible et très-riche, et la vie humaine abonde en beaux mystères autant qu’en tristes secrets.” Vers la fin de son discours, M.Guizot, revenant pour les exalter sur les abnégations obscures et héroïques, a eu encore un de ces beaux mouvements d’éloquence qui ravissent autant qu’ils émeuvent, et qui sont comme le timbre et la révélation d’une âme : “ il y a quelques jours, s’est-il écrié, tout un peuple se précipitait pour voir rentrer dans la patrie c s bataillons de braves qui l’avaient quittée il y a quelques mois pour aller soutenir et porter encore plus haut le nom et l’influence de la France.Combien manquaient à ce grand spectacle, morts pour l’éclat d’une fête où ils n’ont point paru 1 Des généraux, des officiers, des soldats, vieux, jeunes, déjà couverts de gloire ou ravis d’en voir briller les premiers rayons, tous également prompts à se dévouer, à sacrifier, ceux-là leur grandeur acquise, ceux-ci leurs belles espérances, prodiguant tous, sans y regarder, le trésor terrestre de l’homme, leur vie ! ” La belle langue ! De si nobles paroles tombaut sur une assemblée déjà conquise ont produit une impression profonde, qui s’est traduite par des applaudissements prolongées.Il y a plaisir et honneur pour une société polie à s’entendre parler elle-même par de tels organes.La séance s’est terminée par la lecture d’une pièce de vers qui a mérité à son auteur, Mlle Ernestine Drouet, le prix de poésie.Le texte proposé pour le concours était la Sœur de charité au XIXe siècle.C’est M.Le-gouvé qui s’est chargé de cette lecture, et qui l’a faite de manière à captiver son auditoire, même après le discours de M.Guizot, et à l’intéresser à des vers dont le mérite est surtout dans le naturel et la vérité touchante de l’inspiration.Ce petit poème , qui contient plusieurs tableaux où figure la sœur de charité, a parfaitement réussi.Une poésie qui s’adresse au cœur et le remue doucement, est presque toujours sûre d’être bien accueillie, même des plus difficiles.Dans sa simplicité sans art, il lui arrive souvent d’enlever des suffrages qui se refuseraient à une invention poétique plus forte, et à une science de forme plus mûre et plus exercée.Nous en avons une preuve nouvelle dans le charmant succès que vient de consacrer l’Académie.L’auteur, qui est une jeune femme et une institutrice, a cordialement compris son sujet, et l'a accepté tel que le lui offrait la nature, ou, pour mieux dire, l’existence pratique.II nous l’a présenté dans ses phases et ses rôles divers ; il a suivi pas à pas la sœur de charité.Il la prend au moment où elle recueille l’enfant abandonné par sa mère, puis il l’accompagne à l’école, où elle fait l’éducation de l’orphelin, puis à l’hôpital, où elle soigne des plaies répugnantes ; il n’a pas même craint de la suivre jusqu’au bagne.Lejeune poète a montré beaucoup de charme dans la peinture de l’école, mais il a montré de la hardiesse dans celle de l’hôj ital et du bagne.Mlle Drouet n’a pas hésité à faire voir dans ses vers ce que la sœur de charité n’hésite pas à faire dans sa vie de sacrifice et de devoir ; elle n’a pas eu de ces petites répugnances devant lesquelles un goût timide aurait sans doute reculé.—Lorsque la sœur panse la plaie livide d’un ancien serviteur, qui, la reconnaissant, rougit d’être soigné par elle ; lorsqu'aux derniers moments du forçat qui a tué, elle ne craint pas de toucher de sa main la main meurtrière, et d’être pour lui, s’il verse une seule larme de repentir, une messagère de paix et de pardon,—alors, la femme poète, s’identifiant avec son héroïne, se montre vraiment chrétienne, et elle donne à son sujet toute sa portée, toute sa force.Pendant la lecture du poème, on apercevait avec plaisir, sur les bancs de l’Institut, l’abbé Dupanloup, évêque d’Orléans, témoignant à ces passages que nous venons d'analyser une approbation des plus vives.— Revue Européenne.—L’Académie française est toujours très embarrassée pour trouver un successeur à M.Alexis de Tocqueville.Quelques membres voudraient que M.Troplong, notabilité à la fois politique et littéraire, se présentât.La candiature du R.P.Lacordaire est chaudement appuyée par JIM.Cousin, deBarante, de Noailles, de Montalembert, Villemain, Guizot, Vi.tet, Pasquier, Dupanloup, Falloux, Laprade, Berryer, Biot ; mais combattue par MM.Lebrun, Mérimée, Sainte-Beuve, Jules Sandeau, Alfred de Vigny, Empis, Nisard, Emile Augier, de Pongerville, Viennet, Thiers, de Rémusat, etc.; il y a des voix douteuses, comme celles de MM.Saint Marc Girardio, Sylvestre de Sacy, Flourecs, Patin, Ampère, Ponsard.Plusieurs membres voudraient pour successeur à M.Alexis de Tocqueville, son intime ami et collaborateur, M.Gustave de Beaumont, auteur de Marie ou l’esclavage aux Etats-Unis, et d’un curieux ouvrage sur l’Irlande ; M.Gustave de Beaumont est déjà membre de l'Académie des sciences morales et politiques.— L’Académie française a partagé entre M.Monty-Lavanx et M.Fré-derick Godefroy, le prix de 4,000 francs, qu'elle avait proposé pour un Lexique de la langue et du style de Corneille ; 3,000 francs ont été donnés au premier et 1,000 au second.Elle a aussi accordé un prix à M, Gérusez pour son Histoire de la littérature française pendant la révolution.BULLETIN DES BONS EXEMPLES.— On ne lira pas sans émotion la lettre suivante, adressée à l’Univers par un ecclésiastique de Châteauroux pour faire connaître un beau trait de cinq soldats de l’armée française : “ Châteauroux, le 16 juin.“ Je récitais hier l’office des morts dans l’église de Saint-Martial, sur le cercueil d’un pauvre épileptique décédé au dépôt de mendicité.J'étais seul, hélas I à prier, le défunt n’ayant en ce pays ni parents ni ami3 pour entourer ses dépouilles mortelles.Quatre chasseurs d'Afrique de passage à Châteauroux, faisant partie du 3e régiment, et portant tous quatre sur la poitrine les ooms glorieux de l’Alma, d’Inkermann et de Sébastopol, entrèrent alors dans l’église déserte.Cette solitude autour de ce cercueil les toucha-t-elle et leur remit-e'le au cœur un sentiment de religieuse pitié ?Je le pensai avec attendrisement et reconnaissance.Ils s’agenouillèrent et restèrent ainsi prosternés j’usqu’à la fin de la cérémonie funèbre.Quand le convoi quitta l’église pour se rendre au cimetière, tous quatre se levèrent ; je n’en espérais pas davantage, et j’aurais voulu pouvoir les remercier au nom de Dieu de ce qu’ils venaient de faire.Maie quelle ne fut pas ma pieuse surprise de les voir se placer derrière la voiture de deuil et la suivre avec recueillement, le képi à la mainl Ceux qui les virent ainsi passer purent croire qu’ils accompagnaient un parent, un ami, un frère d’armes.Je savais qu’il n’en était rien.Ils venaient, eux, de Toulouse, et n’étaient arrivés que depuis quelques heures à Châteauroux avec leur bataillon, et le pauvre défunt, habitant du dépôt de mendicité depuis plusieurs années, natif de quelque coin du département de l'Indre, leur était à coup sûr parfaitement inconnu.Quand nous eûmes parcouru les huit ou neuf cents mètres qui séparent la paroisse du cimetière (notez que ces bons militaires venaieut de faire une longue étape), et que nous fûmes arrivés au bord de la tombe, ils fléchirent le genou sur la terre sainte ; un soldat du train des équipages, en garnison à Châteauroux, s’était joint à eux ; tous cinq, dans un recueillement parfait, récitèrent alors des prières pendant que j’achevais la cérémonie.Celui des cinq que je remarquai plus pieusement absorbé dans ses oraisons, avait, suspendue à côté de la médaille de Crimée, la glorieuse médaille militaire.“ Je sortais du cimetière quand l’un d’eux, s’approchant en me saluant, me fournit l’occasion que je désirais de les féliciter tous de leur admirable conduite : “ — Vous venez de faire une bonne action, leur dis-je ; Dieu vous bé-“ nira, mes braves amis, d’avoir accompagné ce pauvre délaissé jusqu'à “ sa dernière demeure.” “ —- Que voulez-vous, monsieur l’abbé ?me fut-il répondu, nous avons 11 vu que personne n’était là pour suivre le cercueil, cela nous a fait de “ la peine; alors nous avons pensé qu’un jour aussi, peut-être, nous “ pourrions bien descendre abandonnés dans la terre, et nous nous sora-“ mes réunis à vous, dans l’espérance que le bon Dieu inspirerait à quel-“ ques autres la bonne pensée de venir jeter de l’eau bénite sur notre “ tombe et réciter une prière pour le repos de nos âmes.” “ Je lenr serrai la main en leur souhaitant toutes les bénédictions du ciel.J’avais des armes dans les yeux et la plus douce des émotions dans le cœur.”—J urnal des bons exemples.—On inaugurait dernièrement à Orléans la statue de Pothier, célèbre magistrat dont les vertus égalaient la science.A la suite de la messe1 le R.P.Gratry a prononcé l’oraison funèbre de l’auteur dn Traité des Obligations, de l'excellent jurisconsulte dont la mémoire populaire a conservé une foule de traits sympatiques et touchants.Le R, P.Gratry en a rappelé quelques uns dans son discours.En voici un qui fait bien comprendre tout ce qu’il y avait d’honnêteté simple et naïve, de charité et de piété dans l'âme de ce savant chrétien: 11 Au dix-huitième siècle, il y avait à Orléans une espèce de colonie de Savoyards et d’Auvergnats qui stationnaient pendant le jour sur le Martroy JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.183 et se retiraient le soir au logis commun de la Pillerette.L’un d’eux, un peu ivrogne, était souvent employé chez Pothier pour venir en aide à Thérèse Javoy, sa gouvernante, dans les gros travaux de la maison.Un jour qu’il y avait travaillé toute la matinée, on s’aperçut, après son départ, qu'il manquait une cuiller d'argent.Lui seul était venu ce soir-là.Thérèse et son maître lui attribuèrent le vol ; toutefois ils n’en parlèrent à personne et se contentèrent de ne plus employer le Savoyard.Quelque temps après, la cuiller fut retrouvée derrière un meuble où elle avait glissé, arrêtée entre ce meuble et la muraille.Grande joie de Thérèse!.Quant à son maître, il resta quelque temps pensif, puis se leva, prit son chapeau, et sortit sans adresser la parole à sa gouvernante, qui ne comprenait rien à cette sortie insolite, car ce n’était pas jour d’audience.Pothier se dirigea vers le Martroy, et, s’adressant aux Savoyards, il s’en-quit de leur camarade ; il était occupé dans le voisinage : “ Allez le chercher, dit-il, et ne vous éloignez pas ; vous devez tous entendre ce que j’ai à lui dire.” “ L'autre accourt tout essoufflé en apprenant que M.Pothier le demande, Celui-ci s’avance à sa rencontre et lui dit ; “ Mon ami, il y a longtemps que tu n’as été occupé chez moi ; sais-tu pourquoi ?—Oh ! monsieur Pothier, c’est bien à votre volonté.Après cela, c’est peut-être parce que j ai la mauvaise habitude de boire.—Non, mon garçon ; c’est en effet une mauvaise habitude dont tu devrais te corriger, mais ce n’est pas cela.c'est parce que je t’ai soupçonné de m’avoir volé—Moi, moi, monsieur Pothier ?—Oui ; cela t'indigne, n'est-ce pas ?Tu as raison, tu es innocent ; je le sais, et ce qu’il y a de plus triste, c’est que si l’on n’avait pas retrouvé, par un hasard providentiel, l'objet que je croyais volé, je te soupçonnerais probablement encore.J’ai été bien coupable envers toi, je t’en fais mes excuses publiques.Vous entendez, vous autres ?votre camarade est un brave homme ; je l’ai soupçonné sans preuves, sans indice ; je lui en demande pardon.Reviens à la maison quand tu voudras, mon ami, il y aura toujours de l’ouvrage pour toi.et si jamais toi-même, ou quelqu'un des tiens, vous avez quelques besoins imprévus, quelque accident, quelque maladie, ne t’adresse pus à d'autres qu’à moi, ma bourse te sera toujours ouverte ; ce ne sera pas une charité, ce sera la réparation incomplète d’une injustice que je me reprocherai toute ma vie.’’ —Ibid.DISTRIBUTIONS DE PRIX.Séminaire de Nicolet.PHILOSOPHIE.— CLASSE SENIOR.Physique—1er pr Robert Walsh, 2 Norbert Provencher ; mention honorable Louis Richard, Majorique Marchand, Jean-Baptiste Marcotte et Edmond Héroux.Mathématiques—1er pr Louis Richard, 2 Théophile Carufel ; mention honorable Edmond Héroux, Evariste Brassard, Joseph Côté et François Préfontaine.PHILOSOPHIE INTELLECTUELLE ET MORALE.—CLASSE JUNIOR.Excellence —1er pr Agapite Legris, 2 F E Gélinas ; mention honorable, T Carufel, Jean Blanchet, Edm.Saucier, Alf.Désilets et George Sauvageau.Dissertation—1er pr F Ev Gélinas, 2 Th Carufel ; mention honorable A Legris, Jean Blanchet, George Sauvageau, Aimé Masson, Jos Côté, Edm Saucier et Alf.Désilets.RHÉTHORIQUE.Excellence—Prix Ludger Hou Id.Amplification Française—1er pr P B Lahaye et Norbert Ouellet, e.x-æquo ; .J Neville et Ludger Hould ; mention honorable F X Duplessis, Denis Désaulniers e?A Moreau.Thèmes Latins—1er pr Ludg Hould et Norbert Ouollette, 2 James Neville et F X Duplessis ; mention honorable P B Lahaye, Den.Désaulniers et Ag Moreau.Version Latine—1er pr Ludger Hould, 2 Norbert Ouellette ; mention honorable J Neville, P B Ea-haye et F H Duplessis.Intelligence des auteurs Grecs—1er pr N Ouellet, 2 J Neville ; mention honorable Ludg Hould, Den Désaul-mers et A Moreau.Version Anglaise—1er pr Ludger Hould, 2 N Ouellette, A Moreau e.x-æquo; 2 F X Duplessis et P Lahaye.Mémoire—1er pr Ludg Hould et Norbert Ouellette ex-æquo ; 2 F X Duplessis ; mention honorable A Moreau, J Neville et A Poirier.Elocution—1er pr Alf Chaurette ; mention honorable Norbert Ouel-leite, J Léonard, Ed Béliveau et J Neville.Histoire du Canada— 1er pr Alexis Poirier et N Ouellette, 2 L Hould et P B Lahaye; mention honorable A Moreau, J Neville et F X Desplessis.BELLES-LETTRES.Excellence—1er pr Jos Bouchard, 2 Oct Faucher.Amplifications rançaises—1er pr Jos Bouchard, 2 Chs Lemire et Eugène Gill ; mention honorable Edm Buisson, Oct Faucher et Eug Boisvert.lemes Latins—1er pr Jos Bouchard, 2 Oct Faucher ; mention honorable Ls Côté Jos Bouchard, J B Coineau et Eug Rousseau.Versions Latines—1er pr Jos Bouchard et Eug Gill, 2 Chs Lemire et Ls Côté ; mention honorable J B Comeau Oct Faucher et Edm Buisson.Intelligence de la langue grecque—1er pr Chs Lemire et Eug Gill, 2 Eug Boisvert et J.B.Comeau; mention honorable Jos Bouchard, Louis Côté, Hon.Dufresne et F St Pierre.Versions anglaises—1er pr Jos Bouchard et Eug Gill, 2 Oct Faucher et Charles Lemire ; mention honorable J B Comeau, Edm Buisson et J Bai il.Vers Latins—1er pr Chs Lemire, 2 Eug Boisvert et Louis Côté; mention honorable Oct Faucher, Ed Buisson, Jos Langlois et Jos Bouchard.Histoire Moderne —1er pr Jos Bouchard et Eug Rousseau ; mention honorable Jos Langlois, Oct Faucher, Chs Lemire, Edm Buisson, Ls Lafléche.Botanique — 1er pr Ls Laflèche, Hon Dufresne et Jos Bouchard ; mention honorable J B Comeau, Chs Lemire, Oct Faucher, Edm Buisson, Ls Côté et J.Bourke.Récitation du cours de Belles-Lettres—1er pr Chs Lemire; mention honorable Jos Bouchard, Louis Côté, Eug Boisvert, Ed Buisson et P Marchand.Toisé—1er pr Oct Faucher et Ls Lafléche ; mention honorable Eug Boisvert et Hon Dufresne.TROISIEME.Excellence—1er pr Louis Dargis, 2 Conrad Gill.Versions Latines —Ls Dargis et Conrad Gill, ex-æquo, 2 Henri Duberger, Onésime Caron et Alfred Prendergast, ex-æquo ; mention honorable Onésime St.Cyr, Alcide Richard, Venant Charest et Napoléon Jacques.Versions Anglaises—1er pr Alfred Prendergast et Conrad Gill, ex-æquo, 2 Ls Dargis ; mention honorable H Duberger, Onésime Caron, Lucien Tremblay et Venant Charest.Thèmes Latins—1er pr H Duberger, 2 Conrad Gill et Onésime St Cyr, Ls Dargis, A Prendergast et Venant Charest.Vers Latins—1er pr Conrad Gill, Louis Dargis et H Duberger, ex-æquo, 2 A Richard ; mention honorable Napoléon Jacques, O Caron, O St Cyr et Venant Charest.Amplification— 1er pr O Caron, 2 Ls Dargis ; mention honorable C Gill, A Prendergast, Lucien Tremblay et H Duberger.Histoire et Mythologie —1er pr Alcide Richard et A Prendergast, e.x-æquo; mention honorable On St Cyr et A Thibault.Cosmographie—1er pr Ls Dargis et N Jacques, ex-æquo ; mention honorable L Tremblay, Sévère Gauvreau, A Richard et O.St.Cyr.Versification- 1er pr O St Cyr, A Richard et N.Jacques ex-æquo ; mention honorable A.Prendergast, Ls Dargis, A Thibault, Henri Alexandre et Al Turcotte.Comptabilité—1er pr Ls Dargis et C Gill, 2 L Tremblay, A Thibault et Gaspard Gélinas ; mention honorable A Richard, S Gauvreau, N Jacques et Narcisse Guilmette.Arithmétique—1er pr C Gill ; mention honorable O Caron, Ls Dargis, Elzéar Prince et Al Thibault.Intelligence de la langue Grecque—1er pr Ls Dargis, 2 A Prendergast et A Richard ; mention honorable C Gill, O Caron, V Charest et H.Duberger.MÉTHODE.Excellence—1er pr George Vaillanconrt, 2 Elzéar Lajoie.Versions Latines—1er pr Elzéar Lajoie, 2 G Vaillancourt, Wenceslas Smith cx-æquo ; mention honorable Louis Trahan, Léonidas Laliberté, Edouard Richard, Adolphe Garneau et Louis Paquin.Versions Anglaises—1er pr Wenceslas Smith, 2 G Vaillancourt et El-zéer Lajoie, e.x-æquo ; mention honorable Ls Trahan, L Laliberté, Edouard Richard, Ephrem Dufresne et Ls Paquin.Thèmes Latins —1er pr G Vaillancourt, 2 Wenceslas Smith; mention honorable Elzéar Lajoie, Ls Trahan, L Laliberte et Ls Paquin.Exercices Orthographiques—1er pr G Vaillancourt, 2 Wenceslas Smith, ex-æquo; mention honorable Ls Trahan, L Laliberté, A Garneau, Nestor Duguay, Edouard Richard et Ls Paquin.Récitation de la Grammaire Latine—1er pr George Vaillancourt et Wenceslas Smith, e.x-æquo ; mention honorable Nestor Duguay, Ls Paquin, E Béliveau et Alexandre Proulx.Grammaire Française—1er pr George Vaillancourt, Wenceslas Smith et Elzéar Lajoie, ex-æquo : mention honorable Ls Trahan, Ls Paquin, Ephrem Dufresne et Adélard Buisson.Grammaire Grecque—1er pr Wenceslas Smith et Elz Lajoie, ex-æquo ; mention honorable G Vaillancouit.Al Proulx, E Richa’rd et Edmond Béliveau.Géographie—1er pr Edouard Richaid ; mention honorable G Vaillancourt, Wenceslas Smith, Edmond Béliveau et Elzéar Lajoie.Histoire 1er pr Edouard Richard ; mention hono-rable G Vaillancourt, Wenceslas Smith, Edmond Béliveau et Elzéar Lajoie.Histoire—1er pr G Vaillancourt, El Lajoie et Ls Trahan, ex-æquo ; mention honorable Olivier Trudel, Nestor Duguay et Ephrem Dufresne.Amplification Française—1er pr G Vaillancourt et E Lajoie ex-æquo, 2 O Trudel; mention honorable Wenceslas Smith, Légnidas Laliberté et Louis Trahan.Arithmétique—Wilfred Dufresne et Louis Paquin, e.x-æquo ; mention honorable G’ Vaillancourt, Ls Trahan, Adolphe Garneau, E Lajoie et Ant Bergeron SYNTAXE.Excellence-1er pr C Gill, 2 Philippe Girard.Versions Latines 1er pi I hilippe Girard et Ls Blondin ex-æquo ; 2 Charles Gill et 184 JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.Napoléon Cormier ex-æquo ; mention honorable M Horan, Al Pepin, P Perrault, N Lacoursière, D Goron et Chs.Bellemare.Verrions Anglaises—1er nr Cha Gill et P Girard ex-æquo; mention honorable A Pepin, P Perrault, VVilbroad Mayrand, D McDougall, Callixte Barbeau, Jacques Pelletier, Angus Gilmour et Théodore Lambert.Thèmes Latins—1er pr Chs Gill, A Cormier et M Horan ex-æquo 2 Philippe Girard, Louis Blondin et Daniel McDougall, ex-æquo; mention honorable Hercule Milot, Pantaléon Perreault, Wilbroad Mayrand, Louis Baiche, Edmond Gervais et David Goron.Grammaire Latine—Prix, Chs Gill, M Horan et D McDougall, mention honorable Alfred Pepin H Milot, ex-æquo Napoléon Cormier, L Blondin, P Girard, E Gervais, P Perreault, C Barbeau, L Baiche, Edmond Gervais et David Goron.Grammaire Latine—Prix Chs Gill, M Horan et D McDougall, mention honorable Alfred Pepin, H Milot, ex-æquo Napoléon Cormier L Blondin, P Girard, E Gervais, P Perreault, C Barbeau L Baiche, G Brunelle.Grammaire Anglaise —Prix N Cormier et E Gervais ex-æquo mention honorable Chs Gill, P Girard, L Blondin, A Pepin, M Horan, Angus Gilmour et Théodore Lambert.Grammaire Grecque—Prix A Pepin et E Gervais ex-æquo mention honorable Chs Gill P Girard L Blondin, A Pepin, W Mayrand, H Milot, L Baiche, D McDougall et G Brunelle.Géographie—Prix Chs Gill L Blondin, N Cormier et A Pepin ex-æquo ; mention honorable P Girard, F Gervais H Milot, M Horan, W Mayrand, Chs Bellemare et Samuel Arcand.Arithmétique —Prix L Blondin et Chs Gill, ex-æquo ; mention honorable P Girard, M Horan, A Pepin, H Milot, N Cormier, D McDougall, D Goron, L Baiche, Chs Bellemare, Théo Lambert et Ephrem Marchand.ÉLÉMENTS 1ERE DIVISION.Excellence—1er pr Edouard Laflèche, 2 Hector Malchildon.Versions Latines—1er pr Edouard Badeau et Magloire McLeod, ex-æquo ; 2 E Laflèche et H Marchildon, ex-æquo ; mention honorable Eugène Lemire, Moses Hart, Narcisse Cormier, Elle Baiche, Denis Lajoie et Augustin Bélanger.Versions Anglaises—1er pr Ma^l McLeod, H Marchildon et E Lafleche, ex-æquo ; 2 E Badeau ; mention honorable M Hart, E Lemire, Xavier Trudelle et E Baiche.Thèmes Latins—1er pr E Badeau et M McLeod ex-æquo ; ~ E Le-flèche H Marchildon ex-æquo ; mention honorable E Baiche, Lemire, M Hart et Octave Brunelle.Exercices Français—1er pr H Marchidon, E Laflèche et M McLeod ex-æquo; 2 N Cormier, A Bélanger et E Lemire ex-æquo ; mention honorable Xavier 1 rudelle, Alfieif Beauchemin, E Badeau et Oct Brunelle.Grammaire Latine —Piix E Badeau et M Hart, ex-æquo mention honorable Barthélémy Duvaî, E Lemire et Charles Gravelle.Grammaire Française-Prix E Laflèche, H Marchildon, E Badeau, E Baiche et N Cormier, ex-æquo ; mention honorable A Bélanger, D Lajoie, A Beauchemin j et Thélesphore Geoffroy.Grammaire Anglaise—Prix M McLeod, E Badeau et M Hart, ex-æquo ; mention honorable H Marchildon, E Laflèche et Wilbroad Ferron.Manuel de Phrases—Prix H Mar-1 childon, E Laflèche et H Trudel, ex-æquo; mention honorable M McLeod, E Badeau et A Lajoie.Histoire—Prix E Badeau et T.Geoffroy, ex-æquo ; mention honorable M McLeod, E Baiche, N Cormier et D Lajoie.Arithmétique—Prix M McLeod et E Lafle-1 che, ex æquo ; mention honorable N Cormier, W Ferron, X Trudel, Oct Brunelle et D Lajoie.ÉLÉMENTS.—SECONDE DIVISION.Excellence—1er pr Isaie St Cyr, 2 Joseph Brunelle.Thèmes I atins—1er pr J St Cyr et A Camirand, ex-æquo ; mention honorable^ Brunelle, Joseph Beaubien, Ernest Noel et Adolphe Dupuis, Versions Latines-ler pr J St Cyr, 2 A Camirand ; mention hono-râble D Deveau, François Beliemare et J Beaubien.Versions An «¦taises_1er pr D Deveau et Eméric Gervais, ex-æquo ; 2 pr Em- manuel Duval et François Bellemare, ex-æquo ; mention honorable A Dupuis, P Cyr et J Brunelle.Exercices Français-ler pr A Camirand, 2 D Deveau ; mention honorable J St Cyr, E Noël, A L)u puis, A Manseau et J Beaubien.Grammaire Latine Prix J Brunelle et J St.Cyr, ex-æquo ; mention honorable E Duvaî, r Belle-mare E Noël et D Deveau.Grammaire Française—Prix J Brunelle ; mention honorable J St Cyr, D Deveau E Duval, F Be lemare et A Camirand.Grammaire Anglaise—Prix J Brunelle, J St Cyr, D Deveau et J Beaubien ; ex-æquo ; mention honorable A Camirand, E Duval et Arthur Rousseau.Arithmétique—Prix A Manseau et A Camirand, ex-æquo ; mention honorable E Gervais, Gaspard Ge-linas et Télesphore Tourigny.CLASSE COMMERCIALE.PREMIERE DIVISION.—PARTIE FRANÇAISE.Grammaire-Prix Achille Beauchemin ; mention honorable Edmond Haraelin Aritmétique— Prix A Beauchemin ; mention honorable E Hamelin et Alfred Coulombe.Comptabilité Prix A Beau- chemin ; mention honorable E Hamelin et A Coulombe.Exercice* —Prix A Beauchemin ; mention honorable E Hamelin.PARTIE ANGLAISE.Grammaire—Prix A Beauchemin ; mention honorable E Hamelin.Versions—Prix A Beauchemin ; mention honorable E Hamelin.2eme division.I Grammaire—Prix Henri Labarre ; mention honorable Joseph Richard, Arthur Landry, Thomas Burn.Exercices—Prix A Landry; mention honorable P Richard et H Labarre.Arithmétique Prix |j Richard ; mention honorable Théodore Lanouette, A Landry.3eme division.I Lecture Anglaise—Prix T Burn.Lecture Française Prix Elzéar de Lagorgendière ; mention honorable Moise Brunelle et Narcisse Saucier.Arithmétique—Prix T Burn ; mention honorable David Mayrand et Charles Labarre.Calligraphie—Prix Thos Burn ; mention honorable William Brunelle et M Brunelle.DESSIN.¦ Crayon de Mine de Plomb—1er pr Evariste Brassard, 2 Alfred I Prendergast ; mention honorable Eugene Gill et Pierre Marchand.I Crayon Noir—1er pr François Préfontaine, 2 Albert Symmes ; men-I tion honorable Magloue McLeod, Arthur Landry et Henri Alexan-I dre.Pastel—1er pr Conrad Gill, 2 Edmond Saucier ; mention ho-I norable Louis Laflèche et Jos Brunelle.MUSIQUE INSTRUMENTALE.DIVISION DES GRANDS.1er pr Ulric Arcand, Evariste Gélinas, Evariste Brassard, Aimé Masson, Théophile Carrufel, 2 pr Eugène Gill, Louis Blondin.DIVISION DES PETITS.1er pr Alfred Prendergast, Wenceslas Smith, 2 Nestor Duguay ; mention honorable Archille Beauchemin.MUSIQUE VOCALE.1er pr Majorique Marchand, Ev Gélinas, U Arcand, A Masson T Carrufel, E Brossard, 2 Damase Milette, E Gill, L Blondin.:n~ ces.CONSULAT DE FRANCE.AVIS.Québec, 30 septembre 1859.I Le Consulat de France désire savoir ce qu’est devenu M.PIERRE ROMAIN PAILLARET, qui a dé venir en Canada en 1851.il s agi pour lui d’une succession à recueillir.£3=Les journaux français du Canada sont priés de réproduire cet avis.SOLUTIONS RAISONNEES DES EXERCICES DE CALCUL ET DES PROBLÈMES CONTENUS DANS LA NOUVELLE ARITHMETIQUE Des Academies, des Ecoles Modèles et des Ecoles Commerciales, D’APRES LA METHODE ANALYTIQUE ET SYNTHETIQUE.En vente à la Librairie de J.B.ROLLAND & FILS, Rue Saint Vincent.Des Prestes à Vapeur de Senécal, Daniel (j de,, 4, Pue Saint I
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