Journal de l'instruction publique, 1 septembre 1858, Septembre
'pRomsi peupî^ mm mm* Volume II Montréal, (Bas-Canada) Septembre, 185S- No.8.•SOMMAIRE.—Littérature.—Poésie : La Jeune Pileuse, par M.A.de Puibusque.— Origine de diverses locutions proverbiales, (suite).—Fragments hstoriques: Le I’ère Lalitau et le gin-seng, par M.Hospice Verrcau.—Mémoire présenté au Duc d’Orléans concernant le gin-seng.—Education.—Pédagogie : Quelques principes de l’art d’enseigner, par d’Altemont— De la bonté dans l’éducation, par Mlle Sauvait.—Hygiène et médecine tl*s enfants, par Mme la comtesse de Ségur.(suite).— Exercices pour les élèves des écoles,— Vers il apprendre par cœur : A des enfants gâtés, par Jules de Gers.—Exercices de grammaire.—Avis Officiels: Nominations de commissaires d’école.—Diplômes"donnés parle Bureau des Examinateurs de Sherbrooke.- -Dons offerts au département.— Instituteur demandé.— Instituteurs disponibles.—Editorial.— Sixième conférence de l’Association des Instituteurs de la circonscription de l’école normale Jacques-Cartier.—Cinquième conférence de l’Association des Instituteurs de la circonscription de l'école normale Laval.—Première conférence des instituteurs de la section de M.l’Inspecteur Leroux.—Rapport du surintendant de l’instruction publique du Bas-Canada pour l’année 1866, (suite).—Bulletin des publications et réimpressions les plus récentes : Paris, Londres, New-York, Toronto, Québec.Montréal.—Petite revue mensuelle.—Nouvelles et Faits Divers : Bulletin de l’instruction publique.—Bulletin des lettres.—Bulletin des sciences.—Bulletin des arts et des beaux-arts.— Distributions de Prix : Collège Ste.Thérèse.—Collège Masson.—Annonces : Primes ollertes.—Gravure : Portrait du Père Lafitau avec fac-similé de son autographe.LITTERATURE.POESIE.LA JEUNE FILEUSE.La blanche clématite entoure une fenêtre Dont la forme rustique aurait charmé Watteau : Sous ce dome fleuri Sarah vient à paraître, Et le cadre n’est plus que l’ombre du tableau.Jeune fille au front pur, Sarah semble pensive ; Mais son regard distrait ne cherche aucun regard : Un insecte l’occupe ; elle observe attentive L’ingénieux travail, merveille de son art.“ On ne te connaît pas, dit-elle, humble araignée, Tu nous cherches toujours, et toujours dédaignée, Tu ne sais dans quel coin, à l’angle de quel mur Soustraire à nos affronts ton atelier obscur.Moi qui suis du métier où ton instinct excelle, Je vois, j’admire en toi mon plus parfait modèle ; Ce matin la rosée a trahi ton secret; En dentelle d’argent chaque fll m’apparaît ; Mon œil des moindres points mesure l’intervalle ; Pas devrait égaré, pas de ligne inégale ; D’un disque bien tracé les rayons en s’ouvrant Du cercle le plus court descendent au plus grand : De degrés en degrés la distance élargie Siétend comme au compas, et cela par magie.Deux ans d’apprentissage ont assoupli mes doigts : liais tout ce que je sais au travail je le dois ; Et quel rude travail ! pour égaler mon maître, Pour le surpasser même il t’a suffi de naître : Elève du bon Dieu, le bon Diou t’inspira lout ce que l’art poursuit et jamais n’atteindra ; Tirant tout do toi-même et navette et bobine, Tu peux faire à ton gré la toile la plus fine, Etendre ou resserrer une trame sans nœuds Et d’un tissu de gaze ouvrer un fonds soyeux.Jamais d’erreur, jamais de tâche abandonnée, Tandis qu’hier encor j’ai perdu ma journée ! Et pourquoi ?pour avoir oublié quelques tours, Pendant que Noémi me contait ses amours.Combien de fois, hélas ! triste, désespérée, Je démonte en pleurant ma toile déchirée ! Que d’essais malheureux ! que de veilles sans fruit ! A mieux faire du moins, ton exemple m’instruit ; Puissé-je l’imiter! puisse la Providence Aux dous que tu tiens d’elle égaler ma constance! Reste donc sous mon toit, reste et travaille en paix.Ma compagne, ma sœur, mon amie à jamais ! A.de Puibusque.(Extrait du recueil de l’académie des Jeux-Floraux—année 1857.) Origines de diverses locutions proverbiales.(Suite.) qu’entend-on par le cercle de popilius?Tracer le cercle de Popilius veut dire mettre quelqu’un en demeure de répondre d’une manière positive, de prendre un parti, de se prononcer catégoriquement.—C’est une allusion au fameux cercle du consul Caïus Popilius : Antiochus Epiphane, roi de Syrie, faisait le siège d’Alexandrie ; les Romains, alliés des Egyptiens, députèrent auprès de lui le consul Popilius.Comme le roi ne répondait que d’une manière évasive à l’envoyé des Romains, ce derjjier traça un cercle autour .de lui, et lui défendit d’en sortir avant d’avoir donné une réponse décisive ou de paix ou de guerre.Cette action hardie intimida Antiochus, et le siège fut levé.3 Ainsi fit Charles, le Téméraire, à Péronne, en apprenant la révolte excitée à Liège par des agents de Louis XI : il enferma le roi dans le château de Péroune, et ne lui rendit la liberté que lorsque celui-ci eut accepté la condition humiliante de se joindre à Charles pour réprimer la sédition des Liégeois.Le honteux traité de Madrid que signa François 1er est sorti du cercle de Popilius, dans lequel Charles-Quint avait enfermé son rival après la défaite de Pavie.L’amiral Duquesne mit aussi les Génois dans le cercle de Popilius lorsqu’il les menaça de détruire leur ville si le doge et les principaux sénateurs n’allaient se jeter aux pieds de Louis XIV.Le roi du grand siècle eut aussi son tour.Les conditions que lui imposèrent Eugène, Marlborough et Heinius, après les désastres de Hoschaedt, de Ramillies, de Turin et d’Oudenarde, l’obligeaient â faire lui-même la guerre à son petit-fils ; et il dut, pour échapper à cette clause humiliante, continuer une guerre qui ruinait et îlésolait la Fiance. 150 JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.Mais nous n’en finirions pas, l’Histoire est une chaîne dont presque tous les anneaux 6ont des cercles de Popilius.MON SIÈGE EST FAIT.Origine de celte locution.A qui donne un conseil tard f ou nppoite un renseignement dont il n’e-t plus temps de profiter, on dit: Mon siège est fuit.C’est une allusion au mot ili l’abbé Vertot.Plus écrivain qu’érudit, Vertot avait entrepris de raconter le siège de Rhodes sans trop se préoccuper des détai s historiques.On lui propose des documents authentiques, il accepta ; mais quand ils arrivèrent, le livre était fini.Vertot, qui n’avait pas envie de recommencer, répondit : Mon siège est fiit.CE QUE c’est QUE LE QUART D’HEURE DE RABELAIS.Cette manière de caractériser le moment toujours désagréable et quelquefois embarrassant où il faut dê.ier les cordons de Ta bourse, a poui origine une anecdote que tout le inonde répète sans la garantir.et que le bibliophile Jacob raconte ainsi : “ Rabelais, après être resté à peine six mois à Rome, où il eut encore le temps d’ap-pren.lre l’arabe, que lui enseigna un évêque de Céramith.fut rappjlé en France.Pe t-étra allait-il porter au roi quelque communication importante de l'ambassadeur.On raconte qu'en arrivant d Lyon, il fut forcé rie s’ariêter dans une hôtellerie, faute d’argent pour continuer sa route ; et comme il ne voulait pas se faire connaître, de peur de compromettre le secret de sa mission, il imagina un singulier stratagème pour sortir rie cet embarras, qui est passé en proverbe so is le nom de quart d heure de Rabelais.Il s’était déguisé de manière à n’être reconnu de personne, et il fit avertir les principaux médecins de la ville qu’un docteur de distinction, au retour de longs voyages, souhaitait leur faire part de ses observations : la curiosité lui amena un nombreux auditoire, devant lequel il se présenta vêtu singulièrement, et parla longtemps, en contrefaisant sa voix, sur les questions les plus ardues de la médecine.Ou l’écoutait avec stupéfaction.Tout à coup il se recueille, piend un air mystérieux, ferme lui-même toutes les portes, et annonce aux assistants qu’il va leur révéler son secret.L’attention redouble: “ Voici, leur dit-il, un poison très-subtil que je suis allé chercher en Italie pour vous délivrer du rui et de ses enfants.Oui, je le destine à ce ivran qui boit le sang du peuple et qui dévore la France.” A ces mots, ou se regarde en silence, on se lève, on se retire.Rabelais est abandonné de tous.Puis, peu d’instants après, Jes magistrats de la ville font cerner l’hôtellerie, on se saisit du prétendu empoisonneur, on l’enferme dans une litière et on l’amène à Paris sous bonne escorte.Pendant le chemin, il est hébergé aux frais de la ville ; on le traite même magnifiquement comme un prisonnier de distinction ; il arrive enfin à sa destination, frais et dispos.François 1er est prévenu de l’arrestation d’un grand ciimi-nel ; il veut le voir ; ou conduit devant lui Rabelais qui a repris son visoge et sa voix ordinaires.François 1er sourit en l’apercevant : “ C’est bien fait à vous, dit-il en se to; mant vers les notables de Lyon qui avaient suivi leur capture, ce m’est une preuve que vous n’avez pas peu de sollicitude pour la conservation de notre vie ; mais je n’avais jamais soupçonné d’une méchante entreprise le bonhomme Rabelais.” Là-dessus, il congédie très-gracieusement les Lyonnais confondus, et retient à souper Rabelais, qui but largement à la santé du roi et à la bonne ville de Lyon.”—Journal d'Education de Bordeaux.(A continuer.) FRAGMENTS HISTORIQUES.LE PÈRE LAFITAU ET LE GIN-SENG.L’ancien gouvernement du Canada ne fut, on commence à en convenir aujourd’hui, ni si indifférent au développement des ressources du pays, ni si ignorant de ses richesses géologiques et botaniques, qu ou avait paru le croire.Il est au contraire bien constaté que, tan lis que l’expioratio i géographique de toute l’Amérique du Nord était alors beaucoup plus complète qu’elle ne l’a èié jusqu’à ces dern ères années, tous les points importants en géo'cgie avaient été indiqués et presque toute* les exploitations du territoire et de ses produits commencées avec succès.Le gouvernement avait même créé ou tavorisé diverses branches d’industrie qui ont été, depuis, complètement abando inées, comme ou pourra s’en convaincre en parcourant l’Histoire du Canada de M.Garneau, et le Tab eau des Progrès Intellectuels et Matéiiels du Canada, par M.DibauJ, jeune.L’histoire naturel'e du pays avait été étudiée par des hommes spéciaux ; et la F ore canadienne avait é;é décrite oon seulement dans l’e-cellent ouvrage de Charlevoix, dont les gravures nu le cèdent en lien à ce qui peut être fait de mieux de nos jours; mais encore dans plusieurs mémoires publics dans les recueils des académies ou dans des letires et re’ations que l’on se disputait aveo avidité.Autant le Canada est aujourd’hui profondément ignoré de la France, autant alors il excitait d’intérêt.Les Jé-uites, qui ont joué un si grand rôle dans la colonisation de l’Amérique, ont aussi pris une place distinguée parmi les historiens et les naturalistes du nouveau monde.Leurs curieuses ielations, qui se réimpriment actuellement à Québec, abondent en renseignements et en descriptions de tout genre, et sont d’autant plus précieuses que.non seulement chaque père jésuite a profilé de ses propres observations, mais a de plus réuni et exploité celles de ses confrères.Dans une communauté, dans un ordre religieux, lien n’est perdu ; l’observateur attentif, niais qui serait peut-être incapable de faire part de ses découvertes à la postérité, trouve à i ôté de lui l’écrivain habile, qui se hâte de recueillir et de transmettre ses récits.Après Charlevoix, le Père Lafitau est un des jésuites qui se sont le plus distingués comme historien et comme naturaliste.Le Journal de l'Instruction Publique, bout les lédacteurs s’eflorceut de réunir dans leur collection tout ce qui peut intéresser les amis sincères de la g'oire de noire pays, commence aujouid ht.i la reproduction du Mémoire que ce savant missionnaire présenta au Duc d’Orléans, régeni de France, “ sur la précieuse plante du giii-senç,” qu’il venait de découvrir dans les forêts du Canada, mémoire lort rare maintenant et qui, accompagné comme il 1 est, d’un fac-similé de la planche qui se trouve dans le volume publié à Paris , et d’un portrait avec autographe de l’auteur , sera pour les amateurs des souvenirs histoiiques du pays une véritable bonne îoitune.Nous eussions aimé à joindre à ce mémoire une notice biographique quelque peu étendue ; mais, malheureusement ; our nous, le Père Lafitau était du nombre de ces apôtres zélés, dont la vie se résume dans leurs travaux et dans leurs éciits, où l’homme a toujouis le soin de s’effacer derrière les grandes chose» qn il accomplit.C’est avec beaucoup de peine et grâce à l’obligeance du R.P.Martin et de M.le Commandeur Viger, que nous avons pu réunir uelques détails que nos lecteurs jugeront, sans-doute, bien iiisuf- sants.Joseph François Lafitau, naquit à Bordeaux, vers la fin du 17e siècle.Le Père Martin lui-même n’a pu nous donner l’année de sa naissance.De quelques notes qu’il vient de recueillir en Euiope et qu’il a bien voulu nous communiquer, nous pouvons conclure que Lafitau étudiait la théologie à Paris, en 1710, et qu’il avait demande au Père-Général la faveur d’être destiné aux missions du Canada.Un passage de son grand ouvrage, Mœurs des Sauvages^ nous avait fait penser qu’il n’était venu dans ce pays que vers 171- et non en 1700, comme on l’a écrit ; et nous voyons aujourd’hui, ou en effet, il arriva en Canada en 1712 et qu’il fut immédiatement envoyé à l’ancienne mission du Sault St.Louis.Cette mission, a cette époque, offrait encore beaucoup de fatigues et ceitains dangers, exposée comme elle l’était, aux premiers coups de l’ennemi ; mais aussi elle avait des charmes qui semblent n’avoir pas échappe au missionnaire lui-même.La vie sauvage avec sa rude poésie, les cris de guerre, l’alarme continuelle, le cliquetis des armes presque toujours retentissant ; et puis le grand fleuve tourbillonnant et allant se briser sur les écueils, les blanches maisons, les rares clochers qui commençaient à briller dans le lointain, au milieu de la oiet éclaircie et au-dessus de l’écume des flots ; tout ce paysage, si nouveau et si saisissant pour eux, devait frapper vivement I nnagi nation des étrangers.Disons-le a notre grande honte, le bault an Louis est un de ces endroits trop inconnus, ou plutôt, trop méconnus de nos jours, où, à des beautés naturelles du premier ordre se rattachent des souvenirs historiques du plus vif intérêt.Tandis q les touristes européens, comme M.Marmieret M.Ampere, viennen serrer la main au pauvre prêtre de Caughnawaga (1), heureux d ap prendre quelque chose de sa bouche, nous n’allons, nous, dans c lieu célèbre, que pour y prendre le chemin de fer et nous eloign > à toute vapeur, de l'ancien théâtre de la foi et du courage.Lepe dant, si nous entrions à la mission, on nous y montrerait peu -e encore le fauteuil qui a servi à Lafitau et la modeste chambre ou Charlevoix vint plus tard prier, méditer et travailler.Ce fut dans l’ancienne mission du banlt, que le premier s oc P surtout â préparer les matériaux de sou grand ouvrage, intitulé .(1) On écrit Caughnawaga et Cahnnwnga ; mais la meilleure oitho-graphe pour la prononciation française u.-t léahnawakf.D "Pre® ce Marcoux et le Sieur de Loriuiier, descendant des Iroqoois par su m».> uom signilie rapides. JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.151 Mœurs des Sauvages Américains comparés aux Mœurs des premiers temps comme il nous l’apprend lui-même : “ Pendant cinq ans, (1) dit-il, que j'at passés dans une mission des sauvages du Canada, j’ai voulu m’instruire à fonds du génie et des usages de ces peuples, et j’y ai surtout profité des lumières et des connaissances d’un ancien missionnaire jésuite, le Pere Julien Garnier, etc.Je ne me suis pas contenlé de connaître le caractère des sauvages et de m’informer île leurs coutumes et de leurs pratiques ; j’ai cherché dans ces pratiques et ces coutumes comme des vestiges de l’antiquité la plusreculée.” Au milieu de ce travail et au moment peut-être où il y pensait le moins, il eut le bonheur, qu’il avait longtemps ambitionné, de trouver, à quelques pas de sa demeure, cette célèbre plante du gin-seng dont on commençait à parler alors en Europe (2).Tous Ie3 détails de cette découverte sont rapportés avec une simplicité charmante dans le mémoire auquel nous renvoyons les lecteurs: ils y verront, en même temps, la description de la plante, ses vertus et les opinions qui partageaient les savants à son sujet.Il suffira de dire ici que le gin-seng, panax, est un genre de la famille des araliacées.Les Chinois, les Japonais et les Tartares, le préconisaient comme un remède universel, ce qui justifie le nom (panacée) que les savants lui ont donné (3).En Chine, il se vendait au poids de l’argent ; une once de ce métal pour une once Je ginseng.Aussi, la découverte qu’on en fit dans nos forêts produisit presque autant d’émotion, excita presqu’antant la cupidité que le lait aujourd’hui la découverte des plus riches mines de la Californie, de l’Australie ou de la Nouvelle Calédonie.Nous citerons, à ce sujet, notre historien M.Garneau : “ Le gin-seng que les Chinois tiraient à grand frais du nord de l’Asie, fut porté des bords du St.Laurent à Canton.Il fut trouvé excellent et vendu très cher ; de sorte que bientôt une livre, qui ne valait à Québec que deux francs, y monta jusqu’à vingt-cinq francs.Il en fut exporté, une année, pour 500,000 francs.Le haut prix que cette racine avait atteint, excita une aveugle cupidité.On la cueillit au mois de mai au lieu du mois de septembre, et on la fit sécher au four au lieu de la faire sécher lentement et à l’ombre : elle ne valut plus rien aux yeux des Chinois, qui cessèrent d’en acheter.Ainsi, un commerce qui promettait de devenir une source de richesse, tomba et s’éteignit complètement en peu d’années.” Ceci prouve que nos pères méritaient un peu le reproche qu’on nous adresse aujourd’hui, de vouloir recueillir presqu’avaut d’avoir semé.Toujours est-il qu’en 1754 on n’eu exporta que pour 33,000 francs, et de ce grand commerce, il n’est resté qu’un dicton populaire que nous avons entendu plusieurs fois répéter à des vieillards dans nos campagnes : “ C’est tombé, ou ça tombera comme le gin-seng.” _ Le commerce du gin-seng a cependant continué à se faire de l’Amérique à la Chine, et, chose étrange que nous apprend Je Dictionnaire de McCulloch, les marchands anglais l’ont, pendant longtemps, acheté des négociants des Etats-Unis, l’important en transit en Angleterre et l’exportant à la Chine tandis qu'on aurait pu l’exporter du Canada.Aujourd’hui, les Américains l’exportent directement eux-mêmes à la Chine.Depuis quarante ans une forte proportion de ce qui s’en consomme est exportée des Etats-Unis.La Chine et le Japon sont, du reste, les seuls pays où l’on paraisse cioire aux vertus de cette plante et c’est, par conséquent, le seul marché qu’on lui connaisse Le gin-seng s’exporte tantôt cru, tantôt préparé.Il en a été découvert dans les monts Himalaya, mais son exportation à la Chine ne paraît pas avoir réussi.Cependant, la concurrence du commerce américain en a fait baisser le prix, et il ne se vend pas aussi cher que lorsque tout l’approvisionnement se faisait eu Tartarie.Le gin-seng cru se vend à Canton de 60 à 70 piastres par picul (poids chinois équivalent à 133j livres avoir du poids), et préparé il se vend de 70 à 80 piastres.En 1852, il en a été exporté des Eta’s-Unis à la Chine 158,455 livres, équivalent à 102,703 piastres.Il ne paraît point que le gin-seng de l’Amérique du Nord soit en rien inférieur à celui de la Tartarie, et sa dépréciation pendant un certain temps, a été dû uniquement mix causes que mentionne M.Garnenu.On ne voit point que celui des Etats-Unis se vende moins cher que celui de la Tartarie ou du Thibet, et, dans tous les cas, celui du Canada bien préparé doit valoir au moins celui des Etats-Unis.C’est donc une branche de commerce assez importante encore aujourd’hui nue nous avons perdue uniquement par notre faute, et qu’il ne tiendrait qu’à nous de reconquérir, puis- 0) Comme le Père Lafitnu dit qu’il resta cinq nn3 missionnaire, et omme il est prouvé qu’il repassa en France en 1717, il est constant qu’il nt en Canada on 1712.Du reste, nous l’avons dit en commençant, - c remarque s’accorde avec les notes du Père Martin.Oifan Boi"n't l’,nons l|it qu’il trouva le gin-seng en 1716, que le fruit étuit dans sa maturité, e'est-à dire, dans l’automne (3) Du grec pan tout et anekomaï guérir.que le gin-seng croit encore dans nos forêts aujourd’hui comme au temps de Lafitau.La plante existe encore dans les environs même du Saiilt St.Louis, et M.St.-Germain, curé de St.Laurent, en a trouvé dans les bois du comté de Terrebonne.Dans son mémoire, le Père Lafitau s’occupe surtout d’établir l’identité de la plante qu’il avait découverte avec celle qui était si fameuse à la Chine.On a nié depuis cette identité et aujourd’hui même, dans tous les dictionnaires (3), on attribue à tort au gin-seng d’Amérique une grande infériorité.Le passage suivant, d’un des mémoires publiés par la Société Littéraire et Historique de Québec, attribué à M.Querdisien Trémais par notre savant bibliographe, M.Faribault, corrobore ce que nous avons déjà dit, d’après M.Garneau, sur l’unique cause de la dépréciation de notre gin-seng à la Chine (4) : “ C’est ici, écrit l’auteur de ce mémoire, le lieu de dire qu’il eût peut-être été à souhaiter que la Compagnie des Indes eût eu le commerce du gin-seng.On n’en fait usage qu’à la Chine où la Compagnie seule a le privilège d’envoyer des vaisseaux.Autrefois ce commerce était presqu’inconnu en Europe, les Chinois tiraient le gin-seng de la Tartarie ; ce n’est que depuis quelques années qu’on l’a découvert en Canada.Dans le commencement, il ne valait que trente à quarante sols la livre, séché et trié, et la Compagnie ne regardant point cet objet, permit aux officiers et supercargues de ses vaisseaux de la porter à la Chine en pacotille ; mais, en 1751, s’étant aperçue que le commerce du gin-seng devenait considérable, elle défendit aux officiers et supercargues de ses vaisseaux de s’en charger.Il valait alors douze francs en Canada, et la Compagnie l’acheta jusqu’à trente-trois francs la livre.A la Rochelle, alors, les négociants de cette place donnèrent ordre à leurs correspondants, à Québec, d’en acheier à tout prix; on en fit chercher partout sans avoir égard à la saison de le cueillir, et au tems de sécher à propos: on le mettait, au sortir de la teire, dans des fours ou à côté des poêles ; ce gin-seng ainsi cueilli à contretems et mal séché, valut jusqu’à vingt-cinq francs la livie à Québec, et il en sortit, en 1752, pour environ 500,000 francs.Dans ce même temps, la Compagnie des Indes, qui pouvait se rendre ce commerce exclusif, ne voulut point en demander le privilège ; elle se contenta de ne point acheter des particuliers le gin-seng mal conditionné, et de prendre des mesures pour en faire cueillir dans la saison convenable et le faire sécher à propos, en le gardant à Montréal une année entière.Le parti considérable qui avait passé à la Rochelle resta invendu.A force de sollicitations, la Compagnie des Indes en a acheté une partie ; une autre a passé en Hollande, en Angleterre et en Espagne, et ce qui en reste à la Rochelle tombera en pure perte.Il est arrivé de là, que, malgré les défenses de la Compagnie, on en a chargé en contrebande dans ses vaisseaux, qu’il en est parvenu à la Chine par la voye de l’étranger, et que la quantité et la mauvaise qualité de ce gin-seng y a décrié totalement le gin-seng du Canada.La Compagnie des Indes vient de donner ordre de cesser d’en faire cueillir.“ Le gin-seng est plus ou moins bon, suivant la qualité du ter-rein et le temps qu’il y a qu’il est en terre ; mais tout le momie (3) On lit dans le Dictionnaire des Sciences et des Lettres de Bouiilet (1857) En Asie, où on lui fait subir une préparation à cet effet, cette racine est livrée au commerce transparente.La saveur en est aromatique, d’abord sucrée, ensuite âcre et amère.Elle est tonique, stimulante et réparatrice.Les Chinois, les Japonais et les Tartares la préconisent comme un remède universel, et l’empereur de la Chine s’en réserve le monopole.On la vendait encore, au siècle dernier, deux à trois fois son poids en argent en Chine même.On ne la trouvait alors, dit-on, qu'en Tartarie, entre les 10e et 20e degrés de latitude est, à partir de Pékin, et les 39e et 47e degrés de latitude nord.Elle ne fut apportée eu Europe qu’en 1606.Le Père Lafitau vers 1712 la trouva en Canada ; maislc gin-seng d’Amérique passe pour être inférieur.Du reste, il s’en faut de beaucoup que cette plante produise dans nos climats les merveilleux effets dont parlent les asiatiques.Peut-être la dessication, la vétusté, la vermoulure sont-elles pour beaucoup dans cette infériorité.On cultive maiB rarement le gin-seng dans nos j.irdins botaniques ; il s’y multiplie difficilement.(4) Considérations sur l’état présent du Canada, octobre 1758, dans la “ Collection de mémoires et de relations sur l'histoire ancienne du Canada, d’après des manuscrits récemment obtenus des archives et bureaux publics en France, publiés sous la direction de la société littéraire et historique de Québec.”—Québec, W.Cowan et fils, 1840.On remarque que l’auteur écrit gin-sing.Lafitau et Charlevoix écrivent gin-seng, d’autres, çing-seng, d’autres enfin geng-seng.McCulloch dit que les Chinois appellent cette plante yan-sam et que les Tartares l'appellent orhota.En hollandais, en allemand et en italien c’est gin-seng ; dans cette dernière langue aussi gin-sem.On verra que Lafitau insiste beaucoup sur la signification du mot chinois, qui veut dire les cuisses de l’homme, et sur celle du nom iroquois garent-oguen, qui ale même sens.La biographie universelle dit que le nom chinois se prononce gin-ehen et que le nom Mandchou est orKhoda. 152 JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.¦ ^ - •••>.• IS â8& 45$Ùîi mm convient qu’il faut le cueillir en septembre et le faire sécher clans des greniers, sans feu.En 1752, on le cueillait en may; on le séchait au four pour pouvoir le faire passer la même année ; les habitants, trouvant plus de profit à chercher du gin-seng qu’à semer du blé, abandonnoient leurs terres pour courir dans les bois, qui se sont trouvés incendiés, en plusieurs endroits, par le peu de précautions qu’ils prenoient en faisant du feu.“ Si la Compagnie des Indes eût eu ce commerce exclusivement, elle n’auroit reçu que le gin-seng séché à propos et cueilli en septembre : tems ’auquel les travaux de la Compagnie sont presque finis, et par ce moyen le gin-seng du Canada ne seroit point décrié aujourd’hui en Chine.Observons que cette branche de commerce est de la nature de celles qu’il faut rechercher, parce qu’elle donne des profits réels à l’état : le gin-seng er, Canada ne coûte que la peine de le cueillir, et la consommation s’en fait à la Chine.Observons de plus, que ce privilège exclusif accordé à la Compagnie des Indes était analogue à celui qu’elle a déjà, et qu’il ne portoit aucun préjudice au commerce général.” On peut conclure de ce passage que nous n’exagérons point en disant que le gin-seng excita au Canada, chez nos pères (car il y a de cela uu siècle seulement), une fièvre assez semblable à celle que cause l’or de la Californie et des nouvelles régions aurifères de la rivière Frazer, dans ce moment.On négligeait l’agriculture et la perturbation amenée dans le pays par la chute de ce commerce, est bien indiquée .par le proverbe ou dicton que nous avons mentionné.Dans l’état actuel des choses il n’y aurait rien de semblable à craindre.Ne paraît-il point, du reste, étonnant que les populations asiatiques aient trouvé et trouvent encore, à cette racine, des propriétés médicales si puissantes, et, qu’en Amérique et en Europe, on ne lui reconnaisse aucune de ces vertus?Il est vrai que l’énergie îles substances chimiques généralement employées dans la pharmacie moderne a fait tomber dans l’insignifiance la plupart des simples ; mais comment se fait-il, cependant, que la droguerie américaine, qui fait encore ou prétend faire un si grand usage des végétaux, n’ait pas exploité davantage une plante dont les asiatiques disent tant de merveilles ?Ne serait-il pas intéressant de constater avec soin l’effet qu’elle peut avoir dans nos climats ; aussi de déterminer l’influence qu’exercerait sur elle la culture, qui modifie quelquefois d’une si singulière manière les propriétés des végétaux ?(1) Quoiqu’il en soit, la découverte du gin-seng en Canada a suffisamment marqué dans notre histoire pour rendre mémorable le nom de Lafitau, illustré, du reste, par d’autres travaux.En 1717, il repassa en France pour les affaires de la mission du Savlt St.Louis, comme il le dit dans une de ses lettres.Il s’agissait, en effet, d’obtenir de la Cour ïa permission de transporter lo village jqùois du Sault à l’endroit où il se trouve aujourd’hui.Les principales raisons alléguées étaient la supériorité du tenain sous le rapport de l’agriculture et les avantages que présentait le site proposé au point de vue stratégique.Il parait qu’il plaida si bien sa cause que le terrain nécessaire au nouvel établissement fut accordé l’année suivante.Il présenta aussi un autre mémoire, qui se trouve traduit en anglais et imprimé dans le neuvième volume de la splendide collection de documents historiques que l’Etat de New-York fait publier actuellement sous la direction du Dr.O’Callaghan.Ce document a rapport à la traite de l’eau-de-vie et signale les excès et les malheurs qu’elle cause paimi les peuples sauvages.Une des remarques peut-être les plus habiles qu’il contient est cette réflexion que, malgré la prssion qu’éprouvent les sauvages pour l’eau de feu, comme ils l’appellent, eux-memes demandent a être délivrés de ce fléau, et que refuser une demande aussi héroïque de leur part c’est s’exposer a s'aliéner ces nations : lo.parce que les sauvages savent très bien que l’ean-de-vie détruit leurs nations et a déjà“presque détruit celle des Algonquins, et parce que les • r coureurs de (F ijr/h-tt- (1) On lit ce qui suit dans un dictionnaire pharmaceutique américain à l’article gin-seng : According to the Chinese this root nourrishes and strengthens the body, checks vomiting, removes hypochondriasis, and all other nervous affections, and in short is capable of giving a vigorous tone to the system, even in old age and is a panacea for all corporal ills.It is administered in a variety of forms and the only ill result arising from overdoses they state to be a tendency to hemorrage.Several of the Jesuits who have used the Chinese root are of opinion that many of the properties attributed to it are real and that it is a truly valuable remedy.On the other hand, the trials made in the United States and in Europe with the american kind prove that it is merely a gentle stimulant with some slight antispasmodic qualities.No extended observations, however have been made on it, and as regard the Chinese variety it is difficult to come to any just conclusion for it can scarcely be possible that an article so long in use and so highly prized, can be wholly worthless, and yet there is every reason to believe that its beneficial effects should be attributed rather to the effects of imagination than to any extraordinary power in the root.”—Griffith's american edition of Christison’s dispensatory —Philadelphia 1848.bois et les sauvages démoralisés par l’ivrognerie et chargé de dettes, prennent refuge chez les colons anglais et travaillent ensuite à débaucher les antres sauvages et à leur montrer le chemin de Manhatle.11 cite, de plus, l’exemple des autorités de la Nouvelle-Angleterre elle-même, qui, sur la demande du Père Pierron, missionnaire dans les cantons Iroquois, avaient promis de réprimer les abus de la vente des spiritueux.La lettre suivante du gouverneur de Manhatte‘(aujourd’hui New-York) nous parait tellement intéressante que nous croyons devoir la traduire.Elle était adressée au Père Pierron, et Lafitau la citait à l’appm de son assertion : *¦ Fort James, 18 nov.1668. , JOURNAL DE L’INSTRUCllON PUBLIQUE.153 et M.de Vaudreuil ayant suggéié qu’il était indispensable d’allouer deux ou trois pots d’eau-de-vie, par tète, aux sauvages des pays d’en haut qui visitent la colonie, et même de les traiter modérément nu fort Frontenac ; ce sur quoi il lut délibéré en conseil le 31 mars 1716, qu’il était nécessaire de maintenir les défenses générales qui ont déjà été faites ; mais en même temps de permettre le transport de l'cau-de-vie, en petites quantités, aux endroits proposés par M.île Vaudreuil.S’il juge à propos de renouveler les anciennes défenses, il devra le faire sans en changer la teneur.Observations.—La traite de l’eau-de-vie dont se plaint le Père Lafitau est évidemment celie qui se fait dans les villes de la colonie, laquelle il est toujours nécessaire de supprimer.Fait et arrêté, le 1er juin 1718 —Signé L.A.de Bourbon.Le maréchal d’Estrées—Par le Conseil, La Chapelle.Et plus bas : Faire savoir à MM.de Vaudreuil et Bégon, que le Conseil a appris qu’un grand nombre de permis ont cté émanés eu sus de ceux que l’on avait alloués.Défendre l’octroi d’aucun permis de ce genre sous quelque prétexte que ce soit.Faire émaner, une autre année, le nombre ordinaire de permis ; et déclarer ensuite qu’il n’en sera plus octroyé.Les porteurs de ces permis devront en informer les sauvages afin qu’ils apportent leurs effets.Défendre d’inclure dans les permis qui seront donnés en dernier lieu, la permission d’emporter de l’eau-de-vie même pour l’usago des voyageurs.” Tel lut, pour le moment, le résultat des efforts de notre missionnaire; mais les intérêts de son cher troupeau n’étaient pas les seuls qui le préoccupaient.La découverte qu’il avait faite devait trop influer sur le commerce et la prospérité du Canada, pour qu’il ne cherchât pas à la faire apprécier du gouvernement.Il présenta doue lui-même sa précieuse racine au Régent dont on a du remarquer la signature au bas de l’arrêté du conseil.En l’honneur de ce prince, il appela le gin-seng du Canada : “ l’auréliane du Canada ” (Aure-liana Canadensis) (1).Peu de temps après, il publiait le mémoire que nous reproduisons.Les exemplaires, nous l’avons déjà dit, en sont devenus très rares.Il en existe un à la bibliothèque du Parlement (le second ou le troisième peut-être: on sait que notre bibliothèque natronale brûle périodiquement), et Sir L.H.Lafontaine en possède un autre, qu’il a bien voulu nous prêter et d’après lequel a lieu la réimpression actuelle (2).Cette complaisance mérite d’autant plus notre reconnaissance et celle du public, que ce livre est doublement précieux à celui qui le possède, par le fait assez singulier que c’est l’exemplaire même offert par le Père Lafitau au Marquis de Vaudreuil, alors gouverneur de la Nouvelle-France On lit, en effet, sur la première page, ces mots en écriture très fine : “ A.M.le Marquis de Vaudreuil ;-’ et M.le commandeur Viger, qui possède plusieurs autographes de Lafitau, eutr’autres celui dont nous publions un facsimile, ne doute pas que ces mots n’aient été tracés de la main du missionnaire.Il semble étrange qu’après avoir pris tant d’intérêt au Canada le Père Lafitau n’y soit point revenu finir ses jours ; mais il resta en Europe quoiqu’il fut ardemment réclamé par le Supérieur de Québec, le vénérable Père Julien Garnier (3).Bien que sur la liste des missionnaires de 1718 à 1719, il soit encore porté comme attaché à la mission du Sault St.Louis, une note, nunc Romœ, indique qu’il devait se trouver alors dans la ville éternelle, où il pouvait compléter ses études sur l’antiquité mieux que partout ailleurs.Plus tard il devînt professeur de belles-lettres, poste comparativement humble si l’on considère la grande réputation qu’il s’était acquise ; mais qu’il rechercha sans doute par modestie et aussi pour pouvoir travailler plus facilement à son grand ouvrage.Les Mœurs des Sauvages, etc., terminés au mois do mai 1722, ne parurent qu’en 1724 On ne sait ce qu’il laut y admirer davantage, ou de l’exactitude de l’observateur ou do l’érudition du savant.Les conjectures du Père Lafitau se sont depuis changées en certitude ; personne ne doute aujourd’hui que l’Amérique n’aît été peuplée par l’Asie, comme il le prétendait.Quant aux races particulières d’où il fai- (1) Le Régent était, comme on sait, le Duc d'Orléans, et le nom latin o Orleans, devenu cité sous l’empereur Aurélien, était Aurelianuni.(2) Les recherches et les généreux efforts do notre juge en chef ont f eErichi nos annales de précieux documents.Sans parler de ceux V11 a obtenus en France et do ses Observations, publiées dans les Quests Seigneuriales ; les motifs do son jugement, dans la cause de Yvilson et Wilson, méritent d’être lus par tous ceux qui s’intéressent à la partie ne notre histoire qui guit immédiatement la conquête.Le Père Garnier est un de cos vétérans de la foi dont la vie méri-d’être mieux connue.Il mourut, à Québec, à l’âge de 87 ans ; il avait passé 68 en Canada.(3) terait sait descendre nos sauvages, rien dans les découvertes et les observations postérieures ne contredit victorieusement ses opinions, qui paraissent d’ailleurs si fondées, entourées qu’elles sont non seulement du prestige de l’érudition du texte ; mais de celui que produisent les admirables gravures dont ses deux volumes sont ornés.“ Il cherche à prouver, dit la Biographie Universelle, que la plupart des peuples de l’Amérique viennent originairement de ces barbares qui occupèrent d’abord le continent de la Grèce et ses isles, d’où ayant envoyé de tous côtés diverses colonies pendant plusieurs siècles, ils furent obligés, enfin, d’en sortir, ayant été chassés en dernier lieu par les Cadméens.Ceux, ajoute Lafitau, qui connaîtront bien les peuples barbares de l’Amérique Septentrionale, y trouveront le caractère de ces Helléniens et de ces Peslas-gieus.On ne peut nier que plusieurs des aperçus du Père Lafitau ne soient ingénieux, et que ce livre n’annonce une grande connaissance de l’antiquité ” Les types des diverses divinités, les cérémonies religieuses et les instruments même du culte chez tous les peuples dont il a scruté si savamment les mœurs, les monuments et les coutumes, établissent, du reste, cette identité des traditions humaines que Lamennais avait pris pour base de son système philosophique et théologique, et que, dans son aveuglement, Dupuis avail exploitée en sens contraire dans son Origine de tous les Cultes.Lafitau a fait parler cette ressemblance aux yeux de son lecteur dans ses belles gravures, dont les dessins paraissent avoir été (racés par lui-même, ce qui en soi serait déjà un mérite nullement à dédaigner.L’ouvrage dédié au Duc d’Orléans est digne, sous ce rapport, du goût artistique de ce prince,.Il contient 41 planches, contenant chacune d’elles un frand nombre de gravures.Le frontispice représente le Temps ictant à l’histoire les admirables récits de l’Ancien et du Nouveau Testameut (4).Un Dictionnaire Historique attribue au Père Lafitau une “ Vie de Jean de Brienne, empereur de Constantinople,” laquelle aurait vu le jour en 1727 ; mais il nous a été impossible de nous assurer de l’exactitude de cette assertion.En 1733, il publia “ l’Histoire des Découvertes et des Conquêtes des Portugais dans le Nouveau Monde,” 4 vols, in-12.Le titre de cet ouvrage est incorrect, puisque l’auteur y décrit les conquêtes des Portugais eu Asie et en Afrique plutôt que celles qu’ils ont faites en Amérique.A partir de cette publication on ne trouve plus le nom du Père Lafitau que dans une lettre qu’il écrivit de Paris en 1738.Ses derniers instants ne nous sont guères plus connus que les commencements de sa vie : '’année même do sa mort n’est pas très certaine ; toutefois on la place généralement en 1740.Nous avions espéré trouver sur lui quelques renseignements précis, quelques détails dans les régistres du Sault St.Louis ; mais la perte ae ces intéressantes annales, brûlées dans l’incendie de l’église de St.Régis, où elles avaient été transportées par le Père Gordon, est d’autant plus irréparable qu’il n’en existe pas même de copie au greffe.D’un auire côté, les dictionnaires biographiques de l’Europe disent peu de chose de l’historien des vieilles races de l’Amérique; mais, en revanche, ils sont très explicites et tout particulièrement renseignés à l’égard d’un de ses cousins, évêque de Sistero , qui, aux yeux de l’histoire, a le tort d’avoir été l’ami sinon la créature du cardinal Dubois (5).Grâce, cependant, à un portrait qu’un homme, qu’il faut toujours nommer quand il s’agit d’antiquités canadiennes, M.Viger’ a tiré de l’oubli, nous pouvons donner à nos lecteurs une idée assez pré* (4) Les exemplaires de cet ouvrage sont devenus assez rares et dispendieux.Il en existe plusieurs dans le par's.Celui du commandeur Viger est enrichi des notes précieuses de M.Joseph Marcoux, missionnaire des Iroquois de St.Régis, puis du Sault St.Louis, de 1813 à 1855, c’est-à-dire pendant 42 ans.Savant philologue, il composa une grammaire et un dictionnaire de la langue iroquoise, et plusieurs autres ouvrages encore inédits.Voir les Lettres sur l’Amérique de M.Marinier, et la Promenade en Amérique de M.Ampère.(5) Pierre François Lafitau, évêque de Sisteron, naquit à Bordeaux en 1685, d’un courtier de vin, et dut sa fortune à son esprit.Il entra fort jeune chez les jésuites et s’y distingua par son talent pour la chaire.Ayant été envoyé à Rome au sujet des disputes élevées par les jansénistes contre la bulle Unigenitus, il plut à Clément XI.Devenu évêque, il prit une part très active à la lutte prolongée entre Port-Royal et les jésuites.Il publia plusieurs ouvrages de polémique et plusieurs mandements.Ses ouvrages sont : Histoire de la Constitution Unigenitus,” 1757 et 1758, 2 vols, in-12 ; “ Réfutation des anecdotes ou mémoires secrets sur l’acceptation de la bulle Unigenitus par Villefort,” 3 vols.in-12 ; “ Histoire de Clément XI,” 2 vols, in-12 ; S'rmons,” 4 vols, in-12; “ La Vie et les Mystères de la Ste.Vierge,” 2 vols in-12, et plusieurs petits ouvrages ascétiques.Il mournt en 1764, à 70 ans, au château de Lurs, qui appartenait aux évêques do Sisteron.—Diet.Hist, de Feller 154 JOURNAL DE L’INSTRUBTION PUBLIQUE cise de la personne du célèbre missionnaire qui fait l’objet de cette notice.(1) Le Père Lafitau était de taille ordinaire, il avait les traits de la figure fins et délicats, le teint blanc et coloré.Son front, ses yeux et toute l’expression de sa physionomie, indiquaient une vive et pénétrante intelligence Sa contenance devait être pleine do noblesse et d’une douce fermeté.En un mot, il nous apparait comme un de ces hommes d’élite qui peuvent renoncer à la gloire humaine ; mais que cette gloire va couronner partout, dans la cabane du sauvage, dans le désert, tout aussi bien que sur un théâtre plus élevé.Hospice Vurreau.Mémoire présenté fi Son Altesse Royale Mgr.le Duc d’Orléans, Régent du Royaume de France.Concernant la précieuse plaute du Gin-seng de Tartarie, découverte eu Canada par le Père Joseph-François Lafitau, de la Compagnie de Jésus, missionnaire des Iroquois du Sault St.Louis.Monseigneur, Les ordres que Votre Altesse Royale envoya à M.Begon, (~) intendant du Canada, dès qu’Elle commença a prendre le soin du royaume, qu’il eut à contribuer d enrichir la botanique, et à favoriser ceux qui s’v occuperaient, ont été, ce semble, secondés du ciel par une découverte utile.Dans ce temps-là même, je trouvai dans les forêts de la Nouvelle-France le Gin-seng des Tartares, si estimé à la Chine.Je regardai un évènement si heureux, comme une récompense de ce zèle que Votre Altesse Royale eut dès l’enfance pour perfectionner et pour faire fleurir les arts.A la Chine, Monseigneur, il n’est point de plante qu’on puisse comparer au Gin-seng.J’avoue que je me sentis agréablement flatté de cette idée quand j’en eus découvert en Canada.Ma joie fut plus grande encore lorsque je réfléchis que ma découverte ne seiait pas tout-à-fait indifférente à un prince également attentif à procurer l’avancement des lettres et l’avantage des peuples.A la vérité, j’ai longtemps appréhendé d’interrompre les soins importants, que donne à V.A.R.le gouvernement d’un grand royaume, et de détourner 6on attention sur de petits objets.Enfin, j’ai cru qu’un esprit, supérieur comme le vôtre, n’est jamais assez fatigué des affaires sérieuses, pour négliger entièrement les minuties même de littérature qui peuvent produire de l’utilité au public.Dans cette persuasion , j’ai pris d’abord la liberté de lui^ faire présenter la plante que j’avais découverte.L’honneur que j’ai eu de la lui présenter moi-même, et la bonté qu’Elle a eue de ne pas dédaigner ce fruit de mes recherches, me donne aujourd’hui la hardiesse de rendre publiques mes remarques sur cette plante sous les auspices et sous la protection de V.A.R.Je n’avais jamais entendu parler du Gin-seng étant en France, pependant cette fameuse racine était déjà connue en Europe depuis Clusieurs années, par les relations des Pères de notre compagnie, qui ont été les premiers à en parler.C’est ce qu’on peut voir dans l’atlas chinois du Père Martini, dans l’histoire naturelle du Père Eusèbe de Nieremberg , et dans la Chine illustrée du célèbre Père Kirÿer.Les vaisseaux français et hollandais qui nous l’ont apportée depuis, en ont rendu la connaissance plus certaine.Ce fut donc par un pur hazard, que je commençai pour la première fois de connaître le Gin-seng.J’étais descendu à Québec pour les affaires de notre mission, au mois d’octobre de 1 année 1715., .On a coutume de nous envoyer toutes les années un recueil des lettres édifiantes des missionnaires de notre compagnie, qui travaillent en divers lieux du monde au salut du prochain.Ces letties sont pour nous, qui nous trouvons dans les mêmes fonctions de zèle, un puissant motif de soutenir avec constance les travaux pénibles de nos missions.Rien en effet n’est plus capable d’adoucii nos peines, et de nous animer, que l’exemple de ceux de nos Pères qui, se trouvant dans la même situation que nous, paraissent compter pour rien toutes leurs fatigues, et s’estiment heureux, quand il a plu au Seigneur de donner quelque succès à l’Evangile qu’ils prêchent, ou les consoler des obstacles et des traverses c,ui vendent leurs travaux stériles.Paimi ces lettres il y en a aussi de curieuses qui concernent les diverses matières qui ont rapport aux sciences et aux beaux arts, et qui souvent sont des découvertes utiles pour le bien de l’état et des colonies.Etant donc à Québec, \e dixiéme recueil de ces lettres me tomba entre les mains ; j ) lus avec plaisir celles du Pere Jartoux.J’y trouvai une description exacte de la plante du Gin-seng, qu’il avait eu lieu d’examiner dans un voyage qu’il avait fait eu Tartarie, l’an 1 /Ü9.L’empereur de la Chine l’y avait envoyé pour y faire la carte du pays.Il arriva qu’au même temps un corps de dix mille Tartares était occupé à chercher le Gin-seng par l’ordre du même prince, qui par tribut en retire deux onces de chaque Tartare et qui achète d’eux le reste au poids de l’argent fin.Cependant ce qu’il en paye n’est que la quatrième partie de ce qu’il le fait valoir dans son empire , où il est vendu en son nom.Pour annoncer les vérités de notre religion à des peuples barbares, et leur faire goûter une morale bien opposée à la corruption de leurs cœurs , il faut auparavant les gagner et s’insinuer dans leurs esprits en leur devenant nécessaire.Plusieurs de nos missionnaires ont léussi en différents endroits par quelque teinture qu’ils avaient de la médecine.Je savais qu’en travaillant à guérir les maladies du corps ils avaient été assez heureux pour ouvrir à plusieurs les yeux de l’âme.Ils se sont souvent servi do ce moyen pour baptiser plusieurs enfants moribonds, sous prétexte de leur donnei quelque remède.Je m’appliquois donc d’autant plus sérieusement à la médecine, que les sauvages en sont très curieux, que quoiqu ils aient de très bons remèdes, ils se servent encore plus volontiers des nôtres , et les employent préférablement aux leurs.Je me sentais en particulier du goût pour la connaissance des plantes , c’est ce qui me fit lire la lettre du Père Jartoux, par préférence aux autres lettres du même recueil.En parcourant cette lettre, et tombant sur l’endroit où ce Père dit, en parlant de la nature du sol où croît le Gin-seng, que s’il s’en trouve quelqu’autre part du monde, ce doit être principalement en Canada, dont les forêts et les monta-crues au rapport de ceux qui y ont demeuré , sont assez semblables a celles fie la Tartarie.Je sentis ma curiosité encore plus piquée par l’espérance de le découvrir dans la Nouvelle trance.Cette espérance était pourtant assez faible, et fi1 peu d impression sur moi.Je ne retirai même de la lettre qu’une idée contuse et très imparfaite de la plante.Les occupations que j’eus pendant Phyver, qui est fort long et fort rude en Canada, achevèrent presque de l'effacer.Ce ne fut qu’au printemps qu’étant obligé de passer souvent par les bois, je sentis renaître en moi l’envie de taire celte découverte, à la vue d’une multitude prodigieuse d’herbes dont ces (1) Le portrait que nous offrons d nos lecteurs était, ainsi que celui de Charlevoix, à la mission du Sault St.Louis, où personne, saut Al.Alar-coux, n’aurait pu les identifier, ce qu’il lui était facile de faire par la tradition transmise de missionnaire en missionnaire.Le commandeur Viger les fit restaurer et copier, par M.Duncan, pour son ricue awm Le portrait de Charlevoix a été aussi reproduit par le pinceau de AL.Antoine Flamondon, pour la cabine du vapeur qui portait le nom de l'historien de la Nouvelle-France, dette toile a du périr avec le vaisseau, brûlé il y a quelques années.(2) AI.Begon (Michel) fut intendant du Canada le 31 mars 1710 ; maie il ne vint au pays qu’en 1712.Il fut remplacé le 2 septembre 1726 par M.C.T.Dupuy3 et partit de Québec, le 19 octobre suivant.Uommandeur Viger.) (M.S.du forêts sont remplies, et qui attiraient alors toute mon attention.Je tâchai donc de rappeler les idées que je m’en étais forme.Je parlai à plusieurs sauvages.Je leur dépeignis la plante de la matneie que je pus.Ils me firent espérer que je pourrais en effet la découvrir.La nécessité a rendu les sauvages médecins et herboristes ; ils recherchent les plantes avec curiosité,et les éprouvent toutes; ue sorte que sans le secours d’une physique bien îaisonnée, ils ou trouve par un long usage, qui leur tient lieu de science, bien es remèdes nécessaires à leurs maux.Outre les remedes geneiaux, chacun a les siens en particulier, dont il est fort jaloux.En ffet rien n’est plus capable de les acciéuiter parmi eux que la qualité de bons médecins.Il faut avouer qu’ils ont des forets admi-ables, pour des maladies dont notre médecine ne guérit point, us se traitent à la vérité un peu rudement, et dosent leurs purgatifs e leurs vomitifs comme pour des chevaux ; mais ils excellent dans guérison de toute sorte de plaies et de fractures, qu ils traitent avec une patience extrême, et avec une délicatesse d’autant plus merveilleuse que jamais ils n’y employent le fer.Ils guensent le malades en peu de temps , par la propreté qu’ils entretiennent dans une plaie , elle parait toujours fraîche , et tes remedes qu ils y aPl quent sont simples, naturels et de peu d’apprêts.Les, Français dans ce pays-là, conviennent qu ils 1 emportents nous en cette matière.J’ai vu moi-meme des cures surprenantes.Les missionnaires qui sont toujours avec les sauvages, qui °1'1 leur confiance, et qui parlent communément leur langue com.eux-mêmes, sont presque les seuls en état de tirer d eux des s dont le public pourrait profiter.Cependant, ils ne paraisse P ¦ avoir pensé jusqu’à présent.Aussi, n ont-ils pas été aussi u ^ en découvertes que nos missionnaires du Pérou et ttu "*e®‘' m’imagine qu’ils ont été détournés par la crainte de paraître «PP ^ ver par leurs recherches, les superstitions J# la médecins, qui dans le» commencement» de 1 êtablisseme JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.155 colonie , étaient le plus grand obstacle qu’ils trouvaient à la prédication de l’Evangile.Les questions que j’avais faites aux sauvages sur le Gin-6eng ne m'avancèrent pas beaucoup.Je puis dire qu’elles ne me profitéient t composé d'orenla, qui signifie les cuises et les jambes, et tVnguen, qui veut dire deux choses séparées.Faisant alors la même réflexion que le Père Jaiioux sur la bizarrerie de ce nom, qui n’a été donné que sur une ressemb ance fort imparfaite, qui ne se trouve point dans plusieurs plantes de cette espèce, et qui se ren-co itre dans p'usienrs autres d'espèces foil différentes, je ne pus m’empêcher île conclure que la même signification n’avait pu être appliquée au mot chinois et au mot iroquois sans une communication d’idées, et par conséquent de personnes.Par là je fus confirmé flans l’opinion que j’avais déjà et qui est fondée sur d’autres préjugés, que l’Amérique ne faisait qu’un même continent avec l’Asie, a qui elle s’unit par la Tartaiie au nord de la Chine.Quoique le Père Jartoux ait donné, comme ju l’ai dit, une description exacte et fort détaillée de cette plante, je ne lai-serai pas de la donner ici pour y ajouter les observations que j’y ai faites.La grande quantité cpii m’eu a passé par les mains , donneta de la ciéance à mon lécit.La racine a deux choses qu’il faut observer : une espèce de navet qui en fait le corps, et le collet du navet même.Le navet qui fait le corps de la racine est peu différent de nos navets ordinaires.Quand on l'a lavé il paraît blanchâtre en dehors et un peu raboteux.Quand on l’a coupé en travers, on voit un cercle formé par la première écorce qui est assez épaisse , et un corps ugueux fort blanc, qui représente un soleil par plusieurs lignes (Pt Ou voit par ce passage que le Père conservait l’espoir de revenir au C inado.Comme il demeura en France, nous ne devons pas être surpris s’il ne s’est plus occupé do cas découvertes.(2) Cet homme intelligent, que le Père ne nomme pas, ne serait-il pas Michel Sarrasin, mudecin du Roi et membre de l'Académie des Sciences, «e.èbre en Canada par ses connaissances et par ses travaux ?droites tirées du centre au parenchyme , lequel en fait la circonférence.La racine en séchant jaunit un peu, mais le dedans de la racine coupée en long ou en travers conserve toujours parfaitement sa blancheur.Ces navets sont différens les uns des autres.Il y en a qui ont beaucoup de fibres et d’autres qui n’en ont point ou piesque point.Quelques-uns sont simples , longs et unis sans se diviser ; d autres au contraire se distribuent en deux ou trois branches.Alors ils ne représentent pas mal le corps d’un homme depuis la ceinture en bas, ce qui lui a fan donner le nom de Gin-seng ou de Garent-oguen.Le collet de la racine est un tissu tortueux de nœuds où 6ont imprimés obliquement et alternativement tantôt d’un côté tantôt île l’autre , les vestiges des différentes tiges qu’elle a eues, et qui mar-uent ainsi l’âge de cette plante , qui ne produit qu’une tige par an.’ai trouvé dans plusieurs le reste des tiges des deux ou trois années précédentes au-dessous de celles de l’année qui court, et au-dessus de celle-ci on voit 6e former en automne celle qui doit pousser le printemps d’apiès.En comptant les nœuds j’ai vu des racines qui marquaient près de cent ans.On voit souvent sortir du collet d’espace en espace deux ou trois de ces navets simples, aussi bien que quelques fibres, ce qui peut être l’cfTet d’une trop grande abondance de 6ève, qui trouvai t une issue par le collet, forme une nouvelle racine, ne pouvant se répandre et circuler toute entière dans la tige.On voit quelquefois soitir un nouveau collet à côté du premier, qui devient alors stérile, cette plante n’ayant jamais qu’une seule tige.La tige sort du collet environ deux ou trois pouces avant dans la terre.La difficulté qu’elle trouve à la percer et à se faire jour la gauchit (3) un peu ; mais dès qu’elle en est sortie , elle s’élève à la hauteur d’un pied ou même de plus d’un pied.Elle est ordinairement fort droite et assez unie.Tandis qu’elle est dans la terre, la terre la blanchit ; mais dès qu’elle arrive au grand air, elle se colore d’un beau vert glacé d’un ouge amarante qui se confond et se perd aussi Lieu que ce vert loncé, â mesure qu’elle approche du nœud.Ce nœud 6e forme au sommet de la tige, et il est le centre de trois ou quatre branches , que je nomme ainsi , pour me conformer 1 la manière de parler du Père Jartoux , qui appelle branches ce qui n’est proprement que les queues des feuilles.Ces branches s’étendant horizontalement et s’écartant également les mies des autres, forment avec leurs feuilles une espèce de parasol renversé et assez arrondi.La couleur d'amarante et de vert se renouvelle au nœud, et se dégrade insensiblement en approchant des feuilles.Quelques-unes de ces tiges n'ont que deux branches.Il s’en trouve, au rappoit du Père Jartoux , qui en ont cinq ou même sept, le n’en ai point vu de 6i touffues en Canada.Les plus communes sont de trois ou quatre branches.Celles qui en portent quatre sont es plus belles et les plus agréables à l’œi1.Chaque branche contient cinq feuilles inégales, et qui partent toutes d’un même centre, elles s’étendent en forme d’une main ouverte.La feuille du milieu est plus grande que les deux voisines,et celles-ci sont plus grandes que les deux plus basses.Le Père Jartoux dit qu’on ne voit jamais moins de cinq feuilles à chaque branche ; j en istance du reste, de la famille ; en sorte qu’il n’y a que les plus jeunes enfans de chaque famille qui fréquentent les écoles et encore ne le Xclll ICO w tco - — — — - fait que je suis heureux de constater surtout pour St.Guillaume qui a pendant longtemps montré tant d’indifférence pour ses affaires scolaires.Les choses sont bien changées depuis quelques temps.MM.les commissaires d’école, à la tête de qui se trouve M.le curé, méritent les plus grands éloges pour la manière éclairée dont ils ont régi leurs écoles pendant l’année qui vient de s’écouler.Leur bureau est tenu de la manière la plus satisfaisante ; le nouveau secrétaire-trésorier, M.O.Bellemare, est un homme habile et éclairé.^ .Pour me résumer, les écoles en général, dans mon district, sont assez bien fournies de bancs et tables, mais quelques-unes n’ont pas encore de planches noires, et toutes manquent de cartes de géographie ; cependant un certain nombre de corporations sont a la°veille de se procurer ces objets importants ; elles ne l’ont pas encore fait faute de moyens.Dans une grande partie de mon distiict, les écoles sont fréquentées très irrégulièrement, ce qui peut être attribué à plusieurs îai-sons, dont les principales 6ont l’indigence, le besoin qu’ont les parents de faire travailler leurs enfans à la maison et le manque de vêtements convenables, surtout en hiver.Parmi les institutrices, il y en a un grand nombre qui ne sont pas suffisamment capables, mais qu’il a été jusqu’à présent impossible de remplacer, quoique dans plusieurs localités les prix qu’on leui accorde soient assez élevés.La mise à exécution de la 6e clause de l’acte 19 Viet.chap.14, devra diminuer sensiblement le nombre d’écoles, au moins pour le présent; cependant il est mieux d’en venir là immédiatement, ce qui obligera ceux qui veulent instruire les autres à commencer par s’instruire eux-même.M “vr V/HCAjUD UltlllMV VJ.» j font-ils souvent que très irrégulièrement.J’ai reçu les 75 volumes qi „ ai reçu les 75 volumes que vous avez mis a ma disposition pour être distribués en prix, et ce, lorsque j'avais déjà fait une partie de ma dernière visite j en sorte que je n'ai pu en distribuer que dans les écoles des municipalités que j’ai visitées en dernier lieu.J’en ai donné un petit nombre, et je l’ai fait en suivant strictement vos instructions à ce sujet.Dans tous les cas, je me suis assuré par un examen soigné que l’élève méritait cette marque de distinction par son aptitude à répondre en même temps que par son assistance régulière à l’école et le bon témoignage de son maître.J’ai promis des prix pour nia prochaine visite, dans toutes les écoles, en ayant toujours le soin de lavoriser et d’encourager 1 enseignement des matières les plus utiles et parfois les plus négligées, telles que le calcul, la grammaire etc., etc.h y a eu pendant cette année amélioration notable dans 1 état des finances de la plupart des corporations.La condition que vous avez mise à l’octroi d’uno aide supplémentaire on faveur des municipa- l’inspecteur Archambault u’a pas à rencontrer dans son district, composé des riches et florissans comtés de Richelieu, Verehères et Chambly, et de partie de ceux de St.Jean et de St.Hyacinthe, les obstacles qui arrêtent la marche de l’éducation dans de nouveaux établissemens.Aussi son rapport est-ildes plus encourageans.J’ai fait mes dernières visites avec tout le soin possible et je me suis convaincu qu’il y a véritablement progrès de toutes parts.Les commissaires mettent plus de zèle à remplir leurs devoirs et font de plus grands efforts pour se procurer de bons instituteurs.Il suffit de rapporter dans une paroisse les améliorations qui sont faites dans une autre pour qu’elles y soient de suite imitées.Combien de fois m’a-t-on reproché d’avoir fait l’eloge d’un instituteur ou d’une institutrice, pareeque les paroisses voisines s’efforçaient alors de les attirer chez elles ! Je ne saurais, je crois, indiquer de fait qui soit d’un meilleur augure.Il y a amélioration graduelle, non-seulement dans les salaire - des instituteurs, mais encore dans les logements qu’on leur destine.Quand, il y a cinq ans, je fis ma première visite dans la paroisse de St.Aimé (qui comprenait alors celles de St.Marcel et de St.Robert,) j’y trouvai les écoles fermées ; les commissaires ne voulaient pas agir ; il n’y avait pas de secrétaire-trésorier ; les biens de la municipalité étaient confiés à des personnes irresponsables ; je fus obligé d’user des rinueurs de la loi.Aujourd’hui, St.Aimé est une des paroisses les plus progressives île mon district : outre l’académie de filles dirigée par les sœurs de la Présentation, elle a, ainsi que les paroisses nouvelles qui en faisaient alors partie, de nombreuses écoles, bien tenues et bien fréquentées.Je n’ai vu nulle part une assiduité plus consolante ! aussi, le onze mars dernier, par un jour très froid et une des plus affreuses tempêtes de neige qui se puisse voir, je me trouvais à faire la visite des écoles des arrondissements dits de la rivière St.Aimé, et du rang de Tierçant, et je vis dans la première, tenue par Mlle.Lucie St.Germain, 55 enfans, 08 o-arçonset 27 filles ; et dans la seconde, confiée à Mlle.Eléonore St.Germain, 42 enfans, 20 garçons et 20 filles.Pas un de ces enfans n’avait plus de 12 ans, beaucoup n’avaient guère plus cinq de ans.Un tel fait est également honorable pour les parens, pour les enfans et pour les institutrices.Il se produit rarement là où Renseignement est mal dirigé, là où le maître ne sait pas intéresser ses élèves 163 JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.et développer chez eux le goût de l’étude.Je cite ce fait et l’exemple de St.Aimé pour faire voir le grand changement qui s’est opéré dans la manière de voir et d’agir des habitants de nos eampa- nes depuis quelques années.Je passerai maintenant en revue ien rapidement chacune des paroisses de mon district.Le district d’inspection de M.Child est un de ceux qui présentent les résultats statistiques les plus favorables.L éducation y était en honneur longtemps même avant l’établissement de notre système actuel, et déjà sous la législature du Bas-Canada antérieure à l’union.Ce territoire, qui forme aujourd’hui les comtés de Stanstead, Richmond, Compton et Wolf, se faisait remarquer par le grand nombre et la bonne direction de ses écoles élémentaires.Là encore les nouveaux colons émigrés des seigneuries rivalisent de zèle avec les anciens habitans écossais, irlandais et américains, et M.Child parle avantageusement du zèle et du succès des uns et des autres.Il termine par les remarques suivantes : En général, il y a eu progrès dans les écoles de mon districl d’inspection, durant le cours de l’année dernière.Un grand nombre d’arrondissements ayant été formés, on y a construit en beaucoup d’endroits de bonnes maisons et féparé celles qui avaient besoin de l’être.Des établissemens nouveaux sont devenus des municipalités où l’instruction est libéralement donnée à la jeunesse dans treize nouvelles écoles.Le nombre de celles que l’on trouve dans les anciennes municipalités n’a pas varié depuis mon dernier rapport ; celui des enfans a un peu diminué ; mais la cause de cette diminution provient de ce que beaucoup de familles ont émigré dans 1 Ouest ; l’on doit en même temps remarquer que le dernier rapport général sur l’éducation dans le Bas-Canada, portait deux fois par erreur le chiffre des élèves fréquentant les écoles de Cleveland sur ses tableaux statistisques ; ce qni rétablit l’équilibre Les réflexions etles suggestions qui suivent sont celles de M.Roney, inspecteur des comtés d’Ottawa et de Pontiac.M.Roney fait remarquer que le nombre d’enfans assistant aux écoles de son district d’inspection, à la fin de l’année 1856, était de 3956, ce qui indique un accroissement de 1161 ou de 41 pour cent sur l’année précédente.La population du district de l’Ottawa est aujourd’hui d à peu près 30,000 âmes ; les enfans qu’on y instruit se trouve dans la proportion de 1 à7£, résultat dont il se montre satisfait.En général, l’enseignement se perfectionne.Dans beaucoup d’écoles, on n’apprenait, il n’y a pas longtemps encore, qu’à lire et à écrire et les premières règles de l’arithmétique ; dans presque toutes aujourd’hui, la grammaire, la géographie et l’histoire font partie des leçons et il s’en trouve même quelques unes où les eléves se livrent à l’étude des sciences naturelles.Les livres dont on se sert maintenant contribuent puissamment à accélérer ce progrès : la série de ceux des écoles nationales d’Irlande sont partout en usage.Les livres fournis par le bureau de l’éducation pour être donnés en prix, ont aussi eu pour effet de stimuler l’ardeur des enfans, de les rendre plus assidus à l’école et de leur faire attacher'plus d’importance à la visite de l’inspecteur.Le grand nombre d’enfaus qui fréquentent les écoles est, dit-il, par lui-méme une preuve évidente de la popularité de la loi.J’aurais peine à trouver dans tout ce district une municipalité où ses bienfaits ne se tont pas sentir ; et j’ai partout trouvé les commissaires remplis de zèle et disposés à seconder les intentions de la législature.Les municipalités indigentes, comme St.André Avelin,Portland et Maniwaki, dans le comté d’Ottawa, ne sont pas les dernières à participer aux avantages qu’offre notre système d’instruction publique ni celles qui font le moins d’efforts et de sacrifices dans ce but.L’aide suplémentaire qui leur a été accordée, dans le cours de l’an dernier, ne pouvait être mieux placée.Les affaires financières constituent la partie épineuse des devoirs qui me sont imposés.Sauf de rares exceptions, je n’ai eu sous ce rapport qu’un petit nombre de difficultés à vaincre ; toutes celles qui existaient d’ailleurs ont été facilement applanies.Il y a trois académies dans le comté de l’Ottawa et une dans celui de Pontiac ; toutes quatre sont bien tenues, elles ont de nombreux élèves.Les maîtres à qui on les a confiées ont fait des cours d’études dans des collèges ou des universités.Les académies d’Aylmer sont les plus fréquentées et dans toutes ces institutions on enseigne le latin, le grec, le français et les mathématiques.M.Roney a déjà eu occasion de parler de l’insuffisance des sa-laires accordés aux instituteurs et l’expérience a démontré que, pour en avoir de bons, il fallait convenablement les rétribuer.Il y a progrès dans la construction des maisons d’école ; mais h serait à désirer qu’on ajoutât partout un logement pour le maître et l’espace nécessaire pour un jardin.J’ai souvent rencontré dans le cours de mes visites, dit encore M.Roney, des institutrices de beaucoup de mérite, et tenant leurs écoles aussi bien que les hommes.Le fait est que nos meilleurs écoles sont dirigées par elles et qu’à cause de la rétribution moins forte qui leur est accordée, les municipalités pauvres peuvent pim facilement se procurer leurs services.Le montant des cotisations annuelles actuellement prélevées est de £1600 par année.Le collège de St.Joseph de l’Ottawa a rendu d’incontestable» services à l’éducation ; la plupart des instituteurs de ce district ont suivi les cours de cette institution ; et bien que placée dans l’autre partie de la Province, elle appartient également à l’une et à l’autre.La moitié au moins des jeunes gens qui s’y trouvent sont Bas-Canadiens.Une aide pécuniaire qui mettrait ses directeurs en mesure de créer une ferme modèle et un jardin botanique la rendrait encore plue utile aux populations avoisinantes.Comme preuve de l’harmonie parfaite qui règne entre les diverses dénominations religieuses qui se partagent cette partie du pays, j’éprouve un sensible plaisir à constater qu’il n’y existe que trois corporations de syndics dissidens.Outre la série des livres des écoles nationales dlIrlande dont l’usage est généralement répandu, on se sert aussi, dans bien des écoles, des livres des Frères de la Doctrine Chrétienne, du Manor’s Spelling Rnok et de I’English Reader.S’il était possible de fournir à bon marché des cartes géographiques aux écoles, ce serait le moyen d’en faciliter l’étude, celles que l’on possède aujourd’hui étant très imparfaites.(A continuer.) Bulletin des publications et réimpressions les plus récentes.Paris, juillet et août 1858.Brasseur de Bocrboürg : Histoire des nations civilisées du Mexique et de l’Amérique Centrale.Tome 3e, grand in-8, 696 p.et une carte.Dictionnaire encyclopédique de la théologie catholique, approuvé par l’archévêque de Fribourg, traduit de l'allemand par G.Goschler, premier volume, 544 p.in-8.L’ouvrage complet aura 25 volumes.Prix, 5 fr.50 c.Pellisson et d’Olivet : Histoire de l'Académie Française avfc une introduction et des notes par C.L.Livet, 2 vols.in-8.Prix, 12 fr.Vallke : L.’éducation domestique de l’enfant et de l’adulte, 535 p.in-8.Hachette.Prix, 6 fr.Cacfeux : De la philosophie de St.Thomas d’Aquin, 640 p.grand in-8.Mentionné honorablement par l’Académie des Sciences Morales et Politiques.Arago : Astronomie Populaire, tomo 2e, œuvre posthume ; comprendra 4 volumes.Prix, 7 fr.50 c.CcvtER : Lettres sur l’histoire naturelle, la politique et la littérature.322 p.et une planche.Prix, 3 fr.50 c.Londres, juin, juillet et août 1858.Ludwig : “ The literature of the American aborieinal languages,” avec dc3 additions et corrections de M.le professeur W.Turner.Trubneret Cie.Se trouve aussi à Paris, chez Stassin et Xavier.Gladstone : Studies on Homer and the Homeric age, 3 vols.in-8.Ces études, écrites par M.Gladstone dans les rares loisirs que lui laissaient les hautes préoccupations de la politique, ont un caractère tout spécial qui les rattache, jusqu’à un certain point, au mouvement d’idées dans lesquelles il vit habituellement.En effet, non seulement il voit, dans le poète grec, te glorieux père de l’épopée, mais il le regarde encore comme le père de l'bistoire et de la politique, et il développe ces côtés du géni homérique par UDe savante analyse de son œuvre.— Journal de l'Im ‘ notion Publique de Paris.Brown : “ The north west passage and the plans for the search cfSii John Franklin, a review,” 456 p.Prix, 15 chelin’.Stanford.Head (Sir Edmund Walker) : The temple of Serapis at Pozzuoli, J- ® Nichols and Son.On trouvera une revue de ce livre de notre gouverneur-général dans le Canadian Journal of Science de Toronto, livr®160^ de juillet demi r.C’est le second ouvrage qu’il publie depuis 9" au milieu de nous, donnant ainsi le noble exemple da l’étude et travail pour le seul amour des lettres. JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.New-York, juillet et août 1858.Randall: ‘ Life of Jeff rson,” ?c et dernier volume ; Derby et Jackson.IIomans : “ Cyclopedia of commerce and commercial navigation,2000 pAg:s 8VJ royal ; Harper et Frères.Toronto, juin 1858.Exploration géologique du Canada: Rapport de progrès pour les annéei 1853-54-55 et 50, avec atlas : Lovell, imprimeur.Le môme o ivrage en auglai*.Coitu importante publication mériterait une revue très étendue que non* nous prop »son?«le faire dans quelques jours.Le volume est de 509 paie-, grand in-8, et l’aila3 contient 22 c irte3 coloriées, de l’exploration des'lacs et rivières entre le lac Huron et la rivière des Outaouais.Québec, août 1858.T/Alouette, paroles de Crémazic, musique de Sabatier.L’auteur des jtfor/s (page 189 de notre premier volume), du Drapeau de Carillon et de pl isicir3 autres charmantes ooési-s, parait 9’être associé notre vigoureux compositeur Sabatier, et tons deux fendent à tire d'aile les régions de U poésie et de l’idéal.Bon voyage et beaucoup de plaisir, et même ul peu de profit, ce qui no gate jamais rien ! Montréal, août et septembre 1858.Xouvklle ARITHMETIQUE, 448 pages in-12, Rolland, libraire.Cette arithméii|u«* se vend à ires bon marché, et elle a été rédigée avec soin p.r q lelques-nns des Frères des Ecoles Chrétiennes.Elle est, nous croyons, la première aiithmétique françiise adaptée à notro nouveau calcul do piastres et centimes.Voir l’annonce.Bibliothèque Canadienne, ou annales bibliographiques, par M.Bibaud jeune, 52 pages in-12; Cé al et Bourguignon, imorirneurs.C’est un catalog ic intéressant d’un grand nombre d ouvrages, tant manuscrits qu’imprimés, écrits en Canada, qui a dû coûter beaucoup de recherches à routeur.I.e premier otivnge cité est de IG58.C’est un drame qui se trouve parmi les m tnuscrits de la bibliothèque du Parlement, et est intitulé : “ Li réception de Monseigneur le Vicomte d’Argenson par toutes les n nions du pays du Canada à son eutrée au Gouvernement delà Nouvelle-France, représenté d Québec, au collège de la Compagnie de Jésus, le 2S juillet.” Le plus ancien livre imprimé en Canada mentionné dans ces annales, est : “ Case of the Canadian0, at Montreal, distressed by a Fire, on the 18th of May, 1765, Montreal, 8vo.” La mouche a blî’ son origine et les moyens de la détruire, par un cultivateur pratique, 14 pages in-12 ; Cérut et Bourguignon.Les moyens indiqués sont de jeter sur le sol, immédiatement après la récolte, de la chaux vive et de laver dans de l'eau de chaux le grain de semence.The railway and steamboat routes in Canada, 96 pages, format oblong ; Lovell, éditeur Piix.$1:25.Ce guide de3 voyageurs indique toutes le3 communications intérieures du Haut et du Bas-Canada, et est accompagné d’une excellente carte du pays et d’un cadran montrant la différence chronométiiquc entre les villes les plus importantes.On y voit q îc lorsqu’il est midi à Montréal, il est midi moins 23 minutes à Toronto et midi et onze minutes à Québec, etc.Petite Revue ^Sensuelle.j Cherbourg! Cherbourg! Toujours Cherbourg et rien que Cherbourg 1 Voilà comment on peut résumer les chroniques, les revues et surtout les tartines que la presse européenne nous a apportées pftr les deux dernier?I sleamers.La réception de la reine par l’empereur a été tout ce qu’on devait I en attendre ; d’un autre côté, Sa Majesté britannique a donné le démenti I aux prévisions de quelques alarmistes, qui prétendaient qu’elle ne mettrait point pied à terre.Les souverains d’Anglei ce, jusqu’aux jours de la j Pucclle d’Orléans, ont toujours aimé à avoir un pied d terre en France, I et ce pied s’étant agrandi outre mesure, il a été fort difficile de les en déloger.Si l’on en croyait les articles gallo-phobes qu’à l’imitation du Tun^ publie VlUuürated Loulou News, Cherbourg n’aurait pas une autre I destinés.Le journaliste tacticien part de ce principe que, tout grand I arsenal maritime doit tomber entre les mains de la puissance qui a le I sc•pire des mers ; or la France ne pourra jamais enlever à la Grande | "Stagne le sceptre susdit; donc à un moment donné, Cherbourg devra tomber aux mains des Anglais.Et voilà comment l’empereur on -es successeurs en seront quelque jour, non-seulement pour les frais de la fete Dins encore pour les frais énormes de la construction de ces ramparts de granit, bâtis pour ainsi dire en pleine mer ! u est sans Jo ite pour cela que Louis Napoléon, dans un discours à tiennes, et M.d: Persignyet Al.do Morny ailleurs, ont, pour bien dire, solennellement proclamé l’.Uliance anglaise comme une sauvegarde né-cessiire pour les dmx Dations.L’Angleterre pense cependant comme la n cne de Lafontaine, que deux sûretés valent mieux qu’une, et elle fait Litre dans la petite fie d’Alderney, autrefois Anrigny, à treize kilomc-ires (ci.viron trois lieues et quart) de U côte de France, des fortification?, des jetées et des docks qui, dit-on, menaceront beaucoup plus la France q m Cherbourg no peut m m icer les îles britanniques.Aurigny est un Ilot caviro i quatre lieues de tour, qui possède une petite ville du nom de Aune, fort iguorée jusqu’ici et qui sera peut-être un jour très célèbre.Elle est séparée de la France, à laquelle nous croyons qu’elle appartenait autrefois, par un dangereux détroit dit Ras-d’Auiigny ou de Blanchard.Dis ancc d’Angleterre environ quatorze lieues, disent les dictionnaires, air sain, sol bien cultivé, abondante récolte de grains, population, 3,400 habitants.Elle dépend du gouvernement de Jersey dont elle est voisine.En attendant qu’Aurigny et Cherbourg fassent des leurs, l’empereur a fait présent à la reine d’une pièce d’artillerie qui est, dit-on, un véritable bijou; et c’est là simplement rendre le compliment que Notre Gracieuse Souveraine lui a fait, il y a quelques mois, en lui envoyant un des plus beaux canons sortis des ateliers de son royaume.Ceci prouve, dit un spirituel chroniqueur, que si lc3 grands forts causent de l’ombrage, les petits canons entretiennent L'amitié.Une des remarques les plus sensées que nous ayon9 vues au sujet de toute cette affaire, c’est celle qu’a faite un journal anglais.Tandis que la reine recevait à bord de son yacht l’empereur et sa suite, un petit cutter anglais se giissait inapperçu à travers la f^mée des salves de l’artillerie, et venait apporter mystérieusement la nouvelle d un évènement bien autrement important pour l’univers, et pour l’Angleterre en particulier, que celui que l’on célébrait avec tant de fracas.Le câble électrique jeté des côtes d’Irlande à celles de l’Amérique avait parlé, la Grande Bretagne et sa fille émancipée, la grande république des Etats-Unis, étaient liées l’une à l’autre par une chaine électrique ; et si maintenant la race anglo-saxonne était menacée dans son île, un éclair pourrait appeler à son secours des peuples innombrables, parlant la même langue, animés du même esprit.Bientôt comme le sylphe des nuits d été de bhakespeare, qui d ns un clin d'ccil mettait une ceinture de fer autour de la terre, Albion se sera ainsi rattaché toutes ses colonies : qui, alors, osera lui toucher ?La race anglo-saxonne a joué un grand rôle dans toutes les poésies et dans tous le; discours par lesquels on a célébré en Amérique, la pose du télégraphe électrique, ce qqe l’on a appelé la fête du câble.L éditeur de 1 Ottawa Tribune, qui est Celte comme plusieurs de ceux qui se décorent du nom d'anglo-saxon , ennuyé pour sa part de ce qu on paraissait vouloir attribuer à une seule race tout ce qui s’est fait, tout ce qui se fait, et tout ce qui se fera dans le monde, a publié un long catalogue de toutes les grandes choses que les Anglo-Saxons n’avaient point laites, et il a de plus savamment et généalogiquement démontré que, dans la Grande Bretagne et encore plus aux Etats-Unis, il n’y avait apres tout, à l’heure présente, qu’une trè3 petite proportion de sang anglo-saxon.D’un autre côté, fatigué de voir les* prétendus Anglo-Saxons de la république voisine, profiter de la circonstance, pour s’attribuer toutes sortes de découvertes, le rédacteur du Courrier du Canada a publié le paragraphe suivant, auquel la petite rerue croit devoir faire les honneurs d’une reproduction intégrale : “ Tous les évènements dont on parle ici, sont, sans doute, dignes d attirer l’attention et dignes de provoquer des fêtes publiques ; mais ni les uns ni les autres, ne peuvent avoir de droit à la réclame dont ils sont l’objet aux Etats-Uni?:—c r le canal de l'Erié n’est point le premier canal creusé dans l'écorce du globe ;—le Sirius n’est point le premier navire à vapeur qui ait traversé l’Atlantique ;—l’acquednc du Croton n'est, sous aucun rapport, le premier acqueduc du monde, et le câble transatlantique, bien que de beaucoup le plus considérable de tous les câbles sous-marins maintenant posés, n'e;t pas néanmoins le premier fil télégraphique jeté dans les mers.“ Quant à ce dernier évènement, tout en admettant son importance, et tout en rendant justice aux hommes qui ont conçu l’idée de cette entreprise, et en ont assuré le succès, nous ne saurions donner dans l’engouement qui en prend.La pose du câble tiausatlantique est à peine un évènement, c’est un fait considérable ; mais qui ne porte ni dans ses conséquences morales et politiques, ni dans la grandeur des travaux et l’étendue des moyens requis, ni dans son essence même, le caractère d’un grand évènement.Ce n’est que l’application en grand d’une invention déjà répandue partout ; c’est, en uu mot, un fait conséquent et non primordial.“ Mais tel est le peuple, américain, q e le fait matériel pour lui est tout et que la source, la cause, l’origine et la fin sont peu de chose.Pour co peuple, les événements les plus féconds en grand?résultats passent sans être apperçus, tandis que le fait physique l’émeut, le subjugue à un point difficile à comprendre ailleurs qu’en Amérique.C’est ainsi que nous voyous chaque ville, chaque bourgade de cette partie du continent enlevée d’assaut par l'enthousiasme pour la pose d’un câble, alors qu’on reste froid et insensible devant un évènement bien autrement important, bien autrement gr ind so.is tous les rapports et qui vient justement de s'accomplir dans le monde, par le traité de paix q i vient d'être conclu avec la Chine, et au moyen duquel un immense empire, qui compte dans son sein le tiers de la population du globe, demeure ouvert aux lumières du christianisme.Quoi donc est plus grand—de cet immense évènement, accompli au prix du sang et des travaux de plusieurs milliers d’hommes— ou de l’entreprise commerciale qui nous en apporte la nouvelle quelques jours plutôt que d’ordiunire?“ Maintenant nous avons à réclamer pour notre Canada l'honneur d’avoir construit, équipé et expédié le premier navire à vapeur qui ait traversé l'océan atlantique.Ce n’est pas en effet le Sirius (en 1838) qui à fait le premie- voyage d’un continent a l’autre, à l’aide de la vapeur ; mais le Royal William, du port de Québec, en 1833.“ Le Royal William, construit dans les années de 1830 et 1*31.pour le service de Québec à Halifax, commença ses voyages eütre ces deux ports de mer dans le mois d’août 183!.—Le succès, comme entreprise» commerciale, n’ayant pas répondu à l’attente des actionnaires de lfc com- 164 JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE.pagnie qui avait fait équiper ce navire à vapeur, on résolut de l’expédier en Angleterre pour le vendre.“ Noua trouvous il la date du 16 juillet 1833 dans la Gazette de Québec un avis du départ du Royal William, pour Londres, touchant à Pictou, et par lequel on avertit que le prix du passage est fixé à £20.“ Ce navire à vapeur partit du port de Québec le 5 août 1833, sous le commandement du capitaine McDougal, avec trois passagers seulement, tant on avait peur de se confier à un vapeur sur l’Océan.“ Le Royal William se rendit à Pictou en cinq jours, resta sept jours dans ce port et partit le 17 août de Pictou pour Londres, où il arriva le 12 septembre, après une traversée de 25 jours.^ “ Le Royal William avait coûté £16,000 et fut vendu à Londres pour £10,000 aux agents de don Pedro, empereur du Brésil, pour servir nu transport des troupes que ce prince avait levées eu Angleterre et en France pour la conquête du Portugal, sur don Miguel, son frère, conquête qui fut effectuée presqu’immédiatement.“ Nous venons de revoir, dans la salle de La Société Historique de Québec, un petit tableau commémoratif de cet événement.Ce tableau représente le Royal William, laissant les côtes de l'Amérique, sou3 toute vapeur, au milieu d’un gros temps ; ce petit monument constate, avec les documents du temps, le fait dout nous venons de préciser les détails.Nous revendiquons donc pour le Canada la gloire d’avoir inauguré la navigation à vapeur sur l’océan—et cela avec des titres incontestables.” Ainsi, comme on le voit, tandis que le journaliste anglais, que nous avons d’abord cité, trouve le succès du câble télégraphique un évènement bien plus grand que l'ouverture du port de Cherbourg, notre confrère de Québec pense, à son tour, que la premiere nouvelle transmise par le câble, la paix avec la Chine, est quelque chose de bien plus fécond en conséquences que l’inauguration de ce nouveau chemin de poste sous-marin.Ce qui prouve qu’en fait d’évènements comme en fait de goûts, de couleurs et de races, chacun a sa manière de voirf A Montréal, les fêtes du télégraphe ont été splendides.Les revues et processions et surtout celle aux flambeaux, ont été tout ce qu’on pouvait désirer de mieux.L’illumination a été jugée inférieure à celle qui eut lieu pour la prise de Sébastopol ; mais ce n’a pas été la faute du département de l’instruction publique, dont les édifices étaient éclairée d’un bout à l’autre, comme aux beaux jours où ils servaient de résidence vice-royale.Cette fête, du reste, sera peut-être 'à recommencer, s’il est.vrai que le télégraphe transatlantique est déjà brisé ou dérangé, comme le fait soupçonner la longue interruption des communications.Les collégiens et les élèves des écoles qui pour la plupart n’ont point pu se faire donner un congé en cet honneur, vu qu'alors les classes n’étaient point reprises ou venaient seulement de l’être, ne seraient peut-être point tachés d’un contretemps, qui finirait par leur amener une seconde edition des réjouissances publiques, avec un grand congé par dessus le marché.C’est pour nous l’occasion de dire en terminant que, d’après tomes les nouvelles que nous recevons, le nombre des élèves, dès la rentrée des classes, se trouve considérablement plus grand que l’année dernière.Nous venons de voir passer avec d’innombrables bannières, drapeaux et guidons, une procession des élèves des Frères des Ecoles Chrétiennes, qui, comme d’ordinaire, ont inauguré leur rentrée par un pèlerinage à Notre-Dame de Bonsecours.Ils ont mis une demi-heure à défiler et ils devaient être près de trois mille.NOUVELLES ET FAITS DIVERS.BULLETIN DE LTNSTRUCTION PUBLIQUE.—On lit dans le Moniteur : “ Avant-hier soir, à l’occasion de la distribution de3 prix du concours général, un grand dîner auquel avaient été invités les trois grands prix d’honneur, Faubert, Herbault et Bénard, ainsi que les élèves Ayné, Artaud, Filon et Braconnier, réunissait au ministère de l’instruction publique S.A.I.le priooe Napoléon, Son Em.le cardinal archévêque de Paris, Son Exc.le ministre de la justice, Son Exc.le maréchal Magnan, le préfet de la Seine et plusieurs sénateurs et membres du conseil de l’instruction publique.M.Rouland, ministre de l’instruction publique, dans un toast éloquent, a remercié le prince impérial de l’honneur qu’il faisait au corps enseignant et à la jeunesse universitaire en les encourageant ainsi de sa présence.” —Le R.P.Martin, fondateur et premier recteur du collège de Ste.Marie de Montréal, est depuis quelque temps de retour d’un voyage d’Europe, où il a continué ses recherches historiques.Il a trouvé au Ghesu, à Rome et à Paris, des documents importants que l’on copie actuellement pour enrichir la collection déjà si précieuse de la bibliothèque du Parlement.Il a visité St.Malo et Limoïlou, et a passé quelques heures dans l’ancienne maison seigneuriale de Jacques-Cartier, dont il a pris diverses vues.—L’Université Laval vient d’ajouter à son personnel un professeur de philosophie, le R.P.Tailban.De plus M.Thomas Hamel, licencié ès-sciences de retour de Paris, va remplir la chaire de physique.Le collège de Ste.Marie a perdu deux de ses professeurs, les RR.PP.Schneider*et Daly, qui sont remplacés par les RR.PP.Gravouielle, Scbemel et Vasseur, qui sont nrrivéside France en même temps que le Père Tailban.—Le collège de Ste.Anne Lapocatièro va ouvrir, très prochainement une école d’agriculture et une ferme-modèle.L’allocation de £25o’ votée par la législature pour cet objet, a été donnée à cette institution pur le ministre de l’agriculturo.M.Perrault, secrétaire de la Chambre d’Agriculture, va aussi établir une ferme-modèle au moyeu d’uno société en commandite.Cette ferme sera située à Varenncs et dirigée par un bureau de directeurs nommés par les commanditaires.— On lit ce qui suit dans les croquis d’été que publie M.de Trobrinnd dans le Courrier des Etats-Unis.On fera bien non-seulement de lire uni’ de méditer : “ Dans une cabano faite de bouo et de troncs d’arbres blanchis ù la chaux, nue femme édentée, quoiqu’encoro dans la force de l’âge, racom-modait tant bien que mal les hardes de ses huit enfants.Le père était aux champs avec l’aîné.La plus âgée des filles procédait aux soins d'une cuisine plus que modeste; tandis que les petits jouaient on se roulaient pêle-mêle sur le sol avec le chien du logis, et non loin d’un animal bean-coup moins avenant, qui se vautrait prés de la porte en poussant des grognements.Tout cet intérieur révélait au premier coup d’œil une pau.vreté chronique et radicale.Cependant dans la conversation de quelques instants que j’eus avec la mère, je ne l'entendis formuler qu’une seule plainte, qui me frappa d’autant plus que je m’y attendais moins.Au milieu de cette destitution presque complète, non-seulement des comforts mais même des choses considérées comme les nécessités de la vie, cette femme ne m’exprima qu’un regret, c’est qu’il n’y eût pas encore d'école dans le voisina*e où faire instruire ses enfants.Ce mot est à mon avis toute une révélation sur le peuple américain : j’entends le vrai peuple, celui des campagues, et non pas l’amalgame hétérogène dont se compose k population des villes.Il peut y avoir à New York des milliers de petits vagabonds de toute provenance, qui infestent la voie publique au lieu do suivre les écoles.Mais voici, dans un coin perdu de la Pensylvanie, de pauvres gens aux yeux de qui l’éducation première est un plus gram' bien pour leurs enfants que de chauds vêtements ou toute autre jouissance matérielle.Quand une pareille idée a fait son chemin aussi loin, elle devient un symptôme significatif, et il n’y a plus à douter de sa fécondité.” —Le Journal de VInstruction Publique de Paris publie le texte et la traduction des versions et des thèmes faits par les rois de France Louis XIV et Louis XV.Au sujet des versions de ce dernier, on fait la remarque suivante : “ On ne peut s'empêcher, en lisant ces devoirs que le cardinal Fleury donnait à son royal élève, de remarquer avec quelle sollicitude il veillait au développement de cette jeune âme et s’efforçait d’y jeter le germe des plus hautes vertus.Et, cependant, en montant sur le trône, Louis XV oublia ses sages préceptes et sacrifia trop souvent au plaisir ses devoirs d’homme et de roi.Pcut-être aurait-il suivi uue route différente, s'il n’eût pas été corrompu par des coaseils perfides, s’il n’avait pas oublié cette phrase qu’il écrivait, en 1717, sous la dictée du cardinal : Spero cantum Syrenum d me nunquam auditum iri.” t—La France vient de se procurer une nouvelle espèce d’inspecteurs de l’instruction publique.Leurs Excellences les maréchaux, investis des grands commandements de l’Empire, n’ont point oublié, dans les visites qu’ils ont faites aux villes placées dans leurs circonscriptions, les collèges et les universités.En cela, ils se montrent plus magnanimes que nos membres du Parlement, nos juges de paix et nos capitaines de milice qui, visiteurs d’office de nos écoles, daignent rarement y mettre le pied.Le maréchal Barraguay d’Hilliers, le maréchal Magnan et le maréchal Canrobert, pensent comme sir William Eyre, notre commandant en chef et leur frère d’armes, ne point déroger en encourageant de leur présence les travaux de la jeunesse.Nous est avis qu’ils n’ont point tout-à-fait tort.Au collège impérial de Nancy, l’élève Meaume a adressé au maréchal Canrobert une allocutioh poétique dont voici le début : La bonté fut toujours la sœur de la vaillance : Dans cet humble séjour d’étude et de silence, Loin des splendeurs du monde et loin du bruit des camps, Vous daignez aujourd’hui visiter des enfants ; A si haute faveur nous ne pouvions prétendre.Regardez ces vieux murs !-ils semblent à nos yeux, S’éclairer devant vous d’un reflet glorieux ; lis contemplent leur hôte I Et nous dont les oreilles Ont de tant de héros entendu les merveilles, Mais qui toujours réduits â lire leurs hauts faits, Ne pouvions jusqu’ici que supposer leurs traits, Nous sommes consolés et notre orgueil s’enivre Dn bonheur d’en voir un, ailleurs que dans un livre ! Vous rendez à uos yeux ces braves dont l’aspect Inspii it tout d’abord confiance et respect.Grâci à vous, désormais, sans ouvrir notre histoire, Cons’ tant de nos cœurs la fidèle mémoire, Nous buuron3 ce qu’étaient Villars et Catinat, Comme vous, maréchal, le père du solclat._ Au lycée de Caen, le maréchal Magnan a reçu l'accueil le plus enthousiaste des éleves, et ce qui a dû le toucher Bur tout, ça été la reconnaissance que lui a exprimée en de cha-mantes strophes, l’élève Kftoul Fauvel, qui doit à la munificence du noble visiteur, l'éducation qu’il reçoit.Lejeune poète disait, en terminant: Et si je n’ai pas craint de rompre le silence, Pour peindre au nom de tous notre commun bonheur. JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.165 C’est que moi, je devais d la reconnaissance, De ne consulter que mon cœur C’est à vous que je dois d’être dans ce lycée ' Ah! croyez mes serments ! toujours dens l’avenir Votre bonté sera présente a ma pensée Comme le plus doux souvenir.BCLLETIJJ DES LETTBE3.La grande séance annuelle de l’Institut do France a eu lieu le 11 août dermer.Elle était présidée par M.P.Lebas, assisté des délégués des Cinq academies .M.Villcmain pour l'Académie Française, M.Pa=sy pour 1 Académie des Sciences Morales et Politiques, M.Naudet pour ¦Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, M Robert Henry pouï nAdUem.Mdd!l MftTUXhArtS’ et M' Despretz Pour l’Académie des Sciences vnidIvCT Iiad,îM- Lebas.a ouvert la séance.Le prix de la fondation Volney a été proclamé a la suite de la lecture du rapport sur le concours Le prix a été remporté par M.Lafaye.Les lectures se sont succédées dans 1 ordre suivant : lo.Fragment de l’histoire de Rodolphe de Hapsbourg, par M.Giraud, de l’Académie des Sciences Moral-a et ahiSt,0ri
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