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Titre :
Journal de l'instruction publique
Revue publiée par le Département de l'instruction publique à l'intention des acteurs du milieu de l'éducation. Des textes officiels du gouvernement côtoient des retranscriptions de discours et de conférences, des nouvelles nationales et internationales, des textes sur la pédagogie, des textes littéraires et de la documentation variée en support à l'enseignement.
Éditeur :
  • Montréal :Département de l'instruction publique,1857-1879
Contenu spécifique :
Mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
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Journal de l'instruction publique, 1857-03, Collections de BAnQ.

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Volume I- Montreal, (Bas-Canada) Mars 1857- /a i'Wyiïi fuwclm -r -_-wgs^ SOMMAIRE.—Biographie : Jacques Caitier, article tiré de la biographie bretonne.— Littérature : L’Honnête famille, traduit de l’anglais de Miss Edgeworth.—Education : Du véritable fondement de la discipline.Goût pour l’instruction et attrait pour l’école.Occupation constanle des élèves.—Avis Officiels : Diplômes accordés par les bureaux d’examinateurs.—Erection de municipalités scolaires.—A vis de l’ouverture de l’école normale Laval—Conférence des instituteurs de la conscription de l’école normale Laval.—Seconde conference des .instituteurs de la circonscription de l’école normale Jacques Cartier.—Séance spéciale du bureau ces examinateurs catholiques de Montréal pour l’examen des msiituiriccs.— Déli gut s pour l’examen des candidats à l’étude des écoles normales, editorial : Inaugu- ration des écoles normales.—Compte rendu de l’inauguration de Jacques Cartier.—Compte-rendu de l’inauguration de ^cole nonnale î,lcGl C , S, !ree dc^ instituteurs et des institutrices à l’école normale McGill.—Procès-verbal de la conférence des instituteur* de la circonscription de l’école normale Jacques- Carti» r._l'-anquet des instituteurs à l’école normale Jacques-Cartier.—Décision Judiciaire : t es commissaires d’école ne peuvent point destituer arbitrairement un instituteur.—Tableau synoptique des heures d’étude et des matières enseignées ù l’école normale Jacques-Cartier.—Visites d»écoles.—Gravures : Portrait de Jaques-Cartier.—Ancienne maison seigneuriale de Jacques-Cartier a LimoUon, p.e» de St.Malo, connue sous le nom de Portes-Cartier.BIOGRAPHIE.JACQUES CARTIER, TIRE DE LA “ BIOGRAPHIE CRETONNE.” Cartier, (Jacques)—l’un des plus hardis découvreurs du XVIe siècle, naquit à Sr.Malo, le 31 décembre 1-191.La date exacte de sa naissance a été enveloppée, jusqu’à ces derniers temps, d’un voile que M.Cunat a soulevé le premier, après de laborieuses recherches dont le résultat, consigné dans le journal La Vigie de l’Ouest, nous fait en outre connaître quelques particularités curieuses de la vie de l’illustre Malouin.(1) L’année même de sa naissance, Christophe Colomb découvrait la Jamaïque ; depuis, Vasco de Gama, Amélie Vespuce, Cabrai, Fernand Cortez, Magellan, avaient reculé les limites de l’univers connu.Le récit de leurs découvertes était dans toutes les bouches: “ Où est doue, demandait François 1er, où est donc l’article du “testament d’Adam qui me déshérite du Nouveau-Monde au profit “ des rois d’Espagne et de Portugal ?” Le monarque désespérait à tort : la France, si elle avait tardé à recueillir sa part dans l’héritage commun, allait enfin le revendiquer.Cartier, dont les premières années, comme celles des enfants de Saint-Malo, s’étaient passées sur la mer, Cartier, qui avait même déjà fait plusieurs voyages à Terre-Neuve, songeait à doter son pays de quelque terre inconnue.S’étant présenté à Philippe de Chabot, amiral de France, il lui proposa d’aller explorer les terres de l’Amérique Septentrionale, désignées alors sous le nom de Terres-Neuves, nom qui n’était pas encore donné exclusivement à la grande île située à l’embouchure du fleuve Saint-Laurent.François 1er, accueillant avec empressement les projets de Cartier, le chargea de les exécuter.Muni de ses instructions, l’intrépide marin partit de Saint-Malo, le 20 avril 1534, avec deux bâtiments de 60 tonneaux et 61 hommes d’équipage chacun.(2) Faisant route à l’Ouest, en tirant un peu vers le Nord, l’expédition fut si favorisée par les vents, que, le 10 mai, elle att élit sur la côte orientale de Terre- Neuve, à peu près à l’endroit où, dix ans auparavant, le Florentin Verazzani en avait abandonné la reconnaissance tentée pour le compte de la France.Remontant au Nord, Cartier entra dans le détroit de Belle-Isle, qu’il appela Golfe-des-Châteaux.Il en prolongea la côte nord, ou celle de Labrador, y trouva plusieurs beaux ports et relâcha dans quelques-uns.(3) Dès qu’il s’aperçut que ce prétendu golfe s’élargissait à mesure que ses bâtiments s’avançaient à L’Ouest, et qu’il allait bientôt perdre de vue les côtes méridionales, il s’éloigna des (1) Quelques-unes de ces particularités sont mentionnées dans le corps de cette notice ; les autres, fruit de longues recherches de M.Cunat, sur son célèbre compatriote, compléteront notre récit sous forme d’annotations.Notre consciencieux collaborateur, dons la vue de rendre notre travail aussi complet et aussi exact que possible, ne s’est pas borné à le réviser et à le corriger sur plusieurs points essentiels ; il a joint des extraits : lo.de la biographie de Jacques Cartier, qu’il doit lui-même publier dans son Histoire de Saint-Malo ; 2o.des travaux entrepris par la Société historique de Québec sur la navigation du Malouin, à qui elle doit, de son côté, consacrer un travail historique.—P.L.t.(2) Messire Charles de Mony, Sieur de la Meilleraie, Vice-Amiral de France, qui était venu à Saint-Malo passer en revue les équipages, et leur faire jurer de se bien et fidèlement comporter au service du Roi, sous le commandement du Capitaine Jacques Cartier, assista au départ des deux navires.(C.) (3) Le 11 juin, étant entré dans un port sur la côte de Labrador il en prit possession en y plantant une croix, et l’appela port Saint Servain.(C) Ce port s'appelle aujourd'hui Rocky-Bay (Annotations do la Société historique do Québec.) JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.50 t Ties de Labrador, fit route au Sud et vint attérir sur le cap double, ! aujourd hui Pointe-Riche.Sa route lui tit ensuite prolonger la côte occidentale de Terre-Neuve, et le conduisit tout près de l’extrémité sud-ouest de cette ile, presque à l’ouverture Mu large passage qui donne accès dans le golfe Saint Laurent, entre le Cap-Ray et le Cap Breton.^ Le mauvais temps, qui l’obligea de s’écarter de la côte avant d’y arriver, le porta en vue de quelques petites îles peu é'oigüées de ce passage, dont il ne fit alors que soupçonner l’existence, mais qu’il devait découvrir, à la fin de sa seconde campagne.(1) 11 fit ensuite route à l’Ouest, et vit le groupe des Iles de la Madeleine; il se détourna pour les visiter; mais, croyant qu’elles tenaient au continent, il continua de se diriger à l’Ouest, et rencontra la côte occidentale du golfe Saint-Laurent, qu’il visita soigneusement, dans l'espoir d’y trouver un passage.Pendant son premier mouillage (2).il explora l’intérieur de la Baie des Chaleurs.Lorsqu il se fut assuré qu’il n’y avait pas d’ouverture, il remit à la voile.Il vint ensuite mouiller dans la Baie de Gaspé, située très-près de l’embouchure du fleuve Saint-Laurent, et il la prit pour 1 entrée d’une rivière.Dans les fréquents rapports qu’il eut avec les naturels du pays, il sut leur inspirer une telle confiance qu’un de leurs chefs consentit à lui laisser emmener deux de ses fils, à la condition qu’il les lui ramènerait l’année suivante Les détails qui précèdent, empruntés à l’analyse qu’a faite le savant M.Rossel du «journal de Cartier, permettent de suivre facilement ce navigateur dans cette première partie de son voyage, le Pilote de Terre-Neuve, publié par le dépôt général de la marine, ayant consacré l’authenticité des découvertes de notre célèbre Malouin, en inscrivant les noms qu’il leur avait donnés au-dessous de ceux qui sont actuellement en usage.M.Rossel ne trouve pas aussi claire la description de la route suivie par Cartier, après son départ de la Baie de Gaspé ; il regarde néanmoins comme certain que, prenant pour un golfe le canal du fleuve Saint-Laurent, situé entre ia rive droite du fleuve et l’île d’Anticosti, il en traversa l’ouverture et chercha ensuite à pénétrer par le canal qui passe au nord de là même île.On est fondé à croire qu’il s’avança jusqu’à la pointe occidentate, où il vit le canal s’élargir, et où il éprouva des courants violents qui durent lui indiquer que c’était l’embouchure d’une très grande rivière.(3) Voyant la mauvaise saison s’approcher, et craignant d’etre retenu tout l’hiver dans ces contrées, il revint sur ses pas, franchit une seconde fois le détroit de Belle-Isle, et fit route pour Saint-Malo, où il arriva le 5 septembre 1534.Sur le récit que Cartier fit de son voyage, le Roi ordonna d’armer et d’équiper, pour quinze mois, trois navires, dont il lui conféra le commandement par une commission datée du 30 octobre 1534.Cette fois, il joignit au titre de Capitaine, celui de Pilote du Roi.Son armement étant entièrement terminé à la mi-mai 1535, il réunit ses équipages le 16 mai, jour de la Pentecôte, dans la cathédrale de Saint-Malo, et, a l'issue de la messe, l’évêque François Bohier, revêtu de ses ornements pontificaux, leur donna sa bénédiction.On mit à la voile le 19, par un beau temps.Cartier montait la Grande Hermine, navire de 120 tonneaux (4).On voyait à son bord plusieurs jeunes gens de distinction, qui avaient voulu s’associer, comme volontaires, à ses aventures.De ce nombre étaient MM.Garnier de Chambeaux, de Pontbriand, de la Pommeraye, de Goj-elle (5).La Petite Hermine, de 60 tonneaux, commandée par M.Macé- (1) Toutefois, il consigna ainsi son opinion sur le journal de bord : “ Je crois, par ce que j'ai pu comprendre, qu’il y a quelque passage entre la Terre-Neuve et la terre de Brion : s’il en était ainsi, ce serait pour raccourcir le temps et le chemin.” (0.) (2) Son premier mouillage fut dans le fleuve des Barques, aujourd’hui la rivière Miramicbi (*), et eut lieu le 30 juin ; de là Jacques Cartierse rendit dans un petit fort qu’il nomma Saint-Martin, et y demeura depuis le quatrième de juillet jusqu’au douzième.Ce fut pendant son séjour dans ce lieu qu’il alla explorer la Baie des Chaleurs.(C.) (3) Un fait important qu’il convient de rapporter, c’est que Jacques Cartier, avant de quitter la Baie de Gaspé, fit faire une croix, au milieu de laquelle il plaça un écusson relevé avec trois fleurs de lys, au-dessus duquel était écrit en grosses lettres: “Vive le Roi de France!” Cette croix fat.plantée, dans ïe lieu le plus apparent, en présence des Sauvages.C’est ainsi que Cartier prit possession, pour la seconde fois, des vastes contrées qu'il venait de découvrir.(C.) (4) Pi avait pour maislre, Thomas Frosmont.(C.) (5) Jean Poulet et Philippe Rougemont.(C.) (*) Prei'.i r voyngp île Jacques fr.rtier (Annolat.de !a Société historique de Québec.1 Jallobert (1), était son second navire (2); le troisième (3) était particulièrement destiné à l’exploration des rivières où il n’y aurait pas as.-ez d’eau pour les deux autres.Les vents, devenus contraires, dès le moment du départ, les séparèrent, et ils ne purent se rejoindre que le 26 juillet (4), dans le détroit de Belle-Isle, indiqué comme lieu de rëndez-vous en cas de séparation, et où la Grande Hermine était arrivée le 15 du même mois (5).Le 1er août, contraint par un gros temps de se réfugier dans le port Saint-Nicolas, il y planta une croix de bois pour marche (6), en sortit le 7, et entrale 10 dans une fort belle et grande baie pleine d’îles, qu’il nomma Saint-Laurent (7), en commémoration du Saint dont la fête tombe ce jour.Après s’être approché, le 15, de l’île d’Anticosti, qu’il nomma Pile de l’Assomption, il remonta le fleuve, entra le 1er septembre dans la rivière de Saguenay, dont il ne fit que reconnaître l’embouchure, et, continuant ses explorations, il mouilla le 14 (8).Le lendemain, il reçut la visite d’un chef du pays nommé Donnacona, avec lequel il put s’aboucher par l’intermédiaire des deux sauvages embarqués, l’année précédente, dans la Baie de Gaspé, et qui, en France comme dans les deux traversées, avaient appris un peu de français (9).Parti le 19 avec son plus petit bâtiment, pour aller à la découverte du village d’Hochelaga, sur les ruines duquel a été bâtie depuis la ville de Montréal, à plus de 150 lieues marines de l’embouclnire du fleuve, il arriva le 29 à l’extrémité du lac Saint-Pierre, où il fut arreté par une barre qui traversait le canal dans lequel il devait passer.Il arma alors ses chaloupes, sur lesquelles s’embarquèrent trois de ses volontaires, et arrivé le 2 octobre à Mochelaga, il visita, le même jour, la montagne au pied de laquelle était placé le village qu’il nomma Mont-Royal (Montréal).Convaincu que ce lieu était plus propice que tout autre à la fondation d’un établissement, il quitta Hochelaga le 5 octobre, et il étai* de retour le 11 à Sainte Croix, où il hiverna (10).La rigueur et la prolongation de l’hiver, le manque de vivres frais, bien que les naturels lui en apportassent quelquefois, lui firent perdre en peu de temps vingt-cinq hommes de ses équipages.Le scorbut sévit avec une telle force sur les autres, que des cent-dix hommes qui lui restaient au milieu de février 1536, il n’y en avait pas dix qui ne fussent atteints de ce redoutable fléau.Tous y auraient vraisemblablement succombé, si un moyen inespéré de guérison ne leur avait été fourni par un sauvage, qui, les ayant quittés quelque temps auparavant, les jambes enflées et dans un état effrayant, revint se présenter à eux très bien portant.Il attribuait sa guérison à l’usage qu’il avait l'ait en infusion des feuilles et de l’écorce d’un arbre qu’il indiqua à CartieT (11).Celui-ci le fit abattre et l’employa au traitement de ses équipages.Dès qu’ils (1) Ou Marc.Archives de la Mairie de Saint-Malo.(C.) (2) Qui avait pour maître Guillaume Le Marié.(C.) (3) Le galion VEmérillon.(C.) (4) Au havre de Blanc-Sablon.(C.) 15) Le 31 juillet, les navires donnèrent dans le fleure Paint Laurent et eurent connaissance du Cap Tiennot, aujourd’hui Mont-Joli.(C.) (C) Pour marque (Second voyage de Jacques Cartier, imprimé à Québec, avec des annotations de la Société historique de cette ville).(7) Aujourd’hui Saint-Jean, sur la côte sud de Labrador.(C.) (8) “ Sur un affourc d’eau, fort beau et plaisant, auquel lieu il y a une “ petite rivière et liable de barre, marivant de 2 à 3 brasses, qu’il trouva “ propice pour mettre ses navires à sauveté.” Il la nomma Sainte-Croix, parce qu’il y arriva le jour de cette fête, et non Jacques Cartier, comme l’ont dit quelques écrivains.Cette dernière rivière est à douze lieues au-delà de Québec.(C.) 19) Le quinze du dit mois, le Capitaine-Général fit planter balises et marches pour plus clairement mettre les navires à sauveté.Et le lendemain entra ses deux plus grands navires dans le dit hâble et rivière, et le galion fut laissé en rade pour le mener à Hochelaga.” (C.) (10) Durant l’absence de Jacques Cartier, “lesmaistres et mariniers qui étaient restés a la garde des deux navires, avaient fait un fort tout clos de grosses pièces de bois plantées debout, et tout à l’entour garni d’artillerie et bien en ordre pour se défendre contre tout le pays.” (C.) (11) Les naturels lui donnaient le nom d’Anneda ; c’est l’épinette blanche (Annotations faites par la Société de Québec, en 1843.) JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.51 Nous laisserons notre estimable collaborateur exposer les détails de ce dernier voyage de Cartier et de son retour en France : “ Jacques Cartier, dit M.Cunat, arriva à Terre-Neuve, avec deux “ navires seulement.Au bout de deux mois de séjour dans le havre “ de Carpon, il fut rejoint par les trois autres navires de l’expédition ; “ mais Roberval ne reparut pas.Enfin, après trois mois d’une “ traversée pénible, Cartier arriva devant le havre de Sainte-Croix, “ le 23 août.Etant allé visiter un havre et une petite rivière, a “ quatre lieues plus outre, aujourd’hui la rivière rouge, et l’ayant “ trouvée plus commode, il y conduisit Irois de ses navires.Les “ deux autres demeurèrent au milieu du fleuve, et débarquèrent leur “ cargaison depuis le 27 août jusqu’au 2 septembre, qu’ils firent “ voile pour retourner à Saint-Malo.“ Le Capitaine-Général ayant renvoyé les deux navires, ainsi “ qu’il en avait eu l’ordre du Roi, et fait commencer la bàti-se d’un “ fort, se détermina, d’accord avec le Vicomte de Beaupré et les “ autres gentilshommes, maîtres et pilotes choisis pour la déhbéra-“ tion, à taire un voyage avec deux barques, “ pour y voir et com-“ prendre la façon des saults d’eau qu’il y a à passer pour aller au “ Saguenay, afin de se disposer pour le printemps a passer outre.” “En effet, Cartier et ses gens arrivèrent au premier sault (1), “ mirent à terre et se rendirent au second sault (2) ; mais ayant “ appris que le troisième sault (3) était éloigné de plus de deux “ lieues, il revint à la ville de Tutonaguy, et de là, à Hocheiaga ; “ enfin, l’expédition d’exploration regagna en bon ordre les vaisseaux “ et le fort.“ A la tin du mois de mai 1542, le seigneur de Roberval n’ayant “ ni paru ni don-“ né de ses nou-“ velles , et les “ vivres cum-“ m e n ç a n t à “ manquer, les “ hommes mur-“ muraient.Jac-“ ques Cartier, “craignant en ?>" outre de ne “ pouvoir résis-“ ter aux sauva-“ ges, qui devenu aient plus “ exigeants, sc “ vit contraint de “revenir en “France avec “ les bâtiments “ de son expédi-“ tion.Ayant re-“ lâché au havre “ de Saint-Jean, “ il y trouva Ro- “ bc-rval, qui le sollicita de retourner avec lui en Canada ; mais “ notre grand navigateur préféra continuer sa route vers la France.“ En effet, il arriva heureusement à Saint-Malo, après dix-sept “ mois d’absence, et, le 21 octobre 1542, il tenait sur les fonts “ baptismaux, la fille du Lieutenant-Gouverneur de la ville.“ Jacques Cartier, qui venait d’illustrer sa ville natale, en inscri-“ vaut son nom à la suite de ceux des Vasco de Gama.et des Chris “ tophe Colomb, ne reprit plus la mer: l’hiver, il habitait la ville ; “ mais l’été, le Capitaine, se retirait au village de Limoilou , où i, “ avait fait bâtir une jolie maison de campagne, qu’on désigne “ encore sous le nom de Portes-Cartier.A son nom de famille, “ notre grand navigateur , anobli pur François 1er, ajouta le titre de “ Seigneur de Limoilou (4).“ Le dernier acte de nos régis: res, qui atteste la présence et l’ex-“ istence du noble Capitaine Jacques Cartier, est du 15 octobre “ 1552 : à cette date, ce grand homme avait 58 ans ; depuis, il n’est “ plus fait mention de lui.Cette absence de son uom, si souvent “ reproduit, que les familles malouines tenaient à honneur de faire “ inscrire à côté de celui de leurs nouveaux-nés, me porte à croire, u “ défaut de registres nécrologues qui nous manquent, que c’est vers “ l’âge de 60 ans que notre célèbre compatriote a dû terminer sa “ glorieuse carrière.: r LS h rJMGfô x % mMMà rti-Â, i m» - | mm .% furent suffisamment rétablis, Cartier (1) partit le 6 mai avec deux bâtiments, emmenant Donnacona et neuf autres naturels dont il s’était emparé à l’aide d’un stratagème ; parmi eux se trouvaient deux chefs nommés Taiguragny et Domagaya.C’était, il faut en convenir, mal payor l’hospitalité qu’il avait reçue dans le pays.Cette ingratitude ne peut s’expliquer, d’un côté, que par le désir qu’aurait eu Cartier d’enlever aux naturels des chefs capables de contrarier ultérieurement les projets des français, et, d une autre part, par la nécessité de renforcer ses équipages affaiblis.Cet acte est, du reste, le seul qu’on puisse reprocher à Cartier, dans ses rapports avec les sauvages.Doux et humain envers eux, il avait justement gagné leur confiance et leur affection.Quelques historiens ont révoqué en doute l’enlèvement des sauvages.Le fait n’est que trop vrai.On en trouve la preuve dans l’acte de baptême de trois d’entre eux, les seuls qui n’eussent pas succombe, deux ans après leur arrivée en France : “ Ce jour Nostre-Dame, 25e de Mais de .an “ 1538, furent baptizés trois saulvages hommes, hommes des parties “ du Canada, au dit pays, par honneste homme Jacques Cartier, “ Capitaine pour le Roy notre Sire, pour découvrir les dites terres, “ etc.” Ce document, retrouvé par M.Cunat, mentionne Cartier comme parrain de l’un des néophytes (2).Notre navigateur fit route, à son retour, par le canal qui est au sud de Pile d’Anticosti, et qu’il avait pris, en 1534, pour un golfe.Il vint ensuite chercher le passage qu’il avait supposé, à la même époque, devoir exister au sud de Terre-Neuve ; il le trouva et compléta, par cette dernière.découverte, celle du fleuve Saint-Laurent.Les bâtiments arrivèrent à Saint-Malo le 16 juillet 1536.Les rapports de Cartier, confirmés par le témoignage de Donnacona, décidèrent François 1er à fonder un établissement dans les pays découverts par le navigateur Malouin.Celui qui contribua le plus à vaincre les longues résistances que ce projet recontra à la cour, fut François de la Roque, seigneur de Roberval , gentilhomme Picard, que le Roi, par ses lettres - patentes du 15 janvier 1540, nomma Vice-Roi du Canada, et son Lieutenaut-Gênéral en Canada, Hochelaga, Terre-Neuve, Belle-Isle, Carpon, Labrador, etc.Cartier fut chargé (3) de l’armement de3 cinq navires formant l’expédition projetée ; mais, comme on 11e put rassembler assez promptement, à Saint-Malo, l’artillerie et les munitions nécessaires, Roberval, en attendant leur embarquement sur deux autres navires qu’il équipa lui-même, pressa Cartier de partir.Ce dernier mit à la voile le 23 mai 1541 (4).(1; Fit ses dispositions de départ, le 21 avril; il prit la résolution d’abandonner la Petite Hermine, vu les pertes qu'il avait faites en hommes.En conséquence, il retira de ce navire tout ce qui pouvait lui servir à bord de la Grande Hermine et de VEmérillon, et ne laissa que la carcasse (*).Le 3 mai, autre jour de fête de la Sainte Croix, le Capitaine fit planter une croix avec les armes de France, avec ces mots : “ Franciscus primus, Dei “ gratiâ, Francorum rex, régnât.” Enfin, il partit, etc.(C.) (2) J[.Cunat pense que le motif qui dirigea Cartier, dans l’enlèvement des chefs sauvages, était de les habituer à nos usages et de les amener à embrasser le christianisme, afin d’introduire, avec leur secours, la civilisation dans ces vastes contrées.(Histoire inédite de Saint-Malo.) (3) Avec le titre de Capitaine-Général et maître-pilote des vaisseaux du Roi.(C.) (4) Jacques Cartier partit le 23 mai 1541 ; sa commission est signée le il octobre 1540, par François 1er ; c’est par erreur que les relations imprimées portent qu’il appareilla le 23 mai 1540.(Archives de Saint-Malo.Lettre de M.Cunat, du 24 mars 1840, pour la Société historique de Québec.) (*) Cette carcasse sc trouvait ensevelie duns un lit de vase ; elle a été retrouvée en 1843.(Annotât, de ta Société historique de Québec.) (1) Courant Sainte Marie.(Annotations de la Société historique ia Québec.) (2) Rapides de Lachine.(3) Sault de Saint Louis.(4) Histoire inédite de la ville de Saint-Malo, par M.Ch.Cunat. 52 JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.“ Il restait encore un point historique à éclaircir, celui de savoir “ si Jacques Cartier avait fait de nouvelles entreprises maritimes.“ Nous pourrions affirmer que le grand navigateur n’a plus repris la “ mer, depuis son retour en octobre 1542 jusqu’au 15 octobre 1552 ; “ ce qui embrasse un espace de dix ans.Durant ce temps, il ne “ s’est pas écoulé une amiée, où l’on ne puisse, par plusieurs, actes “ authentiques, constater sa présence en nos murs (1).” Le récit des découvertes de Jacques Cartier est consigné dans les ouvrages suivants : lo.Brief récit et succincte narration de la navigation faicte es Isle de Canada, Hochelaga et Saguenay et aultres, et particulièrement des mœurs, langages et cérémonies d’habitans d’icelle.(Annonyme.) Paris,- Ponce Reflet, 1545, petit in-8 ° .Edition originale et très-rare de cette relation ; elle vaut bien maintenant, dit M.Bruuet, une cinquantaine de francs.2o.Discours du voyage de Jacques Cartier aux terres neufves de Canada, Norim-bergue, Hochelaga, Labrador et pays adjacens, dites Nouvelle-France, en 1534.Rouen, 1598, petit in-8 °.L’éditeur de ce discours , n’ayant pu se procurer le texte original français publié en 1545, J’a traduit, dit-il, d’une langue étrangère, probablement de la version italienne qui fait partie de la collection Ramusio.M.Ternaux donne à ce volume la date de 1595.Le journal des deux premiers voyages de Cartier se trouve encore dans le T.3 de la collection italienne de Ramusio, Venise, 1565, in-f°, et dans l’histoire de la Nouvelle-France, de Marc-Lescarbot.Le soin qu’a pris ce dernier éditeur de toujours faire parler Cartier à la troisième personne, a donné lieu de douter que ce navigateur ait lui-même écrit son journal.On trouve dans sa relation quelques endroits obscurs.Toutefois, elle renferme des observations utiles, et, bien que l’auteur ait usé du droit que se sont arrogé les voyageurs d’associer le merveilleux à la vérité, elle conserve toujours de l’intérêt aux yeux des marins, soit à cause de la gloire qu’a eue Cartier de faire les découvertes qui y sont mentionnées, soit parce que sa navigation, conçue sur un très-bon plan, a été exécutée avec courage, persévérance, habilité et succès.On peut voir le précis de son troisième voyage danT le 3e vol.de la collection de Hackluyt, LITTERATURE.L’HONNÊTE FAMILLE.(suite.) Tant qu’il n’avait été qu’un jeune homme à la mode, ces défauts ne causaient nul dommage à ses égaux ; mais lorsqu’il devint maitre d’une grande fortune, ils furent supportés avec peine par ses inférieurs qui avaient à en souffrir.M.Folingsby prenait les rênes en main et montait dans un tilbury, quand le fermier Frankland, qui attendait depuis plusieurs heures pour le voir, vint se placer à côté de la voiture.Comme il ôtait son chapeau, le vent fit voltiger ses cheveux gris sur son visage.“ Mettez votre chapeau, je vous prie, mon bon ami ; et ne vous tenez pas trop près de ces chevaux, car je ne puis répondre d’eux.Avez-vous quelque demande à m’adresser ?— J’attends depuis plusieurs heures pour vous parler, monsieur ; mais si vous n’avez pas le temps, je reviendrai demain matin, dit Frankland.__Eh bien ! oui, revenez demain matin ; car maintenant je n’ai pas un instant à perdre,” dit le jeune Folingsby en fouettant ses chevaux, qu’il poussa comme si le salut de la nation dépendait d’une vitesse de douze milles à l’heure.Le jour suivant, le vieux fermier revint sans pouvoir obtenir d’audience ; on le renvoya au lendemain, et ainsi de suite, pendant plusieurs jours.Il écrivit des lettres et ne reçut pas de réponse.Enfin, ayant donné une demi-guinée au valet de chambre, il réussit à se faire admettre.M.(1) Lettre de 51.Ch.Cunat, du 24 mars 1846, pour la Société historique de Québec.Folingsby était en train de mettfe ses bottes, et ses chevaux l’attendaient à la porte.Frankland comprit qu’il fallait être bref dans son discours : il lui fallut pourtant rappeler le long espace de temps qu’il avait occupé la ferme, les améliorations qu’il avait effectuées, et le dernier désastre qui était venu fondre sur lui.Les bottes étaient sur le point d’être chaussées, lorsqu’il arriva à la promesse de renouvellement et à la sommation d’avoir à vider les lieux.“ Line promesse de renouvellement : je n’ai pas connaissance de cela.une sommation: c’est l’affaire de mon agent ; parlez-lui, il vous rendra justice.Je suis très-peiné de tout cela, M.Frankland, très-peiné, extrêmement peiné.Maudit soit l’animal qui a fait ces bottes ! Mais voyez dans quel embarras je me trouve ; je n’ai pas un moment à moi ; je suis venu à la campagne seulement pour quelques jours ; je pars demain pour les courses d’Ascot ; je n’ai vraiment pas le temps de m’occuper de quoi que ce soit.Mais parlez à M.Deal, mon fondé de pouvoirs, il'vous fera justice, j’en suis sûr.Je lui abandonne toutes ces affaires.Jack, le cheval bai est-il prêt?.—J’ai parlé à votre agent, monsieur, dit le fermier, en suivant le jeune étourdi ; mais il m’a répondu que des promesses verbales,*faites sans témoins, n’étaient que du vent ; et je n’ai d’autre recours que votre justice.Je vous assure, monsieur, que je n’ai jamais été un mauvais fermier, et ma terre est là pour le prouver.— Dites cela à M.Deal ; faites lui comprendre votre position.Je lui laisse le soin de ces sortes d'affaires.Je n’ai réellement pas le temps de m’en occuper ; mais je suis certain que AI.Deal vous fera justice.” Ce fut tout ce qu’il put obtenir du jeune propriétaire.La confiance de celui-ci dans la loyauté de son mandataire était assez mal placée.AI.Deal avait reçu une autre proposition our la ferme de Frankland, et, avec la proposition, un billet e banque qui parla plus haut que les prières du vieillard.L’agent lui reprit donc sa ferme, et déclara que, dans l’intérêt de son maître, il ne pouvait faire autrement, parce que le nouveau fermier avait promis de bâtir une maison de maître au lieu d’une habitation de fermier.Les conventions furent arrêtées, sans que M.Folingsby s’en occupât autrement que pour signer les baux, dont il n’écouta même pas la lecture, et pour recevoir, à titre d’épingles, une demi-année de fermage.Cela lui causa une vive satisfaction : car, malgré sa grande fortune, il était souvent à court d’argent, et son factotum savait bien profiter, pour lui complaire, de son aversion pour les affaires.Certes, M.Folingsby n’aurait à aucun prix, et de propos délibéré, commis une action aussi basse que de dénier à un fermier estimable une promesse de renouvellement ; mais, de fait, lorsqu’on lui apporta les baux, il avait depuis longtemps oublié jusqu’au dernier mot de sa conversation avec le pauvre Frankland.II.Ce fut un triste jour pour cette malheureuse famille que celui où il fallut quitter la ferme.Le père et le grand-père de Frankland avaient été fermiers des Folingsby ; chacun d’eux avait fait à la terre de grandes améliorations.Tous les voisins, émus de compassion, n’eurent qu’un cri de reproche contre M.Folingsby.Mais il était à Ascot, et il ne les entendit pas.Il assistait aux courses, pariant des sommes considérables pour un cheval favori, tandis que le vieillard et sa famille suivaient lentement, dans leur chariot couvert, le chemin qui les éloignait de la ferme, disant un dernier adieu à ces champs qu’ils avaient cultivés, ensemencés, et dont ils ne récolteraient plus la moisson.( Anna, la servante qui se reprochait si amèrement d’avoir laissé le seau de cendres près de la meule de foin, apportait une activité sans égale au service de son maitre.En cette JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.53 occasion, on aurait dit que ses forces étaient doublées, et elle montrait une adresse et une présence d esprit dont elle n’avait jamais fait preuve auparavant: il semblait que ta reconnaissance eût réveillé toutes ses facultés.Avant d’entrer dans cette famille, elle avait passé quelques années chez un cultivateur qui possédait une petite ferme avec un joli cottage.Elle sc rappela que le bail expirait cotte année môme.Sans dire un mot de ses intentions à personne, elle partit de grand matin, fit onze milles à pied, alla trouver son ancien maître, et lui offrit de lui payer nue année d’avance sur les économies qu elle avait faites depuis six ou sept ans, s’il voulait donner sa ferme a M.Frankland.Il ne voulut point accepter l’argent de cette brave fille, et lui dit qu’il n’avait pas besoin de prendre des sûretés avec M.Frankland et son fils Georges.Il ajouta qu’ils jouissaient de la meilleure réputation et que personne, dans le comté de Monmouth, n’entendait mieux 1 exploitation d’une ferme.Il leur accorda volontiers la sienne ; mais elle n’avait que quelques acres, et la maison était si petite qu’elle pouvait tout au plus loger trois personnes.Le vieux Frankland s’y installa donc avec son fils aîné.James se rendit à Monmouth, où ü trouva une place de commis chez un mercier nommé M.Cleghorn, qui le prit de préférence à trois autres jeunes gens qui s’étaient présentes le même jour.« Vous dirai-je la raison pour laquelle je vous ai choisi, James ?demanda M.Cleghorn.—Je suppose, dit James, que vous pensez que j ai du recevoir une bonne et honnête éducation ; car vous ayez, je crois, monsieur, quelque peu connu ma famille, du vivant de ma —En effet ; et, dans ce temps-là, je vous ai connu quelque peu vous-même.Vous avez, sans doute, oublié une circonstance qui est restée présente à mon souvenir.^ ous n aviez guère alors que neuf ans.Vous vintes à ma boutique payer pour votre mère une facture qui portait une erreur d’une «minée à mon préjudice.Vous vous en étiez aperçu et vous me remîtes tout l’argent.Dès lors, je vous tins non-seulement pour un bon comptable, mais pour un honnête garçon.Depuis, j’ai été trompé par un commis en qui j avais mis inconsidérément tonte ma confiance ; mais cela ne m’empêchera pas de me fier à vous, parce que je sais que vous avez été bien élevé et qu’une bonne éducation est la plus sûre garantie qu’un homme puisse donner de sa mora-lité.” Ainsi, dès l’âge le plus tendre, on peut déjà pressentir les qualités futures, et les enfants héritent de la bonne renommée de leurs parents.Riche héritage, que les caprices de la fortune 11e peuvent jamais leur enlever.La bonne réputation de Fanny et de Patty était répandue dans tout le voisinage ; et, dès qu’il ne leur fut plus possible de rester à la maison du vieux Frankland, elles n’éprouvèrent aucune difficulté pour se placer.Loin de là, plusieurs des meilleures familles de Monmouth se montrèrent empressées à les engager.Fanny entra chez Mme Hungerford, qui appartenait à une ancienne famille ; c était une femnie hautaine, mais sans insolence ; elle était généreuse, mais ne passait pas généralement pour être affable.Elle avait plusieurs enfants, et elle prit Fanny Frankland pour en avoir soin.“ Soyez exacte à suivre mes recommandations, jeune tille, dit Mme Hungerford ; ayez des égards pour mes enfants, et vous n’aurez pas sujet de vous plaindre de la manière dont vous serez traitée dans cette maison.Je veux que tout le monde soit heureux chez moi, depuis les premiers jusqu’aux derniers.Vous avez reçu une éducation supérieure à votre condition présente : j’espère et je crois que vous justifierai la bonne opinion que j’ai conçue de vous.” Fanny fut un peu intimidée par la hauteur des manières de Mme Hungerford ; cependant, elle montra qu’elle avait une ferme quoique modeste confiance en elle-même ; ce qui ne déplut pas à sa maîtresse.Quelque temps après, Patty trouva aussi à se placer chez mistriss Crumpe, vieille dame fort riche, mais souvent malade et d’un caractère bourru, qui avouait qu il lui taUait une jeune personne du meilleur naturel pour la sen îr.Elle demeurait à quelques milles de Monmouth, où elle avait de nombreuses connaissances.Mais, en raison de son grand âge et de ses infirmités, elle menait une vie très-retiree.Il n’y avait plus désormais que F rank à établir.Il résolut de s’adresser à M.Barlow, procureur jouissant d une excellente réputation, et qui connaissait la famille Frankland.M.Barlow avait justement besoin d’un clerc, et, comme il savait que Frank ne manquait pas de capacité et qu’on pouvait avoir toute confiance en sa prolate, il 11 hésita pas à lui donner cet emploi.Frank avait naguère encore des préjugés contre les procureurs : il s’imaginait qu’il ne pouvait se rencontrer d’honnêtes gens dans cette profession.Mais, dès qu’il eut travaillé dans l’étude de M.Barlow, il ne tarda pas a revenir de son erreur: M.Barlow n’employait jamais les moyens retors de la chicane ; il cherchait au contraire à dissuader ses clients d’entreprendre des procès douteux.Au lieu d’exciter les parties, il mettait son plaisir et son amour-propre à faire venir adroitement des reconciliations.On disait de M.Barlow qu’il avait plus peidu de procès hors de cour et moins ^1 justice qu aucun procuieur dans toute l’Angleterre ; sa réputation était si grande qu’on s’adressait à lui plutôt comme jurisconsulte que comme procureur.Avec un tel maître, Frank avait l’espoir d’être très heureux, et il prit la ferme resolution de ne rien negligei pour mériter l’estime et l’affection de M.Barlow.Cependant, James Frankland faisait parfaitement l’affaire de M.Cleghorn, le mercier; tous les clients s’accordaient à dire qu’ils n’avaient jamais été si bien servis que depuis que ce jeune homme tenait le magasin.Ses comptes étaient toujours de la plus scrupuleuse exactitude, ses factures éciites avec une netteté dont rien ne pouvait approcher.Son assiduité à la boutique était si constante, que son patron commençait à craindre pour sa saute, d autant plus qu il n'avait jamais été habitué jusque-là à une vie aussi sédentaire.« Vous devriez profiter de ces belles soirées, James, pour sortir, dit M.Cleghorn.Allez, de temps en temps, faire une promenade à la campagne et respirer un air pur.Je 11 ai pas besom de vous tenir toujours cloué au comptoir.Allez, voici une aussi belle soirée que vous pouvez la désirer, prenez votre chapeau et sortez un peu ; je garderai le magasin jusqu’à votre retour.Il faut être un mauvais maître pour ne pas savoir apprécier ceux qui se rendent utiles ; et je ne serai jamais dans ce cas, je l’espère.Les bons serviteurs font les bons maîtres, et les bons maîtres, les bons serviteurs.Mais, pardon, monsieur James, je ne veux pas dire que vous soyez un serviteur ; c’est une mauvaise manière de parler, et l’on n’est pas toujours maître de sa langue, quand le cœur est aussi bien disposé que le mien à votre égard.” M.Cleghorn passait aux yeux du monde pour un homme peu porté" à l’indulgence : ce n’était pas un égoïste ; mais il avait une haute idée de la subordination dans la vie.Il s’était élevé lui-même lentement et par- degrés, et il pensait que dans le commerce tout homme devait passer par ce qu’il appelait “ le mauvais temps aussi bien que le bon.” Il voyait que son nouveau commis avait assez bien supporté le mauvais, et, maintenant, il était disposé à lui donner quelque peu de bon temps.James, dont l’affection pour son frère Frank était des plus vives, alla le voir et s’en fut avec lui chez Mme Hungerford pour demander à Fanny de les accompagner dans leur promenade.Ils la voyaient rarement, depuis qu’ils avaient quitté la maison de leur père pour habiter Monmouth ; aussi, furent-ils tout désappointés, quand Mme Hungerford leur fit 54 JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.dire par son domestique que Fanny n’était pas à la maison, et qu elle venait d aller à la promenade avec les enfants.Un ne put leur indiquer de quel côté elle était allée, en sorte qu ils n avaient aucun espoir de la rencontrer.Ils sortirent de Monmouth et suivirent un sentier ombreux qui les conduisit dans la campagne.Il était tard, lorsqu’ils songèrent au retour ; apres avoir été renfermés à la maison durant plusieurs semaines, 1 air frais et pur, la verdure des champs, le doux partum des fleurs dans les haies, étaient pour eux de délicieuses nouveautés.“ Ceux clui voient ce spectacle tous les jours, disait James, y lont a peine attention ; je me souviens qu’à la ferme j’étais ainsi.- C est pourquoi mon père disait souvent que chaque chose en ce monde a son prix, suivant les gens.Nous qui travaillons avec assiduité tant que la journée dure, nous prenons cent fois plus cle plaisir à une promenade comme celle-ci, que les gens qui battent le pavé du matin au soir.” .Les îétiexions philosophiques de notre ami James furent interrompues par les cris joyeux de jeunes enfants cherchant à franchir une barrière qui donnait sur le chemin où se promenaient les deux frères.Ces enfants avaient les mains pleines de bouquets de chèvrefeuille, de roses sauvages et de bluets.Us donnèrent leurs fleurs à une jeune personne qui les accompagnait, en la priant de vouloir bien les tenir pendant qu’ils franchiraient la barrière.James et Frank coururent ofüir leur aide aux enfants, et alors ils reconnurent, dans la jeune personne qui tenait les fleurs, leur sœur Fanny.’ “ Notre sœur Fanny ! s’écria Frank.Par quel heureux hasard est-elle ici ?Il me semble qu’il y a un an que je ne t’ai vue.Nous avons été tous deux chez Mme Hungerford pour te voir, et nous avons été obligés de faire la moitié de notre promenade sans toi; mais, maintenant, nous ferons route ensemble.J’ai mille choses à te dire : voyous, quel est notre chemin 1 Suivons le plus long, je t’en prie.Prends mon bras.Quelle délicieuse soirée !.Mais, qu’as-tu donc ?C est en effet une belle soirée, répondit Fanny avec un peu d’hésitation, et je désire que celle de demain soit aussi belle.Je demanderai à ma maîtresse la permission d’aller à la promenade avec vous demain soir ; mais, pour aujourd’hui, nous ne pouvons rester ensemble, parce que j’ai les enfants à surveiller, et j’ai promis à Mme Hungerford de ne me promener avec personne, quand j’aurais les enfants.—Mais avec ton frère ! dit Frank, un peu contrarié de ce refus.—J’ai promis de ne me promener avec personne ; et mon frère assurément c'est quelqu’un.Ainsi, bonsoir, mon frère, bonsoir, répondit Fanny, essayant de cacher sa contrariété sous un air riant.—Mais quel mal, voyons, puis-je faire aux enfants en me promenant avec toi ?s’écria Frank qui cherchait à la retenir par sa robe.—Je n’en sais rien ; mais tel est l’ordre de ma maîtresse ; et tu sais, mon cher Frank, que je dois lui obéir, tant que je serai chez elle.—Elle a raison, Frank,” dit James.Frank lâcha aussitôt la robe de Fanny.“ Tu as raison, chère sœur, lui dit-il, tu as raison, comme dit James, et moi, j’ai tort : ainsi, bonsoir, bonsoir.Seulement, n’oublie pas de demander pour demain la permission de venir te promener avec nous: car j’ai reçu une lettre de notre père et du frère Georges, et je dois te la montrer.Mais attends cinq minutes, Fanny, et je vais te la lire tout de suite.” Fanny, malgré son désir d’entendre la lecture de la lettre de son père, ne voulut pas attendre, et elle s’enfuit avec les enfants qui lui étaient confiés, disant qu’elle voulait tenir scrupuleusement sa promesse.Frank courut après elle et lui remit la lettre.“ Tu es une bonne fille, ma chère Fanny, digne à tous égards du bien que notre père dit de toi dans sa lettre.Prends-là, enfant ; ta maîtresse ne te défendra pas, je suppose, de recevoir une lettre de ton père.Je ne lui voudrai pas de bien, si elle ne consent pas à te laisser venir avec nous demain soir,” ajouta-t-il tout bas.Les enfants interrompirent Fanny à chaque instant pendant qu elle lisait la lettre de son père.“ Cueillez donc pour moi cette rose sauvage, Fannv.disait l’un.Pencz, je vous prie, ce beau chèvrefeuille, reprenait 1 autre.1 Et faites-nous passer par le pré, en retournant à la maison, pour que je puisse voir les vers luisants, ajoutait le plus petit.Maman me l’a dit ; et., pendant que nous regarderons les vers luisants, vous pourrez vous asseoir sur une pierre ou sur un banc et lire cette lettre tout à votre aise.” Fanny, qui était toujours disposée à accorder aux enfants tout ce que leur mère n’avait pas défendu, y consentit volontiers.Lorsqu ils furent dans le pré, le petit Gustave, le plus jeune des enfants, lui trouva une place très-commode où elle s assit pour lire sa lettre, pendant que les enfants allaient à fa chasse des vers luisants.Fanny lut trois fois de suite la lettre de son père : ceux qui ont le bonheur d’aimer leur père autant qu’elle et d’avoir un père aussi digne d'être aimé, trouveront que cette lettre méritait d être lue plus d’une fois.“ Mes chers enfants, “ c’est une étrange chose pour moi que de vivre sans vous ; mais, avec moi ou loin de moi, je suis sûr que vous vous conduisez bien, et c’est la plus douce consolation qu’un père puisse avoir dans sa vieillesse.Je suis tout joyeux d apprendre que mon cher Frank a, par son propre mérite, trouvé une si bonne place chez cet excellent M.Barlow.Je suis sûr que maintenant il ne déteste plus les procureurs.D ailleurs je suis convaincu qu’il ne pourrait pas détester quelqu un plus d’une demi-heure, malgré tous ses efforts.Grâce à Dieu, aucun de mes enfants n’a été élevé dans des idées de vengeance ou d’envie ; ils ne se disputeront jamais pour des questions d’argent, comme cela se pratique dans beaucoup de familles.Mieux vaut un dîner frugal, assaisonné par l’amitié, qu’un repas somptueux où règne la discorde.Je n’ai pas besoin de prendre la peine d’écrire à chacun de vous en particulier ; mais les vieillards sont causeurs.Moii rhumatisme, cependant, m’empêche de bavarder avec vous autant que je le voudrais.Il me tourmente beaucoup plus qu’à l’ordinaire depuis le jour où j’ai eu.si grand fioid, ayant été obligé d’attendre M.Folingsby avec des habits trempés.Mais j’espère bientôt pouvoir remuer mon bras et être capable de prendre ma part des travaux de notre petite ferme et de seconder votre frère Georges.Pauvre garçon ! il a déjà tant travaillé et il travaille tant tous les jours, que je crains bien qu’il n’aille au delà de ses forces.Il est en ce moment dans le petit champ, vis-à-vis de ma fenêtre, occupé à arracher les mauvaises herbes, et cela lui donne beaucoup de mal.Il en a fait un énorme tas ; mais je souhaite de tout mon cœur qu’il ne travaille pas longtemps ainsi.“ JL désire, mon cher James, que tu ne sois pas trop confiné dans ta boutique, et toi, mon cher Frank, dans ton bureau ; voilà tout ce que je redoute pour vous.Dites à mes bonnes filles que je les aime et que je les bénis.On m’a dit que Mme Hungerford reçoit chez elle beaucoup de beau monde ; ma Fanny, j’en suis certain, aura toujours présents à l’esprit les préceptes et les exemples de sa mère.J’ai entendu dire que Mme Crumpe, la maîtresse de Patty, est d’une humeur difficile, ce qui doit être attribué à son âge et à ses infirmités ; mais ma Patty a un naturel si doux et si aimable, que je défie qui que ce soit au monde de la connaître sans l’aimer.Allons, me voilà fatigué d’écrire.Je suis obligé de tenir ma plume de la main gauche : car mon JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.55 bras droit n’est pas encore débarrassé de mon rhumatisme.James n’est plus là pour écrire sous ma dictée.Dieu vous bénisse et vous conserve, mes chers enfants ! Avec cette consolation, je n’ai point à me plaindre ici-bas.Ecrivez bientôt à “ Votre père affectionné, “ B.Frankland.” “ Voyez, voyez les beaux vers luisants ! ” s’écriaient les enfants, cpii entourèrent Fanny, lorsqu’elle eut achevé la lecture de sa lettre.Il y avait, en effet, dans ce pré une grande quantité de ces insectes, et, réunis par petits groupes sur la terre, ils scintillaient comme des étoiles.Tandis que les enfants contemplaient avec admiration ce ravissant spectacle, leur attention fut distraite des vers luisants par les fanfares d’un cor de chasse ; ils regardèrent autour d’eux et s’aperçurent que le bruit venait du balcon d’une maison qui était à peu de distance de l’endroit où ils se trouvaient.“ Oh ! laissez-nous approcher du balcon, dirent-ils ; nous pourrons écouter plus aisément la musique.” Un violon et une clarinette se faisaient entendre à ce moment.“ Oh ! approchons-nous, répétèrent-ils, en employant toutes leurs forces pour entraîner Fanny près du balcon.—Mes enfants, il se fait tard, dit-elle, il faut nous en retourner bien vite à la maison.Il y a là, vous le voyez, une grande réunion ; tout le monde est à la porte et aux fenêtres.Si nous allons plus près, quelqu’un de cette société voudra certainement vous parler, et vous savez bien que votre maman n’entend pas cela.” Les enfants se turent et se regardèrent d’un air indécis.Mais alors retentit le son d'une timbale, et le petit Gustave ne pouvant plus résister à sa curiosité de voir et d’entendre de plus près cet instrument, s’échappa des mains de Fanny et courut du côté de la maison en criant : “ Je veux aller écouter, moi ; je veux voir aussi ! ” Fanny fut obligée de courir après lui jusqu’au milieu de de la compagnie ; l’enfant s’était dirigé vers un jeune officier qui le prit dans ses bras en disant : “ Voilà ma foi, un joli petit garçon, un soldat, ma foi, à quelques pouces près ! Oui, certes, il verra le tambour, et il en battra ; je voudrais bien voir qui dirait le contraire.” En disant ces mots, le jeune homme emporta Gustave sur le perron de l’escalier qui conduisait au balcon.Fanny, dans une grande anxiété, courut après lui, le priant de ne pas garder l’enfant qui avait été confié à ses soins.Sa maîtresse, disait-elle, serait extrêmement mécontente si elle désobéissait à ses ordres.L’air aimable de Fanny, sa contenance modeste en regardant le balcon, les larmes qui roulaient dans ses yeux, intéressèrent à sa cause plusieurs personnes, qui s’écrièrent : “ Allons, c’est assez, Bloomington ! rends-lui le petit garçon ; il ne serait pas bien de l’exposer au mécontentement de sa maîtresse.—Oh ! oui, oui, s'écria le petit Gustave en s’échappant des bras de l’officier.Je ne veux plus voir la timbale ; je veux m’en aller tout de suite à la maison.” Et l’enfant descendit l’escalier en courant, prit la main de Fanny et marcha à ses côtés avec toute la fierté d’un héros dont le grand cœur a su vaincre ses passions.Le petit Gustave était vraiment un généreux enfant.Son premier soin en rentrant à la maison fut de raconter à sa mère tout ce qui s’était passé dans la soirée.Mme Hungerford écouta, son fils avec satisfaction et lui dit : “ Je ne pourrais te donner une plus belle récompense, mon enfant, que de récompenser cette jeune fille elle-même.La fidélité, avec laquelle elle a exécuté mes ordres, la place, dans mon opinion, audessus de la condition où elle est née.A partir de ce jour, elle occupera dans ma maison la position à laquelle lui donnent droit sa sincérité, sa grâce et son bon sens.” Désormais Fanny, pour complaire à Mme Hungerford, assista à toutes les leçons des enfants.Sa maîtresse lui conseilla de s’appliquer à apprendre tout ce qu’il est nt ile de savoir pour devenir une bonne institutrice de jeunes demoiselles.Cette fière, mais bienveillante dame lui disait : “ Quand vous parlez, votre langage est en général choisi et correct, et vous pourrez sans peine former vos manières et développer vos talents.Je dois, du reste, vous en faciliter les moyens à cause des bons soins que vous donnez à mes enfants, et je suis heureuse de récompenser mon fils Gustave de la façon qui, j’en suis certaine, lui sera le plus agréable.—Et, maman, dit le petit garçon, ne pourra-elle aller quelquefois se promener avec ses frères?car je crois qu’elle les aime autant que je chéris mes sœurs.” Mme Hungerford permit à Fanny de se promener une heure chaque matin, pendant que ses enfants étaient avec le maître à danser.Alors elle put sortir tantôt avec James, tantôt avec Frank, suivant que l’un ou l’autre pouvait disposer de son temps ; et ils firent ainsi de délicieuses promenades.Combien ils goûtaient le bonheur d’avoir été élevés dans une si parfaite amitié les uns pour les autres ! Cette amitié faisait alors la joie de son existence.Quant à la pauvre Patty, elle regrettait de ne pouvoir se joindre à ces aimables réunions ; mais, hélas ! elle était si utile, si agréable, si indispensable à sa maîtresse infirme, qu’il lui était impossible de quitter un moment la maison ! “ Où est Patty ?Pourquoi Patty ne fait-elle pas cela ?” étaient les questions incessantes de Mme Crumpe, chaque fois que la jeune fille s’absentait.Toutes les affaires de la maison retombaient sur les bras de Patty, parce que personne ne faisait rien aussi bien qu’elle.Mme Crumpe trouvait que personne ne l’habillait aussi bien que Patty ; personne aussi bien que Patty ne faisait son lit de façon à ce qu’elle pût dormir ; personne ne savait faire la gelée, le bouillon et le lait de poule à son goût aussi bien que Patty ; personne enfin ne savait rôtir, bouillir ou cuire au four aussi bien que Patty.Bref, Patty était obligée de tout faire.Le repassage des bonnets de Mme Crumpe, qui avaient des garnitures plissées avec une délicatesse exquise, devint aussi le partage de Patty ; un jour que la blanchisseuse était malade, Patty en avait plissé un avec tant de goût, que sa maîtresse ne voulut plus dès lors porter que des bonnets plissés par elle.Or, Mme Crumpe changeait de bonnet, ou plutôt on la changeait de bonnet trois fois par jour, et jamais elle ne portait deux fois le même.(Traduit de l’anglais de miss Edgeworth.) (La suite au prochain numéro.) EDUCATION.DU VERITABLE FONDEMENT DE LA DISCIPLINE.m.GOUT POUR L’INSTRUCTION ET ATTRAIT POUR L’ECOLE.(Suite.) Le dessin plaît à tous les enfants ; ils aiment tous à tenir un crayon, à tirer des lignes, à tracer des figures; à défaut de crayon, ils se servent de charbon et salissent les murs.Ce penchant devient même une cause de désordre, et, par suite, de mécontentement, de reproches et de punitions.Au lieu d’abandonner ce penchant à lui-même, servons-nous-en, 56 JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.dirigeons-le ; il deviendra un puissant secours pour nous et une ressource pour nos élèves, dans presque toutes les situations de la vie.Nous aurons là un nouveau moyen d’occuper les enfants et de varier agréablement les exercices de l’école.Ceux qui auront tenu un crayon et dessiné en classe, ne griffonneront plus sur les murs.Ne disons pas à ce sujet que le dessin est coûteux : c’est une erreur ; il faut commencer par l’ardoise, et l’ardoise, que tout élève devrait avoir, dure longtemps.Ne disons pas non plus que nous ne connaissons pas le dessin, que nous ne l’avons jamais étudié.Etudions-le : le dessin linéaire s’apprend tout seul : il ne faut que de la bonne volonté ; en huit jours, nous en saurons assez pour guider nos élèves et leur faire tracer leurs premières figures.Si nos lignes ne sont encore ni bien droites ni bien pures, elles le seront toujours plus que celles de nos élèves, et nous en saurons assez pour redresser les leurs.A mesure qu’ils apprendront, nous apprendrons avec eux ; notre intelligence et notre bonne volonté nous feront toujours dévancer leurs faibles progrès.Enfin, à cette étude pratique du calcul, de la géographie, du dessin, à ces exercices de toisage, de pesage, de mesurage, à toutes ces choses, enfin, qui intéressent les enfants, parce qu’ils en comprennent l’utilité, et qu’elles leur montrent que l’instruction est bonne à quelque chose ; qui leur plaisent, en outre, parce qu’au travail de l’esprit elles associent l’activité du corps, ce besoin de leur âge, ajoutons des notions sur tout ce qui est à la portée des enfants, des leçons sur les objets sensibles dont nous avons déjà cherché à faire comprendre les avantages, et pour lesquelles nous nous proposons de donner encore des directions en fournissant de nouveaux exemples.L’enfant n’aime pas notre enseignement, parce qu’il est trop abstrait ; il est distrait, inatteiitif, pendant que nous parlons, parce qu’il a de la peine à arrêter son esprit sur ce que nous disons.Au lieu de gronder, de crier et de punir, fixons son attention en arrêtant ses regards sur des choses qu’il peut voir et toucher.Le premier objet venu pourra, comme nous l’avons montré, devenir la matière d’une leçon pleine d’attrait, où toutes les facultés de l’enfant seront en jeu, où nous lui apprendrons à observer, à juger, à comparer, à découvrir des causes, à tirer des conséquences, à chercher des applications.A propos de la moindre chose, nous donnerons une foule de notions utiles, sans science, sans apprêt de notre part, rien qu’avec ce que nous savons tous et que l’enfant ignore.En même temps, en lui faisant voir quelle idée imparfaite il a des choses qu’il croit connaître, parce qu’il les voit tous les jours, nous lui ferons comprendre encore mieux à quoi l’instruction est utile.Ces leçons sur des objets sensibles, et sur toutes choses, ont encore, au point de vue qui nous occupe, une grande utilité dont nous parlerons, la prochaine fois, en complétant ce sujet.Bornons-nous à faire remarquer, en terminant, quel attrait doivent répandre sur l’enseignement de l’école des leçons dépouillées d’un côté de l’aridité de l’instruction ordinaire, et d’un autre, apprenant aux élèves à se rendre compte de tout ce qui les entoure, et leur fournissant un savoir dont chaque jour ils apportent la preuve dans leur famille.Nous savons tous, par expérience, que le plus difficile dans l’enseignement est de donner aux élèves du goût pour une chose.Une fois que l’enfant en a conçu pour une étude, il ne tarde pas à en avoir pour les autres.Varions donc notre enseignement, ce sera le moyen d’arriver à inspirer ce goût pour une chose qui doit devenir plus tard un goût général pour l’instruction.Quand la majorité de nos élèves aura ce goût, nous aurons fait immensément pour la discipline.Il y aura cependant encore quelque chose à faire: il s’agira de les occuper.— IV.OCCUPATION CONSTANTE DES ÉLÈVES.Dans les conseils que nous avons donnés jusqu’à présent relativement à la discipline dans les écoles, il n’y a pas un mot des moyens à l’aide desquels on cherche ordinairement à la fonder ou à l’entretenir ; nous n’avons ajouté aucun moyen disciplinaire proprement dit à ceux qui sont en usage, et qu’on voudrait renforcer, parce qu’on les trouve impuissants.Quelques personnes seraient peut-être tentées de s’en plaindre.Elles auraient voulu que nous fissions connaître quelque récompense bien tentante à ajouter à celles qu’on donne habituellement aux élèves, quelque punition bien redoutable pour augmenter la liste de toutes celles qu’on leur inflige, de nouveaux moyens d’émulation plus efficaces que ceux qu’on emploie.Nous n’aurions pas demandé mieux, et nous nous serions occupé de ces différents sujets, si nous avions pensé que la question dût être prise de ce côté.Mais ceux qui attachent tant d’importance à ces ressources disciplinaires nous paraissent être dans l’erreur.Us s’arrêtent à l’accessoire et oublient le principal ; ils s’occupent des détails de l’édifice, avant d’en avoir posé les bases.Telle n’a point été notre intention.Nous ne dédaignons pas ces détails, tant s’en faut ; nous les considérons même comme ayant une véritable importance en éducation ; aussi, nous proposons-nous de les examiner plus tard avec le soin qu’ils méritent.Mais enfin, ce sont des détails.Avant de s’occuper des moyens d’entretenir ou de rétablir la discipline dans une école, en réprimant ou prévenant ce qui vient la troubler, la première chose est de la fonder.Voilà ce que nous nous sommes efforcé de faire dans la mesure de nos forces, et ce que nous nous proposons d’achever aujourd’hui.Mais, diront peut-être encore quelques personnes, dans tout ce que vous dites, tout est pour l’instituteur, rien pour l’élève ; ce que vous demandez, ce sont de nouveaux soins, de nouveaux efforts de la part du maître, une plus grande sollicitude, de nouvelles leçons, un enseignement plus varié, plus agréable.Vous voulez diminuer la tâche de l’élève et la rendre plus facile, et vous augmentez celle du maître.Il est vrai ; mais nous avouons ne pas savoir faire autrement.Nous avons pratiqué l’enseignement, et nous avons médité sur l’éducation pendant bien des années ; nous avons lu aussi bien des volumes sur ce sujet, et jamais, dans notre pratique et dans nos réflexions , nulle part dans nos lectures, nous n’avons trouvé de véritables moyens d’éducation , qui agissent seuls et, pour ainsi dire, sans le concours du maître.Nous nous sommes convaincu que, toujours et partout, dans cette carrière comme dans toutes les autres, il faut avant tout payer de sa personne.N’exagérons rien pourtant, et, dans notre dépit de ne pas trouver quelque expédient pour nous débarrasser du fardeau, en le rejetant sur les élèves, n’allons pas croire que, dans ces efforts pour fonder la discipline , toutes les peines sont pour nous et le profit pour les enfants.Qu’est-ce qui -fatigue le plus aujourd’hui les maîtres 1 Qu’est-ce qui fait leur ennui, leur désespoir ?N’est-ce pas le bruit, le trouble et le désordre qui régnent dans la classe 1 N’est-ce pas l’indiscipline des élèves; la nécessité de les reprendre, de les gronder et de les punir sans cesse ; la peine qu’on trouve à les instruire, à cause de leur légèreté, de leur inattention, de leur défaut de goût pour le travail 1 Eh bien ! si, à l’aide de quelques études préparatoires ; si, par des soins non pas plus étendus, mais plus intelligents , nous parvenons à répandre de l’intérêt sur l’enseignement et à donner ainsi le goût de l’étude ; si par là nous augmentons l’application et l’assiduité des élèves ; si nous obtenons plus d’attention pendant les leçons, plus d’ardeur au travail, et par suite des progrès plus rapides, avec moins de bruit en JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.57 classe, avec plus d’ordre et de silence, n’aurons-nous pas acheté un soulagement et une satisfaction extrêmes, au prix d’une légère peine préliminaire ?Le bénéfice ne sera-t-il pas pour nous au moins autant que pour nos élèves ?Qu’on le remarque bien : les élèves auront mis du leur dans ce résultat.Si nous avons préparé les voies, ils y marchent et nous suivent.Si nous avons moins besoin de nous fatiguera reprendre et à punir, si nous sommes retenus moins longtemps sur les mômes matières, si nous avons moins besoin de revenir sur des explications et des avis cent fois donnés , c’est que nos élèves sont moins bavards, moins dissipés, moins bruyants ; c’est qu’ils sont plus attentifs, plus laborieux, plus appliqués ; c’est qu’ils se sont plus contraints pour vaincre les défauts naturels à leur âge.Nous avons fait des efforts, mais ils en ont fait de leur côté ; et, après tout, les leurs l’emportent sur les nôtres, car nous avons pour nous aider l’intelligence et la raison.Nous ne prétendons d’ailleurs diminuer en rien le mérite des instituteurs qui parviennent à maintenir la discipline dans leur classe, en y entretenant l’activité et le travail.Nous nous dissimulons encore moins la peine qu’ils ont à prendre pour arriver à ce résultat.Cette peine est énorme dans la plupart des écoles ; nous ne craignons pas d’employer ce mot, parce qu’il n’est que l’expression de la vérité.Ceci nous amène à parler du dernier point que nous avions à traiter dans cette étude, point qui nous arrêtera peu aujourd’hui, parce que nous ne l’envisagerons que d’une manière générale, l’importance même de la question nous faisant un devoir de l’étudier prochainement dans des articles séparés.Le plus grand obstacle au maintien de la discipline dans une école est le défaut d’occupation d’une grande partie des élèves.C’est un obstacle immense, et ce que nous avons conseillé jusqu’ici ne suffirait pas pour le vaincre, nous ne faisons aucune difficulté de le reconnaître.Pour se faire une idée de la grandeur de cet obstacle , il faut avoir vécu dans les écoles ; il faut avoir vu les instituteurs aux prises avec les difficultés de leur tâche.Il faut avoir vu, dans les quatre cinquièmes au moins des écoles primaires, le maître, entouré de cinquante à soixante élèves, de l’âge de six à treize ou quatorze ans, depuis l’enfant qui ne connaît pas encore une lettre, qui même sait à peine parler, parce qu’il est resté jusque-là sans culture, et qui, pour la première fois, quitte le toit paternel et échappe aux soins et aux caresses de sa mère, jusqu’à celui qui, achevant de parcourir le cercle de l’instruction de l’école et devant bientôt la laisser afin d’embrasser un état, réclame pour les besoins de son âge et de sa profession future un enseignement substantiel et approfondi ; il faut l’avoir vu seul pour instruire tous ces élèves, d’âges, de dispositions , d’intelligences , de caractères et même de sexes différents ; obligé de passer continuellement d’une division à une autre, d’une leçon d’une certaine nature à une leçon d’une nature différente , devant aborder dans la même journée une même branche d’instruction sous trois ou quatre aspects différents, selon l’âge de ceux à qui il s’adresse ; obligé de se faire humble avec les petits, et, l’instant d’après, d’élever le même enseignement au niveau de l’intelligence des plus avancés ; torturant son esprit pour se faire tout à tous, pour être toujours à la portée de chaque élève, même dans une seule division ; sans cesse préoccupé, non-seulement de ce qu’il dit à ceux qui l’écoutent, mais encore de ce qu’il va dire à ceux qui l’attendent : préparant, en quelque sorte, une leçon tandis qu’il en fait une autre ; attentif à se renfermer dans les limites du temps voulu, et, pendant qu’il parle, l’œil, pour ainsi dire, fixé sur la pendule, parce que cinq minutes données en trop à la leçon présente sont autant d’enlevé à la leçon qui doit suivre, et que l’oisiveté d’une division va s’ajouter à la lassitude d’une autre ; puis, tandis qu’il tend son esprit pour expliquer ce qu’il démontre afin de le faire saisir par des intelligences rebelles, ou pour suivre dans leur travail ou leurs réponses un groupe d’enfants, afin de relever leurs erreurs et de les redresser, obligé d’avoir l’œil à tout, d’épier le moindre bruit, de surveiller tous les élèves daDS tous les coins de la classe, de réprimander l’un, d’exciter l’autre, de répondre à celui-ci, de renvoyer celui-là à sa place, forcé, en un mot, de s’interrompre vingt fois dans une leçon d’un quart d’heure ; il faut avoir passé par ces difficultés ou du moins y avoir bien réfléchi pour en comprendre toute l’étendue.Ces difficultés sont immenses, nous le répétons, et nous devons être pleins d’estime et de reconnaissance pour ceu.qui, à force d’intelligence, de zèle et de dévouement, parviennent à les surmonter.Mais aussi nous ne devons pas être surpris si beaucoup n’y réussissent que d’une manière très imparfaite, si beaucoup même y échouent.Dans cette diversité d’âges, d’intelligences et de degrés d’instruction, est le grand obstacle au maintien de la discipline, parce qu’il est énormément difficile pour un seul homme de tenir occupés tant d’élèves dont un bon nombre sont encore trop peu avancés pour pouvoir se livrer à aucun travail.Or, l’inoccupation de ces élèves est la grande cause du désordre dans la plupart des écoles ; elle a sur la marche de toute la classe l’influence la plus fâcheuse.Mais comment occuper de jeunes enfants qui ne savent pas lire, qui ne connaissent peut-être pas encore leurs lettres, qui ne sont même pas en état d’étudier dans le syllabaire qu’on leur met dans la main, et qu’ils usent et tortillent entre leurs doigts, ne pouvant pas en faire autre chose ?Quand le maître leur aura consacré une demi-heure ou une heure de leçon dans la journée, quel travail leur donner, pendant qu’il instruira les autres divisions?Aucun, dans l’état actuel de l’enseignement de la plupart des écoles.Aussi, voyez la conséquence : ces enfants sont en proie à un ennui mortel ; l’école devient pour eux un sujet d’aversion.Peut-être, malgré toute la bonne volonté du maître, conser-vera-t-elle ce caractère dans les années suivantes.Comment l’école marcherait-elle avec un pareil état de choses ?Malgré tous les efforts, malgré eux-mêmes, ces jeunes enfants, ainsi oisifs pendant la plus grande partie de la journée, sont nécessairement, selon leur caractère et leur tempérament, bavards, dissipés, bruyants, taquins, tapageurs ; ils se remuent sur les bancs, s’étendent sur les tables, quand ils en ont, se couchent ou se traînent par terre, quand ils n’en ont pas.Le maître, occupé ailleurs, s’interrompt à chaque instant pour les rappeler à l’ordre ; il gronde, il crie, il menace, il punit ; il est obligé de quitter sa place pour séparer des enfants qui se disputent ou se battent, pour mettre les uns ou les autres en pénitence.Tandis que les jeunes enfants font ainsi du bruit, ils portent les plus âgés à en faire, parce que le bruit des uns couvre la voix des autres.D’ailleurs, ceux-ci sont rarement occupés comme ils devraient l’être : la première division seule a habituellement assez de travail ; les autres en manquent presque toujours, ou du moms elles n’ont pas un travail assez intéressant ni assez varié pour- s’y livrer avec intérêt.Le moindre dérangement du maître devient alors pour ces élèves un encouragement naturel à la dissipation.Pendant qu’il est occupé à faire une leçon, il est sans cesse forcé de s’arrêter pour gronder les petits ; ceux qu’il instruisait attendent alors et restent oisifs, ils profitent naturellement de l’occasion pour causer et se distraire.L’habitude du bavardage et de la dissipation s’introduit bientôt dans toute la classe, et Dieu sait quelle peine il faut ensuite pour la faire perdre ! Mais quel remède apporter aux inconvénients qui résultent ainsi de l’oisiveté d’une partie des élèves ?Un seul : un bon emploi du temps.Il faut, par une bonne organisation de l’enseignement dans les écoles, par un heureux choix d’études et surtout d’exercices, par une bonne classification des élèves, par une intelligente répar- 58 JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.tition du travail, et par une distribution bien raisonnée des heures de leçons et d’étude, il faut arriver à tenir tous les élèves en haleine, à faire que pas un d’eux ne reste un instant oisif pendant la durée de la classe.En dehors de la crainte, il n’y a pas d’autre moyen pour maintenir la discipline dans l’école, et la crainte, nous le savons par expérience, n’est qu’un moyen insuffisant, un palliatif.Mais comment organiser un bon emploi du temps, vont dire encore bon nombre d’instituteurs ?Nous l’avons essayé bien des fois, et nous n’y avons jamais réussi d’une manière complète.Rien n’est, en effet, aussi difficile que d’établir un bon emploi dans les écoles primaires, surtout dans celles qui sont dirigées par un seul maître, c’est-à-dire, dans le plus grand nombre.Aussi, ne doit-on pas être surpris s’il y en a si peu où l’on ait réussi.Mais comme nous comprenons l’importance de la question pour les élèves et pour les maîtres, la première chose que nous ferons sera d’examiner les moyens d’arriver à un bon emploi du temps et à une organisation régulière de l’enseignement dans les écoles.Nous espérons ainsi venir en aide aux instituteurs, et témoigner de l’intérêt que nous portons à leurs fonctions en diminuant, autant qu’il dépendra de nous, les difficultés de leur tâche.Si nous réussissons à généraliser dans les écoles un emploi du temps approuvé par l’expérience, nous croirons avoir beaucoup fait pour la discipline.Que si, dans cette question de la discipline, nous avons surtout envisagé celle de la classe, le travail, l’ordre et le silence, c’est parce que c’est la plus importante dans les écoles primaires, où les enfants ne sont guère que pendant le temps des classes.Le reste est plus une affaire d’éducation que de discipline.D’ailleurs, quand on a obtenu la discipline dans la classe, on a fait un grand pas.Si on est parvenu à faire que les élèves soient laborieux, appliqués, silencieux, rangés, obéissants et dociles, c’est qu’on leur a donné du goût pour le travail, et qu’on leur a rendu l’école agréable ; c’est qu’on leur a inspiré cette affection qui dispose à écouter les avis et les conseils ; c’est qu’on les a animés de ce bon esprit, qui est à la fois la preuve de l’influence qu’on a exercée sur eux, et le gage de ce qu’on pourra obtenir plus tard.Il y a certainement beaucoup à espérer d’élèves ainsi préparés ; nous les avons acheminés dans la bonne voie, il n’y a plus qu’à les y maintenir.Nous avions donc raison de dire en commençant que la question de la discipline dans les écoles était en grande partie une qnestion d’enseignement et de méthodes.La conclusion de tout ce qui précède, c’est aussi que le fondement de la diseipline est presque tout entier en dehors des moyens où l’on va le chercher habituellement : il est principalement dans des choses qu’on est accoutumé à considérer comme y étant étrangères.On veut inspirer la crainte, et il faut aimer et se faire aimer.On fait de l’école une séjour d’ennui, un lieu de répulsion, et il faut en faire un séjour plein d’attrait pour les élèves ; il faut les y attirer et les retenir en les intéressant et les captivant.On veut qu'ils soient tranquilles, paisibles, silencieux, qu’ils ne troublent pas la classe, et une grande partie d’entre eux restent pendant la moitié du jour inoccupés, oisifs, en proie à un ennui mortel, et cependant privés du mouvement nécessaire à leur âge.Pour réussir, il faut presque en tout prendre le contre-pied de ce qui se fait habituellement.Si donc nous voulions résumer les meilleurs moyens de fonder la discipline dans une école, nous le ferions dans ces trois mots : aimer les enfants, les intéresser et les occuper.— Bulletin de l'Instruction Primaire.-A.VIS OFFICIELS.3 Mars 1857.Bureau des Examinateurs Catholiques du District de Montreal.MM.Jacques Goussaye et William M.Ilarty et Dlle Marie Marguerite Blanchard, ont obtenu des diplômes les autorisant à enseigner dans les écoles-modèles ou écoles primaires supérieures.MM.Joseph Robillard, Amédée Gagnon, André Riberdi, Michel Caron, Elie Martel, Etienne Arnault, David Halde ; Mesdames Louis S.Beau-douin, née Clémence Robillard et François X.Audet, née Célina Sabourin ; et Mlles E.Sophie Bélanger, Vitaline Surprenant, Marie Phi-lomène Ilas-tigny, Marguerite Vigean Taupier, Albina Edwidgc Boulay, Céleste Dubuc, Eugénie Raby, Vénérance Monty, Anna Gagnon, Marie Lia Latour, Marie Eloïse Lefebvre et Amélie Paré, ont obtenu des diplômes les autorisant à enseigner dans les écoles élémentaires.Mlle Boulay a subi l’examen avec un succès distingué.Bureau des Examinatrurs Catholiques du District de Quebec.MM.Charles Adolphe Maillard, Alexis Clet Paradis et Patrick Love ; et Mlles Rose Leclerc, Domitilde Paquet, Marie Rosalie Blais, Mario Malvina Joséphine Mercier, Léocadie Langlois et Marie Odile Vallerand, ont obtenu des diplômes les autorisant à enseigner dans les écoles élémentaires.Bureau des Examinateurs du District des Trois-Rivieres.M.Basile Théroux et Dlle Apolline Desaulniers, ont obtenu des diplômes les autorisant à enseigner dans les écoles-modeles ou primaires supérieures.M.Pierre Jean Mathon ; et Dlles Farmélie Hébert, Georgina Bourque, Philomène Poirier, Georgina Hébert, Marie Louise Elisa Rivard, Josephte Elmire Gélinas, Alexandrine Elmire Turcotte, Marie Dorothée Lacerte, Marie Louise Marchand, Marie Marthe Carpentier et Olivine Buisson, ont obtenu des diplômes les autorisant à enseigner dans les écoles élémentaires.Erection de Municipalité’ Scolaire.Son Excellence, le Gouverneur Général, a bien voulu approuver l’érection en municipalité scolaire séparée de la Grosse Ile, dans le comté de Montmagny.aux institutrices.Le bureau des examinateurs catholiques de Montréal tiendra une séanco spéciale pour l'examen des institutrices seulement, le 29 mai prochain, à 9 heures A.M., dans la maison des Frères des écoles chrétiennes, rue Vitré.F.X.Valade, Secrétaire.DELEGUES POUR L’EXAMEN DES CANDIDATS A L’ETUDE AUX ECOLES NORMALES.M.Emile de Fenouillet, professeur à l’école normale Laval, est nommé délégué de M.le Principal en son absence.M.Petrus Hubert, inspecteur des écoles, est nommé délégué de M.le Principal de l’école normale Jacques-Cartier et de M.le Principal de l’école normale Laval pour la ville et le district des Trois-Rivières.MM.les inspecteurs Tanguay, Martin et Meagher sont aussi nommés délégués de M.le Principal de l’école normale Laval pour leurs districts d’inspection respectivement.AVIS 33IVEH.S.inauguration de l’ecole normale laval.—L’inauguration de l’école normale Laval aura lieu à Québec, Mardi, le douze Mai prochain, à deux heures de l’après-midi, dans la grande salle de l’école.MM.les inspecteurs d’école, les membres des bureaux des examinateurs et les instituteurs sont particulièrement invités à y assister.CONFERENCE DES INSTITUTEURS DE LA CIRCONSCRIPTION DE L’ECOLE NORMALE laval.—Il se tiendra dans la grande salle de l’école normale Laval, à Québec, Mercredi, le treize Mai prochain, à onze heures du matin, une conférence des instituteurs de la circonscription de cette écolo.Le soir, à sept heures, il leur sera offert une collation au même lieu.SECONDE CONFERENCE DE L’ASSOCIATION DES INSTITUTEURS DE LA CIRCONSCRIPTION de l’ecole normale Jacques-Cartier.—La seconde conférence de cette association aura lieu, dans la salle des cours publics de l’école normale Jacques-Cartier, lundi, le premier jour de juin prochain, à dix heures du matin.Il y sera proposé un projet de reglemens généraux, et des lectures seront faites par MM.les professeurs de l’école normale et par plusieurs instituteurs. JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.59 JOURNAL DE INSTRUCTION PUBLIQUE.MONTREAL, (BAS-CANADA,) MARS 1857.tCy” La publication do la seconde livraison du Lower Canada Journal of Education se trouve retardée par l’artiste à qui nous avons confié l’exécution d’une gravure représentant la séance d’inauguration de l’école normale McGill.La quatrième livraison du Journal de VInstruction Publique contiendra le commencement d’une série d’articles sur l’architecture scolaire, expressément écrits pour le Bas-Canada, et accompagnés de plans et de devis.L’abondance des matières à insérer dans cette livraison nous a fait publier un supplément de huit pages.Inauguration «les Ecoles Normales, McGill et Jacques Cartier, La population de la ville et du district de Montréal a vu avec la plus vive satisfaction l’inauguration de ces deux écoles ; et, si l’on en croit la presse du Bas-Canada sans distinction de croyance religieuse ni de parti politique, l’effet produit par les fêtes qui ont célébré cet événement sera des plus heureux sous tous les rapports.L’école normale Jacques-Cartier a maintenant vingt-quatre élèves-maîtres à l’étude, et trente noms, inscrits sur le rôle des demandes d’admission.Les vingt-quatre élèves sont tous internes.Quatorze d’entr’eux sont boursiers ; les autres paient eux-mêmes toute leur pension.Cinq sont des instituteurs qui viennent se perfectionner dans l’art de l’enseignement.Ils ont trouvé des suppléans et ont obtenu de MM.les commissaires d’école la permission de s’absenter.Quelques uns ont fait les plus grands sacrifices pour se mettre en état de répondre à l’appel du gouvernement.L’école-modèle annexe a maintenant plus de quatre-vingts élèves et, pour pouvoir suffire aux nouvelles demandes, il a été jugé nécessaire de jeter dans la salle de l’école les deux petites chambres de répétition et de se servir de la grande salle des cours publics pour cet objet.A l’école normale McGill, il y a maintenant sept élèves-maîtres du sexe masculin et 19, du sexe féminin.Dès que le pensionnat de filles de l’école normale Jacques-Cartier pourra être ouvert, il n’est pas douteux, d’après le nombre de jeunes personnes qui nous ont écrit à ce sujet, qu’il s’y trouvera autant d’élèves que l’on pourra en admettre.luauguiation de l’Ecole Normale Jacques Cartier.Mardi,trois mars, à onze heure du matin,M.le Surintendant et MM.les officiels du département, M.le principal et MM.les professeurs de 1 école normale, reçurent, dans l’ancien hôtel du gouvernement, les membres du clergé, les amis de l’éducation et les dames qui désiraient assister à 1 inauguration de 1 école normale.On commença par faire la visite de l’établissement dont nous allons donner une courte description.La salle du conseil de l’instruction publique est située près du bureau du Surintendant ; elle contient une partie de la bibliothèque.La salle de la bibliothèque est à droite : il se trouve sur ses rayons près de 2000 volumes.Le reste de la façade de l’ancien hotel du gouvernement est occupé par les autres bureaux et par le dépôt de livres.Le dortoir, les appartemens du principal et du maître-d’étude et le lavabo se trouvent dans l’étage au-dessus.Les hts des élèves sont tous en fer, et rien n’a été épargné pour donner a cette partie de la maison une bonne ventilation et un aspect de propreté et de gaîté.On communique des dortoirs, par un chemin couvert, sur le toit du vieil édifice, à l’aile neuve où se trouve l’école normale.Deux vastes appartemens, la salle de récréation et la salle d’étude, et trois autres chambres plus petites, la chapelle, la salle de musique et la salle des professeurs forment le troisième étage.Au second, se trouvent les deux classes de l’école normale, le laboratoire, le bureau du principal et le parloir des élève6-maîtres.Les classes sont bien éclairées, et meublées de sièges et de pupitres à supports en fer semblables à ceux de l’école normale de Toronto.Les murs sont couverts de tableaux noirs, des planches de physique de Johnson, et de cartes de géographie.On y remarque aussi des globes, un superbe planétaire de quatre pieds de diamètre, un jeu d’instrumens de mécanique et plusieurs autres objets nécessaires à l’étude des sciences.Le laboratoire possède un fourneau chimique recouvert d’une hotte en tôle, et les vitrines sont remplies de toutes les cornues et de tous les vases et les instruments nécessaires à l’étude de la chimie.Au premier étage, se trouvent la salle de l’école-modèle et la grande salle des lectures publiques ou amphithéâtre.Le rez-de-chaussée est occupé par les cuisines, les réfectoires et les appartements du concierge.La cérémonie de l’inauguration eut lieu dans l’amphithéâtre.La plateforme, sur laquelle se placèrent le principal, les professeuie et les élèves de l’école normale, les inspecteurs d’école, les officiers du département et le Surintendant, était ornée de bannières et de diverses décorations qui, grâces à l’habileté de M.Coulon, chargé de cette partie de la fête, produisaient le plus bel effet.La bannière principale de la société St.Jean-Baptiste portant, par une heureuse coincidence, la devise de ce journal : “ Rendre le peuple meilleur, ” occupait le centre ; la riche bannière des marchands de Montréal et celle de l’institut-Canadien, se trouvaient de chaque côté.Des sièges d’honneur, dans l’auditoire, étaient occupés par NN.SS.les Evêques de Montréal et de Cydonia, Son Excellence, le Commandant des Forces, et un grand nombre de Dames, de citoyens de Montréal et de membres du clergé.Parmi ces derniers, se trouvaient M.Granet, supérieur du séminaire de St.Sulpice, et plusieurs prêtres de cette vénérable maison ; le Rév.Père Martin, supérieur, et plusieurs professeurs du collège Ste.Marie ; le Rév.Père supérieur des Oblats et plusieurs ecclésiastiques de cet ordre ; plusieurs chanoines de la cathédrale ; M.le grand vicaire Raymond, du collège de St.Hyacinthe ; M.le grand vicaire Mignault, supérieur du collège de Chambly ; M.Tassé, supérieur du collège de Ste.Thérèse ; M.Crevier, supérieur du collège de Ste.Marie de Monnoir ; M.Lahaie, directeur des clercs de St.Viateur ; M.le directeur du collège de Varennes ; M.St.-Germain, curé de St.Laurent ; M.Porlier, curé de la Pointe-aux-Trembles et un grand nombre de MM.les curés des paroisses voisines de Montréal.Parmi les citoyens, on remarquait Son Honneur le Maire de Montréal, et pas moins de quatre de ses prédécesseurs : M.le Commandeur Viger, l’Honorable M.Bourret, l’Honorable M.Ferrier, et M.Wolfred Nelson.Sur la plateforme se trouvaient aussi M.le principal Dawson, les professeurs de l’école normale McGill, et MM.les inspecteurs d’école Child, Lanctôt, Hume, Béland, Pain-chaud et Dorval.A la demande du président, Mgr l’Evêque de Montréal dit qu’il allait ouvrir la séance par une prière ; mais que, la foule étant si grande, il allait s’agenouiller seul pour tout le monde ; ce qu’ayant fait, le pieux prélat récita d’une voix émue le Veni Sancte et l’Ave Maria.Un chœur d’amateurs, dirigé par M.Labelle, professeur adjoint de l’école, qui tenait le piano, chanta le motet Ecce qudrn bonum, qui fut bientôt suivi du chant national “ A la Claire Fontaine.” Le Surintendant prononça ensuite le discours d’inauguration dans les termes suivants : Mes Seigneurs et Messieurs, Avant toute autre chose, je crois devoir vous lire une lettre de Son Excellence, le Gouverneur Général : Toronto, Hôtel du Gouvernement, 6 février 1857.Monsieur,—J’ai reçu votre lettre du 5 du courant, m’invitant à être présent, le 3 de mars prochain, à l’inauguration des deux écoles normales de Montréal.Malheureuscmeni, la session du Parlement, qui commence le 28 février, rend ma présence nécessaire à Toronto, comme il m’est impossible de m’absenter même pour peu de jours à cette époque.Je le regrette d'autant plus que j’apprécie vivement l’utilité des institutions qui vont être ouvertes au public, et que je rends pleine justice au zèle que vous avez montré pour leur parfaite organisation.J’ai l’honneur d’être, Monsieur, Votre obéissant serviteur,' Edmund Head. 60 JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.Je dois ajouter que le premier ministre, l’Honorable Colonel Taché, l’Honorable M.Cartier, procureur général, et l’Honorable M.Lemieux, commissaire des travaux publics, m’ont chargé de faire connaître à l’assemblée le vif désappointement qu’ils éprouvent, en se voyant retenus loin d’ici par leurs devoirs officiels.D’autres membres de la législature, et mon digne prédécesseur, le docteur Meilleur, m’ont écrit dans le même sens.Il n’est pas étonnant que ces personnages distingués accordent autant d’attention à ce qui se passe dans ce moment.Pour vous, citoyens de Montréal, surtout, cet évènement est de la plus haute importance.Il marquera dans les annales des progrès rapides qu’a faits votre riche et florissante cité.Pour bien comprendre toute l’importance de ces progrès, pour apprécier parfaitement ce qui se passe aujourd’hui, il suffit de se reporter par l’imagination au jour où le hardi navigateur de Saint Malo, dont nous avons été si fiers de donner le nom à cette école, venait dans ce lieu même planter l’étendard de la croix, qui devait être tant de fois arrosé du sang de nos martyrs.(Applaudissemens.) Peut-être me permettrez-vous de vous lire un passage de ses mémoires, où la scène qui se passait alors dans cet endroit, si différente de celle qui s’y passe aujourd’hui, est décrite avec la plus naïve et la plus charmante vérité.“ Le lendemain, au plus matin, le capitaine s’accoustra, et fit mettre ses gens en ordre pour aller voir la ville et demeurance du dit peuple, et une montagne qui est jacente à la dite ville, où allèrent avec le dit capitaine les gentils hommes et vingt mariniers, et laissa le parsus pour la garde des barques, et prit trois hommes de la dite ville de Hoclieloga pour les mener et conduire au dit lieu.Et nous estant en chemin, le trouvasmes aussi battu qu’il soit possible de voir, en la plus belle terre et meilleure plaine : des chênes aussi beaux qu’il y en ait en forêt de France, sous lesquels estoit toute la terre couverte de glands.Et nous, ayant fait environ nne demi lieue et demie, trouvasmes sur le chemin l'un des principaux Seigneurs de la dite ville de Hochclaga, avecque plusieurs personnes, lequel nous fist signe qu’il se falloit reposer au dit lieu, près un feu qu’ils avaient fait an dit chemin.Et lors commença le dit Seigneur à faire un sermon et preschement, comme ci-devant est dit être leur coutume de faire joye et connoissance, en faisant celui Seigneur chère au dit capitaine et sa" compagnie ; lequel capitaine lui donna une couple de haches et une couple de couteaux, avec une croix en remembrance du Crucifix qu’il lui fist baiser, et lui pendit au col : de quoi il rendit grâces au dit capitaine.Ce fait, marchâmes plus outre, et environ demie lieue de là commençâmes à trouver les terres labourées, et belles grandes campagnes pleines de blé de leurs terres, qui est comme mil de Brésil, aussi gros ou plus que pois, duquel ils vi.rut, ainsi que nous faisons du froment.Et au parmi d’icelles campa gués, est située et assise la dite ville de Hochelaga, prés 11 joignante une montagne qui ’ à l’entour d'icelle, bien labourée et fort fertile ; de dessus laquelle on voit fort loin.Sous nommasmes icelle montagne le \foiit lit al.La dite ville est toute ronde, et close de bois à trois rangs, en façon d’nie pyramide croisée par le haut, ayant la rangée du parmi en thçon de ligue perpendiculaire, puis rangée de bois couchés de long, bien luis et cousus à leur mode, et est de la hauteur d’environ deux lances.Et n’y a en icelle ville qu’une porte et entrée, qui ferme à barres, sur laquelle et en plusieurs endroits de la dite clôture y a manière de galeries et échelles à y monter, lesquelles sont garnies de roches et cailloux pour la garde et défense d'icelle.Il y a dans icelle ville environ cinquante maisons, longues d'environ cinquante pas au plus chacune, et douze ou quinze pa3 de large, toutes faites de bois, couvertes et garnies de grandes écorces et pelures des dits bois, aussi larges que tables, bien cousues artificiellement selon leur mode ; et, par dedans icelles, y a plusieurs aires et chambres ; et au milieu d’icelles maisons y a une grande salle par terre, où tous leurs gens vivent en communauté, puis se retirent en leur dites chambres les hommes avec leurs femmes et enfans.” (Applaudissemens prolongés.) Au lieu de cette étrange bourgade, de cette ancienne ville sauvage, si bien décrite par Jacques Cartier, que voyons-nous maintenant ?Rien de plus, rien de moins que les prodiges opérés par le divin emblème que le navigateur de Saint-Malo avait, pour bien dire, imposé au seigneur d’Hochelaga, comme il appelait avec tant de courtoisie, le chef sauvage qu’il rencontra tout près d’ici ; rien de plus, rien de moins, que les merveilleux développemens de la civilisation chrétienne ! (Applaudissemens.) Les huttes des sauvages ont disparu et, sur le sol qu’elles couvraient, ont surgi des édifices imposans créés par cet esprit tout à la lois religieux, progressif et commercial qui distingue notre peuple ; à la place d’Hochelaga, aux toits d’écorce, s’élève Montréal, ville majestueuse, aux toits argentés, dont les clochers et les tours attirent de loin la vue de l’étranger.Ici, un ancien collège continue à distribuer cette instruction religieuse et littéraire à laquelle tant d’hommes éminens parmi vous ont dû leurs succès.Plus loin, une université développe rapidement les ressources intellectuelles d’une autre partie de la population.Plus loin encore, un nouveau collège s’élève florissant et fait briller son dome au-dessus des autres monumens de la ville ; partout, des couvens enseignans, des académies, de nombreuses écoles primaires distribuent le pain de l’intelligence à près de dix mille enians.Montréal, grand centre de commerce et d’industrie, peut donc aspirer à un rôle encore plus glorieux et plus noble.Si vous avez célébré avec enthousiasme l’ouverture d’un chemin de fer qui reliait votre commerce à toutes les parties de ce continent, avec quelle joie plus grande encore ne devez-vous pas saluer l’inauguration de deux institutions qui vont faire de votre ville le foyer intellectuel de plusieurs vastes districts ! Ici viendront se former des essaims de jeunes instituteurs et de jeunes institutrices, qui, se répandant de tous côtés, ne cesseront eux-mêmes et les éleves qu’ils auront formés de regarder cette institution, et, par conséquent, cette ville, comme le berceau de toute leur science et la source de tout le bien qu’il leur sera donné de faire.Je n’ignore pas les appréhensions bien légitimes, dans leurs motifs du moins, que des hommes respectables ont entretenues au sujet de cette institution nouvelle parmi nous ; je n’ai pas moi-même adopté depuis plusieurs années l’idée de doter le pays de ces institutions, sans avoir donné la plus grande attention aux objections que l’on faisait valoir, sans avoir moi-méme éprouvé les mêmes doutes, pressenti les mêmes difficultés, redouté les mêmes inconvéniens qui ont si fortement préoccupé des hommes dont je respecte les opinions.L’exemple de ce qui s’est passé en France a été pour beaucoup dans leur manière de voir ; mais il me semble qu’il est facile de se convaincre de la disparité des deux situations.Les écoles normales n’ont été établies en France qu’apres la révolution, c’est-à-dire, après un demi siècle d’infidélité, après de sanglantes orgies, résultat des funestes doctrines dont deux générations s’étaient abreuvées.Il eût été aussi difficile d’organiser les écoles publiques, à un point de vue religieux, que de régénérer la société elle-même.En un mot, à proprement parler, ce ne furent point les écoles normales qui répandirent l’impiété ou l’inditlêrentisme en France, ce fut au contraire l’état préexistant de la société qui agit sur les écoles normales, comme il eût agi sur toute autre institution née dans les mêmes conditions.•Il n’est guères, du reste, de sophisme plus commun, plus facile à réfuter, mais, en même temps, plus insidieux, que celui qui consiste à condamner une chose bonne en elle-même, à cause de l’abus que l’on en fait.Il ne faut point cependant réfléchir bien longtemps pour trouver que les instrumens les plus puissans, les forces sociales les plus énergiques, sont également susceptibles d’opérer beaucoup de mal ou beaucoup de bien, suivant la direction qu’on leur donne.Ce qui se dit de l’école normale peut se dire du collège, peut se dire de l’instruction publique elle-même, peut et doit s’appliquer à toutes les écoles ; et il y a même plus de sûreté encore dans cette institution, puisque, bien surveillée, elle donnera une impulsion irrésistible à toutes nos autres écoles, et que l’on pourra s’assurer que tout sera bien aux extrémités comme au centre.La même règle, du reste, s’applique à la nature physique : les plus utiles et les plus indispensables élémens, sont les plus terribles.Le feu, qui réchauffe et éclaire, brûle, ravage et détruit ; l’eau, qui fertilise, inonde aussi : et ces admirables forces motrices qui font la gloire de notre époque, qui lancent avec une vitesse presque idéale le voyageur au but de sa course, qui suppriment, pour ainsi dire, le temps et l’espace, de quels épouvantables accidens n'aftiigent-elles point chaque jour l’humanité?Et, cependant, qui oserait parler aujourd’hui d’abandonner le fruit de ces précieuses découvertes du génie de l’homme et de retourner en arriéré à l’époque où elles nous étaient inconnues ?(Applaudissemens.) Partout, la faiblesse et l’imperfection de notre nature nous environnent de dangers ; mais celui qui reste assis au foyer qui l’a vu naître y meurt un jour sans avoir vécu d’une vie active ; il y meurt souvent plus vite que celui qui à chaque instant dévore l’espace ; de même, l’intelligence immobile et sans culture, si elle n’est pas exposée aux chûtes de l’intelligence qui a pris son vol vers les régions les plus élevées, souvent croupit et se corrompt dans l’inertie! Nulle chose donc, nulle institution qui ne soit susceptible de dangers, et, par là même, susceptible d’objections : et, quoique nous ayons tout fait pour entourer des plus grands soins et des meilleures garanties cette maison naissante, nous devrons tous encore, éprouver la plus vive anxiété pour son avenir et admettre que tout dépendra de la direction qui lui sera donnée.Votre présence ici, Monseigneur, répond mieux, du reste, que mes paroles à toutes les objections.(Vifs applaudissemens.) Vous avez pris cette institution naissante sous votre protection et, suivant l’heureuse expression d’un des représentons de la cité de Montréal, dans une autre occasion, je désespérerai de l’avenir de cette école normale, lorsqu’on m’aura montré quekpi’entreprise dans laquelle Votre Grandeur ait échoué (Applaudissemens.) En m'exprimant ainsi, vous le voyez, Monseigneur, je ne suis que l’écho bien impartait des senti-mens de cette assemblée dont les applaudissemens dévancent, pour 61 JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.bien dire, les hommages qui vous sont si légitimement dus.(Applau-dissemens.) Certes, il convenait surtout à un évêque qui a couvert son vaste diocèse de maisons de charité et de maisons d’éducation de tout genre, d’aider le gouvernement dans l’établissement d’une école qui complète aujourd’hui notre système d’instruction publique.Vous aurez , dans un instant , Monseigneur , l’occasion d’adresser la parole à cette assemblée et aux jeunes élèves que l’état a pris aujourd’hui sous sa protection et auxquels je dois, comme son représentant, adresser quelques remarques.Vous ôtes, Messieurs, les premiers élèves de l’école normale Jacques-Cartier ! Ce titre seul, si vous savez bien en apprécier l’importance, doit suffire pour vous encourager.Le pays tout entier a les yeux sur vous : vous n’êtes point comme les élèves ordinaires d’un collège ou d’une autre maison d’éducation ; ce n’est pas seulement de votre propre sort, mais encore du sort de plusieurs générations d’enfans conliés plus tard à vos soins, que vous allez décider par votre application et par votre bonne conduite.Votre responsabilité est grande, mais les ressources mises à votre disposition sont a la hauteur de la tâche qu’on vous impose.Vous trouverez, dans M.le principal, un prêtre zélé, un ami éclairé, qui vous aidera à triompher de tous les obstacles et qui a lui-même tous les talens et toute l’énergie nécessaires dans une œuvre aussi difficile.Les autres professeurs se montreront, j’en suis certain, dignes de votre confiance : ils feront leur devoir, et Lieu fera le reste.(Applaudisse-mens.) Il ne me reste plu3 qu’à remercier cet auditoire distingué de l’intérêt qu’il porte à l’inauguration de cette école.Son Excellence, le Commandant des forces, mérite des remerciemens tout particuliers pour avoir mis de côté des occupations d’un genre si différent ; mais qu’il me permette de l’assurer que les lauriers cueillis sur les champs de la Crimée, ne perdront rien de leur lustre par sa présence au milieu de nous.(Applaudissemens.) Il ajoute, au contraire, à sa belle réputation, en prouvant que les guerriers peuvent, eux aussi, sourire aux efforts pacifiques des soldats de l’intelligence.Je dois, en terminant, exprimer l’espoir que tous ceux qui m’entendent continueront à protéger cette institution et à lui donner cet appui moral de l’opinion publique, sans lequel tous les tiésors d’un gouvernement s’épuiseraient en vain.L’école normale Jacques-Cartier a des droits incontestables à la bienveillance des canadiens, dans le but qhe l’on s’y propose ; les moyens que l’on a pris pour l'atteindre confirment ces droits ; espérons que nos efforts achèveront de les établir et que notre patrie recueillera longtemps les fruits de ce qui a été commencé aujourd’hui, sous les auspices de la religion et sous le nom glorieux du héros à qui ces vastes contrées sont redevables du christianisme et de la civilisation.Sa Grandeur, l’Evêque catholique de Montréal, prit ensuite la parole, au milieu des applaudissements de l’auditoire.Je ne m’attendais pas à parler devant une réunion aussi rmpo-sante.Je suis, pourtant, heureux de le faire, parce que je trouve l’occasion de témoigner de ma sympathie pour une institution patriotique qui offre les plus sûres garanties à la religion, en se plaçant dès son origine sous sa garde.D'ailleurs, pour parler le langage du cœur, est-il besoin de discours éloquents ?Je ne crois pas qu’il soit nécessaire de signaler les avantages qu’offrira cette école ; je suis convaincu que son importance est parfaitement appréciée de tous ceux qui m’écoutent.Il n’est pas non plus besoin que je rappelle le zèle déployé par le gouvernement en tout ce qui concerne le bien-être du pays : ses actes sont publics, et la création de cette école est un évènement qui fera époque dans les fastes de cette ville.On sait que ses règlements, officiellement sanctionnés par l’exécutif, sont l’oeuvre du Surintendant qui , depuis qu’il remplit ses hautes fonctions , a sacrifié son repos et ses veilles à la noble cause de l’éducation.Qu’il me soit maintenant permis d’adresser quelques mots aux élèves, ces tendres objets de la sollicitude du gouvernement et du clergé.Vous êtes réellement les fondateurs de l’école normale et de vous dépend son succès.Où êtes-vous maintenant ?Où serez-vous plus tard ?A la première question, je réponds que vous êtes dans une grande cité dont tous les habitants vous regardent ; vous êtes dans" une école maîtresse de toutes les autres écoles ; vous êtes écoliers pour apprendre à devenir maîtres.Cette école est la source d’où coulera la véritable sagesse qui fait les bons et les loyaux citoyens.J’.espère que vous répondrez aux vues du gouvernement, qui fait pour vous, maintenant, de si nobles sacrifices.C’est donc une obligation pour vous de lui être fidèles, puisqu’il vous protège, et de no jamais donner ici le spectacle dont la France fut témoin, quand les anciens élèves des écoles normales devinrent un jour les ennemis du gouvernement qui leur avait prodigué ses soins.Que chaque instituteur devienne, dans la paroisse qu’il habitera, un modèle do piété sincère.Vous allez entrer en lutte avec les élèves d’une institution semblable à la vôtre, qui va être inaugurée aujourd’hui ; si vous en sortez vainqueurs, bannissez tout esprit d’orgueil, et tout sentiment de jalousie, si vous êtes vaincus.Je réponds à la seconde question : vous serez sur le grand théâtre du monde, où vous attirerez bientôt tous les regards de votre pays, qui aura tout à attendre de l’éducation libérale et religieuse que vous aurez reçue.La position sociale, qui va vous être faite, vous permettra d’ennoblir les fonctions d’instituteur et d’en apprécier l’importance.Puisque l’éducation de la jeunesse de nos campagnes doit vous être confiée, apprenez à mériter la confiance des parents qui n’ont rien de plus cher que leurs enfans.Vous aurez à partager, avec d’autres, la noble tâche de répandre cette éducation pratique qui fait le bon chrétien et le bon citoyen, et c’est par vos efforts que se développeront les talents naturels que l’on se plait à reconnaître dans notre population.C’est par vous que fleurira notre agriculture, que nos nombreux pouvoirs d’eau seront utilisés par les enfants du sol ; c’est par vous que les maisons de commerce et d’industrie se fonderont, que les grands capitalistes encourageront les manufactures, que notre pays deviendra riche et puissant, et, conséquence nécessaire, c’est par vous que nos chers compatriotes seront détournés d’aller à l’étranger chercher une fortune qui leur échappe malheureusement toujours.(Vifs applaudissemens.) La présence ici de nombreux citoyens de tout état doit être un encouragement pour vous et témoigne du vif intérêt qu’ils vous portent.Je suis heureux de voir que le Commandant des forces de Sa Majesté, malgré ses nombreuses occupations, a daigné venir vous encourager de sa présence.Son Excellence voudra me permettre de vous répéter ce qu’elle me disait tout à l’heure : “ Que c’est le bon maître qui fait la bonne école.” Vous devez être fiers de recevoir un tel encouragement d’un guerrier dont le mérite, durant la guerre de Crimée, a été universellement reconnu.Vous devez donc en inférer que l’épée et la plume sont également nécessaires à la défense de notre pays.L’épée défend la patrie contre l’invasion ; la plume combat les mauvais principes.Le général, Sir William Eyre, Commandant des forces, se lève au milieu des applaudissemens de l’assemblée.Je devrais, dit-il, être plutôt considéré comme élève que comme orateur.L’école normale, comme toutes les institutions de ce genre, contribuera au bien-être et au développement des ressources de ce pays.Sans éducation, il n’est pas de succès possible dans la carrière civile ni dans celle des armes.“ Donne-moi l’entendement, et j’observerai tes lois,” voilà le langage de la sagesse divine.Le savoir donne, à celui qui le possède, le moyen d’acquérir des richesses et contribue puissamment à charmer les ennuis du vieil âge.L’inauguration de l’école normale est un évènement important pour les élèves et les maîtres de cette institution ; mais il l’est davantage pour tout ce pays.Aussi, dois-je vous en féliciter.Je voudrais être encore jeune pour m’enrôler parmi vous.Ce n’est pas seulement à cause des distinctions qui en sont aujourd’hui l’apanage, que le savoir a du prix, mais bien plutôt à cause de la faculté qu’il a d’élever le cœur et d’ennoblir toutes nos actions.La stabilité d’un gouvernement et la prospérité d’un pays dépendent des lumières du peuple.Il peut convenir au czar de Russie de tenir ses peuples dans l’ignorance ; mais un tel procédé révolterait ici.(Rires et applaudissemens.) L’antidote du mensonge, c’est l’éducation, qui nous apprend à pratiquer la belle vertu appelée tolérance.Quand je vois les nombreuses maisons d’éducation qui surfissent de toutes parts sur ce sol, je me sens convaincu que de glorieuses destinées sont réservées à ce peuple et qu’il sera un jour une grande nation, libre et heureuse.(Applaudissemens prolongés.) Son Honneur, le Maire de Montréal, ayant été invité à prendre ia parole, dit que son ami, l’hon.M.Chauveau, l’avait trompé, vu qu’il ne s’attendait nullement à prononcer un discours.Je ne puis m’empêcher toutefois, dit-il, d’exprimer tout le bonheur que j’epronve en cette circonstance et de féliciter du fond du cœur les élèves et les maîtres sur les glorieuses destinées qui les attendent.(Applaudissements.) On a dit, continue Son Honneur, le Maire, qu’il y avait manque d’éducation dans le Bas-Canada ; mais, grâce à 62 JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.Dieu, on ne pourra jamais dire qu’il y a manque d’intelligence.(Applaudissements.) Bientôt, lorsque les institutions que nous inaugurons aujourd’hui auront fonctionné, les gens qui ne sauront ni lire ni écrire, feront seuls exception chez nous.(Les applaudissements redoublent.) M.Verreau, principal de l’école normale Jacques Cartier, s’exprime dans les termes suivans : Leibnitz.a dit: ‘-J’ai toujours cru qu’on réformerait le genre humain, si on réformait l’éducation de la jeunesse.” Cette parole profonde, confirmée, d’ailleurs, par l’expérience des siècles, résume nos convictions et nos vues dans l’œuvre importante, mais difficile, que nous inaugurons aujourd’hui sous vos auspices.Certes ! nous ne prétendons pas réformer le genre humain ; ce n’est pas à dire que tout soit à refaire dans l'éducation du Bas-Canada: car, janjais, peut-être, elle ne fut plus florissante qu’à cette époque.Ce que nous désirons, humbles ouvriers, c’est de préparer et d’arroser le sol, c’est de travailler aux racines de l’arbre, afin qu’il produise des fruits plus abondants.Cette comparaison, messieurs, est peut-être trop poétique ; elle est juste, cependant : vous le savez, un arbre ne se couvre de feuillages et de fruits qu’autant que les racines en sont saines et nombreuses ; si elles sont faibles, attaquées par des insectes nuisibles, l’arbre se dessèche et ne devient qu’un bois inutile, souvent dangereux pour ceux qui sont dans son voisinage.De même, on peut dire que dans l’éducation, surtout dans l’éducation d’un peuple, tout dépend des commencements, de cette première éducation qui se donne sur les bancs de l’école, autour de l’école, sous les yeux de l’instituteur : car, les notions et les impressions qu’on reçoit alors ne s’effacent jamais.Et on peut dire que l’homme, qui est appelé à jeter dans l’âme de vos enfants ces impressions et ces notions premières, exerce une influence, trop méprisée peut-être, mais très réelle sur l’avenir d’une nation.Je le sais, on a cherché à faire, dans l’éducation, deux parts très distinctes, dont on a laissé l’une à la mère, auprès du foyer domestique : c’est la partie purement morale et religieuse ; l’autre, la partie uniquement scientifique, est confiée à l’instituteur ; mais il suffit de remarquer qu’on ne peut instruire l’intelligence, sans la tirer (educere) de ses ténèbres, sans l’élever ; on ne peut agir sur l’esprit, sans agir en même temps sur le cœur ; en un mot, si l’éducation peut être quelquefois sans instruction, l’instruction influe toujours sur l’éducation.Voilà pourquoi, messieurs, permettez-moi de vous le faire remarquer, les titres pompeux d’instituteurs, de professeurs, ne me semblent pas valoir le nom plus modeste, mais plus significatif, de maître-d'école.Oui, vous êtes maîtres, véritablement maîtres, puisque vous tenez, pour ainsi dire, entre vos mains, le cœur et l’intelligence de ces enfants, qui seront bientôt des hommes et qui seront tels que vous les aurez faits.Pour moi, je ne connais pas de plus grande autorité que celle-là.A nos yeux donc, l’enseignement n’est pas un métier, ce n’est pas même une profession ; c’est quelque chose de plus noble, c’est une vocation supérieure, c’est une mission sainte, prceceptorem sanctissimum, disait un ancien.Eh bien! messieurs, c’est pour développer cette vocation, c’est pour donner les moyens de remplir dignement cette importante mission, que nous commençons aujourd’hui l’œuvre que vous voyez et qui semble attendue avec tant d’impatience.Nous ne nous dissimulons pas les difficultés d’une pareille entreprise ; nous savons qu’elle peut exciter de justes craintes : car l’instituteur portera ailleurs l’éducation qu’il aura reçue à l’école normale, et, selon que cette éducation sera bonne ou mauvaise, au double point de vue des principes et de la méthode, elle est destinée à faire beaucoup de bien ou beaucoup de mal.Voilà pourquoi il importe de vous faire connaître franchement quelle éducation nous désirons et nous devrons donner dans cet établissement.Pour cela, nous n’avons qu’à ouvrir le programme du gouvernement, programme qui fait honneur à l’esprit sage et éclairé qui l’a dicté.D’abord, cette éducation devra être religieuse : nous ne comprenons pas l’éducation séparée de la religion.C’est une théorie que quelques gouvernements ont essayée, mais qu’ils sont obligés d’abandonner aujourd’hui.“ Tout système d’éducation, dans un pays “ chrétien, doit mettre la religion chrétienne au premier rang des “ études ; sans là science religieuse, les autres sciences ne peuvent “ donner ni le bonheur à l’individu, ni à l’état la prospérité ce sont les paroles qui sont à la tête du grogramme de King's College à Londres, ce sont les principes qu’on s’efforce de suivrp dans les écoles normales de la France et de l’Allemagne.Mais pour nous, la Religion est le principe de la tolérance ; nos portes seront donc ouvertes a tous ceux qui se présenteront à nous j nous n’excluerons personne.L éducation doit être en meme temps pratique pour répondre aux besoins de notre population, à la fois agricole, commerçante et industrielle.Mgr.de Montréal vient de nous faire remarquer éloquemment qu’il y a au milieu de nous des sources nombreuses de richesses dont nous pourrions profiter avec un peu plus d’instruction ; il faut donc nous mettre en état de le faire le plus facilement et le plus promptement possible.Si, enfin, nous réussissons à faire prévaloir ces principes larges et généreux qm font disparaître les préjugés de langue et d’origine devant les intérêts du pays, nous aurons donné une éducation vraiment nationale.Sans doute, au nombre des matières qui figurent sur notre programme, il en est que plusieurs instituteurs ne pourront songer à enseigner ; mais, outre qu’il y a des connaissances qui se lient intimement et qui se complètent les unes les autres, on peut toujours puiser dans leur étude de nouveaux moyens pour l’œuvre si difficile de l’instruction.D’un autre côté, nous croyons qu'il faut environner les instituteurs de tout le respect qu’ils méritent, afin de leur donner le sentiment de leur position, en évitant toutefois de faire naître chez eux des goûts et des besoins qui seraient plus tard aussi funestes à eux-mêmes qu’aux populations au milieu desquelles il leur faudra vivre.Ils habiteront un château, il est vrai ; mais nous voulons qu’en parcourant ces appartements où ont passé naguère des illustrations de notre pays, de la France, de l’Angleterre et des Etats-Unis, ils se rappellent qu’on ne fait son chemin dans la vie que par le travail et la vertu, et qu’il faut pour cela s’efforcer de développer toutes les facultés qu’on a reçues du ciel : “ car, dit Montaigne, ce n’est pas une ame, ce n’est pas un corps que l’on dresse, c'est un homme.” Aussi, espérons nous être bientôt en état de donner, en même temps que l’éducation de l’intelligence, colle du corps, non moins importante.Enfin, pour terminer, messieurs, si, aujourd’hui, sur les bords du St.Laurent, nous ne pouvons répéter ce précepte qu’un père donnait jadis à son fils sur les bords du Tibre : Discc puer, virtutem ex me, verumque laborem ; Fortunam ex al iis.Si nous sommes obligés de dire à nos élèves, et, par eux, à la jeunesse de Montréal : “ Avec la vertu, avec la vérité, acquérez la fortune, étudiez les moyens de vous l’assujétir,” nous pouvons du moins ajouter : “ C’est à cela que vous conduira l’éducation, tandis que rien ne peut suppléer à l’éducation, pas même la richesse,” comme vient de l’observer si judicieusement S.E.le général Eyre.Cette allocution, chaleureusement applaudie, fut suivie de celles de MM.les professeurs Toussaint, de l’école noimale Laval, et Boudrias, de l’école normale Jacques-Cartier.En voici la substance : Appelé, dit M.Toussaint, à remplir momentanément la charge de professeur à l’école normale Jacques-Cartier, j’ai d’autant plus volontiers accédé à ce désir de l’honorable Surintendant de l’instruction publique, que ma présence à Montréal devait me fournir l’occasion d’assister a cette belle fête et même d’y prendre part.Les orateurs, qui m’ont précédé, ont parlé de l’importance de cette institution et de ses heureux résultats.L’un d’entr’eux a retracé, en termes énergiques, les luttes que les amis de l’éducation ont eu à engager avec l’ignorance et les préjugés populaires.Un autre nous a dit que la carrière de l’enseignement, d’ingrate et peu honorée qu’elle était naguère, si elle n’était pas encore enviable, deviendrait bientôt digne des recherches de l’homme instruit.Je désire de tout mon cœur qu’il en soit ainsi, et, au nom du corps respectable des instituteurs, dont je suis orgueilleux d’être membre, je remercie ces orateurs distingués de leurs bonnes paroles et de leurs encouragemens.Oui, la position de l’instituteur, en ce pays, s’améliore.Le besoin que l’on a de lui croît chaque jour en proportion des piogrès que nous fesons en toutes choses, et du développement de notre commerce et de notre industrie.Plus il saura se rendre utile, et plus le prix que l’on attachera aux services du maître d’école sera élevé.Mais l’aptitude, mais les connaissances qui lui sont nécessaires pour bien s’acquitter de ses devoirs, où lui sera-t-il donné de les acquérir?L’école normale, que nous inaugurons aujourd’hui, lui est ouverte.Qu’il y vienne, s’il désire se dévouer avec efficacité à l’éducation de la jeunesse.(Applaudissemens.) Je n’ai pas l’habitude, dit M.Boudrias, de parler devant un auditoire aussi distingué ; mais, appelé à remplir l’honorable emploi d’instituteur à l’école-modéle attachée à l’école normale Jacques-Cartier, j’ai cru qu’il était opportun que je rendisse compte de la manière dont je devrai m’en acquitter.Je ne me fais pas illusion sur la lâche qui m’est dévolue : elle sera difficile ; mais j’ai lieu d’espérer que l’expérience que j’ai acquise dans l’enseignement et le courage avec lequel j’exécuterai mes devoirs, applamront bien des difficultés.Je donnerai aux élèves qui me seront confiés une éducation commerciale et pratique ; la lecture, l’écriture, l’arithmétique et la tenue des livres recevront aussi tous me* soins.Cette dernière science, JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.63 presqu’indispensable aujourd’hui, attirera particulièrement mon attention.Où est celui qui, quelle que soit sa position, n’en sente pas l’utilité?Les opérations de l’homme d'affaires n’ont-elles pas le calcul pour base première ?L’algèbre, cette compagne de l’arithmétique, ne sera pas non plus négligée.L’histoire, la géographie, le dessin linéaire et la géométrie seront des branches importâmes de notre enseignement.L’art de parler correctement notre belle langue trouvera toujours en moi un fervent interprète.Enfin, et comme complément de l’œuvre à l’exécution de laquelle je vais me dévouer, viendra la méthode, c’est-à-dire la juste application des principes aux règles ; et, partant, la faculté d’enseigner aux autres ce que l’élève-maître aura lui-même appris de nous.M.le professeur Delaney prononça en anglais un discours dont nous donnons la traduction : L’importance de l’institution que nous inaugurons aujourd’hui est universellement reconnue.Le développement des ressources de ce pays, ses relations nombreuses et directes avec la métropole et l’accroissement de son commerce, nous en imposaient la nécessité.Nous ne manquons pas ici de maisons d’éducation supérieure ; mais leur enseignement ne répond pas à tous les besoins de notre population.Dans ce pays, de même qu’ailleurs, c’est à l’école primaire que le peuple va s’instruire ; elle doit donc être sagement conduite.11 est généralement admis que le succès ou la chûte d’une entreprise dépend du principe qui lui a donné naissance.La même chose peut se dire de l’éducation : si le système qui lui sert de base est bon, son succès est assuré ; s’il est mauvais, ses résultats le seront infailliblement.Les ennemis de l’éducation populaire allèguent qu’il y a parmi nous des hommes qui, par les services qu’ils ont rendus à la société, sont devenus influents et dignes de notre estime, et qui, pourtant, n'avaient que peu ou point d’éducation.Je ne combattrai pas leur assertion : car les colonies nouvelles offrent toujours un vaste champ à l’exploitation.Qu’ils demandent néanmoins à ces hommes, si ce n’est pas pour eux une perte réelle et irréparable que celle que leur fait subir leur défaut d’éducation, et s’ils n’ont pas le plus grand soin de la faire donner à leurs enfans.On sait que l’instruction diffère essentiellement de l’éducation et qu’une personne instruite est souvent loin d’être bien élevée.L’éducation vivifie l’instruction.Le véritable secret de l’enseignement ne consiste pas dans la vaste étendue des connaissances, mais bien dans l’étude approfondie des matières que l’on se charge d’enseigner, dans l’adoption du meilleur système et d’une méthode variée suivant l’aptitude de l’élève.Prétendre au succès, sans étude préalable de l’art de l’enseignement, c’est faire injure à notre profession.Qui voudrait, je le demande, s’appuyer des conseils d’un homme de loi sans réputation et sans expérience '! Nous n’hésitons pas, néanmoins, dans bien des cas, à confier nos enfans à des personnes parfaitement inaptes à les instruire et qui doivent cependant leur tenir lieu de modèles et de guides.L’école normale était un besoin pour nous : il est donc inutile que je parle de son importance.Je me contenterai de rapporter, à ce sujet, l’opinion de deux hommes éminens.La première est celle d’un ministre de l’instruction publique en France: “ Je ne puis, dit-il, m’empêcher de répéter que c’est le maître qui fait l’école.L’instruction primaire doit être calquée sur celle que l’on reçoit dans les écoles normales.La prospérité de ces institutions est la mesure des progrès de l’instruction primaire-élémentaire.Les écoles normales sont, dans chaqne département, de véritables faisceaux de lumière qui répandent leurs rayons de tous côtés.L’école normale a rendu de grands services à ce pays : elle nous a donné nos meilleurs instituteurs et inculqué au peuple l’amour de l’éducation.Les maîtres, sortis de l’école normale, sont infiniment supérieurs aux autres.” La seconde est d’une personne qui, après s’être livrée à l’enseignement, devint plus tard docteur en théologie :
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