Lectures, 1 janvier 1966, janvier
NOUVELLE SÉRIE VOLUME XII NUMÉRO 5 JANVIER MONTRÉAL LIIT'H lectures avec accompagnement p.114 -;- l’île joyeuse de maheux-forcier p.115 bible et origines du monde de renckens p.116 les juifs de peyrefitte p.118 MATHIEU GIRARD mi min échanges de points de vue.L’expérience est tout à fait bénéfique.J’ai lu naguère une bonne partie du théâtre de Molière avec un compagnon d’étude: jamais par la suite je n'ai découvert meilleure méthode pour découvrir le sens et le rythme d’une pièce.Le genre littéraire se prête d’emblée à la formule, mais un roman, une biographie, tout autre livre s’y prête également.Encore faut-il accepter l’Lgréable contrainte qui force l’attention, développe l’habitude de l’expression.Ne voit-on pas les étudiants sérieux parcourir ensemble le même manuel pour en retirer le meilleur profit, comme on goûte mieux une symphonie sur disque quand on la découvre à deux ou à trois avec la partition devant soi et qu’il est possible de reprendre sur Pélectrophone tel ou tel passage ?On pourrait réaliser ainsi ses lectures sous forme de duo, de trio, de quatuor ou même d’octuor, et .?< •.- Lectures avec accompagnement ROLAND CHARLAND De tous les privilèges de l’enfance, à mon avis, l'un des plus précieux vient de l’enchantement des contes qu’une mère ou un professeur condescendant font aux tout petits.Ces « histoires », les Contes de Perrault et de la comtesse de Ségur.les légendes de notre folklore, quelle merveilleuse initiation au rêve, mais encore aux réflexions primordiales ! C’est que l’enfant intervient de lui-même tout au cours du récit et sollicite par ses questions maints commentaires qui l’instruisent.« La mythologie et les contes, â-t-on pu dire, sont plus nécessaires aux jeunes intelligences que l’orthographe et l’arithmétique L » En remplacement, la T.-V.et la T.S.F.présentent des émissions destinées aux enfants: elles ont leur valeur d’intérêt, certes, elles n’auront jamais toutefois l'efficacité de la présence réelle du conteur, elles ne sauraient favoriser immédiatement cette maïeutique instinctive qui rend vivante l’histoire par des pauses de réflexions et d’explications.Nos lectures, qui gagneraient à devenir de vrais entretiens avec la pensée des maîtres d’aujourd’hui et d’hier, peuvent retrouver ces faveurs de Père des contes.Je connais des couples qui se font la lecture à la veillée: ils découvrent un plus grand intérêt à lire ensemble un bouquin qu’à le lire individuellement.Le ton de la voix, les hésitations, les trouvailles aux méandres de la pensée ou de l’imagination suspendent un instant la lecture et s’expriment en précieux pourquoi pas ?La lecture en équipe s’avère un excellent exercice d’application; elle provoque naturellement la contagion des enthousiasmes et des ferveurs en facilitant cette correspondance des idées et des sentiments entre les partenaires.C’est, en définitive la formule des cercles d’études, quand ces derniers ne deviennent pas des coopératives d’admiration mutuelle entre snobs, dilettantes ou faux intellectuels.Pour cela, il faut compter sur la présence d’un meneur de jeu vraiment qualifié qui sait créer les moments favorables aux échanges d’idées, aux discussions et même aux reprises de la lecture, afin d’éviter toute disgression ou divagation oiseuses.Malheureusement, par la force des circonstances.Pacte de lire ressemble à un solo sans accompagnement.Mais encore là, quand on lit seul, si l’on a su développer chez soi une habitude correcte et enrichissante du savoir lire, l’on s’est conféré un brevet de virtuose de la lecture.Pour employer un mot de Valéry parlant de la personnalité du chef d’orchestre, on devient cet « étrange soliste, un exécutant complexe, formé de cent vingt exécutants, * 2 » c’est-à-dire un lecteur perméable à toutes les moindres nuances de son texte, un lecteur-diamant capable de multiplier grâce aux facettes de son esprit les moindres traits de lumière qui le frappent.Mais qu’est-ce qui nous empêche d’être des lecteurs-solistes avec accompagnement ?[.’absence de ces amitiés qui forment les cercles et qui s’ouvrent par le dialogue à la pensée et aux besoins du monde contemporain en se penchant sur les messages des maîtres, ces amis de l’Humanité.( I ) Edmond Jaloux — l.c Reste est Silence.(Paris) Plon [1909], p.14.(2) Paul Valéry — Pièces sur l'art.Oeuvres, t.II.p.1274 (Pléiade).LECTURES/JANVIER PAGE 114 DIALOGUE AVEC LES LIVRES D’HIER ET D’AUJCUR-D’HUI femme cette caractéristique odor di femina, une sorte de parfum troublant des paradis artificiels libéré de la soupape du rêve.Notamment, L’ïle joyeuse, qui nous dépeint « l’innocent paradis plein de plaisirs furtifs », nous révèle comment Louise Maheux-Forcicr robinsonne en vraie petite fille de l’auteur des Fleurs du Mal.Les fils de sa tapisserie, qu’elle trame d’ailleurs harmonieusement, ont sans doute trempés dans la solution sursaturée d’un érotisme qui l’a grisée dans son travail d’artiste mais qui demeure pas moins suffocant à nos poumons habitués à un air mieux oxygéné.Risquons cet autre embarquement pour Cythère ! L’héroïne Ysabelle, narre selon la rythmique du cinéma tout en resurgences et en surimpressions les étapes essentielles de sa vie.D’abord, son enfance esseulée et truquée déjà par le rêve sous les pressions ( .-> •- v ¦* , r 'v.¦' *, .1 t l’île joyeuse de maheux-forcier ROLAND CHARLAND Une brise de poésie a couru sur nos lettres canadiennes-françaises au début de l’année dernière.Ce printemps littéraire, nous le devons, à trois de nos romancières, Michèle Mailhot et Diane Giguère, dont les silhouettes ont été découpées par André Melan-çon et Benoît Lacroix (Lectures, no d’avril, p.212 et 215) dans leur appréciation de Dis-moi que je vis et de L’eau est profonde, et à Louise Maheux-Forcier qui depuis longtemps nous donnait rendez-vous à son lie joyeuse '.Ces trois grâces littéraires, par le ton confidentiel de leur récit, par leur talent d’écriture et d’analyse psychologique, présentent un air de ressemblance à donner à toute la critique le complexe d’hésitation du berger Paris ! Est-ce par revanche instinctive contre les romanciers en général, ou nos propres romanciers, qui maltraitent si souvent l’âme féminine par trop de simplification ou par pure incompréhension, que ces femmes écrivains s’évertuent à manier subtilement l’écheveau des sentiments complexes et contrastants d’une certaine catégorie de femmes contemporaines ?Quoi qu’il en soit, c’est avec une habilité singulière qu’elles brodent leur tapisserie, qu’elles y dessinent avec toute la grisaille de leur monde inventé et leurs détresses refoulées l’arabesque de leurs paysages d’âme.Il se dégage de ces romans tissés de mains de frustrantes de son milieu familial.Sa mère — dont elle est la parfaite contrefaçon — est un personnage terne, une maniaque de l’ordre et de l’hygiène, et, au surcroît, une bigote tout axée sur l’obsession et la crainte excessive de la chair; son père, un être silencieux.demi-absent, qui trouve ses privautés amoureuses ailleurs qu’au foyer, à l’insu de son épouse mais non de sa fille qui garde une discrétion qui la ronge elle-même.D’où le besoin qu’éprouve de bonne heure cette jeune fille d’injurier tous les ennemis de son enfance, et cette poussée instinctive d’érotisme qui l'anime déjà et qu’elle connaîtra toujours.Ses souvenirs de premières libérations se cristallisent sous forme de paysages: c’est la maison de liberté de l'oncle Antoine, pleine de mystères de la cave au grenier, c’est surtout l’îlot de sable, où, comme la sœur jumelle de YEmile de Rousseau, elle s’ébroue en cffeuilleusc au soleil et se plonge dans la sauvagerie de la nature avec tous les délires paniques.Puis, à seize ans, entrée au Conservatoire, l’adolescente continue de s’évader par la musique consolatrice qui fait resurgir tous ses paysages d'enfance.Brutalement, elle découvre l'amour total dès la première rencontre quelle a d’un compagnon d’études, Stéphane.Il s’agit d’un violoniste talentueux, une sorte de gitan secret qui se manifeste très vite violent, paresseux, grippe-sou, alcoolique.Avant, et même au moment des pires désillusions (quand elle apprend que Stéphane est sérieusement acoquiné à l’exubérante Julie), Ysabelle se débarrasse de tous « les mythes qui bercent le monde »: « Mon petit catéchisme avait bousculé devant Stéphane.» L’amour, chez elle, devenu le paysage assimilateur de tous les précédents, s'imprègne d’une sorte de tellurisme aveugle comme ( 1 ) I ouise Maheux-Forcier L ite joyeuse.Roman.[Montréal] Le Cercle du Livre de France [1964], 171p.20.5cm.$2.50 PAGE 115 LECTURES / JANVIER # r celui qu’elle connût sur son îlot de sable.Depuis le départ pour les Etats-Unis du couple Stéphane-Julie, que devient Ysabellc ?Une jeune femme désenchantée qui languit dans sa tâche de professeur de harpe, qui grapille ici et là quelques faveurs, qui broie dans sa solitude la nostalgie des paradis perdus de l’enfance et de l’amour.Désormais, pour s’évader, elle ne trouve que la porte des poèmes rêvés.Louise Maheux-Forcier pratique admirablement bien l’écriture artiste qu’elle manie de façon trop soutenue, pourra-t-on lui reprocher, et qui frise par moments la mièvrerie.Mais ce qui agace particulièrement le lecteur, c’est cette complaisance que prend l'auteur à faire évoluer devant nous un personnage, qui a beaucoup de ses semblables dans la vie et dans la littérature, une fille de lune et de nuage qui ne souffre que d'un besoin de défoulement éhonté du sexuel.L'exemple est classique: victime des frustrations de toute sorte subies dans la première enfance, l'enfant s’isole et s’abandonne au rêve; l’art et l’amour par la suite achèvent de l’enfermer dans un égoïsme sans issue.On n'identifie pas un écrivain à tel ou tel de ses personnages, mais il reste tout de même qu’il demeure sa création.Découvrir une moralité valable indirectement, comme en repoussoir, est chose possible chez un lecteur d'une maturité à toute épreuve; malheureusement, ce n'est pas le cas de tous les lecteurs î Une autre complaisance désagréable chez l’auteur.c'est de cultiver l’invraisemblance et des façons de faire du début du siècle.La vocation sacerdotale du petit frère d'Ysabelle en route vers « l’inexorable monastère » est inconcevable: cette maison trop bien capitonnée, la présence de parents désaxés et de la grande sœur psychologiquement perturbée, et bien d'autres choses, rendent paradoxale toute possibilité d'une vocation: la grâce ne travaille pas sur la dénature ! Et plus ridicule encore, c’est de faire entendre des flonflons d'anticléricalisme, hors-d’œuvre d’une époque révolue.Cette hantise du sexuel et les autres faiblesses enlevées, il y aurait eu moyen de faire de l'lie joyeuse un roman poétique d'une réussite parfaite.Louise Maheux-Forcier a le don poétique de la rêverie, celle de l'enfance, des lieux, des choses; plusieurs pages nous l'indiquent.Cependant, la critique bachelardien-ne lui reprocherait de n'avoir pas réalisé une synthèse harmonieuse du couple Anima-Animus: chez elle, l'neressivité de VA ni mus l’empêche de surprendre les chants de VAnima.Ne faudrait-il pas entendre un aveu consolant dans les mots que l’auteur confie à une petite chenille onduleuse: « J’ai encore des choses à te dire avant la mort.J’ai à te donner la feuille et l'espace ».C'est là, peut-être, la promesse d’un envol vraiment libérateur î la bible et les origines du monde de h.renckens, s.j.GUY COUTURIER, c.s.c.Les trois premiers chapitres de la Genèse n’ont peut-être jamais connu autant d’actualité et présenté autant de problèmes qu’au cours du siècle présent.Les découvertes archéologiques, sans cesse en progrès.ont renouvelé totalement la question des origines du cosmos et de l'humanité, au point de vue scientifique; aussi fallait-il s’attendre que l’exégèse des récits des origines en soit du coup passablement touchée.Il n’est plus possible, aujourd’hui, de donner une interprétation strictement littérale de ces chapitres; plusieurs essais ont été publiés, tout au cours du siècle, et celui que nous analysons ici 1 vient faire le point sur l’ensemble des questions débattues.En tout premier lieu, il faut se rendre à l’évidence que l'auteur inspiré a parlé des questions scientifiques qui ont trait aux origines selon les connaissances de son temps, en utilisant le style imagé et concret de son milieu, qui est celui du Proche-Orient Ancien des deux derniers millénaires avant le Christ.En effet, « à supposer que Dieu ait fait tenir aux auteurs inspirés un langage scientifique correct, Israël n’eût compris ni la doctrine de Dieu sur le salut ni son enseignement scientifique» (p.16).Nous acceptons donc sans difficulté que Dieu ait laissé à l’homme lui-même le soin de débrouiller cette question des origines sur le plan naturel.Par contre, nous ne pouvons pas rejeter toute signification historique de ces vieux récits ! La réponse à cette question nous vient de l’étude des divers « genres littéraires historiques » de la Bible.Tous les récits historiques de la Bible n'ont pas la même valeur de témoignage: c'est à la lumière de l’ensemble de l’Ecriture et des documents extra-bibliques.tant littéraires qu’archéologiques, que nous pouvons établir les degrés variés de cette valeur.L’auteur y consacre quelques pages de son étude qui sont fort éclairantes (p.17-27).A bon droit, il rejette toute « tradition primitive » d'Adam à Abraham sur la façon dont Dieu a réalisé son plan créateur.Israël a gardé le souvenir des « merveilles » de Dieu dans son histoire nationale: quand les temps furent accomplis pour poser la question sur ce qui s’est passé avant la vocation du premier Patriarche, la foi yahviste ne pouvait pas ne pas songer à une action de Dieu qui fut continue et tout aussi merveilleuse.( I ) H.Renckens.s.j.— La bible et les origines du monde.Quand Israël regarde le passé.Traduit du néerlandais et adapté par A.de Brouwer, o.s.b.[Tournai 1 Desclée (1964).198p.21cm.(Coll.Questions actuelles) LECTURES / JANVIER PAGE 116 Les détails des faits manquaient, — c'était a l'homme de les découvrir plus tard par scs propres moyens —, mais la réalité nue de ces faits n’était que trop certaine.Voilà la vraie portée historique de ces premières pages de la Bible ! Une fois que ce principe de base est établi et accepté, on n’est pas surpris d'apprendre que l’auteur sacré ait conçu la création avant tout comme une organisation du chaos primitif, que ce soit l'Océan primordial (Tamtu) au encore une masse informe de matière indéterminée.Nous pensons ici que le P.Renckens est allé trop loin en voyant même l'idée de création ex nihilo (p.57-64); il vaut mieux rester sur le terrain de l’imagerie concrète d'un chaos primordial, si répandue dans les cosmogonies orientales anciennes, sans que soit posée la question de l’origine de cette matière.Par contre, l'auteur fait bien ressortir un des traits majeurs du premier récit de la création (Gen.1), qui est l'affirmation claire du monothéisme absolu: le Dieu d'Israël est l'unique, et en dehors de Lui, il n'en existe point d’autres.C'est au terme d'une longue expérience de son Dieu à travers les phases de son histoire qu'Israël en est arrivé à formuler cette première vérité de sa foi.Aussi ce n’est pas un Dieu si élevé qu'il n'a aucun intérêt à tout ce qu’il a créé; il reste un Dieu proche et même un Dieu passionné pour son œuvre.C'est là la signification religieuse et profonde des anthropomorphismes bibliques.Pour ce qui regarde le sens de la création de l'homme à « l'image ressemblante » de Dieu, le P.Renckens penche vers la solution qui veut que ce soit par ses facultés spirituelles que l'homme se range du côté du monde divin, dont font partie les anges (p.85-88).A notre avis, cette solution ne tient pas assez compte du fait que c'est tout l'homme qui est ainsi créé, car c'est en tant qu'homme (mâle) et femme (femelle) qu'il acquiert cette dignité (Gen.1, 27); ainsi l’élément corporel doit entrer dans cette « image ».Nous pensons que c'est par l'amour humain sensible et spirituel à la fois, tel que vécu dans le mariage et hautement respecté en Israël, que l’homme, dans la société conjugale, peut ressembler à Dieu.Nous avons là le fondement de la révélation biblique de la fécondité divine, reflétée dans la fécondité humaine, qui ne saurait être, par suite qu’une bénédiction de choix.L'auteur défend avec insistance l'unité du deuxième récit des origines (Gen.2-3); les aspérités de compositions et les soi-disant doublets s’expliquent beaucoup mieux par des maladresses d’auteur que par la fusion d’écrits différents quoique apparentés.Nous nous rendons volontiers à cette vue, en tenant compte du fait que plusieurs traditions ont dû circuler en Israël sur l'origine heureuse et malheureuse de toute l’humanité; au cours du dixième siècle avant Jésus-Christ, un auteur inspiré en a fait la somme.Quant à l’existence de parallèles extra-bibliques pour ce drame d'un premier couple humain, l’auteur la rejette résolument; j’avoue être parvenu à la même certitude au terme d’une longue enquête menée à travers toutes les littératures orientales anciennes.Nous avons certainement ici une autre particularité de la foi yahviste.Cette foi est de plus fortement marquée par la prédication prophétique.Le bonheur d'Israël est étroitement lié à sa fidélité à l'Alliance; par contre-coup, ses défaites et ses rigueurs d’existence ne trouvent d'autre source d’explication que ses fautes repétées d'idolâtrie et ses transgressions du Décalogue.L’ « arbre de vie » devient donc le symbole du bonheur assuré à tout homme qui reste fidèle à son Dieu (p.103-107).Tout aussitôt se pose le problème difficile du Paradis Terrestre et de l’absence du mal physique avant la chute.La science actuelle nous montre que la terre matérielle a existé longtemps avant l'apparition de l'homme, et qu'elle n’avait pas une nature différente de celle que nous connaissons.Si nous nous reportons à notre récit, nous pouvons distinguer assez nettement deux traditions différentes.La principale d'entre elles conçoit l’homme créé de la terre (adamah) ordinaire pour être ensuite placé dans un jardin à caractère divin.Après sa chute, l'homme est chassé dans cette terre ordinaire, ce qui rend son existence difficile et précaire.La deuxième tradition, subordonnée à la première, imaginait l’homme sorti de la terre (adamah) féconde; cette dernière est maudite à la suite du péché de l’homme, ce qui explique le caractère pénible de sa vie présente.Il faut donc dépasser ces représentations plastiques diverses, car ici encore Dieu n'a pas voulu révéler ni le comment de sa création ni le détail de l’état de félicité originelle et de la chute.Ce qu'il a voulu nous communiquer, c’est la signification religieuse de son plan de création et de salut, qui ne saurait être qu’un, auquel est étroitement associé le destin même de tout le cosmos.Le jardin n'est donc rien d’autre que l'image de ce don « surnaturel » de Dieu lui-même aux hommes, et par eux, à tout le monde créé, parce que l’homme fait partie intégrante du cosmos.Toutefois je doute que nous puissions déjà voir là la révélation du bonheur éternel des justes, auprès de Dieu (p.I 39-46): ceci, à mon avis, est une lecture anticipée de ce qui sera révélé beaucoup plus tard.On lira de très belles pages sur la signification religieuse de l'image de la création de la femme à partir d'une « côte » de l’homme (p.153-61).C'est l'iden-té de nature des deux sexes qui est ici proposée, de même que leur dignité égale vis-à-vis de Dieu.Il faut dire même davantage: c'est tout le mystère de l'union affective de l'homme et de la femme, au sein du cercle familial, qui est ici chantée tant dans l'image de la « côte » que dans l'exclamation du premier homme devant la première femme (Gen.2, 23).Un problème nouveau tient maintenant exégètes, théologiens et anthropologues en haleine: faut-il se représenter l’apparition de l’homme sur la terre en terme de « monogénisme » ou de « polygénisme » ?II faut renoncer à chercher une réponse définitive à cette question dans nos récits de la Genèse.Il est vrai que l'auteur sacré écrit en pensant à un couple LECTURES/JANVIER PAGE 117 T originel, mais nous ne pouvons pas affirmer que ce soit là un objet de son enseignement; ce problème d’un ou plusieurs couples originels n’appartient pas à son monde de pensée.La réponse doit donc être cherchée ailleurs, et il ne nous appartient pas de la donner ici.Avec joie nous lirons aussi les nombreuses pages consacrées à « démolir » l’interprétation sexuelle donnée à la scène du péché originel.Cette interprétation a certes connu beaucoup de succès, mais elle a tendance à disparaître de nos jours.L’auteur ne savait pas non plus en quoi le premier couple a pu offenser Dieu, et il n’a même pas voulu nous laisser croire que ce fut de telle façon plus qu’une autre.Le « fruit défendu » appartient aussi à son monde d’images, comme il en existe tant dans son récit; il ne symbolise qu’une révolte d’orgueil par la recherche peut-être d’une autonomie morale.Ce serait là toute la signification de « la science du bien et du mal » (p.170-82).Une dernière question enfin: le Protévangile (Gen.3, 15).Le P.Renckens pense y découvrir l’affirmation de la victoire finale de l’humanité sur les forces du mal.Comme le collectif et l’individu sont étroitement liés dans la pensée hébraïque, rien ne nous empêche, dès lors, de penser même à la victoire du Christ sur Satan: « le Protévangile indique alors d'une manière vague, mais au sens littéral, la victoire de l’humanité sur le démon par le Christ » (p.195).J’admets que nous avons ici une promesse de salut, mais je crains que nous ne puissions suivre ici l’exégèse du P.Renckens sans outrepasser les limites de notre texte.J’y vois encore là une lecture anticipée de ce que d’autres auteurs inspirés écriront plus tard.Cette recension un peu longue montre tout l’intérêt que nous avons eu à lire cette étude du P.Renckens.Nous n’avons qu’un souhait, c’est que beaucoup d’autres la lisent aussi, pour l’éclairage de la foi des uns et la solidité de l’enseignement des autres.les juifs de r.peyrefitte ANDRÉ MELANÇON Après un début qui aurait pu le faire classer parmi les meilleurs romanciers de l'heure, il semble que Roger Peyrefitte ’ ait opté définitivement pour la chronique de la société contemporaine, et particulièrement dans ce qu’elle peut avoir de mesquin et de scandaleux.Le genre n’est donc pas nouveau.Voltaire et Anatole France y ont excellé.Nous oserions dire que c’est un genre démodé, que l'on ne prend plus vraiment au sérieux, même si le goût pour le ragot demeure profondément enraciné dans les esprits moyens.Cette littérature, si l’on peut lui donner ce nom, conserve toujours de nombreux lecteurs et s’avère constamment rentable pour un écrivain aussi habile que l’auteur des Ambassades et des Clés de Saint-Pierre.Roger Peyrefitte a sûrement de nombreux comptes à régler: ses livres lui servent à la fois d’exutoire et d'amusement.Car il doit prendre un malin plaisir à constituer les éléments fondamentaux de ses plaidoyers, à remplir des milliers de fiches, à interviewer de nombreuses personnes et à fournir à ses éditeurs des thèses qui sont un mélange de sérieux et de parti pris, d’héroïsme et d’esprit salace, sous le couvert de l’impartialité et de la défense des grandes causes.Et l’on sent toujours, même dans les pages les plus nobles, le clin d’œil complice de cet esprit voltairien.Mais Voltaire avait une qualité que notre auteur ne possède pas: la brièveté.Alors que le père de Candide se contente de contes prestement enlevés, Peyrefitte nous propose des œuvres colossales, qui se veulent de véritables sommes, susceptibles d’épuiser un sujet.Ainsi, pour Les Juifs, il semble, du moins à première vue, n’avoir pas négligé le moindre aspect du problème israélite actuel.Et l’on est littéralement consterné devant la masse des renseignements qui nous est fournie.De longs chapitres ne sont constitués que de présumés dialogues, où les protagonistes font preuve d’une science invraisemblablement exhaustive concernant les origines plus ou moins judaïques de presque toutes les grandes familles du monde entier.D’autres développements, nombreux, nous paraissent d’ordre plus encyclopédique que littéraire, comme dans les romans didactiques du Moyen Age, au point qu’une bonne partie de cette somme finit par.assommer ! On peut aussi comparer Les Juifs aux interminables films à grand déploiement.où l’on en met vraiment trop.Mais puisqu’il s’agit d’un sujet d’actualité et que la curiosité engendre la patience, l’auteur entraîne, ou traîne ses lecteurs jusqu’à la page cinq cent quatorzième ! Heureusement qu’il écrit assez bien et qu’il parvient à tromper la lassitude par des formules qu’il sait ménager à temps, ou par des révélations sensationnelles.ou encore par des scènes par trop gaillardes.Car cette thèse, pour mieux passer dans les esprits, prend la forme du roman.Il nous est nécessaire d'avouer que cette histoire est en elle-même insignifiante: elle ne peut enrichir l'art romanesque.Mais elle sert de prétexte pour l’exposition de toute cette science qui, même si elle ne néglige pas les aspects fondamentaux du judaïsme, préfère trop souvent s’attarder sur des points qui touchent l’érotisme et les aspects sexuels de la race sémitique.( I ) Roger Peyrefitte — Les Juifs.(Paris] Flammarion [1965].514p.20cm.$7.70 \ LECTURES / JANVIER PAGE 118 Malgré ces excès, on peut dire que l’auteur se montre assez sympathique aux Juifs, même s’il malmène malicieusement les Rothschild et quelques autres Juifs milliardaires et libéraux.Il ne fait alors que suivre le courant qui se dessine dans le monde depuis l'hécatombe de la dernière guerre, où six millions d’Israélites ont été sacrifiés à la folie d’Hitler.Et certains de ses chapitres nous permettent de saisir une partie du mystère de ce peuple.Mais comme on ne sait pas toujours jusqu’où va l’authenticité de l’information, on reste parfois sceptique devant cette œuvre qui est constituée de vérités, d’hypothèses et de fictions.Et les coups de griffe qu’y reçoivent les papes, les cardinaux, les évêques, les Jésuites, les chefs d’Etat et certaines bêtes noires de Roger Peyrefitte, nous amusent sans doute assez souvent, mais nous font sourire devant sa prétention à « consacrer sa vie à la vérité * ! Une initiative vraiment remarquable LECTURES consacrera au cours de février un numéro spécial à FÉLIX-ANTOINE SAVARD l’auteur de Menaud, maître-draveur — L’Abatis — La Minuit Le Barachois — Martin et le Pauvre — La Folle La Dalle-des-Morts • des études sur l’homme et ses oeuvres romanesque, poétique, dramatique • des indications biographiques et bibliographiques des plus complètes • un petit glossaire des canadianismes employés par l’auteur À NE PAS MANQUER ! Vient de paraître : Docteur Paul CHAUCHARD NOTRE BESOIN D'AMOUR Pourquoi aimer, comment aimer."L'homme est délaissé parce qu'il ne trouve ni en lui, ni hors de lui, une possibilité de s'accrocher.L'homme est condamné à être libre".J.P.Sartre "Plus seulement "Aimez-vous pour être parfaits, mais.aimez-vous ou vous périrez." P.Teilhard de Chardin Une seule alternative donc: le suicide ou l'amour.184 pages, $3.00 ÉDITIONS SALVATOR — en vente chez ?•*.?•••-?•y Alain PREMOISAN LES CAHIERS DE CtClLE Confidences d'une prostituée Préface de l'Abbé André Talvas Une jeune fille, ancienne élève des Beaux-Arts, nous livre sa vie au fil des jours et des pages.C'est le drame personnel, vécu.A travers les authentiques aventures de cette "respectueuse", que d'appels à l'intelligence aveugle et au coeur blindé des "gens bien".200 pages, $3.75 votre libraire ou à la librairie FIDES f ?f ?v ?f ?LECTURES/JANVIER PAGE 119 NOTICES Ml I H - GRAPHIQUES littérature canadienne trois retraites de huit jours.Puis, apres un repos de quatre jours dont il profita pour visiter certains lieux privilégiés, il reprit sa prédication et donna même deux retraites en même temps, c’est-à-dire six prédications par jour avec confession dans les moments libres.Cela donne une idée de l'ardeur apostolique de ce thaumaturge, (p.68) Malgré cette fougue à proclamer la parole de vérité, le Père Frédéric, nommé Vicaire Custodial, sait associer à sa fermeté la diplomatie qui lui permet de traiter avec les Arabes et les multiples Eglises chrétiennes.Son supérieur du Caire peut formuler cette quasi-certitude: « On espère qu’il ne mettra pas le feu à Jérusalem.» Il faut dire que l’incendie couvait sans cesse et que les conflits se réglaient parfois à coups de bâtons.A cette époque, les pays d'Europe jouaient leur politique à Jérusalem (p.107) et.même au sein de la Custodie, les conflits écla- un grand serviteur de la terre sainte de r.légaré HERVÉ BIRON L'auteur, très connu parmi les écrivains canadiens.a déjà publié parmi plusieurs autres ouvrages une profonde étude sur Saint-Denys Gameau et une vie du Père Frédéric Janssoone ’, l'une des gloires de l'Ordre franciscain au Canada.Cette fois-ci le biographe scrute avec plus d’attention l'œuvre accomplie pur l'éminent religieux en Terre Sainte -.Est-il exagéré de dire que cette période de douze ans (1876-1888) est la partie capitale de sa vie comme son œuvre accomplie dans la patrie de Jésus le fut pour la présence catholique dans les Lieux Saints ?Cette histoire trop peu connue méritait d'être mise en relief par un auteur aussi captivant et aussi brillant que le Père Légaré.On sait que le Père Frédéric est né en Flandre française, à Ghyvelde.le 19 novembre 1838.Il n'a donc pas encore 38 ans lorsqu’il demande et obtient son obédience pour la Terre Sainte.Parti de Paris, le 9 mai 1876.il arrivait le 18 juin suivant à Jérusalem.A peine débarqué au Moyen-Orient, le religieux fut invité à prêcher en Egypte.Il donna sans relâche taient avec violence entre des religieux de diverses nationalités, (p.115) Le Père Frédéric affrontait tout avec la même douceur et la même fermeté.Le curé Duguay, du Cap-de-la-Madeleine, devait plus tard, lui décerner un diplôme haut en couleurs: « Pendant douze ans, vous avez rempli la charge de Vicaire Custodial, sans cesse aux prises avec la malice des hérétiques, l'astuce des schismatiques, la fourberie des Grecs et la duplicité de la diplomatie européenne.» (p.123) Il reconstruit l'église de Bethléem et celle du Saint-Sauveur à Jérusalem.Mais surtout il rédige le Règlement de Bethléem.On sait de quoi il s'agit.Les représentants des diverses dénominations chrétiennes occupent conjointement la plupart des sanctuaires historiques de la Terre Sainte.Les Orientaux ont tendance à empiéter sur les voisins.Si les Latins ne défendaient leurs droits, parfois avec des arguments claquants, ils seraient vite éliminés du pays de Jésus.Voici un petit exemple de ce manuel: « Dans l'épaisseur du mur où s'ouvre la Porte de Joinville, les Latins seuls ont le droit de balayer et d’épousseter; et si, de temps en temps, les Arméniens tentaient à le faire, notre sacristain devrait s'y opposer.Du petit palier demi-circulaire, au bas des cinq gradins, le balayage appartient exclusivement aux Latins.Nota.— Les Arméniens tentent, de temps à autre, de ravir ce droit aux Latins, notre sacristain ne doit jamais faire concession à cet égard.» (p.135) (1) Romain Légaré, o.f.m.— L'Aventure poétique et spirituelle de Suint-Denys Gameau.Montréal et Paris, Fides [19571.191p.ill.(h.-t.) 16cm.— Un Apôtre des deux mondes.Le Père Frédéric Jansoone, o.f.m., de Ghyvelde.Montréal, Librairie St-François, 1953.385p.fh.-t | Ouvrage couronné par l’Académie des Sciences morales et Politiques, de l’Institut de France.(2) Romain Légaré, o.f.m.— Un grand serviteur de la terre sainte.Le Père Frédéric Janssoone.o.f.m.Trois-Rivières.Editions du Bon Père Frédéric, 1965.247p.ill.(h.-t.) 22.5cm.$3.00 LECTURES / JANVIER PAGE 120 Le bon Pere avait beaucoup d'imagination.Il voyait les plaines de Saron, d’Esdrelon et de Cisson refleurir et y couler le lait et le miel, grâce au concours des habitants canadiens dont il aurait aimé transplanter quelques groupes sur la terre de Cha-naan.(p.132) Les Israéliens s'en sont chargés, comme le note justement l'auteur.Là où le Vicaire Custodial a agi avec la maîtrise d'un créateur, ce fut dans l'organisation des pèlerinages français de pénitence réalisés avec zèle par les Pères Assomptionnistes de Paris.A ce sujet, l’auteur note avec humour: « .il y a deux façons de voir: matériellement, comme les mouches, ou avec intelligence et foi comme les saints ».Avec la collaboration de son ami, l'abbé Léon Provancher.le savant naturaliste canadien, il réalisera bien des choses.Il y fit un premier séjour en 1881-82 pour recueillir des fonds, y organisa des pèlerinages nationaux.puis finalement s’établit à demeure au Canada, y fonda un Commissariat de Terre Sainte, rétablit les fils de saint François qui avaient été les premiers desservants du pays, enfin créa trois chemins de croix extérieurs, ceux de St-EIie-dc-Caxton, du Cap-de-la-Madeleine et de la Réparation de la Poin-te-aux-Trembles.Toute sa vie, il prêchera en s’appuyant sur son expérience des Lieux Saints, publiera des articles de revues et des livres, quêtera, toujours pour cette terre sacrée sur laquelle le Christ a posé les pieds.Le Père Légaré est un conteur entraînant.Il sait apporter ici et là la touche légère et fleurie de saint François de Sales: « Pour composer le miel des vertus.dit-il du Père Frédéric, il savait pratiquer le choix des abeilles qui butinent: il prenait l’amour de la solitude chez les ermites, l’innocence chez les vierges, la simplicité chez les enfants, la prudence chez les vieillards ».Voici un très beau récit tout à l’honneur de son héros, de son auteur et de l’Ordre franciscain.II est solidement documenté et entouré de tout l’appareil de références désiré en un tel ouvrage.Pour la première fois, à ma connaissance, un manuel sur l’art d’apprendre 1 vient d’être rédigé.Ni l’Europe ni l’Amérique n’avaient encore produit un tel ouvrage pratique dont le but premier est d’aider l’étudiant à découvrir, comme le souligne l’auteur, le plus facilement, le plus rapidement, le plus sûrement possible, le contenu des cours magistraux u des textes écrits ou enregistrés sur rubans ou sur disques.C'est donc un enrichissement considérable pour le monde de l’enseignement.Les éducateurs soucieux d'une pédagogie toujours mieux adaptée à l’étudiant trouveront en L'Art d’apprendre un instrument propre à éliminer un nombre considérable de défauts qui entravent toute recherche de la vérité.Même les étudiants du niveau universitaire souffrent de ce manque de méthodologie du travail intellectuel: le présent manuel obvie donc à cette carence, puisqu'il est le résultat des années d’enseignement de l’auteur à ce niveau.Les qualités de l’ouvrage sont nombreuses.J’en soulignerai quelques-unes.L’auteur semble avoir fait l’inventaire des éléments nécessaires à une bonne méthode de travail: depuis l’horaire de travail jusqu'à la préparation immédiate des examens, tout y est soigneusement précisé sans oublier l’art d’écouter un cours et d'en noter l'essentiel selon une analyse juste et rapide, sans oublier non plus les techniques d'une lecture rapide et assurée des textes et les moyens d’étudier efficacement.Mais le plus grand mérite de Monsieur Girard est celui d'avoir bâti son livre de façon à favoriser l'apprentissage et l'acquisition des différents habitus de connaissance par des exercices répétés et gradués, par des exercices précis et brefs, par des exercices constants depuis le début jusqu’à la fin du manuel.Rien n'a été ménagé pour faire de ce nouveau manuel un livre efficace et pratique pour le professeur et pour l’étudiant: les feuilles détachables, la numérotation des exercices prescrits, une documentation suffisante (écrite et sonore).Il faut féliciter l’auteur d’avoir recouru aux éléments qui sont facilement à la disposition des enseignants.L'auteur a prévu également un manuel-guide -du professeur qui sort tout frais des presses des Editions Fidcs.Il est à souhaiter que les institutions d'enseignement se feront un devoir de prendre connaissance de L'Art d’apprendre, que les professeurs l’étudieront et que l’on fera profiter au plus vite nos étudiants d’un outil aussi précieux, aussi précis que celui-là.Pour avoir déjà étudié ce problème des méthodes de connaissance, pour avoir moi-même tenté des expériences semblables, je suis le premier à reconnaître la valeur de l’ouvrage de Monsieur M.Girard.( 1 ) Mathieu Girard — L’art d'apprendre.Cours d initiation au travail intellectuel.[Montreal] Fides [1965], 271p.28cm.$3.50 (2) Mathieu Girard — L'art d'apprendre.Cours d'initiation au travail intellectuel.Livre du maître.[Montréall Fides [19651 271p.28cm.l’art d’apprendre de m.girard JEAN-JACQUES DEGUIRE LECTURES/ JANVIER PAGE 121 au carrefour des souvenirs de m.'valois ANDRÉ MELANÇON Le recueil de chroniques que Marcel Valois nous présente sous le titre d'Au Carrefour des Souvenirs 1 méritait d’être écrit.Non pas que le style s'y fasse remarquer d’une façon particulière, mais avant tout parce que le journaliste de La Presse, qui y a tenu le rôle de critique musical durant un quart de siècle, nous fait revivre les grands moments qui ont marqué la vie artistique de Montréal depuis les années 1920.Au fil des « souvenirs », l’auteur rappelle aux aînés et apprend aux plus jeunes les efforts et les succès qui ont permis à notre époque de faire de la métropole canadienne un centre où la musique, l’opéra, la danse et le théâtre tiennent une place que peuvent lui envier bon nombre de villes renommées.Sans pour cela se poser en « laudator temporis acti », ni marquer ses « mémoires » au coin d’une nostalgie qui pourrait choquer ceux qui méprisent tout ce qu’ont fait les « anciens », Marcel Valois nous offre un hommage bien senti à l’égard de ceux qui ont animé les arts depuis près de cinquante ans à Montréal.Il nous fait surtout plaisir de voir ressusciter les grands succès qu’a remportés l’entreprise des Variétés Lyriques, sous l’habile et infatigable direction de Lionel Daunais et Charles Goulet.Le volume s’ouvre sur des impressions d’enfance, où la poésie et la chaleur sont loin d’être absentes.Malgré le peu de prétention de ce retour à l’enfance et à la musique, nous croyons que tout historien des mœurs montréalaises devra référer Au Carrefour des Souvenirs de Marcel Valois, pour y découvrir une authentique atmosphère d’époque, qu'on pourrait appeler, pour nous.« la belle époque ».le pain de la paix et l’orage dans mon coeur de 1.allen-shore ANDRÉ MELANÇON Mme Allen-Shore aime sans doute la poésie.Elle semble y voir une tribune pour donner à ses con- temporains des leçons d’humanisme, de charité et de paix.Mais elle oublie que la vraie poésie est plutôt l’expression d’une vision personnelle de la vie et du monde, transmise par le truchement d’images et de rythmes, au moyen d’une langue qui diffère sensiblement de celle de la prose.Le choc de l’inspiration peut ainsi atteindre le lecteur et produire chez lui un effet analogue.Dans les deux recueils 2 de Mme Allen-Shore, je ne vois que la première partie d’un court poème, intitulé Les Mères, qui réponde à ce choc fondamental.C’est qu’elle y parle de ses deux enfants: elle sait alors trouver les mots qui touchent.Tout le reste me paraît prédication, bien intentionnée sans doute, mais hors cadre, et trop loin de la poésie authentique.Et si l’on ajoute que l’auteur ne sait pas maîtriser la langue française, et que les fautes de toutes sortes abondent dans ces quelques pages, on trouverait préférable qu’elle n’ose pas s’aventurer sur des chemins pour lesquels elle n’a pas tout ce qu’il faut.ne me demandez pas qui je suis de 1.allen-shore ROLAND CHARLAND Le titre du roman :i reprend le cri qu’une femme de la Résistance vocifère en leitmotiv à la face d’un officier allemand qui l’interroge sur son identité.L'anaphore s’inscrit ici dans une volonté farouche de défendre les droits de l’homme: telle est la thèse sous-jacente à la trame du roman.Allen-Shore tente de nous repeindre l'atmosphère dans laquelle ont vécu les Européens aux jours et aux lendemains de l’occupation allemande.La « réalité du malheur » de cette époque est rendue par l’enchaînement des menues péripéties classiques: exode des évacuants, chasses à l’homme, perquisitions de la Gestapo, réseaux de résistance, lâchetés des uns et faits de bravoure des autres, camps de concentration, dernière lettre du condamné à mort, maquis, « retrouvailles » désenchantantes au retour de la paix, etc., etc.Tout en brossant ce fond de scène, Allen-Shore nous raconte les épreuves d’un jeune couple qui tour à tour se forme, se perd, se retrouve et qui réussit enfin tant bien que mal à se réadapter au monde d’après-guerre.fl) Marcel Valois — Au carrefour des souvenirs.[Montréal] Beauchemin, [1965].158p.20.5cm.$3.00 (2) Lena Allen-Shore — Le pain de la paix.L orage dans mon cœur.2 volumes.Poèmes récitatifs.[Montréal] Editions du Lys [1964 et 1963].41p.et 37p.20.5cm.$1.50 (3) Lena Allen-Shore — Ne me demandez pas qui je suis?Roman.[Montréal].La Québécoise [1965].234p.20.5cm.$2.50 LECTURES/JANVIER PAGE 122 Que ce roman représente une valeur de document humain, la chose est indéniable; mais, à notre avis, il manque de densité, de force et de relief tant dans son affabulation que dans le style.Il y a un certain risque à puiser son inspiration dans l’arsenal des événements de la dernière guerre: celui de servir des matériaux qui sentent le recuit ou l’éventé.La romancière n'a pas échappé à l'aventure, encore qu'elle eût racheté cette faiblesse en créant ici et là de véritables moments de suspense — l’occasion s’y prêtait: le roman de guerre ne s’apparente-t-il pas au roman policier et à cette formule ?— mais son action dramatique n’exploite pas suffisamment les surprises, les rebondissements qui aguichent le lecteur.De plus, l’histoire d’amour qui s’entremêle au récit nous apparaît on ne peut plus terne, très peu palpitante, voire mièvre et aussi peu vraisemblable que celle d’un libretto d’opéra traditionnel.Au moment où le thème de l’amour peut prendre de la profondeur, on le voit s’affadir en jalousies mutuelles par trop simplistes et se figer dans une considération gélatineuse à propos de la difficile réadaptation psychologique au monde présent.Ce sont là des faiblesses attribuables, peut-être, au fait qu’il s’agit pour l’auteur de reproduire pour une part des éléments autobiographiques ?Dans ce cas, le souci de vérité historique aurait brimé les élans de l’imagination romanesque, et il aurait mieux valu tout simplement pour l’auteur d’utiliser la formule des mémoires ou du journal intime.Si, par ailleurs, comme c’est vraisemblablement l’intention de l’auteur, il s’agit d’une large fiction, la thèse établie en faveur de la défense des libertés humaines se trouve littéralement noyée dans les flots de la grandiloquence.Allen-Shore est une néo-canadienne pour oui sans doute le génie de la langue et de la pensée françaises n’est pas chose tout à fait acquise.Nous espérons que ses prochains livres offriront plus de solidité et plus d’apprêt.bonheur d’occasion de g.roy PAUL-ÉMILE ROY Une nouvelle édition de Bonheur d’Occasion, en un volume de 345 pages 1.Une présentation agréable, un format pratique.On nous rappelle en couverture que plus d’un million d’exemplaires de cet ouvrage ont été vendus, dans les seules langues anglaise et française.« Un des grands succès de la littérature internationale.» Tous ceux qui s'intéressent à la littérature se réjouiront de cette édition.Il nous reste à souhaiter que la critique accorde à l’œuvre de Gabrielle Roy l'attention qu’elle mérite.Il me semble qu’un livre comme Bonheur d’Occasion aurait suscité en France des études approfondies.En tout cas, nous aurions bien besoin que quelques spécialistes analysent les lois cachées de cet art fascinant, et dégagent ses résonnances internes.La critique moderne nous offre un instrument approprié.Avec le renouveau des études littéraires canadiennes chez nous, peut-être, n’espérons-nous pas en vain.la musique sacrée dans nos paroisses de j.martel, o.m.i.CLAUDE SOUCY, c.s.c.Sans commenter systématiquement les affirmations de la Constitution conciliaire sur la liturgie en matière de musique sacrée, ce petit livre 2 3 du P.Martel semble être une réponse aux appels sous-jacents qu’elle renferme.L’Auteur nous y expose, en effet, ce qu’il faut entendre, selon lui, par « chant reli-ligieux populaire » (p.55), énonce les nuances appropriées à propos de la mise en œuvre du chant religieux populaire et du chant grégorien dans nos paroisses (p.46) propose un plan d’action précis pour initier les fidèles au chant liturgique (p.19).De nombreuses illustrations musicales aident à comprendre les règles théoriques à observer pour l’obtention d’une musique religieuse vraiment bonne.On y trouve des indications pratiques dont pourront tirer profit les musiciens d’Eglise ou les pasteurs dans le choix de pièces à exécuter ou à faire apprendre aux fidèles.On sent à travers ces pages, que l’Auteur nous communique son expérience et ses convictions personnelles.ainsi que son grand amour de la musique.La mise en application, par Nos Seigneurs les Evêques, des nombreuses suggestions du P.Martel en ce qui concerne la musique sacrée, nous montre à quel point il a vu juste.Voilà un guide que les chrétiens de l’Eglise canadienne, surtout les pasteurs, peuvent suivre avec confiance.( 1 ) Gabrielle Roy — Bonheur d'occasion.Roman.Nouvelle édition.[Montréal] Beauchemin.1965.345p.20cm.$4.50 (2) Jules Martel, o.m.i.— La musique sacrée dans nos paroisses.[Ottawal Editions de l’Université d’Ottawa.[1964] 132p.18cm.$1.50 (3) Nous signalons à nos lecteurs deux études consacrées à la question du chant grégorien: Le chant grégorien est-il condamné à mort ?par M.Duruflé, dans Ecclesia, no 199, octobre 1965: La Latin et le Chant grégorien dans le cadre de la rénovation liturgique par Dom J.Froger.[Paris] [1965] procure générale du clergé.Ce dernier article a paru dans la revue Musique Sacrée no d’avril 1965.LECTURES/JANVIER PAGE 123 NOTICES Mi l H - G^PHQIES littérature étrangère borent sur toutes les questions: politique, sociale, morale, religieuse.Le long épilogue met en contraste l'histoire d'un malheur national: les multiples péripéties occasionnées par l'occupation allemande de la France durant la dernière guerre mondiale ne font cependant que fortifier et épurer l'amour des époux Dussert.11 dénoue les destins individuels des principaux personnages du roman; il précipite l'action dans les catastrophes.sans que l’optimisme cède jamais à l'absurde et au désespoir.Devenu par les circonstances homme de la Résistance, arrêté, emmené en Allemagne.Noël Dussert périt dans l’horreur d’un transport en wagons à bestiaux; dans un acte de charité parfaite, il sacrifie sa vie pour un autre, entrevoyant, dans l’éclair de l'espérance chrétienne, le sens de l’existence humaine.histoire d’un bonheur de p.-h.simon ROMAIN LÉGARÉ, o.Lm.Pierre-Henri Simon a su équilibrer le roman d'analyse et le tableau d'une époque, les faits et les débats d’idées, la communication de la chaleur humaine et le don des nuances, la lucidité de la foi et les différents traits de la psychologie de l’homme, les péripéties d'une destinée individuelle et les remous politiques, les courants d'idées de l'avant-guerre qui l'immergent; il a su faire sentir la complexité des êtres et leur poésie; il ménage jusqu’au bout, dans une sorte de « suspense », l’intérêt du lecteur.Pardessus tout il respecte pleinement la vérité de la condition humaine, qui demeure tragique jusque dans le bonheur même.Les gens heureux, s'il en est, ont-ils une histoire ?M.Pierre-Henri Simon le croit: il a gagné le pari de raconter, en vrai romancier, l’histoire d'un couple heureux '.à une époque où la littérature affiche son goût d'amertume en peignant les échecs de l'amour.Maire d'une ville de l'ouest de la France, au bord de l'Atlantique, avocat de talent et d’esprit radical, orgueilleux mais généreux, Noël Dussert cherche tout d'abord à réussir sa vie tout en œuvrant pour le bien commun, dans le sens d'une morale bourgeoise et laïque, mais respectueuse du christianisme.Ses succès ne le satisfont pas, jusqu'à la rencontre de Lucie, jeune veuve de noble famille et très chrétienne.femme exceptionnelle par la beauté, le cœur et l'esprit.Il se montre dès lors loyal, sincère et fidèle.Lui et son épouse, tout en reconnaissant et respectant leurs différences, se donnent l'un à l'autre, corps et âme.sans que le temps, les événements, même les tentations affaiblissent leur union profonde.La réussite de ce mariage, obtenue dans la sagesse et la persévérance, est racontée en des tons qui vont de la tendre ironie jusqu'à la tragédie, tout en conservant toujours l'expression de la vérité.Dans la petite ville, des destins se croisent, des discussions s’éla- Ce roman * 2 qui n'est qu’une longue description, n'est pas sans perdre notre intérêt à maints endroits.Ce récit peut plaire à certains, si l’on garde à la mémoire que l’appréciation d’un livre demeure toujours relative quant aux motifs et critères sur lesquels se fonde un jugement.( 1 ) Pierre-Henri Simon — Histoire d'un bonheur.Roman.[Paris] Editions du Seuil [19651.324p.20.5cm.$5.75 , „ ^ .(2) Elizabeth Goudge — La senteur de lean.Traduit de l'anglais par Jean Fabri.[Parisl Plon [1965].290p.21cm.Relié.$4.30 la senteur de l’eau de e.goudge LOUISE LESSARD LECTURES / JANVIER PAGE 124 La senteur Je l'eau d'Elizabeth Goudge, est un roman qui se veut sensible mais qui tend beaucoup trop, à mon avis, à la sentimentalité et à la sensiblerie.Genre de long poème en prose, uniquement descriptif, sans aucun dialogue, voulant traduire les sentiments qui peuvent habiter tour à tour l’âme humaine: l’amour, l’angoisse, la joie, la tristesse.La campagne anglaise avec toute la beauté sauvage de scs paysages n'est pas sans influencer Elizabeth Goudge.La nature occupe une grande place dans ce roman, elle émerveille, calme, apaise et rassure.Un climat historique est créé du fait que le village d'Appleshaw a été construit sur les ruines d’une abbaye moyenâgeuse.« Miss Mary Lindsay ayant reconnu une âme de même lignée que la sienne dans sa petite cousine, lui lègue sa vieille maison d'Appleshaw, chargée de souvenirs et de secrets.» La nouvelle venue quitte la ville pour s'établir dans cette campagne, où tous sont solidaires les uns des autres.Peu nombreux, ils se connaissent bien tant par leurs faiblesses que par leurs bons côtés.Chaque individu possédant son caractère bien particulier, nous découvre un peu de la vie d’Appleshaw.Les premières connaissances de Mary Lindsay, a son arrivée, sont les enfants Talbot.Enfants, avec tout leur univers intérieur, imaginaire et parfois même fantastique, elle les rejoint bien sur le plan de lame.Des liens amicaux s’établissent par la suite, entre Mary et son voisin Paul.Ce dernier, aveugle, se construit lui aussi un monde intérieur à partir des sensations qu’il perçoit.Nous nous en tenons donc presque constamment au plan affectif.Il y a très peu déchanges en profondeur entre les différents personnages.D'ailleurs les dialogues sont quasi absents, il s'agit plutôt de longs monologues.Dans ce récit, il est rarement question d’avenir.Tout n’est qu'un rappel du passé.Le présent est oublié pour laisser la mémoire se délecter au gré de ses souvenances.! Le paysage beau et sain donne la contrepartie à ces gens, qui sans être profondément malheureux, ne sont pas particulièrement gais.En définitive.La Senteur de l’eau, est un roman descriptif, sensible, et qui pourra plaire à certains.amour et contraception de p.chauchard JEAN DURAND, c.s.c.Il aurait été surprenant que l'éminent savant des Hautes Etudes, auteur à la fois prolixe et réputé, n'ait pas un jour abordé de front l’épineux problème actuel de la contraception '.Il l’avait fait déjà par sa collaboration assidue à des journaux et à des pé- riodiques français.lout en reprenant certains de ses articles, il a voulu composer un ouvrage entier sur ce sujet, a titre de contribution au travail des commissions qui.au Concile, se soucient de ces problèmes.Le but de l'auteur dans ces pages, malgré des chapitres relativement indépendants, est de montrer que la contraception, loin de favoriser la solidité des relations inter-personnelles du couple, tend au contraire a désamorcer l’essentiel dialogue que doivent engager les partenaires sexuels dans le mariage.Catholique croyant et fervent, le docteur Chauchaurd cependant n'écrit qu'en savant et en homme d’expérience.se limitant à promouvoir des valeurs purement humaines d'une sexualité contrôlée p îr le cerveau et, par là.il est sûr de rejoindre les visées et les exigences de la foi chrétienne.Il n'y a donc pas pour lui de morale sexuelle catholique, mais une morale naturelle dictée par les impératifs d’un amour humain bien compris et par les exigences inférieures de la personne.Parce que l’Eglise Catholique y adhère fermement et se voit obligée de l'imposer à ses enfants, il y a danger de croire qu’elle est réservée aux seuls catholiques et qu'elle est par conséquent un peu arbitraire.L'auteur, on le sent bien, connaît tous les drames que peut provoquer soit une fécondité non planifiée soit un érotisme déchaîné, soit une continence mal intégrée.S'il se refuse à accepter la contraception, dans son sens moderne (pilule comprise), ce n'est pas pour prôner une fécondité à tout prix ou une continence déséquilibrante.Il en a contre les trucs et contre toutes les méthodes comme telles, fut-elle la méthode sympto-thermique, quand elles aboutissent.non pas simplement à mettre la technique au service de l’amour, — ce qui ne serait pas mal en soi — mais à aliéner les libres décisions de la personne à faire abdiquer la raison devant les pulsions déchaînées de la sexualité, enfin, à tuer le véritable amour humain, qui est d'abord libre maîtrise de soi-même pour pouvoir ensuite se donner à l'autre dans un geste enveloppant.L'auteur s’attarde, au début de son livre, à exposer ses vues sur le vrai sens de la nature humaine, sur le rôle du cerveau dans la conduite, notamment dans la vie sexuelle, sur l'utilisation du progrès et des techniques dans la morale.Il s'attache ensuite à décrire le comportement érotique et chaste des conjoints, pour condamner au nom même de cet amour, l'emploi de tout contraceptif dont l'admission, par ailleurs aboutirait à l'acceptation de la stérilisation, de l’avortement, des relations extra-conjugales, etc.Il fauche à plusieurs problèmes connexes, comme l'union réservée, le point de vue protestant sur la contraception, la technique cérébrale de Vittoz.le célibat, etc.( I ) Dr Paul Chauchard — Amour et contraception.Pour une sexualité responsable.(Tours) Marne (19651.293p.18cm.LECTURES/ JANVIER PAGE 125 La position-clé de Chauchard tiendrait dans ce paragraphe: « Pour que tous les fléaux sociaux qui résultent de la sexualité et qui ne se limitent certes pas à l’excès de fécondité disparaissent, il n’est pas besoin de « trucs », il suffit d'une « authentique éducation sexuelle », cas particulier d'une authentique éducation humaine qui n’est pas intellectualiste ou moraliste.Il ne s’agit donc pas d’interdire ou d’autoriser la contraception en prêchant ou non la continence.il s'agit de rendre la contraception inutile.Le couple qui a appris à avoir des relations humanisées aura une fécondité consciente et responsable sans techniques contraceptives et sans continence déséquilibrante aussi contraceptive.Les conjoints utiliseront leur cerveau pour la maîtrise de leur sensualité au service de la promotion de la communion amoureuse.» (P.16) Pour Chauchard, cette éducation sexuelle n’est pas un mythe ni une gymnastique réservée à des acrobates.Elle est possible à toutes les catégories de couples, comme de multiples expériences le prouvent actuellement dans de nombreux pays de culture différente.L'important, c’est d’y croire.« La nécessité de la contraception tient à l’absence d'éducateurs.Or ces éducateurs y existent virtuellement, mais ils n’y croient pas ou pas assez pour s’engager.C’est à susciter cet engagement que se consacre à nouveau ce livre » (P.19) w.churchill et l’angleterre du XXe siècle de j.chastenet HERVÉ BIRON Le dernier des trois titans de l’Empire britannique.L'histoire de cette vaste machine politique et navale tient en trois noms: Olivier Cromwell qui l'a créée.William Pitt qui l’a lancée a travers le monde et qui s’est survécu dans son fils et enfin Winston Churchill1 qui en fait jaillir les derniers éclats glorieux et l’ensevelit épuisée après avoir sauvé le monde de l’ultime sursaut des barbares.Mais le plus grand des trois, c’est peut-être encore Churchill, dont la formidable personnalité a dicté une ligne de conduite aux événements et qui a vraiment façonné les contours du prochain millénaire.Pourtant, si l’on compare le bilan qu'il a laissé avec l’idéal qui l’animait, on pourrait conclure à un monstrueux échec.Dans une puissante étude de près de 500 pages.Jacques Chastenet.qui a déjà étudié les périodes dominées par William Pitt, Wellington et Victoria, peint une fresque où se déploie l’histoire des soixante-cinq premières années du siècle et sur laquelle se détachent les traits de celui qui leur a insufflé son rythme vertigineux.Homme de guerre, politique, prix Nobel de littérature et peintre plus que convenable, son activité volcanique eût rempli dix existences ordinaires.Ce n’était pas trop pour l’époque à laquelle il a imprimé son dynamisme.Il a accéléré le cours de l’histoire, redonné du souffle à la dernière guerre au moment où elle semblait se pourrir dans le cloaque nazi; il a en même temps usé les forces de son peuple et fait déboucher l’humanité sur une nouvelle époque où la fraternité de l’espèce peut seule empêcher sa disparition.Descendant de Malbrouk, fils de Randolph Churchill et de Jenny Jerome, dont le père était propriétaire du New York Times et qui charriait dans ses veines un peu de sang iroquois, il avait en lui tous les éléments d’une personnalité fière et turbulente.L’odeur de la poudre l’enivrait et il ne cessa toute sa vie de jouer à la guerre sous la triple discipline du soldat, du journaliste et de l’homme politique, mêlant souvent les trois, car il ne se laissait pas enfermer dans le moule d’une existence ordinaire.Au début du siècle, l’aventure des Boers l’attire vers l’Afrique du Sud.Correspondant de guerre, il ne pourra s’empêcher de jouer un rôle militaire, sans doute du côté impérial.Mais ce n’est pas par conformisme.Il le dira dans son premier discours aux Communes anglaises, le 18 février 1901: « Si j’étais un Boer combattant — car si j’étais Boer, je serais sûrement combattant.» (p.18) Quand il est dans le jeu, il abat toutes ses cartes, mais il aime à choisir ses jeux.« De bonne heure, avouera-t-il, je me suis fait un système de croire ce que j'avais envie de croire ».(p.44) Aveu de cynisme?Plutôt nécessité de se convaincre des causes qui le tentent avant d’y jeter absolument tout ce qu'il possède.C’est l’une des clés essentielles de son système.Il a toujours fui l’orthodoxie de crainte de ne pas s’y sentir à l’aise et de ne combattre que d’une main molle.Tory jusqu’à la moelle, il fera la plus grande partie de sa carrière dans les rangs du parti libéral.Il n’abandonnera celui-ci qu’au moment où, en voie d’élimination par l’électorat, il sentira qu’il ne pourra y jouer aucun rôle à la grandeur de ses ambitions.Le réalisme se confond souvent avec l’opportunisme et les deux sont synonymes de politique.D’ailleurs, la vie de Churchill, ne l’oublions pas.se déroule entre les années 1939 et 1945.Avant c]est l’apprentissage, après le feu d’artifice de la gloire.Donc six ans de vie en accord avec ses goûts.Mais quelles années au cours desquelles, debout sur la proue du navire britannique, il a commandé à la mer déchaînée qui nsquait sans cesse de l’engloutir ! (1) Jacques Chastenet — Winston Churchill et l’Angleterre du XXe siècle.[Paris] Fayard [1965].510p.22cm.(Coll.Les grandes études contemporaines) LECTURES/JANVIER PAGE 126 Apprentissages, les promenades en Afrique du Sud et au Soudan, d’où il rapporta un récit qui l’acheminait vers sa carrière d’écrivain: La Guerre le long du fleuve.Il deviendra plus tard l’un des grands historiens de guerre, avec César, Napoléon et de Gaulle.Même ses longs services comme Lord de l’Amirauté en 1914 ne sont qu'une initiation, avec Gallipoli, ce revers immérité qu’il aurait évité s’il avait eu les mains libres.Churchill est un animal de guerre.Il ne respire que l’action.Son imagination fulgurante ne le pousse pas aux dangereuses divagations mais à d’immenses mouvements stratégiques pouvant embrasser toute l’humanité.Le champ de bataille n’est jamais si vaste qu’il ne puisse l’encercler par ses mouvements tournants.Aussi, dès 1903, avait-il l’intuition géniale des opérations globales de notre époque: « Autrefois, quand les guerres naissaient de conflits personnels, de la politique d un ministre ou de la passion d’un souverain, quand elles étaient menées par des petites armées de soldats de métier et que leur cours était souvent suspendu par la mauvaise saison, il était possible de limiter les conséquences que pareille aventure entraînait.Maintenant, au contraire, que de puissants peuples se portent tout entiers les uns contre les autres, maintenant que chaque individu est chauffé à blanc, maintenant que les progrès de la science balaient tout ce qui pourrait adoucir la furie des nations déchaînées, une guerre ne saurait s’achever que par la ruine totale du vaincu et la désorganisation économique du vainqueur.La démocratie est plus vindicative que les diplomates.Les guerres entre peuples seront plus terribles que les guerres entre rois ! » (p.45) On en était encore à une dizaine d’années de la guerre de 1914.Ce qui fut vrai à ce moment le fut bien davantage encore au cours du deuxième conflit qui laissa précisément l’Empire britannique démantelé, la Métropole elle-même en faillite.Cette lucidité ne l'empêchera jamais de payer et de faire payer aux autres le prix de la victoire, car il n’a jamais eu la vocation d’un perdant.C’est qu’au-dessus de son imagination et de sa lucidité règne la volonté, dure, implacable, apte à briser les hommes et à domestiquer la nature elle-même.Mais cette force n’a rien de brutal.Il possède une souplesse capable d’en faire un diplomate souvent supérieur au gens de la carrière.Sans ce don, éclairé par une loyauté rare en politique, il eût vite perdu l’appui d’un général de Gaulle qui joua dans le dénouement de la dernière guerre un rôle de première grandeur.Que l’on compare à i’attitude de Churchill, l’ondoyant aveuglement de Roosevelt.Au début de la guerre de 1914, le ministre britannique commande l'Amirauté.Il n’a plus qu’un souci: faire la guerre (comme le dira plus tard Clé-menceau).Tandis que la flotte britannique patrouillera les mers du grand large, les navires français veilleront sur la Méditerranée.A un commandant français qui le consulte sur les opérations à venir.il adresse cette invite spontanée: « Servez-vous de Malte comme si c’était Toulon.» (p.101) Celle-ci est la guerre des pygmées.Sauf en quelques circonstances comme à la bataille de la Marne, on n’assiste qu’à un grignotement des effectifs sans que jamais le cours de la lutte en soit modifié.Horrible grignotement qui fait passer des millions d’hommes sous le couperet de cette extermination.Au moment du désastre d’Anvers où il se trouve, (automne 1914), Churchill s’aperçoit que ce qui manque, c’est une volonté agissante, toujours présente et toujours prête à frapper.Il propose à Londres de le nommer général: « que le commandement des forces alliées à Anvers lui soit confié, et il se démettra de ses fonctions de premier Lord de l’Amirauté», (p.111) Cette suggestion paraît saugrenue aux hommes de Westminster.Il devra sans doute quitter l’Amirauté, mais ce sera contre son gré, après l’échec de Gallipoli, une des conceptions de son imagination.Mais, si ce projet avait été poussé avec énergie et rapidité, n’aurait-il pas été le triomphe de la guerre et abrégé les souffrances de tant de soldats et de civils ?Démis de ses fonctions de premier Lord de l’Amirauté, à la suite de cet échec, il obtient cependant la direction du ministère des Munitions.« Si je n’étais pas autorisé à faire les plans, dira-t-il plus tard, j’avais du moins la charge de forger les armes ».(p.140) C’est déjà le langage de la deuxième guerre mondiale.Il y apportera d’ailleurs une touche personnelle en poussant la construction des chars d’assaut, la grande révélation de cette guerre et l’arme décisive de la suivante.La paix qui suivra ne sera qu’une trêve parce que les Alliés n’ont pas su gagner la paix.Cette période verra d'ailleurs Churchill éloigné des affaires de l’Etat.Il ne peut que mieux en juger les illogismes et les erreurs mortelles.Tandis qu’à la fin de septembre 1938, après Munich, Chamberlain, l’homme au parapluie, murmure sans trop de conviction: « Je crois que la paix est assurée à notre époque », Churchill en Chambre s’écrie franchement: « Nous avons subi une défaite totale.» (p.268) Mais, dès ce moment toutefois, l’Angleterre a décidé de ne plus reculer.Avec elle, le monde libre entre en veillée d'armes.Celle détermination, Hitler ne pourra la comprendre, car habitué à bluffer, il pense que les autres font comme lui.Aussi, lorsqu’il entre en Pologne avec la complicité de Staline, la coalition des peuples pacifiques s’est opérée.Churchill revient à l’Amirauté jusqu’au moment où, après la « drôle de guerre », Hitler ayant tourné ses armes contre l’Europe occidentale, l’homme au cigare supplantera Chamberlain.Comme tous les apprentis-sorciers, le Führer finira par s’entourer d’ennemis.Après avoir submergé l’Europe continentale, il croit pouvoir neutraliser l’Angleterre par un bombardement incessant.Cette entreprise demeurera parfaitement illusoire, car un pays qu’on se contente de détruire n’est jamais conquis.Et, davantage encore, la brutalité physique n’a LECTURES/JANVIER PAGE 127 jamais asservi les esprits et les âmes.La bataille du ciel britannique a ruiné l'aviation allemande, trempé la nation anglaise et ancré jusqu'au désespoir sa détermination de ne jamais se soumettre.Cette phase passée, il était déjà trop tard pour Hitler.Celui-ci ne perdra jamais l'illusion de s'entendre avec l’Angleterre et même la France.Mais son destin a sonné au moment où se tournant sournoisement contre son ancienne alliée, il plonge profondément ses armées dans les steppes de la Russie.Trop peu psychologue, le chef nazi a-t-il eu l’illusion que les alliés trahis en 1939 laisseront à l'URSS le soin de se débrouiller seule ?C'est l'un des traits de génie de Churchill d’avoir immédiatement promis à Staline l'appui de toutes les démocraties.A ce moment, le tournant de la guerre est arrivé.Dès le début, d’ailleurs, le chef britannique avait compris que, sans les Etats-Unis, il ne pouvait gagner la guerre.Aussi s’emploie-t-il à convaincre Roosevelt de la nécessité pour la jeune république de faire peser tout le poids de son aide, d’abord en armements, puis en hommes.Le prêt-bail a été la formule magique pour Washington d'intervenir en conservant une apparence de neutralité.Churchill avait, le 9 février 1941, lancé son message célèbre: « Ayez foi en nous.Donnez-nous votre confiance, votre bénédiction, et la Providence aidant, tout ira bien.Nous ne faiblirons ni ne nous déroberons.Ni la violence soudaine de la bataille, ni les longues épreuves de l'attente vigilante ne nous abattrons.Donnez-moi les outils et nous finirons le boulot / » (p.324) Le bombardement de la flotte française à Oran fut peut-être une erreur.Il y en eut sans doute beaucoup d’autres, mais aucune n’a pu empêcher la volonté têtue de Churchill de détruire l’ennemi.La période de la guerre qui va de l’invasion de l’URSS par l’Allemagne jusqu’à la prise de Berlin, demeurera le modèle de la guerre-éclair totale, prodigieusement rapide quand on songe à tous les combats qui se livrèrent et à la monstrueuse machine qu’il fallut réduire en poussière.Les conférences de paix sont autre chose.Yalta et Postdam voient les Etats-Unis inquiets, soucieux uniquement d'entraîner Staline dans la guerre contre le Japon.Un Roosevelt mourant et un Truman novice en affaires vendent l'Occident pour une aide hypothétique et même invraisemblable.C’est là-dessus que s'achève l’épopée de Churchill.Chastenet, bien sûr, la conduit jusqu’à la mort de son héros.Il la raconte avec verve en y ajoutant cet arrière-plan de la vie politique de la Grande-Bretagne et du Commonwealth, et même de la révolution économique et sociale qui bouleverse à ce moment l'univers.C'est un excellent ouvrage d’histoire contemporaine.Dommage que l'auteur, par distraction.ait situé « le Nouveau-Brunswick dans le Far West Canadien ».(p.134) La revue LECTURE/ vous intéresse ?Alors faites-la connaître a vos amis Vient de paraître : E.Osty — J.Trinquet LE NOUVEAU TESTAMENT Tome 1.Les quatre évangiles EN GROS CARACTÈRES avec introduction, notes explicatives, références synoptiques, cartes de la Palestine et du lac de Tibériade.Se recommande : — aux personnes dont la vue est fatiguée — aux malades alités — aux prêtres pour la lecture publique — aux étudiants en Ecriture Sainte — comme cadeau etc.460 pages, broché $2.90 net F.relié $3.90 net I- ., ÉDITIONS SALVATOR LECTURES / JANVIER PAGE 128 LITTÉUATUUE DE JEUNESSE mon beau sapin de g.agel BÉATRICE CLÉMENT Ce joli petit album - contient cinq contes qui décrivent les préparatifs de Noël « dans ce village-là ».et six autres — inspirés des Evangiles de la Vierge de Daniel-Rops — dont les images, au fond doré, évoquent des enluminures conçues dans un style actuel.Ne serait-ce pas préférable d’attendre que le lecteur ait la maturité et les connaissances religieu- brigitte et le soleil après l’orage de b.bernage ses requises pour distinguer entre légende et vérité avant de lui offrir ce genre de texte ?A raconter au tout petit par un adulte qui possède une solide culture religieuse.une robe blanche BÉATRICE CLÉMENT Le menage Roseline-Dany frôle la catastrophe.Tentée, la jeune femme s’est ressaisie; buté, le mari couve sa rancune.Même la grave maladie de leur fille Véronique ne les rapproche pas.A part Roseline et les siens, tiennent la vedette dans ce volume Vincent, un des jumeaux, qui accède à la prêtrise et Marie-Agnès, étudiante, dernière des six enfants Hauteville encore à la maison.Oui, le soleil brillera après l’orage, comme cela arrive dans la vie courante plus souvent que ne le laissent entendre la plupart des romans d’aujourd’hui.Félicitons l’auteur qui ne craint pas de dépeindre une famille heureuse.Heureuse en dépit des épreuves parce que chacun met spontanément sa vie en accord avec sa foi.Sans respect humain comme sans affectation.Il faut dire et répéter aux jeunes que la famille chrétienne existe encore et que c’est elle qui est la famille normale.Le style aimable et la fraîcheur qui conquit le public dès les premiers Brigitte, il y a déjà pas mal d’années, plaisent toujours à un grand nombre de lectrices, à en juger par le chiffre impressionnant du tirage: 30e mille.Pour adolescentes à partir de seize ans.pour beppo! de m.pellissier BÉATRICE CLÉMENT Tout à fait le genre de biographie religieuse qui convient aux bambins d’aujourd’hui.Ton à la page.heureux choix d’anecdotes, de faits propres à créer un lien entre le petit lecteur et le héros.Tellement sympathique, ce personnage, que l’enfant ne l’oubliera pas.Adolescent, il réclamera une vie plus complète du Pape des enfants.Images intéressantes aux teintes douces.Belle reproduction — bois gravé ?— du visage de saint Pie X.Mais quel abus du point d’exclamation ! Et pourquoi abréger le mot saint à l’anglaise: St.?Pour garçons et filles jusqu’à onze ans.( I ) Berthe Bernage — Brigitte et le soleil après l'orage.[Paris] Gautier-Languereau [19651.189p.19cm.Relié.$2.10 (2) Geneviève Agel — Mon beau sapin.Contes de Noël.Illustrations de J.et S.Boland.[Bruges.Desclée de Brouwer.1964.) 55p.ill.18.5cm.(Coll.Albums du petit berger) Relié.$1.45 (3) Marcelle Pellissier — Une robe Hanche pour Beppo! Saint Pie X.[Genvall Marie-Médiatrice [1964J.63p.ill.27cm.LECTURES/JANVIER PAGE 129 les prisonniers de Fadas de p.saint-dénis ALEX COURSOLLES Un couple d’escrocs s’empare d’une petite fille française égarée dans Rabat.L’homme compte se faire passer pour l’un des patrons d’une société pétrolifère, à la recherche d’or noir dans l’Atlas, afin de s’emparer de l’affaire.Il lui faut une enfant, car au chantier on attend M.Bessnar — retenu par des complices — avec sa femme et sa fille.Menacée de ne jamais revoir ses parents si elle s’acquitte mal du rôle qu’on lui assigne, Muriel se soumet.Mais un ami veille.Yacoub, jeune Arabe débrouillard fera échec aux ravisseurs.En dépit de certaines longueurs et d’une intrigue assez invraisemblable, ce roman 1 plaira aux fillettes éprises de dépaysement et d’aventures.Elles aimeront la couverture, mais s’étonneront de ce que les dessins intérieurs esquissent une Muriel qui semble une adulte, tandis que ni Yacoub ni Hamadi n’ont l’air d’Arabes.Filles onze à treize ans.jean-paul et les mammouths de r.stephant ALEX COURSOLLES Difficile à classer, un livre tel que celui-ci2.Les dessins humoristiques préparent le lecteur à une vaste blague sur le mode narquois ou railleur.Mais l’auteur traite ce sujet invraisemblable le plus sérieusement du monde.D’autre part, les mots « science-fiction », du résumé au dos de la couverture, appellent des illustrations et un ton général plus scientifiques.Un groupe de savants ramène à la vie des mammouths préservés dans un mur de glace depuis les temps préhistoriques.Trois des pachydermes, évadés, se rendent jusqu’en Auvergne.Dévastation et panique ! Pour comble, les savants interdisent aux populations de détruire les immenses bêtes: on doit les capturer vivants dans l’intérêt de la science.Jean-Paul, dix ans, amis de tous les animaux, apprivoise et ramène à son village les mastodontes devenus~pai-sibles et obéissants.Le récit gagnerait en naturel, si les enfants ne s’exprimaient pas en adultes.Les lecteurs friands de merveilleux se rendront au bout de ce volume.Garçons et filles de dix à douze ans.étoile d’or et oreille d’âne et autres contes d’aquitaine de a.got BÉATRICE CLÉMENT Ce recueil3 d’une qinzaine de contes folkloriques fera le bonheur de nos benjamins.Le tout-petit s’enchante du retour de phrases ou de mots déjà entendus.Il se les répète tout bas tandis que maman les lit à voix haute; si bien qu’il ne tarde pas à connaître par cœur jusqu’aux moindres détails du récit.Le procédé revient souvent au cours de ces contes, joliment racontés et illustrés d’agréable façon.Pour les moins de dix ans.(1) Pierre Saint-Denis — Les prisonniers de l’Atlas.[Bruges] Desclée de Brouwer [1964].158p.ill.18.5cm.(Coll.Belle humeur, no 121) Relié.$1.45 (2) Renée Stephant — Jean-Paul et les mammouths.[Bruges] Desclée de Brouwer [19641.150p.ill.18.5cm.(Coll.Belle humeur, no 116) Relié.$1.45 (3) Armand Got — Etoile d'or et oreille d’âne et autres contes d'Aquitaine.[Paris] Librairie Armand Colin [1964].191p.ill.20cm.(Coll.Marjolaine) Relié.$1.35 LECTURES/ JANVIER PAGE 130 FAITS CT COM- MENTAIRES julia richer les trois coups à montréal Le théâtre, dans une nation, symbolise et parachève souvent les réalités vécues.Chaque époque, depuis Eschyle et Sophocle, a eu ses dramaturges qui, plus ou moins, selon les circonstances, offraient le visage d’une collectivité.Certes le monde actuel s’attache beaucoup moins à l’expression verbale.Le cinéma, la télévision ont mis à la mode Y Image qui, trop souvent, rétrécit et conditionne la poésie intérieure de l’homme moderne.Il n’en reste pas moins que le théâtre, aujourd’hui, tient encore une place énorme dans l’évolution du monde, plus spécifiquement dans l’évolution de notre société et il faut sa- dans les chantiers du père du r.p.bernard-m.côté Les Editions Fides ont lancé récemment de nouvelles fiches de catéchèse: Dans les Chantiers du Père.L’ouvrage de Bernard-M.Côté s’adresse aux jeunes de 14 à 17 ans et permet l’enseignement de la religion adapté au temps actuel.Plusieurs personnalités religieuses et laïques assistaient au lancement.On voit sur la photo le R.P.Paul-A.Martin, directeur général de Fides, le R.P.Bernard-M.Côté ainsi que M.Maurice Desjardins, directeur de l’Edition pédagogique, à Fides.voir gré à Yerri Kempf de nous donner ses impressions sur le théâtre au Canada, depuis son arrivée parmi nous, en 1957.Même si ces articles de revues scandent parfois un rythme trop désarticulé, ils traduisent et expriment le pouls d’un théâtre en excellente santé.Nous avons des troupes — le TNM, le Rideau Vert, YEgrégore, le Théâtre-Club, etc., — qui se comparent avantageusement à celles d’Europe qui nous visitent régulièrement.Peut-être pourrions-nous nous plaindre de manquer de dramaturges ?Il faut avoir confiance.L’exigence d’un public adonné au théâtre finira par stimuler et inspirer nos écrivains.Le livre1 fort bien présenté que M.Kempf édite à la Librairie Déom, est un témoignage et un encouragement./ • et symbole M.Paul Wyczynski est un écrivain consciencieux et travailleur, acharné à mieux faire connaître notre littérature.Ses études remarquables sur YEco-le littéraire de Montréal et sur Le Roman canadien-jrançais, publiées à Fides en 1963 et en 1965, don- ( 1 ) Yerri Kempf — Les Trois coups à Montréal, chroniques dramatiques 1959-64.[Montréal] Librairie Déom.[1965] 383p.19.5cm.poesie LECTURES/ JANVIER PAGE 131 nent la mesure d’un homme, très attaché au Canada français, fort sympathique lui-même d’ailleurs.Poésie et Symbole -, qu’il publie dans la collection Horizons à la Librairie Déom est un approfondissement de certains thèmes cueillis dans des œuvres que nous connaissons et aimons.Du poète de l’inquiétude, Nelligan, en passant par les métamorphoses du regard de Saint-Dcnys-Garneau, à l’univers poétique d’Anne Hébert, M.Wyczynski traduit pour nous l’âme même de certains mots évocateurs.Une longue étude sur le langage des arbres permet à l'auteur une incursion rapide dans l’œuvre des grands poètes français et de quelques-uns des nôtres.Une bibliographie clôt l'ouvrage et offre un choix de titres susceptibles d'aider ceux « qui voudraient se familiariser davantage avec la littérature symboliste et les problèmes de la création poétique ».Les dessins et la couverture qui sont de M.Zygmunt Nowak, d’Ottawa, agrémentent le volume qui a vraiment de l’allure.trois ouvrages, trois auteurs : j.basile, n.kattan et p.léger JOURNAL POETIQUE On a chicané M.Jean Basile d’avoir publié ce volume de vers libres •*, sans prétention aucune.A notre avis, il ne faut pas y chercher ce que l’auteur lui-même n'a sans doute pas voulu y mettre.Ne dit-il pas: « J’ai rédigé pendant deux ans, et fort anecdotiquement, un journal poétique.Les deux genres, je l’avoue bien naïvement, pour lesquels je ne me crois pas fait (le journal et la poésie).On dira donc ici le résultat d'une lutte entre un romancier, le Journal qu'il trouve trop mesquin et la Poésie qu’il trouve trop grande ».De toute façon ces fragments poétiques se lisent aisément et d’ailleurs pourquoi reprocherait-on au romancier de s’exprimer autrement si le risque qu'il prend — même périlleux — est à l’avance consenti ?« C’est un exercice périlleux auquel je me suis soumis avec extase.Le risque est grand mais sans risque où est l’art ?Tout relatif qu'il soit, le confort qui est mien quand je manie la prose romanesque était de trop.Je l’ai écarté et sans peine ».Voilà une sincérité qui me plaît.LES JUIFS ET LA COMMUNAUTE FRANÇAISE Ce premier cahier du cercle juif de langue française a été publié aux Editions du Jour, sous la direction de Nairn Kattan, très connu des milieux intellectuels canadicns-français.Les collaborateurs y exposent les aspects différents de deux cultures: la juive et la française.Il y a plusieurs générations que les Juifs et les Canadiens français vivent ensemble, particulièrement à Montréal.Mais ils se connaissent très mal.Certains types de commerçants juifs ont créé, surtout chez le peuple, une impression défavorable tout a fait injuste.Dans le courant actuel des idées il faudrait manquer totalement d’ouverture d’esprit pour ne pas essayer au moins de comprendre nos compatriotes juifs, plus spécifiquement ceux qui sont les héritiers de la culture française.Les études que contient Les juifs et la communauté française4 expriment des points de vue originaux, susceptibles d’intensifier un rapprochement entre Juifs et Canadiens, nécessaire si nous souhaitons vivre dans une cité harmonieuse.Les collaborateurs de l’ouvrage sont: Nicolas Baudy, Jean Ethier-Blais, Jean-Marc Léger, Arnold Mandel, Ra-bi, Michel Van Schendel, Denis Vaugeois et Elie Wiesel.LA CANADIENNE FRANÇAISE ET L’AMOUR Voici un petit livre qui a déjà fait beaucoup parlé de lui, au grand plaisir j’imagine de son auteur qui ne déteste pas de faire scandale.En fait, Pierre Léger avoue que ce n’est là qu'un modeste document de base effleurant avec sincérité une réalité complexe.Très complexe en effet.Beaucoup trop il me semble pour une petite enquête — pas rigoureusement scientifique, le mot est encore de Pierre Léger — d’un peu plus de cent pages.Dans sa hâte l’auteur risque alors de n’offrir au public qu’un aspect du problème et d’en fragmenter les perspectives.D’ailleurs le titre du petit livre de Pierre Léger porte à lui seul tout l’envol d’un sujet « dans le vent », préoccupation unique et évidente d’une foule d’écrivains qui oublient qu’à la fin la question du sexe va devenir le symbole même de notre insignifiance culturelle.Mais ils ont si peu d’imagination.le roman canadien-français en france Dans le journal français La Croix (5 nov.1965), Auguste Viatte entretenait les Français du livre de (2) Paul Wyczynski — Poésie et symbole, perspectives du symbolisme.Emile Nelligan — Saint-Denys Garneau — Anne Hébert — Le langage des arbres.Collection Horizons, j Montréal 1 Librairie Déom.[19651 20.5cm.(3) Jean Basile — Journal poétique.Illustrations d’Yves Douris.Collection Les poètes du jour.[Montréal] Les Editions du Jour.1965.95p.20cm.(4) *** Les Juifs et la communauté française, premier cahier du cercle juif de langue française.Nicolas Baudy — Jean Ethier-Blais — Jean-Marc Léger — Arnold Mandel — Rabi — Michel Van Schendel — Denis Vaugeois — Elic Wiesel.Ouvrage publié sous la direction de Nairn Kattan.Collection Les idées du jour.Montréal.Les Editions du Jour.1965.136p.19cm.(5) Pierre Léger — La Canadienne française et l'amour (ou l'Iiomme démystifié).Préface du Dr Camille Laurin, psychiatre.[Montréal] Les Editions du Jour.1965.125p.17.5cm.LECTURES/JANVIER PAGE 132 Paul Wyczynski, Le roman canadien-français, troisième tome des Archives des lettres canadiennes que Fides éditait il y a quelque temps.M.Viatte appréciait la synthèse de M.Wyczynski: vue d’ensemble de nos romanciers depuis Laure Conan.Son article invitait les Français à pénétrer « un domaine littéraire encore mal connu: le roman canadicn-fran-çais ».un demi-siècle d’histoire et de combat Un événement remarquable a eu lieu en novembre à l’Université de Montréal.Devant un auditoire d’étudiants, M.le Chanoine Groulx donna une conférence d’une heure.Après 50 ans, un professeur d’histoire du Canada revenait à la même tribune universitaire, mettre en évidence un enseignement qui semble plus actuel que jamais.Tous les journalistes, ceux de langue anglaise comme ceux de langue française, ont rendu hommage à cet homme de 87 ans, initiateur de l’enseignement de l’histoire du Canada, chez-nous, et maître de trois générations.On sait que le Chanoine Groulx publiait l’an dernier à Fides: Chemins de l’avenir dont la quatrième impression vient de paraître.Et l’on parle d’un nouveau projet de volume pour 1966.trois disparus Gvvethalyn Graham est morte récemment, à 52 ans.Née à Toronto et Montréalaise d’adoption, madame Graham avait écrit un remarquable roman Earth and High Heaven, traduit en 15 langues.Récemment, la romancière avait écrit en collaboration avec Solange Chaput-Rolland: Chers ennemis, publié conjointement par Les Editions du Jour, à Montréal, et MacMillan à Toronto.Une édition de poche paraîtra bientôt à New-York.Parfaite bilingue, Gwethalyn Graham a également adapté en anglais la pièce d’André Laurendeau: Deux femmes terribles jouée l'été dernier à Toronto.Connue internationalement, madame Graham, jusqu’à ces derniers temps, avait plusieurs projets intéressants pour les lettres canadiennes.Sa mort prématurée soulève d’immenses regrets.Léon Chancerel est mort à Paris à l’âge de 78 ans.Avec lui disparaît l’un des derniers compagnons de Jouvet.Copeau et Dullin.Chancerel fut un pion- nier du théâtre populaire et du théâtre pour la jeunesse.Parmi ses œuvres, citons: Le théâtre et la Jeunesse; Petite histoire du Théâtre et des comédiens; Panorama du théâtre; etc.Le R.P.Ephrem Longpré, Franciscain médiéviste, est mort à Paris.Franco-Américain, le P.Ephrem était l’aîné d’une famille canadienne-française de 12 enfants.Médiéviste, il a publié plusieurs ouvrages importants.Sa grande œuvre restera la préparation de l'édition critique des Oeuvres de Duns Scot.A sa mort, il venait de terminer un article pour le Dictionnaire de Spiritualité: l’évolution spirituelle de saint François.une littérature de fesses Le mot est de Yves Michaud, de La Patrie, qui ne s’est pas gêné récemment pour dire ce qu’il pensait d’une littérature dérivant insensiblement vers la pornographie.« Mais là où les nerfs deviennent vite agacés, écrivait Michaud, c’est lorsque l’on constate qu’une bonne moitié, si ce n’est davantage, de notre production dite littéraire tourne autour des problèmes sexuels.Littérature de fesses.Du jour au lendemain, une adolescente prolongée accède à une notoriété temporaire du simple fait quelle raconte son banal dépucelage en quelques centaines de pages lourdes d’ennui et d’insignifiance.Ici, un jeune homme se défoule à nos dépens en consacrant deux ou trois chapitres d’une œuvre mal dégrossie à un rêve érotique qui Ta particulièrement troublé.Là, une jeune femme trop comblée s’invente des liaisons dangereuses avec des amants de paille, histoire d’échapper à l’agaçante monotonie du sûr-bien-être et de la super-sécurité.Si la littérature est vraiment la grande histoire du temps présent, j’ai bien peur que la nôtre faillisse lamentablement à sa tâche.Son incroyable futilité, sa banalité inconsciente, Sun talent baroque et ses faux airs de sans-culotte, ses personnages d’opérette et ses dames aux camélias refoulées, tout cela ne dépasse pas le stade des avortons d’efforts et des balbutiements de l’écriture ».M.Michaud dit enfin à haute voix ce que beaucoup de gens pensent tout bas.Car comme lui nous attendons des écrivains « qu’ils traduisent avec fraîcheur et curiosité le monde dans lequel nous vivons.Un monde qui devrait être autre chose, que des dépucelages à répétition et des histoires de sexe pour adolescents pubertaires ».LECTURES/ JANVIER PAGE 133 propre cas et pourquoi, à mon grand regret, je n’ai pu encore parcourir, même « en diagonale », l'important essai de M.André Vachon, Le Temps et l'Espace dans l'œuvre de Paul Claudel1 qui vient de remporter le prix France-Canada.Je pense que la critique canadienne aura consacré à cet événement la place qui lui convient et me contenterai d’insister sur la valeur de cette récompense eu égard à la qualité du jury qui l’attribue, augmenté cette année de trois nouveaux membres, M.M.Michel Bernard, Pierre de Boisdeffre et Pierre-Henri Simon -.Je consacrerai le reste de mes propos à des lauriers moins littéraires attribués également ces jours derniers.Une société de publicité ayant pris l’initiative d’organiser un concours en vue de désigner une « Demoiselle Amitié France-Canada », a demandé à l’Association France-Canada de patronner cette manifestation.Je ne voyais pas très bien ce que cela LETTRE LE ELANCE dr georges durand Aux derniers jours de novembre j’écris cette lettre qui paraîtra en janvier prochain.Bientôt trois mois depuis mon retour du Canada, et je constate avec peine que je n'ai pas fini de consigner les souvenirs, notes et réflexions que j’ai amassés au cours de ce trop rapide voyage, et surtout, que je n’ai pas encore adressé à tous les amis que j'ai rencontrés ou retrouvés le petit mot de remerciement qu’ils étaient en droit d'attendre.Qu'ils veuillent bien ne pas se méprendre sur mon silence.J’ai, sans rémission, été repris par mes obligations multiples et parfois dévorantes.J’aurais besoin pour leur exprimer tout ce que je voudrais, et comme je le voudrais, d’un temps de réflexion et de silence que je n'ai pu trouver jusqu’ici.Qu’ils sachent surtout que leur souvenir ne me quitte guère, que chacun de mes jours est marqué par le rappel de l'un ou de l’autre, au gré des résurgences inopinées du fleuve de mon subconscient qui coule depuis longtemps en territoire canadien.Qu’ils comprennent bien aussi que par ces Lettres de France, c'est un peu à chacun d’eux en particulier que je m’adresse.Dans son éditorial d'octobre Toujours à la page, le R.P.Charland constate que.malgré le cinéma et la télévision, « bien ou mal, peu ou beaucoup, le monde continue de lire ».Je partage son avis et j’admets bien volontiers avec lui que cette « floraison de Livres de Poche » en est un témoignage.Je soulignerai toutefois que.si le goût et la pratique de la lecture (et c’est heureux, grâce précisément à ces
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