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Titre :
Lectures
Grâce à ses critiques littéraires, Lectures souhaite faire connaître la valeur intellectuelle et morale des nouvelles parutions tout en créant un barrage efficace contre les « mauvaises lectures ».
Éditeur :
  • Montréal :Service de bibliographie et de documentation de Fides,1946-1966
Contenu spécifique :
décembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
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    Prédécesseur :
  • Lectures et bibliothèques
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Lectures, 1965-12, Collections de BAnQ.

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ERREUFî(S) DE NUMEROTATION NOUVELLE SÉRIE VOLUME XII NUMÉRO 5 DÉCEMBRE MONTRÉAL HUTa) saison permanente de lectures p.90 simone routier p.91ss confidences de ringuet p.95 ce maudit soleil de m.godin p.96 SIMONE ROUTIER MIHIIU heureuses.Egalement, à chacun de savoir se ménager des instants de plénitude qui sont faits d'un nécessaire recueillement intellectuel, de varier les espèces de lectures, de s'accorder enfin des distractions valables.Et cela toutefois, pourvu que l'euphorie du confort ne devienne une recherche inavouée d'embourgeoisement ou une forme de paresse camouflée.A la réalité, pour le lecteur authentique, il n’y a pas de saison plus intense et plus particulière, mais une exigence bien consciente de l'esprit qui le sollicite constamment au travail de la pensée, c'est-à-dire à l'invitation d'apprendre et de produire.Or.dit le sage, on ne pense jamais isolément; on pense en société, en collaboration immense; on travaille saison permanente des lectures ROLAND-M.CHARLAND D'aucuns considèrent nos saisons de vents et de pluies, ou même de neige, comme le temps favorable par excellence aux lectures.Et de fait, de l’automne au printemps, durant les longues et calmes soirées, qu'il fait bon de savourer un auteur qu'on aime alors que les rafales s'abattent contre les carreaux de la fenêtre.Oui ne conserve le souvenir de ces heures vraiment privilégiées où le bonheur de lire se conjugue à celui d'un bien-être physique, solitaire et silencieux ?Ne serait-ce pas pour répondre à un tel besoin de romantisme ou à ce goût quelque peu bourgeois d'apparence que les Editeurs français et canadiens-français proclament et échelonnent de novembre à mai les prix littéraires ?.Et cependant.Plusieurs de vos amis vous avoueront au contraire que leur temps fort de lectures, c’est celui des lilas et de la saison chaude.Les charmes de la lecture, ils les éprouvent à fenêtres ouvertes au soleil ou en plein air à ciel ouvert.Oui donc a raison ?Il faut penser que ces sentiments comportent tout ensemble leurs vérités et leur part d'illusions.A chacun, sans doute, de satisfaire les tendances de son tempérament, de profiter des rares moments de loisir ou des circonstances avec les travailleurs du passé et ceux du présent, avec tous ceux-là dont on relit les ouvrages qui sont devenus des bibles, des livres éternels ou des livres de chevet.Je ne parle pas.ici.d'une certaine catégorie de lecteurs du dimanche (il y en a d’excellents, dois-je préciser) qui se gavent des papotages d'un journal de fin de semaine, ni encore de ces liseurs passionnés qui dévorent n'importe quoi par superstition du nouveau, victimes des réclames intéressées et des titres alléchants.Non.Je pense à ceux qui choisissent leurs livres et savent choisir dans leurs livres.Car.en définitive, un livre vaut ce que nous valons, nous, et ce que nous le faisons valoir.Ces réflexions, je me les faisais en relisant un bouquin dont beaucoup de la génération des quarante ans ont fait leur livre de chevet; La Vie intellectuelle’.de Sertillanges.L’œuvre, maintes fois réimprimée, a vu le jour en 1920.Les ans ne l’ont guère vieillie, parce qu’elle renferme des règles d'or d'une méthode de travail qu'on ne saurait modifier dans ses lignes essentielles, d’un art de penser, bien plus d’un art de vivre selon l’esprit.Qu’on relise le chapitre on ne peut plus lumineux que l’auteur a consacré à la lecture, et le livre en entier.On découvrira du même coup que les Editions du Cerf ont raison de vulgariser sous forme de livre de poche l'ouvrage de ce grand éveilleur que continue d’être Sertillanges, pour nous rappeler que la vie intellectuelle.aujourd’hui comme hier, réside dans une intimité permanente avec les hommes de tous les temps par la recherche de la vérité.( 1 ) A.-D.Sertillanges, o.p.— La vie intellectuelle.Son esprit, ses conditions, ses méthodes.Paris, Editions du Cerf.1965.256p.18cm.(Coll.Foi vivante, no 8) LECTURES / DÉCEMBRE PAGE 90 Petitc-nièce de François-Xavier Garneau, Marie-Marguerite Simone Routier naquit à Québec le 4 mars 1901, la huitième dune famille de neuf enfants.Son père, Alfred-Charles Routier, habitait la maison de l’ancêtre Jehan Routier, maison devenue historique et où l’on reconstitue un musée des choses du temps.Sa mère, Zélia Blouin dit Laforce, originaire de Québec, vécut son enfance dans la maison dite du Chien d'or, près du Château Frontenac.De son père, Simone hérita la courtoisie; de sa mère, le goût de la lecture et de la musique: « J’étais moins liseuse que ma mère et ma sœur Thérèse.écrit-elle, mais cependant, je lisais.» Ses notes intimes nous renseignent sur son enfance: la comtesse de Ségur, Francis Finn, la Semaine de Suzette, la vie de Geneviève de Brabant, y figurent.Adolescente, elle puise à même la biblio- ÉTUDE DMUTEUU CANADIEN Simone routier présentée par SR HÉLÈNE DE LA PROVIDENCE thèque de sa mère.La revue Conférencia lui découvre un monde nouveau avec Fernand Grcgh, la princesse Vacaresco, Francis Jammes, Franc-Nohain, Claude Farrère.Elle s'abonne à la bibliothèque de l’Institut Canadien et.après la poésie de Pamphile Lemay et de Blanche-Lamontagne Beauregard, elle découvre celle de Sully Prudhomme, de Ronsard, de Banville, de Hugo, et que d’autres.Vers l’âge de dix-huit ans.la lecture des écrivains russes Tolstoï.Tourguénev.Tchékov, Dostoïevski.Maxime Gorki, s’avère une étape émerveillée de sa jeunesse intellectuelle.Une fois rendue en France, elle s'intéresse à Mauriac, Malraux, Marie Le Franc, Carrel, l’abbé Bremond et Bernanos.Toute beauté recèle un chant Et le poète qui l’entend Avec piété veut le redire Rdissa Maritain Toute l’existence de Mademoiselle Simone Routier se résume en une quête de la beauté; sur son chemin, elle rencontra le regard de Dieu.Jeune, jolie.« droite comme la fleur et vive comme la flamme ».elle allait dans la vie, enthousiaste et ardente.La nature l’avait douée de tous les talents, et l’avenir lui ouvrait des bras lourds de promesses.De plus, elle était poète: ses yeux voyaient plus profondément que les autres yeux, son cœur battait plus intensément que les autres cœurs.Elle ne pensait pas comme tout le monde et parlait avec une volubilité vertigineuse.Les honneurs vinrent avec leurs joies éphémères et ne rassasièrent pas sa soif de Beauté: un deuil cruel lui donna la lumière.Un sursaut de foi dans un dépouillement total la rendit transparente de quiétude et de sérénité.Dans les Archives du pensionnat de Mérici.où elle obtint son diplôme en 1920, on ne retrouve aucune trace de ses compositions.Douceur et timidité semblent les traits caractéristiques de sa personnalité enfantine.Elle joue du piano, manie avec sensibilité l’archet de violon, le ciseau de sculpteur.Un jour, elle modèle le buste d’un bel adolescent au visage frais, dépouillé, et qui devient pour elle une présence réelle, capable de combler l’ennui de sa solitude.Son cœur s'émeut à l'approche de sa création, et, sous l'effet de sa sensibilité à fleur d'âme, un jet de poésie spontanée se cristallise sous sa plume: O bel Adolescent modelé de ma main Etre vivant tiré d'une humble masse informe, Sous ton regard profond, divinement humain, Mon faible cœur d’enfant chaque jour se transforme.(poème liminaire) Ainsi venait de naître L’Immortel Adolescent qui demandait à vivre et à s'épanouir.Telle une chanson, cette œuvre exprime le courage aveugle, presque naïf, de tout aimer, de tout posséder, de tout donner, à un âge audacieux où l'on se sent l’âme LECTURES / DÉCEMBRE PAGE 91 faite pour l’absolu.Le poète, alors ébloui par son propre cœur, murmure: J'aime et la beauté du soir chante en moi, Soyeux mes pays vont sur les fleurs heureuses.Leurs petites chairs se brisent d'émoi: Toutes je les sens fléchir — amoureuses — (J’aime) L'écrivain dépasse de beaucoup les élans superficiels de l’amour.Le sentiment, chez elle, plonge de profondes racines et s'accompagne d'un engagement vibrant et total.Lors d'un concours de poésie, encouragée par Paul Morin, elle présente son recueil de vers, L’Immortel Adolescent, qui lui mérite le Prix David de Poésie, en 1929.Elle s’embarque alors pour la France et travaille de 1930 à 1940, comme dessinatrice-cartographe aux Archives du Canada à Paris.De 1940 à 1950, elle revient, assistante-archiviste, à Ottawa.En 1947, elle est élue membre de l’Académie Canadienne-Française.En 1950, elle entre au Ministère des affaires extérieures, à Ottawa.De 1954 à 1955, elle est employée à l’Ambassade du Canada à Bruxelles, comme « attachée de Presse et d'information»; de 1955 à 1958, elle occupe la même fonction au Consulat du Canada à Boston, où elle sera nommée Vice-Consul.Pendant ce temps.Simone Routier collabore à plusieurs journaux et revues de l’Europe et du Canada, prononce maintes causeries, participe activement au Congrès Marial du Canada.En marge de ces multiples activités, elle poursuit sa carrière littéraire.En 1931.elle publie un second volume de vers: Ceux qui seront aimés.Préfacé par Louis Dantin.ce recueil de vingt-deux poésies résume un roman lyrique racontant une idylle toute cérébrale.L'Action française en parle avec éloge et la critique canadienne, en écho, souligne la grâce, la fraîcheur et la sensibilité de notre jeune femme poète qui apportait une note nouvelle à la poésie canadienne.Ainsi elle chante les angoisses de l’amour, ses incertitudes, ses élans fiévreux: Tu savais que tes yeux épousaient ma pensée.Comme le fin pétale adorne les flancs purs De la glaise qu'un art savant a caressée.Tu savais que tes yeux créaient des vœux obscurs Et tu m'as si longtemps, si longtemps regardée.(Tu savais) « Mlle Simone Routier, soulignait Louis Dantin.occupe parmi elles (les poétesses canadiennes) une place distincte.Elle a comme toutes la sensibilité vibrante; mais chez elle, plus que chez les autres, l’influence de l’esprit régit l’inspiration et son vers est de tous les plus réfléchi et le plus sérieux.Pour ce bouquin, elle reçoit la médaille (Carrel) du Lieutenant-gouverneur.La même année, elle se voit décerner le diplôme d’honneur de la Société des Poètes canadiens-français et le diplôme des Jeux Floraux du Languedoc.En 1932, elle publie Paris-Amour-Dauville, ensemble de réflexions sur les sujets que le titre du livre précise.Ce choix de pensées, d’un goût sûr, révèle un rare don d’intuition.d'intelligence et d’expression: — La moindre chanson de Paris est un refrain universellement colporté.— Qui dira où commencent et où finissent le mensonge et la vérité dans un silence ?— Tu prends ma tête dans tes mains et toutes mes pensées embaument.En 1934, paraissent Les Tentations, avec une préface de Fernand Grcgh.Le recueil, composé de quatre-vingt-huit poésies, est une œuvre à la fois personnelle, jeune et sincère.C’est la hantise des pays inconnus.la soif intense du bonheur, l’ivresse de la beauté qui sollicitent le poète: Le Voyage et l'Amour ne t'invitent-ils pas D’une voix plus profonde, impérieuse, rauque Que celle de tous les autres chants d'ici-bas ?Leurs gestes inquiets, l’éclair de leurs yeux glauques Ne t’envoûtent-ils pas d’un désir plus fiévreux ?Ailleurs! Toujours ailleurs! Ivresse du voyage.(Lecteur) Les débuts de la guerre 1939-1945 devaient lui ravir son fiancé.Ces jours tristes et mouvementés suscitent chez elle un besoin d’exprimer ses impressions et ses observations qu’elle résume dans Adieu, Paris ! Le récit, d’abord ébauché à la demande du Ministère des Affaires extérieures, fut repris et complété par la suite à la suggestion de M.Louvigny de Montigny, chef des traducteurs au Sénat.Pour le plus grand intérêt de ses lecteurs, le journal Le Droit d'Ottawa en fit la publication par tranches, puis en volume.De retour au Canada, .Simone Routier entre au cloître des Dominicaines de Berthierville.L'escale de quelques mois dans la vie monastique a permis la libération et la transformation de l’être.C'est sous une autre forme que le don est exigé.Deux œuvres de cette période révèlent l’état psychologique du poète: Les Psaumes du jardin clos et Le long Voyage.Le premier cahier est un ensemble de prières dont le vers initial de chaque strophe répète dans l'ordre respectif la première phrase de chacun des 150 psaumes bibliques.C'est un monologue où l'âme se retrouve confiante, sous l’œil vigilant du Père: Tu m as plantée, Yaveh, près des eaux d'arrosages, Au verger de l’Amour et des fruits les plus beaux.Loin du gel, de la rouille et des ronces sauvages, Ta parole divine y pousse ses rameaux.LECTURES / DÉCEMBRE PAGE 92 Dans Le long Voyage, l’auteur nous découvre dix ans de sa vie avec une simplicité et un naturel peu ordinaires.Un critique avisé écrivait à ce sujet: « Si le sommet de l’art réside dans la sincérité, dans l'absence absolue de recherche unie à la perfection d’expression, ce sommet n’est pas loin d’être ici atteint.» 1 Le poète dit sa paix enfin retrouvée; l’épreuve est assumée.Simone Routier évoque la rude montée qui l’a conduite à l'Amour de Dieu et lui a valu l’épanouissement présent.C’est dans la rencontre de cet Amour qui la sollicitait et dans la réponse qui émanait de son âme disponible qu’elle goûte la quiétude des âmes simples.Elle traduit sa pensée dans un passage admirable de sincérité: Je demande qu’on m’oublie; un grand bonheur en moi n’a point fini sa chanson.Un bonheur comme nul ici-bas n'en rêve et qu’on tremble de voir entre ses mains déposé.Un bonheur pour lequel un cœur seul ne suffit plus et pour lequel le présent n’est pas assez long.(Je demande qu’on m’oublie) Depuis, le poète semble se taire volontairement.Son silence cache-t-il la rédaction secrète de quelque œuvre, comme elle le suggère en souriant ?De toute façon, on parle de l’éventuelle publication de ses souvenirs de dix années passées en Europe, rassemblés sous le titre de Ça sent si bon la France ! Simone Routier marque une orientation nouvelle dans notre poésie.Se libérant graduellement de la tradition pour adopter une forme plus libre, le poète passe, dans l’intervalle de son premier et de son dernier recueil de vers, d'un « sentimentalisme à la Sa-main » à un symbolisme religieux.Cet affranchissement ne s'effectue pas sous l’influence d’une mode; mais cette forme répond mieux à ses dispositions.Dépouillé de sa raideur, son style, d’une souplesse remarquable, s'adapte aux moindres oscillations du sentiment; le rythme du poème épouse le rythme de son souffle, le rythme naturel du cœur.La langue, au début hésitante et parfois défectueuse, atteint souvent, dans ses dernières œuvres, à une véritable originalité.De plus, Simone Routier fut la première femme poète à introduire, dans notre littérature, le sens de la présence de Dieu et la réalité d'une foi éprouvée, avec un accent si neuf et si simple, dans une langue si naturelle et si fraîche, que nous n’avons pas su y reconnaître le mérite original de l'auteur.Mais avec le recul du temps et une vue plus nette que donne l’objectivité d'une critique « étrangère », nous savons que sa poésie, hautement spirituelle, est d’une admirable sincérité: « Tantôt en mineur, tantôt avec une force tonique pourtant chargée de mélancolie, souvent dans un ton confidentiel et une forme balancée, musicalisée.Simone Routier révèle les tourments d’une âme marquée par le sens du divin.2 » Après vingt ans de labeur, l’artiste s’est frayée une voie personnelle: c’est une indépendante qui a trouvé sa propre formule.Les professeurs de lettres, lorsqu’ils enseigneront la littérature canadienne, auront de la difficulté à l’associer à une école ou à un genre bien défini.En somme, l’œuvre de Simone Routier est une poésie qui reste humainement vraie dans la Vérité, où le goût sincère des réalités terrestres s’allie au goût simple et prenant de Dieu.Sa vie est celle d’une montée continue.C’est à coups de courage et de sincérité qu'elle réussit à gravir les sommets où son âme paraît s’être installée.La chrétienne et le poète se sont intégrés dans une harmonieuse unité.« Très peu de gens, affirme Carrel, atteignent une telle évolution qui suppose une orientation de l'être vers l'autre, un dégagement de soi et un effort persistant de la volonté pour assurer l'évolution spirituelle.» C'est à partir de cette affirmation que nous pouvons expliquer cette source dynamique qui commande toute la vie de Simone Routier et le pouvoir d’irradiation qui s’en dégage.Toute son œuvre est l’expression d'un chant intérieur bien à elle; en la lisant on a l’impression de respirer l'émanation de son âme.ŒUVRES.— L'Immortel adolescent.Québec, Le Soleil, 1928.190p.17cm.— Ceux qui seront aimés.Paris, Roger, 1931.30p.in-8.— Paris-Amour-Dauville.Paris, Roger.1932.164p.in-12.— Les tentations.Paris, La Caravelle, 1934.195p.18cm.— Adieu, Paris! Ottawa, Le Droit, 1940.159p.19cm.— Les psaumes du jardin clos.Paris-Montréal, Editions de la Lyre et de la Croix, 1947.43p.18.5cm.— Le long voyage.Paris-Montréal.Editions de la Lyre et de la Croix, 1947.153p.19cm.SOURCES A CONSULTER.— Baillargeon (Samuel), c.ss.r.Littérature canadienne-française.Montréal.Fides, 1957.P.248ss.— Brunet (Bcr-thelot).Histoire de la littérature canadienne.Montréal.Editions de l’Arbre, 1946.P.95s.— Bosquet (Alain), La poésie canadienne.Paris, Seghers, 1962.P.39s.— Dandurand (Albert), La poésie canadienne-française.Montréal.1933.P.209.— Fournier (Jules).Anthologie des poètes canadiens.Montréal, 1933.P.271.— Gascon (Huguette), Biobibliographie de Simone Routier.Ecole de bibliothéconomie.Université de Montréal, 1945.47p.— ( 1 ) Hyacinthe-Marie Robillard, o.p.— Le long Voyage.Ottawa, Le Droit, 22 mai 1948.(2) Comité des Biennales Internationales de Poésie — Un demi-siècle de Poésie.Tome VI.Belgique.La Maison du Poète, 1963.395p.LECTURES / DÉCEMBRE PAGE 93 Marcotte (Gilles), Une littérature qui se fait.Montréal, Edition HMH, 1962.P.121s.— Roy (Camille), Histoire de la littérature canadienne.Québec, 1930.P.180s.— Sylvestre (Guy), Anthologie de la poésie canadienne-jrançaise.Montréal, Beauche-min, 1958.P.156s.— Vaillancourt (Madeleine), Bio-bibliographie de Simone Routier.Ecole de bibliothéconomie, Université de Montréal, 1948.21p.— Viatte (Auguste), Histoire littéraire de l’Amérique française des origines à 1950.Québec, Presses Universitaires Laval, 1950.P.187s.— Duhamel (Roger), Courrier des Lettres.Dans Le Canada, 3 janvier 1941.P.2.— Girard (Henri), La littérature que nous avons.Dans le Canada, 17 octobre 1944.P.13.— Marion (Séraphin), En feuilletant nos écrivains.Dans l'Action canadienne-française, 1931.P.89.—.Redjal (Noël), En écoutant parler Simone Routier.Dans La Tribune, 29 juin 1929.P.2.— Robillard (Hyacinthe-Marie), o.p., Le long voyage.Dans Le Droit, 22 mai 1948.— Roque-brune (Robert de), Origine mystérieuse des poètes.Dans La Presse, 11 août 1934.P.36.lance une collection L'ÉGLISE AUX QUATRE VENTS titres déjà parus L’EUCHARISTIE encyclique "Mysterium Fidei" LA VIE RELIGIEUSE décret conciliaire : "Perfectae caritatis' L’éducation chrétienne décret conciliaire : "Gravissimum Educations" LA PAU ENTRE LES PEUPLES allocutions de S.S.Paul VI à l'occasion de son voyage à New-York L’APOSTOLAT DES LAICS décret conciliaire : "Apostolicam Actuositatem" La formation du clergé décret conciliaire : "Optatam totius" L’Église et les religions non chrétiennes décret conciliaire : "Nostra aetate" chaque brochure : $0.25 net 10% de frais de transport 12 ex.: $ 2.60 100 ex.: $19.00 500 ex.: $90.00 En vente dans toutes les librairies et à 245 est, boulevard Dorchester, Montréal, Qué.*861-9621 LECTURES / DÉCEMBRE PAGE 94 NOTICES Mi l H - GO/SdilCIJES littérature canadienne banales d’embellissements imprévus et agréables, invisibles aux gens froids.De l’évocation de l’ancêtre nous passons naturellement au portrait du grand-père maternel Isaac Ringuet qui vécut aux Trois-Rivières.Puis les pages d’album se succèdent intitulées: jeux, neige, vocations, etc.L’auteur s’excuse de sauter à cloche-pied d’un sujet à un autre au gré du caprice, en conservant toutefois une dominante: les souvenirs trifluviens.Cela ne l’empêche pas, heureusement, d’évoquer ses souvenirs de Québec et de Montréal avec autant d’humour et de pittoresque.En nous présentant ses souvenirs des choses et des gens l’auteur en arrive à suggérer son portrait moral, son amour des livres, son goût du théâtre, etc.Ce que fut au fond cet écrivain puriste qui éprouva toujours la nostalgie d’une patrie plus raffinée, quelques rares passages de son dernier ouvrage nous le confidences de ringuet H.-P.BERGERON i Près de cinq ans après la mort du docteur Philippe Panneton, dont l’œuvre littéraire publiée sous le pseudonyme Ringuet continue de nous charmer par la pureté du style, la publication de son dernier livre intitulé Confidences 1 le ressuscite à nos yeux.En dépit de son titre, cet ouvrage ne nous fait guère pénétrer dans l’intimité de cet homme discret, de cet écrivain appliqué qui sut peindre et animer les choses plus que les hommes, qui exprima si bien l’austérité de cette terre en bordure des Lauren-tides, ces trente arpents dont le visage si varié selon les saisons commande sans répit ses serviteurs tout au long des saisons de leur existence.Il s’agit d’une évocation fantaisiste de souvenirs choisis à cause de leur côté pittoresque et exprimés avec une douce ironie.Sous le désordre apparent de ces souvenirs d’enfance et de jeunesse évoqués dans une trentaine de croquis, perce la préoccupation de présenter à des amis européens un visage sympathique du Canada français.Le livre commence par le récit de la démarche qu’accomplit tout Canadien en visitant la France, une visite au patelin d’où est parti son ancêtre.Avec un sourire l’auteur avoue en badinant sa sentimentalité modérée qui lui permet d’orner les choses laissent soupçonner et en justifient un peu le titre, tel cet aveu discret: « Pendant des années, en fait, j’ai essayé de revêtir le manteau du sceptique, imperméable aux contrariétés et aux accrochages de la vie.J’ai même tenté d’être pessimiste.» Ne regrettons pas trop que la dernière œuvre de notre cher Ringuet demeure dans le registre habituel de son talent de brillant causeur, qui peint avec humour le côté pittoresque des hommes et des choses.objets retrouvés de s.garneau ANDRÉ MELANÇON Après une lecture attentive des Objets retrouvés de Sylvain Garneau -, on est surpris de conta-ter que son nom ne figure pas dans les plus récentes histoires de la littérature canadienne-française.Cette omission est-elle due au fait de sa fin précoce autant que tragique en avril 1953, ou devons-nous l’attribuer au nombre plutôt restreint d’exemplaires des deux recueils de poèmes qu’on a publiés de son vivant ?On pourrait aussi ajouter que plusieurs de ses meilleures pages sont dispersées dans différents numéros des revues Amérique Française, L’Autorité et Le Jour.(1) Ringuet — Confidences.Montréal, Fides [1965].198p.ill.(h.-t.) 21.5cm.$2.50 (2) Sylvain Garneau — Objets retrouvés.Poèmes et proses.Introduction et notes de Guy Robert.Montréal.Déom [1965].331p.21cm.(Coll.Poésie canadienne, no 11-12) $4.50.LECTURES / DÉCEMBRE PAGE 95 Il reste quand même curieux de voir que l’on ait dû attendre douze ans avant de pouvoir lire une édition qui ne se veut pas complète, mais qui, comprenant certains inédits comme La Bleue, nous donne pour le moins ce qui méritait d’etre conservé de l'œuvre d'un poète de cette envergure.Car on avait beau savoir qu'un des espoirs de notre poésie n’avait pu donner que les prémices de son talent, sinon de son génie, l'on avait presque oublié et son œuvre et son nom.Peut-être était-on trop préoccupé par la prolifération des recueils qui ont envahi nos rayons depuis une dizaine d'années, sans toujours les enrichir.loin de là ! Et comme la mode était à l'hermétisme et à l'alambiqué, alors que la poésie de Gar-neau, selon Alain Grandbois, est écrite « avec points, virgules, rimes, et tout le tremblement classique [.] et se dirige tout de suite vers des formes éprouvées au lieu d'imiter Eluard, Aragon.Supervielle », il fallait sans doute un certain recul pour retrouver dans le jeune poète un langage qui nous émût et une maîtrise surprenante.Nous devons donc remercier Guy Robert de nous avoir procuré ce plaisir et cette découverte.Dans sa préface au recueil intitulé: Objets retrouvés, le même Alain Grandbois nous donne une appréciation qu'il nous faudra retenir.Les poèmes de Sylvain Garneau, écrit-il.« sont tendres, légers, rieurs, désinvoltes, et pleins d'un amour, d'une admiration.d'une compréhension des choses de la nature qui bouleversent.Il chante le soleil, les arbres, la rivière, les lacs, les crépuscules, et sa jeunesse, avec la fougue et l'ardeur de son bel âge ».Mais l'œuvre complète, ou presque, nous fait saisir d'autres thèmes que ceux de la jeunesse et de la nature.Guy Robert nous signale en effet des leitmotive beaucoup plus prenants et actuels, comme la solitude et la mort, et même le suicide, sans oublier le ressouvenir si cher à Nerval, qui ne craint pas de se créer des vies antérieures.Et l’on pourrait ajouter le retour si fréquent du terme château, qui semble occuper une place de choix dans les rêves éveillés de l’adolescent.Il y a bien aussi la vie de bohème, qu'il partage avec ses compagnons et ses compagnes, et de nombreuses beuveries, où le vin et l'alcool ne favorisent pas toujours l’ivresse édénique attendue.Aussi la désinvolture signalée plus haut ne va pas sans camoufler une tristesse profonde, et provoquer un humour qui n'est pas toujours rose ! Tout ceci pour dire que le lecteur peut voir en Sylvain Garneau un destin qui est bien de notre époque, tragique dans toute la force du mot.Et bon nombre de pages ne font que refléter le drame qui s'est joué dans l'âme du poète, depuis sa tendre enfance jusqu'à sa mort.Nous attendons donc le critique qui s'attaquera résolument à cette œuvre originale et nous en montrera toutes les beautés et toute la profondeur.La facilité d’écriture de Sylvain Garneau ne peut nous laisser indifférents, même si des erreurs de typographie ont pu, parfois, se glisser dans le volume.La prose est coulante, et le vers, toujours régulier malgré certaines licences, se déroule avec une aisance et un rythme souvent heureux.Oui écrira la première thèse sur le singulier Sylvain Garneau ?ce maudit soleil de m.godin ANDRÉ MELANÇON Pour son premier roman ’, Marcel Godin a eu la chance de se faire éditer à Paris, chez Robert Laffont.Mais cette veine était méritée, nous semble-t-il.Car la tranche de vie qu’il nous présente dans Ce maudit soleil est foncièrement humaine et vraisemblable, même si elle est marquée au coin de la brutalité, de la rudesse, et d’un érotisme presque toujours soutenus.L'histoire se passe dans un chantier du Québec, sur les bords de la White River, au cours d’une saison qui va de l'automne avancé jusqu’à la période de la drave.La solitude et l’ennui régnent au milieu de ces hommes « taillés à la hache ».Alors que tous ces bûcherons sont envahis par la hantise sexuelle, deux êtres différents d’eux se rejoignent pour satisfaire leur appétit: le narrateur, commis-comptable, et Johanne, la fille du cuisinier.La jeune fille n'en est pas à ses premières expériences, tandis que l'autre, qui vient de la ville et tranche par son éducation et sa culture parmi ces êtres frustes, trouve dans ces étreintes un monde qui lui était inconnu.Mais ce dernier ne parvient pas à aimer Johanne qui.finalement enceinte, lui déclare un amour qui reste sans écho.Prise de désespoir, elle se tue en essayant de s’avorter.Comme la critique l'a signalé, cette affabulation n'est pas particulièrement originale.Mais le récit est juste, les personnages vrais, et l’almosphère des plus réelles : Marcel Godin, qui a déjà vécu cette existence du Grand Nord, a réussi à jeter le lecteur dans un climat dont on ne saurait nier l’authenticité.Il y a même, dans le langage ordurier de ces hommes, et dans leurs jurons typiquement québécois, un élément qui ajoute à la couleur locale.Mais il faut (suite à la page 104) ( 1 ) Marcel Godin — Ce maudit soleil.Roman.Paris, Robert Laffont [1965].189p.18.5cm.LECTURES / DÉCEMBRE PAGE 96 NOTICES Mi l H - GC4CI1ICIES ittérature étrangère brûler les étapes.Quelle est cette mystérieuse tentation à laquelle a succombé Ramon Rimez, le vieux cardinal retiré ?Pourquoi cette enquête dans les lieux et auprès des gens qu’il a connus avant de disparaître ?Ce n'est qu’à la fin du récit qu'on se rend compte pleinement de l’art souverain avec lequel l’auteur amène le lecteur à scruter les racines profondes d’une action dans laquelle fleurit et se consomme toute une vie.Il est rare qu’une lecture à peine terminée inspire à ce point le goût de la reprendre pour la mieux savourer.A la lumière du dénouement, la perfection de l’exposé éclate davantage.Présentation du décor: « Une crique.cachée par un épau-lement de colline qui s’affaisse vers la mer, s’effondre en chaos de rochers.Une forteresse léthargique occupée à digérer des hommes libres, la prison d’Etat, à laquelle on accède par une route en lacets.» mais il y a la mer de jean sulivan HENRI-PAUL BERGERON Quel contraste entre l’ascension d’un fils de la riche Amérique à la pourpre cardinalice, que décrit le roman à succès de l’Américain Benson, Le Cardinal, et l’inoubliable méditation ’ d'un cardinal espa-nol au soir de la vie que publiait l’an dernier M.Jean Sulivan sous le titre: Mais il y a la mer.Deux vers de l’Agamemnon d’Eschyle, placés en exergue du volume, opèrent leur incantation: « Mais il y a la mer et qui l’épuisera ?La mer qui nourrit et toujours renouvelle la sève précieuse d’une pourpre infinie.» Un décor et des personnages minutieusement décrits, un récit poétique constitué de scènes évocatrices peu à peu reconstituées, une enquête spirituelle profonde mais faite avec grande délicatesse.Ce qui aurait pu n’être qu'un conte édifiant devient un débat exemplaire de conscience sur les valeurs chrétiennes.Rarement le Grand Prix catholique de littérature (1964) a pu être aussi bien mérité.En ces années de concile où l’Eglise invite tous les chrétiens à réfléchir sur les conditions d’un retour à une religion vivante, l’oeuvre de M.Jean Sulivan apporte la force pénétrante de l'art au service d’un tel idéal.La préoccupation religieuse, loin de gauchir la finalité esthétique de ce roman, contribue à lui donner une beauté complexe et mystérieuse.Dès les premières lignes le lecteur est saisi par la magie du style.Le sujet l'intrigue sans l’inciter à Présentation des personnages: « .Maintenant que l’homme a déserté son bonheur et que nous avons quelques jours encore avant que la police ne referme cette maison à mourir.L’homme attend: la fraîcheur, l’odeur des fleurs de la mer, peut-être l’enfant qui vient presque toujours avec la mer.Vint le jour que l’enfant, jailli des rochers, happé par sa propre motion, se précipita vers l’homme: il tenait un oiseau dans ses deux mains.» Puis ce sont les chapitres de l'enquête qui sont un va-et-vient dans le passé de Ramon: sa démission, son établissement dans la villa au bord de la mer.la rencontre de l’inconnue qui lui baise les pieds: « C'était Minka.Leurs pas se rencontreront un jour le long de la mer.Quand le temps sera venu.* Cette étrangère, dont il ne comprit pas le geste, lui montrant la forteresse: c’était la mère de l'enfant et la femme de ce prisonnier pour lequel il renoncera un jour à la liberté.Mais alors il n’était pas encore mûr pour la folie de la croix.Les vieilles photographies et les extraits de journaux que la gouvernante a dérobés au feu permettent d’évoquer avec humour l’aspect triomphaliste de l’Eglise.L'horloge familiale soudain muette, que jadis Ramon enfant devait mettre à l’heure de l’église paroissiale, permet d’évoquer la piété toute simple de sa mère.Nous revenons au passé récent, nous suivons le vieux cardinal au bord de la mer.rencontrant de nouveau l'enfant dont le père est prisonnier, devisant avec sa nièce et son fiancé communiste, évoquant le souvenir du prêtre chinois converti réclamant une chrétienté non occidentalisée et lui disant: « Juan Ramon.êtes-vous successeur des apôtres ou administrateur de société ?.Vous êtes venus nous prêcher ( 1 ) Jean Sulivan — Mais il y a la mer.Avant-propos de Brice Parain.[Paris] Gallimard [1964].275p.18.5cm.$3.90 LECTURES / DÉCEMBRE PAGE 97 la croix, vous nous avez laissés la porter et vous maudissez ceux qui viennent à notre aide sans autre foi qu’humaine.» La racine du geste final de Ramon, nous la recherchons ensuite chez un témoin privilégié de sa vie de cardinal, qui n’a pas connu la métamorphose des dernières années, son secrétaire, l’inoubliable abbé Campos.Nous revivons les derniers jours de Ramon, ses conversations avec les pêcheurs, sa prédication aux prisonniers, son assistance au chemin de la croix réaliste au cours duquel des bourreaux en cagoule assouvissent leur haine sur un chrétien profiteur déguisé en Jésus mais dont ils ont percé l’identité.Enfin le dénouement: c’est la stupeur de la vieille gouvernante qui découvre que sous les atours cardinalices se cache un jeune prisonnier.« Qu’ont-ils fait de Juan Ramon ?.Le gouverneur aurait dit: il est en prison qu’il y reste, qu'on l’oublie, qu’il y fasse ses prières.Pourquoi l’a-t-il fait ?.Il était au-delà de toute démonstration.Quelqu’un avait besoin de lui.Il y est allé naïvement.» L’un des charmes de ce roman est l’ironie qui conjugue ses efforts avec la poésie pour nous inviter à réfléchir sur l’authenticité de notre vie chrétienne.Beaucoup d’expressions à l’emporte-pièce éclatent sans rompre cependant le charme du récit et nous font sourire sans nuire à notre méditation: « se nourrir d’illusions flétries, l’autophagie qui ratatine les adultes en vieillards.Quand tombent les apparences folkloriques du christianisme, il y a deux sortes de gens qui sont embêtés: les gens de bien, on leur enlève les mythes, ils sont contraints d’aller jusqu’à la réalité; les anticléricaux, on leur ôte la cible.Dieu se défend bien tout seul.La foi vole très haut.Pouvoir aux prises avec la tentation de pétrification.Ceux qui servent l’Eglise et s’en servent.La vertu trop humaine qui rend Dieu inutile.Mentir en récitant une vérité comme une leçon.» La vérité primordiale que prêchait le vieux cardinal est bien en harmonie avec les préoccupations actuelles du concile: « Certes, il demeurait convaincu que l’Eglise avait besoin d’une assise ferme et indépendante pour ne point se dissoudre dans les consciences.Mais peu à peu.il en était venu à penser que la force sociale de l’Eglise pouvait être cause de sa faiblesse spirituelle, comme une adhésion massive pouvait aller de pair avec le détachement en profondeur.» Le roman se termine sur une dernière évocation poétique de la lumière et de la mer.Le lecteur y verra sans doute le symbole de l'action divine dans un renouveau permanent: « Comme la lumière monte vite le long du mât du navire ! On voudrait prier que la lumière s’arrête.Il ne faut pas.L’aube se lève sur d’autres rivages.» autour de moi ce silence de j.-L martin-vigil LOUISE LESSARD Aucun commentaire ne pourrait ajouter, à ce récit, qui est vrai et réel.Ce roman espagnol roman d’une solitude, ne peut nous laisser insensibles et il est facile de s’y laisser prendre.L'aventure de Carlos Vega n’est pas unique.Il est l'un de ces adolescents issus d’une grande bourgeoisie.vivant entre des parents égoïstes, inattentifs et superficiels.Carlos Vega nous raconte « sa vie ».Nous pénétrons ainsi dans une âme pure, sensible, encore capable d’émerveillement.On s’éveille avec lui.à la beauté de la nature qu’on appréhende beaucoup mieux, ici.à la campagne plutôt qu’en plein cœur de Madrid.La couleur et la douceur qui se dégagent de ces paysages monastiques, sont remarquables ! Les bruits, les chants d’oiseaux, la lumière tamisée, créent une ambiance fantastique.La situation vécue tout au long de ce roman, ne peut être discutée longuement, mais plutôt constatée î « Quand un adolescent commet une erreur, combien d’adultes la commettent avec lui.» L’auteur J.L.Martin Vigil a d’ailleurs dédié ce livre à tous ceux qui, de quelque manière que ce soit, sont appelés à agir dans le monde des jeunes.Les parents ou autres éducateurs ont souvent de la difficulté à accepter qu'ils puissent avoir des torts ! Leurs erreurs sont souvent involontaires ou inconscientes, puisqu'ils attachent peu d’importance aux besoins de l’adolescence et ne s’y attardent pas.D'ailleurs l'aventure de Carlos Vega racontée par lui-même, nous fait plus cruellement sentir les vides et les déceptions qui font partie de son univers î II a besoin d'aimer et d’être aimé, et les seuls êtres qui se trouvent « présents » pour recevoir ou dispenser cette affection, sont Belen, sa jeune sœur, et Koky, son chien.Jusqu’à un certain point, pour Carlos, son chien Koky tient lieu d’une personne humaine et compte davantage à ses yeux que ses'propres parents, qui ne remplissent que leur rôle de « pourvoyeurs ».L'intérêt du lecteur est également attiré par la variété dans la composition de ce roman: « tour à tour, journal intime, dialogues, récit impersonnel, poésie, alternent et nous font ressentir avec plus d'acuité la joie ou la tristesse de Carlos Vega.» ( 1 ) José-Luis Martin-Vigil — Autour de moi ce silence.Roman.Traduit de l’espagnol par Jean Huguet.[Tournai] Casterman.1964.381p.20cm.(Coll.L'Eolienne) $5.30 LECTURES / DÉCEMBRE PAGE 98 L'auteur nous prévient: cette histoire est triste.Il ne s’agit pas non plus de vouloir prouver quelque chose, elle est la description d’une situation vécue par certains des adolescents d’aujourd’hui.Document sociologique, dédié aux parents et aux éducateurs, il ne peut être ignoré.On est trop souvent porté à croire que l’adolescent se forge de toutes pièces des problèmes, dont lui seul est tenu pour responsable.se réveiller démon de vahé katcha HENRI-PAUL BERGERON Se réveiller démon \ mince roman que le Cercle du livre de France servait en pâture pour le mois de juin 1964.Le dépliant inséré dans le volume m’apprend qu’il s’agit de la septième œuvre d’un écrivain français d’origine libanaise, Vahé Katcha, « roman qui a des résonnances surnaturelles.dans une ville au bord de la mer.remords.qui mène au suicide.» J’ai l’impression que celui qui a rédigé à la hâte cette réclame a parcouru en diagonale ce volume, qui se lit pourtant en moins de deux heures.Aucune résonnance surnaturelle; la ville située au bord de la mer est en réalité en bordure d’un lac (sans doute Aix-les-bains près du Lac du Bourget); enfin, le suicide du héros s’accomplit par la main d’un assassin.Cette nouvelle est en réalité une variation fort habile sur un thème jadis traité par Henri Troyat sous le titre Le mort saisit le vif.L’amant d’une jeune femme s’est vu accusé de la mort du mari, qu’iî a eu la tentation d’assassiner, mais qui s’est suicidé.Le récit est une confidence de l’accusé.Déclaré non coupable, ce dernier demeure cependant profondément troublé par le mot d’un juré qui lui a murmuré: « Assassin ».Il se sent envoûté par cet accusateur qui n’est cependant qu’un maniaque inoffensif.Il sent un besoin iriésistible de se justifier auprès de lui.Il oscille entre la haine et l’amitié à son égard.Il commence à voir en lui le sosie du rival disparu.Il reconnaît chez lui le comportement de son ancien rival à son égard, puis envers son amante.Il se sent forcé d’agir avec son accusateur, tantôt à la façon dont lui-même fut traité par son rival, tantôt comme lui-même se comporta envers ce dernier.La conduite à la fois de l’accusateur et de l’accusé devient de plus en plus morbide, à la suite d’incidents fort habilement amenés.Non seulement « le mort saisit le vif », mais les deux vivants.L’on se demande lequel des deux va finir par le suicide, lorsque la jeune femme qu’ils aiment songe à se séparer d’eux de peur de devenir la proie de la même folie.Tous deux se rendent chaque soir sur le rocher du sommet duquel le mari trahi s’est jadis précipité.Vont-ils succomber à la tentation du suicide ou à celle de l’assassinat ?Qui tuera l’autre ?Vont-ils se suicider tous deux?L’auteur sent à la fin le besoin de préparer le lecteur au dénouement et d’expliquer le titre de son livre.C’est toujours l’accusé qui doit parler, puisque le volume est rédigé à la première personne.Ce dernier se fait soudain cette réflexion au sujet de l’accusateur devenu son ami et son rival: * Le mouton s’était-il réveillé démon ?» (P.56) Il ne reste plus qu’une page à lire.Nous sommes uacs sur le dénouement; mais nous nous demandons comment l’auteur pourra mettre sur les lèvres de la victime le récit de l’assassinat.Il le fait sans broncher.La victime nous annonce qu’elle entend le halètement rauque de son assassin, que deux mains grasses et chaudes la poussent dans le précipie où elle va retrouver son ancien rival.Au total, une nouvelle habillement menée comme une intrigue policière, avec un titre pour dérouter le lecteur, puisque celui qui convenait le mieux avait déjà été utilisé par un illustre romancier.le vicaire et l’histoire de jacques nobécourt BERNARD-M.MATHIEU La pièce Le Vicaire de Rolh Hochhuth n’a pas fini de faire couler de l’encre.Ce volume 1 2 qui vient s’ajouter à la foule d’articles de journaux et de revues parus sur ce sujet est bien fait, et répond aux exigences de la critique historique.L’auteur, historien et spécialiste des questions allemandes au journal Le Monde, a voulu « décaper l’Histoire de sa gangue d’hagiographie ».(p.15) Il se veut, aussi, impartial.A-t-il réussi à l’être complètement ?Je n’en suis pas sûr.A certains endroits, lui qui ne voulait pourtant pas faire de polémique, tombe dans le panneau.Pie XII a été, comme l’écrit Paul VI qui l’avait bien connu, * un ami impartial, certes, mais très (1) Vahé Katcha — Se réveiller démon.Roman.[Montréal] Le Cercle du Livre de France [1964].158p.20.5cm.$2.50 (2) Jacques Nobécourt — «-Le vicaire» et l’histoire.Paris, Editions du Seuil [1964].381p.20.5cm.(Coll.L’histoire immédiate) $6.25 LECTURES / DÉCEMBRE PAGE 99 fidèle du peuple allemand ».(p.339) Mais ce n’est pas cette amitié qui l’a empêché d’entrer « en conflit violent avec Hitler, afin d’éviter le massacre par les nazis de millions de Juifs ».(p.339) Le pape était trop conscient de ses devoirs de pasteur pour se laisser influencer par ses amitiés; mais il était bien placé pour savoir que s’il avait protesté et condamné, cela aurait été plus nuisible encore.Ceux qui prétendent le contraire montrent un manque de réalisme politique et souffrent, selon le mot de Paul VI, de « myopie psychologique ».(p.339) Je ne ferai qu’un reproche à l’auteur: à plusieurs endroits de ce livre, un manque de clarté et de précision, rend la lecture difficile.S’il y a un genre littéraire où ces qualités sont nécessaires, c’est bien l’histoire ! pie XII et le Ille reich de s.friedlander BERNARD-M.MATHIEU Après l’ouvrage de Jacques Nobécourt \ Le Vicaire et l'Histoire, voici encore un livre 1 2 sur le même sujet.Cette étude repose sur des documents diplomatiques allemands, concernant les rapports entre le Vatican et l’Allemagne.Elle est forcément partielle, les dossiers du Vatican n’étant pas encore accessibles, et « il va de soi, écrit l’auteur, qu’on ne saurait tirer des conclusions définitives sans connaître les documents du Vatican ».(p.11) L’auteur reproche au pape d’avoir gardé le silence devant les atrocités allemandes.Dans un texte cité, Pie XII explique qu’il a gardé une réserve dans ses déclarations, « afin d’éviter des maux plus grands», (p.134) La lecture de cet ouvrage terminée, une question me vient à l’esprit: où veut-on en venir avec ces livres, et ces articles de revues et de journaux ! Il y aurait une action concertée pour ternir la mémoire de Pie XII qu’on ne s’y prendrait pas autrement.On voit nettement que pour plusieurs.Friedlander en particulier, ce pape a été fortement germanophile.L’auteur est forcé d’admettre pourtant que les rapports entre le Vatican et le Troisième Reich étaient loin d’être amicaux durant la dernière guerre.Ce qui chicote le plus Friedlander, c’est que le Vatican craignait beaucoup la menace communiste.« Comment peut-on concevoir qu’à la fin de 1943 encore, le pape et les plus hauts dignitaires de l’Eglise souhaitaient une résistance victorieuse des Allemands à l’Est et donc semblaient accepter implicitement un maintien, ne serait-ce que temporaire, de toute machine d’extermination nazie.» (p.220) Mais il avoue quelques lignes plus loin que cette question est sans réponse.Donc une hypothèse gratuite.Est-ce vraiment là une recherche sereine de la vérité ?Je me permets d’en douter.pétain de j.plumyène BERNARD-M.MATHIEU |L La juste mesure a été rarement gardée par ceux qui ont écrit sur le maréchal Pétain; la plupart des ouvrages relèvent de l’hagiographie ou de la diffamation.Nous sommes encore trop près de ces années tragiques pour porter un jugement pondéré et équilibré sur cet homme et son action politique.Le petit livre 3 de Jean Plumyène m’apparaît comme une analyse soignée et équitable aussi, il me semble, de la longue carrière du maréchal.de gaulle par fr.mauriac BERNARD-M.MATHIEU U Je m’empresse de dire au début de ce compte rendu 4 que je n’ai pas à prendre parti pour ou contre de Gaulle, ni à commenter l’option politique de l’Auteur.Mauriac a-t-il raison d’avoir une si grande admiration pour le Général ?Est-il à ce point fasciné qu’il ne puisse, comme il l’écrit, porter « un jugement désintéressé ».(p.12) Notre écrivain s’en défend bien: « Je ne cesse de le juger depuis 1940 et parfois de revenir sur tel de mes jugements ».(P.12) François Mauriac rencontra pour la première fois le général de Gaulle, le 1er septembre 1944.Ce dernier le reçut à déjeuner, et l’interrogea sur André Gide et l’Académie française.Mauriac sur le moment fut déconcerté; il aurait aimé connaître l’opinion du Général sur l’issue du conflit et la paix.« Mais non: de Gaulle s’intéressait à André Gide et à l’Académie ! J’étais un écrivain et, certes, cela comptait à ses yeux.S’il se glorifie de quelque chose au monde, c’est d’être lui-même un écrivain français ».(P.16) (1) Voir l’étude précédente.(2) Saul Friedlander — Pie XII et le Ille reich.Documents.Postface de Alfred Grosser.Paris, Editions du Seuil [1964].235p.20.5cm.(Coll.L’Histoire immédiate) (3) Jean Plumyène — Pétain.[Paris] Editions du Seuil, 1964.189p.ill.18cm.(Coll.Le temps qui court, no 34) $1.55 (4) François Mauriac — De gaulle.Paris, Bernard Grasset [1964].345p.21cm.$6.20 LECTURES / DÉCEMBRE PAGE 100 Et j’ajoute un grand écrivain; je ne puis résister ici à la tentation de citer les dernières lignes du tome troisième des Mémoires de guerre, un texte d’anthologie: « Vieille Terre rongée par les âges, rabotée de pluies et de tempêtes, épuisée de végétation, mais prête, indéfiniment, à produire ce qu’il faut pour que se succèdent les vivants ! Vieille France, accablée d’Histoire, meurtrie de guerres et de révolutions, allant et venant sans relâche de la grandeur au déclin, mais redressée de siècle en siècle, par le génie du renouveau ! Vieil homme, recru d’épreuves, détaché des entreprises, sentant venir le froid éternel, mais las de guetter dans l’ombre la lueur de l’espérance.» (P.290) Dans ce portrait politique du Général de Gaulle, Mauriac nous livre quelques confidences.D’où vient son antiparlementarisme ?Mauriac, chrétien démocrate, marqué par le Sillon de Marc Sangnier, a toujours été « un adversaire du nationalisme intégral et de Charles Maurras ».(P.85) Mais lecteur assidu quand même du journal Y Action française, notre écrivain se rend compte maintenant que son antiparlementarisme vient tout droit des doctrinaires royalistes.De Gaulle lui-même n’a pas échappé à cette influence.« La France ne s’est pas réveillée antiparlementaire avec de Gaulle et par de Gaulle.Ce qu’il faut dire, c’est que de Gaulle a poursuivi en quelque sorte non plus au tableau noir mais sur le corps crucifié de la patrie, descendue enfin de la croix, la démonstration commencée par Maurras: il a établi un rapport entre les mœurs politiques des Français et ce qui leur était advenu, conséquence directe de notre politique intérieure ».(P.86) Ce livre est quelque peu décevant.Non par le style, bien sûr: la griffe de l’écrivain a laissé sa marque.L’auteur s’efforce d’être impartial, et je crois qu’il a réussi.Mais, j’aurais aimé une analyse plus serrée de la politique intérieure et extérieure du Général.Je suis peut-être trop exigeant; Mauriac n’est pas un spécialiste de la politique.Il nous a simplement donné un portrait du général.Est-il ressemblant ?Je laisse à d’ai très le soin de répondre.Bien qu’écrit en 1935, Meurtre dans la cathédrale 1 s’inscrit dans la lignée des drames classiques les plus purs.Cette tragédie en vers inspirée d’un événement historique (l’assassinat de Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry, en 1170) illustre dans un style étonnamment lyrique le drame intérieur de l’homme écartelé par les forces du temporel et du spirituel.Comme les grands tragiques grecs, T.S.Eliot a su échapper à la tentation d’exploiter une action dramatique par trop facile (i.e.le meurtre lui-même) pour s’attarder plutôt aux « invisibles actions » de l’homme, ses actes de conscience.Ce sont, par-ci, par-là, les supplications du chœur inquiet ou l’âpre lutte de la conscience humaine contre la tentation, de telle sorte que tout le drame mène au « triomphe de la Croix » (p.164) sur toute réalité terrestre.C’est ce que croyait l’auteur de Prufrock et, dans cette optique, Meurtre dans la cathédrale apparaît comme un drame profondément religieux, d’une grande dimension spirituelle incontestable.la critique littéraire en france au XIXe siècle de raphaël molho ROMAIN LÉGARÉ, o.f.m.Le but de cette collection * 2 est de fournir un instrument de culture et un instrument de travail.Elle s’adresse aux étudiants et au public cultivé.Sur quelques grands sujets elle désire offrir aux lecteurs la possibilité d'un contact direct avec les textes, en remettant au jour des pages importantes, mais parfois peu accessibles.Dans l’introduction (pp.9-39), l’auteur brosse l’histoire de la véritable critique qui.comme genre littéraire particulier, a pris naissance au XIXe siècle; il dégage ses caractéristiques et l’évolution de ses formes.Le reste du volume (pp.43-243) reproduit les textes des critiques reconnus comme tels; bien entendu, Saint-Beuve, le critique du XIXe siècle, occupe la place d’honneur.Ouvrage instructif et bien fait qui présente des textes significatifs, illustrant ou glorifiant telle forme, tel aspect de la critique littéraire.Il va davantage à l’essentiel que le livre de Fernand Baldenspergcr, La critique et l'histoire littéraires en France, au dix-neuvième et au début du vingtième siècle, Brentano’s, 1945.( 1 ) Thomas Stearns Eliot — Meurtre dans la cathédrale.Traduit de l’anglais et présenté par Henri Fluchère.[Paris] Editions du Seuil [1964], 185p.18cm.(Coll.Livre de vie, no 51) $0.60 (2) Raphaël Molho — La critique littéraire en France au XIXe siècle.Paris, Buchct-Chastel [1963J.243p.19cm.(Coll.Le vrai savoir) meurtre dans la cathédrale de t.s.eliot JEAN-MARIE BARRETTE LECTURES / DÉCEMBRE PAGE 101 l’évolution de s.weil de b.halda CLAUDE MÉNARD Ce n’est pas sans une certaine crainte que l’on aborde une étude sur Simone Weil l, étant donné que ses œuvres n'affichent en rien la tenue de traités systématiques, strictement ordonnés sur le plan logique.Non pas qu’elle manque de suite dans les idées ou de profondeur dans la pensée, bien au contraire.Mais cet écrivain, ce philosophe mystique, n’a pas écrit de traités, ni échafaudé de thèses élaborées, allant infailliblement de principes certains à des conclusions rigoureuses de logique.Elle confie au papier ses réflexions, telles que la vie les lui façonne, sans souci littéraire, sans rechercher d’effets, mais abruptement, sèchement, avec vigueur.Sa pensée évolue, se précise, au rythme de ses expériences, soutenue et enrichie par elles.Si son œuvre est un exposé de doctrine, ce traité n’est achevé qu’au terme de sa vie, avec ses derniers écrits.Etudier une œuvre érigée dans de telles conditions constitue un réel défi.Bernard Halda a su le relever avec dignité.Homme de jugement, servi par une vaste culture, esprit fort bien doué pour l’analyse et non moins pourvu pour la synthèse, Bernard Halda présente une étude soignée sur la vie et les œuvres de Simone Weil.La lecture de son volume exige une grande concentration d’esprit, tâche cependant facilitée par une présentation ordonnée.Bernard Halda retrace, dans un premier chapitre, la vie de Simone Weil.Cette biographie aurait pu devenir une banale compilation de dates, de faits, de gestes, d’écrits.Il n’en est rien.L’auteur s’ingénue avec succès à souligner les grandes lignes de force de la personnalité de Simone Weil et à dégager les principaux filons de sa pensée.Procédé fort méritoire, étant donné l’influence décisive de sa vie sur ses œuvres.Dès ce premier exposé, il amorce la problématique des principaux traits de vie qu’il analysera dans les pages subséquentes.Le mérite de cette entrée en matière tient au fait que déjà le lecteur détient tous les éléments de la discussion: faits de vie, traits de caractère, position doctrinale.Biographie succincte, nourrie, brillante ! Bernard Halda consacre le reste de son volume à l’étude des grands traits de personnalité de Simone Weil: l’être et le social, la spiritualité, culture et civilisation.les relations humaines.Ainsi regroupées autour d’idées-forces, les œuvres et la vie de Simone Weil deviennent plus intelligibles.Il devient possible d’établir des données de base, de suivre une évolution sur un point précis, de bien souligner l’interdépendance vie et œuvres.Mieux, chaque idée-force donne lieu à une étude comparative avec tel écrivain, tel penseur, tel maître, côtoyé par Simone Weil.Heureuse analyse, alimentée d’une façon magistrale aux ressources culturelles quasi illimitées d’un Bernard Halda ! C’est d’une main de maître en effet qu’il met en évidence les points d’affinité entre Simone Weil et tel autre penseur, qu’il dégage le moment précis où deux pensées bifurquent.Fait à noter, rarement Bernard Halda se posera en juge pour trancher un conflit, résoudre un dilemme au profit de l’un de deux antagonistes.Souvent, il relèvera des temps forts, marquera des temps faibles, exposera la position de l’orthodoxie ou simplement donnera ses propres conclusions; ce faisant, il gardera un tel respect pour la pensée d’autrui, et en l’occurence de Simone Weil, qu’on peut dire qu’il pose son jugement tout en le suspendant.Cette pensée respectueuse est tout à l’honneur de Bernard Halda.Il n’altère ainsi ni l’auteur qu’il analyse, ni le lecteur, laissé en mesure de juger par lui-même.Tout au plus redresse-t-il ou replace-t-il certaines conclusions surprenantes de Simone Weil, l’auteur de La Pesanteur et la grâce, qui risquent une fausse interprétation, si isolées du contexte évolutif et vital de sa pensée.On pourrait même dire que Bernard Halda enrichit, d’une certaine façon, l’œuvre de ce penseur, en l’éclairant, en indiquant des corrélations.Les comparaisons jettent toujours de la lumière, font émerger un trait de personnalité, sans jamais diminuer quiconque.En résumé, tout lecteur peut tirer profit de cette étude sur Simone Weil.Celui qui l’ignorait y recevra une préparation adéquate pour aborder ses œuvres sans s’y perdre.Celui qui déjà a goûté de ses œuvres y dépistera une saveur nouvelle.L’étude de Bernard Halda n'est pas indispensable à celui qui veut comprendre la pensée de cette éminente contemporaine.Mais, à la manière d’une boussole, elle s’avère une aide précieuse pour le lecteur, même avisé, qui veut s’avancer sans trop tâtonner dans le dédale déroutant de ses écrits.( 1 ) Bernard Halda — L'évolution spirituelle de Simone Weil.Paris, Beauchesne [1964].182p.17.5cm.(Coll.Beau-chesne, no 8) LECTURES / DÉCEMBRE PAGE 102 LITTERATURE RE JEUNESSE vengeances en chaîne se compose d'une suite de batailles, de massacres, de pendaisons et d’assassinats.Un prêtre parjure, hypocrite et lâche, un seigneur versatile, combattant tantôt pour la rose blanche, tantôt pour la rouge, selon que le vainqueur du moment se nomme York ou Lancastre; des personnages qui ont toujours le juron à la bouche (par la Vierge ! par le Christ !).Triste histoire où les scènes lugubres l’emportent sur les épisodes réjouissants des amours — traversés de mille obstacles — de Dick et de Jane.Nous avons ici encore un exemple d’auteur non catholique se permettant de brosser le portrait d’un prêtre indigne.L'Evadé d’Edimbourg ?Un soldat de l’armée de Napoléon, capturé en Espagne et emprisonné au l’île au trésor la flèche noire l’évadé d’édimbourg de r.-l.Stevenson BÉATRICE CLÉMENT Sous une même couverture, trois romans condensés l, de valeur inégale.Oui ne se souvient de l'Ile au trésor et des piquantes aventures d’un adolescent, d’un médecin de campagne et d’un châtelain naïf, embarqués ensemble à la recherche du trésor de Flint, pirate de funeste mémoire ?Dans le coffre qu’un mann a laissé à l'auberge tenue par la mère de Jim, l’adolescent avait trouvé une carte fournissant les indications qui permettraient de récupérer le dit trésor.Or, le châtelain candide recrute, comme matelots, d’anciens compagnons de Flint, dirigés par l’énigmatique John Silver, l’homme à la jambe de bois.Aubaine pour les forbans que de se faire conduire vers le trésor dont ils connaissent fort bien l’existence, mais dont ils ignorent la cachette! Epouvante de Jim lorsqu’un hasard lui révèle l’identité de l’équipage ! Les personnages vivent devant nous, si bien campés que chacun — original, sympathique ou vilain — suscite et retient l’intérêt du lecteur.La Flèche noire évoque la guerre des Deux-Roses et les luttes des familles York et Lancastre, au XVe siècle.Assez embrouillé, ce sombre récit de château d'Edimbourg.Une jeune Ecossaise aux yeux doux, une tante autoritaire, un cousin malveillant, un vieil oncle immensément riche; une évasion sensationnelle et un voyage mouvementé à travers l’Angleterre; un style coulant, plein d’humour et de souriante malice, fort bien rendus par le traducteur, — qui a eu la délicatesse de supprimer les jurons de l’original, s’il y en avait, — et voici un roman qu’on lit avec plaisir.Couverture et pages de garde splendides; jolies illustrations.Pour quels lecteurs, cet album ?L’Ile au trésor passionnera garçons et filles de douze à vingt ans.La lecture de La Flèche noire me semble une perte de temps, à quelque âge que ce soit.L’Evadé d’Edimbourg captivera les jeunes à partir de quatorze ans.ivanhoe de waiter scott BÉATRICE CLÉMENT Présenté dans un format album 2 avec d’abondantes illustrations, voici un bref résumé du célèbre roman dans lequel on voit le roi normand Richard Cœur-de-Lion cherchant à s’attirer l’amitié et la loyauté de ses sujets saxons.(1) R.L.Stevenson — L’ile au trésor.La flèche noire.L’évadé d’Edimbourg.Illustrations de Michel Jouin.[Parisl Hachette [1964.] 222p.ill.(h.-t.) 25.5cm.Relié.(2) Walter S.:ott — Ivanhoe.Adaptation d’Yvonne Girault.[Paris, Gauthier-Languereau, 1964.] 44p.ill.26cm.Relié.LECTURES / DÉCEMBRE PAGE 103 Devant l’une ou l'autre des splendides pages en couleurs (le manque de pagination empêche de donner la référence), on a l’impression de regarder une photo habilement fondue dans l’image.On admire la technique; pas le résultat.Ni la Rowena qui couronne le vainqueur du tournoi, ni Ivanhoë lui-même n’ont des têtes de Saxons du XI le siècle.Pas davantage le héros caracolant sur la couverture.Visages et attitudes du XXe siècle détonnent dans un décor et des costumes du XI Xe.Superbes, les pages titres.Le caractère typographique employé pour le texte, et le lettrage des titres de chapitres s’harmonisent fort bien avec le sujet.Je n’ai jamais rencontré de livre pour la jeunesse écrit par un auteur catholique qui représente le ministre d’un autre culte sous un jour défavorable.On avertira le jeune lecteur qu'il lit l’œuvre d’un romancier non catholique qui s’est plu à dépeindre des moines et des religieux peu recommandables.Garçons et filles de douze à quatorze ans.les champions du gas-oil de rené antona BÉATRICE CLÉMENT Bruno, 18 ans, petit-fils de «routier», boude les études *.Son ambition ?Conduire un poids-lourd, comme son grand-père.Ses parents manquent d’enthousiasme.Alors, l’adolescent « emprunte » un camion chargé de vingt tonnes d’essence.Il évite de justesse un accident, mais gagne l’autorisation de passer les vacances sur la route.Pas au volant, bien sûr; pour aider au chargement et au débarquement.Il connaîtra la vie dont il rêve.Les heures exaltantes: « charme des routes de France », beauté du paysage « dans le matin transparent »; solidarité qui unit les routiers entre eux; courage de ces hommes simples et droits; accueil toujours cordial aux relais; liens d’amitié noués par un péril qu’on partage.Les heures dures aussi: monotone fastidieuse du « ruban » qui s’étire sur des centaines de kilomètres; fatigue écrasante lorsqu’il faut repartir sans son compte de sommeil; responsabilité effarante de certains chargements.Expérience qui mûrit.Fin septembre, Bruno décide de continuer ses études; il opte pour l’aviation.Belle reliure et splendides illustrations.Captivera l’adolescent amateur de mécanique.Garçons de quatorze ans et plus.- (suite à la page 96) noter que ces expressions, qui peuvent choquer ou surprendre, ne font pas partie de la langue de l'auteur, qui écrit avec netteté, dans un français correct et sobre.11 rejoint par là les écrivains qui, malgré des récits dont l'action se passe dans une région bien déterminée, touchent à l’ordre universel, parce qu’ils savent raconter une histoire profondément humaine.Et si Marcel Godin intitule son roman Ce maudit soleil, c'est parce que notre hiver septentrional, si lumineux, représente le contraste le plus frappant pour ces vies enténébrées des bûcherons, et encore davantage pour celle du pauvre narrateur, qui s'explique une fois ainsi: « Et le soleil n’en continuait pas moins de s’en mêler.Parce qu’il était la lumière, qu'il symbolisait ce que je ne possédais pas et désespérais de posséder.Il me rendait malade.Au moins, quand le temps était gris, ça nous ressemblait à tous.Ça allait si bien avec notre brouillard intérieur.» Qui ne peut comprendre pareil sentiment ?( 1 ) René Antona — Les chumpions du gas-oil.Illustrations de Jef Colline.Paris, Magnard [1964].160p.ill.(h.-t.) 21cm.(Coll.Fantasia) Relié.$2.15 LECTURES / DÉCEMBRE PAGE 104 ACCUSÉS UE UÉCEUTICIN EN COLLABORATION, La femme.Nature et vocation.Paris, Arthème Fayard [1963].221p.19.5cm (Coll.Recherches et débuts, no 45) LN COLLABORATION, Les lûtes et la ne de l’Eglise.Paris, Arthème Fayard [1963].213p.19.5cm.(Coll.Recherches et débuts, no 42) EN COLLABORATION, R eut-ou tuer?[Paris] La mobilisation des consciences [1964].2()2p.23cm.(Coll.Les atten-tuts contre l'homme) EN COLLABORATION, Le phénomène urbain.Par J.Antoine, H.Carrier, H.Chambre, H.Fréville, Fr.Houtart, A.Laure, Ph.Laurent, Ph.Pinchemel, J.Remy, Fr.Russo, L.Thoré, G.Vailland, et l'atelier d'urbanisme et d’architecture.[Paris] Aubier [1965].259p.20cm.(Coll.Recherches économie/ue s et sociales, no 2) EN COLLABORATION, Questions theologu/ues aujourd'hui.T.II: Dogmatique.Traduction par Yves Claude Gélé-bart.Paris, Desclée de Brouwer [1965].302p.20.5cm.(Coll.Textes et études théologiques) ETCHEVERRY (Auguste), L'homme dans le monde.La connaissance humaine et sa valeur.Bruges, Desclée de Brouwer ANDRADE (Jorge Carrera), Le chemin du soleil ou Le fabuleux royaume de Quito.Traduit de l'espagnol par Jean A.Mazoyer.[Tournai] Casterman, 1965.267p.20cm.(Coll.Latitude sud) BARBEROUSSE, En suivant le crayon de Barberousse.[Tournai] Casterman [1964], 109p.ill.22cm.(Coll.Les dessinateurs humoristes français) Relié.BAUDOUIN (Charles), Christophe le passeur.Paris, La Colombe [1964].238p.19cm.(Coll.Littérature et tradition.no 14) BERGOT (Erwan), Mourir au Laos.Paris, France-Empire [1965].267p.ill.(h.-t.) 19cm.BRIBOSIA (Paul), Enfants de juges et juges d’enfants.[Namur] Editions du Soleil Levant [1964], 162p.ill.P.5cm.BRUMMET (Jacob), Le gage de la gloire future.Sermons pour les dimanches, les fêtes de Notre-Seigneur et de la Sainte Vierge, de quelques Saints et pour diverses circonstances.Traduction de R.Virrion.Mulhouse, Salvator, 1963.317p.19cm.(Coll.La prédication nouvelle) BRUYR (José).Brahms.[Paris] Editions du Seuil, 1965.185p.ill.18cm.(Coll.Solfèges, no 25) CERE (Lise de), Stella fille sauvage.Paris [France-Empire, 1964].219p.18cm.(Coll.A la belle Hélène) CONTINO (Magda), La barque aux tulipes.Paris, Spes [1964].189p.17.5cm.(Coll.Feux du matin, no 9) CORSE (Anne), Rencontre avec Nancy.Cheminement spirituel.Mulhouse, Salvator, 1965.145p.19cm.(Coll.De toute rive) CORVEZ (Maurice), De la science à la foi, Teilhard de Chardin.[Tours] Marne [1964].189p.18cm.(Coll.Siècle et catholicisme) CRONIN (A.J.), Le signe du caducée.Roman.Traduit de l'anglais par Maurice Bernard Endrèbe.Paris, Albin Michel [1965].335p.20cm.D'ESPINEY (Dr P.), La psycbotérapie du Docteur Vittoz.Comment combattre l'anxiété par le contrôle de soi.Préface du Dr Tournier, de Genève.Avant-propos du Dr Vergier, de Lyon.Paris, Librairie P.Téqui [1965].110p.16.5cm.DODDS (E.R.), Les Grecs et l’irrationnel.Traduit de l'anglais par Michael Gibson.Paris, Aubier [1965].308p.22.5cm.DUMITRIU (Petru), L'extrême occident.Roman.Paris, Editions du Seuil [1964].484p.20.5cm.DURKHEIM (Jean), Tirailleur couscous.Paris, France-Empire [1965].237p.19cm.EN COLLABORATION, L’adoption.[Tournai] Casterman, 1963.149p.19cm.(Coll.Toute la question) [1963].306p.23cm.(Coll.Museum Lessianum — section philosophique, no 51) Relié.FARGUES (Marie), Nos enfants devant le Seigneur.Essai de pédagogie religieuse pour les moins de 9 ans.Paris, Fleu-rus [1965].202p.20cm.(Coll.L’Eglise et l'enfant, no 3) FAYE (Jean-Pierre), Analogues.Récit autocritique.Paris, Editions du Seuil [1964].269p.20.5cm.(Coll.Tel Quel) FEVRE (Louis), Ils seront son peuple.Paris, Desclée de Brouwer [1965].142p.21.5cm FISCHER (Jo), Ceux de demain.Paris, Alsatia [1965].166p.19.5cm.GADOUD (Claude), En suivant le crayon de Cad.[Tournai, Casterman, 1964.] 109p.ill.22cm.(Coll.Les dessinateurs humoristes français) Relié.GAUBERT (Henri), Moise face à l'Eternel.[Tours] Marne [1965].265p.ill.(h.-t.) 19cm.(Coll.La bible dans l'histoire) GENNARI (Geneviève), Nouvelles du temps et de l'espace.[Montréal] Le Cercle du Livre de France [1965].189p.20cm.GHEDIN (Josette), Savoir se maquiller.Montréal, Editions de l'Homme [1964].95p.ill.20.5cm.GORREE (Georges) et CHAUVEL (Germain), « D’autres récolteront.* Foucauld, Peyriguère, moines missionnaires.[Tours] Marne [1965].209p.21.5cm.(Coll.Esprit et mission) GUIOCHET (H.), De la mixité à l’amour précoce.Garçons et filles de 11 à 20 ans.Paris, Editions du Levain [1963] 223p.ill.(h.-t.) 19.5cm.HARVEC (A.), En suivant le crayon de A.Harvec.[Tournai, Casterman, 1964.] 109p.ill.22cm.(Coll.Les dessinateurs humoristes français) Relié.HEINRICHS (Maurus), Théologie catholique et pensée asiatique.Traduit de l'allemand par Albert Sohier.[Tournai] Casterman, 1965.296p.19cm.(Coll.Eglise vivante) HER VET (Robert), Les compagnons de France.Paris, France-Empire [1965].361p.ill.(h.-t.) 19cm.HOUTART (F.) et PIN (E.), L'Eglise à l'heure de l'Amérique latine.[Tournai] Casterman, 1965.265p.19cm.(Coll.Eglise vivante) JEAN-NESMY (Dom Claude), Pratique de la messe.[Paris] Desclée de Brouwer [1965].293p.ill (h.-t.) 19.5cm.(Coll.Cahiers de la pierre-qui-vire) JEANNIERE (Abel), Anthropologie sexuelle.[Paris] Aubier [1964].204p.20cm.{Coll.Recherches économiques et sociales, no 1) JEAN XXIII, Pacem in terris.La paix entre les nations fondée sur la vérité, la justice, la charité, la liberté.Encyclique du 11 avril 1963.Introduction de Lucien Guissard, a.a.[Paris] Editions du Centurion [1963].125p.17.5cm.-(suite à la page 107) LECTURES / DÉCEMBRE PAGE 105 NOUVEAUTÉS EN LIOOAIOIE et de Chateaubriand.A l’arrière-scène, il y a tout le cortège des admirateurs et des admiratrices.Un roman historico-romantique pour lectrices formées de seize ans et plus.ESME (Jean d'), Galliéni, destin hors série.(Plon, 1965) Biographie de ce général français, mort en 1916 et nommé maréchal à titre posthume en 1921, qui a laissé une réputation de conquérant pacifique, d’explorateur et d’administrateur notamment en Indochine et à Madagascar.Avec art et souci d’information, l’auteur découpe la personnalité vraiment attachante de celui qui forma le grand Lyautey.BRATHWAITE (Errol), L’affaire des hommes.Traduit de l’anglais par Léo Dilié.(Mercure de France, 1964.Coll.Parallèle) Roman de guerre plein de scènes cruelles.Le capitaine japonais, Itoh, et ses quelques soldats sont à la poursuite d’aviateurs alliés dont l’appareil a été abattu sur cette île de l’archipel des Salomon.Sédou, le chef noir d’un village chrétien accueille gentiment les Japonais, mais refuse de leur fournir le moindre renseignement même lorsqu’on le soumet à la torture: lui et les siens soutiennent que Dieu condamne la guerre, et que partout ils ne peuvent y intervenir dans un camp ou dans l’autre.Itoh revient seul de son expédition de nettoyage se mettre sous la protection du village chrétien.Il ne peut plus longtemps supporter l’affrontement de ses principes totalitaires contre la douceur chrétienne: il se fait hara-kiri.Plaidoyer en faveur du pacifisme et de l’objection de conscience si parfait qu’il semble invraisemblable.Roman intéressant pour adultes exclusivement: ils y trouveront matière à réflexion.DA VET (Michel), Les amants de la Vallée aux loups.(Plon, 1964) Roman sentimental.Chateaubriand loge dans sa propriété de la Vallée aux Loups deux nièces et leur famille: Flore et Cordélia.Chacune a ses aventures amoureuses.La première s’éprend d’un monsieur qui disparaît le soir des noces et dont on découvre quelques jours après le cadavre: c’était un homme marié ! La seconde nièce vit un drame d’une autre nature: elle aime un bonapartiste (ce qui ne peut plaire au cher oncle) dont le frère est un ardent légitimiste.Au-dessus de ces amours inconsolables et des machinations politiques planent les spectres de Napoléon 1CHAC (Pierre), Le grand barrage du Nil.(Gérard & Cie, 1964.Coll.Marabout Scope) Reportage d’une attrayante réussite portant sur les travaux vraiment gigantesques d’Assouan.Les photos d’Albert Plécy et les textes de Pierre Ichac soulignent tout à la fois les problèmes économiques de l’Egypte actuelle, les grandeurs et les merveilles de l’Egypte antique mises à jour par les recherches archéologiques.MERCER (Charles), Alexandre le Grand.Traduit de l’anglais.(R.S.T., 1964.Coll.Caravelle) Biographie attrayante du roi de Macédoine qui s’est créé tout un empire au IVe siècle avant Jésus-Christ.Le jeune lecteur de 14-15 ans et plus aura l’impression de parcourir un roman d’aventure, et cependant il y trouvera un tableau complet de l’homme et de la société de cette époque.Les magnifiques illustrations permettent de découvrir les chefs-d’œuvre des civilisations qu’Alexandre a rencontrées à travers ses expéditions.Le côté brutal des mœurs du temps est exquissé par souci historique et n’est pas exploité outre mesure.Un album bellement réussi.RITZEN (Quentin), Le défi aux étoiles.(Plon, 1964) Roman.Un médecin, qui dans le découragement s’est abandonné à l’alcool et aux filles de joie, reste hanté du spectre d’un enfant à lui victime d’un avortement.Cette fois, il désire avoir un enfant d’une femme qu’il aime et qui vient de perdre le sien.Un cancer en cours de grossesse oblige à sacrifier cet enfant désiré.La jeune femme a fui, découragée.Il la retrouve et elle le suit, bien que décidée à se suicider.Mais ils sont tués dans un accident de voiture.LECTURES / DÉCEMBRE PAGE 106 1 Livre cru et tout à fait amoral; cependant, entre ces pages de désespoir, il y a la présence de la grâce discrète et insidieuse.Cette image en négatif du bonheur ne sera vue que par des lecteurs ayant maturité.SINCLAIR (Robert-B.), Cherchez l'homme.Traduit de l’anglais.(Fayard, 1964.Coll.L’Aventure criminelle) Roman policier.Un magnat Américain de la Publicité a été trouvé assassiné.L’auteur du crime ?On le recherche parmi ses amis et ses collaborateurs.C’est la découverte, à travers toutes sortes d’incidents sensationnels, de toute une engeance d’individus assez peu honorables ! A réserver exclusivement aux lecteurs formés.STEHMAN (Jacques), Histoire de la musique européenne, des origines à nos jours.(Gérard & Cie, 1964.Coll.Marabout Université) Excellente histoire de la musique européenne établie selon les normes de la pédagogie musicale actuelle.Les aperçus qu’on y trouve soit sur le langage musical soit sur l’évolution des formes et des genres de cet art révèlent un musicographe d’envergure.Pour autant l’ouvrage ne saurait rebuter un lecteur non spécialisé.WOODS (Sara), L’avocat de la défense.Traduit de l’anglais.(Robert Laffont, 1965) Roman policier.De nombreux personnages sont engagés dans un réseau d’amour vraiment racinien, c.a.d.par réaction en chaîne comme dans la pièce d’Andromaque.Le lecteur peu attentif se perdra vite dans ce labyrinthe sentimental.A la suite du meurtre d’un richard, beaucoup de gens sont incriminés; mais c’est l’avocat du principal suspect qui tient la vedette dans ce procès qu’on trouvera malheureusement tronqué.Roman mouvementé qui requiert l’attention d’un lecteur formé.-(suite à la page 105) JUBELIN (Amiral), Le ciel sur la tête ou le spectre de pleumeur-bodou.Paris, France-Empire [1965].316p.ill.(h.-t.) 19cm.KARWEINA (Gunter), La tragédie du P.Q.— 17.Traduit de l'allemand par R.Jouan.Paris, France-Empire [1965].299p.ill.(h.-t.) 19cm.KELLEY (William Melvin), Un autre tambour.Roman.Traduit de l'américain par Lisa Rosenbaum.[Tournai] Caster-man, 1965.220p.20cm.KONINCK (Charles de), Tout homme est mon prochain.[Québec] Les Presses de l'Université Laval [1964], 148p.20.5cm.LARCENA (Jean), « Mon Credo •.Préface du R.P.Alphonse de Parvillez, s.j.[Paris] Spes [1964].132p.18.5cm.LART1GOLLE (J.), Vocation chrétienne du travailleur moderne.Essai sur la théologie du travail.Paris, Lethiel-leux [1964].119p.19.5cm.LESAGE (Germain), o.m.i., Notre éveil culturel.Montréal, Rayonnement, 1963.200p.20.5cm.LETELLIER (Georges), Le technicien chrétien outre-mer.[Tours] Marne [1964].158p.18cm.(Coll.Esprit et mission/ MARCOTTE (Marcel), s.j., Cœur à cœur.Vol.M< ntréal, Bellarmin [1964].157p.17cm.MARIAULE (Albert), La route qui chante et prie.Genval, Marie-Médiatrice [1965].109p.17cm.MELANCON (Ovila), c.s.c., Sublimation et amour Montréal, Fides [1962], 182p.22cm.MERTON (Thomas), La révolution noire.Lettn à un Blanc libéral suivie de la légende de Tucker Caliban.Traduit de l’américain par Marie Tadié.[Tournai] Casterman, 1964.125p.20.5cm.MESNARD (Jean), Pascal et les Roannez.T.II.[Bruges] Desclée de Brouwer [1965].533p.21.5cm.MUELLER (Major Siegfried), Les nouveaux mercenaires.Traduit de l'allemand par A.Saint-Germain.Paris, France-Empire [1965].302p.19cm.MULLER (Philippe), La psychologie dans te monde moderne.Bruxelles, Editions Charles Dessart [1963].221p.18.5tm.(Coll.Psychologie et sciences humaines) OGER (H.-M.), o.p., Spiritualité pour notre temps.Une introduction à la vie spirituelle.[Paris] Spes [1963].266p.20cm.’ PAGNOL (Marcel), Manon des Sources.Tome II: L'eau des collines.[Montréal] Le Cercle du Livre de France [1964].258p.20.5cm.PENNIMAN (Howard R.), Les rouages de la politique.Paris, France-Empire [1963].219p.19cm.PICON SALAS (Mariano), Au carrefour de trois mondes.Iraduit de l'espagnol par M.O.Fortier et M.Serrât.[Tournai] Casterman, 1964.181p.20cm.(Coll.Latitude sud) > PODHAJSKY (Colonel Alois), Le grand retour.Traduit de l'allemand par Gilberte Marchegay.Paris, France-Empire [1965].283p.ill.(h.-t.) 19cm.POUZET (Jean), En suivant le crayon de Pouzet.[Paris, Casterman, 1964.] 112p.ill.21.5cm.(Coll.Les dessinateurs humoristes français) Relié.RAVIER (André), s.j., Dom Augustin Guillerand.Un maître spirituel de notre temps.1877-1945.[Bruges] Desclée de Brouwer [1965].312p.ill.(h.-t.) 20cm.RAYNAUD (Claude), En suivant le crayon de Claude Raynaud.[Tournai, Casterman, 1964.] ill.22cm.(Coll.Les dessinateurs humoristes français) Relié.RICHARD (Abbé André), Monde maudit ou monde sauvé?Paris, Nouvelles Editions Latines [1965].156p.18.5cm.RIMAILHO (André), Quelqu’un à Lourdes.Paris, Editions du Centurion [1965].302p.ill.(h.-t.) 18cm.(Coll.Le poids du jour) RYEUL (Jean), La légende de Raymond Lulle.Le docteur illuminé.Paris, Editions des Champs-Elysées [1965].207p.25cm.(Coll.Alchimie et Alchimistes, no 9) SIMART (Hélène), La femme aux archidées.Paris [France-Empire, 1964].222p.18cm.(Coll.A la belle Hélène) STOCKER (Dr A.), Y a-t-il des hommes normaux?Réflexions sur la nature humaine.Paris, Nouvelles Editions Latines [1964].222p.19.5cm.TEILHARD DE CHARDIN (Pierre), L’activation de l’énergie.Paris, Editions du Seuil [1963].429p.ill.19.5cm (Coll.Oeuvres de Pierre Teilhard de Chardin, no 7) TEILHARD DE CHARDIN (Pierre), La parole attendue.Inédits, témoignages et travaux de l'association.Paris, Editions du Seuil [1963], 158p.19cm.(Coll.Cahiers Pierre Teilhard de Chardin, no IV) THONE (Chanoine Paul), Je vous salue ô Plénitude!.Commentaire de la salutation angélique.2e édition.Genval, Marie-Médiatrice [s.d.].192p.THONE (Chanoine Paul), La montée du calvaire à ta suite de Jésus.Genval, Marie-Médiatrice [1965].46p.18cm.THONE (Chanoine Paul), Les six paroles évangéliques de la Sainte Vierge.Genval, Marie-Médiatrice [1964].105p.18cm.TRESE (Leo), Dialogue sur le sacerdoce.Traduit par René Virrion.Mulhouse, Salvator, 1964.154p.19.5cm.VOGEL (P.L.), c.s.sp., Lettres du vénérable Père Liber-manu.Paris, Desclée de Brouwer [1965].473p.22cm.WERTH (Alexander), La Russie en guerre.1941-1942.Tome I: La patrie en danger.Traduction de Michel Zéraffa.[Paris] Stock [1965].431p.ill.(h.-t.) 22cm.(Coll.Témoins de notre temps) ZAEHNER (R.-C.), Inde.Israel.Islam.Religions mystiques et révélations prophétiques.Introduction par Jacques-Albert Cuttat.[Bruges] Desclée de Brouwer [1965].333p.19.5cm.Relié., LECTURES / DÉCEMBRE PAGE 107 désirerais soumettre à qui de droit, à l'intention de l'organisme linguistique supranational, dont les congressistes de Namur ont senti, je crois, l’impérieuse nécessité.» « J’ai cru constater, au cours de mon voyage en Europe, que le flottement du vocabulaire de la langue courante est plus grand encore que chez nous.Il se peut que cet état de choses soit facilement tolérable aux pays européens, il se peut aussi qu’il favorise la vie du langage.Il n’en va pas de même au Canada.La population francophone de notre pays tient beaucoup à la standardisation du vocabulaire, elle exige qu’on désigne partout chaque chose du même nom et d’un seul nom.» « .Le travail des linguistes consiste, en partie, à fournir au public les équivalents français des innombrables mots anglais qui émaillent la langue LETTEE DE FRANCE dr georges durand Nous avions eu longtemps l'intention de consacrer notre Xllème colloque franco-canadien à l'Office de la langue française du Québec.L’expérience de Namur nous a incité à élargir le débat et à le situer plus précisément dans le prolongement de la 1ère Biennale de la langue française lui ménageant une sorte de suite canadienne.C’est ainsi que le 23 octobre, répondant à notre invitation, plusieurs « namurois » habitant la région parisienne, parmi lesquels les linguistes et grammairiens les plus distingués, s’étaient rendus à la Délégation Générale du Québec.Autour des Conseillers Culturels de l’Ambassade du Canada et de la Délégation du Québec MM.Pierre Trottier et Robert Elie, étaient réunis notamment MM.Pierre Agron.Jacques Capelovici, René Georgin.Paul Laffite.Robert Le Bidois, Pierre Lignac, Marcel Maupoint.Henry Mavit.Bernard Offner.Adolphe V.Thomas, etc.Le professeur Ernest Martin, très ancien ami du Canada, était venu de Poitiers, tandis que Jean-Claude Corbeil nous arrivait de Strasbourg.La réunion était présidée conjointement par M.Pierre de Menthon, Conseiller des Affaires Etrangères, et par le professeur Auguste Viatte.M.de Menthon souligna l'importance exceptionnelle des accords culturels conclus au cours de l’année 1965 entre la France et les gouvernements du Québec et d'Ottawa.M.Viatte introduisit les débats en résumant de façon succincte et claire la situation de la langue française au Canada.M.Jean-Marie Laurence avait bien voulu choisir spécialement pour cette rencontre « quelques problèmes intéressant le français au Canada ».J’ai eu le plaisir et l’honneur de présenter son texte dont voici les passages essentiels.« A tout hasard je me risque à vous déballer en vrac des observations ou propositions que je courante des Canadiens.Or, il nous faut très souvent plusieurs équivalents pour un seul mot anglais ou américain et nous sommes toujours incertains quand il s’agit de souligner le plus usuel.» « Bref, je crois qu’il faut remettre de l'ordre dans le vocabulaire de la langue courante, si nous voulons que notre action soit efficace.» « Voici quelques autres chapitres de linguistique normative qu'il faudrait mettre au point, semble-t-il.1° Différenciation ou simplification des suffixes: « Pourquoi cardiologue et physiologiste ?Faut-il dire biologue ou biologiste.?» 2' Dérivation: « Ne serait-il pas opportun de développer la dérivation: pourquoi interdire déductibilité, spaciosité, logeabilité.etc.?» 3° Pluriel des noms étrangers: « Pourquoi des pensums et des forum, des placets et des satisfecit, etc.?» 4° Phonétique.« Il me semble qu’il faudrait adopter résolument le principe de la francisation phonétique artificielle des mots anglais assimilés que nos pères francisaient naturellement par ignorance de la langue d’emprunt.» 5° Emprunt.« Il faudrait établir une théorie de l’emprunt.En ce qui touche l’emprunt de l’anglais, je crois fermement que les linguistes canadiens pourraient contribuer pour une large part à l’élaboration d’une doctrine rationnelle et raisonnable.» 6° Canadianismes.« Il faudrait aussi établir une doctrine concernant 1*acceptation des canadianismes (pour employer un terme général et partiellement LECTURES / DÉCEMBRE PAGE 108 1 impropre).Je me permets de proposer quelques principes qui pourraient servir de fondement à cette doctrine.a) Mots qui comblent une lacune: siley, allège, cassot, bordillons.etc.b) Mots remplaçant des anglicismes: berceuse, bélier mécanique, poudrerie etc.c) Mots plus justes que leurs équivalents en français normal ou inexistant dans la langue officielle: avant-midi, débarbouillette.etc.d) Objets particuliers au Canada: goutterelle.achigan, traîne-sauvage, drave, etc.e) Mots pittoresques ou expressifs: surette, se désâmer, arrachis, gélauder, etc.» « J’espère que ces quelques notes, dictées à la volée entre deux tâches urgentes, vous seront utiles même si je n’ai pas eu le loisir d’y mettre un peu d’ordre.J’ai voulu seulement démontrer la nécessité de créer une commission de linguistes et traducteurs qui aurait une double fonction: a) rationaliser le français actuel; b) établir les principes d'un code de linguistique normative à l’intention du français universel.» « Ce projet n’a rien à voir avec les nombreuses tentatives avortées de simplification orthographique; il est beaucoup plus vaste, plus profond et.je le crois fermement, plus pratique.On pourrait l’appliquer à la rédaction du Dictionnaire du français universel dont la publication s’impose le plus tôt possible.» Le professeur Alain Guillermou.rédacteur en chef de Vie et Langage, secrétaire général de la Fédération du français universel, avait accepté de diriger la discussion des différentes propositions de M.Laurence.Il le fit avec son dynamisme habituel et l’aisance que lui confère sa parfaite connaissance du sujet, ne manquant pas de solliciter, sur tel ou tel point, l’avis des spécialistes présents.Le débat fut vivant, souvent passionné.Je n’entrerai pas dans les détails, il n’était pas question, d’ailleurs, d’apporter des solutions définitives aux problèmes posés; il importait avant tout de préciser l’existence de ces problèmes et d'indiquer l’angle sous lequel ils doivent être examinés.On pourrait résumer en quelques points les résolutions adoptées par l’assemblée: 1 ° Accord, à quelques détails près, sur l’ensemble des questions posées par M.Laurence.2 Accord particulièrement sur la nécessité d’établir un « organisme linguistique supranational ».M.J.-M.Laurence n’avait-il pas déjà le premier, dès 1937, émis le vœu de voir créer au Québec un « Office de la langue française » ?Avec l’accélération de l’Histoire nous sommes convaincus que nous n’attendrons pas, cette fois, vingt-cinq ans avant de célébrer la naissance de ce qui, selon les termes de M.Guillermou.pourrait être un Office mondial de la langue française, organisme dont 1a Fédération du français universel offre une sorte de préfiguration.3 Quant au Glossaire du français universel, on y travaille ferme à la Fédération.Il sera tricolore: feuillets blancs pour les mots admis sans restric- t tion; feuillets verts pour les mots placés en obser- l vation avec quelques réserves mais avis plutôt favorable; feuillets roses (le rouge de l’enfer se prêtant mal au jeu de la typographie) pour les termes à proscrire sans appel, etc.A ces trois couleurs pourrait, comme chez les Mousquetaires, se joindre une quatrième.M.Guillermou rêve de feuillets bleus où seraient présentés les termes du « français marginal » susceptibles d’enrichir le français universel.Là, trouveraient place les « canadianismes de bon aloi » retenus selon les critères proposés par M.Laurence.J’aurais voulu accorder une part plus large aux diverses interventions qui ont marqué ces débats.Si j’ai donné la primauté à la communication de M.J.-M.Laurence, c’est qu’elle nous offre un canevas d sur lequel nous pouvons.Canadiens et Français, L travailler ensemble.Les Canadiens viennent de plus en plus nombreux en France pour un séjour d’études ou de fonctions de quelques mois à plusieurs années.Nous avons voulu attirer leur attention sur la responsabilité qu’ils endossaient, de ce fait, à l'égard de la langue française.Ils ne doivent pas traverser notre pays les yeux et les oreilles fermés, mais comme des observateurs lucides, conscients du rôle qu’ils ont à jouer dans le domaine du langage.Le travail définitif sera, bien sûr, établi par des linguistes de profession mais ceux-ci ont besoin de matériaux et les observations de chacun, même si elles se recoupent fréquemment, leur fourniront de précieux éléments d’étude.Dans cet esprit nous avons remis, à la fin du colloque, à tous les participants canadiens une fiche d’observations linguistiques comportant les questions suivantes: 1 ° Locutions ou mots canadiens semblant avoir surpris vos interlocuteurs français.2° Locutions ou mots français vous ayant surpris.3° Anglicismes usités en France et remplacés au Canada par des expressions « plus françaises ».4° Mots usités au Canada méritant, selon vous, detre introduits en France.Nous continuerons dans les mois à venir à distribuer ce questionnaire auquel, bien entendu, on peut répondre même du Canada1.Les fiches recueillies seront transmises à la Fédération du français universel.Un peu avant la fin de l’année universitaire nous organiserons une nouvelle rencontre où seront examinés les résultats de cette première enquête.Ce petit exercice simple et attrayant doit nous amener à préparer très soigneusement la Ilème Biennale de la langue française qui, vous le savez, tiendra ses assises, en 1967, à Montréal.( 1 ) Adresser les réponses à France Canada (enquête linguistique) 24, rue de Babylone, Paris Vllème.LECTURES / DÉCEMBRE PAGE 109 SES RAMPES DE LANCEMENTS FAITS ET COM- MENTAIRES julia richer Félicitations également aux Editeurs qui, au Salon de Québec, présentèrent plusieurs ouvrages dont on dit.depuis, beaucoup de bien.Aux Editions Jeunesse: Cinq filles compliquées, de Paulc Daveluy; au Cercle du Livre de France: Prochain Episode, de Hubert Aquin, et Les Bibliothèques canadiennes, d'Antonio Drolet; au Centre Educatif et Culturel: Guide méthodologique de l'explication de Textes, de F.Monay et L.-N.Dulong; aux Editions Nocturnes: Les Agates trouvées, de Rosario Venne; aux Editions Fides: La Dalle-des-Morts, de Félix-Antoine le salon du livre de québec Savard, Gaspésiana, de Sœur Saint-Denis, et Les Fonds Mutuels, de Raphaël Pilon.A ce dernier lancement, le monde universitaire québécois rendit hommage à Mgr Savard, longtemps doyen de la Faculté des Lettres de Laval.Le Salon du Livre de Québec s'est tenu, cette année, sous le signe de la femme.En effet, pendant ces assises de cinq jours (du 4 au 9 novembre), sous la présidence de madame Jacqueline D.Rioux, plusieurs manifestations furent organisées avec succès.Matinée des enfants: Mademoiselle Alvinc Bélisle et Madame Simone Bussiere.Jeu questionnaire Ecrivain Porte-bonheur: Mademoiselle Adrienne Choquette.Soirée de nos auteurs et bibliothécaires: Mademoiselle Alvinc Bélisle: Jeu de la question poétique: Madame Alice Lemieux-Lévesque.SA PRÉSIDENTE JACQUELINE-D.RIOUX Une journée entière a été consacrée à la femme au cours de laquelle Monsieur Robert Picard, consul général de France à Québec, remis à madame Rioux.vice-présidente de la Librairie Garneau, la Médaille de la République française, pour services rendus à la diffusion du livre français au Québec et au Canada.'jiHOtL Au lancement des Editions Fides, lors du Salon du livre de Québec.De gauche à droite: M.Victor Martin, directeur des librairies Fides, Mgr L.-A.Va-chon.Recteur de l'Université Laval.Mgr Félix-Antoine Savard.auteur de La Dalle-des-Morts, le R.P.Paul-A.Martin, directeur général de Fides, et M.Raphaël Pilon, auteur de Les Ponds Mutuels.La R.Sœur Saint-Denis, o.s.a.auteur de Gaspésiana, n’apparaît pas sur la photo.LECTURES / DÉCEMBRE PAGE 110 43 276 4832 B9.C 2052 dans l’affolante saison littéraire LES LAUREATS ANDRÉ VACHON et BERTRAND VAC La saison des prix et des lancements bat son plein.Un jour sur deux paraît un nouveau livre ou s'allume au phare de nos lettres la petite lueur d’espoir des lauréats inattendus.Au Cercle du Livre de France surprise et déception à la fois.M.Bertrand Vac fait le « tour du chapeau », selon l'expression du président du jury M.Roger Duhamel et remporte pour la troisième fois avec ses Histoires galantes un prix qui, à notre avis, n’a pas été établi pour consacrer un auteur déjà connu mais — du moins, il me semble — pour encourager les premiers pas d'un jeune écrivain.Au cercle Interallié, à Paris, attribution du prix France-Canada.Surprise encore, puisque ce n’est ni un poète ni un romancier qui obtient l’honneur.Les essais sont à la hausse chez nous, et le jury a hésité beaucoup entre celui de Fernand Dumont: La conversion de la pensée chrétienne et celui d’André Va-chon: Le temps et l'espace dans l’œuvre de Claudel.C'est André Vachon qui remporta les suffrages de ces messieurs et se valut de tels éloges qu’il en est, de ce fait, consacré l'un des meilleurs exégètes de Claudel.Pierre Emmanuel a même déclaré que l'œuvre de Vachon se compare avec avantage à celle de Claude Madaule et qu’elle est essentielle à l’intelligence du poète de L’Annonce faite à Marie.et la ronde continue JEAN BASILE —ANDRÉ LAURENDEAU Impossible de suivre le rythme des lancements.Il peut s’en faire jusqu’à deux au même moment.Les Editions du Jour restent en tête de file avec un lancement par semaine, parfois deux.D’un Manifeste — Roussil en colère — en passant par une enquête menée assez arbitrairement par Pierre Léger Lu Canadienne française et l’amour, jusqu’au Journal poétique de Jean Basile, pour ne parler que des plus récents, nous avons là des livres pour tous les goûts.Chez Déom, la poésie et le théâtre sont à l'honneur avec Paul Wyczynski: Poésie et symbole et avec Yerri Kempf: Les trois coups à Montréal.Au H.M.H., en novembre, une petite bombe: le roman d'André Laurendeau: Une vie d’enfer.Les Editions Leméac entrent dans la farandole avec des livres très spécialisés comme — par exemple — Le dictionnaire du Bâtiment de Marcel Lefebvre.La Librairie Beauchemin offre des manuels et les Editions F ides, avec les derniers thèmes de Bernard-M.Côté, une catéchèse qui s'inscrit dans l’orientation nouvelle de l'Eglise.Autant de lancements, autant de publics différents.Journalistes exceptés, bien sûr.Ces malheureux malgré tout n’ont pas l'air trop essoufflés et persistent à encourager de leur présence une production massive qui finira bien par donner quelque chose.A condition toutefois que le public ne se croit pas leurré par une publicité qui, trop élogieuse, pourrait camoufler des lacunes évidentes.Mais je persiste à croire que le rythme affolant d'une saison littéraire comme celle que nous traversons présentement a du bon.Ne serait-ce que pour implanter dans l'esprit du public lecteur la certitude qu’il y a des écrivains Canadiens français, et que leurs œuvres — du moins quelques-unes — s’allignent fort bien à côté de celles de leurs confrères européens.Cette certitude acquise et l’exigence du lecteur s'intensifiant, le niveau de la valeur de notre production littéraire montera.Pourquoi pas ?On a bien vu — pour nos chansonniers — que leur nombre avait contribué énormément à élever la qualité et la durée de la chanson canadienne ?Oui sait si du nombre accru de volumes publiés chaque année ne naîtra pas.d'ici peu, l’œuvre littéraire exceptionnelle que nous attendons tous ?LECTURE/ REVUE BIBLIOGRAPHIQUE MENSUELLE PUBLIÉE PAR FIDES 245 est, boul.Dorchester MONTRÉAL Tel.: 861-9621 Direction: R.P.Roland-M.Charland, c.s.c.Abonnement annuel: $3.00 le numéro: S0.30 Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l’affranchissement en numéraire et l’envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.LECTURES / DÉCEMBRE PAGE 111 objets retrouvés de s.garneau p.95 mais il y a la mer de j.sulivan p.97 de gaulle par f.mauriac p.100 la critique littéraire en france au XIXe s.p.101 l’évolution spirituelle de s.weil p.102
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