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Titre :
Lectures
Grâce à ses critiques littéraires, Lectures souhaite faire connaître la valeur intellectuelle et morale des nouvelles parutions tout en créant un barrage efficace contre les « mauvaises lectures ».
Éditeur :
  • Montréal :Service de bibliographie et de documentation de Fides,1946-1966
Contenu spécifique :
septembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Lectures et bibliothèques
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Lectures, 1965-09, Collections de BAnQ.

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LECTURES REVUE MENSUELLE CONSACRÉE À LA CULTURE ET À LA BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE NOUVELLE SÉRIE, VOL.XII SEPTEMBRE 1965 - JUIN 1966 245 est, boul.Dorchester, Montréal LECTURES Revue de bibliographie-conseil publiée tous les mois (sauf juillet et août) par le Service de Bibliographie et de Documentation de Fides Direction: R.P.Roland-M.Charland, c.s.c.Rédaction: Jean-Noël Samson Principaux collaborateurs: J.-M.Barrette, H.-P.Bergeron, Guy Couturier, c.s.c., Béatrice Clément, Jean Durand, c.s.c., Dr Georges Durand, Jean Godin, Jean-Luc Hétu, c.s.c., Benoît Lacroix, o.p., Rita Leclerc, Claire Lefrançois, André Legault, c.s.c., Romain Légaré, o.f.m., Bernard-M.Mathieu, o.p., André Melançon, Ovila Melançon, c.s.c., Jean-Claude Petit, c.s.c., Julia Richer, Paul-Emile Roy, Jeanne-M.Saint-Pierre, Claude Soucy, c.s.c. NOUVELLE SÉRIE VOLUME XII NUMÉRO I SEPTEMBRE MONTRÉAL URET65 l’état adulte p.2 jean-charles harvey p.3 le cassé p.9 le cabochon p.12 lettre au frère untel p.26 mort de daniel-rops p.31 mon encrier p.8 JEAN-CHARLES HARVEY L’Etal adulte E D I T € E I X L La récente législation concernant la vente des spiritueux, comme il fallait s’y attendre, a suscité maints remous dans nos milieux et force commentaires dans le monde de l'information.Le Ministre de la Famille et du Bien-litre social a dû même comparaître au tribunal populaire de la TV et se soumettre aux questions insidieuses de l'interviewer ^'Aujourd'hui.Il s'en est tiré assez élégamment malgré la complexité des répercussions que présente cette mesure de tolérance.Dans ce cas comme dans bien d'autres qui ont des incidences sociales.la difficulté est de chercher a servir le Bien Commun tout en assurant le bien particulier d'une foule d'individus immatures.La tolérance certes a ses droits et elle les prend, mais elle a aussi ses devoirs.L’Etat adulte se détend à ses dimensions légitimes, cela va de soi mais ne signifie pas pour autant que les citoyens ont tous /’état adulte véritable, la pleine possession des ressources de sa personnalité et leur parfaite mise en œuvre.Cependant on aurait tort de s'alarmer outre mesure de la dernière réglementation des spiritueux, si l’on n'avait parallèlement résolu de poursuivre et d'intensifier par une sage propagande et par l'école l'éducation de nos gens à cet égard.A chacun donc d’assumer ses responsabilités ! De même, la rente Lectures prend une nouvelle attitude: elle n étiquetera plus désormais de cotes morales les ouvrages.On sait bien que le problème des lectures est avant tout celui des lecteurs, qu'il ne saurait se résoudre éi une simple question d’âge ou de capacité d'absorption, qu'il faille aussi mettre en ligne de compte beaucoup d'autres facteurs plus ou moins pondérables, comme l'éducation reçue, les milieux fréquentés, l'expérience de la vie.etc.Ce qui n'empêche pas que nous continuerons, ainsi que nous l’avons toujours fait, de porter un jugement chrétien sur les ouvrages que nous étudierons.Rien de révolutionnaire dans ce changement.Notre objectif reste le même: orienter sainement les lectures, seule la manière est nouvelle.Une manière plus discrète qui ménage l'agressivité infantile de certains à la vue d'une quelconque indication de prudence.Une manière plus souple faisant confiance à la maturité de nos lecteurs et à leur liberté d'adultes.Enfin, une manière plus dynamique, noyons-nous, qui incite les responsables du choix des !:• res à l’exercice d’une prudence plus consciente et plus éclairée.Donc, loin de parai ne une démission de notre tâche, un désintéressement de la morale ou encore une recherche de la facilité, notre attitude s'affirme au contraire une volonté de service pour une vraie formation adulte de nos lecteurs.Roland-M.CHARLAND ON VOUS PRÉSENTE: • J.-C.Harvey, auteur canadien • Un livre d’hier: Mon encrier, de Jules Fournier • Un livre d’aujourd’hui: Le Cassé, de J.Renaud • Des ouvrages de nos poètes: M.-C.Blais, R.Brassard, M.van Schen-del et E.Pallascio-Morin • du jeune romancier A.Major: Le Cabochon • du critique M.Valois: Le sortilège de M.Proust • Douze auteurs étrangers • Huit ouvrages pour les jeunes, par B.Clément et C.Lefrançois • Lettre au Fr.Untel, par R.Leclerc - • - ON VOUS PRÉSENTERA dans le numéro d’octobre: • Jean-Paul Pinsonneault, auteur cana- dien • Terres noires, de J.-P.Fugère • Evangile et monde moderne, de J.Daniélou, s.j.- • - La nouvelle couverture est l’œuvre du jeune maquettiste Yvon Laroche.2 LECTURES • Elude d'auteur canadien Il \S-d I Al 11 S I Al > I > C’est à La Malbaie que naît Jean-Charles Harvey, le 10 novembre 1891.Son enfance, il la passe à courir les champs et les bois pour y traquer le gibier, à pratiquer la pêche à la mouche dans les petites rivières de Charlevoix, à folâtrer sur les bords enchanteurs du fleuve.Jusqu'à l'âge de treize ans il ne connaît pour ainsi dire que lecole buissonnière; aussi développe-t-il chez lui cet incoercible sentiment de la nature qui.dans sa vie comme dans son œuvre, le ramènera constamment à ce plcinairismc primitif.11 respire cet air de totale liberté grâce à sa mère qui est institutrice à l'école Saint-I renée depuis la mort de son époux.Ancienne élève des Ursulincs.« femme d’une vive intelligence et d'une rare indépendance d’esprit » \ Mme Harvey sait très tôt deviner et cultiver par des leçons particulières le goût des lettres chez son fils; « Tu seras écrivain *.ne cesse-t-elle de lui dire.C’est d’elle qu'il tiendra son tempérament hardi et sa vocation littéraire.Entre dix et onze ans ce garçon possède si bien la grammaire et la langue française qu'il dévore les classiques du XVI1" siècle et tout particulièrement Pascal.En 1904.le jeune Jean-Charles fait son entrée au petit Séminaire de Chicoutimi; il y poursuit brillamment ses études secondaires jusqu’à la classe de Rhétorique.L’on imagine sans difficulté que ce Robinson des bois devenu pensionnaire regimbe de se sentir tenu de court, encadré et guidé en tout point, notamment dans ses lectures.Un certain instinct d'émancipation le maintient bien dégourdi, voire même roublard déjà: « Si, pendant les longues heures d'études, écrira-t-il plus tard, sous l’œil d'un surveillant, au collège, je n’avais triché la couronne pour lire un peu.chaque jour, une prose qui m’enchantait, que je désirais avec d’autant plus de goût qu’elle avait la saveur du fruit défendu, je crois bien que j’aurais perdu, comme tant d’autres, l’esprit du français » -.Puis, entré dans la Société des Jésuites, il refait les humanités classiques et sort de l’Ordre six ans plus tard armé de son baccalauréat et d’une excellente culture littéraire et philosophique.« C’est un temps que je donnerais pour rien au monde » :1, avouera-t-il en rappelant le souvenir ineffaçable de ces Pères « qui lui ont donné le goût des beaux écrits et lui ont appris à penser » L II s'inscrit en 1915 à la Faculté de droit de l'Université de Montréal; mais, pauvre étudiant contraint à un travail supplémentaire pour défrayer ses études, il abandonne épuisé ses cours au bout de quelques mois.Si le jeune Jean-Charles se lance maintenant dans le journalisme, c’est par nécessité mais aussi par goût: il veut écrire.Son apprentissage débute à La Patrie (1915-1916), à La Presse (1916-1918).L'exercice même de son métier, les contacts fréquents qu'il a avec les cens de la profession, ses nombreuses lectures, aiguisent ses facultés d'observation, fortifient sa pensée et son art d’écrire, à telles enseignes qu'il devient un journaliste bien en vue.Au début de 1918.on le retrouve à Montmagny invité comme chef de la publicité de La Ma-rhine Agricole Limitée que dirigent quelques hommes d'affaires vraiment entreprenants et dynamiques: on lui demande de fonder un journal destiné aux ouvriers de la compagnie.Septembre 1965 3 Durant scs moments de loisir, il dicte à son secrétaire son premier roman Marcel Faure qui reflète tout à fait les idées sociales très avancées des directeurs de l'entreprise.Malheureusement.La Machine Agricole Limitée sombre dans la faillite par contrecoup du désastre de la Banque Nationale.Au lendemain de cette catastrophe, Jean-Charles Harvey sollicite un emploi au journal québécois Le Soleil: on l'accepte à titre d’essai.Tour à tour il est rédacteur de la page des finances, reporter des « spéciaux », sous-chef du service des nouvelles, critique littéraire et artistique, puis du rédacteur en chef, fonction qu'il exerce durant sept ans avec compétence et grand esprit de travail.Quand, en 1922 paraît Marcel Faure, l'administration du journal Le Soleil s’inquiète: elle propose elle-même de défrayer l'édition et de la brûler.Cependant Mgr Camille Roy.à qui l’ouvrage est soumis, considère que son auteur est plein de promesses, qu'« il serait regrettable que ce livre ne fût pas mis en librairie » \ Aussitôt l'affaire est close.Durant les prochaines années, il se livre à la critique des nouveaux livres canadiens, s'attaque à toutes les institutions par trop conformistes du peuple canadien-français.Il bouscule impitoyablement une forme de régionalisme qu’il croit avec raison trop étroit et sans vie, si bien qu'il fait disparaître certaines chapelles littéraires.Une partie de ses critiques paraissent en 1926 sous le titre de Pages (le critique, un bouquin qui tout aussitôt sert de manifeste aux écrivains de la jeune génération *\ et dans Art et Combat paru plus tard, en 1937.Le recueil de contes philosophiques que l'auteur public, en 1929, L Homme qui va.évite de justesse la condamnation grâce à la reconnaissance officielle du Prix David.Vers l’époque terrible des années trente, il écrit Les Barbares en smocking; mais il détruit l’ouvrage sans plus, le jugeant trop pessimiste7.Enfin voulant souligner l’effort accompli par J.-C.Harvey pour la diffusion des lettres et de la langue française, la France lui rend hommage et lui décerne le ruban violet d'Officier d'Acadcmic.C'est en mars 1934 que voit le jour le roman auquel se rattache désormais le nom de Jean-Charles Harvey, Les Demi-civilisés.Cette fois, les foudres sont inéluctables, le scandale éclate: l’atmosphère de libre pensée et de sensualisme accentué, et aussi le peu de révérence à l'endroit de la classe bourgeoise et du clergé provoquent une effervescence ex- plosive.Le 26 avril, le cardinal R.Villeneuve par un décret publié dans La Semaine Religieuse interdit l'ouvrage et en prohibe la lecture à ses diocésains « sous peine de péché mortel \ L'épisode est raconté par l'auteur dans la réédition des Demi-civilisés« J'étais le premier romancier à introduire dans nos lettres le réalisme et un certain sensualisme, confirma-t-il par la suite à Jean Paré.La condamnation fut peut-être aussi morale que politique » Pour sa part, Louis Dantin écrivait à Louvigny de Montigny: « La catastrophe qui atteint Jean-Charles Harvey est lamentable; mais il m'a tout l'air d'y avoir marché les yeux grands ouverts.Il ne pouvait supposer qu'une attaque contre le clergé si ouverte, si virulente, pût rester sans riposte.Bien plus il avait décrit en détail dans son livre même toute l'aventure qui lui arrive !.Peut-être n'était-il pas très sage d’aller au devant de ces coups.Mais il aura au moins prouvé que la liberté de penser et d’écrire, en l'an 1934.est encore chez nous lettre morte ! Aura-t-il donné le signal d'une résistance ?.11.Pour l'auteur, voici comment se régla la situation: à la demande du propriétaire du journal Le Soleil, et avec la promesse d’un emploi dans le fonctionnarisme (car père de six enfants à cette époque, il ne peut se donner le luxe de vivre en rentier), « il consent » par une note signée de lui à quitter le journal et à retirer son volume du marché.Tout en étant directeur du bureau de la Statistique du Québec, l’écrivain proscrit ne continue pas moins d’écrire: il collabore au journal d'Olivar Asselin.L'Ordre, lance un recueil de nouvelles.Sébastien Pierre (1935).Mais arrive la tourmente électorale de 1936 qui balaie le parti libéral d'Alexandre Taschereau et place Maurice Duplessis au pouvoir: dès février 1937, M.Harvey est relevé de son poste ! Deux mois plus tard, il quitte Québec et vient à Montréal fonder sous les conseils du sénateur Dandurand et avec l’appui de M.T.-D.Bouchard Le Jour, un hebdomadaire politique et littéraire qu’il animera jusqu’en 1946.De 1946 à 1953, on le retrouve au service international de Radio-Canada à titre de commentateur à la radio; de 1953 jusqu’à présent, il est directeur des publications Le Petit Journal et Le Photo-Journal.Il fait paraître un troisième roman.Les paradis de sable (1953) et un premier volume de poèmes, La fille du silence (1958).Malgré ses soixante-dix ans et plus, Jean-Charles Harvey conserve une inaltérable verdeur physique, beaucoup de 4 LECTURES jeunesse d'esprit et de cœur.Le 22 février dernier, au restaurant Hélène-de-Champlain, les journalistes ont fêté son cinquantenaire de vie professionnelle.Ses dernières publications.Visages du Québec (1964) et Des bois, des champs, des bêtes (1965), présentent des textes et des proses rythmées qui rappellent les plus belles constantes de son tempérament d’homme et de son art d’écrire.Jean-Charles Harvey appartient à la génération des écrivains de la période de 1920.Comparé à ses confrères Roquebrune, Bernard ou même Grignon, il fait figure d’enfant terrible, extrêmement doué mais fracassant.Pour certains et pour d’autres il a été un maître-entrepreneur de démolitions, un bootlegger de l’intelligence en période' de prohibition, un anticlérical, un anticonformiste impénitent, un héritier spirituel d’Arthur Buies.Travailleur robuste et infatigable, il a produit énormément bien qu'il dût toute sa vie, pour renchérir sur l’expression de L.Dantin, « traîner un Soleil rivé à ses pieds » Deux mots définissent toute sa vie littéraire: Art et Combat, comme il l’a affirmé dans la préface de son ouvrage ainsi intitulé.En dépit de leurs réelles valeurs, l’artiste et le combattant chez lui se sont nui: le premier par trop d’agressivité s'est mutilé dans la polémique, tandis que le second laisse voir au repos des biceps peu esthétiques.J.-C.Harvey n’a cessé d’être à l’affût des principaux problèmes qui ont agité le peuple canadien depuis 1920.Loin de lui la pensée de flatter l’opinion; au contraire, il s’est donné de façon quelque peu ostentatoire une mission de salut: révéler les erreurs à corriger et les vérités à dire.Ses romans à thèse, comme ses essais, resteront des documents historiques éclairants du climat général de notre société dans les années trente, des réquisitoires d’un homme qui pense et qui fait penser, et, à ce titre, si l’on tient compte du tempérament de l’auteur et de certaines de ses théories, ils sont précieux.Ses grands chevaux de bataille ont été la réforme de l’éducation et de l’enseignement, le maintien de l’unité canadienne, le combat des régimes totalitaires.Malheureusement, le pamphlétaire emporté par la virulence de ses invectives, et aussi quelque diable d'attrait du scandale le poussant, s'est permis des généralisations systématiques ou des simplifications hasardeuses au mépris des nuances le plus essentielles.Quant à ses thèses en faveur de l’amour libre, du divorce, de la libération totale de l’artiste, elles présentent les objections classiques que partagent tous ceux qui pensent que « la civilisation chrétienne a fait fausse route » On doit souligner qu’il y a chez Harvey tout un côté libertin et bien dix-huitième siècle.On regrette de n’avoir sous main recueillis en volumes plusieurs des innombrables études ou articles que le journaliste tour à tour essayiste, pamphlétaire ou critique littéraire a publiés dans nos revues et journaux québécois.Art et Combat et Pages de critique nous révèlent en J.-C.Harvey un observateur intransigeant mais profondément perspicace de son époque, en même temps qu’un fin connaisseur des lettres françaises et canadiennes-françaises.Pour ce qui est du romancier, l’on doit admettre que, si ses romans paraissaient audacieux au temps de leur parution, ils ont perdu pour le lecteur contemporain leur pétulance et leur réalisme.Cela est dû en grande part à leur caractère didactique et aux procédés techniques qu’il a utilisés.Les romans d’Harvey sont des romans à thèse, c’est-à-dire des instruments de combat, des sortes de traités de sociologie économique ou politique mêlés à des histoires d’amour aussi invraisemblables que celles de l’abbé Prévost.A cet égard il arrive le plus souvent que le plaidoyer surclasse le romanesque et l’affadit, et l'imagination, qui demeure la faculté maîtresse du romancier, s'accommode malaisément d’être sous la tutelle d’un cerveau par trop vigoureux.Or, « la littérature engagée — les romans d’Harvey en sont déjà une manière avant la date — ne produit que de détestables romans », devons-nous reconnaître avec l’auteur lui-même u.Du même coup, la technique affabulatoire s'en ressent: les personnages paraissent maniés à la ficelle, deviennent de simples prétextes à idées, déclament avec emphase d’interminables réquisitoires ou subissent de trop fréquents cauchemars idéologiques.Des trois romans d’Harvey, seuls Les Demi-civilisés réussiront à sortir du purgatoire à cause même de leur aspect historique et semi-autobiographique qu’ils présentent, ainsi qu'un certain apprêt littéraire que le temps n'a pas trop ridé.Nous dirions de même des nouvelles et contes, Sébastien Pierre et L'Homme qui va.Bien que ce soient encore « des thèses feignant d’être des fables.* leur raccourci rassure mieux leur équilibre technique et littéraire.Jean-Charles Harvey a été tout au long de sa carrière d’écrivain un des rares artistes de la prose canadienne qui ne se soit jamais démenti.Vigoureuse et soignée, sa langue est Septembre 1965 5 claire, ferme, précise.Excellent manieur de mots, il sait à l’occasion châteaubrillanter son style, aidé d’une sensibilité de poète qui lui permet d’éprouver et de nous communiquer toutes ses sensations et ses moindres sentiments.On pourrait ainsi extraire quantité de pièces anthologiques parmi les pages descriptives de ses œuvres.Mais l’auteur, « qui suit la ligne droite de sa conscience et l’impulsion de son cœur * S6, fidèle en cela à sa sincérité typiquement gidienne, ne tient pas compte de ce qui fait dans toute œuvre d’art la mesure de la sensibilité: la discrétion.A force de revendiquer pour les gens de lettres « la possibilité de s’exprimer complètement et sans aucune contrainte *r'7, il s’en est arrogé un droit abusif.En cherchant à détruire le prêchi-prêcha d’un moralisme agaçant, il en est arrivé lui aussi à prêcher un pseudo amoralisme qui ne désigne euphémiquement que soumission aveugle aux finalités de l’instinct, proclamation de l’amour libre et divinisation de la femme.Par exemple, sa Fille du silence débite avec cynisme, notamment dans ses poèmes d’amour, des propos érotiques que lui aurait naguère racontés un satyre égrillard.Romancier ou poète, Harvey n’échappe pas à cette tentation qui lui semble perpétuelle.Certes, « le roman a progressé depuis que nos moralistes et théologiens lui ont laissé une liberté d’expression accrue », faut-il soutenir avec luils, mais pour autant cette évolution ne doit pas signifier un délaissement de la pudeur si total qu’il réduirait tout à fleur de peau ou à chair de poule.Mgr Camille Roy avait pertinemment relevé ce péché mignon de l’auteur des Demi-civilisés: « Même lorsque M.Harvey parle de choses qui n’ont aucun rapport avec la volupté, il aime risquer une épithète lascive, un substantif licencieux, un verbe coquin, une comparaison suggestive, un vocable charnel, qui étonne et déplait » Jean-Charles Harvey demeure par sa pensée et son art d’écrire l’un de nos écrivains les plus racés.Il a été marqué par son temps et il a servi de paratonnerre à toute une génération d’écrivains.A cet égard, disons que ses polémiques ont avantageusement crevé plus d’un nuage qui assombrissait le jour: l’on comprend qu’il fut jadis exposé aux foudres des rigoristes et qu'il le reste encore aujourd’hui même aux plus tolérants qui conservent une délicatesse d’âme.Les ouvrages de Jean-Charles Harvey, dans l’ensemble, peuvent être lus par tous ceux qui sont en mesure de dis- cerner et d’apprécier les valeurs humanisantes de certaines options.* * * ŒUVRES.— Marcel Faure.Roman, Mont-magny, * Imprimerie de Montmagny, 1922, 214p.— Pages de critique sur quel- ques aspects de la littérature française au Canada, Québec, Le Soleil, 1926.187p.— L’homme qui va.Contes et nouvelles.Illustrations de Simone Routier.Québec, Le Soleil [1929].213p.— Les Demi-civilisés.Roman.Montréal, Editions du Totem [1934], 223p.(Traduit en anglais par Lukin Baret; sous le titre Sackcloth for Banner.Toronto, McMillan [c 1938].[10] — 262p.21cm.— Réédité aux Editions de l’Homme en 1962.) — Sébastien Pierre.Nouvelles.Gravures sur linoléum de Maurice Gaudreau.Lévis, Editions du Quotidien [1935].225p.— Jeunesse.Lévis, Le Quotidien, 1935.59p.24.5cm.(Coll.Les cahiers noirs).— Art et combat.Mélanges.Montréal, Editions de l’A.C.-F.[1930].229p.16cm.— Les grenouilles demandent un roi.Essai politique et social.Montréal, Editions du Jour, 1943.156p.18.5cm.(Traduit en anglais sous le titre de The Eternal Struggle.Essays.Toronto, Forward Publishing Company [1943].[6] — 98p.22cm.) — L’U.R.S.S., paradis des dupes.Pamphlet.[Montréal, La Patrie, 1945.] — Les armes du mensonge.Pamphlet.[Montréal, La Patrie, 1945.] — Les Paradis de sable.Roman.Québec, Institut littéraire du Québec [cl953].242p.19.5cm.— La fille du silence.Poèmes.Montréal, Editions d’Orphée [1958].127p.20.5cm.— Pourquoi je suis anti-séparatiste.Montréal Editions de l’Homme [cl962].123p.20.5cm.— Visages du Québec.Album illustré de photographies de Marcel Cognac.Montréal, Le Cercle du Livre de France, 1964.206p.24.5cm.— Des bois, des champs, des bêtes.Poèmes.Montréal, Editions de l’Homme, 1965.130p.20.5cm.— Oeuvre journalistique considérable non recueillie en volumes.* * * SOURCES A CONSULTER.— Baillargeon (S.), c.ss.r.Littérature canadienne-française, 2e édition.Montréal, Fides, 1960.P.280ss.— 6 LECTURES Brunet (B.), Quand Québec se dessale.Dans YOrdre, 23 avril 1934.— Choquette (A.), Confidences d’écrivains canadiens-français.Trois-Rivières, Editions du Bien-Public, 1939.P.131s.— Dandurand (Abbé A.), Le roman canadien-français.Montréal, Albert Lévesque, 1937.P.239ss.— Dantin (L.), Gloses critiques.Montréal, Albert Lévesque, 1931.P.99ss.— Duhamel (R.), Jean-Charles Harvey.Dans Le Droit, 6 mars 1965.— Gay (P.), c.s.sp., Les Demi-civilisés.Dans Le Droit, 10 février 1962.— Hamelin (J.), Rééditions: Jean-Charles Harvey et Romain Rolland.Dans Le Devoir, 27 janvier 1962.— Harvey (J.-C.), Le roman canadien-français.Montréal, Fides, 1964.P.27Iss.(Col.Archives des lettres canadiennes, t.3).— Marion (S.), En feuilletant nos écrivains.Montréal, Editions de l’A.C.-F., 1931.P.115ss.— Morin (J.), Bio-bibliographie de Jean-Charles Harvey.Montréal, Ecole des bibliothécaires de l’Université de Montréal, 1944.Manuscrit.— Ouimet (R.), Biographies canadiennes-françaises, 1931-1932.Beauce-ville, Typographie de l'Eclaireur Limitée.P.131.— Pelletier (A.), Carquois.Montréal.Editions de l’A.C.-F., 1931.P.35ss.— Roy (Mgr C.), Regards sur nos lettres.Québec.l’Action sociale Limitée, 1931.P.154ss.— Roy (M.), Entretiens avec J.-C.Harvey.Emission Témoignages d’écrivains à Radio-Canada, 30 sept, et 7 oct.1964.— Tougas (G.), Histoire de la littérature canadienne-française, 2e édition.Paris, P.U.F., 1964.Pp.I 16 et 139s.—• Encyclopedia Canadiana, vol.5, p.94.Roland-M.CHARLAND 1.Archives des lettres canadiennes: t.3.I.e Roman canadien-français.p.281.2.J.-C.Harvey.Art et Combat, p.178.3.Entretiens avec J.-C.Harvey.Radio-Canada.30 sept.1964.4.Archives des lettres canadiennes, op.cit., p.281.5.Entretiens avec J.-C.Harvey, loco cit.6.Raphaël Ouimet.Biographies canadiennes- françaises.1931-1932.7.J -C.Harvey, Des bois, des champs, des bêtes.note de l'auteur, p.117.8.I.e livre tombait sous le canon 1399, 3.du Codex juris canon ici.9.J.-C.Harvey, Les Demi-civilisés, Montréal.Les éditions de l’Homme, 1962, Introduction, pp.7- II.10.Le Nouveau Journal: 20 janv.1962.11.Vingt lettres inédites de L.Dantin à Louvigny de Montigny, Le Devoir, 8 avril 1965 (lettre du 1er mai 1934).12.L.Dantin.Gloses critiques, Montréal, éditions A.Levesque.1931, p.110.13.Entretiens avec J.-C.Harvey, Radio-Canada.7 octobre 1964.14.Archives des lettres canadiennes, op.cit., p.280.15.L.Dantin, op.cit., p.100.16.J.-C.Harvey, Art et Combat, préface, p.9.17.La Presse; 15 mai 1945.18.Archives des lettres canadiennes, op.cit., p.279.19.Mgr Camille Roy, Regards sur les lettres, Québec.l’Action sociale.1931, p.172.Présentement en librairie: LECTURES 1964-196T Un volume relié, titré or, contenant tous les numéros parus dans LECTURES de septembre 1964 à juin 1965.Un index et une table des matières complètent le volume.Prix : $5.00 net 245 est, bout.Dorchester, Montréal.Septembre 1Ç65 7 eUeuUcfue avec Cm Cimeà D’HIER ET D’AUJOURD’HUI Jules FOURNIER : MON ENCRIER Bernard-M.MATHIEU, o.p.J'ai lu pour la première fois Mon Encrier1", il y a plus de vingt-cinq ans; il m’est arrivé souvent depuis d’en relire des pages, et toujours Fournier m’apparaissait comme notre meilleur prosateur.Après une nouvelle lecture, mon opinion s’est renforcée; actuellement, je ne vois pas d’écrivains, sauf peut-être Victor Barbeau, possédant une langue aussi pure.* * * Cette édition de Mon Encrier reproduit celle de 1922, publiée par Madame Jules Fournier.Adrien Thério, à qui nous devons déjà une étude sur notre auteur, a ajouté quelques articles qui sont savoureux.J'avoue m’être franchement déridé à la lecture de La politique et l’art vétérinaire.Il s’agit d’un vétérinaire, député à Ottawa, qui avait fondé un journal dont il était le directeur et le rédacteur en chef; il était de plus major d’un escadron de cavalerie qu’il avait formé.S'il devenait ministre, Jules Fournier suggérait qu’il se fasse remplacer à la rédaction de son journal par son cheval.« Caligula, par une loi, avait fait de son cheval un consul.Il y a deux mille ans de cela.C’est bien le moins qu'au vingtième siècle le major Boyer puisse faire de son cheval un journaliste.Un bon petit « bill privé » à la Législature de Québec y suffira.Il y a du reste tant de journalistes qui pensent et écrivent comme des chevaux, qu'on ne voit pas bien pourquoi un cheval ne pourrait pas penser et écrire comme un journaliste.» (P.58) Heureusement pour l’honneur du journalisme, Fournier ne pourrait plus écrire cette dernière phrase maintenant.Un autre article, Je les poursuis, est très drôle.Fournier veut intenter un procès au journal Le Pays qui avait osé écrire que lui Fournier avait « beaucoup d’esprit » (p.132).Le demandeur allègue que « dire d'un homme qu’il a de l’esprit, c’est évidemment vouloir le perdre de réputation » (p.132).Que penser de La faillite (?) du nationalisme ?Cet article resté inachevé est très dur envers Henri Bourassa.Malgré mon admiration pour ce grand patriote, je crois que ces pages contiennent une large part de vérité.Fournier constate — nous sommes en 1916 — que l’action politique de Bourassa a été un échec.« Voilà quinze ans et plus, écrit-il, que par le discours, la conférence, l’article de journal, la brochure et le livre, il travaille à faire descendre ses idées dans le peuple.» (P.268) Les arguments du fondateur du Devoir, s’ils ont touché une élite, assez considérable il est vrai, n’ont pas influencé l’immense majorité du peuple.Mais aux élections de 1911 les idées nationalistes n’ont-elles pas triomphé?« Ce qui a surtout triomphé dans le Québec, aux élections de 1911, si triste que la chose soit à dire, ce ne sont point les idées nationalistes: ce sont tout 8 LECTURES bonnement les deux forces coalisées de l’argent tory et du whisky canadien.» (P.270) Pourquoi, selon le mot de ournier, l’apostolat de Bourassa n’a-t-il pas opéré plus de conversions ?Il en donne trois raisons qui me semblent assez justes.« D’abord cet impérieux besoin d’étaler son érudition.» (P.271).Sa doctrine qui était bâtie sur des raisons simples et solides a été desservie par cet abus, et ne pouvait ébranler la masse du peuple.Deuxième raison: « Son embarras constant sur le terrain des faits et son inaptitude à l’action.» (P.272) Enfin troisième raison et la plus importante: « Son inexpérience et son dédain des hommes.» (P.272) Plus loin: « Il lui aura manqué de connaître les hommes et de les aimer » (p.274).Ceci peut paraître excessif et même injuste; pourtant j'ai entendu des témoignages de personnes ayant connu Bourassa et qui corroboraient ce que Fournier écrit.Mais on attend encore la grande étude sur la vie et la pensée de Bourassa, qui nous permettrait de juger cet homme à sa vraie mesure.Si Jules Fournier a été un excellent journaliste politique — c’est déjà beaucoup — il a été aussi critique littéraire, et Thério a raison d’écrire: « C’est ici que l’on retrouve le meilleur Fournier » (p.9).Il en avait les qualités: le goût, la culture, la clarté et un bon sens solide.La preuve: son article enthousiaste, mais mesuré quand même, sur Le paon d’émail de Paul Morin.Il a eu la dent dure contre le juge Basile Routhier.Injuste envers lui ?Je le crois; son roman Le Centurion, sans être un grand livre, est une œuvre honnête.Fournier, ici, a manqué d’objectivité.Par contre sa critique sur Chantecler d’Edmond Rostand était parfaite.Si Cyrano de Bergerac lui apparaissait comme un chef-d’œuvre, Chantecler, « c’est un monstre » (p.190).Dans la préface de la première édition de 1922 reproduite ici, Olivar Asselin qui l’avait bien connu, écrivait: « Jules Fournier est probablement, à tout prendre, l’intelligence la plus complète et la plus fine qui ait encore paru chez nous.» (P.24) Jugement un peu trop absolu, dicté peut-être par l’amitié que portait Asselin à notre écrivain.L'intérêt premier de ce livre est sa qualité littéraire.D’autres journalistes et essayistes ont eu eux aussi des vues justes sur nos problèmes politiques et économiques, mais leurs idées n’étaient pas revêtues d’une parure aussi belle.(1) FOURNIER (Jules) MON ENCRIER.Introduction d’Adrien Thério.Préface d’OIivar Asselin.Montréal.Fides [1965].350p.21cm.(Coll, du Nénuphar) $4.50 Jacques Renaud: LE CASSE André MELANÇON Dans sa présentation, fort sympathique, du recueil de nouvelles de Jacques Renaud, Le Cassé \ Mme Mnique Bosco coiffait son article du chapeau suivant: « Une verve à lire et à proscrire » (Maclean, février 1965).La critique avait raison.Car nous sommes en présence d’un écrivain authentique, même si la forme qu’il emploie, le désormais célèbre « jouai », peut nous déplaire et nous sembler parfois excessive, même si les scènes décrites peuvent nous choquer au plus haut point, ou si le défoulement trop prononcé nous agace, comme certaines gamineries qui se prolongent au-delà du supportable.En effet, l’auteur ne joue pas souvent à « l’auteur », et ne nous lance qu’à peu de reprises un clin d’œil complice et entendu, comme pour nous narguer ou rire avec nous.Au contraire, il a créé des personnages vivants, bien campés, et vraisemblables, 9 Septembre 1965 eu égard au milieu dans lequel ils vivent, ou plutôt essaient de vivre.Et Jacques Renaud, en bon romancier, évite de porter des jugements sur ses protagonistes.Ainsi, à la page 35, il affirme carrément: « Le narrateur devrait se mêler de ses affaires.C’est ce qu’il va faire.Il est écrivain.» Et il se reprend dès qu’il sent qu’il a passé près de succomber à la tentation ! Les personnages, eux, ne résistent pas à la tentation.Et dans un langage dont la vulgarité n’a d’égale que l’authenticité.Mme Bosco ne se trompe pas lorsqu’elle avance qu’il s’agit là de la seule œuvre qui a pu mener à bonne fin, si l’on peut s’exprimer ainsi, l’aventure de l’écriture « jouai », mise à la mode depuis quelques années.Pour le lecteur qui connaît le vocabulaire, les jurons et les accents d’une certaine jeunesse désœuvrée parce qu’ignorante et abandonnée, à peine quelques mots donnent du mal au « décrypteur » ! Mais je parie que notre élite féminine aura du mal à saisir le sens de nombreuses expressions, parce qu’il s’agit, dans Le Cassé, d’un langage plutôt viril, je dirais même mâle, dans tout le sens du mot ! Et je doute que les Parisiens les plus versés en « langue verte » puissent y comprendre quelque chose sans l’aide d’un lexique approprié, et même sans un séjour d’au moins quelques semaines dans les bouges, les tripots et les cafés de certains secteurs des rues Clark et Sainte-Famille.Cette langue est écrite, dans les monologues ou les dialogues, de la même façon qu’on l’entend; les expressions suivantes en sont un exemple: exsiprès, tchesteurfilde, air con’dicheun’d, pour rester dans le domaine de ce qui peut être transcrit ! Nous sommes donc en présence d’un document dont la teneur nous fait peut-être honte, mais qui pourra sûrement servir les philologues qui, dans une cinquantaine d’années, alors que les résultats de Rapport Parent auront donné tous leurs fruits et appris aux citoyens du Québec à s’exprimer dans une langue aussi pure que celle de millions de francophones africains, voudront faire une étude du sabir qui se parlait à l’époque de la mémorable Exposition Universelle de 1967! La vulgarité n'est pas que dans la langue.Elle se manifeste encore davantage dans une prolifération exaspérante de scènes d’un érotisme vraiment excessif, qui nous font vivre dans un climat de rut ou d’accouplements, dans une atmosphère où les masturbateurs, les invertis, les lesbiennes et même les hermaphrodites multiplient des activités vraiment dégoûtantes, écœurantes, au point où le lecteur juge rapidement que l’écrivain en a mis vraiment trop.Ces excès pourraient nous faire oublier que Jacques Renaud a fait vivre devant nous des jeunes gens et des jeunes filles ou femmes qui sont malheureusement trop vrais dans une couche de notre société ! Le Cassé, c’est l’histoire du chômeur chronique qui ne trouve pas d’autres solutions au problème de l’existence que dans la violence, l’alcoolisme et les activités sexuelles plus ou moins perverties.Et le drame de cette longue nouvelle, c’est l’amer-tune et l’insatisfaction qui accompagnent ces vains efforts de défoulement, et qui conduiraient aux portes du suicide, si on en avait au moins le courage.Car il reste une nostalgie de salut, un regret feutré des puretés originelles, et même un brin d’espoir, comme en fait foi ce passage d’une nouvelle intitulée La Rencontre: « Je veux pas.Y me reste des petites chances de bonheur.Dans le fond, y en reste toujours un peu ».(P.124) Comme on peut le voir, ce livre à déconseiller reste, malgré des faiblesses sérieuses et d’une façon paradoxale, profondément humain.Sans doute aurait-il pu atteindre une plus grande audience s’il avait été écrit selon le français du bon usage et surtout selon le minimum de convenance qu’exige la discrétion à l’endroit de tout lecteur quel qu’il soit.Des tranches de réel, voilà ce qu’a voulu nous donner l’auteur.Mais fallait-il qu’il nous les servît si épaisses ?Ce soulèvement de cœur n’était pas indispensable pour faire détecter les chancres qui minent notre société montréalaise: le chômage, l’analphabétisme, la promiscuité et l’alcoolisme.Il serait à souhaiter que les hauts promoteurs de l’« opération taudis » prennent connaissance de ce document.Cette lecture leur sera peut-être plus fructueuse que les visites rapides et officielles dans les secteurs à reconstruire.Il y apprendront qu’il ne s’agit pas seulement de reconstruire des maisons, mais aussi et surtout des climats, des atmosphères, des milieux où l’homme et la femme soient vraiment considérés comme des êtres humains, qui habitent une véritable « terre des hommes ».Disons en terminant que Le Cassé, comme La jument des Mongols d’ailleurs, possède un personnage d’arrière-plan qui prend de plus en plus d’importance dans notre littérature: la Ville, et surtout Montréal.Mais hélas ! le Montréal qu’il faudra régénérer à tout prix ! André MELANÇON (1) RENAUD (Jacques) LE CASSE.[Montréal] Editions Parti-Pris [19641.126p.15.5cm.(Coll.Paroles, no 1) 10 LECTURES TbiksitL bihlloqÀjajihiqiLQA, Littérature canadienne Littérature BLAIS (Marie-Claire) EXISTENCES.Poèmes.Québec, Garneau [1964].51p.21cm.$1.50 Dans son recueil qu'elle intitule Existences, mais qui contient, en plus du chant qui donne son titre à l'ouvrage, plus de soixante poèmes d'inspiration variée, Marie-Claire Blais nous semble avoir atteint à la poésie authentique, à la fois simple et pleine, et profondément vécue.Guerre, L’Amante, Mirages et Temps éperdus sont les quatre thèmes qui sont développés dans des proportions assez justes, qui donnent ainsi au volume un équilibre qui plaît.Le lecteur retrouve souvent des paysages marins, des descriptions d'intérieur intime et chaud, et des évocations de la nature: fleurs, oiseaux, poissons, papillons, etc.Et tout est évoqué dans des stro- Marie-Claire BLAIS phes courtes, poétiques, baignées souvent dans la nostalgie du passé, comme ces lignes de Guerre: Autrefois nous avions nos villes nos villages Sur la mer, Nos barques volaient doucement, temples perdus Au hasard des vagues, Frôlant des étendues de corail dans le jour bruissant Au-dessus de l'huître patiente Et des poissons déferlant comme des rires Dans les filets de nos prunelles.(P.16) Plus loin, dans L'Amante, ce sont des chants d'amour intense, à la fois chastes et charnels, où percent parfois l’inquiétude et la crainte.La poésie amoureuse n’a peut-être pas souvent atteint, chez nous, le sommet de la strophe suivante: Je ne suis pas étrangère auprès de sa force Son épaule m’accueille, il commence parfois Des gestes au matin que seule la plénitude du soir Achève lentement, Si cette main se pose sur mon front Déjà je la précède dans le tendre abîme de l’étreinte.(P.26) Disons, pour terminer, que Marie-Claire Blais nous semble devoir compter, dans les lettres canadiennes, comme un auteur dont l'œuvre s’est affirmée et affermie toujours davantage, donnant ain:i beaucoup plus que des espoirs, mais des certitudes et des assurances.Ce qui n’est pas un mince compliment ! André MELANÇON BRASSARD (Roland) ESQUISSES.Québec, Garneau [1965].123p.20.5cm.$2.75 Roland Brassard est-il un nouveau venu dans notre monde poétique ?Est-il même un tout jeune poète ?Nous n'osons donner une réponse affirmative à ces deux questions qui nous sont venues à l’esprit au cours de la lecture de ses Esquisses.Mais comme bon nombre d’auteurs qui en sont à leur premier recueil, Roland Brassard nous présente les thèmes auxquels nous ont habitués les derniers disciples de nos Muses québécoises: thèmes où dominent la tristesse et le néant, l’absence et la solitude, l’ennui et l’incohérence du monde où nous vivons, sans pour cela laisser de côté l’espoir et l’enthousiasme.Mais tout cela est jeté en vrac, dans un manque d’unité ou de composition qui semble voulu, au gré de l’inspiration et des événements qui marquent, comme dans la vie.Ainsi, au cours de quelques pages, le poète va du cauchemar (p.103) à l’épanouissement du mois de mai (p.105) et à l’espoir de la jeunesse (p.109), pour retourner au sentiment de l’ennui (p.113) et de la solitude nocturne (p.121).Le reproche le plus grave que nous oserions faire à l’auteur, c’est d’employer une langue qui n’est pas toujours suffisamment poétique, qui manque parfois de rythme, et qui va même jusqu’à frôler la prose sèche, ce qui ne permet pas au lecteur de communiquer avec le poète.Septembre 1965 7? Par ailleurs, certaines strophes frappent juste et témoignent d’une possibilité de concision dans l’image forte, laissant ainsi présager les meilleurs espoirs pour les prochains recueils: La mer opiniâtre hat sa lessive au rythme des lunes (p.57) La rigole confidente étire ses yeux de vipère tandis que les volets clos songent (p.79) Là où finit la vague commence le rêve là où finit la pensée s’énonce le verbe.(P.89) Ces vers, on peut le constater facilement, baignent dans la nature.Et si Roland Brassard nous parle parfois de la ville, il nous amène le plus souvent en pleine nature, et nous fait prendre contact avec la mer, la forêt, les oiseaux, les fleurs et les étoiles.Signalons aussi que la plupart des poèmes sont très courts; certains même se résument à quelques vers.Et comme nous le disions au début, la tristesse semble parfois dominer, et le drame de la vie hante le poète, comme dans les vers suivants; Les sentiers de l’enfance s’ouvrent sur la tragédie.(P.15) Mais l’espérance perce assez souvent pour que la lumière finisse par être le fruit de la lumière honnête: Pourtant nous cherchons (P.33) Cette lumière, elle s’exprime magnifiquement dans des strophes qui méritent d’être transcrites: J’irai vers des mers glorieuses où le ciel mate le vent Je glisserai vers des déserts [fertiles où grimpent de verts lézards (P.29) J'ai interrogé le sentier des morts et j'ai entrevu l’espoir au niveau de l’acte réalisé (P.95) Pareils témoignages d’espérance sont prometteurs pour la jeune poésie, qui semble avoir compris que la vie est autre chose qu'une plainte stérile et monotone, alors que I’ « acte réalisé » témoigne d’un engagement vital et concret.Comme quoi la poésie peut conduire à l’action et à l'espoir.André MELANÇON llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll MAJOR (André) LE CABOCHON.Roman pour adolescents.[Montréall Editions Parti Pris (19641.195p.15.5cm.Dans l’avertissement qui précède le texte proprement dit, André Major prend la peine d’insister sur le fait que Le Cabochon a été écrit avant tout pour un public d’adolescents.On pourrait ajouter qu’il s’agit aussi d’une œuvre écrite par un adolescent qui fait son apprentissage dans l'art du roman.L'intrigue du récit ne peut être plus conventionnelle: un collégien qui fait de nombreux coups de tête (d'où le titre), finit par se réconcilier avec son père, qu’il croyait irréductible et borné.Il n’y a donc pas, dans ce roman, de quoi mériter les foudres de la presse étudiante ! Le seul reproche André MAJOR qu’on peut faire à l’auteur est de l’avoir publié aux Editions Parti Pris, qui sont supposées nous présenter des œuvres plus audacieuses.Alors que ce texte était destiné tout d’abord au feuilleton d'une feuille estudiante qui s’adresse à un public du niveau du Secondaire, public tout à fait choisi pour cette histoire romanesque qui finit bien.Et nous croyons que le roman ne méritait pas la consécration officielle.Malgré tout, et surtout malgré le langage « jouai * qu’André Major fait parler à ses personnages, ce récit contient des qualités à retenir.On y voit d’abord une peinture assez juste du monde des grands adolescents et adolescentes de l’Est de Montréal, avec les illusions et les ferveurs dont il est capable, mais aussi avec sa pauvreté sordide et son insécurité permanente.On y découvre aussi des scènes comme il peut s’en jouer dans le milieu du prolétariat cana-dien-français.On est heureux enfin de découvrir quelques passages vraisemblables et même poignants, comme celui du départ d’Antoine, qui fuit son milieu pour courir à l'aventure.Mais tout ceci ne rachète pas les longueurs, les effets faciles et dignes de pièces de patronage.Le Cassé, de Renaud, était d’une autre venue.Souhaitons qu’André Major se montre plus sobre et plus dense dans les œuvres qu’il nous promet et qui doivent nous présenter, selon ses dires, « une prose méchante ».Souhaitons aussi qu’il continue à nous montrer un des nombreux visages de notre métropole qui commence à jouer un rôle de premier plan dans les romans des récentes années.André MELANÇON iimiiiiimimiiiiiiiiiiiiimiiiiiiiiiiiiiii SCHENDEL (Michel van) VARIATIONS SUR LA PIERRE.Montréal, Editions de l’Hexagone [1964].46p.21cm.La critique n'a pas été tendre pour le court recueil de Michel 12 LECTURES Van Schendel.Nous avons, pour notre part, tenté la lecture de ses Variations sur la pierre.Et nous avons peiné à décrypter ce langage volontairement hermétique, qui, composé d’images belles en elles-mêmes, ne parvient pas à créer en nous un léger commencement de compréhension.Nous aimerions pouvoir y retrouver un sens quelconque, une idée maîtresse qui accroche notre intérêt, mais l’effort ne produit pas l'effet désiré.Toutefois, nous devons avouer que la seconde partie du recueil, intitulée « Estuaire au temps meilleur », est plus « saisissable » que la première.Nous savons bien qu’ici on nous arrêtera, pour affirmer que la poésie ne se comprend pas, mais se sent, d’instinct.Mais nous croyons être en droit de réclamer, pour la grande majorité du public lecteur, un fil d’Ariane, si ténu soit-il, même si nous vivons à une époque où les vieilles traditions poétiques sont ébranlées par les expériences surréalistes ou automatiques.Car il n'en reste pas moins que la poésie doit être communicable, si elle veut jouer véritablement son rôle.Autrement, elle deviendrait un pur monologue.Cette « communicabilité » est heureusement possible dans les dernières pages, particulièrement dans le « Poème au temps des juifs », et dans le texte terminal: « Québec sous le vent ».De celui-ci.citons les derniers vers, qui témoignent d'un engagement authentique à l’égard des problèmes qui nous tenaillent présentement: j’écris le mnt quèbtc pour une rose étrange alphabet pou Ireux aux premiers temps du monde langage d’os et de pétale morceau d'àme d’agonie j’écris à mes amis à la lumière lente au fleuve qui traverse la pierre comme une mort nouvelle à l’homme de lourdeur accueillant sa violence (p.46) A une époque où de nombreux poètes retournent à la forme régulière et à l’intelligible, cette clarté finale nous laisse-t-elle croire que Michel Van Schendel est en voie d’accéder à une poésie moins mystérieuse, qui pourra se faire entendre à nos esprits et à nos cœurs ?Nous l'espérons.André MELANÇON llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll PALLASCIO-MORIN (Ernest) AUTOPSIE DU SECRET.Québec.Garneau [1964], 78p.20.5cm.$2.00 L’essentiel de ce qu’il y avait à dire au sujet du dernier recueil de M.Ernest Pallascio-Morin est contenu dans les trois pages de la Préface que lui consacre le président de la Société des Poètes, M.Charles-Marie Boissonnault.Cela suffirait pour garantir la valeur d'authenticité de la cinquantaine de poèmes qui composent VAutop-sie du secret.Comme tout le monde le sait, M.Pallascio-Morin n’e»t pas un nouveau venu dans le monde de la poésie et des lettres.En effet, son premier essai poétique, Clair-Obscur, date de 1939.Depuis, il a publié deux romans, deux volumes de spiritualité, deux essais, un livre pour enfants, des souvenirs de journalisme, et deux recueils de poèmes.Dans ce dernier, l’auteur a préféré le vers libre, ou plutôt libéré, car en plus du rythme qui demeure bien sensible, les strophes régulières sont fréquentes, et l'assonance vient parfois produire le même effet que la rime.On y rencontre même un poème où les alexandrins abondent (Pour le théâtre, p.72).Les sujets de l’inspiration sont variés comme la vie: poésie intimiste, poésie mélancolique et nostalgique: je rêve d’un autre mois de mai que le temps n’a pas effacé fP.29) poésie du printemps et du renouveau.poésie de l’automne, etc.Contrairement à une mode qui a sévi chez nous pendant quelques années, les textes de M.Pallascio-Morin sont abordables à tout lecteur moyen, sans pour cela tomber dans la banalité et le prosaïsme.Trop souvent l’ésoté- risme a conduit au simple galimatias; et l’on peut remercier l’auteur de l’Autopsie du secret d'avoir toujours évité ce défaut, qui passait naguère pour une qualité rare et représentait le fin du fin en matière poétique.Remercions aussi les Editions Garneau qui nous ont donné, depuis quelque temps, et à profusion, des œuvres plus que valables, et dont la parution est due pour une bonne part à leur générosité et.dirions-nous, à leur flair esthétique.André MELANÇON llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll VALOIS (Marcel) LE SORTILEGE DE MARCEL PROUST.[Montréal] Le Cercle du Livre de France [ 1964J.99p.20.5cm.$1.50 Qu'on ne s'attende pas à trouver dans ce livre de l'inédit; il n’y en a pas, sauf le « Répertoire commenté de la collection de l’auteur » Marcel VALOIS (p.78).Il y a un texte qui a d’abord été publié dans la Nouvelle Relève, republié en partie dans Aujourd’hui et re-republié ici ! On pardonne à l’auteur de nous servir du réchauffé, car il parle de Proust avec beaucoup d'intelligence.Mais son admiration pour cet auteur devrait être plus tempérée; on a l'impression à le lire que Proust est le grand écrivain français.Bernard-M.MATHIEU, o.p.13 Septembre 1965 Liste des ouvrages canadiens récents Afin de mettre nos abonnes plus rapidement au courant de la production canadienne, dans tous les domaines, nous publierons dorénavant, chaque mois, une liste des dernières nouveautés parues.Il s'agit là d une simple nomenclature d’ouvrages, sans indication de leur valeur.Bon nombre de ces ouvrages seront ultérieurement l’objet d’une recension ou d’une étude critique qui en établira la valeur.Philosophie DAGENAIS (André) Vingt-quatre défauts thomistes.Montréal, Editions du Lys, 1964.206p.22cm.(Coll.Témoignage pour le Concile) Religion BRADET (Henri-M.), o.p.Prêchi-prêcha.Réflexions pour hier et maintenant.Montréal, Editions du Lévrier [1965].155p.19cm.Sciences sociales « « * L’état et les corps intermédiaires.39e session — Québec — 1964.Montréal, Bellarmin [1965].120p.24.5cm.(Coll.Semaines sociales du Canada, no 39) * * * La formation du sens civique.Dix-septième congrès de l’Association canadienne des éducateurs de langue française.Québec — 1964.Québec, Editions L’ACELF [s.d.].219p.24.5cm.GENDRON (Lionel) L’adolescent veut savoir.Montréal, Editions de l’Homme [1965].159p.20cm.LEGARE (Romain), o.f.m.Le Canada français face à l'avenir.(Tiré-à-part de la revue Culture, tome XXVI, p.46-47.) Québec, Culture [1965].11p.24.5cm.MILLET (Robert) Le dictionnaire de la loi.Termes légaux à la portée de tous.Montréal, Editions de l’Homme [1965].172p.20cm.VACHON (Mgr Louis-Albert) Responsabilité collective des universitaires.Avec textes reproduits de Pax Romana et Romano Guardini.Québec, Les Presses de l’Université Laval.1964.87p.19cm.Philologie * * # Norme du français écrit et parlé au Québec.Québec, Ministère des Affaires culturelles [1965].12p.22cm.(Coll.Cahiers de l’Office de la langue française, no 1) Sciences appliquées NEAL (Eric) Comment prévoir le temps.Montréal, Editions de l’Homme [1965].104p.20.5cm.Littérature CHENE (Yolande) Peur et amour.Roman.[Montréal, Le Cercle du Livre de France, 1965.] 177p.19.5cm.(Coll.Nouvelle-France.no 11 ) EN COLLABORATION Ecrits du Canada français.T.19.Montréal [Ecrits du du Canada français] 1965.246p.20.5cm.GAGNON (Marcel-A.) Le ciel et l'enfer d'Arthur Buies.Québec, Les Presses de l’Université Laval, 1965.360p.22.5cm.(Coll.Vie des lettres canadiennes, no 2) GARNEAU (Sylvain) Objets retrouvés.Poèmes et proses.Introduction et notes de Guy Robert.Montréal, Déom [1965].331p.21cm.(Coll.Poésie canadienne, nos 11-12) NAUBERT (Yvette) La dormeuse éveillée.Roman.[Montréal] Le Cercle du Livre de France [1965].184p.19.5cm.(Coll.Nouvelle-France.no 12) OUVRARD (Hélène) La fleur de peau.Roman.Montréal, Editions du Jour [1965].194p.20.5cm.(Coll.Les romanciers du Jour, no 15) PALLASCIO-MORIN (Ernest) L’heure intemporelle.Québec.Garneau [1965].103p.21cm.SAVARD (Félix-Antoine) Menaud, maitre-draveur.Présentation, notice biographique et bibliographie par André Renaud.Montréal, Fides [1965].214p.16.5cm.(Coll.Bibliothèque cana-dienne-française) THERIAULT (Yves) Contes pour un homme seul.Montréal, Editions HMH, 1965.204p.18.5cm.(Coll.L’arbre, no 5) THERIAULT (Yves) Le dompteur d’ours.Réédition.Montréal, Editions de l’Homme [1965].159p.20cm.Beaux-arts DIRECTOIRE PASTORAL La construction des églises.Montréal, Commission diocésaine de liturgie [1965].120p.17.5cm.Histoire CASTONGUAY (Jacques) Le fort Saint-Jean.Trois siècles d’histoire.Montréal, Editions du Lévrier, 1965.95p.ill.(h.-t.) 19.5cm.14 LECTURES Littérature étrangère Religion D’AVILA (Thérèse) OEUVRES COMPLETES.Texte français par Marcelle Auclair.[Bruges] Desclée de Brouwer [1964].1177p.ill.(h.-t.) 18cm.(Coll.Bibliothèque européenne) Relié.$12.70 MESNARD (Jean) OEUVRES COMPLETES.Biaise Pascal.[Bruges] Desclée de Brouwer [1964].1189p.ill.(h.-t.) 18cm.(Coll.Bibliothèque européenne) Relié.$12.70 La Bibliothèque Européenne vient de s’enrichir de deux nouveaux titres.Le premier termine la publication des écrits de sainte Thérèse.Après sa correspondance (parue en 1959), voici ses écrits majeurs: Autobiographie, Chemin de la perfection, Château intérieur; puis les Relations et les Fondations; enfin quelques écrits plus brefs, diverses pensées, et les poèmes.Les œuvres principales sont disposées par ordre chronologique, les Relations étant distribuées entre les autres œuvres, à la date de leur composition respective.Le lecteur est ainsi à même d'accompagner la Madré tout au long de ses aventures de réformatrice du Carmel et de sa propre évolution intérieure.N'est-ce pas là d’ailleurs l’intérêt majeur de la lecture de sainte Thérèse ?Car, autant saint Jean de la Croix nous éblouit par sa doctrine, autant sainte Thérèse nous attire par sa personnalité même, où la nature et la grâce sympathisent si merveilleusement.La traduction est de Marcelle Auclair: une longue familiarité avec l’œuvre lui a permis de rendre avec finesse et sensibilité le mouvement intérieur de la phrase de sainte Thérèse, si vif et spontané.Le second titre est le premier volume de l'édition du Tricentenaire des œuvres de Pascal.C’est une entreprise considérable (quatre volumes restent à paraître, formant l'édition proprement dite, en plus de quatre appendices en volumes indépendants) et c’est une entreprise de haute science.Jean Mesnard, déjà connu par plusieurs publications érudites sur Pascal, a voulu ici avant tout faire œuvre historique, laissant aux biographes, philosophes, historiens des idées, critiques littéraires, de prolonger son travail.Dorénavant, et pour de longues années à venir, c’est à cette édition que tous les pascalisants devront recourir s’ils veulent bâtir sur le roc.L’édition actuelle se veut sans doute critique, mais aussi encyclopédique, visant à rassembler tout ce qui peut éclairer l’œuvre et la vie de Pascal.Que l’on en juge par le contenu du premier volume: après une savante introduction générale sur la tradition pascalien-ne (p.25-419), plus de 700 pages sont consacrées aux écrits biographiques, mémoires et témoignages relatifs à Pascal et à sa famille, ainsi qu'aux œuvres historiques de Gilberte Pascal et de Marguerite Périer.Aucun document historique parlant tant soit peu de Pascal qui ne trouve place en ce dossier, dûment introduit, édité, annoté.On est renversé devant le travail que suppose pareille édition.Et l’on a grande hâte de lire les textes mêmes de Pascal dans cette nouvelle lumière.Car le premier tome ne contient rien de Pascal lui-même.Décevant ?Un peu.bien sûr.Mais pas totalement, puisque la personnalité de Pascal n'est pas moins fascinante que son œuvre.N’est-ce pas elle qui émerge constamment de l’œuvre et lui donne son unité et sa chaleur propres ?N'est-ce pas elle dont on devine le rayonnement unique à travers les témoignages contemporains ?Tout comme chez sainte Thérèse, on pouvait suivre pas à pas le progrès de la grâce en une âme d’élite, ainsi peut-on suivre le cheminement du génie dans l'esprit de Biaise Pascal (l'un n’excluant pas l’autre, d’ailleurs: Pascal avait l’étoffe d’un saint et sainte Thérèse avait peut-être du génie.) A côtoyer de tels sommets, on ne peut que s’élever soi-même.Pierre PONTEAU llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll CONGAR (Yves), o.p.JESUS-CHRIST.Notre Médiateur, notre Seigneur.Paris, Editions du Cerf, 1965.254p.18cm.(Coll.Foi vivante, no 1) $1.20 Un recueil de textes, pour la plupart inédits, sur le Christ, image de Dieu, médiateur et chef de l’Eglise visible.Le Père Congar n'est pas toujours d’une lecture facile, mais le théologien s’efface ici devant le spirituel pour nous convier simplement à une réflexion vivante sur le Christ de l’histoire et de la foi.Yves-Marie CONGAR, o.p.Pascal a pensé que Jésus a donné des marques de soi visibles à ceux qui le cherchent et non à ceux qui ne le cherchent pas, afin qu’il y ait assez de lumière pour ceux qui ne désirent que de voir et assez Septembre 1965 15 d'obscurité pour ceux qui ont une disposition contraire (p.430).C’est en réfléchissant sur cette mystérieuse nécessité de l’amour que l’auteur aborde les paraboles, « ces énigmes qui visent à mettre en cause celui auquel on les propose », ces « miroirs dans lesquels je suis invité à me reconnaître dans la vérité de mon attitude », ces « lieux où se prépare une rencontre par une approche réciproque de Dieu et de la liberté humaine ».« Celui qui fait le bien vient à la lumière », disait saint Jean, celui qui d'avance dispose son cœur à l'amour et à la loyauté mérite de rencontrer le Christ: « A celui qui a.on donnera et il aura du surplus, mais à celui qui n’a pas.on enlèvera même ce qu’il a » (Mt 13, 12).Dans cette veine, les réflexions du grand croyant abordent certaines réalités mystérieuses du Christ et des versets évangéliques qui nous ont longtemps déconcertés, et nous les rend accessibles par la vérité même qu’il en dégage, et ce faisant il nous place à notre tour en état de réflexion fervente.Les cent pages sur l'Eglise sont sensiblement plus techniques, mais les nombreuses pages de notes et de références devraient aider celui qui entreprendra de réfléchir sur cette réalité vitale.Jean-Luc HETU, c.s.c.iiiiiiiiiiiiiiiiiitiiiiiiiiiiiii jtiiiiiiiimni GRANT (Robert M.) LA GNOSE ET LES ORIGINES CHRETIENNES.Traduit de l’anglais par Jeanne Henri Marrou.Préface de H.-I.Marrou.Paris, Editions du Seuil [19641.185p.20.5cm.L’auteur de ce livre est un spécialiste du Nouveau Testament et de l'histoire ancienne de l'Eglise.Cela nous apporte quelque assurance pour avancer dans les sentiers épineux d'une étude de la gnose.En fait, ce volume, paru d'abord en anglais sous le titre Gnosticism and Early Christianity (New York, Columbia Un.Press.1959) rassemble six conférences données au cours de l'année universitaire 1957-1958 dans des universités nord-américaines.L’édition française comporte un chapitre supplémentaire consacré aux évangiles gnostiques de Thomas, de Philippe et de Marie.Le remaniement imposé à ses conférences et l’organisation de sa matière ont cependant permis à l’auteur de nous donner plus qu'un groupement de conférences.C’est une étude de bonne qualité par l'étendue de son information (plus de 400 références reportées en fin de volume et suivies d'une large bibliographie), la clarté de son exposé et une perspective nouvelle sur les origines de la gnose, qui nous est présentée.C’est pourquoi le lecteur non familier avec le gnosticisme, peut, tout comme le spécialiste en histoire de l'Eglise, tirer profit de sa lecture.Ce volume constitue donc un apport appréciable à l'homme soucieux d'approfondir le cheminement historique de sa foi.Nous remercions l’auteur et la traductrice du service rendu.Au risque de paraître tatillon, je soulignerai cependant deux points de détail que l’édition française n'a pas améliorés: primo, ce n’est pas trois noms sur quatre (p.43) qu’offrent les écrits de la Mer Morte mais les quatre puisque Gabriel apparaît dans La Règle de la Guerre.9, 16; secundo, à la page suivante (p.44), il faudrait intervertir comme suit la signification des noms: Milkiel, « mon roi est Dieu », et Elimelech, « mon Dieu est roi ».Denis PRESCOTT, c.s.c.Illlllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll HARING (Bernard) FORCE ET FAIBLESSE DE LA RELIGION.Traduit de l’allemand.(Tournai) Desclée (1964).358p.21cm.(Coll.Religion et sociétés contemporaines) $5.00 Dans ce volume que le Père Haring présente ainsi: l'indispensable complément de ma théologie morale « La Loi du Christ », l’auteur analyse les relations mutuelles entre la religion vécue et les énergies effectives de la vie sociale afin de dégager pour nous le contenu théologique de la sociologie religieuse et de nous en montrer la fécondité apostolique.Pour cette raison, le volume se présente à bon droit comme une étude de sociologie religieuse pastorale.L’auteur consacre la majeure partie de son volume aux principes de base qui permettent précisément d’utiliser pastoralement la sociologie religieuse.Ainsi, la première partie du volume jette les fondements théologiques de la sociologie religieuse, c’est-à-dire délimite l'aire théologique de cette science: la théologie du social.Parmi les problèmes traités, soulignons le premier chapitre qui porte sur la communauté religieuse et la valeur de son culte en particulier, et le chapitre IV: les problèmes de tradition et d'adaptation dans l'Eglise.La seconde partie, située dans une perspective semblable, étudie systématiquement les thèmes les plus importants de la sociologie religieuse.Nous soulignons plus particulièrement le chapitre II sur la massification, et le chapitre VI, rédigé par le Père Victor Schurr, c.ss.r., sur « religion et esprit du siècle ».Ce chapitre-ci pourrait alimenter à lui seul de fructueuses rencontres sur l’incarnation de la prédication et de l'action des militants chrétiens.Enfin, la troisième partie constitue une brève initiation à la socio-graphie religieuse.Elle peut servir admirablement les pasteurs et les laïcs engagés dans l’apostolat — tout le volume s’adresse d’ailleurs à eux — puisqu’ils y trouvent une preuve de ce que « la paroisse est le champ d'action fondamental de la sociographie religieuse ».16 LECTURES Ce volume, pourvu d’un index analytique de dix pages, rendra de grands services à tous ceux qui sont désireux de faire servir la sociologie religieuse à leur apostolat.Il tombe à point pour les gens qui ont utiliser pastoralement les résultats d'enquêtes déjà faites.Denis PRESCOTT, c.s.c.Illlllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll PHILIPON (M.M.), o.p.LES DONS DU SAINTES PRIT.Paris, Desclée de Brouwer [1964], 392p.20cm.(Coll.Textes et études théologiques).$5.55 Le Père Philipon est un théologien chevronné.Son ouvrage sur les dons du Saint-Esprit manifeste une science et une maturité théologiques exceptionnelles.Le sujet est difficile, et c’est pourquoi peu de théologiens se sont résolus à le traiter d'une façon élaborée.Son importance est pourtant considérable; en effet, comme le dit si justement l'auteur, « l’action du Saint-Esprit domine le monde; la véritable histoire de l’Eglise est celle de la Pentecôte, continuée dans les âmes » (p.Il).La théologie des dons du Saint-Esprit est le fondement même de la théologie mystique.C’est surtout par ses dons que le Saint-Esprit purifie les âmes, pour les conduire jusqu'aux sommets de la sainteté.A ce point de vue, l’on peut dire que le Saint-Esprit est un psychanalyste sans égal, et « ce traité des dons nous fournit le plus puissant instrument d’analyse et de la profondeur de l’âme des saints, et, par contraste, du drame du péché » (p.12).L’auteur se base avant tout sur saint Thomas d'Aquin, qui est le « Docteur commun de l’Eglise », sans pour autant considérer sa doctrine comme exhaustive; toutefois, on signale que le saint Docteur est « le premier maître de théologie mystique spéculative » (p.14).Il faut pourtant bien comprendre cette affirmation.Sans doute, les véritables disciples de saint Thomas ont toujours reconnu que sa théologie est toute entière traversée par une exigence mystique, qu’elle est pleine de prière même au niveau des textes les plus scientifiques.Dans leur apparente sécheresse, ces textes manifestent la haute contemplation du Docteur angélique et son coeur très pur qui voit presque Dieu.Saint Thomas n’a pas lui-même écrit une théologie mystique, mais il en a donné les principes fondamentaux.Il est le Docteur par excellence de la théologie dogmatique et morale, mais surtout de la science spéculativement pratique de la contemplation et de l'union à Dieu.L'on sait, par ailleurs, que saint Jean de la Croix est le principal Docteur de la science pratiquement pratique en ce même domaine.Ces deux Docteurs de l’Eglise se complètent admirablement l’un l'autre.L'un explique et fait voir, l’autre guide et conduit; l’un est un démonstrateur de la sagesse, l’autre en est un praticien.Saint Thomas a montré surtout ce qu'est l’essence ou la nature des vertus et des dons, il a déduit leurs propriétés et leurs mutuelles relations.Saint Jean de la Croix a décrit surtout leur progrès jusqu’à leur parfait épanouissement; il a exposé ces notions et ces principes tels qu’ils se trouvent appliqués dans le concret de la vie spirituelle parfaite, qui est simultanément foi vive, abandon et amour.A raison même des différences de points de vue et de méthodes selon lesquelles elles ont été élaborées, ces deux doctrines s’éclairent mutuellement et se complètent.Nous pourrions résumer en disant que le premier est le Docteur de la lumière, le second, le Docteur de la nuit.Ainsi, saint Thomas, en qui apparaît surtout le théologien, fut un grand mystique.II excella entre tous les théologiens par l'union des deux sagesses acquise et infuse, et il reçut d'une façon éminente, pour les exprimer, le charisme que saint Paul appelle scrmo sapientiae.Par contre, saint Jean de la C roix, en qui apparaît surtout le mystique, fut aussi un grand théologien, si bien que S.S.Pie XL en 1929, le déclarait Docteur de l’Eglise.Cependant il faut convenir que sa doctrine est difficile à comprendre, et c'est pourquoi la plupart des lecteurs ont besoin d’une certaine introduction ou préparation pour aborder ses ouvrages.Les précédentes considérations sont susceptibles de nous faire mieux comprendre la perspective dans laquelle le Père Philipon a présenté son œuvre sur les dons du Saint-Esprit.Il explique d’abord le rôle que joue le Saint-Esprit dans la vie spirituelle de chaque âme et dans l'Eglise.Il considère ensuite les dons d’une façon générale, et il fait aussi une étude approfondie de chacun d'eux en particulier; il fournit enfin des applications concrètes des dons dans le Christ, sa divine Mère et les Saints.Cette étude constitue certainement un apport très valable à la théologie des dons du Saint-Esprit.Ovila MELANÇON, c.s.c.Littératu re CALMELS (Norbert) MISTRAL ET LE SOLEIL DANS MIREILLE.[Avignon] Maison Aubanel Père [1962].61p.17.5cm.Toute l’œuvre poétique de Frédéric Mistral est inondée de lumière.Sous le soleil chaud et bienfaisant du Midi.Mireille, la jeune provençale au cœur limpide, apparaît comme une illumination vivante de la grâce divine.Depuis plus de cent ans le chant de Mistral ne cesse de propager sa lumière à travers le monde.Et comme le souligne l'abbé Calmels dans son étude malheureusement trop courte.Mireille vivra tant qu’un rayon de soleil brillera quelque part sur la terre.Jean-Marie BARRETTE Septembre 1965 17 EN COLLABORATION HISTOIRES INSOLITES.Choisies et traduites par Max Roth et M.E.Coindreau, Alyet- te Guillot-Coli, René Wintzen.[Tournai] Casterman, 1964.365p.20.5cm.Relié.Histoires insolites présentent une grande variété dans le genre horreur et montrent qu'il n’est pas facile d'y réussir.Il ne suffit pas de créer des événements rares, prodigieux, horribles; il faut aussi y mêler un élément d’humain, d'admirable, qui se transforme en élément troublant.Un modèle est L'homme qui amait Dickens' de Waugh.Sans quitter le monde du réel et du vraisemblable, l’auteur nous fait expérimenter la force séductrice de McMaster, illettré retiré dans les forêts du Brésil, sur un explorateur amateur.Après lecture on ne se départit pas de certains doutes lancinants.Est-ce que les illettrés commanderont aux gens civilisés ?Est-ce que le sort d’un mari trompé est plus enviable que le destin d’un homme prisonnier d’un maniaque de Dickens ?Egalement réussies les nouvelles de Faulkner et de Irwin.Les courts récits de Saki, de Collier, de Keller sont captivants, parce qu’à travers la vie banale et monotone on aboutit à des résultats troublants et à des revirements grotesques.Les contes les plus faibles sont ceux qui veulent trop impressionner par le grotesque et la magie noire.Ils sont trop invraisemblables pour produire un cauchemar, tels que Chambre aux volets clos, l'Homme ganté, le Cerf-volant, la Canne.Ou d’autres manquent d’explication suffisante pour rendre le mystérieux fascinant, tels que Trois ou quatre à dîner, Pique-nique à Podolo, Odeur d’automne, Dernier coup de pinceau.Effrayer raisonnablement est un art difficile, car il faut joindre l’admirable à l’horrible, la routine à l'extraordinaire de façon imperceptible.L’homme n'invente pas le miraculeux de façon heureuse.Maurice DESJARDINS Histoire ESPOSITO (Rosario F.) PROCES AV VICAIRE.Pie XII et les Juifs selon le témoignage de l’histoire.[Sherbrooke] Editions Paulines [1965].253p.ill.(h.-t.) 19.5cm.$3.00 Dans une traduction de l’abbé Eugène Hudon, les Editions Paulines présentent un réquisitoire serrée contre la désormais célèbre pièce du dramaturge allemand Rolf Hochhuth, Le Vicaire.Tout le monde sait que cette œuvre à thèse veut prouver que Pie XII s’est montré coupable d’un silence grave devant les millions d’exécutions de Juifs de la dernière guerre mondiale.De nombreuses réactions, souvent violentes, ont accompagné les représentations du Vicaire dans les différents pays occidentaux où la pièce a été jouée.Les critiques ont été divisés à son sujet, selon les tendances auxquelles ils obéissaient.Mais la majorité des articles, et même des livres, ont servi la cause du Pape calomnié.Et l'on peut dire que la pièce a servi la réputation et le prestige de Pie XII, puisque les témoignages d’admiration pour le Pontife ont surgi de tous les milieux, et tout particulièrement des milieux israélites.R.F.Esposito fait le point de tout ce qui.s'est dit et écrit au sujet du rôle de Pie XII à l'égard des Juifs, et au sujet de la pièce elle-même.Après un résumé détaillé de la pièce, l’auteur affirme que Hochhuth, dans une diversion intéressée et ignoble, a voulu opérer le transfert psychique de la responsabilité allemande sur les épaules d'un bouc émissaire.Cette façon d'innocenter son peuple a été menée en toute connaissance de la vérité historique, et constitue un des actes les plus malhonnêtes qu’un intellectuel ait pu commettre au cours des récentes années.Le volume de R.F.Esposito met à notre portée tous les documents qui peuvent éclairer l'action de Pie XII au cours de cette tragique affaire.On peut y lire les principaux textes de l’incriminé, qui le disculpent largement de l’accusation qui pèse sur lui.On peut y prendre aussi connaisance de gestes concrets posés par le Pape pour le salut des Juifs, autant à Rome que dans les autres villes où ils étaient traqués par la Gestapo.D’autres documents nous rapportent les témoignages de reconnaissance que les Juifs du monde entier ont rendus à Pie XII, de son vivant comme après sa mort.Enfin, on nous détaille les réactions du public et de la critique, dans les différentes villes où Le Vicaire a été joué.Il nous semble que cette lecture, même si elle peut paraître parfois lourde et présentée dans un français pas toujours correct, s’impose à tout lecteur catholique, et, nous ajouterions, à tout lecteur simplement désireux de connaître la vérité au sujet de ce drame tellement controversé.Car elle possède des qualités d’objectivité et de sérieux qui l’imposent d’emblée à ceux qui veulent réhabiliter le grand pape Pie XII.André MELANÇON Biographie BOUYER (Louis) DOM LAMBERT BEAU- DUIN.Un homme d’Eglise.[Tournai] Casterman, 1964.183p.ill.(h.-t.) 20cm.(Coll.Eglise vivante) $3.00 S’il y a un homme qui a contribué largement à deux des principales orientations du Concile Vatican II, c’est bien Dom Lambert Beauduin.Il travailla d’abord en 18 LECTURES faveur du mouvement liturgique.Après quelque temps passé dans le clergé séculier, il entra chez les Bénédictins du Mont-César en Belgique, et travailla selon son expression à « démocratiser la liturgie» (p.31).Il ne voulait pas qu’elle fût l’apanage d’un groupe seulement, car elle est comme il l’appelait « la piété de l'Eglise » (p.33).Il fut aussi un pionnier de l’œcuménisme.Fondateur du monastère d’Amay pour l'union des Eglises, il désirait que les moines se fassent « une âme aussi catholique que possible, abandonnant tout préjugé particularism, racial ou national.» (p.134).De plus s’il n’assista pas aux fameuses conférences de Matines entre catholiques et anglicans, il prépara un rapport pour le cardinal Mercier, qui le lira aux participants.Ce mémoire, M.Bouyer l’admet, non seulement contenait des erreurs, mais « était en lui- même une erreur plus grave encore » (p.126).Les idées de Dom Lambert Beauduin étaient quelque peu utopiques.Les participants voulaient faire le point sur leurs positions respectives; Dom Beauduin se plaçait, lui, « dans l'hypothèse d’une unité dans la foi déjà atteinte » (p.127).Il allait soulever l'ire de l’épiscopat catholique anglais.« Ne pouvant négliger l’existence d’une Eglise catholique en Angleterre, déjà présente côte à côte avec l'Eglise anglicane, c’est de cette Eglise qu’on envisageait tranquillement l'absorption, dans l'hypothèse de l'Eglise anglicane « unie mais non absorbée » (p.127).Il suggérait même «la suppression des sièges épiscopaux créés au XIXe siècle, avec la démission de leurs titulaires » (p.127).Ce document, — de la dynamite pure — était destiné aux seuls participants des conférences.Cependant, Lord Halifax, après la mort du Cardinal, crut opportun de publier, de sa propre initiative, en 1930, le mémoire compromettant, sans toutefois mentionner le nom de l’auteur.On peut croire qu’il fut une des causes de l’opposition au monastère d’Amay établie par le bénédictin.Il fut forcé d’abandonner ce couvent et l'œuvre qu’il avait fondée, mais il y reviendra finir ses jours.Ce livre n'est pas une biographie, mais une évocation de ce que fut Dom Lambert Beauduin; un grand religieux qui a travaillé et combattu pour deux idées: le renouveau liturgique et le mouvement œcuménique.Un livre bien vivant; malheureusement plusieurs pages sont gâtées par un ton trop gavroche.Bernard-M MATHIEU, o.p.Louis BOUYER EN COLLABORATION LA VIE DES GRANDS PEINTRES MODERNES.Textes de Yvonne Deslandres.Jean Cathelin, Henry Certigny et Michel Ragon.[Paris] Editions du Sud [1964].446p.ill.(h.-t.) 21 cm.(Coll.La vie des grands peintres) Relié.Célèbres et méconnus à la fois, tel est paradoxalement le sort dévolu aux artistes en général.Les peintres ne font pas exception à cette règle fatidique.On leur consacre des études d'art, sous forme d'albums aux belles imageries ou d’ouvrages de prose savante, et tout ce qui a trait à leur vie parmi les autres hommes, aux événements quels qu'ils soient qui ont marqué leur personnalité et modifié parfois le cours de leur existence, motus ! tout cela est enveloppé de silence.C’est à combler cette lacune à l'endroit de nos plus célèbres peintres modernes que se sont exercés quatre spécialistes avertis, dont Jean Cathelin qui appartient à l'équipe de la revue très en vogue Les chefs-d'œuvre de l'art.On présente dans ce bouquin une quarantaine de peintres parmi les plus renommés entre les années 1905-1960, c'est-à-dire ceux qui ont été en réaction contre l’impressionnisme, d’abord les Fauves, puis tous les autres anarchistes du cubisme, du dadaïsme et du surréalisme jusqu'aux pionniers de l’abstrait.« Jamais la peinture française n'eut pareille influence, note Bernard Dorival parlant de toutes ces écoles qui se sont succédées, et jamais la France, nation-Socrate, ne pratiqua mieux la maïeutique des génies étrangers, ne les accoucha mieux de leur nature profonde, ne les révéla plus généreusement à eux-mêmes: il n’est pas un pays qui ne lui doive alors la découverte qu’il fit de son essence, de ses possibilités et de sa mission picturale.» L’intérêt premier du bouquin porte donc sur les éléments biographiques essentiels de ces peintres dont plusieurs occupent la scène de l'actualité, comme Chagall.Dali, Picasso, Ernst.C'est le côté « petite histoire » où s’entremêlent les anecdotes, les mots d’esprit avec les drames et les prouesses de chacun; à travers tout cela il nous est permis de découvrir les vertus sœurs de l’art, qui sont la patience, le travail, la réflexion.Au début de chaque chapitre on remarquera de précieuses insertions qui, en guise de préliminaires, esquissent rapidement mais avec clarté la naissance et les tendances des grands mouvements de la peinture moderne.C’est plus particulièrement aux connaisseurs de la peinture que l’ouvrage plaira davantage, c’est-à-dire à ceux qui ont eu le bonheur de visiter les musées ou qui fréquentent avec prédilection les musées imaginaires des fac-similés bien reproduits.Roland-M.CHARLAND Septembre 1965 19 VILLEFOSSE (Louis de) LINCOLN.[Paris] Editions du Seuil, 1965.188p.ill.18cm.(Coll.Le temps qui court.no 37) Ce petit volume dense présente, d’une façon précise et remarquable, la grande figure historique et morale du Président Lincoln.Ayant déjà publié une biographie de Lincoln en 1956, M.de Villefosse est un guide averti et nuancé dans l’étude sans cesse renouvelée de ce personnage qui semble prendre de la grandeur à mesure qu’on le dépouille des éléments légendaires qui se sont attachés, durant sa vie même, à cet homme humble et fort.C’est un tour de force de replacer brièvement cet homme dans son milieu géographique, économique.social, militaire, politique et moral; car son pays évolue sans cesse en tout sens durant ce demi-siècle (1809-1865).On suit progressivement l’élaboration de la pensée morale et politique de Lincoln qui se frotte aux événements marquants de son époque; Guerre du Mexique.Dred Scott Case, Missouri Compromise.Kansas-Nebraska Act, débats Douglas-Lincoln, la Sécession, la Proclamation de l’Emancipation, le 13c Amendement.Lincoln arrive à de très hautes idées sur la dignité et la liberté humaines, en creusant les sources: la Déclaration de l’Indépendance et la Bible.Cependant c'est le même homme qui s’indigne, en 1831, à la Nouvelle-Orléans.de la vente d’esclaves aux enchères et qui, en 1865, à Richmond, donne la main aux noirs libérés et les empêche de s'agenouiller comme un nouveau saint Pierre (p.1170).Le controversée qui ne veut pas de la femme noire comme esclave ou épouse la traite comme une dame une fois devenu président (pp.90, 171).On connaît la noblesse d’une âme à la souffrance qu'elle endure pour ses ideals et celle de Lincoln n'a pas été épargnée.Cet homme pacifique se voit imposer l'obligation de mener une guerre qui emportera plus de 600,000 vies.Il reconnaît la nécessité d’expier par le sang, le sang noir versé inexorablement pendant deux siècles.Il est vraiment le serviteur souffrant de la liberté humaine, essayant de corriger une situation qu’il n’a jamais approuvée.Sans ses accès d’humour parfois terrible, son tourment intérieur l'aurait privé de sa raison.Mais la souffrance a profondément marqué ce visage si doux (p.163).L’auteur connaît son sujet dans toutes ses répercussions.Il est au courant des jugements de Marx, de Tolstoï.Il n'ignore pas les controverses récentes de E.Wilson, d’Arnavon et prend des positions éclairées et libres.Les cartes, les illustrations, la chronologie et la bibliographie offrent des renseignements précieux.Ce n'est que dans quelques détails qu’on peut améliorer ce travail si riche.On aurait pu indiquer sur la carte le fameux 36° 30’ parallèle et Appomatox, Virginie.Une illustration (p.136) mentionne Steward au lieu de Seward.D'autres nous rendent l’identification des personnages difficile (pp.159, 162).L’usage du gris et du bleu aurait gravé davantage le soldat fédéral et sudiste (p.126).La traduction «faites voir vos mains » rend-elle tout le jeu de mots anglais ?(p.32) Dans la citation d'Hamlet (p.170) traduire « rub » par question ne laisse pas voir le sens de difficulté, d’obstacle.Somme toute, cette biograpnie de Lincoln est une synthèse vivante remarquable.Son auteur a fait montre de la maîtrise qu’il avait d’un monde si grand qu'il offre toujours du nouveau à découvrir.Maurice DESJARDINS llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll EN COLLABORATION REPONSES AUX QUESTIONS DE SIMONE WEIL.Préface de J.-M.Perrin, o.p.Textes de J.Daniélou, s.j., C.Durand o.p., J.Kaelim, o.p., Chan.L.Lochet, B.Hussar, o.p., J.-M.Emmanuelle.Réponses de l’Eglise: Pie IX, Card.Bea, Jean XXIII, Paul VI.[Paris] Aubier [1964].197p.20cm.On sait que Simone Weil, décédée à 34 ans, le 24 août 1943, était une personne d’un esprit supérieur.Juive de naissance, elle fut élevée dans l’agnosticisme, dans le rationalisme; initiée à la pensée grecque par Alain, elle eut pour préoccupation fondamentale de tenter le rattachement du christianisme à l’hellénisme (p.48s.).Elle doit être comprise dans son milieu israélite.dans son milieu social.Toujours à la recherche de la vérité, elle est restée en attente, elle est restée sur le seuil de l’Eglise catholique.Ce livre examine la position de Simone Weil.Différents spécialistes relèvent les lacunes de sa pensée, par exemple, sur l’Ancien Testament, sur Israël, sur le christianisme, et surtout sur l’Eglise, qu’elle considère seulement comme réalité sociale.Dans son article, Simone Weil et mon baptême, J.-M.Emmanuelle, directrice de lycée, raconte comment, partie de l’athéisme, elle aboutit au Credo dans l’espace d’un an, grâce à l’influence des livres de Simone Weil.En conclusion, on apporte quelques réponses de l'Eglise aux questions majeures de Simone Weil.Cette âme profondément religieuse eut une authentique expérience de Dieu; elle a intensément compris la dimension religieuse de l’homme: c'est le côté positif de son œuvre.C’est pourquoi, dans un monde qui tend à se désacraliser, en notre temps d'humanisme athée, c’est-à-dire d’humanisme mutilé, son œuvre prend une signification si importante.Elle constitue une contrepartie courageuse à tous les humanismes fermés sur l’homme.A ce niveau, elle présente une grande valeur de témoignage (p.38).Romain LEGARE, o.f.m.20 LECTURES Mill: ÊKgSBÊ • ::: psü Z# Ikitj&wïuJie.de 4eu/neMe LIVRES POUR ENFANTS DETHISE (Jeanne) ANNE ET FRANÇOISE EN VACANCES.Aquarelles de Marcel Marlier.[Tournai, Casterman, 1964.) I9p.ill.25.5cm.(Coll.Farandole) Relié.$0.90 Anne et Françoise en vacances.c’est une fête dans l’île, les ébats dans l’eau et sur la plage, la découverte des coquillages et, naturellement, la rencontre de nouveaux amis.Chaque page comprend des illustrations en couleurs très vivantes.Ceci permet à l’enfant de faire ses premiers pas dans la lecture.La couverture des livres de la collection Farandole est de carton solide.Pour enfants de 6 à 8 ans.Claire LEFRANÇOIS mimiiiiiimiiiimmiiiiiiiiiiiiiiiiiimi VERITE (Marcelle) MISSI SOURIS.Aquarelles d’Elisabeth Ivanovsky.[Tournai, Casterman, 1964.) 19p.ill.25.5cm.(Coll.Farandole) Relié.$0.90 Missi Souris fait partie de la famille Souriquette qui prend un TRAVERS (P.L.) LE RETOUR DE MARY POPPINS.Texte français de Vladimir Volkoff.Illustrations de Jean Reschofsky.[Paris] Hachette [1964].189p.il!.20.5cm.(Coll.Idéal-Bibliothèque.no 269) Relié.$2.10 Le cerf-volant de Michael disparaît derrière un nuage.Voici malin plaisir à manger les chaises de paille et à ronger les savons pendant que dorment la dame de la maison et son chat.trop vieux pour attraper la rapide et espiègle Missi Souris ! La voisine offre le sien.à l'œil vif et à la patte alerte! Hélas ! il casse tout sur son passage: porcelaine, vases et bibelots.Les voisines se disputent et.Missi Souris est sauve ! Le texte facile et les images attrayantes donneront le goût de la lecture aux jeunes enfants de 7 à 9 ans.Claire LEFRANÇOIS llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll GUILLOT (René) LE NOEL D'UN PETIT CHIEN.Illustrations de Jacques Poirier.|Paris] Hachette [1965].124p.ill.17cm.(Coll.Nouvelle bibliothèque rose, no 175) Relié.$0.95 Hidalgo, le teckel, a-t-il rêvé?Le petit chien affirme qu’il a vu.au palais d'un magicien, de gentilles infirmières remettre à neuf tous les jouets cassés qui accouraient au rendez-vous.Le chat, le merle et le chien de garde, ses amis, se moquent d’Hidalgo.La patte de l’ours, la perruque de la poupée.Ne serait-ce pas les grands-parents de leur petite maîtresse qui les auraient réparées cette nuit ?Le dialogue est parfois simplet; le texte est un peu long et lourd pour des tout-petits.Bambins de 8-9 ans.Béatrice CLEMENT illllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllli FUMET-VINCENT (Odette) F A U ET SES FAONS.Montréal, Centre de Psychologie et de Pédagogie [1964].26p.ill.24cm.(Coll.Nature) Relié.$0.75 La biche Fali initie ses petits, Bichon et Bichette, aux charmes et périls de la forêt.Elle leur apprend comment se défendre contre les méchants loups.Les rencontres biches et loups captiveront plus d'un enfant.Pour les parents Fali et ses faons sera un conte très plaisant à raconter.Pour enfants de 7 à 10 ans.Claire LEFRANÇOIS LIVRES POUR JEUNES qu'une silhouette se profile au bout de la ficelle: tenant à la main son sac de voyage et son parapluie.Mary Poppins glisse le long de la corde et atterrit aux pieds des enfants stupéfaits.Toujours « grincheuse et sévère », cette bonne d’enfants dont toute la famille raffole reprend son service (voir Mary Poppins) et ses activités hors de l'ordinaire.Tantôt elle libère une alouette et renferme une vieille demoiselle dans la cage à sa place; tantôt elle délivre Jane, prisonnière des personnages peints sur un compotier.Des étourneaux qui parlent, un cirque dans la lune, l’histoire d'un roi fort sot et d’un gentil vaurien: avec la présence de Mary, l’invraisemblable surgit à tout propos.Finalement, elle repart un Septembre 1965 21 peu comme elle était venue: le cheval de bois du manège sur lequel elle tourne au son d’une musique triomphante se dégage soudain et l’emporte vers les étoiles.Ces aventures font quelque peu penser à celles d’Alice, au pays des merveilles.Mais quand les merveilles s’insèrent dans le quotidien, l'effet est tout autre.On ne trouve ici ni la poésie ni la chaleur humaine qui confèrent tant de charme à Algue, par exemple.L’histoire abracadabrante de Mary amusera les amateurs d’extravagant et d'irréel.Pour filles et garçons de 9 à I I ans.Béatrice CLEMENT ANCELET-HUSTACHE (J.) LA TUNIQUE DECHIREE.[Bruges] Desclée de Brouwer (1964].152p.ill.18.5cm.(Coll.Belle Humeur, no 119) Relié.$1.45 Ce roman « fait revivre l’atmosphère de Nuremberg et du XVIe siècle allemand », à l'heure où Luther se détache de Rome et entraîne une partie de la chrétienté à sa suite.L’auteur imagine un jeune peintre séduit par les idées nouvelles et y adhérant après quelques hésitations.Il s’éprend d'une orpheline qui partage son amour mais résiste à toutes les tentatives entreprises en vue d’ébranler sa croyance catholique.Eisa demeurera fidèle à sa foi et à la vocation religieuse qui l’aide à se séparer de Frank.Généreux effort de compréhension de l'état des esprits à un moment tragique de l’histoire de l’Egl ise.Mais lecture qui ne manque pas de périls pour des jeunes insuffisamment formés.L'auteur ne souligne nulle part la différence entre la médiocrité des individus — si haut placés soient-ils — et les erreurs de doctrine.On mettra ce livre seulement entre les mains d'adolescents très ouverts, aux convictions solides et éclairées.CHANTAL (Nicole) LA DAME A LA TURQUOISE.[Bruges] Desclée de Brouwer [1964].151 p.ill.18.5cm.(Coll.Belle Humeur, no 124) Relié.$1.45 Si vous prenez la précaution de la présenter comme un documentaire, vous intéresserez les jeunes à cette histoire de bijoux volés et de jarres antiques.Car ce roman policier anime un texte grâce auquel l’Auteur nous fait connaître « les sites grandioses de la presqu'île sinaïtique.le couvent Sainte- Catherine, célèbre par son histoire, ses manuscrits et ses trésors d’art.la vie des moines solitaires, inchangée à travers les âges.les mœurs et les traditions chevaleresques des tribus bédouines ».Style diffus, abus de documentation, personnages sans profondeur psychologique.Belles descriptions du pays et illustrations réussies (pp.9, 21 et 35 surtout) qui créent d’emblée l’atmosphère appropriée.Pour garçons et filles de 11 à 13 ans.Béatrice CLEMENT POUR ADOLESCENTS Très jolie couverture; illustrations particulièrement intéressantes pp.9.67 et 137.Pour jeunes à partir de 14 ans.Béatrice CLEMENT llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll HELLEQUIN (Gervaise) LE REGARD D’ARGENT.Illustrations de Michel Gourlier.Paris, Magnard [1964].185p.ill.21cm.(Coll.Fantasia, no 47) Relié.$2.10 Gaston a le bras gauche plus court que le droit.Sa mère, honteuse d’avoir un fils infirme, l’envoie avec une jeune sœur à son beau-frère dans le Midi.L'oncle à l’aise et sans enfants, décharge volontiers son frère, pas riche et surchargé de marmots.Mais dès lors, les parents de Provence deviennent la véritable famille des bambins.Or, à l’âge de l’adolescence et de ses problèmes, une visite inattendue de la mère provoque la révolte de Gaston.Drame.Occasion d’un pas certain vers la maturité.Aux froissements, aux incertitudes des jeunes qui se cherchent, l’oncle et la tante opposent leur sereine compréhension, la sécurité d'une discipline aimante, le calme de la vie paysanne.Mais les moutons et leur laine, l’oliveraie et ses fruits qui intéressent Florelle ne satisfont pas son frère.Ardent et entier, Gaston espère un autre avenir et trépigne de ne savoir que faire de la vie qui bouillonne en lui.Ce beau roman au style personnel aidera plus d’un adolescent à prendre patience.Il porte au dépassement, sans prêcher jamais.Sans, malheureusement, même une discrète allusion à l'Auteur de toute beauté; cette beauté — paysages, sentiments, actes — que l’auteur du texte décrit avec tant de bonheur.On songe à la frustration — inconsciente mais réelle — de l'enfant à qui l’on n'apprend pas que la toile splendide qu’il contemple est l'œuvre de son père.La collection Fantasia réjouit par sa présentation.A l’élégante reliure s'ajoute une jaquette illustrée que protège un transparent.Les chapitres commencent tous en belle page.De superbes hors-texte en couleurs et une variété de dessins à la plume ornent chaque volume.Ici, les images, d’une grande sensibilité, s’accordent parfaitement au ton du texte, sans toujours illustrer parfaitement telle scène.Superbe cadeau à offrir.et à recevoir.Pour filles et garçons de 13 à 16 ans.Béatrice CLEMENT \ » ! 1 t 22 LECTURES DANS LES CHANTIERS DU PÈRE par Bernard-M.Côté, c.s.c.Fiches d'enseignement religieux publiées en collaboration avec une équipe de pédagogues de Montréal et éditées par Fides.Tome I — Livre de l'élève (A l'usage des classes de 9e -1 Oe années) 13 fiches de 8 pages, à paraître en 3 parties: 1er trimestre (juin 1965) chaque fiche 2e trimestre (octobre 1965) " " 3e trimestre (janvier 1966) " " $0.14 net $0.14 net $0.14 net Tome II — Livre de l'élève (A l'usage des classes de 1 le année) 9 fiches de 8 pages, à paraître en 3 parties) 1er trimestre (juin 1965) chaque fiche $0.14 net 2e trimestre (octobre 1965) " " $0.14 net 3e trimestre (janvier 1966) " " $0.14 net Pochettes pour conserver les fiches de l'élève: Tome I —(9e - 1 Oe années) $0.25 net Tome II — (lie année) $0.25 net Notes pédagogiques (fiches du maître) à l'usage des professeurs de 9e, 10e, lie années, à paraître en trois parties: 1er trimestre (juin 1965) 2e trimestre (octobre 1965) 3e trimestre (janvier 1966) prix déterminé plus tard prix déterminé plus tard prix déterminé plus tard Pochettes pour conserver les fiches du maître: Cahier des activités Tome I —pour les élèves de 9e - 10e années: 1er trimestre (juin 1965) 2e trimestre (octobre 1965) 3e trimestre (janvier 1966) Tome II — pour les élèves de 1 le année: 1er trimestre (juin 1965) 2e trimestre (octobre 1965) 3e trimestre (janvier 1966) $0.25 net prix déterminé plus tard prix déterminé plus tard prix déterminé plus tard prix déterminé plus tard prix déterminé plus tard prix déterminé plus tard Fides accordera sur ces prix nets une remise de 20% aux libraires seulement.Sur toute demande de soumission, Fides n'accordera aucune remise sur ces prix nets.en ven*e ^ans l°utes les librairies [[/[_.J 245 est, boulevard Dorchester, Montréal — 861-9621 Septembre 1965 23 A ccuâeâ ecep lion BACIOCCHI (J.de), s.m.L'Eucharistie.[Tournai] Desclée [1964].124p.22.5cm.(Coll.Le mystère chrétien — Théologie sacra-mentaire, no 3) BARSOTTI (Divo) Le Christianisme russe.Traduit de l'italien par Ch.Roux de Bézieux et Y.Moubarac.[Tournai] Casterman, 1963.196p.21cm.(Coll.Eglise vivante) BAUMANN (Richard) Aux portes de Vatican II.Réflexions d'un Luthérien.Traduit de l'allemand par G.Daubié.[Tours] Marne [1964].270p.21.5cm.(Coll.Concordances) BAUMGARTNER (Ch.), s.j.La grâce du Christ.[Tournai] Desclée [1963].339p.22.5cm.(Coll.Le mystère chrétien, théologie dogmatique, no 10) BELLET (Maurice) Vocation et liberté.Préface de Jean Guitton.[Bruges] Desclée de Brouwer 11963 ].238p.19cm.(Coll.Présence chrétienne) BUZY (Denis), s.c.j.Jésus comme il était.Paris, Editions de l'Ecole [1964].407p.21cm.CODERRE (Mgr Gérard-Marie) Le miroir du prêtre.Saint-Jean, Les Editions du Richelieu Ltée, 1963.244p.20.5cm.DEFRADAS (Jean) La Grèce.[Paris] Bloud & Gay [1963].130p.ill.25cm.(Coll.Religions du monde) DEHIN (Jeanne) Le sang de la nouvelle et éternelle alliance.Paris, Desclée de Brouwer [1964].179p.20cm.DELARUE (Chan.Georges) L'Evangile, livre du Père.Bruges, Editions Beyaert 11964].203p.20cm.DUHAMELET (Geneviève) Semailles en Afrique.Paris, Apostolat des éditions [19641.175p.ill.(h.-t.) 18cm.EN COLLABORATION Catholiques et protestants.Confrontations théologiques sur l'Ecriture et la Tradition, l'interprétation de la Bible, l'Eglise, les Sacrements, la Justification.Préface de Jean Daniélou.Paris, Editions du Seuil [1963].317p.20.5cm.EN COLLABORATION Etudes sur les instituts séculiers.[Bruges] Desclée de Brouwer [1963].347p.20cm.(Coll.Textes et études théologiques) EN COLLABORATION La sainte liturgie.Montréal, Fides [1964].100p.16cm.(Coll.Alouette blanche, no 7) ERMEL (J.) Les sources de la Foi.Concile de Trente et oecuménisme contemporain [Tournai] Desclée [1963].187p.21cm.GALOT (Jean), s.j.Vainqueur par la souffrance.(Bruges] Desclée de Brouwer [1964].316p.19cm.(Coll.Museum Lessianum — Section ascétique et mystique, no 55) GUENNOU (Jean) Les missions étrangères.Avant-propos du T.R.P.Maurice Quéguiner, supérieur général des Missions étrangères.Paris, Editions Saint-Paul [1963].287p.ill.(h.-t.) 18.5cm.(Coll.Terre et louange) HOSTIE (Raymond), s.j.L'entretien pastoral.Paris, Desclée de Brouwer [1963].257p.22cm.(Coll.Bibliothèque d'études psycho-religieuses) HUNERMANN (G.) La flamme qui chante.Les Martyrs d'Ouganda.Traduit par Xavier Fessier.Mulhouse, Salvator, 1963.167p.19.5cm.» HUNERMANN (G.) Sous le soleil africain.Vol.Ill: Histoire des Missions.Grandes figures missionnaires.Traduit par Martin Briem.Mulhouse, Salvator, 1963.304p.21.5cm.JOURNET (Charles) Le message révélé.Sa transmission, son développement, ses dépendances.[Bruges] Desclée de Brouwer [1964].197p.20cm.LAFRANCE (Jean) Apprendre à prier avec Soeur Elisabeth de la Trinité.Paris, Editions du Cèdre [1964].108p.19.5cm.(Coll.Spiritualité - Doctrine - Expérience) LAURENTIN (René) L'enjeu du Concile.Tome III: Bilan de la deuxième session.29 septembre — 4 décembre 1963.Paris, Editions du Seuil [1964].317p.20.5cm.LEFEBVRE (Dom Georges) Les chemins du ciel.Bruges, Desclée de Brouwer [1963].167p.16cm.(Coll.Vie et Prière) LEON-DUFOUR (Xavier), s.j.Les Evangiles et l'histoire de Jésus.Paris, Editions du Seuil [1963].525p.20.5cm.LORIMIER (Jacques de), c.s.c.L'Eglise en marche.Guide du maître.T.I.[Montréal] Fides [1963].166p.28cm.LORIMIER (Jacques de), c.s.c.L'Eglise en marche.Guide du maître.T.il.[MontréalJ Fides [1964].261p.28cm.LORIMIER (Jacques de), c.s.c.L'Eglise en marche.Tome II: Syntaxe [Montréal] Fides [1964].189p.ill.28cm.MARIE LEON-DE-VENISE (Soeur), c.s.c.L'Action à l'école d'une mystique.Montréal, Bellar-min, 1964.116p.20cm.(Coll.Service de Dieu, no 23) MARITAIN (Raïssa) Le Prince de ce monde.[Bruges] Desclée de Brouwer [1963].24p.ill.20.5cm.24 LECTURES MELLOR (Alec) La Franc-Maçonnerie à l'heure du choix.(Tours] Marne [1963].495p.22cm.(Coll.Concordances) MOURANY (Génadios) Le chant de l'amour.Lettres d'un moine d'Orient.Toulouse, Editions Prière et Vie [1963].354p.20cm.NAHON (Gérard) Les hébreux.[Paris] Editions du Seuil [1963].191p.ill.18cm.(Coll.Le temps qui court, no 32) NOUGIER (Louis-René) La préhistoire.Essai de Paléosociologie religieuse.[Paris] Bloud & Gay [1963].143p.ill.25cm.(Coll.Religions du monde) *** Nous t'attendons.Témoignages de foyers.Le Puy, Xavier Mappus [1964].246p.ill.(h.-t.) 17.5cm.PAUL-MARIE DE LA CROIX, o.c.d.Marie et la pauvreté évangélique.Paris, Desclée de Brouwer [1964].220p.16cm.(Coll.Vie et Prière) RAHNER (Hugo), s.j.Ignace de Loyola et les femmes de son temps.2 voi.Biographies.Paris, Desclée de Brouwer [1964].378p.et 370p.(h.-t.) 20cm.(Coll.Christus, no 13 et 14) RAHNER (Karl) Mission et grâce.Tome II: Serviteurs du peuple de Dieu.Traduit de l'allemand par Charles Muller.[Tours] Marne [1963].301p.18cm.(Coll.Siècle et catholicisme) RANQUET (Jean-Gabriel), o.p.J'espère en Jésus-Christ.[Bruges] Desclée de Brouwer [1964].206p.16cm.(Coll.Vie et Prière) REGNIER (Ritu) L'Inde et les pays indianisés.Préface de Jeannine Auboyer.[Paris] Bloud & Gay [1963].133p.ill.25cm.(Coll.Religions du monde) RETIF (André) La mission Eléments de théologie et de spiritualité missionnaire.[Tours] Marne [1963].295p.22cm.(Coll.Esprit et mission) RETIF (A.) Princeps pastorum.Texte et commentaires.[Tours] Marne [1964].176p.18cm.(Col!.Esprit et mission) SABOURIN (Léopold), s.j.Les noms et les titres de Jésus.Thèmes de théologie biblique.Paris, Desclée de Brouwer [1963].327p.21.5cm.SAINT-JOSEPH (R.P.Dominique de) L'Oraison, regard et chemin.D'après la doctrine de sainte Thérèse d'Avila.Montréal, Fides [I960].208p.16.5cm.(Coll.La fontaine d'Elie) Relié.SAMSON (Henri), s.j.Propos spirituels d'un psychiatre.Montréal, Bellar-min [1963].257p.20.5cm.SCHEBESTA (Paul) Le sens religieux des primitifs.Traduit de l'allemand.[Tours] Marne [1963].399p.18cm.(Coll.Siècle et catholicisme) SEMMELROTH (O.) Rencontre de Dieu.Théologie pour laïcs.[Tours] Marne [1964].348p.18cm.(Coll.Siècle et catholicisme) STRUVE (Nikita) Les chrétiens en U.R.S.S.Paris, Editions du Seuil [1963].372p.21cm.(Coll.Les univers) TILLARD (Jean-Marie R.), o.p.C'est lui qui nous a aimés.[Bruges] Desclée de Brouwer [1963].115p.16cm.(Coll.Vie et Prière) VIATTE (Gérard) Oecuménisme.[Tournai] Casterman, 1964.214p.20cm.(Coll.Les cahiers de St-Séverin) WILLAM (François-Michel) Le Pater, prière moderne.Traduction de René Virrion.Mulhouse, Editions Salvator, 1963.134p.19cm.LA REVUE MES FICHES SE TRANSFORME Formule nouvelle qui permet aux abonnés d'obtenir des renseignements sur des oeuvres littéraires canadiennes Chaque numéro de MES FICHES format SVi" x 9" contient: 23 fiches à chaque page: 3 fiches, détachables, chacune d'elles traitant d'une oeuvre littéraire cote morale: utile aux professeurs, aux bibliothécaires, aux libraires Prix de l'abonnement $2.00 (10 numéros) 245 est, boulevard Dorchester, Montréal — Tel.: 861-9621 Septembre 1965 25 fêita oCecle erc oCettre au ^rère *ljntel cjjUi â ’épanouit SOUS LE SOLEIL DE LA PITIÉ « Mettons que je suis un journaliste qui écrit une longue lettre à tout le monde.» Rien de tel pour répondre à une lettre qu’une autre lettre.Un livre du Frère Untel.tout en méandres et en digressions, ne se juge pas comme un ouvrage ordinaire.A qui écrit, la bride sur le cou, il faut répondre de la même façon.Et rien de tel qu’une lettre pour autoriser une aussi grande liberté de ton et d'allure.Je vous dirai tout d'abord, Frère, qu'après les coups de serpe des Insolences, vous êtes en passe de devenir, Sous le soleil de la pitié 111 un excellent jardinier.Oh ! grâce à Dieu, vous ne serez jamais un jardinier à la Le Nôtre ! Vous avez pour cela trop de spontanéité et de fantaisie — ces dons précieux de l’enfance qui perdurent chez l’adulte qui en a conservé la fraîcheur.Les coups de serpe des Insolences, on en a beaucoup parlé et médit.A les lire, avec un certain recul, on ne peut vraiment leur reprocher que d'être assénés par une main trop rageuse, une main si exaspérée contre l’envahissement du chiendent quelle ne se soucie guère de ménager les rares fleurs qui y étouffent.Mais laissons les Insolences et leurs coups de serpe qui ont accompli en leur temps un travail nécessaire.C'est aujourd’hui l'heure de s’épanouir Sous le soleil de la pitié.Votre livre, Frère, fait vraiment l’effet'd’un bon bain de soleil! A le lire, l’esprit libre du barrage des préjugés et le cœur ouvert, on ne peut que se sentir profondément ému par votre témoignage.Ce témoignage, c’est celui d'un homme qui, ayant victorieusement doublé le — ou l'un des.cap des tempêtes, se retourne pour évaluer, d’un œil lucide et apaisé, tout le chemin parcouru, en dépit des mauvais coups du ressac.De cette rétrospection, vous auriez pu tirer une amère et stérile leçon.N’est-ce pas vous-même qui le dites: 11 y a plusieurs façons de faire la lecture de son passé.Au lieu de cette perle qu’est votre brochure Sous le soleil de la pitié, nous aurions eu alors en mains les dissolvants propos d'un inutile chiâleux.Oui, Frère Untel, votre autobiographie, écrite sans prétention, est en son genre, une perle, et j’ai ressenti, à la lire, une joie qui s’apparente quelque peu à celle que m'ont procurée des ouvrages aussi différents que Les mémoires d'une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir, le Journal de Raïssa Maritain, et Partir avant le jour de Julien Green — pour ne citer que des livres récents.Et j’ajouterai sans vergogne, dussé-je être classée parmi les plus typiques ressortissants de la Béotie, que j’ai préféré l'humble, et chaude, et palpitante simplicité de votre autobiographie à la frigide dissection que Sartre a fait de son enfance, dans cet ouvrage si magistralement écrit par ailleurs et qui s’appelle Les mots.Qu'ai-je aimé surtout dans votre livre ?Une foule de choses que je n’entreprendrai pas de vous signaler en détail.L'exemplaire que j'ai lu est farci de passages soulignés.Ici, c’est une boutade gavroche que je trouvais désopilante — c’est un peu votre spécialité, non ?—, là, une réflexion sur la vie, les gens et les choses dont la justesse profonde m’atteignait, tout à coup, en plein front ou.en plein cœur, par ailleurs c’était une expression pleine de sève que je savourais, etc.Non, je ne relèverai pas tout cela.Mais je tiens cependant à vous dire à quel point m'a plu cette personnalité peu banale, riche et séduisante qui se révèle tout au long de votre livre.Vous dites que vous êtes, par votre mère, de la « race des seigneurs », et cela se voit.Vous êtes de cette 26 LECTURES race, assez peu répandue en notre siècle où le matérialisme affadit même les milieux religieux, pour qui les biens de 1 être sont plus précieux que ceux de Xavoir.Vous appartenez à cette race d'hommes qui refusent 1 esclavage d un conditionnement qui, pour être, le lot commun de tous, à des degrés divers, n est cependant jamais si total qu'il ne donne aucune prise à l’exercice d’une liberté qui sait s ingénier et montrer du courage.Que j aime cette race de « forceux » dont vous êtes — tout votre livre en témoigne ! — ces gens qui, ayant pris la mesure exacte de leurs limites, ne se résignent pas à y tourner en rond, mais réussissent, à force d'optimisme intelligent, courageux et têtu, à déceler le joint, parfois minuscule, par où elles peuvent être élargis et dépassées.J’aime enfin, j’aime surtout que, tout en faisant profession d’être homme de Dieu, vous soyez resté conscient de vos devoirs simplement humains et civiques, respectueux de ces très simples vertus naturelles qui servent de support aux vertus surnaturelles, si proche aussi des humbles et des gagne-petit.Si paradoxal que cela paraisse, ce ne sont pas choses assez courantes chez les religieux et les croyants; c’est là une pierre d achoppement pour beaucoup, et 1 une des causes, ce me semble, de la vague d incroyance et d’anticléricalisme que nous subissons à l’heure actuelle.On vous a dit, avec raison, que vous aviez écrit des pages très belles sur votre enfance et sur vos parents: votre père qui portait son trésor dans ses muscles et mettait sa fierté (quelle chose aujourd’hui désuète ! ) à n’avoir gardé de dettes envers personne; votre mère dont l'écriture « au son » vous est restée plus sacrée que toutes les élégances de toutes les NRF du monde.Je chicanerai cependant sur une vétille, une conclusion amère que vous tirez de votre enfance vécue dans les humiliations de la pauvreté: « Il n y a pas de bons riches, voilà ce que je pense.» Rarissimes, oui, ils le sont, je 1 admets, mais il y a encore, grâce à Dieu, de bons riches que je pourrais nommer.Autre vétille que je n arrive pas à avaler: n est-elle pas un peu trop simpliste, voire injuste votre distinction par ailleurs très amusante entre l’homme de droite et l’homme de gauche?(P.57) Plus d un lira avec un intérêt passionné le récit que vous faites des circonstances qui ont entouré l'explosive parution des Insolences — quel beau témoignage vous y rendez au cardinal Léger! Mais ce qui m'a le plus profondément touchée, moi, ce sont vos confidences sur votre vie religieuse.J’estime que ces pages sont de nature à stimuler l’effort, non seulement des religieux, mais aussi des laïcs croyants, dans leur laborieuse et exigeante quête de Dieu.Vous vous adressez longuement, à la fin de votre livre, aux jeunes de notre pays.Comme vous le faites avec sincérité, tact et clair bon sens, il y a bien des chances qu'ils vous entendent.Je termine en formulant le vœu que vous cédiez encore à la tentation d'écrire pour cet « inconnu qui vous lira dans un train », et que de nouveau, vous entrepreniez de « jeter votre âme dans un autre livre » dans l'espérance qu’un lecteur s'y reconnaisse et en soit « aidé à vivre plus avant ».Votre ambition n’a rien d’illusoire: un livre comme celui que vous venez d’écrire en est l'éclatante preuve.(1) DESBIENS (Jean-Paul), f.m.s.SOUS LE SOLEIL DE LA PITIE.Montréal.Editions du Jour [1965).121p.18cm.Connaissez-vous CONCILIUM ?C'est le carrefour de la recherche et de la science religieuse d'aujourd'hui.Chaque pays, pris isolément, est théologiquement sous-développé.La revue internationale, CONCILIUM répond à ce besoin de notre époque.S'adresser à votre librairie ou à l'agence PERIODICA, 5090, avenue Papineau, Montréal - 34, Tél.: 526-3361.Septembre 1965 27 Quelques événements à souligner M.Victor Martin, directeur des librairies de Fides et président de la Société des Editeurs Canadiens de Manuels Scolaires, a été élu président du Salon du Livre de Montréal — 1966.Félicitations et Succès.Lors de son congrès annuel tenu les 7 et 9 juin à Vancouver, la Société royale du Canada attribuait la Médaille Chauveau au romancier bien connu de Montréal, M.Robert Char-bonneau.L'auteur d'Agaguk et d'Ashini s'engage dans une voie parallèle à son oeuvre.M.Yves Thériault assume depuis juillet dernier les fonctions de directeur des Affaires Culturelles à l'Administration des Affaires Indiennes, à Ottawa.A regret a-t-il dû quitter son poste de président de la Société des Ecrivains.M.Roger Lemelin, auteur de La Famille des Plouffe et d'Au pied de la Pente douce, lauréat déjà du Grand Prix de Paris, est honoré de la Médaille de la Langue française par l'Académie française.Nous apprenons également qu'il nous promet un long roman de moeurs canadiennes et que la TV montréalaise songerait à porter à l'écran Pierre le Magnifique.M.René Huyghe fait paraître en livre de poche Les Puissances de l'Imo- ge chez Flammarion, un livre issu des treize conférences que ce prestigieux professeur d'asthétique a prononcées il y a cinq ans pour la télévision canadienne et qui ont été reprises par la plupart des pays de longue française.''Avec la clarté et la rigueur qui caractérisent ses pensées, note l'interviewer J.-A.Cartier, René Huyghe a offert à des milliers de téléspectateurs la possibilité de découvrir les secrets de l'art en les entraînant dans le monde fabuleux des formes et des couleurs".Parmi les prix littéraires décernés par l'Académie française en juin dernier, celui de traduction a été attribué à Mme Marcelle Aucloir pour la traduction des Oeuvres Complètes de saint Thérèse d'Avila dont nous donnons un compte rendu dans le présent numéro.DANIEL-ROPS L'HOMME ET L'OEUVRE (suite de la page 31 ) Arrou (P.), Toi aussi, Nathanaël (Plon, 1950), textes choisis et présentés.*** Daniel-Rops romanciers.Dans les Cahiers des Cercles d'Angers (4e année, 8e cercle (IV).Dournes (P.), Daniel-Rops ou le Réalisme de l'Esprit (Fayard, 1949).Dumeige (G.), L'oeuvre historique de Daniel-Rops.Dans les Etudes, 12 déc.1955.Lobftt (M.), Daniel-Rops (Ed.de la Sixaine, 1946).Richer (J.), La crise de l'homme dans l'oeuvre de Daniel-Rops.Dans le Canada français, oct.1938.28 LECTURES Dr Georges Durand: Lettre de France En ce juillet maussade je serais volontiers parti en « vacances avec Caliban », selon l'excellent conseil du R.P.Char land 11 '.Lecteur docile de cette revue, j'ai même acheté le livre de Joseph Folliet.Mais j'ai choisi d'aller au Québec et en manière de préparation j'ai voulu lire quelques-unes des relations de Voyage au Canada publiées tous ces temps-ci dans la presse française.Je n en ferai ni l'inventaire ni l'analyse, je dois tout de même noter que l'information qui nous est ainsi communiquée ne correspond pas toujours à notre attente.Que l'on juge ! M.Robert Lazurick, directeur de /’Aurore, quotidien de Paris tirant à 450.000 exemplaires, présentait récemment dans une série de cinq articles: Le Canada d’aujourd’hui, deux traditions, un seul avenir ,2'.Ce serait peu de dire que j’ai été déçu.Parlerai-je des inexactitudes historiques ?En voici quelques-unes: « En 1642, Paul Chomedey (sic), Français installé au Canada, cultivateur avec une âme de missionnaire de la foi catholique, fonde à proximité de cette enceinte, la colonie de Ville-Marie.Il voudrait convertir les Indiens.Il inspire de France une croisade au Canada.Cette entreprise, en dépit de sérieux concours financiers, échoue.» .« C’est en 1763, par le traité de Paris que la France cède le Canada à l’Angleterre.Le Canada devint alors possession britannique.La communauté française se divisa.Les deux septième émigrèrent aux Etats-Unis.Ils sont aujourd’hui complètement assimilé.» « Cette fleur (la fleur d’érable) orne, sur fond blanc encadré de deux bandes rouges, le nouveau drapeau canadien qui remplaça, en signe d’indépendance, il y a deux ans je crois, les couleurs anglaises.» « .Quand le Canada, après de multiples guerres et des acquisitions territoriales comme la Colombie Britannique achetée à une compagnie britannique, prit la figure de province, colonie de la Couronne.Londres voulut lui donner une capitale.» Jugements hâtifs sur les hommes et les choses.« Montréal, ville champignon de l'Etat de Québec qui se qualifie — avec raison nous le verrons ultérieurement la « belle province » — ne me séduit guère.Ce n'est qu'une première impression, je ne veux pas y céder.» Malheureusement, la suite du reportage ne nous permet pas de savoir si le voyageur est revenu sur cette opinion.Ottawa ne rencontre guère plus de faveur: « Tout y est gris: les maisons, les chaussées et même, aujourd'hui, le ciel.» Par contre.M.Lazurick — et je ne saurais lui en faire grief — apprécie Québec, mais je trouve quelques-unes des raisons de cette dilection pour le moins curieuses.« Que celte ville est jolie ! Elle est peut-être l'une des plus harmonieuses que j'ai vues dans le monde.Construite selon des plans arrêtés au XVlie siècle, la rotation incessante des bateaux à vapeur n’y a rien modifié.Les architectes de Québec ont figé leur ville au temps des voiliers pour respecter la conception des fondateurs de la cité.» L’article est illustré d’une vue de Québec portant cette légende: « L'un les joyaux du vieux Québec, le Château Frontenac, est aujourd'hui un palace réputé.» On me trouvera probablement vétilleux de m'attacher à ces détails, mais il y a plus.Tout ce qui s'écrit ou se dit en France tend à grossir la question du séparatisme au point que, dans l'esprit de beaucoup de Français, l’indépendance du Québec est un fait à demi acquis.Un étudiant canadien me disait récemment: « J'ai appris en France tant de choses sur mon pays que j'ai hâte d'y retourner pour voir s'il est bien tel que je l’ai quitté il y a 3 semaines.» C’est probablement en réaction contre cette tendance que M.Lazurick semble s'ingénier à minimiser le grand problème d'option qui se pose aux Canadiens français.Bien sûr, il ne l'élude pas complètement.Il l’aborde avec chacun de .rev interlocuteurs mais sur un ton mineur.Il fait dire à l'un d'eux, ministre canadien français du gouvernement Fédéral: « La petite guerre Canadiens français et anglais, il ne faut pas l’exagérer.La phase la plus caractéristique en est la réaction contre le franglais.» A l’entendre, les Canadiens français revendiquent de pouvoir dire « chien-chaud » plutôt que « hot-dog ».Il est vrai qu’il ajoute plus loin dans un bel optimisme: « Nous voulons Septembre 1965 29 l’égalité tics droits pour les deux communautés.Nous avons déjà largement progressé, les quelques rajustements qui restent à réaliser interviendront sans tarder.» Après une conversation avec M.John Diefenbaker.M.Lazurick déclare: « Ma conviction est faite, l'unité du Canada ne court aucun danger.» Et plus loin en guise de conclusion: « Les Canadiens savent que leur développement dépend des investissements qu’ils ne peuvent financer.Aussi acceptent-ils sans peur d’être submergés toutes les collaborations extérieures.Les U.S.A., naturellement, se place au premier rang.Le Canada ne s’attarde déjà plus aux querelles communautaires.Il pense surtout à intensifier une prospérité déjà exceptionnelle.» A aucun moment le lecteur n’est mis à même d’apprécier toutes les données du problème.L’importance de l’élément canadien-français au sein du Canada est mal précisée.L’Auteur parle de « ce que nous appelons peut-être hâtivement le Canada français.» Ailleurs il avance que les Canadiens français sont tous bilingues dans les villes du Québec.Silence presque total sur les Universités, les mouvements intellectuel, scientifique, littéraire et artistique canadiens-français.Presque rien sur la presse de langue française, la radio et la télévision; les travaux du Ministère des Affaires Culturelles.qui débordent notablement la chasse au hot-dog.ne sont même pas évoqués.Rien non plus des efforts d’émancipation économique, des grandes réalisations de l’Hydro-Québec.du complexe sidérurgique, des projets d’implantation d’industries secondaires, du plan d’aménagement régional, de la Société de Financement etc.Aucune allusion même sommaire à l’aide que la France pourrait apporter au Québec non seulement dans les domaines culturel et technique mais dans les investissements industriels.Nous recevons heureusement d’autres échos.Le journal Ouest France de Rennes, le plus important des quotidiens régionaux (tirage 600,000 exemplaires) publiait dans le même temps une enquête de M.F.Brulé intitulée: Effervescence au Québec ,:!l.Cette étiquette explosive ne couvre aucune bombe, mais une présentation honnête et impartiale des thèses en présence, séparatisme et « révolution tranquille ».« La Révolution tranquille des Canadiens français » est aussi le thème d'un article clair, précis, synthétique offert aux lecteurs de Panorama Chrétien (juin 1965) par M.Claude Julien dont la compétence en la matière n’a plus besoin d’être soulignée.Je terminerai ce rapide tour d’horizon en saluant la création d’une nouvelle chronique de la revue Vie et langage (juillet 1965): Le Français au Canada.Dans un premier article, M.Jean-Claude Corbed examine les « sources françaises du vocabulaire canadien ».Cette initiative arrive à son heure et s’inscrit dans la ligne que sont décidés à suivre M.Alain Guillermou et les animateurs de la Fédération du français universel en convoquant à Namur du 9 au i5 septembre la « première biennale de la langue française.» Nous nous retrouverons donc bientôt en Belgique pour examiner tous ces problèmes que posent à travers le monde, le maintien, l’expansion et l’enseignement de la langue française.C'est dans cet esprit que nous avons décidé de consacrer notre prochain colloque franco-canadien 11 ' au très bon travail effectué, depuis 4 ans déjà, par /'Office de la langue française du Québec.Docteur Georges DURAND (1) Lectures, juin 1965, page 270.(2) L’Aurore, 2.3.6, 7.et 9 juillet 1965.(3) Ouest-France, 13.15.16 et 17 juillet 1965.(4) Ce colloque se tiendra, le samedi 23 octobre 1965.à la Délégation Générale du Québec à Paris.fjote Je L ŒcJacti on Par suite des vacances, de la grève des postiers et de l’abondance de la matière, il nous a été impossible de présenter le Courrier des lecteurs et les dernières Nouveautés en librairie.Nous nous en excusons.Dans le numéro d’octobre, ces deux rubriques reprendront la vedette en leur place coutumière.Nous vous invitons à nous écrire.30 LECTURES DANIEL HOPS EST MORT célèbre n'avait livra à décida Un grand deuil pour la France et le monde occidental que la disparition de cet homme dont l’esprit, le talent et la carrière ont été des plus remarquables en ces dernières décennies.Fils d’un officier de carrière, Daniel-Rops (de son vrai nom J.-Ch-Hcnri Petiot) est né dans les Vosges, à Epinal, le 19 janvier 1901.Après avoir étudié à l’université de Grenoble sous l’autorité du géographe Raoul Blanchard, il fut agrégé d’histoire à l’Université de Lyon alors qu’il que vingt et un an: il fut le plus jeune agrégé de France.Licencié en droit, Daniel-Rops se l’enseignement pendant près de vingt ans dans différents lycées de France.En 1944, il de se consacrer tout entier à son œuvre.L’œuvre de ce penseur, qui fut à la fois romancier et nouvellier, biographe, critique littéraire, essayiste et historien, tient vraiment du prodige tout autant par la valeur que par la quantité et la diversité de ses ouvrages.Soulignons ici ses œuvres les plus connues.Romans: L'Ame obscure, Mort, où est ta victoire ?L’Epée de feu; biographies: Estaunié Rimbaud, le drame spirituel, Péguy, Psichari, Mystiques de France; essais: Notre Inquiétude, Le Monde sans âme, Ce qui meurt et ce qui naît, Pascal et notre cœur; histoire: Le peuple de la Bible.Jésus en son temps, Histoire de l'Eglise du Christ qui comprend dix volumes et qu’on doit considérer comme l’une des œuvres les plus marquantes de la littérature catholique.Lauréat du Grand Prix de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre, en 1946, il devint membre de l’Académie, le 3 mars 1955.Animé du désir de sauvegarder la vie intérieure dans une civilisation harmonieuse, il avait accepté d’être le directeur de la revue Ecclesia, comme il s’était occupé des cahiers de Présences quelques années auparavant.Ce dernier titre de collection impliquait le double engagement qui fut constamment le sien: « Etre présent à soi, être présent au monde.» R.-M.C.Sources à consulter, p.28.REVUE MENSUELLE DE CULTURE ET DE BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE publiée par le SERVICE DE BIBLIOGRAPHIE ET DE DOCUMENTATION DE El DES 245 est, boul.Dorchester, Montréal — 861-9621 Direction: R.P.Roland-M.CHARLAND, c.s.c.Rédaction: Rita LECLERC Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l'affranchissement en numéraire et l’envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.Abonnement annuel: $3.00 Le numéro: $0.30 - Publication approuvée par l’Ordinaire .—- LECTURES Septembre 1965 31 procès au vicaire p.18 poètes canadiens pp.11-13 force et faiblesse de la religion p.16 réponses aux questions p.20
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