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Titre :
Lectures
Grâce à ses critiques littéraires, Lectures souhaite faire connaître la valeur intellectuelle et morale des nouvelles parutions tout en créant un barrage efficace contre les « mauvaises lectures ».
Éditeur :
  • Montréal :Service de bibliographie et de documentation de Fides,1946-1966
Contenu spécifique :
novembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
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    Prédécesseur :
  • Lectures et bibliothèques
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Lectures, 1962-11, Collections de BAnQ.

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LECTURES Nouvelle série — Vol.9 — No 3 Montréal SOMMAIRE La presse et le concile .p- 58 ?Lionel Léveillé dit Engle-bert Gallèze .p.59 ?Dure est ma joie de J.Dupuy .P'61 ?Toda-Raba de Nikos Kazan tzaki.p.63 ?Une littérature qui se fait de G.Marcotte.p- 65 ?Notices bibliographiques.p.67 ?Le courrier des lecteurs .p.77 ?Page d'anthologie: La famille en roulotte de Maria von Trapp.p-84 NOVEMBRE 1962 Gilles MARCOTTE (voir à la page 65) E 0 1 T C E I A L ______________LA PRESSE ET LE CONCILE____________________________________________________ « La tentation est grande, certes, de sacrifier au goût d’une certaine clientèle, d’être plus soucieux de rapidité que d’exactitude, plus intéressé au « sensationnel » que par cc qui est objectivement vrai.» JEAN XXIII Ces jours-ci, l’attention du monde entier est tournée vers Rome où se déroule ce qui restera sans doute comme l’événement du siècle, le concile Vatican II.Des centaines et des centaines de journalistes ont établi leurs quartiers généraux dans la ville éternelle avec l'intention d’y « couvrir » le concile — pour employer un anglicisme qui n’a guère d’équivalent en français.Beaucoup de ces journalistes — si l’on en juge par ceux que nous connaissons — ont été triés sur le volet et se recommandent par leur compétence et leur probité professionnelles.Et cependant, la consigne que le Saint-Père a cru bon de leur donner, aux toutes premières heures du concile, est celle-ci: se montrer davantage soucieux d’exactitude que de rapidité, s’intéresser davantage à ce qui est objectivement vrai qu’au « sensationnel ».La recherche du sensationnel, c’est l’écueil qui guette tout journaliste soucieux d’être lu par un vaste public et désireux de voir monter en flèche sa cote de popularité.Pour forcer l'attention du monde entier, rien de tel parfois qu’un «scoop» lancé au bon moment qui fait la manchette des grandes quotidiens.Or, s’il est un domaine où le « sensationnel * a quelque chose d’inconvenant, voire même d’odieux, c’est dans le compte-rendu d’un événement aussi sacré que le Concile, où la vie intime de l’Eglise et le salut des âmes sont concernés.On ne « couvre » pas un concile, comme on couvrirait des débats parlementaires.Il y faut plus de gravité, une plus scrupuleuse objectivité et un respect plus exigeant de la hiérarchie des valeurs.Déjà, en juin dernier, parlant du Concile qui se préparait alors, Sa Sainteté l’avait rappelé aux journalistes: « Vous savez comme Nous que pour certains publicistes, ce qui semble compter le plus dans la vie de l'Eglise, c’est ce qui s’adresse aux yeux et à l’imagination: la manifestation extérieure, la couleur locale, la chronique des événements, surtout les plus spectaculaires « Ce qui compte avant tout dans l’Eglise, ce qui doit s’imposer à l’attention, c’est la partie substantielle de son message, la vie de foi quelle communique aux âmes à travers les âges, le témoignage quelle rend aujourd’hui comme aux premiers siècles, les vérités quelle enseigne ou rappelle aux hommes de chaque génération.Le journaliste qui ne s’en tient pas aux notations extérieures, mais sait observer cette vie profonde de l’Eglise, remarque qu’à côté de l’Eglise qui parle, il y a parfois l’Eglise qui se tait; comme une mère de famille avisée, elle recourt à la parole et à l’exhortation, mais elle sait aussi, à l’occasion, user de la discrétion et du silence: discrétion et silence qui ont leur raison d’être, et dont un fils attentif et sensible sait trouver l’interprétation.» 1 Précisant plus loin les exigences d’une présentation objective de la vérité, le Saint-Père affirmait: « Un rédacteur consciencieux sait s’imposer par exemple la mesure des termes dans le choix d’un titre; il sait se plier à ce qu’on pourrait appeler la « discipline de l’attente * quand il a conscience qu’une présentation hâtive des nouvelles dont il dispose pourrait causer un grave dommage à la société, un plus grave encore aux rapports internationaux [.} Rien ne trouble, rien n’égare davantage l’opinion, rien n’est aussi capable de stériliser les bons sentiments qu’une avalanche de nouvelles utilisées sans discernement ni retenue au service de tels ou tels intérêts en opposition.» 2 Quel sort feront les journalistes à ces directives si sages de Sa Sainteté?On peut se le demander en prenant connaissance de certains bulletins de nouvelles parus aux premières heures du concile.Quoi qu’il en soit, il importe de garder en éveil son esprit critique à l’égard de toutes les nouvelles concernant le Concile et de n’accorder sa créance qu’à des sources dignes de foi3: si tant de bobards ont pu circuler avant l’ouverture des assises conciliaires, on peut s’attendre à ce qu’il s’en imprime d’autres durant toute la durée du Concile.Rita LECLERC 1.L’Osservatore Romano, éd.franc., 8 juin 1962, p.1.2.Loc.cit.3.Les articles de Claude Ryan publiés dans Le Devoir et dans le bulletin de la C.C.C.sont de cette catégorie.On sait que M.Ryan est le délégué, à Rome, du Service d’information de la Conférence catholique canadienne.58 LECTURES Étude LIONEL LEVEILLE dit ENGLEBERT GALLÈZE (1875-1955) A l'exemple de son frère, l'inoubliable professeur de rhétorique au séminaire de Joliette, Lionel Léveillé était le premier à ne pas tolérer qu'on l’appelât poète.Il ne voulait être qu'habitant, habitant-poète tout au plus; et il fallait voir avec quelle fierté il s’attribuait ce titre de noblesse ! A quoi revient-il ?A prendre, pour thème de ses vers, les scènes familières aux paysans, à reproduire d'aussi près que possible leurs habitudes saisonnières ou quotidiennes, leurs mœurs, leurs histoires, leurs légendes.Du point de vue de la versification, il s'agit de calquer son vers sur l'allure même du parler campagnard ou de le modeler sur le rythme des mélodies populaires.Le procédé ne donne pas lieu aux grandes explosions sentimentales; mais il permet de susciter chez le lecteur l’émotion latente que la vie rurale provoque dans l’âme du poète.Ainsi, chez Léveillé, une simple onomatopée Drelin ! drelin ! drelin ! rend le son de la clochette qu'agite le servant, lorsque M.le curé va, « dans les rangs », porter aux malades le bon Dieu caché sous son manteau.Ailleurs, le poète recourt à l’habitude de la Pléiade et de son chef Ronsard: celle des diminutifs féminins (Berdochette, Pomponette.Olivette, Simonette).Dans certaines pièces, chaque strophe roule sur une de ces ritournelles qu'on entend dans les veillées rustiques (En roulant ma boule) ou se termine par le refrain de l une d'elles (Trois fois passera).Le poème qui, à notre sens, caractérise le plus exactement la manière propre de Léveillé.c'est, dans le recueil A la claire fontaine, l'évocation des Quéteux.Une introduction émue y rappelle les noms étranges et l'origine de ces « grands seigneurs de la route », que décrivent plus loin deux strophes parfaites: On était personne de marque.On allait, fier de son métier.Un quéteux, c'était un monarque Avant pour carrosse ses pieds, Pour tout domaine, la grand'route.Pour fortune, un corps vigoureux Et, pour palais doré, la voûte Sombre ou transparente des deux.Un premier développement les campe devant le regard: la crainte qu'ils inspiraient aux enfants, l'hospitalité dont ils bénéficiaient dans tous les foyers, le rôle de facteurs ou postillons auquel ils se prêtaient si volontiers, leur touchante reconnaissance.d’auteur canadien En regard et en opposition, un second développement montre le triste résultat dû à leur proscription légale.A la place de ces « monarques », on ne rencontre plus que voyous, faux boiteux, faux sourds-muets, faux mendiants dans.Qui parlent de vous assommer ! Et le poème s'achève sur cette note mélancolique.la marque propre de Léveillé: Majestueuse silhouette.Roi hâlé des chemins poudreux.Moi, franchement, je te regrette.O race des anciens quêteux ! Trois personnages composent notre Ecole de poètes-habitants ou d'habitants-poètes: Louis-Joseph Doucet, Hector Demers, Lionel Léveillé.Si le premier fut plus prolifique, le second plus prosaïque, Léveillé nous semble l'emporter de haut par la nostalgie discrete qui serpente à travers toutes ses pièces.Amant des campagnards plus que de la campagne elle-même, il y fait voir un être écartelé, tiré vers la grand'ville par sa fonction, mais ramené sans cesse à son terroir natal par un fraternel amour.Cette sympathie humaine presque muette, c’est toute la poésie de Lionel Léveillé.« * OEUVRES.— Les chemins de l’âme.Poésies.Préface d’Albert Ferland.Montréal, Daoust, 1910.109p.— La claire fontaine.Poésies.Montréal, Beauchemin 119131.110p.— Chante rossignol, chante.Poésies.Montréal, L'Eclaireur, 1925.121p.18cm.— Vers la lumière.Poèmes.Montréal, Libr.d'Action canadienne, 1931.125p.18cm.?* $ SOURCES A CONSULTER.— Baillargcon (S.), c.ss.r.Littérature canadienne-française, 2e éd.Montréal, Fides (19601.525p.24cm.P.216-217.— Beaulieu (Germain), Nos immortels, 1931, p.11351.— Dantin (Louis), Poètes de l’Amérique française.Etudes critiques.2 vol.Montréal.Carrier [cl928].— Harvey (J.-C.), Pages de critique sur quelques aspects de la littérature française au Canada.Québec, Le Soleil, 1926, 187p.— Roy (Mgr Camille), Erables en fleurs.Pages de critique littéraire.Québec [s.éd.] 1923.234p.19cm.Emile CHARTIER, p.d.Un livre qui invite à la réflexion L’Engagement chrétien Paul-Emile Roy, c.s.c.Premier volume de la collection "Foi et liberté".Un ouvrage d'une valeur inusitée.Le sujet, déjà abordé à l'étranger, est repris ici par un éducateur de chez nous.Plusieurs aperçus inédits, des idées neuves, des réflexions frappées, formulées comme des sentences.Un message d'une grande importance pour tout chrétien.216 pages $2.50 Âf\ I.FfTIlRFS Jaque line DU PU Y DUKE EJT HA JCIE Le livre seul de Jacqueline Dupuy, Dure est ma joie 1, suffirait à faire mentir J.Lemoyne affirmant dans Convergences ' que si la littérature canadienne n existe pas, c’est, en grande partie, qu’il y manque la femme.L’amour humain, l'authentique amour humain, se trouve dans ce roman.Compris et admis chrétiennement, uni à la souffrance réparatrice, il fait de Dure est ma joie, malgré certains passages discutables, un vrai roman chrétien.C'est le récit d’une jeune fille dévoyée, Danièle, qui a connu toutes les aventures des sens et du cœur, en a été dégoûtée au point de vouloir se suicider, et qui, au cours d'un voyage en Italie, rencontre un jeune médecin italien dont la foi rayonnante et l’amitié ouverte font sur elle une telle impression qu’elle l’aime profondément.Auprès de Stephano (c’est le nom du jeune homme), dans la beauté du délicieux village de Positano, Danièle sent le besoin de se racheter et de refaire sa vie.L’attirent mystérieusement cette âme d’élite et la mâle beauté physique de Stephano.En voulant montrer qu'un saint triste est un triste saint et que la chaleur rayonnante d'une âme haute se répand autour d’elle — toutes choses vraies d’ailleurs — l’auteur fera froncer les sourcils aux lecteurs, même larges d’esprit, qui jugeront prématurées certaines manifestations d’amour avant le mariage.Stephano a quelque chose de sensuel et de mystique à la foi Or, voici qu'après une folie de jeunesse, une course en auto avec des camarades, Stephano est victime d'un grave accident.Il s’en tire avec une lésion au cœur.C’est fini ! Sa vie, il le sait, ne durera que quelque temps à peine.Il ne pourra plus travailler.Pourra-t-il épouser Danièle ?Ce serait sans doute de la dernière imprudence.Que faire ?Malgré la maladie fatale de son ami, Danièle continue à l'aimer et veut à tout prix l'épouser.Stephano repousse d'abord violemment un tel projet.Puis, peu à peu, devant les instances de Danièle, il se prend à discuter la situation et à envisager le mariage.Ne s’aiment-ils pas tous deux du plus intime de leur cœur ?Et puis, la mort, toute prévisible quelle soit, n’est peut-être pas si certaine que cela ?Ne se sent-il pas tellement fort dans l'exubérance de ses vingt-cinq ans ?Quand Stephano s’interroge intérieurement, il croit sincère son désir de rendre Danièle heureuse, de la conduire à Dieu dans un amour naturel, plus grand que ce quelle a connu dans son triste passé, plus beau; dans un amour nouveau qui nettoiera, pour ainsi dire, toutes les anciennes faiblesses Ils s’épousent.Ils tentent alors de connaître les joies de la terre dans leur voyage de noces, en revoyant ensemble les paysages aimés de Positano.Hélas ! Le spectre de la mort est toujours devant eux, terrifiant aux moments de crise où Stephano devient pâle, très pâle, et manque de mourir.Danièle est horrifiée de voir son époux se moquer des recommandations de la Faculté et jouer ainsi avec la mort.Voyant qu’elle ne peut l’arrêter dans sa course vers l’éternité, sachant alors qu’elle le perdra sous peu, Danièle tombe dans le désespoir, et, au cours de ce même voyage de noces, essaye encore une fois de se suicider.Stephano intervient juste à temps.Novembre 1962 61 C’est alors qu'il va jouer le tout pour le tout.Interrompant brusquement ce voyage de noces qui est loin, dans sa recherche des joies naturelles et terrestres, de leur apporter le vrai bonheur — ce voyage de noces qui est quelque chose de fini —, Stephano annonce à son épouse qu'il entend reprendre immédiatement son travail de médecin à Rome, et lui demande de le suivre et même de l'aider.Si les joies de la nature à Positano et celles de l’amour humain n'ont pu remplir leur cœur, le dévouement pour les malheureux finira sans doute, pense-t-il.par ouvrir les yeux de Danièle.Stephano désire donner ses derniers jours de vie aux malades, travailler gratuitement pour eux.Danièle accepte.Elle se tourne malgré elle vers la douleur d'autrui, s’évadant de son égoïsme profond.Rude épreuve: ce sont d'abord des refus, des cris d'horreur devant la douleur humaine cachée au tond des taudis.Mais, aupiès de Stephano et avec lui.elle surmonte ses haut-le-cœur, avance courageusement dans la Joie dure, et.lentement, au pays de la souffrance d'autrui, trouve une lumière insoupçonnée.L'amour quelle donne aux misérables finit par verser du baume sur ses propres plaies, la grandit a ses propres yeux et fait descendre la paix dans son âme.« Souffrir seul », écrit-elle.« c'est l'enfer: on ne pense qu’à soi.Souffrir à deux, ça ne tarde pas a le devenir: c'est encore soi qu'on recherche dans 1 autre.Il fmt souffrir avec tous! » (P.124) «L'enfer, c’est les autres ! », dit la fameuse maxime sartrienne.« Le ciel, c'est les autres ! » pourrait dire Danièle, et elle aurait raison puisque le ciel, c est le Corps mystique du Christ, où tous ne font qu un en Lui.Quand une âme a commencé de monter vers les sommets, l’air pur l'allège de plus en plus et elle tend vers des hauteurs de plus en plus sublimes.Stephano l'a compris.Poussant plus loin l’abnégation et la miséricorde, il demande à sa femme de prendre chez eux un pauvre petit qui se meurt dans un bouge infect.Là encore, Danièle accepte.L'enfant de la misère.Peppino, sera soigné et sauvé chez eux.Et quand il sera complètement guéri, devenu normal, ils auront le courage, dans un acte de sublime détachement, de le rendre à leurs vrais parents.Le petit Peppino, dans son innocence, leur a appris à regarder la nature avec un regard tout neuf, ouvrant ses bras à touie la terre.11 donnait et il apprenait à l'amour des deux époux « les dimensions de l'univers » (p.148).Cette fois, la leçon a porté.Stephano peut mourir.11 sait que.au cas où Danièle n’aurait pas d’enfam de lui.il ne sera jamais oublié; que le grand amour qu’elle éprouve maintenant pour l’humanité souffrante, l’unit pour jamais à lui-même.Danièle lui appartiendra toujours, puisqu'elle est à Dieu, aux pauvres et a tous les hommes.Lui, il peut s en aller dans l’au-delà, parce quelle a tout compris: « 11 ne faut pas pleurer », lui dit-il; « si je n’étais pas mort, tu n'aurais jamais compris ! » (p.187).Elle a compris, Danièle, que tout amour vrai trouve sa fin en Dieu.Dieu, c’est Y Amour: c’est l’amour pour tous; c'est l’amour pour tout.Alors que tant de romanciers insistent sur l’incommunicabilité des êtres, sur l’impossibilité qu'il y a pour deux époux à se rejoindre vraiment dans leur âme et dans leur vie et dans leur être même, Jacqueline Dupuis a bien vu que cette union de prime abord impossible pouvait se réaliser en Dieu, et en Dieu seulement, donc au sommet; que, là seulement, se trouvait la paix définitive dans la possession assurée de l’amant.Mais, en trouvant Dieu, l’amour humain atteint à l'universel.C'est en se détachant de soi pour soulager les autres que Danièle a découvert l'amour complet.Certes, l’amour humain, dans ce qu'il a de charnel, est exclusif; mais, en se dirigeant vers Dieu, il arrive presque naturellement a l’universel.Tout amour vrai à deux est en même temps et exclusif et universel.Sans quoi, c'est l’égoïsme à deux.« Dieu.m'a fait comprendre », dit Stephano.« que je ne devais plus éprouver de l’amour, mais être l'amour.et non seulement avec toi, mais avec tous, sans exception.L'amour que l'on refuse aux uns finit tôt ou tard par manquer à tous les autres, même à celui ou celle que l’on croit adorer » (p.158).C'est également par cet amour vrai et entier que Danièle a rencontré Dieu, par son dévouement pour les pauvres.« Croyez-moi.j'ai trouvé plus de lumière dans les obscurs logis du Transtévère que dans tout le ciel de Positano ! Une autre lumière.pas celle qu’on voit avec les yeux.On ne supprime pas la souffrance, on n'arrive pas non plus à l’oublier, mais on peut souffrir avec amour! » (P.1?6) Ce sont des paragraphes de ce genre, nombreux, qui donnent le ton du livre.Ils apportent l'air des sommets.Et qu'ils soient fondus dans la trame même d'un récit romanesque, sans que l'on sente le sermon ou le prêchi-prêcha, prouve et le talent délicat de l'auteur et la haute conception mystique qu’elle s’est faite de l'amour chrétien.Si Dieu est AMOUR, tout être créé intelligent doit ressembler à l'AMOUR.« Cet amour qui nous a sauvés tous les deux du désespoir », dit Stephano à sa femme, communique sa vie à tout ce qui était en train de mourir autour de nous, cet amour qui se donne sans jamais s’épuiser, c'est Dieu.Etre l’amour, c’est faire partie de Dieu, c’est être entré en Dieu.Tu vois qu’il est bien loin de se cacher dans les nuages ! » (P.159) Il fallait l’audace et l’habileté d’une femme, de Jacqueline Dupuy, fille de l’ambassadeur du Canada en France, pour donner au Canada français le grand roman chrétien attendu depuis si longtemps, pour faire participer des êtres de chair unis dans 62 LECTURES un mariage de tout le monde, à la connaissance vécue de l’amour divin, dans l’amour des miséreux, par la souffrance héroïquement acceptée et supérieurement transfigurée.On pourra chicaner l’auteur sur telle ou telle page, sur tel ou tel incident de son livre, le ton général en est authentiquement chrétien.(1) DUPUY (Jacqueline) DURE EST MA JOIE.Roman.Paris.Flammarion 11962).187p.19cm.Pour adultes (2) Jean Lemoyne.Convergences.Editions H M H, Montréal, 1961, page 102.Roman écrit comme celui d'une femme, avec le cœur, plus vrai au demeurant que nombre de ceux qu’on nous sert depuis deux décades, marinés dans l’amertume et la révolte '.Paul GAY, c.s.sp.( 3 ) On pourrait noter ce qu'il y a de typiquement italien dans ce roman.Je signale en particulier le côté sensuel et mystique de Stephano et le côté jovial et pratique de ses parents.(4) Le roman de J.Dupuy montre également la richesse qu'on peut tirer de la veine chrétienne et qu'un heureux talent sait exploiter.Nikos Kazantzaki Toda - Raha Paul-E.ROY, c.s.c.Ce roman 1 a été écrit pendant les années qui suivirent la première guerre mondiale, vers 1929.L’U.R.S.S.connaît alors une période de révolutions et d’enthousiasme extraordinaire.Kazantzaki, qui a fait le pèlerinage de Moscou, est envoûté par un débordement de forces vives faites d’amour, de haine, d’espoirs en un monde meilleur.Toda-Raba est la projection de cette fièvre brûlante qui s’est emparée de lui.Pour Kazantzaki, c’est en Russie que le monde trouvera le renouvellement auquel il aspire.C’est dans ce pays que le dessein de Dieu se manifeste dans la passion et la violence.C’est là que la vie se lève contre les asservissements et culbutera les exploiteurs et les retardataires du monde capitaliste.Le roman se situe à une époque où il s’agit de détruire l’ancien monde pour laisser paraître le nouveau.Le temps est à la destruction, à la brutalité, à la passion.La « raison raisonnante » est dépassée, bafouée.C’est l’instinct qui l’emporte sur tout, et la suppression elle-même des réactionnaires est considérée comme un acte d’amour.Il faut « tailler dans le roc le masque nouveau de Dieu », abolir toute forme d’esclavage afin de délivrer les hommes.Cette purification se fera par les hommes d’action, non par les intellectuels qui sont des rêveurs.« des stériles, des malhonnêtes, des damnés ».Ils ont lancé l’Idée, ils sont maintenant disparus et c’est aux hommes d’action à mener la Révolution dans la violence.Kazantzaki n’est pas sans ressentir cependant un mouvement de répulsion en face de toutes les horreurs qui doivent se commettre pour établir le monde qu’il entrevoit.Et c’est pourquoi ses personnages parfois hésitent, connaissent de grandes angoisses et sont tentés de se détourner des spectacles Novembre 1962 63 horribles que la Révolution leur impose.Mais ils se reprennent et se lancent à corps perdu dans la tourmente.Le roman, au premier abord assez déroutant, est construit de manière extrêmement simple.Il met en scène des personnages venus des différents coins de la planète et qui sont habités par la fièvre nouvelle.Ils se dirigent vers Moscou où ils assisteront à une fête grandiose en l'honneur de Lénine.Ces différents personnages sont les reflets de l'ame multiple de Kazantzaki lui-même.Ils ne font qu'un avec lui, ils incarnent ses pensées, ses attitudes, ses aspirations, ses sentiments parfois incertains et contradictoires.Ils sont fascinés par le mouvement communiste et à travers eux, c’est le monde qui de toutes parts se réveille, frémit et entre dans les transes de la Révolution.C’est une vague d'espoir qui soudain déferle sur les cœurs endormis qui se réveillent et se mettent à soupirer après la justice.Le roman atteint à une puissance grandiose par ses descriptions fiévreuses, ses raccourcis énergiques qui suppriment les distances qui séparent les peuples, ses juxtapositions de tableaux grouillants de toutes les misères et de toutes les aspirations humaines à un bonheur sans conditions.Le monde est vu comme dans une espèce de vision fulgurante où le passé se consume dans le feu et le sang.De cette décoction barbare devra sortir un jour un monde régénéré, transfiguré par la justice.La perspective de Kazantzaki transcende le communisme historique.Celui-ci est pour lui un instrument de Dieu, un précurseur, à la manière de Jean-Baptiste.Les bouleversements du vingtième siècle constituent une nouvelle invasion des Barbares qui provoquera la ruine de l'Occident capitaliste et engendrera un nouveau moyen âge.Car Kazantzaki n'est pas matérialiste et il se refuse à asservir l'homme à l’économie.Bien au contraire, croit-il, le communisme délivrera l'homme de l'esclavage matérialiste implante par le capitalisme et le ramènera à la liberté.On ne peut s'empêcher, en lisant ce livre, de penser au Docteur Jivago de Pasternak.L'œuvre de ce derner arrive un quart de siècle après Toda-Raba.Elle est écrite avec non moins de ferveur et de sympathie.Et pourtant, elle vient nous dire que cette espérance qui s’était emparée de Nikos Kazantzaki a été déçue.Le communisme a manqué son but et n’a pu donner aux hommes la lumière qu'il avait fait luire un moment devant leurs yeux.Il n’a pas délivré la personne humaine, il l'a dissoute dans la masse et défigurée.Toda-Raba reste le roman d’une grande espérance, mais d'une espérance qui a échoué.Il traduit l'interrogation suprême que plusieurs hommes généreux se sont posée à un moment de l'histoire face au communisme.Certes, rien de ce qui arrive n'échappe à Dieu et le mal lui-même sert la Rédemption, mais il serait assez malséant de penser que Dieu a besoin de la haine et de la brutalité pour instaurer son Royaume.(I ) KAZANTZAKI (Nikos) TODA-RABA.Moscou a crié.Roman.[Paris] Plon [I962|.246p.19cm.(Coll.Feux croisés, unies et terres étrangères) Appelle des réserves L’Église ne fait que commencer Emile Legault, c.s.c.L'apostolat missionnaire a connu une évolution sans précédent depuis 10 ans.On n'est plus là pour "baptiser les petits Chinois".L'Eglise veut être, en pays païens, une présence, un témoignage.Le champ d'action du missionnaire — religieux ou laïc — ne connaît pour ainsi dire pas de limite.Un livre révélateur, fruit d'une enquête de 6 mois en Orient.164 pages $2.00 2 AL V 64 LECTURES Gilles Marcotte: Ijfne littérature Un critique reste un homme très souvent partagé.Engagé dans une voie qui exige l'impartialité absolue il peut difficilement faire abstraction de ses goûts personnels.Le quotidien l’obligeant à présenter la production littéraire courante il ne lui reste plus — si le temps lui en donne l’occasion — que la solution d’un choix.11 fait alors le point et parvient à unir quelques fois ce qui paraît, au premier coup d'oeil, si dissemblable.Ainsi agit Gilles Marcotte dans Une littérature qui se fait ,1'.Son essai, par certains côtés trop journalistiques, nous laisse sur notre faim.11 permet toutefois de situer un critique qui « choisit » de nous parler d’écrivains qu’il aime, d’écrivains qui, par un côté ou l’autre de leur inspiration identique, nous représente, nous.Canadiens français.Si Gilles Marcotte avoue que « le » chef-d’œuvre canadien français n’est pas pour aujourd'hui il n'en affirme pas moins sa confiance en une littérature qui se fait chez nous, fruit de romanciers et de poètes dont les thèmes fondamentaux rappellent, à quelques exceptions près, que les Canadiens français, sur cette terre d’Amérique, forment un peuple nettement caractérisé, imparfaitement formulé encore peut-être, mais existant, et tourné vers « un paysage spirituel qui lui appartient en propre ».?* Après une histoire à vol d’oiseau du roman cana-dien-français, Gilles Marcotte en arrive aux poètes, qu’il préfère visiblement.Par eux et selon le rythme d'une évolution spectaculaire nous constatons, avec le critique, qu’ils ont tous, à des degrés différents « le même sentiment d’étrangeté à la vie, d'exil radical ».Nous sommes des déracinés, ne l'oublions pas.Rien ne cicatrisera définitivement en nous la blessure que nous a value, il y a pourtant si longtemps, la séparation d’avec la France de qui nous tenons le sang, notre parler et notre foi.Le poète, « notre » poète, depuis Crémazie jusqu’à Saint-Denys Gar-neau, s'est interrogé et s'interroge encore « avec une constance et une angoisse particulières, sur sa condition d'exil ».Cela nous vaut sans doute une poésie pessimiste Julia RICHER voire même désespérée dans certains cas.Mais une poésie d’absolu ou du moins de recherche de cet absolu qui a nom : Dieu.Que l’action providentielle en chacun de nous ait été volontairement reléguée au second plan, depuis quelques années, par toute une catégorie d’écrivains et de journalistes dans l’intention de nous orienter, malgré nous, vers un destin Novembre 1962 65 autre que celui que nous avons eonnu jusqu’ici, cela devient de plus en plus évident.Et ceux-là qui sou-Initent une nation canadienne-française ouverte à tous les courants idéologiques du siècle n’ont pas tort de s'acharner à vouloir déraciner er» nous l'in-déracinable.L'absence de Dieu, dans nos œuvres littéraires, dans nos œuvres de dramaturgie, voire dans le journalisme, finira — du moins les sectaires le croient-ils — par nous faire perdre l'inextinguible soif de Dieu, nécessaire à l’espoir de l'homme.Il revient à Gilles Marcotte d'insérer dans ses approches de notre littérature une appréciation juste et compréhensive de notre condition traditionnellement catholique.Et de tenter de l’expliquer en nos poètes, plus particulièrement, ici, par Saint-Denys Garneau.Car voici un poète, écrit Gilles Marcotte, qui.après avoir dépassé le désespoir, atteint « l'autre côté », le surnaturel et « nous laisse un message qui nous symbolise ».Solitude, isolement: Saint-Denys Garneau a ressenti et exprimé mieux que quiconque ces thèmes qui « définissent de façon bien spéciale la condition de l'écrivain, et de tout le peuple canadien-français ».Et c'est pour les avoir ressentis et exprimés mieux que quiconque que Saint-Denys Garneau atteint à l'uni-versel.Après avoir frôlé le désespoir, le poète atteint « l'autre côté » qui est comme le cheminement de cette joie si souvent évoquée par lui.Et, la grâce aidant, il parvient à l’authentique voie du salut, à l'ascèse chrétienne.« J'ai été physiquement forcé », écrivait Saint-Denys Garneau dans son journal.Oui ne l'a pas été, de nous tous, à un moment ou à un autre de son existence ?Dieu est en nous, autour nous, dans notre passé, aujourd'hui, et sans doute dans notre devenir.Ne pas vouloir l’exprimer est puéril.Et c’est pour l’avoir pressenti que le témoignage de Saint-Denys Garneau atteint celui des grands auteurs catholiques du temps actuel.?îjc Nous admirons Gilles Marcotte de souligner, dans notre littérature, son âme collective et de placer au centre même de ses approches de nos poètes, une préoccupation d'ordre supérieur, inexistante dans une grande proportion de notre critique actuelle.( I ) MARCOTTE (Gilles) UNE LITTERATURE QUI SE FAIT.Essais critiques sur la littérature canadienne-française.Montréal, Les Editions HMH.1962.293 p.20.5cm.(Coll.Constantes, no 2) Pour adultes .une nouveauté________________________ La famille Trapp SUR LES ROUTES DU MONDE par Maria Augusta Trapp Une femme d'esprit raconte ses aventures de globe-trotter, au milieu d’une famille, la sienne, dont le témoignage chrétien et musical enchante l'univers.254 pages abondamment illustrées $2.50 FIDES, 25 est, rue Saint-Jacques, Montréal 66 LECTURES Notices bibliographiques Littérature canadienne .• ¦ ANGERS (Pierre), s.j.L'ENSEIGNEMENT ET LA SOCIETE D'AUJOURD’HUI.Montréal, Les Editions Sainte- Marie [1961].46p.21cm.$0.75 Pour tous Dans la première partie de son ouvrage, l’auteur analyse les caractères dominants de la société moderne: l’accélération de l’histoire, le phénomène technique, l’attitude prospective ou la conscience qu’un monde nouveau approche et doit être préparé, et l’accroissement du tertiaire, c’est-à-dire du secteur des activités humaines visant à la distribution des biens et au développement de la personne.L’enseignement ne peut ignorer les changements qui se produisent dans la société et doit s’adapter à eux.Le Père Angers traite de ce problème dans la deuxième partie de son ouvrage: les tâches de l’enseignement.Il montre d’abord que l’éducation doit suivre le courant de l’histoire et le devancer si possible, car les jeunes qui sont éduqués aujourd’hui vivront demain dans un monde différent du nôtre.Cette tâche n’est pas facile, surtout chez nous, parce que nous pensons plus au présent et au passé qu’à l’avenir, parce que nous pensons que l’avenir ressemblera au présent.Or, nous nous leurrons et nous ne préparons pas suffisamment les jeunes à la vie qui sera la leur.Le Père Angers insiste beaucoup sur la formation de l’intelligence qui ne reçoit pas de nos jours toute l’attention qu’elle mérite.Il s’agit moins de livrer un bagage complet de connaissances que d’apprendre à l’élève à penser par lui-même et à accueillir les connaissances nouvelles qui se multiplient tous les jours.Il faut aussi instaurer l’éducation permanente.« Puisque les connaissances évoluent rapidement, il est indispensable que les hommes poursuivent constamment leur formation.» Une bonne formation de l’intelligence rend possible le développement de la personnalité.Le Père Angers veut que dans la formation de la personnalité, on vise à donner aux jeunes l’esprit d’invention et une grande liberté intérieure afin qu’ils travaillent efficacement dans un monde changeant.L’habitude du Pierre ANGERS, s.j.travail en commun doit aussi être acquise, car les hommes ne peuvent plus vivre isolés.Les dernières pages de la plaquette du Père Angers insistent sur l’urgence d’assurer la promotion de notre corps enseignant.Nous sommes aux prises avec une situation extrêmement complexe dont nous ne pourrons sortir que par un effort sérieux et prolongé.Une politique hardie s’impose si la nation veut répondre au défi que lui pose le monde technique.Les pays qui n’accorderont pas suffisamment d’attention à l’éducation seront vite déclassés dans notre monde où le tertiaire prend de plus en plus d’importance.Cette brochure du Père Angers est d’une actualité brûlante.Elle fournit de nombreux thèmes de réflexion à tous ceux qui s’intéressent aux problèmes de l’éducation.Il est à souhaiter que tous les éducateurs lisent et relisent ces pages courageuses et lucides.Paul-Emile ROY, c.s.c.PARENTEAU (H.-A.), i.c.LES ROBES NOIRES DANS L’ECOLE.Dialogue avec André Lussier.Préface du Frère Clément Lockquell, é.c.Montréal, Les Editions du Jour [1962].170p.19.5cm.(Coll.Les idées du Jour) $1.50 Pour tous Dans un article plusieurs fois reproduit, intitulé Notre Ecole confessionnelle et l’enfant1, André Novembre 1962 67 Lussier avait essayé de prouver que l’école non confessionnelle sauverait la religion; que les catholiques devaient participer activement au Mouvement laïc; que la confession-nalité dans l’enseignement portait la responsabilité de tout ce qui va mal dans le Québec; que les catholiques.devant l’humanisme, avaient une morale de panique; que l'éducation donnée au Québec a toujours été lamentable; qu’on avait bâillonné l’idéal d’épouse par l’idéal de maternité et de virginité; que les Québécois étaient jansénistes; que.etc.Très charitablement, le Frère Parenteau lui répond.Dans une première partie, il situe l’école québécoise.Est-elle vraiment janséniste ?Peut-on soutenir que les éducateurs actuels nient les H.-A.Parenteau, f.i.c.valeurs propres des qualités naturelles ?L’enseignement de la religion est-il cause de l’anémie spirituelle et du manque de culture intellectuelle ?Dans une deuxième partie, de beaucoup la plus importante, il étudie la situation des robes noires dans l'école.Il note avec raison que le gros défaut du psychanalyste Lussier est de ne pas voir le problème dans son ensemble.11 lui reproche de tirer des conclusions qui ne s'appliquent qu’à l’aspect expérimental d’une science particulière alors qu’il s’agit de toute l'activité humaine.Autrement dit, tout problème humain doit se résoudre dans son entier.Or, M.A.Lussier n’a pas compris la nature des vœux de religion.Comment peut-il alors avancer l’hypothèse de l’incompétence des religieux en matière d’éducation ?Là où l'Eglise laisse les religieux — dans l’éducation — depuis des siècles, M.Lussier propose l’hypothèse d’une erreur ! ! ! Le Frère Parenteau a défendu victorieusement la valeur des vœux de religion, ces « visages de l’amour ».Il a poussé jusqu’au bout la charité du dialogue.Ce livre fera un bien immense aux gens sincères qui croient encore aux encycliques et qui ne sourient pas à leur lecture.Peut-être que la pensée du Frère est trop écrasée sous les citations et que ses vues personnelles en sont comme étouffées; mais l’idée générale du livre est sûre, appuyée sur la Mater-Ecclesia.Je parierais même que le Frère a déjà converti M.Lussier et que le psychanalyste a rencontré le chrétien.Paul GAY, c.s.sp.(I) Cet article paraît à la fin du livre que nous analysons.EN COLLABORATION ECRITS DU CANADA FRANÇAIS.Tome IX.Montréal [s.é.J 1961.348p.20.5cm.Pour adultes Les deux nouvelles sont bien écrites et moralement bonnes.Un passage seulement, dans L’Auberge des Trois-Lacs, peut étonner, passage qui n’a rien à voir avec le récit.La deuxième nouvelle, d’André-Pierre Boucher, Mon frère l’esseulé, est intéressante même pour des jeunes.On notera l’étude très fouillée de Pierre Vadeboncœur sur la Projection du syndicalisme américain.Mais ce qui intéressera le plus le commun des lecteurs sera certainement la deuxième partie des Mémoires de Pierre de Sales Later- rière.Elle est passionnante l’histoire de ce Canadien qui a commis toutes sortes de fautes politiques, s’évade au Labrador, va aux Etats-Unis, obtient un diplôme officiel de médecin et revient au Canada.Le numéro IX des Ecrits du Canada français honore vraiment la collection.Paul GAY, c.s.sp.?•*-?DUVAL (André) LE MERCENAIRE.Roman.Québec, Librairie Garneau [1961].220p.21cm.$2.25 Pour tous C’est l’histoire d’un agent d’assurances, O.S.Verreault, qui subit un long procès pour avoir voulu être honnête.Mal conseillé, en effet, par O.S.Verreault, un Anglais risque une forte somme dans une spéculation et perd son argent.Il demande alors à Verreault de le rembourser.L’agent québécois promet de le faire, et commence à verser de l’argent à l’Anglais.Mais, après quelques versements, le Québécois cesse de donner ses dollars.Furieux.l’Anglais entame un procès et le gagne.Ce livre plaira aux Québécois par la description de leur milieu.Il plaira aux huissiers, aux avocats et aux juges qui s’y verront décrits avec un humour digne des Plaideurs.Le Mercenaire est un beau document.Mais il y manque l’illusion romanesque, qui est tuée par la forte documentation.Certes, Balzac, autrefois, était fort renseigné sur la situation sociale de ses personnages, comme l’est André Duval.Mais le romancier français savait unir sa science énorme à ses héros, à la société, à l'âme humaine; ils se « comprenaient » si bien les uns dans les autres qu’on n’en voyait plus la soudure.Il n’en est pas de même chez André Duval.On ne voit pas assez 68 LECTURES i'homme dans son héros; on voit seulement le « cas ».Le Mercenaire est cependant écrit dans un style rapide, régulier et vivant, qui fait de l’auteur un causeur d’excellente compagnie, fort agréable et très sympathique.Paul GAY, c.s.sp.GELINAS (P.) L'OR DES INDES.Roman.IMontréal] Le Cercle du Livre de France [1962].188p.20.5cm.Appelle des réserves Roman dense et riche.Nombreux personnages.Nombreux problèmes abordés.Il n’y a pas d’intrigue traditionnelle.Le seul lien qui unit l’action de ces 188 pages est l’histoire de la construction d’une Centrale de béton à l’île de Trinidad.L’Or des Indes est dans le sens de la nouvelle formule du roman.L’auteur procède par descriptions concentriques qui embrassent tout à la fois: l’une suit l’autre, ou plutôt se jette dans l’autre, la complique, l’agrandit jusqu’à ce qu’on ne sache plus distinguer le cercle initial.L’impression d’ensemble en est une de puissance.Le livre est une forêt touffue, aux arbres nombreux, aux broussailles multiples.Tout y vit.Les personnages sont autant mêlés entre eux qu’inextricablement unis aux événements et à la nature elle-même.Mais il n’y a pas d’intrigue puissante qui unisse les personnages dans une œuvre qui commence vraiment et qui finisse vraiment.! 'Or des Indes ne se termine point.Comme dans « le nouveau roman », l’auteur reste à la surface des personnages qui sont comme de vaines représentations.Le problème moral ne les effleure même pas.Ils sont nature, mais d’une nature qui ne dépasse pas l’unique instinct animal.Ils ont fait la découverte « enivrante » de laisser derrière eux « comme une vieille peau les phobies de leur enfance », tout ce qui, autrefois, était reçu, imposé.Ils ont l’air heureux.Ils ne semblent pas souffrir.Sont-ils des hommes ?En fait, ce sont surtout les fastueuses et nombreuses descriptions de la Trinidad qui constituent tout le roman.Ile de soleil et de plaisir, où blancs et noirs se tolèrent et se divisent, les premiers dans la supériorité de leur peau blanche, les seconds dans leur asservissement séculaire.Splendide reportage.Malgré un style riche, puissant et varié, qui fait de Gélinas un fort bon écrivain, je doute que des livres de ce genre suscitent beaucoup d’intérêt chez le lecteur.Les romans nouvelle formule sont moins des « créations », donc de la poésie, que des « évocations ».Les auteurs ont peur d’abîmer le réel en le « refaisant »: ils se contentent d’en donner l’impression par l’infinité du détail et par « le fouillis du mouvement ».Paul GAY, c.s.sp.GUAY (Jacques) LES G U DELA DES.Montréal.Les Editions bleu et or 11961], 159p.ill.20.5cm.S 1.00 Mauvais Où allons-nous, grands dieux ?Dans l’avertissement qui précède ce triste bouquin, on lit: « Les membres du comité de lecture ont accepté à l’unanimité le manuscrit de Guay.Ils sont conscients des réactions que pourront susciter en certains milieux les Gudulades.» Les réactions ?Aucune ! Si ce n’est celle du dégoût le plus complet.Je défie quiconque a un peu de sens commun de trouver ce livre intéressant.Il n’est même pas méchant (à part une ou deux fois), il est bête ! C’est le parti pris facile de tout tourner en bourrique, depuis le curé de la paroisse natale jusqu’au recteur de l’Université de Montréal et au Cardinal.Ce livre est une erreur de jugement.Néant complet ! On éprouve la nausée à voir un magnifique jeune homme — dont la page couverture donne la photo — distiller à chaque ligne, non pas de la rancoeur (contre qui en aurait-il ?) mais de la sottise.Les farces les plus plates, les plus usées, on les voit arriver une page avant, et elle ne manquent pas.Et il se répète, s’il vous plaît ! Comme spécimen des étudiants de l’Uni- versité de Montréal, vrai î ce n’est pas riche ! Toutes les critiques de Jacques Guay ne font que retomber sur lui-même.Du fond de mon coeur, je le plains ! Quel complexe !.Et il s’appelle.Guay ! Paul GAY, c.s.sp.BOSSUS (Francis) LA SECONDE MORT.Couverture d’après une maquette de Roger Corbeil.Montréal.Beauchemin.1962.186p.21cm.Appelle des réserves L’horreur de la prison des femmes, à Caen, juste avant le débarquement des alliés en 1944; la morgue et le sadisme du petit lieutenant allemand Keutel: les sentiments humains de son capitaine.Franz Runiler, et son union avec une Française: la Résistance et ses faux pas, tout cela est évoqué d’une taçon vivante et vraie, même si des livres de ce genre ont abondé depuis la guerre.Voulant démontrer la folie de la guerre, l’auteur a concentré particulièrement la lumière sur quatre femmes écrouées dans la prison de Caen.Elles sont tuées en représailles pour la mort d’un colonel allemand fusillé par la Résistance, mort d autant plus douloureuse que, le lendemain de leur exécution.se lève l’aube du débarquement allié.The Longest Day.De tous ceux qui pensent ou qui pleurent ou qui commandent, aucun, dans ce livre, ne donne ou essaye de donner la solution chrétienne de la souffrance, même pas le pâle aumônier qui passe dans les sombres couloirs de la prison, la veille du massacre des femmes.Cela est d’autant plus regrettable que l’auteur, par la voix de ses personnages.indique différentes manières d’envisager la guerre.Ainsi, pèche par ce côté (comme dirait notre auteur qui affectionne particulièrement commencer ses phrases par un verbe) le livre de F.Bossus.On sort de la lecture de ce livre encore plus dégoûtés de ce monde « absurde », noyé pendant quatre ans dans les larmes et le sang.Paul GAY.c.s.sp.69 Novembre 1962 Littérature étrangère Philosophie Religion WMï: BOURÇOIS-M ACE (Andrée) RESTER JEUNES.Paris, Fleurus 11961).142p.18cm.(Coll.Verts pâturages) Pour tous Les livres apportant aux personnes qui déjà sentent venir leur déclin un espoir de rajeunissement, ou au moins de conservation, semblent toujours assurés d'un certain succès.Ainsi, l’ouvrage de Gaylord Hauser Vivez jeune, vivez longtemps, paru il y a une douzaine d’années, connut une popularité très grande.Mais il s agissait là d’une œuvre mettant l’accent plutôt sur le côté physique.Ici.il s’agit nettement de considérations d’ordre moral et psychologique, qui ne manquent pas cependant d’etre pratiques.L’Auteur fait une étude des différents âges de la vie, s'arrête à louer les beautés et les richesses de la jeunesse.et s’attarde surtout à découvrir les secrets d'une jeunesse perpétuelle du cœur et de l’esprit.La vieillesse est envisagée sous tous ses angles, avec les misères qu’elle comporte: solitude, ennui, infirmités, mais aussi avec la puissance d’épanouissement qu’elle tient en réserve pour ceux qui ont compris que chaque époque de la vie peut être pleine et heureuse.Au début, on peut trouver l’œuvre pas très originale, n’étant pour nous qu’une occasion de réflexion — et c’est pourtant quelque chose ! Puis on relève soudain une pensée qui nous frappe, qui est la marque d'un esprit fin et pénétrant.Nous pourrions en citer plusieurs de ces réflexions qui constituent de véritables trouvailles.Mais nous n’en ferons rien pour ne pas gâter chez le lecteur éventuel le plaisir de la découverte.C.MARTIN-POTVIN EN COLLABORATION PRIERES CHRETIENNES.Introductions et choix des textes C.A.Bouman.Traduction et adaptation française sous la direction de L.Bouyer.Tournai, Desclée & Cie 119621.1637p.16.5cm.$14.75 Pour tous Le meilleur choix de prières qui ait été publié depuis des décennies.Fait à signaler, c’est de l’église de Hollande qu'il nous vient.En effet nous lisons au verso de la page titre: « Edition originale néerlandaise sous le titre Groot Gebeden-bock, 1951.Le choix est très vaste.On a emprunté à la prière officielle de l’Eglise, aux prières usuelles, à celles des saints et de quelques âmes pieuses.La Bible en a fourni, de même que le rituel et le sacramen-taire.Dans un esprit œcuménique, on a emprunté également aux liturgies orientales, aux Pères des églises romaine et byzantine.On trouve l’oraison ou la lecture voulues pour chaque heure ou action importante de la journée.Des parties notables du volume sont consacrées aux Fêtes de l’Eglise, de Notre-Seigneur.de la Sainte Vierge et des saints avec messes propres, méditations et oraisons appropriées.Enfin on trouve l’office divin dans une excellente traduction française, l’office de la Sainte Vierge et celui des défunts, et même l’office particulier à chacune des fêtes mentionnées.On a exclu toute prière fade, tout verbiage sentimental.Rien pour les bigots.Une prière réfléchie, simple, comme la veut l’Eglise, une prière pour des chrétiens de foi vivante comme il convient à notre époque d’Action catholique.Signalons la qualité du papier bible, légèrement teinté.Malgré ses 1640 pages, ce volume, format de poche, fait tout juste un pouce d’épaisseur à l’épine.Une magnifique réalisation, tout à l’honneur des éditeurs hollandais et belge (Desclée) qui en ont assumé les frais de publication et de diffusion.Clément SAINT-GERMAIN ?ROCHE (Aimé), o.m.i.LE SECRET DES IGLOUS.Récit historique.Lyon, Editions du Chalet fl 962].206p.ill.(h.-t.) 18.5cm.(Coll.L'Esprit et l'Eglise, no 6) Pour tous Sous ce titre énigmatique se déroule l’histoire des tentatives faites par les Oblats pour atteindre les habitants de l’extrémité-nord du monde.Car il fallait que se vérifie l’assertion du Psalmiste: « Jusqu’aux confins de la terre a retenti le verbe des prédicateurs de l’Evangile ».Et il fallait peut-être que cette promesse fût accomplie par la plus audacieuse de nos communautés missionnaires.On voit donc défiler ici.sous la houlette de l’Evêque du vent ou Evêque volant (Mgr Breynat), après les Pères Grollier, Petitot, Gasté, apôtres des Mangeurs-de-cru au McKenzie, les héros qui affrontèrent les Esquimaux du cuivre, à la rivière Coppermine, les Pères Frapsance, Fallaize, Louvière et Leroux.Trois épisodes se greffent sur ce récit: la campagne de Mgr Chit, des Pères Lecorre, Laçasse et Lefebvre en Alaska, au Labrador et de nouveau au McKenzie; l’établissement fondé à la baie d’Hudson par Mgr Turquetil; le meurtre des Pères Rouvière et Leroux, avec le procès des meurtriers.On se promène donc ici dans ce grand Nord où des héros, en implantant la civilisation chrétienne, préparèrent notre civilisation dite 70 LECTURES avancée à supplanter le règne de la barbarie.On voit d’un côté une race têtue, méfiante, victime de traditions superstitieuses, praticienne du mensonge, uniquement préoccupée de se bourrer le ventre jusqu’à crevaison.De l’autre côté on voit des Blancs s’user à faire pénétrer quelque lumière intellectuelle sous ces crânes obtus, dans ces esprits retors.Entre les deux, c’est la lutte pour savoir si « le maître incontesté de la Terre stérile franchira le fossé qui sépare l’âge de la pierre de l’âge atomique » (p.14).Sans exagérer les rares succès de scs héros, le Père Roche ni ne cache ni ne minimise leurs multiples échecs.Mais il insiste avec raison sur leur dessein de s’intégrer à la race esquimaude, sur leur persistance à suivre les hordes nomades dans les continuels déplacements, sur leur ténacité à porter le lourd manteau de l’éternel silence, sur leur calme devant l'hostilité de leurs ouailles, sur leur résignation à supporter les pires privations, sur leur oubli constant de la saleté des corps et l'unique préoccupation de la conquête des âmes.Il y a même là une assertion qui tient de l’héroïsme le plus pur: « Nous vengerons le meurtre de nos Pères en faisant du bien à leurs assassins ».Ces vertus, le Père Roche les célèbre en des pages d’une parfaite mesure et d’une constante fluidité.Quelques-unes même rappellent les fusées de style qui font, de Aux Glaces polaires (v.g.chap, sur l’Ile-à-la-brosse) et de Sous les Feux de Ceylan par le Père Duchaussois.des chefs-d’œuvre incontestés.Emile CHARTIER, p.d.THURIAN (M.), frère de Taizé L’HOMME MODERNE ET LA VIE SPIRITUELLE.Paris, Editions de l’Epi 11961 ).141p.18cm.$2.25 Pour adultes Voici un petit livre de méditation sur la vie chrétienne qui nous vient d'un de nos frères séparés.Si on ne connaissait pas l’identité de l’auteur, on ne soupçonnerait même pas qu’il puisse appartenir à une autre confession que la nôtre.C’est dire la profondeur de parenté spirituelle qui existe entre certains de nos frères séparés et nous.La pensée de Max Thurian est d'une simplicité remarquable.Elle reprend les grands thèmes de la réflexion et de la vie chrétiennes eri les situant dans le contexte de nos préoccupations modernes.Des page'.à lire lentement, à savourer, à approfondir.Des pages qui nous mènent au Christ tout en nous apprenant à vivre dans notre civilisation.Des pages surtout qui nous font souhaiter le retour prochain à l’unité.Paul-E.ROY MARITAIN (Raïssa) NOTES SUR LE PATER.| Bruges] Desclée de Brouwer 119621.161p.16cm.Pour tous Jacques Maritain a recueilli dans ces pages un texte que son épouse, Raïssa Maritain.avait laissé inachevé à sa mort.Il l’a complété, en indiquant par un signe typographique spécial les additions qu’il a apportées au travail initial.Telles qu'elles se présentent, ces notes révèlent un sens de la contemplation remarquable.Les demandes du Pater sont expliquées l’une après l’autre avec beaucoup de piété.Un seul regret peut-être, c’est que la langue de l'auteur soit un peu abstraite, un peu trop parsemée de termes techniques qui rendent la lecture moins agréable et la contemplation un peu difficile.Paul-E.ROY SAINT-PIERRE (Michel de) LA NOUVELLE RACE.Paris, La Table ronde [1961].y.ivivXvXvivXyX : Michel de SAINT-PIERRE 250p.20cm.(Coll.l’Ordre du jour) Pour tous L'auteur nous livre dans ces pages le résultat d’une enquête qu’il u menée auprès de la jeunesse française.Sans avoir la portée d'un document scientifique exhaustif, ce travail n'en reste pas moins très éclairant.On peut y trouver un nombre imposant de témoignages île jeunes sur les problèmes les plus divers, depuis l’amour jusqu’à l’art abstrait.Quelle image de la jeunesse actuelle peut-on y découvrir?Une -Pour enfants sages- ALBUM HÉRAUTS No 15 • des contes • des jeux • des reportages • des chants 155 pages illustrées FIDES 25 est, Saint-Jacques Montréal Novembre 1962 71 image complexe, incertaine.Mais ce qui semble acquis, c’est que les jeunes d’aujourd’hui sont bien décidés à ne plus se laisser berner par des idéologies gratuites.Ils ont le sens du réel et ne veulent pas le quitter pour embrasser des systèmes périmés ou imaginés par des amateurs.Ils éprouvent une soif spirituelle authentique.Ils sont prêts à tout remettre en question, ils attendent un monde nouveau avec impatience et angoisse.Michel de Saint-Pierre est confiant en cette jeunesse qui n’est pas constituée que de tricheurs.On sent qu’il l’aime, malgré son agressivité et sa désinvolture.« La jeunesse, dit-il.clans son ensemble, ne triche pas.Je crois bien qu’elle attend c'es chefs et qu’elle espère des maîtres à penser.Davantage: elle cherche l’idéal et l’ordre comme aucune ;‘"tre «eunesse ne les a peut-être cherchés; mais la confusion générale des esprits, le matérialisme hésitant des adultes la plongent dans le désarroi.Nous avons devant nous une jeunesse à laquelle il suffirait de montrer un but pour qu’elle y vole tout droit, comme la flèche vers la cible.» Paul-E.ROY SEDILLOT (René) PARIS.[Paris] Fayard [1962].372p.18cm.(Coll.Les grandes études historiques, Villes et Pays) $4.80 Pour tous Lectures a déjà rendu compte d’une de ces synthèses auxquelles se complaît le professeur Orléanais; il s’agissait de son Survol de l'histoire de France t.Aucune analyse ne fournirait, du contenu de ce volume compact, aussi abondamment documenté qu’il est admirablement écrit, une vue plus exacte que ce résumé parfait, dû à l’auteur lui-même (p.343): « C’est Paris, la ville qui se veut complète parce qu’elle est née d’un carrefour, parce que le carre- four est devenu forteresse, parce que la fortere«e est devenue capitale politique, parce que la capitale politique a fait s’épanouir le commerce, parce que la fonction marchande a appelé la fonction industrielle: ville complète à tous égards, s’il est vrai qu’elle se situe presque à l’exacte jonction des pays du vin, de la bière et du cidre, et puisqu’on y peut, à une terrasse, s’attabler entre un jaune et un noir, manger comme en Russie, au Mexique ou en Chine, comme en Bourgogne.en Alsace ou au Périgord.» Les termes soulignés marquent les diverses étapes par où est passé Paris en sa séculaire évolution.D’un autre point de vue, avec l’auteur caractérisez Paris par l’antinomie de Péguy: « ville de la perdition.ville du salut; ville la plus chrétienne.la plus païenne; capitale de tout », et le tableau sera complet.Pour mener à bien sa longue enquête, M.Sédillot a d’abord écarté ce qu'il croit avoir été l’erreur de presque tous ses devanciers: associer, à l’histoire de leur prétendue capitale, celle des rois de France.Puis, partant de la toponymie donnée aux rues, aux places, aux quartiers, par les envahisseurs successifs, il montre en quoi ils ont continué leurs prédécesseurs, s’en sont séparés et ont vraiment innové.Enfin, étudiant le style architectural ou sculptural de chacun des monuments élevés par les générations, il en arrive à établir que Paris, d’abord capitale politique, puis commerciale, puis intellectuelle, a fini, par l’effet de son essor ferroviaire et de sa prospérité économique, par s’imposer comme la capitale tout court de la France, sinon du monde.Sans qu’on s’en doute, au cours de l'exposé, on se trouve à avoir relu quelques-unes des pages les plus suggestives de l’histoire de France.Et c’est pourquoi ce nouveau survol de M.Sédillot précise, et complète en même temps, la synthèse passionnante que cette histoire lui avait inspirée.Emile CHARTIER, p.d.(1) 3 mars 1956, p.110.Ml BAUDIMENT (Chan.Louis) M.DUPONT.Le saint homme de Tours.1797-1876.2e édition.Genval, Editions Marie-Médiatrice [s.d.] 254p.photo 20cm.Pour tous Le saint homme de Tours: ce sous-titre donné à cette réédition (1936), écho du langage populaire de l’époque, l’est aussi de celui du temps qui s’est écoulé depuis lors.A la France revient une fois encore l’honneur de présenter au monde le type parfait du laïcat chrétien, te! que les Papes du XXe siècle se sont évertués à le constituer.Sans doute d’autres s’y sont conduits en apôtres sociaux: Oza-nam et Bordier à Paris, Timon-David à Marseille, les Féron-Vrau à Lille, Léon Harmel, les Bazin à Angers, le comte de Mun, d’autres encore.Mais il semble que leur activité chrétienne se soit exercée dans un domaine particulier seulement.Avec M.Papin-Dupont ou Dupont tout court, on a affaire à un homme qui a foulé tous les sentiers de la vertu, pratiqué toutes les formes de la charité, contribué à toutes les bonnes œuvres possibles.On connaissait sa vie.véritablement mystique et même ascétique, par la biographie que lui a consacrée son ami Louis Aubineau et par les deux volumes de son aviseur le chanoine Janvier.De la masse des documents accumulés par ces deux prédécesseurs, M.Baudiment a cru sage, avec raison, de tirer une synthèse qui dégagerait les traits essentiels du personnage.Il a pu ainsi brosser le tableau des « ascensions graduelles d’une âme vers la perfection », ce qui est le vrai caractère d’une vraie vie de saint.Pourquoi celle-ci ne deviendrait-elle pas le Manuel du laie chrétien, quelque chose d’analogue à ce que fut pour nous, au temps d’une jeunesse déjà lointaine (1886-1894), Le Jeune homme chrétien de René Bazin ?Emile CHARTIER, p.d.72 LECTURES Littérature de jeunesse LINDQUIST (Willis) LE SIGNAL DU TAMBOUR ROUGE.Traduit de l'américain par Renée Vally-Samat.Illustrations de Pierre Forget.Paris, Spes [1961].187p.ill.19cm.(Coll.Jamboree) $1.30 Pour jeunes 1802: Haïti lutte pour son indépendance.Christopher — Kit pour les intimes — adolescent américain, vit avec ses parents sur leur plantation de cannes à sucre.Cette plantation cause bien des soucis à M.et Mme Standish, qui espèrent réussir à la vendre le plus tôt possible.D’ailleurs, le père de Kit est capitaine et désire reprendre la mer.Cependant, la situation de l’île n’encourage pas les acheteurs.Kit, pour sa part, connaît de si bons moments dans la jungle, en compagnie de Ti Bo, jeune serviteur noir, que la vie sur l’île ne lui pèse guère au moment où commence cette histoire.Mais les Noirs insulaires, que l’apparition des navires de guerre français affole, car ils craignent de retomber sous le joug de l'esclavage, tournent leur agressivité contre les Blancs de l’endroit.Ti Bo, par solidarité pour les siens, deviendra-t-il un jour l’ennemi de celui pour lequel il s’est privé de sommeil pendant trois nuits, afin de lui offrir le tambour rouge magicien et porte-bonheur ?.C’est une passionnante aventure que celle de Kit et de son ami Ti Bo ! Aventure que partageront avec joie filles et garçons lecteurs.En plus de soutenir l’intérêt des jeunes, ce récit leur donne de magnifiques leçons de courage et de fraternité.De plus, ce roman incite les jeunes, d’une façon adroite, à ne jamais nourrir de préjugés contre les gens d’une autre race que la leur.Ti Bo ne prouve-t-il pas, en effet, par sa conduite héroïque et généreuse, qu'il cachait sous sa peau noire un cœur plus fidèle et sincère que bien des cœurs d’hommes blancs ?Denise HOULE » DUVAL (Armand), p.b.LE DOCTEUR-LUMIERE.Illustrations de René Follet.[Tournai] Casterman [1962].24p.ill.28cm.(Coll.Tous frères) Relié.Pour enfants Le Docteur-Lumière est le surnom donné par le peuple africain à Jean Goarnisson.médecin et père blanc, à qui oeaucoup de Noirs ont été redevables de la santé de l’âme et du corps.L’auteur raconte ici son histoire dans un style direct oui interpelle constamment le lecteur.Biographie fort instructive et intéressante, à qui on ne peut reprocher qu’un souci un peu trop appuyé d’édification.A.C.LARIDAN (Pierre), p.b.LE CARDINAL LA VIGE-RIE.Illustrations de René Follet.[Tournai] Casterman [1962], 25p.ill.28cm.(Coll.Tous frères) Relié.Pour enfants Biographie d’un géant de l’apostolat missionnaire en Afrique: le cardinal Lavigerie.Elle est racontée dans un style simple et alerte, à la portée des enfants.Sans doute a-t-on songé, en l’écrivant, à susciter des vocations: si l’auteur s’en exprime ouvertement, il le fait sans insistance indue.Illustrations nombreuses mais assez quelconques.A C.LARIDAN (Pierre), p.b.LES MARTYRS NOIRS DE L’OUGANDA.Illustrations de René Follet.[Tournai] Casterman [1962].25p.ill.28cm.(Coll.Tous frères) Relié.Pour enfants L’histoire des martyrs noirs de l’Ouganda est une page glorieuse du martyrologe de l’Eglise.Elle est racontée ici à l’intention des jeunes.L’uute ir inséré ici et là dans son récit d’utiles renseignements sur les mœurs africaines.Un album à recommander aux jeunes lecteurs.A C.?COLETTE LA PAIX CHEZ LES BETES.Illustrations de Jean Reschofsky.[Paris] Hachette [1961].186p.ill.20.5cm.(Coll.Idéal-Bibliothèque, no 203) Relié.Pour jeunes A la lecture des diverses nouvelles de ce ouvrage, les jeunes lecteurs croiront entendre les voix de « Poum » le chat endiablé, de la chienne jalouse de l'affection de son maître, de «la Shah » une chatte persane à l'allure princière, de « Poucette » l’espiègle petite chienne, leur raconter leurs palpitantes aventures.Dans ses récits sur les bêtes, Colette se révèle une subtile observatrice, soucieuse du détail.Avec quelle aisance elle sait mettre en scène les animaux pour nous donner de chacun une image inattendue et vraie ! Parmi la profusion de livres pour les jeunes, celui-ci s’offre à notre choix par la qualité du texte et de la présentation.Jean Reschofsky a saisi tout l’humour et le charme du récit et ses illustrations semblent jaillir du texte même.C.LALANDE Novembre 1962 73 ACCUSÉS DE RÉCEPTION Religion ALBERT DU SACRE-COEUR (R.P.), o.c.d.Approches du mystère de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus.Essai.Paris, Alsatia [1961].332p.19cm.CHABAS (YVONNE) Catholiques et protestants.Fin d’une controverse.Paris, U Colombe [1961].198p.21cm.$3.55 CHAMBON-FEUGEROLLES (Stanislas du), o.f.m.cap.Ce que la Vierge est pour toi: ta Médiatrice, ta Mère.Lettre-Préface de S.Exc.Mgr Raymondos.Le Puy, Xavier Mappus [1961].95p.19cm.CHAMBON-FEUGEROLLES (Stanisla du), o.f.m.cap.Le message d'amour du Cœur Immaculé de Marie à Fatima.Préface de S.Exc.Mgr José Correia Da Silva.Le Puy, Xavier Mappus [1961].125p.19cm.GAI (Dom J.B.) Saint Charles Borromée.Homélies, Sermons et Entretiens traduits, choisis et présentés par Dom J.B.Gai.Namur, Les Editions du Soleil Levant [1962].186p.17.5cm.(Coll.Les Ecrits des Saints) GALOT (Jean), s.j.Dans le corps mystique.[Bruges] Descléc de Brouwer [1961].227p.18 5cm.(Coll.Museum Lessianum, section ascétique et mystique, no 52) GALOT (Jean), s.j.Saint Joseph.[Bruges] Desdée de Brouwer [1961].168p.18.5cm.(Coll.Museum Lessianum.section ascétique et mystique, no 53) GILLES (René) Le symbolisme dans l’art religieux.Architecture.Couleurs.Costume.Peinture.Naissance de l'allégorie.Préface par Valentin Bresle.Paris, La Colombe [1961].226p.21cm.HERRMANN (Robert) La Charité de l’Eglise.De ses origines à nos jours.Mulhouse, Salvator, 1961.196p.19.5cm.(Coll.Charité vivante) HUNERMANN (G.) Les lèvres scellées.Le Sacrement de pénitence raconté aux jeunes.Traduit par Yvonne Claude.Mulhouse, Salvator, 1961.237p.ill.19.5cm.JEAN-NESMY (Dom Claude) Spiritualité de Noël.[Bruges] Descléc de Brouwer [1962] 334p.19cm.(Coll.Cahiers de la Pierre-qui-vire) LARRA1LLET (Paul), s.j.La destinée humaine.Lyon, Emmanuel Vitte [s.d.].97p.18cm.LEPP (Ignace) Psychanalyse de l'athéisme moderne.Paris, Bernard Grasset [1961].260p.19cm.$2.50 MARTELET (Bernard) Le secret de la Trappe.Frère Marie-Gabriel de Chamba-rand.Paris, La Colombe [1961].136p.21cm.NEILL (Stephen) L’Anglicanisme et la communion anglicane.Traduit de l’anglais par Jeanne Marrou.Paris, Editions du Seuil [1961].421p.20.5cm.(Coll.Les Univers) $4.80 PHILIPPE (M.D.), o.p.La Symbolique de la Messe.Paris, La Colombe [1961].84p.18.5cm.(Coll.La Colombelle) RE1SNER (Erwin) Le démon et son image.Traduit de l’allemand par Jean Viret.[Bruges] Desclée de Brouwer [1961].237p.21.5cm.(Coll.Textes et études anthropologiques) SCHL1ER (Heinrich) Le Temps de l’Eglise.Recherches d’exégèse.Traduit de l'allemand par Françoise Corin.[Tournai] Casterman [1961].312p.21cm.(Coll.Cahiers de l’actualité religieuse, no 14) SCHNACKENBURG (Rudolf) La Théologie du Nouveau Testament.Etat de la question.[Bruges] Desclée de Brouwer [1961].123p.23cm.(Coll.Studia Neotestamentica, Subsidia I) Relié.74 SULIVAN (Jean) Ligne de crête.Paris, Plon [1961].226p.19cm.VOLKEN (Laurent), m.s.Les révélations dans l’Eglise.Mulhouse, Salvator, 1961.309p.19cm.Littérature de jeunesse BALZAC (Honoré de) L’Auberge rouge.Récit, suivi de: Un épisode sous la Terreur.Le réquisitionnaire.El Verdugo (le bourreau.) [Tour nai] Casterman, 1961.106p.ill.19cm.(Coll.Mistral) BAYARD (Georges) Michel poursuit des ombres.Illustrations de Philippe Daure.[Paris] Hachette [1961], 188p.ill.(h.-t.) 17cm.(Coll.Bibliothèque verte, no 195) Relié.BESSY (Claude) Danseuse Etoile.Illustrations de François Batet.[Paris] Hachette [1961].188p.ill.20.5cm.(Coll.Idéal-Bibliothèque, no 204) Relié.BISSCHOP (Eric de) Cap à l'est.Première expédition du Tahiti-Nui.Tahiti-Santiago du Chili (6 novembre 1956 — 28 mai 1957).[Bruges] Desclée de Brouwer [1961].162p.ill.18.5cm.(Coll.Belle humeur, no 93) Relié.BLYTON (Enid) Enlèvement au club des cinq.Illustrations de Jeanne Hives.[Paris] Hachette [1961].253p.ill- (h.-t.) 17cm.(Coll.Nouvelle bibliothèque rose, no 81) Relié.BLYTON (Enid) Fido chien de berger.Illustrations de Jean Reschofsky.[Paris] Hachette [1961].190p.ill.(h.-t.) 17cm.(Coll.Nouvelle bibliothèque rose, no 89) Relié.BLYTON (Enid) Le Mystère du nid d’aigle.Illustrations de Jeanne Hives.[Paris] Hachette [1961].190p.ill.17cm.(Coll.Nouvelle bibliothèque rose, no 83) BONZON (Paul-Jacques) Les compagnons de la Croix Rousse.Illustrations d’Albert Chazelle.[Paris] Hachette [1961].188p.ill.(h.-t.) 17cm.(Coll.Bibliothèque verte, no 194) BOURGOGNE (Adrien) Souvenirs d'un grognard.Adaptation nouvelle de P.S.Illustrations de Liliane et Fred Funcken.[Tournai] Casterman, 1960.102p.ill.19cm.(Coll.Mistral) BOURLAIGUET (L.) Contes de mon père le Jars.Illustrations d’Albert Chazelle.[Paris] Hachette [1961].188p.ill.(h.-t.) 17cm (Coll.Nouvelle biliothèque rose, no 88) Relié.CHANTAL (Nicole) La maison abandonnée.[Bruges] Desclée de Brouwer [1961].156p.ill.18.5cm.(Coll.Belle humeur, no 92) Relié.CURWOOD (James Oliver) Nomades du Nord.Texte français de Louis Postif.Illustrations de Henri Dimpre [Paris] Hachette [1961].252p.ill.(h.-t.).17cm.(Coll.Bibliothèque verte, no 182) Relié.D'EAUBONNE (Françoise) Les fiancés du puits-doré.Illustrations de Philippe Daure.[Paris] Hachette [1961].187p.ill.(h.-t.) 17cm.(Coll.Bibliothèque verte, no 185) D’ESME (Jean) Bertrand-aux-Bois, chevalier de France.Illustrations de J.-P.Ariel.[Paris] Hachette [1961].252p.ill.(h.-t.) 17cm.(Coll.Bibliothèque verte, no 180) Relié.FOULQUIER (Jeanne) Robinson des roches.Illustrations de Guy Michel.[Paris] Hachette [1961].189p.ill.(h.-t.) 17cm.(Coll.Nouvelle bibliothèque rose, no 86) Relié.GUILLOT (René) Deux garçons pour un cheval.Illustrations de J.-P.Ariel.[Paris] Hachette [1961].190p.ill.(h.-t.) 17cm.(Coll.Nouvelle Bibliothèque rose, no 80) Relié.LECTURES Nouveautés Librairie ,.!vX;Xv' mm Beaucoup d’éducateurs, de libraires, et même de bibliothécaires n’ont pas en mains les instruments nécessaires pour se rendre compte, très rapidement, de la valeur morale des ouvrages qui viennent de paraître sur le marché.Aussi avons-nous pensé leur rendre service en publiant, chaque mois, une liste des plus récents ouvrages avec leur cote morale.Pour les ouvrages étrangers, cette cote a été établie après consultation attentive des diverses revues catholiques de bibliographie-conseil, telles que Livres et Lectures, les Notes bibliographiques, la Revue des Cercles d'étude d'Angers, etc.Il se peut cependant que quelques-unes de ces cotes soient, un jour ou l’autre, sujettes à rectification, si, après une étude des ouvrages en question, nous nous rendons compte que la cote donnée par les revues européennes n’est pas adaptée au milieu canadien.Quoi qu’il en soit, nous croyons que les cotes données ci-dessous sont suffisamment sérieuses pour être publiées, sous bénéfice d’inventaire.ANDERSCH (A.), Le voyage d'Italie .B?Roman.Une jeune femme allemande s'évade du milieu bourgeois et matérialiste qui est le sien pour connaître de périlleuses aventures auxquelles finalement elle échappera grâce à un homme qui partage ses aspirations.Ouvrage qui révèle un écrivain puissant, profond et soucieux de certaines valeurs spirituelles.A réserver cependant aux lecteurs avertis et formés à cause de la crudité de certains passages.BERNARDI (F.), L'œil denier.B?Roman qui relate l'existence d’un Espagnol anti-franquiste qui, exilé en France, se laisse entraîner au communisme et rentre en Espagne pour y trouver une fin tragique.Ouvrage vigoureux, style âpre, composition assez confuse.Récit empreint de chaleur humaine, mais qui témoigne d’un injuste parti pris de l’auteur en faveur des communistes.Pour adultes très formés.BESUS (R.), Un témoin.D Roman.Un poète de trente-cinq ans sacrifie tout à la poésie et meurt d’une maladie de poumons.Intrigue à peu près inexistante.Abondance de dialogues et de considérations.Climat irrespirable et personnages peu vraisemblables.Sentiment religieux ambigu.Livre malsain.CANETTI (C), Interprète à Moscou.TB L’auteur raconte ici non seulement son expérience comme interprète auprès des Russes à l’Exposition française, mais aussi les expériences quelle a vécues comme touriste à Moscou.Ouvrage où l’on relève en même temps qu’un fervent amour pour la Russie, de saines réactions en face de la propagande communiste abusive.CARVEL (R.), Les révoltés de la forêt.B Roman d’aventure et d'amour qui se déroule durant la guerre de cent ans.Ouvrage écrit avec verve et talent qui rend à merveille l’atmosphère de la vie médiévale.Mœurs assez libres qu’expliquent l'époque et les temps troublés.Pour adultes.CASSOLA (C), La Ragazza.B?Roman qui narre l’histoire d’une jeune fiancée que fait peu à peu mûrir l'expérience d'un amour fidèle et exigeant.Ouvrage de grande valeur, d’une fine psychologie et tout imprégné de tendresse, que dépare quelque peu un anticléricalisme primaire.COMBALUZIER (C.), Introduction à la géologie .TB-S Ouvrage scientifique qui donne un aperçu de l’état présent des connaissances dans le domaine de la géologie.Ouvrage bien documenté et bien présenté, mais d’une lecture assez austère.Pour lecteurs cultivés.CHARBONNIER (J.-P.), Un photographe vous parle .B?Reporter-photographe de la revue Réalités, l’auteur parle abondamment des milieux qu’il a visités et du métier qu’il exerce.Cela nous vaut des pages de tout genre et de toute qualité, où le bon est mêlé au médiocre et au superficiel.Le ton est humain, humoristique à l’occasion.On regrette que l’auteur se soit complu dans certains milieux, ce qui oblige à réserver cet ouvrage aux lecteurs avertis.CURTIS (J.-L.), Cygne sauvage.B Roman.Un jeune étudiant, mal à l’aise dans sa famille, est séduit par le marxisme.L’influence de certains amis lui ouvrira les yeux et le sortira de sa crise juvénile.Ouvrage intéressant, mais un peu superficiel.CURTISS (M.), Bizet et sont temps .B Biographie qui évoque non seulement la vie du célèbre musicien mais le milieu familial et professionnel où il vécut.Fort peu apprécié de son vivant, Bizet eut une existence remplie de difficultés morales et matérielles.Ouvrage touffu et objectif, à réserver aux adultes.DANIEL-ROPS, La vie quotidienne en Palestine au temps de Jésus .TB Ouvrage historique qui fait vivre le lecteur en Palestine au temps de Jésus.L'auteur, utilisant des sources nombreuses et variées, nous donne une surabondance de renseignements du plus haut intérêt dans un style très vivant.Quelques inexactitudes de détail.L'ensemble est de toute première qualité.Novembre 1962 75 DECAUX (A.), La belle histoire de Versailles B Ouvrage historique qui évoque le souvenir des personnages qui vivaient au château au temps où son histoire se confondait avec celle même de la France.Ecrit d'une plume alerte et facile, cet ouvrage est un document de choix pour tous les visiteurs du célèbre château.FERLET (R.), La pire des choses.B?Roman.Fabien Delmas est, à cinquante ans, un homme considérable après avoir fait fortune et parcouru le monde.Il revient dans sa ville natale pour se venger d'une bourgeoise qui l'a jadis repoussé pour un autre.Pour cela, il sème le desordre dans sa famille.Mais le pire semble évité parce qu’il s’éprend de la fille ae celle qu'il aimait jadis, et l'épouse.Récit bien mené, où les caractères sont étudiés avec finesse et ironie.Style agréable.Mais thème déplaisant et moeurs très libres.HARTOG (J.de), L’inspecteur .- B Roman.Histoire d'une jeune Juive qu'un inspecteur de la police hollandaise sauve de la traite des blanches.Ouvrage intéressant qui est à la fois un roman policier et un roman psychologique.Livre sain à qui l’on ne reproche que quelques lignes injustes sur Dieu.JAVELET (R.), Camarade curé .TB Ouvrage qui raconte la vie extraordinaire d’un prêtre qui, fait prisonnier de guerre, exerce un ministère des plus rayonnants comme aumônier et comme infirmier.Ouvrage d'une sève exubérante où l’humour se mêle au dramatique.Récit bouleversant, qui livre un témoignage de haute valeur.Pour tous.LAMARRE (L.), Guérisseur, qui es-tu?- B Ouvrage qui pose le problème des guérisseurs honnêtes et authentiques injustement confondus par la loi avec les charlatans.Livre mal composé qui n'apporte rien de nouveau sur le sujet, mais attire l'attention du public sur un problème actuel.LAMBERT (A.), La Reine sans couronne.Françoise de Maintenon .B Biographie romancée qui relate l'extraordinaire destinée de Mme de Maintenon.Aucune bibliographie n’étaye cet ouvrage dont certaines allégations sont sujettes à caution.Ouvrage d’une lecture facile et intéressante.MUNO (J.), L’hipparion .TB Roman d'une savoureuse fantaisie où l'auteur, sous le couvert d'une affabulation étrange, se moque gentiment des rêves et des chimères.Les images charmantes et poétiques abondent dans ce roman bien écrit qui, à cause de son sujet, ne plaira qu’aux lecteurs cultivés.v O’CALLAGHAN (S.), Trafic d’hommes .B?Reportage sur quelques-unes des pistes de trafiquants d’esclaves qui alimentent les marchés et les harems du Yémen, de l’Arabie Séoudite et les maisons de prostitution de plusieurs pays.Enquête qui dénonce une honteuse plaie de notre monde contemporain.A réserver aux lecteurs très avertis à cause de l’abondance de détails réalistes.REMISCH (F.), Trente-trois ans avec Thérèse Neumann .TB Ouvrage biographique.L’auteur qui a fait de nombreux séjours à Konnersreuth nous donne son témoignage non seulement sur Thérèse, mais aussi sur le cadre où elle vit et sur les personnes qui l’entourent.Témoignage qui n’est pas sans valeur présenté d’une façon fort vivante.ROMAINS (Jules), Portraits d’inconnus .B?Recueil de nouvelles où l’auteur esquisse le portrait de quinze personnages fort divers (ministre, voyante, jeune abbé, peintre maudit, etc.).Fines études psychologiques où transparaît cependant l’esprit agnostique de l’auteur.Pour lecteurs formés au point de vue religieux.ROUSSEAU (P.), Histoire des transports .TB Tableau de l’histoire des transports depuis le début de l'humanité jusqu’aux sensationnels moyens de communication prévus pour l’an 2,062.Ouvrage dense, mais remarquable, et si passionnant qu’il se lit avec un intérêt sans cesse croissant.SIDOT (D.), Sereine est ma défaite.B?Roman.Une assistante sociale raconte deux chapitres de sa vie: en Indochine où elle eut t.ie liaison avec un médecin marié; en Algérie où elle fut l’épouse modèle d’un officier entièrement dévoué aux Musulmans.Ouvrage de qualité moyenne.Moeurs très libres non blâmées; atmosphère sensuelle.-SIGNIFICATION M C’est-à-dire mauvais: livres à proscrire.Les livres qui tombent sous les lois générales de l’Index sont cotés mauvais.Tous les livres à proscrire ne sont pas mis nommément à l’Index; il suffit qu’un livre tombe sous les lois générales de l'Index pour qu’on soit tenu, en conscience, de s’en interdire la lecture.D c’est-à-dire dangereux: livres qui peuvent être dommageables à la majorité des lecteurs, soit à cause des implications doctrinales plus ou moins fausses qu’on y trouve, soit à cause de la licence morale ui s’y étale, soit à cause d’une grave indécence ans les descriptions.B?c’est-à-dire appelle des réserves: ces réserves peu- DES COTES- vent être plus ou moins graves.Cette cote s’applique à des volumes qui sont sains dans l'ensemble, mais dont quelques pages sont discutables, soit à cause des idées émises, soit à cause d'une certaine indécence dans les descriptions.B c’est-à-dire pour adultes: les livres de cette catégorie n'appellent aucune réserve, mais ne conviennent qu’aux adultes.Quoique irréprochable, un livre coté B pourrait présenter certains dangers pour les jeunes qui n’ont pas l’expérience de la vie.TB c'est-à-dire pour tous: livres qui peuvent être mis entre toutes les mains.76 LECTURES i J 111 • • ¦ , ' .: • ._£ ' BBSgBgSggBBggggBga J ¦¦ v : »pf 383839 « A uriez-vous l'obligeance de donner, dans votre revue LECTURES, quelques renseignements au sujet de l'auteur de A travers la France meurtrie : Pierre Triolet ?Merci à l’avance.» L.G.(Beloeil) — Nous regrettons beaucoup, mais il nous est impossible de vous fournir le moindre renseignement sur cet auteur.Si l’un ou l’autre de nos abonnés avait quelque documentation sur ce sujet, peut-être pourrait-il nous la fournir en réponse à cette demande.$ * * « Connaissez-vous, par hasard, quelqu'un qui puisse disposer des numéros suivants de LECTURES, nouvelle série: vol.I, nos 7 à la fin (1954-1955); vol.3, no 2 (15 septembre 1956); vol.4 (septembre 1957 à juin 1958).Il s’agit de compléter la collection que possède la bibliothèque du collège Bourget.» G.Pigeon, c.s.v., collège Bourget.Rigaud.— Ces numéros sont présentement épuisés, mais il se peut que certains abonnés aient ces numéros en double.En ce cas, nous les prions de se mettre en communication avec notre correspondant.?« J'aimerais lire une étude d'ensemble sur les ouvrages de Julien Green.Pourriez-vous m'en indiquer une qui soit faite dans une optique chrétienne ?» A.B.(Montréal) — Je crois que vous aimeriez beaucoup la longue étude qui figure dans un ouvrage assez récent : Des auteurs et des hommes de R.M.Desnues (Editions Fleurus).Cette étude, nuancée et pénétrante, est faite dans une optique chrétienne, comme vous le souhaitez.* * * « Je veux remercier LECTURES pour le service que l’on vient de me rendre en me donnant la cote morale de deux romans [.] Pour ce qui est d’un troisième.Dimanche de Jacques Soleymieu, dont on n'a pu rien me dire [.] je vous le donne [.] Ne sera-ce pas un bon moyen de savoir ce qu’il vaut moralement, pour ensuite pouvoir faire bénéficier d'autres bibliothécaires qui possèdent un semblable écrit.Il tue fera plaisir personnellement de lire, peut-être dans un avenir rapproché, le résultat de l'étude qu'on en aura faite [.]» S.S.A.(Lévis) — Nous avons pris connaissance de l’ouvrage de Soleymieu et voici ce que nous en pensons.Il s'agit là d'un ouvrage humoristique, fait par conséquent pour amuser et divertir.L’auteur y manifeste un certain sens de l’humour et une certaine culture, ce qu’on ne trouve pas toujours dans les ouvrages de ce genre.Du point de vue moral, il n'y a rien de grave à relever; cependant, une plaisanterie d'un goût douteux sur le précepte de la messe dominicale ainsi que quelques pages légèrement sensuelles feront réserver aux adultes la lecture de cet ouvrage.« Quel respect je ressens à la fin de ma vie pour les hommes qui n’auront rien écrit que sur des documents qu’ils interrogent avec méthode et scrupule.Dans la querelle de Péguy contre la Sorbonne, je ne serais pas aujourd’hui du côté de Péguy.Trop de journalistes ne cherchent qu'à aveugler et à donner le change.Toute cette tromperie va au néant.» François MAURIAC Novembre 1962 77 Un disque RADIO-MARIE Lu t ruie prière Le directeur de La vie spirituelle, le Père Bro, o.p., nous fait entendre ici une conférence sur la prière.Ou est-ce que la prière, quelles objections profondes lui opposons-nous, sur quelles expériences humaines repose-t-elle habituellemetit, que nous apprennent sur elle le donné biblique et la théologie?Autant de questions très pet tinentes et d'une capitale importance qui sont traitées ici par un conférencier de toute première valeur, un conférencier qui ne se perd pas dans des considérations abstraites et desséchantes, mais connaît à fond l'art de communiquer, avec amour et onction, une doctrine de vie.La diction du conférencier, faut-il le signaler, est agréable et soignée, ce qui ne gâte rien, bien au contraire ! Ce disque est destiné non seulement aux religieux et aux prêtres, mais aussi à tous les laies soucieux de vie intérieure.(Microsillon, 33 tours 1/3 — 12 pouces — RADIO-MARIE, édition spéciale — NDC 336 209) On trouve aussi sur le marché du disque: — Ma faim et vous de Robert Montvalon.Avec Daniel Sorano comme interprète et musique de Henri Marck.Disque destiné à illustrer la campagne 1962 contre « La faim dans le monde.» (Microsillon, ?tours lA — 7 ponces UNIDISC, EX $3,195 M) ?— La Passion de Charles Péguy.Avec André Maurice comme interprète et musique de Michel Magne.Ce récit de la passion est extrait du Mystère de la Charité de Jeanne d’Arc.Disque de qualité qui a obtenu le Grand Prix National du Disque 1962.(Microsillon, 33 tours A — 12 pouces — UNIDISC 30,113 M) ?— S.O.S.Amérique latine de Emilio Maspero.Ce dernier, secrétaire général de la Confédération latino-américaine des Syndicats chrétiens, adresse aux catholiques un pressant appel à l'aide.Ce sont les problèmes cruciaux de l'Amérique latine qui sont évoqués ici.(Microsillon, 43 tours — JERICHO 630) ?— Une saison en paradis avec les Petits Frères des Pauvres.Texte du Père M.-D.Bouyer, musiques de Corelli, Albinoni et Couperin.Disque qui évoque la vie, l'action et l'amour des Petits Frères des Pauvres.(Microsillon, 33 tours lA — 10 pouces — JERICHO — UX 9) ?— L’arche de Noé de Jules Supervielle.Avec Jacques Fabbri, Marie-Rose et autres comme interprètes et musique de Michel Garcin.Fantaisie poétique sur un thème biblique.(Microsillon, 33 tours lA — 10 pouces — UX 7) 78 LECTURES (Suite de ta page 84) A l’arrière de l'autobus où l’on avait enlevé plusieurs sièges.Werner avait disposé ses pénates, y compris un métier à tisser.Un lit pliant, confortable, y était placé pour qui désirerait se reposer en cours de route.J'observais Maria, bien à l’aise parmi scs flûtes à bec et son accordéon.Hedwig.après bien des soupirs et des calculs, s’était taillé une place à côté d’une pile de lourdes boîtes de cuir repoussé et d'outils.Tout juste derrière moi.Illi (notre manière entre nous de nommer Rosmarie) et Lorli causaient avec animation.J’espère bien, me dis-je.que Lorli n’aura pas de migraines cette année.Les voyages la rendent sujette à de violents maux de tête.Kn rabattant les dossiers, quelques sièges se faisaient face; nous avions ainsi transformé en vivoir le centre de l’autobus.Ma place était toujours là.à droite, tandis qu'à gauche, je ne pouvais pas encore y croire, c’était la place vide de mon mari.L’abbé Wasner, avec délicatesse, avait pris un siège de ce côté, sans doute pour me faire oublier une aussi pénible absence.Au village de Stowe, deux arrêts d'urgence: un pour cueillir le courrier et l’autre pour plaire à Martina qui désirait téléphoner à son mari.Puis, l’autobus prit la direction du sud.« Dave, demanda Johannes, quel chemin suivrons-nous ?» — « Route no 7 à partir de Burlington, qui nous mènera au no 22.Destination: New York.» New York, pour raisons d'affaires, était souvent notre premier arrêt, quelle que fût notre direction ultérieure.Cette fois-ci.je savais que notre premier concert aurait lieu à Caribou, dans le Maine.En ce qui concerne les suivants, j'ignorais le trajet, car je n’avais pas encore consulté l'itinéraire.S’il en était comme par les années passées, nous irions au Canada pour revenir ensuite aux Etats-Unis en passant par Chicago, jusqu’au Kentucky; au début de décembre, nous pouvions remonter par la Virginie et la Pennsylvanie jusqu’à Buffalo, et de là.gagner l’est et Boston; finalement, quelques jours avant Noël, nous serions de retour à New York pour les concerts dans Town Hall.Lors de nos premières tournées, un tel itinéraire nous exaspérait.Très volontiers, nous exprimions nos préférences: « Pourquoi nous rendre d’abord à Bryn Mawr et revenir ensuite au Nouveau-Brunswick ?» Ou bien: « Ne serait-il pas plus logique d’inscrire d’abord Fredericksburg, au lieu de faire le détour par Bristol et de revenir sur nos pas ?Une course supplémentaire de 348 milles ! » Ou encore: « Tenez ! Ceci nous allonge de 150 milles, 300 milles aller-retour à la frontière de Californie.Que pensent-ils donc à New York ?Ils auraient bien pu jeter un coup d’œil sur la carte avant de rédiger les engagements.» Puis, avec le temps, nous sommes parvenus à comprendre tout ce qu’il y a de casse-tête dans l’organisation d’une tournée.Avec la meilleure volonté du monde, l’imprésario ne peut pas toujours disposer les concerts d'après la carte routière.Plus le trajet se prolonge, plus nous nous mettons à admirer le décor et moins nous nous plaignons.Le ronron régulier du moteur nous détendait.Le silence se fit et je m'appuyai au dossier.Je me reportai en esprit à nos premiers voyages, alors que nous utilisions un énorme autobus poussif et démodé et que la limite des dépenses permises était fixée à $1.50 par tête, pour une nuit.Je revoyais aussi ces jours où Rupert et Johanna nous accompagnaient encore, où Johannes reposait dans son berceau à l’arrière de l’autobus; ces jours où notre conducteur n’était pas encore Dave, mais Frenchy.qui nous donnait des conférences sur l’Amérique, et plus tard.Tex, qui avait connu les Cosaques et le chœur des Petits chanteurs de Vienne, puis Rudi, gros homme au cœur tout à fait conforme à sa taille.Lorli et Illi nous manquaient ces années-là; nous les avions confiées à un pensionnat du Bronx.J'ignorais encore l'existence des cours par correspondance de l’école Calvert de Baltimore.Les directeurs de cette école sont vraiment à la page.Vous n’avez qu’à écrire, mentionnant le degré du cours, et vous recevez dans un colis bien emballé tout le travail d’une année entière, sans oublier le papier et les crayons.Ainsi donc nos deux grandes babillardes purent nous rejoindre; dans les tournées subséquentes, toute la famille était réunie.Après leur « collation de diplômes », nous avons procédé de la même manière pour Johannes.Johannes ! Une idée surgit, fruit de ma méditation, et me fait sursauter sur mon siège.« Attention, tout le monde ! », m’adressant à toute la famille en bloc.« ne devrait-il pas y avoir une assemblée de la Commission scolaire ?» Johannes fait la sourde oreille.Lorli reprend le même thème à haute voix, dans l'intention d’être bien comprise: « Johannes est vraiment privilégié de pouvoir suivre ses cours dans l’autobus.» Aucune réponse.Alors, il y eut séance.Une longue expérience nous avait appris à nous organiser rapidement.11 fut décidé sur-le-champ que je serais directrice de l’école.L'abbé Wasner serait professeur de latin et de catéchisme; Agatha, professeur d’angais et Maria, de mathématiques.Rosmarie et Martina assumeraient l’enseignement des beaux-arts.Hedwig s’occuperait des travaux manuels et de l’orthographe, Lorli, de l'histoire.Il ne restait que Werner.Il fut élu concierge à l’unanimité.Lorsque la séance fut levée.Johannes, qui n’avait pas quitté Dave, sentit un bras se glisser autour du cou.C’était Maria qui l’avait pris au lasso et l'entraînait avec fermeté à l’arrière de l’autobus pour contempler avec lui les mystères de l’algèbre.L’année scolaire était ouverte.Fairhaven, Vermont.Vrombissant, l’autobus grimpa un pente dangereuse, cahota furieusement à une traverse de chemin de fer, se remit à grimper, descendit et se dirigea vers Granville.De l'autre côté de l’allée, l’abbé Wasner avait déposé son bréviaire et commençait la lecture de Guerre et paix.Le père affectionne les ouvrages de taille.Un jour, la lecture de L'Idiot de Dostoïesky l'avait remué profondément, si profondément que, lorsque arriva sur ces entrefaites un ami russe de passage à Cor Unum et qu’il n’avait revu depuis des mois, il l'accueillit à bras ouverts: « Mon cher Docteur, depuis que j’ai lu L'Idiot, je vous comprends beaucoup mieux ! » Novembre 1962 79 ?»?»?.Soudain.Dave klaxonna longuement trois fois; cetait notre cérémonial lors de la traversée d'une frontière d’Etat.Et nous avons chanté en choeur: «Au revoir.Vermont.Anf Wiedersehen ! » A notre arrivée dans l'état de New York.Johannes changea de classe pour sa leçon d’orthographe avec Hedwig.Leurs voix dominaient le bourdonnement des roues: « Epelle vociférer.» — « V-o-c-i-f-é-r-e-r » — « C'est bien.Maintenant, que signifie ce mot ?» Et Johannes, froidement: « Tu devrais le savoir.Tu es une femme.» — « Ça va faire ! » Hedwig préféra ne pas donner de commentaires.« Eh bien ! voici un mot pour les hommes.Epelle: « vorace ».Aucune réponse.Quelques minutes s'écoulèrent et ce fut le silence dans l'autobus.Puis la voix de l'élève nous parvint d'un autre endroit: «Jadis nos pères eurent maille à partir.» — « Lorli.ça n'a pas de sens.Tu devrais dire: eurent du mal à partir.» Pourtant, je n'en étais pas sure.Johannes continuait « .nos pères engendrèrent sur ce continent.des querelles.» — « Oh ! quelle est donc cette bonne senteur ! » Je n'aurais jamais cru que l'heure du dîner pût venir si tôt.A l’arrière de la voiture, Maria s'empressait de nous préparer un pique-nique royal: des Wiener schintzel1 froids avec salade de concombre et de pommes de terre; pour nous mettre en appétit, nous aurions des tranches de carottes et des branches de céleri cru; pour dessert, de la Limer Tarte.Le café chaud dans des bouteilles thermos fut servi avec de la crème fouettée de la maison.Un peu de crème se répandit par inadvertance sur le soulier d'Hedwig.« Pardonne-moi » dit Johannes.Ce mot me rappela un incident particulier.C’était pendant notre deuxième tournée de concerts aux Etats-Unis.L’autobus attendait devant l’hôtel.L’heure du départ était arrivée et le conducteur avait klaxonné à plusieurs reprises.Mais il y avait comme toujours quelques retardataires, et j'étais du nombre.Quand finalement chacune sortit de l'hôtel à pas lents, tout en causant allègrement avec sa voisine, et que nous fûmes montées dans l’autobus avec notre petit air candide, une atmosphère glaciale et quelques remarques caustiques nous accueillirent.Puis, soudainement, la bombe éclata.Chacun eut quelque chose à dire: et quand chacun eut dit quelque chose encore, ce fut sur une note plus haute.On s’emporta, les visages rougirent, des éclairs passèrent dans les yeux.La tempête s’était levée si rapidement que.le calme revenu, personne n’eût pu dire qui avait lancé la première pierre.Le capitaine, mon mari, se leva et nous intima l'ordre de nous asseoir et de nous tenir tranquilles.Ce que l’on fit.Quelques instants après, il reprenait la parole, posément.« Maintenant, que chacun s’excuse.» Tous, en effet, regrettaient déjà l’incident.Le capitaine nous rassembla autour de lui pour nous expliquer ce qu’il appelait jadis, au cours de ses voyages à travers le monde à bord d’un quatre-mâts un Tropenkoller, une soudaine flambée d’humeur toujours possible chez des personnes contraintes à vivre dans l’intimité pendant un certain temps.II nous mit en garde contre ce jour malheureux où chacun ne pourrait plus supporter la vue de son voisin.« De petits riens peuvent nous rendre fous », continuait ?mon mari.« mais si nous avons l’œil ouvert et si nous sommes sur nos gardes, des explosions de colère comme celle-ci peuvent être évitées.» Que de fois ses paroles nous sont revenues en mémoire! Comme il avait raison! I obligation pour un groupe de vivre étroitement dans le même espace restreint sept ou huit heures par jour, sans espoir d'évasion, peut produire une atmosphère de tension.Nous avons toutes nos petites habitudes.L’une s'assoit avec nonchalance, l'autre s’éclaircit le gosier vraiment trop souvent; une troisième aurait « toujours » I air de sortir du lit ou se sentirait fatiguée aux moments les plus inconvenants tout en exigeant le silence des autres.Quand les hôtels sont bruyants ou que nous avons manqué de sommeil, une personne, n'importe qui.peut nous donner sur les nerfs.Il y eut plus d'une tempête dans notre vie errante, des coups de vent accompagnés d’éclairs et de tonnerre.souvent de larmes aussi, pleurs d'âmes courroucées ou « à qui tout le monde en veut ».pleurs, finalement.lourds de repentance.Malgré ces heurts, nous avions conscience qu’au fond du cœur nous nous aimions beaucoup les uns les autres et qu’il n’etait pas de sacrifice trop grand quand il s’agissait de nous entraider.Après le café, c'est le moment d'incliner les sièges pour une courte sieste.Sans faire de bruit, après mûre réflexion, je choisis parmi les volumes « à lire de toute nécessité », un exemplaire intitulé: Comment maigrir ou Comment compter les colories sans douleur.Enfin, je m'endors à mon tour.Au milieu de l'après-midi, le train-train quotidien avait repris.Johannes était invité à venir prendre place auprès de l'abbé Wasncr pour la leçon de catéchisme.Hester vint me rejoindre et m’aider au dépouillement du courrier volumineux accumulé durant les derniers jours à Cor Unum.« Chère Madame X.Merci de votre bonne lettre.» Et de l’autre côté de l'allée: « Homicide point ne seras.» Lorli et llli se mirent à pelotonner de la laine en prévision de leurs tricots de Noël.Hedwig parcourut d'un coup d'œil rapide l'intérieur de l’autobus pour bien s’assurer que tous étaient éveillés; puis, « Ne vous inquiétez pas.c’est moi ».elle prit son poinçon et tomba à bras raccourci sur sa pièce de cuir.Ce qui signifiait des portefeuilles et des liseuses, aussi pour Noël.De l’arrière nous parvenait un crissement continuel.Wcrner s’adonnait à son métier d’orfèvre.Sa spécialité ?Convertir de vieilles pièces de monnaie en jolies broches ou en pendentifs.Et pourquoi ne profiterait-on pas des voyages pour accomplir l’opération du polissage ?Martina était à ses esquisses; le motif choisi semblait une feuille d’érable canadien; sans doute, un cadeau pour Jean.Devant moi, pensive.Agatha suçait le bout de son crayon, en quête d’idées pour ses cartes de Noël de linoléum incrusté.Je reprenais: « Cher Monsieur Z., en réponse à votre lettre.» « Cher Monsieur F., après réception de votre requête.» — « Dieu en vain tu ne jureras.» Un crissement, puis un martèlement de poinçon.Un autre crissement et encore le poinçon.« Cher Monsieur B.» La vie continuait.i Suite à la page 82) ?«?80 LECTURES FAITS et^^Y“7 COMMENTAIRES -—*¦'- ¦¦ -Le Prix de l'OCIC au Festival de Venise— V ESI SE (CCC) — Au 2 léme Festival cinématographique international de Venise, l'Office catholique international du Cinéma (OCIC) a attribué son prix, destiné à une œuvre qui « par son inspiration et sa qualité contribue le mieux au progrès spirituel et au développement des valeurs humaines », au film Term of Trial (Le Verdict) de Peter Glenville (Grande-Bretagne), qui « dénonce avec justesse et sincérité l'hypocrisie d'une certaine société ».Un ouvrage sur Claudel Joseph Barbier vient de publier, chez Marne, un ouvrage qui a pour titre Claudel, poète de la prière.Il s'agit d’un choix de poèmes claude-licns largement commentés.a " édition du Webster Il semble que la nouvelle édition du dictionnaire Webster aux Etats-Unis ait donné lieu à une véritable levée de boucliers.Remplaçant celle de 1934.la nouvelle édition ne tient plus compte des distinctions qui existent entre la langue écrite et la langue parlée, et n'appose nulle part l'étiquette « familier » quand il s’agit de vocables utilisés dans une conversation sans apprêt.Les critiques ont été d une virulence extrême envers les éditeurs, les accusant de saboter la langue.Et I on a conseillé aux personnes soucieuses de bien parler de s’en tenir à l’édition précédente.Le malheur est que cette édition est en voie de s’épuiser.— Un numéro d'Orient SUR Je cinéma et (a miâôion La livraison d’octobre de la revue Orient est entièrement consacrée à l’étude du cinéma dans une perspective missionnaire.Ce numéro, d’une présentation soignée et d’une qualité exceptionnelle, mérite d’être signalé à l’attention de nos lecteurs.Vient de paraître: une réédition en deux volumes de IHISTOIRE DU CANADA de Al.le chanoine Lionel Groulx.Sous presse: une réédition refondue d'un ouvrage depuis longtemps épuisé: JEANNE MANCE de Marie-Claire Daveluy.Une nouveauté: LE BI-BLIOTHECARl AT, ouvrage de Raymond Tanghe qui vient d’être lancé à Sherbrooke.Novembre 1962 81 67 François M auriac et les prêtres bcrnanosiens Dans l'un des derniers « blocs-notes >> qu'il publiait dans les Nouvelles littéraires, François Mauriac portait, sur les prêtres hernanosiens, un jugement fort intéressant: « la:s prêtres hernanosiens, et surtout le curé de campagne, ne paraissent pas vrais à la plupart de leurs confrères vivants, qui ne se reconnaissent pas dans ces créatures inventées dont les problèmes sont à leurs yeux de faux problèmes.Ils ont tort et raison à la fois.Les prêtres de Bernanos ne sont pas observés.Je doute si la vie réelle en a fourni aucun à Bernanos (à part quelques traits).Ils relèvent tous de cet abbé saint et terrible dont Bernanos portait en lui le germe, ou plutôt la lave, et dont le roman l'aura en partie délivré: les saints, les médiocres, et même un maudit comme l'abbé Cénabre, sont les répliques successives du prêtre refoule qui possédait Bernanos et qui différait des vivants par le génie, certes, mais aussi par un article du Credo qui parait être chez Bernanos une vérité d expérience, c'est que le mal est quelqu'un.Le démon.» (Les Nouvelles littéraires, /5 septembre M2, p.18) et des fi ivres Ne lisez point un livre avec un esprit critique pour en disputer, ni avec trop de crédulité, ni enfin pour faire usage dans vos discours de ce que vous aurez retenu; mais lisez pour examiner et pour penser.Il y a des livres dont il faut seulement goûter, d’autres qu'il faut dévorer, et d'autres (mais en petit nombre) qu'il faut mâcher et digérer.J'ai voulu dire qu'il y a des livres dont il ne faut lire que des morceaux; d’autres qu'il faut lire tout entiers, mais en passant; et quelques autres, mais qui sont rares, qu'il faut lire et relire avec une extrême application.Il y en a aussi plusieurs dont on peut faire tirer des extraits; mais ce sont ceux qui ne traitent pas des sujets importants, et qui ne sont pas écrits par de bons auteurs.La lecture instruit, la dispute et la conférence reveillent et donnent de la vivacité.En écrivant, on devient exact, et on retient mieux ce qu'on lit.Celui donc qui est paresseux à faire des notes, a besoin d une bonne mémoire.Celui qui confère rarement, a besoin d'une grande vivacité naturelle: et il faut beaucoup d’adresse à celui qui lit peu, pour cacher son ignorance.Francis BACON •?, Une famille en roulotte (suite de la page 80) Nous étions au cœur de l’état de New York lorsque I abhé Wasncr annonça la répétition journalière.« Qu'avez-vous besoin de répéter, nous fut-il un jour demandé, si vous reprenez le même programme chaque soir ?» Hh bien î voilà justement pourquoi ! Quand 1 on redonne le même répertoire de jour en jour, il faut prendre bien garde aux petites imperfections qui peuvent s’introduire; aussi, fréquemment nous repassions toutes nos chansons, même les mieux sues, les chantant lentement d'un bout à l’autre, ^ feuille de musique en main.De plus, toute saison ?nouvelle apportait de nouveaux chants; ce qui nécessitait a notre tournée d’automne, des répétitions d airs et d’arrangements moins familiers qui exigeaient plus d’attention.Chacune de nos chansons a son histoire.Old black Joc me rappellera toujours les Laurentides canadiennes où notre chœur l’étudia pour la première fois.Nanitu Nona fut étudié durant le trajet de Framingham a Boston.Chose curieuse.Pastores ad Belem éveille dans mon esprit non pas tant Bethléem que les interminables champs de maïs de l’Illinois.Et In the Bleak Midwinter - me suggère, entre autres choses, les orangeries de Floride.Ce jour-là, I abbé Wasner nous tendit l'ancienne et belle mélodie Joy to the World.La fervente simplicité de cette musique nous avait toujours charmés.Maintes et maintes fois nous la reprîmes sur la grand-route, sur les ponts, à l'ombre des gratte-ciel de New York; comme Dave nous pilotait dans le cœur de la ville, nous chantions encore: « Que l’univers exalte sa joie ! Le Seigneur est venu; que la Terre reçoive son Roi.» Un moment, il en était ainsi au début de toutes nos tournées, la vue de New York me rendit nerveuse: mais je chassai bien vite cette imprersion.La réponse semblait monter des paroles que nous chantions: « Joie au monde ! Le Sauveur règne.Que les hommes chantent a pleine voix ! » J'étais convaincue, nous l'étions tous, que la musique peut constituer un lien, une mission, pour amener les familles, même les nations, vers un commun accord.Avec un soupir de satisfaction, je regardai Dave qui ralentissait devant l’hôtel Wellington et je remarquai le visage souriant du portier qui nous reconnaissait.Bientôt nous serons à l’hôtel.Hester signera l’enregistrement et nous, nous chercherons une copie du magazine Cue, afin d’organiser notre ! unique soirée de liberté à New York.« A la hâte, chacun rassemblait les effets dont il t aurait besoin.Devant l’autobus, Dave se détendait 4 un peu.« Quels sont les ordres pour demain.Père ?* ÎEt comme nous descendions devant les sourires accueillants de Al.Ray, Benny et John, nos commis d'hôtels accoutumés, le Père Wasner fit la dernière ?annonce de la journée: « Demain, répétition à trois ?heures.Après demain, départ à neuf heures.» 1.Rouelles de veau, escalopes.2.Dans les froides journées de janvier.82 LECTURES INDEX DES AUTEURS Jean-René Milot, c.s.c.UN LIVRE d'une grande portée LITURGIQUE POUR UNE PRIÈRE COMMUNAUTAIRE 175 pages $2.25 FIDES 25 est, Saint-Jacques Montréal ANDERSCH (A.),p.75 ANGERS (P.), p.67 BAUDIMENT (Chan.L.), p.72 BERNARDI (F.), p.75 BESUS (R.), p.75 BOSSUS (F.), p.69 BOURCOIS-MACE (A.), p.70 CANETTI (C).p.75 CARVEL (R.), p.75 CASSOLA (C.).p.75 CHARBONNIER (J.P.), p.75 COLETTE, p.73 COMBALUZIER (C.), p.75 CURTIS (J.-L.), p.75 CURTISS (M.).p.75 DANIEL-ROPS, p.75 DECAUX (A ), p.76 DUPUY (J.), p.61 DUVAL (A.), p.68 DUVAL (A.), p.73 * * * Ecrits du Canada français, p.68 FERLET (R.), p.76 GALLEZE (E.), p.59 GELINAS (•P.), p.69 GUAY (J.), p.69 HARTOG (J.de), p.76 JAVELET vR ), p.76 KAZANTZAKI (N.), p.63 LAMARRE (L.), p.76 LAMBERT (A.), p.76 LARIDAN (P.), p.73 LINDQUIST (W.), p.73 MARCOTTE (G.), p.65 MARITAIN (R.), p.71 MUNO (J.), p.76 O CALLAGHAN (S ), p.76 PARENTEAU (H.-A.), p.67 ¦* * {f Prières chrétiennes, p.70 REMISCH (F.), p.76 ROCHE (A.), p.70 ROMAINS (J.), p.76 ROUSSEAU (P.), p.76 SAINT-PIERRE (M.de), p.71 SEDILLOT (R.), p.72 SIDOT (D.), p.76 THURIAN (M.), p.71 REVUE MENSUELLE DE CULTURE ET DE BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE publiée par le SERVICE DE BIBLIOGRAPHIE ET DE DOCUMENTATION DE FIDES 25 est, rue Saint-Jacques, Montréal-1 — Un.1-9621 Direction: R.P.Paul-A.MARTIN, c.s.c.Rédaction: Rita LECLERC Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l’affranchissement en numéraire et l’envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.Abonnement annuel: $2.00 Le numéro: $0.20 - Publication approuvée par l’Ordinaire - LECTURES Novembre 1962 83 5 page d’ANTHOLOGIE csCa famiife OTRE tournee d’automne débute un mardi de septembre 1949, je crois, par un matin ensoleillé.L’air est vif.Les montagnes autour de nous flamboient de rouge et d’or.La vallée de Stowe est noyée sous une épaisse brume blanche.Soudain, la voix de l'abbé Wasner retentit: « Neuf heures, en route ! » « Neuf heures, en rou-oute » reprend à l'octave, Johannes, de toute la puissance de ses poumons de dix ans.La longue salle à manger aux boiseries de pin de Cor Unum résonne du bruit des tasses que l'on abandonne pendant que tous se lèvent d’un bond.Nous connaissons le signal du départ.A l'extérieur, l'autobus bleu de la compagnie Cosmopolitan Tourist nous attend sous le peuplier, et Dave, le conducteur, est prêt à s'occuper de nos bagages.Nous ne disposons que d’une demi-heure pour voir aux derniers préparatifs, car nous savons d’expérience que, pour l’abbé Wasner, « en route » veut dire: tout le monde à sa place et l’autobus déjà en troisième vitesse.Tout le monde se disperse donc.Les derniers moments nous ont toujours été pénibles, bien que nous ayons beaucoup appris depuis le temps où mille complications marquaient nos départs.Ce jour-là, dans le soleil du matin, d’abord Dave et les garçons rangeaient le nécessaire pour la scène: trois grandes valises contenant les costumes, la viole de gambe de Werner, l'épinette dans sa caisse, et, pour finir, un sac bleu de toile où l’on plaçait les supports amovibles, article qui prenait souvent un malin plaisir à rester en arrière.Puis, le père Wasner apportait les boîtes de volumes et de feuilles de musique, ainsi que des vêtements sacerdotaux; Martina, ses pinceaux et ses tubes, Agatha, une petite machine à coudre portative.Maria s’assurait que les dix flûtes à bec et son accordéon occupaient le siège qui leur revenait.Johannes l’imitait pour son herbier et sa casquette défraîchie de chat sauvage.En outre, chacune des demoiselles avait préparé une mallette de grosseur respectable et ses « nippes », une sacoche bourrée que tout le monde aurait pris pour un petit chien de salon trop bien nourri.En ce qui concerne la mère, ses besoins étaient depuis longtemps réduits à un modeste minimum rassemblé avec soin dans sa chambre, que Werner, Dave, Johannes et deux garçons de ferme trouvaient moyen de descendre en titubant.D’abord venaient ses « nippes ».une valise, une grosse boîte de volumes et une guitare; puis une machine à dicter en deux parties (connues sous les noms de Pierre et Paul), une machine à écrire et une serviette pleine de correspondance.Suivait un mélangeur mécanique vieillot, On connaît l'extraordinaire succès qui, de par le monde, a accueilli le récit des aventures de la famille Trapp, tel que paru dans l’ouvrage La Famille des chanteurs Trapp.Dans un nouvel ouvrage intitulé Sur les routes du monde, la baronne Von Trapp continue ce captivant récit plein d'humour et de charme.Le chapitre ci-dessous est extrait de cet ouvrage qui vient de paraître chez Tides.(N.D.L.R.) surnommé DC-3 à cause des insupportables grincements de ses rouages lorsqu’il convertissait carottes, épinards, piments, céleri, persil ou tomates, en minéraux et vitamines liquides nécessaires aux longs voyages.Je n’oubliais pas non plus, et pour cause, les grands sacs pleins de carottes, épinards, piments, céleri, persil et tomates.Et pour finir, l’article préféré de tout mon cœur, le Dormiphone, instrument merveilleux qui tâche de nous enseigner les langues et nous fait tourner gentiment des disques durant le sommeil.Un mécanisme d’horlogerie le met en marche et les écouteurs placés sous l’oreiller font le reste.En un rien de temps vous vous éveillez en parlant français couramment.J’avouerai que, pendant toute la durée de la tournée.je n’ai pas une seule fois accompli ce miracle; bien que je me sois levée certains matins marmonnant: « Le grand-père est assis dans sa chaise.La grand-mère est assise devant la table.Le père et la mère sont assis sur le canapé.Les enfants sont assis par terre.» A la fin, fatiguée et malade d’aider cette famille à s’asseoir, j’achetai d’autres disques, disposai le réveille-matin, et me réveillai au son de la quatrième symphonie de Bruckner.Enfin, tout était prêt.Et c’était le moment des adieux éplorés: adieux à Jean, qui ne devait rejoindre Martina et notre groupe que dans quelques semaines; adieux à Pierre et à Thérèse, à Julie Cannan et à Tante Caro, ces « âmes justes et craignant Dieu » qui veilleraient à l'entretien de la ferme pendant notre absence; adieux à Erika, dont la petite Barbara viendrait au monde dans quelques mois.Puis l'on compta rapidement les têtes à mesure que chacun montait dans l’autobus.Un coup de klaxon sonore, Dave referma la porte, l’autobus se mit en route.L’abbé Wasner consulta sa montre.« Dix minutes de retard », dit-il sur un ton de reproche.Tandis que la voiture descendait lentement la pente, avec inquiétude, je vérifiai encore une fois.Personne n’avait-il été oublié ?Johannes, qui aimait « conduire », se tenait à l’avant, tout près de Dave.Agatha, notre aînée, occupait le premier siège derrière lui.De l’autre côté de l’allée, Hester Root, ma secrétaire en ces années révolues, organisait le secrétariat: papeterie, papier carbone, machine à écrire, attache-feuilles.« Dave, arrêtez donc à Stowe que je téléphone à Jean.J’ai oublié quelque chose.» Oui, Martina était vraiment avec nous ! (Suite à la page 79)
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