Lectures, 1 janvier 1962, janvier
LECTURES Nouvelle série — Vol.8 — No 5 Montréal SOMMAIRE Littérature engagée ou écrivain engagé ?.p.130 ?Maurice Hébert.p.132 ?La Montagne secrète de G.Roy.p.135 ?Dans la Coll.Connaître la Bible: Josué - Daniel .p- 139 ?Le Calepin d’un flâneur de F.Leclerc.p.141 ?Oeuvres poétiques de P.Morin .p.142 ?Notices bibliographiques p.147 ?La critique littéraire .p.160 JANVIER 1962 Paul-Emile ROY, c.s.c.(photo André Larose) (voir à la page 130) Littérature engagée?Le R.P.Paul-Emile Roy, c.s.c., l'un des principaux collaborateur de notre revue, vient de publier, sous le titre L’Engagement chrétien, un ouvrage qui invite à l'examen de conscience, à la réflexion et au dialogue.C’est un ouvrage de grande classe qui devrait être lu par tous les professionnels, les éducateurs e.les militants d'Action catholique.Pour le bénéfice de nos lecteurs, nous publions ici un extrait de cet ouvrage, extrait qui aborde le problème toujours discuté et plus que jamais actuel de la littérature engagée.(N.D.L.R.) L'expression « littérature engagée » sonne faux.Il faut bien l'admettre.C'est quelle évoque une profanation de la connaissance littéraire.La littérature qui s'engage viole la plupart du temps ses lois propres.Elle est lésée dans son autonomie.Ainsi tous ces romans qui sont écrits pour exposer et défendre des thèses.Ainsi ces pièces de théâtre qui s’appliquent plus à illustrer un système philosophique qu'à mettre en scène des hommes qui évoluent aux prises avec les données de la condition humaine.Ainsi encore ces poèmes qui veulent consciemment édifier et ressemblent plus à des sermons qu'à des créations du verbe.De telles œuvres ne sont même pas de la littérature à proprement parler.Tout au plus pourrait-on les situer dans cette catégorie qu'on appelait autrefois didactique.Si nous préconisons une littérature engagée, ce n'est donc pas dans le sens que cette littérature renoncerait à ses lois propres pour se mettre au service de la morale ou de la philosophie.C'est plutôt dans celui d'une option de hase qui influence la vie humaine dans sa source, dans son jaillissement premier et impose une qualité spéciale à toutes nos activités, la création littéraire comme le reste.Pour bien comprendre cette affirmation, il faudrait ici expliquer longuement le sens de la connaissance littéraire.Pour être bref, prenons l'exemple du roman.L’auteur, quand il écrit un roman, met en scène des personnages qui ont été pris en partie dans la réalité et qui ont jailli en partie de son intimité personnelle la plus profonde.Même s'il emprunte à la vie réelle des personnages qu'il a connus, il ne retient de ces êtres réels que ce qui le frappe, ce oui l'intéresse, ce qui s'accorde à son intention.Qu'il le veuille ou non, il leur ajoute aussi auelque chose de lui-même.(Cela, il serait facile de le montrer en faisant appel à la phénoménologie.Nous connaissons les êtres par I rapport à nous, par les questions qu'ils nous posent, les dérangements qu'ils occasionnent dans notre univers personnel, les appels qu'ils constituent, bref,'par la place qu'ils prennent en nous.) Il lance ensuite ces personnages dans une aventure, dans un univers qui est encore une fois constitué d'une synthèse de l'univers extérieur et de son univers personnel.Le roman est ainsi, en quelque sorte, un petit monde fermé qui est le monde réel une fois qu'il a passé à travers le monde personnel de l'auteur et a été marqué par lui de façon profonde et ineffaçable.L'art n'est pas une photographie du réel.Il serait bien incapable d'ailleurs d'en donner une photographie adéquate.Il est une imitation de la réalité si l'on veut emprunter le mot d'Aristote, mais une imitation transformante.Le monde est inépuisable.Il jaillit de Dieu comme de sa Source intarissable et c'est en Dieu seul que son explication est adéquate.Mais le sens de l'art est un effort de l'homme de refaire pour son compte, en le faisant passer par ses facultés de connaissance, l’œuvre de création de Dieu.De même que le monde est un effet accidentel, nullement nécessaire de cette connaissance que Dieu a de Lui-même, car saint Jean nous dit que tout a été fait par le Verbe, de même l'homme veut créer un Univers qui soit le fruit de la connaissance qu'il a de lui-même.L'art est le fruit de cette connaissance que l'homme a de lui-même, en tant qu'il est un être libre et autonome enraciné dans l'univers qui l'entoure.C’est pourquoi d'ailleurs, il est toujours tenté par l'émancipation et tombe dans la révolte quand il oublie que malgré son autonomie, il reste de l'ordre de la contingence.Ce qu'il est essentiel de retenir pour notre propos, c'est que l'art est la création d'un petit univers qui évolue suivant le complexe des idées, des sentiments, des expériences de l'auteur.Un univers organisé formant un réseau de dépendances, de relations, de communica- LECTURES ou écrivain engagé?lions.Bref, un univers ayant un sens.Ce sens, d'où vient-il ?Il vient de l’intuition profonde de l'auteur.D'où est impliqué finalement dans l’œuvre d'art une vision de l'univers et de la condition humaine, vision qui est celle de l'auteur.Celui-ci donne à son œuvre une intelligibilité, un sens.Ce qui faisait dire à Baudelaire que la poésie, on pourrait aussi bien dire la littérature, est « essentiellement mais volontairement métaphysique ».Métaphysique, c'est-à-dire quelle implique une conception de la destinée humaine.Essentiellement, cela est dans sa nature, et sans cela, il n’y a pas de création artistique, pas de création d’un monde organisé, significatif.Involontairement, sans vouloir enseigner, sans recours à une philosophie discursive; c’est un monde organisé qui émerge de la conscience du créateur.Quand nous disons qu'une littérature doit être engagée, nous entendons que c'est cette vision totale de l'univers qui doit être le fruit dune option profonde.Le littérateur catholique a posé cette option et elle doit informer toute son œuvre de création.Il ne s'agit pas pour lui d'enseigner, d'exposer les données de sa foi.Mais l'univers qui émerge de sa conscience doit être éclairé par les données de la foi.Et cela doit se faire naturellement, sans intervention extérieure dans le mouvement créateur, mais par l'intérieur, je dirais même de façon involontaire au moment de la création.Cette option est antérieure à l'inspiration et quand celle-ci se produit, elle ne doit avoir d'autres lois que sa spontanéité, d'autres guides que sa fidélité aux voies profondes de la conscience.Une littérature chrétienne authentique n'est possible, dans ces conditions, que si la foi a imprégné, par une lente et profonde maturation, les réactions les plus intimes du créateur en face de l'univers, les mouvements de sa sensibilité et de son imagination, ses idées et ses souvenirs.Ce qui revient à dire qu'au fond, la littérature ne peut pas être engagée, mais elle doit être produite par un homme engagé.Ceci est d'autant plus normal pour un chrétien que le christianisme n'est pas une philosophie, ni une morale, ni un système de pensée, quel qu'il soit, mais une vie, une certaine manière de vivre, une participation à la vie de Celui qui s'est dit la Voie, la Vérité et la Vie.Il n’y aura pas de fanatisme dans cette littérature, ni de parti-pris; elle émanera d'une expérience existentielle par mode de création ordinaire.La grosse difficulté évidemment, c'est que nous ne sommes pas toujours à la hauteur de notre foi.En accordant des personnages ou des impressions aux vues de la foi, nous nous éloignons de nous-mêmes et l'œuvre littéraire prend un accent faux.Elle est artificielle, vide.La faute n'est pas à imputer à la foi, ou à une certaine incompatibilité de l'art et de la foi, mais à notre carence personnelle.C'est que nous sommes doubles, que la foi ne colle pas à notre être profond, quelle n’est pas latente à toutes nos démarches.C'est que notre pensée n'est pas le fruit de l’expérience que nous faisons de Dieu et de la condition humaine.Dans ces conditions, il est impossible de trouver l'accent juste.« On ne parle pas de Dieu de mémoire », disait le Père de Lubac.L'engagement, pris en ce sens, est, pour un chrétien, un devoir de fidélité.S'il ne s'en acquitte pas, on pourra toujours l'accuser de duplicité et de trahison.On pourrait même dire qu'il est nécessaire à la littérature elle-même qui, si elle ne s'appuie pas sur une vision profonde de l'homme, risque de sombrer dans le bégaiement et le désarroi.La littérature est liée de très près à l'existence et au temps.Elle peut s’y fourvoyer magistralement si l'inspiration ne possède pas d'assises solides.Au lieu d'exprimer les grandes aspirations d'une civilisation et de dégager sa signification profonde, elle sera victime de ses travers.Si elle ne se nourrit que de turpitudes, elle ne peut exprimer les vraies dimensions de l'homme.Pour un chrétien, le Christ n'est pas un semeur d'idées ni un professeur.Il est la résurrection et la vie et c'est le complexe humain dans sa totalité qui est élevé à cette économie de salut.Si une littérature chrétienne ne peut s'élever à cette économie, non seulement elle n'est pas vraiment chrétienne, mais elle est fausse et porte en elle-même sa ruine.Paul-Emile ROY, c.s.c.invier 1962 131 Elude d'auteur canadien MAURICE UtUtl l Ce gentilhomme dont Québec conservait encore l'exquise espèce à la fin du dernier siècle ou au début du nôtre, cet aristocrate-né dont la courtoisie tenait autant de la prud'homie française que de la charité chrétienne, vit le jour à Québec, le 21 janvier 1888.Par son père, le notaire J.-B.Célestin Hébert, il descendait d'une des plus anciennes familles établies en Acadie; par sa mère, Louise Lang, de Louis Hébert, cofondateur, avec Champlain, de la Nouvelle-France.Après ses études élémentaires à l'Ecole Normale et à l'Académie commerciale de Québec, il fit ses études classiques au collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, au petit séminaire de Québec; il étudia le droit, à l'Université Laval.« Sauf erreur, il exerça sa profession pendant plus de deux ans, de 1910 à 1913, pour accrocher sa toge et devenir fonctionnaire » (L'Illettré), comme le fut un Huysmans.Il fut successivement secrétaire du bureau des Statistiques de la province de Québec, secrétaire du ministère des Travaux publics et du Travail, publiciste du gouvernement de Québec et, à compter de 1940, directeur général du Tourisme et de la Publicité.C’est sans doute pour conjurer les menaces du fonctionnarisme dont les « routines tuent la pensée, du même coup que l'i nagina-tion », qu'il donna des cours de rhétorique française et anglaise au collège de Sillcry, près de Québec, ainsi que des cours à l’Université Laval.Le journalisme et le fonctionnarisme, a-t-il écrit un jour, « ne sont pas des écoles de littérature et d'art.L'on sourira, si j'affirme que le bon serviteur de l'Etat est astreint à sa besogne et que.la plupart du temps, il ne peut prétendre à un avancement sérieux que dans la mesure où il est utile à l'administration.Peu de loisirs lui sont donc réservés.Bientôt, desséché sur place, il sent mourir en lui l'ambition, l'inspiration et jusqu'à l'aspiration littéraires > (Les lettres au Canada français, p.242).Maurice Hébert ralentit son activité littéraire après 1936; handicapé par la maladie, il réservait ses énergies pour sa fonction de publiciste.« Il eut une fin de carrière au ralenti, devenu comme désabusé et détaché d’un monde qui.se singularisant pour se donner l'illusion de l'originalité, trouvait en lui des résonances de moins en moins fortes.11 eut la satisfaction de se retrouver en partie dans sa fille Anne Hébert, l'une des poétesses les plus sincères de l'époque, mais dont la manière et les procédés le devaient dérouter, lui qui jurait par le classicisme des idées et des formes » (L'Illettré).Il devait mourir en 1960.Il avait eu quatre enfants: Anne, Jean.Marie et Pierre, de son mariage avec Marguerite Taché, fille d’Eugène-Etienne Taché, arpenteur-géomètre, auteur de la devise de la province de Québec: Je nie souviens, et petite-fille de Sir Etienne Taché, l’un des pères de la Confédération canadienne.Maurice Hébert était membre de la Société Royale du Canada depuis 1935, officier de l'Instruction publique de France, docteur ès lettres honoris causa de l’Université Laval; il obtint un prix de langue française de l’Académie française: une médaille de vermeil.K ^ 132 LECTURES Il y avait en lui des dons poétiques qu’il a exprimés par la publication d’un certain nombre de poèmes dans la revue de l’Université Laval, Le Canada français, de 1921 à 1925.Dans ces poèmes, on remarque la fidélité à la prosodie classique, l’inspiration lyrique, le travail patient du vers, la désarticulation du rigide alexandrin par l’enjambement fréquent.Dans la fable et le conte en vers, le poète met plus de simplicité et d’abandon.Il serait curieux et intéressant de comparer la poésie classique de Maurice Hébert et la poésie personnelle et profonde en vers libres de sa fille Anne.Le poète a communiqué à ses confrères de la Société Royale du Canada de larges extraits de ses poèmes, mais il ne les a pas recueillis en volume.Son dernier ouvrage, Les lettres au Canada français, annonce, au début, qu’il a « en préparation » des recueils de poésie: L’Aile d’azur, Le Cycle de Don Juan [une série de sonnets], et La Fable en liberté.Dans ce même volume, il annonce également un roman, André Nicole (« roman d’un homme de lettres au Canada »), qui n’a pas été lancé dans le public.Ces annonces d’ouvrages « en préparation » supposent donc des inédits, en plus des articles de critique littéraire qui n’ont pas été réunis en volume.Maurice Hébert est connu surtout comme critique littéraire.Dès 1925, il tient la tribune du Canada français.Pendant quatorze ans, il y fait régulièrement la critique des livres, de concert avec Mgr Camille Roy et le remplace peu à peu.Il a livré au public le recueil de ses meilleurs articles: De livres en livres, .Et d’un livre à l’autre, Les Lettres au Canada français.Celui-ci était destiné à devenir le premier d’une série.Mais l’auteur arrêta là ses publications.Est-ce par défaut de santé ?Par modestie ?Car cet homme est modeste, discret, retiré en lui-même, sans prétentions; ce publiciste officiel ne pousse pas sa publicité personnelle.Est-ce par désabusement ?Se rend-il compte que l’heure des recueils de critiques n'est pas encore venue ?Elève et disciple de Mgr Camille Roy, Maurice Hébert a continué et affermi la fonction de son maître.L’un et l’autre d’ailleurs se sont rendu mutuellement des hommages sincères.Il faut estimer leur rôle de critique en rapport avec la réalité historique où ils ont vécu, sinon on est injuste, faute de base valable de jugement.Comme Mgr Roy, il voit que les lettres canadiennes en sont à la phase de croissance; comme lui, il soutient qu’il faut encourager les écrivains.L’enfant ne se traite pas comme un adulte, remarque-t-il: il a besoin d’être encouragé et non d’être écrasé.Et comment susciter la sympathie du public lecteur, si l’on abat constamment les écrivains ?Mgr Roy, critique, s’est proposé, comme l’a souligné Hébert, « de corriger des inexpériences, d’encourager des efforts, de signaler des oeuvres, et de stimuler, en faveur des écrivains, la sympathie du public », afin de nous aider à demeurer Canadiens et Français (.Et d’un livre à l’autre, p.87s.) Et ailleurs avec un beau souci de l’objectivité, Maurice Hébert a noté: « Personne n’a suivi avec plus de sollicitude que Mgr Camille Roy (une sollicitude parfois trop indulgente, mais soumise à la misère des temps) les progrès variables de nos lettres » (dans Le Canada français, 25 (1937) 437).Il a rappelé brièvement l’historique de la tique littéraire au Canada: « Chez nous, écrit-il dans les années ’30, la critique littéraire a d’abord usé de l’encensoir ou de la matraque avec une égale virtuosité maladroite, aux jours où florissaient, par exemple, Placide Lépine et Jean Piquefort, « au siècle de William Chapman », comme écrit précisément M.Beaulieu [dans Nos Immortels].Et puis, elle s’est largement humanisée avec Mgr Camille Roy, M.Louis Dantin, le Père M.-A.Lamarche, et quelques autres, en particulier M.Séraphin Marion, dont le souple jugement sait se conformer à la preuve, — pour retomber, de-ci, de-là, en une manière crue et violente, plus propre au génie encore vert qu’à l’équitable maturité.» (.Et d’un livre à l’autre, p.29s.) Il arrive encore de nos jours que de soi-disant critiques retombent dans le primitivisme de la béate admiration ou de l’éreintement systématique.Maurice Hébert a voulu orienter la critique littéraire de chez nous vers la maturité, vers une saine critique constructive.Il a fondé sa propre conception sur deux principes fondamentaux: charité et justice', charité qui exige la pénétration sympathique d’une oeuvre pour en comprendre l’angle de vision, charité qui, pour M.Hébert, comprend gentilhommerie et sens chrétien; justice qui exige le respect des auteurs et des ouvrages étudiés, la franchise du verdict concernant la valeur de l’oeuvre.En énumérant les principaux traits du vrai critique, il a tracé en filigrane son propre portrait: « Quels sont, dit-il, les éléments essentiels d’un tel état qualitatif de la critique ?La pénétration sympathique, à laquelle se subordonne toute l’intelligence du sujet et de la psychologie de l’auteur; la profondeur, la variété, l’ampleur et la sûreté de l’information, qui permettent d’éprouver, de comparer et de classer les ouvrages; la fermeté, jointe au tact, dans l’énoncé du jugement; l’honnêteté évidente de l’intention dans l’analyse, l’interprétation et le jugement même du livre; enfin, le sens critique et historique, équilibré par le sens du relatif et la prime et prompte justesse du goût.Car c’est le goût qui tranche, au milieu des flottements, anv'er 1962 133 des incertitudes et des angoisses, rançons d'un sens aigu de la relativité.» (Les lettres au Canada français, p.Ils) Il a beaucoup insisté sur le août qui est « un don de nature et un enrichissement de culture », « l'appétence raisonnée du vrai, du bien et du beau », qui joue un rôle important « dans l'exercice raisonné du sens de la relativité * et qui « juge de toutes choses et de chacune en dernier ressort ».Nos contemporains auraient avantage à connaître sa pertinente dissertation sur le rôle du goût dans la critique littéraire (cf.Critiques et critiqués, dans Les lettres au Canada français, p.12-19).Il a formulé explicitement toute sa conception de la critique dans un des articles qu'il a donnés à la revue, Le Canada français Les qualités de Maurice Hébert critique littéraire peuvent se ramener à celles-ci: clairvoyance de l'esprit, justesse du goût, fermeté du jugement, sincérité du vouloir, clarté, précision, élégance du style.Maurice Hébert est un critique de bonne trempe; il est un des pionniers qui, dans une phase de croissance de nos lettres, ont travaillé à une promotion de la critique littéraire canadienne: sa maturité.* * * OEUVRES.— De livres en livres.Essais de critique littéraire; préface de Mgr Camille Roy.Montréal, 1929.250p.— .Et d’un livre à l'autre.Nouveaux essais de critique littéraire canadienne.Montréal, Ed.Albert Lévesque, 1932.270p.— Les lettres au Canada français (1ère série).Montréal, Ed.Albert Lévesque.1936.247p.Maurice Hébert a en outre publié plusieurs poèmes dans Le Canada français: Triptyque de Don Juan (1921, p.308-311 ), Le cycle de Don Juan (1922, p.362-369), Icare et l’hirondelle, La Fable en liberté ( 1923, p.121-123), Puellae (1923, p.276-281), Albert Lozeau (1924, p.588), Le Soulier de satin.— Conte au coin du feu (1925, p.673-681), Salut canadien [à un poète de France) (1927, p.311), Sonnet pour celle qui lisait Nelligan (1927, p.41&),Vivette ( 1927, p.193), Le jour de l'an en famille.Le compliment de Marie (1930, p.374), Simple poème (1930, p.162-163).* * * SOURCES A CONSULTER.— Baillargeon (Samuel), c.ss.r., Littérature canadienne-fran-çaise.2e éd.Montréal, Fidcs [I960].P.339-341.— Blanchard (Thérèse).Bio-bibliographie de Maurice Hébert.Manuscrit.Montréal.Ecole de Bibliothécaires de l’Université de Montréal.1944.20p.— Dantin (L.), Gloses critiques.2e série.Montréal, Albert Lévesque, 1935.P.30-32.— L'Illettré, Maurice Hébert.Dans Le Droit [P.C.] 9 juillet 1960.— Maheux (Arthur), Un premier ouvrage de Maurice Hébert.Dans Le Canada français, 17 (1929) 172s.Romain LEGARE, o.f.m.1.Nous la reproduisons dans la « Page d'anthologie ».Deux nouveautés qui invitent à la réflexion L'Engagement chrétien L'Église ne fait que commencer Paul-Emile Roy, c.f.c.Premier volume de la collection "Foi et liberté".Un ouvrage d'une valeur inusitée.Le sujet, déjà abordé à l'étranger, est repris ici par un éducateur de chez nous.Plusieurs aperçus inédits, des idées neuves, des réflexions frappées, formulées comme des sentences.Un message d'une gronde importance pour tout chrétien.216 pages $2.50 Emile Legault, c.s.c.L’apostolat missionnaire a connu une évolution sons précédent depuis 10 ans.On n'est plus là pour "baptiser les petits Chinois".L'Eglise veut :tro, en pays poiens, une présence, un témoignage.Le champ d'action du missionnaire — religieux ou laïc — ne connaît pour ainsi dire pas de limite.Un livre^ révélateur, fruit d'une enquête de 6 mois en Orient.164 pages $2-00 Fl DES ** AL & 134 LFCTURFn [ ! I * i La Montagne secrète de Gabrielle Roy ?Rita LECLERC Gabrielle Roy vient de nous donner un ouvrage qui tranche nettement sur l'abondance et la bigarrure de la production canadienne actuelle.Alors que plusieurs de nos écrivains les mieux doués, cédant aux modes du jour ou à l'appât de gains faciles, prostituent leur art et leur plume en des travaux qui, pour être lucratifs et retentissants parfois, auront l'éphémérité de la rose sans en avoir la beauté et le parfum, l’auteur de La petite poule d'eau reste fidèle à elle-même et ne nous donne rien qui ne soit longuement mûri, édifié avec art et écrit avec une attentive tendresse.Tout ce qui tombe de la plume de cet écrivain est comme un beau fruit qui vient à son heure, et ne nous est donné qu'une fois bien gorgé de sa ration de sève et de soleil.Cela fait que La Montagne secrète ( I ) est un de ces rares ouvrages qu'on lit d'abord tout d'une traite, mais qu'on voudra ensuite relire, à petites journées, s’arrêtant ici et là pour quelques pauses émerveillées.Gabrielle ROY luer son héros dans le même pays ?Quoi qu'il en soit, ce sont les contrées immenses, grandioses et désertes du Nord-Ouest canadien et de l’Ungava qui verront naître et mûrir l’impérieuse vocation de Pierre.Un soir, dans un coin perdu des territoires du Nord-Ouest, un vieux chercheur d’or, installé près d’une rivière, voit accoster un étrange voyageur.Oui est-il ?D’où vient-il ?Où va-t-il ?Comment le savoir d’un homme aussi peu disposé à causer ?Après une courte halte — le temps de se reposer tout en écoutant les confidences du vieux et en dessinant son portrait — Pierre reprend sa route d’eau.Dans cette dernière œuvre, Gabrielle Roy a voulu nous révéler les arcanes d’une âme de peintre.Elle nous fait suivre, étape par étape, cette sorte de martyre continu qu’est la vie d’un artiste, consumée par un feu intérieur chaque jour plus dévorant.L’artiste n’est pas un personnage très fréquent dans nos lettres; il n’y est cependant pas tout à fait inconnu: qu'on se souvienne, par exemple, du Carrefour des hasards publié en 1959 par René Chicoine.Mais alors que ce dernier mettait l'accent sur les déliquescences d'un artiste qui se fourvoyait, le peintre de La Montagne secrète reste héroïquement fidèle à lui-même et à sa vocation.* * * Est-ce à cause de l'analogie de ce thème avec la quête incessante, dure et périlleuse des coureurs de bois de tous desseins (missionnaires, trappeurs, chercheurs d'or, etc.) que l'auteur a choisi de faire évo- Nous le retrouvons, beaucoup plus loin et plus haut vers le cercle polaire, occupé à prendre le croquis du « dernier peuplier-tremble à vivre sous ces latitudes », petit arbre malingre et solitaire sur lequel il setait apitoyé et qui l'avait séduit par le tendre murmure de ses feuilles.Plus loin encore, dans l'auberge de Fort-Renonciation, l'artiste s'arrête, captivé par le frêle visage d'une petite serveuse, à travers lequel « le sort féminin lui sembla tout à coup pathétique au delà de tout », et il prend le temps de fixer avec son crayon les traits naïfs et émouvants de Nina.L'hiver venu, les hasards de l'aventure et de la route conduisent le jeune homme près du lac Caribou, où il hiverne dans une misérable cabane, en compagnie de Steve, un robuste chasseur danois.Le jour, les deux hommes vont piéger ensemble, et Pierre, s'initiant à ce métier qui doit l'aider à vivre, s'émeut de la détresse des bêtes que traque sans merci l'avide main de l'homme.Le soir, pendant Janvier 1962 735 que Steve se distrait avec des cartes ou son accordéon, l'artiste multiplie les croquis, s’appliquant à cet art difficile qui veut que, pour faire vrai, il faut que « les choses se mettent à en dire un peu plus dans l'image que sur nature ».Ses croquis représentent tantôt la cabane en bois rond qui les héberge, tantôt la meute des chiens faméliques qui sont les compagnons de leurs chasses lointaines.Les rigueurs du métier et les carences d'une alimentation de fortune minent les forces de Pierre qui doit bientôt rester confiné dans son gîte, souffrant du scorbut.Pendant que Steve court les pièges au loin pendant des jours entiers, l'artiste, solitaire et triste, dessine la porte close de sa cabane.Mais un jour que le soleil, si rare l’hiver en ces contrées nordiques, daigne luire faiblement a la petite fenêtre de la cabane, Pierre en reçoit un choc et il se sent revivre.11 redécouvre le prodige des couleurs qu’allume le soleil, et pendant de longs jours il tâche, avec un simple crayon, de rendre ce prodige sensible sur le papier.Devant la joie débordante de Steve, tout heureux de regarder ces croquis qui donnent « envie de chanter », Pierre comprend « que ce que les hommes attendent des gens de sa sorte, c’est par eux d’etre réjouis et soulevés d'espérance ».Que n’a-t-il les crayons de couleur de son enfance pour mieux capter les images colorées et joyeuses du printemps ! Qu'à cela ne tienne ! Steve, qui s’est découvert une tendresse soudaine pour son frêle compagnon, repart seul de nouveau, traverse le lac Caribou en dépit du blizzard, et atteint une réserve indienne où il fait provision de vitamines, de fruits secs et.de crayons de couleur ! Dix jours après, il est de retour à la cabane, avec son précieux butin.Devant Steve émerveillé, qui, sous la touche du peintre, voit renaître le monde, Pierre multiplie les esquisses: des paysages, le gros Steve en chemise à carreaux, la petite Nina d’autrefois, frileusement serrée dans son chandail rouge.Le printemps venu, les deux compagnons d’hivernage reprennent la route, chacun de son côté d'abord, puis ensemble pour se diriger vers le Grand Lac des Esclaves où habite la nombreuse famille de Steve.Pierre y passe l’été, pêchant un peu, dessinant beaucoup.Un jour que, sur le Lac, il peine à reproduire les riches reflets de l’eau, il souhaite avoir des peintures au lieu de ses pauvres crayons.Le vieux père de Steve le confirme dans son désir, en lui racontant qu’à Copenhague où il est allé jadis, il a vu des « tableaux grands comme des murs » et qui.« pour si bien durer, devaient être à l'huile ».Le temps de donner une commande postale à un grand magasin d'Edmonton, et c'est le jour fixé pour le retour au Lac Caribou.L’hiver est là de nouveau, avec ses chasses et ses longues heures de réclusion.Pierre tente d’exprimer ses songes avec les pinceaux, mais « la peinture est matière autrement rebelle * que le crayon.11 se désole de ce que les choses les plus simples soient si difficiles à exprimer.Au printemps, le jeune homme décide de partir seul cette fois, en direction du soleil levant.11 traverse le nord de la province de la Saskatchewan, atteint le nord du Manitoba, navigue sur le Churchill puis sur une rivière inconnue, si belle qu'il s’arrête et s'installe pour « tâcher de peindre cette fresque continue ».Poursuivant sa route, il est par mégarde entraîné dans des rapides.Une branche d’arbre, saisie au passage, le sauve d’une mort tragique, tandis que son canot va se briser sur les écueils et que son coffret à peintures laisse échapper ses trésors.Pierre va-t-il s’apitoyer sur lui-même ?Non.Loin de gémir sur ses biens perdus, il admire « cette rivière étrange se couvrant de taches de couleurs »: « .faillies en tous sens, les toiles aux couleurs fraîches bondissaient, viraient, se dissociaient, puis de nouveau venaient se juxtaposer comme pour composer à la surface de l’eau une suite d’images brisées, sans lien ni signification, quoique belles d'un éclat extraordinaire.Ce ne fut plus que des carmin, des verts acide, des jaunes ensoleillés qui tournoyaient.» (P.84) Beaucoup plus tard, et beaucoup plus loin, dans les inhumaines régions de l’Ungava, on retrouvera la trace de Pierre.Un jeune Esquimau le voit, du haut d'un promontoire, portager péniblement le long de la rivière des Mille-Tonnerres.Il a tôt fait de l'identifier: c'est l'Homme-au-crayon-magique dont il a entendu parler par les Indiens chez qui le voyageur, malade et épuisé, a dû passer l’hiver.Et Orok, qui sait combien il est difficile de reproduire dans la saponite la ressemblance de l'homme ou de l'animal, salue, à distance, plein d’admiration, cet homme dont on dit qu'il a « parcouru presque tout le haut Canada, sans autre but que de peindre sur ses cartons le monde sauvage de Dieu » (p.94).Mais à Pierre poursuivant sa route, une joie étrange et extraordinaire s'offre bientôt: la découverte de « la Resplendissante », cette montagne si fière et si belle dont l'image se grave profondément et pour toujours dans son cœur.Il installe là son campement.Avec fièvre, des jours et des jours durant, il travaille à dessiner la montagne sous tous ses profils, à toutes les heures du jour.A peine est-il distrait par l’Esquimau qui, chassant dans les parages, a fini par s’approcher du peintre.Comparant la montagne et l’ébauche, Orok « sourit d’approbation.L’une et l’autre étaient des prodiges.La montagne, un prodige de Dieu, et ceci, sur le carton, un prodige de l'homme.Du reste, un plus grand prodige peut-être que l’œuvre de Dieu, songea Orok, si l'on considère que Dieu a tous les moyens, et l’homme, peu » (p.105).Pierre s'attarde longtemps auprès de la Resplendissante.Il dessine sans cesse, emporté par un débordement intérieur qu'il ne peut contrôler.Il 136 LECTURES vit dans une joie et une exaltation extraordinaires.Jamais encore il n'a eu aussi pleinement conscience de sa vocation: Il pensait à cette impression qu'il avait maintes fois éprouvé d'avoir en la poitrine un immense oiseau captif — d'ètre lui-même cet oiseau prisonnier — et, parfois, peignant la lumière ou l'eau courante, ou quelque image de liberté, le captif en lui, pour quelques instants s'évadait, volait un peu de ses ailes.Songeur, à demi étendu sur la mousse, Pierre entrevoyait que tout homme avait sans doute en sa poitrine pareil oiseau retenu et qui le faisait souffrir.Mais, lorsque lui-même se libérait, pensait Pierre, est-ce que du même coup il ne libérait pas aussi d'autres hommes, leur pensée enchaînée, leur esprit souffrant ?Cela lui paraissait possible tout à coup.Il en tremblait à la fois de crainte et d'enivrement.Il leva les yeux.Il imaginait voir passer dans le ciel des âmes joyeuses, à tire-d'ailes s’éloignant, délivrées par ceux qui sur terre ont mission de s'occuper à cela, et le font par leur musique et leur chant.(P.113) Tout à la joie de la création, l'artiste ne voit pas que la saison avance, que ses provisions diminuent, et qu'il est dangereux pour lui de s'attarder si tard dans l’Ungava.Une tempête soudaine le ramène à la dure réalité de sa condition.Que faire pour vivre, sinon essayer d’abattre ce vieux caribou qui passe ?Mais l’animal ne cédera qu’au terme d'une longue et épuisante poursuite qui laissera le chasseur exténué, ayant à peine la force de marcher dans la neige qui maintenant l'environne.Dans un lointain village de U côte, — le village d'Orok ! — on le verra venir un jour « les pieds gonflés, à demi mort, portant sur sa poitrine, comme si c'eût été un enfant, quelques pochades abîmées ».On veut l’acheminer vers Montréal ou Québec pour le faire soigner, mais il refuse: « Quand il aura les bras croulants de tableaux pour eux, alors il retournerait vers les hommes, pas avant.» (P.128) Réduit à l'immobilité par la gangrène, il travaille.Il donne quelques leçons de dessin à Orok.Mais surtout, il dessine: les lointains paysages de sa vie, des visages d’esquimaux avec leurs yeux bridés, etc.Un jour, il reçoit une visite inattendue qui bouleversera son existence: un père missionnaire, un Breton du nom de André Le Bonniec.Le vieux prêtre a la révélation de sa vie en regardant les dessins de Pierre: lui qui a vu tant et tant d’objets dessinés par l’artiste, en a-t-il seulement pressenti la beauté avant que celui-ci la lui révèle ?Le Père Le Bonniec est si ému qu’il en a les larmes aux yeux.Et derechef, il parle de recommander Pierre à ses amis de Montréal, d’y faire organiser une exposition et d'y vendre ses toiles.Pierre s'objecte avec force d'abord, ne se sentant pas prêt encore pour « l'épreuve de la confrontation ».Mais le vieux missionnaire se fait si pressant et il a des arguments qui répon- dent si bien à ses intimes aspirations, qujl finit par consentir.Et au printemps suivant, après être retourné prendre une trentaine de pochades de sa Montagne, Pierre file en avion vers Montréal.Nous le retrouvons bientôt à Paris, pour la dernière étape de sa vie.L'exposition montréalaise a été un succès: pour la première fois, l’artiste « a connu la presque douloureuse exaltation de recevoir de l'argent pour des choses dont ç’avait été sa joie de les faire — des choses qu'il n'aurait même pas pu s’empêcher d’accomplir » (p.143).Son talent, reconnu, lui a valu une bourse du gouvernement.Et il est venu dans la Ville Lumière avec le secret désir d'y trouver un guide pour son travail et aussi pour admirer les œuvres de scs illustres devanciers.Paris ne lui offre d'abord que douloureuses déconvenues.Il apprend qu’il a dépassé l’âge limite pour l'inscription aux Beaux-Arts.Puis, une visite au Louvre l’exalte et le désespère: « comment oser peindre dans un monde où il y a eu Rembrandt, Botticelli.Holbein, Rubens !.» Un jour qu’il se promène le long de la Seine, en proie au mal du pays, il lie connaissance avec un passant, et il se trouve que c’est un étudiant en Beaux-Arts à l’académie May-rand ! Les deux artistes fraternisent aussitôt.Stanislas Lanski prend Pierre sous son égide et le présente à son vieux maître.Celui-ci, après avoir jeté un coup d’œil rapide et sévère sur les maladroites pochades de l’artiste canadien, se montre ravi de la qualité de ses dessins.Il conseille à Pierre de s'essayer à peindre Paris: « 11 me faut voir ce que vous pouvez faire avec le sujet de tous et non pas avec je ne sais quelle ensorceleuse montagne de je ne sais quel Labrador.» (P.175) Peindre Paris, une ville qui l’a été tant de fois déjà, et par les plus célèbres maîtres, quelle tâche ingrate ! Pour Pierre surtout, dont le sauvage crayon n'a jusqu'ici dessiné que des objets jamais encore explorés: « Le solitaire, à s’embarquer en des traces faites, lui qui toujours avait ouvert son propre passage, hésitait, se méfiait.» (P.177) 11 se met cependant à l'œuvre, mais le poids du passé l'emportant, il recherche les coins rustiques et humbles de Paris.Ce n’est pas ce que désire le maître: il faut peindre des mouvements de foule.Mais qu'il est difficile à Pierre de travailler au milieu de badauds curieux et désinvoltes ! Pressé par les conseils du maître, l’artiste s’applique, améliore sa technique, mais il n'a plus d’élan et il a perdu son bonheur.Les souvenirs du passé le hantent: c'est sous une lueur d'Arctique que Paris grelottant apparaît sous ses pinceaux; et il revoit, même à Paris, le peuplier-tremble de Fort Renonciation.A Pierre qui dépérit, le maître conseille un jour de reprendre la route et d'aller explorer, pendant trois mois, les contrées sauvages de la France.Tout heureux, l'artiste part, portant son grément de voyage.Il va vers le sud de la France, s’enchante des hameaux perdus qu'il traverse, parcourt la plaine Janvier 1962 137 Je la Crau, dort dans les roseaux de la Camargue.Un après-midi, une faiblesse le terrasse et il se sent las infiniment tout à coup.Une fois remis, il rentre à Paris où Stanislas I aide dans la diflicile tâche de se trouver un gîte convenable pour l’hiver.« Pour bien produire il fallait s’entourer de choses belles à voir, s’assurer un endroit sympathique où travailler, et, surtout, vivre coude à coude avec les peintres d’une même foi » afin de pouvoir « au talent des autres, activer le sien.» (P.191-192) C'est l'idée du Polonais, mais Pierre, habitué à produire dans les termitières du Haut-Mackenzie, ne veut de logis que ce qui s'en rapproche.Il s’installe dans une mansarde et là, se nourrissant à peine et ne sortant que très rarement, il peint avec fièvre: les bois du Nord, un petit campement humain, des arbres tenus où il ne reste que quelques feuilles ardentes.Stanislas vient souvent lui rendre visite et s'il admire les progrès de Pierre dont le pinceau s'allège, il s'attriste aussi de voir l’artiste devenir « aussi fragile que les arbres de son pinceau ».Ne pouvant réussir à faire soigner son ami, Stanislas multiplie les visites à sa mansarde.Un jour qu’il s'est appliqué beaucoup à peindre son propre portrait, Pierre est pris d’une crise cardiaque.Le médecin, mandé par Stanislas, constate qu'il a devant lui un homme prématurément usé; il lui donne une piqûre et prescrit le repos.Mais l'artiste que talonne une exigeante lucidité peut-il se reposer longtemps quand il sent scs forces revenir ?Demeuré seul.Pierre regarde ses toiles avec regret: Là n'était pas son œuvre, mais peut-être était-elle enlin sur le point de se montrer.» Une inspiration soudaine et irrésistible s'empare de lui: la montagne resplendissante, il la revoit, non pas telle qu'elle était dans l'Ungava, mais « coulée, fondue à son propre feu intérieur ».Le peintre se lève, attire à lui un carton frais, commence à disposer de petites touches mauves.Il se hâte, tremblant que lui soit ravi le temps de fixer son rêve.Mais une douleur aiguë le terrasse devant l’œuvre inachevée.* * * Une saveur d’épopée se dégage de cette belle histoire qu'on se plaît à longuement résumer.Racontée par un écrivain moins doué que Gabrielle Roy, elle eût pu facilement paraître invraisemblable.Mais le métier sûr de cet écrivain fait ici merveille.Avec un art consommé, elle rend plausible l’existence de ce personnage de peintre, d’une miraculeuse pureté.Et elle réussit la gageure de rendre sensible et captivant, dans un récit sans intrigue, un drame dont l'intériorité n’était pas facile à saisir.On admire avec quelle lenteur calculée, mais aussi avec quelle constante progression, l'âme de Pierre nous est révélée en même temps que lui- même prend conscience de son exigeante mission.Nous le connaissons de l'extérieur d’abord et d'une manière très frustre et très rudimentaire, puis de l’intérieur et de plus en plus intimement.Chaque personne rencontrée, chaque objet qui arrête le regard de l'artiste, chaque événement de sa vie nous livre un aspect de lui-même, nous révèle une particularité de sa mission.Pour Gédéon, le vieux chercheur d'or, Pierre est un étranger un peu sorcier: il arrive, vous écoute en silence, prend des notes, puis, tout à coup, toute votre vie est là sur un bout de papier grand comme la main ! Pour Nina, la petite serveuse — serait-ce la cousine lointaine de la Florentine de Bonheur d'occasion ?—, Pierre est un homme d’une autre espèce que les autres: il vous regarde comme s'il voyait en vous « plus qu’un corps désirable ou une petite servante »; à un homme pareil qui veut seulement dessiner un portrait, on ne joue pas la comédie, on dit toute la vérité de soi.Pour Steve, le compagnon des longs hivers, Pierre est un homme à la fois attachant et bizarre: ses croquis donnent envie de chanter et il a dans les yeux d'ensorcelantes images, mais qu’il est assommant lorsqu'il s’apitoie sur des chiens peu nourris, ou qu'il se tourmente de ne pas réussir ses croquis — se fait-on du chagrin pour pareilles vétilles ?Pour le vieux missionnaire breton, le peintre est un homme qui apprend à percevoir la beauté latente de la création, c'est à sa façon un collaborateur de Dieu et un lien qui rapproche les hommes.Par Stanislas, l’ami intime à qui Pierre se confie volontiers parce qu'un même feu l'habite, l'âme du peintre nous est révélée avec plus de nuances et de profondeur; et le dernier souvenir que Stanislas emporte de son ami, c’est celui d'un homme au contact de qui « il s'était senti grandir l'âme — ce qui ».ajoute-t-il magnifiquement, « le métier appris, est peut-être la seule façon de grandir en art » (p.219).Ce roman, fait de main de maître, n'a qu'un seul défaut.Le style de Gabrielle Roy n'a pas ici la pureté de ses précédents ouvrages; il y a trop d'inutiles inversions et certaines constructions sont d'une correction douteuse.Mais on perd facilement de vue ce défaut mineur devant la perfection de l'ensemble.L’impression finale qu'on garde de La Montagne secrète est celle d’une belle symphonie, magnifiquement orchestrée, célébrant les vastes espaces et les hautes aventures de l'esprit.Cet ouvrage est écrit avec cette nuance de tendresse si particulière à Gabrielle Roy, et qui rend ses écrits si attachants.Comme Stanislas auprès de Pierre, à lire ce roman, on sent son âme qui grandit.En est-il beaucoup, à mériter cet éloge, parmi nos romanciers ?(I) ROY (Gabrielle) LA MONTAGNE SECRETE.Roman.Montreal, Beau-chemin, 1961.222p.2().5cm.$2.00 Pour tous 138 LECTURKS Dans la collection : “Connaître la Bible” ?DANIEL G.-M.COUTURIER, c.s.c.Nous avons déjà introduit cette collection dans Lectures.1 Les deux brochures dont elle vient de s'enrichir ont autant de mérites que les précédentes, „*t l'ensemble s'annonce comme une réussite de • exégèse française.Comme les précédentes brochures, Josué - est richement illustré de cartes géographiques et doté d'un choix judicieux de reproductions d objets et de sites, reproductions puisées au dossier archéologique et qui constituent a elles seules un commentaire du Livre.La traduction de M.Steinmann prouve encore la qualité de son talent.11 nous donne un texte clair et vif qui ne trahit pas l'original.Dans l’introduction, on nous donne un tableau rapide, mais juste, de la situation politique et ethnique de la Palestine des troisième et deuxième millénaires avant Jésus-Christ.Les sources écrites extrabibliques et l'archéologie, depuis une cinquantaine d'années, nous permettent, en effet, de suivre avec une certaine précision le mouvement des peuples sémites et indo-iraniens sur le sol palestinien.Plusieurs pages sont ensuite consacrées à la reconstitution de l’évolution historique de l’alliance des douze tribus.Nos auteurs s’aventurent peut-être un peu trop sur les origines de ces divers groupes humains, et sur les raisons qui les amenèrent à s’allier.Dans l’état actuel de la critique, nous ne pouvons tout au plus qu’émettre des hypothèses, et encore ne faut-il pas trop oublier, pour cette reconstruction.notre source principale oui n’est autre que la Bible elle-même.Les tribus, du moins leur plus grand nombre, ne doivent pas leurs noms aux régions quelles ont occupées; car.pour la plupart, elles étaient déjà constituées avant la conquête sous Josué.Mais il reste vrai que l’amphictyonie (ligue de clans autour d’un même sanctuaire) n’a connu son véritable essor qu’après la conquête.Toutefois nous ne pouvons nas trop insister sur les amphictyonies de Grèce et d’Italie pour expliquer celle d’Israël.Tout au plus pouvons-nous y voir un autre phénomène semblable, mais indépendants l’un de l’autre.On a bien fait sentir la complexité de la composition du Livre.En gros, nous avons des récits très anciens, remontant sans doute à l’époque des Juges (Xle et XI le siècles), constitués autour du sanctuaire de Gilgal, près de Jéricho, et réunis par une main deuteronomistc au temps de Josias (640-609).Pareil procédé ne peut donc nous donner un tableau précis de l’histoire de la conquête.Que toutes les tribus aient conquis l’entièrete de Canaan sous la conduite d’un seul chef, Josué, c’est évidemment là une amplification oratoire.Les faits ont dû être autrement; pénétration partielle sous Josué, et installation longue et pénible par le mérite des groupes séparés, comme d’ailleurs le laisse entendre le Livre de Josué lui-même, et surtout le premier chapitre du Livre des Juges.Qu'on me permette de faire quelques remarques sur le commentaire.D’après nos auteurs, l’épisode de la prostituée Rahab aurait eu pour origine l’explication étiologique de la présence d’un clan cananéen vivant au milieu des Israélites à Jéricho.J'admets volontiers que Rahab personnifie un groupe.mais ce groupe ne serait-il pas celui des défaitistes qui livrèrent la ville par trahison ?Ainsi l’épisode garde toute sa vraisemblance et son historicité.Les fouilles de Tcll-es-Sultan (Jéricho) ne sont pas américaines (p.45), mais anglaises.De plus, il n’est pas juste d’affirmer que la ville était en ruines à l’arrivée de Josué: de fait, le sommet du Tell a été décapé par l’érosion, et l’archéologie ne peut donc rien nous dire des deux siècles qui ont précédé l’arrivée des Israélites.« Il est évident, les plus vieilles traditions l’attestent.que l’occupation sudiste par le clan de Caleb des benê Juda est un phénomène antérieur à la conquête de l’ensemble du nays par Josué.» (P.81) Cette assurance dépend du premier chapitre des Juges.Le problème est complexe, et on ne peut pas rejeter trop aisément la valeur historique du chapitre 14 de Josué.G.E.Wright a déjà démontré que la région du sud est aussi marquée par des destructions violentes, vers la fin du treizième siècle, date d’entrée des Israélites en Canaan.Il faut donc être plus nuancé dans l’examen de cette question, dont la solution se fait encore attendre.Janvier 1962 139 Nous serait-il encore permis de demander le pourquoi de l'usage constant, dans l’introduction comme dans le texte et le commentaire, de l’expression « Benê Israël » ?C’est un hébraïsme inutile car le mot français « Israélites * traduit parfaitement l'expression hébraïque.Malgré ces quelques remarques le livre garde toute sa valeur, et mérite qu'on le lise.Nous devons à M.Steinmann toute l’édition du Livre de Daniel.Nous avons ici la reprise de son petit ouvrage publié en 1950 dans la collection / emoins de Dieu (Daniel) L introduction reproduit le même texte, mot pour mot; le commentaire a été légèrement augmente.Mais la documentation photographique, très abondante, était absente de l'ouvrage antérieur.Je suis d'accord avec l'auteur sur la date assignée au Livre (période maccabéenne: deuxième siècle avant J.-C).Très peu d'exégètes, à l'heure actuelle, contestent cette date.Les événements décrits convergent tous vers le règne d’Antiochus IV Epipliane, persécuteur tenace de la nation juive, et la révolte courageuse des Maccabées.Par suite, si notre Auteur inspiré fait vivre le jeune Daniel à la cour de Nabuchodonosor, et de ses successeurs, à Baby-lone, au Vie siècle, c’est là un artifice littéraire de sa part.Ainsi, on peut facilement expliquer les libertés qu'il s’accorde en écrivant l’Histoire.M.Steinmann a admirablement bien montré le « genre historique » que l’auteur a voulu développer.Il nous donne une double fresque de toute l’histoire d'Orient depuis la chute de Babylone, au Vie siècle, jusqu'à l'avènement d'Antiochus IV sur le trône de Svrie (175-164/3).La première est du «genre haggadique » (1-6), c'est-à-dire qu'à l'occasion des grands tournants de l'histoire on écrit un conte édifiant, dans un but d'enseignement religieux et moral.C’est là un procédé nouveau dans la littérature juive qui, en ce lie siècle, commençait à peine à produire de véritables synthèses de l’héritage historique et religieux du peuple d'Israël.Du même souffle littéraire, nous avons aussi les Livres de Ruth, Judith, Tohie et Jonas.Quand on aura lu les pages éclairantes de M.Steinmann sur ce problème, ces Livres prendront, du coup, leur véritable intérêt, nour être placés dans leur contexte littéraire et religieux réel.Les chapitres 7-12 nous racontent les mêmes événements, mais dans un style tout autre: l’Apoca-lvptique, qui procède par mode de révélations dans des songes et visions.Nous connaissons déjà mieux l’Apocalypse de S.Jean, mais combien nombreux sont ceux qui ont été découragés, dans cette lecture, par la description détaillée d’animaux fantastiques.Nous avons un bestiaire tout aussi compliqué dans cette dernière partie du Livre de Daniel.C’est là un autre artifice littéraire pour écrire l’Histoire, en utilisant des symboles à la gamme extrêmement variée.Ici encore les quelques pages que M.Steinmann consacre à la question seront d'une aide précieuse pour les lecteurs des diverses sections apocalyptiques de la Bible.Nous nous souvenons que c'est en Daniel que nous rencontrons pour la première fois la mention d'un « Fils d'Homme », venant d’auprès de Dieu, sur les nuées du ciel (ch.7).On ne peut douter que Jésus se soit attribué cette prophétie.Mais quel sens l’apparition pouvait-elle avoir dans la pensée de l’Auteur du Livre, et de ses lecteurs?M.Steinmann développe assez longuement la question (p.33-35).Il y voit la proclamation de la transcendance du Messie, alors que les prophètes antérieurs n'avaient parlé que de ses traits terrestres: Roi, Prêtre.Fils de David, etc.Peut-être que c’est beaucoup donner à cette image.N'aurions-nous nas là, tout simplement, une personnification d’Israël, soumis aux desnotes depuis des siècles, dans les figures des bêtes, mais un Israël resté fidèle à Dieu.Cette fidélité lui assure un triomphe, symbolisé par cette venue d'en-h uit du Fils de l’Homme.Ainsi nous restons dans le schéma des autres récits, où c’est toujours Israël qui met fin aux ères de perversions politiuues et religieuses.M.Steinmann rejette cette hvpothèse, pourtant de plus en plus commune parmi les catholiques.Quoi qu'il en soit de cette dispute, il faut admettre que ce passage de Daniel a marqué un pas en avant dans l'histoire du Messianisme de l’Ancien Testament.C’est la préparation quasi immédiate de la venue du Messie, d’auprès de Dieu, qui ne sera pas une collectivité personnifiée (Israël), mais une personne, le Fils de Dieu qui, étant aussi un véritable fils d'Israël, résumait en lui tout ce que cet Israël avait de religion authentique, la portant même à son comble.Jésus pouvait donc, en toute justesse, se dire ce « Fils d'Homme » daniélique.Aucun prophète n'avait pu imaginer une telle merveille: un Messie-Dieu.Il n'a pas moins fallu la venue actuelle de ce Fils de Dieu pour que l’homme puisse même y songer.L’Ancien Testament avait annoncé souvent un Messie à venir, mais il fallait attendre vette venue elle-même pour en connaître la nature et savoir de quelle personnalité il s’agissait.Ces deux nouveaux livres sont donc un réel enrichissement de la collection « Connaître la Bible ».qui était fort prometteuse, et qui ne nous déçoit pas encore.Si on parvient à nous commenter ainsi toute la Bible, l’excgèse française aura encore marqué un pas dans l'étude des Livres inspirés.(1) Cf.Lectures, avril 1961.p.233.(2) STEINMANN (Jean) JOSUF.Introduction et commentaires par un groupe de Chevilly sous la direction du R.P.Fouunond.c.s.sp.Texte français par Jean Steinmann.[Brugesl Dcscléc de Brouwer [I960], 145p.ill.20cm.(Coll.Connaître Rihle) $2.25 (3) STEINMANN (Jean) DAN1FL.Texte français, introduction et commentaires pa»- Jean Steinmann.fBruges] Desclée de Brouwer [I960], 157p.ill.20.5cm.(Coll.Connaître la Rihle) $2.25 Pour unis, mais spécialisé 140 LECTURES P ri nsLe K^ale aneur 3é(ix JCJc Félix LECLERC Malgré tout le mal qu'en disent depuis des siècles ceux qui n'en peuvent faire de passables, les pensées détachées et les vers alexandrins se portent encore assez bien.Dieu merci.A preuve, les maximes que Félix Leclerc, parmi des thèmes de futures chansons et des phrases bien troussées à glisser en d’éventuelles correspondances, inscrit dans son Calepin d’un flâneur *.A preuve aussi, les multiples alexandrins qui ne boitent que d'une syllabe en plus ou en moins, sans compter les parfaitement réguliers qui s’inséreraient tout-seuls dans un Misanthrope du XXe siècle, si Molière revenait l'écrire.Vous trouvez que je n’y vais pas du dos de la cuiller ?Alors, lisez-moi ceci à voix haute: Il tient parler de paix en huilant sa cuirasse.(F.35) Pour garder les moutons, un chien vaut mieux qu’un aigle.(P.88) L’artiste et le bandit ont une parenté.(P.89) Il faut des dompteurs d’ours et des semeurs de graines.(P.144) Au jugement dernier, nous serons tous jugés.(P.161) L’obligé de quelqu’un devient tôt sont valet.(P.165) Il vous reste 154 pages pour en découvrir d’autres aussi bien frappés.A part de nous démontrer sa maîtrise des alexandrins — dont il nous donne la preuve que s’il ne les emploie pas davantage c’est de parti pris et non par incapacité — Félix Leclerc nous démontre aussi qu’est bien surfaite sa réputation de facilité deplorable et de sentimentalité pleurnicharde.Ne présente-t-il pas à ses compatriotes, dans ce Calepin, une cinquantaine au moins d’authentiques haï-kai, qu i 1 nous ferait croire sans peine « traduits du japonais ».?La jeune génération n’a peut-être pas appris qu’avant la révolution surréaliste, ceux qui devaient en être les artisans s’étaient épris, presque autant que de l’art nègre, des formes poétiques du Japon.Paul Eluard était de ceux-là, et cinquante autres dont les noms ne vivent plus que dans des mémoires plus ou moins fidèles.Par exemple, je tente en vain de me rappeler le nom de cette jeune Française qui écrivait: Je me tais.J’écoute L'n pas qui vient sur la route Et mon cœur qui bat.C’est là à mon sens, ou du moins à ma connaissance, le plus parfait exemple d’esprit et de forme d’un ha'i-kai écrit par un non-Japonais.Il date de 1923 ou 1924 et parut — de tous les endroits! — dans le Courrier des lectrices d’une petite revue féminine dont j’oublie jusqu'au nom.Si je ne craignais d’être pédant, je vous exposerais ici que le hai-ka'i forme la première partie d'une tannka, comme le quatrain forme la première partie d'un sonnet, mais qu’il peut vivre lui aussi de sa propre vie; que la tannka comporte 31 syllabes, disposées en sept vers, ayant, respectivement, 5, 7.5.7, 7 syllabes, et que.comme le sonnet occidental, elle ne supporte pas la banalité.Janvier 1962 141 A la lueur de l'éclaircissement, examinons quelques notations du Calepin: Quand il tombe, l'arbre fait deux trous.Celui dans le ciel est le plus grand.(P.142) Les hirondelles dessinent des arbres dans l’air et se posent sur des branches imaginaires.(P.169) Gelée blanche ce matin.Le petit mouton regarde ses manchons et trouve que c’est bien pratique.(P.164) Quant aux maximes, « elles se ramassent à la pelle », dirait un autre chansonnier: Il y a des talents périssables comme les fraises: il faut se hâter de les vendre.(P.95) Il n’y a rien dans l’homme fort, excepté la force.(P.93) Prends tes risques maintenant.La vieillesse n'a pas d'ambition.(P.90) Sorti de la boue, le ver de terre meurt.(P.72) Paire plaisir est égoïste: c'est se faire plaisir.(P.70) La poésie aime la jeunesse, mais elle s'attarde davantage chez les vieillards.(P.30) Le censeur est un homme qui se nourrit de la privations des autres.(P.56) Il n'y a pas qu'un vison de mort dans la fourrure que porte madame: il y a souvent le mari aussi.Im souffrance n'oublie personne.Elle a ses adorateurs qui l'appellent sainte.Elle a ses ennemis chez qui elle s’attarde.(P.121) Naturellement, ainsi que Jules Lemaître et La Rochefoucauld Pont déjà noté, il n’existe à peu près pas de maxime dont on ne puisse faire une autre par son antithèse; ainsi l’on pourrait peut-être dire avec plus de justesse: Lu poésie s’attarde chez les jeunes, mais ne découvre ses vrais amants que chez les vieillards.En tout cas, la poésie du Calepin, pour moi, vaut infiniment mieux que celle de jadis, celle que Leclerc rencontrait pieds nus dans l'aube.Au fait, c’est peut-être la même, mais que l'âge l’a donc affinée !.Je ne pousse pas la comparaison.Alfred DESROCHERS (I) LECLERC (Félix) LE CALEPIN DU N FLANEUR.Montréal.Fides (1961).170p.22cm.$2.00 Pour tous -Oeuvres poétiques-i i de ! Paul MORIN ?» -Alfred Des Rochers-J Entre 19 et 22 ans, j'ai admiré Le Paon d'Email avec autant d’exclusivisme que certains adolescents, actuels ou attardés, en ont mis ou en mettent encore à priser les Jeux et Regards dans l’Espace.Aux uns et aux autres, je souhaite de retrouver, dans quarante ans d’ici, leur idole avec autant de ferveur que j'en ressens aujourd’hui à relire Marbres et Feuillages, Elias ou Silves françoises, dans la somptueuse présentation que donnent les Editions Fides des Œuvres poétiques de Paul Morin (1).Avec raison, à mon sens, Fides ne réunit à l'enseigne de son Nénuphar que les deux recueils du jeune Paul Morin, si l'on peut dire.Des poèmes rescapés qu’offrait en 1960 Géronte et son Miroir, il ne s'en trouve qu’un d'incorporé à la préface et je crois bien que Jean-Paul Plante estime comme moi que Pays de l’Erable est le meilleur inédit sauvé du naufrage.Cela m'amène à philosopher un peu.Quelle est la durée d'un poète en tant que créateur ?Je crois bien qu'elle est la même que celle d'un athlète, soit de cinq à dix ans.Quelques exceptions, en sport et en poésie, ne servent qu'à confirmer la règle quand la carrière se prolonge durant 20 ans ou plus.Un Victor Hugo ou un Bernarr Macfadden, à 80 ans, peuvent ébaudir les tout-jeunes gens par leurs exploits — mais ces exploits mêmes paraissent ridicules aux gens d’âge moyen qui n'en sont plus capables depuis longtemps.C'est une terrible loi de la nature qu'un « chien vivant vaille mieux qu'un lion mort ».comme le notait le pessimiste Ecclésiaste, 30 siècles passés.J'ajouterais volontiers:.et même qu'un lion vieillissant.C'est aussi une autre terrible loi de la nature que le bouleau gris et le peuplier-tremble succèdent aux 14 2 LECTURES érables, quand l’incendie ou l’incurie humaine amènent le dépeuplement d'une foret.Si la nature a libre jeu, elle a assez tôt fait — relativement — de rétablir l’échelle de ses vraies valeurs: le repoussis — la repousse, pour les Néo-Canadiens de dix générations ou moins — dure rarement plus qu’une trentaine d'années.Chez les grands peuples, il en est presque de même pour l’art et la littérature.Après Malherbe, la France subit Saint-Amant, puis Chapelain, ce qui faisait dire à Montesquieu: « On ne saurait croire jusqu'où est allée dans ce siècle la décadence de l'admiration.» La coupe, hélas ! faillit être mortelle.Si Corneille et Racine, pour l’honneur du nom français, ont donné des traductions plus belles que le texte original, l’un de Y Imitation, l’autre des hymnes du bréviaire, il n’en reste pas moins que la poésie lyrique en France, entre Maynard et Chénier (et ne devrait-on pas dire Lamartine, puisque Chénier fut inconnu de ses contemporains.), s’endormit d'un sommeil si profond que, de la Belle Vieille à la Jeune Captive, on ne trouve aujourd’hui de lisible, à part quelques épigrammes, qu’une demi-douzaine de morceaux choisis.Je crains fort qu’i> en soit de même chez nous jusqu'à ce que.tu nous reviennes Millions d'oiseaux d'or, ô future vigueur ! (Arthur Rimbaud, le Bateau ivre) Mais assez geindre.Revenons à Paul Morin.A son sujet, ce qu’on n’a jamais dit, que je sache, c’est qu’il fut le plus précoce de nos poètes, oui, plus précoce encore que Nelligan et que Choquette.Je tiens de son ami de toujours, à qui sont dédiés huit poèmes des présentes Œuvres, le trop modeste Guy Delahaye (2), qu’une bonne partie des sonnets du Paon furent écrits entre la 15e et la 18e année de leur auteur — ce qui n’empêcha pas ce dernier d'être un des plus brillants élèves de sa promotion.Durant le séjour outre-mer qui suivit le diplôme, Paul Morin n’apporta à ces juvenilia que des corrections secondaires, qu'il aurait tout aussi bien pu effectuer à Westmount qu’à Constantinople.La lettre de Cicéron à Paetus (137), l’épigramme sur Perse (140) et plusieurs autres feuillets du livre Reflets du Temps datent des environs de 1905.En voici un: F AM A Angoisses merveilleuses ! Amer émoi de voir autour de soi le Beau Palpiter, et fleurir, et crouler au tombeau Des gloires orgueilleuses.Puérils argonautes,.Toujours j'ai vu gravir les plus sanglants { rochers Et périr, sous les traits de tragiques archers, Les âmes les plus hautes.Car la noble escalade Aux flancs abrupts des monts on croit l'amer {laurier Livrera sans répit un combat meurtrier Au nouvel Encelade; Im gloire n'est que poudre, Cendre la renommée, et poussière l'amour.Mieux vaut la grave paix d'un studieux séjour Qu'apprivoiser la foudre.(P.132) Paul Morin avait 14 ou 15 ans quand il écrivit ces vers.Il était étudiant de belles-lettres ou de rhétorique au Collège Sainte-Marie de Montréal où.moins de dix ans plus tôt, était aussi passé Emile Nelligan.Il est un fait dont je me suis toujours étonne un peu, c’est l'hiatus qui existe dans la vie de Paul Morin entre lui-même et les autres poètes canadiens, antérieurs ou contemporains, à l’exception de René Chopin (3) et de Guy Delahaye.Les Soirées dit Château de Ramezay et les Poésies de Nelligan parurent pourtant à l’époque où Paul Morin faisait ses classes de lettres à Sainte-Marie — ou du moins peu avant.Nelligan, je le sais par le témoignage de contemporains, restait fort populaire, ne fût-ce que par esprit de contradiction, parmi les élèves de l’institution dont il avait été renvoyé.Un critique alchimiste verrait peut-être aux Poésies de Nelligan les fonts baptismaux du Paon d'Email.La recherche de l'image neuve, de la rime rare, des rythmes imprévus, Nelligan l'avait pratiquée avec un rare bonheur, en y ajoutant une musicalité qui n'obsède à peu près jamais notre poète.Morin, on lui en a cassé les oreilles, est d'abord un visuel, ensuite un olfactif; mais il n'en est pas moins capable à l'occasion d'écouter et de transcrire un air qui aurait enchanté Nelligan.Lisons, par exemple: NONNES Nonnes de Bruges ou béguines de Malines, Sous le chaste hennin qui voile vos fronts { blancs Quels souvenirs, quels deuils, quels {travaux accablants Ont cerné vos yeux gris aux moires opalines?Au son de verre et d'or des cloches cristallines, Des lumineux ou vroirs aux chœur noirs {et troublants Vous errez, un rosaire entre vos doigts {tremblants, Dans le nimbe argenté de pâles mousselines.Au fond du clair verger dort un glauque canal, La diaphane paix du couchant automnal Plane, comme l'encens d'un vespéral service; Et là, sous l'œil des paons recueillis et blasés, Leurs doux cols frissonnant, pudiquement {rosés, Vos tourterelles font des grâces de novice.(P.39) Janvier 1962 143 Les meilleurs auteurs canadiens Quelques-uns de ont publiés dans le Nénuphar 24 titres parus OEUVRES POÉTIQUES de p0Ui M.n„ Morin est celui qui connaît le mieux la valeur musicale du verbe.Il est artiste jusqu'au bout des ongles.Il a donné certains poèmes d'une rare facture parnassienne qui égalent les meilleures créations de Leconte de Lisle et de Heredia.288p.$3.00 TRENTE ARPENTS oc ".Le témoignage littéraire de Trente Arpents est de poids.Tel quel, il rejoint des oeuvres comme La Barraca de Blasco Ibanez et les Paysans de Ladislas Reymont, pour ne citer que des livres étrangers.C'est une des pièces les plus importantes du roman canadien-français".(Luc Lacourcière, préface).306p.$3.00 OEUVRES POÉTIQUES de Robert Choquette "Il y a dans ces deux volumes, quantité de poèmes dont s'enchantent le coeur et l'esprit.Et que de beaux vers bien frappés, d'une exquise musicalité, des vers de poésie pure dont se serait réjouie la fine oreille d'un abbé Brem0nt*" (Rita Leclerc, LECTURES) jqME I.___A travers les vents — Metropolitan Museum — Poésies nouvelles — Vers inédits.340p.$3.50 TOME II.— Suite Marine.282p.$3.00 MARIE-DIDACE de Germaine Guèvremont "Don de vie et de sympathie, fine analyse de personnages bien réels, bien campés, accent humain, parfois émouvant, du drame, connaissance profonde et dosage artistique des mots de la langue paysanne, saveur des répliques spontanées de paysans, simplicité admirable du style, autant de qualités qui mettent en opération le charme secret de Marie-Didace, enrichissent l'autonomie de nos lettres d'une oeuvre vivante et l'élèvent au plan de l'humanisme universel." (Romain Légaré, CULTURE) 210p.$2.50 POÉSIES COMPLÈTES d'Emile Nelligan "S'il eût vécu à la poésie, Nelligan aurait été notre plus grand et notre plus parfait poète: telle qu'elle est, son oeuvre est une des premières de notre histoire et ses plus belles pages restent encore inégalées.(Guy Sylvestre, LE DROIT) 334p.$3.00 POÉSIES COMPLÈTES de Saint-Denys-Gorneau "Un poète authentique pour qui la poésie n'était pas un jeu, un art de tuer le temps; mais sa vie même.Avec Nelligan, il est un des rares poètes de chez-nous dont on peu dire qu'il avait la vocation .".La presque totalité des poèmes du premier recueil et un grand nombre des Solitudes demeurent ce que nous avons de plus accompli dans notre littérature." (LE TEMPS, 5 janvier 1950) 226p.$2.00 TESTAMENT OE MON ENFANCE de Robert de Roquebrune L historien^ et le romancier mènent d'un commun bonheur ce récit plein de verve, où I archiviste et le généalogiste s'insinuent avec pertinence.De Roquebrune a donné à notre littérature un livre riche par les souvenirs qu'il rapporte sur une société raffinée, riche aussi par l'affabulation et la facture ittéraire, où la sérénité du récit n'a d'égale que l'écriture fine et charmante.(Claude Galarneau, préface).(Préf.de Claude Galarneau) 182p.$2.50 L’ABATIS de Félix-Antoine Savard "L'Abatis est un livre que l'on doit savourer à petites doses, comme du vin de qualité.Les divers morceaux qui le composent et qui sont l'oeuvre d'un artiste, d'un poète, d'un patriote, constituent l'hymne le plus enthousiaste et le plus émouvant que l'on n'ait jamais composé à la gloire de la terre française du Québec".(Maurice Lebel) 160p.$1.50 MÉMOIRES INTIMES de Louis Fréchette C'est l'appel silencieux de la poésie qui traverse certaines pages de ces Mémoires et leur donne une valeur sans égale dans son oeuvre.(Michel Dassonville, préface).$2.50 mm En vente partout et chez LA MINUIT de Félix-Antoine Savard "M.l'abbé Félix-Antoine Savard était déjà connu en France d'une élite par ses deux ouvrages: Menaud, maître-draveur et l'Abatis.Son nouveau livre le consacrera chez nous comme le maître de la prose poétique en pays canadien, il est difficile de parler une plus belle langue, plus savoureuse, et qui ait plus de nombre dans sa sobriété, plus riche de parfums de terroir et plus classique à la fois." (André Latreille, ETUDES) 180p.$1.50 25 est.rue Saint-Jacques.Montréal Je me suis attardé dans la compagnie des paons.Si je m'écoutais, j'y resterais encore longtemps, car ils sont ma jeunesse.Je ferme les yeux sur la page pour entendre ma mémoire me réciter: Autant que l'a permis un art adolescent, Mes vers, je vous ai fait sincères et sonores;.Je veux tout ignorer du monde que j'ai fui.Pourquoi chanter l'amour, le doute, {la douleur ?Le brûlant univers m'appelle et me caresse; Vivre est pour moi le seul tourment { ensorceleur: Est-on coupable de jeunesse ?.(P.114-115) * * * Le Paon d'Email parut en 1912.Dix ans plus tard, ce furent les Poèmes de Cendre et d'Or.Entre les cendres et les ors, il y a les jades et les soies.Mieux que ne le pourrait faire le plus présomptueux critique, le poète, dans un bref liminaire à chaque livre, en a défini la substance.« Cendres, où.s'en iront la chair et le cœur blessés oublier leurs larmes; .Jades.vous êtes les masques sous lesquels riront mes poèmes fantasques; .Soie, enveloppant et pur souvenir; .Ors.Poèmes de gloire.villes que chantaient les flûtes d'ivoire de mes frères morts.* Mélancolie, fantaisie, souvenir, exaltation, tels sont les mots qu'aurait sans doute employés un romantique de second ordre en tête de ces quatre livres.L'accueil fut un peu différent de celui qui saluait le premier florilège.Les détracteurs en furent moins bêtes et les coryphées moins exaltés.Une nouvelle génération, qui sortait de la plus grande guerre encore vue, montait aux postes de commande et les adolescents qui suivaient pressentaient qu'un monde nouveau prenait forme.La rose au jardin smyrniote, Trois Harmonies, Les Dieux s’en vont pouvaient dépasser en splendeur tous les ocelles du Paon, ces poèmes naccrochaient déjà plus les jeunes d’alors, dont plusieurs, en attendant la démobilisation, avaient entendu parler de Guillaume Apollinaire et de l'univers dans lequel il gravitait.Par contre, les survivants du XIXe siècle (lequel ne finit réellement qu'en 1914) se sentirent déroutés par les vers-libres, dont la seule apparence les faisait rire au souvenir de chroniques de Pierre l'Ermite.Pour les premiers, c'était déjà la pompe-à-feu que des vers comme: La somptueuse nef d'or, de chêne et d'émail, Messagère de deuil ou porteuse de joie, Dont l'aurique laissait trainer son gland de soie Parmi l'algue de pourpre et la fleur de corail, O pêcheur étonné qui haies ton trémail, Tu ne la verras plus sur la mer qui flamboie, Passer comme un superbe et lourd oiseau {de proie.Avec un guerrier blond, rêveur au gouvernail; De monstrueux vaisseaux, empanachés de {flamme, Sans voile frémissante et sans rythmique rame.Au tumulte marin mêlent leur cri cinglant, Et, sous la moire verte où glissent les carènes, Creusant dans l’eau mouvante un sillage {sanglant, Des hélices d'acier mutilent les sirènes.(P.287) (Les parenthèses, comme la misère, n'étant pas pour les chiens mais pour le monde, je me permets d’en ouvrir une: dans tous les poèmes, ou à peu près, de facture classique, on retrouve le moule raci-nien de La fille de Minos et de Pasiphaé, rythme qu'affectionnait aussi Henri de Régnier.) Pour les autres.Réveil et la Revanche du Paon sonnèrent comme des blasphèmes: les gambades ne sont pas permises aux gens arrivés.Hugo l'avait appris à ses dépens avec les Chansons des rues et des bois.La Société Royale du Canada, en 1923, accueillit Morin en son sein.d’où elle devait le chasser, quelques années plus tard, en compagnie du journaliste Georges Pelletier.pour « non conformité au règlement *.Je n'ai aucun moyen de vérifier, mais je crois bien que Paul Morin fut le plus jeune poète à accéder à cet aréopage: il avait à peine 34 ans.* * * Avec ce volume, la collection du Nénuphar atteint son 24e titre.Les poètes y ont été bien traités.Je n'ai qu’un désir à formuler: les éditeurs devraient, sur l'un des replis de la couverture, donner la liste des œuvres que comprend cette collection.Ce serait pour plusieurs une utile leçon d'histoire de la littérature canadienne-française.(1) MORIN (Paul) ŒUY'RES POETIQUES.Le Paon d’Email.Poèmes de Cendre et d’Or.Texte établi et présenté par Jean-Paul Plante.Montréal.Fides (1961).305p.photo.21.5cm.(Coll.du Nénuphar) $3.00 Pour adultes (2) Le Dr Guillaume Lahaise.aujourd'hui «poète à su retraite * à Saint-Hilaire de Rouville, auteur des Phases.et de Mignonne, allons voir.(3) René Chopin, poète canadien, auteur du Ctvur en Exil (1912) et de Dominantes (1933).— Décédé en 1953.146 LECTURES Notices bibliographiques Littérature canadienne KUNCK (Georges A.) LOUIS FRECHETTE PROSATEUR.Une réestimation de son œuvre.[Lévis, Le Quotidien] 1955.236p.ill.(h.-t.) 24cm.$2.00 Pour tous, mais spécialisé Les deux spécialistes les plus compétents que je connaisse en lettres canadienne-françaises ne sont pas de notre ethnie.L’un, exégète de Nelligan ', naquit en Pologne, et l'autre, scoliaste de Fréchette, bien que né en Ontario, me semble d'origine germanique, c'est-à-dire qu’il peut être Allemand, Autrichien, Alsacien ou même Flamand d’ascendance.C’est à ce dernier, M.George A.Klinck, docteur ès lettres de l'université Laval, que je veux adresser de nouvelles félicitations, les ajoutant à celles que je lui ai déjà faites à propos de son édition des Mémoires intimes, de Louis Fréchette.Notre même poète national avait inspiré à M.Klinck la thèse qui lui valut son doctorat.La publication de la dite thèse remonte à 1955.Je ne me souviens pourtant pas d'en avoir vu mention dans les pages littéraires de nos journaux.Il est vrai que je ne prétends pas les avoir toutes lues.Quoi qu'il en soit, il s’agit bien ici d’une « réestimation de [l'Jœu- vre de Louis Fréchette, prosateur ».et elle est faite de main de maître.Après avoir lu, en second lieu, cette première œuvre de lui, M.Klinck m’apparaît bien comme le spécialiste par excellence de notre premier Lauréat.Il a peut-être des égaux inconnus, parce que trop modestes, dans quelque séminaire de la Province — et je songe ici à un abbé Tremblay de Chicoutimi, dont j'oublie le prénom — mais il serait difficile, à mon sens, de s’être assimilé davantage la substance de Fréchette prosateur.Je n'aurais pas à me montrer plus généreux qu'il ne faut pour ajouter : Et même Fréchette poète.car notre docteur n’hésite jamais à faire des rapprochements entre les deux genres ni même, pour étayer scs dires, à présenter des citations assez considérables des poèmes de notre barde national — comme la mode voulait qu'on dît de son vivant.A moins de posséder — ce qui n’est à la portée aujourd'hui que de spécialistes comme M.Klinck — les œuvres complètes de Louis Fréchette, je ne connais pas de moyen pour l'honnête homme canadien de mieux aborder ces œuvres que par les voies royales que sont les deux livres de cet universitaire.Une personne d’un autre tempérament ou d'une autre formation aurait pu faire différent, elle n’aurait pas fait mieux.Par les allusions et même les renvois qu’il y fait, les quelque deux cents pièces qu il énumère en sa bibliographie lui semblent familières.Un peu plus, et j'emprunterais à un personnage de Fréchette une phrase que « je virerais boute pour boute et je m'écrierais : T'as voulu te faire instruire ben travaille.» Et de le voir ainsi travailler, ça nous ferait peut-être sortir de notre torpeur, à nous, les Canayens î Alfred DesROCHERS I.Paul WYCZYNSK1.Emile Nel-liftan.sources et originalité de son ivuvrc.Editions de l'université d’Ottawa, I960.« Pour dégager la signification réelle d'un livre, soyez sensible aux harmonies qu'il fait retentir en vous.Il doit enrichir votre vie intérieure, sinon il s'avère inutile.Et s'il permet une évasion ce doit être afin de vous faire sortir d'un monde factice où vous étiez plongé de manière à ce qu'aboutir au rivage où il vous conduit soit découvrir votre vrai moi.I out écrit profond constitue une invitation au voyage mais aussi une sollicitation à rentrer en soi-même.» Pierre BOURSES janvier 1962 147 Littérature étrangère Religion VINCENT (Mgr Albert) LEXIQUE BIBLIQUE.| Tournai] Custerman, 1961.472p.22cm.Relié.$11.55 Pour toits C e lexique veut répondre à la définition que Littré a donnée à ce mot: « Un petit dictionnaire dont l'usage est facile et fréquent.» En fait, il ne s'agit pas d'un ouvrage destiné aux spécialistes de l’Ecriture Sainte, mais plutôt d'un ouvrage de référence pour les profanes.La Préface est là-dessus très explicite: « Son but est avant tout de fournir à ceux qui ne sont pas des spécialistes le renseignement dont ils ont besoin dans la lecture de leur bréviaire, dans la méditation du matin, dans les conversations avec les fidèles ou leurs prédications, le détail précis que sollicite en vain leur mémoire.En quelle année N.-S.est-il mort ?De quand datent les Evangiles ?Que sont les Apocryphes ?Où retrouver tel passage qui chante en leur mémoire et quelle est sa référence exacte ?Qu'y a-t-il de vrai dans l'histoire fabuleuse des vieux patriarches.Abraham.Isaac et Jacob ?Lexique dont l'usage est facile et fréquent ! Je le vois sur le coin du bureau, dans la bibliothèque tournante, à portée de la main.11 est destiné aux curés, aux prêtres du ministère, aux séminaristes qui n'ont pas encore achevé leurs études, voire même aux laïcs qui ont gardé quelque curiosité religieuse et qui ont souci d'alimenter leur foi.» Un rapide coup d’œil sur le solide volume relié que nous avons entre les mains nous convainc aussitôt que l'auteur a réussi son propos.Nous l'en félicitons et nous conseillons ce Lexique à tous ceux qui s'intéressent à la Bible.A.C.Littérature PONTHIER (François) LA LIGNE DE FOI.Roman.[Paris] Robert Laffont 119611.229p.20.5cm.(Réimprimé au Canada par Le Cercle du Livre de France) Pour adultes l/auteur de ce fameux roman nous décrit la vie d’un marin.Mac l.eod, devenu capitaine puis nommé commandant d'un majestueux transatlantique dont la structure fondamentale n'était pas assez résistante pour les dimensions du navire.Mac Leod (qui faisait corps avec son vaisseau et l’aimait comme.disait-on.il eût peut-être aimé sa fiancée), s'en était ouvert à sa compagnie qui.mécontente, le repoussa au rang de second et nomma commandant son rival.Herrera.Celui-ci avait intrigué pour le poste se targuant de battre de vitesse les Américains.Malgré la fureur de la mer et la fatigue du vaisseau.Herrera — en agréable compagnie, dans son bureau — refuse tout avertissement sage de ralentir, exposant ainsi à la mort l'équipage et ses deux milliers de passagers.Mac Leod.après avoir discuté avec Herrera et avoir été provoqué, abat ce commandant indigne et l’enferme dans sa cabine pour éviter une panique.Il peut alors, de justesse et au prix de mille souffrances, sauver lequipage et la plupart des passagers.Mais le navire, coupé en deux, est une perte totale.Le crime de Mac Leod.s'il est certes blâmable, peut cependant s'expliquer par les circonstances qui l'ont entouré.Quant à sa liaison, elle n'est pas jugée.Anna L-BERTRAND HENRIOT (Emile) COURRIER LITTERAIRE: XVIIle siècle.Nouvelle édition augmentée.Paris, Albin Michel 11961].398p.20cm.$4.80 Pour tous, mais spécialisé Emile Henriot, quelque temps avant de mourir, nous a laissé le premier des deux tomes d une série d’études littéraires sur le dix-huitième siècle français.Plus exactement, c’est une édition nouvelle et augmentée de moitié de celle qui avait paru en 1945 sous la même rubrique.Ceux qui aiment vraiment les lettres, notamment celles du XVIIle siècle — ces connaisseurs qui sont partant des amateurs d'idées — verront à la lecture du présent bouquin combien le mot de Paul Hazard conserve toute son actualité: « Héritiers surchargés, l’antiquité, le moyen âge.la renaissance, pèsent sur nous: mais c’est bien du dix-huitième siècle que nous sommes les descendants directs».(1) Emile Henriot nous le rappelle.Ne pourrions-nous pas discerner déjà dans le Candide de Voltaire « le premier chapitre de la littérature du désespoir »?Ce même Voltaire, que la critique a jugé « bon second dans tous les genres » ou comme « un chaos d'idées claires ».les abbés Prévost et de Saint-Pierre, Montesquieu.Diderot (pour n'énumérer que les auteurs étudiés dans cet ouvrage d'E.Henriot).n’ont-ils pas été les artisans de la crise de la conscience européenne dont nous subissons de nos jours les à-coups ?L’on remarquera, d’un chapitre à l’autre de ce Courrier littéraire.plusieurs redites, certains pastiches à la manière de Sainte-Beuve (« Aimer Voltaire, ce n’est pas renoncer.Aimer Voltaire, ce n'est pas.Aimer Voltaire, c’est.» cf.p.141).et aussi une certaine complaisance à révéler les à-côtés croustillcux de quelques individus.Tout cela nous est livré dans une 148 LECTURES langue impeccable, elle-même au service d'une vaste culture.Professeurs et étudiants sérieux trouveront dans ce recueil, comme dans les autres ouvrages du même critique (je pense ici à son fameux XVIle Siècle publié en 1959), sur les auteurs et les différents sujets du siècle des lumières le tout dernier état de la question.Henriot, comme l’écrivait P.-H.Simon, aura été « un lecteur curieux des âmes et des tempéraments suivant la ligne de Sainte-Beuve », il aura eu le don exceptionnel de vulgariser bel et bien son immense savoir et son propre enthousiasme littéraire.Roland-M.CHARLAND, c.s.c.( 1 ) La pensée européenne au XV U le siècle, en 1938.Biographie BENEDICTINES DE STANBROOK AU PIED DE LA GRILLE.Bernard Shaw et l’Abbesse Lau-rentia.Paris, Editions Spes 11961 j.249p.20.5cm.$3.00 Pour tous Certains psychologues et psy-chanalistcs — heureusement ils ne sont pas nombreux ! — lancent parfois des brocards sur les vœux religieux qui, selon eux.seraient un obstacle à l’équilibre et à l’épanouissement de la personnalité.Il y a dans de telles affirmations un manque de loyauté et d’honnêteté intellectuelle.Nous sommes en droit de leur demander d’avoir, pour le moins, une pensée plus nuancée et plus modérée.Ces gens, s’ils lisent le présent ouvrage, seront peut-être amenés à corriger leurs dires.Quelle riche personnalité que cette moniale bénédictine anglaise ! Dame Laurentia, abbesse de Stanbrook.fut une femme équilibrée dans toute l’acception du terme.Grande spirituelle, possédant une riche culture musicale et lit- téraire, si elle était une religieuse cloîtrée, son esprit ne l’était pas, selon le mot de Bernard Shaw.On sera surpris de voir le nom de l’écrivain irlandais signalé ici.Il fut un ami de Dame Laurentia et entretint avec elle une correspondance qui dura vingt-cinq ans.C’est un Bernard Shaw nouveau que l’on découvre ici: il signait ses lettres du nom de Frère Bernard, et « se montrait très ouvert au sens profond de la vie contemplative et à la liberté que symbolisait paradoxalement la double grille de fer ».Mais Bernard Shaw restait Bernard Shaw: écrivain féroce, mordant et sarcastique.Dame Laurentia est traitée par lui de « femme têtue.la plus déraisonnable qu'il ait jamais rencontrée ».La moniale acceptait en souriant les incartades de cet enfant terrible.Il y eut des ombres au tableau, car la religieuse ne se gênait pas pour rabrouer le grand écrivain, parfois assez durement.Bernard Shaw ayant fait des allusions blessantes sur le culte rendu à la Sainte Vierge, se fit sermonner sévèrement par la moniale.Mais cette dernière, avec une belle charité, terminait sa lettre en disant: « Vous savez que vous êtes dans mes prières quotidiennes et je suis certaine que vous avez conscience quelles ont pour but que vous vous trouviez compris dans l'union de toutes les âmes vivantes au sein du Royaume catholique de Dieu et de son Eglise.» Si Bernard Shaw n’était pas catholique, il croyait quand même fermement à l’efficacité de la prière, thème qui revient fréquemment dans ses lettres.Ayant reçu des cadeaux pour son quatre-vingt-treizième anniversaire de naissance, il écrivit à l’abbesse qu’il préférait « des prières qui ne s'achètent pas ».Grâce aux nombreux extraits de la correspondance de l’abbesse de Stanbrook, son âme religieuse nous apparaît dans toute sa beauté.Sa spiritualité était dans la pure tradition bénédictine: tradition de bon sens et de parfait équilibre.Elle trouvait que « les gens compliquent beaucoup trop la vie spirituelle.Il ne devrait y avoir là aucun problème.Vous n’avez qu’à penser à une seule chose toute la journée — tout simplement à vous donner à Dieu.Simplement enfoncez-vous en Dieu.» La sainteté était pour elle, ce que Paul Valéry disait du génie: « une longue patience ».Une simple remarque en terminant: la traduction est malheureusement défectueuse en beaucoup d’endroits.Traducteurs, faites bien votre métier ! Bernard-M.MATHIEU, o.p.GUITTON (Jean) UNE MERE DANS SA VALLEE.| Parisl Aubier [ 19611.237p.ill.(h.-t.) 19 cm $3.85 Pour tous Cet ouvrage, malgré son apparence purement biographique, s'apparente à ces « livres de raison » dont Champetier de Ribbes regrettait si amèrement la disparition.Le décor est austère: nous sommes dans la région de la Creuse peinte par George Sand dans Jeanne (p.14), entre le Limousin.l’Auvergne et le Berry (p.16).à la ligne de partage de la langue d’oïl et de la langue d’oc (p.232).la ligne de fracture des montagnes d'Europe, les unes allant à l’ouest vers le Limousin et l’Armorique, les autres à l’est vers les Vosges, au centre de la France (p.232-233).Plus précisément, nous sommes dans La Vallée, au domaine de Fournoux (ch.I et 12).Dans ce ravin, autour de sa mère Gabrielle ou Gazelle Bertrand, Jean Guitton.le dernier-né de l'Académie française, fait évoluer ses grand-parents, son père, son frère Henri, les gens de son village et des deux hameaux qui.de l'autre côté de la Tarde, font face à son village et au domaine paternel.Ce lui est une occasion de nous livrer toutes sortes de réflexions, plus chrétiennes les unes que les autres.Les faits s'estompent devant les observations psychologiques.Le visage même de Janvier 1962 149 la mère, une croyante peu encline aux « dévotionnelles ».une âme renfrognée et toutefois tout occupée de charités, disparaît presque derrière la peinture de son entourage.Toutefois, on nous révèle les éléments de sa culture (ch.6 et 9).ses nobles amitiés et l’intensité de sa croyance (ch.10).De tous ces chapitres, les plus attrayants sont sans hésitation les chapitres 4 et 5 sur l’éducation.On y apprend entre autres comment s’est résolu pour l'auteur le problème que pose, à tous ies parents catholiques de France, le choix à faire, pour leurs enfants, entre les lycées d'Etat et les établissements libres.On goûtera ce livre qui portraiture deux belles âmes: celle d'une mère, soucieuse de maintenir la paix avec un époux incroyant et tout adonnée à la formation chrétienne et intellectuelle de ses entants: celle d’un fils, au cœur animé des sentiments les plus nobles et à l’esprit saturé des textes sacrés les plus expressifs (v.g.p.224).Emile CHARTIER, p.d.MAGLOIRE (George), et CUYPERS (Hubert) PRESENCE DE PIERRE TEILHARD DE CHARDIN.L’homme — La pensée.Paris, Editions universitaires |I96I|.209p.ill.(h.-t.) 19cm.Pour tous mais specialise C ette esquisse biographique a des garanties d'authenticité: elle provient d'un ami intime de Teilhard de C hardin qui a su recueillir de nombreuses confidences.De plus l’insertion constante de textes bien choisis nous rend la figure du savant très vivante.L’étude de la personnalité est cependant quelque peu escamotée.On aurait souhaité connaître quelques traits mettant en lumière le rayonnement sacerdotal du Père Teilhard.On insiste à bon droit sur sa foi en l'homme et en l’univers.Suit une brève ana- lyse de chacune des œuvres du célébré paléontologue.La principale partie du volume est la présentation de la pensée de Teilhard de Chardin.On y trouve une excellente synthèse de toute son œuvre.L’auteur se tient à l'écart de toutes les discussions théologiques, philosophiques et scientifiques qui ont entouré cette œuvre.Il veut plutôt nous présenter la pensée de Teilhard de Chardin comme un phénomène scientifique sans omettre cependant les incidences théologiuues et sociales qu elle comporte.Cette présentation d'une pensée aussi profonde n'est pas, à proprement parler, une œuvre de vulgarisation.Elle s'adresse au profane averti qui a déjà de bonnes connaissances scientifiques et théologiques.Dans le chapitre sur les perspectives christologiques.l’auteur explique bien toute la portée de l'œuvre de Teilhard: christifier l’évolution.« ce qui suppose le travail scientifique pour établir la convergence de l'Univers et le travail religieux pour dégager la nature universelle du Christ de l'Histoire ».On comprend alors la véritable vocation de ce savant-penseur et on est plus ouvert pour recevoir son véritable message: la sacralisation du monde.Ce petit volume de 200 pages nous ouvre de très larges horizons sur l'histoire de l’univers et nous donne le goût de pénétrer dans le texte même de l'œuvre du Père de Chardin.En fermant le livre, on pense avec G.Crespy que cette œuvre pourrait bien être « un moment essentiel de la foi chrétienne ».Maurice PAYETTE ?ORCIBAL (Jean) SAINT-CYRAN ET LE JANSENISME.Paris, Editions du Seuil, 1961.(Diffusion Fomac) 189p.18cm.(Coll, des Maîtres spirituels) Appelle (les réserves L’heresie janséniste a ete condamnée.mais Port-Royal reste toujours actuel.Pourquoi la postérité se tourne-t-elle encore vers les Messieurs de Port-Royal ?Jean Orcibal nous donne une réponse à cette question: « Si leurs visages nous émeuvent si fort, c’est qu’ils appartiennent encore à la terre, qu’ils connaissent nos tentations et succombent à quelques-unes, conservant au milieu des vertus héroïques un cœur plein d'amour-propre et de susceptibilité.» Mais comme leur maître spirituel.Saint-Cyran, — Richelieu le jugeait « plus dangereux que six armées » — il y avait en eux un orgueil intellectuel qui les rendait dangereux.eux aussi, pour l’Eglise et pour l'Etat.Jean Orcibal, auteur d'une étude magistrale et très fouillée sur Saint-Cyran.nous en donne maintenant un raccourci.Les pages sur son influence sont les meilleures de l'ouvrage.Nous aurions aimé qu'il nous donnât plus de détails.Certains aspects de la vie du directeur spirituel de Port-Royal mériteraient d'être mis davantage en lumière.Bernard-M.MATHIEU, o.p.N.B.— Présente ici comme un authentique maître spirituel.Saint-Cyran dont la doctrine fut dangereuse de son temps, n'est cependant pas un guide sûr.Aussi cet oui rage ne cont ient-il qu’aux lecteurs suffisamment cultivés pour faire les discriminations nécessaires.( N.D.L.R.i « La lecture bien faite est une sorte de dialogue entre l'auteur qui propose et le lecteur qui approuve ou objecte, ou compare.Que cette activité cesse, que le lecteur somnole, l'auteur parle seul, il impose sa pensée, ou bien suscite, sans contrepoids, émotions et sentiments.On perd ainsi l'habitude de penser pour acquérir ce besoin tyrannique d'une autre pensée entée sur la sienne.» H.Abrand 150 LECTURES Littérature de jeunesse THERIAULT (Yves) ALERTE AU CAMP 29.Couverture et illustrations de Georges Lauda.Montréal, Beau-chemin.1959.62 p.ill.22.5cm.$0.80 THERIAULT (Yves) LA REVANCHE DU NAS-COPIE.Couverture et illustrations de Georges Lauda.Montréal.Beauchemin, 1959.60p.ill.22.5cm.$0.80 Pour jeunes Les belles vacances que passeront I ise et Yvon Boivin sur les bords du Lac Mistassini ! F.t les deux adolescents seconderont magnifiquement leur père dans la mission qu'il s'est assignée: établir un service de transport aérien dans les régions désertiques du Nord de notre pays.Le premier été de la Compagnie du Transport aérien Mistassini est particulièrement mouvementé à cause de la sécheresse.multipliant les feux de forêt.Yvon se montrera héroïque en allant au secours de quelques hommes cernés par les flammes.alors qu'il sait a peine piloter.y?'X DES MAITRES Dans la collection PASTORALE ET MUSIQUE: « Hommage à Henri Colas » Ce disque veut être un hommage à Henri Colas, ce Français qui a été intimement mêlé à tous les mouvements de jeunesse en France et qui a composé pour eux des chansons de la plus haute inspiration.Ce disque présente six de ces chants interprétés par l'auteur, en alternance avec 4 chansons polyphoniques interprétées par les chœurs Mas-sillon, sous la direction du Père François Picard.Il se peut que la voix d’Henri Colas, vieille de plus de 80 ans, ait une signification particulière en France — tout comme celle de Conrad Gauthier, chez nous, jadis —, mais ici, nous aurions préféré que ces chansons fussent interprétées par des voix plus jeunes.Et nous goûtons bien davantage, sur ce disque, les chants polyphoniques, si significatifs et si beaux ! (Microsillon 33 tours 1/3 — 10 pouces — P.M.25,016 artistique) « Judith » « Im plus grande fidélité à la Bible, dans l'Eglise, le plus constant recours aux procédés dramatiques de la scène pour eu animer les récits, tels sont les deux principes qui dirigent cette collection dont Judith est le premier titre.» L'éditeur explique ainsi son propos sur la pochette de ce disque, et l'auditeur doit convenir que la réalisation ne dessert en rien l'intention.Nous avons ici, en une demi-heure, un drame bien monté et bien rendu où se dégage en pleine lumière la leçon religieuse que l'écrivain sacré a voulu nous donner en racontant l'histoire de Judith.Ce disque est un excellent moyen d'initiation à la Bible.(Microsillon 33 tours 1/3 — 10 pouces — P.M.25.015) « David » David tient, dans l'histoire d'Israël, une place de toute première importance.Sa vie fertile en péripéties de toutes sortes sert d'illustration à maintes leçons religieuses.Le drame ici gravé les met en évidence; il rapporte les principaux moments de la vie de David: ses luttes avec Saiil, son accession au pouvoir, sa faiblesse et son tepentir, etc.Comme écouter sans plaisir et sans profit une histoire aussi bien racontée où le jeu des interprètes alterne avec une musique originale et des chants d'une grande beauté.(Microsillon 33 tours 1/3 — 12 pouces — P.M.30.003 artis!ique) Dans la même collection: — Thérèse d'Avila — Naissance de Lourdes — Thérèse de Lisieux — Charles de Foucauld — Le saint Curé d'Ars — Saint Vincent de Paul — La Vierge parle à notre temps — L'Annonce faite à Marie de Claudel * * * Dans la collection JERICHO: — L'Eglise une.sainte, catholique, apostolique à l'heure du Concile, par le R.P.Congar.Janvier 1 %2 155 m masmm ; ¦ fee «mw# \\ ^ .",*•¦ •A’*'
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