Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Droit d'auteur non évalué

Consulter cette déclaration

Titre :
Lectures
Grâce à ses critiques littéraires, Lectures souhaite faire connaître la valeur intellectuelle et morale des nouvelles parutions tout en créant un barrage efficace contre les « mauvaises lectures ».
Éditeur :
  • Montréal :Service de bibliographie et de documentation de Fides,1946-1966
Contenu spécifique :
janvier
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Lectures et bibliothèques
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

Lectures, 1961-01, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
LECTURES Nouvelle série — VoL 7 — No 5 Montréal Editorial .p.130 * Pamphile Le May.p.131 * « Les dessous de la censure ».G.-M.Bertrand, c.s.c.p.133 * Rafales sur les cimes de L.-P.Desrosiers.p.139 * La Nuit de feu de A.Blan-chet .p.141 * Notices bibliographiques p.143 * Cotes morales des nouveautés .p.133 * Le courrier des lecteurs .p.134 * La pressante nécessité d’un grand théâtre.F.-A.Sa-vard, ptre.p.133 * Sélection bibliographique sur Voecuménisme .p.137 * Faits et commentaires .p.138 * Un texte de Jean Danié-lou, s.j., sur Voecumé-nisme.p.160 1961 Léo-Paul DESROSIERS (photo Larose) (Voir à U page 139) 1200 4 EDITORIAL - Une question très actuelle: Voecuménisme IA Semaine de Vuniverselle Prière pour l’Unité des chrétiens, du 18 au 25 janvier, fournit à LECTURES l’occasion de vous proposer un choix de livres sur une question très actuelle: l’œcuménisme.1 On peut dire que depuis quelques années, les meilleurs théologiens, tant catholiques que protestants et orthodoxes, se penchent sur le problème de l’Unité.Sans doute les chrétiens n’ont jamais cessé, depuis qriil existe entre eux des murs de séparation, de caresser le rêve de la réconciliation.Mais le mouvement œcuménique, tel qu’on l’entend aujourd’hui et qui ne cesse de gagner toutes les couches de la chrétienté, ne date en somme que de 50 ans.Il remonte, du côté protestant, à la Conférence d’Edimbourg de 1910 et, du côté catholique, aux conversations de Malines des années 1921 à 1925, si l’on excepte le travail de précurseurs comme Jean Adam Moelher et Léon XIII.L’après-guerre a connu un regain d'activité en œcuménisme, grâce surtout au célèbre Père Couturier de Lyon.Et voilà que le pontificat de Jean XXIII s’annonce de plus en plus comme celui de l'œcuménisme.Le Pape a tout d’abord reconnu et encouragé les initiatives en ce domaine.Dans presque toutes ses allocutions, il fait état de ses préoccupations d’unité.Et la façon dont il a annoncé la tenue du prochain concile a réveillé l’intérêt du monde protestant et orthodoxe.Avant d’inviter les frères séparés, a-t-il dit, il faut commencer par préparer la Maison.Le Saint-Père ne s’est pas contenté de bonnes paroles.Il est passé aux actes.Après avoir orienté le concile dans le sens de l’œcuménisme, il a posé un geste inouï dans l’histoire de l’Eglise: l’établissement d’un Secrétariat pour l’Unité des chrétiens.C’est une porte ouverte de l’Eglise officielle sur le monde protestant, un point de contact entre les non catholiques et le concile.Comme le remarquait l’archevêque de Cantorbéry, le Dr Geoffrey Fisher, à l’issue de sa visite historique au Pape Jean, le 3 décembre dernier: « C’est la première fois qu’il existe entre les Eglises de Rome et d’Angleterre une voie reconnue, par oti passeront les échanges de renseignements.» Ce printemps qui s’annonce dans les relations entre Eglises séparées suscite déjà une importante littérature.Du choc des idées jaillit la lumière, et il faut attendre beaucoup du dialogue œcuménique.En ouvrant une section bibliographique sur l’œcuménisme, LECTURES tient ses lecteurs en contact avec l’un des courants de pensée les plus importants de l’heure et les plus riches de promesses pour l'Eglise de demain.Jacques-M.LANGLAIS 1.Voir à la page 157.130 Etude d'auteur canadien PAMPHILE LE MAY ~ Ceux qui l’ont connu, au A début de ce siècle, révé-\ raient cet homme très digne vet très simple dans sa di-* gnité.« Je n’ai connu que .¦ sur le tard, alors qu’il avait WÊL plus de soixante ans, l’au- - tcur ^cs Gouttelettes, nous ™ a confié l’abbé Camille Roy dans A l’ombre des érables (p.18).Mais à voir ce doux vieillard, au profil délicat et fier, au front large et méditatif, au regard tendre et voilé, la tête auréolée de longs cheveux blancs qui retombaient en boucles sur ses épaules, à voir cet homme droit et souple en sa démarche légère, mais pensif et douloureux, on reconnaissait bien vite comme une image vivante de ces « êtres sacrés et aiiés » dont parlait Platon.Le May faisait paraître en son élégance toujours jeune quelque chose de cette humanité supérieure dont volontiers nous nantissons les poètes.» Léon-Pamphile Le May (il a signé ses premières œuvres en un seul mot, Lemay, avant d’adopter son orthographe définitive) naquit, au rang Saint-Eustache de Lotbinière, le 5 janvier 1837, année historique qui devait lui être chère à un double titre, individuel et national.Il fut l’aîné de quatorze enfants.Il continuera la tradition des familles nombreuses de la campagne canadienne, quand, épousant en 1863 Célina Robitaille, il deviendra à son tour père de quatorze enfants.Remarquablement pieux et intelligent, doué d’une précoce et vive sensibilité, le jeune Pamphile fut envoyé, à l’âge de neuf ans, au pays natal des Le May, Trois-Rivières, pour y faire ses classes au collège des Frères des Ecoles chrétiennes.11 y étudia quatre ms, puis revint à Lotbinière, où le notaire Bédard préparait au cours classique les enfants de la région.Après deux ans d’étude, il entra, en 1852, en troisième, au petit séminaire de Québec.Au sortir du cours classique, l’écolier songea à se faire avocat.D’où pouvait venir l’idée d’une telle orientation ?La timidité naturelle du jeune homme était incompatible avec les hardiesses de la plaidoirie, et son goût de la méditation rêveuse ne le prédestinait guère aux agitations réalistes de la chicane.D’ailleurs l’indigence se faisait alors sentir au foyer familial.A peine l’étudiant eut-il commencé son droit, qu’il jugea plus urgent de gagner sa vie, et il s’en alla, comme tant de compatriotes, aux Etats-Unis, devenus à cette époque la terre promise des Canadiens français besogneux; mais ii dut revenir bientôt au pays.Sa maladresse manuelle, son esprit d’évasion lui amenèrent en ses différents emplois des déboires qui le firent réfléchir.Il estima que le monde lui était peu hospitalier et crut trouver dans la vie ecclésiastique la réalisation d’un idéal de vie supérieure qui avait toujours hanté sa jeunesse.Dans le jeune diocèse d’Ottawa qui avait besoin de sujets, il s’appliqua pendant deux ans à des études en vue de la prêtrise.Au commencement de la troisième année, la cruelle dyspepsie, qui le faisait souffrir depuis le collège et devait le tourmenter toute sa vie, s’aggrava de façon si inquiétante que le jeune clerc dut quitter le grand séminaire.Revenu au monde pour raison de santé, Pamphile Le May se remit à l’étude du droit, à Québec.Il fit sa cléricature dans l’étude des avocats Lemieux et Rcmillard en même temps que Louis Fréchette qui, tout comme lui, s’intéressait plus à la poésie et à Musset qu’au droit et aux jurisconsultes français Cujas et Pothier.Tous les deux faisaient leur droit un peu à Yenvers des autres, rimaient en marge du code; tous les deux se liaient d’une amitié qui devait durer autant que leur vie.Par l’entremise de leurs patrons, les deux étudiants obtiennent la charge de traducteurs à l’Assemblée législative.Un tel emploi assure le gagne-pain à Pamphile Le May.Reçu au barreau en 1865, celui-ci ne songe pas à étayer sa nouvelle vocation.Tourné plutôt vers une vie tranquille où la poésie mêlerait 131 scs charmes aux sollicitudes familiales il recherche les sûres prébendes du fonctionnarisme, comme la plupart des poètes de son temps, Garncau, Fréchette, Chapman, Poisson.Traducteur à l'Assemblée législative de Québec, puis, en 1865-1867, au parlement d’Ottawa, il accepte avec empressement, lorsque s’établit en 1867 le régime de la confédération, le poste de bibliothécaire de l’Assemblée législative que lui offre P.-J.-O.Chauveau, premier ministre de la province de Québec.Chauveau, qui a toujours usé de son influence pour encourager les jeunes écrivains, récompense de cette façon pratique Le May qui vient d’être couronné par l'Université Laval dans un premier concours de poésie.Le poète-fonctionnaire occupe, pendant vingt-cinq ans, ce poste de conservateur de la bibliothèque du parlement de Québec.C’est là qu'il passe jusqu’à sa retraite — en 1892 — les années les plus fécondes de sa vie littéraire.11 partage son existence d’écrivain entre la ville de Québec et la campagne, son cher Lotbinièrc.Après une tentative de trois ans en 1894, il se fixe définitivement à la campagne, en 1910, tout près de l'église de Des-chaillons, chez son gendre, M.Ernest Saint-Onge.Le 11 juin 1918, à Saint-Jean-Deschaillons, il s’éteignait paisiblement, entouré des siens, murmurant le nom de Jésus.Il fut enseveli avec l’habit des tertiaires de saint François d’Assise.Il avait quatre-vingt-un ans et cinq mois.La vie de Pamphile Le May fut donc à la fois la plus paisible, îa plus effacée et la plus souffrante.Ce fut entre les relâches des heures douloureuses qu’il construisit peu à peu son œuvre littéraire.Cette vie connut cependant quelques honneurs littéraires: ainsi, en 1867 et 1869, Le May fut lauréat aux concours de poésie inaugurés par l'Université Laval; en 1882, la Société Royale du Canada l’admit au nombre de ses membres fondateurs; en 1888, l’Université Laval offrit au lauréat de ses premiers concours de poésie le titre de docteur ès lettres; en 1910, le gouvernement français lui faisait remettre la rosette d’officier de l’Instruction publique.De cette existence effacée et souffrante émane surtout une profonde joie de vivre, allumée à la foi chrétienne et à la création littéraire.Grâce à un talent réel mais limité, grâce à un travail persévérant, Pamphile Le May s’est acquis une place respectable dans notre littérature.11 s'est signalé par la quantité et la diversité de son œuvre.Peu de ses contemporains ont écrit autant que lui.Aucun autre, à part Adolphe-Basile Routhicr, ne s’est essayé dans autant de genres différents.Il fut pardessus tout poète, mais il fut aussi romancier, dramaturge, conteur, essayiste et traducteur.Scs premiers ouvrages, soit de poésie ou de prose, trahissent les tendances et les déficiences de son époque.Pour être juste envers la génération de 1860, envers les pionniers de la poésie canadienne, il faut tenir compte des obstacles et des difficultés auxquels devaient faire face les écrivains: point de guides, à peine quelques livres, pas même de traités de versification; pauvreté économique et culturelle, apathie générale du public concernant les lettres, indifférence d’une « société d’épiciers », selon la plainte de Crémazie.De plus, quand il s’agit de Le May, il faut tenir compte d’une difficulté personnelle: sa dyspepsie.« Sous une apparence de santé en fleur, écrivait-il de Saint-Jean-Deschaillons le premier septembre 1905 à l’abbé Camille Roy, malgré le soleil qui m'inonde et les arômes qui m’enivrent, sur les hauteurs du Cap-à-la-Roche, tout au-dessus du vieux fleuve qui s’en va toujours, je souffre, et comme mon fleuve je m'en vais.Je n’ai plus l’espoir d’échapper enfin aux étreintes de mon inséparable ennemie du collège, la dyspepsie.C’est sa faute si je ne suis pas devenu quelqu’un ou quelque chose ».La majorité des livres en prose de Le May sont gâtés par les défauts de son époque et n’ont guère de mérite littéraire.Le Pèlerin de Sainte-Anne, Picounoc le maudit et l'Affaire Sougraine sont des romans-feuilletons sans valeur.Les situations extraordinaires s’y accumulent sans profit pour la psychologie ni pour l’art.En un temps où le théâtre était le moindre des genres littéraires au Canada, Pamphile Le May a commis quelques pièces dramatiques, tombées aujourd'hui dans un légitime oubli: un mélodrame où domine l’action, Les vengeances, tiré du long poème portant le même titre; trois comédies, Sous le bois, En livrée, Rouge et bleu, qui, à côté du poète mélancolique, révèlent, comme le feront davantage les Contes, un homme qui aime à badiner et qui a « des moments de gaieté ».Dans son essai, Fêtes et corvées, il s’est inspiré de la vie et du folklore canadiens.Stimulé sans doute par le succès de son ami Fréchette qui avait publié, en 1892, Originaux et détraqués, Le May présenta au public, en 1899, ses Contes vrais: c’est son meilleur ouvrage en prose; c’est une œuvre de maturité où l’auteur apporte à la rédaction sa longue 132 experience de prosateur et de poète.Elle mérite detre conservée.Cependant, c’est le poète qui a survécu en Pamphile Le May, et le plus sympathique, le plus personnel, le plus sincère de la génération de 1860.Son œuvre poétique est toutefois bien inégale et en somme assez peu considérable, si l’on remarque que Le May a transporté souvent d’un livre à l’autre les mêmes poèmes, tout en apportant au moins quelques corrections.Comme l’a noté Maurice Hébert, « il y a des Le May successifs.Celui de la première manière, soit des Essais poétiques (1865), des Vengeances (1875 — rééditées en 1889, sous le titre de Tonkourou), d’LJne gerbe (1879), des Fables canadiennes (1881) et de Petits poèmes (1883); et celui de la seconde manière, soit des Gouttelettes (1904), des Epis (1914) et des Reflets d'antan (1916).Cette division, ajoute Hébert, ne saurait qu’être arbitraire, puisque déjà avec Une gerbe commence de se manifester une transition qui se poursuit d’une œuvre à l’autre, en se multipliant.» A vrai dire, de la seconde manière U faut retenir seulement Les gouttelettes et Les épis.Dans cette œuvre poétique, nous remarquons une évolution intéressante.D’abord Le May manifeste une évolution semblable à celle de ses contemporains, en subissant les influences d'écoles littéraires qui fournissent à tour de rôle de nouvelles sources ou formes d’inspiration.Au début de sa carrière, il est romantique, puis, à la fin du XIXe siècle et au commencement du siècle présent, il devient parnassien et quelque peu symboliste.Mais il se distingue de la plupart de ses contemporains par la recherche de la forme artistique qui devient impérieuse chez lui, à partir d’une certaine période de sa vie.Nous discernons en son œuvre la phase d'apprentissage et d’imitation, suscitée par le choc de la découverte enthousiaste de la poésie véritable que les romantiques français ont apportée à sa génération; la phase d’invention et d'observation personnelle, avec Les vengeances: dans ce roman rimé, l’auteur essaie ses propres ailes, bien que très maladroitement.L'ouvrage ne vaut que par la peinture fervente, simple et sincère de la vie rurale et des coutumes folkloriques du Canada; ce fut sans doute la cause de son grand succès, à l’époque.Les vengeances marquent une certaine inclination, quoique encore timide et maladroite, vers la canadianisation de nos lettres.Enfin, une dernière phase importante — la phase de vraie création poétique — a son couronnement suprême dans Les gouttelettes.Comme l’a signalé Camille Roy, Le May a eu « cet honneur et cette gloire d’avoir composé au Canada le premier recueil de sonnets, et d’avoir tout de suite, parmi nous, porté ce genre de poésie à un très haut degré de perfection ».Le poète a consacré les dernières années de sa vie à reprendre et à polir des poèmes antérieurs.A l’exemple de Fréchette et de Chapman, il a usé et abusé du procédé peu recommandable de faire paraître, à côté de nouveaux poèmes, d’autres précédemment édités dont il était le plus fier.II a refait et amendé sans cesse ses propres anthologies.C’est ainsi que parurent tour à tour, en 1912, Evangéline et autres poèmes de Longfellow, en 1914, Les épis; en 1916, Reflets d’antan.Quelles furent les sources d’inspiration de Pamphile Le May ?Le poète a chargé son œuvre des affections de son âme délicate, des pensées sereines de sa foi religieuse, des fidélités ardentes de son patriotisme, des leçons des vertus familiales et civiques qu’il se souciait d’annoncer toujours.Deux grandes amours ont dominé toute son œuvre et son existence; l’amour de Dieu et l’amour de la patrie.Bref, il a diffusé une philosophie saine et chrétienne de la vie.11 a laissé graduellement la grandiloquence et la prolixité romantiques qui ont marqué ses débuts, pour prendre, en homme qui connaît ses limites, une voix plus modeste, plus simple, plus personnelle, plus sobrement émue et pour s’approcher en même temps, grâce à une heureuse évolution, vers la condensation parnassienne.Il eut la bonne initiative de préférer la flûte à la trompette.Quelle est sa place dans la littérature cana-dienne-française ?Cet écrivain a chanté avec sincérité et délicatesse le moi du poète et est devenu vraiment le premier de nos poètes intimistes: il a ainsi frayé la voie à Nérée Beau-chemin et à Albert Lozeau.Il a chanté la petite patrie qui l'entourait.Il fut, en son temps, peut-être le plus populaire des poètes, parce qu’il a eu l'heureuse idée de chanter le peuple avec ses traditions, ses croyances, ses fêtes naïves.Il fut le poète des Canadiens comme, au dernier siècle, Brizcux fut le poète de la Bretagne; il a inauguré la série des poètes du terroir; il a canalisé dans la poésie le mouvement du terroir que propagèrent pendant quelques années les nouvelles revues littéraires de l’époque et qui s’est prolongé longtemps, jusqu’à son efflorescence dans les œuvres d’Alfred Desrochers et de Mgr Félix-Antoine Savard.133 Pamphile Le May n'est pas un écrivain d’envergure.Toutefois il est par essence un délicat.Ce ne sont pas les fresques qu’il réussit à peindre, mois les tableautins où il promène avec amour le pinceau d’un peintre habile et patient.La personnalité de l’auteur des Gouttelettes a laissé dans son œuvre la note humaine d’une émotion fine et sincère qui transfigure par le jeu de l’art la réalité familière; dans sa vie d’écrivain, une leçon, à savoir; la poursuite constante de la perfection artistique ne peut aboutir que par le respect du travail, par l’effort et l'ouverture d'esprit, et elle seule peut amener, un jour, comme le prouve l’exemple de Le May, une réussite remarquable.* * * OEUVRES.— Essais poétiques.Québec, C.-E.Desbarats, 1865.310p.(Dans ce recueil paraît pour la première fois Evangeline).— Deux poèmes couronnés.Québec, P.-G.Delis-lc, 1870.250p.— Evangéline.Deuxième édition.Québec, P.-G.Delisle, 1870.192p.— Les vengeances.Québec, C.Darveau, 1875.323p.— Les vengeances.Drame en six actes.Québec, Léon Bossue dit Lyonnais, 1876.44p.— Le Pèlerin de Sainte-Anne.Québec, C.Darveau, 1877.312p.(Nouv.ed.: Montréal, Beau-chemin, 1893.309p.) — Picounoc le Maudit.2 vol.Québec, C.Darveau, 1878.312p.et 314p.— Une gerbe.Québec, C.Darveau, 1879.232p.— Fables canadiennes.Québec, C.Darveau, 1882.351p.(Nouv.éd.: Québec, C.Darveau, 1891.292p.) — Petits poèmes.Québec, C.Darveau, 1883.264p.— L’Affaire Sou graine.Québec, C.Darveau, 1884.459p.— Le Chien d’Or (trad, de The Golden Dog, de William Kirby).2 vol.Québec, Gameau, 1884.369p.et 393p.(2e éd.Québec, Gar-neau, 1926.369p.et 397p.) — Tonkourou.(Nouv.éd.de Les vengeances).Québec, J.-O.Filteau et Frère, 1888.295p.— Rouge et Bleu (Sous les boisy En livrée, Rouge et Bleu).Comédies.C.Darveau, 1891.288p.— Fêtes et corvées.Lévis, P.-G.Roy, 1898.82p.— Contes vrais.Québec, Le Soleil, 1899.259p.(2e éd.revue et augmentée: Montréal, Beauche-min, 1907.551p.) — Les Gouttelettes.Sonnets.Montréal, Beauchemin, 1904.232p.(Nouv.éd.ill.: Québec, Action Catholique, 1937.237p.) — Entendons-nous.Vaudeville en un acte.Ottawa, Société Royale du Canada, 1911.— Evangéline et autres poèmes de Longfellow'.Traduction libre par Pamphile Le May.3e éd.Montréal, J.-Alf.Guay, 1912.209p.— Les épis.Montréal, J.-Alf.Guay, 1914.257p.— Reflets d’antan.Montréal, Granger Frères, 1916.219p.— Les vengeances.Troisième et dernière édition.Montréal, Granger et Frères, 1930.286p.* * * SOURCES A CONSULTER.— Arles (Henri d'), Eaux-fortes et Tailles-douces.Québec, 1913.P.157-177.— Bisson (Laurence), Le romantisme littéraire au Canada français.Paris, 1932.P.217-225.— Hébert (Maurice), L’œuvre poétique de Pamphile Le May.Dans Le Canada français [P.C.] janv.1937, p.487-507.— Paul-Crouzet (Jeanne), Poésie au Canada.Paris [1946].P.79-90.— Roy (Abbé Camille), A l’ombre des érables.Québec, 1924.P.9-62.— Roy (Abbé Camille), Essais sur la littérature canadienne.Québec, 1907.P.197-229.Romain LEGARE, o.f.m.Rappel Jeanne L’Ai-chevêque-Duguay Épouse et Mère avec Marie « Un livre qu'il faudrait mettre entre les mains de toutes les jeunes filles et de toutes les mamans.» Préf.du R.P.Maurice-Marie Cadieux, s.m.m.6e mille.88p.19cm.$0.75 (par la poste $0.80) La Vierge et l'Hostie dans la famille Des moyens sûrs et éprouvés pour transformer les cœurs et créer ainsi dans les foyers, une véritable atmosphère familiale.Préface du R.P.Ludger Brien, s.j.139p.III.19cm.$1.00 (par la poste $1.10) 134 AUX ÉDITIONS FIDES I ?« ?I ?“Les dessous de la censure” G.-M.BERTRAND, c.s.c.Plusieurs mois ont passé depuis la publication par Cité Libre (no 28, juin-juillet 1960, p.14-21) de l’article d’André Lussier sur les Dessous de la censure.Cet article, qui a suscité diverses réactions, ne portait pas seulement sur des faits d’actualité, malgré les occasions qui l’ont fait naître.On y touche en effet plusieurs problèmes d’envergure, et qui demeurent sous-jacents à la crise culturelle et religieuse que nous traversons actuellement.C’est pourquoi nous jugeons utile d’y revenir ici pour en discuter certains aspects, avec un entier respect pour les intentions personnelles de l’auteur, dont nous voudrions interpréter les lignes le plus honnêtement possible.Trois exemples Nous ne savons pas exactement ce qui a été pour l'auteur l'occasion de cette « sainte colère » qui l'a amené à demander « à la censure ses papiers et à tenter un regard sur son identité ».Mais nous pouvons toutefois relever, au début de son texte, ces trois exemples caractéristiques: Une des récentes malhonnêtetés de la censure me donna la nausée: on a cisaillé pour nous Les Sorcières de Salem ! L’accusé qui censure son propre procès ! Les omissions cherchaient à conserver un masque vertueux à ceux dont Miller voulait dévoiler le visage ignoble.Oh ! ces ciseaux de la pureté! Quel étalage édifiant de cadavres à perte de vue.Et j’en viens à penser à la couverture de Time Magazine, aux ballets africains et quoi encore ! L’auteur peut avoir raison de s'en prendre à la censure telle qu’elle s'exerce chez nous dans certains cas: on ne peut nier certaines lacunes et certains excès; et l’on peut aussi, sous ces excès, trouver quelques motivations troubles et inavouées.Mais on fait aussi bien des erreurs, et parfois assez graves, dans l’appréciation de cette censure.Reprenons, un à un, dans l'ordre inverse, les exemples donnés par l’auteur.La question des ballets africains.— On sait de quoi il s’agit: les danseuses africaines dansaient nues jusqu’à la ceinture; le spectacle a été permis à Toronto, et censuré à Montréal.Quel scandale.Non pas à Toronto mais à Montréal ! Quelle étroitesse d’esprit, quel jansénisme: ces admirables noirs sont si « nature », et si chastes, dans leurs déshabillés et dans leurs danses ! — On connaît pourtant la puissance d’érotisme des danses africaines, surtout dans leurs « costumes » indigènes.Mais même si, pour une fois, un déshabillé de ce genre n’avait pas cette puissance de provocation, quel homme sérieux pourrait cependant nier l’importance du principe en cause ?Comment douter qu’une exception accordée pour un pareil cas d’espèce, ne fasse une brèche irréparable à une loi de modestie pourtant élémentaire, et qu’ensuite beaucoup voudront se prévaloir de ce précédent, pour des raisons artistiques ou autres ?Une ligne de démarcation, en pareil domaine, peut toujours donner lieu au pharisaïsme ou aux restrictions abusives, mais qui niera quelle soit nécessaire ?La couverture du Time Magazine.— On sait encore de quoi il s’agit: un lieutenant de police de Montréal, sur l’ordre de son chef, saisit comme indécent un numéro de la revue Time Magazine qui exhibait en couverture une pauvresse donnant le sein à son enfant.Admettons que le geste n’était pas des plus habiles ni des plus opportuns et que, à côté de ce « délit matériel » assez anodin, on aurait pu trouver bien d'autres gravures plus indécentes dans les environs.Dans un seul de nos kiosques à périodiques illustrés vous pouvez trouver vingt revues plus offensantes pour la pudeur que cet honnête Time Magazine qui se tient habituellement, on le sait, dans les limites d’une décence assez rare pour les revues américaines.Ici encore apparaît la nécessité d’un bureau compétent et représentatif pour l’application judicieuse d’une telle loi.Les Sorcières de Salem.— Ce film franco-allemand, tourné en 1946, est un drame réalisé par Raymond Rouleau, d’après la pièce d’Arthur Miller adaptée au cinéma par Jean-Paul Sartre, avec, comme interprètes, Yves Montand, Simone Signoret, et Mylène de Mongeau.La scène se passe à Salem, dans le Mass., en 1692, où règne alors le plus étroit 135 puritanisme.Des adolescentes ayant etc initiées à certaines danses rituelles par une négresse, le clergé [protestant] les croit possédées et commence la chasse aux sorcières.Une des adolescentes, éprise d’un fermier, dénonce la femme de celui-ci pour la perdre.Le fermier voulant défendre son épouse, est à son tour accusé, et c'est lui qui sera pendu, laissant vivante sa femme enceinte.L'appréciation morale du bulletin Films à l’écran se lit comme suit: « Un public averti pourra trouver dans ce film sérieux bien des valeurs chrétiennes, mais la nature même du thème traité exige des réserves.» Donc, en somme, rien d'exceptionnel semble-t-il.Contrairement à ce qui semble être l’opinion de M.Lussier, les censeurs n’ont pas non plus manifesté de sévérité excessive envers ce film.Le Bureau provincial de censure y a fait, à cause de scènes trop crues, quelques légères coupures équivalant à 2 ou 3 minutes (106 pieds pour le 16mm.et 270 pieds pour le 35mm., sur un total de 12,640 pieds).En fait, lorsque le film a été mis à l’écran du Théâtre Club, en avril 1960, il avait une durée de 143 minutes sur un total de 145 pour la version originale.Est-ce cette représentation qui a provoqué la « sainte colère * de M.Lussier ?Cela nous semble à peine possible.Par ailleurs le film a été passé deux fois à la télévision: d'abord durant la grève de Radio-Canada, le 19 janvier 1959, et ensuite à Ciné-Club, le 18 août 1960.Renseignements pris, les coupures ont été plus considérables la première fois surtout pour des raisons de temps, semble-t-il.La seconde fois (à Ciné-Club), le film a eu une durée d’environ 139 minutes, donc 6 minutes de moins que l’original.Nous ignorons les raisons de ces coupures (peut-être purement techniques), mais nous devons rappeler que les critères suivis par les censeurs de CBFT (censure fédérale et non provinciale), pour les films passés à Ciné-Club, sont certainement plus larges que ceux que l’on observe pour les films destinés au « public familial » de ce réseau; et nous doutons qu’elles aient eu, dans ce cas, le caractère tendancieux qu’y a vu M.Lussier.De toutes façons, nous avons de la difficulté à reconnaître en tout ceci des raisons suffisantes pour une telle indignation et nous aimerions avoir des éclaircissements.Hiroshima, mon amour Nous savons bien qu’il aurait pu trouver d’autres exemples, plus justifiés, au moins en apparence.Pour être honnêtes, citons le cas, plus récent et plus retentissant, de la censure de Hiroshima mon amour.Le scénario du film et les incidents qui ont entouré sa diffusion à Montréal sont bien connus.Rappelons simplement qu’après avoir été projeté intégralement lors du Festival international du cinéma, il a été ensuite « raccourci > d’une vingtaine de minutes par la censure, pour les représentations ordinaires.D'où l’indignation des critiques, et en particulier de M.André Laurendeau qui a déploré le fait dans Le Devoir (en renvoyant ses lecteurs au « magistral article * de M.A.Lussier) après que M.Paul Sauriol, plus compréhensif, ait suggéré des explications et des solutions sur lesquelles nous reviendrons plus bas.En face de Hiroshima mon amour, comme en face de quelques autres grandes œuvres cinématographiques qui « nous sont livrées à l’état de cadavres » selon l’expression de M.André Lussier, nous sommes devant ce dilemne: s’il s’y trouve un ou plusieurs épisodes dont l'immoralité ou l’amoralité revêt à nos yeux des conséquences graves pour tout le public, ou pour une catégorie comme celle des jeunes (on sait que les salles de théâtre sont surtout fréquentées par les adolescents), il faudra ou bien supprimer ces épisodes en courant le risque de nuire à l’intelligence du film, ou à son intégrité artistique, ou bien interdire simplement le film à tout public (si le film est vraiment immoral), ou à une partie du public, la plus jeune (si le film est tolérable pour des adultes).On sait très bien en face de quel problème se trouvent les censeurs: ils ne peuvent juger les films en fonction d’un public entièrement adulte.Par un abus presque inévitable de la part des spectateurs et de la part des tenanciers des salles, les adolescents, même en bas de l’âge légal de 16 ans, pénètrent en quantité dans les salles de cinéma.Si l’on tient compte de ce public de jeunes dans la censure, les adultes, ceux qui se pensent tels et ceux qui le sont, en viendront à protester contre cette censure; si l’on décide au contraire de fermer les yeux sur la majeure partie de la clientèle des salles de cinéma, on abandonne en pâture aux jeunes des choses qui ne leur conviem ent vraiment pas, et qu’ils recherchent trop souvenu En ce qui regarde le cas typique de Hiroshima mon amour, nous avons, incontestablement, une œuvre puissante dont la qualité dramatique, la portée sociale, et la facture artistique ont fait l’admiration du public vraiment connaisseur qui s'est empressé au théâtre Locw's durant le Festival international de Montréal.11 semble alors qu'on devrait appliquer la solution suivante, déjà employée avec succès: pour aider le Bureau de la censure à dégager sa responsabilité et aussi à la remplir, on pourrait former un comité spécial composé de quelques personnes plus versées dans l’éducation, la psychologie, et les autres branches concernées dans chaque cas; et alors, si l'on décide que la valeur artistique ou la trame idéologique du film seront gravement atteintes par les amputations jugées nécessaires pour le niveau moyen, que l’on refuse le film aux salles ordinaires, pour le concéder à certaines salles spéciales.où les connaisseurs, les critiques, et les gens d’âge mûr pourront le voir.136 Honnêtement, il semble difficile de trouver une autre solution, si Ton veut garder un minimum d'ordre et de tenue dans les salles de cinéma, et si I on veut que l’art cinématographique aussi serve à I education et à la culture des jeunes, de même qu’à leur divertissement.Pour ou contre la censure Nous voyons en maints endroits M.Lussier attaquer la censure telle qu’elle existe chez nous, mais nous ne le voyons à aucun moment défendre l'utilité ou la nécessité de la censure en soi.M.Lussier devrait pourtant savoir que si l’on attaque une institution existante avec de tels arguments, le danger existe pour ceux qui ne savent pas distinguer (et ils sont légions) de croire à une opposition de principe et à un rejet de l'institution en soi.Il semble d'ailleurs qu'une certaine partie de notre élite intellectuelle en soit là: il faudrait faire sauter la censure parce que, dit-on, il est impossible de l’appliquer avec la discrétion et le discernement voulus.Prise comme une négation de la nécessité de la censure, une telle attitude ne peut être ni chrétienne ni réaliste.Si l'on se place dans le domaine de la saine morale (il existe et l’on peut s’y placer), on ne peut nier le besoin d'une censure au moins indicatrice: bien des gens désirent s’y référer, parce qu’ils tiennent à donner sa place au facteur moral dans leur conduite personnelle ou pour les jeunes qui dépendent deux.Pour ce qui est de la censure à la source, par contrôle de l’entrée même des productions cinématographiques, comme cela a lieu au Bureau provincial de censure des films, nous croyons que c’est un moindre mal et que ce moindre mal est encore nécessaire.On peut évidemment discuter sur le fonctionnement actuel du Bureau de la censure, on pourrait surtout proposer des méthodes d’amélioration en y incluant pour les cas douteux ou pour les cas importants le comité d'experts dont nous parlions plus haut.Mais il faut admettre que c’est à peu près le seul moyen d’exercer un contrôle contre le débordement auquel nous sommes exposés puisque la loi restrictive de l’entrée des jeunes au théâtre s'avère peu applicable en pratique.Autrement nous sommes sûrs d’en arriver à des inconvénients auxquels M.Lussier lui-même est opposé: Je ne souhaite pas, par ailleurs, écrit-il dans le même article, qu’une sexualité brutale et primaire.sans transposition, envahisse la production cinématographique ou littéraire.Le roman a suffisamment péché dans le sens d’un emprunt forcé à une pensée freudienne défigurée.C’est de l’artifice et non de l’intuition spontanée.Comment éviter l'envahissement de la pornographie et aussi des films qui mettent trop en relief le crime, la violence ou la superstition, films qui, les psychologues l'admettent, font un tort énorme, si aucun contrôle n’est exercé à la source ?Il nous semble qu’en ce domaine, les artistes, les experts, les gens adultes et cultivés, devraient consentir (comme cela se fait dans tant d’autres domaines par des groupes autonomes pour des raisons de bien commun) à l'aliénation d’une certaine part de leurs droits légitimes, en faveur de l’établissement d’un barême qui peut imposer des sacrifices à certains groupes mais qui permet à d’autres groupes (comme celui des jeunes par exemple), l’accession à un moyen de diffusion massive dont il est impossible de les priver.Quand on y met un peu de bonne volonté, on peut d’ailleurs sc rendre compte que les moyens ne manquent pas de pallier les pertes occasionnelles ainsi subies.Par exemple, il pourrait y avoir dans Montréal des théâtres strictement réservés aux adultes, où certains films seraient passés dans leur intégrité; le théâtre Elysée, par exemple, pourrait semble-t-il servir cette cause avec compétence et sérieux.Art et Morale Le conflit sous-jacent aux énoncés de M.André Lussier, on le sent bien, c’est l’ancien mais aussi très moderne conflit de l'art et de la morale.Concédons d'abord que M.Lussier, en différents endroits de son article, marque explicitement sa réprobation pour les manifestations grossières d’une sexualité sans brides, et son estime pour les valeurs chrétiennes fondamentales.Mais par ailleurs, lorsqu'il y a vraiment une raison artistique, et parfois peut-être un prétexte artistique, l’auteur semble clairement favoriser de fermer les yeux sur les scènes qui peuvent avoir un retentissement érotique; et par respect pour l’œuvre des maîtres, il considérera comme sacrilège la moindre amputation.Nous ne pouvons être d’accord là-dessus.Par exemple, « les plongées plus ou moins intenses dans les expériences amoureuses telles que l’artiste sent qu’elles sont vécues.» ou bien, pour employer d’autres expressions de l'auteur: « les seins, la chair, le corps, la femme.* demandent à être présentés selon nous avec une réserve qui ne comporte pas de provocations graves à des pensées ou à des actes sexuels.Nous craignons fort de toucher ici le fossé qui nous sépare.Si par exemple l’acte conjugal, les parties sexuelles, ou les gestes d'affection physique qui conduisent à l’acte sexuel, sont des réalités créées par Dieu et bonnes en elles-mêmes (quand elles sont posées dans les circonstances voulues), nous ne pouvons admettre qu’elles soient bonnes à représenter au théâtre, à cause de l’intimité qu’elles requièrent de soi, et de la puissance de provocation quelles prennent sur la scène.137 Les Dessous de la Censure Nous pensons qu’il ne s’agit pas là seulement d’un refoulement janséniste ou morbide de notre part, mais qu'il s'agit d’une division profonde dans le domaine des principes.Lorsque nous regardons du côté de l’enseignement de la Bible, des Pères de l'Eglise, des théologiens, et du côté du sens chrétien, nous ne pouvons recevoir que comme injuste et déplacée cette accusation de refus névrotique en face des réalités charnelles.Nous ne pouvons pas accepter que ces réalités, bonnes en elles-mêmes, deviennent sans voile un objet de l’art à rayonnement public.M.Lussier est assez généreux dans l’usage des épithètes au sujet des motivations et des mécanismes inconscients ou semi-conscients, qui font agir notre « morale-censure », qu’elle soit appliquée par le clergé, ou ceux qui le représentent, ou ceux qui pensent s'inspirer de lui.11 généralise facilement l’attribution des déviations sexuelles comme causes de nos travers psychologiques, depuis les excès dans l'autorité et la soumission, jusqu’à ceux qu’on trouve dans l’observance du vœu de pauvreté.! Il reste ainsi bien fidèle, trop fidèle, à ses maîtres.Malgré le traitement de faveur que l’on accorde sur papier, écrit-il, aux réalités charnelles, il se trouve bien peu d’exemples d’un traitement positif de ces réalités dans le concret de nof™ vie ou de notre enseignement.M.Lussier serait-il victime, comme tant d'autres psychiatres, du pessimisme qui gagne parfois ceux qui ont une large expérience clinique, et qui sont ramenés sans cesse devant des cas plutôt pathologiques ?Ou même, se laisse-t-il gagner par le parti-pris, à cause de son indignation en face de certaines de nos déviations nationales reconnues ?Nous ne saurions le dire.Nous sommes prêts à admettre la valeur d’une partie de son témoignage, mais nous croyons juste de souligner qu’à côté des médecins tels que lui, il y Rappel - R.P.Marcel Dufresne, s.j.Guide du retraitant De format très pratique, ce manuel offre un choix varié de prières, de dévotions et de cantiques adaptés aux trois étapes de la vie intérieure et répondant à leurs exigences pendant et après la retraite.370p.Relié Couv.plastique $1.50 (par la poste $1.60) ______________________________ Chez Fl DIS a aussi les prêtres qui peuvent apporter un « matériel * énorme d’expérience clinique.Cette expérience est plus positive, et témoigne d'une motivation plus saine que M.Lussier ne semble l’admettre.Il est de bon ton, aujourd’hui, de s’en prendre copieusement à tous les défauts « de notre petit peuple ».Pauvre « petit » peuple, tant raillé par les uns, tant défendu par les autres, sujet d’un tel complexe d'infériorité.Et pourtant, si nous savions voir les choses telles qu’elles sont, si nous cessions de nous déprécier à plaisir, parce que d’autres, plus puissants que nous, plus anciens que nous, ont déjà pris ce plaisir avant nous ! Si nous avions la fierté de nos richesses, de nos possibilités, et si nous cherchions à coopérer, quelles réalisations merveilleuses resteraient possibles ! Rappel Collection Le Nénuphar Les meilleurs auteurs canadiens Robert Choquette Oeuvres poétiques TOME I — A travers les vents.Metropolitan Muséum.Poésies nouvelles.Vers inédits.339p.21cm.$3.50 (par la poste $3.65 > TOME II — Suite marine.282p.21cm.$3.00 (par la poste $3.15* "Il y a dans ces deux volumes, quantité de poèmes dont s'enchantent le coeur et l'esprit" (Rito Leclerc.Lectures) Emile Nelligan Poésies complètes (1896-1899) Texte établi et annoté par Luc Lacourcière ".une image aussi complète que possible d’un de nos rares écrivains qu’on peut appeler prestigieux” (Guy Sylvestre.L’Action catholique) 6e édition.331p.Portrait.21cm.$3.00 (par la poste $3.1$) _______________________AUX ÉDITIONS FIDES Un ouvrage de Léo-Paul Des rosiers RAFALES sur LES CIMES Rita LECLERC Photo prise lors du lancement de Rafales sur les cimes.De gauche à droite, le R.P.Paul-A.Martin, cj.c., Mme et Af.Léo-Paul Desrosiers.M.Desrosiers vient de nous donner le dernier ouvrage de sa trilogie intitulée Vous qui passez.Rafales sur les cimes est une œuvre dense et touffue qui ne livre pas facilement son austère et mystérieuse beauté.Il faut au lecteur désireux de la découvrir, beaucoup d’attentive patience, et surtout le souci de se mettre au pas du romancier dans son effort pour cerner la démarche lente, douloureuse et obstinée d’une âme en quête de son Dieu.Car c’est de cela qu’il s'agit, d’abord et avant tout, en premier comme en dernier lieu, de l’histoire d’une âme partie à la rencontre de son Dieu, à travers la transparence, et l’évanescence aussi, des êtres et des choses de ce monde.Thème peu banal, qu'on souhaiterait bien voir étudié plus souvent par nos romanciers canadiens actuels.Thème délicat aussi, et fort difficile à traiter, le plus difficile de tous peut-être.Il est significatif que les romans catholiques sont souvent les plus vivement critiqués, même par les critiques catholiques.Rendre compte de la complexité des « jeux de l’amour et du hasard * n’est-il pas infiniment plus aisé que de déceler le jeu mystérieux, subtil et caché auquel se livrent, dans les replis les plus profonds du cœur humain, la nature et la grâce ?Certains romanciers catholiques ne se gênent pas pour violenter la nature, au profit de la grâce, et ce faisant, ils font fausse route et trahissent le réel: Dieu ne violente pas la nature.D'autres ont le sens du péché plus développé que le sens de Dieu, et cela nous vaut une littérature où le pécheur se reconnaît mais où il étouffe: que serait l’obscurité des toiles de Rembrandt sans cette lumière qui point toujours quelque part ?M.Desrosiers a-t-il parfaitement réussi là où tant d’autres échouent ou ne connaissent qu’une maigre réussite ?La réponse à pareille question demande quelques nuances.Tout n’est pas d’égale valeur dans la prospection psychologique que nous offre l’ouvrage de M.Desrosiers.Ainsi, presque tous les personnages qui entourent Romain Heurfils nous apparaissent comme vus de l’extérieur, et sont par le fait même un peu schématisés.Il faut dire cependant que le thème principal du livre n’est pas là: ces personnages n’existent qu’en fonction de Romain, et pour autant qu’ils peuvent modifier ou orienter son évolution.C'est Romain surtout que le romancier suit pas à pas, c’est l’âme de Romain qu'il fouille dans les replis les plus secrets du cœur et de l’esprit.Le premier tome de Vous qui passez suivait l'émergence du garçonnet, très doué, replié sur lui-même, et ulcéré par une légère infirmité physique, vers une adolescence inquiète et tourmentée; le second nous montrait Romain engagé dans 139 une vie conjugale assez équivoque, et s'installant dans une société où il s’imposait aussitôt par une intelligence exceptionnelle et une précoce maturité de jugement; avec Rafales sur les cimes, c’est Romain au faîte d’une carrière brillante, mais en lutte avec son cœur qu’agite une trouble passion, en lutte surtout avec son Dieu qui, cette fois, veut avoir le dernier mot dans une vie qui ne peut autrement s’unifier et s’accomplir.En fermant ce dernier volume, on se demande s’il existe quelque part ailleurs une analyse aussi lucide et fouillée, aussi précise et nuancée, du cheminement spirituel d’un être aussi complexe que Romain Hcurfils.Dans une des dernières pages de Rafales sur les cimes, on trouve, donné par Flavie, — la nièce très chère de Romain — un résumé magistral de ce cheminement: « Flavie pensa que Romain aimait déjà Dieu lorsqu’il avait commencé à le chercher avec sa détermination passionnée.Sous la forme du bonheur, sous la forme du bien, sous la forme de la sagesse, ou de la paix, ou de la lucidité.N’avait-il pas l’une de ces âmes merveilleusement compliquées de civilisé qui encombrent le siècle ?Sceptique, rationaliste, désabusée; travaillée par les paradoxes, les métaphysiques, les dialectiques; défiante, embarrassée par des séries d’argumentations, catholique sans l’être, presque incapable d'atteindre à une certitude.Se servant avec acharnement de son intelligence pour faire l’épreuve des idéologies, touchant à tous les rouages, se mesurant à toutes les objections.Aussi Flavie demeurait confondue devant le tremplin trapu, charpenté de poutres et de madriers, que Romain s’était consruit pour bientôt bondir vers Dieu.Et Dieu lui-même, s’était-il opposé à ce travail ?Non, tout le contraire, pensait Flavie.Il s’était conformé à ce caprice comme s’il s’y amusait lui-même.Lui mettant certains livres en main, le moment venu; maniant les êtres, les événements autour de lui pour susciter des pensées, des réponses; le précédant dans les couloirs qu’il tentait d'éclairer avec sa torche fumeuse.Le laissant jouer avec sa raison, la rendant impitoyable jusqu’à ce quelle ait détruit l’erreur afin que le bond vers lui soit à la fin facile.Ce Romain qui reviendrait à la foi, Flavie l’avait imaginé comme un fou de Bassan s'élevant puissamment dans l'azur d’un coup de l’immensité de ses ailes.Ce quelle voyait, c’était un boueux émergeant d'une galerie souterraine, les yeux clignotants, les épaules voûtées comme s’il avait vécu courbé pendant des années.* (P.231-232) Ce résumé est une merveille d'exactitude.Car c’est du cheminement d’un intellectuel qu’il s’agit, — le fait que Romain soit un ingénieur ne change rien à l'affaire — et d’un intellectuel qui va vers Dieu avec son esprit bien plus qu’avec son cœur.Cheminement que le romancier a cerné avec un égal respect de la nature et de la grâce.Cela explique le ton et le rythme du récit, assez inusités.Cela explique aussi sans doute la multiplicité des exposés théoriques qui enrichissent mais aussi encombrent parfois le récit, ainsi que le tour volontiers polémique et apologétique des dialogues.L’œuvre y eût-elle gagné à être élaguée d’un peu de cette luxuriance intellectuelle ?Nous le croyons.Ce que l’on peut admirer sans l’ombre d’une réserve cependant, c’est la qualité du style de M.Desrosiers, qui est ici d’une splendeur dont on a peu d’exemples dans les lettres canadiennes.Maintes et maintes pages de Rafales sur les cimes sont d’une telle plénitude de pensée, d’une telle qualité poétique et littéraire qu’elles arrêtent le lecteur et le laissent émerveillé.Que de passages nous pourrions citer ! 11 y a là une mine pour les anthologies futures.Avec Rafales sur les antes, M.Desrosiers termine une trilogie romanesque d'une puissante envergure et d'une incontestable résonance spirituelle.C’est une œuvre dont un romancier peut à bon droit se glorifier.Rita LECLERC (1) DESROSIERS (Léo-Paul) RAFALES SUR LES CIMES.Vous qui passez, t.III.Roman.Montréal.Fides [I960].235p.22cm.$2.50 (frais de port en plus) Pour adultes Réédition Michel Brunet Canadians et Canadiens Essai sur l'histoire et la pensée des deux Canadas.« L'auteur aborde avec courage un problème fondamental: les relations interethniques.> 173p.Coll.Bibliothèque économique et sociale $2.00 (par la poste $2.10) _______________ AUX ÉDITIONS FIDES 140 I I .I I .• mm \::: - PP|i IHil 'M j, l ¦ T ‘ ft»® Stf ' ¦ ; •# f» U X 4 l'r , u- J V _ Jr £$1* s .nuft ¦l : - C ' 'U; - ¦ è*m b •.HH®® H ft ¦ ^ 'dkîiàgfe- Jt ¦ â fanl-Émile ROY • ¦ ' : !S “ 1 .^W''» s- ' “.AïïSus-iV; ilMBB ¦ - • _ ;!,;V: •- • •• PS*»!®5 HTir Le P.Blanchet poursuit la publication de la série La Littérature et le Spirituel.1 Le deuxième volume, portant en sous-titre La nuit de feu, nous fait rencontrer un certain nombre d’auteurs qui ont en commun une certaine affinité avec les ténèbres.Pascal d’abord, si près de nous.Racine, dont la Phèdre a été « ramenée d’une saison en enfer ».Julien Green, Montherlant, Marie Noël, Jean Cayrol, Kafka, Milosz, tous auteurs dont on peut dire que « c’est au fait d’exister qu’ils ne s'habituent pas ».Le P.Blanchet souhaite que son lecteur comprenne de plus en plus pourquoi la littérature est à ses yeux inséparable du spirituel.Parlant des études contenues dans son livre, lui-même les appelle des « biographies spirituelles » (p.9).C’est cette conception de la critique qui fera ici l’objet de notre réflexion.Ce qui devient de plus en plus évident, à mesure que l’on poursuit la lecture de La Littérature et le Spirituel, c’est qu’à l'origine des grandes œuvres littéraires réside un désir incoercible de trouver un sens aux actes que l’homme pose tous les jours.La création de tous ces personnages, de toutes ces situations dramatiques ou romanesques, de ce monde d'images et de paroles, ne fait que répondre à un besoin de trouver sa place dans l’Univers, de se situer par rapport à l’ensemble des choses.Le grand écrivain n’est pas un rimailleur ni un compilateur de rêveries.Au fond de sa conscience surgit une exigence de lucidité, et c'est pour tâcher de se comprendre et comprendre le monde qu’il jette sur la page blanche l’écheveau de ses sentiments, de ses images, de ses angoisses et de ses joies.Il essaie de mettre de l'ordre dans son univers intérieur, de disposer les êtres de telle sorte que leur dessein profond enfin apparaisse.Il refait le monde, en quelque sorte, pour son propre compte, par le moyen de la connaissance créatrice.La littérature devient ainsi, pour le grand écrivain, le champ d’un combat spirituel dramatique.L’écrivain est aux prises avec les forces les plus intimes de sa conscience.Pour lui, la vie deviendrait intolérable s'il ne pouvait la sonder, la reprendre, la transfigurer par le moyen de la connaissance créatrice.Julien Green a noté, dans Le bel aujourd’hui, que « les seuls livres qui comptent sont ceux dont on peut dire que l’auteur serait mort étouffé s’il ne les avait pas écrits ».Une telle affirmation n’est pas exagérée, car la création littéraire est le seul moyen pour certains hommes d’échapper à l’absurde et de donner à leur existence le minimum d’air nécessaire à la respiration.C'est ainsi que Milosz part d'un besoin de se « situer » dans l’Univers.Marie Noël veut essayer d’échapper à la routine et à la banalité qui endorment et étouffent les aspirations profondes.Kafka est étranger sur cette terre et la vie ne lui' sera supportable que s’il peut enfin échapper à sa condition misérable.Et voilà tous ces écrivains qui se mettent à écrire, pour tâcher de comprendre, de découvrir un sens à leurs aspirations et à leurs démarches.Leur œuvre porte dès lors la marque de leur engagement personnel.C’est-à-dire qu’elle ne se déroule pas sur un plan indépendant de celui de leur existence.Elle est imprégnée des préoccupations profondes de l’auteur.Elle implique une intention foncière, elle porte un dessein intime.Elle est habitée par la présence de son créateur, même si elle cède apparemment au prestige de l’affabulation et de la résonance sonore.Elle implique, suivant le mot de Sartre, un « choix existentiel ».Elle est rattachée étroitement à la vie profonde de l’auteur qui, lorsqu’il écrit, ne peut exprimer que ce qu’il connaît, c’est-à-dire lui-même et l’univers tel qu’il vient se réfracter dans le prisme de sa personnalité.De sorte que sous les formes diverses de la matière littéraire « se devine un drame plus essentiel: celui de l’âme en proie à elle-même dans l’angoisse d’exister.Oui suis-je ?Que faire ?Et pourquoi faire ?Les lois psychologiques sont respectées.141 notons-le, mais elles se trouvent maintenant éclairées d'en dessous et les personnages acquièrent une dimension nouvelle, qu'il faut bien appeler spirituelle, ou même religieuse » (p.147).Le rôle du critique semble être dès lors de rendre perceptible l'expérience qui s’exprime à travers les œuvres.Il ne méprise pas les moyens d’approche formels de l'œuvre littéraire mais il prend ces moyens pour ce qu’ils sont, et rien de plus.Ce qui l'intéresse, c'est l’expérience spirituelle qui nous est transmise par le langage littéraire.11 s’efforce de nous en faire voir toute la profondeur et toute la signification.Les auteurs qu’il aborde se trouvent ainsi expliqués, démêlés si l'on peut dire.Et l’on peut affirmer que c’est avec une grande pénétration et une sympathie qui ne se dément pas que le P.Blanchet suit son homme, l’écoute, l'interroge, l’éclaire sans doute à certains moments.Cela nous permet de comprendre sur quel plan élevé se situe le débat de la grande littérature moderne.L'effort d'affranchissement spirituel se poursuit de cent façons différentes, dans la nuit bien souvent.Des hommes essaient d’échapper à leurs ténèbres, de venir à bout de leur âme, de trouver enfin la lumière consolatrice.Ils n’y arrivent pas toujours et leur expérience se solde parfois par un échec.J'ajoute que la fréquentation des œuvres qu'on pourrait appeler nocturnes ne va pas sans danger.Dans un effort de s'arracher à leur misère, les auteurs nous plongent au beau milieu df* celle-ci.Us la décrivent, ils la pèsent, ils la sondent, ils l'étaient devant nous avec un luxe de style qui finit par la rendre séduisante.S'ils l'exposent ainsi à nos yeux, c'cst pour l'identifier et la dépasser, c’est pour s’en purifier.< Si je ne mettais pas cette folie dans mes livres, dit Julien Green, qui sait si elle ne s'installerait pas dans ma vie » (p.177).Mais le lecteur, lui, ne risque-t-il pas de voir « cette folie » s’installer dans sa vie ?Il doit pouvoir dominer les œuvres qu'il parcourt.11 doit les comprendre à fond sans quoi il y trouvera de graves dommages.Les grands romans modernes ne sont pas des œuvres de détente ! 11 faut beaucoup de maturité et d’application pour les comprendre.Je dirais même qu’il faut une bonne formation intellectuelle et spirituelle.Sans cela on passe à côté du problème qui est posé, ou bien on ne réussit pas à le situer dans l’ensemble des démarches de la réflexion.En lisant l’étude du P.Blanchet sur Julien Green, on est porté à se dire: comme cet auteur est près de nous ! On dirait qu’il est Canadien français.Même sentiment de solitude, d’angoisse, d’écrase- ment que chez certains de nos poètes.Même inaptitude à l’existence.On pourrait en dire autant de Marie Noël, de Milosz et de plusieurs autres.Comme Saint-Dcnys Garncau, ils pourraient murmurer qu'ils « sont mal assis sur cette chaise ».Comme plusieurs de nos jeunes romanciers, ils ne peuvent promener sur le monde et sur leur vie un regard pacifiant.Ils sont emportés par le vertige ou tentés par l'obsession du morbide.Quelque chose en eux qui voudrait se faire ange, mais n’échappe pas à la lourdeur et à l’opacité de la boue.Et pourtant ce ne sont pas des Canadiens français.Ils ne sont pas victimes d’une éducation janséniste comme on le répète si souvent pour expliquer l’angoisse de nos écrivains.Ils sont tout simplement des hommes aux prises avec les conditions tragiques de leur destin.Et si leur drame se répercute jusque dans la psychologie des profondeurs, c’est bien plus profondément qu’il en faut chercher l’explication.Il faut percer les couches de la psychologie qu'une morale à la Bourget pourrait encore circonscrire.Il faut dépasser les schèmes sociologiques et les troubles névrotiques pour essayer de rejoindre le mouvement vital à sa source même, dans cette démarche radicale par laquelle l'homme réagit plus ou moins aveuglément à la sollicitation de la grâce.L'angoisse de Kafka, par exemple, colore sa psychologie et son comportement social, mais ce qui l'explique finalement n’est rien d'autre qu’une obsession du divin.Milosz ne pourra échapper aux ténèbres qui l’habitent que le jour où la révélation de l’amour lui sera donnée.Tous ces habitants de la nuit, c’est sur le plan spirituel qu'il faut situer leurs luttes.Ils connaissent des épreuves analogues à celles des mystiques.On dirait que toute la misère de la condition humaine reflue en eux et ce serait les diminuer que de réduire leur expérience à un conflit social ou psychologique.Ce serait aussi les lancer sur une fausse piste, les tromper sur l’enjeu du combat qu’ils ont à mener, et les vouer à un échec inévitable.C'est le mérite du P.Blanchet, il me semble, de situer l'expérience de ces écrivains sur son vrai plan, d'en faire voir la signification profonde et d’en rendre la réussite possible.Peut-être en est-il de la littérature comme de la liberté.Elle ne s'affranchit qu'en s’oubliant et en se dépassant.Paul-Emile ROY (I) BLANCHET (André), s.j.LA LITTERATURE ET LE SPIRITUEL.T.II.La Nuit de jeu.Paris, Aubier [19601.286p.18.5cm.$3.20 (frais de port en plus) Pour adultes, mais spécialisé 142 Notices bibliographiques Littérature canadienne FILION (Gérard) LES CONFIDENCES D’UN COMMISSAIRE D’ECOLES.Montréal, Editions de l’Homme [I960].122p.20cm.$1.00 (frais de port en plus) Pour tous 11 faut remercier M.Gérard Filion d’avoir consenti à reprendre les différents aspects d’une question déjà souvent débattue dans le Devoir et, qui plus est, vécue par l’A.en tant que commissaire d ccole à Saint-Bruno.Monsieur Filion exagère un peu lorsqu’il oppose l'écrivain et le journaliste.N’est-il pas bon justement que lcditorialiste d’un grand Rappel - Marie Lefranc La Rivière Solitaire Un ouvrage qui marque un moment de notre histoire: l’aventure héroïque de la colonisation à l’époque de la crise économique des années 30.Préf.de Léo-Paul Desrosiers 196p.Coll.Le Nénuphar $2.00 (par la posfp $2.10) _______AUX ÉDITIONS FIDES journal reprenne à un moment donné l’ensemble d'un problème et nous le présente sous tous ses aspects, actuels et vitaux, sans pour autant faire de la littérature ou de la philosophie ?Heureusement que M.Jacques Hébert a eu la bonne idée de demander cet ouvrage à M.Filion, et même, de lui forcer un peu la main ! Au moment où tout le monde discute de réforme de l’enseignement, la lecture des Confidences éclairera considérablement tous ceux que la question intéresse ou doit intéresser.Or, et M.Filion le répète à plusieurs reprises, la question regarde tous les parents ou simplement ceux qui participent à la vie canadienne-française.En voici un exemple: « 11 est temps que le public s’éveille aux problèmes scolaires.11 est temps que les pères de famille, contribuables ou non, se rendent compte que l’éducation de leurs enfants les concerne tout autant que les membres du Conseil de l’instruction publique, les fonctionnaires du Département de l’instruction publique et les commissaires d’écoles.Il ne s'agit pas de savoir si nous avons, oui ou non, fait des progrès: ils sont tellement évidents que ce n’est pas la peine d’en discuter.Ce qui importe c’est de savoir ce qui reste à faire et prendre les moyens de le réaliser le plus tôt possible.» Et même s’il est vrai que le journaliste traite une matière fugace et que bien des problèmes soulevés par M.Filion seront bientôt dépassés (du moins, nous l’espérons), ce petit livre aura eu toute sa raison d’être.On pourra croire que les Insolences du Frère Untel auront porté ombrage aux Confidences d'un commissaire d’écoles, mais il faut savoir que celles-ci complètent heureusement celles-là sous plus d’un aspect.Là où le Frère Untel soulevait le problème de l’enseignement, M.Filion en explique les rouages et les difficultés concrètes.Cet ouvrage reste donc un livre d’information et d’actualité: c'est pourquoi il doit être lu maintenant et tout d'un trait.On y retrouvera, à plus d'une page, l’allure et la verve que l’on connaît déjà à certains éditoriaux du Devoir.Jacques GRISÉ Littérature DORAN (Dielle) MARYSE.Roman.[Montréal] Le Cercle du Livre de France [I960].171p.20.5cm.S2.50 (frais de port en plus) Pour adultes Maryse, en réalité, n’est pas un roman: aucun dénouement, aucune intrigue.On pourrait tout au plus dire que c’est une nouvelle, ou encore une autobiographie.Maryse est une jeune fille qui nous raconte une tranche de sa vie, celle de sa dernière année de Lettres-Sciences avec les deux vacances qui la complètent.A peine âgée de 15 ans, l’étudiante est destinée à épouser l’un de ses cousins, de plusieurs années son aîné, qui l'aime, mais qu’elle n’aime pas.Bien qu’elle soit 143 Dielle DORAN Mire qu'on ne la contraindra pas a ce mariage, les propos quotidiens de ses parents, ainsi que les poursuites assidues du cousin, contribuent à faire d'elle une petite fille sauvage.C ontinuellement en quête ue solitude, elle n*a de repos et de paix que dans sa chambre ou dans la grande nature.Et encore là.l'image du cousin la suit comme son ombre: elle en rêve la nuit, elle en rêve le jour.La rencontre fortuite de deux étudiants de son âge lui apporte quelques moments de détente, mais même alors l'image du cousin réussit à s'interposer pour lui dérober la pureté de son bonheur.Même mort, le cousin continue de la hanter, mais maintenant c'est dans un complexe de culpabilité.Voilà toute la charpente du « roman ».C'est bien fragile.Ce qui nous reste après la lecture du livre, c'est le portrait d’une jeune fille excessivement sensible, qui parle avec les arbres, les champs et la mer à la façon des romantiques, et qui se plaît à échafauder des rêves, et de si belle façon qu'elle ne sait plus elle-même les distinguer de la réalité.Dans la langue des psychologues, elle est une introvertie.Maryse jouit d'une belle facilité decriture, malheureusement gâchée par quelques gaucheries ou recherches de style, et même par des incorrections grammaticales.Qu’il suffise ici de relever à titre d’exemples cette incorrection: « C'eût été me compromettre de signer ces années de cours desquelles on m'avait tout dicté.» P.108 et encore cette gaucherie: « Parfois, sur un mot banal leurs pensées [r/t* l'oncle et de la tante] se rejoignaient sur le même fil — un fil électrique peut-être — comme deux oiseaux égarés qui cherchent une montagne pour s’orienter.» P.95 Souhaitons toutefois que l'auteur reprenne la plume et nous donne alors un roman à texture plus serrée et dans une langue plus châtiée.Gaston JACQUES MORIN (Paul) GERONTE ET SON MIROIR.(Montréal] Le Cercle du Livre de France [I960].167p.20.5cm.$2.00 (frais de port en plus) Pour tous Il y a 50 ans, l'apparition du Paon d'Email nous avait fait prendre Paul Morin pour un esthète, pour un merveilleux ciseleur de poétiques bijoux (Revue canadienne.avril 1912).Dix ans plus tard (1922), plusieurs des Poèmes de Cendre et d’Or confirmèrent cette impression initiale.Et voici que.après 38 années d'un silence presque continu, l'enchanteur nous revient avec son « miroir de Gé-ronte ».L'instrument réfléchit, sur la vieillesse du poète, les enchantements de son cœur juvénile ou bien tourne, vers les bonheurs de la jeunesse, l’œil voilé du vieillard.Quand on dépose le livre, on croit d’abord avoir eu affaire à un loustic.Il s’amuse à glisser, au bout de lignes cocasses, des rimes cocasses elles aussi, les deux com- Paul MORIN montées souvent par des notes non moins cocasses.Des titres comme « Préfacette » au début et « Petit additif explicatif » à la fin ne contribuent pas à écarter l'idée d'une amusante fumisterie.Mais bientôt l'on constate que ce fumiste putatif est un esprit royalement meublé.Il possède à fond nos deux cultures nationales, il joue en grand artiste de nos deux langues officielles.Les légendes d’Albion celles qui concernent Nazareth et saint Etienne, des prières comme celle qu’il traduit Pour les petits, lui inspirent des adaptations riches de fond et savoureuses d’expression.La passion pour 1 etude de la nature perce à travers les poèmes dont il fait hommage à M.Buffon.Et sa loyauté lui fait écrire, sur la pierre qui couvre les restes de son roi défunt, une épitaphe aussi émouvante quelle est émue.Cet homme d’un esprit si cultivé se révèle encore plus un homme de cœur.Lisez les plaintes résignées que suscitent sous sa plume le souvenir de Geneviève 144 il Ecuilly, son épouse bien-aimée (v 1952), ou encore l’évocation de ses enfants.Sans doute il se glisse bien ça et là quelques traces de l’amertume qu’ont soulevée parfois des amitiés infidèles, des malheurs accumulés (vieillissement, incendies, déménagements, etc.); lui-même l'avoue, Don divin, l'ironie était ma seule armure.Mais, de même qu'il a renoncé à celle-ci.Je rengaine ma dague et rétracte ma griffe, de même il oublie et l'incompréhension de ses compatriotes et l’infidélité de ses amis devant la fraternelle sympathie de deux notaires, le poète René Chopin et Rosaire Dupuis (p.94).Au-dessus enfin de l'homme de cœur, ce volume nous présente un homme de foi et de foi profonde.C'est elle qui lui inspire sa résignation devant la mort detres chers, le choix de ses délicieux Noëls et entre autres de la ronde des bergers, l’accueil si plein d’aménité qu’il fait à la « vieillesse chagrine » (p.90), l’interprétation pieuse qu’il donne au geste de son «papillon dévotieux » (p.121).Avant les petits, c'est lui-même qui dit déjà (p.137): Je prie la Sainte Vierg' de venir me chercher Et le petit Jésus de m’accueillir chez Lui.Par son inspiration, par sa facture, par son ton, son accueil à la vieillesse.Aménités sur mon seuil (p.90), nous paraît la pièce la plus achevée du recueil et finira, croyons-nous, par figurer dans les anthologies.Nous espérons toutefois que l'enchanteur n’a pas dit ici son dernier mot; puisse la vieillesse si bien accueillie lui laisser le temps de tenir la promesse qu’il nous faisait si harmonieusement il y a 50 ans (Le Paon d'Email): J'attends d'être mûri par la bonne souffrance Pour, un jour, marier Les mots canadiens aux syllabes de France Et l'érable au laurier.Biographie MAGNAN (Jean-Charles) CONFIDENCES.Montréal.Fides [I960].207p.ill.(h.-t.) 21.5cm.$2.50 (frais de port en plus) Pour tous Du point de vue chronologique, l’ouvrage de M.Magnan nous promène (et non pas couvre, oh ! l'horrible anglicisme !) à travers un demi-siècle d’expcricnccs et d'efforts, de 1910 environ à 1960.Dans l’espace, après une introduction sur la famille et l’enfance de l’auteur (p.19-45) et mis à part un épisode politique (p.183-189), nous parcourons trois régions différentes, qui sont autant d'étapes de la vie du narrateur: nous accompagnons l'étudiant à l’Ecole d’agriculture d'Oka, nous suivons l’agronome sur sa ferme de Saint-Casimir (Portneuf), nous nous ins- tallons avec le fonctionnaire, au ministère de l’agriculture, dans l'hôtel lu gouvernement québécois.Au lieu d’adopter et de suivre ce plan tripartite, M.Magnan a préféré raconter les événements dans l'ordre où ils se présentaient à sa mémoire, il s’ensuit des retours fréquents sur le passé, l’évocation répétée des mêmes faits et des mêmes personnages, tout un ensemble de redites que l’attachement à ce plan lui eût permis d’éviter.Quel que soit le décousu ou plutôt l'enchevêtrement qui découle de l’emploi de ce procédé, l'ouvrage ne manque pas d’une certaine unité; c'est qu'il porte sur l'évolution de notre agriculture provinciale ou, mieux encore et sujet plus précis, sur les progrès de notre enseignement agricole.L'excursion à travers l'enfance permet à l'auteur d'évoquer des personnages méritants à divers titres: son grand'pèrc Jean-Baptiste Cloutier, le premier de nos maîtres m» Emile CHARTIER, p.d.Jean-Charles MAGNAN 145 T en pédagogie; son autre grand-père Jules-Paul Tardivel, le fondateur et presque l'unique soutien d'un journal qui fut en son temps « toute une institution à lui seul »; son père C.-J.Magnan, le prolifique rédacteur de L'Enseignement primaire et l’inspecteur dynamique de nos écoles normales.Ce sera l’une des joies de notre vie d'avoir contribué à faire admettre à la Société royale ce professeur inégalable et cet orateur-né, admission dont il nous disait, lors du voyage à Winnipeg, qu'il n’avait jamais reçu et ne recevrait jamais plus grand honneur académique.Le séjour à Oka a imprimé, dans la mémoire de l’étudiant-agronome, un souvenir ineffaçable.Sur quel tor dV.mitié il parle de ses camarade., Raphaël Rousseau, Albert Rioux, Nolasque April, etc.! Quelle vénération il garde pour ses maîtres Isaïe Marsan, Henri Nagant, les Frères Liguori, Rock, etc.! Parmi ces derniers il met en relief, dans un portrait saisissant (p.68-75), l’abbé mitré Dom Pacôme Gaboury, notre camarade de philosophie (1892-1893).11 aurait pu ajouter que ce prototype du moine colonisateur était encore, sauf erreur, le neveu d'un sous-ministre de l'agriculture à Québec, et l’un des plus efficaces, M.Gigault.Aucun de ces récits ne révèle mieux le vrai caractère de M.Magnan lui-même que celui de lagronome-fermier de Saint-Casimir.S'il ne tait pas ses maigres succès auprès d'une population foncièrement défiante de toute nouveauté, il note avec soin ses déboires et ses échecs, même avec humour.Mais pour lui les obstacles deviennent des tremplins; les insuccès, presque des encouragements.Aidé par une épouse supérieurement intelligente et solidement chrétienne, il ne cesse de recommencer.Ni le succès ne l'exalte ni lechec ne le décourage.Parfois déprimé au début, il a tôt fait de retrouver une jovialité soutenue par l’ambition et stimulée par les difficultés.M.Magnan est un fort, un tenace, parce qu’il est un convaincu et un enthousiaste.Quant au fonctionnaire, quel respect il témoigne à scs chefs les ministres Caron, Dussault, God-bout.Perron et Barré ! Il parle avec émotion de ses sous-chefs, tels Napoléon Savoie, de ses collègues, tels Albert Rioux.Il n’ou- blie pas les pionniers qui se sont morfondus avant lui à la rénovation de notre agriculture: conférenciers comme Chapais et Dal-laire, missionnaires comme l’abbé Charest ou Mgr Allard, publicistes comme Ponton et les deux Létour-neau, Armand et Firmin.Le style, alerte, enjoué, parfois « essoufflé », c’est-à-dire à phrases sans verbe, ne possède pas toujours la correction que l'on attendrait; par exemple, le participe présent s'y accorde trop souvent avec le complément, plutôt qu’avec le sujet, de la principale.Mais quel plaisir on éprouve à y voir se profiler ces expressions populaires, ces canadianismes imagés « qui font voir toutes choses en rose » (Rivard), ces réflexions-proverbes aussi toutes pleines de sagesse campagnarde, ces fusées humoristiques enfin qui peignent un homme d’un trait et le « marquent » pour toujours ! Les lecteurs ruraux surtout non seulement s'amuseront à parcourir ce volume « fait de bonne foi », mais ils s'y instruiront et même s'y édifieront.Emile CHARTIER, p.d.Littérature étrangère Philoso.ohie > DELMAS (André) CET AUTRE MONDE QUI EST L'HOMME.Paris, Alsatia [I960].259p.19cm.Pour tous A ce premier volume on annonce une double suite: La Vie, cette mal aimée et Suprêmes réalités (p.9).Ceux qui auront parcouru, même distraitement, cette première tranche souhaiteront que les deux autres ne tardent pas à paraître.Veut-on une simple idée des trésors accumulés dans ce flori- lège ?Qu'on lise ceci (p.214): « La prime jeunesse veut tout détruire, tant elle est avide, comme l'amour, d'être seule au monde pour le refaire et tout y renouveler sur un plan inconnu et plus beau; il lui semble que rien n’a de prix que ce qu’elle apporte.Comme elle ignore à peu près tout, elle croit tout découvrir; parce qu’elle crie, elle n’entend pas la voix des siècles et elle se flatte d’être originale en répétant sans le savoir tout ce qu’ils ont dit » (André Suarès, Portraits sans Modèles).Le diagnostic est cruel; mais qui osera prétendre qu’il n'est pas d’une exactitude absolue, d'une précision mathématique, d’une vérité à la fois universelle et éternelle, surtout d’une « actualité * parfaite ?Entendez les criailleries de ces blancs- becs qui sc proclament « la nouvelle vague » et sont tout au plus des psittacistes aussi vides que prétentieux.Des pensées ou des observations de cette force, on en rencontre à toutes les pages de ce livre.Ce qui en fait la valeur, c’est qu’il condense la voix de tous les siècles, qu'il réunit les caractères de toutes les civilisations, qu'il résume les préoccupations de toutes les races, qu'il exprime la sagesse de leurs esprits les plus vastes et les plus cultivés.Inspiration divine des prophètes et des apôtres de la Bible, philosophie de la Chine et de l’Inde, sages proverbes populaires de l'Espagne et du pays basque, considérations profondes des penseurs les plus notoires de 146 la France et de l’Angleterre, de l'Allemagne et de l'Italie: le livre répercute tous les tons et tous les échos que fait retentir depuis toujours l’esprit humain.Cette variété dans l'expression ne nuit en rien à l’unité du fond; chaque pensée, quelle qu’en soit la forme, se rattache à « cet autre monde qui est l’homme » (Rabelais).Elle en révèle tantôt la grandeur et tantôt la misère, elle en éclaire les vertus et les vices.Et, si chacun peut dire après Térence, Homme suis, rien d'humain ne peut m'être étranger, chacun sort de cette lecture mieux renseigné sur ses qualités et sur ses défauts, sur ses mérites et ses « possibilités ».Ayant vu passer sous ses yeux l’homme de tous les temps, il s’apercevra que la vie humaine est un perpétuel recommencement, la succession constante des mêmes déceptions et des mêmes espoirs.Quelle leçon de modestie peut ainsi cueillir, de l'uniformité des générations antérieures, la génération présente qui se gaudit de sa prétendue supériorité pour ne pas constater sa trop réelle infériorité ! Cette leçon pratique, M.André Delmas n’a pas eu besoin, pour Rappel - Mgr Albert-F.Cousineau, c.s.c.La Vocation question d'amour Quelle est la meilleure voie pour une jeune fille qui veut vraiment servir: le mariage, le célibat ou la vocation religieuse ?« Un ouvrage qui rendra service aux jeunes filles; il les aidera à voir clair en elles-mêmes.» 8e mille.77p.19.5cm.$1.00 (par la poste $1.10) _______AUX ÉDITIONS FIDIS nous la donner, d’éclairer par des commentaires ses textes successifs.Il lui a suffi de les classer et de les aligner sous des titres et des sous-titres aussi brefs que significatifs.Tels quels, ils constituent une mine à penser, M.Delmas ayant compris qu’une collection pareille vaut plus par ce qu’elle éveille dans l’esprit du lecteur que par ce qu’elle révèle de l’esprit des auteurs.L’ouvrage suggère quelques remarques utiles.On se demande si la place n’a pas été attribuée trop large à André Suarès.Pour quelques maximes aisément saisissables, combien il en est d’autres où l’hermétisme de l’expression les rend peu accessibles au public moyen ! Heureusement, celui-ci peut aisément compenser cette obscurité par la limpidité des textes d’Alexis Carrel et de Marcel Jouhandeau.D’aucuns s’étonneront de ce que, à propos de la vieillesse (p.223-232), on n’ait rien tiré du chef-d’œuvre de Mgr Baunard: Le Vieillard.Une sentence de Romain Rolland (p.110) évoque l’admirable portrait que Goldsmith traçait de son curé dans The Deserted Village.Les professeurs de lettres trouveront un magnifique sujet de dissertation pour leurs élèves dans cette laconique antithèse de Jou-bert (p.38): Fermez les yeux et vous verrez ».Le célèbre poème de Kipling Sois un homme y aurait peut-être gagné à nous être présenté non pas dans la traduction de Vidal (p.110-111), mais dans celle, si compacte et si énergique, qui orne la délicieuse satire d’André Maurois: Les Silences du colonel Bramble.Orner Héroux a condensé un jour une réflexion de madame Gabreau-Puch (p.214) en une forme beaucoup plus lapidaire: « Le difficile n’est pas toujours de faire son devoir, mais de savoir où il est ».Au chapitre de la patience (p.154), on eût aimé à voir figurer le beau vers d’Horace: Levins fit patientia quidquid corrigere nefas est.De la grandiose période de Bossuet (p.162) on rapprochera volontiers l’élégant postiche de Brunetière: « De même que [.J dans l'ample sein du catholicisme » (Discours, 2'' série, conférence sur l’Action catholique, 1901).Dans une sentence du Père Congar (p.145), il faut lire généralement au lieu de « généreusement » et le texte de saint Matthieu (p.211) serait plus clair ou moins ambigu ainsi traduit: « Gardez-vous de traiter avec mépris un seul de ces petits ».Emile CHARTIER, p.d.Religion .K ' ; MM GUARDINI (Romano) ROYAUME DE DIEU ET LIBERTE DE L'HOMME.Traduit de l’allemand par Marlyse Guthmann.(Bruges] Desclée de Brouwer [I960].250p.19cm.(Coll.Présence chrétienne) $3.10 (frais de port en plus) Pour tous Ce livre est une traduction de Glaugenserkenntnis qui réunit une série de conférences que l’auteur bien connu du public français prononçait durant la guerre à l’église Saint-C’asinius de Berlin.Celle-ci n’existe plus au dire de l’auteur, mais ces magnifiques pages de pensée religieuse dont elle fut le témoin, ont défié les bombes destructrices.C’est à la conscience religieuse de ses contemporains que s’adresse l’auteur.Il le fait avec une infinie délicatesse, montrant l’origine des angoisses secrètes, démasquant les illusions, proposant les remèdes.Sa grande compréhension ne l’empêche pas pour autant d’être ferme: il sait proclamer la foi énergiquement sans ombre de fanatisme ni de scepticisme.A l’oreille malade, il chu-chotte des mots d’abandon, de paix et de sérénité.L’homme actuel retrouvera dans ces pages animées d’un puissant souffle religieux le miroir de son âme, le reflet de ses 147 luttes, de ses passions, de ses abandons, de ses doutes et de ses angoisses.En méditant cette pensée, il sortira fortifié et rasséréné s’il veut seulement y mettre un peu de bonne volonté.Yvon LAFRANCE ?THURIAN (Max) L'EUCHARISTIE.MEMORIAL DU SEIGNEUR, SACRIFICE D'ACTION DE GRACE ET D'INTERCESSION.Paris, Delachaux et Niestlé, 1959.286p.(Coll.Communauté de Taizé) Pour adultes, avec réserves S'il est un point doctrinal sur lequel Catholiques et Réformateurs entretiennent des vues opposées, c'est bien la doctrine que les uns et les autres professent au sujet du sacrement de l’Eucharistie.Aussi doit-on se réjouir de part et d’autre de voir un théologien Yves Theriault ASHINI Roman Le drame d'une nation indienne qui, pour une pension du gouvernement, renonce à la vie libre qui a fait sa force.Hor.texte de Michelle Thé-riouit.Edition de luxe.$3.00 AUX ÉDITIONS FIDES calviniste bien connu, le pasteur Max Thurian, frère de Taizé, publier un livre sur l’Eucharistie, dans une intention très œcuménique.Comme il l’écrit en conclusion: son volume « a voulu être une recherche biblique, dans la ligne certes de la théologie de la Réforme, mais ouverte le plus possible à l’espérance œcuménique.Nous pensions conclure, ajoute-t-il, en offrant ce livre à nos frères catholiques romains, en signe de fraternité dans la recherche.« Cette conclusion, ajoute l au-tcur, prend un sens nouveau à la lumière de la convocation par le pape Jean XXIII d'un concile œcuménique sur l'unité des chrétiens.« Puisse ce travail susciter un dialogue utile sur l’Eucharistie, sacrement de l'unité, et contribuer un peu à la préparation d’un concile dont nous attendons beaucoup.» (Op.cit., p.278) Ce livre a été écrit avec une grande foi et une grande piété.Dépassant les controverses suscitées par la Réforme, notamment en ce qui touche le caractère sacrificiel du repas eucharistique, l’auteur essaie de retrouver les intentions mêmes du Christ, à partir des paroles prononcées par Jésus, à la dernière Cène.Il s’arrête en particulier à commenter les paroles « en mémoire de moi » (cf.p.181), en étudiant l’idée de Mémorial, tel qu'il ressort des textes tant de l'Ancien que du Nouveau Testament.Il concluera que le repas de la dernière Cène se présente comme un « signe efficace de la présence réelle du corps et du sang du Christ (cf.p.135), et, montrant l'unité du sacrifice de la Croix et de la Cène, concluera à la signification sacrificielle de l’Eucharistie (cf.pp.148 et 181).Ce livre s'inscrit dans le courant du renouveau théologique qui se fait également sentir au sein de la théologie catholique (cf.Vonier, Masure, Casel, etc.).Il a donc l'avantage de présenter les sources bibliques d'un traité sur l'Eucha- ristie; en outre, en conformité également avec le renouveau liturgique, il met l’accent sur l'importance de la communion sacramentelle comme moyen par excellence de participer au sacrifice eucharistique.Du point de vue catholique, on peut regretter le silence de l'auteur sur le rôle du sacrement de l'ordre, conférant à des prêtres le pouvoir de renouveler le sacrifice eucharistique, comme ministres de l'Unique Prêtre de la Nouvelle Alliance, dans une ligne de transmission remontant jusqu'aux apôtres.Mais ce silence ne saurait faire oublier tout le bilan positif que représente cette étude; l’effort de compréhension mutuelle qu’elle représente et l’approfondissement du sacrement d’amour et d’unité auquel elle conduit.Comme l’écrivait le Père C.Boyer, s.j., dans l'Osservatore Romano du 26 juin 1959, « de tels livres empêchent de désespérer de l'unité des chrétiens *.André LEGAULT.c.s.c.Nouveauté Marcel Portai Au Coeur de la Chênaie Un volume riche de poésie et de pensée chrétienne qui se situe dans la tradition des contes philosophiques.155p.21cm.$2.00 (par la poste $2.10) Aux Éditions Fides 148 LE MOAL (Paul) POUR UNE AUTHENTIQUE EDUCATION SEXUELLE.Paris, Emmanuel Vitte [I960].196p.18.5cm.(Coll.Les enfants et les hommes, no 6) Pour adultes Notre siècle connaît une efflorescence d’ouvrages sur l’éducation, notamment sur l'éducation sexuelle.Ces ouvrages, à partir de l’humble tract jusqu'au fier volume, ont tous pour but d’aider les parents et les éducateurs dans leur tâche primordiale de l’éducation.Mais ils sont loin de posséder tous la même valeur.Par exemple ceux qui, d’inspiration purement matérialiste ou naturaliste, méprisent les droits de la morale, du moins de la morale surnaturelle, devraient être écartés par quiconque reconnaît la priorité de l’âme sur le corps.Restent les ouvrages d’inspiration spirituelle et religieuse.Ils sont nombreux, et les uns répètent les autres sous une forme nouvelle, mais sans rien apporter de nouveau dans le fond.Le Dr Le Moal trouve le moyen de nous apporter, dans ce domaine, un surcroît de clarté et peut-être d'information.Psychiatre de profession, l’A.en théoricien averti, distingue d'abord, en les définissant, les notions-clés de sexualité, de génitalité et d’affectivité.L’éducation, pour être « authentique » — c’est bien la note qu'il entend donner à son volume —.doit embrasser ces trois points.Fnsuite, en clinicien d’expérience, il illustre sa théorie par des exemples concrets de déviations, qu’il a été appelé a corriger.L’A.fait aussi montre d'un grand sens moral.Il taxe d’illogisme ceux qui admettent la morale de l’instinct de nutrition et qui dénient la morale de l’instinct sexuel.Mais ce point admis, il refuse d’attacher une importance indue aux problèmes de la morale sexuelle.Surtout qu’on se garde de réprimer durement l'instinct dans ses balbutiements, en particulier à des âges où, de l’avis même des moralistes, l’enfant n’a pas une conscience morale autonome.Ce qui ne veut pas dire qu’il faut laisser libre cours aux instincts, mais qu’il faut les discipliner progressivement.« C’est le principe d’une éducation positive où l’on demande le renoncement « pour » et non pas « par peur de » (p.42).Ces leçons, l'A.nous les donne dans un langage clair.Pour lui, il n’y a pas de sujet ni de mot tabou.Il sait allier la franchise avec le respect, et en ce point encore il nous sert une bonne leçon, à nous, les parents et les éducateurs qui, en camouflant les mots sous prétexte de pudeur, donnons parfois l'impression qu’ils sont les signes de sales réalités.« L'impossibilité où sont certaines gens d’admettre la sexualité et la génitalité, de les situer chacune à leur juste place et d'en parler honnêtement et à bon escient relève indiscutablement du refoulement.» (P.38) Si les parents, en effet, hésitent tellement à parler des choses de la sexualité à leurs enfants, c’est « parce qu’il y est attaché pour eux-mêmes trop de culpabilité » (p.111).Tout est pur pour celui qui est pur.Enfin l'ouvrage se termine avec des résultats de statistiques.Entre autres, l’A.montre qu’en France 13% des hommes et 23% des femmes tentent d’initier leurs enfants aux problèmes de la vie.Et rien ne laisse croire que ce pourcentage pourrait être plus élevé dans notre milieu.Loin de là.Alors c’est tout simplement pitoyable, quand on sait, d’une part, les dangers de l’ignorance ou de l’initiation inal faite et, d’autre part, tous les avantages d’une bonne éducation sur le moral et même sur le psychisme d’un individu.Pour une authentique éducation sexuelle du Docteur Le Moal devrait contribuer à combler cette lacune.R.BESSETTE Beaux-arts SCHNEIDER (Marcel) WAGNER.(Paris] Editions du Seuil [I960].183p.ill.18cm.(Coll.Solfèges) $1.45 (frais de port en plus) Pour tous Les artistes ont tous été, de leur vivant, l’objet d'appréciations diverses, même opposées.Mais après leur mort, leur art devient plus transparent et fait assez tôt l’unanimité.Wagner toutefois échappe à cette règle en ce sens que même 75 ans après sa mort il est encore en butte aux contradictions, élevé aux nues par les uns, rejeté, voire méprisé par les autres.On est bien forcé d’admettre que Wagner est un génie, mais un génie tout à fait à part, qui plus que les autres exige une initiation.C’est à quoi s'emploie l’A.Sans emballement, mais avec un sens rigoureux de la critique, il situe d'abord l’artiste dans son siècle, et montre l’évolution de son talent.Puis il fait l’exégèse de ses œuvres: partie ardue, mais très riche.Wagner eut la nostalgie de la culture universelle.Poursuivant sans éclat ses études (car il a en horreur les disciplines académiques).il se passionne surtout pour le théâtre.Encore jeune il compose des pièces pour les fêtes familiales.Il se croit aussi une vocation de poète.En outre à 15 ans, après une audition des symphonies de Beethoven, il rêve de devenir musicien.Embarrassé par la variété de ses dons, il se décidera enfin pour la musique, ou plutôt il réunira tous scs dons dans la musique.Fasciné entre autres par la 91’ symphonie de Beethoven, où s unissent les voix humaines et les voix instrumentales, il projette d’écrire des opéras dans ce genre.Et par là on reconnaît en Wagner un romantique forcené, qui mélange d’inst'rici des genres aussi tranchés que le style dramatique et le style symphonique.149 11 compose toutefois son premier opéra, Rienzi, dans le ton traditionnel.Suivent dans la même veine Le Vaisseau Fantôme et Tannhüuser.En même temps il esquisse Lohengrin et Les Maîtres Chanteurs, cette réponse satirique à Tannhüuser.On pouvait croire alors qu'il avait trouvé sa voie.l.a révolution de 1849 l’oblige à se réfugier en Suisse.C’est là qu’il deviendra vraiment lui-même.Il établit la nouvelle charte de l’opéra et le statut de la musique.11 publie coup sur coup quatre brochures, qui dressent contre lui les autres compositeurs, les artistes et la majeure-»partie du public.De là est né Sa thérie du « drame musical » que l’A.définit ainsi: « substituer à l’opéra traditionnel, mélodramatique, historique et international.un drame musical et lyrique à sujet légendaire, d’inspiration nationale et qui réclame l’alliance de tous les arts » (p.31).Alors s’élaborent les différentes journées du long poème qui paraît en 1852 sous le titre L'Anneau des Niehelungen.Et pendant qu’il travaille Tristan, il porte au fond de son âme la Tétralogie, dont Parsifal serait l’ultime drame et constituerait le sommet mystique de son œuvre.En 1872.grâce à la munificence de Louis II de Bavière, il construit à Bayreuth le « Théâtre Modèle ».où il verra lui-même son apothéose.Nouveauté H Mgr Félix-Antoine Savard La Folle Drame lyrique en trois tableaux 91p.19cm.Impression sur popier de luxe $1.25 (par la poste $1.35) __________Aux Éditions Fides Après la lecture de ce livre, on se sent un peu plus près de Wagner — un peu, car il plane tellement haut — et plus en mesure de l’apprécier.Une discographie critique de l’œuvre de Wagner, ainsi qu’une courte bibliographie et une iconographie terminent heureusement le volume.Roger BESSETTE Littérature QUEFFELEC (Henri) FRERES DE LA BRUME.Paris.Presses de la Cité [I960].315p.21.5cm.Relié.$2.75 (frais de port en plus) Pour adultes C’est le roman des remorqueurs anglais, hollandais et français attachés à un port de la Manche et dont le métier consiste à attendre les appels de secours.Rude métier s’il en est un.Pour faire participer davantage son lecteur à ce genre de vie, Queffélec s’est arrêté surtout aux exploits du puissant remorqueur français L’Elan, dirigé par le capitaine Jacques Avril.Le vapeur, où qu’il soit, se tient fébrilement aux aguets: il doit capter les messages, les déchiffrer, arriver le premier sur le lieu du péril puis rester en suspens.Le sauvetage n’est pas qu’un métier charitable, c’est aussi une affaire commerciale.Voilà le pire: composer avec le capitaine qui a lancé l’appel et attendre les instructions de l’armateur, rusé et calculateur, entêté à payer le moins possible pour le secours apporté.Que dire après des procès qui s’en suivent entre compagnies maritimes ?L’auteur a su présenter de main de maître les côtés multiples de la félonie et du commerce exercé lors des sauvetages.C’est l’aspect le plus intéressant de l’ouvrage.Le second plan semble moins bien réussi.Pour donner plus de piquant à son roman, le romancier a cru bon d’entrecouper les exploits de L’Elan pour y insérer les prétendues frustrations sentimentales de capitaine Avril.Jacques, marié Henri QUEFFELEC à Madeleine et père de deux enfants qu’il dit aimer, se sent hanté par le souvenir d’une ardeur jadis éprouvée pour Anne-Catherine, unie maintenant à Jean Desru-meaux, rustaud commandant d’un chalutier.Jacques Avril, qui traîne un passé à la morale douteuse, tente, à chaque retour à Boulogne, de rabouter un amour brisé par la guerre.Ses premières visites sont pour Anne-Catherine; il la supplie de rompre avec son rustre mari pour vivre avec lui.On se demande pourquoi, alors qu’il ne semble pas aimer passionnément Catherine, il tient tant à cet amour devenu illégitime et pousse le cynisme jusqu’à vouloir rendre Madeleine complice d'un tel acte.Par devoir.Anne-Catherine refuse.Jacques Avril retourne à son remorqueur sans avoir trouvé de solution à son problème sentimental.Jacques SIMARD Biographie urn AUCLAIR (Marcelle) LA PAROLE EST A MONSIEUR VINCENT.Paris, Bonne Presse [I960].334p.ill.(h.-t.) 19cm.Pour tous 150 La parole est à Monsieur Valient ou Les meilleurs papes de saint Vincent de Paul: tel est !c titre complet qu'aurait pu comporter ce volume.Car — et c’est le premier compliment que mérite son auteur, Mme Marcelic Au-clair — la biographe a si bien su se cacher derrière son héros qu’on ne voit, qu’on n’entend, qu’on ne sent que lui.Ceux qui ont lu le Sainte Thérèse d'Avila reconnaîtront ici le même procédé: l’ef-faccment complet du biographe derrière les textes mêmes de son personnage.Et quel personnage ! Personne n’en a peint aussi bien l’universalité et l’ubiquité tout ensemble que M.Robiquct, en une phrase unique mais exhaustive: « ce petit prêtre des Landes qui remue Paris, enflamme la Cour, multiplie les initiatives, distribue le pain aux indigents, fonde des écoles, des hôpitaux, lance des prédications, s'improvise maçon, architecte, comptable, administrateur, gagne tous les milieux à sa cause et n’a pourtant que deux armes: son éloquence et sa bonté » (p.304).Si ces deux armes lui suffirent à soutenir la France de Louis XIII et de Louis XIV débutant (1581-1660), c’est qu’elles étaient maniées par un homme d'un imperturbable bon sens, éclairé par une vue d’un réalisme aigu et par une union constante avec Dieu.Aussi bien, si le paysan des Landes fut un homme d’action tel que le modèle en semble perdu, c’est que d’abord il fut l’homme de la contemplation et de la prière assidue.On se le représente volontiers, comme un saint Grégoire le Grand, écoutant la colombe qui, juchée sur son épaule, lui dicte à l’oreille et ce qu’il doit dire ou écrire et ce qu’il doit entreprendre ou achever Comme « la nécessité suscite aussitôt son activité * (p.130), sa contemplation découvre les moyens à employer et son zèle pour la gloire de Dieu supprime les obstacles et conduit au but infaillible.Cette activité ne s’exerce pas d’ailleurs dans la France seule, mais s’étend jusqu’en Italie (Gênes et Rome), même jusqu’en Afrique (Tunis, Madagascar).Elle s'étend à tous les domaines sur terre (Picardie, Champagne, Lorraine) et sur mer (galères).Elle crée les initiatives les plus inattendues, telles que la fondation d’ordres féminins non cloîtrés et l'application de la femme à l’action sociale.Dans tout ce brouhaha, Monsieur Vincent « prouve que l’on peut être à la fois un sage et un saint » (p.300): c’est l’image définitive que l’on emporte de ce personnage dont le monde attend encore le double.Les fervents de notre parler populaire liront avec plaisir, sous la plume de cet écrivain paysan, des expressions familières à nos campagnards: « ne pas prendre les choses au criminel » (p.122), c.-à-d.au tragique; « échapper un danger» (p.170), « déboutonner son cœur » (p.172), « excès de ménagerie » (p.193), c.-à-d.d’épargne, « cresserelle » (p.243) pour crécelle, etc.Et l’on n’apprendra peut-être pas sans étonnement que les Sœurs Grises (p.133) ne sont pas nées à Montréal.Emile CHARTIER, p.d.»?«?COLINON (Maurice) PIONNIERS EN SOUTANE.Paris, Plon [I960].240p.19cni.$2.35 (frais de port en plus) Pour tous Ce volume complète heureusement, par son premier chapitre, la récente Histoire des prêtres-ouvriers de Pierre Andreu (1).Les douze autres sont consacrés aux « méthodes nouvelles d'apostolat » qu'a suscitées en France une double constatation: la déchristianisation d'une partie du pays, l’ignorance absolue de toute notion religieuse dans certaines autres.Se désintéressant pour le mo- ment des anciennes formes de propagande spirituelle, prédication, confréries, œuvres de jeunesse, scoutisme, etc., M.Maurice Colinon étudie ici à la fois les secteurs négligés et les procédés récents de l’apostolat français.Il y montre comment des prêtres audacieux imposent le respect de leur soutane aux groupements les plus invraisemblables: c'est l’apostolat de la présence.On voit défiler ici un chanoine Drioton à côté d’un mécréant comme le roi Farouk d’Egypte (chapitre VII): sa science en égyptologie subjugue les archéologues.D’humbles curés de campagne (chapitres VIII et XIII), qu’on eût autrefois expulsés, arrivent à se faire « avaler ».Mgr Jean Rodhain (chapitre XI) fait sourdre, là où l’on s’y attendrait le moins, de vraies trombes de charité.Un Strasbourgeois christianise les loyers (chapitre 11) au moyen d'une Ecole bien connue chez nous.Un simple curé de campagne domine le monde du rugby (chapitre X); des parachutistes s'installent à demeure derrière le rideau de fer (chapitre IV), alors qu’un prêtre-professeur s’illustre dans un naufrage (chapitre VI).Mais la partie la plus intéressante de l’ouvrage est consacrée aux forains (pp.41, 71, 134 et 189): saltimbanques, jongleurs, romanichels, manouches, yétiches, gitans et gitanes.Ces nomades, ostracisés par la société, proscrits jusqu'à récemment par la loi française, répudiés par l’opinion publique, des « pionniers en soutane » les ont pris sous leur garde spirituelle.Que de cris de foi profonde, que de soupirs de surnaturelle espérance, que de gestes d’exquise charité montent du cœur de ces êtres étranges, jaillissent de ces loques ambulantes ! Aucun mystique ne refuserait de contresigner la lettre écrite par une gitane de 14 ans (p.212-213).Le succès de toutes ces missions spéciales semble bien dû à l’application de deux principes: chez les missionnaires, le travail en équipe (p.22); chez les incroyants, leur intégration, par secteurs séparés, 151 dans la vie spirituelle de leur paroisse (pp.78 et 145).De ces récits, qui tous enchanteront la jeunesse, celui du sauvetage opéré par l'abbé O’Sullivan la ravira par son caractère héroïque (pp.82 et seq.), celui qui démantibule Les Pharaons de l’abbé Thomas Moreux l’amusera par sa rondeur (p.110).Emile CHARTIER, p.d.I.V'oir Lectures, déc.I960, p.J15.ESTIENNE (Yvonne) SUR LA ROUTE.AVEC MONSIEUR VINCENT.Paris, Editions Saint-Paul [I960].213p.ill.(h.-t.) 19.5cm.Pour tous Dans le plus récent volume de son Histoire de l'Eglise, Daniel-Rops résumait ainsi l’action multiforme de saint Vincent de Paul: « Pas plus que le curé d’Ars, il [don Bosco] ne couvre un champ aussi vaste que celui, à vrai dire illimité, incluant tous les problè-mes du temps, que couvrit l’ancien pastoureau des Landes devenu à la fois le fondateur de deux congrégations, le rénovateur du clergé français, l’initiateur de l’apostolat rural, un des protagonistes des Missions en terre païenne, le ministre sans brevet des Affaires sociales de la France et bien d’autres choses encore » (L'Eglise des Révolutions, I960, p.906).Ce ne sont pourtant pas les diverses formes de la charité d’un saint Vincent de Paul qui intéressent Mlle Estienne; il lui semble inutile d’ « apporter du bois à la forêt ».Ce à quoi elle tend (p.15), c’est à constater l’actualité (elle dit: la modernité !) des entreprises du Saint, à rechercher le principe qui en explique la fécondité, à retrouver le caractère particulier dont il les marqua.Ce caractère, en ce qui concerne ses fils et ses filles, Lazaristes et Sœurs de charité, c’est l’union, dans ces deux Congrégations, de l’acti- vité extérieure de Marthe à la contemplation mystique de Marie: « chartreux au dedans et apôtres au dehors » (p.94), « religieux décloîtrés pour cause de service public » (p.142).Et l’étonnant, c’est qu’il réussit cette union, alors que son maître saint François de Sales y avait échoué par la force des idées du temps.Quant à la réforme du clergé et de la prédication, quant aux œuvres d’assistance sociale (enfants trouvés, miséreux, lépreux, clochards, gens sans gîte, ménages désunis, vieillards, malades incurables), elles procédèrent toutes du caractère même de l’apostolat du Christ: aimer le prochain, et surtout les pauvres, pour l’amour de Dieu.Car « il est plus méritoire d’aimer le prochain pour l’amour de Dieu que d’aimer Dieu sans application au prochain » (p.155).Pour assurer ce caractère de son activité sociale, saint Vincent de Paul établit ce principe: il faut imiter Notre-Seigneur Jésus-Christ en traitant nos frères, les pauvres entre autres, comme il a traité les siens et comme il a voulu être traité lui-même.Or.dans toute son action, le Christ a appliqué aux hommes les deux qualités qu’il recommandait à scs apôtres en ces termes: « Soyez prudents comme le serpent et simples comme la colombe ».La simplicité, qui se confond avec la vérité, permet d’atteindre les plus hauts sommets de la spiritualité, dans l’exposé de la doctrine; la prudence, autre nom du bon sens ou de l’esprit pratique, aide a demeurer les pieds en terre tout en tenant les yeux au ciel.Association donc du réalisme le plus sain au spiritualisme le plus élevé: tel paraît bien être le secret qui assure aux œuvres de M.Vincent leur permanence actuelle.Dès lors, quelle leçon il donne à notre époque férue, d’après ses dires, d’assistance sociale ! Si tant de nos œuvres présentes, au lieu de soulager la misère du pauvre, ne vont qu’à enrichir leurs dirigeants, ne serait-ce pas que ceux-ci songent à satisfaire leur égoïsme au lieu de manifester à leurs frères miséreux l’amour prêché par le Christ ?Si, au contraire, des entreprises comme celle du comte Eollereau au profit des lépreux (p.199) ou celle de l’abbé Pierre en faveur des sans-logis (p.212) « bercent la misère humaine » et même la suppriment, c’est que.pour ces hommes, lépreux et miséreux ne sont pas des parias, mais des créatures divines comme les autres.En étudiant ces aspects de la doctrine et de l’œuvre de saint Vincent de Paul, l’on constate deux choses: qu’il fut le génial précurseur de toute l’activité sociale dont nous nous glorifions présentement: qu’en revenant aux règlements établis par lui pour ses œuvres, on assurerait la même permanence qu’ont connue la Maison de Saint-Lazare et les Sœurs dites de Saint-Vincent-de-Paul.Telle est la conclusion pratique (chap.XI) d’un livre où la biographie n’occupe qu’un chapitre (chap.II) et dont le reste constitue une étude de saine sociologie et de haute spiritualité.Ce livre pourrait fort bien devenir le manuel préféré de nos assistantes sociales.P.26: au lieu de Léon XIII, lire Louis XIII.P.157: «de la passion » remplacerait avantageusement « du plan passionnel », assez peu concevable.P.206: « dépistage » semblerait plus exact que « dépannage ».Emile CHARTIER, p.d.Rappel - Claude Dablon Le Verger Un roman éducatif très prenant qui met en scène de jeunes collégiens et leurs sœurs à la croisée des chemins et nous fait assister à la naissance d’une vocation.148p.III.21.5cm.Coll.Rêve et Vie $1.50 (par lo poste $1.60) _______ AUX ÉDITIONS FIDES 152 U-wV m les Æ m H en | Beaucoup d éducateurs, de libraires, et même de bibliothécaires n’ont pas en mains les instruments necessaires pour se rendre compte, très rapidement, de la valeur morale des ouvrages qui viennent de paraître sur le marche.Aussi avons-nous pensé leur rendre service en publiant, chaque mois, une liste des plus recents ouvrages avec leur cote morale.Cette cote a été établie après consulta-uon attentive des diverses revues catholiques de bibliographie-conseil, telles que Livres et Lectures les Notes bibliographiques, la Revue des Cercles d’étude d'Angers, etc.Il se peut cependant que quelques-unes de ces cotes soient, un jour ou l’autre, sujettes à rectification, si, apres une etude des ouvrages en question, nous nous rendons compte que la cote donnée par les revues européennes n est pas adaptée au milieu canadien.Quoi qu’il en soit, nous croyons que les cotes données ci-dessous sont suffisamment serieuses pour être publiées, sous bénéfice d’inventaire.ARNOLD (E.), Un avion, ce matin-là .B?BAYET (C.et M.), Le gangster de Cro-Magnon B BLAIS (M.-C.), Tête blanche .TB CAL1NESCO (G.), L’énigme d’Otilia .B?C HENU (C.-M.), Grimpeloup .TB C HEVALIER (H.), L'Homme qui voulait être Dieu b C LAUSSE (S.).Dans un cercle enchanté TB CURTIS (J.-L.), La parade .B?DACO (P.), Les prodigieuses victoires de la psychologie moderne .B?DORN (D.), Le lévrier afghan .B?EKERT-ROTHOLZ (A.), Le filet d’or.B FERRIERE (J.-P.), Coup de soleil .B?FERVAL (H.), Méfiez-vous de Pasti .B GREEN (G.), La colère du juste .B?GREEN (J.), Chaque homme dans sa nuit .B?GRUBER (F.), Cent mille dollars .B HALLIDAY (M.), Hors de l’ombre .B HARMAN (J.), Aux frontières des Indes TB HAYES (J.), Crime contre la montre .B HOUGRON (J.), Par qui le scandale .D HUMBOURG (P.), Par une nuit sans lune .B IKOR (R.), Le Semeur de vent .B?JASMIN (C.), La corde au cou .M JORIS (O.), Court-circuit .B JOURDAN (B.), Saint Picoussin .B LABOR DE (J.), Les bonnes causes .D MACKENZIE (C.), La République lunatique B MARKEVITCH (Z.), Les Vérinine .B MOUSSY (M.), Babylonia .D NORTH (A.), Les naufrageurs de l’espace .TB OUVRARD (J.), La Piste olympique .TB PENTECOST (H.), Le club des morts en sursis B PERREIN (M.), Barbastre .D OUEEN (E.), Le mot de la fin .B ROBICHON (J.), Les Flammes de la nuit .D TICHY (H.), Mort en Chine B?SIGNIFICATION DES COTES M C’est-à-dire mauvais: livres à proscrire.Les livres qui tombent sous les lois générales de l’Index sont cotés mauvais.Tous les livres à proscrire ne sont pas mis nommément à l’Index; il suffit qu’un livre tombe sous les lois générales de l’Index pour qu'on soit tenu, en conscience, de s’en interdire la lecture.D c’est-à-dire dangereux: livres qui peuvent être dommageables à la majorité des lecteurs, soit à cause des implications doctrinales plus ou moins fausses qu’on y trouve, soit à cause de la licence morale qui s’y étale, soit à cause d’une grave indécence dans les descriptions.B?c’est-à-dire appelle des réserves: ces réserves peuvent être plus ou moins graves.Cette cote s’applique à des volumes qui sont sains dans l'ensemble, mais dont quelques pages sont discutables, soit à cause des idées émises, soit à cause d’une certaine indécence dans les descriptions.B c est-à-dire pour adultes: les livres de cette catégorie n’appellent aucune reserve, mais ne conviennent qu'aux adultes.Quoique irréprochable, un livre coté B pourrait présenter certains dangers pour les jeunes qui n’ont pas l’expérience de la vie.IB c est-à-dire pour tous: livres qui peuvent être mis entre toutes les mains.153 HHI « J'aimerais avoir des renseignements sur Pierre Mac Orlan, sa vie, ses œuvres, et dans quel genre il s'est distingué.— Quelles sont les impressions que Sagan laisse à ses lecteurs ?Quelles sont ses œuvres., etc.» M.G.(St-Pierre les Becquets) — Pierre Mac Orlan est le pseudonyme de Pierre Dumarchais.Il est né à Péronne, sur la Somme, en 1883.11 connut une jeunesse fort aventureuse dont son œuvre porte la trace, puis se retira à la campagne, à Saint-Cyr-sur-Morin.11 est l'auteur de plus de cinquante ouvrages: romans, mémoires, etc.Il se spécialise dans la peinture des milieux cosmopolites et interlopes.La plupart de ses romans se déroulent dans des villes suspectes et des quartiers réservés où évoluent des personnages équivoques aux mœurs libertines.Ces œuvres sont pour la plupart malsaines sauf celles-ci qui peuvent être lues par des adultes avertis: A bord de l'Etoile mat mine.L’Ancre de miséricorde, Le Bal du Pont du Nord, Le Camp Domineau, Le Carrefour des trois couteaux, Les Clients du bon chien jaune.La Croix, l’ancre et la grenade, Dinah Miami, Picardie, Le « Printemps ».Françoise Sagan est l'auteur de trois romans: Bonjour Tristesse, Dans un mois, dans un an, et Aimez-vous Brahms.Ce sont des histoires d'amour, d’un amour qui est enfant de Bohème et ne connaît aucune loi.Ces ouvrages ne laissent derrière eux qu'un goût de cendre, et on perd à les lire un temps précieux.Quant à votre autre question, il nous est impossible d'y répondre dans le cadre d'un courrier qui ne concerne que les lectures.Nous le regrettons.* * + • A mon tour, je viens puiser à votre précieuse source de renseignements.Votre revue mensuelle LECTURES m'est un guide très utile dans la direction de la Bibliothèque paroissiale, où nous devons fournir à nos abonnés non seulement une littérature de choix, mais surtout une littérature saine.J'aimerais connaître la valeur morale des ouvrages suivants: Anne Bo-leyn par Evelyn Arthur, Catherine de Médicis par Jean Plaidy, La mort d’Henri IV par P.Erlanger, Les Femmes de la révolution par Michelet.Le dernier amour de Talleyrand, la duchesse de Dino par Françoise de Bernards' ainsi que L'incomparable Joséphine et Le bal des maudits par Irwin Shaw.Pouvez-vous me dire quand un nouveau Sagehomme sera publié ?Merci de vos sages conseils, merci aussi pour votre revue LECTURES.Je regrette quelle ne contienne pas plus de pages.» G.N.(Comté de Roberval) — La biographie de Catherine de Médicis dont vous parlez, serait-ce celle qui est parue en trois volumes intitulés: La Princesse délaissée, Les Reines tivales et La Reine triomphante ?Ces ouvrages appellent de sérieuses réserves (B?).On a reproché à Jean Plaidy d’avoir fait œuvre de romancier plutôt que d'historien dans cette biographie: il a « donné aux intrigues et aux scènes amoureuses une importance qui fait honneur à son imagination plus qu’à son sens historique » (J.Leroux).La mort d’Henri IV de P.Erlanger est un ouvrage à déconseil- ler à cause des détails scabreux qu’il contient ainsi que de l’atmosphère de sensualité appuyée où baigne le récit.La biographie de la Duchesse de Dino par F.de Bernardy peut convenir à des adultes cultivés.Le Bal des maudits d’Irwin Shaw est un ouvrage dangereux (scènes de luxure et de bestialité).Nous n’avons malheureusement aucun renseignement sur les autres ouvrages signalés.Les titres que vous nous donnez sont-ils bien exacts, en particulier celui de Michelet ?Plusieurs ouvrages de Michelet sont à l'Index: Mémoires de Luther, Du prêtre, de la femme, de la famille, La Sorcière, L’Amour, La Bible de l'humanité, Le Prêtre, Les Jésuites.Dans son Histoire de la Révolution, Michelet a parfois exalté l’action de l’Eglise, mais il l’a aussi souvent méconnue ou calomniée.On est actuellement à refaire une nouvelle édition de Sagehomme, mais il nous est impossible de savoir exactement quand elle paraîtra.Tant mieux si notre revue peut vous rendre service ! Qui peut répondre à cette demande ?« On m'a écrit de Fides que l'année 1954-55 de la revue LEC-TURES était épuisée.En existerait-il quelque part ailleurs, reliée ou non ?Cette revue est trop documentaire pour que notre bibliothèque puisse être privée d'un seul numéro.» (Frère Tite Rozon, bibliothécaire, Maison Provinciale F.I.C., Dolbeau.) Si l'un ou l'autre des abonnés de LECTURES avait cette année en double et pouvait en disposer, il rendrait service à ce bibliothécaire en communiquant avec lui.154 r DOCUMENT/' A Plaidoyer de Mgr F.-A.SAVARD : oCa prenante nécessité dun qranil théâtre chez nous .a deCCmore dern,cr* ava,t licu> aux Editions Fides, le lancement du dernier ouvrage de Mgr Felix-Antoine Savard, La f olle.A cette occasion, I auteur de Menauti a voulu attirer l’attention du public sur I urgente nécessité d’un grand théâtre chez nous.Nous reproduisons ici, presque en son entier, le discours de Mgr Savard.1 M C'est un essai que je présente aujourd’hui.Il surprendra, peut-être, par le thème, par la forme, par le retour à des moyens, v.g.le chœur, qui sont presque tombés en désuétude.S'il me faut excuser, je n’ai qu’une excuse, c’est que le drame, tel quel, procédait d’une nécessité de mon esprit et de mon cœur.Et le plus inquiétant pour les critiques qui me chercheront noise, est que j’entends encore d’autres chœurs auxquels je n'ai pas du tout l’intention d’imposer silence.Enfin, on verra demain ce qu’on verra: et que Dieu me soit en aide ! Ma grande peine, après celle de ma douloureuse Mêlante, est que ce drame lyrique soit incomplet, pour moi du moins.Dans ce que j'appelle mon théâtre intérieur, les choses ne se passaient pas comme dans un opéra, bien sûr; mais il me semblait, dans les silences surtout, entendre une musique.Mais quelle ?Je ne saurais le dire pré- cisément, et pour cause.C’est, je l'avoue, une infirmité grave et une indicible souffrance que de ne pouvoir compléter son expression verbale par une musique appropriée ! Mais paulo majora cana-mus.Le théâtre est en progrès dans mon pays.Le théâtre joué, surtout.Nous avons des compagnies de plus en plus nombreuses, et des artistes qui font une excellente besogne.De puissantes institutions, comme le Conseil des Arts du Canada, les encouragent.A la bonne heure ! Mais dans l'entracte, j’ose une petite suggestion.Il faudrait aussi, je pense, stimuler davantage les auteurs, les compositeurs, les créateurs de toutes formes.Ils sont à la pitance, c’est-à-dire en pitié, les pauvres ! Il n’est pas question de les gaver, ce qui leur serait fatal.Mais les libérer un peu de ce que Horace appelle la res angusta domi ou de la préoccupation du pain quotidien, serait une bien bonne chose, et commencer, je crois, par le commencement.Je souhaite qu avant sa pension de vieillesse, un auteur affamé (et il n'en manque pas) compose bientôt, avec humour, s'entend, une sorte d’émouvant Pater noster à l’adresse des pouvoirs publics.J’imagine un mécénat qui, loin de toute coterie, et même de tout éditeur, à égale distance de tout préjugé, de tout cléricalisme tout autant que de tout laïcisme, sti-mnierait les créateurs à créer.C'est une sorte de beau rêve angélique que je fais là.Mais il n'est pas, pour le moment du moins, interdit de penser aux anges, je veux dire aux anges blancs, dans un pays comme le nôtre où une large part du climat demeure heureusement encore saine et religieuse.Plus je vieillis et mieux je vois la pressante nécessité d’un grand üim.ï i ^ fl W I Photo prise lors du lancement du dernier ouvrage de Mgr Savard, La Folle.Ce lancement coïncidait avec celui de Au cœur de la chênaie, œuvre du Dr Marcel Portai.Sur la photo, on voit, de gauche à droite: le R.P.Paul-A.Martin, c.s.c., M.le Docteur et Mme Portai, Mgr F.-A.Savard.155 théâtre chez nous.Il provoquerait cette bienfaisante catharsis dont nous aurions tant besoin, avant de tomber à coups de hâtons les uns sur les autres, dans une sorte
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.