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Titre :
Lectures
Grâce à ses critiques littéraires, Lectures souhaite faire connaître la valeur intellectuelle et morale des nouvelles parutions tout en créant un barrage efficace contre les « mauvaises lectures ».
Éditeur :
  • Montréal :Service de bibliographie et de documentation de Fides,1946-1966
Contenu spécifique :
novembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Lectures et bibliothèques
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Lectures, 1959-11, Collections de BAnQ.

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LECTURES Nouvelle sérié — Vol.6 — No 3 Montréal Que vaut cet ami que l'on accueille chez soi?.p.66 Louis Dantin .p.68 « Pierres noires » de Malègue p.10 * « Sport et Yoga » de S.Yesudian .p.72 « L’Oraison et la vie » de A.Poisson, c.s.sp.p.73 Notices bibliographiques p.73 Cotes morales des nouveautés en librairie .p.83 Apprendre à voir .p.86 Le Courrier des lecteurs .p.90 La Voix des maîtres .p.92 Faits et commentaires .p.93 « Le Survenant .p.96 Novembre 19S9 Un « Classique canadien »; Robert Choquette (Photo Larose) 1200 Que vaut cet ami que Von accueille chez soi ?S a 1 0 n du L 1 V r e Il y a quelques jours se tenait à Québec le Salon du Livre canadien.Nous aurons, ces jours-ci, la Semaine du Livre pour la jeunesse.C’est une tradition qui est en voie de s’instaurer au Canada: une fois par année, on tente d’attirer l’attention du public adulte comme des jeunes lecteurs sur cette chose infiniment précieuse qu’est le livre.Journaux et revues s’imposent la tâche d’inventorier notre production littéraire.Les libraires haussent le ton de leur publicité pour offrir les meilleurs titres de leur étalage.Un apparat tout spécial entoure le lancement, par les éditeurs, des plus récents ouvrages de leur officine.Les réflecteurs de la télévision attirent la vedette sur tel ou tel auteur, hier inconnu peut-être, et promis à une gloire parfois bien éphémère.Tout cela est très bien qui réussit à piquer la curiosité du public et à stimuler son effort intellectuel.Ne souffrons-nous pas tous — à des degrés divers il est vrai.— d’une certaine paresse de l’intelligence ?Quel est l’esprit qui n’a pas besoin d’être aiguillonné ?L’étudiant, par exemple, n’a que trop tendance à se contenter des sports ou des lectures frivoles pour occuper ses loisirs.A œuvrer dur sur le long et le large de la matière, l’ouvrier a souvent du mal à lutter contre une certaine ankylosé qui gagne peu à peu ses facultés intellectuelles.La mère de famille, pressée de toutes parts par l’urgence toujours renaissante des tâches domestiques, est guettée par le même mal, au grand dam de sa mission d’éducatrice.Le professionnel lui-même, soumis à tous les impératifs de sa profession, n’est-il pas fortement tenté de s’enfermer dans ces cadres étroits et de laisser en friche une culture que les années de collège avaient à peine ébauchée ?Ne vous arrive-t-il pas de trouver singulièrement raseur le psychologue qui ne rencontre partout que des « cas » à traiter, ou le comptable qui réduit tout à des chiffres et ne sait pas s’intéresser à autre chose qu’aux bilans se soldant par une bénéfice ?Les Semaines du Livre, de quelque nom qu’on les désigne, peuvent fournir l’occasion d’un renouvellement intellectuel et d’un élargissement de ces horizons sur lesquels se portent trop habituellement nos regards.Le malheur c’est que, parfois, elles donnent lieu à d’inquiétantes poussées de snobisme, aussi dangereuses que ridicules, Parce qu’on a vu tel auteur à la télévision, parce qu’on a aimé sa façon de se présenter, qu’on s’est amusé peut-être de ses spirituelles réparties, on se précipite sur l’œuvre.Les libraires pourraient en dire long sur ces raz de marée qui bouleversent tous leurs rayons au lendemain de telle émission télévisée ou d’une réception publique honorant un écrivain de passage.C’est à peine si on connaît un écrivain, on ne sait rien de son œuvre, mais parce que la presse, la radio ou la télévision mentionnent son nom à un moment donné, sans mesurer la portée de son geste, sans prendre la peine de se renseigner sur la valeur de l’œuvre en question, on se précipite sur elle.Il y a dans cet empressement, un manque de jugement et de prudence.Il n’en est pas d’un livre comme d’un détersif ou d’une céréale.On peut très bien changer de -28 oct.au 1er nov.- 66 tefclii S e m a • l n e du L • l v r e détersif sur la foi d’une annonce publicitaire — Dieu sait si la publicité nous savonne.; on peut aussi, sans de graves inconvénients, faire l’essai d’une nouvelle céréale pour procurer à un bambin un jouet-prime qui l’amuse un instant; il n’en est pas de même de l’achat d’un livre qui doit se faire avec plus de prudence et de réflexion.On n’achète pas un livre uniquement pour sa reliure ou pour l’autographe qui le décore, car le livre est tout autre chose qu’un inoffensif bibelot.Un livre, c’est quelqu’un qui demande à vous adresser la parole, cest un visiteur qui sollicite non seulement votre hospitalité, mais aussi votre audience et votre amitié.Par conséquent n’est-il pas capital de se demander ce que vaut cet ami que l’on accueille dans l’intimité de son cœur et de son esprit.Ils se peut que ce soit une personnalité d’une rare envergure intellectuelle et morale; en ce cas, il n’est pas inutile de le savoir d’avance ne serait-ce que pour mieux se disposer à l’entendre.Il se peut aussi que ce soit un esprit brillant, mais pas toujours juste; il est nécessaire de ne pas l’ignorer et de bien s’assurer que l’on sera en mesure de dialoguer avec lui, de faire la part de ce qu’il y a de vrai et de faux dans sa pensée.Il se peut enfin que ce soit l’un de ces êtres dépravés qui salissent tous ceux avec qui ils entrent en contact; comment s’en préserver si on ne lui a même pas demandé ses lettres de créance ?On ne s’étonne guère que, dans le va-et-vient des produits qui se disputent le marché, il y ait du bon et du moins bon.Pourquoi, quand il s agit du livre, agir comme s’il en était autrement ?des Jeunes-15 nov.au 22 nov.« wétti mu** 0 * Études d'auteurs canadiens Louis Dantin Louis Dantin s’appelait Eugène Seers.Il naquit à Beauharnois le 28 novembre 1865 du mariage de Louis-Alexandre Seers, avocat, et de Henriette-Héloïse Perrin.Il fit ses études classiques au séminaire de Montréal et sa philosophie à Rome.Après quelques années en Europe, il revint à Montréal pour ensuite passer aux Etats-Unis, où il demeura jusqu’à sa mort survenue à Boston le 17 janvier 1945.Dantin critique.— Dantin fut avant tout critique littéraire et, s’il a exercé quelque influence, c’est à ce titre surtout.Il fit connaître Nelligan au grand public et le jugement qu’il porta sur ce poète s’est trouvé définitif, tellement il avait su du premier coup comprendre la valeur de son œuvre et en faire voir les imperfections.Leurs noms restent jumellés dans l’histoire de notre littérature.Dantin poète.— Il fut poète aussi et cela surprend, car il y a antinomie entre la création artistique et la critique.Il faut bien le reconnaître en effet: les critiques de profession sont pour la plupart des gens qui parlent de ce qu’ils ne peuvent pas faire.Son œuvre poétique est éminemment personnelle, en ce sens qu’elle reflète sa vie qui fut malheureuse.Et en la reflétant, elle l’explique.Dantin poète démontre une vérité encore inconnue chez nous où la biographie littéraire n’existe pas, celle de l’unité de l’homme et de l’œuvre.Quand je dis que ses pœmes reflètent ses malheurs, il faut s’entendre, car à première vue ils apparaissent impersonnels.On ne trouve en effet dans ses vers aucune lamentation, rien de larmoyant ni de pessimiste.Jamais de plaintes contre la vie, contre les épreuves qu’il subit.Mais, dès qu’on pénètre dans l’intimité de son existence et qu’on réussit à dévoiler les secrets qu’elle cache, on tient la clef qui fait comprendre les poèmes et permet de les traduire en données de biographie.Car chaque poème a pour point de départ et pour motif un événement de sa vie personnelle qui l’a déclenché.En un mot, la poésie de Dantin est de l’autobiographie, à peine déguisée seulement, à peine voilée.Dantin conteur.— Ses contes sont encore un peu de l’autobiographie.Tout un groupe, ceux qu’il a composés à l’occasion de Noël, nous éclaire sur sa psychologie religieuse.Pas tant par leur contenu que par leur répétition, par l’automatisme de leur parution.Chaque année, le retour du 25 décembre faisait jouer un ressort dans l’âme de Dantin.Alors montait en lui comme un besoin qui lui faisait violence, si on peut dire, et le forçait de célébrer avec le reste de la chrétienté la fête de l’Enfant-Dieu.Dantin romancier.— Sa dernière œuvre ne fut cependant ni de la critique ni des vers ni des contes, mais un roman autobiographique.Dans Les Enfances de Fanny \ publié après sa mort par les soins du poète Rosaire Dion-Lévesque, Dantin raconte un épisode de sa vie parmi les Noirs de Cambridge et de Boston.Les œuvres de critique.— Elles se divisent en trois groupes: les Poètes de l'Amérique française, formant deux séries; ies Gloses critiques, formant trois séries dont deux seulement ont paru en volume, et le Livre Américain.Ce dernier titre servait de couverture aux études qu’il publiait dans le Jour sur les ouvrages les plus en vue de l’édition américaine.Elles furent recueillies par lui en deux volumes, mais sont restées dans $es cartons.Sur sa manière de concevoir et de pratiquer la critique, je ne ferai qu’une remarque.Il s’efforçait toujours de comprendre les œuvres et de les expliquer en insistant surtout sur leurs qualités.Et si par hasard ses opinions l’entraînaient, malgré lui, dans une polémique, il n’insultait jamais son adversaire, se distinguant en cela de deux ou trois de ses contemporains que je n’ai pas besoin de nommer.Les œuvres poétiques.— Elles comprennent le Coffret de Crusoé, trois Chansons publiées en éditions hors commerce, et divers poèmes rassemblés en vue de la publication, mais 1.Cet ouvrage est coté dangereux — Voir Lectures, nov.1952, p.131-133.68 restés inédits.Il a essayé plusieurs métriques et plusieurs formes, comme le sonnet, le court poème, le poème-fleuve.Le poème de circonstance aussi, qui, comme toutes ces sortes de pièces, vaut généralement moins que la circonstance qui l’a suscité.Il est difficile de porter un jugement d’ensemble sur une œuvre aussi diverse que celle de Dantin.Absolument parlant, c’est-à-dire comparée à la grande littérature, elle reste inégale, d’importance très secondaire.Au regard de notre jeune littérature cependant, on peut dire que Dantin fut un de nos meilleurs critiques, qu’il fut aussi un poète remarquable et un conteur souvent attachant, toujours intéressant.* * * ŒUVRES.— Poètes de l’Amérique française.1ère série.Montréal, Louis Carrier & Cie, 1928.250p.— La Vie en Rêve.Montréal, Librairie d’Action Canadienne-Française, 1930.267p.— Chanson javanaise.(Hors commerce) ISherbrooke] 1930.15p.— Chanson citadine.(Hors commerce) [Sherbrooke] 1931.14p.— Gloses critiques.1ère série.Montréal, Librairie d’Action Canadienne-Française, 1931.223p.— Chanson intellectuelle.(Hors commerce) [Montréal, Editions Albert Lévesque] 1932.7p.— Le Coffret de Crusoé.Montréal, Librairie d’Action Canadienne-Française, 1932.174p.— Poète de l’Amérique française.2ème série.Montréal, Editions Albert Lévesque, 1934.196p.— Gloses critiques.2èmc série.Montréal, Editions Albert Lévesque, 1935.172p.— L’Invitée.Montréal [L’Action Canadienne-Française, 1936].16p.— Contes de Noël.Montréal, Editions Albert Lévesque, 1936.117p.— Les Enfances de Fanny.Montréal, Les Editions Chantecler, 1951.286p.* * * SOURCES A CONSULTER.— Mercier (Marcel), Bibliographie de Louis Dantin.Saint-Jérôme, 1939.— Nadeau (Gabriel), Louis Dantin.Sa Vie et son Qïuvre.Manchester, New-Hampshire, 1948.— L’Illettré [Harry Bernard], Un grand Lettré: Louis Dantin.Dans Le Travailleur, 5 août 1948, et autres journaux.— Dion-Lévesque (Rosaire), Louis Dantin.Dans Le Phare, Vol.IV, No.4, mai 1951, p.14-17.Aussi dans Silhouettes Franco-Américaines.Manchester, 1957.P.205-209.— Desrochers (Alfred), Les « Individualistes » de 1925.Dans Le Devoir, 24 novembre 1951.— Desrochers (Alfred), Louis Dantin et la « Génération perdue ».Dans Carnets Viatoriens, octobre 1952, p.120-127.— Desrochers (Alfred), Louis Dantin, chef d’Ecole.Dans Le Devoir, 22 novembre 1952.— Bastien (Hermas), Louis Dantin parmi nous.Dans L’Information médicale et paramédicale, 4 janvier 1955 L Gabriel NADEAU I.Le R.P.Yves Garon, a.a., prépare actuellement une thèse sur Louis Dantin.Nouveautés Dans la collection CLASSIQUES CANADIENS Un instrument indispensable à quiconque désire se faire une opinion personnelle sur notre littérature J.-A.Ferland par Thomas-M.Charland, o.p.Arthur Buies par Léopold Lamontagne Rappel - Brébeuf Frontenac Marguerite Bourgeoys Saint-Denys-Garneau Champlain Crémazie Alain Grandbois Charlevoix par Léon Pouliot, s.j.Fréchette par Michel Dassonville Le Père Paul Le Jeune Thomas Chapais Nérée Beauchemin Jules Fournier Albert Lozeau Paul Morin Robert Choquette Chacun : 96 pages $0.75 l'exemplaire (par la poste $0.85) Chez FIDES 69 Le lecteur moderne est un homme pressé.11 aime les lectures brèves qui n’exigent qu'un effort peu soutenu.Les grandes œuvres littéraires lui sont difficiles d’accès car elles demandent du temps, de la concentration.Nous avons transporté dans la vie intellectuelle elle-même l'énervement qui caractérise notre civilisation.Nous lisons à la hâte, nous réfléchissons peu, nous touchons à bien des sujets mais sans les approfondir et finalement, nous souffrons d’écartèlement, nous étouffons.Qu’on nous présente dès lors un livre comme Pierres Noires (1) de Malègue, nous sommes vraiment épouvantés.Nous n'avons pas le temps.Une œuvre aussi imposante nous déconcerte.Elle est vraiment trop longue ! Et pourtant, les grands romans nous apportent un enrichissement qu’aucune œuvre brève ne peut nous donner.Il est toujours possible, dans la lecture d'un roman de taille moyenne, de suivre le déroulement de l'action sans nous laisser vraiment accaparer.Nous consacrons à la lecture quelques brefs moments après lesquels nous reprenons notre petit train de vie « comme devant ».Nous n'avons pas vécu assez longtemps au contact de l’auteur pour nous laisser influencer profondément par lui.Le grand roman présente l’immense avantage de D DIALOGUE AVEC LES LIVRES D’HIER ET D’AUJOURD’HUI un monde dont nous sommes invités à inventorier patiemment les habitudes, les secrets, les grandeurs et les misères.Sans faire aucune concession à notre fièvre de vitesse, l’auteur nous introduit lentement dans le drame d’une classe sociale.C’est même une tonalité qui nous révolte au début.Nous aimerions que le débit progresse plus rapidement.Malègue contient notre fougue en nous présentant le cadre de son histoire, en nous forçant à jeter les yeux sur tout ce qui marque la vie de la société, ces objets - Le R.P.P.-E.ROY, c.s.c., présente - (iPierres Noires” de Joseph MALÈGUE un ouvrage posthume de Vauteur d'AUGUSTIN mobiliser nos ressources psychologiques pour un voyage fictif qui promet d’être long.Bon gré mal gré nous finissons par nous laisser sortir de nous-mêmes pour entrer dans un univers romanesque que nous habitons pendant de longues heures.Nos réflexes, nos habitudes ont le temps d’être touchés.Nous nous prêtons à un rythme de vie.Nous acquérons la vision d'un monde organisé.Nous percevons les résonances profondes de l’existence, l’univers romanesque nous livre ses secrets.C'est vraiment une migration de notre être dans un monde nouveau que nous opérons.Nous sommes attirés en dehors de nous-mêmes et transplantés dans une existence qui a été transfigurée par l'imagination créatrice de l'auteur.Cette fois la lecture a porté fruit, elle nous a imprégnés.Le dernier livre de Joseph Malègue se classe parmi ces longs romans qui nous transportent dans 70 que nous côtoyons tous les jours sans les regarder, ces maisons de pierres noires d’un village d’Auvergne, les paysages qui reflètent l'âme des hommes qui les parcourent.Mais cette abondance descriptive est très utile car c’est elle qui finit par nous imposer une vue totale de l’existence qui ne se joue pas seulement sur le plan de l'esprit mais dans un enracinement multiple aux êtres ambiants.Par cette attention aux réalités les plus banales, ou apparemment banales, Malègue se rapproche de Flaubert, celui de certains chapitres de l’Education sentimentale, mais sans jamais donner dans son dégoût des réalités les plus simples.On pense aussi aux longues descriptions de Balzac qui constituent le cadre de l’action, comme l’explique l’auteur du Père Goriot lui-même.Chez Malègue, cependant, le monde inanimé ne constitue pas seulement un milieu dans lequel se déroule un drame, il est lui-même engagé dans le drame dont il constitue une dimension essen- tielle.Malègue nous impose continuellement cette vue de l’unité de la vie humaine dans ses multiples ramifications.Tout le roman est construit sur cette vision.Les classes moyennes de la sainteté, ce sont « celles pour lesquelles la vie divine paraît moins essentielle que l’économique » (p.886), celles pour lesquelles la vie divine n’est pas l’unique, comme elle l’est pour les saints.Ces classes sont définies par un compromis entre le bonheur terrestre et un amour unique de Dieu.Alors que le saint renonce à tout pour suivre Dieu, alors que Dieu pour lui devient vraiment l’essentiel, l’unique nécessaire, l’homme dont nous parle Malègue, le chrétien ordinaire, oscille entre les biens terrestres et l’amour de Dieu.Il est victime du déterminisme des cadres qui entourent sa vie.Il entend cependant l’appel de la grâce qui est un appel à transcender ces cadres pour se projeter en Dieu.C’est le sens du roman de nous montrer comment se déroule le conflit du déterminisme social et de l’appel à la grâce.Quant au saint, c'est celui qui s’arrache à ce déterminisme, qui le transcende.C’est le cas par exemple du missionnaire.Le saint s’arrache au déterminisme des cadres pour se consacrer au salut de ceux qui vivent à l'intérieur de ces cadres.Si les cadres viennent à s'effondrer, le saint n’est pas affecté parce qu’il les transcende.Les classes moyennes au contraire voient leur âme s’effondrer avec les cadres parce qu’elles s’appuient sur eux.Cette philosophie, ou mieux peut-être, cette théologie des classes moyennes nous est fournie à la fin du volume par des notes qui ont été dictées par Malègue ou retrouvées dans ses carnets.Elles aident grandement à saisir la portée du roman qui décrit sans expliquer, comme il se doit.Elles sont d’une pénétration peu communes et assez difficiles d’interprétation puisqu'elles sont inachevées.Malègue nous explique lui-même le sens du roman: « Démantelé par la perte de ses cadres, tout l’édifice de la vie religieuse des classes moyennes est à reconstituer.Le roman est à un certain point de vue la monographie de cette reconstitution » (p.884).Dans une première partie, la seule à peu près achevée, il nous fait voir la vie de ces classes moyennes.Paul Vaton est le personnage principal.Elevé dans le petit village de Peyrcnère, il hérite de la foi de ses parents.C’est une foi routinière, peu profonde, qui ne résistera pas au choc des influences postérieures qu’il subira pendant ses études en province et à Paris.La société provinciale elle-même dans laquelle il passe son enfance est fortement éprouvée et ne résiste pas à l’infiltration des idées nouvelles.La deuxième partie, à peine ébauchée, semble poursuivre l’étude des classes moyennes en mettant en scène des compagnons d’enfance de Paul Vaton dont les uns mènent une vie chrétienne profonde alors que les autres donnent dans la déchristianisation qui atteint la société provinciale.Le roman devait prendre toute son ampleur et s’expliquer par la troisième partie qui, semble-t-il, devait être dominée par la figure de Félicien, un ami de Paul Vaton, qui se fait missionnaire et meurt martyr.Félicien est le type du saint qui a transcendé les cadres de la vie sociale pour se donner tout à Dieu.Son sacrifice constitue un appel à la sainteté pour ceux des siens qui sont restés dans le cadre des classes moyennes.Il semble bien que Malègue voulait établir un lien de causalité entre le sacrifice de Félicien et le retour à la foi de Paul Vaton.C'est tout un monde qui bouge dans ce roman de 77 Un conflit cependant qui ne va pas dans le sens d’une opposition brutale.La grâce ne veut pas la destruction de ces cadres.Ils sont une donnée sociologique, ils conditionnent un mode d’existence et nous devons les respecter parce que, nous dit Malègue, « toutes ces créatures humaines sont des créatures de Dieu » (p.889).La brisure de ces cadres entraîne une crise de civilisation, comme cela se passe dans le roman, à Peyrenère.Les hommes des classes moyennes sont alors troublés, abandonnés.Ils ne savent plus à quoi emprunter l’équilibre et la stabilité.L'action sociale chrétienne doit donc se mener en respectant ces cadres, sans quoi elle ne peut réussir puisqu’elle est en dehors des grandes forces qui conditionnent la vie des classes moyennes.Il s’agit, et c’est tout le sens de l’effort chrétien, d’accepter ces cadres.« Dès que l’intelligence humaine est docile aux faits, elle est déjà chrétienne » (p.892).Elle assume le déterminisme social en l’acceptant et évite l’asservissement.Par la charité, le cadre est transcendé.L’existence qui continue à être soumise au déterminisme extérieur n’origine pas moins du centre spirituel et la liberté est sauvegardée.C’est dans cette soumission consciente aux cadres, à une situation sociale donnée comme à des faits venant de Dieu, que réside la sainteté des classes moyennes que Malègue peint dans son livre.?Joseph Malègue est né le 0 décembre 1076 et est mort le 30 décembre 1940.?Ses activités: précepteur, professeur libre de lettres, avocat à Riom, Pontarlier, Londres, professeur à l'Ecole Normale de Saveney.?Ses œuvres: Romans: Augustin (drame de la perte et de la recouvrance de la foi), Pierres noires.— Essais religieux: De l’Annonciation à la Nativité (1935), Petite suite liturgique (1930), Pénombres (1939), Vie de saint Vincent de Paul (1930). Malègue.Un monde où sc côtoient des personnages cupides, des républicains antireligieux, des profils féminins délicats et séduisants, des mystiques qui ont atteint les sommets de la sainteté.Malègue voulait que toute son œuvre soit imprégnée de surnaturel et elle l’est sans doute mais ce surnaturel n’est pas toujours très perceptible.Il est parfois perdu sous une abondance de descriptions de lieux, dans le fourmillement de la vie.L’auteur apporte beaucoup d'application ù la construction du roman qui met en mouvement tout un ensemble de faits et d’idées.Mais ce n’est pas un roman à thèse qu’il écrit et il cache minutieusement son système.Peut-être trop.Car si nous ne pouvons exiger d’un romancier qu’il parle en théoricien, nous avons tout de même le droit d’exiger que le dessein de son œuvre nous soit perceptible.Or on peut se demander si celui de Pierres Noires le serait si on ne connaissait pas les explications que Malègue lui-même nous fournit à la fin du livre.Le roman pousse tellement dans toutes les directions, il fourmille tellement de personnages et de situations que le développement d'ensemble est difficile à saisir.Il faut nous rappeler cependant, pour être juste envers Malègue, que son œuvre n’est pas terminée et perd ainsi de son intelligibilité.Tel qu’il est, ce roman inachevé et déjà colossal accuse un art exceptionnel.Un art minutieux, porté à la fois par un enracinement charnel et un rattachement obstiné aux réalités spirituelles.On regrette seulement que l'auteur n’ait pu mener son œuvre à terme.(1) MALEGUE (Joseph) PIERRES NOIRES.Les classes moyennes du salut.Roman.Préface de Jacques Chevalier.Paris, Spes [1958].905p.20cm.$8.35 (frais de port en plus) Pour adultes •SPORT a YOGA” de Selvarajan Yesudian ?Pollux B Y AS, c.s.c.Un livre contre lequel il faut mettre nos lecteurs en garde.?A tous ceux qui s’intéressent au yoga, nous conseillons l'ouvrage de J.-M.DECHANET, o.s.b.: La voie du silence.On y apprend à faire servir à la vie chrétienne l’apport positif de certaines disciplines yogistes.Depuis plusieurs années, l'Occident, sous la trop forte tension que produit chez lui l'activisme, et subissant déjà dans son corps et dans son esprit les conséquences de ses inconséquences, a senti le besoin de tamponner son action par la sagesse hindoue.Depuis une décade, c'est l'Orient qui, fort de la demande, écrit pour l’Occident des livres de Sagesse.Ainsi est venu le Yoga chez nous: une sorte de culture physique et psychique, en même temps fortement animée par l’Hindouisme.Le livre le plus complet à ma connaissance est Sport et Yoga1 de l’Hindou Selvarajan Yesudian, qu'il a écrit spécialement pour l’Occident.Mais il est difficile à un Hindou d’écrire, pour l’Occident, un livre qui fait appel au spirituel, à cause de la disparité des cultes.Le livre se divise en deux parties qui sont dans la relation de l’âme au corps.La première partie est donc l’esprit du Yoga; la deuxième son exercice.Cette deuxième partie, prise en tant que telle, est un chef-d'œuvre de logique et de cohésion.Il y a bien quelques exagérations bénignes; mais tel qu’il est présenté ici, le Yoga offre a 1 homme, quelles que soient sa culture et sa religion, le meilleur moyen et le moins artificiel de parvenir à un complet épanouissement, car avant toute doctrine il préconise les vertus humaines les plus fondamentales.En plus d'être une sagesse, le Yoga est aussi une science indiscutable.Le grand Laboratoire Scientifique de Recherches Yoguiques de Lonavla (Inde) présente des données vérifiables et vérifiées par des savants occidentaux.Il est prouvé que l’homme peut, par une conscience aigüe de ses divers organes et aidé par les « postures », influencer tout son système sympathique.Ce qui paraît être exploits, n est en réalité que ce qui est prevu par la nature dans la constitution normale de l'homme.Le Yoga, d’après ses prémisses, et par son programme de contrôle sur la matière, est un excellent dispositif pour arriver à la « stature parfaite du Christ » dont parle saint Paul.Mais se disposer à atteindre la stature parfaite du Christ n’est pas nécessairement devenir le Christ.Et ceci nous amène à parler de la première partie du volume.La philosophie hindoue et par le fait même l’esprit du Yoga tel que décrit dans ce livre, c’est — 72 confusément sans doute — de retrouver au fond de soi-même, par une décantation dont le Yoga est le moyen, Dieu que Ton est.Ce qui constitue la « Béatitude ».Je cite ce passage de l’auteur: « Ainsi l’objectif final [du YogaJ consiste en une conscience divine développée jusqu’à la perfection et sa manifestation parfaite dans le corps: PHomme-Dieu.» Tel est le but du Yoga.L’essentiel de la doctrine que l’auteur présente comme devant être la spiritualité du yogin occidental tient dans ces lignes: « Je suis la Voie, la Vérité, la Vie, nous dit la Bible.Les Yogins indiens nous enseignent la même chose: La Vie c’est le Moi.Quel est ce Moi ?11 semble que c’est Dieu lui-même: La Vie est le Moi immortel, toujours vivant qui n’est jamais né et ne pourra jamais mourir.Mais cette Vie ou ce Moi, en s'incarnant dans l’opacité d'un corps et devenant dépendante de la matière et du temps a abaissé sa conscience.L’homme qui spiritualise cette matière par la pratique du Yoga, favorise la délivrance et l’expansion à travers lui de ce Moi suprême, divin et co-extensif avec lui.» Le corollaire obligé de cette thèse si souverainement panthéiste a été la théorie de la métempsycose.Mais je ne pense pas que la brutalité et l’originalité de cette doctrine présente un réel danger pour le chrétien.Dénonçons cependant cette façon fantaisiste et presque perverse de trouver dans la Bible, à l’adresse de l’occidental chrétien, un parallèle exact de la doctrine hindoue.Beaucoup d’autres subtilités créent à travers tout le volume une atmosphère vraiment dangereuse qui exercera une contrainte même sur l’intellectuel: ainsi, un fait apparemment banal, raconté par l’auteur, d'une petit animal piqué par un serpent e>1 qui a été guéri instantanément par son « gourou », orend du relief dans l'atmosphère du volume et pose !a question du surnaturel dans le miracle.En définitive l'auteur a manqué son but.Sa doctrine est loin d’être assimilable par l’Occident.Mais il a montré sans nul doute et peut-être malgré lui que le Yoga est tout aussi informable par la pensée chrétienne.(I) YESUDÏAN (Sclvarajan) SPORT ET YOGA.2e édition.Lausanne.Lditions Foma [19581.-53p.photos 21.5cm.Dangereux - .“L’Oraison et h vie sçi?".i » /I 1 ajjjâmh Le Père Poisson est né en France en 1887.* - ¦¦ t r ¦ ' m -, 'P“' Activités: Professeur d’enseignement secondaire en France pendant quatre ans.Directeur du Collège aux îles Saint-Pierre et Miquelon, curé, préfet apostolique de 1933-1943.Venu au Canada en 1943, il se consacre à la vie spirituelle au Séminaire et .au Noviciat spiritains de Montréal.Depuis deux ans, aumônier des Soeurs missionnaires du StJssprit à Stt-Scholastique, directeur du Centre Ùbemann où H a édité plusieurs bro- .3 POISSON, C.S.SO.A.Pau! GAYj c,s.$p Comme la spiritualité de Charles de Foucauld, celle de Libermann s’impose de plus en plus.De son vivant, le premier a surtout raconté son âme; le second a conseillé les autres.Tous deux ont laissé de nombreux écrits dont la puissance surnaturelle semble bien adaptée à notre siècle avide de principes d’action.Il y a quelques mois, une thèse était soutenue en Sorbonne par un professeur aux facultés catholiques de Lyon, M.l’abbé Pierre Blanchard.Conquis par Libermann dans «s la signification mystique et pastorale de sa riche doctrine spirituelle », il lui faisait gloire d’avoir commencé, cinquante ans avant l’Histoire d’une Ame, la révolution spirituelle communément attribuée à sainte Thérèse de Lisieux, et le proclamait « Maître spirituel pour tous, et l’un des plus grands ».S'inspirant de cette doctrine ainsi présentée par une magnifique thèse de doctorat, certains ouvrages de vulgarisation ont déjà paru, comme Le Prêtre 73 d'après le venerable Libermann qu’ont accueilli, en notre Canada, bien des bibliothèques de presbytères.C'est dans cette classe de vulgarisation que se range le nouveau volume *.Son titre exprime bien son contenu.Des quelque 400 pages que Libermann a écrites sur l’oraison, l’auteur en a extrait 120, cherchant à donner, de la méthode de directeur d’âmes, un aperçu assez complet, sous format réduit.Cet ouvrage est d’abord une réaction contre l'habitude trop répandue de s’en tenir à la simple méditation et de la considérer sans liaison profonde avec la vie.C’est aussi la réponse à un besoin de l’âme d'envisager quelle peut être la marche vers Dieu, sous une direction sacerdotale expérimentée.Certes, les ouvrages abondent qui traitent de ces notions de vie intérieure, à la suite des grands maîtres: saint Jean de la Croix et sainte Thérèse.Plusieurs d’entre eux font beaucoup de bien, mais sont volumineux ou trop didactiques.La vulgarisation présente met le lecteur à l’école d'une âme qui, arrivée à un état stable de contemplation avancée, s’emploie constamment à guider les autres avec une psychologie nuancée et le souci de laisser toujours place à l’action de l’Esprit-Saint.Libermann n’est pas l’ennemi de la méthode de méditation telle qu’on l’étudie dans les livres, mais il la veut assez large, et rappelle souvent qu’elle n’est qu’un moyen.Ce qu’il repousse, c’est cette classification outrancière des degrés que l’âme doit parcourir.Quand Libermann a accepté les trois grandes divisions: méditation, affection, contemplation, il a concédé tout ce qu’il pouvait à la tradition.On peut dire qu’il va droit au but: l’union à Dieu.Certains lecteurs seront surpris de le voir exposer les règles de la méditation dans deux lettres: à son Rappel- Romain Légaré, o.f.m.L'AVENTURE POÉTIQUE ET SPIRITUELLE DE SAINT-DENIS CARNEAU 2e prix du Concours Littéraire de la Province de Québec pour 1957.* Une révélation, un enrichissement pour tout le public cultivé ».191p.18cm.Hors-texte $2.00 (par la poste $2.10) _______________________________Chez FIDES frère médecin et à son neveu qui n’a que 15 ans.Cela peut faire réfléchir à une époque où l’Eglise demande de plus en plus aux laïcs de prendre conscience de la nécessité d’une vie chrétienne pleine et rayonnante.Encore faut-il chercher cette force où elle est.et l’entretenir.D'autres s’étonneront du titre d’un chapitre: « Du sensible à l’insensible ».Mais la lecture leur montrera la puissance de cet état de l’oraison qui, par des purifications successives, s’est dégagée des sens pour s’appuyer sur la loi pure.Comme elle sonne clair, au milieu des troublants soucis de la vie moderne, cette consigne adressée à un missionnaire d’Afrique: « Quand on n’a plus que la Foi pure, on devient un homme.Il n’est plus temps d’être enfant, l'âge mûr de la perfection doit commencer pour vous ! » Le dernier chapitre en fera réfléchir plusieurs.Laissant incomplète son étude sur la contemplation, Libermann présente à ses missionnaires un moyen de sanctification plus adapté à leur vie fiévreuse: l’union pratique.C’est l’occasion pour lui d’appuyer sur des principes de vie spirituelle sans cesse répétés dans ses œuvres: la transcendance de Dieu, le renoncement absolu, dans la paix, la douceur, l’abandon à l’Esprit-Saint.Que dire encore ?Que l’auteur s’en est tenu à un minimum d'interventions (on eût peut-être désiré davantage) pour laisser toute sa force à l’enseignement libermanien; que les simples aperçus sur la contemplation laisseront le lecteur sur sa faim.Mais il était inutile de suppléer le grand directeur d’âmes.(I) POISSON (A.), c.s.sp.L'ORAISON ET LA VIE.Extraits et résumés des.œuvres du vénérable Libermann.[Montréal, s.é.1959].126p.19.5cm.Pour tous Rappel- P.-E.Roy, c.s.c.CLAUDEL POÈTE MYSTIQUE DE LA BIBLE « Il faudra désormais se référer à ces pages chaque fois qu'on voudra comprendre en profondeur l’attitude de Claudel.» (P.-E.Charbonneau) 144p.20cm.$2.00 (par la poste $2.10) ___________________________Chez FIDES 74 .i 0 \ '________ Notices bibliographiques Littérature canadienne V1NAY (Marie-Paule) HYGIENE MENTALE.3 vol.Dessins exécutés par Mme Suzanne Poupart.Québec, Editions du Pélican, 1958.263p.— 210p.— 214p.ill.21.5cm.$13.50 (frais de port en plus).Pour tous Nous recommandons la lecture de ce traité d’hygiène mentale non seulement aux étudiants et infirmières qui reçoivent des cours en cette matière, mais aussi à tous les parents et éducateurs chrétiens désireux, pour eux-mêmes et pour les êtres qu’ils ont à former, d’une santé mentale meilleure et mieux orientée vers Dieu.Dans une perspective toujours inébranlablement chrétienne, appuyée sur une documentation scientifique récente, l’auteur analyse dans ces pages, avec un souci de clarté et de précision, les multiples problèmes de la santé comme de la maladie mentales, ainsi que l’hygiène mentale des étapes successives de la vie.« Plus soucieuse de précision rigoureuse et d’analyse exhaustive que d'amplifications littéraires, l’auteur a choisi un mode d’exposition.qui garantit la valeur technique d’un texte où nul à-peu-près n’a pu se dissimuler.» (A.Combes, Préface du livre) Ainsi, qu’il s’agisse de facteurs de la santé mentale tels que l’équilibre psycho-physique, les besoins plus ou moins fondamentaux de l’individu, les émotions, l’intelligence, la volonté et l’environnement social, l’auteur en examine toujours en premier lieu l’aspect positif, normal et toni- fiant, elle s’attache toujours à montrer d’abord l’état de santé avant d'explorer l’état morbide ou de maladie, et les remèdes ou traitements que celui-ci exige; de même, l’ouvrage étant écrit pour des personnes non spécialisées en psychologie, l’auteur établit sur des définitions autorisées et sur des explications éclairantes et dépouillées de la terminologie technique, l'étude des névroses et des psychoses, comme des délicats problèmes qui s'y rattachent, tels les conflits, les mécanismes de défense et d’adaptation, etc.Enfin, tous les aspects de l’hygiène mentale, tous les dynamismes puissants et mystérieux de la personnalité humaine dans toutes les phases évolutives de sa vie — depuis la naissance à la scolarité, puis de l’adolescence jusqu’à la maturité, au mariage, à la vie déclinante et à la vieillesse — tout est pensé, tout est fouillé et souvent revu dans la dimension d’un christianisme envahissant, d’une lumière de foi inextinguible, d’une confiance exubérante où il n’est plus guère de place pour les frustrations et les refoulements.« Hygiène mentale du chrétien »: voilà donc la ligne de fond de cet ouvrage, présenté aussi comme l’archétype de n’importe quelle hygiène mentale.Nous savons gré à l’auteur de sa franchise et de sa foi dans la puissance du secours divin pour les conduites particulières de la vie; mais de même que certains points de vue trop rigides (v.g.sur l’utilisation thérapeutique de la psychanalyse), peuvent heurter nombre de travailleurs loyaux, bien que divergents, ainsi une telle lumière et une telle confiance exubérante ne risquent-elles pas d’offusquer (dans les deux sens du mot) ceux-là, non catholiques et incroyants, qui n’ont pas notre chance, notre certitude, qui ne mettent pas encore « le décalogue et les sacrements » au compte des « moyens d’action » de l’hygiène mentale (I, 7), qui n’ont pas la conviction que tout s’arrange en Dieu, pour qui la névrose ne se résume pas en l’absence de Dieu dans la vie de l’homme, mais qui cependant, à travers une recherche laborieuse de l’équilibre et de l’intégration psychiques de l’homme, cheminent également vers la Vérité ?Gilles BEAULIEU MES FICHES Revue documentaire mensuelle En novembre Numéro spécial sur le prêtre L'exemplaire: $0.15 L'abonnement: $1.5C par an MES FICHES 25 est, rue Saint-Jacques Montréal 1 Tél.UN.1-9621 75 Biographie BECilN (Abbé Emile) FRANÇOIS DE LAVAL.Préface de M.l’abbé Jean-Marie Fortier.Québec, Les Presses Universitaires Laval, 1959.222p.ill.(h.-t.) 20cm.Relié.$3.50 (frais de port en plus).Pour tous L’histoire ne pouvait manquer d’apporter sa contribution aux jours commémoratifs du troisième centenaire de l’arrivée de Monseigneur de Laval au Canada.Nous nous attendions bien un peu à ce qu’un docte ecclésiastique de Québec fasse revivre le souvenir du premier évêque de la Nouvelle-France.M.l’abbé Emile Bégin, du Séminaire de Québec, historien consciencieux et bon écrivain, a été chargé de nous présenter la haute personnalité de François de Montmorency-Laval.Ce biographe, ou plus justement en l’occasion, cet hagiographe, nous avoue lui-même dans une postface remplie d’émotion, en quelles dispositions particulières, il a travaillé à sa tâche d’honneur et de gratitude.« Dans la maladie, nous confie-t-il, dans les deuils et la douleur, l’auteur a passé deux années en tête-à-tête avec Monseigneur de Laval.Il a écrit par obéissance tout d’abord, et, presque tout de suite, il a étudié les documents avec une ardente curiosité.Des vieux papiers, ouvrages anciens, correspondance, mémoires, a surgi petit à petit une figure admirable qui fait maintenant partie de sa vie et dont l’influence bénéfique le suivra jusqu’à la mort.» Nous tenons à rappeler également par quelles paroles le préfacier de l’ouvrage, l’abbé Jean-Marie Fortier, vice-postulateur de la cause de Monseigneur de Laval, a désiré terminer sa présentation.assez brève, mais d’une grâce persuasive, non sans éloquence.Il écrit: € A l’occasion du troisième centenaire de l’arrivée de Monseigneur de Laval au Canada, on ne pouvait espérer un monument plus significatif que l’ouvrage de l’abbé Bégin.* Certes le mot monument ne nous apparaît ici nullement emphatique.Il y a des monuments de larges proportions comme il s’en trouve de taille moindre.Dans chaque cas, c’est l’effort consciencieux de l’artiste qui le rend impérissable.Pour notre part — et nous connaissons d’autres lecteurs du même avis — nous avons lu et relu avec quel intérêt, le beau portrait que nous offre l’abbé Bégin du premier évêque de l’Amérique du Nord.Le texte qui nous le révèle est fait de clarté, de solidité et s’avère remarquablement condensé.L’historien s’est imprégné de la saveur comme de la fraîcheur des sources qui le sollicitaient.D’ailleurs, est-ce que la vie de François de Laval, pontife-ascète de raison claire, mystique, fraternel envers tous, aimant pardessus tout les pauvres, et désirant, avec quelle énergie et quelle constance, le triomphe de ce qui lui semblait devant Dieu de justes causes; est-ce que une telle existence, lourde d’années et d’oeuvres créatrices, ne peut inspirer tout historien sagace et d’exacte vision ?Puis, quelles toiles de fond impressionnantes s’imposent à lui, quand il en vient à fixer les cadres, vieux de trois siècles, où se meut un évêque d’une intense activité spirituelle et temporelle.Rien d’essentiel n’a été omis dans le récit du biographe.Nous l’avons dit déjà, c’est là un des mérites de l’ouvrage.Travail synthétique soutenu devant lequel la probité de l’auteur n’a pas hésité.Peut-être, ici et là, pouvons-nous regretter, l’absence de notes explicatives, appuyées par quelques références; comme aussi l’élimination, très rare, il est vrai, de faits secondaires.Mais aussi comment ne pas admettre qu’un choix judicieux s’imposera toujours en un pareil cas.Monseigneur de Laval dut se mesurer avec tant de difficultés se compliquant comme à plaisir, résoudre des questions épineuses et des conflits d’autorité renaissant sans cesse autour de lui.Ajoutons aussi, comme nous en prévient l’intelligent préfacier, que M.l’abbé Bégin n’a pas voulu écrire une biographie critique.« Même, nous dit-il, si l’auteur s’appuie sur une documentation sérieuse, patiemment glanée, son dessein a été plutôt de mettre en lumière la figure de François de Laval.Il y a parfaitement réussi, croyons-nous, grâce à la finesse de sa pénétration et à la limpidité de son style.» On ne peut mieux nous assurer qu’il s’agit ici d’un ouvrage de haute vulgarisation.Pouvons-nous souhaiter alors qu’une nouvelle édition de l’œuvre — elle s’imposera bientôt — comporte quelques notes et références, et surtout une bibliographie moins hâtivement dressée.Un index, pouvons-nous ajouter, rendra d’appréciables services.Un mot enfin touchant l’iconographie du sujet.On ne saurait la désirer meilleure, et la table des gravures, à la fin de l’ouvrage, nous apparaît parfaitement au point.C’est un apport magnifique que ces nombreux portraits, cartes et fac-similés.Le public s’en réjouira, avide d’images de plus en plus.Et puis, n’est-ce pas, en soi, une fort précieuse documentation, quand le choix est aussi judicieusement fait.Relié et orné d’un portrait en couleur de Monseigneur de Laval, dont on peut témoigner de l’authenticité, la biographie de M.l’abbé Emile Bégin est vraiment un ouvrage voué au succès et à l’édification des lecteurs canadiens ou étrangers.L’hagiographie canadienne s’enrichit d’un patient et lumineux travail.Marie-Claire DAVELUY 76 Littérature étrangère Religion BARWOLF (Adalbert) IL N’Y A PLUS QU’A PRIER.(Da Hilft Nur Beten) Traduit de l'allemand par J.Benoist-Méchin.Paris, Albin Michel 11958).206p.ill.20.5 cm.$2.30 (frais de port en plus) Pour tous On ne peut lire ces pages sans être saisis d'effroi devant la puissance et le nombre des instruments de destruction que les hommes ont inventés.Qu'arrivera-t-il de l’humanité?Que se passera-t-il d'ici cent ans, d'ici dix ans?On regrette que les hommes ne mettent pas leur science au service de la paix et de la charité.Mais tout cela est rêverie.Quelque angoissante que soit la lecture de ce livre, elle n’en est pas moins féconde si l'on ne se laisse pas déprimer.On ne règle rien à voiler un état de fait.La lucidité, semble-t-il, est toujours préférable à l’ignorance.L’auteur d'ailleurs ne cherche pas la sensation.Il se propose de nous montrer comment les Russes sont parvenus à rattraper les Américains dans le domaine nucléaire en faisant travailler pour eux des savants allemands.C’est d'ailleurs auprès de savants allemands revenus d’U.R.S.S.que l’auteur puise sa documentation.Ces hommes ont travaillé dans des conditions d’asservissement intellectuel qui nous révoltent, mais malgré cela, ils ont fait avancer la science russe au point de lui faire prendre le pas sur les réalisations techniques américaines.Le drame de notre situation réside dans le fait que les deux plus grandes puissances actuelles sont lancées dans une course à la production des armes les plus terribles que l’histoire ait connues.Si la guerre devait éclater entre les deux Grands ce serait un cataclysme épouvantable.Il suffirait d’un moment de désarroi d'un chef d'Etat ou d'un technicien pour que le pire arrive.La mort est suspendue au-dessus de nos têtes.Comme le disait le Président Eisenhower, « Il n’y a plus qu'à prier.» Paul-Emile ROY LACROIX (Jean) LE SENS DE L'A THEISME MODERNE.2e édition.Tournai, Casterman, 1959.125p.21 cm.(Coll.Cahiers île l'actualité religieuse, no 8) $1.90 (frais de port en plus) Pour adultes, mais spécialisé Il appartenait au penseur si justement surnommé le philosophe du dialogue de traiter du sens de l'athéisme moderne.Personne n'ignore, depuis les célèbres paroles de Nietzsche, que le fait majeur de notre civilisation européenne réside dans la négation de Dieu.Qui sont les responsables de ce déicide?Il est difficile de le dire.Des causes diverses ont joué à des niveaux différents.On ne saurait pourtant pas oublier le rôle de la philosophie dans l’élaboration lente d’une nouvelle mentalité athéiste.Son influence, loin de se limiter aux sphères de l’élite, a pénétré les masses à travers les slogans de la piopa-gande.Aujourd'hui, personne ne s'étonne de rencontrer des masses qui ne croient plus en Dieu et qui ne s'en portent pas plus mal pour cela.Cette situation nouvelle pose un problème à la conscience chrétienne.Il ne s’agit pas u’un vulgaire anticléricalisme, facilement renver-sable sur le plan pratique.La mode le détruit quand ce n’est pas le simple respect de l’homme.La partie serait dès lors trop belle.Le problème est beaucoup plus profond.Il atteint les racines de la pensée métaphysique, il bat en brèche une vision chrét:enne du monde en s’attaquant à ses principes de base: la capacité de la raison de prouver l'existence de Dieu, la supériorité de la contemplation sur l’action, les principes d'identité et de causalité philosophique.Le péril de l’athéisme moderne réside tout entier dans ce passage qu’il a su réaliser du plan pratique au plan spéculatif.M.Jean Lacroix a très bien vu les racines spéculatives de l’athéisme.Il a accepté le dialogue sur ce terrain même dans trois études de portée assez diverse.La première qui donne le titre à l’ouvrage est un rapport présenté à la Semaine des Intellectuels Catholiques de 1953.La seconde soulève certaines difficultés religieuses, prenant prétexte des ouvrages du Dr Hes-nard.La troisième est une magnifique fresque historique du traditionnalisme, parue dans la revue Esprit de décembre 1955.L'unité de ces trois études en justifie le titre commun.L'athéisme moderne s’affiche d’abord comme un authentique humanisme.La mentalité scientifique, pénétrant les sphères de la vie intellectuelle de l'humanité, a mis sur pied des explications satisfaisantes de l’univers sans recourir pour cela à Dieu.Passant du monde à l’homme social, on a ensuite considéré l'animal politique capable d’opérer par lui-même les progrès de structure nécessaires à l'intérieur d’une civilisation technique.Pour cela il fallait restituer à l'homme son autonomie, le délivrer de son angoisse et de ses complexes pour qu’il puisse par lui-même assumer ses propres responsabilités.Bref, il fallait le soustraire à l’idée de Dieu pour édifier ensemble un nouvel humanisme scientifique, politique et moral.L'univers morbide de la faute devait naturellement donner prise à l'humanisme athéiste.L'attitude chrétienne n’apparaît-elle pas souvent sous les apparences rébarbatives d'un refus de la vie, d’une angoisse de la réalité ?Facilement, on 77 glissera de la culpabilité authentique en face de la faute à la culpabilité morbide.Le partage entre les deux ne sera pas toujours si facile à établir.M.Jean Lacroix le note en rappelant qu’une authentique attitude chrétienne prend sa source dans une joie profonde, elle-même fruit d’une grande espérance en Dieu.Enfin, le traditionalisme d’un De Maistre, d’un Lamennais, sous des apparences pourtant contraires, fut une force composante de l’athéisme.Le christianisme ne récolte rien de bon à diminuer la valeur de la raison pour exalter la puissance de la foi.Voilà pourquoi toute atteinte à la personne lui demeure suspecte.La leçon de l’histoire sur ce point corrobore la pensée du philosophe.Les deux versants de la pensée chrétienne ont été repré- sentées à l'origine par Justin et Tatien.Justin mourra martyr pour sa foi apres avoir fait au cours de sa vie l’éloge de la raison.Tatien.le dénigreur de la raison, mourra en dehors de l’Eglise.Vieille histoire que répétera le triste cas de Lamennais.Pour être juste, il nous faut adresser en terminant un reproche au philosophe du dialogue.Il a poussé si loin la compréhension qu’il a presque éliminé l’armature critique.Ses études renferment des exposés lumineux, mais le lecteur se demande parfois si la vérité n’est pas du côté de l’athéisme.Il aurait besoin alors d’une position critique plus ferme pour être capable de s’orienter lui-même.Yvon LAFRANCE par retourner à cet amant d’autrefois qui l’aime à sa manière, c'est-à-dire sans se croire obligé de freiner son égoïsme ni de sacrifier une heure de sa précieuse « liberté ».Cette mince histoire est d’un bien mince intérêt.Quel ennui que ce récit qui court d’une nuit à l’autre, sans presque jamais s’arrêter pour l’intervalle des jours — pour ces héros saganesques, les jours ne sont d’aucune importance ! Quel ennui que ce récit dont le va-et-vient ne connaît que le lit de Paule, les lits d’hôtel où Roger mène une garce de passage, les tables ou la piste de danse des petits ou grands restaurants.Cela manque vraiment d’étoffe ! II est grandement temps que Françoise Sagan cherche un autre filon si elle en est capable.Rita LECLERC ture Réédition Réédition Robert Choquette de l'Académie canadienne-française SAGAN (Farnçoise) AIMEZ-VOUS BRAHMS.Roman.Paris, Julliard 11959].186p.18.5cm.Mauvais Psychologie et vente Elise Velder * A l'instar des romans de Balzac.de Proust et de Tolstoï, celui de Choquette possède les trois dimensions que Maurois exige d’un roman: • la ligne du récit, le plan social et la profondeur qui achève le volume ».(Cécile Brasseau.Le Devoir,) 334p.22cm.couv.ill.en ooul.$3.00 (par la poste $3.15) -Chez FIDES Que diable vient donc faire Brahms dans cette galère ?Bien peu de chose: il n’est que l’occasion d’un concert qui n’est lui-même que l’occasion d’une rencontre entre Paule et Simon.Elle, c’est une femme de trente-neuf ans, laissée vacante par Roger, un amant qu’elle aime depuis déjà plusieurs années, mais qui n’est pas assez « fréquent » et la délaisse trop volontiers pour des amours transitoires.Lui, c’est un tou* jeune homme, de vingt-cinq ans à peine, beau comme un prince, et comptant déjà plusieurs aventures à son crédit, mais qui croit n’avoir jamais vécu avant de rencontrer Paule.La liaison s’amorce, fervente chez Simon, teintée de mélancolie et d’un vague remords chez Paule qui ne peut déraciner en elle le souvenir de Roger.Paule finira par M.Armand Trudelle Avocat au Barreau de Montréal, Diplômé en Sciences sociales, politiques, économiques.• Un livre sur la vente qui peut rivaliser avec le premier bestseller américain sur le sujet ».280p.Coll.Bibliothèque économique et sociale $2.25 (par la poste $2.35) -Chez FIDES 78 Histoire COON (Carleton) HISTOIRE DE L'HOMME.Du premier être humain à la culture primitive et au-delà.Traduit de l’américain par Noël Calef.Dessins de Richard Albany.Photographies de Reuben Goldberg.Paris, Calmann-Lévy [1958].481p.ill.photo (h.-t.) 21cm.Relié.$8.15 (frais de port en plus) A ppelle des réserves Utilisant la perspective archéologique conventionnelle, l'A., au cours de son étude, brosse à larges traits un vaste panorama de l’aventure humaine, depuis la lente émergence de l’homme primitif s’aidant du gourdin et de la pierre taillée jusqu'aux grandes conquêtes des savants modernes.Cette méthode qui consiste à faire l’historique du progrès humain depuis ses origines par l’analyse des outils anciens découverts dans les couches sédimen-taires n’a certes rien d’inédit: elle est d’utilisation courante en préhistoire.Le mérite particulier de M.Coon est cependant d'avoir prolongé de façon très perspicace cette méthode d’observation à l’intérieur même de la période historique, et jusqu'à nos jours.La période historique proprement dite débute avec l’invention de l'écriture et il est indéniable que les documents scripturaires sont irremplaçables par l’infinie diversité des démarches de l’esprit qu’ils expriment de façon détaillée et nuancée.Mais il reste que l’outil, cet humble témoin de l'activité humaine, indispensable dès l’origine, à la survie de l’homme, a le précieux avantage d’être un reflet constant et fidèlement objectif de l’époque et du milieu qui l’a produit, qualité que n’ont pas toujours les écrits.Chose plus importante encore, et que M.Coon exprime avec pénétration, c’est que l’outil n’est pas seulement un résultat mais un facteur de l’histoire.Chaque invention nouvelle, pour peu qu’elle soit importante, modifie la condition de l'homme et les événements qui suivent.L’invention du bronze, par exemple, fut un facteur essentiel des premières explorations, par la recherche de l'étain nécessaire à sa fabrication.Et comment oublier les problèmes posés aujourd'hui, à une échelle accrue, par l’automation et son influence incalculable ?L’ouvrage de M.Coon envisage donc l'histoire sous l'angle de l’évolution des techniques et de leurs répercussions sociologiques.Inventions et découvertes apparaissent ainsi comme un linéament continu rattachant organiquement entre eux les paliers successifs du progrès humain.L’A.se préoccupe aussi des œuvres d’art en ce qu’elles illustrent la vie quotidienne (comme par exemple les explorations de chasse dessinées sur les parois des grottes) ou l'exploitation de techniques nouvelles: poteries, fer forgé, vases de bronze, etc.Du même coup se trouvent remises en lumière des civilisations dont la grandeur s’est trouvée atténuée par l'expansion coloniale européenne du XVe siècle: celles des navigateurs nordiques, des grands bâtisseurs aztèques et des Chinois inventeurs de la poudre.Par l’immensité de la période qu’il couvre, un tel ouvrage est, à plus d’un point de vue, forcément schématique mais l’A.a su en tout cas exprimer validement sa théorie.Elle consistait en définitive à reporter sur le plan de l’esprit la donnée transformiste d'une filiation des formes vivantes, théorie qui n’est pas sans une certaine parenté avec les grandes synthèses d’un Teilhard de Chardin qui, disait-il lui-même, pouvait « lire dans le passé la construction de l’avenir ».On aura vite compris, cependant, que cette méthode, si efficace soit-elle pour la compréhension de certains mouvements historiques et protohistoriques, a tout de même des limites.L’erreur de M.Coon est d’avoir capitalisé sur cette méthode et d’avoir voulu lui faire dire plus quelle ne pouvait.Ce que nous venons de dire à propos de l’écriture reste vrai, et il est évident que la technique à elle seule n'exprime pas l’essentiel de l'homme, son âme profonde qui est avant tout religieuse.Les allusions passagères de M.Coon sur la religion sont décevantes par leur superficialité.L’Eglise n'y apparaît que comme un cadre favorisant l'ordre et le progrès social, subordonnée par conséquent au perfectionnement technique lui-même.Cette impression devient plus nette encore à la fin de l’ouvrage où M.Coon envisageant les problèmes qui confrontent l’homme moderne, n'entrevoit son salut que dans l'acquisition d'un quelconque « esprit téméraire et souple ».Le tout agrémenté de quelques considérations pragmatistes sur les questions démographiques et diplomatiques.La véritable histoire de l’homme est partout plus que cela, son drame est d’une tout autre envergure, et la solution se trouve plus haut.Guy MONARQUE Z.Le Nénuphar Germaine Guèvremont Le Survenant Prix littéraire de la Province de Québec en 1946 198p.III.de G.de Beney.28e mille $2.50 (par la poste $2.60) ______________________Chez FIDES 79 MONTANELLI (Indro) HISTOIRE DE ROME.Traduit de l'italien par Juliette Bertrand.Paris, Editions Del Duca |1959].431p.20cm.Relié.Appelle de réserves Ce volume apprendra assez peu de chose aux spécialistes de l’histoire de Rome, même à ses simples familiers; l’auteur est d’ailleurs tout le premier à déclarer qu'il n’a fait « aucune découverte ».Seulement, on y apercevra peut-être sous un jour nouveau des figures depuis longtemps connues.Ce jour nouveau, c’est, croyons-nous, l'humour qui le constitue.On croit assez volontiers que cette qualité est l'apanage de Britanniques comme Bernard Shaw, d’Américains comme Mark Twain ou d’Anglo-Canadiens comme Stephen Leacock; après lecture, on s’apercevra peut-être que M.Montanelli la possède autant que les trois ensemble.Il pousse même jusqu’à l'in-conoclastie cet art de dire avec un imperturbable sérieux les choses les plus énormes et les plus folichonnes.Cet humour perce déjà dans la prestesse avec laquelle l'auteur culbute les légendes les plus tenaces et leur substitue audacieusement les explications les plus simples et les plus rationnelles.Mais il consiste surtout dans la persistance à rappeler que rien n’est nouveau sous le soleil, que beaucoup de nos usages et de nos mœurs ne font que reproduire, sous des noms à peine différents des coutumes toutes romaines.Exemple: « Numa fit répandre la nouvelle que chaque nuit la nymphe Egérie descendait lui transmettre les instructions de l'Olympe.[Ce stratagème], Hitler n’en trouva pas de meilleur.De temps en temps, il descendait de Berchtesgaden avec un ordre du bon Dieu en poche: d'exterminer les Juifs, de détruire la Pologne.L'humanité, en la matière, n'a pas fait de grands progrès depuis Numa.* (P.34-35) Cet humour réside enfin dans ces aphorismes prégnants que l’auteur sème à pleines mains et dont son Histoire confirme la justesse, v.g.« on était pro- che de l'âge d’or de Rome, lequel, comme tous les âges d'or, n'était qu’un prélude à l’agonie de sa civilisation » (p.212).S’ils vivaient encore, Taine et Brunetière applaudiraient.Pour expliquer l'histoire de Rome, M.Montanelli insiste beaucoup sur le caractère pratique du Romain, sur son ardeur militaire et sur ses préoccupations économiques.On comprend d’autant mieux son exposé qu’il s’exprime en des termes qui nous sont familiers: équipe, inflation et déflation, défaitisme, résistance, dévalorisation, etc.Malheureusement, si cette Histoire en est une de grandeur, elle est aussi celle d'une décadence.Et, comme toute décadence sociale tient à une immoralité qui procède elle-même d'une série de tableaux de mœurs lamentables: prédérastie, viol, inceste, adultère, évination, etc.Inévitables parce qu’elles contiennent à la fois des faits et une explication, ces tranches de son livre évoquent des scènes qui empêchent qu’on le mette entre toutes les mains.L'un des grands mérites de l’auteur, c’est d'éclairer ses dires, et de les appuyer en même temps, par le recours constant à la littérature et aux institutions de la Rome antique.On y assiste à l'ascension du citoyen à travers le cursus hono-rum, à la vie familiale, aux dîners pantagruéliques, aux jeux du Cirque, aux fouilles de Pompeï.On y voit défiler les écrivains, de Tite-Live et Tacite, en passant par Virgile, Horace et Ovide, à Catulle et Martial.Autant qu'une histoire politique et militaire, ce livre de M.Montanelli constitue une fresque littéraire et artistique.Certains chapitres, entre autres ceux qui concernent Jésus et Les apôtres, réclameraient une mise au point.Au sujet des deux sacrements d’abord les plus usités, on se satisfait difficilement d’une assertion comme celle-ci sur le baptême et la confirmation: « Alors les deux sacrements furent séparés.le second Constituant la confirmation du premier » (p.320).Mais M.Montanelli a si bien expliqué le triomphe du catholicisme sur le paganisme — voir sa Conclusion — que l'on excuse volontiers quelques imprécisions en matière théologique et religieuse.Citons, pour finir, cet échantillon typique des raccourcis dont est capable M.Montanelli: « La propagande (des chrétiens contre Rome, la nouvelle Babylone,) suscita l'ire des patriotes, qui ne se battaient plus contre l'ennemi extérieur pour défendre leur pays menacé, mais se montraient intransigeants avec celui de l’intérieur désarmé.* (P.397) Citons aussi cette réflexion finale qui résume l’ouvrage entier: « Rome est née avec une mission; elle a rempli cette mission et a pris fin en même temps qu'elle » (p.429-430).Des condensations aussi denses font oublier « l’équipe de football * qui est le dernier mot de ce livre si plein.A le lire, on apprendra peu de nouveau, mais on réapprendra autrement beaucoup de choses anciennes et passionnantes.Emile CHARTIER, p.d.-Rappel- Marie Le Franc Enfance Marine « Ce qui nous touche dès le début, c’eo un ton d’authenticité, un refus d’organiser arbitrairement des impressions pour en composer des tableaux.des pages dont la beauté poétique est nourrie par la psychologie la plus fine et la plus loyale ».(René Lalou, Les Nouvelles Littéraires) 150p.21.5cm.Coll.La Gerbe d'Or $2.00 (por la poste $2.10) -Chez FIDES 80 Biographie HOESL (Paula) MADAME MOLE DE CH A MPLA TR EUX.(Marie-Louise Elisabeth de Lamoignon).Fondatrice des Soeurs de la Charité de Saint-Louis.[Paris] Spes [1959].462p.ill.(h.-t.) 19.5cm.$5.00 (frais de port en plus) Pour tous Le sursaut de vie religieuse et même mystique dont fut agitée la France, au lendemain de la Révolution et sous l’Empire, apparaît, même quand on ne le contraste pas avec le voltairianisme de la Restauration, comme un vrai miracle de la Providence divine.Des écrivains nous ont raconté la fièvre de dévouement qui, dans les campagnes surtout (v.g.Bourg-Saint-Audéol.La Salle-de-Vihiers, Lourdes), suscita tant de congrégations vouées au soulagement de l’ignorance et de la misère des paysans.Le même phénomène se constate également dans les classes élevées; et c’est une de ses manifestations les plus éclatantes que Mlle Hoesl décrit longuement dans ce livre cossu.Il met en scène deux des familles les plus nobles que comptait le Paris révolutionnaire: les Lamoignon et les Molé.Mariée au fils du président Molé, Edouard-François, co-héritière dès lors d’un noble nom et d’une immense fortune, Elisabeth de Lamoignon, née en 1763, mena d’abord une vie activement mondaine, mais nullement aventureuse (p.21-200).Son fils, le comte Mathieu Molé, qui fera le désespoir de sa mère par ses dérèglements, sera l’orgueil malgré cela de la diplomatie napoléonienne.La mère, elle, tempérait les agitations de sa vie de salons par son affiliation aux œuvres de charité créées par saint Vincent de Paul.Autant que les salons, les pauvres, les prisonniers, les miséreux virent se faufiler parmi eux cet ange de beauté et de compassion.Est-ce son dévouement social, aussi tenace que discret, qui lui mérita de la part de Dieu un appel de choix à la vie religieuse et meme mystique?(p.203-456) Toujours est-il que, devenue veuve en 1802, elle suit à Vannes son curé parisien de St-Sulpice, M.de Pan-cemont, devenu évêque de l’endroit.Dès lors, et jusqu’à sa mort en 1823, sous les directions successives de son évêque, puis de MM.Guindon, Le Gai et Jarry, elle consacrera son temps, sa fortune et ses immenses talents, à deux entreprises connexes qui unissent l’activité temporelle de Marthe à la contemplation spirituelle de Marie: sa sanctification personnelle et ce qu’elle appelle sa « petite œuvre ».Celle-ci n’est autre que la fondation des Sœurs de la Charité de Saint-Louis, destinée à l'établissement d'écoles d’arts et métiers où l'on forme les jeunes filles bretonnes à leur futur rôle, en leur enseignant un métier de tout repos et en les soustrayant aux dangers d’une ville portuaire.De Vannes, l’œuvre s’étendra à Auray, à Plé-chatcl et à Saint-Gildas, pour rayonner ensuite à travers le monde et même au Canada.La direction de la supérieure y procède partout de ce principe lumineux: « La piété la plus sublime n’est qu'illusion si elle n’a pas pour base l'accomplissement parfait des devoirs d’état” (p.156).On devine le sens des applications pratiques qui vont découler d’une source pareille: tout ce que nos pédants essaient de nous faire prendre pour une « pédagogie nouvelle » s’exprime déjà en toutes lettres dans les conférences de la fondatrice, femme de tête autant que de cœur.A lire ce livre qui résume son enseignement, ils découvriraient qu’ils n'ont rien inventé, pas plus qu’ils n’ont découvert l’Amérique.Les soucis matériels qu'entraîne l'établissement d’une congrégation ne détournèrent jamais Mère Saint-Louis de celui de sa perfection personnelle.Elle savait qu’on ne naît pas plus saint qu'orateur; on le devient.Elle savait aussi que la sainteté n’est ni une extase continue ni une illumination constante.Sa vie, remplie de toutes sortes de douleurs physiques et morales, connut les ascensiones dont parle le Psalmiste, les alternances de hauts et de bas, les « nuits obscures » d’un saint Jean de la Croix, les « clartés sereines » d’une sainte Thérèse.Mais cette âme fervente ne perdit jamais de vue, dans les ombres du doute et de la sécheresse comme sur les sommets flamboyants de la grâce et de l’union à Dieu, un point fixe: l’adhésion à la volonté divine dans l’association au sacrifice de la Croix.A ses Sœurs qui lui parlaient de son noble blason ne répondit-elle pas un jour: « Je n’ai jamais eu d’autres armes que la croix du Christ » ?Voilà la grande âme que ce livre compact fait évoluer devant nous.Sans doute, autour de la figure de la fondatrice, on voit se profiler celles de ses pieux directeurs et de ses compagnes; on aperçoit même ici et là le masque d’un Félicité de Lamennais (p.399), d’une Olga de Ségur (pp.115, 400, 436), même ceux d’Abélard et d’Héloïse (p.443).Mais, ce qui reste quand on ferme l’ouvrage, c’est le nimbe d’un personnage à la fois très divin et très humain, un nimbe fait de rayons que projette la folie de la Croix.En même temps qu’une leçon de saine pédagogie, le volume offre donc un modèle de haute spiritualité.P.333, n'est-ce pas un châle, plutôt qu’un shall de cérémonie, que portaient les dames ?Emile CHARTIER, p.d.?4-M ?LOUIS-LEFEBVRE (M.Th.) ECRITS SPIRITUELS ET PAROLES DE L'ABBE HU-VELIN.Recueillis et annotés par M.-Th.Louis-Lefebvre.Préface de Son Excellence Mgr Blanchet.Paris, Lethielleux [1959].197p.18.5cm.$2.75 (frais de port en plus) Pour tous Il faut une vocation spéciale pour être un vrai directeur d'âmes: comme chez nous pour Mgr Paul-Eugène Roy, ce fut celle de Mgr d’Hulst et de l’abbé Huvelin.81 Quand, à l’exemple de ce dernier, on a vu évoluer dans son orbite l’athée Emile Littré, des incroyants comme Karl Huysmans et François Coppée, des âmes mystiques comme celles de Mme Ubicini, de Mme Calamatta et surtout de Charles de Foucauld, c’est qu’on n’est pas un directeur ordinaire.Qu'est-ce donc qui at'irait auprès de ce malade perpétuel tant d’âmes dévoyées, mais aussi tant d’âmes soucieuses de perfection?On le saura quand on aura lu ce volume, tout entier tiré des écrits de l’admirable directeur.Sa doctrine est simple.Brunetiè-re disait: « Je me suis toujours laissé faire par la vérité ».L’abbé Hu-velin disait à ses dirigés: « Laissez-vous faire par la grâce ».Quant à sa méthode, elle se caractérise par la même simplicité: « Le directeur ni ne conduit ni ne précède; il suit et il aide ».Seulement, la grâce n’est pas toujours joie et paix; elle est souvent tentation et aridité, isolement même et abandon.Ce fut le mérite de l’abbé Huvelin de faire entendre à ses dirigés, derrière « ces nuits obscures de l’âme » (saint Jean de la Croix, sainte Thérèse), l’appel de Dieu à la donation totale d’eux-mêmes.I Tout au long de ce livre ne retentit pas d’autre son de cloche.Il s’ensuit bien une certaine monotonie; mais c’est celle des coups de marteau répétés sur le clou, qui finissent par lui faire traverser la planche.A voir le nombre de prétendus athées que l’abbé Huvelin a par là ramenés à la foi, il faut croire que le procédé est efficace.Les apôtres qui se nourriront de ce livre y apprendront à la fois et la discrétion indispensable au maniement des consciences et la patience à exercer dans l’attente du résultat.11 est le fruit d’une maxime chère à ce directeur d’élite: Fortiter in re, suaviter in modo.Emile CHARTIER, p.d.?ISAAC (Jules) EXPERIENCES DE MA VIE.Péguy.Paris, Calmann-Lé- 82 vy 11959J.378p.photos.21cm.$5.10 (frais de port en plus) Pour tous Si l’on fait abstraction du boulangisme, une passade éphémère, ce livre compact traite de trois événements principaux: le dreyfusisme, le concours pour la licence puis l’agrégation d’histoire et de géographie, la publication des Cahiers de la quinzaine.L’Affaire Dreyfus — une affaire absolument impensable en dehors d’un cerveau français — a donné lieu à toutes sortes de récits.Aucun d’eux, nous semble-t-il, n’égale en clarté et en précision celui du professeur Isaac, un juif qui ne se cache pas de l’être.Sa narration met en relief le fait que Péguy fut l’un des premiers à saisir et à dénoncer l’inculpation de Dreyfus innocent, l’un des premiers aussi à percevoir la vraie cause du procès qui fut intenté au prétendu traître: l’antisémitisme, agité par Edouard Drumont et son école.Il faut lire le résumé (p.114-120) de cette tragédie nationale: on n’imagine rien de plus complet dans sa brièveté.Les réflexions sur l’agrégation attestent au moin deux choses: la rigidité et le sérieux des examens qui conduisent à l’obtention du diplôme, la compétence évidente des futurs professeurs qui ont réussi à franchir sans accroc ces fourches caudines.Cet exposé fournit à M.Isaac l’occasion de dessiner les portraits de ses maîtres: Fustel de Coulanges, Seignobos, Langlois, Ernest Lavisse, Vidal de la Blache.La touche malicieuse, dans quelques-uns, provient de l’esprit railleur de l’ancien étudiant; elle n’exclut nulle part l’émotion reconnaissante de l’apprenti envers ses professeurs.Les Cahiers de la quinzaine, fondés par Péguy, figurent à presque toutes les pages du livre.C’est que la prose de l’écrivain, qui s’y trouve à peu près toute enclose.^ faisait à elle seule la richesse de la publication.On y retrouve le Péguy socialiste, avec sa foi ardente, mais aussi le prêchi-prêcha et même le charabia familiers à pareils groupes (que peut bien être « un socialisme moralement socialisant » ?).L’étrange « catholique » Péguy est là-aussi, avec sa croyance qui exclut le recours aux sacrements (!), l’assistance à la messe (!!), la participation à la prière publique (!!!) et n’admet que la prière personnelle; avec son culte qui honore la Vierge de Chartres et la guerrière de Domrémy, mais ignore le Dieu de l’Eucharistie (!!!!).Dans le reste du volume se rencontrent deux épisodes: le drame familial qui surgit du mariage de Péguy (p.156-160) et empoisonna sa vie personnelle; le drame financier (Annexe IV) qui paralysa son rôle d’éditeur.Ajoutez à cela de constances rectifications à propos d’assertions ou d’appréciations émises par les biographes de l’écrivain, les frères Tharaud, Romain Rolland, Marcel Péguy, Daniel Halévy, René Johannet, Roger Se-crétain, Louis Perche (v.g.p.330-333).Vous aurez alors le contenu assez hétéroclite de cet ouvrage où l’intérêt apparemment centré sur « le génial » Péguy, déferle très souvent du côté de l’auteur lui-même.Que nos péguystes, s’il en est, s’empressent de lire ce livre compact; chez nous comme ailleurs, la gloire, surtout littéraire, a vite fait de devenir caduque ! Emile CHARTIER, p.d.Michèle LeNormand Le nom dans le bronze 96p.Coll.Rêve et Vie $1.25 (par la poste $1.35) ___________Chez FIDES Littérature de jeunesse GUILLOT (René) CRIN-BLANC.D’après le film d’Albert Lamorisse.Illustrations de Jean Reschofsky.[Paris] Hachette [1959].189p.ill.20.5cm.(Coll.Idéal-Bibliothèque, no 163).Relié.$2.25 (frais de port en plus).Pour jeunes C’est la touchante histoire de Folco, petit pêcheur dans les marais boueux de la Camargue.Au cours d’une excursion de pêche, il laisse glisser son baquet sur l'onde grise vers d’immenses pâturages où vivent en liberté des troupes de chevaux sauvages.Grisés de vent et de vitesse, ces chevaux galopent dans des courses sans fin.Folco caresse le rêve de monter un de ces chevaux.Le hasard mettra sur son chemin un magnifique poulain « à la robe immaculée.blanche comme la neige de la crinière à la queue ».« Crin-Blanc » Pour les jeunes Louise Lourence-Bérard Petits bouts de vie Un sujet pris dans la vie de tous les jours d’un garçon et d'une fille.« Il suffira parfois au jeune lecteur de remplacer le nom de tel personnage par le sien pour croire qu’il lit une de ses propres aventures.» 86p.111.Couv.ill.en coul.Coll.La Grande Aventure voilà le joli nom qui vient tout de suite à la bouche de Folco.Fasciné par ce fougueux cheval à l’allure princière, Folco tentera de l’approcher et de s’en faire un ami.Cette amitié de la bête et de l'enfant touchera la sensibilité des jeunes lecteurs.La présentation soignée, les gros caractères du texte, les dessins aux coloris vivants et de bon goût sont un gage du succès de ce livre.Pour garçons de 9 à 14 ans.C.LALANDE THIEBOLD (Marguerite) LIH ET SES CHEVRES.Illustrations de Marianne Clou- zot.[Paris] Hachette [1959].191p.ill.(h.-t.) 17cm.(Coll.Nouvelle bibliothèque rose, no 37).Relié.$1.00 (frais de port en plus) Pour jeunes A la fois entêtées, capricieuses et intelligentes, « Blanchette » et « Roussette », deux étonnantes chèvres, feront de leur mieux pour égayer la convalescence de leur petite amie Lili.Avec Jean, un jeune chevrier, Lili apprendra à guider ses imprudentes amies en escaladant de hautes montagnes qui sont le domaine des aigles et des chamois.A la suite d’un fâcheux accident, l'initiative et le courage de la jeune héroïne, aidée de ses chèvres — devenues presque sages —, redonneront la joie de vivre à l’infortuné compagnon.C’est une charmante histoire qui amusera les jeunes de 8 à 11 ans.C.LALANDE Denise Houle Monique Duguay.Montréal, Fi-des [1959].118p.ill.22cm.(Coll.Rêve et vie) $1.25 (frais de port en plus) Pour jeunes Les confidences de Lucie feront assurément les délices des jeunes lectrices qui les entendront.Cet ouvrage est dû à la plume d’une jeune fille qui compte à son crédit plusieurs années de contact avec la jeunesse, par le truchement d’une revue dont elle assura la rédaction pendant plusieurs années: la revue HERAUTS.Il est écrit dans le ton et le style qui plaisent tout particulièrement aux fillettes.On y trouve les mille et un événements qui composent la vie tout ordinaire d’une petite fille, avec leurs répercussions sur une sensibilité tout en émoi et une imagination toujours en partance — comme on les a à cet âge.—, avec ce halo de rêve et de poésie que peuvent seules entrevoir les fillettes.On y trouve surtout un style d’une qualité poétique rare, qui tranche nettement sur la production courante des livres de jeunes, et qui fait de cet ouvrage le meilleur entre beaucoup.$1.00 (par la poste $1.10) -CHEZ FIDES HOULE (Denise) LES CONFIDENCES DE LUCIE.Journal.Illustrations de Une lecture à conseiller aux petites filles de neuf à douze ans.R.LECLERC 83 l.A FONTAINE FABLES.Images de Romain Simon.[Paris] Hachette [1958].189p.il).20.5cm.(Coll.Idéal-Bibliothèque, no 162).Relié.$2.25 (frais de port en plus) Pour jeunes Ce volume comprend un imposant groupe de fables choisies dans les trésors de La Fontaine.La disposition des textes est aérée, agréable à lire et illustrée de dessins où l'humour se joint au talent.Tout écolier se doit de mettre ce beau volume sur les rayons de sa bibliothèque.C.LALANDE Coll.La Grande Aventure Réédition La belle aventure de Marie de l'Incarnation par Jeanne Dannemarie L’histoire peu ordinaire de cette femme au nom devenu synonyme de foi et de courage, d’esprit de décision et de dévouement.96p.111.Couv.ill.en coul.$0.75 (par la poste $0.85) Les cousins du petit prince par M.-A.Grégoire-Coupal « Dans chacun des 9 récits qui composent cet ouvrage, on trouve la touche délicate et la nuance qui dénotent chez l’auteur le sens de l’observation et une extraordinaire connaissance de la psychologie enfantine.• 96p.111.Couv.ill.en coul.$0.90 (par la poste $1.00) -Chez FIDES LAREDO (A.) et FRANCESCHI (J.) SI DI SA Fl.Prix « Jean Ma-cé » 1958.Illustrations de François Batet.Paris, Hachette [1958].188p.ill.17cm.(Coll.Bibliothèque verte, no 99) Relié.$1.00 (frais de port en plus) Pour jeunes Un jeune instituteur vient de recevoir une nomination qui le conduit avec sa femme dans un petit village du sud de l’Algérie.Au milieu de ces enfants d’origines diverses, il organise ses cours avec discipline, puis il forme ses équipes de sport et accompagne ses élèves dans des classes-promenades.Au cours de ces sorties, son petit monde se familiarise avec la nature et les bêtes et apprend à les respecter.A preuve, toute cette ménagerie chez lui: chiens, chacals, éperviers, poules, ânes, etc., qui vivent en parfait accord.Mais la mobilisation générale de 39 l’oblige à quitter son patelin.Le cœur serré par le dernier adieu, il est satisfait d’avoir donné le meilleur de lui-même à l’éducation de cette jeunesse.A la lecture de ces pages, les jeunes Canadiens découvriront les goûts et les coutumes des écoliers arabes.C.LALANDE THEROUX (Gisèle) LES EXPLOITS DE 77-PUCE.Dessins de Claude La-fleur.Montréal, Fides [1959].61p.ill.(Coll.Alfred) $0.50 (frais de port en plus).Tl-PUCE DANS SA FAMILLE.Dessin de Maurice Pe-titdidier.Montréal, Fides [1959] 61p.ill.(Coll.Alfred) $0.50 (frais de port en plus) Pour jeunes Voici un auteur qui sait écrire pour les enfants.Les garçonnets qui liront ces livres seront ravis de suivre les aventures et les exploits de ce petit chevalier-louveteau.Ils s’y reconnaîtront.En outre, les chapitres courts et vivants ne lasseront pas leur intérêt.Les couvertures sont égayées de dessins qui les feront sourire d’aise.Des livres pour eux ! Puisse Ti-Puce trouver des imitateurs de sa bonne humeur et de sa serviabilité ! C.LALANDE 444444444444444444444444 4 4 4 TROIS JEUNES TAMBOURS.Illustrations de Josette et Suzanne Boland.Enregistrement sur disque DECCA.[Bruges] Desclée de Brouwer [1959].41p.ill.29.5cm.(Coll.Chansons et rondes pour enfants) Pour enfants De plus en plus, les disques gagnent la faveur des tout petits.Une mère avisée peut les retenir pendant des heures autour d’un tourne-disque où ils entendent des airs à leur portée.C’est un excellent moyen de leur former l’oreille, d’enrichir leur vocabulaire et d’améliorer leur diction.Quand ce disque s'insère dans la pochette d’un magnifique album contenant le texte des chansons, le plaisir est accru.C’est le cas des Trois jeunes tambours.Les enfants y trouveront, illustré par l’art si personnel et si charmant de Suzanne et Josette Boland, le texte complet des chansons dont ils n’entendent que le premier couplet sur le disque contenu dans la pochette.Ces chansons sont les suivantes: Trois jeunes tambours, Ah ! mon beau château, Il était un petit navire, En passant par la Lorraine, Ah ! vous dirais-je maman.Monsieur de la Palisse, Il était trois petits enfants, Dansons la capucine, Meunier tu dors, Mon père m’a donné un mari, Do, do, l'enfant do.Ces chansons, toujours populaires, sont agréablement chantées par Lucy Norman accompagnée d’un chœur d’enfants.Cet album et ce disque seraient sans doute fort appréciés comme cadeau de Noël.A.C.84 Beaucoup d’éducateurs, de libraires, et même de bibliothécaires n’ont pas en mains les instruments nécessaires pour se rendre compte, très rapidement, de la valeur morale des ouvrages qui viennent de paraître sur le marché.Aussi avons-nous pensé leur rendre service en publiant, chaque mois, une liste des plus récents ouvrages avec leur cote morale.Cette cote a été établie après consultation attentive des diverses revues catholiques de bibliographie-conseil, telles que Livres et Lectures, les Notes bibliographiques, la Revue des Cercles d’étude d’Angers, etc.Il se peut cependant que quelques-unes de ces cotes soient, un jour ou l’autre, sujettes à rectification, si, après une étude des ouvrages en question, nous nous rendons compte que la cote donnée par les revues européennes n’est pas adaptée au milieu canadien.Quoi qu’il en soit, nous croyons que les cotes données ci-dessous sont suffisamment sérieuses pour être publiées, sous bénéfice d’inventaire.ARNOTHY (C.), Le guérisseur .D AVELINE (C.), Le bestiaire inattendu .TB AVERLANT (M.), Coup double à Cannes B?BOISANGER (C.de), Catherine .B?BALZAC (H.de), Ursule Mirouet .B?BOMMART (J.), Le poisson chinois se bagarre à Tanger .B BOSCO (H.), Barbagot suivi de Pascalet.TB BROMBERGER (H.), Quatre hommes et la nuit B BURBON-BUSSET (J.de), Fugue à deux voix .B?BURBON-BUSSET (J.de), Moi, César .B?BURGESS (A.), L’auberge du sixième bonheur .TB BUZATTI (Dino), Barnabo des montagnes .B CARY (J.), La gracieuse prisonnière .D CASSELS (J.), L’inspecteur Flagg contre Grimface .TB CAYROL (J.), Les corps étrangers .B?COCCIOLI (C.), Le caillou blanc.D CRONIN (V.), La dernière migration.B CRONIN (A.J.), La lumière du Nord.B?DUHAMEL (G.), Le complexe de Théophile.B?ERLANGER (P.), La vie quotidienne sous Henri IV .D FERBER (E.), Palais de glace .B?FONSECA (R.L.), Les prés ont assez bu B?GASKIN (C.), Le temps de la peine B?GAYET (C.), Les chevaux du diable TB GOLL (C.), Le ciel volé.D GOUDET (J.), De sac et de corde .B?GRAY (D.), Les nuits de la Bardade TB GRUBER (F.), Monnaie de singe .B HELENA (A.), Les voyageurs du vendredi .B JAPUIS-AUSSEL (G.), La lumière sous la porte.B LAUWICK (H.), Conquérants du ciel.TB LE BOTERF (H.), Dieu seul m’arrêtera .TB LE CUNFF (L.) et RICHARD (S.), Sein, l’île des trépassés .TB L’ERMITE (P.), Les nuages passent .TB LORBAIS (J.), Sans armure .B?MAHEU (P.-G.), La pensée religieuse et morale de Georges Eliot .TB RENAN (E.), Souvenirs d’enfance et de jeunesse .M SAGAN (F.), Aimez-vous Brahms.^/V) SAINT-PIERRE (M.de), La vie prodigieuse de Jean-Marie Vianney .TB TROYAT (H.), Les compagnons du coquelicot .B?Signification des cotes M — mauvais B — pour adultes D — dangereux TB — pour tous B?— appelle des réserves T B-S — pour tous mais spécialisé 85 BEAUX-ARTS L'art, comme /es plus hautes vérités, ne se révèle pas au premier l'eau, mais seulement à qui réussit à s'en rendre digne.Marangoni -^rntjrendt pprenare a .! voir i Gérard LAVALLÉE, c.s.c.Il est des mots que l’on craint d’accoler tellement leur choc risque de blesser ceux qui les liront.Et pourtant ! Apprendre à voir ?Quel est l’homme doué de l'organe de la vue qui est prêt, tout de go, à admettre qu’il ne sait pas voir ?Le mot de Notre-Seigneur — Ils ont des yeux et ne voient pas — qui, il est vrai, a été dit à l’adresse d’incrédules entêtés, ne pourrait-il pas être sollicité pour qualifier — sur un plan humain — une foule considérable d’hommes vivant en ce siècle de l’image ?Ce siècle de l’image connaîtrait-il des légions d’aveugles ?Quelques années d'expérience dans l’enseignement des arts plastiques me portent déjà à croire qu’ils sont nombreux ceux qui ne savent pas voir, chez les jeunes.comme chez les moins jeunes.Je ne voudrais pas que l’on voie dans cette remarque une note pessimiste — surtout en ce qui concerne les jeunes, car j’ai une foi extraordinaire en la jeunesse — mais non, que l’on prenne plutôt ces mots comme l’amorce d’une conclusion qui s’impose impérieusement: si on ne sait pas voir, c’est parce qu’on n’a jamais appris à voir.Combien demeurent bouche bée quand^ on leur demande de faire la description d’une scène déjà observée, d’un spectacle déjà contemplé, car, si on a regardé, on n’a pas su se laisser impressionner.Il est vrai qu’il est des hommes moins sensibles que d’autres, moins aptes à se laisser émouvoir ou choquer.Mais quel est l’homme normal qui ne peut acquérir l’habitude de se laisser toucher par le monde qui l'entoure: que ses manifestations soient l’activité humaine dans toute sa diversité ou la vie intense de la nature.Pour cela il faut savoir s’arrêter; pour cela, se donner la peine d’enregistrer ses expériences.Comme nous pourrions rattacher à ce problème de l'éducation visuelle une foule de remarques qui dépasseraient le cadre de cet article, nous nous contenterons d’en dégager quelques unes particulièrement importantes pour la compréhension des arts plastiques.C’est là que la « science du voir » est la plus ignorée et, chose paradoxale, c’est là encore qu’on en sent moins le besoin, car on croit — à tort — qu’il suffit d’avoir des yeux pour voir.Il est moins difficile de montrer à quelqu’un qu’il n’a pas su découvrir toutes les phases d’une expérience scientifique que le contenu véritable d’un tableau.Que de jugements hâtifs et définitifs ne formule-t-on pas à propos de telle ou telle œuvre d’art ! Que de « connaisseurs » improvisés et s’exprimant avec un aplomb capable de faire frémir les pierres ! On a jeté un coup d’œil rapide, on juge, on classe.Ces mêmes « docteurs » n’oseront pas s’aventurer dans telle question scientifique ou philosophique s’ils n’en connaissent pas au moins les rudiments, mais ils s’improviseront rapidement juge ou critique d’une œuvre d’art.En ce domaine, disent-ils, il suffit d’avoir du « bon sens ».Cette affirmation, personne ne la contredira, mais les personnes sensées savent vite reconnaître qu’un minimum de connaissances est nécessaire pour aborder le monde de l’art et qu’une éducation de l’œil et de la sensibilité rend seule capable d’apprécier « intelligemment » les arts plastiques à leur juste valeur.Parce que nos yeux se portent sur un tableau, une sculpture, on s’imagine voir.Voilà le préjugé par excellence.Préjugé qui est même un obstacle à la perception vraie de l'œuvre.Comme on l’a dit — le redira-t-on jamais assez?— il ne suffit pas d’avoir des yeux pour voir, pas plus qu’il suffit d’avoir des oreilles pour entendre.Je devrais dire comprendre.Si mon voisin parle le Croate et si je n'entends pas cette langue — l’expression habituelle n’est-elle pas très bien choisie ?— tout ce que je pourrai percevoir ne sera que sons informes.Si on ne comprend une langue qu’après en avoir appris le vocabulaire et la syntaxe, il ne faudra pas s’étonner que l’on pose les mêmes conditions pour aborder en profondeur l’œuvre d’art.Car l’art est aussi un langage et pour le capter il est nécessaire de dresser ses antennes.Vérités élémentaires mais combien oubliées.Et nous dirons plus.Nous avons mentionné plus haut que certaines personnes étaient plus sensibles que d’autres, vibraient davantage.Cependant elles 86 ne doivent pas moins apprendre à discipliner leurs émotions pour capter les émanations d’une œuvre, car apprendre à voir c’est justement cela, non pas imposer ses propres sentiments ou idées à une œuvre mais se faire tout entier réceptif aux sentiments ou idées qu’elle veut nous livrer — ou, plus exactement, que l’artiste veut nous communiquer par le truchement de son œuvre.Mais que cette « science du voir » est exigeante ! Que de détachement et d’humilité ne suppose-t-elle pas de la part de ceux qui veulent s’aventurer dans ses arcanes ! Que d’honnêteté ne faut-il pas pour faire taire le moi au profit du toi ! Si l’art est un langage on doit donc apprendre à écouter, et celui-là seul sait écouter qui sait d’abord se taire.Vous avez sans doute rencontré déjà quelqu’un avec qui vous avez longtemps parlé sans engager une véritable conversation: quand vous parliez il ne vous écoutait pas, et vos silences ne lui permettaient que de continuer à haute voix un monologue qu’il ne voulait pas fondre avec le vôtre.Et vous êtes parti immensément déçu de n’avoir pas pu échanger.Si les œuvres d’art pouvaient parler (en émettant des sons !) combien d’en- -Ces deux sculptures évoquent le ?Chez la première la simplification presque géométrique des volumes, la rigueur très pure des lignes nous portent rapidement à nous attacher au contenu: pérennité, fixité, notes sacrées qui attribuent au su]et une valeur intemporelle.tre elles avoueraient avoir trouvé de véritables interlocuteurs ou, du moins, combien de dialogues vrais affirmeraient-elles avoir jamais eus ?Humilité, honnêteté, telles sont les qualités prérequises.Cependant il faut posséder davantage.Si la « science du voir » en est vraiment une, elle doit reposer sur des lois objectives.Il est entendu qu’on peut jouir d’une œuvre à cause de certains caractères extérieurs qui s’accordent avec ses goûts, ses préférences, ses tendances.C’est pourquoi nous reposons de nouveau le problème: alors, l’œuvre d’art est-elle un simple prétexte à contemplation personnelle ou favorise-t-elle la réception d’un message ?Un grand nombre de préjugés partagés par les amateurs d’art sont tributaires d’une certaine critique artistique qui heureusement est en voie de régression.Faite par des écrivains ou des auteurs plus sensibles aux charmes de la littérature que de l’art lui-même, la critique s’est trop souvent contentée de l’aspect « littéraire » de l’œuvre, c’est-à-dire narratif ou anecdotique, pour ne pas le dépasser et, ainsi, en arriver au langage proprement sculptural, pictural, architectural.rme sujet: La Vierge et l’Enfant.- .—1 -i ?Chez la seconde la grâce et la familiarité des attitudes, la lourdeur des draperies, le pittoresque des détails nous retiennent plutôt à l’extérieur: la forme s’impose.Comme quoi dans un même sujet la prédominance de la forme ou du contenu peut engendrer des résultats fort différents. C’est qu'une œuvre d'art est forme et contenu.Ht le contenu n’est révélé que par la forme.Une œuvre digne de ce nom implique donc la cohérence, l’unité des deux.Mais avant de nous engager plus à fond, arrêtons-nous, en compagnie d'un auteur, Ma-rangoni *, dont je ne saurais trop conseiller la lecture.sur le problème du sujet.C'est une erreur que de ne considérer une œuvre que d'après son sujet, c'est-à-dire d'introduire dans un jugement d'art les critères de la vie pratique.Devant une œuvre nous sommes trop portés à nous demander d'abord ce que cela représente.Oublions-nous qu'un fragment de statue, par exemple, peut ravir celui qui le contemple.Que dire de la Vénus de Milo ou encore de Rodin qui mutilait volontairement certaines statues en vue de leur « plus grand bien » ?Si la Vénus de Milo.malgré sa mutilation, demeure un objet valable, c’est "que le véritable sens de même qui vous le suggérera.Pourquoi ne pas attendre la même chose de l'art ?« Pour l’artiste, écrit Marangoni, le sujet est surtout un prétexte, l'occasion qui éveille sa fantaisie, c'est-à-dire qu'il découvre.lui, au-delà de la signification commune une signification d'art qui souvent peut n'avoir aucun lien logique avec faction du sujet, mais qui est par contre en harmonie parfaite avec son propre tempérament.» Le sujet apparaît donc subordonné à l'intention de l'artiste: un sujet dramatique entre les mains d'un artiste de tempérament calme sera exprimé avec calme.L’artiste traduit en formes concrètes non un thème objectif venant du dehors mais une réalité subjective de son sentiment et de sa fantaisie.D'où l'on voit qu'apprécier le sujet ne signifie pas nécessairement apprécier l’art.Et que d'illusions chez ceux qui apprécient l’art du passé parce qu'ils en reconnaissent le sujet.« Je crois cependant, disait ¦ l'œuvre n'est pas dans le sujet, mais dans la personnalité de l'artiste.Le sujet peut vieillir, se démoder, non l'art.C'est pourquoi d’une œuvre il faut savoir admirer les parties les mieux réalisées dans le style et ne pas essayer de justifier celles qui sont caduques.Ce qui favorise une certaine hostilité contre ces discriminations c'est que trop d'hommes sont plus portés à voir avec l’imagination — tempéraments affectifs et imaginatifs — qu’avec leurs yeux — sensibles ou rationnels.Devrions-nous souhaiter, comme Marangoni.apprendre à jouir d'un tableau comme d’une musique: sans se demander ce qu’elle signifie ?Quand vous écoutez un Quintet de Mozart vous vient-il à l’idée de lui imposer un « sujet * ?Non, si vous savez vraiment écouter.Cette musique vous introduit dans un monde créé de toute pièce grâce à la forme musicale.Et si ce monde est celui d’un sentiment ou d'une émotion particulière ce sera la forme musicale cllc- Valéry, que la méthode la plus sûre pour juger une peinture, c’est de n'y rien reconnaître d’abord.» Nous avons affirmé que l’œuvre d’art était forme et contenu et nous avons vu que le sujet n’était pas le plus sûr chemin pour atteindre le cœur de l’œuvre.« Comment donc habituer le public à voir et à apprécier au moins empiriquement la valeur d’une œuvre d'art ?.En révélant aux ignorants les éléments formels qui constituent une peinture ou une sculpture: la ligne qui en dessine les profils, les plans plastiques qui "en modèlent les surfaces, les effets de clair-obscur, les tonalités de lumière et d’ombre, les apparences variées de la couleur; en somme, les éléments qui constituent, comme on dit, le langage, et, dans le cas des arts plastiques, le problème de la « visibilité ».« Ce langage qu’on l’appelle forme ou expression, est l’art lui-même.Ces lignes, ces plans, ces lumières que le peintre pose, ne sont pas des symbo- 88 les de ce qu'il veut exprimer (comme tant de gens le croient encore), mais deviennent au contraire, par le prodige de l'art, l'expression immédiate de la vie de son esprit, constituent son art même.L’art est langage immédiat.» On constate alors qu’être insensible aux formes fait manquer le sens de leur contenu essentiel puisque c’est précisément et seulement en elles que, comme toujours, se manifeste avec plénitude l’esprit de l'artiste.C'est la distinction entre la forme et le contenu qui donne la possibilité de faire de la critique, si par critique on entend justement l’évaluation de leurs rapports réciproques.Car il existe des artistes ou des œuvres chez qui la préoccupation du contenu (affective) est dominante, tandis que chez d’autres c’est la tendance formelle (sensitive) qui domine.Chez les « affectifs * le contenu seul ou presque importe; chez les « sensitifs » le sens de la forme jouissance spirituelle que donne la pleine et consciente possession visuelle d’une œuvre.» Eclairés par cette distinction de la forme et du contenu, nous constatons que l’art moderne semble s'être orienté vers des tendances plus « contenutis-tes ».Tout d'abord par un retour à l’apparente simplicité de moyen des primitifs qui manifeste une lutte contre la tyrannie séculaire de la forme ornée.Puis, par une expression qui fait appel surtout à la couleur; élément moins intellectuel que la forme plastique.Enfin par une forme allusive de s'exprimer en suggérant seulement ce qu'on veut dire; un des attraits et la principale conquête de l'art contemporain.Cette tendance, malheureusement peut conduire à faire déprécier à l'excès la forme si on restreint le mot forme au sens de technique.Apprendre à voir.Ces quelques lignes qui n’ont pas la prétention d'être exhaustives voudraient au ?Dans la seine de gauche l'atti- tude des personnages, la belle stylisation des la cour- corps du — ;r ; ° 4tV- J ;_____________________________________________________________________________________ domine, ce qui amène une plus grande cohérence dans le style.A l’égard de la forme et du contenu deux erreurs guettent le critique.et l’amateur sérieux.La première serait d’affirmer avec Herbart, que le « détachement du contenu, pour contempler la seule forme, est la vrai catharsis que produit l’art ».La seconde, de s'attacher seulement au contenu en disant que la « visibilité est désormais dépassée ».Ce qui signifie qu'on considère encore les éléments du langage comme un moyen d'expression et non l’expression elle-même; ce qui prouve qu’on ne sait pas voir.Et en proclamant la nécessité de la méthode de la visibilité, Marangoni conclut: « Naturellement j’entends parler non de pure visibilité abstraite mais de visibilité selon laquelle on commente et apprécie, en les spiritualisant, les éléments du langage figuratif.Celui qui n’est pas pour la visibilité ainsi comprise, montre qu'il n’a jamais éprouvé la très haute, intraduisible moins jeter une inquiétude dans l’esprit de ceux qui sont capables de renouvellement.Même si les hommes de notre époque sont plus familiers avec la production artistique, il reste qu’une croisade du bon goût n’apparaît pas comme une futilité car il y en a trop d’« intellectuels » qui ignorent les notions fondamentales pour asseoir un jugement artistique valable, trop de critiques artistiques lourdes de verbiages pompeux et obscurs de nature à dérouter l’amateur sincère.Il est bon de se rendre compte que certains de nos jugements sont comme des idoles qu'on adore sans s’apercevoir qu'elles sont fausses.Alors, et alors seulement, on peut tendre la voile et recevoir la brise qui fait avancer.Gérard LAVALLEE, c.s.c.1.Marangoni Mattco, Apprendre à voir.Neuchâtel.Editions du Griffon.1947.89 §§§gi&& w$& SSvÿ'^WoùWA' ppip iÈmmmm®ïmmm ÿSx'N: « Que faut-il penser de la valeur morale des deux pièces de théâtre qui sont actuellement à l'affiche à Montréal: Le Mal court de Jacques Audiberti, et Le Baladin du monde occidental de J.-M.Synge » ?J.-B.L.— Comme nous n’avons pas vu ces pièces, nous vous référons à Je choisis mon théâtre de J.Ber-geaud et au Répertoire du R.P.Sagehomme.Voici ce qu’on trouve sur Jacques Audiberti dans Je choisis mon théâtre: « Ami de Guillaume Apollinaire et de Léon-Paul Fargue, Audiberti, né à Antibes le 25 mars 1899, s’inscrit parmi les poètes les plus curieux de l’époque actuelle.Après des débuts de journaliste au Petit Parisien en 1936, il apparaît au firmament littéraire avec des œuvres aussi peu conformistes que possible, fantastiques, abracadabrantes, mais incontestablement poétiques qui séduisent une jeunesse turbulente et sincère, lasse, comme il se doit, des poncifs.Il est difficile de porter un jugement moral sur un auteur dont on ne saurait contester la sincérité.Il n’y a guère pour lui de morale au sens où l’on entend s’insurger contre des situations ou des propos.Il est cependant évident qu’il s’insurge contre le Mal.Et si son propos est un torrent dans lequel il y a du meilleur et du pire, sachons découvrir, derrière ce qu’il comporte de burlesque ou d’inconvenant, l’inquiétude et l’attendrissement qui se cachent sous ce verbe abondant, lyrique et souvent sensuel.[.] Le Mal court (juin 1947) révélé par le Concours des Jeunes Compagnies, [est une] farce philosophique posant le problème moral de l’Orient et de l'Occident.A l'Orient qui nc-tait qifinnocence et vertu, l’Occi- dent a appris le mal, et celui-ci devient un excellent élève." (P.51-52) — Le mal court a été coté mauvais par le Répertoire de Sage-homme.Voici ce qu’on dit de J.-M.Synge dans Je choisis mon théâtre: « Parmi les pionniers de la renaissance dramatique de l’Irlande (qui a régulièrement donné des auteurs de qualité.Goldsmith, Sheridan, Oscar Wilde, Bernard Shaw par exemple) J.-M.Synge, avec Lady Gregory et Padraic Colum, contribua à la fortune du théâtre de l’Abbaye fondé par W.B.Yeats qui rencontra Synge à Paris en 1899 et l’incita à puiser dans l’élément paysan irlandais l’essentiel de ce qui fit son succès.Comme nul n’est prophète en son pays, John Synge, en apportant à l’art dramatique irlandais un accent nouveau, s’est attiré la réprobation des nationalistes irlandais qui ont trouvé ses pièces trop réalistes.Ils se jugèrent d’abord calomniés par lui et sont partagés sur l’authenticité de l’apport du terroir de leur pays à Synge.Il a délibérément choisi d’utiliser un comique cruel et irrévérencieux, tant par le choix de ses personnages ou par celui des situations: parricide, prêtre grotesque, etc.C’est cependant une pensée tragique qui s’y dissimule.Elle atteint parfois à une farouche grandeur.Cette poésie sauvage constitue un apport qui n’est pas négligeable mais demeure assez étrangère à notre sensibilité latine.Sa première pièce connue en France est le Baladin du monde occidental (1919) importé par les Pitoëff.Se mélangent curieusement mysticisme, violence et humour en une histoire paysanne qui dépayse le spectateur français: Christy Mahon, a tué son père, un vieil ivrogne.Il fuit son pays et devient le héros local d’un petit village du littoral irlandais.Mais le vieillard qui avait la vie dure réapparaît menaçant.Adieu prestige ! Mahon re-tue son père et le re-manque.Mais le peuple veut pendre celui qu’il croit parricide.Le vieil ivrogne irascible se soumet désormais à son fils.» (P.609-610) — Le R.P.Sagehomme met la cote B?(appelle des réserves) au Baladin du monde occidental.* * * « Le mariage parfait de Van de Velde est-il à l’Index ?» M.D.— Ce livre de M.Th.Van de Velde, publié en hollandais sous le titre Het volkomen huwelijk, a été mis à l’Index par un décret du Saint-Office en date du 11 mars 1931.Vous trouveriez, dans le numéro de juin 1953 de LECTURES (p.447-448), un exposé des griefs que l’on peut faire à ce livre et qui, vraisemblablement en ont entraîné la condamnation.* * * « Je viens de m'abonner à LECTURES et j’en suis très heureux.La seule chose que je regrette, c’est de n’avoir pas connu cette publication plus tôt.Me serait-il possible d'avoir la collection complète des années écoulées ?» L.R.— Malheureusement, la collection complète de LECTURES depuis 1946 est une chose introuvable, parce qu’un certain nombre de numéros sont épuisés.Mais nous pouvons cependant vous fournir encore les quatre-cinquième des numéros précédemment parus, dont plusieurs années complètes.90 Abbé Emile Bégin François de Laval Préf.de Jean-Marie Fortier, Ptre « A l'occasion du troisième centenaire de l'arrivée de Mgr de luirai au Canada, on ne pouvait espérer un monument plus significatif que l'ouvrage ds l'Abbé Régin.» 222p.relié.20cm.24 poges de photos hors texte $3.50 (par la poste $3.65) Jacques Maritain Pour une philosophie de l’histoire Traduit de l'américain par Mgr Charles Journet La philosophie de l'histoire est née dans un milieu étranger au christianisme.Jacques Maritain se propose ici d'élaborer une philosophie proprement chrétienne de l'histoire.190p.19cm.$2.65 (par la poste $2.75) François Mauriac de l’Académie française Mémoires intérieurs « Ces mémoires intérieurs, qui resteront au tout premier plan de l'œuvre de François Mauriac, s’offrent comme le miroir dans lequel se reflètent le visage, l'âme, les émotions du grand écrivain ».260p 21cm.Index des noms cités $3.35 (par la poste $3.45) Pierre Dufoyer Initiez vous-mêmes vos enfants et adolescents (Principes généraux pour garçons et filles de 5 à 13 ans) Des réponses concrètes, précises et franches aux questions que posent enfants et adolescents des deux sexes.M4p.19cm.$1.60 (par la poste $1.70) Nouveautés } Paul Sih De Confucius au Christ Préf.de Mgr F.J.Sheen Ce livre est beaucoup plus que l'histoire d'un Oriental qui a trouvé le Christ.C'est un symbole du levain chrétien qui est déjà au travail dans l'âme même de la Chine.181 p.21cm.Coll.Eglise vivante $2.65 (par la poste $2.75) Anne du Roy Viens, Suis-Moi Préf.du R.P.Plé, o.p.Les plus beaux passages de la vie des religieuses, présentés sous forme de lectures méditées et priées.« Un livre admirablement adapté au niveau culturel de la jeune génération religieuse ».128p.21.5cm.11 hors-texte pleine page $2.75 (par la poste $2.85) Hervé Le Boterf Dieu seul m’arrêtera ! La merveilleuse mais authentique aventure, à peine romancée, de Don Salvator, humble prêtre italien qui, au lendemain de la guerre, recueillit de pauvres orphelins et fonda le modèle des « républiques d’enfants ».300p.20cm.16 photos hors texte tirées du film Dieu seul m'arrêtera $2.65 (par la poste $2.75) Le Sacerdoce et la Mission ouvrière Une étude de la Commission théologique de la Mission ouvrière « Une mise au point à la fois détaillée, précise et autorisée, qui tranche avec netteté un problème délicat, tenant compte des principes comme des réalités ».< Livres et Lectures) Préface de S.Exc.Mgr Garrone 64p.19cm.$1.00 (por la poste $1.05) - En vente à - riDfs Documentation catholique La vie religieuse Qu’en pense l’Eglise ?Documents pontificaux du règne de Pie XII, rassemblés et commentés par René Carpentier, s.j.200p.18.5cm.En appendice, liste des documents de Pie XII relatifs à lo vie religieuse, béatifications, canonisations.Table alphabétique des matières.$2.85 (par lo poste $2.95) Conseils de Berthe Bernage Un guide pour toutes les circonstances de la vie: vie familiale, vie mondaine, vie sociale, vie personnelle.245p.18.5cm.$3.40 (par la poste $3.50) Gôran Stenius Les cloches de Rome Traduit du finnois par Jean Paillard Le roman d’une conversion.La maîtrise et la puissance avec lesquelles l’auteur a traité son sujet ont valu à son ouvrage d'être déjà traduit en anglais, en hollandais, en italien et en allemand.385p.18cm.$3.35 (par la poste $3.45) La tradition sacerdotale Etudes sur le sacerdoce par Mgr R.Fourrey — Mgr M.Lallier — A.Beraudy — R.Etaix — A.Gelin — A.George — G.Hocquard — G.Jouassard — M.Jourjon — J.Lécuyer — M.Mellet — M.Mondésert — I.Noyé * Une etude approfondie du sacerdoce, qui est en même temps un des plus beaux hommages rendus au Saint Curé d’Ars.dont l'unique ambition fut de réaliser à plein l'idéal sacerdotal.» 318p.23cm.Bibliographie sur le socerdocc $4.75 (par la poste $4.90) MONTREAL — 25 est, rue Saint-Jacques SAINT-BONIFACE, Man.— 135, ave Provencher RIVIERE-DU-LOUP, P.Q.— 456, rue Lafontaine AMQUI, P.Q.— Boulevard Saint-Benoît RIMOUSKl.P.Q.— Edifice des Loisirs Saint-Germain THETFORD, P.Q.— 21 est, rue Saint-Joseph UN.1-9621 CH.7-1735 UN.2-3561 )oe RA.3-4040 FE.5-2084 .•v ____•.F IDES 91 Un disque LUMEN: « L’Avare » de Molière Dans sa nouvelle collection: Scènes choisies du Théâtre classique, la compagnie Lumen présente l’Avare de Molière.Le texte, évidemment, n’y est pas intégralement joué: il eût fallu pour cela deux disques de mêmes dimensions que celui-ci.Nous avons ici à peu près la moitié du texte de Molière.Le choix est fait avec intelligence, retenant surtout ce qui fait la force de cette pièce: la peinture si humaine et si juste d'Harpagon, cet homme en proie au vice de l’avarice.Par ailleurs, le côté plus faible de l’Avare, le côté intrigues, est davantage laissé dans l’ombre.Cette pièce, qui est l’une des meilleures du théâtre de Molière, méritait bien de figurer dans cette collection.L’interprétation est dans l’ensemble d’excellente qualité, mais il faut souligner celle de Pierre Palau qui nous donne un Harpagon plein de pittoresque et d’une exceptionnelle présence dramatique.Il faut signaler aussi l’austérité voulue de ce disque qui ne recourt à aucun moyen trop facile pour créer l’atmosphère (grincement de portes, bruits de pas sur le plancher): seuls le rythme de la phrase, l’inflexion des voix, le dosage du silence permettent de suivre le déroulement de la pièce.(Microsillon longue durée, 12 pouces — LUMEN — L D 3 — 249) (En vente chez tous les disquaires et distribué au Canada par Ed.Archambault, Inc., 500 est, rue Ste-Catherine, Mtl.) Un disque LUMEN: « Le martyre de saint Polycarpe » Le martyre de saint Polycarpe compte parmi les faits les plus beaux et les plus émouvants dont s’honore la geste de l’Eglise chrétienne primitive.Aussi est-il heureux qu’on en ait fait un disque qui pourra être utilisé pour l’enseignement religieux et spécialement pour l’enseignement de l’histoire de l’Eglise.Ce disque tire parti de la lettre des chrétiens de Smyrne à ceux de Philoménium, en Asie Mineure.Ce texte est récité avec art et bon goût par Antoine Balpétré, sociétaire de la Comédie française.Les procédés de sonorisation employés pour ajouter au réalisme de cette évocation, aideront les jeunes auditeurs à mieux saisir le texte admirable qu’ils entendent.(Microsillon, 45 tours, 7 pouces — LUMEN — LDI — 750) (Ce disque est en vente chez tous les disquaires et distribué au Canada par Ed.Archambault, Inc., 500 est, rue Ste-Catherine, Mtl.) Un disque RADIO-MARIE: « La Dame de Lourdes » Ce disque présente un jeu sur les apparitions de Lourdes.Une jeune fille malade évoque, pour sa petite amie, une fillette de dix ans, le récit des apparitions de Lourdes.Ce récit nous conduit à la grotte, au « cachot » des Soubirous, au presbytère ou chez le commissaire de police.Le jeu est intéressant, fidèle à la réalité, et les interprètes sont à la hauteur de leur rôle.Rien de mieux sans doute que ce disque pour initier les enfants à la merveilleuse histoire de Lourdes.Il faut signaler la qualité technique des disques Radio-Marie, qualité qui se compare avantageusement à celle des meilleurs fabricants de disques.(Microsillon longue durée, 12 pouces — RADIO-MARIE — NDC 335-801) R.L.92 FAITS et—7 COMMENTAIRES canadiens, trouve-t-on huit pages — le cinquième du programme ! — dues à la plume d’Hervé Bazin ?L’illustre écrivain français se serait-il fait naturaliser canadien ?.Ceux qui ont parcouru les différents kiosques et étalages se sont aussi étonnés de la part du lion faite au livre français de provenance étrangère.Sans exclure la littérature étrangère, le Salon du Livre ne devait-il pas réserver la vedette au livre canadien ?Pourquoi aussi, dans le magnifique programme-souvenir du Salon du Livre, programme contenant des extraits inédits d'auteurs Sur notre photo, de gauche à droite, le R.P.André Melançon, c.s.c., M.Léopold Lamontagne, le R.P.Paul-A.Martin, c.s.c., directeur général des Editions Fides et Me Lucien Darveau, sous-secrétaire de la Province, qui représentait l’Hon.Yves Prévost, C.R., secrétaire de la Province de Québec.En marge du Salon du Livre Le Salon du Livre, qui s’est tenu au Musée de la Province, à Québec, du 28 octobre au 1er novembre dernier, n’a pas entièrement répondu à ce que le public canadien aurait pu souhaiter.Il faut reconnaître qu’un effort a été tenté pour la bonne tenue morale de l’exposition; cependant, de l’avis de certains éducateurs, une vigilance plus attentive aurait encore pu éliminer un certain nombre d’ouvrages bien peu indiqués pour une exposition à laquelle la jeunesse étudiante était invitée d’une façon toute spéciale.Un ouvrage comme Le Publicain, de Jules Gobeil, par exemple, n’avait aucune raison de figurer à cette exposition.Cinq nouveaux “Classiques Canadiens” De nombreuses personnalités ont assisté, à Québec, au lancement de cinq nouveaux titres de la collection Classiques Canadiens publiée par les Editions Fides.Ces nouveaux « classiques », consacrés à Charlevoix, Arthur Buies, Robert Choquette, J.-B.-A.Ferland et Fréchette, sont respectivement présentés par Léon Pouliot, s.j., M.Léopold Lamontagne, André Melançon, c.s.c., Thomas-M.Char-land, o.p.et Michel Dassonville.Mlle Juliette Chabot, conservateur adjoint de la Bibliothèque de la Ville de Montréal, recevait dernièrement à McGill le grade de Master in Library Science.Bien connue des bibliophiles auxquels elle dispense sa science et son dévouement, Mlle Chabot est également bien connue des abonnés de LECTURES, et c’est pourquoi nous tenons à la féliciter pour cet honneur qu’elle s’est mérité.93 Un ouvrage à l'index “La dernière de Mikos Kaiantzaki Au début de la présente année, on a publié, aux Editions Plon, un ouvrage de Nikos Kazantzaki intitulé: La dernière tentation.La critique catholique française s’est montrée très sévère pour ce roman qui exploitait l'Evangile en le déformant.Ainsi, on lisait dans les Notes bibliographiques: « C’est un livre issu d'une pensée ou plutôt d’une sensibilité qui n’a de religieux que son aspiration, mais qui se trompe d’objet et se trompe sur l’objet de son choix.On y trouve des relents de manichéisme, de panthéisme, d’hellénisme, d’hindouisme, de toutes les fausses religions, de toutes les hérésies, mêlées en un absurde et navrant mélange.Plus malsain et plus nocif qu’une franche attaque, ce mauvais livre qui est aussi un UN ARTICLE QUI N'HONURE m “LA PRISSE” Le journal La Presse publiait, dans son édition du 7 novembre dernier, un extrait d’un ouvrage encore inédit, dû à la plume de Claude Jasmin.Nous ignorons ce que vaut, dans son texte intégral, cet ouvrage dont on annonce la parution pour bientôt, mais ce qui est évident, c’est que l’extrait publié dans La Presse est d’un réalisme inconcevant, inacceptable dans un journal destiné à des familles dont la très grande majorité est catholique.La Presse se salit en publiant de pareils textes ! très mauvais roman, est à proscrire sévèrement de toute bibliothèque qui se respecte.» (Notes bibliographiques, mai 1959, p.425) Pour sa part, la revue Livres et Lectures écrivait ceci: « La notoriété de l’auteur, de l'éditeur et de la collection nous oblige à souligner nettement le caractère inacceptable de cet ouvrage.Au point de vue religieux, il n’est pas de ceux qu’on discute et qu’il convient de lire pour se faire une idée personnelle.Le Christ de Kazantzaki n'est pas discutable, il est faux.Et la bonne foi de l'auteur ne change rien aux faits: en lui-même le livre est blasphématoire, et nul n’a rien à gagner à pareille lecture.• (Livres et Lectures, avril 1959.p.218) La même sévérité se retrouve dans la Revue des Cercles d'études d’Angers qui affirme: « [Ce sont là] des pages abjectes où nos mystères sacrés ne sont plus bons qu’à suggérer des descriptions sensuelles.C'est odieux et bon à mettre au feu.• (Revue des Cercles d'études d’Angers, mai 1959, p.192) Cette sévérité n’a rien qui surprenne si l’on sait que l’original grec de cette œuvre a été mis à l'Index par un décret du Saint-Office en date du 12 janvier 1954.On trouvera le texte de ce décret dans les Acta apostolicae Sedis, numéro du 28 mai 1954.à la page 223.R.L.Rolland Legault Nouveauté Le Seigneur de Châteauneuf L’auteur a su créer, autour de l’insurrection de 1837, des personnages et des événements qui animent singulièrement son récit.144p.20cm.$1.50 (par la poste $1.60) __________________________________Chez FIDES 94 0093 INDEX DES AUTEURS Le Survenant (Suite de la page 96) tant soit peu de tabac par-dessus le marché, je resterai.Je vous demande rien de plus.Pas même une taule.Je vous servirai d’engagé et appelez-moi comme vous voudrez.— Ouais.réfléchit tout haut Didace, avant d’acquiescer, à cette saison icitte, il est grandement tard pour prendre un engagé.La terre commence à être déguenillée.Son regard de chasseur qui portait loin, bien au delà de la vision ordinaire, pénétra au plus profond du cœur de l'étranger comme pour en arracher le secret.Sous l’assaut, Venant ne broncha pas d’un cil, ce qui plut infiniment à Didace.Pour tout signe de consentement, la main du vieux s’appesantit sur l’épaule du jeune homme: — Tes gros et grand.Tes pres-quement pris comme une île et t’as pas l’air trop, trop ravagnard.ARNOTHY (C.), p.85 AUDIBERTI (J.), p.90 AVELINE (C.), P- 85 AVERLANT (M.), p.85 BALZAC (H.de), p.85 BARWOLF (A), p.77 BEGIN (E.), p.76 BOISANGER (C.de), p.85 BOMMART (J.), p.85 BOSCO (H.), p.85 BROMBERGER (H.), p.85 BURBON-BUSSET (J.de), p.85 BURGESS (A.), p.85 BUZATTI (D.), p.85 CARY (J.), p.85 CASSELS (J.), P- 85 CAYROL (J.), p.85 COCCIOLI (C.), p.85 COON (C.), p.79 CRONIN (A.), p.85 CRONIN (V.), p.85 DANTIN (L.), p.68 DUHAMEL (G.), p.85 ERLANGER (P.), p.85 FERBER (E.), p.85 FRANCESCHI (J.), p.84 GASKIN (C.), P- 85 GAYET (C), p.85 GOLL (C.), p.85 GOUDET (J.), p.85 GRAY (D.), p.85 GRUBER (F.), P- 85 GUILLOT (R.), p.83 HELENA (A.), p.85 HOESL (P.), p.81 HOULE (D.), P- 83 ISAAC (J.), P- 82 JAPU1S-AUSSEL (G.), p.85 LACROIX (J.), p.77 LA FONTAINE, p.84 LAREDO (A.), p.84 LAUWICK (H.), P- 85 LE BOTERF (H.), p.85 LE CUNFF (L.), p.85 L’ERMITE (P.), p.85 LORBAIS (J.), P- 85 LOUIS-LEFEBVRE (M.Th.), p.81 MAHEU (P.-G.), p.85 MALEGUE (J.), p.70 MONTANELLI (L), p.80 POISSON (A.), p.73 RENAN (E.), p.85 RICHARD (S.), p.85 SAGAN (F.), p.78 SAINT-PIERRE (M.de), p.85 SYNGE (J.-M.), p.90 THEROUX (G.), p.84 THIEBOLD (M.), p.83 *** Trois jeunes tambours, p.84 TROYAT (H.), p.85 VAN DE VELDE (M.Th.), p.90 VINAY (M.-P.), p.75 YESUDIAN (S.), p.72 REVUE MENSUELLE DE CULTURE ET DE BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE publiée par le SERVICE DE BIBLIOGRAPHIE ET DE DOCUMENTATION DE FIDES 25 est, rue Saint-Jacques, Montréal-1 — Un.1-9621 Direction: R.P.Paul-A.MARTIN, c.s.c.Rédaction: Rita LECLERC Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe.Ministère des Postes, Ottawa.Abonnement annuel: $2.00 Le numéro: $0.20 - Publication approuvée par l’Ordinaire - LECTURES 95 il® L’arrivée n soir d’automne, au Chenal du Moine, comme les Beuuchemin s’apprêtaient à souper, des coups à la porte les firent redresser.C’était un étranger de bonne taille, jeune d'âge, paque-ton au dos, qui demandait à manger.— Approche de la table.Approche sans gêne, Survenant, lui cria le père Didace.D’un simple signe de la tête, sans même un mot de gratitude, l'étranger accepta.Il dit seulement: — Je vais toujours commencer par nettoyer le cochon.Après cvoir jeté son baluchon dans l’encoignure, il enleva sa chemise de laine à carreaux rouge vif et vert à laquelle manquaient un bouton près de l’encolure et un autre non loin de la ceinture.Puis il fit jouer la pompe avec tant de force qu’elle geignit par trois ou quatre fois et se mit à lancer l’eau hors de l’évier de fonte, sur le rond de tapis, et même sur le plancher où des nœuds saillaient çà et là.Insouciant l’homme éclata de rire; mais nul autre ne songeait même à sourire.Encore moins Alphonsine qui, mécontente du dégât, lui reprocha: — Vous savez pas le tour ! Alors par coups brefs, saccadés, elle manœuvra si bien le bras de la pompe que le petit baquet déborda bientôt.De ses mains extraordinairement vivantes l’étranger s’y baigna le visage, s’inonda le cou, aspergea sa chevelure, tandis que les regards s’acharnaient à suivre le moindre de ses mouvements.On eût dit qu’il apportait une vertu nouvelle à un geste pourtant familier à tous.Dès qu’il eut pris place à table, comme il attendait, Didace, étonné, le poussa: — Quoi c'est que t’attends, Survenant ?Sers-toi.On est toujours pas pour te servir.L’homme se coupa une large portion de rôti chaud, tira à lui quatre patates brunes qu’il arrosa généreusement de sauce grasse et, des yeux, chercha le pain.Amable, hâtivement, s’en taillait une tranche de deux bons doigts d’épaisseur, sans s’inquiéter de ne pas déchirer la mie.Chacun de la tablée que la faim travaillait l’imita.Le vieux les observait à la dérobée, l’un après l’autre.Personne, cependant, ne semblait voir l’ombre de mépris qui, petit à petit, comme une brume d’automne, envahissait les traits de son visage austère.Quand vint son tour, lui, Didace, fils de Didace, qui avait le respect du pain, de sa main gauche prit doucement près de lui la miche rebondie, l’appuya contre sa poitrine demi-nue On vient de publier, dans la collection du Nénuphar, aux Editions Fides, un ouvrage qui était épuisé: Le Survenant, de Mme Germaine Guèvremont.Nous en reproduisons ici le premier chapitre.Ceux qui ne connaissent le Survenant qu’à la télévision, se rendront compte que le petit écran est infidèle à nous traduire le style de Mme Guèvremont, d’une saveur vraiment sans pareille.du Survenant encore moite des sueurs d'une longue journée de labour, et, de la main droite, ayant raclé son couteau sur le bord de l’assiette jusqu’à ce que la lame brillât de propreté, tendrement il se découpa un quignon de la grosseur du poing.Tête basse, les coudes haut levés et la parole rare, sans plus se soucier du voisin, les trois hommes du Chenal, Didace, son fils, Amable-Didace, et Beau-Blanc, le journalier, mangeaient de bel appétit.A pleine bouche ils arrachaient jusqu’à la dernière parcelle de viande autour des os qu’ils déposaient sur la table.Parfois l’un s’interrompait pour lancer un reste à Z’Yeux-ronds, le chien à l’œil larmoyant, mendiant d’un convive à l’autre.Ou bien un autre piquait une fourchetée de mie de pain qu’il allait saucer dans un verre de sirop d’érable, au milieu de la table.Ou encore un troisième, du revers de la main, étanchait sur son menton la graisse qui coulait, tels deux rigolets.Seule Alphonsine pignochait dans son assiette.Souvent il lui fallait se lever pour verser un thé noir, épais comme de la mélasse.A l’encontre des hommes qui buvaient par lampées dans des tasses de faïence grossière d’un blanc crayeux, cru, et parfois aussi dans des bols qu’ils voulaient servis à la rasade, quelle qu’en fût la grandeur, la jeune femme aimait boire à petites gorgées, dans une tasse de fantaisie qu’elle n’emplissait jamais jusqu’au bord.Après qu’il en eut avalé suffisamment, l’étranger consentit à dire: — C'est un bon thé, mais c’est pas encore un vrai thé de chanquier.Parlez-moi d’un thé assez fort qu’il porte la hache, sans misère ! Ce soir-là, ni le jour suivant qu’il passa au travail en compagnie des autres, l’étranger ne projeta de partir.A la fin de la relevée, Didace finit par lui demander: — Resteras-tu longtemps avec nous autres?— Quoi ! je resterai le temps qu’il faut ! — D’abord, dis-nous qu’est ton nom ?D’où que tu sors?— Mon nom ?Vous m’en avez donné un: vous m’avez appelé Venant.— On t’a pas appelé Venant, corrigea Didace.On a dit: le Survenant.— Je vous questionne pas, reprit l’étranger.Faites comme moi.J’aime la place.Si vous (Sait* è la pot* 95)
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