Lectures, 1 septembre 1959, septembre
LECTURES REVUE MENSUELLE CONSACRÉE À LA CULTURE ET À LA BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE NOUVELLE SÉRIE, TOME VI SEPTEMBRE 1959 - JUIN I960 .••• PIDtS 25 est, rue Saint-Jacques, Montréal LECTURES Revue de bibliographie-conseil publiée tous les mois (sauf juillet et août) par le Service de Bibliographie et de Documentation de Fides Direction: R.P.Paul A.Martin, c.s.c.Rédaction-.Rita Leclerc Principaux collaborateurs: le R.P.P.-E.Charbonneau, c.s.c., le R.P.R.-M.Charland, c.s.c., Mgr Emile Chartier, p.d., Mlle Marie-Claire Daveluy, le R.P.Y.Lafrance, c.s.c., M.Rodolphe Laplante, le R.P.Romain Légaré, o.f.m., le R.P.A.Legault, c.s.c., Mme Michelle Le Normand, le R.P.O.Melançon, c.s.c., le R.P.P.-E.Roy, c.s.c., M.Clément Saint-Germain.Notes 1.La revue Lectures paraît tous les mois (sauf juillet et août).Toutes les livraisons, de septembre à juin, constituent un tome.La dernière livraison contient une table méthodique des sujets traités, ainsi qu’une table alphabétique des ouvrages recensés au cours de l’année.2.Les références bibliographiques sont rédigées d’après les règles de la catalographie.3.Les cotes morales en usage sont les suivantes: M D lî?B TB TB-S A J E Mauvais.Dangereux.Appelle des réserves plus ou moins graves, i.e.à défendre d’une façon générale aux gens non formés (intellectuellement ou moralement).Pour aduifçs.j « •' '• , ; :.* ' ! ' •* ' '• ,; î \.; Pour tous."* * ‘ ‘ “ Livre pour) to^is1 .rtiaiin spécialisé! Î.'ÎJ ' • , •• Livre pour adolescents.Livre pour jeunes.Livre pour enfants.Publication approuvée par l'Ordinaire *'¦" V'; LECTURES Nouvelle série — Vol.6 — No 1 Montréal SOMMAIRE Notre revue se renouvelle p.2 * Subir ou choisir .p.3 * Ringuet .p.4 * L’actualité de Pascal p.7 * « Les angoisses et les tourments » .p.9 * « La presse et les lectures » .p.ll * Liturgie et communauté ecclésiale .p.12 * Notices bibliographiques p.13 * Cote morale des nouveautés en librairie .p.26 * « Mon oncle » .p.27 * Marie Noël sur le disque p.29 * Selon Hervé Bazin, les Canadiens sont étroits d’esprit .p.30 * « Le vieux John » .p.32 Septembre 1959 Notre revue se renouvelle.____n parcourant ce numéro de notre revue, nos lecteurs se demanderont sans doute si LECTURES n’a pas subi un traitement à la gelée royale.En fait, c’est un peu cela qui s’est produit.Un renouvellement dans l’équipe rédactionnelle, un élargissement du registre des rubriques, une transformation de la mise en page: en voilà assez pour donner à une revue une nouvelle jeunesse, et nos lecteurs auront sans doute tout lieu de s’en réjouir.Deux changements d'ordre majeur sont à signaler.D’abord l’équipe rédactionnelle s’enrichit d’éducateurs qui sont particulièrement conscients du problème des lectures, et désireux d’exploiter les ressources de leur culture et de leur expérience pour y apporter une solution.Ensuite, de nouvelles rubriques s’ajouteront aux anciennes.Il n’est pas question de laisser tomber l’ancienne formule de LECTURES, mais plutôt de la compléter et de l’enrichir.Nous conserverons par conséquent la section « études d’auteurs canadiens » qui s’avère si utile pour la connaissance des lettres canadiennes, et qui nous a meme valu l’éloge de lecteurs étrangers à notre pays.La section « études critiques » demeure aussi au sommaire, mais avec d’heureuses modifications: sous le titre « dialogue avec les livres d'hier et d’aujourd’hui », nous publierons des textes qui porteront soit sur des livres récents qui ont une particulière valeur, soit sur des ouvrages qui datent mais demeurent, dans l’inventaire culturel de l’humanité, comme un capital jamais devalue.— Dans la section « notes bibliographiques », nous continuerons d'apprécier brièvement la valeur doctrinale, culturelle et morale des œuvres récentes; cette section — comme il convient dans une revue de bibliographie-conseil — conservera une importance materielle majeure.A l’item des nouvelles rubriques, il faut signaler une page sur la culture en général, les moyens nombreux et divers de l’acquérir et de l’approfondir, ainsi que sur les multiples aspects du problème des lectures.Une nouvelle section qu’apprécieront sans doute beaucoup les libraires, les éducateurs et les bibliothécaires, c’est la liste des principales nouveautés en librairie avec leur cote morale.Face à l’abondante production littéraire, les apôtres du livre ont souvent à décider très rapidement si on peut acheter tel ouvrage ou si on peut Ie laisseï circuler librement entre toutes les mains.Sans doute la cote morale ne rend-elle pas entièrement compte de la valeur d’un livre, mais c’est un premier indice à rechercher pour savoir si on peut ou non lire un livre ou en permettre la lecture.Nous aurons aussi, dans la formule renouvelée de LECTURES, une page consacrée aux beaux-arts où les principaux spectacles cinématographiques et théâtraux auront leur place.Une innovation qui plaira sans doute à nos lecteurs, c est la section consacrée aux disques.Les disques de ‘littérature se multiplient et se propagent de plus en plus; comme les auteurs dont ils vulgarisent le message, ces disques sont de valeur inégalé, et c'est ce dont veut rendre compte notre page de disques littéraires, qui s intitulera.« la voix des maîtres ».Dorénavant, une page de LECTURES vous offrira aussi, chaque mois, un extrait particulièrement significatif d’une œuvre récente.Cette formule, utilisée^ avec succès par des revues européennes, est particulièrement efficace pour faire connaître et goûter des ouvrages de valeur.Enfin, nous aurons aussi un courrier où nous répondrons aux multiples points d’interrogation que posent à nos lecteurs le problème des lectures.Outre ces changements d’ordre majeur, il faut signaler la toilette renouvelée qu’arbore notre revue.Une mise en page moins austère et plus variée, des illustrations qui, loin de supplanter le texte, le mettent davantage en lumière: voilà qui ne change rien à la valeur intrinsèque d’une revue, mais qui en rend l’abord plus attrayant et la lecture plus agréable.,, On le voit.c’est le cas de dire que LECTURES a subi une cure de gelce royale.Cette nouvelle jeunesse lui facilitera-t-elle sa mission ?Nous 1 espérons, comptant sur la grâce de Dieu et l’amicale collaboration de nos abonnés. HMH QUEjlBIEN PLEINE Subir ou choisir De par la volonté de Nosseigneurs les Archevêques et Evêques du Canada, le 27 septembre prochain sera le « dimanche des techniques de diffusion ».A cette occasion, le Centre catholique national du cinéma, de la radio et de la télévision invite les catholiques à prendre conscience de leurs responsabilités face au cinéma, à la radio, à la presse et à la télévision.L’article ci-dessous veut servir d’amorce à une salutaire réflexion sur ce thème.C'est devenu un truisme que de l’affirmer: les techniques de diffusion sont entrées en maîtres dans notre vingtième siècle.Hier déjà, un sociologue parlait de « notre civilisation de celluloïd et de pâte à papier », et pourtant nous ne connaissions pas encore la télévision ! Si aujourd’hui, le cinéma est dans une certaine mesure en perte de vitesse, c’est qu’il est dépassé par un « étranger qui lui ressemble comme un frère », la télévision, et cela ne change rien au fond du problème.L’homme du vingtième siècle doit se frayer un chemin à travers un chassé-croisé d’images et de sons qui lui apportent quantités de messages souvent contradictoires.A toute heure du jour, la radio est là, prête à déverser ses ondes dans la cuisine de madame, dans la voiture de monsieur, ou même dans l’autobus où voyagent des maniaques du bruit.Les développements fantastiques de l’édition et de l’imprimerie font que, pour cinq sous, vous pouvez avoir tous les jours un volumineux journal, et pour soixante sous, l’un des chefs-d’œuvre de la littérature classique ou moderne.Quant à la télévision, elle a envahi les foyers si bien que, dans les campagnes les plus lointaines, on peut voir une antenne se profiler sur d’humbles masures.Est-ce là un bien ou un mal ?C’est un mal pour qui se laisse asservir par les techniques de diffusion, c’est un bien pour qui les fait servir à sa formation, à sa culture personnelle.Il y a là une question de dosage, de choix et d’utilisation.Indépendamment de ce qu’apportent la presse, la radio et la télévision, se demande-t-on parfois ce qu’il peut rester de liberté personnelle à l’homme livré à ces techniques dont l’envahissement prend les allures d’un véritable ras de marée.L’esprit de l’homme de demain ne risque-t-il pas de ressembler à une salle de pas perdus, impersonnelle et dévastée ?Pour beaucoup de gens, la presse, la radio et la télévision ne jouent-ils pas un peu le rôle d’une drogue dont on doit faire la plus large consommation possi- ble ?Cet ouvrier qui a besoin d’une radio portative sur son chantier de construction, cet étudiant qui promène dans la rue sa boîte à musique, cette ménagère qui écoute son programme favori même en passant l’aspirateur électrique, ou qui installe sa planche à repasser devant l’appareil de télévision, ne sont-ce pas là autant d’indices d’une dangereuse servitude à l’égard des techniques de diffusion ?Pour beaucoup de ces gens-là, la radio ou la télévision, n’est-ce pas tout simplement un genre de « coke pour la soif » ou de « cigarette pour la détente » ?Leur reste-t-il seulement ce minimum de silence et de temps nécessaires à l’élaboration d’une pensée ou d’un jugement personnel sur ce qu’ils voient ou entendent ?Sans aller jusqu’à l’abrutissement, on peut souvent manquer de discernement et de prudence dans le choix de ses lectures ou de ses programmes.Est-il bien intelligent de s’informer de la valeur d’un livre après l’avoir lu ?Est-il sage de regarder tous les programmes susceptibles de distraire sans s'interroger sur leur valeur artistique et culturelle ?Est-il logique de rire avec ceux qui font les gorges chaudes de nos convictions les plus sacrées ?Un choix intelligent et éclairé permet de neutraliser l’influence malsaine des techniques de diffusion et prépare à une exploitation maxima des richesses qu'elles nous offrent à profusion.Choisir ne suffit pas.Il faut surtout réfléchir sur ce qui nous est offert.Réfléchir pour le confronter à la lumière de ses convictions les plus profondes.Réfléchir pour éliminer la scorie du minerai.Réfléchir pour mieux assimiler ce qui mérite de l’être.Réfléchir pour en discuter avec autrui dans un échange de vues intéressant et formateur.Subir ou choisir: selon l’attitude que nous aurons adoptée, nous serons les esclaves ou les maîtres des techniques de diffusion.Rita LECLERC 3 Etudes d'auteurs canadiens Ringuet Ringuet s’est imposé comme l’un de nos hommes les plus cultivés et l'un de nos meilleurs écrivains.Le docteur Philippe Panneton naquit à Trois-Rivières, le 30 avril 1895, du docteur Ephrem Panneton et d'Eva Ringuet.11 a donc emprunté au nom patronymique de sa mère son pseudonyme d'écrivain.Le premier livre qu'il a signé de ce pseudonyme, Trente arpents, il l'a dédié à sa mère.Il exploitera, dans scs œuvres romanesques, la connaissance de sa ville natale et de la région circonvoisine, telle que Louiseville, Maskinon-gé et Jolictte.Il fut dès l'enfance animé d'une inlassable curiosité.A quatre ans, il savait lire.Le point délicat était de contenir son indépendance dans les limites de la discipline.Aussi s'est-il balladé de collège en collège, pendant ses humanités.« 11 lisait tous les livres, excepté ceux de sa classe », selon le témoignage de Sylvain, son frère (Sylvain est le pseudonyme du docteur Auguste Panneton).Disons que Y Alma mater de ses humanités fut le séminaire de Trois-Rivières.Après avoir commencé ses études médicales pendant la guerre de 1914, aux Universités de Québec (Laval) et de Montréal, il les termina à Paris par la spécialité d'oculistc-auriste.A son retour de France, en 1923, il professa à l'hôpital Notre-Dame de Montréal.En 1935, il fut nommé chef du service d’ophtalmooto-rhino-laryngologie.Sa profession de médecin a développé en lui l'impassibilité sentimentale, le goût d'analyse du clinicien.Tout est pour lui occasion d'apprendre et d’observer: ses nombreux voyages, ses contacts multiples avec les gens du peuple.Du temps où il écrivait Trente arpents, il avait ouvert un bureau de médecin à Joliette, tout en pratiquant à Trois-Rivières.Chaque semaine, il se rendait à ce bureau.Installé dans le wagon des fumeurs avec les cultivateurs qui revenaient de la ville, il aimait à les entendre parler.11 a parcouru l’univers en globe-trotter: Angleterre (1920), Italie (1920, 1935), Belgique et Allemagne (1922), Maroc, Espagne et Portugal (1930), Jamaïque (1932), Vénézuéla (1933), Mexique (1934).Océanie (1936), Antilles (1939).Il est membre de l’Académie canadienne-française, ainsi que d’autres associations.Depuis 1957, il est ambassadeur du Canada au Portugal, mais, comme dit encore Sylvain, « il rêve de finir ses jours avec ou sans pagne sur une île merveilleuse de l’Océan Pacifique ».Grand voyageur, curieux explorateur des domaines de l’esprit et du rêve, il a parcouru maintes contrées et bien des paysages intérieurs: la fantaisie et la bonne gaieté, avec Littératures.à la manière de.; sa petite patrie et les Etats-Unis transfigurés par le roman, avec Trente arpents, Fausse monnaie et Le poids du jour; tout le continent américain entrevu dans ses origines, avec Un monde était leur empire et L’amiral et le facteur; le monde entier survolé par les ailes du conte, avec L'héritage.L’énumération de ces travaux révèle chez Ringuet une double personnalité, harmonisée dans l’humanisme: la personnalité du savant et celle du littérateur.Le docteur Panneton a manifesté son savoir encyclopédique en participant, pendant plusieurs années, à des programmes de la radio et de la télévision.Il a collaboré à plusieurs revues tant médicales que littéraires ou culturelles.Sa personnalité s’est donc affirmée aussi bien dans l’art médical que dans le domaine des lettres.Elle se caractérise par la vigueur de l’esprit, l'indépendance de tempérament, l'anti-conformisme, l’acuité de l'observation, l'affinement du goût et une ample culture.Signalons d’abord deux ouvrages qui ont des rapports avec les sciences: Un monde était leur empire (1943), substantiel essai de synthèse sur la préhistoire du continent américain.L’amiral et le facteur ou comment l’Amérique ne fut pas découverte (1954), œuvre à proprement parler de vulgarisation — très intéressante d’ailleurs — de données historiques scientifiques sur la découverte du Nouveau Monde.Ringuet semble se reposer des œuvres purement imaginaires par la production d’ouvrages de ce genre. Tenons-nous en au domaine des lettres.Le docteur Philippe Panneton y fit son entrée en publiant, en collaboration avec Louis Fran-cœur, « pour l’amusement des auteurs et des lecteurs », un ouvrage de pastiches d’écrivains canadiens-français, Littératures.à la manière de.Dans ces pastiches, fuse l’esprit, la critique satirique lance ses brocards, la connaissance et l’amour de la langue française éclatent de partout.En 1938, paraissait, chez un éditeur de France, un roman signé de Ringuet: Trente arpents.C'est le chef-d’œuvre de l'auteur, l'un des grands romans de la littérature canadienne-française, à cause de la puissante évocation de la vie paysanne.Cet ouvrage a mérité une rare série de récompenses littéraires.Il a renouvelé un sujet qu’une certaine tradition de notre littérature était en train de fossiliser.Il dramatise l’écroulement d’une famille paysanne du Québec, dont l’histoire débute vers 1900.En filigrane, transparaît le drame de la campagne canadienne-française face à l’importante évolution sociale amorcée au début du XXe siècle et face à la scission provoquée entre deux générations: l'ancienne mûrie dans les traditions ancestrales et la nouvelle qui tâche de s'affranchir du travail pénible de la terre en s’engageant dans la voie d’un progrès plus technique.Plus en profondeur, c'est le drame du paysan lui-même qui, pour demeurer un serviteur efficace, doit être docile aux volontés profondes de la terre.Ringuet contredit la thèse de Maria Chapdelaine et des nationalistes: « Au pays de Québec, rien ne change ».Au contraire, affirme l’auteur de Trente arpents, la terre seule est stable, tout le reste est en évolution.Le thème tragique de Trente arpents est d'une puissante généralité, appuyé sur l’armature symbolique des quatre saisons — drame de la possession et de la dé-possession de la terre.Chargé d’un réalisme féroce, il est habilement mené avec une acuité admirable d'observation du cœur humain, animé par une langue robuste et par des dialogues qui rendent un son tellement humain, tellement canayen que l'auteur semble les avoir sténographiés sur place.Dans Fausse monnaie, Ringuet devient le romancier de la jeunesse mondaine.Cette œuvre n’ajoute rien de neuf à not»e patrimoine littéraire.C'est Je récit d’un banal voyage de fin de semaine que fait un groupe de jeunes montréalais dans les Laurentides, au nord de la métropole.Il n’offre pas une véritable étude psychologique d’un groupe de jeunes gens.Il s’agit peut-être d’une étude de mœurs destinée à montrer tout le gris, l’ennui de ces sortes d'excursions pourtant bien à la mode en certaines régions.Le livre laisse l'impression justifiée que ces voyages ne donnent rien et ne sont pas un repos pour les voyageurs, parce que ceux-ci reviennent le cœur et la tête plus vides qu’au départ.Envisagé sous cet aspect.Fausse monnaie peut être considéré comme une gageure sinon comme une pleine réussite.Kf^ma ziç- \ Dans Le poids du jour, Ringuet se fait le romancier des milieux d’affaires et l’historiographe d'une destinée humaine.Ce roman psychologique de quatre cents pages est une œuvre attachante, vraie, touffue, multiple et une comme la vie.Il semble être le pendant — moins réussi cependant — de Trente arpents.Il présente un tableau très vivant du Canada et de son évolution depuis un demi-siècle.Il dépeint des milieux urbains; il décrit avec enthousiasme la campagne canadienne.Lourd est le fardeau de la vie et, quoi qu'il fasse, l’homme n’est pour elle qu’un jouet, selon Ringuet.Au début, le Michel Garneau de Poids du jour croyait pouvoir s’y conduire à sa guise, s’y élever en vainqueur.Pour se venger d'une blessure d'enfance, il se raidit contre le sort et décide de conquérir le monde de haute lutte.Mais les circonstances familiales, politiques et économiques enrayent peu à peu son énergie première; il arrive un moment où il n’a plus la force de lutter; il se résigne alors à « vivre » tout simplement, supportant le mieux possible le « poids du jour », et il s’achemine lentement, inexorablement vers la mort.Telle est, semble-t-il, la leçon profonde qui se dégage de ce roman bien écrit.Michel (devenu Robert) Garneau vieillit, apaisé, vaincu par les événements, jouissant d'une fortune relative au milieu de sa famille réunie et continuée, au milieu de la r.rK*j campagne découverte et définitivement adop-tée; c’est un dénouement absolument contraire à celui de Trente arpents.Que les neuf récits qui composent L'héritage se passent au Canada, en France, au Canal de Panama ou dans une île du Pacifique, ils comportent chacun une note profondément humaine: la pitié attristante, dans L'héritage et La sentinelle; l'intensité tragique, dans Nocturne-, la terreur fantastique, dans Le sacrilège-, le charme poétique et ensoleillé, l’amusante malice d’un peintre et d'un caricaturiste, dans Sept jours, qui est une peinture narquoise, pleine d’humour, d'un petit village canadien (le train-train quotidien, l’humeur et la conscience des habitants sont tout à coup bouleversés par l'arrivée extraordinaire d’un jeune étranger et par son séjour mystérieux, encore plus extraordinaire, de toute une semaine).Par L'héritage Ringuet s’est classé parmi nos meilleurs conteurs, avec Alain Grandbois (Avant le chaos).Ringuet a appris des grands romanciers à inventorier le trésor de la « banalité ».Il poursuit le naturel, l'extrême simplicité, je dirai la « banalité », avec le même acharnement que certains autres à trouver le clinquant.Il décrit des êtres qui ressemblent à beaucoup de gens KIN GVHt-rJ 5 que nous côtoyons chaque jour.Ces personnages ne se distinguent du commun des mortels que par leur obstination à parvenir au succès, à atteindre le but entrevu au commencement de leur carrière.En véritable romancier, Ringuet s’attache surtout à la signification de l’histoire qu'il raconte.A travers des récits differents, il poursuit une idée, un problème, une angoisse, une hantise.Quelle est cette hantise, cette philosophie de la vie ?Ringuet a un sens extrêmement aigu de la durée concrète.Par des notations rapides et successives, ii sc plait a évoquer les rayages du temps dans les choses et dans les âmes.Dans leur incessant glissement temporel, dans leur course vers le bonheur, les personnages de Ringuet sont arrêtés par une force implacable: la fatalité.Malgré eux, ils se butent à l’échec — total ou partiel.On a déjà signalé cet aspect essentiel et caractéristique de l'œuvre de Ringuet: la quête du bonheur fuyant.On le retrouve dans Trente arpents, dans Le poids du jour (v.g.p.199), dans deux contes de L’héritage: Le bonheur et La sentinelle.L'histoire de ce dernier conte symbolise des idéals humains qu'on poursuit sans cesse et dont on ne se résout jamais à imaginer l'anéantissement.Cependant, « Ringuet conduit le héros de son dernier roman jusqu’au seuil d'une paix dont les autres personnages de son œuvre ne semblent même pas avoir pressenti l’existence y (Jean-Paul Pinsonneault).Après s’être durci contre le sort et les hommes pour pouvoir trouver le bonheur, le héros du Poids du jour prend une autre voie: il devient de plus en plus sensible à l'affection des siens, se soumet à la fin à la loi inexorable des êtres et des choses.C’est une leçon de sagesse humaine.Les personnages de Ringuet ne connaissent pas la Providence, ni le Dieu de paix et d’amour.Pour eux, la religion est appareil extérieur et formaliste.Ce sont des personnages tristes, parce qu’ils n'existent jamais qu’en bougeant, qu’en se quittant perpétuellement eux-mêmes mais sans vraiment trouver les autres ou.un Autre.Ce sont des voyageurs qui partent.mais n'arrivent jamais, à moins qu’ils se contentent de camper, en sécurité provisoire, dans la région d’une sagesse purement humaine.A l'exaltation d'une soif répond l’aveu d'un échec.Il manque à cette œuvre amorale l'ouverture à la véritable espérance.Au point de vue littéraire, Ringuet est un grand romancier.Par sa vaste culture de savant et d’artiste, il fait honneur à son pays.* * * OEUVRES.— 30 arpents.Roman.Paris, Flammarion [1938].299p.19cm.Traduit en anglais (1940) et en allemand (1940).(Rééd.: Montréal, Fidcs [1957].306p.21cm.(coll.du Nénuphar).— Un monde était leur empire.Montréal, Editions Variétés [1943].350p.ill.pl.(h.t.) cartes, 19cm.— L’héritage et autres contes.Montréal, Editions Variétés [1946].180p.19cm.— Fausse monnaie1 2.Roman.Montréal, Editions Variétés [1947].236p.19cm.— Le poids du jour a.Roman.Montréal, Editions Variétés [1949].410p.20.5cm.— L’amiral et le facteur ou comment l’Amérique ne fut pas découverte.Montréal, Editions André Dussault [1954].206p.ill.portr.cartes.20cm.Ouvrage en collaboration: Louis Francœur et Philippe Panneton, Littératures.à la manière de.Montréal, Edouard Garand, 1924.132p.17cm.* * * SOURCES A CONSULTER.— Baillar-geon (Samuel), c.ss.r., Littérature canadienne-française.Montréal, Fides, 1957.P.374-380.— *** Encyclopédie Grolier, t.VIII.p.143.— Gay (Paul), c.s.sp., Fausse monnaie.Dans Lectures [P.C.] t.4, mars 1948, p.75-79.— Gay (Paul), c.s.sp., Le poids du jour.Dans Lectures [P.C.] t.6, février 1950, p.338-340.— Hérissay (Jacques), Le poids du jour.Dans Livres et lectures [P.F.] septembre 1950, p.344-345.— Légaré (Romain), o.f.m., Littérature et climat de culture.Dans Culture [P.C.] t.3, 1942, p.197-202.— Légaré (Romain), o.f.m., Le renouveau du conte au Canada français.Dans Culture [P.C.] t.8, 1947, p.62-63.— Légaré (Romain), o.f.m.Trente arpents.Dans Culture [P.C.] t.18, 1957, p.348.— Magnan (Françoise), Bio-bibliographie du docteur Philippe Panneton.Préface de M.Philippe Beaudoin.Manuscrit.Montréal, Ecole de bibliothécaires de l’Université de Montréal, 1942.XVI-8 lp.— Marcotte (Gilles), Le roman.Dans les Cahiers de l’Académie canadienne-française, t.3: Essais critiques.Montréal, 1958.P.64-68.— *** Philippe Panneton.Dans Mes Fiches [P.C.] no 326, octobre 1957, p.17-18.— Pinsonneault (Jean-Paul), L’œuvre de Ringuet ou la quête d’un bonheur fuyant.Dans Lectures [P.C.], t.9, mai 1953, p.385-395.— Tremblay (Jacques), Le poids du jour.Dans Relations [P.C.] t.10, mars 1950, p.86.— Valdombre, Les « Trente arpents » d’un ca-nayen ou le triomphe du régionalisme.Dans Les Pamphlets de Valdombre [P.C.] 3e année, février 1939, p.127-145.(Résumé dans Mes Fiches [P.C.] no 64, 15 avril 1940.) — *** Vedettes 1958 (Who’s Who en français).2e édition.Montréal, Société nouvelle de publicité incorporée, 1958.P.211.Romain LEGARE, o.f.m.1.Dangereux.2.Appelle des réserves.6 J 1 * TN J 1 J—^ L’ACTUALITÉ ‘DIALOGUE AVEC LES LIVRES D’HIER E DE PASCAL D’AUJOURD’HUI i : v.".:i • " • * Trois siècles sont passes depuis la mort de Pascal et pourtant, cet auteur est plus près de nous que plusieurs de nos contemporains.Trois siècles sont passés et nous ne cessons d'interroger les Pensées car il semble qu'elles aient été écrites pour nous.Pascal a fait l’objet de nombreuses études depuis le début du vingtième siècle.Et pourtant, il semble qu’on n’aie pas tout dit.Quand on a lu Guardini ou Béguin ou Chevalier, on sent le besoin de reprendre l’œuvre de Pascal, de la retrouver, de s’en pénétrer.Elle nous offre une sensibilité à l’existence, une vibration qu’aucun auteur ne peut traduire car elle défie toute systématisation, toute codification.Elle nous révèle à nous-mêmes, elle nous permet de nous comprendre nous-mêmes un peu plus, de pénétrer dans des profondeurs de notre être qui sans ce dialogue avec ce génie, nous resteraient fermées.Qu'est-ce donc qui nous attire si mystérieusement chez Pascal ?Qu'est-ce qui nous touche si profondément que nous avons l'impression de recevoir des confidences ineffables ?Ce prestige, cette fascination de Pascal tiennent à des motifs divers, à la personnalité même de cet écrivain dont nous allons essayer de dessiner les traits principaux.Disons d’abord que le genre littéraire des Pensées s'adapte merveilleusement à nos habitudes de réflexion.L’homme pressé du vingtième siècle n’a pas le loisir de parcourir lentement de longs traités de philosophie.Je parle de l’humaniste moyen, non du spécialiste.Et pourtant, nous n’avons pas moins besoin d'une nourriture intellectuelle fortifiante.Les Pensées nous fournissent cette nourriture par bribes, miette à miette.La profondeur y est unie à la simplicité.On ne se bute pas chez notre auteur, à ces contorsions de la pensée, à ces complications qui rendent si difficile la lecture de la plupart des philosophes contemporains.Pascal demeure simple et inépuisable, naturel et profond.On le goûte facilement sans jamais avoir l’impression d’en avoir fini avec les problèmes qu’il étale devant nous, nos problèmes.On a dit bien souvent que l'œuvre de Pascal n’est qu’une ébauche, que ses Pensées ne sont que les fragments d’une œuvre qui n’est pas arrivée à sa forme définitive.On a sans doute raison mais il semble que Pascal serait moins près de nous s’il avait eu le temps d'organiser sa pensée en un traite logiquement bien construit, bien ordonné.11 semble qu’il aurait perdu cette spontanéité que nous aimons chez lui, cette ferveur dans la quête de la vérité.Telles qu'elles sont, les Pensées nous font voir un génie en quête de vérité.Un génie qui cherche, qui gémit, qui tressaille devant une lumière nouvelle qui s’offre à sa contemplation.« Pascal, nous dit Guit-ton, nous montre comment il obtient ses découvertes.C’est même le fond de son génie.» S’il avait eu le temps de mener à terme son apologie du christianisme, nous aurions certes trouvé dans son œuvre une pensée plus mûre, plus accomplie, plus ordonnée, mais aurions-nous pu aussi facilement le suivre dans les sentiers de sa réflexion ?Ce qui est certain, c'est que nous aimons à prendre contact avec une pensée naissante, à nous laisser guider par la main.Telle quelle est.l'œuvre de Pascal ne nous instruit pas seulement, elle comporte une signification pédagogique, elle nous apprend à penser.Elle répond de ce fait à une exigence profonde de la conscience moderne qui a perdu confiance en ses facultés d’analyse et d'intelligence du réel et verse trop souvent dans l’anarchie des puissances irrationnelles.Pascal nous apprend à reprendre le contrôle de notre barque, à ne pas céder à un certain scepticisme qui emprunte les formes les plus diverses.On peut objecter que Pascal professe à l’endroit des facultés intellectuelles un certain pessimisme.L’objection est valable et doit être située dans le contexte des problèmes que posent les relations entre la foi et la raison.Il ne reste pas moins que chez Pascal, la pensée constitue la grandeur de l’homme, qu'elle constitue un moyen rigoureux de circonscrire la réalité et de l'analyser.Elle est aux antipodes de l’anarchie.Elle transporte sur les plans philosophique et spirituel la même rigueur, la même inventivité, la même souplesse quelle possède sur le plan scientifique.7 Nous touchons là à un autre aspect de Pascal qui ne peut nous laisser indifférents, nous, hommes du vingtième siècle, nous, contemporains de Père atomique.Nous nous butons bien souvent au problème de l'unification de nos vies.Comment intégrer dans une même existence notre culture intellectuelle, notre vie surnaturelle et notre appartenance à une époque où la mécanisation, le progrès scientifique prennent toujours du terrain.C’est la préoccupation centrale des Pensées, semble-t-il, et Romano Guardini a montré de façon magistrale comment pour Pascal l’existence totale prend finalement un sens par son sommet, son ouverture sur le Christ.On peut discuter l'interprétation de Guardini.Le problème est capital chez Pascal.Tout homme soucieux d’unifier sa vie trouvera chez lui les jalons d’une réflexion sans fin.Ce qui rapproche encore Pascal de l'homme moderne, c’est qu’il est un génie inquiet.Parcourant les Pensées, j’y trouve ces phrases entrecoupées, essoufflées: « Description de l’homme: dépendance, désir d’indépendance, besoin.Condition de l’homme: inconstance, ennui, inquiétude.» Guardini nous parle de « cette tension dont il avait besoin pour vivre ».« Il souffre, nous dit Georges Duhamel, et il ne peut ~ le celer.» Voilà décrits d’un trait des pans de la pensée moderne.On dirait que Pascal appartient plus au vingtième siècle qu’au dix-septième.On ne trouve pas d’inquiétude chez Corneille, ni chez La Fontaine, ni, au sens pascalien et moderne du mot, chez Molière.On trouve bien chez Racine une sensibilité raffinée, ce n’est pas l’angoisse métaphysique qui nous étreint.Quant à Bossuet, il se meut dans une tout autre sphère.L’inquiétude du monde moderne est assez difficile à définir.Sous quelque aspect qu’on l’étudie on a toujours l'impression qu’elle se dérobe à notre pénétration.On la voit se propager à travers l’œuvre de tel ou tel grand écrivain et y représenter à la fois le climat et la source inspiratrice sans qu’on puisse arriver à la définir.L’œuvre de Bloy semble devoir sa tension au choc de l’inquiétude humaine et de l'Absolu.L’homme a besoin de plus que des créatures.Il s’ennuie sur cette terre où il pérégrine.Cette situation crée un vide, un malaise d’où naît l’inquiétude.Par ailleurs, il n’y a pas que du relatif.L’absolu de toutes parts débouche sur notre monde.S’il n’y avait que du relatif, notre inquiétude n’aurait rien de solide à quoi se prendre.La présence voilée de l’Absolu exaspère cette inquiétude et la change en angoisse.Dans l’œuvre de Claudel, l’inquiétude prend surtout la forme d’une traction mystique qui s’exerce sur le cœur de l’homme.Dieu parle à l’homme et l’appelle à lui.Il ne peut résister.Il est investi, il a soif de Dieu et le poursuit à travers ses faiblesses et ses révoltes.De toute façon la terre ne lui suffit plus et il n’y aura de repos que dans la possession béatifiante de la Vérité personnifiée.L’engagement existentiel ou personnaliste constitue de son côté un effort pour assumer radicalement l’inquiétude humaine.Au lieu de la nier ou de la noyer dans le tintamarre des préoccupations immédiates, il veut la vivre, en faire l’expérience profonde pour la rendre créatrice et de cette façon la transfigurer.L'inquiétude de Pascal tient un peu à tout cela.Par delà et à travers son effort apologétique, Pascal fait vibrer les cordes les plus fines de l’angoisse moderne.Pour lui comme pour nous, « l'homme est à lui-même, selon le mot de Pierre Emmanuel, le problème capital ».Il touche du doigt aux antinomies profondes de l’activité humaine.Mais il a le mérite de fournir la signification de ce drame intérieur et de lui donner une ouverture sur une pacification.Le drame de l'homme moderne réside pour une bonne part dans l'impossibilité d’assumer ses conflits intérieurs, d’être vainqueur dans la lutte de l’existence.Pascal nous apprend à assumer ces conflits dans une finalité plus haute.Guardini nous résume en quelques mots sa conception de l’homme.L’homme, pour Pascal, « est un être qui, dans son état actuel, ne peut être compris à partir de soi.Il ne se ramène pas aux limites du monde ou de l’ordre humain.Il est par nature ad Deum creatus; ordonné à la rencontre avec Dieu et à une vivante participation à la nature divine ».Non seulement Pascal est près de nous.Non seulement il respire au rythme de notre vie.Il nous aide à voir clair en nous, à évacuer un certain accablement, une certaine fatigue.Il nous conduit à une Lumière transcendante, celle du Christ.Il transforme notre inquiétude en attente, en espérance.Il nous accompagne pendant la dure montée de l’existence et nous empêche de nous arrêter en cours de route.Aussi Emmanuel Mounier a-t-il pu écrire: « Plus on vit, plus on vit près de Pascal; cette inquiétude divine des âmes inassouvies, il n’y a que ça qui compte, et il n'y a qu’elles qui comptent.» Paul-Emile ROY, c.s.c.Bibliographie sommaire: Guardini (Romano), Pascal ou le drame de la conscience moderne.Paris, Ed.du Seuil, 1951.Brunschvigg, Le génie de Pascal.Paris, Hachette, 1925.Chevalier (Jacques), Pascal.Plon, 1922.Béguin (Albert), Pascal par lui-même.Paris, Ed.du Seuil, 1953.8 '‘Les angoisses et les tourments" 1 de L.-P.Desrosiers Romain Heurfils, d'origine terrienne, s'est élevé, par son intelligence aiguë et subtile, au-dessus de sa classe.Au collège, il domine de haut un groupe de cinq ou six camarades, dit la « constellation » ; il a tiré de chacun d’eux le meilleur d'eux-mêmes: goût de la poésie, de la musique, des sciences, de la peinture, de la faconde oratoire.Diplômé de Polytechnique, il se hisse graduellement, à force de travail et d’application, au poste d'ingénieur en chef de la General Construction Co.Mais il n'est pas heureux: au lieu d’Angéline Bazirc qui eût été à son niveau, il a épousé Nicole Aul-neau, une fille belle, riche, attrayante, mais qui ne peut le stimuler dans sa carrière, parce quelle ne le comprend pas du tout et que lui ne la comprend guère davantage.Voilà ce que nous apprenait, sur Romain Heurfils, un premier tome de ce roman psychologique: Vous qui passez (Lectures, 15 mai 1958, p.273).Comment se dépêtrer de ce filet où l’ingénieur étouffe ?Comment atteindre le bonheur?Un deuxième tome expose les solutions qu'essaie tour à tour Romain Heurfils et qui constituent comme les trois étapes de ce nouveau récit.Il tente d’abord de se rattacher à sa première passion; dans la maison dont il a hérité et qu’il transformerait en un nid luxueux, il mènerait avec Angéline Bazire une vie triangulaire qui l’arracherait à son enfer familial.Mais le catholicisme d’Angéline, qu’elle affiche volontiers, se dresse devant ce projet comme un mur infranchissable (p.9-123).Romain Heurfils se tourne alors du côté de sa nièce Flavie Trouvé, la fille de sa sœur Darie (p.125-248), étudiante à l’Université.En la prenant chez lui comme pensionnaire, il compte que l’air enjoué de Flavie et sa solide culture le consoleront des incompréhensions de Nicole.Malheureusement, par son entregent la brillante universitaire acquiert dans la maison une telle autorité qu’elle suscite la jalousie de Nicole.Mais, d’autre part, elle stimule si bien le catholicisme purement intellectuel de Romain qu’elle lui fait découvrir cette vérité: si l’ingénieur n’est pas heureux, la faute en est toute à lui, à sa reli- Photo prise lors du lancement de « Vous qui passez ».— De gauche à droite: le R.P.Paul-A.Martin, c.s.c., MM.Léo-Paul Desrosiers et Alfred DesRochers.gion de tête où le cœur n'a pas de place.C'est alors qu'intervient, semble-t-il, la troisième solution (p.249-316): la rentrée Je Nicole dans la vie de Romain, un accommodement au caractère l’un de l'autre, par le fait que Romain ne se comporte plus auprès de Nicole en cérébral ni même en mari, mais en compagnon à l’égard de sa compagne.En somme, tous les maux de l'ingénieur venaient de son égoïsme: le jour où il applique la grande loi de l’amour du prochain, où il revient à une pratique qui élimine les vices et conduit à la vertu, il a grande chance de retrouver le chemin du bonheur.Pour saisir ainsi la trame de ce récit (l’avons-nous au moins bien comprise ?) nous avons dû faire abstraction d’une foule d’épisodes: la lutte entre le vice-président Peter White et l’ingénieur Romain Heurfils via la captieuse Sarah, tout au début du volume; la grève des ouvriers qui le termine et que Romain règle au gré des deux parties; ses rencontres avec les étoiles de l’ancienne constellation, le narco-mane François Hazeur (p.168 et seq), le joueur Jérôme Dherbery (p.188 et seq.), le contremaître Guillaume Labbé (p.196 et seq), le démagogue Ghis-lain Monseignat (p.281 et seq); surtout la soirée dramatique où, en deux secs, Flavie et ses trois compagnes rivent son clou au prétentieux Serge Pouançay (p.21 1-248).Nous avons pu cependant constater que toute l’activité des personnages s’explique par leur attitude à l’égard de leur catholicisme.Cette notion revient à toutes les pages du livre: influence des ouvrages de spiritualité (p.77-78), dissertations sur les résultats néfastes du péché (pp.180, 205 et 231), apologétique de Flavie (pp.203, 218 et seq., 230), prières de l’Eglise (p.225-230), luciférisme d’un Albert Camus (p.246).Il intervient surtout dans la solution qu’adopte Romain à propos de conflits ouvriers et de la question sociale en général (p.292).Du point de vue littéraire, on retrouve ici M.Léo-Paul Desrosiers tout entier.L'analyse psycholo- 9 gique domine tout le volume (v.g.p.72-81, p.168 et seq., p.237 et seq., p.261, p.305 et seq.).Certaine attaque contre les Tartuffes (p.213-214) et les démoniaques ou lucifériens (p.245-246) est poussée à fond.L’explication du caractère de Romain s’appuie à la fois sur son atavisme et sur les souvenirs pénibles de sa vie de collège (p.71) et de son enfance (p.188).Pour animer cette psychologie, le romancier n'a négligé ni le souci du bien écrire ni la préoccupation de bien observer et de bien décrire la nature.Certain tableau (p.90) est chatoyant comme une soierie.Les descriptions (p.215-216) abondent, parfois en contraste (pp.99 et 106), parfois inspirées par une grande vision comme celle de la symphonie des mondes ou de l’infiniment grand et de l’infiniment petit chez Pascal (p.242, les termes mêmes y sont).Les comparaisons, aussi lumineuses que nombreuses, y sont d’ordinaire toutes neuves (v.g.p.110-111, et p.258).Une phrase (p.240-241) permettra de reconnaître la dextérité de M.Desrosiers dans le maniement de son outil.Au contraire de tenir après un mur (p.299) et saveindre de (p.304), deux archaïsmes savoureux, extérioriser (p.69) pour manifester, objectif (p.218) pour but, objectiver (p.255) pour transposer, tout de même (pp.271 et 295) pour quand même et directive (p.314) pour direction sont des néologismes absolument inutiles.Des termes semblent bien être pris les uns pour les autres: location (p.15) pour localisation; l’inexistant frustres (p.222) pour frus- tes, ses pantalons (p.244) pour son pantalon, h aire long feu signifiant rater, échouer, manquer son coup, n’cst-cc pas un contresens que de donner cette même signification au négatif ne pas faire long feu (pp.56 et 229) pour ne pas durer ?Enfin, inviter (pp.14 et 15) des soumissions ou des interventions pour solliciter et provoquer, développer (p.101) un goût pour acquérir, salle à dîner (pp.111, 164 et 226) pour salle à manger employé une fois cependant, délivrer des marchandises (p.197) pour les livrer, athéiste (p.223) pour athée, démonstrations (p.297) pour manifestations, être assis sur une question (p.314) pour être fixé ou renseigné à son sujet, et éviter à pour épargner à, ne sont-ils pas des anglicismes échappés à l’attention, pourtant si vigilante d’ordinaire, de l’ancien fonctionnaire outaouais ?D’après l’examen qui précède le relevé de ces vétilles, si M.Desrosiers est un excellent psychologue, ne doit-on pas dire qu’il est plus encore, dans cette dernière œuvre, un ardent apologiste et un fidèle disciple de saint Paul: Rationabile sit obse-q ni u/n vestrum ?C’est là sans doute, pour agir sur la jeunesse tourmentée de l’heure présente, la meilleure forme de l’apostolat laïc.Emile CHARTIER, p.d.(1) DESROSIERS (Léo-Paul) LES ANGOISSES ET LES TOURMENTS, tome II de Vous qui passez.Montréal, Fides [1959].316p.21.5cm.(Coll.La Gerbe d’or) $2.50 (frais de port en plus) Pour adultes Commcrnde^èTou^utTho^f LECTURES 1958-1959 Tous les numéros de Lectures parus entre le 1er septembre 1958 et le 15 juin 1959 inclus, présentés sous forme de volume relié toile, titré or, avec table des matières et index des auteurs recensés.Des centaines de recensions, de nombreuses études d’auteurs, études critiques, des articles et documents sur le problème des lectures et la littérature canadienne et étrangère.$3.50 net l'exemplaire (par la poste $3.70) FIDES 25 est, rue Saint-Jacques, MONTRÉAL UN.1-9621 10 “LA PRESSE ET LES LECTURES” Nous vivons à Tépoque du cinéma et de la télévision et personne aujourd’hui ne songerait à nier l’apport considérable de ces nouvelles techniques de diffusion à notre civilisation.Pourtant on peut s’interroger sur la place laissée à la lecture dans la vie quotidienne: devant l’invasion de l’image, le goût de la lecture a-t-il diminué, voire disparu complètement ?Le R.P.Paul-A.Martin, directeur de Fides, a voulu rendre hommage à S.S.Pie XII, le pape de la Presse, et en même temps faire œuvre utile en présentant dans un petit volume les enseignements du Pontife défunt sur le problème des lectures, problème d’une si grande importance pour nous.1 Le récent congrès des Ligues du Sacré-Cœur sur la télévision a donné lieu à d’intéressants exposés sur la valeur de la télévision dans la vie contemporaine, sur son aspect éducatif et artistique, et aussi sur ses déficiences.Il faut se réjouir que déjà des résolutions aient été prises en vue d'une surveillance plus étroite de la qualité des émissions de notre réseau français.Par ailleurs les nombreux ciné-clubs de la Province font du côté cinéma un travail intéressant quant à la formation de leurs membres et au choix des films présentés.Mais comme le faisait remarquer Pie XII, si nous devons reconnaître pleinement l’importance de la technique et de l’art du film et de la télévision, l'influence unilatérale qu’ils exercent sur l’homme et spécialement sur la jeunesse par leur action à peu près purement visuelle, porte toutefois avec elle un tel danger de décadence intellectuelle que l’on commence déjà à les considérer comme un péril pour tout le peuple (p.65).Une enquête rapide dans notre monde si avide d’images révélerait que l’autonomie spirituelle des individus est sérieusement menacée.Tout concourt d’ailleurs à ce qu'il en soit ainsi: pression d’une information souvent dirigée, séduction de l’image, propagande tapageuse.La conscience de l’individu se trouve façonnée, orientée, envahie à tel point que celui-ci agit spontanément dans le sens exigé par les techniques de diffusion.Et il n’y a pas que le cinéma et la télévision qui peuvent aboutir à de fâcheux résultats.Une certaine forme de littérature dont on a beaucoup parlé depuis quelque temps chez nous et qu’on appelle « jaune », a elle aussi ses conséquences néfastes.Et Pie XII en connaissait toute la gravité qui écrivait: « On ne peut s’imaginer à quel degré de corruption morale n’ont pas craint de descendre certains auteurs, éditeurs, artistes, divulgateurs de pareilles œuvres littéraires et dramatiques, artistiques et scéniques, convertissant l’usage de la plume et de l’art, du progrès industriel et des admirables inventions modernes en moyens, en armes et amorces d'immoralité.Ecrits et travaux qui déshonorent les lettres et les arts, mais qui trouvent néanmoins des milliers de lecteurs et spectateurs.» (P.48) Dans ces perspectives, il faut reconnaître que la presse chrétienne et les livres sains auront à jouer dans la vie de notre génération un rôle de premier plan et absolument irremplaçable: « celui d'éduquer le peuple à une plus grande compréhension des choses, à penser et à réfléchir ».Car il ne s'agit pas uniquement de s’assurer de la valeur vraie ou fausse, bonne ou mauvaise de ce qui est transmis au lecteur, mais aussi de la façon dont on traite le lecteur auquel on s’adresse.C’est un homme qui a droit au respect et au plein exercice de toutes ses facultés que la presse et les lectures doivent mener à réfléchir et à penser personnellement (p.18).S'il y a désir d’éducation et de formation de la part de celui qui tient la plume, ce ne peut être que dans le but de fournir à l’homme l’occasion d’exercer son jugement personnel et de forger ses propres convictions.« II n’est pas exagéré de dire, écrit Pie XII, que l’avenir de la société moderne, la stabilité de sa vie intérieure, dépendent pour une large part du maintien de l’équilibre entre la puissance des techniques de diffusion et la capacité de réaction personnelle des citoyens.» (P.21) C’est donc tout un programme d’éducation du peuple et de la jeunesse en particulier que Pie XII propose à ceux qui sont responsables de la diffusion de la presse.Et si le Pape défunt rappelle au clergé ses devoirs de surveiller les livres, d’instruire les fidèles sur leurs devoirs en matière de lectures, de dénoncer les mauvais livres, d’ouvrir des bibliothèques, il invite également les laïcs à prendre leurs responsabilités, chacun dans sa sphère d’activité.Les journalistes devront être les informateurs, les éducateurs et les apôtres de leurs lecteurs.« Guide et conseiller de son lecteur, accomplissant, auprès de millions d’adultes, une véritable œuvre d’éducateur, il [le journaliste] exprime au nom de tous les réactions de la conscience chrétienne et se fait l’interprète d’une opinion libre et mûrie.Il suggère la réflexion sans contraindre le jugement, il entraîne à l’action sans violenter la décision; il suscite l’cnthou- 11 siasme pour les grandes causes sans déchaîner la passion populaire.» (P.118) Aux éditeurs, Pie XII souhaite une conscience de plus en plus profonde de leur responsabilité envers l'homme qui prend en mains les livres qu’ils publient, et dont la plus haute valeur — son perfectionnement intellectuel et moral — doit, grâce à cette lecture, se développer, progresser, sans jamais en subir de dommage (p.65).Loin d’être uniquement des commerçants, les véritables éditeurs chrétiens seront souvent à la source de mouvements sociaux, intellectuels et spirituels.Les critiques eux-mêmes qui sont appelés à juger les œuvres littéraires ont besoin de qualités sûres pour remplir pleinement leur mission: un esprit pénétrant et cultivé, un jugement droit, une fermeté de caractère feront d'eux des hommes complets, capables de porter un jugement exhaustif sur les aspects moraux, scientifiques, littéraires et artistiques du livre (p.80).Enfin, aux citoyens responsables et aux pères de familles, Pie XII rappelle l’obligation de veiller à ce que les lois qui régissent la moralité des publications soient respectées pour la protection de leurs enfants et de toute la société.Cette publication des textes de Pie XII sur la presse et les lectures apporte à ceux que préoccupe ce problème, les enseignements les plus lumineux et les directives les sûres.La présentation soignée en facilite la lecture (on craint tellement de nos jours la lecture des documents pontificaux !), et les diverses tables — analytique, chronologique et des matières — permettent une utilisation rapide des documents.Chacun trouvera son bien dans La Presse et les lectures: éducateurs, parents, journalistes et critiques reviendront souvent à ce petit volume si riche d’enseignements.Louis FRANCŒUR, c.s.c.(1) PIE XII (S.S.) LA PRESSE ET LES LECTURES.Textes publiés sous la direction du R.P.Paul-A.Martin, c.s.c.Montréal, Fides [1959].167p.18.5cm.$1.25 (frais de port en plus) Pour tous Liturgie et communauté ecclésiale On ne surprend plus guère lorsqu’on dit que notre communauté chrétienne est gagnée par la sclérose.Est-ce un signe que le renouveau spirituel s’est effectué ?Alors on écouterait ces dires sans leur prêter plus d’attention qu’il ne faut, comme à l’écho attardé d’une vieille alarme.Et on ferait bien.Mais cette absence de réaction ne serait-elle pas plutôt une fin de non recevoir commandée par l’impression de ne pas pouvoir et de ne pas savoir éviter un danger par trop évident ?Dans ce cas ce serait une façon de jouer à l'autruche.Mais on règle rarement des problèmes en les fuyant et en les ignorant, tandis que chaque effort de lucidité, si minime soit-il, offre des chances de faire avancer quelque peu vers une solution.C'est le but modeste de cet article.Au moment où il se fait un travail intense pour redécouvrir le sens du communautaire dans l’Eglise, il peut paraître réactionnaire ou au moins étrange de parler « individu ^.Je crois cependant que cela est nécessaire et, dans un certain sens, plus urgent.Je viens de lire un petit volume de Karl Rahner, intitulé: Dangers dans le catholicisme d'aujourd'hui K Dans le premier chapitre, l’auteur donne les éléments d’une juste apologie de l’individuel vis-à-vis de l’ecclésial.Car, dit-il, nous vivons sous le signe du collectivisme et il y a danger, même à l’intérieur de l’Eglise, d’une aliénation des individualités au profit du collectif.Nous sommes une collectivité chrétienne.C’est un fait.Mais être groupés sous une même dénomination ne nous donne pas d’emblée le véritable sens ecclésial.L’Eglise, pour être dans l’esprit du Christ, doit être plus qu’une société.Elle doit être une communauté avec tout ce que ce terme comporte de communion des personnalités, de mise en commun des richesses individuelles.Et cela suppose que les membres de la communauté aient une consistance spirituelle authentique.On ne met pas en commun ce qu’on ne possède pas de quelque façon, cela va de soi.Or actuellement, à cause du mouvement même de l'histoire, il y a grand danger que les personnalités ne se dissolvent.Les siècles derniers ont été des siècles d'individualisme.A cette tendance devaient s’opposer les réactions collectivistes qui se sont succédé depuis une centaine d'années.Cette lutte contre l’individualisme s'est fait sentir à l’intérieur même de l’Eglise.Ce qui était d’ailleurs nécessaire.Mais avec les modalités qu'a souvent prises cet effort de redressement, par exemple une prédication sur l’Eglise trop unilatéralement orientée sur l'aspect hiérarchie et société, et aussi avec l’air d'aller, il y avait possibilité de dépasser le but proposé et d’en venir, en pratique, à former des chrétiens incapables de con-tituer une véritable communauté chrétienne.Je m’explique en citant une page de Karl Rahner: « Si nous nous trouvons aujourd’hui sous le signe du collecti- 12 visnic, le plus dangereux en cela n’est pas le collectivisme de contrainte par l’extérieur, mais le collectivisme de l’intérieur, la lassitude et la lâcheté des cœurs, qui se laissent volontiers décharger du soin de décider.Lorsqu’il nous arrive de constater avec surprise une grande docilité des hommes envers l’Eglise, ses prescriptions, la conduite du prêtre, celle du pasteur de jeunes, etc., du moins chez les hommes qui vivent encore sociologiquement dans le cadre de l’Eglise, nous ne devrions pas uniquement nous en réjouir; cela peut signifier aussi un collectivisme des cœurs, une docilité, qui n’est pas force croyante et conviction vivante personnellement choisie, mais aussi faiblesse du cœur qui, découragé et désespéré, se laisse entraîner par tout autre, dans ce cas, accidentellement, par le prêtre, parce que pour des raisons très sociologiques, (par exemple, une tradition de famille, un ressentiment politique, etc.) il se trouve, par hasard, le plus proche.» (P.46) L’auteur montrera assez longuement comment cette atrophie des personnalités se manifeste sur le plan de la décision morale.On prétexte d'une docilité — il va sans dire, mal comprise — à l’Eglise pour ne pas avoir la peine d’agir de sa propre initiative et de s’engager.On attend des ordres et des programmes de vie tracés dans le menu détail.Je veux aussi attirer l’attention sur les conséquences que peut avoir l’anémie spirituelle des individus sur le plan de la liturgie et aussi sur la constitution même de l’Eglise.C’est un thème bien connu maintenant que la liturgie est constitutive de la communauté chrétienne.Le rassemblement de la messe dominicale dans un même temple est déjà un élément réalisateur d'union entre les membres de la communauté.Il permet à chacun de franchir les limites de sa solitude, de se rapprocher de ses frères et de faire œuvre commune avec eux.Mais l’unité qu’opère ce rassemblement ne se situe pas seulement, même pas principalement, sur le plan extérieur.En effet, ce rapprochement spatial signifie, en plus, une unité plus profonde qui s’opère mystérieusement entre les chrétiens par le fait de leur adhésion et de leur identification plus grande au Christ à travers le mystère liturgique.Quand chacun communie au Christ, tous se trouvent réunis en Lui.Ils deviennent véritablement un dans le Christ.Or actuellement le plus grave obstacle au progrès du mouvement liturgique est l’isolement où se cantonnent les chrétiens.Par je ne sais quelle mentalité individualiste, on refuse de faire corps avec les autres.On préfère rester seul dans son coin et regarder de loin ce qui se passe en avant.Il va sans dire qu’une telle attitude ne peut pas faciliter l’unité profonde qui doit se réaliser sur le plan du mystère, et même, qu’elle la compromet gravement.Car à la messe, ce sont ces signes et ces attitudes qui conduisent à la réalité profonde.Pour expliquer ce comportement on alléguera qu'on ne peut pas prier avec les autres; que ça dis- trait detre trop proche des voisins, etc.D'accord si on fait de la messe une occasion de réciter le rosaire.(La chose se fait couramment et par des gens qui devraient manifester plus de compréhension du mystère liturgique.) Mais quand on est solidement convaincu que la messe est une œuvre communautaire et qu’il faut la participation de tous pour quelle soit plus parfaite, pour que Dieu en soit plus glorifié, et l’Eglise plus unifiée, on n’éprouve plus d'ennui à se trouver près des autres et on n’y voit plus un handicap à la prière.Et pour revenir au point que développe Rahner.on peut se demander si c’est véritablement pour sauvegarder une vie de prière privée qu’on est si allergique à la liturgie.Est-ce par souci de protéger sa personnalité spirituelle ?Ne serait-ce pas plutôt qu’on est dépourvu du sens authentique de la prière ?même privée ?Si on l’avait à un si haut degré ce sens de la prière privée et si on tenait tant à le préserver, pourquoi alors, dans l’immense majorité des cas, ne pense-t-on pas de faire une action de grâces individuelle au moins après la messe où on a communié ?Disons-le donc, il y a dans cette attitude beaucoup d’illusion et beaucoup d’infantilisme spirituel.Dans bien des cas on est dénué de personnalité, on est pauvre spirituellement.Comment alors être enclin à participer à une activité liturgique essentiellement communautaire ?Comment sentir la nécessité de la liturgie pour parfaire ses relations personnelles avec Dieu puisque ces rapports sont si peu vivants, ne sont pas choses auxquelles on tienne tellement en définitive ?La liturgie n’est pas plus un obstacle à la prière individuelle que l’Eglise n’en est un pour l'union de chacun de ses membres à Dieu.Dans l’économie actuelle de la rédemption, c’est par la médiation de l’Eglise, le Corps du Christ, que les hommes obtiennent salut et achèvement.Notre être de grâce nous constitue essentiellement membre de la communauté ecclésiale.De sorte qu’il serait vain absolument de vouloir se sauver sans cette médiation, pour qui la connaît.C’est sous cette modalité que Dieu nous offre le salut.Et il s’avère équivalent de refuser d’appartenir au Corps du Christ et de renoncer à la rédemption.Cette dimension sociale et communautaire de la rédemption est aussi nécessaire dans le domaine de l’activité que sur le plan de l’être.L’essence même de la vie chrétienne, qui est la charité, nous relie aux autres en même temps qu’à Dieu.L’amour du prochain n’est pas un obstacle à l’amour de Dieu.Bien au contraire.Il en est la garantie.Et il en est de même pour la prière.II faut admettre la nécessité d’une vie de prière privée et individuelle pour chaque chrétien, cela est certain.Mais l’économie de la rédemption exige en plus une prière communautaire, la participation de tous à une liturgie.Et cette liturgie loin d’être un obstacle à la prière individuelle en a besoin comme d'un point de départ nécessaire et d'un support continuel.En retour elle l’enrichit, lui donne de nouveaux élans, lui fait reconnaître ses limites, lui fait sentir le besoin 13 de s'unir à celle des autres pour parvenir à une plus parfaite louange.Disons que sans doute notre vieille chrétienté qui va encore à la messe ne pense pas à se détacher de l’Eglise.Et meme si elle y pensait, elle ne le ferait pas parce que cela comporterait beaucoup trop de risque et d’insécurité pour ce qu’elle est capable d’assumer.D’ailleurs, là n’est pas le véritable problème.La vigueur d’une personnalité ne se mesure pas tant à la capacité de vivre dans une solitude individualiste qu’à se situer organiquement et harmonieusement dans un ensemble et d’y mettre en œuvre toutes ses possibilités.Il nous faut accepter lucidement d’être de l’Eglise pour entrer dans le plan de salut établi par le Christ.S’y trouver inséré et sans plus par une situation sociologique qu’on n’a pas choisie, qu’on n’a pas pu choisir initialement, ne suffit pas.Il nous faut aussi accepter de participer aux activités de cette Eglise, en particulier à sa vie liturgique.Il nous est demandé actuellement un effort de réflexion dans ce domaine, une volonté de rajeunissement et un esprit de souplesse pour abandonner des comportements individualistes pour des attitudes plus authentiquement ecclésiales.Ce serait un signe de santé spirituelle si nous suivions allègrement le mouvement liturgique qui soulève l’Eglise depuis une cinquantaine d’années et dont l’initiative revient sûrement à l’Esprit-Saint.Pour finir en résumant ma pensée, je crois pouvoir affirmer que nous devons nous efforcer d’acquérir une personnalité, même une originalité spirituelle, afin de pouvoir devenir une communauté ecclésiale vraiment vivante.Mais n’allons pas croire que cela doive se faire en deux temps.Personnalité et communauté s’épanouissent au contraire simultanément, chaque gain de l’une étant dans un sens nécessaire au progrès de l’autre et réciproquement; et la marche en avant étant garantie par un vouloir immense de pénétrer de plus en plus profondément dans la rédemption offerte par le Christ.Fernand COUTURIER, c.s.c.(1) RAHNER (Karl) DANGERS DANS LE CATHOLICISME D'AUJOURD'HUI.Traduit de l’allemand par Robert Givord.[Bruges] Desclée de Brouwer [1959].129p.18.5cm.(Coll.Présence chrétienne) $3.15 (frais de port en plus) Pour tous "La Messe est la source première et indispensable du véritable esprit chrétien.Les fidèles seront pénétrés de cet esprit dans la mesure de leur participation active aux Mystères sacrés" (Saint Pie X) MON MISSEL DOMINICAL Expliqué par le R.P.Joseph-F.Stedman Nouvelle édition revue et augmentée — Gros caractères Calendrier liturgique 1959-1966 Ce Missel contient le texte français-latin de l’Ordinaire de la Messe, des explications préliminaires du Propre de chaque messe, les Messes du Temps de Noël, de Pâques, de la Pentecôte, des principales fêtes, des défunts, de mariage, suivies des Vêpres du dimanche, des Antiennes et Motets à la Sainte Vierge, des prières usuelles et du Chemin de croix.512p.— Couverture cartonnée noire — Titre rouge Impression rouge et noire — Tranche rouge $0.50 l’unité $33.75 le cent $160 les 500 14 Edité par Fides Notices bibliographiques Littérature canadienne LLEWELLYN (Robert E.) LITURGIES FAMILIALES.Québec, Editions du Pélican, 1959.178p.21.5cm.(Coll.Ta mission aujourd'hui) $2.00 (frais de port en plus) Pour tous Ceux qui ont eu l’avantage et le bonheur de connaître et d’entendre l’abbé Llewellyn le retrouveront dans cet ouvrage.Dès les premières pages, sous la magie de la phrase vive, alerte, enjouée, ils auront presque la sensation physique de se trouver devant l’abbé Llewellyn qui, le visage épanoui, le geste rapide et nerveux, leur propose toute une pédagogie familiale, bien XXe siècle, sereine, fortement axée sur la grâce et les sacrements.Liturgies familiales: très bien trouvé comme titre !.La spiritualité développée dans ces pages est fonction de la vie du foyer.On ne tarde guère d’ailleurs à y reconnaître lecho des instructions aux Equipes de ménages.Plus d’un qui aura suivi les retraites de l’Abbé s’y reconnaîtra.Il retrouvera tout.même l’atmosphère de la pièce où l’on faisait cercle autour du « Grand Frère ».Ces instructions sont d’une richesse insoupçonnée.L’auteur a des trouvailles magnifiques.Une phrase d’Evangile, un bout de prière servent de points de départ à des développements imprévus.Les sacrements surtout révèlent la richesse de leur symbole.Rarement, semble-t-il, on nous les a commentés avec une telle pénétration.L’auteur sait en tirer de nombreuses applications dont on pourrait beaucoup profiter.Une leçon de catéchisme extrêmement vivante, génératrice de joie, d'enthousiasme et de générosité.Voudrait-on signaler un chapitre à l'attention du lecteur qu’on aurait l’embarras du choix.Sacrements et vie familiale ?Sans doute, mais quelles heureuses suggestions pour une prière en famille variée, renouvelée ! Mariage, sacrement ?Et la table ?.Sujet bien prosaïque à première vue, mais occasion de rencontre où Pâme peut trouver à se refaire tout comme le corps.Non, il n’est pas une page qui ne contienne quelque observation nouvelle, parfois un peu originale penseront certains, mais de nature à revivifier notre christianisme.Si l'on mettait en pratique cette « liturgie familiale », les journées seraient transformées; on vivrait la présence de Dieu.Qu’on n’aille pas croire pour autant qu’il en résulte une triste contrainte; au contraire, l’ascèse de l’abbé Llewellyn est sereine, épanouie, enrichissante, et elle a fait ses preuves dans de nombreux foyers, membres des Equipes de Ménages.Ce livre si riche de doctrine, présente des lacunes du point de vue forme.Evidemment, on pourrait objecter qu’un ouvrage de spiritualité n’est pas une œuvre littéraire.Je veux bien.Il faut cependant éviter d’y laisser transparaître le négligé.Dans Liturgies familiales, on a nettement l’impression, à certains endroits, dans les premiers chapitres surtout, que les instructions de retraites aux Equipes n’ont pas été suffisamment revues avant d’être remises à l’Editeur.Elles ont trop souvent gardé la forme de l’entretien amical, coupé d’observations marginales non destinées à la publication.Mais un homme aussi occupé que l’abbé Llewellyn peut-il trouver le temps de revoir un manuscrit ?Clément SAINT-GERMAIN À paraître- Mgr Félix-Antoine Savard LE BmCHOIS * MARTIN (T LE PAME -Chez Fides 75 Littérature MELANÇON (André) ROBERT CHOQUETTE.Textes choisis et présentés par André Mciançon.Montréal, Fides [1959J.95p.16.5cm.(Coll.Les Classiques canadiens, no 14) $0.75 (frais de port en plus) Tour tous A\ec une netteté parfaite, l'auteur de ce recueil marque, dans sa préface, la courbe ou l'évolution de la pensée du poète.Elle est d’ailleurs celle de tous ses pareils.Jeunes, ils se gorgent d’un idéal: celui de conquérir le monde, quand ce n’est pas de le découvrir, comme font nos détraqués actuels.Plus mûrs, ils réfléchissent sur sa constitution; et alors, ils se révoltent ou bien contre son absurdité (c'est le cas des derniers venus) ou bien contre la cause de leur désenchantement.la lutte entre la chair et l'esprit (c'est le cas de Choquette).Avec l'âge vient la sérénité: surtout si leur vue chrétienne l'emporte sur leur regard profane, ils acceptent la \ie telle qu'elle fut faite par Dieu et aboutissent à la résignation d'un L.o-zeau et d'un Choquette.Quant à la forme chez ce dernier, plutôt qu'un mélange de classique et de moderne, c’est une association du tour équipe avec le ton lyrique.Qu’on relise, pour s’en convaincre, ces deux chefs-d'œuvre, le Metropolitan Muséum et la Suite marine.De ce tour épique, la Grèce et New York sont des exemples corus-cants; les deux morceaux figurent dans le recueil (p.36 et p.39).Mais, du ton lyrique aucune pièce n’étant plus représentative que le Vivre et créer d'/f travers les vents, on ne peut que s’étonner d'en constater l’absence.Emile CHARTIER, p.d.Histoire RUM1LLY (Robert) LEONIDE PERRON.Histoire de la Province de Québec, t.XXXI.Montréal, Fides [c 1959J.266p.19cm.$2.50 (frais de port en plus) Pour tous Avec une infatigable persévérance, avec aussi la même objectivité, M.Rumilly ajoute ici un chaînon à ce que nous persistons à appeler, malgré son titre à lui, sa Chronique de la province de Québec.On ne s’étonne pas que, comme dans les trente volumes précédents, Léonide Perron, la figure centrale, donne son nom à celui-ci.Mais, autour de cet axe, ce qui évolue d'abord, ce sont les grandes compagnies industrielles, financières et commerciales, qui sont en train d'industrialiser le Québec.M.Rumilly joue avec leurs opérations, en matière d’électricité, de pulpe et de papier, avec la même prestesse qu’elles mettent elles-mêmes à faire danser leurs actions et obligations, à grossir leurs dividendes et à réduire leurs bas salaires.Ainsi défilent devant nous ces magnats de l'argent: lord Atholstan, sir Herbert Holt, Sweezey, MacDougall, Nicol.etc.L’agriculture met en scène nos cultivateurs, leurs produits les plus achalandés: le beurre et le fromage, mais surtout le coryphée qui les conduit, le brutal autant que laborieux Léonide Perron.Le portrait que trace de lui M.Rumilly (p.16) procède par touches de plus en plus pittoresques jusqu'à l'histoire humoristique d’Alphonse Désilets (p.18).Deux domaines surtout passionnent l'auteur: l’activité des groupes de jeunes et le problème éducationnel.Ce sont les Juifs qui soulèvent ce dernier; sa discussion fournit à M.Rumilly l’occasion d’un exposé exhaustif, celle aussi de publier une foule de documents inédits, entre autres une lettre de Mgr Gauthier (p.197-199), ce démocrate qui se muait si facilement en aristocrate.M.Rumilly en profite aussi pour tracer du Juif habituel un portrait qui se distingue en même temps par sa mesure et par sa précision (p.169).Au chapitre de la jeunesse, on retrouve toujours ses chefs occasionnels, un Bourassa un peu désenchanté, un mousquetaire nationaliste comme Armand Lavergne, devenu politicien conservateur, un abbé Groulx « gêné par sa soutane ».Les lecteurs de ce 31e volume ne manqueront donc pas plus de pâture que ceux des tomes antérieurs.Il leur faudra seulement se mettre au pas de course: car M.Rumilly, ce diable d’homme, mène sa phrase avec une vélocité telle qu’on y risque l’essouflement.à moins de s’adapter à sa méthode de Mercure ailé.Mais comme on est bien payé de sa peine tant par ce que l’on apprend que par la façon dont on l’acquiert ! Emile CHARTIER, p.d.16 Biographie THEORET (Abbé Pierre-Eucher) MONSIEUR LUSSIER (1835-1911).Un homme, un prêtre, lie Perrot, chez l'auteur 1959.309p.ill.20 cm.$2.75 (frais de port en plus) Pour tous L’hommage que l’abbé Théoret consacre ici à son parrain, l’abbé Pierre-Eucher Lussier (1835-1911), dépasse de beaucoup l’activité personnelle du personnage.Sans doute le volume nous promène à travers des régions assez diverses: Boucherville, Saint-Hyacinthe, Rome, Saint-Henri de Montréal, Contrecœur, Beauhar-nois.Sans doute encore il nous raconte la vie trépidante d’un prêtre zélé et surnaturel: assistant du curé son protecteur, aumônier des zouaves pontificaux, puis, curé à son tour, réglant dans la paix les problèmes de ses paroissiens et se dévouant avec le même empresse- ment à leur progrès temporel autant que spirituel.Aussi ce curé est-il de ceux que l’Evangile a presque canonisés d’avance en une formule lapidaire: Quant speciosi pedes evangelizantium pacem, evangeli-zantium hona.Mais le zèle de cet homme actif eut vite dépassé les frontières paroissiales.Avec les abbés Poulin, Gravel, Charrette et autres, il fut l’un de ceux qui dans l’ombre épaulèrent l’œuvre colossale de ce géant de l’apostolat, le zélé Mgr Ignace Bourget.Derrière ce géant on aperçoit partout ce serviteur fidèle « qui se serait fait hacher pour son évêque ».A Rome, il contribue à résoudre le problème que suscitait la division en paroisses de Notre-Dame de Montréal.Dans cette dernière ville, il assiste son chef dans sa lutte contre le gallicanisme et le libéralisme doctrinal, contre l’Institut canadien et les soutiens de Guibord l’apostat.Il l’aide encore dans la création d’une université montréalaise.Et ainsi l’abbé Théoret, sous le couvert d’une simple biographie, se trouve à évoquer l’histoire presque entière d’une des époques les plus agitées de notre vie nationale et religieuse.Cette époque peinte déjà par les Pères Langevin et Saint-Onge, plus encore par le Père Léon Pou-liot dans ses multiples plaquettes ou articles et surtout dans le monumental ouvrage qu’il est en train d’élaborer, l’abbé Théoret en décrit assez les phases pour que sa biographie confine à la grande histoire.Le livre intéresse dès lors tous ceux qui n’ont pas le temps ou ne possèdent pas les moyens de recourir aux œuvres spécialisées.Ils y vivront en contact avec deux belles âmes: celle d’un grand maître, celle d’un curé modèle.Quels exemples à imiter et quelles leçons à recueillir ! En faisant œuvre de reconnaissance, l’abbé Théoret pratique la meilleure forme de prédication: celle qui décrit les résultats heureux obtenus par une foi agissante, qu’animent une charité sans bornes et une humilité sans défaillance.Page 80 et dans la table, il faut corriger A.-G.Finteau en A.-F.Truteau, puisqu’il s’agit de celui qui fut vicaire général à Montréal de 1860 à 1872.Emile CHARTIER, p.d.— ”| Nouveauté Réédifionsr Robert Marie Gay, p.b.Collection Rêve et Vie VOCATION et discernement des esprits L’auteur reprend le problème à sa base et le situe dans un contexte d’actualité.Son étude est un précieux apport qui contribuera sûrement à évaluer plus objectivement certaines attitudes théoriques ou pratiques par un salutaire retour aux principes théologiques.Allegro (Félix Leclerc) .$1.75 Dans la toile d'araignée (Michelle Le Normand) .$1.50 Les mains vides (Vincente) .$1.50 255 p.Coll.Philosophie et problèmes contemporains $3.00 (par la poste $3.10) Chez Fides (par la poste, ajouter $0.10 par volume) Chez Fides 77 ¦ Littérature étrangère Religion m LEPP1CH (Jean), s.j.LE CHRIST A PIGALE.Traduit par l'abbé Louis Brevet.Mulhouse, Salvator, 195"8.180p.ill.(h.-t.) 18.5cm $2.40 (frais de port en plus) Pour tous Le Christ n'est pas venu sauver les bons seulement, ni uniquement ceux qui sont favorisés par la vie, ni uniquement les fidèles qui mènent une vie paroissiale paisible.11 est venu sauver tous les hommes sans exception et c'est pourquoi son message doit être annoncé à toutes les classes de la société, dans tous les milieux.Tous doivent entendre l'appel du Seigneur, les déprimés, les éclopés, les délaissés, les ignorants, les pécheurs.Les chrétiens doivent être présents partout pour rendre la vie totale au Christ, faire briller un peu partout l’espérance et la joie de la Bonne Nouvelle.Le Père Leppich met le doigt sur toutes les misères de notre siècle, sur ses préoccupations, sur ses problèmes.Il nous force à sortir de ce monde confortable et satisfait dans lequel nous nous retirons trop facilement.11 rappelle aux chrétiens l’étendue de leurs obligations apostoliques.Tout cela dans un style on ne peut plus simple, vivant, orné d’anecdotes et d'informations précises, à la portée de tous.Paul-Emile ROY, c.s.c.Education ¦HH I ¦! CALM EL (R.-Th.) ECOLE CHRETIENNE RENOUVELEE.(L'éducation des fille;)- Paris, Téqui [1958].202p.18.5 cm.$2.25 (frais de port en plus) Pour tous Les livres sur l’éducation ne manquent pas en ce siècle de l’enfant.On y étudie souvent tous les aspects du problème, de la gamme psychologique jusqu’à la gamme sociologique en passant par la physiologie.L’auteur de ce petit livre a choisi un terrain nouveau en refusant de s’enliser dans les notions techniques et expérimentales.Car si l'éducation moderne ne peut pas se passer de techniques, la réponse ultime à tous scs problèmes réside surtout dans son esprit.L’éducation n’est-elle pas d’abord et avant tout la communication d’une vie humaine intégrale à un être vivant en puissance à sa plénitude d’homme ?L'école chrétienne est donc celle où les maîtres, ayant reçu une solide formation théologique et philosophique, imprègnent les matières qu’ils enseignent d’une vision chrétienne, à la fois profonde et lucide, du monde, de l’homme et de Dieu.Cette thèse traitée sous tous aspects forme une gerbe de réflexions pertinentes sur de multiples problèmes d’enseignement: l’enseignement et l’éducation, la formation philosophique et théologique des maîtres chrétiens, la place des lettres et des sciences au cours secondaire, l’unité et l’unification des programmes, les classes de religion, le rôle du latin dans la culture de l’esprit, l'art de bien écrire, la collaboration entre la famille et leco-le, etc.On retiendra de ce livre l’éclairage sous lequel sont abordés les problèmes archi-usés de pédagogie.Dans un style clair et soigné, on y sentira le souffle d’une pensée haute et sereine où se joignent solidité, largeur de vues, fermeté et sincérité.Les vieux éducateurs fermeront sûrement le livre d’une main lasse.Ils regretteront d’avoir manqué au début de leur carrière d’un guide aussi sûr.Les jeunes n’y verront qu’un motif nouveau de se mettre sérieusement à la tâche.Yvon LAFRANCE, c.s.c.Littérature ANTOINE (Paule) MARCHER SUR LES EAUX.Roman.Paris, Editions Alsatia [cl958].205p.ill.20cm.(Coll.Rives et courants) Pour adultes Quand le Sauveur eut prescrit à Pierre de venir à Lui en marchant sur les eaux du lac, tant que l’Apôtre fixait le Maître, il avançait en toute sécurité; mais, dès qu’il abaissait la vue vers ses pieds, il constatait qu’il enfonçait.Ce n'est qu'après avoir de nouveau regardé vers Lui que le pêcheur d’hommes rejoignit enfin le Sauveur (p.175).Ainsi en est-il de toutes les créatures que Dieu appelle à marcher sur les eaux de la vie; ainsi en est-il surtout de ces jeunes filles à la vertu fragile que le besoin arrache aux murs protecteurs de la campagne pour les traîner parmi les flots orageux de la grande ville.Si elles n'ont pas, pour se protéger contre l’abîme, le regard tourné vers Dieu, elles risquent d’y perdre, après leur pudeur, leur vie elle-même.Voilà la leçon qui se dégage de ce roman d’amour, composé de deux histoires parallèles.Comme le roman est français, il s'agit naturellement d’amours irrégulières.Premier récit: Patrice Dunois est depuis vingt ans le mari d’Adèle, une femme-dragon.Celle-ci a une cousine du nom de Coty, avec laquelle Patrice conclurait volontiers un mariage triangulaire, si ses sentiments chrétiens ne l'en empêchaient.11 se contente donc de l’amener à Paris, de l’installer chez une tante de la jeune fille et l’y fréquenter en pure « amitié » (?) Deuxième récit: Marie-Ange De-grancourt a fui sa maison rurale pour gagner sa vie à Lyon.A la pension de famille où elle loge, elle se lie d’affection avec cette Coty; 18 dans le bureau où elle travaille, elle se laisse enjôler par le chef, Gilles Gcrbault, marié et père de famille.La différence entre les deux situations vient de ce que C'oty connaît le mariage de Patrice, alors que Marie-Ange ignore celui de Gilles.Les deux victimes échappent au danger: C'oty, malgré sa beauté, en raison, semble-t-il, du christianisme de Patrice; Marie-Ange, pour toutes sortes de raisons: éducation chrétienne reçue au Vieux-Logis (influence de la mère), réserve naturelle aux ruraux, tradition de pudeur héritée des morts de la famille (on reconnaît Barrés), dévouement à Doudou le petit frère d’une compagne de pension, surtout conviction personnelle de l’importance de la vertu et refuge dans la piété qui la protège (mais ceci à peine marqué).A la fin, Coty se retire au Vieux-Logis auprès de Marie-Ange et toutes deux, préservées, se consacrent à l’éducation de Doudou et à la rédaction de romans.Si donc les deux histoires se terminent en beauté, il reste qu’elles sont l'histoire d’amours interdites.11 reste aussi que toutes deux, les jeunes pensionnaires, jouent avec le feu, l'une inconsciemment, l’autre en toute conscience.Il reste enfin que Coty conserve à Patrice marié son amitié sous le fallacieux prétexte de « le sauver » et que Marie-Ange, tout en rompant avec Gilles après le mariage découvert, prétend trouver dans le souvenir entretenu de cet amour sa « raison de vivre » (p.191).Tout cela est bien un peu louche.Peu de romans, à notre connaissance, poussent aussi loin la théologie véreuse du droit à l’amour, que Patrice et Gilles ne cessent de proclamer (pp.90, 95, 133, 137-138, 167, 174).Si l’argumentation est celle de personnages romanesques, et donc fausse, il nous paraît que l’auteur ne la corrige assez ni par son récit ni par une réfutation personnelle.Et c’est pourquoi ce roman, moral d’intention, mais assez immoral par ses situations, nous paraît devoir être réservé aux adolescentes mûries.Emile CHARTIER, p.d.BOURÇOIS-MACE (Andrée) Laure et l’amour.Roman.Paris, Nouvelles Editions Latines [1958].218p.18.5cm.Pour adultes Jeune malouine à l’imagination romanesque, Laure s’amourache de l’aristocrate Hugues de Len-neville.Malgré l’irrémédiable obstacle de sa classe sociale et l’indifférence marquée de son « Julien Sorel », la jeune fille entretient secrètement des rêves chimériques.Les années passent comme de sombres nuages.Un jour, tous les projets de la jeune romantique s’effondrent: Anne Lamperrière est enceinte de Hugues ! Scandale ! Résignée, non sans quelques regrets, Laure se marie et retrouve enfin dans un foyer brûlant d’amour la paix de l’âme.Thème banal enchâssé dans un écrin de descriptions amusantes, de faits cocasses et de personnages rigolos.A larges traits, Andrée Bour-çoi* -Macé esquisse la vie trépidante de Saint-Malo aux années paisibles de l’entre-deux guerres.Le dialecte des héros, admirablement rendu, fait sourire le lecteur canadien-français par la familiarité du ton: « Sais-tu ben, mon courlis blanc ?L’étrangère de c’t’été, chez « Z’yeux-d’billes », tu t’rappelles ?celle qu’avait toujours la falle au vent sans même un gaze dessus ?Eh ben, e’s’grée pour dormir avec une touine et des braies comme un homme, mais qui sont couleur bonbon: un pirejama qui z’appellent çà.C’est pas creyab’.» (P.73) Roman psychologique sans doute, mais surtout roman de mœurs, Laure et l'amour se classe parmi les réussites de l’heure.Jean-Marie BARRETTE CHRISTOPHE (Jacques) JE PARS POUR L’AMERIQUE.[Paris] Editions Venta-dour [1958].266p.18cm.Pour adultes L’américanisme est à la mode en France; on y est contre ou pour Uncle Sam.Voici un roman où l’on est pour et contre.Une jeune Française des envi- rons de Paris échange sa maison de quatorze pièces contre celle, plus modeste, de deux Américains vivant à Paris, mais propriétaires près de Boston.Ceux-ci ont laissé leurs trois enfants: l’aviateur Torn Parker, Jimmy et Joy.La Parisienne accepte de devenir l’institutrice de ces deux derniers, des êtres prime-sautiers, turbulents et totalement indisciplinés.Elle se jure même de les mater.Elle y réussit par sa fascination, duc à l’élégance de ses toilettes (pp.44, 51, 71, 91, 94, 96, 98, 111,113, 128, 143, 217, 260), sans doute aussi à la distinction de son langage, à la fermeté de sa volonté et à la douceur de son caractère.Mais elle bute sur trois soupirants (p.148): le docteur George Teller, qui cède volontiers la place aux deux autres; Torn Parker, l’aviateur rendu violent par la boisson dont il abuse; Wesley Burn, dont elle s’éprend et qu’elle finit par épouser.L’amour de Béatrix Valle-rie pour Wesley Burn devient alors le vrai thème de ce roman: de cet amour Béatrix a d'abord la révélation (ch.I — XI); cette découverte lui fait entrevoir le bonheur (XII — XIV); ce bonheur, Torn menace de le faire s’effondrer (XV); Béatrix, malgré tout, le conquiert en fin de compte (XVI — XXIII).Un épisode, concernant la cuisinière noire Lili et son brutal mari le pharmacien Jacques (XVII), une algarade entre Torn Parker et l’audacieuse kitty (XII) coupent indûment le fil de ce récit.Ce récit nous révèle peu de chose sur les mœurs américaines: entêtement des enfants (p.53-54), peur des ouragans ou hurricanes (pp.68.259), propension à l’alcoolisme (p.103) n’y figurent que par de brèves allusions, de même que la passion de la jeunesse pour les poneys et le canotage ou celle de l’adolescence pour les courses aériennes et les collections.Quant à la Française, si elle a le goût de la toilette (on l’a vu plus haut) pour « fasciner », on s’étonne de sa prétendue répulsion pour l’amour (p.89) comme de son assiduité aux prêches des ministres protestants (pp.113-115, 171), elle qui semble bien posséder le sens de la prière catholique (p.257).19 En somme, ce livre n'apprendra que peu de chose à ceux qui veulent comprendre l’âme américaine; il n’en apprendra guère non plus à ceux qui connaissent déjà la fierté et la délicatesse de l’âme d’une vraie Française.Et des descriptions, pour être trop brèves (pp.49, 245), ne renseigneront pas sur le paysage américain.On retiendra seulement le contraste entre la brutalité d’un George Teller ou les prévenances d’un Wesley Burn ou la finesse de la Française Béatrix Val-lerie (Miss Val, pour les enfants ses élèves).Emile CHARTIER, p.d.MAYOUX (Jean-Jacques) MELVILLE PAR LUI-MEME.(Paris] Editions du Seuil [1958].188p.ill.17.5cm.(Coll.Ecrivains de toujours) $1.25 (frais de port en plus) Pour adultes, mais spécialisé Le romancier américain Herman Melville mourait à New York, en 1891, obscur douanier, oublié tout à fait.Aucun journal du temps ne révéla que le pauvre avait été l’auteur du célèbre Moby Dick.Jadis honoré et fêté dans tous les milieux à la suite de la parution de ses premiers romans d’aventure, Melville vit disparaître sa popularité dès qu’il publia Redburn et Mardi, vers 1850.Et quand parut Moby Dick, en 1851, l’accueil avait été lamentable.Cette verve romanesque semblait s’être épuisée.Les contemporains retrouvaient bien chez lui les fantaisies de l’exotisme et des émotions fortes; seulement, Melville était devenu à son grand dam victime de ses propres succès: T ai pi et Osmoo, ses premiers romans, l’avaient définitivement consacré « l'homme qui a vécu parmi les cannibales * ! Puis, quarante ans durant, ce fut l’oubli presque total, n’était l’estime que ne cessa de lui manifester Nathanaël Hawthorne.Mais depuis 1919, date du centenaire de sa naissance, prend naissance et s’accroît un engouement notable à l’endroit des œuvres de Melville: on réédite ses ouvrages, et, pour sa part, Gallimard les publie tous dans leur traduction entre 1937-1953.Que découvrait-on enfin chez cet auteur-loup de mer, ce calviniste que torture constamment la problème de la prédestination, ce romantique sombre à l’allemande, au style tout tressé d’allégories et de symboles ?C’est à la fois son angoisse métaphysique, sa recherche de mythes abscons, ses évolutions constantes dans l’irrationnel.On a vite découvert qu’il était ni plus ni moins que le précurseur direct de William Faulkner et d’Hemingway, du moins celui du Vieil Homme et la Mer.Jean-Jacques Mayoux présente cet auteur américain dont les oeuvres, dans les limites de l’édition, ne se prêtent pas à une explication méthodique et facile.La symbolique melvillienne reste ici quelque peu confuse à moins qu’on ait pris connaissance de l’ensemble des œuvres de Melville.Alain Bosquet, présentant Les vingt meilleures Nouvelles américaines (dont l’une d’Herman Melville), note que « les écrivains américains s’accommoderaient des étiquettes suivantes: liberté, audace, désordre, ce qui n’exclut pas une sorte de puissance inconsciente ».L’assertion se vérifierait d’emblée ici dans le cas de Melville, comme de Faulkner lui-même et de la plupart des romanciers américains contemporains.Roland-M.CHARLAND, c.s.c.RODRIGUEZ (F.E.) L'ESCALIER DE FER.Avec la collaboration de Robert Hervet.Paris, Editions France Empire [1958].299p.19cm.Pour tous Mars 1945.Un individu connu sous le nom de Lien déguste une consommation dans un bistrot parisien.Dans l’embrasure de la porte, l’auteur de ce livre, Ferdinand Rodriguez, le tient à l’œil.Des détectives s’amènent, passent les menottes à Lien et le conduisent à la Sûreté.Rodriguez ne dit pas ce qu’il advint de l’individu, mais on peut raisonnablement supposer qu’il tomba sous les balles d’un peloton d’exécution.C e sale mouchard, un monstre s’il en fut jamais, s’était introduit sous l’occupation dans une organisation de « radios » qui émettaient des renseignements à l’intention du Grand Quartier Général Allié.Il avait vendu le groupe aux Allemands pour quatre millions.Installé dans un wagon filant vers le Nord, Rodriguez s’était vu encadré par la police nazie.A quelques jours d’intervalle, la feld-gendarmerie avait raflé tous les « radios ».Ils se retrouveront 24 dans une prison du secteur berlinois.Menottes aux poignets, fers aux pieds, Rodriguez passera en cour martiale et, comme tous ses compagnons, sera condamné à mort.Exécution le ?‘Secret du gouverneur de la prison.La coutume veut que ce soit dans trois semaines.Trois semaines de réflexion, de cauchemar.Puis une nuit qui n’en finit plus, une aube grise, la sueur froide au moindre bruit de pas dans le corridor.Mais le jour se passe dans une vaine appréhension.La nuit revient et la vie continue, dans une solitude écrasante, avec un verre de bouillon et un crouton chaque matin.Un jour, un garde ouvre le judas, crache une date et esquisse le geste de la mise en joue.On utilisera le délai annoncé à se préparer à la mort: méditation, prières, rosaires.Puis à la date prévue, vingt-trois fois une porte s’ouvre et se referme.bruits de pas dans l’escalier de fer.Rodriguez se dit qu’il sera le 24e.Mais non, on ne revient pas.Dans la cour, vingt-trois prisonniers gisent par terre, la nuque trouée par une rafale de mitrailleuse.Un peu plus tard, nouvelle alerte.Mais au lieu de le conduire au mur d’exécution, on annonce à Rodriguez qu’il sera dirigé vers la Suisse où on l’échangera contre un prisonnier allemand.Exangue, décharné, incapable d’absorber un repas normal, à peine vêtu, Rodriguez passe la frontière et est accueilli comme un frère en Suisse allemande.Pourquoi Rodriguez ne fut-il pas exécuté ?A qui dut-il sa libération ?L’Auteur veut y voir un miracle de la Vierge, plus particulièrement de Notre-Dame de Liesse.20 Une partie notable de ses journées d'internement étaient occupées par la prière: psaumes, chapelets, oraisons, etc.Avec quelle ferveur avait-il demandé à la Vierge d’épargner les membres de sa famille.et de lui rendre sa liberté ! Il aspirait d’ailleurs à une autre solitude.celle de la Trappe.Et le retour dans la Capitale française libérée ne fit que renforcer ce désir.II ne faudrait pas esquisser une moue devant cet ouvrage, se disant qu’on a déjà lu plusieurs récits du genre.Celui-ci diffère de ceux qu’on peut avoir parcourus.Point de description de tortures et de mauvais traitements — Rodriguez ne connut d’autre torture que celle des fers qui pénétraient dans les chairs et les os de ses chevilles — mais des mois de solitude à devenir fou dans des réduits humides et exigus.Heureusement — et il dut à cette ascèse de conserver un moral sinon serein, du moins apaisant — Rodriguez se fit moine dans sa prison; il eut aussi ses heures pour la méditation, les prières de la messe, la récitation des psaumes, le rosaire, etc.Sa vie était entre les mains de la Providence.Noviciat certes très pénible, qui se prolongea deux longues années, mais qui marqua cette âme d’élite, dont la vie pourrait-on dire tenait dans cette belle devise: « Servir.Dieu et Patrie.* Clément SAINT-GERMAIN ?«?•?ROLLAND (Romain) LE VOYAGE INTERIEUR (Songe d’une vie) Nouvelle édition augmentée de textes inédits.Paris, Albin Michel [1959].396p.20cm.$4.55 (frais de port en plus) Appelle des réserves L’œuvre de Romain Rolland s’affirme de plus en plus, avec la parution de ses œuvres posthumes, comme un Pactole d’amères illusions.Nostalgie du christianisme — quoiqu'il en rabatte ! — nostalgie d’une vocation manquée de musicien, nostalgie encore plus grande d’une foule d'idéaux rêvés mais sans lendemain.« Dieu sait si j’ai rêvé ! écrit-il.Toute ma vie est rêvée.J’ai rêvé mes amours, mes actions, mes idées.» R.Rolland doit sans nul doute être classé parmi les écrivains mystiques français à côté de Barrés, de Maurras et de Suarès.C’est une constante chez lui, comme chez ces autres, que d’opposer la singularité du génie à une société « incapable de comprendre l’héroïsme et surtout la pureté ».L’énormité de son Moi qu’il compare à une fleur de nénuphar qui, alors qu’il était tout jeune, débordait l'étang, ne s’est guère rétrécie avec les années.Au contraire, ce Moi s’affiche même à ses heures de doute: « .et je n’avais pas douze ans, note-t-il, que mon œil aux aguets avait reconnu que les grands disent plus qu’ils n’en savent: ils ne sont pas très francs ! » Egalement, exprime-t-il avec un accent gidien déconcertant sa volupté et sa sincérité: « Et moi aussi je la sens sous ma langue, la prairie; je les tiens sous mes paumes, dans le repli de mes oreilles et le creux de mes mains, la substance, le goût et les odeurs, et l'orchestre bruissant de l’herbe, de la résine, du miel, des acacias, de la terre chaude et mouillée.Ma chair en est pour toujours imprégnée.» « Etre vrai avec soi-même.Ne jamais dire ou écrire un mot de plus ou de moins que ce qu’on croit vrai.Tout mon salut m’est venu de ma sincérité intérieure, absolue et constante, à tous les instants de ma vie, dans toutes les circonstances.» « Que m’a apporté le christianisme que je n’eusse déjà, aux âges païens, dans l’esprit des sages et des saints, qui sont de tous les temps ?Pour moi personnellement, rien; le Christ n’est pas mort pour moi, car pour moi il a vécu toujours; et sa voix de raison et d'amour a fleuri dès les premiers jours de l'humanité.» A travers ces désenchantements et quelques diatribes contre « les miracles dégoûtants de Lourdes et de la Salctte », R.Rolland esquisse excellemment des portraits de sa parenté et de sa grande amie, la Baronne Van Meysenburg, il fulmine cet éclair prophétique du « formidable ébranlement des four-millières d’Asie, réveillées de leur sommeil par le talon stupide de l’Europe: le sommeil de l’Asie a pris fin.A elle de réprendre la tête de la caravane.Je vois les désastres où vous vous acheminez.» Songe d'une vie flottant dans une gloire d’amertume: tout est bien dit avec un grain de sagesse tantôt à la Montaigne, voire tantôt à la Rabelais.Les adultes seuls, et qui sont réfléchis, sauront profiter de cette lecture.Roland-M.CHARLAND, c.s.c.ROUSSEAUX (André) LITTERATURE DU VINGTIEME SIECLE.T.6.Paris, Albin Michel [1958J.292p.19cm.$2.40 (frais de port en plus) Pour adultes, mais spécialisé L’œuvre qu’élabore André Rousseaux depuis près de vingt ans, constitue l’un des plus vastes ensembles de la critique des œuvres littéraires tant françaises qu’étrangères qui ont été marquantes tout au cours de notre siècle.Ce sixième tome, comme les autres de la série, fait l’inventaire d’une vingtaine d’écrivains.Tableau panoramique de la littérature de notre temps, mais plus, étude large et profonde tout à la fois qui s’attaque à la substance interne des ouvrages.A parcourir les chapitres consacrés à Apollinaire, aux Phares de 1900, à Martin du Gard, comme à la poésie brute de B.Cendrars et aux Scènes et Doctrines du Surréalisme, nous découvrons chez André Rousseaux cet inimitable savoir-lire qui constitue l'aptitude fondamentale du critique.André Rousseaux, comme bien d’autres, s’était fait le hérault de Françoise Sagan, chez laquelle, remarque-t-il, « il y a de l’Antigone ou de la Jeanne d’Arc à rebours, avec l’héroïsme en moins et l’encrier en plus ».Reprenant cette fois les trois procès-verbaux qu’il publia au fur et à mesure que paraissaient les romans de l'écrivain, le critique fait voir les constantes déplorables qu’il soulignait dès Bonjour Tristesse, et révèle sa consternation quand parurent les deux autres romans suivants.André Rousseaux justifie courageusement, ici, la probité de son métier où les témérités sont faciles, et les amendements louables mais si rares.21 Saurait-on recommander meilleure étude de la littérature con-temporaine que cette Littérature du XXe siècle: source de renseignements historiques et matière inépuisable de réflexions sur la marche des idées dans notre monde depuis le commencement de notre siècle.Rol.-M.CHARLAND, c.s.c.Histoire LEROY (Alfred) LA CIVILISATION FRANÇAISE AU XV U le SIECLE (1700-1789).[Paris] Editions Ventadour 11958].290p.22cm.Pour tous Qui dit « civilisation d'un peuple » entend par là la synthèse de ses institutions publiques: religion, politique, administration, économie, société, lettres, arts, et sciences, etc.Dans ce volume, M.Leroy limite son enquête à la France et encore au XVlIle siècle ou « siècle des lumières » seulement.Cette vue à vol d'oiseau permet à l’auteur de résumer ainsi le fruit de ses recherches (p.289-290): « 11 y eut une Europe française pour tout ce qui touchait le cadre de la vie quotidienne, pour tout ce qui contribuait à embellir et à clarifier l'atmosphère même où chacun évoluait.Il y eut une Europe française pour tout ce qui affectait la parure féminine, la gastronomie, les mœurs, les usages, comme les raffinements les plus exquis de la politesse et de l’urbanité.Il y eut une Europe française grâce à la diffusion d'une langue française, devenue l’équivalent du latin, c.a.d.universelle.Il y eut une Europe française recevant de Paris et de Versailles de bienfaisantes lumières.En d'autres termes, alors « la France fut à la tête des découvertes et recherches scientifiques les plus mémorables, comme elle fut à la tête des créations artistiques, littéraires, philosophiques et politiques, les plus audacieuses.Ainsi chaque visiteur étranger pouvait-il saluer en elle La grande clarté de l'Occident et comparer son rôle à celui jadis assumé par Athènes et Rome * (p.290).L’explication de cette « grande clarté », l’exposé de cette synthèse.M.Leroy aurait pu les restreindre à des têtes de chapitres; il s’est plu à les développer au moyen d’une multitude de faits précis, de dates exactes, à l'aide aussi de nombreux témoignages empruntés aux études des spécialistes.Si, au sujet des lettres, des arts et des sciences, il ne mentionne ni De Télémaque à Candide (1655-1759) de M.Chérel ni De Candide à Atala (1759-1801) de M.Bcrthaut, c’est sans doute que ces deux magistrales études n’avaient pas encore paru.M.Leroy insiste sur les influences extérieures qu’a subies la pensée française au XVIlie siècle (p.261); sur la direction quelle imprima, par le pré-romantisme, au romantisme du XIXc (ch.IX); sur l’étrange attitude de tous ces iconoclastes, pâmés d’admiration devant des nouveautés qui allaient, en précipitant la Révolution.conduire à l’échafaud beaucoup d’entre eux (p.151-152).On apprendra donc beaucoup à parcourir ces fresques ou tableaux d’histoire même si beaucoup, à cause de leur extrême condensation.doivent être complétées par la lecture d’ouvrages spécialisés.Il faudra aussi, pour s’y intéresser à fond, se réconcilier une fois pour toutes et se familiariser avec ce « style étouffé » dont l’auteur abuse vraiment: « Cet ingénieur prenait un brevet (1799) pour lcclai-rage et le chauffage au gaz.Dé-.couvertes sensationnelles.» (P.287) Le chapitre VIII, sur la guerre d’Amérique, intéressera tout particulièrement Américains et Canadiens; mais il faut y corriger partout Bourlamarque en Bourlama-que.Emile CHARTIER, p.d.g®®»»!#® CALVET (J.) VISAGES D'UN DEMI-SIECLE.Paris, Bernard Grasset [cl 959].253p.18.5cm.$2.80 (frais de port en plus) Pour tous Biographie ï •.Ce récent volume de Mgr Cal-vet enchantera d’abord les anciens élèves de l’Institut catholique de Paris et les séminaristes de l’Ecole des Carmes.Les plus âgés regretteront de n’y pas voir se profiler les figures aimées du sulpicien directeur M.Jean Guibert, du latiniste M.Le-chatelier.des abbés Bousquet et Bosche ces maîtres hellénistes, du géologue M.de Lapparent et, à côté du chanoine Colin (p.199), du savant M.Hamonet ou du grammairien Emile Ragon.S’ils sont absents, c’est sans doute qu’ils n’ont pas passé devant la lentille du photographe.Car ce sont bien des photographies (p.170), et rien autre, qui composent cet album.En revanche, que de célébrités défilent devant soi à mesure que l’on fait tourner ce kaléidoscope ! Le maréchal Pétain y tend la main aux cardinaux Suhard, Verdier et Baudrillart.Lord Halifax y travaille à l’union des églises chrétiennes avec M.Portai.Les jésuites Poucel, Pouget, De Grandmaison et le dominicain Sertillanges y sont loués pour leur science.On y voit toutes sortes d’Académiciens, les uns comme Faguet et Brunetière qui le furent vraiment, les autres comme Joseph Agcorges et Alphonse de Châteaubriant qui ne le furent pas, d’autres enfin comme Jean Aicard qui auraient mérité de l’ctrc.Joseph Malègue, Joseph Wilbois et Paul Bureau y figurent en regard de politiques comme Jaurès ou de Monzie et de cet as des as Guync-mer.Il est deux sujets où se manifestent surtout les préférences de Mgr Calvet: le renouveau littéraire chez les catholiques entre 1920 et 1930 (p.111-138), v.g.Ghéon; la Faculté des lettres de l’Institut catholique de Paris (p.151-168), dont il fut le doyen.Ici passent devant la caméra entre autres le méridional abbé Bertrin, le méticuleux Georges Le Bidois, le pittoresque abbé Rousselot.A l’occasion de ces évocations.Mgr Calvet dessine des peintures toutes en nuances et rappelle toutes sortes d’incidents amusants ou tragiques.Car il faut se rappeler que nous sommes à l’époque mar- 22 quée de deux guerres et d'un entre-deux-guerres non moins agité.Il faut lire par exemple, après le sermon cocasse de tel curé (p.95), l’allocution grandiose du cardinal Baudrillart (p.189).Pour s’amuser, on pourra choisir, parmi des histoires, celle des fautes d’orthographe (p.78) ou celle des punaises (p.109), ou encore des réflexions comme celle-ci (p.139): « Certains traits restent précis, peut-être les plus accidentels; d’un grand homme on retient la verrue de son menton ou la manie qu’il avait de se gratter le nez.» A propos de l’abbé Roblot ou Jacques Debout, le livre mentionne meme notre Canada (p.135-136).Si Mgr Calvet a le don de l’humour, il a aussi celui de la formule.L’étude sur l’abbé Morel, cet aventurier doctrinal, se termine ainsi: « Il a eu le sort qu’il avait souhaité: tomber dans le fossé et le combler de son corps pour que d'autres puissent passer * (p.30).A propos de Mgr Battifol, cet autre aventurier, on retrouve quelque chose du même genre (p.38).Finissons par ceci: « La diplomatie est nécessaire pour construire des traités, mais il arrive quelle y introduise la clause qui servira à les défaire » (p.49).Qu’on pense à Woodrow Wilson et au traité de Versailles, celui de 1919! Emile CHARTIER, p.d.LEJONNE (Benjamin) MIRACLE A TURIN.Saint Joseph-Benoit Cottolengo, ouvrier de la Providence.Paris, Apostolat de la Presse [1958].282p.ill.(h.-t.) 18.5cm.$2.40 (frais de port en plus) Pour tous Aimez-vous les histoires invraisemblables, celles dont l’ineffable invraisemblance non pas tient à la fantaisie qui les a inventées, mais se concilie avec la réalité la plus visible, la plus tangible, même la plus sensible ?Alors, lisez ce volume et vous serez servi au-delà de vos désirs.Un gamin de cinq ans rêve de fonder une cité peuplée seulement de pauvres: malades, vieillards, épileptiques, enfants délaissés, idiots, miséreux enfin de tout acabit et de toute provenance sans distinction de langue, de race ou même de religion.Devenu prêtre et chanoine, il fonde, en 1828, sa ville de misère à la Volta Rossa, puis au Valdocco, le quartier le plus pourri de Turin; quand il meurt en 1842, sa cité compte 15,000 habitants et occupe un territoire grand comme le département de la Seine.Cette œuvre colossale, lui l’appelle la Piccola Casa della Providenza\ le peuple, lui, ne la connaît que sous le nom du fondateur, Cottolengo, et n’y voit qu’un vaste hôpital.Mais là n’est pas la merveille ni non plus le miracle.Lorsqu’il entreprend son œuvre; lorsqu’il ajoute les groupes de malades aux groupes de miséreux et les congrégations aux congrégations; lorsqu’il accumule achats de terrains ou de maisons, chaque fois Cottolengo n’a pas un sou vaillant.Bien plus, la Piccola Casa n’a pas un seul revenu; elle ne reçoit aucune subvention ni de l'Etat ni de sociétés particulières.Mieux encore: des dons qu’on lui apporte, pas un sou ne doit traîner dans le coffre sans serrure du caissier putatif Rolando (p.108); mais de nouveaux apports de loqueteux doivent fournir le moyen de mettre la caisse à sec.Or, depuis au-delà d’un siècle, après les trois mois réglementaires de grâce, jamais la Piccola Casa n’a connu à l’échéance une seule dette en souffrance ! Le voilà, le « miracle à Turin ».Comment expliquer ce phénomène invraisemblable ?Par un rai- sonnement que « les sages » désignent comme celui d’« un fou »: « La Providence m’envoie ses malades, mes maîtres.Or, elle défend à son serviteur de se préoccuper du lendemain (Matth.VI, 34).Donc, si elle me charge de les soigner, elle se réserve de payer.» Ainsi raisonnait Cottolengo le fou; ainsi raisonneront ses émules Cafasso et Bosco.La trilogie turinoise (p.237-243), héritière de la logique de Vincent de Paul et de François de Sales, héritée elle-même du Pauvre d’Assise, démontre ainsi que la sociologie des « déviationnistes » (p.190), fondée sur la folie de la Croix, est la seule solide: les autres œuvres s’écroulent à tour de rôle, seules les siennes prospèrent sans le sou (p.103).Si, après avoir lu cette histoire funambulesque, vous ne comprenez pas, allez visiter à Montréal la cité tout aussi miséreuse de Son Eminence le cardinal Léger: le Foyer de charité, l’Hôpital St-Charles-Borromée, l’Institut Dominique-Sa-vio.Alors vous comprendrez, à moins que vous ne soyez.bouché à l’émeri et à demeure.Et peut-être voudrez-vous aider, pour obtenir la rémission de votre égocentrisme antérieur, les « fous patentés » du calibre de Cottolengo ! Les termes d’excellent français provoquer, parangon et mot d’ordre sont-ils désuets pour que l’auteur emploie challenger (verbe), challenger (subs.) et slogan ?Emile CHARTIER, p.d.LA SAINTE BIBLE publiée sous la direction de S.Em.le cardinal Liénart par La Bible pour Tous Texte complet de la Bible.Nouveau Testament.Cartes.Analytique sommaire des livres de la Bible.Lexique.Tableaux chronologiques.Table scripturaire du missel.1586 pages.18.5cm.Edition de propagande $3.00 net (par la poste $3.20) Edition "Diffusion” $4.50 net (par la poste $4.70) Edition de luxe (reliure pleine peau) $12.00 (par la poste $12.20) Distribuée au Canada par FIDES 23 Littérature de jeunesse ACQUAVIVA (J.) et RIBERA (J.) TONY SEXTANT.Chevalier de l’espace.Roman d’anticipation.[Paris, B.P.1958].46p.ill.30cm.(Coll.Ciné-Color) $1.75 (frais de port en plus) Pour jeunes Tony Sextant, le grand spécialiste de l’astronautique, se voit confier par le conseil mondial l'installation du Scié né 1, satellite artificiel de la terre.Le jour où part Tony Sextant, accompagné de son ami Frantz Richter, marque le début d'une ère nouvelle: celle des bâtisseurs de l'espace ! Tony demeurera quatre ans dans le noir des espaces sidéraux pour mener à bien sa mission.Mais dans le cratcrc d’un volcan, sur un îlot du Pacifique, un esprit diabolique machine un plan pour détruire le Séléné 1, et devenir le seul maître du monde.Parce qu’ils concrétisent pour les jeunes l’idéologie des deux clans qui dominent le monde, les romans d’anticipation connaissent actuellement un sommet de popularité.Lorsque ces romans sont rédigés et illustrés avec soin, comme celui de Tony Sextant, ils ont encore plus d’attrait et donnent aux lecteurs le goût des sciences.D.HOULE ?DELASTRE (Louise-André) SAINT JEAN-MARIE VIANNEY.Berger du ciel.[Lyon] Emmanuel Vitte [1958].101p.ill.17.5cm.$1.60 (frais de port en plus) Pour jeunes il était un berger.auquel le Seigneur avait confié un troupeau de moutons noirs.Il était un prêtre.auquel le Seigneur avait confié les âmes de la ville d’Ars.Le saint Curé remplit sa mission avec tant d’amour que les moutons noirs se convertirent et devinrent aussi doux que des agneaux blancs, au grand dépit du loup ravisseur.Ce sont les grandes lignes de la vie du Curé d'Ars que l’auteur a tracées pour le bénéfice des jeunes lecteurs.C’est la simple mais belle aventure d’un prêtre au cœur de feu.A l’exemple du Maître, le curé d’Ars a donné sa vie pour ceux qu'il aimait en Dieu.Et comme le Christ aussi, il a pris sur lui le fardeau de ses brebis: n’allait-il pas jusqu’à donner une petite pénitence aux gros pécheurs se réservant d'expier péniblement (à leur place) pour leurs péchés.La vie du saint Curé inspirera aux jeunes un plus grand amour de Dieu et du prochain.Et des vocations naîtront peut-être par une sorte de « contagion de l’esprit » car la vie des saints est une invite à monter plus haut, à mépriser la médiocrité et à ne rechercher que l'Essentiel qui est Dieu.D.HOULE ?DIELETTE NORA H ET L'AUTOMATE.Illustrations de François Ba- tet.[Paris] Hachette [1958].189p.ill.20.5cm (Coll.Idéal- Bibliothèque, no 164) Relié.$2.25 (frais de port en plus) Pour jeunes Un professeur au Muséum de Paris, M.Troisfontaines, organise une exposition sur Buffon.Il recherche un automate que le célèbre naturaliste français aurait offert en cadeau à sa filleule Angéli-na.La fille de M.Troisfontaines.Norah, une adolescente, est déjà pour lui une aide précieuse dans bien des travaux.Elle s’intéresse passionnément au € Charmeur d’oiseaux ».Grâce à sa vive intelligence, à son imagination débordante, à sa volonté obstinée et à de fervents amis, Norah retrouvera l’objet tant convoité.juste à temps pour l’exposition ! Cependant notre héroïne devra payer chèrement ce succès inespéré.Les jeunes lecteurs dévoreront ce volume dont la présentation est soignée et le sujet fascinant.L’au- l/étudicmt à la page se réfère à LITTÉRATURE (MDIElf-FRAipSf par Samuel Baillargeon, c.ss.r.Préface de M.le Chanoine Lionel Groulx « Littérature canadienne-jrançaise est un guide éclairé, un inventaire opportun, un manuel de grande classe *.(Maurice Lebel.L’Instruction Publique) 460 pages.23cm.79 photos.Relié toile Bibliographie, index $6.00 (par la poste $6.20) Chez Fides 24 tomate qu’il s'agit de retrouver date de la Révolution française; il représente un jeune berger, entouré de trois oiseaux, qui souffle dans un flûtiau d’argent.Que de poésie et de grâce ! Les jeunes passeron* des heures merveilleuses mêlées parfois de crainte et d’angoisse avec Norah qui les entraînera dans ses recherches jusque dans ce rébarbatif et vieux château de Lochmore ! L’action est rapide et tient sans cesse le lecteur en suspens ! H.LEMIRE HUGO (Victor) LES TROIS ENFANTS (Quatre-vingt-treize) Illustrations de Jean Reschofsky.IParis] Hachette [1959].186p.ill.20.5cm.(Coll.Idéal-Bibliothèque, no 161) Relié.$2.25 (frais de port en plus) Pour jeunes 1793 ! En France, la guerre civile fait rage.Au nom du Roi ou de la République tous les crimes sont permis ! « L’homme est un loup pour l’homme » mais quel- quefois l'homme s'attendrit devant trois petits enfants roses et joufflus.C’est ainsi qu’un bataillon de soldats républicains prend sous sa protection trois enfants et leur mère.Mais cette « paternité » sera de courte durée.Les enfants tomberont entre les mains des Royalistes.Michelle Fléchard, leur maman, rendue à la vie par le mendiant Tellmarch parviendra à les retrouver.mais en quelles pénibles circonstances ! Au milieu du bouleversant récit des drames de la guerre civile, sertir — comme un miracle de fraîcheur — la touchante histoire de trois petits enfants, c’est tout l’art du grand-père par excellence et du poète qu'était Victor Hugo ! Les jeunes participeront pendant quelques heures au drame de René-Jean, Gros-Alain et Georgette.Et d’avoir tremblé pour eux leur rendra les personnages plus attachants.Jean Reschofsky a magnifiquement illustré les faits saillants de l’histoire.D.HOULE La collection CLASSIQUES CANADIENS Un instrument indispensable à quiconque désire se faire une opinion personnelle sur notre littérature.Titres parus Brébeuf Frontenac Marguerite Bourgeoys Saint-Denys Garneau Champlain Crémazie Le Père Paul Le Jeune Thomas Chapais Nérée Beauchemin Jules Fournier Albert Lozeau Paul Morin Alain Grandbois Robert Choquette $0.75 chacun (franco $0.80) -Chez FIDES r Le Canada, est-ce d’abord le pays des Peaux-Rouges et des totems?* - * Certaines légendes ont la vie dure.Il existe encore des touristes pour qui le Canada c’est d’abord le pays des sauvages.Il existe encore des étrangers qui, au programme d’un voyage-éclair à travers le Canada, tiendront absolument à mettre une visite à Caughnawaga, estimant que c’est là le clou du voyage, une sorte de promenade d'Alice au pays des merveilles.En notre époque de cinéma, de radio et de télévision, où les pays ont à leur disposition des moyens nombreux et divers de se montrer leur vrai visage, on se demande souvent comment de telles légendes peuvent avoir la vie aussi dure.N’en faudrait-il pas chercher l’explication dans ces publications populaires ou enfantines, faites par des gens qui connaissent bien peu ce dont ils parlent, et qui colportent des demi-vérités, des erreurs, voire même des préjugés.Ouvrez, par exemple, l’encyclopédie en couleurs que vient de publier Hachette sous le titre Le Monde raconté à tous1, et regardez les deux pages consacrées au Canada.Vous y ferez d’étonnantes découvertes ! D’abord, à en juger seulement par les illustrations, le Canada, c’est le pays des sauvages, des totems, où les industries majeures sont la drave, la chasse et la pêche ! Ces illustrations qui couvrent une page et demie sur deux sont dominées par un immense chef Sioux et des mâts totémiques ! Lisez aussi le texte qui accompagne ces illustrations, et vous en apprendrez des choses.Entre autres, que Gaspé est une province, que rattachement des Canadiens français à leur langue est un reliquat des vieilles querelles franco-anglaises ! On n’en croit pas ses yeux de lire, dans une publication française, un texte pareil: « Anciens colons français et britanniques, les 16 millions de Canadiens sont aujourd'hui membres d'un Etat indépendant dont le gouvernement siège à Ottawa.Mais les vieilles querelles franco-anglaises se traduisent encore dans certains aspects de la vie courante: les gens de Québec parlent le français.Ils marquent un certain entêtement à ne pas adopter les mots anglais les plus courants.A la radio, par exemple, ils utilisent des « annonceurs » et non des « speakers ».De telles âneries sautent aux yeux de qui connaît un tant soit peu le Canada.Si tous les autres pays montrent un visage aussi déformé, vraiment, ce n’est pas la peine de mettre entre les mains de nos enfants Le Monde raconté à tous où la fantaisie fait bon ménage avec la vérité historique.R.LECLERC (1) MONLAU (Georges) LE MONDE RACONTE A TOUS.[Paris] Hachette [1959].Préface d’André Maurois.Texte de Georges Monlau.Illustrations de Pierre Probst.96p.ill.33cm.(Coll.Encyclopédie en couleurs) Relié $6.50 (frais de port en plus) 25 Nouveautés Librairie Beaucoup deducateurs, de libraires, et même de bibliothécaires n’ont pas en mains les instruments nécessaires pour se rendre compte, très rapidement, de la valeur morale des ouvrages qui viennent de paraître sur le marché.Aussi avons-nous pensé leur rendre service en publiant, chaque mois, une liste des plus récents ouvrages avec leur cote morale.Cette cote a été établie apres consultation attentive des diverses revues catholiques de bibliographie-conseil, telles que Livres et Lectures, les Notes bibliographiques, la Revue des Cercles d'étude d'Angers, etc.Il se peut cependant que quelques-unes de ces cotes soient, un jour ou l’autre, sujetres à rectification, si, apres une etude des ouvrages en question, nous nous rendons compte que la cote donnée par les revues européennes n’est pas adaptée au milieu canadien.Quoi qu’il en soit, nous croyons que les cotes données ci-dessous sont suffisamment sérieuses pour être publiées, sous bénéfice d’inventaire.ANNABEL, Comme tout le monde M ARN A VON (C.), L’Américanisme et nous M BALZAC (H.de).Le Lys dans la vallée (coll.Marabout).M BERTIN (C.), Le temps des femmes.B?BOISDEFFRE (P.de), L’amour et l’ennui .D BROCHON (P.), Le canari ne chante plus D CAZIN (P.), L’homme qui avait vu des choses TB CHAUMONT (J.-J.), Mourir demain D COCCIOLI (C), Un suicide .D DU BOS (C.), Journal VU! .TB ESTANG (L.), L’horloger du Cherche-Midi B?FRANCOLIN (C.), La vie passionnée de Paul Gauguin .B?GAY (Mme F.), Grands-mères d’aujourd'hui TB GENEVOIX (M.), Le roman de Renard.B GILBRETH (F.B.), Comment on devient papa TB GIONO (J.) et ALLIOUX (A.), Hortense ou l’eau vive .B.HOFMANN (M.R.), Tchaikovsky .B KATCHA (V.), Les poings fermés.B?KAZANTZAKI (N.), La dernière tentation .M LAMBERT (J.), Gide familier .B?LANOUX (A.), A quoi jouent les enfants du bourreau .D MADAULE (J.), César .B MALAPARTE (C.), Sang .D MALEGUE (J.), Pierres noires .B MARCHAL (L.), Le mage du Sertao (coll.Marabout-géant) .D MAURIAC (F.), Mémoires intérieurs.B-S MAUROIS (A.), La vie de Sir Alexander Fleming .TB MARITAIN (J.), Réflexions sur l’Amérique TB METHA (V.), Vu par un aveugle.TB MIGOT (Dr A.), Chine sans muraille.D ODLUM (J.), A chaque aube je meurs (coll.Marabout) .D PASTERNAK (B.), Sauf-conduit.B-S PEISSON (E.), Thomas et l’ange .B PELLISSIER (J.), Cinq hommes sur un radeau.TB PEYRE (J.), Le pont des sorts .B PEYREFITTE (R.), L’exilé de Capri M QUEANT (O.), Les mains unies .B?REBOUT (E.), Si toubib .TB ROMAINS (J.), Mémoires de Madame Chauverel, t.1 .M SAINT-FELIX, La Reine stérile .M SAINT-PIERRE (M.de), Les murmures de Satan .B?TELDY NAIM (R.), Faut-il brûler Teilhard de Chardin .®?TRIOLET (E.), Roses à crédit .B?Signification des cotes JW — mauvais B — pour adultes D — dangereux Tfî — pour tous B:> — appelle des réserves TB-S — pour tous mais spécialisé 2 6 T > WW BEAUX-ARTS Jacques Tati est loin d’être un pur inconnu pour les cinéphiles canadiens.Sans être aussi populaire que le vieux Chariot de Chaplin, le personnage de Hulot a commencé depuis quelques années à hanter notre imagination avec sa longue silhouette déguin-gandée, sa démarche sautillante, sa figure poupine, sa pipe et ses aventures désopilantes.C’est dans Les vacances de Monsieur Hulot (1952) que nous l’avons vu pour la première fois, grand gaillard rêveur, descendu d’un autre monde sur une quelconque plage de la Manche, pour y troubler par ses facéties et sa bonne humeur l’hébétude satisfaite d’une colonie d’estivants dérisoires et médiocres.Dans Mon Oncle que la Comédie Canadienne a présenté avec un immense succès en juin et en juillet derniers, Hulot est devenu le beau-frère d’un industriel cossu et mécanisé.Il a changé son veston « sport » pour un imperméable, sa canne à pêche pour un parapluie, mais il a conservé un pantalon trop long, sa pipe et surtout son esprit farfelu, son insouciance d’enfant, ses initiatives insolites qui viennent déranger le mode de vie d’une famille déshumanisée par les excès du confort.Le scénario de Mon oncle, comme tous les scénarios de Tati, n'est pas romancé.« II ne m’a pas paru nécessaire de fabriquer un scénario avec les habituelles intrigues, coups de théâtre, rebondissements, dénouement; ces conventions ne sont pas nécessaires pour faire un film », disait-il à propos des Vacances de Monsieur Hulot.Mais c’est vrai aussi de Mon oncle.M.et Mme Arpel, industriel, habitent avec leur fils Gérard une villa ultra-moderne située dans le quartier neuf des grands bâtiments de Créteil.Cette maison est le reflet d’un monde mécanisé, aseptisé, qui suinte l’ennui.La moindre rencontre dans un tel cadre devient une réception officielle.D’autre part, le frère de Mme Arpel, M.Hulot, oncle de Gérard, habite une vieille maison, curieusement cloisonnée, dans le vieux quartier de Saint-Maur, où tout le monde se connaît, où règne l’amitié, où, de la concierge au marchand de quatre-saisons, en passant par le balayeur ou le patron du bistrot, tout le monde est serviable, prêt à causer, prêt à se donner la main.M.Hulot apparemment désœuvré, monté sur son vélomoteur, va souvent chercher son neveu Gérard pour l’emmener jouer sur un terrain vague, lieu de prédilection des joyeux enfants du vieux Saint-Maur.Le petit chien Teckel ultra-propre de la famille Arpel profite aussi de l’aubaine pour rejoindre ses frères les chiens bâtards du vieux Saint-Maur.Tous s’en donnent à cœur joie.Gérard joue avec ses camarades à provoquer des disputes entre automobilistes ou, caché avec eux derrière une palissade, à obliger les passants à se cogner contre un bec de gaz.Quand ils ont gagné à ces jeux, ils achètent des beignets dont la pâte a été au préalable bien malaxée dans les mains du marchand italien.Quant au petit chien Teckel, il profite de sa liberté pour jouer avec ses semblables et manger dans toutes les poubelles du quartier.Le retour à la maison paternelle ultra-moderne n’est pas de tout repos.Dans l’allée comme dans les plates-bandes tout est prévu pour poser proprement les pieds aux endroits indiqués.Dès l’entrée dans l’appartement, chien et enfant sont happés pour être nettoyés, aseptisés de la tête aux pieds par Mme Ar-pcl.M.Hulot repart souvent sur la pointe des pieds sans entrer dans l’appartement et a parfois quelque ennui avec le portail automatique de la villa.Gérard obligé de se mettre à table devant un œuf à la coque aseptisé, est secoué par le hoquet de la digestion de ses beignets.M.Arpel se rend tous les matins dans sa luxueuse voiture à son usine.Au préalable, sa voiture et lui-même sont minutieusement « nettoyés » par Mme Arpel.L’usine fabrique des tuyaux en nylon.M.Hulot, à qui son beau-frère a déjà essayé de trouver une place sans succès dans une grande administration, est embauché.Mais il sera bientôt mis à pied.Voulant gentiment remplacer un ouvrier, il dérègle sa machine et les tuyaux sortent sous toutes les formes: petits saucissons, ballons, etc.Avec les ouvriers de l’usine en équipe nocturne, dans une voiture à cheval, il s’empresse de jeter dans la Seine ces résidus d’aspect insolite.Mme Arpel veut essayer de marier son frère.Elle organise une réception dans sa villa.Elle invite quelques amis et l’élue: une voisine du genre « Marie-Chantal prolongée ».Tout échoue.M.Hulot n’est vraiment pas de ce monde.Devant tous les ennuis que lui occasionne son beau-frère, M.Arpel décide de l'envoyer en province.M.Hulot va prendre l’avion.Involontairement, au moment des adieux, M.Arpel provoque le même gag du bec de gaz, jeu préféré de son fils Gérard avec ses petits camarades du terrain vague de Saint-Maur.Instinctivement, comme il le nu .J.27 porc.Heureux, ils rentrent ensemble à la maison; Gérard est assis dans la voiture à côté de son père qui sourit.Le père s’est humanisé: il vient de retrouver son fils.Rien de plus simple que cette histoire.Si I on s'en tient aux apparences, on rappelle le scénario-prétexte du film burlesque dévoré par les gags.Mais une analyse plus approfondie montre que le gag, ici.n’est pas une fin en soi et qu’il découle de la continuité.L'auteur cherche moins le coup de théâtre que le coup de cinéma, moins le choc dramatique que la trouvaille phénoménologique, moins l’effet que la cause.Tati est plus près du néo-réalisme que de Chaplin: on pense à un Voleur de bicyclette encore plus décanté, sans même le recours au fait-divers; il y a, ici aussi, un père et un fils; mais le plus important est l’intercession de l'oncle.Mon oncle fait état, malgré sa poésie périphérique, d un réalisme vrai: l’existence n’est pas faite, en général, d'événements considérables, mais de moments critiques.Entre la première et la dernière image du film il ne s’agite aucun conflit majeur, les passions ne flambent pas, mais on sent qu’il se passe quelque chose d'indéfinissable, comme dans certaines œuvres théâtrales modernes.Une légère évolution psychologique se manifeste: Hulot fait un effort d'adaptation; le père rejoint son fils à travers un sourire complice; l'enfant a vieilli un peu.C'est tout.Mais cette succession .Mon cher vieux John, chaque fois que je me pose à moi-même certaines graves questions qui intéressent notre destin, c’est vers toi qu’ins-tinctivement je reviens, vers toi et vers d’autres aussi que j’ai connus un peu partout dans les forêts et les champs de mon pays et qui te ressemblaient.Et c’est comme si, après de longs et compliqués détours, je retrouvais enfin des vérités toutes simples, toutes claires et jeunes, et si larges et profondes qu’elles me semblent con- tenir tout le passé et tout l'avenir aussi.Ne t’étonne donc pas, si je te dis que j'aimerais bien passer quelque temps près de toi.Je serais comme à ton école pour t’observer, t’interroger, pour apprendre le secret de ce lien qui unit les cœurs simples, les intelligences droites et pures à la grande vie qui nous presse tout autour.Nous irions ensemble travailler dans la boutique de Dieu qui est au bord de l’eau.Tu me montrerais à regarder, tu m’apprendrais à écouter.la mer, par exemple.Tantôt elle parle fort, elle frappe et ponctue.Et c’est une parole très sérieuse que la sienne.Et on n’a pas envie de dire des folies devant elle.Tantôt, c’est l’homme qui s’en va sur la mer ou c’est l'homme qui revient.Et alors, c’est vraiment quelqu’un, cet homme, avec ses hautes bottes et la longue traîne de ses filets ruisselants; et quand on n’est que terrien, on est comme un enfant devant lui.Et par moment, la mer, elle joue, plaisante et badine; et par moment, elle se tait à cause du secret ineffable qui pèse sur son cœur; à cause de sa gloire, et peut-être aussi, de la peine qu’elle fait à l’homme, parfois.Et, par moment, la mer, elle appelle à petite voix basse et tendre; et la lune est au second étage du ciel; et sur l’eau tranquille elle a jeté comme une claire échelle par quoi, cette nuit, puissent monter les songes.Puis, de nouveau, c’est le matin calme et pur; et le jardin de l’horizon est plein de profondes corolles qui se déplient comme de bleues belles-de-jour; et l’homme va butiner au loin.Là ! quel spectacle et qui donne à réfléchir.Cher ami, j’ai fréquenté de grands livres que tu ne connais pas, bien qu’ils soient faits, en bonne partie du moins, de réalités semblables à celles qui te sont familières; et longtemps j’ai pensé et je pense encore à d’autres beaux et grands livres que les réalités de mon pays pourraient inspirer.C’est pourquoi, sans te quitter, je voudrais maintenant, me tourner vers mes jeunes frères qui sont, là-bas, dans les écoles, et après avoir évoqué quelques souvenirs, leur indiquer où devront, à mon humble sens, aller les écrivains qu’il me plaît de prévoir dans les lointains poétiques de ma patrie.F.-A.SAVARD
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