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Titre :
Lectures
Grâce à ses critiques littéraires, Lectures souhaite faire connaître la valeur intellectuelle et morale des nouvelles parutions tout en créant un barrage efficace contre les « mauvaises lectures ».
Éditeur :
  • Montréal :Service de bibliographie et de documentation de Fides,1946-1966
Contenu spécifique :
mercredi 15 avril 1959
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Lectures et bibliothèques
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Lectures, 1959-04, Collections de BAnQ.

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Nouvelle série Vol.5 —No 16 Montréal, 15 avril 1959 Son [m.le cardinal Lé g i Semaine des bibliothi er et la èques A l'occasion de la Semaine des bibliothèques canadiennes (du 12 au 18 avril), Son Eminence le ( | cardinal Paul-Emile Léger, dans une lettre adressée à Mlle Cécile Saint-Joffre, de la Bibliothèque de la > > ville de Montréal, a donné le message qui suit: S Vous m’avez exposé, lors de l’audience que je vous avais accordée, les buts de la Semaine des Bibliothèques canadiennes.C’est de tout cœur que j’encourage cette initiative.Je souhaite que le grand public soit attentif aux mots d’ordre que vous lancerez à cette occasion.Votre profession vous permet de déceler, dans notre milieu social, une certaine apathie vis-à-vis des exigences de la culture.Nos gens ne lisent pas et un trop grand nombre de nos concitoyens ignorent même l’existence des bibliothèques publiques.Cette insouciance crée une opinion générale indifférente à tous les problèmes qui touchent à la culture, et les gouvernements, à tous les niveaux, ne font rien pour combattre cette inertie, sous le fallacieux prétexte de ne pas alourdir leurs budgets.Or, l’ignorance devient le plus grand obstacle à la promotion des masses et nos dirigeants devraient considérer ce problème afin d’y apporter une solution rapide et efficace.Les bibliothèques ne sont pas de simples dépôts de livres.Ce sont des temples de la science et toutes les catégories de citoyens peuvent les fréquenter afin d’en retirer de réels bienfaits pour leur vie professionnelle et surtout pour y puiser les éléments d’une culture vraiment humaine.On multiplie les campagnes contre la mauvaise littérature et on a raison de le faire puisque c’est par ce moyen que, très souvent hélas! le venin du mal atteint le cœur des jeunes.Mais le meilleur antidote à ce poison n’est-il pas la bonne lecture ?Or, nos bibliothèques sont des arsenaux d’armes efficaces pour la conquête de la vérité et de la vraie civilisation.D’autre part, ceux qui fréquenteront ces lieux y trouveront des hommes et des femmes qui ont consacré leur vie à la recherche et à la diffusion de la vérité.Le bibliothécaire est l’ami et le conseiller de tous ceux qui veulent s’initier à l’art de la bonne lecture.Les buts de la Semaine que votre comité a organisée nous apparaissent ainsi très clairement: inviter le public à fréquenter les bibliothèques et inciter les autorités compétentes à multiplier ces temples de la science.Le Grand Prix catholique de littérature à Maurice Zermatten PARIS (CCC) — Le Grand Prix catholique de littérature, décerné cette année pour la cinquième fois, a été attribué au romancier catholique suisse Maurice Zermatten pour l’ensemble de son œuvre, à l’occasion de la publication de son roman La fontaine d’Aréthuse (Ed.Desclée de Brouwer).Proclamant les résultats du vote, le secrétaire du prix, M.Maurice Carité a précisé d’une part, que les jurés avaient d’abord salué la mémoire de Joseph Malègue (auteur d'Augustin ou Le maître est là), dont l’ouvrage posthume, Pierres noires, a été récemment publié; d’autre part, que le choix du lauréat s’était effectué au second tour de scrutin, par 7 voix à M.Zermatten contre 3 à M.Jean David (pour Les survivants, Ed.du Seuil).M.Maurice Zermatten est né en 1910, en Suisse romande.Ses principaux romans sont: (Suite à la page 241) LECTURES REVUE BI-MENSUELLE DE BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE publiée par le SERVICE DE BIBLIOGRAPHIE ET DE DOCUMENTATION DE FIDES Direction: R.P.Paul-A.Martin, c.s.c.Rédaction: Rita Leclerc Abonnement annuel: $2.00 Etudiants: $1.00 Le numéro: $0.10 FIDES, 25 est, rue Saint-Jacques, Montréal-1 — UN.1-9621 Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe.Ministère des Postes, Ottawa.(Suite de la page 241 ) Le cœur inutile *, Le chemin difficile, Colère de Dieu, Sang des morts, La montagne sans étoiles, Le lierre et le figuier, La fontaine d’Aréthu-se2.On lui doit aussi des essais sur Rilke et Ramuz.Vice-président des écrivains suisses, professeur de langue et de littérature françaises au lycée de Sion, père de famille nombreuse (six enfants), Maurice Zermatten fait honneur aux lettres catholiques et à la littérature française.Le prix lui est attribué pour l’ensemble de son œuvre.C’est déjà une consécration puisque cette œuvre comporte une trentaine de titres, en majorité des romans.Mais Maurice Zermatten est aussi homme de théâtre.Il a écrit deux pièces: Les mains pures et Isabelle de Chevron, ainsi qu’une adaptation de Calderon: Les cheveux d’Absalon.Deux essais nous rappellent que Ramuz fut pour lui à la fois une découverte et un guide.Chez Ramuz, il apprit qu’une littérature d’inspiration régionaliste pouvait atteindre à l’universel.S’il ne s’est pas cantonné dans la description ni dans le folklore, s’il n’a pas la langue drue et large du maître valaisan, il se sert des paysages et des gens du Valais pour écrire des romans comme La montagne sans étoiles, Le lierre et le figuier, La fontaine d’Aré-thuse.Un barrage qui se construit dans cette région solitaire, les paysans devenus ouvriers, l’argent qui enrichit, mais qui corrompt, c’est à une métamorphose de civilisation que l’écrivain assiste et il en éprouve jusque dans son cœur de fils, tous les remous sociaux et spirituels.D’où l’existence tragique, presque désespérée à vues humaines, de l’abbé Clivaz dans La fontaine d’Aréthuse, pauvre curé brûlant de zèle au milieu d’un peuple matérialisé que subjugue le tenancier de bistrot.Maurice Zermatten éveille des inquiétudes profondément chrétiennes et c’est aussi cela que le grand Prix catholique de littérature entend souligner.(1) Appelle des réserves.(2) Appelle des réserves.— Les autres romans de cet auteur sont des romans pour adultes.(N.D.L.R.) Erratum Dans le dernier numéro de LECTURES, la recension du livre de J.Craig, La Marche vers l’ouest (p.236), a été attribuée par erreur à H.Lemire.Cette recension est l’œuvre de D.Houle.-Index des auteurs recensés dans ce numéro — ANNE-MARIE, p.248 *** Les Heures du jour, p.249 BRUNET (M.)f p.252 LEFRANC (M.), p.243 CERBELAUD-SALAGNAC (G.), p.251 LEGAULT (E.), p.248 CHEREL (A.), p.249 MAHE (C.), p.250 COLETTE, p.246 VIGNES (H.), p.251 - Publication approuvée par l'Ordinaire - 242 Etudes d'auteurs canadiens Marie Le Franc Toujours alerte et fragile, Marie Le Franc est repassée en France, après avoir vécu la moitié de son existence au Canada, soit une quarantaine d années.Llle était nee le 4 octobre 1879, sur la rive même de l’Atlantique, dans un petit poste de douane isolé, dépendant de Sarzeau, dans le Morbihan, en Bretagne.C’est là qu elle poursuit sa leconde carrière littéraire.Dans cette évocation puissante qu’est Enfance marine, Marie Le Jbranc a raconte 1 enchantement de son éveil à la vie consciente.C’est, en un même livre, toute la magie que peuvent apporter ensemble trois grands memes: 1 océan, la Bretagne, lame impressionnable de la petite fille.Des souvenirs de ses premières années l'auteur aura tiré un ouvrage sans pareil.Jusqu’à l’âge de seize ans, Marie Le Franc poursuit ses études à l’école des Sœurs de Sarzeau.Puis, comme elle se destine à l’enseignement, elle suit jusqu’à dix-neuf ans les cours de l’Ecole Normale de Vannes.Et elle devient institutrice dans le Morbihan.Toutefois, cette jeune fille délicate est bretonne jusqu’aux moelles.Elle a le goût de 1 aventure dans le sang.Elle n’aspire qu’à courir le monde.Dès l’école normale, elle avait sollicité un poste à Madagascar ou en Indochine.A la fin, elle choisira le Canada.Non pas à la suite d’études comparatives, car elle est bien peu renseignée sur notre pays.Celui-ci lui offre justement l’attrait de l’inconnu, du mystérieux et du lointain.De New York, Marie Le Franc surgit au Canada au début du mois de février 1906.Elle n’a guère de plans, elle ne sait pas ce qui l’attend.Sa nuit en chemin de fer, elle la passe à découvrir l’immensité des campagnes, le noir illimité des forêts, surtout l’épaisseur des étendues de neige qui feutre les bruits du convoi et produit un silence insolite.Au matin, voilà donc Marie Le Franc échouée en pleine contrée nordique, dans notre Montréal ou la neige tombe sur la neige.Elle s en va uans une enambre meuoiee que lui indique le consulat de Prance.Un énorme cnien lui leene la main au passage, l accompagne un long moment: eue a reçu du dur pays canadien sa premiere caresse et son premier témoignage d amitié.Une enseigne de journal français retient son attention, un prompt instinct de journaliste la précipité dans le bureau du directeur.« vous avez ueja tait du journalisme ?» La visiteuse se souvient de quelques contributions a un journal de Vannes.« Un peu.— Vous connaissez 1 anglais ?— En classe, nous traduisions Macbeth.> La traduction de Macbeth n était pas une preparation suffisante, u aspirante journaliste revient bredouille d un procès ou tout se déroulé en anglais, loutefois, sa carrière durera bien un mois et lui rapportera les très modestes émoluments de l’époque.Le consul de France n’oublie pas l’institutrice bretonne qui se jetait dans l’aventure canadienne d’un cœur si hardi.Lui aussi a étudié à Vannes, chez les Jésuites, et cela crée un lien.11 la présente à une autre Française qui est professeur à l’Université McGill.Un poste de « maîtresse interne de français » est vacant au collège Havergale, à Toronto.Marie Le Franc bute sur le mot « interne ».La fille de la mer déteste tous les mots qui rappellent le confinement eu l’existence enclose dans des murs.En mars, elle promène sur le Mont-Royal deux enfants anglais: une fille de cinq ans, un garçon de quatre ans, qui sont des candidats à la langue française.Le petit fox n’a pas de ces ambitions et se contente de jouer avec le manchon de la gouvernante improvisée.Soudain, il le saisit bien, il se sauve, il disparaît, l’abandonne dans quelque fourré de la montagne.Les enfants s’amusent follement, Marie Le Franc aussi, mais un peu moins car elle vient de perdre l'article le plus confortable de son équipement d’hiver improvisé.Cette clientèle particulière s’étend.La jeune fille émigre vers l’ouest de la ville, elle enseigne à domicile.Un jour, elle voit dans une vitrine un portrait de femme qui lui inspire une nouvelle.L’Album universel l’accepte aussitôt.De 243 loin en loin, elle en écrit d'autres quand l'inspiration la saisit.Cependant sa veruaDie carrière ne s est pas reveiee avec torce, et la jeune nn-migrame n est pas satisfaite de son travail; elle pense oeaucoup aux revenus additionnels que lui rapportent ses incursions dans les lettres pour alimenter la marmite qui est dans le moment une cafetière, style samovar russe, qui fournit a lui seul des repas substantiels; repas que complètent des biscuits, dits de soldats ou de marins, dont Marie Le Franc retrouvera beaucoup plus tard et avec émotion, les pareils, à Saint-Malo, dans les soutes d’un navire en partance pour Terre-Neuve.Et quand elle vit ce navire, l'incoercible aventurière faillit oublier le Canada.Un certain père Yvon le nolisait chaque année pour apporter aux morutiers, sur nos bancs, des lettres, des médicaments et autres marchandises.Elle s’enquiert auprès de lui pour savoir s’il n’y aurait pas une place à bord pour une passagère désireuse de voir et d'être utile.On lui répondit que les femmes n’étaient pas admises à bord.Après coup, la jeune fille pensa qu’elle devait des remerciements au pere Yvon.L’incident révèle jusqu à quel point Marie Le Franc avait l'humeur aventureuse, mais aussi enjouée.Quelques années se passent.Un an après la guerre de 1914, la principale d’un petit collège privé anglais qui vient de se fonder à West-mount, la convoque par téléphone.Elle cherche un professeur de français.La réaction de l’institutrice est symptomatique: elle propose d’accepter, pour obliger, mais jusqu’à Noël seulement.Car Marie Le Franc veut défendre sa sacro-sainte indépendance et la liberté de ses mouvements.Et voici ce qu’elle écrit: « Je découvre alors le vrai motif de ma fuite au Canada: sortir de la routine de l’enseignement et, peut-être, dans ce pays qui parlait français, la possibilité de trouver là quelque chose à exprimer.Le désir d’écrire, le besoin d’écrire ont précédé pendant des années la réalisation ».Pourtant, dans cette école qui lui avait paru au premier abord si revêche, Marie Le Franc enseignera le français pendant dix-huit ans.Elle a conservé de cette période un souvenir charmant: « Je demeurai dans cette école environ dix-huit années, où nous apprimes à nous connaître, les filles sportives et moi, à jouer ensemble Le bourgeois gentilhomme, à les habituer à mon indépendance et moi à la leur, à les trouver, dans la classe de neuf heures du matin, un jour d'hiver, les bras nus croisés sur les pupitres », avec la grammaire française comme devoir principal, mais « leurs déléguées me disant: « S’il vous plaît, parlez-nous encore de Marie-Antoinette ».Pourquoi pas ?La fenêtre était ouverte sur le parc, les écureuils sautaient des hauts sapins pour venir chercher les noisettes sur les pupitres, on voyait briller le Saint-Laurent glace ».La grammaire était ennuyeuse « et Murie-Antoineite qui, a la precedente classe de français, raccommodait dans sa prison sa robe noire avec du fil blanc, avait trouve le chemin secret du coeur de grandes fillettes bien portantes, vivantes, amies du fair-play, désireuses de conserver leur self-control dans toutes les circonstances de leur vie d'écolières aussi bien que dans leurs compétitions sportives ».Ces tableaux peints d'une main légère nous assurent que l’enseignement de Marie Le Franc ne manquait pas de fantaisie et savait mêler les répits à l’austérité.Et voilà que la vocation d’écrire qui tourmentait la Bretonne, mais un peu mollement, et sans grande conviction, va soudain s'emparer d’elle tout entière.« Qu’était devenu ce rêve d'écrire ?» se demande-t-elle.« L’enseignement m’avait tenue dans ses mâchoires.Je rentrais chez moi chaque soir incapable d'un autre effort.» Puis vient la libération dans les conditions suivantes: « J’avais perdu deux frères.Je me souviens du coup affreux que me causa l’annonce de la disparition du premier, enlevé en pleine promesse d’un brillant avenir.J’étais frappée en même temps que lui: comment expliquer qu’à ce moment même, il me sembla qu’avant de tomber, il remettait entre mes mains cet avenir.11 fallait le faire survivre.Le soir de cette journée, je puis dire à son commandement, j’écrivis un poème, — bon ou mauvais, il n’importe, ce qui comptait était de l’avoir écrit après des années de mutisme, — qui fut suivi par d’autres et marqua pour moi l'entrée dans les lettres ».En d’autres mots, toute la sensibilité de Marie Le Franc est ébranlée, des obstacles intérieurs disparaissent, une volonté s’affirme, une grande carrière commence.A partir de ce jour, Marie Le Franc travaille résolument.Elle écrit des poèmes, des nouvelles, et maintenant des romans.L’un de ces derniers porte le titre suivant: Grand Louis l’innocent.Elle parle aujourd’hui de « ce Grand Louis écrit par hasard, et comme méfiant de la prose, en quelques semaines, à la suite d’une promenade, la veille de mon embarquement pour le retour au Canada ».L’inspiration lui est venue « à l’extrémitc de la presqu’île de Sarzeau chambardée par une mer démontée, avec, à peine émergeant d’une lande épaisse au bord de l’Océan, une silencieuse maison basse, inhabitée dont je fais le tour.Avant d’avoir regagné mon logis, j’avais placé deux personnages dans la maison de la lande.Sitôt à Montréal, j’écrivis la fragile histoire ».Il s’est évidemment produit un phénomène de cristallisation: de nombreux éléments contenus dans la mémoire, dans l’imagination, la sensibilité, se coordonnent soudain et s’organisent en un tout.L’ouvrage s’écrit presque d’un jet.Très satisfai- 244 te d’elle-même, Marie Le Franc expédie le manuscrit chez un éditeur.Toutefois, la copie lui « revint peu de temps après, avec, comme seul commentaire sur la marge de la première page: Ridicule ».Le mot ne désarçonne pas trop l’auteur.Elle ne renie pas son œuvre pour autant.D’autres circonstances favorables interviennent.« A la suite d’un récit: Montréal sous la neige envoyé à la revue Europe que j’avais remarquée dans la vitrine d’un libraire, je reçus du rédacteur en chef.l’invitation de lui communiquer tous les manuscrits que je pouvais avoir de disponibles.Je n’avais rien d’autre ù ce moment que Grand Louis.Je dois dire qu’il doit d’abord sa fortune à ce Montréal sous la neige qui avait fait pour ainsi dire sa présentation.» Ce directeur de revue se montre plus compréhensif, le roman est tout de suite publié, bientôt il paraît en volume.Les jours passent.En 1927, Marie Le Franc découvre un câblogramme poussé sous sa porte.Il se lit comme suit: « Vous avez le prix Femina ».Elle a bonne envie d’y croire, mais ne l’ose.« Quelques jours auparavant, un journal littéraire de France publiait parmi ses dessins humoristiques, celui d’une petite bonne femme penchée sur les rochers de la Gaspésie devant un télescope braqué sur la France: « Le franc monte •/.Nous étions encore en période de dépression et plus habitués £ entendre: « Le franc baisse ».Je fus donc satisfaite de le voir monter.Le prix Femina, quand on n’est pas sur les lieux est une entreprise d’éditeur.» Peu de jours s’écoulent.« Une autre dépêche, bleue cette fois, m’arrive signée d’un des membres du jury: « Princesse Murat, votre compatriote ».Cette fois, les derniers doutes se sont évanouis.Marie Le Franc câble aussitôt une réponse à son éditeur: « Chic ».On conçoit assez qu’un événement pareil marquant le premier succès d'une carrière longue, ait ému profondément la jeune fille exilée.Aussi, après bien des années, le souvenir de cette journée est encore très net dans la mémoire de l’octogénaire d’aujourd'hui.« Le jour baissait », écrit-elle aujourd’hui, avec un peu de mélancolie peut-être, « il tombait une neige éparpillée, douce et bleutée.Au cours de cette journée du 7 décembre.Montréal avait fait silence.Le téléphone n’avait pas sonné dans mon appartement.Pendant mon retour du bureau des câblogrammes, i’étais accompagnée par une ombre: celle de Louis Hémon, à qui je devais d’avoir découvert l’existence du Canada des campagnes avec ses âmes ferventes qui battaient au rythme d’une nature grandiose qui devait de plus en plus m’envoûter.J’entrai en passant dans un magasin voisin de mon logis qui allait fermer ses portes et escomptant ma fortune future, — les 6.000 francs du Femina.— j’achetai deux disques d’opéras de Massenet chantés par Clément à cette époque, et une canne en bambou pour mes promenades auxquelles m’invitaient parfois le jour et la neige tombant ensemble sur le Mont-Royal.» Marie Le Franc sait se montrer enjouée dans ses récits.Mais en quelque part, au fond, un peu loin, se joue une note un peu mélancolique.Elle reçoit l’honneur du prix Femina, mais elle n'est pas â Paris pour en profiter pleinement.On ne peut pas dire qu’elle soit une exilée chez nous, car elle s’est fait de nombreux amis qui ont appris à l’aimer.Toutefois, le Canada français ne réagit guère à la grande nouvelle littéraire du moment et nos journaux ne lui accordent pas du tout l’importance qu’elle méritait.Mais de la date de publication de Grand Louis l’innocent commence la période littéraire la plus active de Marie Le Franc.Son cher pavs d’adoption devient la source de son inspiration.Depuis plusieurs années, elle l’observe, elle l’explore, elle en connaît la dureté hivernale, les humeurs et les caprices.Elle peut écrire aujourd’hui: « Je n’ai pas dit ce que je dois au Canada.Mes livres, je veux le croire, répondront pour moi.Ils ne sont qu’une ébauche.comme la plupart des livres, mais ils ont la chance de s’inspirer de tableaux où les hommes et la nature s’harmonisaient ».Les bioera* r>hos diront peut-être que Marie Le Franc s’efforce à connaître notre province: l’expression ne serait pas juste.Il n’est pas à propos d’anpeler devoir ce qui est devenu pour elle un goût et un nlaisir.nous pouvons même dire une passion.File multiplie ses randonnées passionnées.elle écoute les voix de la forêt et des lacs, des rivières et de la mer.File thésaurise les impressions, les sensations qui, un oeu plus tard, s’agglutinent pour former des volumes.D’autre part, le livre ne fut la seule manière dont elle savait s’exprimer.Elle parle en public avec beaucoup d’aisance et de finesse, et donne de nombreuses conférences.File écrit des articles pour les journaux et les revues.A la radio, elle donne des essais qui se retrouveraient dans le Canada rustique.L’écrivain quelle était se multiplie et ne cesse de produire.Dans le même temps, Marie le Franc fait la navette entre le Canada et sa Bretagne natale.Flic va souvent se retremper au pavs des ancêtres.Puis, un bon iour.il se fait tard, elle nous dit adieu.Mais elle reviendra une autre fois.File est maintenant octogénaire.Au Canada.elle retrouve ses amis d’autrefois.Ce sont des rencontres qui l’émeuvent beaucoup.Dans cette bonne amitié, elle semble puiser une énergie nouvelle.Maintenant mieux connue par ses 245 T œuvres qui se sont répandues, elle regarde une moisson surgir de la semence qu’elle a autrefois jetée à pleines mains.En nous tous, n’a-t-elle pas développé l’art de bien voir ce grand pays sauvage qui est le nôtre, de le sentir et de l’exprimer?D'en sentir les beautés secrètes et de les dire dans une prose ardente ?Nous espérons maintenant qu’après l’enfance marine, Marie le Franc nous donnera un jour des souvenirs canadiens où elle laisserait courir sans apprêt sa plume toujours vivante, enjouée, amusée, charmante, aisée; plume sans apprêt mais qui, durant sa longue carrière, a appris les secrets intimes du style et les mystères de la prose.* * * ŒUVRES 0) — Les voix du cœur et de l’âtne.Montréal.La Compagnie d’Imp.Perrault, 1920.139p.— Les voix de misère et d’allégresse.Paris, Les Editions Crès, 1923.208p.— Grand Louis l’innocent.Paris, Ed.Sudel, 1927.— Dans la tourmente.Paris, Ed.Sudel.— Inventaire.6e éd.Paris, Rieder fc 19301.244p.(Coll.Prosateurs français contemporains).— Grand Louis le revenant.Paris.Ed.du Tambourin.1930.— Hélier fils du bois.Paris.Ed.Nelson, 1930.— Le Poste sur la dune.Paris, Rieder, 1930.— Au pays canadien-français.Paris, Fasquelle [cl9311.237p.(Coll.Voyageuses de lettres).— Visages de Montréal.Montréal, Ed.du Zodiaque [1934J.236p.(Coll, du Zodiaque).— La rivière solitaire.[Paris] Ferenczi [cl934].255p.— Dans l’ile d’Ouessant.Paris, Ed.Fasquelle, 1934.— La randonnée passionnée.[Paris] Ferenczi [cl936].248p.— Pêcheurs de Gaspé-sie.Paris, Ferenczi, 1938.[159]p.(Coll.Le livre moderne illustré).— Pêcheurs de Morbihan.Issy-les-Moulineaux, 1946.— O Canada! Terre de nos aïeux ! Issy-les-Moulineaux, La Fenêtre ouverte [c 1947].277-[3]p.— Le fils de la forêt.Paris, Grasset [cl952].255p.— Enfance marine.Montréal, Fides, 1959.150p.Léo-Paul DESROSIERS (1) Voici la cote morale d’un bon nombre de ces œuvres: La rivière solitaire et Enfance marine: pour tous.Au pays canadien-français, Dans la tourmente, le Fils de la forêt, La Randonnée passionnée: pour adultes.Dans l’Ile d’Ouessant, Hélier fils des bois, Inventaire, Pêcheurs de Gaspésie, Pêcheurs de Morbihan, Le Poste sur la dune: appellent des réserves.Grand Louis l’innocent, Grand Louis le revenant: dangereux (N.D.L.R.).Etude critique “Bêtes libres et prisonnières"
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