Lectures, 1 mars 1958, samedi 15 mars 1958
PER L-22 ECTLRES Nouvelle série Vol.4 - No 14 Montréal, 15 mars 1958 Étude critique “Notre Grande Aventure” '’ Du premier voyage de Jacques Cartier jusqu’à la découverte de l’océan Pacifique par une route canadienne, il s’est écoulé près de trois siècles.C’est alors seulement que l’on a connu l’ampleur de notre pays.Les Français avaient exécuté les trois quarts de ce travail; mais dans leurs efforts, ils étaient descendus jusqu’au golfe du Mexique, inscrivant ainsi sur les cartes tout le centre des Etats-Unis.Ce sont les voyages de ceux-ci que le chanoine Lionel Groulx a voulu raconter, sous le titre de Notre grande Aventure, dans un beau livre cartonné, conçu et exécuté chez Fides, pour la simple lecture ou pour l’enseignement.Dans l’avertissement, il nous communique son dessein: « Voici un sujet qui, toute ma vie d’historien, m’aura hanté l’esprit.La construction de l’empire français reste assurément l’un des faits étonnants de l’histoire coloniale de l’Amérique du Nord.Fait merveilleux par les dimensions de l’entreprise, par l’infime poignée d’hommes qui l’ont accompli, par le type humain qui s’y est forgé.».Une phrase du marquis de Mirabeau en 1759 confirme ce point: tJe doute que l’histoire ancienne ni moderne fasse mention d’aucun exemple d’opiniâtreté, d’audace et de constance qu’on puisse mettre à côté de la découverte et traversée de cet univers du nord au sud, de l’embouchure du fleuve St-Laurent à celle du Mississipi par l’intérieur des terres ».Pour construire cet ouvrage, l’auteur a utilisé en bonne partie des pages ou des chapitres extraits de ses cours non publiés encore et quelques extraits de ses conférences ou discours.11 avait projeté un ouvrage plus cohérent, plus organique, mais celui qu’il publie a de grands mérites et il forme une suite continue qui nous mène jusqu’à la fin du régime français.De plus, des textes originaux rédigés par les découvreurs ou des tierces personnes viennent parfois à la fin des narrations et fournissent une documentation dont la lecture est agréable et facile.Un index, de nombreuses notes et références, complètent 1 appareil bibliographique.Sans aucun doute, il est difficile de se représenter cette époque où l’on ne connaissait de l’immense continent américain que le littoral où l’on avait d’abord abordé.On crut tout d’abord qu’il était très mince et que l’océan Pacifique s’atteindrait en très peu de temps.La moindre baie profonde ou un grand cours d’eau conduirait facilement au pays des épices.La terre que l’on rencontrait avait certainement son prix mais c’était le passage qui hantait les esprits.De la Floride aux glaces du Nord, on le chercha avec une patience extrême.Par l’Hudson, les Anglais ne s’enfoncèrenv pas loin dans l’intérieur, c’est par le Saint-Laurent qu’on put pénétrer très loin, jusqu’à Québec, jusqu’à Montréal, jusqu’aux Grands Lacs.Mais à toutes les étapes, la ( Suite à la page 210) Photo prise lors du lancement de Notre grande Aventure.— De gauche à droite: le R.P.Paul-A.Martin, c.s.c„ M.le chanoine Lionel Groulx. LECTURES REVUE BI-MENSUELLE DE BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE publiée par le SERVICE DE BIBLIOGRAPHIE ET DE DOCUMENTATION DE FIDES Direction: R.P.Paul-A.Martin, c.s.c.Rédaction: Rita Leclerc Abonnement annuel: $2.00 Etudiants: $1.00 Le numéro: $0.10 FIDES, 25 est, rue Saint-Jacques, Montréal-1 — Plateau 8335 Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe.Ministère des Postes, Ottawa.(Suite de lu page 209) même énigme se posait, le même mystère planait sur l’ouest lointain.Le continent n’en finissait plus d’ouvrir de nouveaux horizons et de présenter des paysages nouveaux.Doués de plus d’imagination peut-être, ou avantagés par le système fluvial du Saint-Laurent, les Français sentirent plus vivement que les Anglais l’appel des contrées inconnues.De bonne heure, il se forma chez eux deux types sociaux qui devaient souvent conjuguer leurs efforts pour les inscrire sur la carte et atteindre les confins lointains qui deviendraient vite une obsession.L’un de ces types fut le missionnaire d’alors.Récollets d’abord, Jésuites ensuite, ils portaient en eux toute la force d’expansion d’un immense mouvement mystique qui emportait alors la France.Les catholiques se jetaient à l’assaut du monde.Le zèle de la maison du Seigneur les dévorait.Pour en bien juger, il faut avoir lu certaines pages des Relations des Jésuites annonçant la découverte de tribus nouvelles et conviant les ouvriers à la moisson du Seigneur.Cette énergie apostolique se manifesta dans maintes découvertes et dans l’établissement de missions.L’autre type est celui de l'explorateur qui peut être un interprète, un coureur des bois, un chargé de mission par l’Etat, un homme d’envergure qui trouve le moyen de financer une expédition lointaine.Des intérêts matériels inspirent ou favorisent ces courses, mais le souci d’ouvrir un monde à la propagation de la foi ou de trouver un empire immense à la France, est souvent visible et net.Explorateurs laïques ou explorateurs religieux apprennent vite à se servir du canot indien et à vivre sur le pays de chasse et de pêche tout en pagayant vers les destinations nouvelles.Ils peuvent ensuite s’avancer à l’infini dans le pays.Seule, l’hostilité des tribus est un obstacle.Cette existence en plein air, dans des conditions dures, au milieu des difficultés de la navigation, forme une race rugueuse dont le plus célèbre représentant est peut-être Radisson.Mais à mesure que les années passent, que les découvertes se font plus amples, ces hommes s’éloignent de plus en plus de leurs bases et leurs parcours sont de plus en plus longs; ils rament et ils portage ni pendant des mois et pendant des saisons.Et alors l’entreprise devient d’une difficulté inouïe.Le chanoine Lionel Groulx raconte cette exploration incessante qui se poursuit pendant tout le régime français.Il en marque bien les étapes successives.A chacune d’entre elles s'attache le nom d’un ou de plusieurs hommes.Chemin faisant, l’auteur nous donne d’eux des portraits en relief et très vivants.Il énumère les difficultés qu’ils ont rencontrées, soit dans les cercles administratifs, soit en cours de route, les chances ou malchances qui se sont attachées à leurs pas.Il s’ingénie à décerner à chacun la part de mérite qui lui revient; s’il diminue par exemple celle de La Salle que des admirateurs trop zélés avaient indûment enflée, il ne lui refuse pas ce qui lui est dû.Ces odyssées, ces périples qui ont conduit (Suite à la page 220) Index des auteurs recensés dans ce numéro BERTRAND (T ), p.218-219 BOUESSE (H.), p.216 CARON (E.), p.218-219 CHARTIER (Mgr E.).p.211-212 CHOQUETTE (R ), p.213-214 CORTE (M.et M.de), p.218 GROULX (L.), p.209-210 et 220 LEFEBURE (N.), p.217 SAGAN (F.), p.221-223 VENZAC (G.), p.215-216 Publication approuvée par l’Ordinaire 210 Littérature canadienne Étude d'auteur Mgr Émile Chartier Universitaire de grande classe, l'un des premiers dont le Canada français s'est à juste titre enorgueilli, monseigneur Emile Chartier doublait, le 18 juin 1956, le cap de ses quatre-vingts ans.Aujourd’hui encore, malgré ses quatre-vingt-deux ans bientôt, il continue à déployer une exceptionnelle et admirable activité dans le monde des lettres et de l’enseignement supérieur au Canada.Pendant trente ans l'un des animateurs de l’Université Laval de Montréal devenue subséquemment l’Université de Montréal, il a su, en ces toutes dernières années, soutenir son rôle prépondérant dans la fondation de l’Université de Sherbrooke et en demeurer l’un des maîtres-conseillers.Comment résumer très succinctement la vie et l'œuvre d’un pareil personnage ?Né à Sherbrooke, le 18 juin 1876, du mariage d’Etienne Chartier, avocat, et d’Henriette Blondin, élevé par une seconde mère, une Irlandaise celle-là, Emile Chartier fréquenta d'abord, de 1882 à 1886, l’école des Frères du Sacré-Cœur, à Sherbrooke.En 1894, une fois ses études secondaires terminées, au séminaire de Saint-Hyacinthe, il commença, dans la même maison, ses études ecclésiastiques que couronnèrent des études supérieures à Rome, de 1903 à 1905, à Athènes en 1905, en Sorbonne et à l’Institut catholique de Paris, de 1905 à 1907.Dès 1907, l’abbé Chartier pouvait donc produire les titres que voici: doctorat en philosophie de la Propagande, à Rome (1904); doctorat en S.Thomas de la Grégorienne, à Rome (1905); licence ès lettres de la Sorbonne en 1906.Ultérieurement, monseigneur Chartier réussit à moissonner d’autres lauriers académiques: doctorat ès lettres (Montréal, 1936); LL.D.(McGill, 1921, Queen's, 1923, Montréal, 1945, Sherbrooke, 1953).Muni de tant de parchemins universitaires, l’abbé Chartier ne s’éternisa pas dans l’exercice des modestes fonctions de professeur de rhétorique au séminaire de Saint-Hyacinthe.En 1914, la confiance de Mgr Bruchési l’in- vestit du haut poste de secrétaire général de l'Université Laval de Montréal; en outre, on lui confia, dans la même maison, la chaire de littérature française.En 1920, il devenait à la fois vice-recteur, doyen de la Faculté des lettres et professeur des littératures grecque, française et franco-canadienne, à la nouvelle Université de Montréal.11 s’acquitta de ces importantes fonctions pendant près d’un quart de siècle, de 1920 à 1944.Usé par le travail et les soucis de l’administration comme de l’enseignement, il se retira alors à Sherbrooke, dans sa ville natale.Mais, loin de pratiquer la politique des bras croisés, il donna des cours de littérature française et grecque au Collège du Sacré-Cœur, et de littérature française à l'Ecole supérieure.En 1959, il comptera soixante-cinq ans d'enseignement, record authentique et, si je ne m’abuse, l’un des premiers du genre chez nous.N’y aurait-il pas lieu de célébrer par des fêtes spéciales ces soixante-cinq années consacrées à l’enseignement secondaire et supérieur au Canada français ?L'enseignement proprement dit ne pouvait, seul, canaliser l’activité débordante de monseigneur Chartier.Aussi bien se vit-il confier maintes tâches lourdes — et quelquefois ingrates, — maintes hautes missions qu’il sut remplir à la satisfaction de ses supérieurs et pour le plus grand bien de la gent étudiante au Canada français: directeur-fondateur de l'Enseignement secondaire (Québec.1911-1916) et du Collégien (Saint-Hyacinthe.1911-1914); directeur de la Revue canadienne (Montréal, 1908-1922) et de la Revue littéraire d'Ottawa (1910-1912); conférencier, désigné par Mgr Baudrillart, à l’Institut catholique de Paris, en 1920.De nouveau il fut appelé à professer une série de cours et conférences à Paris, mais cette fois à la Sorbonne, en 1927; c’est I’ACFAS qui l’en avait chargé.En 1919, 1920 et 1921, il fut délégué à Rome dans le dessein de résoudre la question de l’indépendance de l’Université Laval à Montréal; en 1918, élu président de la Fédération des universités canadiennes; en 1926 et en 211 - 1928, directeur des Voyages universitaires dans l’Ouest canadien.il reçut la prêtrise le 28 mai 1899.Chanoine titulaire de Montréal, de 1918 à 1944, il devint chanoine honoraire de Naxos, en Grèce, en 1909; de Chartres, en France, en 1931; de Montréal, en 1944.En lévrier 1939, S.S.Pie XI lui conférait la dignité de prélat domestique.11 fait partie de nombreuses sociétés savantes dont les plus célèbres sont ïAssociation des Etudes grecques de Paris, la Society of Hellenic Studies de Londres et la Société royale du Canada.Collaborateur de presque tous les périodiques culturels du Canada français et bon nombre de publications étrangères, il publie encore, dans la revue Lectures, de Fides, de substantielles et savoureuses chroniques sur les « vient-de-paraître » qui désormais abondent au Canada français.En 1911 paraissait le premier ouvrage du chanoine Chartier: Pages de combat, que le regretté Edouard Montpetit a ainsi caractérisées: « Le combat que soutient M.Chartier est plutôt pacifique: c’est celui des idées.Professeur de littérature, il pénètre dans le jardin des classiques.11 y cueille des fleurs avec discernement, il en groupe harmonieusement les teintes et les apporte à ses élèves, simplement, sans les nouer, comme elles sont: pénétrées d’un parfum délicat.» Ce coup d’essai si prometteur fut suivi de travaux plus vastes et d’authentiques réussites, fruits de la maturité: Art de l’expression littéraire (1916); supplément au Manuel de littérature française de Calvet (1923); direction et rédaction de YEncyclopédie de la jeunesse de Gro-lier, 3e édition (1923-1945); Bréviaire du patriote cunadien-français (1925); Poésie grecque (1948); Lectures littéraires, 4 volumes (1948).N’oublions pas surtout ce qui demeure jusqu’à ce jour l’œuvre maîtresse de monseigneur Chartier.11 s’agit, on l’a deviné, de sa Vie de l’esprit français au Canada de 1534 à 1940 (1941), vaste enquête sur nos lettres, la plus objective et la plus complète qui ait été publiée jusqu’ici au Canada français.Elle se compare très avantageusement à certains récents manuels, rendez-vous d’une multitude de péchés d’omission et de commission.Après une si active carrière, monseigneur Chartier avait conquis le droit de déposer les armes et de dire: Cursum consumavi.Ce serait bien mal le connaître que de lui prêter de pareilles intentions.Doté d’une éternelle jeunesse, que renouvelle une quotidienne activité intellectuelle, monseigneur Chartier a, tout prêts pour l’impression ou en cours, quatre importants ouvrages: la partie canadienne du Dictionnaire des Lettres de Mgr Grente; Histoire de la littérature canadienne-française de 1534 à 1952; Crérnazie, vie et choix des œuvres avec annotations; Grammaire du grec classique, réclamée par l’Ecole normale supérieure de Paris (section Lettres).L'un des pionniers de la critique littéraire au Canada français, monseigneur Chartier a acquis, au commerce des classiques et des meilleurs écrivains contemporains, des qualités rares.Elles ont fait de lui, aujourd’hui encore, un guide autorisé et sûr.Le français est la langue des idées claires et du parler franc; c'est aussi sa langue.Toute sa vie d’écrivain est une perpétuelle protestation contre l’anarchie du langage individuel et incommunicable à autrui, contre l’écriture automatique et invertébrée, contre ces drôleries typographiques que constituent les gribouillages de certains pseudo-poètes soi-disant d'avant-garde.11 n’a jamais identifié primitivisme véritable et primitivisme décadent.Il souscrirait sans réserve à la récente déclaration du cardinal Constan-tini: « Ne confondons pas modernité et monstruosité: le balbutiement d’un enfant nous enchante, mais celui d’un vieillard est pénible ».Il n'attife pas ses mots; il n’adonise pas son style; il dédaigne les fioritures et fuit l’effet; il n'écrit rien qui ne soit dans la ligne du bon sens.Sa langue sobre, directe, claire — à un moment où il est, hélas ! de mode de sacrifier au jargon obscur et au débraillé — honore la culture française au Canada.Puisse ce grand ami durer assez pour avoir le temps de publier les quatre œuvres ci-haut mentionnées ! * * * SOURCES A CONSULTER.— Le Propagateur [P.C.].Article d’Edouard Montpetit.Bulletin no 21, 1912.— Bruchési (Jean), Jours éteints (le dernier chapitre est consacré aux cours professés en Sorbonne, en 1927).1928.— Montpetit (Edouard), Souvenirs - aller et retour.Vol.III - (Au sujet du voyage à Rome, en 1921).Montréal, Thérien, 1955.— Mau-rault (Olivier), p.s.s., Brièvetés.(L'auteur y campe le portrait de deux guides de la jeunesse: l’abbé Chartier et l’abbé Groulx.) — Revue canadienne, 1920-1922 (les 10 leçons du cours professé, en 1920, à l’Institut catholique de Paris).— Revue dominicaine, novembre 1941; article du R.P.Papillon, o.p., à propos de Vie de l’esprit.— Dain (Alphonse).Bulletin Budé.Paris, juin 1948.— Laplante (Rodolphe), Action catholique, 9 décembre 1947.Ces deux derniers articles se rapportent à Poésie grecque.Séraphin MARION 212 Étude critiqua ‘(lise Velder” 0) Lorsqu’on reçoit ce bouquin et qu'on en fait le tour, l'observation suivante nous vient à l’esprit: « Volumineux ce roman ! » Au Canada français, nos romanciers ont le souffle court, leurs ouvrages se limitant aux dimensions de la nouvelle.Les conceptions d’envergure excéderaient-elles leurs capacités ?Les matériaux leur manqueraient-ils pour concevoir et parachever une œuvre imposante ?Il ne s’agit pas de tolérer le délayage.Au contraire.Telle la dent dans le train d’engrenage, chaque incident, chaque observation de l’auteur doivent assurer un progrès dans le déroulement du récit.Choquette ne musarde pas avec son lecteur.Malgré ses 334 pages bien remplies, on serait bien embarrassé pour déterminer, dans ce roman, un paragraphe à biffer, encore plus pour supprimer une séquence.Pourtant, on présume ce que certaines coupures ont dû exiger de renoncement de la part de l’Auteur, qui a tenu les ondes plusieurs années avec ce roman-fleuve.Choquette a su, avec dextérité, élaguer, émonder et ne retenir que l’essentiel, mais tout l’essentiel d'un scénario aux multiples cahiers.Libéré des servitudes syndicales envers ses artistes du studio — servitudes fort compréhensibles par ailleurs — Choquette sait donner son congé à un personnage devenu encombrant ou inutile, personnage qu’il lui faut remorquer une moitié de saison et plus à la TV.On conçoit alors que le roman, s’il reste fidèle à l'ossature du programme radiophonique — et même télévisé pour ce qu’on en a vu — s’en écarte parfois sensiblement dans ses détails.Et c’est très heureux.Le roman acquiert un élan, une unité et une puissance qu'on ne lui connaît pas sur les ondes.On eût été justifié d'appréhender un texte cousu de dialogues empruntés à la « Pension Velder » des émissions radiophoniques.L’auteur a habilement contourné l’écueil.Considérations, narrations et dialogues alternent avec naturel et aisance, au point qu’on croirait les textes donnés sur les ondes tirés du roman écrit, alors que l’inverse s’est produit.L'expérience radiophonique a eu chez Choquette ses bons côtés.Pendant plusieurs années, celui-ci a vécu dans un commerce quotidien avec ses personnages.Il a fini par les connaître comme sa propre conscience.Leur caractère, leur tempérament, leurs réactions, leurs attitudes n’ont plus de secret pour lui.Il confère à chacun une personnalité bien propre.Les contours sont nettement accusés.Les silhouettes ont le relief lumineux des individus aperçus à contre-jour.Il n’est peut-être pas un autre roman, chez nous, dont la psychologie du personnage ait été aussi étudiée et scrutée.Le réalisme et le naturel étonnent, émerveillent.Choquette a créé de vrais types humains auxquels on accolerait des noms connus.Les plus typiques, les mieux caractérisés, sont Phili-dor Papineau, Mlle Laviolette, J.-B.Latour, Hermine Latour et Mme Velder.Il y aurait une étude extrêmement intéressante à tenter sur la connaissance de son personnage chez Robert Choquette.Cette connaissance profonde concourt puissamment à préciser les traits des individus mis à contribution.On la décèle jusque dans l’attitude et le tour des réparties de chacun.Papineau a le dialogue imagé, coloré, jovial du voyageur de commerce qu'il est.Mlle Laviolette a appris, auprès de ses clientes, sans doute.Photo prise lors du lancement d'Elise Velder.De gauche à droite: le R.P.Paul-A.Martin, c.s.c.et Robert Choquette. l’art du potinage; elle sait, avec une astuce bien féminine, insinuer des doutes qui vont multiplier les points d'interrogation dans l’esprit de ses auditeurs.J.-B.Latour a conserve la rondeur, l'ouverture, la franchise de ses origines terriennes.Il parle « la langue concrète.imagée, souvent archaïque » des paysans.Il a leur « sens de l'humour », il met, comme eux, son « intérêt dans les faits plutôt que dans les idées, dans les résultats pratiques plutôt que dans les principes ».Les expressions, les images sont du cru, conformes à la tournure d'esprit de ceux qui les emploient, à leur caractère; elles s'inspirent de leur occupation, de leurs préoccupations et du milieu qui est le leur.La couleur locale est forte et l’élan du récit ne faiblit jamais.Sans doute, la trame de ce roman a subi l’épreuve, pendant plusieurs saisons, à la radio; on conçoit que l’Auteur ait approché du chef-d’œuvre dans la composition et l’ordonnance de son récit.Ajouter que Robert Choquette a la plume facile est superflu.Il écrit une phrase variée, très variée, il se renouvelle à volonté et avec aisance.Mais cette facilité ne va pas sans danger.Il faut avoir l’esprit aux aguets.Je ne voudrais pas chicaner l’Auteur pour des oublis plutôt rares dans les deux premières parties du volume.Mais on relève des imprécisions, des impropriétés de termes, et même des lourdeurs; « Il comprit qu'elle faisait une question, et laquelle, et il s’empressa d'v répondre.» (p.102).« Point n’était besoin de raisonner cela quelle savait comme on sait qu’on respire.* (p.301).« N'affirme-t-on pas que l’artiste qui reprend la même toile, jamais il ne retrouve.» « Les lents passants économes.» (p.252).On peut aussi reprocher à l’Auteur un certain manque d’uniformité dans le dialogue qu'il prête à ses personnages, une fidélité excessive à leur massacre occasionnel de la grammaire: « Je te savais pas à la maison.* « J’aimerais de vous présenter ma mère.» (p.134).Les images, chez Robert Choquette, sont simples, empruntées au fait divers, très personnelles et d’une heureuse originalité: « La foi catholique, chez vous autres, les jeunes.c’est devenu comme une dent qui branle.* (p.321).« C'était un de ces matins d'hiver où le ciel est couleur de fumée.Le soleil frileux s'y cache; c'est lui.cette tache blanchâtre, cette ampoule électrique allumée en plein midi.» (p.295).« Des hauts vitraux, la lumière du jour tombait en colonnes obliques.Les rangées de bancs ainsi touchées semblaient de métal, tant ils resplendissaient.De temps à autre, quelqu'un qui faisait le chemin de la croix se trouvait agenouillé au pied d'une de ces bandes de lumière, et cela évoquait les gravures du grand catéchisme en images.* (p.260).On trouverait des pages d’anthologie dans ce roman, des pages d’un réalisme saisissant et d’une intensité d’émotion rare.Qu’on relise les scènes suivantes: la fuite éperdue d’Alex pour échapper au filet de la police; Elise dialoguant avec Marcel sur un amour qu’elle ne croit plus possible; la visite inopinée de Ma-gloire Couture, etc.Jules CLEMENT (I) CHOQUETTE (Robert) ELISE VELDER.Roman.Version nouvelle.Montréal, Fides L1958).334p.22cm.(Coll.La Gerbe d’or).$3.00 (frais de port en plus) Adultes Nouvelle présentation- Coll.Les Maîtres de la spiritualité Imitation de Jésus-Christ Traduction de LAMENNAIS avec réflexions à la fin de chaque chapitre 3e édition 12e mille 383p.16cm.Relié Nouvelle presentation avec couverture plastique rouge.$2.00 (par la poste $2.10) ________________CHEZ FIDES Littérature étrangère Étude critique “Jeux d'ombre et de lumière sur la jeunesse d'André Chénier"(>> De tous les plans qui s’offraient pour traiter ce sujet presque inédit, l’auteur, nous semble-t-il, a choisi précisément celui qui convenait le moins: l’enfance en Grèce, la première éducation en Languedoc, l’adolescence au collège Navarre de Paris.A cause de ce choix, qui entremêle sans cesse à l’histoire de la jeunesse d’André Chénier celle de tous les membres de sa famille, les mêmes faits reviennent jusqu’à cinq reprises, appuyés chaque fois sur les mêmes documents confirmés, eux, par les mêmes renvois ou notes.On eût évité, à notre sens, ces redites agaçantes en concentrant, dans une première partie, tout ce qui concerne le reste de la famille et en réservant, pour une seconde partie, tout ce qui se rapporte à André Chénier seul.On pouvait d’ailleurs garder ici les trois divisions actuelles du volume.Mais ce volume, en quel style il élucide (jeux de lumière) ou non (jeux d'ombre) les questions traitées ! Voici un exemple, commentant un mot de Hérédia (p.266, cf.p.54, 77.192, 248, 261, 299): « Poète en effet, et tout est dit.L’un sait ses mots, l’autre ses métaphores, l’autre sa musique, l’autre ses orchestrations.Ouvriers.Artisans.Ouvriers habiles, peut-être, et artisans supérieurs.Mais ouvriers.Eux, leurs outils, leurs œuvres, ce qui fait trois.Chénier n’a pas, il ne fait pas, il est.» Etc.Lisons encore ces phrases: « Coiffées parfois du plus original chapeau, on peut dénombrer tant d’autres de ces originales tourelles » (p.139) — « Il le répète avec trop d’insistance pour ne pas la lui accorder » (p.263) — « Friand d’éditions savantes.il s’est plongé tout au long de sa vie.il écrit au citoyen Brodelet.il a toujours fait son gibier de la science des savants en-us » (p.270).Ce déhanchement des propositions et ces coupes hocquetantes eussent horripilé nos vieux maîtres de l’Institut catholique de Paris (1905-1907): le cardinal Baudrillart, M.Georges Le Bidois, les abbés Ragon, Ber-trin, Klein et Bousquet.Si l’auteur use de ce style « asyndétique » devant ses élèves, on se demande ce qu’ils peuvent bien comprendre.Et pourtant, comme il sait être clair quand par exemple il décrit les îles de l’Egée ou la Corne d’or! (p.27, 103, 111, 120, 135, 149).Ces observations faites, on a plaisir à proclamer tout ce que l’ouvrage apporte de nouveau sur l’enfance et la jeunesse d’André Chénier.L’auteur avait à sa disposition une mine à peu près inexploitée: les papiers Chénier déposés à la bibliothèque de Carcassonne.II en a tiré ce qui peut se ramener à une double démonstration: la coexistence chez le poète de caractères absolument antithétiques (p.166, 287); la conception toute personnelle que ce dernier se faisait de son art (p.152, 162-163.261).Si on en juge par les documents ici produits, Grec par sa grand’mère Elisabeth Petrie, Chénier, malgré ses affirmations, ne l’était pas par sa mère Elisabeth Lhomaca, une Levantine et donc une Latine, toutes deux épouses de Français.Il y a pour lui deux Grèce (p.41, 76.112): celle de Constantinople et des îles, où il passa ses trois premières années; celle des poètes.Homère, Théocrite, Archiloque, l’Anthologie, toutes œuvres qu’il savait presque par cœur.A cette première influence, tout hellénique, s’ajoutèrent son éducation en Languedoc et dans l’Aude, ses études secondaires au collège de Navarre (p.246) à Paris.Ces influences diverses expliquent les « coexistences antithétiques » que l’on découvre à toutes les étapes de sa vie: croyance religieuse, libertinage.athéisme, « philosophie », passion des sciences et des lettres, attachement aux souvenirs pieux de l’enfance, à Voltaire, plus encore à Montesquieu, Buffon et Bailly (p.134, 177, 204-206, 294).Il résulta de tout cela une sorte dencyclopédiste conforme à l’ambition qu’il avait un jour exprimée en ces termes (p.287): Tout apprendre, tout lire.Tout voir, aller partout, tout savoir et tout dire.215 Quant au poète, on connaît son rêve: être
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