Lectures, 1 février 1958, samedi 1 février 1958
PER L-22 ECTIRES Nouvelle série Vol.4 - No 11 Montréal, 1er fév.1958 Document Albert Camus “témoin” de notre époque L’œuvre d’Albert Camus confirme, sur le plan littéraire, le besoin profond de théologie qui travaille notre époque de laïcisme omnipotent.Cette œuvre, en effet, est sans cesse acculée à l’absurde en raison de l’antithéisme systématique d’une pensée qui s’obstine à ne pas examiner son point de départ et à limiter arbitrairement le champ de ses investigations.Une telle attitude intellectuelle se concilie avec la sincérité, concept moderne qui n’a rien à voir avec le souci d’objectivité; elle ne doit pas nous faire oublier l’honnêteté d’un écrivain dont les principaux ouvrages marquent autant d’étapes méritoires dans la conquête d’une philosophie de plus en plus généreuse de l’humain, dans les ténèbres d’un monde voué aux monstres des idéologies dévorantes et des appétits désordonnés.Comme le rappelle Charles Moëller, dans Littérature du XXe siècle et christianisme, l’auteur de Caligula n’est pourtant pas « un philosophe au sens technique de ce mot ».Essayiste, romancier et dramaturge, « son œuvre rend témoignage d'une certaine sensibilité contemporaine devant l’apparent silence de Dieu » (ibid).Ce témoignage est assez important dans la littérature et la pensée de notre époque pour justifier le titre de cette brève présentation.Dogmatisme et scepticisme L'importance du témoignage de Camus vient de ce qu’il illustre avec une éloquence sobre et désespérée, par l’évolution laborieuse de son œuvre vers une libération problématique, les conséquences tragiques du scepticisme moderne dans toutes les sphères de la vie sociale, particulièrement dans l’éducation et l’enseignement.Les sujets les mieux doués intellectuellement et moralement sont inévitablement les premières victimes de cette geôle idéologique dans laquelle on les a savamment murés.Ce n’est que pied à pied que le penseur racé gagne sur les ténèbres, qu’il conquiert une parcelle de vérité à chaque nouvelle étape, tou- /.Ce texte est paru dans Nos Cours \P.C.\, ter février 1958, p.11-13.jours empêtré dans sa psychologie asphyxiante, enlisé dans un subjectivisme qui le rend impuissant à s’ajuster vraiment aux fermes perspectives de tout le réel.Elevés dans un milieu catholique même sociologiquement, en dépit de tous les défauts qu’on s’ingénie à lui trouver et de sa laïcisation ou de sa neutralisation graduelle, nous ne pouvons guère nous imaginer le drame de ces âmes qui cherchent péniblement des raisons de vivre.Elles n’en trouvent, hélas, que de précaires, et chèrement payées, en raison de l’agnosticisme auquel conduit habituellement le manque de philosophie sérieuse, si ferré qu’on soit sur l’histoire des systèmes ou même dans la maîtrise parfaite d’un système particulier.Ces âmes doivent éveiller notre plus vive sympathie, sans préjudice de la prudence qui s’impose alors.De telles considérations justifient l’étonnement que nous avons récemment éprouvé lorsqu’on s’en est pris au « dogmatisme », sans plus, dans notre enseignement.Certes le dogmatisme n’est pas immunisé contre tout excès ou raidissement; mais on oublie trop volontiers ce qu’il est fondamentalement et essentiellement face au scepticisme moderne.On risque bien des malentendus, dans la Babel actuelle où les mots comme les vertus sont devenus fous, à employer des termes aussi névralgiques sans les définir, à s’en prendre à des déviations accidentelles sans souci de l’actif incontestable de certaines attitudes intellectuelles.« Le malentendu » C’est la présentation par Radio-Canada de la pièce de Camus, Le malentendu, qui a donné à l’auteur un regain d’actualité parmi nous.Les commentaires nombreux et contradictoires qu’a suscités cette présentation justifient quelques remarques préalables à son sujet.Au contraire de l’œuvre de Sartre, celle de Camus est d’abord littéraire et non pas philosophique.Même dans le théâtre de Sartre.(Suite
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