Lectures, 1 janvier 1958, mercredi 15 janvier 1958
PEE L-22 ECTURES Nouvelle série Vol.4 - No 10 Montréal, 15 janv.1958 Le Club des deux livres du mois devient le Club canadien du livre Après plus de cinq ans d’existence, le Club des deux Livres du mois devient le Club canadien du Livre.Le fait mérite d’être souligné, car il ne s'agit pas d’un simple changement de dénomination, mais d’un changement de formule que nous estimons très heureux et qui, sans doute, aura l’heur de plaire aux abonnés du Club.L'occasion nous semble tout indiquée pour rappeler brièvement l’historique d’une initiative qui est tout à l’honneur des éditions Fides.Lorsque, en avril 1952, le R.P.Paul-A.Martin annonçait, dans Lectures, la mise sur pied de ce club, il nous éclairait sur le triple objectif que se proposait la Maison dont il est le directeur: objectifs d’ordre culturel, moral et économique.Fides entendait faire œuvre apostolique en offrant, au plus bas prix possible, des œuvres de valeur et d’une indiscutable tenue morale.De très beaux livres ont été ainsi offerts aux abonnés; nous n’en rappellerons que quelques-uns: Lu famille des chanteurs Trapp de Mme M.A.Trapp, La nuit privée d'étoiles de T.Merton, Les cloches de Nagasaki de P.Nagaï, Les engagés du grand portage et Les opiniâtres de L.-P.Desrosiers, Né à Québec d’Alain Grandbois, Ma cousine Rachel de D.du Mau-rier.Le vieil homme et la mer d’E.Hemingway, Les lettres de voyage de P.Termier, Lettres à sa mère d’A.de Saint-Exupéry, Rue Deschambault de Gabrielle Roy, Le buisson ardent de K.Stern, Marie-Didace de G.Guè-vremont, Le voyage de Tobie d’Y.Chauffin, Le riz et la mousson de K.Markandaya, Trente arpents de Ringuet, Le sabre d'Arlequin de J.Dupuys, etc.Quant aux prix consentis, ils furent si bas que, parfois, les sélections mensuelles ne faisaient même pas leurs frais.N’eût été le souci de faire œuvre culturelle et de contrebalancer l'influence des commerçants du mauvais livre, une entreprise aussi peu lucrative eût-elle été maintenue ?Aujourd’hui, à la veille d’entrer dans sa sixième année, le Club renouvelle ses cadres et change sa formule, mais le Club canadien du livre reste fidèle aux objectifs qui ont inspiré la fondation du Club des deux livres du mois.On se souvient que le Club des deux livres du mois présentait à ses abonnés un choix de deux livres par mois, au prix fixe de $2.50, ce qui équivalait à une réduction minima de 40%.Le Club canadien du Livre n’offrira qu’un livre par mois, mais ce livre sera relié, et le prix demandé, variable à chaque mois, sera celui du même livre non relié vendu en librairie; ce qui signifie, par conséquent, que la reliure sera gratuite pour les abonnés.En outre, les intéressés pourront jouir du système des livres-primes, un système fort prisé des habitués des Clubs de livres américains et européens: un livre-prime est donné à tout nouvel abonné, et le cadeau est renouvelé chaque fois qu’un abonné s’est procuré quatre sélections.Les Clubs de Livres ne manquent pas, en France comme en Amérique: le Club français du livre, le Club du livre du mois, le Monthly Book Club, etc.Ces Clubs offrent souvent des livres de grande valeur, magnifiquement reliés.Mais l’ivraie y est mêlé au bon grain, et nous savons qu’à certains mois, les abonnés de tel ou tel club ne peuvent absolument rien commander des sélections offertes parce qu’elles sont dangereuses ou mauvaises au point de vue moral.Le Club canadien du livre entend faire œuvre intégralement belle en n’offrant à ses abonnés que des livres enrichissants, au point de vue moral comme au point de vue intellectuel.Un tel Club ne mérite-t-il pas, très ferme et très enthousiaste, l’appui de tous ceux qu’intéresse l’apostolat du livre ?R.LECLERC I LECTURES REVUE BI-MENSUELLE DE BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE publiée par le SERVICE DE BIBLIOGRAPHIE ET DE DOCUMENTATION DE FIDES Direction: R.P.Paul-A.Martin, c.s.c.Rédaction: Rita Leclerc Abonnement annuel: $2.00 Etudiants: $1.00 Le numéro: $0.10 El DES, 25 est, rue Saint-Jacques, Montréal-1 — Plateau 8335 Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe.Ministère des Postes, Ottawa.Grain de sagesse « Le critique catholique a parfois peine à rester impartial, quand il doit parler d’une œuvre à la fois réussie au point de vue technique et blâmable au point de vue moral.Faut-il en louant les qualités, se faire complice du mal que feront les erreurs ?Faut-il en dénonçant les erreurs, refuser tout éloge à ces qualités ?Ni l’un ni l’autre.Le devoir est clair: il faut être juste, reconnaître le talent, et condamner le mauvais usage qui en est fait.Question d’équilibre: ne se laisser envahir ni par une indignation qui oublierait le mérite esthétique de l’ouvrage, ni par une admiration qui n’attacherait aucune importance à sa perversité.Equilibre malaisé, car une émotion dominante tend à refouler tout ce qui la contrarie.Mais le devoir du critique est d’être équitable.» Alphonse de PARVILLEZ, s.j.146 Index des auteurs recensés dans ce numéro BRIEN (R.), p.151 C HARBONNEAU (P.-E.).p.150 DHFFONTAINES (P.), p.152 EUE (R ), p.149-150 HARING (B.), p.153-154 I ATOURELLE (R.), p.I47-14K l.EGAULT (p.184).De son côté, M.Souterre, un propriétaire de barrage, tente de les ramener dans la bonne voie en invoquant des raisons économiques et sociales ! On imagine l’échec.Pour corriger la situation de Jacques, il ne faudra rien de moins que l'argumentation du dominicain Emmanuel et le prestige de l'ermite.Le premier fonde son plaidoyer sur la soumission des vignerons de Jacques et celle des ouvriers de Souterre.laquelle ne s'explique que par leur fidélité conjugale.L'autre 155 s'impose par sa bonté et son esprit surnaturel Sous cette double influence.Jacques reprendra sa vie avec sa femme Annie.De meme, elle finirait par séparer Odile de Michel, s'ils ne se tuaient tous deux dans un stupide accident d’automobile.Ainsi s'achève l'attraction Couplet-Annie Duvernay (1ère partie), l’attraction Jacques Duvernay-de Nuey (2e partie), par le raccordement de Jacques Duvernay et d'Annie Besson sa légitime épouse (3e partie).Mais, avant d'en arriver à ce raccordement.les héros se sont analysés pendant 350 pages, passant des exaltations les plus saugrenues aux désespérances les plus sombres.Et chaque paragraphe procède, avec la monotonie d'un son d'horloge, en répétant trois données constantes: des scènes de nature finement croquées, des réflexions que se font à eux-mêmes les personnages, des remarques suggérées à l'auteur par les impressions momentanées de chacun d'eux.L'entreprise de M.Souterre soulève la question ouvrière, que le Père Emmanuel traite avec maîtrise (p.280 et seq).A deux reprises reparaît la notion exacte du véritable amour (p.297, p.351).Des descriptions enlevées.comme celle du carrousel (p.28), des portraits hauts en couleurs, comme celui de M.de Nuey (p.313 et seq).des études de caractère (p.110-116).des formules heureuses comme « Je suis le Roméo ridicule d'une Juliette attardée * (p.184) retiennent l’attention.Du point de vue du style, une seule incorrection nous a frappé: « Telle était la volonté d’un père dont elle ne pouvait douter de la la clairvoyance » (p.172).Mais on grince des dents à voir revenir sans cesse l'horrible « tout de même », pour quand même, et le belgicisme: « Elle n’était donc pas libre, non ?».Au moins, l’auteur nous a-t-il épargné (p.154) une vision scabreuse.En somme, ce roman nous ramène à l’éternel triangle, ici double, mais décrit avec une monotonie crispante, qu’accentue l'emploi continuel du pronom vague « il, elle, lui », en guise des noms.Emile CHARTIER, p.d.Biographie (92) THERIVE (André) CLOTILDE DE VAUX OU LA DEESSE MORTE.Paris, Editions Albin Michel f 1957}.294p.pl.(h.-t.) 21cm.Dangereux Le titre donné à ce livre, aussi mauvais que le Goncourt d'André Billy et le Victor Hugo d'André Maurois, est presque une supercherie.A en juger par le portrait-frontispice et par le développement, le volume aurait dû s'intituler Auguste Comte l'illuminé.Au moment où nous le fermons, il nous revient à la mémoire un paragraphe final d'un autre ouvrage: « J'ai adoré le romantisme et j'ai cru à la Révolution.Et maintenant je songe avec inquiétude que l'homme qui.plus que personne je crois, se trouve avoir fait chez nous ou préparé la Révolution et le romantisme fut un étranger, un perpétuel malade et finalement un fou ».Ainsi se termine l'essai de Jules Lemaître sur Jean-Jacques Rousseau (1907).Complétez: « un fou et un sadique ».et vous aurez une idée exacte de l’impression définitive qui se dégage de Clotilde de Vaux alias Auguste Comte l'illuminé.Car enfin c'est un fait que le positivisme dont ce dernier est l'auteur, religion plus encore que philosophie, religion qui est à la fois une parodie de la mariologie catholique et une adaptation du rituel franc-maçonnique, c’est un fait que le positivisme, ce sont les esprits les plus subtils de France qui se sont acharnés à le constituer en un système cohérent: Taine, le Paul Bourget première manière, Ribot, Bru-netière.Faguet.etc.C'est un autre fait que, pendant quarante ans (1880-1920), cette éructation fuligineuse a empoisonné la jeunesse française, pensée et conduite.Et l’on peut se demander si le détraquement qui caractérise Xouveautô Berthe BERNAGi BRIGITTE les soucis et les joies 186 p.19cm.— Relié toile Couv.glacée, illustrée en couleurs.$1.90 (por la poste $2.00) En vente à FIDES 25 est, rue St-Jocques, Montréal 156 encore actuellement cette jeunesse n’est pas le produit lointain de cet empoisonnement initial.M.Thérive, tout en reconnaissant ce que le système comporte de grotesque et de ridicule.s'évertue à y trouver des éléments qui provoquent l'admiration (p.222-230).Mais on a beau vouloir le suivre sur ce terrain, c'est l'étrangeté, la folie du système qui s’impose en dernière analyse.Et, quand on constate que cet échafaudage a pour auteur le mari d’une prostituée, un fou qui court les filles par raison.d'hygiène (!!), un sadique qui s'acharne à rendre adultère une femme mariée, on se demande si l'auteur n'accomplit pas une mauvaise action en étudiant ce cas déplorable.Que gagne la France à faire savoir au monde que ses penseurs et ses lettrés furent des piliers de tripots comme les Goncourt.Victor Hugo, Comte et Musset, des narcomanes comme Nerval et tant d’autres, des homosexuels comme Verlaine, Rimbaud et Gide ?Car c'est toujours là qu'il faut en revenir: leur conduite lamentable n’explique en rien la valeur littéraire des écrivains (G.Duhamel) et l'étalage de leur inconduite ne rehausse aux yeux du monde ni leur prestige personnel ni la grandeur de la France.N’y a-t-il pas même danger que cette manie de propagande pornographique finisse par aliéner au pays des lumières les îlots français épars sur le globe ?Nous croyons servir le pays de nos pères en le priant de mettre un terme à cette débauche de livres obscènes.M.Thérive ne nous avait pas accoutumés à le voir cultiver ces platebandes puantes.Souhaitons qu’il en revienne à ses études si prenantes de linguistique: Le français langue morte ?Histoire abrégée de la langue française, etc.Il servirait alors du même coup la réputation de son pays et celle de l’intelligensia française.Emile CHARTIER, p.d.SALEZ (Jean) SACHA GUITRY INTIME.Souvenirs de sa secrétaire Fernande Choisel, présentés par Jean Salez.Paris, Editions du Scorpion [1957], 283p.19cm.Appelle des réserves Sacha Guitry emplit de son nom la première moitié du présent siècle.Dramaturge, comédien, metteur en scène, auteur, Sacha Guitry fut l’homme de théâtre le plus complet de son temps.Il était né pour la scène et la scène fut sa passion, sa vie.Il composa un très grand nombre de pièces qu’il monta lui-même dans l’un ou l’autre des grands théâtres de la capitale.Il avait une facilité d’invention extraordinaire.Une pièce é-tait encore à l’affiche qu'il avait déjà conçu la suivante et dicté à sa secrétaire le texte des différentes scènes.Il dictait partout: au bureau, dans les coulisses du plateau, en voiture, le jour, la nuit.Chez lui tout était fonction de théâtre: ses conversations, ses amitiés et même.sa vie intime.Car Sacha Guitry eut cinq épouses successives qu'il choisit pour leurs talents d’actrices, sans doute, mais aussi pour leurs charmes féminins car il était très sensible aux attraits du beau sexe.On ne saurait dire qu’il a vraiment aimé l’une ou l’autre de ses femmes.11 admirait plutôt chez elles la comédienne, la finesse des traits, l’intelligence du regard, la richesse de la voix, etc.Lorsque avec le temps, son admiration s'émoussait, Sacha Guitry jetait les yeux par-dessus la clôture en quête d’une nouvelle poulette qu'il choisissait jeune.Même parvenu à l’âge de soixante ans il s’alliait à une étrangère dans la vingtaine.Et jamais la moindre allusion à la précédente épouse.Il changeait de femme comme de chemise.Sacha fit une vie de pacha.Il habita un palace richement meublé, aux murs recouverts des meilleures toiles des grands maîtres.Sa table était fastueuse — même pendant l’occupation — et son cellier rempli des vins les plus mousseux.Enfin il roulait Cadillac et possédait des villas a la campagne.Le théâtre, la table et les femmes, trois déesses auxquelles Sacha voua un culte constant et consacra une fortune considérable.Fut-il heureux ?Il finit par se le demander et affecta de le croire.Nous en doutons.Il était un bourreau de travail, pour lui d’abord et pour sa secrétaire et ses compagnons de scène.Il avait un caractère difficile, une humeur inégale et des nerfs à fleur de peau que la moindre contrariété convulsait.A la Libération, il fut arrêté, lui qui se voulait le plus patriote des Français ! Il ne lui était pas venu a l'esprit que son luxe insolent pendant la guerre était un outrage à l’indigence des gens et le compromettait.Sacha quitta Fresnes vieilli, irrité, acariâtre, misanthrope.On ne trouvera pas dans cet ouvrage une étude du théâtre de Sacha Guitry, ni même une appréciation de son jeu de scène.Il s’agit ici de l'homme uniquement et de son comportement envers sa secrétaire, ses épouses, ses invités et ses amis — s’il les tint vraiment pour tels.« Vie médiocre d’un grand comédien * tel pourrait être le titre de ce volume dont le principal mérite revient à Jean Salez pour les brillantes qualités de sa prose enjouée, légère et variée.Clément SAINT-GERMAIN Documents La grande parade des prix littéraires
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