Lectures, 1 novembre 1957, vendredi 15 novembre 1957
PER L-22 ECTliRES Faits et commentaires Nouvelle série Vol.4 - No 6 Montréal, 15 nov.1957 Mgr F.-A.Savard invite les éducateurs à donner aux jeunes le goût des testes originaux Le 4 novembre dernier, les Editions Fides fêtaient le lancement de quatre nouvelles brochures dans la collection des Gassiques canadiens.A cette occasion, Mgr F.-A.Savard, président du comité chargé de la publication de ces classiques a pris la parole pour indiquer le but de la collection et inviter les éducateurs à s'en servir avec leurs élèves: « Le but de cette collection est de faire connaître nos auteurs, de donner à nos jeunes le goût des textes originaux.Les promoteurs de cette collection ont pensé d’abord à la jeunesse de nos collèges et à nos éducateurs.J’ai dit déjà — et je ne renie rien — que l’une des grandes faiblesses de notre enseignement secondaire était le dépaysement.Sans doute faut-il donner un large accès à l’humanisme classique et même à l’humanisme tout court, partout où on le trouve, mais, il Photo prise le 4 nov.dernier.De gauche à droite: M.Luc Lacourcière, le R.P.Paul-A.Martin, c.s.c., Mme Jules Fournier, Mgr F.-A.Savard et le R.P.Benoit Lacroix, o.p.importe en même temps, de rattacher le jeune Canadien français à ses racines, et des racines qui sont parfois d’une force et d’une vigueur singulières.Cela revient à dire qu’il faut former l’être d’abord et non violenter l’agir.Tous ces textes [qui ont été publiés dans la collection] ont été soigneusement choisis en raison de pensées et de sentiments qu’ils représentent; pensées et sentiments qui rejoignent, par moments, les pensées et les sentiments des grands de toujours dans tous les pays; mais pensées et sentiments qui, parce qu’ils ont été vécus par les nôtres, dans notre patrie, ont une plus grande valeur d’exemple, une singulière force d’entraînement.Nos éducateurs voudront-ils se servir de ces textes ?Que par quelques signes, ils nous permettent au moins de l’espérer.» De la propagande anti-catholique La Semaine Religieuse de Québec, dans une récente livraison, a publié l’avis suivant: « L’on distribue actuellement, dans plusieurs diocèses, des feuillets annonçant un volume intitulé: « Fêtait prêtre de Rome », par le Rév.Lucien Vinet, et d’autres donnant des photos et une courte biographie du Rév.Joseph Zacchello: Le prêtre qui a trouvé le Christ, éditeur de la revue protestante: The Convert.Ces feuilles de propagande anti-catholique s’élèvent contre la messe, le purgatoire le cé-(suite à la page 82) LECTURES REVUE BI-MENSUELLE DE BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE publiée par le SERVICE DE BIBLIOGRAPHIE ET DE DOCUMENTATION DE FIDES Direction: R.P.Paul-A.Martin, c.s.c.Rédaction: Rita Leclerc Abonnement annuel: $2.00 Etudiants: $1.00 Le numéro: $0.10 FIDES, 25 est, rue Saint-Jacques, Montréal-1 — Plateau 8335 Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe.Ministère des Postes, Ottawa.(Suite de la page 81) libat des prêtres, la vie monastique et religieuse, le culte de la Vierge, l’infaillibilité du Pape, etc.; autant de problèmes au sujet desquels les protestants ont déjà, de leur propre chef, proposé des solutions non orthodoxes.On sait ce qu’il faut en penser.Ne cédons pas à une curiosité malsaine ni au désir de vouloir juger la valeur des raisonnements erronés pour nous autoriser, sans une permission spéciale de l’Ordinaire, à lire cette littérature délétère.» Grains de sagesse • S’il n’y a que du corps dans ton oeuvre, et si elle ne parle qu’aux sens, tu n’es qu’un ouvrier sans âme, tu n’as d’habiles que les mains.» v JOUBERT • Je ne crois pas qu’une grande oeuvre littéraire, et plus spécialement romanesque, puisse ne pas engager un système de valeurs; son poids, même poétique, n’est jamais absolu: il dépend pour une grande part de l’étoffe humaine; et la perfection du style, qui n’est en définitive que l’efficacité de l’expression, n’est pas sans rapport avec la valeur de l’exprimé.» Pierre-Henri SIMON Index des auteurs recensés dans ce nnnérn BERTHELEMY (J.), p.89 CAMUS (A.), p.94-95 CHAMBON (A.), p.90 DELAISEMENT (O.), p.90 GREGOIRE-COUPAL (M.-A.), p.88 GROULX (L.), p.83-85 HULME (K.), p.91 LA VARENDE, p.94 LE NORMAND (M.), p.86 LESORT (P.-A.), p.92 LE SOURD (H.), p.89 OFAIRE (C.), p.92 POULIOT (L.), p.87-88 Publication approuvée par l’Ordinaire 82 Littérature canadienne Etudes d'auteurs M.le chanoine Lionel Groulx " En 1952, venant d’achever la lecture du quatrième et dernier tome de l’Histoire du Canada français, cette œuvre de synthèse vigoureuse et de forme souvent lapidaire du Chanoine Groulx, nous écrivions à peu près ceci: « Par cet ouvrage, le Chanoine Groulx rejoint, sans que nul historien intermédiaire ne lui soit comparable dans l’étude des causes qui régissent les faits, un François-Xavier Gar-neau .».A un siècle de distance, c’est en effet la même maîtrise intellectuelle dominant l’émotion intérieure, une sorte de clairvoyance de prophète, un sens aigu des réalités de demain.« Que les canadiens soient fidèles à eux-mêmes », s’écriait François-Xavier Garneau 1 2.« Soyons Canadiens, reprend de nos jours le Chanoine Groulx.Soyons-le comme nous l’avons toujours été et mieux que bien d’autres, nous qui n’avons jamais eu deux patries, mais une seule: le Canada.» 3 Et nous pensions aussi que la coïncidence des dates de publication de ces œuvres de maîtres, à un siècle près, n’étaient point non plus choses fortuites, mais un don de la bonne Providence.Un grand historien par siècle, c’est une proportion généreuse pour notre petit peuple de croyants, issu de l'admirable France missionnaire du XVIIe siècle.Nous ne pouvons du reste qu’assimiler lentement les messages de ces historiens inspirés.Si François-Xavier Garneau reste « un fils de Québec », où il est ne en 1809, et y mourut en 1866, le Chanoine Groulx nous semble deve- nu pour sa part, ce qui regarde sa renommée, une des gloires des petites villes du Québec.11 voit le jour à Vaudreuil, le 13 janvier 1878.D’abord élève des Clercs de Saint-Viateur, le voici, à treize ans, étudiant au Collège classique de Sainte-Thérèse.Ses humanités achevées, il devient séminariste.Ses études théologiques se poursuivent plus encore au Séminaire de Valleyfield où il enseigne, qu’au grand Séminaire de Montréal.Sa formation intellectuelle et religieuse, c’est donc dans de petits centres culturels où l’on vénère les traditions des ancêtres qu’il la reçoit, et qu’il s’en pénètre.Elle le marquera profondément.Elle enrichira des qualités naturelles peu communes, et rendra peu à peu irréductible sa passion pour le beau et la vérité.Sa personnalité dynamique fait déjà merveille quoiqu’il s’en défende, « En face de ces jeunes gens [ses élèves de Valleyfield, qu’il venait de qualifier de « jeunesse admirablement intelligente et exigeante, assoiffée d’idéal, d’action, de vie pleine > ] l’un de mes tourments, c’est de me sentir simple « minoré » effroyablement pauvre de moyens et de pouvoirs.Je le confesse hélas, il m’arrivait de souhaiter en dépit de ma pauvreté spirituelle le jour de la suprême ordination.Aussi n’oublierai-je jamais la joie vive, exaltante qui, ce matin du 28 juin 1903, me soulève lorsque je quitte la cathédrale de Valleyfield, portant sur ma tête et dans mes mains, l’onction tant espérée.C’était par un matin ensoleillé.Dans mon âme il y avait encore plus de soleil que sous le firmament.Grâce au Maître bien-aimé, je me sentais tout à coup muni de tous les pouvoirs sacramentels du sacerdoce, tenant à ma disposition, grandes ouvertes, les sources du fleuve de vie.» 4 1 M.l’abbé Groulx a été créé chanoine honoraire du chapitre métropolitain en 1943.2 GARNEAU (François-Xavier), Histoire du Ca- nada.8e édition.par son petit-fils Hector Gar- neau.Montréal, Editions de l’Arbre, 1944-1946.Tome IX, page 151.3 GROULX (Chanoine Lionel), de l’Académie canadienne-française, L’Indépendance du Canada.Montréal, l’Action Nationale, 1949, page 174.4 Voir le recueil Comment ils sont devenus prêtres.2e édition.Montréal, Oeuvre des Vocations 1955.P.99-100.83 Prêtre du Seigneur, comme il est heureux, on le voit, de reprendre sa tâche d’éducateur.Il quitte cependant ses élèves pour un séjour d’études en Europe, de 1906 à 1909.Deux ans de cours à Rome lui permettent de recevoir des doctorats en théologie et en philosophie; puis, c’est une dernière année de travaux aux facultés de lettres et de philosophie, à l’Université de Fribourg, en Suisse.De retour au pays, c’est encore à Valleyfield qu’il enseigne jusqu’en 1915.L’abbé Groulx compte maintenant 37 ans.Sa puissance de travail reste la même mais sa pensée a mûri.Des convictions profondes l’animent, le traversent parfois comme une flamme.Depuis déjà quelques années, l’histoire canadienne l’a pris tout entier.11 lit énormément.Il est en contact quotidien avec les sources, toutes les sources possibles.Sa parole possède une aisance, une vie intense toute baignée de poésie.D’heureuses créations verbales possèdent cette concision, cette chaleur d’accent qui atteignent en profondeur ses auditeurs.Le Chanoine Groulx — et j’en parle d’expérience, ayant entendu ses premiers cours sur Nos luttes constitutionnelles — apporte dans ses jugements, de la logique, et dans leur expression, je ne sais quelle grâce fière.Le sens de notre histoire qu’il manifeste, gagne l’adhésion des esprits, en faisant battre les coeurs.Nous devenions des disciples de sa pensée et de son action.Certains et certaines le demeurent encore.Cette fidélité intellectuelle, longue, entière, sans nuages, ne prouve-t-elle pas que dès le début de sa carrière d’historien le Chanoine Groulx savait orienter et fixer le patriotisme canadien par la seule force de notre héroïque histoire, comprise et interprétée dans sa totale vérité.Je viens de rappeler un lointain souvenir.Je me suis reportée à l’année 1915, qui est la date de fondation de la chaire d’Histoire du Canada, à la Faculté des lettres de l’Université de Montréal.Le Chanoine Groulx en demeura le premier et l’unique titulaire pendant trente-quatre ans, de 1915 à 1949.Montréal peut à bon droit maintenant le réclamer comme un de ses fils éminents.Le Chanoine Groulx assumait la direction d’une revue, l'Action française, de 1920 à 1928, année où il dut se retirer.Un voyage en France se dessinait.11 s’y rendrait en qualité de délégué de l’Université de Montréal et de l’Institut scientifique franco-canadien.Il donnerait des cours sur l’enseignement français au Canada, en Sorbonne, à l’Institut catholique de Paris et en quelques universités de province.La tâche de rédacteur de revue, il ne l’oubliait point cependant; car il en savait l’urgence comme moyen de diffusion d’idées et de principes dans les cas de certains groupes qui lui étaient chers et qui le lui rendaient bien en vénération affectueuse.Aussi, depuis 1946 a-t-il repris son rôle de directeur, en fondant la Revue d’Histoire de l’Amérique française, organe de l’Institut d’histoire de l’Amérique française dont il est le président.Elle fêtait ses dix ans d’existence en décembre dernier.De jeunes maîtres en histoire y prirent ia vedette.Devenu président du Comité des Fondateurs de l’Eglise canadienne à la mort de Monseigneur Philippe Périer, en 1947, M.le Chanoine Groulx s’emploie actuellement, entre tant d’autres labeurs, à faire reconnaître par Rome la sainteté de Monseigneur de Laval, de trois éminentes religieuses, Marie de l’Incarnation, Catherine de Saint-Augustin, la bienheureuse Marguerite Bourgeoys (la première à monter sur les autels) et la grande infirmière de Ville-Marie, Jeanne Mance.Nous devons d’émouvantes esquisses biographiques de Catherine de Saint-Augustin et de Jeanne Mance à notre grand historien.Joignons-y cette toute récente (février 1957) et courte biographie de Mère d’Youville.Avec ce talent d’aller tout de suite à l’essentiel, le Chanoine Groulx a réussi de ravissants tableautins de ces hautes figures féminines.Ne les rapproche-t-il pas parfois, dans le groupe de ses amitiés supraterres-tres, de la douce image de sainte Thérèse de Lisieux ?Il en a retracé en quelques pages la vie brève mais d’une telle intensité d’amour pour Dieu, buisson ardent où se consumait avec joie la frêle Carmélite.11 appartient à des plumes plus compétentes que la mienne de porter un jugement d’ensemble sur cette admirable carrière d’historien.D’ailleurs, un de nos auteurs élevait la voix, huit ans seulement après le début de renseignement universitaire de l’abbé Groulx, qui avait en outre publié onze ouvrages, et exercé une action publique tant à Montréal qu’à travers la province de Québec, par des conférences et des discours.Cet auteur lui a rendu un hommage éclatant, de longue portée, peut-être définitif.Olivar Asselin, dont la verve caustique faisait justice de tout écart, soit littéraire, soit politique ou social, écrivit sur son œuvre, d’une plume cette fois bien prise par la qualité d’esprit et d’âme d’un jeune écrivain qui était déjà un maître, une plaquette dont les échos ne cessent encore de résonner.Je n’en retiendrai que ceci: « Dès maintenant, la critique se doit de reconnaître dans l’œuvre de l’abbé Groulx le plus bel élément de l’actif intellectuel canadien- 84 français.» 1 2 En regard de ses dernières œuvres, écrites plus d’un quart de siècle après ces paroles, celles-ci sont encore à citer sans la moindre réserve.Alors qu’ajouter de plus ?L’éloge est parfait, véridique, total.Avec Olivar Asselin, c’est du reste un esprit supérieur qui en juge un autre.* * * ŒUVRES - — Une croisade d’adolescents.Québec, 1912.In-12 (2e édition: Montréal, Granger Frères, 1939).— Nos luttes constitutionnelles.Montréal, 1915-1916 (5 brochures).— Les Rapaillages.Montréal, 1916.(40e réimpression: Montréal, Granger Frères, 1935).— La Confédération canadienne.Montréal, Bibliothèque de l’Action française, 1918.In-12.— La Naissance d’une race.Montréal, Bibliothèque de l’Action française, 1919.In-12.(3e édition: Montréal, Granger Frères, 1938).— Lendemains de conquête.Montréal, Bibliothèque de l’Action française, 1920.In-12.— Chez nos ancêtres.Montréal, Bibliothèque de l’Action française, 1920.(4e édition: Montréal, Granger Frères, 1943).— Vers l’émancipation.Montréal, Bibliothèque de l’Action française, 1921.In-12.— L’appel de la race.(Publié sous le pseudo d’Alonié de Lestres).Montréal, Bibliothèque de l’Action française, 1922.(5e édition: Montréal, Fides, 1956).— Notre maître le Passé.Montréal, 1924-1945.3 vol.In-12.— L’enseignement français au Canada.Montréal, 1924-1934.2 vol.In-8.— Dix ans d’action française.Montréal, Bibliothèque de l’Action française, 1926.In-12.— Le français au Canada (cours en Sorbonne, France).Paris, Delagrave, 1931.In-12.— Au Cap Blomidon.(Publié sous le pseudo d’Alonié de Lestres).Roman.Montréal, Granger Frères, 1932.(3e édition: 1950).— La Découverte du Canada.Jacques Cartier.Montréal, Granger Frères, 1934.In-12 — Orientations.Montréal, les Editions du Zodiaque, 1935.In-12.— Directives.Montréal, les Editions du Zodiaque, 1937.In-12.— L’Indépendance du Canada.Montréal, l’Action nationale, 1949.In-12.— Histoire du Canada français depuis la découverte.Montréal, l’Action nationale, 1950-1952.4 vol.In-12.— Rencontres avec Dieu.Montréal, Fides, 1956.Nous savons que notre historien national a sous presse dans le moment un ouvrage important intitulé: Notre grande aventure: l’Empire français en Amérique du Nord.On annonce aussi la publication pour ces jours-ci d’un ouvrage écrit en collaboration: Le Cahier No 2 de l’Académie canadienne-française, comprenant sept études originales par le Chanoine Groulx, Guy Frégault, Marcel Trudel, Michel Brunet, Claude Galarneau, Jean Bruchési, Victor Barbeau, sur un sujet unique: c La France a-t-elle perdu ou abandonné le Canada ?> * * * SOURCES A CONSULTER 3.— L’œuvre de l’abbé Groulx, par Olivar Asselin.Montréal, Bibliothèque de l’Action française, 1923.— Biographies canadiennes-françaises.Publiées par Raphaël Ouimet.12e édition.Montréal, 1935.P.109-110.(La fiche qui identifie le Chanoine Groulx est rédigée avec beaucoup d’exactitude, mais ne couvre, cela va de soi, que les années 1878-1935).— Biographies françaises d’Amérique.Sherbrooke, Les Journalistes associés, 1950.— Vedettes 1952.Le fait français en Amérique.Montréal, Société nouvelle de publicité, 1953.— Comment ils sont devenus prêtres.Montréal, Oeuvre des vocations, 1954 4.N.B.— Nous aimerions insérer ici les porj traits dus à la plume de Georges Pelletier, d’André Laurendeau et d’autres.L’espace nous fait défaut.Marie-Claire DAVELUY 1 ASSELIN (Olivar), L’Oeuvre de l'abbé Groulx.Montréal, Bibliothèque de l’Action française, 1923.2 Nous ne donnerons que les œuvres principales du Chanoine Lionel Groulx, laissant à regret de côté, faute d'espace, tous ses opuscules.Nous ne prétendons nullement présenter une bibliographie exhaustive.Nous suivons l’ordre chronologique des éditions originales.3 Nous n’indiquons pas les Manuels de littérature canadienne, faciles à se procurer ou à consulter dans les bibliothèques; ni, non plus, les Dictionnaires biographiques, annuaires, almanach, etc., pour les mêmes raisons.11 faut lire les ouvrages que nous mentionnons à cause de l’exactitude des renseignements qu'ils contiennent.* Le Chanoine Groulx, dans ce recueil, nous raconte quelques épisodes de son enfance et de sa jeunesse (p.91-100).85 Michelle Le " Marie-Antoinette Tardif naquit à l’Assomption, en 1895, du mariage de Bénoni Zoël Tardif et d’Hélène Beaupré.Ses premières années s’écoulèrent dans ce cadre rustique qui devait la marquer si profondément et influencer son œuvre tout entière.Elle fit ses études primaires d'abord à l’Assomption, puis à Montréal où ses parents s’étaient fixés vers 1905.Elle suivit pendant deux ans les cours de l’enseignement secondaire à la Maison Mère des Sœurs de la Congrégation Notre-Dame, puis les cours de littérature française à l’université de Montréal, où l’éveil de son talent littéraire lui valut une bourse.Plus tard, elle s’inscrira aux cours de philosophie à l’Institut catholique de Paris et à ceux de littérature à la Sorbonne.Sa carrière littéraire débuta en 1916 par la publication, dans le Nationaliste, de ce qui sera le premier chapitre de son premier livre: Autour de la maison.Le nom de plume de Michelle Le Normand date de cette époque et il témoigne de sa piété filiale: Michelle évoque le souvenir d’un grand oncle très aimé, et Le Normand rappelle les origines normandes de la famille.Devenue rédactrice de la page féminine au Devoir, en 1918, Michelle Le Normand épousait, en juin 1922, M.Léo-Paul Desrosiers qui était alors correspondant parlementaire du même journal.Le couple s’installa à Ottawa où il séjournera jusqu’en 1941, date à laquelle M.Desrosiers reviendra à Montréal pour occuper le poste de bibliothécaire à cette ville.Deux enfants sont nés de cette union: Louis et Claude.Interrompue pendant quelques années par l’urgence des tâches familiales, la carrière littéraire de Mme Desrosiers devait reprendre vers 1931.Elle publia quelques romans, plusieurs recueils de nouvelles et une biographie.Elle collabora à l’Oiseau bleu, au Canada français et donna, à l’occasion, quelques conférences.Installée à Saint-Sauveur depuis quelques années, elle tient encore la plume pour le bénéfice du journal Notre Temps et de la revue La terre et le foyer.Une médaille de l’Académie française lui a été attribuée pour Autour de la maison et le prix de cyclotourisme pour Dans la toile d’araignée.Sans être un écrivain de toute première grandeur, Michelle Le Normand tient une place honorable dans la littérature canadienne.Elle excelle dans le billet ou la nouvelle, dans ces courts récits où elle peut, œuvrant sur la réalité la plus quotidienne, esquisser un tableau plein de grâce et de fantaisie, qui tantôt a la poésie d’une églogue, tantôt comporte les leçons d’un souriant fabliau.Une culture très étendue se devine dans les écrits de cet écrivain à qui les voyages et surtout les lectures ont ouvert des horizons.Si le patriotisme lui a inspiré un roman à thèse, Le Nom dans le bronze, toutes ses œuvres témoignent d’un fervent amour pour la « patrie charnelle >, la nature canadienne, amour qui n’a rien de livresque et d’abstrait et que l’on sent nourri d’une patiente et intelligente observation.Partout aussi se manifeste un profond sens religieux que Michelle Le Normand tient d’une mère très pieuse; il faut y voir la clé de la sérénité confiante, de la ferveur joyeuse de ce regard qui voit en tout, êtres et choses, le don d’un Dieu qui est un Père.A cause de son œuvre fervente et saine, Michelle Le Normand est l’écrivain par excellence de la jeunesse.* * * Œuvres.1 — Autour de la maison.Montréal, Fides, 1954.165p.21cm.— Couleur du temps.Montréal, le Devoir, 1919.142p.19cm.— Le nom dans le bronze.Montréal, Fides [1955].95p.22cm.— La plus belle chose du monde.Montréal, Fides [1956].137p.22cm.— La maison aux phlox.Montréal, Fides [1955].153p.22cm.— Enthousiasme.Nouvelles.Montréal, Fides [1955].174p.22cm.— Dans la toile d’araignée.Montréal, Fides [1956].141p.22cm.— Une âme religieuse et maternelle.Biographie de Marie-Célina Plourde.[Montréal, l’auteur, 1942] 150p.ill.21.5cm.R.LECLERC 1 Nous donnons la liste des œuvres dans l’ordre de leur parution, mais en ne tenant compte que des dernières éditions.86 6946 Étude critique “Le Père Paul Le Jeune, s.j.” Peu d’œuvres méritent aussi pleinement le titre de Classiques canadiens que les Relations des Jésuites.De 1632 à 1673, elles accompagnent et rythment en quelque sorte la vie de la Nouvelle-France.Non pas qu’elles aient eu l’ambition de retracer l’histoire de la colonie: elles visent avant tout à « intéresser l’ancienne France à l’évangélisation de la Nouvelle ».Mais il se fait qu’en poursuivant cet objectif, elles ont accumulé une somme énorme de données géographiques, historiques, anthropologiques et religieuses, qui en font une des sources principales de l’histoire canadienne.Au surplus, les 41 petits volumes de l’édition originale, devenus les 73 de l’édition Thwaites et les 3 de l’édition de Québec, ont pour auteurs des hommes cultivés, qui savent « observer, distinguer, s’exprimer »: Brébeuf, Le Mercier, Lalemant, Le Jeune, Dablon, Ragueneau.Nombre de pages qu’ils ont écrites ne dépareraient en rien les meilleures anthologies des prosateurs du XVIIe siècle.Le nom de Le Jeune reste attaché à cette œuvre monumentale, dont il fut l’initiateur; c’est lui qui en fixa la formule, donnant à ces lettres annuelles que furent les Relations tous les avantages d’une grande publication, sans rien leur enlever de cette allégresse de style, de cette spontanéité qu’elles tiennent de leurs origines.Aussi le P.Pouliot a-t-il eu raison de nous présenter, à travers le P.Le Jeune, l’ensemble plus vaste des Relations, même si tel aspect de la personnalité de Le Jeune s’en trouve un peu rejeté dans l’ombre.Fidèle à son dessein, le P.Pouliot a choisi, dans les Relations, des extraits qui sont comme autant de prises de vues sur l’oeuvre entière: récit du voyage France-Canada, description du milieu géographique et physique (climat, faune et flore), observations sur les peuples indigènes (notamment Algonquins et Mon-tagnais), méthodes d’apostolat (étude de la lan^ gue, exercice de la charité, œuvre des séminaires, instructions des nomades), avis pratiques aux futurs colons, retentissement en France de l’œuvre des Relations (en particulier, la venue, en 1639, des Hospitalières et des Ursulines), vie de la colonie française, fondation de Montréal.Le tour d’horizon est complet.Au fil de ces pages, qui se lisent avec gourmandise, quelques traits de la physionomie de Le Jeune finissent tout de même par s’imposer: une âme ardente, impétueuse, prompte à l’enthousiasme, féconde en projets, aux conceptions hardies, aux initiatives toujours rebondissantes, habile à saisir les ensembles; et pourtant aussi, un homme de détail, observateur pénétrant, à l’œil émerveillé, scrutateur et précis jusqu’à la minutie.Et surtout, quels dons d’écrivain! A notre avis, le plus doué, le plus racé de tous les auteurs des Relations! Très tôt, l’ancien professeur de rhétorique et d’humanités s’est dégagé des schèmes de la phrase latine pour créer son propre instrument: une langue colorée, jaillissante, savoureuse, délectable, souriante et ensoleillée.Qui veut se régaler de bon français, doit lire le P.Le Jeune.Les banquises du Golfe évoquent pour lui des églises de Uient de paraître L Pi LECTURES 1956-1957 Une précieuse source de références pour connaître la valeur doctrinale, littéraire et morale des livres récents.Volume relié en toile bleue, titré or.$3.50 l'exemplaire (par la poste $3.70) FLDES 25 est, rue Saint-Jacques, Montréal 87 cristal; deux rochers énormes lui semblent avoir « été plantés par Dieu au milieu des eaux comme deux colombiers pour servir de retraites aux oiseaux »; il observe que les lièvres du Canada sont « plus pattus » que ceux de France; le froid, en hiver, est si vif que les arbres, en se fendant, font comme un bruit d’arme à feu; la marmotte siffle comme une linotte bien instruite; la moufette a l’odeur du péché; les Hurons sont si voleurs qu’ils dérobent avec les pieds, et si gourmands qu’ils expireraient devant une marmite de viande; leur langue est riche comme une tapisserie qu’il faut dérouler pour en saisir toutes les beautés.On multiplierait à l’infini les exemples de cette langue qui évoque tantôt François de Sales, tantôt le meilleur Montaigne.Nul n’était mieux placé que le P.Pouliot pour nous présenter les Relations, lui qui na- guère a consacré à cette oeuvre une étude remarquable.Le livret qu’il a composé se classe parmi les tout meilleurs de la collection des Classiques canadiens; à coup sûr, parmi les plus savoureux.Souhaitons que les professeurs, attirés par ce mets affriolant, participent avec leurs élèves à l’émerveillement du P.Le Jeune devant notre pays.Le public cultivé, pour sa part, y prendra autant de plaisir que dans les meilleurs ouvrages de la grande littérature.René LATOURELLE, s.j.(1) POULIOT (Léon), s.j.LE PERE PAUL LE JEUNE, SJ.(1591-1664).Textes choisis et présentés par le R.P.Léon Pouliot, s.j.Montréal, Fides [cl957].96p.23cm.(Coll.Classiques canadiens, no 7).$0.60 (trais de port en plus).canadiens, no 7).$0.60 (frais de port en plus).Pour tous No tice bibliographique Religion (2) GREGOIRE-COUPAL (M.-A.) LE CARILLON D’ESPERANCE.Préface du R.P.P.-Henri Barabé, o.m.i.Montréal, Fides {1957}.211p.ill.22cm.S2.50 (frais de port en plus) Pour tous Un très beau livre qui vient à son heure pour préparer l’année mariale de 1958.Mme Grégoire-Coupal a passé trois mois en Europe, occupée à visiter les lieux où la Vierge est venue apporter au monde ses maternelles consolations et lancer ses appels à une courageuse pénitence: Paris, Lourdes, Banneux, Beau-raing, La Salette, Fatima.Elle est allée boire à toutes ces sources de grâce que la Mère du Bel Amour a fait naître sous ses pas.Elle a médité sur les messages que Notre-Dame a laissés, dans le cadre même où ils ont été entendus.« Sans fouiller du regard le champ de dogmes auxquels peuvent être liés [ces] messages [.] Mme Grégoire-Coupal interroge les faits avec ingéniosité, attention, droiture et simplicité.Elle s’arrête, elle s’attarde sur ce qui s’est passé.Elle rencontre les personnes en cause, elle leur parle et les questionne.Sa curiosité est saine, inattaquable, sans superstition.Chargée de sympathie et de bienveillance, elle ne passe point les intentions.Elle retient son jugement.Animée de foi, de zèle et de patience, elle poursuit ses investigations jusqu’au bout, voulant ne rien négliger parce quelle croit que rien n’est négligeable dans la ’¦ fêt.Photo prise lors du lancement du Carillon d’espérance.De gauche à droite: S.Exc.Mgr A.-F.Cousineau, Mme M.-A.Grégoire-Coupal et le R.P.Paul-A.Martin, c.s.c.matière pour quiconque veut savoir et se faire une idée juste.» (P.-H.Barabé) Le fruit de ses investigations et de ses fervents pèlerinages, Mme Grégoire-Coupal nous le livre dans cette langue vivante, limpide et colorée qui est la sienne.C’est ce qui fait de cette œuvre un reportage de qualité qu’on lit avec un intérêt soutenu.L’auteur a voulu faire de ce livre le chef-d’œuvre de sa carrière.Ce souci l’honore et lui vaudra sans doute de stimuler la dévotion mariale dans l’âme de ceux qui liront Le carillon d’espérance.Mme Grégoire-Coupal ne souhaite pas sans doute plus belle récompense à son labeur.A.COTE 88 Littérature étrangère Notices bibliographiques Philosophie (1) BERTHELEMY (Jean) STRUCTURE ET DIMENSIONS DE LA LIBERTE.Paris, Les Editions de l’Ecole £1956}.251p.ill.18cm.(Coll.Structure de la liberté, no 780) Pour tous, mats spécialisé Voici une longue réflexion menée de façon méthodique et dans un style clair sur le problème crucial de la liberté.Certains horizons nouveaux apparaissent quoique la substance du livre demeure d’inspiration aristotélicienne et thomiste.On notera, entre autres, le maniement du concept de libération qui donne un aspect nouveau au concept abstrait de liberté.Le premier chapitre s'ouvre sur la liberté de choix.Le choix est une décision précédée d’une délibération.On y retrouve donc des éléments intellectuels et volontaires.Les fines analyses psychologiques de l’auteur sur la délibération et la décision se retrouvent en substance au début du troisième livre de l’Ethique Ni-chomachéenne d’Aristote.Mais au delà du choix, il y a la perfection de l’être.Dans un second chapitre, l’auteur traite de la liberté de perfection telle qu’on la rencontre en Dieu et chez les anges.Cette tranche de réflexion est déjà une première ouverture du problème sur le plan de la foi.L’homme, créé à l’image de Dieu, doit constamment tendre de la liberté de choix à la liberté de perfection.Il y a donc pour l’homme un chemin de la liberté.C’est le sujet du troisième chapitre.Si l’homme naît avec le libre-arbitre ou la capacité d’être libre, il ne le devient vraiment que par son effort personnel, disons une ascèse constante.La liberté est une conquête personnelle du bien qui présuppose une acceptation volontaire de ce bien.L’homme libre est celui qui agit conformément à sa nature rationnelle, l’esclave est celui qui obéit à ses passions.Mais comme l’homme ne parvient jamais à cette par- faite domination de ses inclinations non rationnelles, puisqu'il est un nid de contradictions intimes, sa liberté n’est jamais acquise définitivement.Voilà pourquoi, l’homme se libère constamment.Le chemin de la liberté, c’est la libération par l’ascèse.Le chapitre quatrième aborde les fausses libertés: le libéralisme, le totalitarisme qui s’opposent au personnalisme.Le premier empêche le développement de la personne par un laisser-aller général, le second assujettit l’individu à la collectivité.La grande, la vraie liberté ne peut être qu’un attachement fidèle aux valeurs transcendantes, capacité de communion, don de soi, amour.Voilà pourquoi l’auteur ne craint pas de terminer son livre sur la liberté chrétienne.On lira avec profit ce petit livre écrit avec lucidité et de doctrine sûre.Yvon LAFRANCE Religion (2) LE SOURD (Henri) TOUS FRERES.[Bruges} Desclée de Brouwer [1957}.180p.18.5cm.(Coll.Présence chrétienne).$2.00 (frais de port en plus) Pour tou* M.le Curé de Saint-Sulpice laisse paraître, dans la collection Présence chrétienne, les articles qu’il avait déjà publiés dans son Bulletin paroissial.Un tel livre présentait le danger d’une certaine dispersion, mais l’auteur y échappe heureusement.Une idée fondamentale parcourt tout le volume, l’idée de Charité.Dans un style direct, clair et dru, au goût des hommes d’aujourd’hui, M.Le Sourd retourne sous toutes ses faces le grand commandement du Seigneur : « Aimez-vous les uns les autres ».C'est un appel à la solidarité et à la fraternité humaine qui laisse percevoir chez l’auteur un sens très aigu des exigences évangéliques.Un bon livre pour ceux qui veulent faire un examen de conscience de leur chritianisme.Yvon LAFRANCE 89 Littérature (8) CHAMBON (André) LA BETE NOIRE.Roman.Paris, René Julliard {1957}.230p.18.5cm.Mauvais La Bête noire, une illustration à point de la pitié du roman actuel de psychologie anormale.On veut chercher à faire neuf — du moins on le croit — sans se douter un instant des moyens exceptionnels d’intelligence et de talent que requiert de l’écrivain l’exploitation d’un pareil sujet.Non pas qu’il faudrait penser qu’il ne reste rien à glaner après Julien Green ou Graham Greene, initiés déjà par les chefs-d’œuvre de Dostoïewski et Tourguenev sans parler de Balzac et de son célèbre Colonel Chabert.Mais cette littérature de la psychologie des anormaux a une presse trop abondante chez nos contemporains pour être tout uniment excellente.L’analyse d’un cas clinique, pour être littéraire, doit tout en étant sobrement « naturaliste » s’inscrire dans une œuvre d’art où la décence et les apprêts littéraires ne font pas défaut.Autrement mieux vaut parcourir quelques pages d’un quelconque journal à sensation.Telle est notre réflexion en lisant ce roman de M.André Chambon.Un fieffé alcoolique parvenu à la bestialité la plus achevée réussit dès la première rencon- Rappel- LE GRAND MARQUIS Pierre de Rigoud de Vaudreuil et la Louiiiane par Guy FRÉGAULT de l'Académie canadienne-française Directeur de l'Institut d'Histoire de l'Université de Montréal 484p.4 cartes - 4 hors-texte - 21cm.$3.50 (par la poste $3.75) MONTREAL SAINT - BONIFACE, 25 mtt, rue IWWJ1 Man.Saint-Jacquet 135 ave Provencher tre à gâter sa petite amie d’enfance.Pour subvenir aux nécessités domestiques, la jeune femme se prostitue jusqu’au jour où l’un de ses amants, un barbon, l’assassine en présence de son premier séducteur impuissant et complice.Ce dernier emporte le corps de sa bien-aimée et sombre bientôt dans les délires de la folie.Voilà pour la beauté du sujet que relèvent ici et là des séances d’alcôve décrites sans vergogne dans un langage lupanaresque haut en couleur.Pour ne point faire mentir le principe que le fond crée la forme, le style de l’Auteur chevauche en phrases désarticulées, invertébrées, abusivement juxtaposées à longueur de page.Si la critique commerciale ou commercialisée prévoit dans le destin littéraire de M.Chambon un feu d’artifice de chefs-d’œuvre, avouons que cette bluette de la Bête noire n’est qu’une fusée à rase motte.Thomas LANCHARD DELAISEMENT (Gérard) MAUPASSANT JOURNAIJSTE ET CHRONIQUEUR suivi d’une bibliographie générale de l’œuvre de Guy de Maupassant.Paris, Albin Michel [1956}.302p.17.5cm.Dangereux Cette courte édition consacrée à Maupassant nous permet, comme se le propose Gérard Délaisement, de découvrir « le visage multiple du chroniqueur: l’observateur attentif et amer d’une société en lente décomposition, le pamphlétaire fougueux et qui ne répugne pas à l’engagement, l’envoyé spécial clairvoyant et généreux, le voyageur ivre d’horizons les plus divers, le psychologue passionné des problèmes féminins, le théoricien objectif, le critique littéraire sérieux mais sans prétention ».L’intention de l’Auteur de ce petit bouquin est donc de « restituer le vrai portrait de l’homme et de l’écrivain à travers un genre littéraire trop méconnu et injustement dédaigné ».Maupassant, selon son propre mot, mérite d’être compté parmi les « maréchaux de la chronique ».Avec une virtuosité de maître, il a établi solidement la définition et les objectifs de cet irritable genre qu’est la chronique et le compare en de brûlants raccourcis avec le roman (p.28 et ss).Théoricien et critique littéraire aussi original qu’averti, Maupassant révèle dans ce choix de chroniques qu’on nous présente un talent d’observateur impitoyable 90 T de son monde contemporain.Ainsi, après cette remarquable synthèse sur l'Evolution du roman au XIXe siècle (p.226) et l’article non moins judicieux sur Gustave Flaubert (p.197), Mau-passant explicite avec truculence sa propre conception du roman (En lisant, p.173) et fustige ses contemporains d’avoir perdu l’art de la conversation (Les Causeurs, p.152).D’autres écrits publics dans les journaux et revues de l’époque gardent en même temps qu’un cachet historique indéniable la trace d’un sens prophétique que l’Auteur semblait avoir, notamment sur le problème actuel franco-algérien.Mais que penser de sa chronique intitulé L'Art de rompre ?C’est la transposition sous forme de thèse d’un problème qui n’a cessé de captiver Maupassant.Sans doute, avouons-le d’accord avec G.Delaisement, « il convient de dépasser l’aspect croustillant et scandaleux où se complaît certaine critique et voir derrière le faune, l’être en quête d’idéal, celui que hante la découverte de la femme >; mais, s’il importe en rigoureuse critique dans l’établissement des manuscrits de reproduire tout sans tronquer ni modifier les textes, il convient également à l’exégète comme au simple lecteur d’élaborer la plus saine réflexion au sujet de l’« esclavage familial >.« Refuser la rupture, c’est sanctionner l’adultère, l’accepter comme une tare indispensable » ! Solution inquiétante.Je crois que cet Art de rompre n’est, au point de départ, que tout simplement un Art de mal aimer! Le ton tout à fait goguenard de cet article et toutes les gauloiseries qui l’accompagnent infirment de beaucoup cette contre-thèse même de l’indissolubilité du mariage.Quant à l’article L’Alma Mater (p.55), qui est le reflet parfait de la pensée française de l’époque et de ses préventions contre le pensionnat et les clercs, comme les autres articles contre la médecine, les hôpitaux, ce sont des pages satiriques dignes du meilleur Molière.Les choses ont tellement changé depuis 1880 que les pointes ne portent plus.Ces restrictions faites, cette publication nous donne une meilleure et plus juste connaissance de Maupassant.L'appareil critique de M.Gérard Delaisement, qui est un spécialiste dans les études consacrées au célèbre auteur des Contes, et la bibliographie générale qu’il nous donne des oeuvres de cet écrivain, faciliteront grandement à l’avenir le travail des chercheurs tout autant que celui des simples lecteurs ou des étudiants, c Toutes les chroniques de Maupassant mériteraient d’être publiées.> Souhaitons que M.Gérard Delaisement puisse réaliser ce projet dans un avenir rapproché.Roland-M.CHARLAND HULME (Kathryn) AU RISQUE DE SE PERDRE.Roman traduit de l’américain par C.-M.Huet.Paris, Librairie Stock, 1957.273p.20cm.$3.40 (frais de port en plus) Pour adultes Ce livre, classé par son sous-titre dans la catégorie des romans, est en fait une authentique biographie.Les événements, au lieu d’être fantaisistes, appartiennent à un ordre on ne peut plus réaliste.L’ouvrage relève non pas de la littérature imaginative, mais de la propagande missionnaire.Aussi aurait-il pu porter pour titre Religieuse ou Infirmière?ou encore Sœur Luc N.1072.Gabrielle Van der Mal, une Flamande fille de médecin et infirmière diplômée, est entrée dans une communauté missionnaire de Belgique et est devenue Sœur Luc.Une première partie (chap.7-9) décrit la préparation minutieuse qui assurera le succès de son apostolat futur.Dans une deuxième partie (chap.10-14), on la suit dans sa fonction d’assistante au génial docteur Fortunati, en divers hôpitaux du Congo belge.La troisième partie (chap.15-18) la ramène en Belgique sur la frontière hollandaise.Au dernier chapitre (19), la religieuse laïcisée se retrouve l’infirmière laïque qu’elle avait été d’abord.L’affabulation tient tout entière dans une alternative: ou bien, infirmière habile comme pas une, Sœur Luc négligera, au profit de son activité humanitaire, son propre perfectionnement spirituel; ou bien, religieuse accomplie, elle délaissera la conquête de l’habileté technique pour rivaliser de zèle avec ses Sœurs de Viennent de paraître Collection CLASSIQUES CANADIENS — THOMAS CHAPAIS par Jean-Charles Bonenfant - LE PÈRE LEJEUNE, auteur des Relations par le R.P.Léon Pouliot, s.j.- NÉRÉE BEAUCHEMIN par Clément Marchand - JULES FOURNIER par Adrien Thério 96 pages.$0.60 ch.(par la poste $0.65) CHEZ FIDES 91 toujours et atteindre à leur suite les plus hauts sommets de la vie surnaturelle.Le tiraillement continuel entre ces deux tendances crée, dans l’âme de Sœur Luc, un drame mystique d’un tragique prenant: d’un côté, la tentation obsédante de trahir les vœux de pauvreté, d’obéissance et de chasteté; de l’autre, l’acceptation des sacrifices les plus austères, des renoncements les plus durs, des humiliations suprêmes.Et Sœur Luc résout le dilemme par le procédé connu de toutes les grandes âmes: conformer à chaque instant sa volonté à celle de Dieu en l’identifiant avec celle de ses supérieures.Ce drame foncier encadre toute une série de scène plus touchantes les unes que les autres: l’assassinat par une folle de Sœur Marie; le dévouement de ses boys du Congo, Emil et Banka, comme celui du singe Félix; la mort héroïque de Sœur Amélie; la nuit de Noël dans la brousse; les expériences toujours heureuses du docteur Fortunati; ses propres audaces d’infirmière; la disparition de son frère tué par les Nazis.11 règne ainsi dans tout le volume une atmosphère de haute spiritualité mêlée à celle d’un service social où l’idée du renoncement personnel triomphe sans cesse du doute comme de la révolte intérieure.Et les dernier chapitres sur l’invasion de la Belgique donnent à ce drame mystique un caractère profondément humain.Devant cette lutte à la fois intime et universelle, on sent monter, à certaines pages, les larmes aux yeux.P.115, il faut lire « dans la seconde hypothèse >, au lieu de « dans la seconde alternative ».Emile CHARTIER, p.d.LESORT (Paul-André) LE FER ROUGE.Roman.Paris, Editions du Seuil [1957}.133p.18.5cm.$2.00 (frais de port en plus) Appelle des réserves Dans ce roman, Paul-André Lesort adopte une nouvelle manière.Il fait tenir la plume à une jeune femme qui rédige une lettre d’adieu à son mari, retenu au loin par son travail.Le livre ne comprend que cette seule lettre.Mais quelle lettre! Comme elle s’étend sur plusieurs jours, c’est une manière de journal ou Madeleine, avant de quitter son mari, fait un tableau de ce qu’a été leur vie conjugale.Jour après jour, sous la plume de l’épouse, au prix d’une souffrance que l’on devine inouïe, le passé renaît de ses cendres; et l’on voit dans quel enfer vivait cette femme cernée par un mari atrocement jaloux, qui s’employait à la couper méthodiquement à toutes relations, de tout passé, et même de lenfant né d’une liaison antérieure.Livre magnifiquement écrit.C’est un plaisir que de voir naître ces images neuves, précises, d’une telle force d’expression, et qui viennent à point nommé illustrer la pensée.Ces pages sont cependant morbides à cause du ca° clinique qui y est exposé avec une impitoyable adresse.Elles sont fort bien faites pour inspirer le dégoût de cette passion dévastatrice qu’est la jalousie.Dans un monde sans Dieu et sans morale, comment cette passion n’atteindrait-elle pas le paroxisme de son pouvoir destructeur?A.COTE OFA1RE (Cilette) UN JOUR QUELCONQUE.Paris, Libr.Stock {1956}.378p.20cm.$3.90 (frais de port en plus) Pour adultes Un réel tour de force que ce roman.L’Auteur nous raconte un jour ordinaire, quelconque, chez des gens sans éclat, vivant en pays de montagnes, près d’un vieux monastère qu’habite une famille d’aristocrates anglais.Il ne se passe aucune action notable; seulement à la lecture surgit une sorte d’univers proustien, fait d’impondérables instants d’éternité, de re-juvénescence des choses du passé.D’ailleurs, Cilette Ofaire a certes été influencée par Proust quant au style même: ne sont pas rares dans son livre les phrases de dix lignes et plus.Cette esthétique de la phrase longue qui répond à la fois à des visions totales et complexes, à une volonté de rendu synthétique, se prête nécessairement à l’écrivain analyste, mais présente l’inconvénient d’alourdir parfois le style, de le ralentir.L’Auteur n’échappe pas tout à fait à ce défaut.Ses personnages cependant, bien qu’ils ne dialoguent presque jamais, demeurent tous vivants.Un roman sans doute trop long, écrit pour ces adultes réfléchis qui peuvent chacun à soi-même s’appliquer le mot de Montesquieu: « Je n’ai jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dissipé ».Roland-M.CHARLAND 92 Biographie (92) LA VARENDE tionnaires.dans leur ambition de se l’annexer, en ont fait un sans-culottes; les écrivains, entre autres Eugène Sue, ont tiré de ses exploits un drame proprement légendaire, un véritable mythe.JEAN BART POUR DE VRAI.Paris, Flammarion [1957}.232p.21cm.(Coll.Les grandes biographies).$4.25 (frais de port en plus) Pour tous A ceux qui ne sont pas familiers avec la langue des marins, avec celle surtout qu’ils employaient au XVlle siècle, ce livre offrira bien des énigmes à déchiffrer.Il les décontenancera également par sa composition: tel épisode, commencé au milieu d’un chapitre et continué tout au long du chapitre qui suit, s’achève tout à coup au beau milieu d’un troisième.Enfin, l’étude des faits militaires s’entremêle si bien aux considérations physiologiques, ethnologiques et psychologiques, qu’on a peine à distinguer, dans l’histoire du héros, l’élément moral et l’élément physique.Ces réserves faites, il reste que le Jean Bart, 1650-1702, de M.de La Varende est sans doute, de toutes les biographies consacrées au personnage, celle qui permet de saisir le plus sûrement son véritable caractère.Les révolu- Se tenant à égale distance de ces deux extrêmes, l'auteur, un marin d’expérience lui aussi, explique Jean Bart en homme de la mer, surtout de la mer du Nord.Ce Flamand, qui commence par être un câpre ou simple moussaillon, est devenu, avec Tourville, Suffren, Duguay-Trouin, d’Estrées, Duquesne et Dumont d’Urville, l’une des gloires de la marine française pour cette raison toute personnelle: cet apatride ne fut pas un héros patriote ou national, mais un héros royal (p.17).S’il fut si grand, c’est que, formé à l’école du Hollandais Ruyter (pron.Reutre, ch.Ill), il évolua dans l’orbite de Louis le Grand et ne pensa à servir que celui en qui il voyait son roi.Ainsi s’expliquent d’une part les fusées d’un tempérament atrabilaire au suprême, les témérités qui décontenançaient l’adversaire, les audaces dont s’effarouchaient les bureaux de la marine; d’autre part, la fidélité canine du sujet envers son souverain, son emprise sur ses matelots loyaux et royalistes comme lui, les honneurs et récompenses dont le monarque combla son écumeur le plus grognon, mais aussi le plus efficace.Rappel [DELA PROVINCE DE par Robert RUMILLY de l'Académie canadienne-françoise Tome XXYII —Rivalité Gouin-Lapointe Tome XXVIII —La rue Saint-Jacques Tome XXIX -Vers l'âge d'or Chaque volume: broché, $2.00; relié, $2.50 (par la poste, $0.10 en sut) FIDES 25 est, rue Saint-Jacques, MONTREAL 135, ave Provencher, SAINT-BONIFACE, Man.La définition la plus exacte de Jean Bart restera probablement celle qui résume cette enquête impartiale et minutieuse: il fut un héros intimidé (p.85-86).Le jeune Canadien français qui lira ce livre y trouvera amplement de quoi satisfaire son admiration naturelle pour les audacieux.Peut-être aussi les coups d’estoc et de taille prodigués par le Jean Bart originel lui foumi-ront-ils la matière d’une comparaison avec la geste de celui qu’on désigne à juste titre comme le Jean Bart canadien, notre Pierre d’Iberville.N’est-il pas merveilleux que la dépouille des deux héros ait été retrouvée presque à la même date (1928), l’une à Saint-Eloi de Dunkerque, l’autre dans la cathédrale de La Ha-vanne ?qu’ils soient morts tous les deux presque en même temps, l’un en 1702, l’autre en 1706?Emile CHARTIER, p.d.93 5 Document (1) d'Albert Camus - “La Chute" Albert Camus est un homme vivant, un homme en marche.A lui très exactement s’applique le texte suivant du Journal de Julien Green: « J’ai varié, je varierai encore.A tout moment, je sens en moi une profonde disposition à changer, qui se confond avec l’instinct de vivre.[.J Je désire de tout mon cœur aller de l’avant.» Mais où va-t-il aboutir?Montrons tout d’abord les étapes de cette pensée en mouvement .L’auteur de l’Homme révolté est parti de zéro, c’est-à-dire de l’athéisme dans lequel il est né.Mais dès ses premières œuvres nous le voyons lancé à la recherche d’une raison de vivre ou plutôt nous le voyons d’abord occupé à bien fonder son athéisme.L’homme vit en étranger parmi ses semblables.Nos jugements sur les autres ne signifient rien, car ils ne collent jamais avec ceux que chacun de nous porte sur lui-même.Le Meur-sault de l’Etranger nous avait appris cette dé-couverte-là.Elle devait secouer rudement notre tranquille assurance de l’infaillibilité ou même du bien-fondé de nos verdicts sur autrui.Puis vint la Peste, où les scandales de la souffrance et de la mort étaient étalés au grand jour.Le malheur y frappait enfants et vieillards, innocents et coupables.11 naissait au hasard, se développait au hasard et s’arrêtait au hasard.Impossible de découvrir une intention ou une justice en-dessous de ces événements tragiques.Ne dites pas que cela rendait meilleurs les hommes; mais non! Ils ne se sont améliorés ni pendant ni après la catastrophe.11 est vrai, quelques-uns, tel le docteur Tarrou, croissaient jusqu’à la taille de héros véritables.Or, ce Tarrou se montrait le plus athée de tous! Le type de la sainteté laïque était ainsi ébauché, celle de l’homme capable de se transcender sans le secours de Dieu.L’évasion dans la religion étant refusée à priori, il reste de combattre la fausse sortie de la démesure: folie, tyrannie, espérance chimérique d’un Grand Soir.C’est dans Caligula que les voies vers la démesure sont bouchées explicitement.Camus le fait en montrant où la 1 Voici la cote des principaux livres de Camus qui vient d’obtenir le prix Nobel de littérature: M: Les noces.D: L’Etranger, Actuelles, Le Mythe de Sisyphe, L’Homme révolté.B ?: Caligula, Etat de siège, Les Justes, La Peste.B: L’Eté.fuite conduit le héros de l'absurde, celui qui n’accepte pas d’être simplement un homme.L’empereur Caligula vient de perdre la femme qui! aimait.Jusqu’ici l’umvers lui a paru coherent, unifié, gouverné par la justice.La perte d'un seul être va bouleverser ses conceptions et ses attitudes.Ce sera pour lui le signe que quelque chose ne va pas dans le monde, que l'absurde y règne en maître.Il y ripostera par la démesure, par l’exigence de l'impossible, par le désir de posséder la lune.« Je ne le savais pas auparavant.Maintenant je sais.Le monde, tel qu’il est fait, n’est pas supportable.J’ai donc besoin de la lune, ou du bonheur ou de l’immortalité.Quelque chose qui soit dément peut-être, mais qui ne soit pas de ce monde.» Concrètement il exigera pour lui-même une liberté sans limites et le droit d’imposer à ses sujets le ridicule, l’impossible et la folie.Solution et évasion qui se détruisent par leurs propres conséquences.Si Caligula se trompe, c’est donc que Sisyphe a raison: avec obstination il recommence un travail dont il n’espère aucun achèvement.Ne serait-ce pas là l’homme véritable?La vie est absurde, mais inutile de jeter pour cela de grands cris et de se conduire en inspiré ou en fou.On voit le réel d’un œil lucide et on l’accepte sans broncher.On le voit, la pensée de Camus reste, dans le Mythe de Sisyphe, strictement fixée dans l’athéisme.Sisyphe n’espère rien de ses efforts répétés et surtout il ne veut aucun secours d’un ailleurs invisible et pour lui chimérique.Ce stoïcisme surhumain et inefficace peut-il suffire à l’homme ?Confère-t-il une raison de vivre à l’existence humaine ?Camus s’aperçoit bien vite qu’il n’en est rien.Il ne s’agit pas pour Sisyphe de découvrir ou le bonheur ou une explication; il faudrait au moins qu’il découvrît une utilité à sa peine, un certain sens à son labeur.Et voici que l’Homme révolté affirme découvrir un certain sens à la vie.On ne changera sans doute pas le cours des événements ni l’absurdité de la vie; du moins sera-t-il possible d’améliorer la qualité de l’homme.Qu’en dehors de tout recours à la grâce et de tout espoir d’une récompense dans l’au-delà, il devienne un serviteur loyal de l’homme, un constructeur infatigable de la justice et de la liberté sur terre.La confiance que le chrétien place en Dieu, Camus la pose en l’homme.94 6333 Cet optimisme, Camus semblait l’avoir conservé toujours.Puis, assez brusquement, son dernier récit la Chute vient nous apprendre le contraire, au moins selon une interprétation objective, semble-t-il, de ce livre.Pourquoi ce titre et pas un autre ?Pourquoi plutôt la Chute que la Découverte ?Je ne sais pas.L’auteur a-t-il voulu souligner que lui-même est tombé d’une conception très, trop élevée de l’homme vers un bilan assez pessimiste, ou voulait-il simplement qualifier ainsi, un peu ironiquement, la prise de conscience du héros, sa sincérité avec lui-même ?Car la Chute constitue le long monologue d’un unique personnage assez bavard du nom de Clamence.De nouveau pourquoi Clamence et pas Clémence ?Clamence rappelle-t-il le « damans > de l’Evangile, celui qui crie très haut ce qu’il doit dire ?Ou est-ce celui qui parle pour des sourds ou encore celui qui parle si haut et si vite pour se procurer une justification, une espèce de brevet de supériorité sur les autres ?Que Camus ait voulu nous apprendre du neuf est suggéré par le lieu de l’action ou du récit si vous voulez.Qui eût cru qu’un jour l’auteur de l’Eté transporterait sa tente sous le ciel gris et dans le paysage plat des Pays-Bas ?Pourtant c’est à Amsterdam, dans le bar Mexi-co-City que Jean-Baptiste Clamence raconte à un compatriote sa vie de jadis à Paris et celle qu’il mène à présent à Amsterdam.Le narrateur fut d’abord un avocat parisien dont les misérables et les gens de fortune se disputaient les faveurs.Une bonté innée le conduisit à jouer partout au bon Samaritain.La satisfaction personnelle l’y maintint le plus longtemps possible.« Il faut le reconnaître humblement, mon cher compatriote, > dira-t-il, « j’ai toujours crevé de vanité.Je jouissais de ma propre nature.De cette partie de ma nature qui réagissait si exactement à la veuve ou à l’orphelin qu’elle finissait, à force de s’exercer, par régner sur toute ma vie.Autant d’exploits que j’accomplissais plus souvent que d’autres parce que j’étais plus attentif aux occasions de le faire et que j’en retirais des plaisirs mieux savourés.» Donc extérieurement, un homme de bien, un être vertueux ! Jusqu’au jour où il eût fallu se mouiller, se refroidir, peut-être se noyer pour sauver une femme désespérée qui s’était jetée dans la Seine, du Pont des Arts.Ce courage-là, Clamence ne le trouve pas.Et désormais un rire justicier le poursuit et lui dit sans relâche: « Fausse vertu que tout cet étalage de philanthropie ! Tu ne le fis que pour te complaire en toi-même.Tu ne songes pas un instant à autrui.Tu es en tout pareil à tout le monde ! » Pour étouffer ce rire vengeur et moqueur il prend en vain mille précautions et s’engage dans mille aventures.En tout cas la désillusion est faite: désormais il va être homme dans le sens le plus ordinaire du mot.Il va même renchérir sur la conduite de la plupart: femmes, vin, tout lui sera bon pour s’avilir.Seulement, ne vous y trompez pas, lecteurs, nous dit Clamence ! Tout à l’heure je vais passer du je au nous et vous voilà alors tous dans mon propre bain, tous dans le même bain.Et je garde sur vous l’avantage de la sincérité, de l’aveu sans réticences.Dans un récit des plus détaillés, le « juge-pénitencier » nous raconte la bassesse humaine, la sienne et la nôtre.Nous voilà renseignés sur l’homme.Est-il désormais « encore possible de sauver les enfants de cet homme dans leur corps et dans leur âme > ?Pourquoi pas, direz-vous ?N’y a-t-il pas une espèce de regret dans les aveux brutaux de Clamence ?Il fera mieux la prochaine fois, se sauvera lui-même en sauvant alors la femme désespérée.Notre héros est d’un autre avis lorsqu’il évoque lui-même l’hypothèse d’un nouveau suicide dans les eaux de la Seine: « Supposez, cher maître, qu’on nous prenne au mot ?Il faudrait s’exécuter.Brr !.L’eau est si froide.Mais rassurons-nous ! Il est trop tard, maintenant, il sera toujours trop tard.Heureusement.» Cette conclusion, cet « heureusement * demeure assez mystérieux et laisse la porte ouverte à beaucoup d’interprétations.Certain est le ton désabusé de l’auteur, sa façon de se dire désormais renseigné sur l’homme.Albert Camus semble savoir désormais ce qu’il y a dans l’homme, il ne paraît plus vouloir se fier à l’homme pour bâtir le monde heureux de demain, pour forger le saint laïc, le saint sans Dieu.L’aveu nous semble précieux.Mais quelle conclusion l’auteur de la Chute tirera-t-il de la découverte des faiblesses humaines, de l’égoïsme essentiel de l’homme ?Il n’y a pratiquement que deux voies s’il continue à avancer: le désespoir, le nihilisme ou l’entrée dans le monde du péché et de la grâce.De la foi chrétienne Camus semble extérieurement plus éloigné que jamais.Il vient d’adapter pour un théâtre parisien Requiem pour une nonne de Faulkner.L’auteur américain avait conduit finalement son personnage principal à la foi.Camus a retranché ces dernières phrases, l’adhésion de Temple Drake à la foi de Nancy.Pourquoi ce silence ?Signifie-t-il non ou peut-être ?Espérons que Camus aura le temps et le courage de répondre à notre question.Gaspard KRETTELS, s.c.j.[Extrait de La Revue pédagogique — livraison de janvier 1957.p.289-293] 95 IULLETIN DES RECHERCHES H 1ST CR IQU ES A-S DE M.ANTOINE ROY.—-;-ao58"'Wre'y CYRILLE.Inscrivez vos enfantsoamc, qie.échangé._____________ CLUB DU LIVRE DES JEUDIS — Chaque mois, 2 ouvrages sélectionnés pour $1.00 seulement — Une seule condition: prendre 4 sélections mensuelles en 12 mois.VEDETTES DE NOVEMBRE L'Oncle Tilleul et son trésor par Pierre Bouché L'oncle Tilleul n'en dort plus: ses neveux Jacques et Ginette sont arrivés chez lui.sans crier gare, pour posser leurs vacances.Et Zéphy-rine, la vieille servante, ne veut rien savoir.Adieu la tranquillité! De l'action, des situations comiques.Coll.Les Vacances roses.Illustré.305 pages.Luc et son poulain par Ruth Clarke Un roman qui enchantera garçons et filles.Ils y suivront avec un intérêt croissant les aventures de Luc, de sa soeur Wendy et de Bonny, un poulain extraordinaire qui est devenu pour eux un vrai copain.Ensemble, ils vont vivre des instants inoubliables.Coll.Bibliothèque rose.Relié.Illustré.191 pages.LE CLUB DU LIVRE DES JEUNES * ' E&ÏU 25 est, rue Saint-Jacques Montréal PL.8335* Veuilles m'inscrire au Club du Livre des Jeunes et me faire parvenir vos vedettes de novembre.Ci-indus $1.00.Nom.*.Adresse .Ville.Province .Age.Un ouvrage qu'il faut lire 1ER DE MARTHE ET DE MARIE par Léo-Paul DESROSIERS de l'Académie canadienne-française "De cette biographie, se dégage une Marguerite Bourgeoys nouvelle, d'un charme émouvant et d'une singulière grandeur".208p.— Format 5V*z x 8V2 — 5 hors-texte.$2.00 (franco $2.10) MONTREAL 25 est, rue Saint-Jacques PL 8335* REÇU LE SAINT-BONI FACE, Man.132 r ave £i8« MBTiet676 SftlToW^jllE NATIONALE DU QUÉBEC 3542
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