Lectures, 1 août 1955, samedi 6 août 1955
‘JC.vent ôouiiie où il veut de jf^i E vent souffle où U veut (1) est le deuxième tableau d’un diptyque qui a pour titre : Le fil de la vie.Au fil de la vie, le vent, c’est-à-dire l’Esprit, souffle où il veut : c’est là ti*ès exactement ce que tend à démontrer le dernier roman de Paul-André Lesort.Le titre qui coiffe ces pages preignantes de vie spirituelle évoque deux passages des Saintes Lettres : celui du début de la Genèse où l’on montre l’Esprit de Dieu qui planait sur les eaux de la création, et celui de l’Evangile alors que le Christ, enseignant Nicodème, parle de cet Esprit qui “souffle où il veut”.Capter, aussi fidèlement que possible, les interférences du Souffle de Dieu sur les ondes ténues et monotones de la vie quotidienne : voilà ce à quoi a voulu s’employer P.-A.Lesort, de toute la finesse de ses antennes spirituelles.Un tel propos ne peut qu’honorer, et grandement, son auteur.Comment le romancier l’a-t-il réalisé ?C’est ce que nous verrons.au gnes dont il saisirait le langage ; il voit ce que Françoise ne voit pas : la main, l’image de Dieu, dans le mystérieux rébus des conjonctures humaines.Mais dans l'exacte mesure où, docile à la voix de l’Esprit, il cherche la lumière et veut se rapprocher de Dieu dans son Eglise, dans la même mesure, il sent une douloureuse brisure atteindre sa vie d’intimité avec Françoise.C’est ce drame que Paul-André I.e-sort a voulu cerner, depuis sa lente mais sûre éclosion au coeur de la vie conjugale des Neuville, jusqu’à son dénouement, alors que Yves, enfin converti, trouve la mort dans le dévouement à ses camarades de guerre.D’autres éléments viendront orchestrer le thème central de la marche d’un incroyant vers l’Eglise de Dieu : toutes ces imperfections, inhérentes à la condition humaine d’une société divine, imperfections qui peuvent si facilement constituer une pierre d'achoppement pour la jeune fervour d’un néophyte.Mais le noeud du drame, c’est l’amour divin en lutte avec l’amour humain.oC art du romancier j.j, rame J 9 une converôion LE vent souffle où il veut c’est l’histoire d’une conversion dramatiquement imbriquée dans le développement d un amour conjugal particulièrement réussi.Yves Neuville et Françoise, sa femme, s'aiment d’un amour tendre et fort, exigeant dans la mesure où il se veut total.Le livre s’ouvre sur la naissance de Jean-Louis, l’enfant de leur amour.Françoise semble tout à fait installée dans son bonheur ; ancienne catholique, en rupture de ban avec une religion qu'elle n’a pas comprise, elle ne se pose plus de question : elle ne sait ni ne veut "rien au delà” du bonheur que lui donne son époux.Mais Yves est un inquiet, visiblement travaillé par les "affres” de l’Esprit.Elevé dans l’athéisme, voilà qu’il perçoit des correspondances secrètes ; tous les événements de sa vie lui apparaissent comme des si- (1) LESORT (Paul-André).LE FIL DE LA VIE.T.2: LE VENT SOUFFLE OU IL VEUT.Roman.Pari», Plon (1954).300 p.20.5cm.¦?CE drame tout spirituel, c’est dans les réalités humaines ies plus simples et les plus ordinaires que l’écrivain a voulu l’incarner.Rien de plus banal en soi que le train-train monotone de la vie d’un foyer.Mais pour le regard attentif et respectueux d’un romancier de la trempe de Paul-André Lesort.le réel quotidien, avec ses humbles gestes et ses menus incidents.a la transparence d’un signe qu’il ne faut pas dédaigner.Le respect de la vie quotidienne s’accompagne, chez le romancier, d’un égal respect de l’autonomie psychologique des personnages mis en cause.L’incroyant en quête de vérité se reconnaîtra facilement, avec ses difficultés et ses doutes, ses angoisses et ses appréhensions, dans cet Yves dépeint par un écrivain catholique.Pour rendre, avec plus de compréhension et d’objectivité l’optique particulière à chacun de ses personnages principaux, l’auteur use d’un procédé qui semble déroutant au prime abord, mais auquel on a vite fait de se rompre : en tête de chacun des chapitres, il inscrit tantôt le nom de Françoise, tantôt celui d’Yves, et le lecteur se rend vite compte que tout le chapitre est (-sdlndré cjCeôort commandé par l’optique particulière du personnage désigné.optique incomp CE souci d’objectivité, ce respect du réel, il serait souhaitable cependant que Paul-André Lesort puisse le développer encore et l’intensifier.La compréhension dont il fait preuve à l’égard des incroyants nous semble par trop unilatérale.Plusieurs pages de son roman nous donnent à penser que la masse des croyants ne sont que des imbéciles et des formalistes: cette optique commandée peut-être par le déroulement du drame est manifestement incomplète et en désaccord avec le réel.“Tout n’est pas divin dans la sainte Eglise de Dieu” a-t-on dit, très justement hélas ! Aussi bien n’attendions-nous pas de Lesort un portrait idyllique de la chrétienté.Mais un tableau trop assombri, qui tourne à la charge, n’est pas plus près de la vérité.La psychologie du nouveau converti, chez Yves, se ressent de ce pessimisme.On peut croire que, chez cette âme privilégiée que la Charité divine appelle à l’héroïsme de l’immolation pour ses frères, la grâce ait eu la rigueur du feu qui purifie l'or fin.Il reste cependant que l’expérience générale des convertis contredit celle de ce néophyte qui ne semble pas connaître la libération, la sérénité et la joie du retour au bercail.Notre Dieu est un Dieu exigeant, bien sûr.et notre religion n’en est pas une de guimauve et de douceurs sensibles.Il reste cependant que notre Dieu est l’Amour et la Béatitude infinis.et qu’il est telle chose que la sainte et joyeuse liberté des enfants de Dieu.• • • LE vent souffle où il veut a mérité, il y a quelques mois, le Prix catholique de littérature.On a voulu, par là, souligner la portée spirituelle et morale de l’oeuvre du romancier.Honneur mérité qui peut stimuler l’écrivain à persévérer dans la ligne où il s’est engagé.Puisse-t-il désormais, par l’approfondissement de sa foi et l’élargissement de son optique, augmenter encore la portée spirituelle et morale de ses oeuvres futures.R.LECLERC 177 DOCUMENT 1 %jn chrétien peut-il tout iire ?"C’est un rôle difficile que de rappeler le danger de certaines lectures.On en vient toujours, d’une façon ou de l’autre, à invoquer la prudence, la défiance envers soi-même .Mais bien peu auront cette humilité de reconnaître leur fragilité.Qui donc douterait de la sûreté de son jugement pour discerner le faux d'avec le vrai ?Qui n'estimera, avec la meilleure foi du monde, que "tout est pur aux purs” ?oCa lecture climat créé un Et pourtant, à défaut d’une expérience personnelle ou de celle que peuvent avoir les directeurs de conscience, n’est-il pas évident qu’on ne remue pas de la boue sans en être sali, ou que l’on n'absorbe pas un poison impunément ?D’avoir auparavant les mains propres ou l’estomac libre ne change rien à l’affaire : au contraire, on sera plus aisément taché ou contaminé.Sans doute, on peut se laver ou prendre un contrepoison ; mais que le mal ne soit point nécessairement irrémédiable ne le rend pas bon pour autant.Pourquoi serions-nous moins réalistes quand il s'agit de l’intelligence ou de l’Ame ?Parce que l’effet d’une lecture se contrôle moins facilement ?Raison de plus, semblerait-il, d’être prudents, et d’autant qu’on se lave moins sûrement d'une pensée que d’une tache : le péché une fois pardonné, s'il en est besoin.l’image ou l’erreur ne seront pas nécessairement éliminées du même coup.Quant à estimer nos lectures sans aucune influence, autant dire que nous lisons comme des têtes sans cervelle ! A coup sûr, toute lecture mauvaise ne conduit pas au péché ni même toujours à la tentation, mais elle crée un climat, elle contribue à nous donner une certaine façon de voir le monde t.J On nous certifie que 60% des étudiants de Sorbonne, même catholiques, n’ont aucune règle pour leurs lectures.A vrai dire, qu’ils soient catholiques ou non, le problème est le même.Car.beaucoup plus qu’une obéissance à la loi tout extérieure d’un "catalogue de l’Index’’ (que ce soit celui de Rome ou de “Livres et Lectures”), c’est d’abord une affaire de conscience, et, dirions-nous, de santé.De santé, c’est-à-dire de vigueur ou plus -dm-plement de vie.oCe goût morbide de A mauvaises ledit res Un vivant ne se nourrit pas de tout ce qui passe à sa portée.Un vivant n’est pas une bouche d’égout.Il fait son choix, et il choisit ce qui convient à sa vie.Celui qui lit n’importe quoi, il y a bien des chances que ce soit une âme morte, flottante au gré des courants de la mode ou des circonstances.Celui qu’attirent les charognes, on peut bien craindre que son esprit soit atteint lui aussi de quelque sombre maladie.Tandis qu’un vivant bien vivant, il a bon appétit, c'est-à-dire appétit de ce qui est bon pour lui.Et il se sent aussi assez de force pour choisir, pour prendre et pour conquérir sa proie, au besoin, de haute lutte.C’est la mauvaise lecture qui est au contraire signe de faiblesse.On le sent si bien, au fin fond de sa conscience nue l’on fait l’esprit fort pour se rassurer.Mais, en réalité, le propre d’une mauvaise lecture c’est de séduire, et la séduction ne joue que sur les âmes faibles ou.si l’on préfère, sur le côté faible des âmes.La mauvaise lecture est généralement une tentation de facilité : elle triomphe sur notre démission, elle occupe dec âmes vides, mais comment accrocherait-elle sur des esprits que la passion de la vérité, du bien ou du beau, occupe et guide ?f.1 On peut tout craindre d’un esprit qui s’égarerait à la poursuite désordonnée de toutes les expériences humaines : cette curiosité hasardeuse est le signe d’une âme errante: comme un organisme affaibli.elle est à la merci des microbes.Mais un chrétien oui s’occupe de nourrir sa foi, qui s’intéresse d’abord au monde mystérieux de cette vie divine à laquelle il se sent appelé, qui désire apprendre les richesses spirituelles dont il peut sc servir, bref, un chrétien qui est d’abord chrétien témoigne d’une vitalité suffisante pour s’assimiler le reste, sans trop risquer d'être au contraire entraîné par lui.f.1 (Comment cli àeà lectures oi&ir t.1 II est certaines oeuvres, proprement pornographiques ou blasphématoires, que nul ne sau- rait jamais avoir en conscience le droit de lire.Il faut bien que ces oeuvres soient donc clairement désignées à l’avance.D’où ces multiples avertissements — index, catalogues, cotations morales, imprimatur — qui permettent à chacun de repérer la valeur du livre, de l’extérieur.[Mais] jamais on ne pourra déterminer, pour une oeuvre donnée, une note valable pour tous, même si l’on distingue toutes les catégories possibles de lecteurs avertis, formés, bien formés, de jugement sain ou très mûris.En réalité, cela varie avec les individus, et parfois avec 1 état momentané de la vie spirituelle de chacun.C’est donc affaire de conscience, et, sur ce point, l’avis d’un bon directeur peut seul décider, en définitive, avec une précision suffisante.Ainsi le conseil du directeur, ou l’index, ne sont-ils pas à négliger.Présentés comme des décrets pure-ments extérieurs, ils ne seraient qu’une lettre morte contre laquelle, tôt ou tard, la tentation serait grande de se révolter.Toute loi morale d’ailleurs n’est jamais efficace que si elle se présente comme !’expression d’un besoin fondamental de la conscience.L’interdiction de telle ou telle oeuvre n’aura un sens que dans le contexte d’une vie chrétienne qui prétend f’affirmer dans ses lectures autant que dans tout le reste.Il pourra même arriver ceci : l’intensité même de la vie chrétienne portera peu à peu à se nourrir d’oeuvres plus adaptées à elle.La Bible deviendra chaque jour davantage ce qu’elle doit être pour chacun de nous : le livre.Dans la même mesure, les plus belles productions du génie pâliront aux yeux d’une âme que la passion du Christ aura rendue plus grande que tout ce qui est humain i.1 A ce point, il n’est même plus besoin d’interdire ou de conseiller : le Christ a tout envahi.Jusque là, soyons d'autant plus circonspects et méfiants envers nous-mêmes que notre tendance est moins uniquement spiritueil»-.et ne laissons pas étouffer la bonne graine de la foi sous les foller herbes des lectures mauvaises, ou même seulement trop profanes.Dom Claude JEAN-NESMY (1) Dam ia livraison d« lufllet '55, la re-vua "Témoignages" a voulu aborder l'Important problème des lectures.Nous reproduisons (cl de larges extraits d'un article paru dom ce numéro sous la plume de Dom Claude JIAN-NESMY.(N.D.L.R.) 178 LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE Philosophie [1] VANC'OURT (Raymond) 1-A PHENOMENOLOGIE ET LA FOI.ITournail Desclée & Cie 119531.127p.18cm.(Coll.Le monde et la foi, no 261) TB-S Ce petit livre veut être une étude des rapports qui existent entre la phénoménologie et la foi.Un travail simple, méthodique, dense.Dans une première partie, l’auteur nous introduit à la phénoménologie.Il nous présente une synthèse des grands courants de pensée moderne qui se rattachent plus ou moins directement au fondateur de la phénoménologie : Husserl.Dans une deuxième partie il étudie la relation entre la phénoménologie et la religion.Après avoir disserté sur la nature de la religion il tâche de nous montrer jusqu’à quel point la phénoménologie peut cerner le mystère de l’acte de religion.La troisième partie est une application des considérations données dans les deux premières au problème de la foi comme tel.Il transpose les notions phénoménologiques dans le monde de la foi et indique les lumières qu elles peuvent y apporter et les limites qu’il faut poser.Ce petit livre contient de précieuses lumières sur la phénoménologie.Le lecteur y trouvera un guide sûr et une belle synthèse des courants de pensée phénoménologique.Il sera en plus invité à situer sa foi par rapport aux préoccupations intellectuelles contemporaines.P.-E.ROY ient de paraître De l’adolescence à la maturité par Thérèse Gouin-Décarie 173 pages — $1.75 CHEZ FIDES Religion [2] 1$ SHEEN (Mgr Fulton) LA VIE VAUT D’ETRE VECUE.Traduit et adapté de l’américain par Marcelle Loutrel-Tschurret.(Toursl Marne 119551.255p.18cm, $2.85 (par la poste $3.15) TB Parmi tous ceux qui retiennent l’attention des spectateurs aux écrans de la télévision.Mg- Sheen tient une place très importante : les Américains ne veulent plus se priver de ses causeries si intéressantes et les Canadiens désirent, eux aussi, bénéficier des remarquables propos de cet évêque moderne.Ce volume, qui contient ses causeries prononcées en 1953, trouvera donc un accueil favorable de la part du public.Il est difficile de reproduire dans un livre ce qui a été conçu pour la télévision ; c’est pourquoi il faut remercier la traductrice d’en avoir fait une adaptation.Notons cependant que ces odifications n’ont pas altéré ’e r essage de Mgr Sheen : nous y percevons sans cesse le souci de tenir compte de 1 auditoire tout en livrant des idées susceptibles d’atteindre tous les milieux.Le titre la Vie vaut la peine d’être vécue s’applique à la première causerie et répond à une inquiétude des temps présents.L’auteur tient compte du réalisme du XXe siècle ; il connaît les problèmes qui étreignent le coeur humain et il entreprend d’y répondre non seulement par cette première prise de contact avec ses auditeurs mais aussi par les autres questions abordées au cours de cette série d’entretiens télévisés.La fatigue, les craintes et les angoisses, les peines et les souffrances, l’amour, etc.voilà des problèmes qui.tôt ou tard, viennent nous assaillir et créeraient de sérieux ennuis si la religion n’y apportait un salutaire remède.Les jeunes, les mères, les époux ne sont pas oubliés et
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