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Titre :
Lectures
Grâce à ses critiques littéraires, Lectures souhaite faire connaître la valeur intellectuelle et morale des nouvelles parutions tout en créant un barrage efficace contre les « mauvaises lectures ».
Éditeur :
  • Montréal :Service de bibliographie et de documentation de Fides,1946-1966
Contenu spécifique :
avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Lectures et bibliothèques
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Lectures, 1949-04, Collections de BAnQ.

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à- ures Revue mensuelle de bibliographie critique SOMMAIRE IDEAL ET PRINCIPES page Turlupinage à « Votre auteur préféré » Théophile Bertrand 449 Le cas « Sartre » — Le sens de la condamnation « Opera omnia » .E.Bergh, s.j.455 ETUDES CRITIQUES Malicroix de Henri Bosco Flamand des vagues de Jan Van Dorp Jean-Marie Gaboury, c.s.c.450 Léon Gérin, un pionnier et un maître Le Type économique et social des Canadiens Aux sources de notre Histoire Théophile Bertrand 461 Initiation à l’Economie politique de F.-A.Angers.Théophile Bertrand 467 DOCUMENTS Remerciements à la Société S.-Jean-Baptiste de Montréal .Félix-Antoine Bavard 475 FAITS ET COMMENTAIRES A travers les diocèses — Ottawa Paul Gay, c.s.sp.478 NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES Choix d’ouvrages .483 Ouvrages (Voir liste des auteurs p.2 de la couverture) .*.483 Revues .,.503 BIBLIOTHECA Rédaction des catalogues Marie-Claire Daveluy 505 La Bibliothèque du Séminaire de Joliette Robert Valois, c.s.v.508 Miscellanées .511 Tome V, no 8 AVRIL 1949 Montréal LECTURES REVUE MENSUELLE DE BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE publiée par le Service de Bibliographie et de Documentation de FIDES Direction: Paul-A.MARTIN, c.s.c.Rédaction: Théophile BERTRAND Technique bibliographique: Cécile MARTIN Publication autorisée par l’Ordinaire.NOTES : 1.La revue est publiée mensuellement, de septembre à juin.Les dix livraisons de l’année constituent un tome.Le dernier numéro du tome (soit celui de juin), comprend une table méthodique des sujets traités ainsi qu’une table alphabétique des ouvrages recensés pendant l’année.2.Les références bibliographiques sont rédigées d’après les règles de la catalogra-phie.Les cotes morales en usage sont les suivantes: M Mauvais D Dangereux B?Appelle des réserves plus ou moins graves, c’est-à-dire à défendre d’une façon générale aux gens non formés (intellectuellement et moralement) .B Pour adultes.Un ouvrage dont le titre n’est suivi d’aucune de ces quatre mentions est irréprochable et peut être lu par tous.CANADA: ETRANGER: le numéro .$0.35 abonnement annuel .3.50 abonnement annuel .$3.75 Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa.TABLE ALPHABÉTIQUE DES NOMS D'AUTEURS ANGERS (F.-A.), 467.ARROYO (D.G.), 600.AUDET (L.-P.), 483.BARONDEAU (R.P.), 600.BERGOUNIOUX (R.P.), 490.BIRON (F.), 600.* * * La Bonne Nouvelle.Catéchisme en poésie, 484.BOSCO (H.), 456.BOUSSEMART (P.), 600.BRAULT (A.), 493.BUZY (P.D.), 601.CENTRALE CATHOLIQUE DU CINEMA ET DE LA RADIO, 492.CHAMBRE (H.), 601.CHONEZ (C.), 493.CHOQUETTE (A.), 449.COITEUX (F.), 487, 488.CRISENOY (M.de), 601.CROIDYS (P.), 499.DOURNES (P.), 484.DUHAMEL (G.), 493.DUHAMELET (G.), 601.DUMAY (R.), 494.E.S.P., 501.EUSEBE (Frère), 601.EYLAN (C.), 496.GEORGE (A.), 501.GERIN (L.), 461.GERVAIS (A.), 495.GILBERT (J.), 501.GIONO (J.), 498.GOODIER (Mgr A.), 501.KOTHEN (R.), 501.LABRIE (Mgr), 601.LALANDE (G.-M.), 486.LEBBE (B.), 499.LEFEBVRE (E.), 449.LEPINTRE (J.), 602.LESOURD (P.), 502.L’HEUREUX (E.), 602.MAURRAS (C.), 489.* * * Mes Jeux, 602.MOUROUX (J.), 484.* * * Nova Creatura, 486.PARAZ (A.), 494.PHILIPPE (J.-P.) et POU- ZET (M.), 502.PONCET (H.), 500.* * * Riri s’amuse, 502.SARTRE (J.-P.), 455.SEMAINES SOCIALES DU CANADA.490.THIBON (E.), 498.VAN DORP (J.), 456.VIAU (R.), 499.* * * La Vie en rose, 502.VILLEPELET (Mgr), 602.FIDES 25 est, rue Saint-Jacques, Montréal-1 ?PLateau 8335 IDEAL ET PRINCIPES T)uxlupinag,e à uVotre auteux préféré” « Votre auteur préféré » présentait, le 9 mars dernier, Mademoiselle Adrienne Choquette, auteur de la Coupe vide1, dans une causerie intitulée : Le romancier a-t-il une conscience ?A cette occasion, Mlle Choquette a manifesté de nouveau ses qualités d’écrivain et, de plus, le talent d’une conférencière remarquable.Il est d’autant plus regrettable qu’elle paraisse décidée à mettre de tels atouts au service de la plus mauvaise des causes ou, plus précisément, au service de demi-vérités, des préjugés d’une formation intellectuelle incomplète.Assurément, on ne peut tout exiger du romancier, mais on peut au moins lui demander de ne pas s’estimer omniscient, de ne pas s’imaginer tenir le secret de tous les savoirs du jour où il est entré tout radieux dans la carrière.Malgré qu’elle ait voulu se montrer bien méchante en cette occasion, je ne puis admettre que Mlle Choquette saisisse toutes les conséquences des postulats qu’elle pose avec un aplomb déconcertant.En tout cas, la virulence même de son algarade, sous une discrétion souriante et une maîtrise chiquée, atteste l’apriorisme volontariste, je dirais entêté, de sa thèse, plutôt qu’une étude sereine et objective de la nature et des exigences du roman.La « conscience du romancier » consisterait-elle à être inconscient de l’importance de son art et de ses responsabilités fondamentales ?Mlle Choquette nous a offert, ce soir-là, un véritable plaidoyer pro domo, un réquisitoire d’une ironie soutenue contre l’étroitesse d’esprit des nôtres, de la majorité des liseurs et des critiques du Québec.Avec un humour faux, susceptible d’ébaudir uniquement les esprits déjà contaminés par la peste du libéralisme littéraire, elle a réussi à rassembler le plus invraisemblable bataclan de sophismes qu’on puisse imaginer.Je n’ai pas le texte de notre amazone, mais je vais tâcher d’indiquer de mémoire quelques-unes des failles de son argumentation, ou plutôt de ses prétentions, car elle n’a rien démontré.Tout d’abord, à l’entendre, la plupart des gens qui lisent chez nous et la majorité des critiques souffriraient d’une véritable hantise de la moralité-, de la moralité entendue dans un sens prude et valésien ; ils souffriraient surtout de l’obsession du péché de la chair.Nous voudrions « être plus catholiques que le Pape » ; pour 1 Ce roman fut critiqué avec beaucoup d’indulgence dans Lectures, en octobre 1948, à la page 102.a Sur les relations de l’art avec la morale, je recommande de nouveau l’ouvrage du R.P.Eugène Lefebvre, c.ss.r.: Lu Morale amie de l’art.AVRIL 1949 449 1 les pauvres « refoulés » que nous sommes, n’existeraient que les fautes charnelles.Mais, mademoiselle, n’est-ce pas le Pape lui-même qui, lors du 11" congrès international de la Société pour la protection des jeunes filles, en septembre dernier, déclarait aux congressistes que la jeune fille moderne est trop confiante de pouvoir se protéger contre «les astuces et l’hypocrisie des séducteurs»?N est-ce pas le même Pontife, notre Saint-Père, qui remarquait encore : « [La jeune fille moderne] se croit capable de tout lire, de tout voir, de tout tenter, de tout goûter sans danger,.ce qui la désarmé devant le péril » ?« Tout lire » ! Allons donc, ce n est pas suffisant : voici que certaines réclament maintenant la liberté de choisir les thèmes les plus risqués dans la composition d un roman.Nos résistances à l’invasion des turpitudes littéraires trouveraient leur explication dans un complexe de fièvre impure.Un juge pourtant l’arbre à ses fruits, et ce n’est pas chez nous que le —«ri?æs JeanUmorLafcBnEeLboudeSni rkrtTla littérature.C’eatplutôtunerertaiae forme de littérature qui, consciemment et de parti pris, boude la morale.Editeurs, critiques, écrivains et lecteurs devraient se rendre a 1 evidence de ce fait capital : nous ne vivons pas dans un ordre purement naturel, bonnement païen, mais dans un ordre chrétien surnaturel.Inutile de discuter si, d’abord, personne ne s’est accorde la-dessus.Une fois le fait accepté il faut aussi en admettre les conséquences : surtout, la sou-misskm de l’homme à Dieu dans tous les domaines.Il n existe point de cachette camouflée où l’homme puisse échapper a D»eu-de la cuisine kantienne veut toujours faire croire que 1 art et 1 artwte, le livre et l’écrivain sont des absolus en soi, dotes d une autonomie totale, possédant en eux-mêmes toute leur loi et toute leur raison d etre.Eternelle illusion do l’homme qui se façonne sa propre idole.„ Ajoutez à cela le dégât causé par la doctrine de la sincérité gidienne.Doctrine qui déteint même sur les écrivains «catholiques».Que d equivoques et de compromis cette belle sincérité nous a valus Meme au Canada français, des écrivains et des critiques (du moins, ils se disent tels.) ont adopté ces théories de la Renaissance moderne.Dans ce fatras de doctrines, le livre du Père Lefebvre vient a son heure A tous — et surtout aux éducateurs, aux parents, aux adolescents _ il rappelle, sur le problème de la lecture, des ventes opportunes et un peu trop oubliées.La célébrité d’un écrivain n’est pas le garant de sa valeur morale.Un grand écrivain peut être aussi un grand saligaud.Tout comme un grand chrétien peut être une nullité remarquable en littérature.Il ne faut détraquer les valeurs ni dans un sens ni dans l’autre.Le Père Lefebvre apporte à ce problème la solution traditionnelle, solide, éprouvée par l’expérienco et la sagesse chrétiennes.Certains esprits, actuellement de l’autre cote de la barrière, jugeront peut-être que l’auteur montre à leur endroit peu de sympathie.Il reste qu’au siècle de l’érotisme et de la névrosé, il est bon de réaffirmer la primauté du bon sens et de la vie réelle normale.La boue et les bas-fonds ne sont pas le lieu naturel de l’esprit.Ceux qui y trouvent leurs délices feront bien d’en garder les arômes pour eux-memes.(Collège et Famille, vol.6, no 2 ; mars 1949 ; p.95.) 450 LECTURES divorce, le birth control, l’amour libre fleurissent le plus ! Ce n’est pas chez nous qu’éclosent en grand nombre des ouvrages faisandés comme ceux qu’ont mis en vedette la plupart des Prix littéraires 1948 de France.Après tout, toutes proportions gardées, nous n’avons que la Coupe vide et quelques autres œuvres vraiment blettes.La vie de famille demeure heureusement, au pays de Québec, encore à l’honneur ; la littérature reste saine dans son ensemble.Oui ! vous avez réalisé ce tour de force, mademoiselle, d’enfiler, dans une causerie de trois quarts d’heure, presque tous les sophismes scolaires et aussi, hélas, post-scolaires : ceux de l’homonymie ou de l’équivoque, et de l’amphibologie ; ceux de composition et de division, de l’ignorance de la question en cours et de sa réfutation ; ceux de la fausse conséquence, de la pétition de principe et de la fausse cause.Ennuyeuse scolastique, n’est-ce pas ?Pour vous, une critique qui tient compte de tous les aspects d’une oeuvre, est simplement une critique « moraliste »! Ne serait-ce pas plutôt une critique intégrale ?Pour vous, une critique préoccupée des exigences de la morale à une époque de laxisme comme la nôtre, serait une critique d’eunuques! Ne serait-ce pas plutôt qu’elle dérange trop de conformisme et de snobisme vis-à-vis les courants littéraires à la mode ?Imaginez-vous ! la critique littéraire québécoise tient compte du « sujet » dans ses jugements moraux sur les romans.Vraiment, vous nous la bailleriez belle si nous ne nous arrêtions à réfléchir un peu.Cette question du sujet n’est pas des plus faciles et je ne puis entreprendre de la vider en ce moment.D’ailleurs, elle a déjà été touchée plusieurs fois et si, au lieu de lire occasionnellement quelques articles dont l’un vous concernait directement, il vous arrivait de suivre plus régulièrement « certaine revue », vous arriveriez peut-être à vous débarrasser de vos besicles libertaires.Alors, il serait sûrement vain de vouloir rédiger une thèse (ô prétention!) dans le seul but de vous éclairer.Risquons quand même quelques approches.N’escamotez-vous pas un peu cette question du sujet ?Le sujet d’un roman n’est pas une matière brute, une intrigue statique, réduite au squelette d’un canevas; c’est une tranche de vie en évolution, progressive, dynamique et qui forme un tout qui est la substance même du roman entier.Il faut voir tout le sujet d’une œuvre pour pouvoir vraiment l’apprécier, le voir dans ses amorces, dans son déroulement, dans ses développements.Croyez-vous, par exemple, qu’on a énoncé intégralement le sujet de Tit-Coq quand on a dit que la pièce de Gratien Gélinas traite de bâtardise ?Lorsqu’un critique juge de la moralité d’une œuvre, il le fait en fonction du public moyen qui, d’ordinaire, n’a rien à gagner à fouiller les arcanes du subconscient et à fréquenter de trop tristes types d’humanité, même dans les livres.L’homme qui lit, comme celui qui écrit, n’est pas qu’un esprit qui enregistre mécaniquement AVRIL 1949 451 les faits et gestes de personnages abstraits ; il est en face d’une coupe existentielle et il entre d’ordinaire sincèrement dans le jeu.Autrement, comment continuerait-il à lire des romans ?Nous ne donnons sans doute pas le même sens au mot sincérité.C’est là une qualité subjective et il est de tristes sincérités, comme celle de l’ivrogne qui caresse sa bouteille avec une tendresse dont on ne peut douter.Or vous semblez croire que l’écrivain sincère est nécessairement dans la vérité et la justice.Après tout, nous ne pouvons vous empêcher — physiquement — d'aborder des sujets qui relèvent plus de la psychiatrie, de la pathologie ou de la pathogénie que du roman ; mais tâchez de ne pas vous offusquer si nous jugeons de telles oeuvres dommageables pour la majorité du public.Vous admettez que l’art du romancier consiste à « créer » ou à « recréer » des scènes et des personnages bien vivants.Alors le roman n’est pas une simple photographie, une copie de la vie, c’est une véritable gestation ; nous sommes donc justifiés de croire que si le romancier est sain, il engendrera d’autant moins des monstres, des anormaux ou des mufles, que cette gestation aura été régulière.Comme le disait dernièrement un conférencier distingué: « L’art exige une certaine stylisation, c’est-à-dire que l’artiste ajoute de sa personnalité aux choses qu’il reproduit.Sinon, il ne sera qu’un documentaire, pas une oeuvre d’art ».Ce « quelque chose de la personnalité » chez un romancier robuste et soucieux, en tant qu’hom-me, de tout l’humain, influencera sûrement le développement et même le choix initial des sujets, surtout à une époque de réalisme vulgaire et maladif.Pour vous, mademoiselle, le romancier peut prendre n’importe quel sujet, le développer à son gré, se permettant toutes les audaces, pourvu qu’il n’y mette aucune « complaisance ».Le romancier serait, en conséquence, d’une autre nature que l’humanité commune ou bien sa vocation ne serait plus d'ordre littéraire, artistique.Votre prétenvion implique d’ailleurs contradiction.Dans la mesure même où le romancier n’aura vraiment aucune complaisance pour les sujets scabreux ou aventureux, il sera porté à réduire ces sujets à leur plus simple expression, à ne pas s’y cantonner, à ne pas les ressasser, pour s’orienter vers des thèmes plus sains, et, au fond, plus réalistes, dans le sens vrai du terme.Au sens où vous entendez la « complaisance », Balzac, Flaubert, Stendhal n’ont pas été complaisants envers leurs créatures méprisables et la plupart de leurs œuvres sont cependant justement à l'Index.Avant de quitter cette question du sujet, je vous laisse trois citations, choisies parmi une multitude d’autres, qui peuvent vous aider dans vos recherches.Plusieurs auteurs en sont arrivés à ce degré d’audace et d’impudence, qu’ils divulguent dans leurs livres ces vices mêmes quo sant Paul allait jusqu’à interdire aux chrétiens de nommer : 452 LECTURES Que lu fornication et toute impureté.ne soient même ;his nominees pu nui vous, comme il sied à des saints.(Instruction de Pie XI, le 3 niai 1927, à tous les Ordinaires de lieu sur la littérature sensuelle et sensuelle-mystique.) L’art d’écrire a besoin d’être appliqué à des idées morales pour s’élever à un haut degré de puissance et de gloire (Daunou).Il arrive à l’artiste, à force de s’abstraire dans sa spécialité, de ne plus voir dans les objets que la forme et dans les faits qu’une matière à peindre.Tout son être est concentré dans son regard ; tout son objet se ramasse tn surface.Quand il regarde, les objets lui apparaissent comme des images d’eux-mêmes, et de là naît cette » indifférence du contenu » que d’honnêtes artistes affichent d'une façon naïve.Mais ce que les artistes en question devraient se dire, c’est qu’ils sont seuls à concevoir les choses ainsi.S’ils traitent le réel comme une image, le public fait l’inverse, il traite l’image comme du réel.Il ne la voit pas seulement, il la vit.Et qui des deux a raison ?Il nous semble à nous que ce n’est pas l’artiste (R.P.Sertillanges, o.p.).En vertu du principe que tout message doit être proportionné aux capacités réceptives de son destinataire, on peut comprendre qu un groupe de liseurs d’une société déliquescente trouve profit aux œuvres d’un Mauriac, receleuses d’un filet final de grâce dans une grisaille de boue passionnelle.De cette constatation, il y a pourtant loin à conclure que l’idéal du roman se trouve dans la formule mauriacienne.La malhonnêteté la plus mesquine, qu’elle soit plus ou moins consciente, de tous ceux des nôtres qui rêvent de nous déniaiser, c’est de tenter de laisser croire que c’est uniquement chez nous qu’on réagit contre les méfaits de la littérature perverse ou licencieuse.Cette réaction est universelle et l’on n’a qu’à lire quelques revues bibliographiques vraiment sérieuses d’autres pays pour s’en rendre compte.Quant à notre labeur à Lectures, les témoignages de compréhension sont assez nombreux pour que nous puissions nous passer, à regret bien entendu, de l’unanimité canadienne.Qu’il suffise de citer ici cet extrait de la Renaissance Naturiste;i dans son numéro du 1er trimestre 1949 : Lectures.Revue mensuelle de bibliographie critique.25 est, rue Saint-Jacques, Montréal, Canada.De Théophile Bertrand, dans le No 4, t.V (décembre 1948) : « La volupté cérébrale ne doit pas être confondue avec le véritable sentiment esthétique ; ce sont les régions les plus hautes qui sont lc3 plus riches, qui fournissent l’élément formel de toute création artistique; il faut dompter « la bête qui sommeillo en nous » pour être vraiment en état de grâce esthétique et on est dans cet état de grâce dans la mesure même où l’on domine les instincts de mort qui nous travaillent ; enfin la beauté incarnée, intégrale, vraiment 8 Renaissance Naturiste [P.P.] 2e année, 1er trimestre 1949 [Numéro consacré à l’enfant]; p.123-121.AVRIL 1949 453 humaine, littéraire ou autre, quelle que soit « l’autonomie du beau dans sa ligne formelle », postule la santé morale pour être sans ombre, elle exige le respect de toutes les ordinations humaines pour être absolument belle.Ainsi une femme vraiment belle n’a pas qu’une beauté de femelle.« Certes le sens esthétique et la prudence sont deux qualités bien distinctes, mais c’est un seul et même sujet, la personne humaine, qui doit harmoniser les deux ; évidemment, la perception du beau relève de la contemplation, mais l’univers de la contemplation est d’abord régi par les lois de la sagesse et le vrai sage sait réconcilier dans sa vie les exigences souvent contradictoires, du moins pour une vue superficielle, de l’artiste et du prudent.» Ce sont là de judicieuses et saines considérations, propres à mettre l’esprit à l’abri du snobisme, du vain dilettantisme et de ce qu’on nomme le libéralisme, lequel pétri d’ignorance, cache son manque de vraie conviction sous les allures de géné/osité intellectuelle trop faciles.Ces considérations de Lectures nous sont d’autant plus précieuses qu’elles nous viennent du Canada, qui sera sans doute bientôt un des rares refuges de l'humanisme spirituel de notre civilisation si menacée.Revenons à la causerie en cause.On n’en finirait plus de relever les erreurs et les accusations fantaisistes dont elle fourmille.En certains milieux, dit Mlle Choquette, on exige tout du roman, excepté qu’il contienne de l’humain.Que ne nous nomme-t-elle ces milieux ?Pour ma part, je donne passablement de mon temps à ces questions et je n’en connais pas.Non ! la vraie conscience du romancier, ce n’est pas celle qu’a voulu décrire Mlle Choquette.Oui ! « le romancier ouvre un sillon ».Mais tous les sillons ne se tracent pas dans la même terre, et il est des sols qui favorisent davantage les ronces et les chardons que les plantes potagères ou ornementales.Quant aux remerciements de M.René Garneau, ils furent au diapason de la causerie de l’invitée.Il s’en est pris surtout à une * certaine école de critique », à une « certaine revue », — qu’il n’était évidemment pas besoin de nommer, — en y ajoutant une allusion malhonnête à l’abbé Bethléem et une citation fervente d’André Gide.Robert Choquette, notre éminent poète, a sauvé l’honneur ce soir-là : il a su présenter sa cousine en termes spirituels et choisis, avec une aisance et une distinction qui lTionorent.J’ajoute, avant de terminer, que la Coupe vide de Mlle Adrienne Choquette illustre ses théories, alors que j’avais espéré un simple faux démarrage.Théophile BERTRAND 454 LECTURES jÇe caâ “Sartre 91 Le sens de la condamnation « Opera omnia » Sans prétendre en aucune façon présenter comme définitive l’interprétation que donne, dans le texte cité plus bas, le R.P.E.Bergh, s.j., de l’expression Opera omnia, nous croyons qu’elle mérite de retenir l’attention et c’est pourquoi nous jugeons à propos de publier les réflexions du Révérend Père en marge de la condamnation de J.P.Sartre.Ces réflexions sont tirées du numéro de janvier 1949 de la Nouvelle Revue Théologique (p.95-96).N.D.L.R.S.CONGREGATION DU SAINT-OFFICE Condamnation de J.P.Sartre «Opera Omnia*» (Décret du 27-30 oet.1048.— A.A.S., XL, 1948, p.511).La mise à l’index des œuvres de J.P.Sartre n’étonnera personne.Après avoir publié des études — neutres — de psychologie et de phénoménologie sur l’imagination et les émotions, l’auteur s’est fait, dans ses œuvres littéraires : nouvelles, romans, pièces de théâtre, comme dans ses traités philosophiques — principalement l’Etre et le Néant — le champion d’une «vision du monde» qui implique quasi d’emblée la négation de Dieu et de l’immortalité personnelle, l’absurdité de l’existence dans laquelle l’homme — qui n’est qu’un accident fortuit, une « maladie de l’être » ¦— déploie arbitrairement sa liberté dans la réalisation d'un projet fondamental qui le définit mais ne le mène à rien.Tout est « de trop », tout est « pour rien ».Bien plus encore que les descriptions réalistes et parfois pornographiques, c’est ce climat désespéré, mais orgueilleux de l’œuvre qui lui a valu l’insertion au catalogue des livres prohibés 1.Le sens de la condamnation Opera omnia a été fixé dans les Prænotanda de l’édition de Ylndcx de 1910.L’on y fait remarquer que danâ la préface des éditions précédentes, exclusivement jusqu’à la préface signée du Cardinal Merry del Val le 7 juin 1929, l’expression Opera omnia n’atteignait pas nécessairement tous les 1 II est clair que cette condamnation n’atteint pas l'existentialisme comme tel.Comme la Nouvelle Revue Théologique le signalait en mars-avril 1946 (tome 68, no 2, p.173) : «sans renier ses principes, l’existentialisme peut devenir soit une philosophie religieuse, telle qu’en souhaitent tant de penseurs catholiques, soit la philosophie la plus antichrétienne qu’on ait jamais renconti’ée ».Car « une philosophie concrète s’orientera soit vers une doctrine de la communion qui culmine en exigence de sainteté, soit vers une théorie d’isolement qui s’achève en orgueil satanique.Sans aller jusqu’au bout dans ces voies — on ne va jamais jusqu’au bout ici-bas — les deux principaux représentants de l’existentialisme français, Gabriel Marcel et Jean-Paul Sartre, s’y sont, semble-t-il, engagés et divergent d’autant plus qu’ils poussent davantage leur pen-séo ».Depuis la parution de ces lignes, l’existentialisme de Gabriel Marcel est resté fidèle à sa ligne chrétienne, l’athéisme militant de J.P.Sartre est maintenant l’objet d’une condamnation.AVRIL 1949 455 écrits de l’auteur condamné.S’agissait-il d’un hérétique rangé naguère (Paul IV, 1564) dans la première classe des auteurs interdits, on pouvait estimer que ses ouvrages ne traitant pas de religion, ou bien, quoiqu’en traitant, ne contenant rien contre la foi, et non atteints par un décret général ou spécial, n’étaient pas défendus.De même, pour un acatholique porté au catalogue de l’Index avec la mention Opera omnia : ses livres ne traitant pas de religion, ou n’abordant qu’en passant ce sujet, et non frappés par une loi générale ou un décret spécial, n’étaient pas interdits.On pouvait en dire autant des ouvrages d’un auteur catholique, condamné sous la formule Opera omnia, mais ne tombant pas en fuit sous une loi générale ou une condamnation spéciale.Leur lecture n’était pas défendue L’édition de 1940 signale que l’on ne trouve plus rien de semblable dans les préfaces toutes récentes de l'Index et conclut : « En fait, dans la pratique actuelle, quand sont condamnées toutes les œuvres d’un auteur (Opera omnia) l’on doit regarder comme frappées toutes et chacune de ces œuvres ».Tl n’y a donc pas de distinction à faire dans le cas présent entre les divers ouvrages de l’auteur.Notons en outre que, d’après le principe général du Code (c.1384, 2), ce que l’on dit des livres vaut pareillement de tous les articles de journaux et de revues et de n’importe quel autre écrit édité.Comme le notait déjà le R.P.Vermeersch ', il semble qu’ac-tuellement encore l’expression Ojyera omnia n’atteint que les écrits déjà publiés au moment de la condamnation.Toutefois, comme la préface ancienne de l’Index et ce commentateur le faisaient remarquer, les œuvres à venir doivent être considérées comme suspectes, et même être présumées tomber sous les lois générales, sauf s’il est manifeste qu’il n’en est pas ainsi.Il est trop clair que cette présomption serait évincée par le fait que l’auteur viendrait à résipiscence.E.BERGH.S.J.1 De prohibitione et censura libromm, Rome, 1906.n.-15.ÉTUDES CRITIQUES u\ialic\oix flamand deâ vagues 2 Vous pouvez, sans doute, supporter une brève exhibition de folie ?Permettez-moi de jouer au chiromancien.Avez-vous « la paume lisse et douce », signe d’un « caractère où la tête obéit au - Bosco (Henri), Malicroix.Paris, Librairie Gallimard (N.R.F.) [cl948], 361p.21cm.(Le Cercle du Livre de France).Appelle des réserves :{ Van Dorp (Jan), Flamand des vagues.Paris, Plon, 1948.453p.21cm.(Le Cercle du Livre de France).Pour adultes Le texte de ces critiques fut donné en causerie à la Revue des Lectures de Radio-Collège.456 LECTURES cœur, trop souvent » ?Etes-vous « tout Lune, c’est-à-dire imagination, élégie, rêverie, amour du mystère, vagues désirs, aspirations vers le monde des âmes, poésie » ?Consultez votre main — une main, disent les experts, ne trompe jamais son homme — consultez votre main et, pourvu que vous souffriez de plein gré un moment d’aberration, vous y apprendrez si votre sensibilité vous prédispose à goûter la lumière fantômale qui, plus qu’elle n’éclaire, obscurcit Mslicroix, vous verrez si peut s’établir, entre votre âme et le dernier livre d’Henri Bosco, la mystérieuse concordance nécessaire à la pleine et joyeuse appréciation d’une œuvre d’art originale.Malicroix, c’est d’abord un mot à résonance claire, un « nom double, dont les sons évoquent des sens opposés mais qui provoquent deux figures, l’une de péché, au début, et l’autre, au bout, expiatoire et rédemptrice.» Malicroix, c’est le dernier représentant, mâle et légitime, d’une orgueilleuse et exigeante famille de la noblesse, dont la fierté supporte sans mensonge cette devise suggestive : « Moi — Mal y croit qui tout n’y croit.» Malicroix, c’est, comme l’indique la composition de ce terme, l’histoire d’un crime et de sa rétribution terrestre ; c’est le roman d’une seule traversée du Rhône qui mit à s’effectuer soixante-huit années et trois générations ; c’est l'utilisation du thème cyclique si cher à Maurois ou, si vous préférez, l’amour de deux cousins qui ne constitua qu’un tragique prélude au borrheur de deux autres membres de la famille Malicroix destinés à parfaire ce qu’avait détruit, plusieurs lustres auparavant, les eaux meurtrières du fleuve.Malicroix, c’est surtout la saisie du vivant par le mort, l’installation d’une âme dans une autre âme, le remodelage d’une personnalité soumise à une présence étrangère, à une charge intérieure pesant sur les émotions et les pensées, gouvernant impérieusement les volontés d’un moi subjugué et impuissant devant les appels de l’amitié ou même de l’amour.Au moment où s'ouvre le récit, Cornélius de Malicroix vient de mourir, à 1 age de quatre-vingt-sept ans.Un cruel malheur avait obscurci cette longue vie : le soir même de ses noces, il avait perdu sa jeune femme et cousine Delphine de Malicroix, disparue dans les flots du Rhône à la suite du naufrage provoqué par le passeur du bac sur lequel elle se trouvait.Cornélius avait aussitôt quitté le pays pour de longues années ; rentré enfin sur ce qu’une négligente administration lui avait laissé de ses terres, il s’était retiré sur l’île de l’écueil homicide, vivant avec un serviteur.Balandran, dans une solitude inviolable.Il y était mort sans avoir pu châtier le meurtrier.Celui-ci, aveugle, menait une existence misérable sur son bac que, par un visible sentiment d’expiation, il ne conduisait jamais à la rive où, jadis, il aurait dû accoster.A Cornélius, il n’était resté qu’un héritier légitime, Martial de Mégremut, un petit-neveu élevé par une famille tendre et prévenante, « gens aimables, officieux, de bon conseil », « la tribu la plus douce de la terre ».A la surprise des siens, le jeune homme, poussé AVRIL 1919 457 par un sentiment indéfinissable, consentit à se rendre à La Re-dousse, sur l'île sauvage, pour y prendre connaissance des conditions du testament.Ce dernier lui imposait, sous peine de déchéance complète et irrémédiable, de demeurer trois mois entiers sur Hle ; après cette période, Balandran lui communiquerait un pli mystérieux contenant une dernière volonté du défunt.Conformément aux conseils de maître Dromiols, le notaire des Malicroix, Martial décida de renoncer à l’héritage mais, par déférence pour son grand-oncle, il lui sembla décent de faire à La Redousse un séjour de courtoisie, une quinzaine de jours tout au plus.Il avait mal calculé les puissances de la solitude sur un esprit imaginatif et rêveur ; il avait surtout ignoré l’influence invisible mais réelle du vieux Malicroix.Dès les premiers jours, il se sentit aux prises avec l’inhumain.Un désir encore inconnu — ou peut-être même déjà une volonté obscure — habitait en moi, trèï loin, en dessous de ces rêves.Désir indistinct de moi-même, pris, en-deçà de ma pensée, de ma chair, dans l’intimité de mon être ; et cependant force nouvelle, présence étrangère à mon existence normale, intrusion d’un autre en mon être, d’un autre qui, n’étant pas moi, venait de moi, et sur qui, par moments, il semblait que posât l’édifice fluide de ma vie secrète.Cet autre, je le soupçonnais de fournir ma pensée d’un délire lucide et de rendre accessible à mon bon sens, admissible à mes volontés, le monde absurde où j’avais commencé à vivre et qui ne voulait plus lâcher sa proie.L’âme de Malicroix tenait sa proie et ne devait plus la lâcher.La quinzaine écoulée, Martial sait qu’il ne partira pas.Il connaît la décision qui a été prise en lui, mais sans lui.Il se découvre tout à coup « habité par un cœur têtu, bouché à la raison, un cœur nouveau, avide d’événements forts, curieux d’apprendre et ambitieux peut-être de se mesurer à soi-même, d’aller plus loin que soi, de tomber dans la démesure ».C’est un véritable envoûtement.A certaines heures, la présence mystérieuse se manifeste de façon plus sensible; une fois même, une main s’appesantit sur lui et l’immobilise ; jamais l’âme errante ne se laisse oublier.Malgré les machinations de Dromiols et ses propres terreurs, malgré la maladie de Balandran retenu sur la terre ferme, malgré son amour pour Anne-Madeleine qui lui a sauvé la vie, Martial pas un instant ne s’éloigne de l’île.Au temps fixé, il apprend le contenu du pli jalousement gardé par Balandran : Cornélius lui demande de venger le crime du vieux passeur.Le jeune homme remplit cette dernière mission, étrange, presque inhumaine ; et, devenu moralement comme légalement un Malicroix — il en portera désormais le nom — il retrouve Anne-Madeleine sur la berge où, autrefois, devaient aborder Cornélius et Delphine de Malicroix.De curieux courants de pensée circulent sous la trame du roman.D’abord une irrésistible attraction vers le domaine de l’invisible.Depuis les inextricables fantasmagories de Hoffman et les hallucinantes conceptions d’Edgar Allan Poe, qui souvent d’ailleurs 458 LECTURES confinent au grotesque à force d’intensité, jamais peut-être un écrivain de taille ne s’était aventuré aussi loin et aussi longtemps sur ces régions conjecturales dont les dimensions inconnaissables excitent la curiosité des mortels.L’auteur orchestre sans relâche les thèmes les plus hardis de l’investigation psychique : langage interne, action de l’immatériel sur le corporel, rappels des vies antérieures.On pourrait de même signaler une tendance pan-psychiste, accordant à tous les êtres de la nature une conscience particulière leur permettant, à certaines minutes privilégiées, de communiquer par la voie du cœur avec les profondeurs de l’âme humaine.Notons encore un rejet fréquent du bon sens, un parti pris de méfiance contre la raison en faveur du sentiment.Ne conviendrait-il pas, enfin de dénoncer une imprécise religiosité où l’on voit des rites étranges mêlés à une spiritualité équivoque : un prêtre à chasuble d’argent disant, avec un ciboire d’or, une messe à minuit au milieu du Rhône pendant qu’un arbitraire justicier, en vengeant ses parents, prétend alléger une conscience et apaiser deux Ombres ?Ces accusations pèseraient lourdement sur l’œuvre si, presque toutes, elles ne portaient à faux.L’auteur, de toute évidence, n’évolue pas à l’aise dans les cadres du catholicisme : ses chrétiens répondent beaucoup plus à l’appel du sang qu’aux paroles inspirées.Les déficiences métaphysiques, par contre, perdent singulièrement en importance dans une œuvre de fiction, surtout quand celle-ci apparaît nettement centrée sur le merveilleux et l’irréel.Ce sont là procédés de romancier beaucoup plus soucieux de faire original et captivant que d’étayer un système.La Clef des songes de Kipling ou la Ligeia de Poe accordent peu au vrai, même au vraisemblable: mais qui leur reproche leur psychisme hypothétique et veut, pour autant, en diminuer la valeur artistique ?Le lecteur intelligent d’ailleurs ne confond jamais la fiction poétique avec la philosophie, lorsque celle-ci ne sert que d’inévitable arrière-plan.Techniquement, on trouvera des œuvres mieux écrites.Les détours de la phrase, la multiplicité des incidents évoquent l’Alci-damas d’Aristote qui identifiait assaisonnement et nourriture.Cependant, malgré ces enchevêtrements, malgré quelques raideurs dans le rythme et des obscurités, on doit reconnaître, comme le faisait Schumann au sujet des erreurs harmoniques de Berlioz, que la correction de ces gaucheries changerait notablement le caractère de l’œuvre.Et ce serait dommage: tel quel Malicroix atteint un admirable pouvoir d’enchantement.L’accord de l’écriture avec le sujet tient du prodige.Les longues semaines de solitude de Martial en tête à tête avec ses pensées, ses émotions et l’indéfinissable présence de Cornélius, avec aussi le vent, le fleuve, la neige, le feu, la forêt parviennent à faire du lecteur une personnification de ces éléments eux-mêmes.D’une judicieuse lenteur, l’action retarde délicieusement la révélation de ses secrets, dont quelques-uns jusqu’à la fin résistent à une explication définitive, laissant à l’imagination les plus vastes parcours de promenade.Toutes ces qualités se com- AVRIL 1949 459 posent en un singulier caractère de vitalité, vitalité qui, le livre fini, se maintient longtemps encore toute vibrante dans l’âme du lecteur.* * * Si étonnant qu’il soit.Malicroix ne ralliera pas tous les suffrages.D’aucuns s’accommoderont mal de cet adagio : par vivacité de tempérament sans doute, ils préfèrent la musique militaire, rythmes de marche et airs de bravoure.Pour eux le grand soleil ennemi des fantômes, les grandes randonnées dans l’espace, la rencontre d'hommes bien en chair; pour eux, la tension des muscles et les histoires riches en couleurs.C’est à la fois leur chance et leur malheur.Leur chance : ces récits de belles aventures, baignées de sueur et de lumière, se laissent plus facilement trouver que les contes de lune, exsangues et blafards ; leur malheur : la demande amoindrit la qualité de l’offre et la majorité de ces retentissants livres d'action ne mérite même pas les honneurs d’une première lecture.Parmi les serviteurs de la littérature éclatante se rencontrent toutefois des artistes supérieurement doués et c’est une aimable obligation que d’avoir à signaler à votre attention M.Jean Van Dorp et son alerte roman, Flamand des vagues.Quoique dans l’ensemble inférieur à Malicroix, ce n’est pas sa moindre valeur artistique — si peu marquée d’ailleurs — qui ait attiré sur le livre belge l’opprobre mineur d’une recension plus courte.« Le temps ne fait rien à l’affaire », disait Alceste à Oronte.Le Misanthrope aujourd’hui aurait tort : le temps, en tout, compte pour beaucoup, et sur les ondes plus qu’ailleurs.Excellente raison, en l’occurrence, n’est-ce pas ?d’abréger d’inutiles excuses, et de passer au déluge.Flamand des vagues nous accorde la ville d’Ostende comme port d’attache seulement, car la plupart du temps, nous sommes sur la mer avec les hardis corsaires flamands sous les règnes de Louis XIV et de Louis XV.Une inoubliable section d’humanité.Agressifs, courant sans répit sur l'ennemi toujours variable au gré des alliances, formidables à l’attaque et reculant devant leurs femmes, d’une foi frondeuse mais solide, jurant dru, mangeant ferme et buvant davantage, ces fils de la mer offraient à l’écrivain une matière aussi plantureuse et colorée qu’un tableau de Jordaens.M.Van Dorp ne s’y méprit pas, et ne ménagea pas les effets massifs, presque rabelaisiens, attirant à ces enfants terribles une sympathie toujours croissante qui n’exclut même pas les fautes souvent graves de ces hommes trop en chair.Qu’on juge de sa dextérité à la lecture de ce passage : [La Merveillo — un Français —] mangeait comme deux, buvait comme quatre, travaillait comme le diable et parlait comme tout un gouvernement.C’est durant ces jours qu’il révéla — en onze langues, dialectes, idiomes et patois — la plus admirable collection de jurons, blasphèmes, imprécations, sacres, injures et malédictions qui se fit entendre en dix ans dans toutes les tavernes d’un seul port.Il parvint même à dire Godfcrdoom! avec six intonations et accents différents, dont l’un était presque juste.Cette 460 LECTURES débauche d’érudition valut au Français un surcroît de considération de la part des connaisseurs.Ceux-ci étaient nombreux à Ostende.On pourra protester contre la frivolité d’un sujet qui ne s’enracine point dans les terrains métaphysiques et ose se présenter comme un simple divertissement.Contentons-nous de laisser la réponse au vieil Aristote qui n’a jamais manqué d’humour : « Ne chercher en tout genre que l’utile est ce qui convient le moins à des hommes libres qui ont l’âme élevée ».J.-M.GABOURY, c.s.c.Un pionnier et un maître 1 LE TYPE ECONOMIQUE ET SOCIAL DES CANADIENS-AUX SOURCES DE NOTRE HISTOIRE : Je vous présente aujourd’hui un sociologue, un sociologue qui est en même temps l'un de nos écrivains les plus remarquables.Léon Gérin écrit, en effet, en un style limpide et robuste, lumineux et précis, un style vert comme les sujets qu’il développe.Même du simple point de vue littéraire, rien de plus tonifiant qu’une retraite dans l’univers à la fois positif et poétique d’écrivains de cette qualité.Us nous reposent des affiquets d'une littérature friande de vanités, ils offrent une cure idéale de désintoxication au milieu d’une société dont « les idées et les mœurs sont [trop exclusivement] le produit du papier et du celluloïd ».En quittant le réalisme en toc d’une littérature en chambre — même la meilleure — pour le réalisme nature, authentique, de cette littérature de plein air, on éprouve la même impression de découverte, la même joie que celui qui savoure du pain de blé complet après des années de régime nu mastic composite du triste pain blanc.Ce qui distingue ces écrivains, c’est qu’ils nourrissent le beau littéraire, la forme, de la substance du monde matériel et spirituel dans lequel nous sommes immergés ; c’est qu’ils travaillent dans le réel qui les entoure, réel qu’ils explorent, étudient, auscultent, qu’ils fréquentent avec ferveur pour le connaître intimement ; c’est qu’ils sont individués, qu’ils ont des racines, qu’ils ont les pieds sur le sol.Aussi ont-ils le culte du terme propre, de l’acribologie, qui donne à leur style jeunesse et vigueur.1 Texte d’une causerie donnée à la Revue des Lectures de Radio-Collège.- Gérin (Léon), Le Type économique et sociul des Canadiens (2e éd.).Milieux agricoles de tradition française.Montréal, Fides [1948].221p.20.5cm.(Bibliothèque économique et sociale) $1.50 ($1.60 par la poste).J Gérin (Léon), Aux sources de notre histoire.Les conditions économiques et sociales de la colonisation en Nouvelle-France.Montréal, Fides, 1946.274p.20cm.$1.60 ($1.70 par la poste).AVRIL 1949 461 On célèbre avec éclat certains succès — incontestables — de notre littérature, son accession à l’universalité.Je crois cependant que son grand mérite présent, même si on le clame moins bruyamment, c’est celui d’engendrer une pléiade d’écrivains qui joignent à leur culte des belles-lettres, le souci de tout le réel, source première pour nous de vérité et de beauté, tremplin nécessaire des aspirations à l’universalité.En écrivant ces lignes, je songe à l’enthousiasme du Frère Marie-Victorin devant le Menaud, maître-dravcur de Félix-Antoine Savard : Personne, chez nous, n’avait donné à un récit canadien un cadre aussi vrai, n’avait usé ainsi de la magie des mots.Personne n’avait appliqué une aussi brillante imagination à fouiller le cœur des choses.[.] Et lecture faite, je désire citer à l’ordre du jour des naturalistes, et aussi des observateurs et des écrivains sincères, l’auteur de ce livre surprenant.Et Savard enchaîne : J’estime aujourd’hui plus que jamais que des œuvres comme la Flore laurentienne peuvent rendre service, non aux seuls savants, mais à tous les écrivains soucieux de respecter la véritable nature de leur pays.Léon Gérin est de cette école de vie.Du simple point de vue littéraire, par le surplus artistique de son œuvre, il enseigne, il incline à chercher le beau sur la terre des réalités, il apprend à exprimer la vérité en beauté.Aussi un ouvrage comme Aux sources de notre Histoire est-il une des plus belles réussites de notre littérature.* * * Léon Gérin, Docteur en Sciences sociales et Docteur ès Lettres, ancien président de la Société Royale du Canada, est sans contredit le père de la sociologie canadienne.A la suite du labeur préliminaire de précurseurs comme Edmond de Nevers et Errol Bouchette.dans le secteur des sciences sociales aux déterminations alors assez imprécises ; après l’identification plus rigoureuse des diverses disciplines de ce secteur, ce titre de « père de la sociologie canadienne » revient de droit à Léon Gérin, tout comme celui de père de l’économie politique au Canada français doit être attribué à Edouard Montpetit.« Sociologie canadienne ».l’expression paraît beaucoup moins prétentieuse devant les travaux des dernières années.Parmi quelques courtes monographies et les dissertations occasionnelles nombreuses sur nos institutions, sur notre évolution sociale et économique, émergent les œuvres de réelle valeur publiées par l’équipe de l’Ecole des Hautes Etudes Commerciales de Montréal.Outre la collection Etudes sur notre Milieu, inventaire économique de nos richesses qui accumule un matériel para-sociologique de première main, il faut mentionner surtout les ouvrages d’Esdras Minville, 462 LECTURES le distingué directeur de la collection mentionnée à l’instant, dont les études de sociologie appliquée : Invitation à l’étude, l’Homme d’affaires, le Citoyen canadien-!rançais, représentent un examen de conscience des plus clairvoyants, une synthèse dynamique de nos possibilités et de nos devoirs civiques et sociaux.Parallèlement à l’économie politique où brille aujourd’hui un économiste de la trempe d’un François-Albert Angers, la sociologie suscitera sans doute des disciples qui feront honneur aux pionniers encore sur la brèche.Comme dans toute évolution, nos progrès en ce domaine attestent des tâtonnements inévitables et féconds.Aussi convient-il, dans une telle esquisse, de suggérer ce qu’est la sociologie au sens strict, d’en déterminer succinctement la nature, de signaler quelques-unes des distinctions fondamentales qu’exige sa situation épistémologique précise, d’énumérer les principales écoles qu’elle a engendrées.La sociologie, cette « anthropologie de la société », est une science encore jeune et, si l’on se réfère en plus à sa complexité, l’on s’explique facilement les définitions diverses dont elle est l’occasion.Parmi plusieurs autres, c’est la conception de Luigi Sturzo qui m’apparaît la plus exhaustive, la plus susceptible d’intégrer l’apport légitime des autres théories.Pour lui, la vraie sociologie emploie la méthode historique et elle « consiste à étudier les synthèses sociales et leurs facteurs dans leur unité concrète et dans la dialectique du processus humain” (Essai de sociologie).La sociologie est • historiciste », comme dit encore Sturzo, c’est-à-dire qu’elle considère systématiquement l’histoire « comme un processus humain, se réalisant par des forces immanentes, unifiées dans la rationalité, venant d’un principe et tendant vers une fin transcendants et absolus» (ibid.).Nous sommes évidemment bien loin des conceptions positivistes, ou surtout empiriques, de trop de sociologues.On voit tout de suite que la sociologie est essentiellement urte science positive et si l’on peut parler d’une sociologie philosophique, car la distinction entre sociologie rationnelle et sociologie expérimentale est équivoque, la validité de cette dernière n’infirme nullement la nature propre de la première.La sociologie a fort évolué depuis ses débuts.Qui ignore, par exemple, le labeur fécond du continuateur de Le Play, Henri de Tourville, justement préoccupé de donner à ce savoir ses véritables assises scientifiques ?Nous devons ainsi à Tourville une meilleure compréhension de la loi oscillatoire entre ces deux pôles: la personne et la communauté, loi qui préside à la succession dans l’histoire des sociétés de type communautaire et de type particulariste.Léon Gérin fut un élève de Demolins qui lui-mème.comme Le Play et Tourville, est un des principaux représentants de l’école synthétique.Gérin a adopté les principes de cette école, dont la méthode consiste à organiser en monographie ou synthèse l’analyse préalable de faits sociaux recueillis au moyen de l’observation et AVRIL 1919 463 à de l'enquête.L’école synthétique tient une place honorable parmi les autres: libérale, historique, mathématico-socialq, physico-sociale, géo-sociale, bio-sociale, sociologique, psycho-sociale; et ses conceptions combinées avec l’historicisme de Sturzo me semblent devoir assurer la formule sociologique de l’avenir.Nous devons donc nous réjouir du fait que le pionnier de la sociologie chez nous ait eu l’avantage de profiter de l’enseignement d’un des grands représentants de l'école synthétique française.* * * Comme tous les élus d’un destin magnifique, ceux de la vie intellectuelle comme les autres, les circonstances préparèrent Léon Gérin à sa tâche.L’hérédité, à laquelle il fait lui-même allusion dans le Type économique et social des Canadiens à propos de l’attrait irrésistible qu’exerçait sur lui la vie des champs, est sans doute pour beaucoup dans sa vocation de sociologue attaché à l’histoire de la colonisation française au Canada, à l’étude de la vie de nos « habitants » et des raisons de notre survivance.Fils d’Antoine Gérin-Lajoie, Léon Gérin naît dans l’intervalle qui sépare la parution des deux volumes de l’oeuvre de son père : Jean Rivard, le détricheur, et Jean Rivard, économiste.C’est là un cadre bien symbolique ! Et plus haut encore, il y avait les ancêtres percherons, dauphinois, saintongeais et autres, toute une lignée terrienne de franche venue, dont le sang généreux favorisa chez le jeune Gérin l’épanouissement d’un robuste talent de penseur et d’écrivain.Son esprit clair et positif prédisposait Gérin aux études concrètes et aux enquêtes minutieuses et patientes de la science sociale.Comme l’écrit son distingué disciple, Edouard Montpetit, et comme je l’ai rappelé moi-même à l’instant : Au cours d’un séjour en France, Léon Gérin fréquenta Edmond Demolins et scs disciples.Il se mit à leur école, le temps de se familiariser avec leur enseignement et leur méthode.De retour au pays, il appliqua l’un et l’autre au Canada français, en y apportant les adaptations nécessaires (Lettre-préface de Aux source* de notre Histoire).* * * Le Type économique et social des Canadiens nous promène, comme l’indique le sous-titre, dans les « milieux agricoles [ québécois] de tradition française ».C’est le premier volume d’une série que nous souhaitons voir s’accroître de nombreux ouvrages, pour le progrès de notre science sociale comme pour la gloire de nos lettres.Ce premier volume présente cinq études d’« exemplaires bien caractérisés de la famille et de la paroisse rurales en Canada français >» (Avant-propos).Le groupement de ces études, déjà parues dans diverses publications, apparaît d’une homogénéité d’autant plus forte que les cinq types étudiés défilent devant nous « dans un ordre à peu près correspondant à l’étagement de leur situation 464 LECTURES géographique, aussi bien qu’à la marche de notre développement historique » (ihid.).Ce sont : 1.Le paysan du bas Saint-Laurent, colonisateur du Saguenay; 2.L'habitant casanier, au cœur de la contrée laurentienne; 3.Le cultivateur progressiste, au croisement des routes de la vallée; 4.L'émigrant déraciné, en bordure à la zone vallonneuse du sud; 5.L'exploitant agricole émancipé des hauts tributaires de la Saint-François.Ces monographies sont le fruit de recherches sur place, lors de séjours qui s’échelonnent de 1886 à 1929.M.Gérin a ainsi étudié la famille communautaire de Saint-Irénée dans le comté de Charlevoix ; le groupement quasi communautaire de Saint-Justin, en pays trifluvien ; le type de famille agricole à tendances particula-ristes de Saint-Dominique, à proximité de Saint-Hyacinthe; la famille instable de l’Ange-Gardien, village moins avantageusement situé dans la vallée que les paroisses bordant le Richelieu; enfin, le type particulariste des Cantons de l'Est.A cette nomenclature, on pourrait imaginer des dissertations rébarbatives que seuls des initiés seraient capables d’apprécier.Erreur! Les études de Gérin, quoique nourries d’objectivité, des richesses de la géographie, de la géologie, de la science agricole, de l’histoire, gardent les charmes de la meilleure littérature.Citons un seul exemple, parmi tant d’autres, de cet humanisme scientifique complet et idéalement balancé.Gérin nous parle de son domaine de la Claire-Fontaine, sur le plateau de Clifton, non loin de la Coaticook : Or le résultat de mes réflexions fut que, vingt-quatre heures après, je me trouvais de retour sur cette terre inculte mais sédui-sunte tout de même dans sa sauvagerie ; j’arpentais le cours capricieux de la petite Moë ; je notais les moindres particularités de ce grand losange formé de deux surfaces planes superposées que reliait une pente douce.Les méandres infinis de ce minuscule cours d’eau, qui traversait la partie la plus basse de la terre de part en part, devenaient à mes yeux un élément inappréciable à la fois du paysage et de l’économie rurale future du domaine.Domaine spacieux, d’où, ici et là, jaillissait une source que, dans ma ferveur, je baptisai du nom de Clnire-Fontaine.Marquet-terie de végétations agrestes, ajix teintes chaudes, se déroulant en toute liberté, sous les grands arbres, dans le rayonnement amorti d’un soleil d’automne ; bois aux frondaisons parfois éclatantes, étalant leurs larges dômes ou élevant leurs flèches pardessus les sommets lumineux des coteaux et couvrant de leurs joyeux panaches les bord3 de la gazouillante rivière, qui se jouait dans le dédale de ses détours, dans l’ombre de retraites silencieuses.O, me disais-je, débordant d’enthousiasme, comme il ferait bon vivre, rêver, méditer, bâtir, ici ! Ce tribut obligé de la tradition classique une fois rendu au dieu Pan et à son cortège des forces inconscientes de la nature, le sens rassis, positif de l’observateur social et du raisonneur en chambre, ne tardait pas à reprendre le dessus.Je me représentais, vivement par avance, quel chnrmp, quel souverain attrait, aurait pour moi, comme pour tout cerveau tant soit peu cultivé et meublé, une telle communion avec cette belle nature !.bien plus, une active parti- AVR1L 1919 465 cipation à l’œuvre de lente transformation de ce pays inculte, même de ces esprits neufs, où déjà bruissait l'annonce des temps nouveaux.A mon insu, prenait forme chez moi une conception plus large du monde ambiant, le dessein d’un contact plus prolongé, d’une collaboration plus étroite et plus constante avec le terrien, avec ces groupements de rudes travailleurs d’un sol rebelle.La carrière s’ouvrait à moi dans un cadre terne, sévère, c’est vrai, mais où brillait, par instant, la lumière vacillante d’un phare lointain: l’appel du déshérité et gagne-denier aux favorisés d’une race fière de ses ancêtres et résolue à nréparcr l’avenir des siens.Oui, à tout risque je combattrais à côté de mes frères, et je débrouillerais pour mon compte ce mystère de notre éducation sociale ! Qui célébrera comme il convient les splendeurs discrètes de ce savoir aussi souriant que sérieux ?* * * Aux sources de notre Histoire est un ouvrage non moins envoûtant.L’on comprend qu’à l'occasion de sa publication, Edouard Montpetit ait pu dire de l’œuvre de Léon Gérin quelle est une « précieuse inspiratrice », qu’elle est « unique chez nous ».Sous le titre : Aux sources de notre Histoire: les conditions économiques et sociales de la colonisation en Nouvelle-France, ce sont ses premiers travaux, auparavant disséminés dans des articles de revues et des brochures, que M.Gérin livre au grand public.Toujours d’après Edouard Montpetit, dans une lettre-préface concise mais éloquente, « Gérin ne conçoit pas l’histoire comme une suite de dates, un faisceau d’événements.[.] Il s’y attache moins pour s’y complaire que pour en tirer une leçon d’ordre politique et social ».L’égoïsme du marchand, Pourquoi Québec a capitulé, Richelieu, La tutelle des compagnies, La gentilhommerie fonctionnariste, Les fondations pieuses, tels sont quelques-uns des titres de chapitres qui indiquent l’intérêt de ce magistral ouvrage.Des épisodes parfaitement connus et maintes fois étudiés sont scrutés sous des aspects qui, sans être nouveaux, nous sont bien souvent, étrangers.En lisant M.Gérin, je me suis rappelé cette courte phrase d’un manuel d’Histoire du Canada : « Après la conquête les Canadiens se livrèrent à l’agriculture.» Etait-ce la poursuite d’une œuvre déjà bien assise ?Une des raisons de la faillite française en Amérique semble bien avoir été la médiocrité de la politique agricole.Mais qu’est-ce qui permit aux Canadiens leur étonnante survivance?Après le traité de Paris, la noblesse passe en bloc en France; mais 1’ « habitant » s’accroche au sol, se groupe autour des clochers et assure le salut.Ecoutons M.Gérin : « A la lueur blafarde des premières réverbérations de la guerre actuelle, la paroisse canadienne élève encore sur les ruines accumulées tout autour de nous par les ambitions et les convoitises des puissants de la terre, les flèches de 466 LECTURES ses clochers qui chantent et scintillent dans l’horizon infini : témoins d’une survivance dont ils gardent le secret! » Je vous laisse sur cette vision de paix et de sérénité.Cette image de la fine pointe de nos clochers dans « l’horizon infini » symbolise admirablement la leçon de l’œuvre de Léon Gérin : la beauté littéraire la plus authentique repose sur la fermeté adamantine de l’être, du vrai; elle suppose l’équilibre de la santé intellectuelle et morale.Théophile BERTRAND JInitiation à l ’économie politique Il convient d’abord, au début de ces réflexions cursives en marge de l'ouvrage de François-Albert Angers: Initiation à l’Economie politique, de rappeler que je ne suis pas un économiste de profession; cet aveu est d’abord une question d’honnêteté, mais aussi une question de prudence: contraint, comme la plupart, d’accorder la majeure partie de mon temps à d’autres questions qu’à celles de l’économie politique, je crains — outre l’outrecuidance qu’il y a déjà à prétendre juger un économiste dont c’est la fonction habituelle de ruminer habituellement ces questions — de desservir des vérités capitales qu’on pourrait facilement présenter avec plus de maîtrise et de force convaincante.Les propos qui suivent se défendent donc de tout dogmatisme et doivent être tenus pour ce qu’ils sont véritablement: une simple expression d’opinions devant ce « cours abrégé » et les problèmes si actuels qu’il soulève.J’ajoute encore, avant d’entreprendre mon analyse, que la critique d’un ouvrage comme celui de M.Angers, ne déborde pas les cadres de notre programme à la Revue des Lectures: tout d’abord, nous assistons en quelque sorte aujourd’hui à la promotion des sciences sociales et les livres qui traitent de ces sciences se multiplient sans cesse, trouvant des lecteurs toujours plus nombreux; d’autre part, notre émission doit, dans l’attention primordiale qu’elle apporte au développement du sens critique de l’auditeur, aborder à l’occasion tous les genres, afin de donner le goût de la culture générale et d’aider à l’avènement d’un sain réalisme intellectuel.Ce réalisme ne se contente pas uniquement des nourritures faciles de lettres plus ou moins légères, trop souvent « conseillères de paresse et génératrice d’inutilités » ; il ne craint pas les mets substan- 1 Angers (François-Albert), Initiation à l’économie politique (avec applications au Canada).Cours abrégé préparé à l’intention des secrétaires de chambres de commerce.Montréal, Fides [1948].308p.21cm.(Bibliothèque économique et sociale) $2.00 ($2.10 par la poste).Texte dont la substance fut donnée en causerie à la Revue des lectures do Radio-Collège.AVRIL 1919 467 tiels et respecte les exigences de la hiérarchie des facultés comme celles de la hiérarchie des valeurs.Je suis donc heureux de m’entretenir avec vous d’un texte dont le sérieux répond magnifiquement à de telles préoccupations.* * * Dans « un mot en guise de préface », M.Angers détermine lui-même, avec beaucoup de circonspection, la portée de son travail.Cette circonspection, que d’aucuns jugeront excessive et qu’on pourra apprécier à l’énumération des citations ci-après, est pour moi riche de signification.Elle atteste que, plus que quiconque chez nous, M.Angers, surtout depuis quelques années, réfléchit très profondément sur la science qu’il enseigne, sur l’économie politique, qu’il scrute l’esprit et sonde les principes de son savoir ; qu’il vit, en un mot, le drame de la hiérarchie des sciences, de leurs possibilités et de leurs limites propres.Comme je l’ai écrit quelque part: «[.,.] les représentants de professions ou de disciplines différentes ne s’entendent pas sur des points cruciaux.Trop longtemps l’on a ignoré ce désaccord, d'ailleurs la plupart du temps implicite puisque chacun, pour éviter sans doute des conflits dont il n’entrevoit pas encore la solution, se garde bien de s’aventurer — de façon même légitime — sur le terrain des autres.Il y a évidemment de nobles exceptions à cette pusillanimité, et des penseurs cherchent une communion de pensée indispensable dans la diversité épistémologique nécessaire.» M.Angers me paraît depuis longtemps de ces penseurs: il é-tudie, il cherche, il évolue.C’est tout à son honneur, et le reconnaître n’est que rendre hommage à sa sincérité, à son talent et à sa compétence: seuls les ignorants et les primaires demeurent sans inquiétudes intellectuelles.Résumons donc la préface d’initiation à l’économie politique, en laissant surtout la parole à l’auteur.Ce texte élémentaire sur les notions fondamentales de l’économie politique n’était pas destiné [au public].[.] Préparé à l’intention des secrétaires des chambres de commerce, l’exposé qui suit ne visait ni à être un manuel d’cconomie politique, ni à couvrir tout le terrain de l’économique, même en abrégé.[.] Le texte n’a pas été conçu pour être lu, mais étudié; et étudié par des gens à qui l’économie politique n’est pas familière.[.] Mieux aurait fallu, sans doute, tout remettre sur le métier et rédiger le manuel dont nous avons tant besoin.Ce n'est pas seulement la loi du moindre effort qui m’a déterminé à n’en rien faire, mais bien la conviction qu’un pareil travail, précisément parce qu’il doit être sommaire en même temps que complet, facile ù comprendre tout en donnant une idée juste de la réalité entière, vulgarisé sans cesser d’être scientifique, exige un approfondissement et un mûrissement du sujet que je n’estime pas avoir encore atteints.On ne peut rien ajouter à cette honnêteté et à cette objectivité, si ce n’est que l’auteur, quelquefois emporté par son sujet, tient sou- 468 LECTURES vent plus qu’il ne promet et nous offre, en fin de compte, une « initiation » qui convient infiniment mieux à la moyenne de nos lecteurs, en raison de son adaptation à notre mentalité et à notre milieu, de ses applications au Canada, que tous les manuels ou précis éclos ailleurs.L’ouvrage est marqué au coin d’une originalité du meilleur alol Cette caractéristique n’a rien pour étonner chez un penseur qui ne se contente pas d’études platoniques et qu’on trouve à l’avant-garde de toutes nos luttes sociales et nationales.Cette originalité témoigne, chez l’auteur, de qualités auxquelles j’ai déjà fait allusion: attention à tous les développements nouveaux de la discipline qu’il professe, sens de l’évolution d’une science en pleine effervescence créatrice, souci de l’intégration des conquêtes légitimes d’un savoir qui, peut-être plus que les autres, dans la crise de culture et de civilisation universelle, subit la loi de l’accélération de l’histoire.Comme je l’ai dit, nous assistons à la promotion des sciences sociales, et il semble bien que l’économie politique, en raison de ses assises sur la terre solide des réalités immédiates, doive être le champ clos de luttes théoriques d’une importance souveraine à notre époque de prise de conscience de l’importance de la causalité matérielle.M.Angers, chez nous, apporte sa contribution à la synthèse dont les matériaux s’accumulent peu à peu sous nos yeux.Originalité, ai-je dit.Voyons un peu.Outre l'Introduction et les Conclusions, M.Angers a adopté, dans son travail, les divisions classiques: Consommation, Production, Circulation et Répartition.Dès lors, ma constatation n’apparaît-elle pas confirmée?En effet au lieu de commencer par la production.l’auteur commence par la consommation.Cette ordonnance est justifiée et elle est plus qu’une simple question de disposition matérielle: elle met en évidence la fin même de l’économie, elle donne au consommateur la place qui lui revient: la première.C’est dans la personne du consommateur que commence et s’achève, que s'ouvre et se clôt le cycle merveilleux de toute l’activité économique (P.Goulet).Le consommateur est au terme de tout le travail de la production.C’est lui qui, en fin de compte, oriente la production et détermine la nature et la qualité de ses produits (M.l'abbé Ed-mour Hébert).Pourquoi la conquête de la consommation?Par-dessus tout, pour en venir à la conquête de la production ou plutôt, à un certain contrôle de la production et rétablir l’équilibre entre la production et la consommation, entre l’offre et la demande.Nous voulons revendiquer la primauté du consommateur.Le productivisme voit dans la production le seul but de l’entreprise et la réalité première du travail.Fondé seulement sur les possibilités financières de la production, le productivisme n’obéit qu’à lu loi de l’enrichissement, sans s’occuper du besoin: moteur de l’activité économique.[.] 11 semble que le consommateur n’a pour raison d’être que de faire subsister les entreprises du capital.La conquête de la consommation ne pourra-t-elle pas orga- AYRIL 1949 469 niser une économique normale qui tende à subordonner la production à la consommation, afin d’observer la finalité naturelle du travail et de la richesse, qui est de subvenir aux besoins humains?Cette subordination revendique tous les primats de la justice sociale: primat du droit de vivre sur celui de la propriété, primat de la possession suffisante des biens sur l’anomalie des fortunes colossales, primat enfin du juste salaire sur le dividende.(M.l’abbé Lucien Beauregard, Semaine Sociale du Canada, 1937).Il me semble que ces propos tenus lors de la Semaine sociale du Canada en 1937, sont des plus pertinents; ils sont le signe avant-coureur de la victoire sur les conceptions productivités qui ont d’abord marqué l’avènement du machinisme.On peut trouver plusieurs autres manifestations de cette originalité féconde.Indiquons entre autres, les efforts pour définir adéquatement l’économie politique, pour en délimiter le domaine, pour déterminer strictement la nature des lois économiques, pour déceler les rapports de cette science avec la morale, la philosophie et la doctrine sociale de l'Eglise.Ces efforts n’allaient pas sans risques et c’est principalement ici que je trouve matière à discussions et l’occasion d’exposer des idées que j’estime capitales.Il fait plaisir de voir que l’économie politique n’est pas simplement envisagée comme « la science des richesses ».L’économie politique est une science qui étudie l’activité économique.Elle observe les phénomènes; elle tente de les expliquer; elle dégage, établit des lois.Ecoutons toujours l’auteur: L’objet de l’économie politique, on le voit, n’est pas de regarder pour juger, mais de regarder pour expliquer.Là s’arrête son rôle.A ce moment, elle cède la place à la politique économique, qui est précisément l’art d’appliquer les lois économiques à la réalité quotidienne en vue d’établir des mesures ou un régime économique sains, tout comme le génie civil est l’art d’appliquer les lois de la physique et d’autres sciences à la construction d'un ouvrage de génie, un pont par exemple.C'est parce qu’il en est ainsi que l’économie politique n'a pas à se préoccuper de la morale.Celle-ci décide du bien et du mal; l’économie ne dit jamais et n’a jamais à se prononcer sur la question de savoir si te! acte économique est bon ou mauvais, puisqu’elle l’observe simplement en vue de le connaître tel qu’il est.C’est au moraliste de faire le reste.L’économiste n’a donc pas besoin de s’occuper des considérations morales; il ne les rencontre pas.Quand il en fait, il sort de l’économie politique, car les routes de celle-ci ne croisent jamais celles de la morale: il n’y a pas de point de contact entre le simple fait de l’existence et celui de la bonté morale d'une chose (p.15-16).Ce radicalisme me semble inacceptable, même si la majorité des économistes le partagent encore.Et il est d’autant plus impor- 470 LECTURES m tant de s’entendre sur ces questions qu’il s'agit de la définition, de la nature même du savoir économique.Comme le disent en effet les axiomes bien connus: le principe d'une science est ce qu’il y a de plus important dans cette science; une erreur au départ conduit à des développements non avenus, à des conclusions inacceptables.Principium videtur plus esse quam dimidium totius.Parvus error in principio, magnus in fine.Sans doute l’on pourra s’étonner de me voir aborder un tel problème à propos d'un ouvrage qui se présente comme un « très simple et très sommaire exposé descriptif » pour profanes.On voudra bien pourtant me permettre de le faire, en raison de l’actualité brûlante de la question et en raison des précautions répétées de M.Angers contre ce qu’il prend indistinctement pour l’idéalisme (d'autres diraient même de l’angélisme) chez certains moralistes et chez certains philosophes.A mes yeux, si l’on en juge par la majorité de leurs écrits, la plupart des économistes errent sur la situation et la structure épistémologiques de leur savoir.En vérité, ils sont de plus en plus nombreux ceux qui s’inquiètent de ces problèmes et, au hasard, de mes notes, je tire ces remarques en marge d’un livre de Félix Kaufmann, Methodology of the Social Sciences: The book and its conclusions are a real challenge to Catholic philosophers.Catholic social scientists, especially sociologists and economists, are badly in need of a clarification of the formal object of their respective branch of learning and they look to their Catholic colleagues in the field of philosophy to help them solve their methodological difficulties.(Franz H.Muller dans The Modern Schoolman, nov.1945).Traduisons: L’ouvrage et scs conclusions invitent formellement les philosophes catholiques à intervenir.Les savants catholiques en sciences sociales, en particulier les sociologues et les économistes, ont fort besoin d’être éclairés sur l’objet formel de leur spécialité respective et ils font appel à leurs collègues catholiques dans le champ de la philosophie pour les eider à résoudre leurs difficultés méthodologiques.Les appels de ce genre se multiplient et celui que je viens de mentionner peut aider à ne pas trop sursauter devant la tentative d’élucidation qui suit.Comme la plupart des économistes, M.Angers affirme que la science économique est essentiellement une science descriptive et explicative.Je crois que c’est une erreur.Il est évident que la science économique comme telle ne tombe pas sous la lumière des degrés d’abstraction formelle; elle ne relève pas davantage de la lumière de l’abstraction totale.Esquissons donc les grandes divisions du savoir: AVRIL 1949 471 1° spéculatif: Savoir ,2° pratique: explicatif ou descriptif (ce dernier n’étant que le matériel ou un succédané du, voie abstractive, savoir explicatif au sens nodo resolutorio; strict — qu’il soit ontologi-1 que ou métrique) ; moral: normatif.}voie compositive; modo compositivo.Réduire l’économie politique à un savoir descriptif et explicatif, (description et explication qui peuvent livrer des matériaux à la science économique, servir à l’analyse de faits économiques qui sont au plus une illustration ou une confirmation des principes économiques, ou encore une justification de ces principes par l’absurde), c’est la réduire au mode abstractif, alors que intégralement prise, elle apparaît plutôt comme un savoir d’ordre pratique et qui, ainsi, « ne fait pas abstraction de l’existence, mais est plutôt tourné vers l'existence de son objet.Sa manière de procéder est donc par mode de composition, en ce sens que l’effort propre de cette science n’est pas de trouver les principes pour euv-mêmes.mais plutôt d’appliquer les principes (ce que M.Angers concède à la Politique économique) à l’opération qui doit être posée dans l’existence ».Sans doute, ce savoir pratique qu’est l’économie politique, comme tout savoir pratique, présuppose des lumières, des connaissances spéculatives, comme celles que livre l’étude de la psychologie économique et des lois physiques — physiques au moins matériellement — de l’ordre économique; mais ce n’est pas là ce qui le constitue formellement.Il faut se garder de la confusion du fait et du droit.En tant que le savoir économique est formellement d’ordre pratique, ordonné à une fin déterminée, il exige un ordre dans la coordination des moyens économiques, moyens économiques qu’il appartient à la science économique d’étudier d’abord dans la perspective de la fin à poursuivre.Il peut ainsi arriver que, en étudiant un « ordre » économique de fait qui ignore sa vraie finalité et qui n’est au fond qu’un désordre, pour en tirer les principes d’une science économique, on construise une caricature de science économique, une pseudoscience qui ignore son « sujet » et son « objet ».(Sujet d’une science: la réalité atteinte sous telle perspective formelle; objet: conclusions formulées par la science au sujet de cette réalité.) Il y a là confusion du fait et du droit, confusion qui est en fin de compte une pétition de principes dès l’origine du savoir, puisqu’elle prend pour « sujet » d’une science ce qui peut être une flagrante défiguration de ce « sujet » en raison même du désordre, des méfaits économiques; puisqu’elle suppose comme faits économiques formels des faits qui ne sont économiques que matériellement, des faits qui sont plutôt des méfaits économiques.D’où « matérialisation » (parallèlement à tous les savoirs, dans les contingences de l’histoire) du savoir économique.472 LECTURES Dans ces perspectives, un traité surtout descriptif et qui garde encore l’esprit de l’économie traditionnelle, comme celui de M.Angers, traité destiné à des jeunes hommes qui sont au coeur de la mêlée économique et dont dépend la bonne orientation des affaires, me semble pécher par carence radicale et m’apparaît lourd de terribles conséquences.Il n’est pas étonnant qu’il soit si difficile de vaincre pour vrai, concrètement, le désordre économique, alors que les principaux acteurs de la vie économique sont invités à considérer comme science économique rigoureuse ce qui ne peut être tout au plus qu’une portion des matériaux nécessaires au véritable savoir économique.On accepte comme science finale de l’activité économique ce qui n’en est qu’un préliminaire, qu’un matériel qui aspire à sa forme, et souvent bien moins que cela: un matériel qui n’est pas toujours adéquat, tiré qu'il est de situations de fait qui sont juste le contraire de ce qui devrait être.Ces approches sont évidemment trop hâtives pour satisfaire qui entend pour la première fois traiter un sujet si difficile.Allons-y donc d’autres réflexions, empruntées à M.Jean-Ph.Godard, dans un numéro de l’Année théolo£ique de 1945 (6e année, I et II, p.203), et qui indiquent des préoccupations semblables.M.Godard écrit, en marge de Vers une économie politique morale de MM.Boivin et Bouvier-Ajam.M.Bouvier-Ajani veut conserver son caractère scientifique à l’économie politique, mais il s’applique à la définir avec rigueur.Tâche délicate maintes fois reprise: les formules proposées se chiffrent à peu près à nombre égal avec les tentatives.Au moins ici l’aspect humain de cette discipline paraît au premier plan.L’homme y conserve sa vraie place de principe et de fin, et non pas seulement de moyen, de facteur par rapport aux biens matériels.Considérée comme « étude de l’activité humaine dans tous ses rapports passés, présents et possibles avec la richesse », l’économie politique ne se voit pas ainsi réduire indûment à l’histoire des doctrines et des faits économiques ou à l’économie pure ou à l’économie sociale mais elle intègre tous ces aspects d’une même réalité.Elle devient une science de la vie, la science de l’efficacité de l’effort humain tendant à satisfaire tous ses besoins physiques et psychiques.Nous voici aux antipodes de la conception de l’école libérale, d’ailleurs adoptée par les adversaires de cette école eux-mêmes, je veux dire: à l’opposé d’une ploutologie ou science de l’enrichissement individuel et collectif.[.] Loin de blâmer l’accent mis si nettement sur la finalité, l'humanisme et le souci du point de vue moral, on se réjouira de voir posées des bases solides d’une construction encore attendue, d’une « économie politique chrétienne «.Une telle citation peut ménager un accueil plus sympathique à ma thèse et j’espère que j’aurai amorcé suffisamment le problème pour piquer la curiosité et susciter des discussions fécondes.Il importe de souligner, avant de terminer, que dans son exposé de la méthodologie de la science économique, et c’est une conséquence logique des carences épistémologiques que j’ai signalées, AVRIL 1919 473 M.Angers exploite les notions de déduction et d’induction de façon effarante.Il tombe là dans une logomachie philosophique nébuleuse, il commet des erreurs surprenantes, des confusions impardonnables.Par ailleurs, dans ses conclusions, il écrit, à propos du corporatisme promu par la doctrine sociale de l’Eglise, des pages à retenir et qui reconnaissent la primauté de cette solution pour une réforme adéquate de l’économie.[.] c’est là, écrit-il, la formule d'organisation économique expressément recommandée au monde par la doctrine sociale catholique telle qu’exprimée par les papes eux-mêmes, comme le seul remède d’ensemble satisfaisant contre les maux sociaux et économiques qu’a engendrés la pratique du libéralisme économique.Devant cette allusion à l’importance de la /orme d’une vie économique organisée, on songe aussitôt à l’opportunité et à la vigueur d’une étude possible de l’activité économique par les quatre causes.Mentionnons aussi un index alphabétique qui ajoute à l’ouvrage une praticité des plus appréciables.En conclusion, je dois avouer, même si je nourris d’autres reproches envers cet essai (je songe en particulier au problème monétaire et à certaines omissions), que ces notes trop brèves donnent une bien pauvre idée de la valeur de son contenu, et qu’on ne saurait trop conseiller cette « initiation » à tous ceux qui s’intéressent aux questions sociales et économiques.L’ouvrage représente à mes yeux un actif de premier ordre; il offre des pages de la meilleure venue, simples et claires, courageuses à l’occasion, sur les différents mécanismes de l’activité économique: entreprises diverses, monnaie, banque, bourse, change, système, organisations ouvrières, coopératisme, etc.; il porte des coups directs au libéralisme et au néo-libéralisme; il démasque les illusions et les dangers de la course irréfléchie à la hausse nominale des salaires, etc.Enfin, pour ma part, j’estime que M.Angers, en raison même d’une humilité et d’une probité intellectuelles qui l’honorent et le portent à minimiser la valeur de son travail, serait l’homme tout indiqué pour préparer le manuel dont nous rêvons tous.Théophile BERTRAND Simplifiez vos affaires, économisez votre temps et votre argent! Confiez TOUS vos abonnements à TOUTES publications périodiques du CANADA et de l'ÉTRANGER au service général d'abonnement 777, avenue Stuart, Outremont, MONTRÉAL-8, Canada Listes adressées gratuitement sur demande.‘Semct S&Ul 474 LECTURES DOCUMENTS J\emexcîementâ à la Société Saint-$ean-(Baptiïte de ^Montréal A l'occasion de la réception du Prix littéraire Duvernay 1948 que lui attribua la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal pour son roman La Minuit, M.l'abbé Félix-Antoine Savard prononça l’allocution qui suit.Nous croyons à propos de publier un tel texte, en raison surtout de la vérité fondamentale qu’il exprime avec élégance et dont seul le respect peut assurer un ordre social humain et chrétien : la hiérarchie des valeurs qu’enseignent les manuels n’est que platonisme vain si elle n’a pas d’effets positifs sur l’organisation sociale et économique de la société.Non seulement le savant, — au sens moderne du terme, — mais le philosophe et l’artiste remplissent des fonctions de première importance, et qui devraient assurer au moins une vie décente à ceux qui les exercent.C’est vraiment là le nœud de la question sociale dans notre monde féroce-* ment matérialiste et qui aspire à un ordre authentique.Que le culte de la sagesse, du vrai, du beau, assure normalement au moins autant de rayonnement et d’influence concrète, efficace, que la virtuosité financière et technique, et il sera alors possible de rêver d’un monde, même économique, qui tienne compte de la hiérarchie des valeurs et de la hiérarchie des biens.T.B.Mes remerciements vont d’abord à la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, puis aux membres du jury qui m’ont décerné le prix Duvernay.Cette distinction m’honore ; elle m’a profondément ému.Je n’ose déclarer au long tout ce quelle a magiquement déclenché en moi : une première surprise, puis une sorte de bien-être assez rare dans le souci de mes finances ; et enfin, un frais et nouveau désir d’écrire d’autres livres, et de répondre ainsi à la confiance que votre honorable Société venait de me témoigner si généreusement.Tel est, je pense, l’effet habituel d’un prix littéraire, qu’il stimule et met en branle je ne sais combien de titres qui n’attendaient.quoi donc ?que la magnificence d’un Mécène pour entraîner derrière eux toute une suite d’ouvrages.Mes actions de grâces étant dûment faites, et avec tous les sentiments que vous devinez, permettez-moi, Messieurs, de vous féliciter.Faisant abstraction de moi-même, je ne veux plus penser, ici, qu’à mes confrères, les écrivains du Québec, pour lesquels votre prix Duvernay comme celui de la Province, constitue une très heureuse marque d’estime publique à l’égard du rôle de l’homme de lettres dans la cité.L’écrivain honnête recherche le meilleur en tout, ou, du moins, AVRIL 1949 475 ce qu’il croit être le meilleur.Vivant pour une idée qu’il appelle un idéal, il s’impose secrètement, héroïquement parfois, de si dures contraintes qu’on peut vraiment dire de lui qu’il gagne son livre à la sueur de son front.Aussi, sa noble passion du beau a-t-elle fait que, de tout temps, les hommes ont reconnu, dans l’artiste, l’interprète le plus authentique de leur génie, et dans l’œuvre d’art, le signe le plus expressif de leur activité.De cette vocation de l’écrivain, de son travail à exprimer un verbe excellent et collectif, on peut déduire quelles devraient être les conditions de sa vie ; et ce que serait en droit d’attendre de la communauté, l’artiste consciencieux qui collabore au bien commun.Vous pensez ici, comme moi, à beaucoup de choses auxquelles, lecteurs confortablement assis, nous ne songeons guère d’habitude.Où nous ne voyons qu’un livre comme tant d’autres livres, il faudrait pourtant voir aussi l’écrivain.Or, celui-ci aime à se cacher derrière son œuvre, à donner le change.Son nom apparaît comme celui d’un personnage lointain, mystérieux, bien heureusement entré dans l'une ou l’autre de ces catégories idéales où les critiques les ont définitivement rangés.Et pourtant, Messieurs, il arrive parfois qu’un auteur est un vivant et qui mange.Je veux dire par là que s’il veut pleinement exercer son art, il lui faut le pouvoir en toute quiétude du ventre et liberté d’esprit.Fabriquer des livres n’est, que je sache, un passe-temps ni un vain jeu de plume ; mais un métier ou un ministère et qui réclame sécurité et assurance.L’écrivain est dans le besoin des choses communes d’abord, mais aussi de plusieurs autres qui lui sont réclamées par la nature même de son œuvre.Une entreprise où l’homme engage, au profit de ses semblables, le meilleur de lui-même, exige, en plus du pain quotidien, une somme convenable de loisirs: une solitude propice à la méditation, au songe, au travail, des livres, des voyages, bref une certaine aisance analogue à celle du cerveau lorsque les organes inférieurs fonctionnent en paix.Le mythe du poète famélique n’est pas d’une morale très recommandable.On peut imaginer ce que ces révoltés auraient accompli pour l’avantage de l’ordre, du bien et du beau véritable si la société leur avait donné le pain auquel ils avaient droit.Quoi qu’il en soit, une carrière littéraire ne peut parvenir à son plein succès que si elle est professionnelle.Une littérature nationale est à ce prix.L’artiste, tout comme le savant, a donc un besoin vital de laboratoires, de moyens de travail, de salaire et de temps.Toutes choses dont il manque trop dans notre pays ; et de même le penseur, le philosophe que l’on considère comme une sorte de substance séparée et à qui, cependant, dans le désarroi où nous jettent tant d’inventions, de systèmes et d’idées, nous demandons la lumière des principes éternels.Mais la sagesse, plus que l’art encore, est avilie dans son exercice ; et les sages sont respectueusement réduits à la portion congrue.476 LECTURES Qui ne voit là un grave désordre?Il serait grand temps, chez nous, que l’intellectuel vive, lui et les siens, et vive du travail de son esprit ; en homme libre et non en prolétaire, lui qui représente l'excellent ; dans une honnête aisance, et non réduit à quémander les faveurs politiques ou forcé, par le déséquilibre de son budget, à introduire dans sa vie des calculs indignes de sa science ou de son art Une civilisation est en danger dès que les valeurs spirituelles y sont sous-estimées.Ravilir le prix de la pensée — je parle ici de la pensée sereine, libre, dégagée des contingences et qui ne travaille qu’à la recherche de la vérité — ravilir la valeur d’une telle pensée, disais-je, c’est, à coup sûr, s’exposer à tous les coups du matérialisme même le plus abject.J’irai plus loin et en toute franchise.On a raison d’être inquiet lorsqu’on voit dans notre chère province la place anormale qu’occupent les jeux, les plaisirs et les divertissements de tour genre.A eux l’argent, l’attention et toutes les faveurs populaires.J’admire les vrais athlètes.Mais je ne puis pas ne pas déplorer que le budget de nos intellectuels soit mince auprès de celui des amuseurs de toute espèce.Il y a symptôme plus alarmant encore.Nos classes instruites elles-mêmes sont fort loin d’apprécier de la façon qu’elles le devraient l’effort ingrat et si méritoire de quelques-uns des leurs.Passe encore qu’elles offrent des cachets substantiels à des visiteurs pour des causeries souvent maintes fois inédites; mais, compte tenu de la valeur marchande des grandes vedettes, ce qui me semble quand même indécent, c’est que notre bourgeoisie cultivée lésine dès qu’il s’agit des auteurs de chez nous.Enfin, quittons ces propos : Ceste matière a tous ne plaist, Ennuyeuse est et desplaisante! dirait Villon.Du moins fait-elle comprendre que j’avais raison de vous féliciter, Messieurs, de votre geste.C’est un très opportun et très bel exemple que vous donnez aujourd’hui et pour la quatrième fois.J’ai répété, en maintes circonstances, l’espoir que j’avais en l’avenir des lettres canadiennes-françaises.Notre héritage religieux et national, notre cher pays, notre peuple, ses mœurs, travaux et traditions, sont comme autant de grâces d’un prix inestimable offertes à nos savants et à nos artistes.Reste à les aider autant qu’ils en ont besoin et qu’ils le méritent.La littérature, c’est l’écrivain qui la fait; mais ce sont des générosités comme la vôtre qui la facilitent.Puissent d’autres Mécènes vous imiter et mettre un peu de pain et de soleil sur la table où quelques-uns des vôtres consentent à se consumer de travail et d’inquiétude.Merci.Le 24 novembre, 1948.F.-Ant.SAVARD, ptre.AVRIL 1919 477 FAITS ET COMMENTAIRES cA txavexâ leâ diocè&eâ OTTAWA Nous avons plusieurs fois entretenu nos lecteurs du magnifique travail accompli par le Service de Presse et Cinéma de l'Université cTOttawa.Nous sommes heureux de leur présenter aujourd’hui le texte d’un feuillet fort pratique que l’on doit à ce Service et qui s’intitule : les lois de l’Eglise sur les lectures.Ce feuillet est déjà depuis longtemps en circulation et nous regrettons de n’avoir pu en parler plus tôt.Cependant, en raison de l'intérêt permanent d’une telle initiative, il est toujours opportun de la signaler, dans Vespé-rance que tous les intéressés, en particulier les libraires, sauront profiter, s’ils ne l’ont encore tait, du dévouement des apôtres de la lecture vraiment enrichissante.La Rédaction.LES LOIS DE L’EGLISE SUR LES LECTURES 1 1.Livres nommément à l’Index On ne peut lire, sans la permission requise, les livres que la Sainte Eglise a spécialement condamnés dans le catalogue de riNDEX.On ne peut pas les vendre, ni les éditer, ni les traduire, sans la permission requise.En cas de doute, on s’abstient de les lire et on s’informe auprès d’une personne sûre: prêtre, ou laïc vraiment catholique et compétent.2.Livres immoraux Jamais, sous aucun prétexte, puisque l'Eglise elle-même n en donne jamais la permission, on ne peut lire de livre franchement immoral, c’est-à-dire qui, par le texte dans son ensemble, a pour but de décrire et d’enseigner le vice.On ne peut, sous aucun prétexte, ni le vendre, ni le prêter, ni le donner, ni le garder, ni l’éditer, ni le traduire.3.Revues immorales (par REVUE, on entend les magazines de toutes sortes, petits romans, « comics », en un mot, tout imprimé en circulation).Jamais, sous aucun prétexte, puisque l’Eglise elle-même n’en donne jamais la permission, on ne peut lire de revue franchement immorale, c’est-à-dire qui, par le texte dans son ensemble, illustré ou non, étale, dans un but de perversion, des quasi-nudités, des scènes troublantes ou réellement passionnelles.On ne peut jamais ni la vendre, ni la prêter, ni la donner, ni la garder, ni l’éditer, ni la traduire.4.Index général de l’Eglise On ne peut lire, sans la permission requise, les livres que la Sainte Eglise condamne en bloc, à savoir principalement: i En vente au Service de Presse et Cinéma de l’Université d’Ottawa, angle Stewart et Waller, Ottawa.Prix: $0.02 l’unité, $1.50 le cent, $10.26 le mille.478 LECTURES A) Les éditions de l’Ecriture Sainte qui ne portent pas Yimpr-matur des évêques catholiques, comme les bibles protestantes.B) Les livres qui attaquent ou tournent en dérision l’un des dogmes catholiques; ceux qui soutiennent des erreurs proscrites par le Siège Apostolique; ceux qui déprécient le culte divin; ceux qui tendent à ruiner la discipline ecclésiastique et ceux qui,, de parti pris, insultent la hiérarchie ecclésiastique, l’état clérical et religieux.C) Les livres qui prétendent que le duel, le suicide et le divorce sont permis; ceux qui, traitant des sectes maçonniques ou autres sociétés semblables, prétendent qu’elles sont utiles et qu’elles ne nuisent ni à l’Eglise ni à la société civile.D) Les livres ou revues qui font l’apologie du communisme.E) Les tracts des Témoins de Jéhovah, ou autres sectes semblables.5.Revues et livres dangereux On ne peut lire, sans raison grave, les revues et les livres dangereux, c’est-à-dire ceux qui, sans être complètement immoraux ou hérétiques, mettent en péril les principes de religion, de foi, de morale, qui dirigent la vie.La raison grave de les lire pourrait être le devoir d’état, une réelle utilité, mais jamais la simple curiosité, la mode ou le snobisme.En particulier, on ne doit pas laisser traîner chez soi (maison, bureau, salle d’attente, atelier) des revues et des livres dangereux.Dans le cas de doute sur la valeur morale d’un livre ou d’une revue ou sur la valeur des raisons que l’on a pour en justifier la lecture, on doit se renseigner soit auprès d’une personne ayant l’autorité (prêtre ou laïc vraiment catholique et compétent), soit dans un catalogue approuvé, par exemple celui de l’abbé Bethléem, le Répertoire du Père Sngehomme, la revue LECTURES (Fides, Montréal), la Legion of Decency pour les revues de langue anglaise.6.Leeturcs des enfants Sachant que Dieu leur demandera compte des lectures de leurs enfants, les parents veilleront à ne pas laisser traîner à la maisoi) des revues ou des livres qui, peut-être sont inoffensifs pour des grandes personnes, mais qui risquent de troubler profondément, par des descriptions ou des images, l’âtne de leurs enfants.Le Service de Presse et Cinéma Le Service de Presse du Centre Catholique de l’Université d’Ottawa est un organisme ayant pour but: 1.de collaborer positivement au maintien de la moralité des publications, films et émissions radiophoniques; 2.do renseigner sur les lectures, publications, etc.Dans ce but, il publie régulièrement des articles de journaux et indiquo les cotes morales des films, etc.Vos suggestions et appréciations seront les bienvenues.* * * Paul GAY, c.s.sp.président.Le Service de Presse et Cinéma met aussi à la disposition du public des formules d’engagement à militer pour un cinéma et des lectures honnêtes.AVRIL 1919 479 MES PROMESSES 1 LE CINEMA — J’encouragerai les bons films dans la mesure où je le pourrai, par exemple par ma présence, mes conseils, mes interventions auprès des responsables.Je condamne les films indécents et immoraux et ceux qui exaltent le crime et les criminels.Je promets de ne jamais aller les voir.Je promets de collaborer avec les personnes qui protestent contre ces films.Je reconnais que je dois me former une conscience droite vis-à-vis des films qui sont dangereux pour ma vie morale, et je m'abstiendrai d’aller les voir.En cas de doute sur la valeur morale d’un film que je veux voir, je reconnais mon devoir de me renseigner auprès d une source fiable.LES LECTURES — Je promets d’obéir aux lois de l’Eglise sur les lectures.Je promets de ne point acheter, lire, garder ou prêter des publications immorales, indécentes ou suggestives.Je promets d’encourager seulement les éditeurs, distributeurs et libraires qui ne vendent que des publications d un caractère moral., .Je ne laisserai pas à la portée de mes enfants des revues et des livres qui pourraient troubler leur âme.Date .19.Signature: .C'est une joie de constater que toutes nos associations pieuses, et même nos sociétés patriotiques, comprennent l'importance primordiale du problème du cinéma et du problème des lectures, et savent employer de telles munitions pour mener le bon combat dans le domaine des loisirs et de la culture populaire.Certains peuvent cependant douter de la valeur et de l’efficacité de promesses comme les précédentes Le texte suivant répond victorieusement aux objections possibles à ce sujet.Valeur et efficacité des « Promesses » On rencontre parfois des personnes fort respectables, absolument opposées aux promesses qu’on fait signer aux paroissiens au sujet du cinéma.« Que valent, disent-elles, ces engagements signés globalement à la faveur d’une retraite ou d’un sermon sur la presse et le cinéma ?Le signataire n’est pas convaincu ou, s’il l’est, il retombe vite dans son ancienne habitude et vous avez été cause, sinon d’un parjure, au moins d’un manque de respect à la parole donnée.Surtout, vous lui avez montré une fois de plus la faiblesse de sa volonté et qu’il n’y a rien à faire! Et puis, ces promesses, comment peuvent-elles être signées par tous indistinctement ?î En vente au Service de Presse et Cinéma de l’Université d Ottawa.angle Stewart et.Waller, Ottawa.Prix: $0.02 l’unité, $1.50 le cent, $12.42 le mille.480 LECTURES Voyons, un père de famille a plus de liberté dans le choix de ses films quun enfant de dix ans! Vous n'allez pas quand même faire signer le même document par un avocat et un étudiant d’Eléments latins ?Si oui, vos promesses sont très vagues et alors elles n’ont pas de valeur ! Laissez donc de côté ces sortes de promesses.» Il y a beaucoup de vrai dans ces objections.En particulier, la légèreté avec laquelle certains apposent leur signature au bas de n’importe quel vœu est certainement fort regrettable.Mais de là à nier la valeur et la nécessité des engagements concernant le cinéma, il y a une immense distance.Demande formelle du Pape Pie XI D’ailleurs, c’est la demande formelle du Pape Pie XI dans l'Encyclique Viéilanti cura (29 juin 1936).Voici ce que nous lisons : sa pensée est très claire et définitive : «Ayant tout, comme nous l’avons indiqué, tous les pasteurs d âmes s’efforceront d’obtenir de leurs fidèles qu’ils fassent chaque année, comme leurs frères américains, la promesse de s’abstenir des films qui offensent la vérité et la morale chrétienne.« Cet engagement peut être obtenu d’une façon plus efficace par l’intermédiaire de l’église paroissiale ou de l’école et avec la diligente coopération des pères et des mères de famille conscients de leurs graves responsabilités.« Les évêques pourront aussi employer à ce but la presse catholique, qui montrera la beauté et l’efficacité de la promesse en question ».Il n’y a donc pas à discuter.Le Pape a parlé et nous n’avons qu’à chercher les moyens les plus pratiques de lui obéir.Mes promesses Les promesses mentionnées plus haut au sujet du cinéma, ont été inspirées par la Legion of Decency des Etats-Unis ; toutes les formules en ont été longuement pesées et elles furent approuvées non seulement par des prêtres, mais encore par des laïcs d’Action catholique très au courant des difficultés pratiques que soulèvent les problèmes des films.Valeur de ces promesses Nous pensons sincèrement que ces promesses peuvent être signées par tous, non seulement par les gens du peuple, mais aussi par les professionnels et les personnes cultivées.Evidemment leur teneur va remuer les consciences?Mais est-ce un mal ?Elles défient le laisser-faire et le laisser-aller général et elles obligent les catholiques à reconnaître qu’ils n’ont pas tous les droits qu’ils voudraient dans leur course vers les salles de théâtre.AVRIL 1949 481 Le paragraphe le plus délicat est certainement le troisième : « Je reconnais que je dois me former une conscience droite vis-à-vis des films qui sont dangereux pour ma vie morale, et je m’abstiendrai d’aller les voir.» Promettre de ne pas aller voir des films dangereux ?quelle exagération ! des films classés No 3 par le Droit et l’Action Catholique ?Mais, mon Père, du même coup vous videz tous les théâtres! Et après ?Ne pensez-vous pas que c’est l’unique moyen de sauver la société en train de perdre le sens chrétien de la pureté et du mariage ?Ne pensez-vous pas qu’alors nous obligerons les metteurs en scène à respecter davantage nos mœurs et nos lois chrétiennes ?Comment répandre ces promesses Ces promesses, il faut les répandre d’une façon opportune et plutôt individuelle.Pie XI suggère « l’intermédiaire de l’église paroissiale ou de l’école avec la diligente coopération des pères et des mères de famille conscients de leurs graves responsabilités ».Ainsi remise aux soins du père et de la mère, cette feuille obtiendra un effet incontestable.Ajoutons que les mouvements d’Action catholique sont, eux aussi, tout désignés pour faire comprendre cet engagement et obtenir le plus d’adhésions possibles en pénétrant dans tous les milieux.Que s’il arrive — et il arrivera peut-être fatalement — que ces promesses ne soient tenues que pendant un temps relativement court ; que « CHAQUE ANNÉE », comme le demande le Pape Pie XI, les Pasteurs soient obligés de les faire renouveler, il ne faudra en accuser que la volonté humaine, si faible et qui a toujours besoin d’être remontée! Mais au moins, pendant quelques mois, quelques semaines ou quelques jours le bien aura été fait ! Ah ! méfions-nous de ceux qui, sous prétexte de viser un idéal très élevé, n’obtiennent aucun résultat pratique et s’abstiennent d’agir ! Pour nous, nous suivrons toujours à la lettre le mot d’ordre du Pape dans cette encyclique sur le cinéma : « Ne vous lassez pas de combattre tout ce qui contribue à affaiblir dans le peuple le sentiment de la décence et de l’honneur ».Père Paul GA Y, c.s.sp., Président du Service de Presse et de Cinéma du Diocèse d’Ottawa.482 LECTURES Choix d)ouvrage* Des ouvrages critiqués dans le présent numéro, nous mentionnons, sous cette rubrique, quelques-uns de ceux qui sont les plus susceptibles de distraire sainement, d’instruire ou d’élever les lecteurs auxquels ils conviennent.Le fait de signaler ainsi ces livres ne veut pas dire qu'ils peuvent être conseillés à tous indistinctement, comme on peut le constater en se référant à la critique et à la cote morale.RELIGION Coiteux (Ferdinand), o.f.m., Condition du bonheur dans la famille.Coiteux (Ferdinand), o.f.m., Le Surnaturel dans le mariage.Lalande (Germain-M.), c.s.c., Conversion au réel.Mouroux (Jean), Je crois en toi.SCIENCES SOCIALES Gérin (Léon), Aux sources de notre histoire.Gérin (Léon), Le Type économique et social des Canadiens.SCIENCES PURES Bergounioux (R.P.), oi.m., Esquisse d’une histoire de la vie.NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES Ouvrage à PHILOSOPHIE Audet (Louis-Philippe).La Chanson du bonheur.Préf.du P.Georges-Henri Lévesque, o.p.Québec, les Editions de l’Erable, 1948.168p.19cm.$1.25 (S 1.35 par la poste).L’auteur est un pédagogue de carrière.Il professe une philosophie souriante de la vie.Il plaide pour la sérénité, l’amabilité, l’obligeance dans les relations sociales.Il nous offre un petit traité sur l’art d’être gentilhomme, de rendre les autres et soi-même heureux.Louis-Philippe Audet a beaucoup lu Carnegie, Marden et quelques autres auteurs américains qui ont publié des traités sur l’art de se faire des amis ou tout au moins d’être aimable.Notre compatriote pouvait nous donner quelque chose de beaucoup plus personnel et de beaucoup plus profond.Tel quel cependant, son ou- AVRIL 1949 483 vrage demeure fort intéressant et il incitera bon nombre de lecteurs à regarder la vie avec plus d’optimisme et, en conséquence, avec plus d’objectivité.La Chanson du bonheur mérite tous les suffrages : non seulement elle donne avec à-propos des leçons de confiance et de joie dans notre monde inquiet et bouleversé, mais elle sait encore justifier ces leçons et les exprimer dans une langue élégante et per- Cl 1QÇ1UP Rodolphe LAPLANTE Dournes (Pierre).Nietzsche vivant.[Lettre-préf.de Daniel Halévy.] Bloud et Gay, 1948.116p.20.5cm.(La Nouvelle Journée, no 15).L’auteur a voulu délivrer Nietzsche des pangermanistes à la Hitler et des historiens de la philosophie.Il nous présente un homme vivant au destin singulièrement tragique, aux pensées tourmentées, aux visions fulgurantes.Nietzsche fut un poète inpressionniste de la pensée, bien plus, un surréaliste avant la lettre.Comment qualifier autrement cette recherche et cette expérience de l’étrange, ce souci de réajuster les valeurs humaines au-dessus (ou au-dessous) de la morale, cette lutte contre tout ce que représente l’acquis, le stable, y compris le «Crucifié».Mais ayant voulu dépasser l’homme, il est tombé en-dessous et a sombré dans la folie.Brièvement, ce volume étudie avec lucidité ces problèmes chez un auteur qui a eu une singulière influence sur la pensée et la littérature contemporaines.P.ETIENNE, o.f.m.cap.RELIGION Doctrine * * * La Bonne Nouvelle.Catéchisme en poésie selon l’Evangile, les Psaumes et les hymnes, [.] par un Catéchiste docteur en Théolo-# gie.Granger [1948].134p.ill.18.5cm.$0.50 ($0.55 par la poste).Catéchisme en poésie pour les cinq premières années du cours primaire contenant cinq cents couplets, et préparatoire à la communion solennelle.Les couplets sont en quatre vers de huit syllabes, sans inversions.Magnifique typographie, beau papier, impression en encre bleue.C’est une vieille tradition que le catéchisme en vers.Y a-t-il place pour un tel catéchisme au milieu des nombreux manuels que doivent utiliser nos enfants ?L’auteur a dû s’enquérir si un tel besoin existe.Quoi qu’il en soit, son travail est magnifiquement illustré et fort captivant, tant par le ton général, la magnifique présentation que par les illustrations qui sont splendides.R.L.Mouroux (Jean).Je crois en toi.Structure personnelle de la foi.Paris, Editions de la Revue des Jeunes [ 1949], 126p.18.5cm.(Coll.Foi vivante).484 LECTURES Comme le note l’auteur dans son avant-propos, cette étude est la réédition d’un article publié dans les Recherches de Science religieuse, en 1938.Elle comprend quatre parties.La première nous fait remonter Aux sources de la foi : le Dieu personnel, Dieu, objet et fin de la Foi, la Foi comme témoignage de Dieu, la Foi comme réalité dans le Christ.La seconde partie nous introduit Au coeur de la foi, en décrivant l’acte de Foi comme acte d’une personne libre, puis comme un contact personnel, et comme acte personnalisant.La troisième partie décrit le Monde de la foi, en mettant en relief le point de départ de la Foi, sa mystique, et son sommet et son rayonnement.La dernière partie, enfin, esquisse un aspect complémentaire de la structure personnelle de la Foi, à savoir, son Caractère ecclésial ou social.Ces pages exposent d’une façon claire, concrète, existentielle, le traité thomiste de la Foi, mais dans un climat personnaliste.La Foi est la réponse d’une personne humaine libre à l’appel personnel de Dieu, un acte qui prend et domine toute la vie, Tout en tenant compte de la doctrine et des formules traditionnelles, M.Mouroux a fort heureusement mis en relief cet aspect de la foi à l’encontre de certains traités impersonnels et abstraits.Utilisant la méthode synthétique, il a su montrer l’unité de la Foi, malgré la diversité des éléments qu’elle implique, non moins que ses caractères essentiels.De ce point de vue concret, il lui a été facile aussi de faire ressortir sa valeur d’enrichissement.La dernière partie de l’ouvrage ne figure pas dans l’article des Recherches de Science religieuse.Il faut féliciter l’auteur de l’avoir ajoutée, car elle complète cette synthèse et la perspective initiale.Le caractère social ou ecclésial de la Foi n’est pas à négliger, car le chrétien n’est pas seul, isolé, mais il est membre de l’Eglise.Il se peut que le théologien sévère ne soit pas, par ci par là, satisfait de certaines explications insuffisantes comme celles, par exemple, concernant les formules qui expriment la Révélation de la Vérité première, puisque l’auteur les regarde seulement comme des moyens alors que saint Thomas les considère comme faisant partie de l’objet de Foi, du moins «ex parte credentis » (II / II, q.I, a.2).Peut-être trouvera-t-il encore que les motifs de crédibilité ne sont pas assez nettement distingués du motif formel de la Foi divine ?Mais il reste que la lecture de ces pages sont riches de doctrine et de vie, susceptibles d’entraîner le lecteur sérieux à repenser sa Foi avec profit, tant du point de vue intellectuel que spirituel.J.-F.B., s.s.s.Méditations * * * Nova Creatura.Vie nouvelle dans le Christ.Préf.de S.Exc.Mgr Lamy.Paris, Procure du Clergé et l’Evangile dans la Vie [1947].248p.19cm.(Coll.A.M.D.A.).AVRIL 1919 485 Sous ce titre général, on a groupé cent trente sujets de méditation parus durant la guerre dans une revue française.Dans la préface dont Mgr Lamy, archevêque de Sens, a bien voulu honorer ce recueil, il est dit : « Chacune des méditations forme un tout ».Inutile de chercher entre elles un lien ; mais il y a une idée directrice : devenir une nouvelle créature.Ce n’est donc pas là un livre de méditations au sens ordinaire du mot.Il n’y a entre ces sujets aucun ordre proprement logique ou chronologique.Ils sont aussi de longueur inégale.Un saint prêtre, qui a voulu demeurer anonyme, a consigné au jour le jour des pensées personnelles sur un sujet donné.Ce sont ces pensées qu’il a livrées au public pour que d’autres en tirent leur profit.A ceux qui désirent pour leurs méditations moins de forme et plus de fond, moins de mots et plus de cœur à cœur avec le Christ, ce recueil est tout à fait indiqué.Adrien-Marie CIMICHELLA, o.s.m.Action catholique Lalande (Germain-M.), c.s.c.Conversion au réel.Un essai sur l’Action catholique : expériences étudiantes.Montréal, Fides, 1948.318p.21.5cm.(Coll.Bibliothèque d’Action catholique, no 3) $1.75 ($1.85 par la poste).Cet essai, fruit d’expériences étudiantes en Action catholique, est d’une valeur inappréciable pour l’éducateur soucieux de la formation intégrale et vivante des jeunes en milieu étudiant.L’auteur, qui fut intimement mêlé à la vie de la Jeunesse Etudiante Catholique canadienne au cours de la dernière décennie, qui en a vécu l’évolution et les progrès, a su tirer de cette expérience une véritable philosophie de ce Mouvement d’apostolat étudiant et une technique appropriée.Conversion au réel, qui ne prétend pas être un recueil de recettes infaillibles, tente de déterminer la formule de l’A.C.pour /es jeunes.Il insiste d’abord sur l’importance du choix judicieux des chefs, qui doivent avoir de la personnalité et du cran, être populaires, mais d’une popularité fondée sur des motifs sérieux et non sur une simple renommée de joyeux compères et de bons vivants.Ces tempéraments de chefs sont souvent difficiles à approcher et plus encore à convaincre ; mais il vaut la peine de les conquérir, même s’il faut se contenter au début de leaders de moins d’envergure.I1 est aussi de toute première importance de laisser aux jeunes chefs leur responsabilité, quitte à les aider au besoin.La J.E.C., c’est essentiellement le don de soi pour le bien du milieu, qu’il faut connaître et aimer si on veut vraiment l’améliorer.L’étudiant qui adhérerait au Mouvement sans conviction, par pur snobisme, ne tarderait à s’en désintéresser, car seule une charité vécue permet d’apprécier comme il convient cette formule conquérante d’apostolat, seule elle peut inspirer les grands dévouements.486 LECTURES C’est une véritable maladresse, au début d’une section, de poursuivre des objectifs ambitieux ; il vaut mieux travailler d’abord les esprits et les cœurs, former les caractères ; le reste viendra naturellement.De plus, il est prudent de ne pas brûler les responsables en les accablant de trop d’activités matérielles, qui, entre autres inconvénients, peuvent les amener à négliger leurs devoirs d’état, nuire à leurs études.L’aumônier, qui est lame dirigeante du Mouvement, doit y voir évidemment autre chose qu’une occasion de réunions et qu’une affaire d’organisation.Il doit se préoccuper sans cesse de l’esprit du groupe, de la mystique, celle de la vie chrétienne intégrale, qui doit l’animer et qui est le secret des succès solides et durables.Ce que la J.E.C.poursuit avant tout, c’est l’assainissement de la Cité étudiante, moyen le plus efficace de former en même temps ses militants.L’insuccès que ses chefs rencontreront en quelques milieux leur fera découvrir leurs propres carences spirituelles et l’obligation qu’ils ont de travailler à leur réforme persoi nelle.La récollection, l’enquête, les services sont utiles dans la mesure même où l’on reste fidèle au souci de la christianisation du milieu.Parmi les autres ouvrages de valeur sur l’esprit et la technique de l’Action catholique, Conversion au réel mérite une place de choix, pour l’idée claire, juste et enthousiaste qu’il donne de la TEC Fr.PIERRE DE SEBASTE, s.g.Mariage Coiteux (Ferdinand).Conditions du bonheur dans la famille.[Esquisses de vertus familiales.Préf.de Mgr L.Morin.] Montréal, Editions Franciscaines [1948].108p.19cm.S0.60 ($0.65 par la poste).Cette publication de format commode, à l’allure engageante dans son humilité toute franciscaine, nous offre des « esquisses de vie familiale ».Son mérite réside d’abord dans le charme d’une doctrine à la fois forte et souriante, substantielle et attrayante, qui résume en douze tableaux les conditions du bonheur dans la famille.Ces conditions, vous les connaissez sans doute déjà, mais il faut les revoir dans ces pages.« L’amour se dit sans cesse et ne se répète jamais » ; de même, en méditant sans cesse sur son mystère, à la lumière de la foi, on lui découvre toujours des profondeurs nouvelles, des aspects insoupçonnés et infiniment consolants.La présente lecture est l’occasion de telles découvertes.Toute la vie familiale est ici passée en revue, aucun de ses devoirs n’est oublié, de l’éducation sexuelle des enfants avec le réalisme et la délicatesse qui s’imposent aux fréquentations comme elles doivent se faire.L’auteur nous entretient, à la fin de son ouvrage, de l’atmosphère religieuse, de l’atmosphère morale et de l’atmosphère sociale du foyer.Ce dernier chapitre offre, sur les relations de parenté, les AVRIL 1949 487 relations d affaires et les relations d’amitié, des réflexions des plus opportunes.Ainsi, les relations d'affaires sont l’occasion de pensées fécondes, dont on peut imaginer la hardiesse généreuse à la lecture d’un tronçon de phrase comme celui-ci : «[.] les vertus de justice et de charité [sont des] moyens d’opération économique».On est loin du matérialisme économique courant ! Outre les prières liturgiques qui accompagnent la réception du sacrement et le texte incomparable du propre de la messe de mariage, l’ouvrage contient une exhortation appropriée à la circonstance et les élévations d’une Heure sainte sur le Sacré-Cœur et la famille.Théophile BERTRAND Coiteux (Ferdinand), o.f.m.Le Surnaturel dans le mariage.(Lecture à faire entre fiancés et entre époux.) [Commentaire pastoral de « Casti Connubii » de Pie XI.Préf.de Mgr Jos.Charbonneau.] Montréal, Editions Franciscaines [1948].112p.19cm.Cette brochure couronne admirablement Conditions du bonheur dans la famille.L6 Révérend Père Coiteux nous présente un commentaire judicieux de l’encyclique Casti Connubii, « un guide pratique pour discussion au foyer ou en cercle d’étude ».C’est un travail actuel, vivant, qui expose la vraie doctrine sur le mariage, s’en prend aux lâchetés qui menacent son intégrité et sa noblesse, indique les remèdes pour vaincre ces lâchetés.Vous avez lu plusieurs ouvrages sur la méthode Ogino-Knaus et vous êtes un peu mêlé, nullement satisfait.L’occasion vous est offerte aujourd’hui de profiter d’un magistral résumé de la question, sous ses angles physiologique, psychologique et moral, et dans les perspectives de l’amour intégralement conçu, c’est-à-dire de l’amour totalitaire, exclusif, altruiste et productif.La lettre-préface de Mgr Joseph Charbonneau est une ferme invitation à nous pénétrer des vérités de ces pages et l’on y lit avec joie ce rappel énergique : Quand la vie familiale et l’éducation chrétienne sont gravement compromises, quand la justice sociale est méconnue, quand lo bien de notre société est en jeu, c’est le devoir de l’Eglise d’intervenir pour sauvegarder, par son pouvoir même, les intérêts spirituels et temporels de ses enfants et assurer les fruits de la Rédemption du Christ.Les propos de l’auteur sont si riches de doctrine, de doctrine claire, précise et habilement vulgarisée, qu’ils m’apparaissent comme un moyen très efficace de combattre les préjugés communs et les erreurs multiples sur le mariage et l’amour.Que de catholiques de notre société croupissante, de nos amis même, de nos parents hélas, qu’on peut entendre débiter les pires sottises sur la vie conjugale ! Qu’ils aient le courage d’affronter ces pages, qui les cap- 488 LECTURES tiveront d’ailleurs aussitôt, et ils ne pourront pas ne pas admettre la vérité et la splendeur des enseignements de l’Eglise ; aucune des questions qui les tracassent, de l’acte contre la nature à la méthode Ogino-Knaus, n’est laissée dans l’ombre.Je voudrais tout souligner de cette analyse, tant je l’ai trouvée admirable de concision et de clarté opportune.Signalons au moins les points suivants : crimes et déformations qui s’en prennent directement aux trois biens du mariage : l’enfant, la foi conjugale et le sacrement ; crimes contre l’enfant : stérilité volontaire au moyen de méthodes anticonceptionnelles, attentat à la vie même de l’enfant si la nature déjoue les mesures préventives d’époux indignes, eugénisme matérialiste ; déformations de la foi conjugale qui lèsent soit la fidélité des époux, soit l’honnête subordination de la femme à son mari, soit la véritable charité entre les époux ; erreurs vis-à-vis du sacrement, contre la nature même du lien matrimonial : le mariage civil, le mariage mixte et le divorce ; préparation éloignée et prochaine au mariage, et qui ne néglige pas l’importance des saines lectures ; réflexions d’autant plus opportunes sur le régime économique, sur les moyens de tirer la famille de ses difficultés scandaleuses dans le désordre contemporain, qu’elles insistent sur la nécessité d’acquérir le crédit, sur le culte de l’épargne, sur la solidarité; enfin et surtout trois pages magnifiques qui donnent la note juste sur la méthode Ogino-Knaus et qui m’ont rappelé l’admirable ouvrage de Duval-Aumont : le Contrôle des naissances au foyer.Enfin, je ne connais pas de meilleur commentaire de Casti Connubii, d’exposé plus à point et plus nourri de saine modernité de la doctrine chrétienne du mariage.Même les gens les plus cultivés y trouveront leur compte.Théophile BERTRAND SCIENCES SOCIALES Questions politiques Maurras (Charles).Réponse à André Gide.[Lettre à M.le Directeur de la Gazette de Lausanne.] [Paris] Editions de «la Seule France», 1948.28p.19.5cm.Appelle des réserves On lit en note à la fin de cette plaquette : La Gazette do Lausanne, à qui cette rectification avait été envoyée à l’époque, ne l’ayant pas insérée, les Amis de Charles Maurras se font un devoir de la publier aujourd’hui.Maurras a évidemment raison de défendre Maurice Barrés, « qui ne se fit jamais royaliste », contre les prétentions, les fantaisies du fallacieux Gide.Il assomme de sa vigoureuse dialectique le sophiste érudit qui a osé s’attaquer au barrésisme au nom du « vrai », du « bien », de 1’ « universel », de 1’ « absolu », du « sain humanisme », de la « vérité », de « Dieu ».De telles évocations AVRIL 1949 489 sous la plume de Gide ! L’Immoraliste a vraiment trop de culot, pensera-t-on.Mais non ! il prête sans doute simplement aux mots le sens qu’il lui plaît, au nom de la « sincérité » et de la « liberté ».Il est regrettable que le célèbre monarchiste s’en prenne intempestivement au « goût de la fantaisie et de l’anarchie » de certains théologiens, qu’il n’ait pas réussi à dépasser le positivisme aristocratique qui a vicié sa pensée, lui a empêché de pénétrer jusqu’à l’âme même du catholicisme, et qui encore ici amène sous sa plume des expressions équivoques.Théophile BERTRAND Semaines sociales du Canada.La Vie rurale.Compte rendu des cours et conférences.XXIV" session, Rimouski, 1947.Montréal, Ecole Sociale Populaire [1947].292p.24.5cm.$2.00 ($2.10 par la poste).Les principaux conférenciers de la XXIV" session des Semaines Sociales, consacrée à la vie rurale furent, outre le R.P.Jo-seph-Papin Archambault, s.i., président de la Commission des Semaines Sociales, M.l’abbé Léon Beaulieu, MM.Gérard Filion, Albert Rioux, L.de G.Fortin, Jean-Charles Magnan et autres.Ces conférenciers se sont employés avec succès à examiner un aspect de la vie rurale, à souligner les remèdes susceptibles d’améliorer les conditions de nos ruraux.M.Félix Desrochers, conservateur adjoint de la Bibliothèque du Parlement, traite avec bonheur de la vie rurale et de la famille.Une conférence transcende cependant à mes yeux toutes les autres par les idées émises, par son ton vivant et par le souci qu’a eu l’auteur de faire méditer sur le sort de la famille rurale, et c’est celle de Mme Françoise Gaudet-Smet.Le volume contient à la fois des études de caractère doctrinal et pratique.Il rendra d’immenses services aux dirigeants des cercles de la J.A.C.et de 1TJ.C.C.Rodolphe LAPLANTE SCIENCES PURES Bergounioux (R.P.), o.f.m.Esquisse d’une histoire de la vie.Paris, Editions de la Revue des Jeunes, 1947.240p.16.5cm.(Coll.Initiations, no 7) $1.25 ($1.35 par la poste).« Ce tableau de la vie conquérante est comme une fresque merveilleuse dont les détails nous échappent, mais dont les grands traits enfin dégagés nous enchantent.» En exprimant cette vue d’ensemble, le savant professeur de géologie à l’Institut Catholique de Toulouse décrit bien l’impression que son volume laisse au lecteur.Les jeunes gens, auxquels s’adresse le Père Bergounioux, et l’homme de culture moyenne qui s’initieront aux origines du monde par Esquisse d’une histoire de la vie, ne pourront que trouver très aride la première partie de ce livre.L’auteur nous y parle de paléontologie, de géologie et de biologie.On trouve là, comme 490 LECTURES données du problème, de longues listes d’une nomenclature savante.Evidemment le géologue suppose chez son lecteur des connaissances fondamentales, il en suppose peut-être même un peu trop pour une initiation.Sur deux colonnes, il conduit son initié de la période quaternaire à la primaire, du système holocène au cambrien.Cette descente dans un passé extrêmement reculé cause un peu de vertige au commençant.Il en est de même pour le troisième chapitre où sont classifiés, par ordre d’apparition sur la terre, un grand nombre de végétaux et d’animaux, protozoaires et métazoaires.Cette première partie captive néanmoins par les réflexions personnelles du R.P.Bergounioux et par cette vraisemblance d’un premier vivant d’une forme très simple.« C’est au delà de la cellule, peut-être dans le monde des algues unicellulaires simples, ou des bactéries, qu’il faut, sans doute, chercher les premières manifestations de la vie.» On reste médusé à la pensée que le vivant peut avoir commencé si humblement et il est passionnant de fouiller ces problèmes en compagnie d’un savant qui garde le sens du mystère : « Préciser une question n’est pas en trouver la solution, ni nier l’intervention d’un principe spirituel qu’aucune science expérimentale ne saurait avoir la prétention d’atteindre.» Le géologue est aussi un fin lettré.Il trouve des expressions fort heureuses pour nous faire partager sa joie de connaître et sa prudence de savant devant certaines prétentions de la science.Le merveilleux ascétisme que requiert la recherche vaut mieux que toutes les récompenses humaines.Il serait vain de rechercher dans les archives de la terre les premiers balbutiements de la vie.[.] Le Livre de la Création ne parle pas des origines de la vie sur la Terre.Pour tout le monde, il y a entre le vivant et le non-vivant, entre la matière brute et la matière organisée un hiatus, un infranchissable fossé.Ceux qui font de l’évolutionnisme absolu un dogme en prennent pour leur argent.La seconde partie, l’histoire de la vie, est beaucoup moins aride que la première.C’est peut-être parce qu’elle nous semble plus pratique, plus accueillante.On aime toujours mieux une solution qu’un problème.Le R.P.Bergounioux nous démontre d’abord « la marche en avant de la vie ».Il refait le même trajet que dans la première partie, mais toujours en nous montrant le progrès réalisé chez les plantes et les animaux depuis plusieurs millions d’années.Ensuite, le savant auteur nous explique « le mécanisme de l’évolution ».Ici, il faut admettre que le spécialiste suit mieux ses phylums que nous le suivons lui-même.Enfin, après avoir expliqué les trois grandes lois de l’évolution : augmentation de taille, spécialisation progressive et développement orthogénétique, l’auteur détend définitivement son lecteur en arrivant au « couronnement de l’œuvre : l’homme ».L’auteur avertit tout de suite l’étudiant que « le psychisme AVRIL 1949 491 naissant se présente à nous dans toute sa perfection et comme un fait sans précédent sur la terre ».Le corps humain est un méta-zoaire, un vertébré, un vertébré tétrapode, un mammifère placentaire.On peut le classer parmi les primates, « dont il se distingue d’ailleurs par beaucoup de caractères secondaires ».Notons bien ici qu il ne s agit que du corps humain.L’homme, c’est plus ; c’est un animal raisonnable.Le R.P.Bergounioux regrette que les dénominations homo sapiens iossilis et homo faber soient utilisées.L’homme est raisonnable ; la raison est sa caractéristique essentielle.Homme suffit, point n est besoin d’un qualificatif qui ne peut qu’induire en erreur.Il est faux de prétendre que l'homme descend du singe.L’un et 1 autre appartiennent dès leur origine lointaine à des phylums differents qui ont dû se séparer très tôt de leur souche commune représentée par une forme synthétique que nous ne connaissons pas.Ainsi conclut le Père Bergounioux, à notre grande satsfaction.Si, comme il est très probable, il n’y eut qu’un premier vivant, il est logique et acceptable de dire que l’homme et le singe en descendent.Il est tout simplement regrettable pour le singe qu il ne sache pas qu’il ressemble à l’homme.L’auteur termine son ouvrage en écrivant bien humblement : „ En dehors de ces conclusions, et on voit qu’elles sont elles-memes conjecturales, avec leur seule valeur de vraisemblance, nous ne savons rien de nos origines.Nous ignorons le lieu, Pépoque de i arrivée de l'homme sur la terre.La prise de possession du monde par l’esprit victorieux s’est effectuée d'une façon si humble qu il nous est impossible de nous la présenter autrement que d’une façon schématique et décevante.Nous avons toujours devant les yeux la grande fresque de Michel-Ange à la Sixtine: gardons-en précieusement le souvenir.Adam est bien sorti, splendide, des mains du Créateur, car son intelligence allait donner à la terre un sens nouveau.On ne saurait trop conseiller la lecture de ce splendide ouvrage.DIVERTISSEMENTS J.-P.BEAUSOLEIL Cinéma Centrale Catholique du Cinéma et de la Radio.Repertoire general illustre des Films.« Année cinématographique » 1948-49.Paris, Editions Penser Vrai [1948].[Distr.par Fides, Montréal.] 448p.h.-t.22cm.$3.50 ($3.65 par la poste).La nouvelle édition du Répertoire général des Films, attendue avec impatience par les cinéphiles, est enfin distribuée au Canada.On y trouve l’analyse et l’appréciation de 1,000 films récents et le rappel de la cote morale de tous les films déjà présentés dans le précédent Répertoire.De magnifiques illustrations en héliogravure agrémentent l’ouvrage.492 LECTURES Ce Répertoire n’est pas destiné uniquement aux éducateurs et aux organisateurs des loisirs.Tous les amis du cinéma français auront profit à le consulter.Quel avantage de pouvoir s’assurer à l’avance, grâce à ces critiques judicieuses, si tel programme de cinéma nous convient ou non ! Inutile de dire que la publicité qu’on nous offre dans les journaux ne peut nous rendre le meme service.C.M.LITTÉRATURE Brault (Adrien).De Rome à Montréal par le chemin le plus long.(Roman vécu.) Montréal, Fides, 1948.239p.h.-t.19.5cm.$1.25 ($1.35 par la poste).Un prêtre canadien étudiant en Europe est fait prisonnier en France lors de la dernière guerre.De Rome à Montréal par le chemin le plus long nous donne le récit quelque peu circonstancié de sa captivité et de son évasion.Le héros du récit fut ordonné pendant son séjour au camp de concentration.Même si l’auteur n’est pas un écrivain de métier et malgré des longueurs que souligne le préfacier, l’intérêt vivant de cette histoire authentique suffit à conquérir le lecteur.R.L.Chonez (Claudine).Introduction à Paul Claudel.Paris, Albin Michel [ c 1947 ].242p.19cm.Cette étude est enthousiaste et honnête.Enthousiaste : l’auteur affirme que « se livrer, quitte à se reprendre ensuite, est la meilleure tactique » pour comprendre un poète et surtout Claudel.Et il a cent fois raison.Voilà pourquoi son étude est juste.On y découvre un Claudel cosmique, lyrique et surnaturel, qui plonge à la fois dans la terre et dans le ciel.Excellent ouvrage pour qui commence l’étude d’un poète aussi complexe que peut le sembler Claudel.Les habitués y trouveront une étude simple et étoffée d’un grand poète connu.P.E.Duhamel (Georges).Semailles au vent.Montréal, le Cercle du Livre de France [cl947].232p.19.5cm.$2.00 ($2.10 par la poste).Ceux qui n’auraient, pour juger de Duhamel critique littéraire, que la conférence prononcée ici il y a quelques années, risqueraient d’être injustes.En tout cas, Semailles au vent corrige cette impression et nous montre un écrivain qui sait juger des hommes et des œuvres avec « humanité ».Comme il convenait, la première étude est celle de Salavin.Le héros chemine à côté de son créateur et lui confie ses projets et ses désirs.Pages révélatrices sur le problème du romancier et de son personnage.Duhamel a sur Cervantès et surtout Erasme des propos singulièrement justes.On croirait AVRIL 1949 493 voir lame de l’humaniste de la Renaissance sous le microscope du laboratoire.Ajoutez à cela, divers sujets intéressant la chose littéraire.En somme un ouvrage souriant et humain comme tout ce qui est signé de l’auteur.P.ETIENNE.o.f jn., Paraz (Albert).Le Gala des vaches.Paris, Editions de l’Elan [cl948].286p.19cm.Mauvais Le titre indique déjà la nature de l’ouvrage.Paraz ne vous montre pas que des ignominies de la Résistance, mais étale effrontément les siennes propres.Il ne se contente pas de pornographie mais se permet à l’occasion, entre autres fantaisies dégoûtantes, d’interpréter des paroles de l’Apôtre de façon ébouriffante et stupide.Et puis le pêle-mêle de l’ouvrage, son manque de composition lui enlève tout intérêt, si ce n’est pour les amateurs d’argot d’égout.C’est bien du Paraz digne compère de Céline ! T.B.Fiction Duma Y (Raymond).Les Raisins de mais.Roman.Montréal, le Cercle du Livre de France [cl947].249p.19cm.Appelle des réserves Voici un tableau détaillé, haut en couleurs, de la vie paysanne en Bresse.L’ouvrage tire même son titre d’une coutume décrite à la page trente-huit, où il est dit que « la cour rectangulaire [était] encadrée de trois côtés par les bâtiments de la ferme dont les auvents portaient sur toute leur longueur des pendeloques de maïs doré appelées raisins dans le patois du pays ».Il y a bien une histoire, celle d’un garçonnet doué d’une telle soif de savoir que toutes les circonstances adverses sont écartées par sa détermination et son talent.Non seulement Aloy, petit valet de ferme, se présentera au certificat, tout seul comme il a étudié, mais encore il y arrivera champion « major » comme le veut le langage de la classe.Muni de ce certificat, notre héros retournera vraisemblablement à ses travaux, car c’est tout ce que le roman nous en dit.Roman qui serait inachevé s’il s’était proposé une thèse quelconque; mais il n’y faut voir qu’un tableau de mœurs d’ailleurs impeccablement écrit, fourmillant d’images heureuses, de précisions intéressantes, de réflexions originales.S'il n’était déparé d’une couple de scènes crues, on pourrait le ranger dans le rayon « pour tous » et l’offrir comme exemple de description agreste, comme modèle de style.Germaine L APL ANTE 494 LECTURES Eylan (Claude).Combat avec Vinconnue.Roman.Montréal, les Editions Variétés [cl942].261p.19.5cm.Appelle des réserves Combat avec l'inconnue est un récit invraisemblable, où l’héroïne, enfant naturelle, court le monde, en quête d’amour, dans le fracas de grands mots sonores.Elle cherche d’abord à se dépasser elle-même, mais commence sa vie par un mariage d’argent.Elle portera ensuite son sentiment à un aventurier de l’est de l’Europe, qui mourra bientôt.Surgit une troisième aventure, dans laquelle elle hésite.Puis la guerre surgit et c’est la séparation inévitable.Pour revoir ce dernier amoureux, elle décide d’entrer en France occupée, grâce à certaines complicités, car elle est Suisse.Un sabotage survient, dont l’auteur ne lui est que trop connu.Elle sait que les représailles seront terribles et décide de se porter coupable.Elle meurt sous les balles allemandes.Nulle part la note chrétienne ne retentit ici ; nulle part les héros n’attestent qu’ils ont une foi quelconque en l’Au-delà; les principaux personnages sont des jouisseurs, des païens, quelle que soit la distinction dont on veut les auréoler.Le tout sent le terre à terre ou un altruiste prétentieux et mal fondé.La fin de ce récit vivant est décevante.L’héroïne accomplit son geste définitif pour de vagues motifs d’expiation qui ne s’intégrent pas dans le cadre d’une vie chrétienne sagement ordonnée, et où le divin est oublié.Aussi malgré l’absence de description lascive, de page morbide, l’ensemble laisse une impression pénible parce que le grand sacrifice de l’héroïne ne constitue pas une expiation et une rédemption selon l’esprit chrétien.L’auteur eût pu facilement corriger des négligences de style qui déparent son ouvrage, par ailleurs assez bien écrit.Rodolphe LAPLANTE Gervais (Albert).La Déesse brune.Roman.[Val d’Or] Editions des Sept, 1948.359p.21cm.Dangereux L'avant-propos de la Déesse brune donne une idée complètement fausse de ce roman dont les caractéristiques semblent bien être la présomption et la pédanterie.Après des citations de Mgr Joseph Charbonneau et du R.P.Emile Legault, c.s.c., sur le beau dans l’art, après un court extrait des œuvres de la grande sainte Thérèse sur la faiblesse inhérente à la condition de l’homme, on s’attendrait à un ouvrage des plus sérieux, écrit d’une plume de maître ; or, il s’agit, tout au contraire, du plus triste navet : la Déesse brune, même si l’auteur a du souffle et du talent, déçoit par son intrigue insignifiante, par son style ridicule au possible, par son anémie morale, en un mot, par son universelle niaiserie.Le roman se divise en deux parties.La première, intitulée AVRIL 1949 495 Kiskasi marier visage blanc., forme les deux tiers de l’ouvrage.Elle raconte les débuts de la vie desaxée de Léonard Chanclos, jeune moine échoué parmi de vieux Pères sentimentaux, et qui doit bientôt laisser son austère félicité sous l’influence d’une drogue mystérieuse que lui a fait avaler une vieille sorcière indienne.Pris :.’un amour irrésistible pour Kiskasi, la fille de la sorcière, il part a sa recherche.Les obstacles qui lui barrent la route vers sa déesse brune le rendent malade, si bien qu’on doit consentir à le laisser partir avec Kiskasi.Mais son bonheur est éphémère : l’Indienne est trop vigoureuse, trop ardente pour le visage blanc à la « peau d’albâtre, lustrée, fraîche, que jamais main de femme n’avait affolée ».Dans la seconde partie de la Déesse brune, Retour de sang, Léonard quitte Kiskasi qui le trompe.Pendant quarante ans, l’infortuné traînera péniblement le souvenir capiteux de sa fée des bois.Il lui pardonne d’avoir dédaigné la pauvre loque humaine qu’il est.Sa folie le ramène au monastère où on l’accepte comme frère convers : mais la sorcière du Feu brûle la maison des moines et Léonard reconnaît son rire infernal dans le crépitement de l’incendie.Il fuit au plus profond de la solitude.L’image de Kiskasi le poursuit, l’obsède, le tient sous son charme.Il revient mourir sur l’emplacement de l’ancien couvent, dans une impossible tentative de rebâtir à lui seul la cité de Dieu.L’auteur aurait pu, au moins nous rendre quelque peu sympathique la vie envoûtée du malheureux défroqué ; mais non, on retient seulement que la sorcière en était une fameuse, et c’est tout.Le romancier sait trop peu s’oublier.Avec une inconscience naïve, il fait dire au père l’Ecrivain, personnage du roman censé fournir tous les documents nécessaires à l’auteur : «[.] prends ces quelques pages, présente-les au concours et je te promets qu’elles te vaudront les 300 dollars du premier prix ».A la fin du volume, même vantardise : « Le manusc.it du père l’Ecrivain me valut la prime du concours de nouvelles.Grâce à quoi je pus parfaire mon année d’étude ».Il est bien regrettable que l’intéressé n’ait pu, a-vant d’utiliser le dit manuscrit, acquérir le minimum de connaissances nécessaires à la composition d’un roman convenable : il aurait alors peut-être réussi à dépouiller son romanesque benêt ; il n’aurait pas songé à éblouir par des comparaisons et des images forcées, voire même choquantes, par des mots d’esprit pitoyables.Voici quelques perles de cette huître littéraire.L’auteur se présente : « Un moment, nu sur la grève ensoleillée, je me dressai démesurément de toute la stature de mes soixante-six pouces et bombai mon torse poilu comme un ventre d’ours ».Le couple Chanclos : « Les deux vieux gisaient dans l’obscurité de la chambrette comme deux tisons amortis dans un foyer sans braise ».La passion de Léonard : « Léonard regardait, l’œil hagard, le 496 LECTURES corps frémissant, comme un chevreuil d’automne appelé sur la rive par le cri de la femelle ».Le comble de la tristesse : «[.] je crachai vers les étoiles ».Le maire de Pontcercueil plastronne: «[.] vous le saviez que je l’adorais ce gars-là ; je suis maire, mais je suis père aussi ».Piété précoce : « Y savait pas encore mal faire qu’y récitait son acte de contrition comme un vrai pécheur ».Etonnant phénomène ; «[.] une bouffée de vent frais sauta par la fenêtre ».Présentation d’Alekouan : « Le montagnais s’est recourbé les épaules, gauchement, comme pétrifié, tel un matou dont la crainte bosselle les vertèbres ».Colère du père adoptif de Léonard : « Cajetan Chanclos débitait ses invectives avec une telle violence que les rideaux de la cuisine allaient et venaient comme sous la magie d’un courant d’air ».Instantanés : « Les unes [des sauvagesses] vous regardent furtivement de leurs petits yeux encavés dans des orbites profondes comme des gorges de montagnes.Les autres vous contemplent comme ça, les paupières en amandes avec un air stupéfait comme si elles rencontraient un veau à cinq pattes ».D’un bout à l’autre du roman, on peut relever de telles platitudes.L’auteur, affecté d’un narcissisme béat, oublie ses personnages, se relit à haute voix et jouit de ses trouvailles.Le ton philosophique de Yavant-propos devient une fois de plus tout à fait hors de propos si on s’en rapporte aux touches sensuelles pour lesquelles le romancier a un faible.Aussi les lignes suivantes, de la page trois cent vingt et un, auraient été bien plus appropriées comme préliminaires : « Descends, laisse-moi descendre ; vomis au long du voyage, ça te soulagera ; ris de temps à autre, ou ricane : ça te réconfortera.Tu croiras rêver».Il est difficile de trouver mieux pour préparer à une telle lecture.« La dernière chose qu’on trouve en faisant un ouvrage, a écrit Pascal, est de savoir celle qu’il faut mettre la première.» Comme l’avant-propos, les dernières lignes de la Déesse brune détonnent : «[.] la gloire de vivre dans l’ordre, avec intelligence, éclipse l’éclat de tous les diamants [.]».Le livre trouverait certainement une conclusion plus adaptée dans ce passage : « Non, ne sursaute pas, garde tes yeux bien clairs ; il faut t’habituer à la nuit, à l’incompréhensible, au ridicule, si tu veux t’acclimater à la vie.Car tu te convaincras au long des midis sans soleil et des minuits sans lune que l’existence n’est qu’une interminable farce et que vivre consiste à s’amuser soixante ans de la même drôlerie sans cesse renouvelée par un Destin stupide » (p.321).Quand on songe que la publicité a porté aux nues cette arle-quinade, il y a de quoi rigoler ou.pleurer.O mercantilisme! Il faut presque s’excuser, en terminant, d’étiqueter dangereux AVRIL 1949 497 une semblable fumisterie.Mais enfin, tant de nos contemporains n’ont même pas le sens du ridicule ! J.-P.BEAUSOLEIL Giono (Jean).Chroniques, l.Un Roi sans divertissement.Gallimard (N.R.F.) [cl947].228p.19cm.Pour adultes Histoire bien simple.Dans un coin perdu des montagnes, en plein hiver, il se passe des choses mystérieuses.Des individus sont enlevés sans qu’on sache par qui ni comment.Langlois, un capitaine de gendarmerie, arrive sur les lieux, découvre les coupables et fait justice.Il tente de s’établir en cet endroit, de se faire aux gens et aux choses, mais est vaincu par le tragique de son existence.Parce qu’il n’a pu trouver de divertissement, il se tue.Mais Langlois est-il bien le héros de ce roman?N’est-ce pas plutôt ce hêtre extraordinaire, cet « Apollon-citharède des hêtres », témoin muet des crimes, roi de ce village perdu, de ses habitants, des oiseaux, enfin de tout?Car c’est le désir de retrouver le visage et le cœur du Dieu Pan qui a fait prendre la plume à Giono.Ses personnages plongent dans la nature, ils s’y enracinent, s’y prolongent.Il n’est pas jusqu’au style qui ne baigne dans un fleuve de vie.L’auteur ne regarde pas de loin, il est au cœur de son objet multiple.Pas d’artifices, rien de ce limage cher àux esthétiques classiques.P.ETIENNE, o.f.m.Thibon (Etienne).Face à la peur! Roman d’anticipation.Vaison-la-Romaine, Editions Bonne Presse du Midi [1947].223p.18cm.$1.00 ($1.10 par la poste).Au cours de cette description hypothétique de la fin du monde, se noue une idylle entre le dernier catholique, Josef Bruno, et une jeune juive convertie, Myrrie.On y contemple le triste spectacle de la dernière église désertée et du dernier prêtre déjà sur le déclin de sa vie.Dans ce « roman d’anticipation », la classe dirigeante s’est donné comme mots d’ordre : supprimer le travail une heure par mois, multiplier les plaisirs, empêcher à tout prix les gens de penser.C’est une critique de l’évolution actuelle du monde.La mission d’Enoch et Elie et leur martyre donnent un certain air de réalité au récit.La crise finale est causée par le météore « B » qui menace la terre.Un mal mystérieux décime la population.La vue du météore qui s’approche et les perturbations du monde sidéral provoquent des conversions nombreuses.A la fin d’une heure sainte où l’église est remplie par une foule angoissée, la catastrophe arrive.Pages captivantes qui rappellent le Maître de la terre de Mgr Robert Hugh Benson.Fr.PIERRE de SEBASTE, s.g.498 LECTURES Viau (Roger).Contes en noir et en couleur.Montréal, l’Arbre [cl948].259p.19.5cm.Appelle des réserves Cette première oeuvre littéraire de M.Roger Viau vaut d’être signalée.Nous ne crierons pas au chef-d’œuvre comme certains critiques l’ont fait.Un peu plus de modération est de mise.On pardonnerait difficilement à l’auteur, si ce n’était un débutant, les longueurs et les répétitions ennuyeuses du premier conte, les fautes de français qui étoilent le texte ici et là, le manque d’homogénéité de l’ensemble.Mais avouons que M.Viau fait preuve d’un humour piquant, d’un réalisme poussé parfois jusqu’à la crudité, d’un sens pénétrant de l’observation.La plupart de ses récits sont captivants, imagés, croqués sur le vif, racontés en un style vivant.M.Viau, qui déjà savait s’exprimer par le pinceau, a voulu aussi manier la plume.Nous ne connaissons pas quelle est sa valeur comme peintre, mais comme écrivain nous croyons qu’il percera pour peu qu’il continue à travailler.Puisse-t-il, pour s’assurer un franc succès, dépouiller résolument les manifestations occasionnelles d’un scepticisme pseudo-élégant, le goût de la gauloiserie, la tendance à cultiver trop volontiers une ironie à la Lemelin ou à la Simard.C.M.BIOGRAPHIES Croidys (Pierre).Notre second Bayard : le Général Leclerc, grand soldat, grand chrétien.Paris, Spes [1948].252p.19cm.Pierre de Croidys nous décrit avec une fougue et une couleur qui lui ont mérité le Grand Prix de l’Académie Française, la chevauchée épique du général Leclerc à travers la moitié du continent africain, puis de Normandie à Strasbourg en passant par Paris.Récit passionnant, qui conquiert d’emblée l’admiration.Fr.PIERRE de SEBASTE, s.g.Lebbe (Dom Bède).L’Ame de sainte Bernadette.[Editions de Maredsous, 1947.] 81p.18.5cm.Voici un petit livre traduit de l’anglais et qui veut être une mise au point.L’auteur ne s’en cache pas : il en a contre le fameux roman de Franz Werfel.« Je voudrais, écrit-il, que tous fussent convaincus que ce portrait est tout imprégné de sentimentalisme faux dans le fond et dans les détails.Habile composition d’une imagination de romancier ».Mais tout n’est pas de détruire.L’auteur s’applique, à l’aide de documents de première main, à nous découvrir le vrai visage de sainte Bernadette.Il le fait avec un souci des textes qui ne laisse AVRIL 1949 499 aucun doute sur la valeur de son témoignage : Bernadette Soubi-rous est une sainte et non pas une simple héroïne de roman.A l’occasion, Dom Bède Lebbe s’élève avec indignation contre le portrait tracé par le romancier Werfel de Mère Marie-Thérèse Vauzou : « Cette odieuse construction est bâtie sur quantité de faits purement inventés, en face desquels il faut tout d’abord rétablir la vérité historique ».Bref, on lira avec intérêt cette captivante brochure.Adrien-Marie CIMICHELLA, o.s.in.LIVRES POUR LES JEUNES Poncet (H[enri]).L’Or de la Légende dorée.111.de R.Moritz.Paris, Bonne Presse [1948].196p.ill.20cm.Une vingtaine de légendes à la fois captivantes et qui nous transportent en pleine atmosphère poétique chrétienne.Le fait que l’imagination populaire ait ainsi exploité les débuts du christianisme et la vie des saints atteste la ferveur et la splendeur des âges de foi.Ces récits remplacent avec avantage tant de fables que l’on prodigue aux jeunes ; ils ne peuvent qu’éveiller l’intérêt et la piété envers les héros de la Légende dorée.Fr.PIERRE DE SEBASTE, s.g.* * * cAccuâéâ de reception Les publications mentionnées sous cette rubrique sont irréprochables au point de vue moral.Arroyo (D.Gregorio).Sancti Benedicti Régula Monasteriorum cum concordantiis eiusdem.Editio iubilaris.Burgis in Hispania, Regalis Abbatia S.Dominici de Silos, 1947.647p.19cm.$3.00 ($3.15 par la poste).Barondeau (R.P.), o.m.i.Une Ordination sacerdotale au K.Z.de Dachau.Strasbourg-Paris, Editions F.-X.Le Roux, 1948.77p.17.5cm.(Le Christ.ma passion).Biron (Abbé Fernand).Le Chant et la Musique dans la vie quotidienne populaire.[Québec, Université Laval] 1948.38p.18cm.(Cahiers du Service extérieur d’Edvc^tion sociale, vol.5, no 8) $0.15 ($0.18 par la poste).Boussemart (Pierre).Ton Fiancé i parle.Paris, Editions Familiales de France.32p.18cm.$0.30 ($0.35 par la poste).600 LECTURES Buzy (P.Denis).Le Saint de Bétharram.Le bon Père Garicoïts.Paris, Editions Saint-Paul [1947].220p.portr.front.21.5cm.Chambre (Henri), s.j.Un centenaire: le Manifeste communiste.Montréal, l’Ecole Sociale Populaire, mai 1948.30p.20cm.(Tract no 412) $0.15 ($0.18 par la poste).Crisenoy (Maria de).Bienheureuse Jeanne-Marie de Maillé.Paris, Editions Franciscaines [1948].106p.h.-t.18.5cm.(Coll.Profils franciscains).Duhamelet (Geneviève).Tout feu tout flamme.Roman.[Bruges] Desclée de Brouwer [cl930].188p.19.5cm.(Coll.Belle Humeur) $1.50 ($1.60 par la poste).Pour les jeunes E.S.P.Jeunesse communiste internationale.Montréal, l’Oeuvre des Tracts, juin 1948.16p.18.5cm.(Tract no 348) $0.10 ($0.12 par la poste).Eusèbe (Frère), s.c.Le Dessin d'observation.[Montréal, le Centre de Psychologie et de Pédagogie] 1947-48.P.83-102, 23.5cm.(Les Conférences pédagogiques, vol.4, nos 6-7) $0.15 ($0.18 par la poste).George (André).Pasteur.Paris, Editions Albin Michel [cl948].80p.19cm.(Coll.Pages catholiques).Gilbert (Jules).Le Nouveau Programme d’hygiène.[Montréal, le Centre de Psychologie et de Pédagogie] 1947-48.P.107-128, 23.5cm.(Les Conférences pédagogiques, vol.4, no 8) $0.15 ($0.18 par la poste).Goodier (Mgr Alban).La Vie publique de Notre-Seigneur Jésus-Christ ( 1ère année).Adapté de l’anglais par Roger Radisson et Eugène Delpierre, s.j.Paris, Spes [1948].203p.19cm.$1.50 ($1.60 par la poste).Kothen (Robert).La Jeunesse d’aujourd’hui.[Extrait des « Dossiers de l’Action sociale catholique », décembre 1947.Anvers, S.C.« Lux ».] 13p.24cm.Labrie (Mgr).La Forêt.Lettre pastorale.Montréal, l’Ecole Sociale Populaire, juin 1948.32p.20cm.(Tract no 413) $0.15 ($0.18 par la poste).AVRIL 1949 501 T Lepintre (J.), s.j.Petit Louis dam la tourmente.Toulouse, Apostolat de la Prière [1948].77p.ill.19cm.Pour les jeunes Lesourd (Paul).Histoire générale de l’Oeuvre Pontificale de la Sainte-Enfance depuis un siècle.Cent ans de charité mondiale en faveur des enfants païens.[Paris] Centre Catholique International de Documentation et de Statistiques [1947].150p.18.5cm.Lesourd (Paul).L’Holocauste de Jeanne Bigard, 1859-1934, fondatrice de l’Oeuvre pontificale de Saint-Pierre Apôtre.Paris, Plon [cl938].245p.portr.front.19cm.Lesourd (Paul).La Vraie Figure du Père de Foucauld.[Paris] Ernest Flammarion [1942].284p.19cm.L’Heureux (Eugène).Ma Province et mon pays.[Québec, 1948.] 251p.20cm.$1.50 ($1.60 par la poste).* * * Mes Jeux.Album d’images et d’histoires.Montréal, Variétés [cl947].[32]p.ill.28cm.$0.15 ($0.20 par la poste).Pour les jeunes Philippe (J.-P.) et Pouzet (M.).Mes Prières.Texte de J.-P.Philippe.111.de M.Pouzet.Angers, Editions Jacques-Petit [cl947].[S.p.] ill.14cm.$0.75 ($0.85 par la poste).Pour les jeunes * * * Riri s’amuse.Album de contes et d’images.Montréal, Variétés [cl947].[48]p.ill.37cm.$0.15 ($0.20 par la poste).Pour les jeunes * * * La Vie en rose.Album d'images et d’histoires.Montréal, Variétés [cl947].[32]p.ill.28cm.$0.15 ($0.20 par la poste).Pour les jeunes Villepelet (Mgr).Sainte Jeanne d’Arc.111.de Edgard Maxence.Paris, Marcus [1947].[32]p.ill.25x25cm.Pour les jeunes N.B.— Seuls les livres dont le prix est indiqué dans les références sont en vente à notre librairie.502 LECTURES (Revue à REVUES CANADIENNES ?* * L'Action Nationale [revue mensuelle].Montréal, Ligue d’Action nationale.80p.18.5cm.Directeur: André Laurendeau.Vol.33, no 2 ; février 1949.Dans la livraison de février, l’article vedette est de M.François-Albert Angers.Il s’intitule: la République à Yavant-scene.En fait, M.Angers passe au filtre deux articles de M.Ewen Irvine, parus dans le Star de Montréal, et qui faisaient bon marche de nos aspirations républicaines.Il n’est pas bon croiser le fer avec M.Angers.Il est formidable à l’attaque.Si sa cause est bonne, il sait accabler son adversaire et l’acculer au mur.Les arguments se présentent drus et ne permettent pas la réplique.M.Angers est d’une logique implacable, va droit au but, au cœur du problème et ne laisse aucune s0^tie- Aussi M.Irvine se donnera bien du mal s’il veut confondre M.Angers dans la seconde partie de son article, celle où il expose les raisons qui militent en faveur de la rupture avec 1 Angleterre et le Commonwealth.Pour tout Canadien dont la patrie n est autre que son propre pays, il est clair que l’asservissement economique à l’Angleterre constitue non pas seulement un non-sens, mais un crime envers le peuple et le pays.M.Angers a ramasse dans les oages 99 et 100 les arguments qui fustigent cet asservissement économique et financier ; ils ont l’effet d’une charge puissante qui fait voler en poussière les défenses de l’adversaire.La première partie de l’article de M.Angers est peut-etre un peu plus faible.Lorsqu’il parle d’« isolationnisme • on sent que sa position ne peut être aussi définie.En théorie, il est facile de se proclamer pacifiste, mais lorsqu'on veut considérer le problème en regard des événements internationaux, des partis en presence, de la mauvaise foi manifeste du clan soviétique qui a découragé les meilleures volontés aux Nations-Unies, le terrain se fait plus mouvant.Cependant, les principes de M.Angers sont des plus doxes: il refuse la participation systématique aux conflits dans lesquels les nations alliées pourront se trouver impliquées, il mande au préalable que l’intérêt national soit mis en cause et que tous les moyens de conciliation possibles soient épuisés.On ne saurait être plus raisonnable., Il n’y a que les « Jingoes » qui puissent exiger de notre pays qu’il s’aventure dans tous les conflits possibles ou 1 Angleterre trouvera son profit.Malheureusement, les « Jingoes » abondent encore chez nous et le malheur est qu’ils dirigent parfois 1 opinion publique, voire les destinées de notre pays.Clément SAINT-GERMAIN AVRIL 1949 503 * * * Revue de l'Université d'Ottawa [publiée tous les trois mois par les Oblats de Marie-Immaculée de l’Univ.d’Ottawa].Ottawa, Editions de l’Université d’Ottawa.128-76*p.26cm.Directeur: Rodrigue Normandin, o.m.i.Vol.18, no 4.Oct.-déc.1948.Comme toujours, le numéro octobre-décembre 1948 de la Revue de l’Université d’Ottawa est d’un grand intérêt.Sans prétendre décerner la palme à l’un ou l’autre parmi un ensemble d’articles tous remarquables, je me plais à signaler ceux de M.Séraphin Marion et du R.P.Maurice Giroux, o.m.i.: l’Humanisme chrétien et le Canada français d’aujourd’hui et l’Enjeu d’une controverse théoloêique.Celui de Séraphin Marion est la primeur de la conclusion d’un ouvrage que publiera bientôt l’auteur : la Querelle des Humanistes canadiens au XIX° siècle.Si l’on juge de la valeur de l’ouvrage par cette conclusion, il sera sûrement d’un exceptionnel intérêt.Il repose d’ailleurs le passionnant problème du gaumisme, celui d’un équilibre raisonnable des classiques païens et des classiques chrétiens dans les programmes d’enseignement secondaire.Quant à l’article du R.P.Giroux, il est d’une brûlante actualité.Qui n’a perçu, en effet, des échos de la controverse sur la nature, les méthodes et le progrès de la théologie?L’auteur des pertinentes réflexions de VEnjeu d’une controverse théologique situe et résume le problème, sait accorder l’acquis définitif aux possibilités légitimes de progrès.On ne peut que conclure avec lui : a En somme ce qu’il faut demander à la théologie, ce n’est pas d’être adaptée, mais d’être vraie ».Théophile BERTRAND SERVICE UNIVERSEL D’ABONNEMENT aux PUBLICATIONS PÉRIODIQUES du CANADA et de l’ÉTRANGER REVUES et ENCYCLOPÉDIES CATALOGUE GRATUIT EPARGNEZ votre temps et votre argent.ABONNEZ-VOUS.Recevez chez vous les belles publications que vous aimez.Con-fiez-nous tous vos abonnements à toutes publications canadiennes ou étrangères.— Faites-vous servir! ABONNEMENTS POUR TOUS, 77, rue d'Aiguillon, Québec Directeur: Prof.P.-E.BELLEAU.Tél.: 3-3754 504 LECTURES BIBLIOTHECA Section de l'Association Canadienne des Bibliothécaires de Langue française Siège social: Université de Montréal, Bibliothèque, 2900, boul.Mont-Royal, Montréal Membres du Conseil: Président: M.Raymond Tanghe; vice-président: M.Joseph Brunet; secrétaire: le R.P.Fernand Guilbault, c.s.v.; trésorier: M.Irénée Sauvé, p.s s.; conseillers: le R.P.Paul-A.Martin, c.s.c., Me Damien Jasmin, le R.P.Auguste Morisset, o.m.i., M.William Mi-lette et Me Lucien Lortie.A titre de membres fondateurs, ont aussi voix consultative au Conseil: les RR.PP.Paul-A.Martin, c.s.c., P.-A.Trudeau, c.s.v., G.Houle, s.j., Mlle Marie-Claire Daveluy et M.Benoit Baril.Snitxuctioni poux la Rédaction des Catalogues de Bibliothèques(1) par Marie-Claire DAVELUY, LL.D., professeur de Rédaction des Catalogues (1937-1942) et de compilation bibliographique à TEcole de Bibliothécaires de l’Université de Montréal I — LE CATALOGUE - GÉNÉRALITÉS Sommaire du chapitre : A) Qu'est-ce que le catalogue?— B) Précisions: 1) Catalographie et bibliographie ; 2) Catalogue et index.— C) Division des catalogues : 1) Catalogues généraux; 2) Catalogues spéciaux.— D) Comment établir un catalogue.— E) Quels sont les catalogues indispensables dans une bibliothèque?— F) Le catalogue-dictionnaire.1 La publication du présent travail a été commencée dans la « Revue des Bibliothèques », en avril 1946.Nous ne reprendrons pas la Terminologie, mais nous avons jugé nécessaire pour l’intégrité de l’ensemble de reproduire la matière des premiers chapitres qui se trouvait dans les nos de novembre 1946 et de février 1947 de la « Revue des Bibliothèques ».AVRIL 1949 505 A) QU’EST-CE QU’UN CATALOGUE?L’inventaire général des livres contenus dans une bibliothèque et la transcription des titres d’ouvrages sur des fiches, que l’on peut ensuite classer pour en former différents catalogues, généraux ou spéciaux (Greasel).Ou encore : Un instrument bibliographique à l’aide duquel les usagers de la bibliothèque peuvent chercher et trouver les livres qu’ils désirent consulter.Ou encore, très succinctement : Une liste d’ouvrages classée selon un plan déterminé.Son but ?Renseigner les usagers au sujet des ouvrages qu’ils désirent consulter; mettre à leur disposition les ressources bibliographiques dont dispose la bibliothèque.Le catalogue doit être en état de répondre aux principales questions que se posent les lecteurs.A celles-ci : a ) « A-t-on des ouvrages par tel ou tel auteur ?b) Trouverai-je un ouvrage dont voici le titre.?c) Sur ce sujet, n-t-on plusieurs ouvrages à communiquer ?» Si chaque lecteur, sans initiation préalable, peut trouver, en consultant les catalogues, la réponse à l’une ou l’autre de ces questions, ou à toutes ces questions, le but du catalogue est atteint.Sa valeur est incontestable.Elle doit se reconnaître d’ailleurs moins au nombre des ouvrages décrits qu’à la justesse et à la forme pratique des indications fournies.A ces fins, le catalogue sera conçu dans un esprit essentiellement pratique, qui donnera pleine valeur au principe suivant, qu’il faut sans cesse se répéter : les catalogues sont établis, non pour les livres, mais pour les lecteurs.Un bon catalogue, c’est celui qui est établi de telle sorte que l’on y trouve : a ) la transcription suffisante et exacte des titres ; b) une cote reflétant de façon claire le sujet de chaque ouvrage et sa position particulière, sur les rayons du magasin, à côté de sujets communs; c) la mise en vedette du sujet particulier de l’ouvrage en dépouillement; d) l’emploi judicieux de notes et de sommaires chaque fois qu’il faut délimiter le genre (roman, discours, etc.), ou définir, ou énumérer les matières contenues dans un ouvrage.Son histoire.— Il y a toujours eu des catalogues.On parle des listes de livres dressées dans la célèbre bibliothèque d’Alexandrie.Quintilien consacre quelques lignes, dans un de ses ouvrages, aux répertoires de livres chez les Romains.On mentionne souvent la magnifique collection d’ouvrages, à l’époque médiévale, du monastère d’York où vivait le savant moine saxon, Alcuin, avant d’aller séjourner au palais de Charlemagne.Il s’y trouvait des trésors, des raretés en nombre, décrits en vers, et de telle sorte que cette nomenclature par sa disposition érudite, a mérité selon certains bibliographes, le nom de premier et véritable catalogue au moyen âge.L’invention de l’imprimerie amena naturellement le catalogue imprimé, le volume.Ce fut longtemps — ce l’est encore, dans quelques pays européens, — la seule manière de présenter les réper- 506 LECTURES toires de livres.A la fin du XIX" siècle, quelques-uns de ces catalogues acquirent une haute renommée, celui du British Museum, à Londres, publié de 1881 à 1900; celui, également, de la Bibliothèque Nationale de Paris, commencé en 1897, et qui en est actuellement à achever la lettre « T » du seul catalogue d’auteurs et d’anonymes.Il comprend bien au delà de cent volumes, et les premiers sont depuis longtemps épuisés.C’est au XIXe siècle qu’on vit se répandre et se généraliser, d’année en année, le catalogue sur fiches.On le connut en France, cependant, dès le XVIII* siècle.Toutes les bibliothèques, de nos jours, rédigent leurs répertoires sur fiches, même lorsque l’institution décide de le publier en volume, de l’imprimer.B) PRECISIONS Quelle différence existe-t-il entre un catalogue de bibliothèque et une compilation bibliographique?entre un catalogue et un index ?Un catalogue contient la liste de tous les ouvrages appartenant aux fonds de telle ou telle bibliothèque.Une bibliographie comprend la liste d’ouvrages sur un auteur, un sujet, un pays, etc., qui n’appartient à aucun dépôt particulier, mais à plusieurs et dans des endroits fort éloignés, parfois, les uns des autres.Le catalogue est limité, quant au nombre des ouvrages quil décrit, par la pauvreté ou la richesse des fonds de la bibliothèque.La bibliographie n’est limitée que par la pauvreté ou la richesse d’information du compilateur.Les ouvrages d’un catalogue sont a la disposition des lecteurs dans une bibliothèque.Les ouvrages d’une bibliographie peuvent se trouver dans plusieurs bibliothèques, les unes, accessibles, les autres impossibles d’accès (en Océanie, par exemple, pour nous).Catalogue vs index.Il en est de même pour le catalogue et pour l’index.Les différences s’accusent.Très incorrectement, l’on appelle parfois le catalogue, un index.Qu’est-ce qu’un index ?une table qui contient, rangés par ordre alphabétique, tous les noms de personnes, de lieux, de matières ’-elevés dans un ouvrage.Tout ouvrage d’histoire, édition de documents, inventaire d’archives doivent être pourvus de ces tables alphabétiques générales.Si elles manquent, c’est une grave lacune que l’on reprochera avec raison à l’auteur.C) DIVISION DES CATALOGUES Il y a deux classes de catalogues : les catalogues généraux et les catalogues spéciaux.Les catalogues généraux comprennent la description sur fiches de tous les ouvrages d’une bibliothèque.Les catalogues spéciaux ne décrivent sur fiches que les ouvrages AVRIL 1949 507 traitant d’une seule matière, ou composant un groupe particulier d’ouvrages, les livres rares, par exemple.Les catalogues généraux tout comme les spéciaux peuvent être présentés sous des formes diverses.Le catalogue méthodique (par ordre de matières) ainsi que le catalogue systématique de matières tombent en désuétude.On leur substitue, en Amérique, comme d’ailleurs partout où l’on a adopté les règles catalographiques du code anglo-américain ( A.L.A.Catalog Rules, Chicago, 1908), le catalogue topographique.L’adoption de la fiche uniforme rend maintenant ce dernier d’une exactitude et d’une abondance qui ne laissent rien à désirer.Le catalogue topographique se classe toujours selon l’ordre d’un cadre bibliographique systématique; selon, par conséquent, le système de classification des livres adopté par la bibliothèque, soit Dewey, Bruxelles (la classification décimale adaptée pour les besoins d’une documentation universelle sur fiches), Cutter, ou celui de la Bibliothèque du Congrès à Washington.Il ne faut pas confondre le catalogue méthodique et le catalogue analytique par noms de sujets.Le premier tient compte de la classe à laquelle appartient le volume ; le second le range sous la rubrique la plus particulière qui soit et qui illustre de façon précise, par un mot ou plusieurs mots, le sujet traité.Exemple : Un ouvrage sur les accumulateurs électriques sera classé dans le catalogue méthodique sous la rubrique : Electricité (la classe d’ouvrages à laquelle il appartient).Dans le catalogue par noms de sujets, il sera rangé sous la rubrique : Accumulateurs électriques.C’est le sujet particulier et unique dont traite ce volume.Le catalogue topographique a une importance toute spéciale puisqu’il constitue en quelque sorte l’inventaire de la bibliothèque et permet, mieux que tout autre, de se rendre exactement compte de ce quelle possède.(à suivre) r£a bibliothèque du Séminaire de jfoliette (,) L’article indéfini qui annonce au Programme de la présente assemblée le sujet de ce rapport, vient préciser une double signification, bien définie, par ailleurs : d’abord, il s’agit de la bibliothèque du Séminaire de Joliette ; ensuite, il ne s’agit pas d’une bibliothèque hors ligne et modèle, réunissant toutes les qualités désirables, caractérisée par l’absence de tout inconvénient même majeur.Ainsi donc, fixés sur le thème, vous serez en mesure de connaître ce qui s’est fait chez nous et de comparer avec les réalisations qui vous sont plus familières.1 Causerie prononcée lors de l’assemblée annuelle de l’A.C.B.C.tenue à l’Université de Montréal le 13 novembre 1948.508 LECTURES Laissons de côté la bibliothèque dite des professeurs, saluant au passage son existence, en un local particulier, sans insister sur son organisation que les bibliothécaires antérieurs ont pu qualifier d’à la page, et que, de nos jours, de nouvelles réalisations techniques essaient de maintenir.C’est à la bibliothèque des élèves que nous vous convions pour un pèlerinage de quelques minutes.Il serait trop long de faire l’historique de l’évolution de la bibliothèque et de donner les raisons qui ont conduit au système actuel.Voyons ce système tel qu’il est présentement, alors que d’une bibliothèque centralisée, on est passé, pour des raisons pédagogiques, à la formule de la bibliothèque de classe, pour revenir, depuis une quinzaine d’années, à la bibliothèque centrale.Des considérations d’ordre économique, toujours importantes, en regard du budget de nos Maisons, ont présidé à ce dernier changement, sans aucun mépris pour les avantages réels et formateurs résultant d’une bibliothèque de classe.Le système actuel toutefois tend à minimiser le plus possible les inconvénients.Trois locaux se divisent présentement les quelque 8,000 volumes disponibles chez les élèves: la Bibliothèque centrale, le Foyer de lecture des grands, le Foyer de lecture des jeunes.La Bibliothèque centrale Les rayons de la bibliothèque centrale contiennent environ 5,500 volumes.Classifiés selon l’ordre décimal de Dewey, chacun de ces livres a sa fiche d’auteur, sa fiche de titre, et, au besoin, sa fiche sujet ; toutes fiches qui composent le catalogue de la Bibliothèque.Les élèves utilisent un catalogue en volume qui leur est destiné, et s’y réfèrent à leur gré.Deux grandes sections partagent les volumes entre les élèves des classes de Philosophie-Lettres, et ceux des classes de Grammaire.Chez les grands, 3,500 volumes sont répartis dans les neuf classes du système de Dewey, les classes 1 (Philosophie) et 5 (Sciences) étant réservées aux seuls élèves de Philosophie.Chez les jeunes, 1,600 volumes appartiennent au genre « roman, contes et nouvelles » et 400 aux autres classes du système décimal, et ces élèves peuvent aussi utiliser les 2 (Religion), 3 (Sociologie), 91 (Géographie) et 92 (Biographies) de la section des grands.Le prêt des livres s’organise de la façon suivante : préparé en classe avec le concours du professeur, le choix au catalogue en volume est ensuite discuté et confirmé à la bibliothèque, où les intéressés ont accès une fois la semaine ; une demi-heure est allouée à chaque classe, qui vient en groupe, accompagnée on non du professeur.Cette visite est un minimum, sans doute, et elle n’exclut pas les visites individuelles à la Bibliothèque, qui demeure ouverte tous les jours, de 10 hres 15 à 11 hres de l’avant-midi, et plusieurs soirs par semaine.Les philosophes peuvent garder leur volume un mois; les autres doivent le remettre après quinze jours, ou le faire réenregis- AVRIL 1949 509 trer, sous peine d’une amende n’excédant pas un sou par volume et par jour de retard.L’enregistrement des prêts est fait sur fiches de grandeur 5x8, au nom de l’élève, fiches que l’on conserve à la Bibliothèque, dans un ordre alphabétique.Une section spéciale de livres anglais, comprenant près de .500 volumes, est ouverte aux élèves des deux sections.Le Foyer de lecture des érands Le Foyer de lecture des grands est un local où les élèves de Belles-Lettres, de Rhétorique et de Philosophie peuvent aller lire à leur gré, aux heures fixées, soit tous les soirs, de 8 à 9 hres et les après-midi de congé.Ici, pas de circulation extérieure d’aucun des 1,200 volumes, placés sur un rayonnage de sept pieds de hauteur au maximum, catalogués sur fiches, et classifiés selon le système décimal de Dewey.Des fauteuils placés autour de grandes tables peuvent accommoder à la fois 50 lecteurs.Le but de ce foyer est de mettre l’élève en contact avec un surchoix de livres, pas exclusivement des nouveautés, pas nécessairement des documentaires, mais un ensemble sérieux et varié qui favorise la formule de l’humanisme intégral prôné par le Père Honnay, jésuite, dans son livre : Humanisme et livres de choix.On trouve donc un beau choix de livres d’art et des ouvrages jugés les meilleurs dans tous les domaines de la pensée.Ce local, ainsi aménagé et pourvu, qui contient en outre encyclopédies et dictionnaires, facilite la poursuite de travaux de recherches, sous la direction des professeurs, qui y conduisent leurs élèves.Le Foyer de lecture des jeunes Le succès de la formule réalisée chez les grands a favorisé la création d’un Foyer de lecture pour les jeunes.Déjà plus de mille volumes de tout genre, surtout illustrés, tous adaptés aux goûts et aux besoins des écoliers, y circulent parmi les quelques 35 lecteurs qui peuvent prendre place dans l’endroit.Il est entendu qu’ici encore, comme chez les Grands, les livres, classés selon le système Dewey et catalogués sur fiches, ne sortent pas du local.Conclusion L’adoption du système décimal et de la Table Cutter-San-born présente, pour le prêt, quelques difficultés.Le système est tout récent et la familiarité avec Dewey n’est pas encore généralisée.Toutefois, les bibliothécaires, armés de patience, se font un devoir et même un plaisir de répéter, sur demande, l’initiation désirée, et l’élève émerveillé par ce prodigieux instrument de travail, retient avec moins d’effort ce que l’intérêt personnel lui fait rechercher.Déjà, il s’habitue à regarder, à lire et à comprendre 510 LECTURES les cotes inscrites à l’encre blanche au dos des volumes et qu’on recouvre de « shellac ».A côté de ces inconvénients qui finiront par disparaître, le système décimal a rendu de grands services, en permettant d’inventorier avec plus de précision le fonds de la Bibliothèque et de combler les vides constatés.Ce travail d’adaptation de la Bibliothèque aux besoins des différentes sections du savoir est réparti entre les professeurs, dont 35 actuellement possèdent des diplômes d’études supérieures, dont 9 sont aux études, et qui se font un devoir de suggérer les titres de volumes jugés nécessaires à leur enseignement ; il incombe également au Préfet des Etudes, qui ordonne les achats selon les indications reçues des professeurs et, enfin, au personnel de la Bibliothèque, qui comprend 4 diplômés de l’Ecole de Bibliothécaires, et quelques aides bénévoles dont plusieurs élèves.En conclusion, l’organisation et l’orientation que je vous ai décrites donnent déjà les résultats les plus encourageants.Un mot, avant de terminer, sur le contrôle des lectures.Chez les élèves des classes de Grammaire, il existe un règlement de lecture dont la latitude correspond au succès obtenu dans les études.Une carte de lecture est distribuée tous les quinze jours, lors de la lecture des notes, à tous ceux de ces élèves qui ont conservé au moins 50% ; si l’élève obtient 60%, le règlement devient plus large, et davantage encore, s’il obtient 75%.Selon la note obtenue, la carte change de couleur; placée, à la salle d’étude, sur le bureau de l’élève, elle renseigne le maître de discipline sur l’extension des privilèges de lecture.J’aime à croire que je n’ai pas trop abusé de votre bienveillance, avec cet exposé plus que sommaire d'une tentative loyale d’adaptation aux principes bibliotechniques diffusés par 1 Ecole de Bibliothécaires de l’Université de Montréal.Robert VALOIS, c.s.v.Jiiâcellanêeâ L’American Library Association vient de publier une brochure des plus intéressantes sur les bibliothèques d’adolescents.L’ouvrage s’intitule: The Public Library Plans for the Teen Age; c’est un in 8° de [11] -87 pages qui coûte $1.75.On étudie tour à tour les services que peut rendre une telle bibliothèque; ses livres, brochures, périodiques, découpures, etc., et autres moyens audio-visuels; sa disposition et son ameublement; la formation et le travail des bibliothécaires; enfin l’administration de la bibliothèque: statistiques, catalogue, commandes, etc.Un appendice extrêmement documenté décrit ce qui a déjà été réalisé en ce domaine aux Etats-Unis.Nos Ecoles primaires supérieures, nos collèges classiques et nos bibliothèques publiques pourraient avec avantage s’inspirer de cette intéressante description et de ces conseils dictés par l’expérience de véritables éducateurs de l’adolescence.* * * AVRIL 1949 511 Notre Temps du 11 décembre contient deux articles qui méritent une lecture attentive de la part de tout bibliothécaire: un discours de M.Léo-Paul Desrosiers, qui rappelle les devoirs du bibliothécaire et une description, par M.Jean-Louis Dorais, de la Bibliothèque des enfants (3276 est, ruo Ste-Catherine).* * * Dans d’autres journaux, aussi du 11 décembre, on critiquait dédaigneusement nos bibliothèques paroissiales, dont les bibliothécaires n’ont peut-être pas toute la compétence technique désirable, mais y suppléent par une lecture étendue et un dévouement incontestable.-— qui nous dénombrera ces bibliothèques et en décrira tous les bienfaits?* * * Le Devoir du 19 janvier publiait la nouvelle (New York, 19 (A.P.) de la mise en vigueur d’un Gode de moralité pour les « comics » aux Etats-Unis.Voici ce texte.L’American Association of Comics Books Publishers vient de mettre en vigueur un code de moralité s'appliquant aussi bien au texte qu'aux dessins de ces magazines illustres si en vogue chez nos voisins et même chez nous.Bien que ne groupant que le tiers des éditeurs de ces magazines, elle invite leurs compétiteurs à se joindre à eux dans l'application de ce code, qui est la première mesure du genre en ce domaine.Le code interdit toute exhibition sexuelle, sadique ou antiraciale, de même que la glorification du crime et des criminels et le langage obscène ou vulgaire.En même temps, l’armée américaine annonce la création d'une « limite de décence » dans les publications destinées aux soldats.Ces mesures répondent aux protestations entraînées par plusieurs crimes récents dont les auteurs, des enfants et même des jeunes gens, ont avoué qu’ils faisaient leur principale lecture des illustrés les plus en vogue et les plus audacieux.Initiative on ne peut plus opportune et qui devrait être suivie partout.* * * Les journaux du 17 janvier dernier annonçaient la promotion de M.Claude Aubry, bachelier en bibliothéconomie de l’Université McGill et chef du personnel à la Bibliothèque municipale de Montréal, au poste ae conservateur-adjoint à la Bibliothèque publique d’Ottawa.M.Aubry est le premier Canadien français à occuper ce poste.* * * Le Bulletin municipal de la ville de Paris a exposé un « tableau statistique du nombre des livres prêtés à domicile par les 70 bibliothèques municipales »» do Paris.Pour l’ensemble de la capitale, le nombre de « lecteurs inscrits », qui était de 1,494,087 en 1935, est passé à 1,781,294 en 1938 et — après une régression facilement explicable pendant les premières années de la guerre —.atteignait 2,250,076 en 1947 et 2,336,209 l’an dernier.Paris a compté en 1948, 23,900 nouveaux lecteurs inscrits.Et quel est l’arrondissement champion?C’est le XVIII*.Le quartier Montmartre.La bibliothèque centrale du XVIII* arrondissement, sise à la mairie, a prêté 130,865 volumes dans le cours de l’année.Derrière elle, viennent la «Centrale» du XV«, avec 115,691, puis celle du XX*.avec 109,401; du XIV_«, avec 107,604 et.enfin, le V* arrondissement qui a fait circuler 94,565 volumes.512 LECTURES - REIMPRESSION - L'HOMME D'AFFAIRES (3e édition) par Esdras Minville “Tous les gens qui s’intéressent aux affaires et au développement de notre vie économique trouveront grand profit à lire cet ouvrage de M.Minville et à y retourner parfois.” (André Roy, L’Ac.CaHi, 21-3-45) “Ce volume vient à son heure.Il aidera beaucoup de nos compatriotes, en un temps surtout où l’on commence à étudier sérieusement les questions économiques.” (20e siècle, no 8, avril 1945) “Etude exhaustive qui apparait définitive aux yeux des connaisseurs.” (Orientation > “Un ouvrage de tout premier ordre sur la “vocation” aux affaires”.(Le Canada, 9 avril 1945) “Ceux qui le liront attentivement voudront en faire leur livre de chevet; il leur signalera une foule de petits détails dont la mise en pratique leur vaudra une meilleure administration ou encore un avancement avantageux.” (jean Dupont, Le Droit, 13 janvier 1945) 184 pages: $1.00 (par la poste: $1.10) —— Poux le moiâ de niai — MOIS DE MARIE À NOTRE-DAME DE LA SALETTE Lionel Boisseau, ptre Disposé de manière à offrir quelques pages de lecture pour chaque jour du mois, ce volume contient le récit des apparitions de Notre Dame à la Salette, le message de pénitence que la Vierge apporta à la terre à cette occasion, et des suggestions pratiques pour y mieux répondre.151 pages: $0.90 (par la poste: $1.00) MOIS DE MARIE À NOTRE-DAME DU ROSAIRE DE FATIMA Lionel Boisseau, ptre Un beau volume qui vous suggère quelques pages de lecture pour chaque jour du mois de mai ou d’octobre.Les fervents de Fatima voudront se procurer cet ouvrage et en parcourir un tranche tous les jours.168 pages: $0.75 (par la poste: $0.85) LE CADEAU IDÉAL POUR LA MAMAN Imitation de Jésus-Christ.380 pages, reliure simili-cuir .$1.25 Le combat spirituel.Laurent Scupoli, 314 pages, reliure simili-cuir .$1.50 Introduction à la vie dévote.Saint François de Sales, 384 pages, reliure simili-cuir .$1.25 Ce sacrement est grand.Christian, 250 pages .$1.25 Archives de folklore.Cahiers 1, 2 et 3.Environ 200 pages chacun.Nombreux hors-texte et illustrations.Le cahier .$3.00 Saintes Artisanes.Mille petites adresses.160 pages .$1.50 Initiation i l’orchestre.Frédéric Pelletier, 144 pages .$1.25 La Minuit.F.-A.Savard, 180 pages .$1*50 Marie-Louise des Champs.Pierre de Grandpré, 176 pages $1.00 Journal.Eugénie de Guérin, 400 pages en 2 volumes .$2.00 Les Fiancés.Alexandre Manzoni, 480 pages en 2 volumes $2.50 La bienheureuse Anna-Maria Taïgi.Cardinal Salotti, 292 pages $1.25 MONTRÉAL 25 «I, rue Saint-Jacques Imprime au Cam BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DU QUÉBEC
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