Lectures, 1 mai 1947, mai
FIDES iüll »!i Tome II - no 3 MAI 1947 Montréal Revue mensuelle de bibliographie critique SOMMAIRE Page 136 143 IDÉAL ET PRINCIPES Propos sur la critique littéraire Tnéophile Bertrand 129 ÉTUDES CRITIQUES L'agencement des scènes dans le Misanthrope F.-M.Charbonneau, ptre, c.s.c.U Immoraliste de Gide Paul Gay, ptre» c.s.sp.DOCUMENTS L'Eglise et la mauvaise littérature (Préface de Y Index par le Card.Merry del Val].149 FAITS ET COMMENTAIRES Arc de triomphe , Erich Maria Remarque 15o L'occultisme parmi nous T.B.et Paul Châtelain 153 NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES Volumes (Voir liste p.3 de la couver- ture) le vues. LECTURES REVUE MENSUELLE DE BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE publiée par le Service de Bibliographie et de Documentation de FIDES Direction : Paul-A.MARTIN, c.s.c.Rédaction : Théophile BERT.R AND Technique bibliographique : Cécile MARTIN COMITÉS CONSULTATIFS Doctrine et Droit canonique Valéritn BÉLANGER, ptr*.D.D.C., rrefttMur k I* Ficulté d* Droit uooaiqiM d« 'Uoivervité Laval.J«an-Fr.BÊRUBÊ, a.a.a., L.Ph., profutvur dt Philotophic ao Scoluticat dt* Pèrtf do T.-S.-Sicrement, à Montréal.Gay-M.BRJSEBOIS, o.f.m., D.D.C., prof tueur dt Droit canonique au Grand Sé-mioairt dt Montréal.Jtan-Marit GABOURY, c.i.c., proftaatar dt Philowphi» au Collège dt Saint-Laurent.Paul GAY, c.i.ip., -, profeaatur da Rhétoriqo» aa Collège Saint-Altxandra.Jacquc.TREMBLAY, a.j., profeucur de Philoiophit au Collège Jcan-dt-Brébeut.Technique bibliographique Roméo BOILEAU, c.a.c., professeur de Clenificêtio» lyi/éaufift# 1 l'Êcolt de Bibliothécaires dt l'Université és Montréal.Marie-Claire DAVELUY, professeur dt Bibliogrepbie à l’Ecole dt Bibliothécaires.I aurttte TOUPIN et G.RARCH, professeurs de Cetelofre^bu à l'Ecole de Bibliothécaires.Publication autorisée par l'Ordinaire.NOTESî 1.La revue est publiée mensuellement tie septembre à juin ; en juillet et août il ne paraît qu'un seul numéro.Les onze livraisons de l'année constituent deux tomes : septembre à février et mars à juillet-août.2.Chaque numéro comporte en couverture une table alphabétique des noms d'auteurs suivis du titre des ouvrages recensés.Le dernier numéro de chauue tome (soit celui de février et celui de juillet-août) comprend une table méthodique des sujets traités ainsi qu'une table alphabétique des ouvrages recenses dans les six derniers mois., , 3 La référence bibliographique de toutes les publications mentionnées dans Lectures est rédigée d’après les règles de la catalographie, et dans chaque cas ost indiquée la cote de la classification décimale universelle.4.Les cotes morales en usage sont les suivantes : M Mauvais D Dangereux ., .,,.B?Appelle des réserves plus ou moins graves, c esl-a-dire a détendre d’une façon générale aux gens non formés (intellectuellement et moralement).B Pour adultes., Un ouvrage dont le titre n'est suivi d’aucune de ces quatre mentions est irréprochable et peut être lu par tous.CANADA: le numéro .$0.25 abonnement annuel .2.50 ÉTRANGER : abonnement annuel .3.00 FRANCE: abonnement annuel.300 fr.LA PROCURE GÉNÉRALE DU CLERGÉ, 5, rue de Mézières, Paris (VI*), FRANCE.Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa.FIDES 25 EST, RUE SAINT-JACQUES MONTRÉAL - 1 ‘PLateau 8335 IDÉAL ET PRINCIPES Propos sur la critique littéraire Il ne sera sans doute pas inutile de rappeler, au début de ces réflexions, quelques passages du premier numéro de Lectures qui soulignent plus précisément l’esprit et les principes de notre critique littéraire.A notre époque de libéralisme intellectuel, de laxisme des consciences et d'entreprises en culturellioation, le rappel dés principes est plus que jamais nécessaire : il est si facile, en effet, de les oublier, ou d'accuser ceux qui leur sont exidentiellemenl fidèles de les ignorer.• Voici donc quelques citations qui gardent toujours leur actualité : « Défenseurs de l'humanisme intégral, c'est-à-dire d'une doctrine de l'homme qui loin de mépriser les richesses de la nature les surélève et les assume dans les splendeurs de la révélation et de la grâce, nous prétendons nous garder des étroitesses de conceptions littéraires valésiennes »l 11.« Dans ces perspectives, il ne surprendra personne de nous voir affirmer en tout premier lieu que notre formule d'appréciation des ouvrages n'est pas d'abord « moralisante » dans un sens desséchant, dans un sens puritain.Elle se préoccupe de 1 aspect moral en raison même de son réalisme intégral, de son souci de l’universel et même par souci du beau.L'écrivain et le lecteur sont d'abord des hommes et l'esthétique ne peut supplanter la morale, comme le rêvait Renan dans /’Avenir de la Science : (< Je conçois de même pour l'avenir que le mot morale devienne impropre et soit remplacé par un autre.Pour mon usage particulier, )y substitue de préférence le nom d'esthétique.En face d'une action, je me demande plutôt si elle est belle, ou laide, que bonne ou mauvaise, et je crois avoir là un bon critérium ; car, avec la simple morale qui fait l'honnête homme, on peut encore mener une assez mesquine vie [.] »*.1 Martin (Paul-A.), c.s.c.L’esprit de nos critiques et de nos cotes morales, ans Lectures, t.I, no 1, p.8.* Renan (Ernest), L Avenir de la Science.Pans, Caïman-Lévy, 1913.aa* 11 p.; p.177- Cité dano Lectures, t.I, nol, p.9.Tome II — 3 « L'expérience montre en effet à quelles étranges anomalies aboutissent ceux qui se laissent guider uniquement par l'idée de beauté.« Chez les Grecs, peuple très artiste, a-t-on écrit avec justesse*, le culte du beau s'est allié avec une moralité personnelle et sociale très inférieure.Chez certains esthètes modernes, la même étrangeté paraît : un raffinement excessif du goût esthétique uni à un goût singulier des plaisirs grossiers et des joies égoïstes.Et cela se comprend.Nous avons des facultés diverses tendant à des objets différents.L'homme n'est pas tout lui-même s'il n'aime pas la beauté, mais il est moins que lui-même s'il n'aime que la beauté.» (( Il est clair que nous ne prétendons en aucune façon que U rectitude de l'appétit, la droiture des intentions et l'amour de l’idéal peuvent suppléer, chez l’artiste, le talent et le travail, non plus que, dans une œuvre, la valeur esthétique.Mais, d'autre part, nous tenons fermement ^u'un culte dilettante du beau, de la forme pour la forme, dans 1 oubli ou le mépris des exigences de la morale, n'est pas légitime et doit être condamné »4.Ces textes indiquent ^clairement que tout en ne minimisant pas l'importance première de la morale dans tout acte humain, nous n'oublions point pour autant l'enseignement thomiste sur les vertus intellectuelles.Pour ce qui est de la charité intellectuelle, nous avons aussi clairement défini notre attitude.Nous nous gardons « de confondre bienveillance et complaisance, bonté et faiblesse, charité et lâcheté ))*.D'ailleurs, la charité authentique aime le prochain dans l'ordre et la vérité.« Amicuo Plato, oed magio arnica venlao.1 Elle se préoccupe au moins autant des victimes que des bourreaux, des brebis que des loups.Elle ne se confond pas avec le sentimentalisme humanitaire ou l’humanisme idéaliste d'esprits plus généreux qu'avertis.Ainsi, la compréhension d'un auteur ne consiste pas à donner son assentiment à toutes ses fantaisies, à accepter passivement tout ce qu'il dit.« L'esprit de finesse )) n'est pas le dilettantisme mou qui s'amuse à toutes les compromissions ; il peut même lui arriver, dans le « respect de la pensée d'autrui, dans l'effort constant d'approximation maximum de sa vérité », de discerner que cette « vérité » n'est Quelquefois qu'un néant fleuri.Il ne faut pas outlier non plus que nos « cotes [morales] sont une aide à la prudence d'un chacun, mais qu'elles ne prétendent pas suppléer cette prudence, après tout décisive »*.* Ponsard (Ph.), Formation du sentiment esthétique chez Us enjants.Paris, Librairie des Catéchismes, s.d.62 p.; p.6-7.Cité dans Lectures, t.I, no 1, p.9.4 Martin (Paul-A.), c.s.c., L’esprit de nos critiques et de nos cotes morales, dans Lectures, t.I, no 1, p.9.* Martin (Paul-A.), c.s.c., A nos lecteurs, dans Lectures, t.I, no 1, p.t * Ibid., L’esprit de nos critiques et de nos coUs morales, p.11.130 LECTURES D’autre part, n'allons pas confondre une sévérité légitime et nuancée envèrs certains « maîtres » de la littérature, avec le ( Nil admirari » des philosophes stoïciens.Chacun peut constater que nos louanges sont autrement plus nombreuses que nos blâmes et assez justifiables, même si elles ne s'adressent pas aux littérateurs les plus à la mode.Si l'on veut bien dresser des statistiques comparées de nos cotes morales, on pourra découvrir que la proportion des livres étiquetés mauvais ou dangereux est infime par rapport aux autres ouvrages.Il y a donc des œuvres que nous admirons absolument, d'autres que nous admirons à certains points de vue — aecundum quid — tout en étant choqués de voir un vêtement princier habiller trop souvent un nabot difforme et malpropre.Qui oserait nous blâmer de nous en prendre à Gide, par exemple ?Le passage suivant de Claudel dans sa préface de la vie de Louis Veuillot, n'est guère tendre envers ce (( mauvais maître )), de même qu'envers les critiques trop complaisants : « Sous prétexte de charité et de bon goût, on accepte tout, on couvre tout de silence quand ce n’est pas d'approbation.« On commence par faire l'éloge des ennemis de la foi, on met en lumière leurs belles qualités, on les fait asseoir, comme dans le fauteuil du photographe, sous un jour flatteur qui fera ressortir ces fronts pensifs et ces intéressantes physionomies.Puis on passera à l'examen des doctrines en insistant sur les points qui sont le mieux de nature à séduire et amadouer un chrétien.(( Quia con-itnaua Cbriali et Bêlial ?)) a dit autrefois un fanatique dont ce n’est pas la peine de rappeler le nom.Entre la vérité et l'erreur on se plaît au contraire à trouver autant de passages et de nuances 3ue sur le cou de la colombe.L'apologétique a fait tout de même es progrès depuis le temps des Nicolaïtes, depuis saint Jérôme, saint Augustin et saint Bernard, depuis Bossuet et Joseph de Maistre 1 Alors vient la réfutation, aussi prudente et (( objective » Îue possible.Objectif 1 Voilà le grand mot 1 Avant tout il s'agit être OBJECTIF.Et quand le lecteur arrive à la fin du factum, il a l'impression que par rapport à la vérité chrétienne, la doctrine critiquée n'a plus le caractère d'une opposition, mais celui d'une alternative.« Que de précautions, que de chatteries, que de caresses, pour parler d'un Renan, d'un Goethe, d'un Anatole France, d'un Andre Gide 1 Ce n'est plus l'épée ni le gourdin : c'est la plume de paon, c'est la feuille de rose, c'est le petit vent du Nord 1 Ennemis de Dieu, c'est vrai, mais quels cfélicieux écrivains î )) Claudel manquerait-il à ce point de charité intellectuelle ?Serait-il si honorable d'être compté parmi les esprits forts de cette coterie qui, pour paraître libérale et bien informée, considère comme la suprême élégance de l'esprit de lire les ouvrages les plus aventureux ?(( Il a lu Gide, ma chère 1 )) Pour parodier uelques lignes de Si le grain ne meurt (p.2.24) : ces gens (( n'ou-••ent jamais d'être artistes (au moins dans l'ordre d'intention) qu bli MAI 1947 131 et ne pardonnent pas aux autres d’être humains ».Il est étonnant d'avoir le culot de se scandaliser, dans un milieu catholique, d'attaques contre un auteur qui a écrit des phrases aussi radicales : (( J'ai beau lire et relire les Evangiles, je ne vois pas une seule parole du Christ dont se puisse justifier ou même autoriser la famille, le mariage.J'en trouve au contraire qui le nient ) (Gide, Journal, p.96).Et c'est là un simple échantillon de la pensée d'un des esthètes les plus pernicieux qui soient ! Les témoignages contre la mauvaise littérature qui tente de grossir sa clientèle chez nous, sont si nombreux, si variés, si forts qu'il vaut la peine d'en citer quelques-uns.(( Combien j'en ai vu de ces jeunes gens dont un passage, lu un matin, a dominé, défait ou refait, perdu ou sauvé l'existence 1 Balzac, par exemple, comme il a fait travailler les juges et pleurer les mères 1 Sous ses pas, que de consciences écrasées ! Combien parmi nous se sont perdus, ont coulé, qui agitaient au-dessus du bourbier où ils allaient périr, urte page arrachée à la Comédie humaine 1 » (Jules Vallès, auteur de Y Insurgé).Victor Margueritte, l’auteur de la Garçonne, et beaucoup d'autres, aux écrits plutôt louches, ont au moins la décence dt reconnaître l'influence néfaste du genre de « littérature )) à laquelle nous nous en prenons.Citons Gide lui-même qui, commentant le mot de Lessing: « Nul ne se promène impunément sous les palmes », disait dansunt conférence : « Qu'entendre par là, sinon qu'on a beau sortir de leur ombre, on ne se retrouve plus tel qu'avant ?J’ai lu tel livre; et après l'avoir lu, je l’ai fermé ; je l’ai remis sur ce rayon de rca bibliothèque ; mais dans ce livre il y avait telle parole que je ne 1>eux pas oublier.Elle est descendue en moi si avant que je ne a distingue plus de moi-même.Désormais je ne suis plus comme si je ne (’avais pas connue.Que j'oublie le livre où j’ai lu cette parole, que j'oublie même que je l'ai lue, que je ne me souvienne d'elle que d’une manière imparfaite, n'importe 1 Je ne peux plus redevenir celui que j'étais avant de l'avoir lue ».Cette influence profonde des lectures sur l'esprit et le cœur, travaillant mystérieusement dans les arcanes de l’inconscient, est sans doute une des raisons pour lesquelles on trouve si peu dt sages ou même de simples candidats à la sagesse parmi des gens qui ont fait pourtant de bonnes études.C'est qu'on n'est pas là en un domaine où une scolarité modèle, même jalonnée de brillants succès, suffise.Trop souvent, où l’on s'attendrait à trouver une vie authentique, on ne rencontre que le psittacisme d'un esprit facile.Intellectualisme avorté qui, loin d’être l'acte vécu de « la primauté métaphysique de l'intelligence », n’est que sa corruption dans un idéalisme oublieux du réel et de ses contingences-Les auelques citations œur Lucie de Jésus, l'unique survivante du trio privilégié, a evé un coin du voile sur les apparitions.On nous fait part ici le ces révélations.Tous a Sainte ceux qui s'intéressent à Fatima, qui nourrissent envers Vierge une piété filiale, liront ces pages avec joie et profit ; quant à ceux qui n’ont encore rien entendu du récit dj ces apparitions, ils seront conquis par les faits que rapporte succinctement cette brochurette et ne résisteront pas à l’envie de lire des ouvrages plus complets.Ces grandioses manifestation^ de la Vierge n'ont pas fini d'émouvoir les croyants.R.L *** Mois de Marie de la Médaille miraculeuse.Paris, Spes [1946].128p.19cm.{Permanence mariale) $0.65 ($0.70 par la poste).248.159.4 (( Vers onze heures et demie, elle (Sœur Catherine Labouré' s'entend appeler par son nom trois fois de suite ; elle entr'ouw son rideau du côté oii part la voix.Qu'aperçoit-elle ?Un enfant d'une beauté ravissante ; il peut avoir de quatre à cinq ans.î est habillé de blanc et, de sa chevelure blonde, aussi bien que de toute sa personne, s'échappent des rayons qui éclairent tout a qui l'entoure.! (( Venez, dit-il, venez à la chapelle, la Sainte Vierge vom attend.)) Ne croit-on pas lire une page de légende dorée ?Pourtant, ce n'est pas une legende, mais le récit de la première apparition de la Sainte Vierge à la Bienheureuse Catherine Labouré, dansk nuit du 18 au 19 juillet 1830.La Vierge Marie prédit à Sœur Catherine les malheurs qui devaient fondre sur la France et la chargea de faire frapper la Médaille miraculeuse.Ce.petit livre si joli dans sa toilette mariale bleue et blanche présente, pour chaque jour du mois de mai, une méditation sur les leçons de la Vierge, une prière et le récit d’une faveur obtenue grâce à la Médaille miraculeuse.On est étonné du grand nombredt protections extraordinaires attribuées à la Médaille, durant k guerre qui vient de se terminer.Messieurs les Curés trouveront dans le Mois de Alaru 3e li Médaille miraculeuse une lecture quotidienne propre à intéresse leurs fidèles durant le mois de mai.Elie Goulet Richaud (Mgr).Marie Notre-Dame.Par Marie, avec Marie, comme Marie, pour Marie ; 3e édition revue et corrigée.Paris, Procure générale du Clergé.35p.16cm.248.159.4 Par Marie, avec Marie, comme Marie et pour Marie, telle) sont les grandes idées auxquelles l'auteur rattache la doctrine œ son petit livre.164 lecture I « Petit livre », mais qui vaut son pesant d'or.En un langage très simple, sans surcharge technique, il y est dit d'abondantes et Ifort belles vérités sur Notre-Dame.Doctrine consolante, accessible à tous et qui sûrement fera grand bien.Puisse donc cet ouvrage [avoir tous les lecteurs qu'il mérite.André Janoël IGloRIEUX (Chan.).Soie fier ouvrier.Enfant de Dieu, membre du Christ.Pans, |les Editions Ouvrières [1946].190p.17.5cm.*256.61 k Notre Père qui êtes aux cieux » : nous sommes tellement accoutumés à ces paroles que nous en oublions le sens profond.Le Chanoine Glorieux dégage leur signification : nous sommes les fils adoptifs de Dieu.Par notre filiation divine, nous devenons les membres du Christ.Qui persécute les chrétiens, persécute Jésus lui-même.Par contre, un verre d'eau, le moindre service rendu à l'un des siens est récompensé au centuple.Et l'auteur souligne, pour les membres de la J.O.C., les obligations qu'entraîne leur titre de chrétien : « Pour mieux assurer notre apostolat, nous serons obligés d'être partout hautement, fièrement chrétiens : à l'usine, chez nous, dans nos sections, dans nos déplacements ; et ce sera pour nous un gage de perfectionnement.« Pour réussir à nous maintenir à ce niveau, nous éprouverons le besoin de prendre plus profondément conscience, et plus continuellement contact avec Celui qui est en nous, qui^vit en nous et agit par nous : avec ce Dieu qui est notre Père très doux et très aimant ; avec l'Esprit-Saint qui prie en nous et nous communique sa Charité, en même temps qu'il sanctifie ces temples que nous sommes ; avec le Christ, Notre-Seigneur, dont nous sommes les frères, dont nous sommes les enfants.)) Tous les ouvriers puiseront, dans cette lecture, lumière, joie et fierté.Elie Goulet m Led Principaux Texlee pontificaux récente.Janvier 1945-février 1946.Paris, Editions de la Fédération nationale d Action catholique.6.3p.19cm.(Coll, la Cité chrétienne, Sérié 1-Doctrine).*262.8 L'on ne peut que louer cette initiative de publier les « textes pontificaux », qui n'auront jamais une trop large diffusion.^ Les enseignements que contiennent ces pages se recommandent d eux-mêmes.MAI 1947 165 Le présent opuscule débute avec une Lettre à l’épiscopalfrançais et se termine sur le Discours aux nouveaux cardinaux.Entrt les deux, nous trouvons : deux Allocutions au Sacré-College, |f Radio message aux Ja milles de France et le Discours sur Us obligations de la jemme dans la vie sociale et politique.André Janoël Carrier (Abbé Joseph)./ Fe Mariage.Exposé doctrinal en tableaux synoptiques ; 4e édition.Montréal, la Famille [1941].153p.23cm.$1.50 ($1.60 par la poste).265.5 Qu'est ce livre ?C'est, en tableaux synoptiques, un exposé doctrinal du sacrement de mariage, principes et conséquences.Toutes les notions sont groupées sous trois titres : 1° la doctrine catholique ; 2° les erreurs et les vices ; 3° les remèdes.Ne demandons pas à un livre de ce genre des développements étendus ; les preuves des affirmations sont exprimées en quelques mots.Mais tout est clair et susceptible de mettre la clarté dans les esprits, la paix dans les âmes.Au début, deux lettres couvrent de leur autorité, qui est grande, l'enseignement que ce livre contient.L'une est du bien regretté Cardinal Villeneuve, l'autre de Son Excellence le Délégué apostolique.A.P.VlOLLET (Abbé Jean).La Loi chrétienne du mariage.Prescriptions et défenses.Montreal, Fides [1942].62p.19.5cm.(Editions Familiale* d( France) $0.30 ($0.35 par la poste).265.5 Pour adultes Le lecteur non familiarisé avec l'œuvre de l'abbé Viollet sur l'amour et le mariage — œuvre magnifique, qu'il faut lire en entier — pourrait redouter comme devant trop d'ouvrages du même genre, une doctrine faite de préventions, de limites, bref une œuvre négative qui ne s'adresse qu'à ceux ^ui n'en ont pas besoin.C'est pourtant juste le contraire, et les écrits de l’abbé Viollet se caractérisent par le souci continuel d'apporter quelque chose de positif et de vivant, de sauvegarder l'essentiel, dans le respect do divin et de l'humain.La Loi chrétienne du mariage, bien que le sous-titre précise déjenscs, présente les mêmes qualités, et tous les époux et les futurs^ epoux y trouveront l'exposé de principes nécessaires à l'épanouissement de leur amour et à la plenitude de leur bonheur.Yves Deschamps 166 lectures Sertillanges (A.-D.).La Vie jamiliale.Paris, Librairie de l'Arc [1944].31p.13 5cm.(Coll.Vies catholiques, no 1).*265.54 Dans la même collection et du même auteur : 2.La Vie heureuse.3.La Vie souffrante.4.Les Vies sacrifiées.Cote de la coll.: 248(08) Le Père Sertillanges se complaît dans les hautes sphères de la spéculation et de la méditation philosophiques.Il transpose ensuite sur un mode mineur à la portée de tous le résultat de ses méditations.Ici, il étudie la vie catholique sous l'angle de la famille, du bonheur, de la souffrance et du sacrifice.Qu'on me permette de citer un passage marquant, suggestif, de chacune de ces parties : ces citations peuvent donner une idée et le goût de ces réflexions, de cette sérénité.La vie jamiliale : « Toute famille est une Sainte Famille: tout père rappelle Joseph ; toute pieuse mere Marie, et tout enfant Jésus.Avec Noël, la cnrétienté ne fête-t-elle pas ses berceaux et avec la croix ses tombes ?L'antiquité païenne figurait les generations par l'image du flambeau que se passaient Tes coureurs du stade : nous, chrétiens, nous nous passons le bois de la creche, nous nous passons la croix, et, entre les deux, tout ce qui remplit la vie du divin Premier-Né, tout ce qui remplit pour nous sa vie permanente.)) Le bonheur : « Comme ces vierges ouvrantes au dedans desquelles on sculptait autrefois une crucifixion et une ascension, une âme en grâce avec son Dieu porte en soi tous les fruits de la Passion, et la gloire des résurrections y est contenue ainsi que dans sa graine.La grâce, en nous, est bien vraiment une graine d immortalité, une semence de bonheur qui n'a plus qu'à verdir et à fleurir sous le Soleil de justice, dans la terre des vivants ».La souffrance : « En soi, la joie est normale, la douleur ne l’est pas.Si nous portons la croix, c'est pour que la croix nous porte.Souffrir pour croître ; souffrir pour mériter ; souffrir pour expier ; souffrir pour aider ; souffrir pour Jésus-Christ et ses frères ; souffrjr comme on travaille, pour gagner sa vie, cette fois sa vie éternelle, c'est notre programme.» Les vies sacrifiées : ici, l'auteur apporte un message de réconfort à ces âmes dont les élans sont paralyses par la maladie, à toutes les victimes de la vie, innocentes, légères ou coupables.Qu’ils n'oublient pas la parole de saint Paul : « Quand je suis faible, c'est alors que je suis fort ».Jacques d'ORLÉANS MAI 1947 167 Tremblay (Alfred), p.m.é.Traquée dano la Jungle.Guerre et guerilla à Mindanao, 1941-1945.Pont-Viau, Editions Missions-Etrangères, 1946, 125p.h.-t.21cm.$0.75 ($0.85 parla poste).266(914) L'auteur raconte, d'une plume facile et alerte, toutes les rusa que durent employer les missionnaires pour échapper aux Japonais.L'action se passe à Mindanao.Les fugitifs vont, silencieux, dans la forêt impénétrable.Ils craignent sans cesse de tomber dans un camp ennemi.« Nous voyageons dans la boue et l'eau, tantôt grimpant en nous accrochant aux bouquets d'herbes qui percent çà et là, tantôt glissant en nous déchirant les mains aux ronces et aux épines ; soufflant comme des bœufs au labour, suant à grosses gouttes, nos chaussures usées jusqu'à la corde, les pieds enflés et 1 estomac creux.« C'est dur la guerre, n’est-ce pas, Père Michaud ?)) Mon confrère sourit tout en traînant ses rhumatismes.Nous aimerions à pleurer et sangloter à notre aise et boire d'un trait le calice amer de nos larmes, de ces larmes qui de vaient être notre nourriture quotidienne, notre pain noir durant quatre mois 1 )) C'est la faim, la maladie, les poux, les sangsues, la famine.L'auteur a eu l'heureuse idée de subdiviser les chapitres avec des citations de l'Ancien et du Nouveau Testament, qui dégagent la portée morale du texte.Le lecteur admirera le grand courage de ces hommes qui, durant quatre ans ont souffert dans leur corps et dans leur âme, gardant toujours et malgré tout une sereine confiance en la Providence.Elie Goulet SCIENCES SOCIALES Testis (Christian).Anlicommunidte ou communidle ?Paris, Office français du Livre [1946].10p.20cm.335.5 On a dit et répété que la propagande communiste était dynamique.On a vanté les tracts, dépliants, brochurettes que les tenants de cette doctrine totalitaire et égalitaire utilisaient pour répandre leurs idées subversives.On a aussi souligné l'efficace action des cellules communistes : petits noyaux de partisans fanatiques qui, sur un mot d'ordre venu de la direction du Parti, l'exécutaient avec soin et empressement.Cet actif atteste le rayonnement d'une mystique et un sens de l'organisation qui appellent l’attention des gens sérieux sur tout ce qui touche au communisme.Un catholique français, qui fut membre de la Résistance et déporté en Allemagne, nous apporte aujourd'hui sur le sujet une brochurette de dix pages à peine.Dans une première partie, il 168 lectures explique pourquoi il n'est pas anticommuniste et dans une deuxième partie, il explique pourquoi il n'est pas communiste et, en conclusion, les raisons pour lesquelles il se range du côté d'une doctrine de salut basée sur la personnalité humaine et sur le res- Sect des vérités fondamentales de la religion.Ce sont là les bases, éclare-t-il, qui permettront l'établissement de la vraie fraternité humaine.Nos lecteurs connaissent les arguments anticommunistes, mais cette plaquette est tout de même susceptible de leur faire grand bien.Elle est écrite en un style vivant, direct, à la portée de tous.Compte tenu des exigences du milieu, le militant chrétien français s'affirme carrément pour la diffusion des principes chrétiens plutôt que pour une croisade anticommuniste.Il estime, et avec raison, que si la doctrine chrétienne est comprise et répandue, si les individus vivent leur foi, la société profitera de la formation d’hommes vaillants et de chefs énergiques jusque dans le domaine syndical ; ces vivants, ces apôtres ne s'en laisseront pas imposer par des utopies qui, même si elles reposent sur des critiques parfois assez justes, promeuvent des solutions extrêmement dangereuses, attentatoires à la liberté humaine, destructrices de la famille, démolisseuses des sociétés et des patries.Cette brochure ne se vend que quelques sous ; elle sera difficile à vendre à l’unité, mais nos groupements sociaux ou syndicaux devront s'arranger pour l'acheter en quantité et en faire une diffusion gratuite abondante.C'est d'ailleurs la raison de cette édition à très bon marché.R.L.LINGUISTIQUE Madrigal (Margarita et Ezequias).Initiation à l'espagnol.Montréal, l’Arbre, 1946.199p.20cm.$1.25 ($1.55 par la poste).46-8 Un ouvrage d’un grand intérêt, qui emploie avec succès semble-t-il, les méthodes les plus modernes dans l'enseignement des langues.Les auteurs ont pour but avoué de faire « penser en espagnol».A cette fin, ils utilisent les illustrations et définissent les mots par leur contexte, n'emplovant les explications en français que là où elles sont indispensables.Ce travail ne manquera pas de captiver ceux qui s’intéressent à l'espagnol.André JanoËl SCIENCES APPLIQUÉES ÎHARAX (Dr Jean).Les Trois Ages de la Femme.Paris, la Vulgarisation scientifique [cl946].107p.18.5cm.612.6 Appelle des réserves MAI 1947 169 Malgré de bonnes remarques sur la grandeur de la maternité, sur l'union permanente des cœurs dans la vie conjugale, sur la beauté du vœu de chasteté, cet opuscule n'est pas à conseiller, parce qu’il fait totalement abstraction de la morale chrétienne et présente une vue incomplète de l'amour.Il s'y trouve aussi des exagérations évidentes, des affirmations bien osées, des passages délicats, et des citations de poètes qui risquent de scandaliser.En un mot, nous regrettons que l'on touche légèrement à des sujets aussi graves.La collection à laquelle se rattache cette brochure s’intitule la Vulgarisation scientifique.Les Trois Agtt de la T'émulé sont certainement de la vulgarisation, mais est-elle scientifique ?Il est imprudent pour des médecins, si compétents soient-ils en leur domaine, de se constituer directeurs d'âmes, dans l'ignorance des disciplines fondamentales dont relève d'abord cet art souverain.Paul Gay, c.s.sp.Robin (Dr Gilbert).T.njances perverses.Paris, la Vulgarisation scientifique [cl945].79p.h.-t.15cm.(Coll.Etudes et Documents).616.89-008.44 Appelle des réserves L'auteur, neuro-psychiatre, a traité de nombreux cas pathologiques d’enfants victimes d'hérédité morbide ou d'une mauvaise education.Il donne ses conclusions de spécialiste, conseille des traitements du système nerveux et des glandes endocriniennes, mais fait abstraction de toute influence religieuse.La lecture de cet opuscule sera utile à tous ceux qui ont souci des enfants anormaux et délinquants.L.Kittel, c.s.sp.LITTÉRATURE GlGNOUX (Hubert).Jean Anouilh.Paris, Ed.du Temps Présent [c 1946].146 p.I9cm.(Coll.Artistes et écrivains du Temps présent).84-2 On parle beaucoup du théâtre de Jean Anouilh.Et il suffit d'assister à la représentation d'une de ses pièces pour expérimenter quelles abondantes réflexions elles font naître en nous.Les Compagnons ont joué, cette année, Léocadia.L'an dernier nous assistions au Bal des Voleurs, puis à Antigone.On a vite fait de remarquer le puissant contraste entre ces pièces.Le Bal des Voleurs, par exemple, à première réflexion, semblait être né d’un auteur different de celui d’Antigone.Il ne serait pas du tout étonnant que plusieurs aient dit, comme je l'ai moi-même entendu un soir de Léocadia : « Anouilh, maintenant, je sais de quoi il en retourne, c'est bouffon »./ 70 LECTURES Le livre d'Hubert Gignoux, publié par les Editions du Temps Présent, sait nous découvrir ce qui me semble le vrai caractère du théâtre de Jean Anouilh.Hubert Gignoux ne fait pas qu’observer les personnages d'Anouilh et porter un jugement sur leurs actions.Il est beaucoup plus psychologue et plus profond.Ce qui le retient d'abord, ce sont les causes des états d'âme des personnages, de leurs crises.Il n'explique pas seulement la Sauvage, ou Eurydice, ou Antigone : il expliaue plus encore l’auteur lui-même.Il s'efforce d’en comprendre le caractère, les tendances, les mœurs, les croyances, la vision de la vie, des hommes, des choses et aussi de Dieu.Voilà pourquoi la lecture du livre d'Hubert Gignoux nous apprend quelque chose.Il n'est pas aisé pour un spectateur ou un lecteur, ou encore pour l'acteur lui-même de découvrir le sens entier d'un personnage d'Anouilh.Le caractère de Thérèse, par exemple, risquera de pecher contre la réalité, si faiblement que ce soit, si l'acteur qui le joue ne remonte pas au créateur même du personnage.Il n'y a pas mille façons d'interpréter un rôle ou de comprendre une tragédie ou d'accepter une âme.Il n'v en a qu’une : la bonne.Et c'est en remontant de la source même, au dramaturge, que nous boirons à la vérité qu’il nous propose.C'est ce qu'a fait Hubert Gignoux.Pour en convaincre, je ne citerai qu'un passage : (( On parle trop du désespoir quand on parle d'Anouilh.On s'arrête à mi-chemin.Ce sont les causes de ce sentiment qui importent )).Et combien clair et ramassé est le résultat de cette recherche : « En définitive, j'en voix deux (les causes du désespoir) : l'une est intérieure à l’homme désespéré, c'est ce que j'appelle la capitalisation des fautes, la conservation du passé, l'impossibilité d’oublier ou d'être pardonné.L'autre est extérieure : c'est à la fois, la solitude et le contact, vouloir et ne pas vouloir communiquer ni partager, c'est la menace constante que l’ordre social par l'intermédiaire de l’argent, fait peser sur l’individu, c'est l'échec de l'amour, la victoire de l'habitude.Mais ces données elles-mêmes ne prennent leur sens que par comparaison avec un idéal : la pureté de l'enfance ».Et ainsi de suite.En conclusion, Jean Anouilh d'Hubert Gignoux nous permet une communion plus intime avec ce théâtre si nouveau et si prestigieux.Il nous procure, pour le comprendre, l’échange de contact, indispensable, comme pour goûter la vie, la brise du printemps.Suzanne Meloche Schneider (Reinhold).Grandeur de Corneille el de ton tempo.Traduit par Maurice de Gandillac.Paris, Alsatia, 1943.155p.19.5cm.$0.80 ($0.85 par la poste).84-2 MAI 1947 171 Une belle et traditionnelle étude sur un vieux sujet.La critique contemporaine qui, par peur du « ressassé », participe à l’hermétisme des œuvres qu'elle analyse, nous a déshabitués des livres aussi clairs que celui-ci.On est agréablement surpris d’y lire une pensée réfléchie en un langage qui — ô scandale î — reflète des règles et des usages qui ne sont plus de mise dans notre siècle.La position de l’auteur est en somme la même que celle de Lanson.Les héros de Corneille sont moins les héros d'un devoir codifié que ceux d'une volonté surélevée par un idéal de gloire et d'honneur, ou simplement de force.Il y aurait là une création très artificielle, un panache à la Cyrano, si le « bonhomme Corneille », dans son génie austère, n'avait pas été convaincu du pouvoir presque illimité de la volonté humaine.Faut-il voir là une France — de 1630 à 1650 — pétrie d'esprit espagnol ?C'est ce que ne dit pas le livre de Schneider, mais qui a été formulé d'une manière explicite par M.Lanson.Paul Châtelain Balzac (Honoré de).Le Médecin de campagne (avec Introduction et notes de M.le chan.Arthur Sideleau).Montréal, Lumen [cl946].268p.20cm.(Coll.Humanitaa) $1.50 ($1.60 par la poste).84-3 Pour adultes Les Editions Lumen ont publié récemment : le Médecin dt Campagne, d'Honoré de Balzac.M.le chanoine Arthur Sideleau, doyen de la Faculté des Lettres de l'Université de Montréal, en a fait une intéressante et très pertinente introduction.Et sans aucun doute il faudrait être prétentieux pour chercher à infirmer en rien les éminentes qualités d'observateur et d'écrivain de l'auteur de la Comédie humaine.On nous permettra cependant de nous en prendre au Balzac du présent roman d'un tout autre point de vue que celui du style ou de la fine analyse psychologique.Si bien intentionné qu'ait été ici Balzac, nous ne voyons pas que son récit soit parfait du point de vue chrétien.Non pas que la conduite de ce médecin de campagne ne soit exemplaire, ni que les considérations touchant la religion catholique n y soient fort respectueuses, mais le point central nous paraît toujours absent.Rien d'étonnant à cela pour qui connaît l'écrivain et le milieu.Toute sa théologie chrétienne, Balzac l'a mise dans cette phrase du curé du village : « Messieurs, dit l'abbé Janvier, la religion ne sent et ne se définit p as ».Or on sait trop ce que signifie ce « sentir » Jans la langue du temps.Il n’a rien à voir avec Tes expériences des mystiques, et n'implique rien de plus que les explosions sentimentalistes et humanitaires d'un Rousseau, ou encore celles du Lamartine des Confidencea.172 LECTURES - Le livre traîne aussi en longueurs et les tirades patriotiques qui le remplissent, sans oublier les histoires militaires et les extraits de l'épopée napoléonienne, nous distraient du thème central plutôt qu'ils ne nourrissent notre intérêt.Reconnaissons donc à Balzac la place qu'il mérite dans le Panthéon des hommes de lettres, mais n’attendons pas du Médecin de Campagne un remède à nos maux d'aujourd'hui, ni même à ceux que traînera toujours avec elle l’humanité ici-bas.Balzac nous peint des hommes, mais il n'en guérit aucun.Suzanne Meloche Bernage (Berthe).Mamie eoleil.Roman.Paris, Alsatia, 1945.198p.19cm.(Coll.lee Nouveaux Romane) $0.80 ($0.85 par la poste).84-3 « Sylvette Ladouceur colla son front à la vitre et regarda la cour où rôdait furtivement un chat.« Ce Paris 1 Jamais de soleil.Les maisons avalent le ciel.J'étouffe, je m'ennuie.L'appartement est tellement bien rangé.On n'ose même pas pousser une chaise.Et les gens, les gens I Du bœuf bouilli.Oui, Mamie Soleil disait ça en parlant des personnes trop sages : « C'est comme du boeuf bouilli.S'il fallait en manger tous les jours.» .Comme l'on comprend la tristesse de Sylvette.Elle vient de perdre sa grand-maman, Mamie Soleil.Elle s est épanouie auprès d'elle, telle une fleur sauvage.Elle a grandi sous le beau ciel du Midi.Son âme s'est ouverte à la beauté des fleurs, aux gazouillis des oiseaux, aux murmures des sources, aux palpitations de la lumière.Elle avait appris de Mamie Soleil à prier, non pas avec des « mots en carton », mais avec des mots bien à elle.Les cousins de Paris avaient décidé d'adopter ce petit grillon du midi.La petite moricaude aux yeux couleur de châtaigne s'était retrouvée au milieu des cousins : « Georges qui ne dit pas trois mots, Madeleine qui a le genre d'une dame de quarante ans, André à qui sa bouche entr'ouverte donne l'air bête, Robert trop joli qui ressemble à un mannequin de tailleur, Charlotte qu'on traite encore en bébé à douze ans.Tous, ils ont des yeux en verre bleu, des cheveux beige : moi, j'appelle ça beige.Qu'ils sont ennuyeux 1 » Sylvette, contrariée dans tous ses goûts, se sent devenir égoïste et méchante.Puis, grâce à Georges, cette âme d'élite qu'elle méconnaît pour le moment, le petit grillon aura sa chambre, étudiera le dessin et la peinture dans le quartier Montmartre, connaîtra la joie d’aimer et bientôt le chagrin amer de la trahison., Sylvette a aussi découvert que ses cousins de Paris, sous leur froideur apparente, cachent chacun un cœur qui souffre.Elle souffre atrocement de constater que François Villebois a joué auprès d'elle la comédie de l'amour.Cependant, elle oublie sa propre MAI 1947 173 souffrance pour ramener la ioie chez ses cousins.Elle sera vérita-blement le grillon qui porte bonheur : Octave, le père des cousins, consentira à se réconcilier avec la mère de sa femme, ce qui aidera a la guérison de celle-ci ; André soignera sa surdité ; Madeleine, oubliant un premier amour malheureux, se mariera.Et, Georges,.! Georges et Sylvette : il faut lire Mamie Soleil si l'on veut connaître la fin de ce roman.Cette œuvre nous révèle une fois de plus l’art incomparable de Berthe Bernage.En quelques lignes, elle suggère tout un paysage.Quelques traits, et une physionomie surgit, frémissante de vie.Quelques touches délicates, et une âme s'éveille à la joie ou à la douleur.Mamie Soleil est peut-être le plus beau livre de Berthe Bernage.Jacques d'ÛRLÉANS Cami.Krik-Robol, « détective-à-moteur )).L'énigme des 5 pavillons.[Parisl Editions Paul Dupont [cl945J.(Distr.par les Editions Fernand Pilon, Montréal.) 109p.ill.19.5cm.$0.60 ($0.65 par la poste).84-3 Puissante satire d'un genre qui compte de nombreux adeptes : le roman policier.« Un coup de feu retentit.« L'homme s'écroule un poignard planté en plein front.» Voila le premier chapitre du livre.Avec une habileté consommée l’auteur démêle l'écheveau de cette énigme sans un accroc à la vraisemblance, exception faite pour cette véritable « machine-à-déductions )) : Krik-Robot.Dans toute histoire de détective qui se respecte, les soupçons s'accumulent sur le même individu.Les canons du roman policier exigent que celui sur lequel tombent d'abord les soupçons ne soit pas le véritable coupable.On est, ici, fidèle à cette règle.L'homme a été assassiné dans un parc où sont bâtis cinq pavillons.Il a été frappé par un coupe-papier-poignard qui appartient à l'un des cinq locataires, le romancier Xavier des Brouillards.La chose est évidente pour l'inspecteur Grimaud : on tient le coupable en la personne du romancier.Pour comble de malheur, Xavier des Brouillards découvre dans son bureau le cadavre de Tristan Corbillat : il est étendu sur le plancher, le coupe-papier-poignard fiché en plein cœur.L'inspecteur croit alors de son devoir de passer les menottes à l'écrivain.Pendant ce temps, le Professeur Archimède et son invention Krik-Robot ont fait du bon travail, et ils ont réussi à s'emparer du coupable du deuxième assassinat : le jardinier Joseph Buteau.Quant à l'auteur du premier meurtre.Mais n'allons pas enlever 174 LECTURES tout intérêt à ce livre.Qu'il suffise de dire que le romancier est rétabli dans son honneur et son innocence.Cette satire, respectueuse de toutes les lois du genre, est du plus haut comique.Elle déridera les plus moroses.Elie Goulet Moreau (Abel).La Lumière deo bommeo.Roman.Paris, les Editions Nouvelles [cl946].195p.18.5cm.84-3 Roman d'une psychologie profonde : celle de la lutte d'âmes converties.Comme fond, un décor imposant de splendide et sévère grandeur : le roc abrupt d'une colline que surmontent les ruines d'une abbaye, la flèche d’une austère basilique.Ce (( cosmos » s'harmonise parfaitement au caractère du héros : un grand génie de la sculpture.Fièrement campé dans son orgueil de nouveau converti, ce Titan du ciseau oublie que la Foi que ne réchauffe pas l'Amour est œuvre de mort.On assiste au conflit de deux spiritualités : celle de la Foi non vivante, qui prétend se suffire dans la montée vers Dieu ; celle de l'Amour enveloppant la Foi, l'unique vraie voie.Des âmes royalement belles s'affrontent pour se séparer au choc de vies incompatibles.Le dénouement les fusionnera dans l'Amour.Le style a la magnificence du panorama qu'il décrit, la beauté des âmes qu’il fait vivre.Il sait se hausser à fa splendeur religieuse et condescendre à la belle simplicité des humbles créatures.Enfin, c'est là un roman qui marie heureusement action et description : celle-ci sans tournure languissante, celle-là exempte de cette fébrilité par trop XXe siècle.Gabrielle Badeau Serge (Victor).Léo Derniera Tempo.Roman.Montréal, l'Arbre [cl946].2v.19.5cm.84-3 Mauvais Cette photographie implacable du chaos qu'a connu la France en 1940 se développe en deux volumes d'une écriture et d'une typographie très denses.C'est dire que la lecture en est laborieuse.Pourtant, on poursuit, parce que le style est d'une force, d'une plénitude et d'une variété qui enchantent.On poursuit aussi parce que cette boue que l'on accumule et que l’on remue et qu'on analyse sous nos yeux, on veut croire qu'elle n'était pas, même alors, toute la France et que d'un tableau à l'autre, d’une page à l'autre, on espère voir surgir des personnages qui ne soient ni des assassins, ni des pleutres, ni des dévoyés, ni des révolutionnaires, ni des nihilistes.Il devait pourtant en rester 1 175 MAI 1947 Peut-être, si l'auteur eût promené son observation chez des Français d’une autre qualité, les tableaux eussent-ils été aussi horribles ; mais l'épreuve eût au moins pris à leurs yeux un autre sens.Loin de moi l'idée d’accuser la France d’avoir mérité ce cataclysme : trop d'autres pays ont péché, à qui les affres de l'envahissement et de la division intestine ont été épargnées.Cependant, en écartant toute comparaison avec le sort de ses adversaires et de ses alliés, auxquels la Providence demandera tôt ou tard de régler leurs comptes, la France chrétienne se devait d'adorer et d'implorer la volonté divine, même au sein de sa douleur immense.Et nous savons qu'elle l'a fait.Mais les manifestations de la piété française n'ont pas laissé dans l'ouvrage qui nous occupe plus de trace que l'ombre d'une ombre.C'est certes l'affaire d'un littérateur de choisir le milieu de son action ; mais, précisément parce que Kibaltchic a prêté à ses personnages des préoccupations idéologiques, il faut bien conclure que le tableau qu'il brosse de la France de 1939-40 est incomplet quand il fait abstraction de la réaction catholique.D'ailleurs, les héros des Derniero Tempo sont des spécialistes des révolutions.Hasard ?Nombre d'entre eux se sont trouvés en Russie, en France, en Espagne, successivement, au moment même des coups de main.Cependant, ne les croyez ni bolchevistes ni socialistes.Ce sont des doctrinaires, comme Thivrier et Ardatov, qui s'en défendent en ironisant (p.91, t.1er).On peut dire qu'ils sont revenus de tout.A Florine Thivrier, qui s'informe : « Et notre heure viendra ?)), Ardatov répond : « Très probablement 1.Ce que cette heure signifie, on voudrait bien le savoir, car toutes les théories sociales viennent d'être hâtivement examinées et condamnées par ce même Ardatov (p.91 et 92).On redoute que cette « heure )) soit celle de la révolution générale, pour laquelle tous ces personnages semblent nourrir un faible.Hélas, oui, philosophie et mœurs des Derniero Tempo sont presque en tous points détestables : fatalisme, nihilisme et impudeur absolue bousculent sous nos yeux des scènes d’horreur et de stupre.Mais le style est une magie.Il rend avec une fidélité à peu près constante une pensée vigoureuse, neuve et souvent poétique-Ainsi : « On apprend avec le temps que le présent a moins de rea.lité que la durée et que ce que l'on croit le passé survit et continue de mille façons tenaces.Le futur met sur nos épaules des mains inexorables ou bienfaisantes et déjà nous entraîne quand l'instant nous paraît simple et stable )) (p.97).Nous rapprocherions volontiers une telle réflexion de notre conception du patriotisme.N'est-ce pas parce que notre passé a été ce qu’il fut que nous demeurons, nous, de culture française et de croyance catholique, en dépit des circonstances hostiles ?Et ne demeurons-nous pas tels parce que nous ne représentons qu’un chaînon entre ce passé de nos pères et l’avenir ae nos enfants ?176 lectures Pourtant, l'auteur des Dcr/iiert Tempt n'apprécie que l'homme sans patrie, abstraction faite d'une pointe de tendresse, à peine perceptible, pour la Russie.Il ne veut, comme hymne de ralliement, que l'Internationale : « Une clameur monta, l'Internationale 1 Cela fit du bien » (p.224, t.1er).Son espérance ?Une nouvelle humanité née des ruines de l'autre.Tout compte fait, Kibaltchic veut en arriver à un paradis qui suivrait une tin du monde, mais il n'aime pas se tier à la Providence pour l'assurer.Il n'estime meilleur que ses semblables que l'homme insoucieux de l'argent.Il ne distingue dans le monde « aucune clameur de foi ».Il faudrait, pour Te croire, oublier, entre autres, la parole du Pape.La prédilection de Kibaltchic va vers le chaos, le suicide, le meurtre, la haine.Il excelle à traduire l’angoisse.Toute l'inquiétude humaine, il l'exprime, mais il n'y oppose qu'un silence impitoyable.Par-ci par-là, on croit qu'il va s'oublier à faire l'éloge d'un personnage ou d'un système, quand tout se termine par un persiflage.Ainsi de la longue allusion au maréchal Pétain.Seule l'incidente consacrée à Tolstoï demeure admirative.Dans let Derniert Tempt, l’enfance même est répugnante, abandonnée qu'elle est à un enseignement qu'on décrit comme incohérent et stupide, pénétré de perversité.On trouve, aux pages 185 et 186 du second tome, un tableau effarant de ce que devient la liberté de pensée quand elle est manœuvrée par une habile propagande.Pour tout résumer, l'ouvrage de Kibaltchic est écrit de main de maître, mais porteur d'idées fausses et troublantes.On s'y trouve en plein climat anarchiste.Si j'avais à le ranger sous une étiquette, ce serait sous celle du (( Non terviam » et je n'en recommanderais pas la lecture, parce que je ne vois pas le bien qu'on en peut tirer, sauf des exemples de style que l'on doit pouvoir trouver aussi ailleurs avec moins de danger.Rodolphe Laplante •t* Let Vivanlt [Cahiers publiés par des prisonniers et déportés].Deuxième Cahier.[Paris, Boivin et Cie, cl946.] 128p.19.5cm.84-8 Pour adultes Ces Cahiert sont bien près d'être un petit chef-d'œuvre tant par le bon goût des articles, vidés de toute rancœur et de haine inutile, que par la présentation, de tout point impeccable.Ils apportent un témoignage émouvant et serein sur la vie des prisonniers et des déportés, sans insister sur les scènes de barbarie et les horreurs qu’on a serinées sur tous les tons.Une couple de beaux poèmes, quelques articles plus transcendants, une chronique : Initiation aux lellret caphvet, l'ensem- MAI 1947 177 ble des textes enfin révèle des auteurs de grand talent, dont plu.sieurs peu connus.Malgré d'inévitables thèmes dont semble ne pouvoir se passer la littérature contemporaine, ces pages s'avèrent Fort intéressantes.André Janoël Bon (Dr Henri).Let Seize FutilUt de Besançon (26 septembre 1943).Leurs dernières lettres ; leurs émules.Paris, Casterman [cl946| 245p.19.5cm.84-94 (( Ils étaient seize Francs-Comtois aux âmes vaillantes, seize vrais Français de France que les Allemands ont fusillés.)) (( C'était par un clair matin de septembre, les seize gars furent alignés, et tandis qu'il?chantaient leur amour de la France, une rafale les coucha pour h; salut de l'Allemagne.Si l'Allemagne les craignait tant, c'est qu'ils étaient l'espérance, l'espérance de la France.» C'était le 26 septembre 1943.Comme le livre a été écrit du 15 novembre au 14 décembre de la même année, l'auteur avait vivace en sa mémoire le spectacle de ces vies fauchées en pleine jeunesse.Aussi ces pages sont-elles vibrantes d'un patriotisme ardent.Le Service d'information de Vichy publia la nouvelle sous la manchette suivante : « Dix-sept terroristes condamnés à mort dans le Doubs ».(L'un d'entre eux eut sa sentence commuée en emprisonnement à vie.) Cela ne nous étonne guère quand nous avons lu le chapitre let Crapaudt bavent, qui commence par ce conseil de Voltaire à Thiriot : (( Il faut mentir comme un diable, non pas timidement, mais hardiment et toujours ».Ces jeunes héros qui mouraient pour la Patrie étaient, selon Abel Bonnard, ministre de l'Instruction Publique, des (( ankylosés intellectuels» ou, selon Déat, des « sinistrés intellectuels ».Laval renchérissait en déclarant : (( Je souhaite la victoire de l'Allemagne ».Quatorze de ces (( terroristes » eurent recours aux sacrements pour Lien mourir.Et voici deux extraits qui nous donneront une petite idée de la noblesse de leurs sentiments devant la mort: (( Je meurs pour ma Patrie.Je veux une France libre et des Français heureux ».(Je veux) « une France travailleuse, laborieuse et honnête » (Henri Fertet, 16 ans).(( Consolez-vous, je serai vers mon papa, au Ciel : je vous guiderai, vous éclairerai de là-haut » (Philippe Gladoux, 18 ans).Ce sang jeune devint une semence d'héroïsme.C'est que des chevaliers et des saints protègent ce pays : Roland, Du Guesclin, Bayard, Guynemer, Foch, sainte Geneviève, sainte Jeanne d'Arc.On meurt sur la terre de France plutôt que de voir enchaînée U Liberté.Jacques d'ORLÉANS 178 lectures Hébert (Casimir).La Fête éternelle.Poème divin en trois audiences.Montréal, Edouard Garand [1945].139p.21cm.C84-1 Monsieur Casimir Hébert, polyglotte, érudit, humaniste et professeur bien connu, nous présente un « poème divin en trois audiences ».Le temps est révolu, le monde n'est plus.Conviés à célébrer en accents appropriés les joies de (( la fête éternelle », plusieurs des écrivains qui illuminèrent la marche de l'humanité vers les splendeurs de cette aurore, célèbrent les attributs et la gloire du Très-Haut.Comme nous le dit la préface, « le plan primitif comprenait huit fêtes ».« Des corvées mercenaires », qu'il est facile d'imaginer dans un monde si peu clément aux ouvriers de l'esprit, ont empêché l’auteur de parcourir ce cycle entier.Seule la « fête » hébraïque est complète.Deux autres « fêtes », la « fête » italo-grecque et la « fête » française quoique inachevées, s’ajoutent à cette première « fête », avec quelques fragments de la « fête » angélique.Monsieur Hébert souligne que son chant ne peut être qu’un pauvre babutiement par rapport à une réalité ineffable.Il justifie Bmrtant le choix de son sujet : « D'autres ont chanté le périssa-e, le futile, la bagatelle, j’ai voulu m'attacher à ce qui demeure, au sujet le plus poétique qui soit, et j’ai abordé la Fête éternelle ».Comme on le voit, la conception même d’un tel poème atteste une vision intérieure apparentée à celle des poètes bibliques, des Dante, des Milton, des Péguy, des Claudel.On peut regretter d'autant plus que la sauvagerie de la vie actuelle n'ait pas permis de brosser à loisir cette fresque céleste, qu'il v ait une marge si grande entre les possibilités d’un tel sujet et les pauvretés de la réalisation.Telle quelle, cette ébauche d'une construction aux perspectives grandioses justifie l'écrivain de s'être prévalu du (( quantum potes, tantum aude » de l'hymne eucharistique pour laisser parler son cœur de croyant.Monsieur Hébert connaît bien la prosodie française.La facture de son vers n'a évidemment rien de commun avec les nouveautés et les fantaisies de certaines poétiques contemporaines, malgré de multiples enjambements.Elle releve plutôt d'un classicisme pour lequel les règles ne sont pas une carapace qui alourdit l’inspiration et paralyse le poète.En conséquence, maigre les faiblesses et les gaucheries inhérentes aux conditions dans les- Juelles ce poème fut exécuté, il faut louer l'auteur de son labeur e « barde indigne », ainsi qu'il s'appelle lui-même.Enfin, aurais-je montré trop de complaisance envers une œuvre non seulement inachevée, mais dont une faible partie des matériaux mêmes sont à pied d'œuvre ?J'accepte alors volontiers le reproche d'avoir été touché par le spectacle de cet aède chenu Qui, sur le déclin d'une vie de labeur intellectuel intense et sans doute souvent ingrat, ne peut résister à l'envie de communiquer les chants de cathédrale qui le hantent.Théophile Bertrand GuÈvremont (Germaine).En pleine terre.2e édition.111.de Cécile Chabot.Paysana 1946.156p.ill.19.5cm.$1.00 ($1.10 par la poste).C84-3 Un bijou de notre terroir, serti de canadianismes savoureux.L'écrin tapissé de verdure où il scintille ?Le petit village de Sainte-Anne-de-Sorel, qui baigne la frange de ses bois et de ses champs dans l’onde du Richelieu, à la vue du Saint-Laurent.Chacun des chapitres est un petit chef-d'œuvre au dénouement inattendu et souriant.Le caractère de chaque personne — paysans, marins, quêteux, étrangers ou autres — ressort vivement du tracé de son portrait physique.Ajoutez à cela la note pure et grave de la foi ancestrale, vibrante d'emotion vraie, le charme de la prose poétique, et voici En pleine terre, ouvrage digne de l'auteur du Survenant.Gabrielle Badeau HISTOIRE Romat (Etienne).La Guerre ooud-marine en Atlantique.Paris, J.de Gigord [1946].143p.ill.19.5cm.(Coll.l’Etrave).9(oo) «1939-1945 » Maintenant que l'état de guerre n'existe plus, la bataille de l'Atlantique s'estompe dans les brumes de l'oubli.Etienne Romat évoque pour nous ces heures sombres et nous donne aujourd'hui la raison du laconisme des communiqués de l'Amirauté britannique.C'est que de septembre 1939 à septembre 1943, les pertes marchandes résultant de l'action de l'ennemi et des fortunes de la mer furent supérieures au total des constructions neuves.Mais, en septembre 1943, c'est l'inverse qui se produit et la campagne sous-marine, à l'automne de cette même année, fut une faillite.La lutte avait été dure et chaudement disputée.« On a pu prétendre à juste titre que la bataille de l'Atlantique a été avant tout une bataille de laboratoires, dans laquelle chacun des adversaires lutte contre les armes de l'ennemi, trouve une parade à ses contre-mesures et invente des armes nouvelles.» Parmi les armes inventées par les belligérants, la plus remarquable fut la torpille acoustique.« Lancée dans la direction générale de l'objectif, elle 180 LECTURES parcourt une certaine distance comme toute torpille électrique normale, puis, comme un chien d'arrêt sur la piste, commence a être infailliblement aspirée par le champ sonore forme par les hélices du but.» Les savants anglais se mettent aussitôt au travail et trouvent une contre-mesure technique à la T.5.C'est un bruiteur remorqué que l'on appelle « Foxcr ».Mais les Allemands avaient mis au point à la tin de la guerre un modèle de submersible capable de déjouer les appareils de détection les plus perfectionnés de la marine et le repérage de 1 aviation.Dans les c.er-niers mois de la guerre en effet, les avions du « Coastal Command » n'obtiennent plus de contacts avec les sous-marins.C'est que es U-Boat étaient munis du tube d'échappement dit « Schnorchel » permettant la marche des Diesels en plongée.On ne peut s'empêcher d'admirer la hardiesse des as allemands.Le plus célèbre est le Kapitânleutnant zur see Günther Prien, qui réussit à s'infiltrer à travers les défenses de Scapa Flow et à y couler le « Royal Oak »., Mais la palme va aux marins de la manne marchande et a ceux de la marine de guerre, qui firent héroïquement leur devoir et dont le moral n'a jamais fléchi.45, 000 d'entre eux furent tues par des torpilles, moururent de faim et de soif sur des radeaux, ou furent froidement assassinés.Une fois de plus, 1 Allemagne vint à deux doigts de gagner la guerre au tonnage, car la marine marchande alliée perdit 21 millions de tonnes marchandes.L'auteur termine son livre en se demandant quelle surprise nous réserve l'ère atomique en ce qui regarde le sous-marin.Elie Goulet Belot (Raymond de).Le Dêtaolre de Pearl Harbor.Paris, J.de Gigord [1946].117p.19.5cm.(Coll, l’Etrave).9(52)«1941» La Collection l’Elrave sous la direction de Marc Benoist, secrétaire de l’Académie de la Marine, plaira infiniment a tous et surtout à la jeunesse, toujours en quête de prouesses héroïques et de hauts faits militaires.Pearl Harbor, 1 un des plus grands désastres maritimes de tous les temps, offre a 1 imagination ce au'elle cherche dans les romans scientifiques de Jules Verne et dans les fictions extraordinaires de Wells.Les Japonais remportèrent à Pearl Harbor une victoire complète, grâce à une audace peu commune servie par une perfidie et une chance inouïes.Pendant que leurs ambassadeurs poursuivaient des pourparlers de paix à Washington, les pygmees jaunes concentraient une forte escadre dans la baie d Hito-Kappu en file d'Etorofu, la plus grande des Kouriles.Sous les ordres de l’amiral Isoroku Yamamoto, chef de l'expedition, 1 escadre appareilla le 26 novembre.A partir de l'instant ou les navires levèrent MAI 1947 181 : l'ancre jusqu’au moment de l'attaque, la T.S.F.de la flotte ne-mettra aucun signal.Les Japonais gagnèrent les îles Hawaï par la route la moins fréquentée, celle du nord, et durant leur longue traversée ne rencontrèrent pas un navire, pas un avion améri-cain ou neutre.Par contre, la malchance s’acharna contre les Américains.Les chefs de l'armée et de la marine ne croyaient pas à la possibilité d'une attaque contre Pearl Harbor qui, selon leur opinion, serait un suicide.Puis, par suite de nombreux retards résultant dé la difficulté de rejoindre le général Marshall et de la lenteur delà radio commerciale, le message de l'Etat-Major Général ordonnant l'état d’alerte ne fut reçu à Honolulu qu'à 7 h.33.Le 7 décembre, à 4 heures du matin, les marins aperçurent dans la rade de Pearl Harbor un sous-marin, mais ils ne jugèrent pas à propos de déclencher l'alerte générale.Deux simples soldats, private Locard et private Elliott, avaient décidé de continuer les exercices de radar après le temps alloué à cet effet de 4 heures à 7 heures du matin.Or, ils observèrent, à 7 h.2, la présence d'une importante formation aérienne à 132 milles dans le nord-est.Ils alertèrent le lieutenant de service, mais furent rabroués.L'attaque japonaise prit les Américains complètement à l’improviste et les petits hommes jaunes, en deux heures, anéantirent littéralement les forces navales et aériennes de Pearl Harbor, malgré la bravoure et le sang-froid des Américains.Seul un peuple jeune et dynamiaue comme celui des Etats-Unis pouvait, apres avoir subi un tel désastre, gagner une guerre qu'il n'avait pas préparée.Par leur fourberie, les Japonais firent l'union de tous Tes Américains et prouvèrent une fois de plus leur manque d’esprit chevaleresque et de sens psychologique.Jacques d'ÛRLÉANS Monarque (Georges).Un Général allemand au Canada.Le baron Friedrich Adolphus von Riedesel ; 2e édition.Montréal, 1946 [cl927].151p.19.5cin.$1.25 ($1.35 par la poste).9(71) Ce livre est une brillante peinture de l'époque troublée qui suivit la Révolution américaine.L'auteur burine de vivants portraits des chefs militaires et civils du Canada : le sympathique Carleton et sa belle épouse hautaine, jeune poupée de vingt-cinq ans, qui avait été élevée à la cour de Versailles ; Burgoyne, ce général en dentelles, beaucoup plus expérimenté dans l'art de plaire au beau sexe que dans celui de faire la guerre ; Haldimand, ce Suisse bilieux avec qui personne ne pouvait s'entendre.Dans ce décor palpitant de vie, Georges Monarque évoque la personnalité attachante du Général Riedesel.(( Fried rich-Adolphus von Riedesel naquit au château ancestral de Lauterbach, 182 LECTURES . J,ns la Hessc-Rhénanc, le 3 juin 1738.Barons de l’Empire depuis 1680 ses aïeux appartenaient à l'une des plus riches et des plus vieilles familles de l'Allemagne centrale.)) Il commandait 1 armee des 29,166 Brunswickers que l’Angleterre avait obtenus a prix d'or pour parer à la Révolte américaine.Riedesel débarqua à Québec en ;um 1776 et c est en cette ville qu'il devait se rembarquer en août 1785; Il vécut entre ces deux dates une vie mouvementée.Après avoir servi victorieusement sous Carleton, il connaît l'amertume de la défaite avec Burgoyne, qui avait supplanté Carleton pour le plus grand malheur de l’Angleterre.Madame Riedesel, qui était venue rejoindre son mari en 1777, demeura à ses côtés durant les années tragiques qu’il vécut en Virginie comme prisonnier de guerre.Riedesel était un gentilhomme ; excellent soldat, il était sévère sur la question discipline et avait à cœur le bien-etre de ses troupes.Il garda toujours son estime aux Canadiens.Madame Riedesel était une personne sympathique qui, d une plume alerte, a peint des tableaux dont le charme s'inspire d une belle couleur locale canadienne., - .Ce petit livre est écrit en une langue solide, nerveuse et torte.Il plaira aux plus exigeants.Jacques d'ÛRLÉANS GÉOGRAPHIE Jalabert (Pierre).La Provence et le Comté de Nice.Nouvelle édition revue et cor-rigée.Paris, Lanore [1946].238p.ill.22.5çm.(Coin* d'France).91(449 1/4) Appelle des reserves Ce livre de deux cent trente pages comprend trois parties : soixante-dix pages d'Histoire, cent de Géographie, et le reste de légendes et récits.___ ., , f Les soixante-dix pages d'Histoire sont bourrées de faits, sans que le récit s'alourdisse.Les « Villes et paysages » se succèdent comme en un faim enchanteur.r ., ,, 1 Les légendes et récits, bien choisis, nous font penetrer dans l'âme du pays., , i « Regrettons que l'auteur n'ait pas assez tenu compte de la valeur réelle des documents.Légendes et ventes historiques ressortent dans un même relief.Certaines allusions, certains détails sont de nature à froisser notre mentalité catholique.Ainsi a la page 67 : (( En souvenir du P.Girard et de ses «Girardmes », l’Ordre des Jésuites fut dissous.» Ainsi encore, a la page 1U5, < l'injuste fanatisme » contre les Vaudois.A.P.183 MAI 1947 BIOGRAPHIES Marie-Emmanuel (Sœur), o.s.u.J lane Be l Incarnation, d’après ses lettres, lines ; Ottawa, les Editions de l’Université, 20cm.$1.50 ($1.60 par la poste).92:2 Québec, les Ursu-1946.337p.h.-t.Sous divers titres : la Alère oelon la nature, la Mère te Ion k grâce, la Fbilotbêe, l L routine, la Femme Be cœur, la Femme B’action, l Epiololière,.une fille spirituelle de Marie de l’Incarnation a groupe des extraits de lettres de sa Vénérable Mère.Ces citations sont disséquées et longuement commentées.Dans quel esprit ?Nous lisons dans l'Avant-propos : « Je me propose de lire les lettres de ma Mere a haute voix.je veux me rendre compte de mon plaisir et l'accroître en Vanaljsant.Qu'on me donne tou-tes les libertés d une fille qui fouille dans les tiroirs de sa mère i.Et la fille a use de ces libertés.C'est un bon livre.Regrettons cependant que parfois les remarques de l'auteur, ses souvenirs littéraires et autres couvrent la grande voix qu'on voudrait en-tendre encore.A.P.Merlaud (André).l* souffrance et Be l’amour.Etienne Kaozap, 1916-1935.Toulouse, Apostolat de la Prière [1946].127p.19cm.92 *2 .^.arîs ^a viHe de Szekesfehervar, en Hongrie occidentale, naissait^ le 25 mars 1916, jour de l'Annonciation, Etienne Kaszap, dont 1 ame était destinee a un merveilleux épanouissement de purete et de sainteté.Au seuil de 1 éternité, « sur son carnet qui avait chavire de ses mains, six nouvelles lignes étaient écrites, pâles, irrégulières, incertaines : « ABieu I Là-baut, nouo nouo relrouverono, Ne pleurez pao, C’eol ma naiooance cileote.Que Dieu Vouo béniooe.)) « C était le 17 décembre 1935.Etienne Kaszap ne vécut que dix-neuf ans, huit mois et vingt-deux jours sur la terre des hommes ».Le temps n'est plus où l'on racontait la vie des saints comme s'il s'agissait de peindre des images « dorées sur tranche ».Etienne n eut pas la vertu facile.Celui qui devait devenir un ange de patience et de douceur était naturellement obstiné.(( Il brisait tous les obstacles à ses volontés.Et quand un de ses frères avait 184 LECTURES l'imprudente audace de lui tenir tête, il se servait de tout ce qui lui tombait sous la main, assiettes, jouet^ ou livres pour exprimer sa colère.» Lui qui « se serait aisément contenté de dormir dans les fleurs, au chant des cascades et des oiseaux, sans penser au tragique lendemain », surprit son entourage par une volte-face qui, quelques mois avant son baccalauréat, le conduisit au but.A ses camarades étonnés de sa conversion, il avoua simplement : « C est la parole de Dieu qui dirige mes études.C'est elle qui veut que je remplisse avec fidélité mes devoirs ».La sainteté sans la souffrance, cela est difficile à concevoir.Aussi, celui qui méritait, le 17 mars 1934, le titre de champion de la jeunesse pour toute la Hongrie occidentale, devenait quelques mois plus tard le champion du Christ.Le petit novice Jésuite s'était complètement donné à Dieu et il accepta la souffrance avec une héroïque patience.Sa sainteté « a été gagnée de la façon la plus douloureuse qui soit pour un jeune homme.Il était fort.Il était sportif.Il avait dix-sept ans.Dieu le coucha dans la maladie.C’est par elle qu’il irait à l'héroïsme.C'est plus beau ainsi parce que c'est plus contre nature.Passe encore, à dix-huit ans, de mourir en avion dans un combat aérien et de couler avec son appareil incendié comme une torche.Mais être frappé en pleine force par un mal sournois qui ronge et pourrit le sang ! Pendant un an lutter contre lui de tout 1 elan de la jeunesse, et, après de brefs éclairs de victoire, etre implacablement repris par un ennemi insaisissable qui, à la fin, vous étrangle.C est horrible 1 » Ainsi, s'exprime dans la préface, le Père Charles Parra, s.j.Après un apaisement de la maladie, Frère Etienne, espérant une guérison complète, est de nouveau admis au noviciat.Cette joie du retour se transforma en un chagrin accru quand, à la réapparition du mal, le novice dut quitter definitivement Manrese.« Les adieux furent pénibles.En serrant la main de ses confrères, le malade eut beau se raidir, de grosses larmes perleront aux coins de ses yeux, des larmes de résignation ou tremblait le sourire d'une joie grave.« Oh 1 qu'il est heureux, leur dit-il, celui qui a rendu à Dieu l’holocauste de la parfaite obéissance.» C'était le bouquet spirituel de toute sa vie.» Une angoisse nous etreint malgré nous devant tant de souffrances subies avec une aussi parfaite résignation.Je ne puis terminer cette analyse sans dire un mot du style de l'auteur.Les phrases se déroulent, limpides et claires, comme l'onde cristalline d'un ruisseau dans laquelle se réflète, ici et là, la dentelle délicate des feuillages.André Merlaud a ciselé cette biographie ainsi qu'un pur joyau.Aux jeunes de mon pays, je souhaite de lire ce petit livre magnifique.Elie Goulet MAI 1947 185 Montmajour (Pierre).La Jeune Fille Be
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.