Lectures, 1 avril 1947, avril
Revue mensuelle de biblio graphie critique SOMMAIRE Page IDÉAL ET PRINCIPES Peinture et fumisterie Théophile Bertrand 65 Les bibliothèques du Québec Paul A.Martin, ptre, c.s.c.71 ÉTUDES CRITIQUES Shakespeare et Shakespeare (suite) A.Lemoine, ptre 73 Le Gide des Nourritures terrestres Paul Gay, c.s.sp.81 DOCUMENTS La littérature sensuelle et mystico- sensuelle La Congrégation du St-Office 89 FAITS ET COMMENTAIRES Intervention de la • Censure • J.-B.Desrosiers, p.s.s, 92 On annonce du Dekobra.96 Un concours de romans populaires.96 NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES Volumes (Voir liste p.3 de la couverture).Revues.Tome II - no 2 AVRIL 1947 Montréal LECTURES REVUE MENSUELLE DE BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE publiée par le Service de Bibliographie et de Documentation de FIDES Direction : Paul-A.MARTIN, c.s.c.Rédaction : Théophile BERTRAND ^ Technique bibliographique : Cécile MAR l IN COMITÉS CONSULTATIFS ; Doctrine et Droit canonique Valérien BÉLANGER, ptr«, D.D.C., préfet tcur à la Faculté d« Droit canonique de l’Univertité Laval.Jean-Fr.BÊRUBÊ, i.a.a.L.Ph., profatteur de Philotophit au Scolaaticat daa Pire» du T.-S.-Sacrement, à Montrénl.Gur-M.BR1SEBOIS, o.f.m.D.D.C., professeur de Droit canonique au Grand séminaire de Montréal.Jean-Marie GABOURY, c.a.c., , e .profetieur de Philotophit au Collège de Saint-Laurent.Paul GAY, c.a.ap., _ _ .profetieur de Rhétorique au Collège Sntnt-Aleundre.__________ Jacquet TREMBLAY.C.J., profetieur de Philotophie au College Jean-dc-Brcbcuf.Technique bibliographique Roméo BOILEAU, c.a.c., profatteur de Cltuificttion lyitémetiqu* i l'École de Bibliothécairet de l'Univanité d< Montréal.Marie-Claire DAVELUY, .profetieur de Bibllogretble à l’Ecole de Bibliothécaire!.Lauretta TOUPIN et G.KARCH, profctieuri de Celeloirepbir à l'Ecole de Bibliothécaire!.Publication auloritie par l'Ordinaire.NOTES : ., .1 La revue est publiée mensuellement de septembre à juin ; en juillet e août il ne paraît qu’un seul numéro.Les onze livraisons de 1 ar.nee constituent deux tomes : septembre à février et mars a juillet-août., 2 Chaque numéro comporte en couverture une table alphabétique des noms d’auteurs suivis du titre des ouvrais recenses.Le dernier numéro de chaque tome (soit celui de février et celui de ju, let-aout) comprend une table metho-dique d^ sujets traités ainsi qu’une table alphabétique des ouvrages recensés 3 La*référénee^bibfiographique de toutes les publications mentionnées dans Lectures est rédigée d’après les règles de : la catalographie et dans chaque cas est indiquée la cote de la classification décimale universelle.4.Les cotes inorales en usage sont les suivantes : M Mauvais D Dangereux ., .B ?Appelle des réserves plus ou moins graves, c est-à-dire à détendre d’une façon générale aux gens non formes vintellectuellement et moralement).Pour adultes.B rour auunes., ., • , Un ouvrage dont le titre n’est suivi d’aucune de ces quatre mentions est irré- CANADA: FRANCE : $0.2$ abonnement annuel .300 2.50 LA PROCURE GENERALE DU CLERGÉ.5, rue de Mézières, 3.00 Paris (VI*), FRANCE.ÉTRANGER : abonnement annuel .Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe.Ministère des Postes.Ottawa 25 EST, RUE S A I N T - J A C Q U E S MONTRÉAI - 1 éPLateau 8335 IDÉAL ET PRINCIPES Peinture et fumisterie Les lignes suivantes ne visent en aucune façon tel ou tel peintre, telle ou telle realisation picturale, mais s en prennent simplement à certaines excroissances idéologiques de l'évolution de la peinture.Si elles confirment occasionnellement certaines vues de M.René Bergeron dans Art et Bolchevisme', c'est pur hasard, car le gros de ce texte avait été rédigé avant la publication de l'ouvrage précité.La mêlée picturale Nous vivons dans un monde où il devient de plus en plus difficile de démêler le vrai du faux, « l'ivraie du bon grain ».C est bien (( le monde des masques », selon l'expression pittoresque de Maritain, qui sait si bien marier la poésie à la métaphvsique.Ce rappel de l’universelle mascarade m'est tout spontané au debut de ces propos cursifs sur la peinture ; n'est-elle pas en effet devenue « un signe de contradiction », le terrain clos de luttes homériques ou donquichottesques, luttes dans lesquelles la plume a remplacé le pinceau pour une dépense fantastique de couleurs littéraires et d’invectives picturales ?Reflexions hâtives et plutôt court vêtues.Je ne veux pas tant parler de la peinture comme telle ou encore dans ses manifestations, que mettre en relief le ridicule et la débauche logique et verbale de trop de défenseurs de l'art dit « vivant », et souligner peut-être incidemment, la signification culturelle de certaines ten- 1 Bereeron (René), Art et bolchevisme.Montréal, Fides, 1946.135 p.19.5 cm.Cet ouvrage est un véritable réquisitoire, qui s'en prend avec brio et humour aux prétentions de 1 art dit « vivant #.Après avoir attaqué les principaux porte-drapeau de cet art chez nous, l'auteur nous présente dix peintres canadiens échappes a la fievre des * fils de 1 amour #.11 s'agit là des pages d'un ferrailleur qui ne s'embarrasse ni de chatouilles ni de chiquenaudes ; et si elles semblent a plusieurs une simple offensive du bon sens, elles en rempliront d’autres d'étonnement et d indignation.Files font en tout cas désormais partie d'un dossier de plus en plus volumineux.AVRIL 1947 Tome II — 2 65 tatives de renouvellement de la peinture.Je m'en prends donc surtout aux théoriciens plutôt qu’aux peintres, aux doctrinaires, aux essayistes de tout acabit qui, dans leur culte idolâtrique de la nouveauté pour la nouveauté, dans l’excès de leurs dithyrambiques et filandreuses louanges à l’art non-representatif, tendent — inconsciemment pour la plupart, je l’espère, — a nous imposer la loi de 1' « académisme )) le plus pernicieux, un (( académisme » de l'indétermination et de l’informe.L’âge réflexe Ayant donc éliminé par avance toute subtilité et toute démonstration trop rigoureuse, je remarque tout d abord que le passage à l’âge rcflexe dans les differents domaines de la pensee et de l'art ne s'effectue pas sans quelques dégâts.Les sciences et les arts n'ont pas atteint leur majorité sans éviter les^troubles et même les écarts qui accompagnent trop souvent le meme phénomène chez les adolescents.Aussi n est-il pas étonnant que la peinture se soit gardée, dans cette prise de conscience de soi universelle, d'être en reste de prétention, de suffisance et de fantaisie.Quand nos premiers parents eurent mange du fruit défendu, ils s'aperçurent qu'ils étaient nus.Hélas 1 le monde contemporain, qui a méprisé toutes les defenses et mange de tout ce dont il lui prenait envie, bien loin de croire a son néant et a sa nudité, en est rendu, en raison d’un orgueil plus radical, a se croire véritablement Dieu.(( Vos yeux s'ouvriront et vous serez comme Dieu, connaissant le bien et le mal.)) Avec les raffinements de la civilisation et les lumières de la science, on prend aujourd hui à la lettre la parole du tentateur.Léo naïjo et leo babileo Devant ces faits trop éloquents, il n'est même pas nécessaire de partir nous-mêmes à la decouverte des lignes de force d un certain univers culturel et artistique, pour connaître le terme où il tend inéluctablement de tout le poids de son (( esprit )), par le jeu normal de ses lois internes.Parmi les peintres « abstractifs ï) eux-mêmes et parmi les apologistes de leurs œuvres, il n y a pas que les « purs » artistes, les « purs » créateurs ( ?), ceux qui savent profiter ingénument — et pourquoi pas ?Marius croit bien quelquefois ses propres histoires 1 du gogoïsme des snobs.Il n'y a pas que les thuriféraires qui, devant les trouvailles les plus abracadabrantes de l'art ultrafuturiste, tombent dans les transes et accouchent des flots intarissables d une verbosité poisseuse.(Car s' « il ne s'agit pas de comprendre », ces inities « comprennent )) pourtant, en face de n'importe quel barbouillage, des tas de choses que l’imagination la plus échevelee d un mortel du commun n'aurait jamais pu v discerner.) Non, outre ces purs et ces naïfs, nous trouvons aussi, parmi les peintres et leurs apologistes, des penseurs conscients du but qu ils poursuivent et des 66 lectures moyens de l'atteindre, conscients du sens et de la direction des tendances fondamentales de manifestations artistiques supposées decantees de tout élément parasitaire.Aussi, devant l’ardeur combattive de certains zélateurs des pretentions artistiques les plus effrontées, comment ne pas songer, en nous référant a des faits d un tout autre ordre mais qui illustrent bien le cas présent, — à la candeur du menu fretin qu'exploitent sans vergogne les meneurs « humanitaires » et les entrepreneurs en démagogie ?Ces simples — simples par carence et non par surplus intérieur — ne peuvent entendre, sans une indignation sincère, démasquer le cynisme des chefs mystérieux dont ils sont les jouets : pantins de carton-pâte qui obéissent docile-ment aux ficelles que tirent les maîtres.Pourquoi certains jeunes a enthousiasme et a la plume faciles se prêteraient-ils à un vaudeville analogue dans le domaine artistique, même si, de fait, ce ;eu n est pas mené par de quelconques « soviets )) ?Tout se passe pourtant comme si des puissances maléfiques orchestraient les menées des partisans d'un art infra-humain.Aveux Voici quelques témoignages qui se passent de commentaires.Le premier est de Fernand Léger lui-même, dont on a loué chez nous les mérites de façon si peu mesurée*.Dans un article intitule De l Acropole à la tour Eiffel, article dans lequel il regrette la solution de continuité apportée par le christianisme dans la « ligne de vie » originant du monde grec pour resurgir dans le monde moderne du millimètre, de la pointe sèche et de la précision, Léger écrit : « [.] Les religions et toutes les cocaines inventées pour échappe,1* aux médiocrités sociales, pour permettre la « fuite » vers un ideal désiré sont décevantes ; elles réduisent l'homme à une position seconde de negation de lui-même et de sa raison vitale.I—l fc préfère me heurter à la statue du « Discobole perché sur un piédestal » qu'à une statue nègre grimaçante ou à un Christ agonisant.[.] » Et, apres avoir loue la rationalité et la force géométrique de 1 architecture des Grecs, le virtuose de la forme humaine dans I espace poursuit : « Leur religion était pour « l'épanouissement de l'homme.Ils pensaient que la force supreme, c est de comprendre le monde, sa vertu, sa beaute, sans recourir aux dieux cachés dans le surnaturel )).Le culte de la vie, une tenue sereine devant le bonheur ioac jC ^a*8 a^U8*on au Bernard Léger publié par les Editions de l’Arbre en iy45 et dont nous entretient avec humour René Bergeron à la page 75 de son livre.AVRIL 1947 67 ou l'adversité : ils en étaient là quand l’Ere chrétienne est venue assombrir et étouffer cette ligne naissante et optimiste.Le Christianisme est apparu, instaurant le culte de la mort par-devant la vie.« La statue du Discobole agissante et virile symbolise la Grèce antique.La silhouette du Christ crucifie symbolise la misere humaine.C'est inconciliable.« Un peuple digne, debout, de plain-pied dans le présent, souriant à l’avenir, marchant élégamment vers son destin objectif et rationnel, les autres à genoux, la tête dans la poussière, attendant le miracle insensé, et voulant ignorer leur destinee terrestre.Les religions sont des « abstractions » (oh 1 oh !)ou 1 action natu- relie des muscles et de la pensee se detend et s endort [.J.» Incohérence Si l'on rassemblait tout ce qu'ont écrit les mages de 1 art pseudo-moderne en marge de toutes les fantaisies picturales, on verrait sur-le-champ qu'ils concrétisent simplement dans leurs œuvres l'incohérence de leurs pensées et de leurs sentiments, leur nébulosité et leur désordre intérieurs.Je veux bien ne nen trouver à redire à cette extériorisation, mais qu'ils nous fassent au moins grâce de leur système, de leur « académisme » libertaire.Dans l'article cité plus haut, M.Léger affectionne tout particulièrement les mots « rationnel » et « objectif ».Etait-ce, chez lui, nostalgie de la réalité profonde qu ils signifient ?Quoi qu il en soit, je remarque encore le passage suivant : « Cette question du rationnel et du beau est assez troublante.Il v a infiniment plus de « laideur )) dans les objets construits avec « intention d'art » que dans les autres.Les^ mauvais artistes sont légion.La machine fait souvent mieux.Entrez dans un bazar.L'objet de série est rarement laid, mais passez chez 1 antiquaire d'à côté, et vous m'en direz des nouvelles.» Je n'aurai pas la cruauté de commenter ce texte.D'ailleurs, les confirmés en grâce futuriste, abstractive, surréaliste ou autre, me rétorquent déjà que Léger ne defend plus les memes idees, * Vu, 7e année, no 308 ; 7 février 1934, p 176-177.Un mien ami me ra?; pelle en me lisant, que Léger a évolué depuis.Qui pourrait en douter pu.squ il s'agit d'un vivant ?le ne cite d aucune tormuie a ari , veux siniptiiiwtt .non pas tant d'une certaine peinture prise dans ses réalisations (et >l y a une distinction à faire entre la signification « de fait » d une peinture et sa sign cation « intentionnelle »), que celui de l'intempérance 1,ttéra‘Xr^de œTfrt trop souvent de légitimes ou de sincères tentatives de renouvellement de cet art.68 LECTURES qu'il est loin de représenter toute la peinture (( moderne )), etc., etc.Qu on me permette au moins de souligner que ces paroles du Léger d alors vont contre 1 une des cinq tendances dominantes que veut bien se reconnaître l'art dit «vivant»: l'horreur de l'exactitude du dessin et de la propreté de la facture.Enfin, toute la sequelle des trompettes et des gâte-papier, qui n'en est pas à une contradiction près, sera à même de soutenir qu'il est possible d'être exact dans l'imprécis et propre dans la purée.D'après les canons ultra-modernes, ne peut-on pas commettre purement l'impureté ?Laissons-les à leur logomachie.Autre aveu A force de subtiliser, ces gens-là deviennent imprudents dans leur prudence.Dans son Combat de t exil, Henri Laugier échappe cette réflexion malheureuse, au cœur d'un ouvrage dans lequel il avait réussi à se montrer partout plus circonspect : / (< En ce domaine de 1 effort esthétique, comme en toute activité humaine, le débat reste, au fond, entre ceux qui croient en Dieu et ceux qui restent les disciples de Prométhée.Libre aux premiers d aller docilement reproduire quelque jeu de la nature, ou d heureux hasards ont rassemble quelques-unes de ces correspondances qui émeuvent le cœur des humains ; c'est pourtant devant les seconds cjue s'ouvre, illimitée, la voie d'avenir de la poétique et de la creation humaine.» Je serais prêt à parier que certaines mouches du coche de notre Landerneau littéraire et artistique vont riposter tout de go a cette citation : « Mais Henri Laugier n'est pas un peintre ; il ne connaît rien en peinture î » Moi non plus, d’ailleurs, c'est évident.Je m'en console avec l'historiette suivante.A Jiggs qui critiquait un méchant tableau, on disait : « Faites-en un pareil.» Il répondit : « Si on me sert des œufs pourris, ie dis : ils sont pourris et je ne suis pas la poule qui pond pourtant ! » Soyons pluo eérieux 4 Que demander aux artistes de « l’art vivant » et surtout à leurs hyperboliques et volubileux hérauts ?Bien peu de choses.Simplement de ne pas confondre ji’absolu avec le relatif, l'époque de la formation avec celle des fruits, un moment de l'évolution de la peinture avec son terme définitif, l'enfance spirituelle avec les enfantillages, l'ingénuité de la première enfance avec la fraîcheur de l'enfance reconquise, la liberté avec la licence et l'arbitraire, la fantaisie avec la sottise, la spontanéité avec l’effronterie, la ressemblance avec la copie, la « création » de l'artiste avec la AVRIL 1947 69 création divine, etc.Qu'ils se gardent surtout d’absorber la morale et même toute la sagesse dans l'esthétique.Et je leur laisse a méditer ces réflexions d'André Lhote : « La peinture cessera d'être bourgeoise pour devenir héroïque, ou elle ne sera pas.L’essentiel, c'est que l'art nouveau reflète de façon puissante et poétique, sans ménagements mièvres, à la fois l'incertitude des temps actuels, et l’immense aspiration des hommes vers plus d'ordre et de douceur.Son langage ne peut être qu'indirect, allusif : le moment n'est pas venu de fixer durablement les apparences qui se déflorent sans cesse pour essayer douloureusement de se recomposer »*.Malheureux que je suis î ils brandissent déjà ce texte pour me confondre.Théophile BERTRAND 4 Les Lettres françaises, 14 oct.1944.Nous ne serons jamais, nous ne pouvons pas être, de ceux qui abaissent l'honneur de leur intelligence à tracer, pour réjouir la grossièreté du peuple ou la grossièreté plus repoussante de l'impie, ces récits odieux, ces tableaux funestes, qui sont aujourd'hui l'occupation presque générale des^artistes et des écrivains.Nous ne ferons pas notre complaisance de peindre et d'excuser les plus hideuses fureurs de ce vice deux fois réprouvé dans les Commandements, et dont l'Apôtre nous a dit : Que le nom n en soit pas même prononcé parmi vous l Louis Veuillot Si cette largue (la langue française) transfigurée, gui, après avoir eu pour types Rabel'i’a et Marot, avait pu montrer, avec un légitime orgueil, comme ses maîtres et ses docteurs, Bossuet et Racine, et, derrière ces deux noms splendides, une suite si belle de noms fameux., aujourd'hui déchue, n'offre plus ni sa majesté du grand siècle, ni même la grâce, la prestesse et la fraîcheur dont 1 école gauloise, d'ailleurs détestable, l'avait cependant parée ; si elle n’est plus qu'obscure et fade chez les uns, lourdement et brutalement libertine chez les autres, dévergondée, bâtarde et sans lois chez la plupart ; si ce grand et beau fleuve, à la fois profond et limpide, répandu maintenant sur les terres, n’est plus qu un marais pestilentiel ; s'il nous faudra bientôt étudier le français de Bossuet comme une langue morte, et celui des journaux comme on étudie l'allemand, — plus ce malheur est déplorable, plus il nous touche, plus nous devons glorifier la foi chrétienne, qui l'a retardé et rendu moins amer, en inspirant tant de chefs-d'œuvre impérissables, pour nous consoler.Plus nous devons aussi, — lorsque Dieu nous permet, à nous, pauvres et indignes, d élever la voix sur ces miracles et sur sa bonté, — chercher à nous rapprocher de ce beau langage, qui fut dans notre France celui de ses fidèles et de ces saints., Louis Veuillot 70 LECTURES Les bibliothèques du Québec PLAN GÉNÉRAL D'ORGANISATION D'APRÈS L'ÉCOLE DE BIBLIOTHÉCAIRE.Ie 4 novembre 1944, le Conseil de l’Ecole de Bibliothécaire4 de l Université de Montréal publiait un manifeste au sujet de ïorganisation des bibliothèques dans la Province de Québec.Dans le numéro de janvier de Lectures* nous Jaisions allusion à ce mani-jesle.Pour aider les personnes et les œuvres qui désirent travailler h la mise en application de ce plan général d’organisation, nous en reproduisons ici l’essentiel, sous une jorme schématique.« Les bibliothèques appartiennent aujourd'hui, du consentement unanime, au domaine éducationnel.» Partant de ce principe, le Conseil de l’Ecole suggère qu’au Comité Catholique de 1 Instruction Publique soit rattaché un service spécial de bibliothèques dont le nom pourrait être Office provincial des bibliothèques.I.— Rôle de l'Office provincial des bibliothèques : 1.élaborer la législation générale destinée à toute la Province ; 2.faire des enquêtes sur l’état des bibliothèques ; 3.promouvoir la croissance des bibliothèques ; 4.preparer des plans generaux et en surveiller l’exécution ; 5.distribuer et répartir selon les besoins ou selon d'autres principes qu ils pourraient poser, les subventions que le Gouvernement fédéral pourrait accorder dans l’avenir aux bibliothèques.IL — Commissions rattachées à l’Office provincial des bibliothèques : 1.Dans les grandes municipalités : des commissions municipales de la bibliothèque.a) Rôle d'une commission municipale : susciter ou développer une bibliothèque municipale, avec des succursales s’il en est besoin.b) Membres d'une commission municipale : — P évêque ou son représentant ; — le maire, ou son représentant ; — un représentant de l'Université ou de l'une des principales institutions d’enseignement de l'endroit ; — un représentant de la commission scolaire ; — deux ou trois conseillers ; — le bibliothécaire de la Municipalité.1 Page 259.AVRIL 1947 71 2.Dans les campagnes : des conseils régionaux de bibliothèques chargés d'unites régionales embrassant un ou plusieurs comtés ou mieux un diocèse.a) Rôle d'un conseil régional : — établir une bibliothèque centrale dans la ville la plus importante ou la plus centrale de la région, deux ou trois dépôts intermédiaires et des succursales dans chaque village ; — établir un système de circulation approprié de la bibliothèque centrale aux autres bibliothèques, au moyen de bibliobus, de messageries, de postes, etc.b) Membres d’un conseil régional : Ces conseils pourraient être constitués un peu comme il est dit ci-dessus pour les commissions municipales.La mi*e en œuvre de ce plan comporte de nombreux avantage*.Voici à notre avi* te* deux principaux.En premier lieu, il e*l de nature à mettre de ïensemble dan* tou* le* mouvement* qui *e de**inent un peu partout dan* la Province pour / organisation de* bibliothèque*.En vecond lieu, il permettrait d’ utiliver, au maximum, toute* le* bibliothèque* et depot* de livre* , cxivtant chez nou*.Et ceci pour deux rai*on* : tout d abord parce qu il vauve-garde le* droit* de* bibliothèque* actuelle* qui pourraient * y intégrer, à un *lage ou à l’autre, comme centrale*, dépôt* ou *uccur*ale* ; et en*uik parce qu’il garantit une telle orthodoxie doctrinale et morale que ceux qui, à l'heure actuelle, dirigent ou po**èdent de* bibho- , tbèque* pourraient * y rallier *an* craindre de manquer aux fin* qu il* *e dont propo*ée*.Il n’evt donc pa* *urprenanl que ce plan ait été approuvé par C/l**emblée de* archevêque* et évêque* de la Province de Québec, le 20 décembre 1944, et qu’il ait été l'objet de commentaire* trè* javo-rable* dan* le* journaux et périodique* (Le Devoir, 14 jévrier 1945 ; Action Catholique, 4 novembre 1944 ; Le Droit, 15 novembre 1944 ; Relations, janvier 194b ; etc.,) d'un vœu adopté au Congre* de la Société Saint-Jean-Bapti*te, le 2b novembre 1944, et d’une révolution de /' Avvocialion Catholique de* Bibliothèque* Canadienne*, adoptée lor* de l’a**emblée générale du 1er décembre 1945.Concluon* en citant ce pavvage vignificalij de l’article de Relations que nou* venon* de *ignaler : « Celle volution correvpond a cent an* d’une expérience heureuve chez nou* dan* le domaine parallèle de l’in*!ruction publique, el nou* crayon* quelle permettra, en v mettant le lemp* nécevvaire, l ulili*ation plu* rationnelle de* nombreuve* bibliothèque* existante* el leur épanouivvemenl en un vervice de bibliothèque* qui couvre tout le territoire de notre province.» Paul-A.MARTIN, ptre, c.s.c.72 LECTURES ETUDES CRITIQUES Shakespeare et Shakespeare (suite) SHAKESPEARE-BACON Dans un ouvrage intitulé Shakespeare, Bacon and a Tertium Quid, xM.II.B.Simpson, étudiant la physionomie intellectuelle et morale de l'auteur du théâtre shakespearien, se le représente ainsi : « Nous imaginerions le fils cadet de quelque grande famille, né pour l'opulence et une haute position sociale., un ami plus ardent encore des livres, mais, par-dessus tout, un homme possédé d’un intérêt passionné pour ses semblables ».Or, alors que M.Abel Lefranc parvenait à démasquer, dans une habile argumentation1, la personnalité de William Stanley sous le pseudonyme de William Shakespeare, le parti baconien devait, à la même époque, tirer le plus grand prolit d'une découverte inattendue.Pour les mêmes raisons qu’Abel Lefranc, les Baconiens refusaient la qualité d'auteur dramatique à l'illettré de Stratford-sur-Avon ; mais, et c'était là un fait curieux, chaque école semblait pouvoir raisonnablement appliquer à son favori une concordance, non absolue mais vraisemblable, entre la vie et l'œuvre de l’auteur présumé : la vie morale et sentimentale de l'écrivain, ses épreuves, les événements particuliers de sa carrière politique, ses querelles de famille, ses voyages, ses rêves, ses observations, son expérience des hommes, les raisons de son incognito : tout cela, la personnalité de Bacon le reflétait aussi bien que celle de Stanley ; tous les deux appartenaient à l'aristocratie anglaise ; tous les deux avaient fréquenté les cours d’Angleterre et de France, avaient voyagé en Italie, subi le choc d'un amour malheureux, Stanley avec la jeune amie de sa femme, Bacon avec Marguerite de Navarre, autant de déceptions amères qui avaient pu créer dans l'imagination de chacun d’eux la mystérieuse figure tie la femme brune des Sonnets et l’intrigue sentimentale de Love's Labour Li si ; tous les deux avaient été mêlés aux cabales qui compliquèrent singulièrement la fin du règne d'Elisabeth ; tous les deux, enfin, possédaient cette culture littéraire et ce thon lyrique qui ont porté la poésie shakespearienne au plus haut degré de beauté jamais atteint par le vers anglais.1 Cf.Lectures, mars, 1947, p.9-15.AVRIL 1947 73 Et chaque école poursuivait ses recherches en quête d'un manuscrit, ou d’un document qui pût apporter une preuve authentique, une certitude absolue en faveur de son auteur préféré, quand, il y a quelques années, la découverte toute fortuite d’un message chiffré dans l'épitaphe de la pierre tombale de Shakespeare donna aux chercheurs une orientation nouvelle.Le colonel Fa-byan, éminent cryptologue de l'armée américaine, avait réussi, en appliquant le système connu sous le nom de Frederici, à sortir en texte clair cette phrase particulièrement troublante que nous traduisons en français : Francis Bacon a uoé 3’un chiffre dano un manuscrit de IF ni R.Aussitôt le colonel Fabvan se mit au travail avec le personnel du bureau qu'il avait organisé dans ses laboratoires de Riverbank, Illinois.On connaissait le chiffre de Bacon ; ce qu'il fallait surtout, c'était rechercher les vieux manuscrits de l’époque, en particulier ceux qui avaient pu être imprimés par les soins de William Rawley, car les deux initiales se rapportaient, sans aucun doute, au chapelain et secrétaire de Bacon.On en groupa plus de quarante, dont les éditions variaient entre 1579 et 1628 ; puis Mme E.W.Gallup se vit confier la direction des travaux de décrypte-ment, d'après le procédé que Bacon avait lui-même indiqué dans ses deux ouvrages intitules : Advancement of learning (1605) et De dignitate et au g menti a ocientiarum (1623).Le système employé par Bacon n'a rien de commun avec les divers procédés bien connus de substitution, tel le document qui fait l'objet du conte d'Edgar Poe, te Scarabée d'or ; ni de transposition, avec l'emploi d’une grille dont Jules Verne agrémente les aventures de son Mathias Sandorf.L'inconvénient de ces procédés, quelle que soit la complication de leurs multiples variantes, c'est que, à première vue, on se trouve devant un texte inintelligible, donc présentant un masque, un truquage qui tente la sagacité des décrypteurs.Qui d!entre nous, rencontrant un monsieur avec un faux nez de carton, n’éprouve pas le malin désir de le lui enlever ?Un beau maquillage, au contraire, qui laisse au visage une apparence autre, mais normale, défie toute attention.C est là toute l’astuce du système de Bacon, si souvent employé dans le service d'espionnage : au lieu de dissimuler un écrit secret dans un cryptogramme inintelligible, on le cache sous un texte parfaitement clair et d’allure anodine : procédé excellent d'ailleurs, puisque le secret de Bacon ne fut découvert que 300 ans plus tard.Ce système de chiffrement, connu sous le nom de bilitère, consiste dans l'emploi de caractères d'imprimerie de deux formes différentes.Si nous appelons a et b les formes typiques employées, le nombre d'arrangements que l’on peut faire avec ces deux formes, en les groupant par cinq, est de trente-deux (2 puissance 5).De fait, Bacon n'emploie que 24 de ces groupes pour représenter les 24 lettres de l'alphabet, les lettres i et /, u et o étant indifféremment employées l'une pour l'autre.Chaque groupe de cinq 74 LECTURES lettres du texte clair chiffre une lettre du message secret, par exemple : aaaaa chiffre a ; aaaab = b ; aaaba = c ; aaabb = d ; aabaa = e, etc.Le procédé de Bacon était simple, mais pas nouveau ; il avait été déjà employé par Frederici sous une forme un peu différente dont nous trouvons la description dans un ouvrage intitulé Cryptograph ia publié plus tard à Hambourg, en 1685.Frederici utilise trois formes de lettres au lieu de deux, mais il les groupe par trois au lieu de cinq ; le nombre d’arrangements possibles est donc de 27 (2 puissance 3).Le système de Frederici présente un avantage indiscutable : les textes clairs, pour dissimuler le même secret, sont beaucoup moins longs, mais, par contre, l'emploi de trois types de lettres multiplie les causes d'erreurs et attire plus facilement l'attention des initiés ; de fait, c'est le chiffrement de Frederici, sur la pierre tombale de Shakespeare, qui a révélé celui de Bacon dans les manuscrits de Wm R.Une fois en possession des œuvres originales sur lesquelles le travail de décryptement pouvait s'effectuer, les savants spécialistes se trouvèrent en présence d'une tâche considérable : il fallait, en effet, non seulement rechercher dans quarante volumes les passages cryptographiés, y découvrir, tissé dans le texte clair, le texte dissimulé, mais en établir le classement, en reconstruire les parties douteuses, et surtout savoir retrouver dans les caractères des différents ateliers, où ces ouvrages furent imprimés, les types correspondant aux formes bilitères.Mme Gallup y perdit la vue, et mourut à la tâche après vingt ans d'un travail prodigieux.Le résultat, cependant en valait la peine, car une fois le texte reconstitué, le colonel Fabyan se trouva en présence d'une découverte unique : la stupéfiante confession de Bacon, révélation bouleversante, exprimée dans un style pathétique, comparable à celui des meilleures pages du célèbre chancelier.En voici quelques extraits : « Au dcchiffreur — Prends et lis : c’est une nécessité cruelle qui m'impose ce chiffre aride et plein de difficulté comme moyen ou procédé de transmission.Bien que constamment entouré, menacé, épié, j'ai écrit cette histoire complètement chiffrée, pleinement convaincu en mon âme et conscience, que le monde entier voudra savoir la vérité.Mon but principal, comme vous pouvez le supposer, est d’écrire une histoire secrete de ma propre vie en même temps qu'une histoire véridique de l'époque.Pour que ce récit constitue une histoire vraie, digne d'être conservée, je n'en ai rien retranché, quelque désagréable pour moi et aride pour le lecteur que cela puisse être.Mais je voudrais pouvoir en oublier une partie après en avoir témoigné.(( Je suis en réalité, en vertu de ma naissance, le fils roval quoique sacrifié, de notre très glorieuse bien que très coupalde reine Elisabeth, de la race que le vaillant Edouard rendit vrai- AVRIL 1947 75 nient célèbre.Mon vrai nom est Tudor.Sir Nicolas Bacon ne fut que mon père adoptif.Mais c’est à Lady Anne Bacon, sa femme.que je dois la vie.Ce fut grâce à son intervention que l'heure de ma naissance ne fut pas celle de ma mort.Sa Majesté aurait voulu me faire disparaître secrètement.Celle qui me mit au monde méditait en effet un projet infernal, et au moment de ma naissance, insultant à tous les instincts des mères, cette femme affolée criait : Tuez, tuez.» Lady Bacon, ayant mis au monde un enfant mort-né, put donc assurer l'éducation de Francis dans le plus grand secret, avec l'assentiment d'Elisabeth.Mais un jour, alors qu'il était petit page de la reine, l’enfant assista à une scène orageuse entre cette dernière et une de ses suivantes.La reine, dont l'honneur venait d'être compromis, perdit toute retenue et laissa échapper cet aveu : « Vous êtes mon propre fds, mais quoique vous soyez d’un esprit vif et supérieur, vous ne dominerez ni l’Angleterre, ni votre mère et vous ne régnerez pas.J’écarte pour toujours de ma succession mon premier fds bien-aimé qui a béni mon union avec.Non, je ne le nommerai pas.)) Bouleversé, Francis courut en pleurant se jeter dans les bras de Lady Bacon et la supplia de lui dire la vérité.Il apprit alors le mariage secret de la reine avec un gentilhomme, le comte de Leicester, les incidents de sa naissance, la substitution des | enfants, la naissance d'un autre frère, le comte d'Essex ; et Lady Bacon désolée que la reine eut ainsi brisé le serment du secret promis, supplia à son tour : « O Francis, ne brisez pas le cœur de votre mère.Je ne puis vous laisser me quitter après toutes les années que vous avez ete le fils de mon cœur.)) Mais Francis Bacon ajoute : « On dit qu'un malheur non mérité n'arrive jamais.C'est peut-être vrai pour quelques-uns ; il est certain que pour moi une malédiction injuste m'a frappé et que ma vie tout entière en a été obscurcie.» De fait, quoiqu’il se fût délibérément tenu a l'écart des intrigues de cour, quoiqu'Elisabeth eût fait exécuter les plus dangereux prétendants au trône, Marie Stuart et le Comte d'Essex, Francis fut banni à la cour de France où il paraît se résigner à son infortune en cherchant des consolations dans le travail : « Je voudrais pouvoir écrire des ouvrages dans un style très élevé, qui soient également appropriés a la représentation sur la scène et à la lecture dans les bibliothèques.Si ce résultat pouvait être atteint dans une certaine mesure, mon travail serait sûrement un bienfait pour la postérité.Cet espoir entretient mon ardeur 76 LECTURES au travail.Un nom de soldat ne vit qu'une génération, celui d'un savant est immortel.(( Il était nécessaire de prendre des dispositions adéquates, et de trouver des moyens nouveaux, inconnus des plus prudents, pour pouvoir communiquer des choses dangereuses., car ayant écrit des œuvres d'histoire dramatique, j’aurais couru un danger si grand qu'un mot sur la reine Elisabeth m'aurait sans doute valu une terrible tin, une sortie sans retour.« J'ai fait des pièces de plusieurs genres, histoire, comédie et tragédie.Il en est un grand nombre au théâtre, et elles ont, publiées sous le nom de Shakespeare, gagné sans nul doute une renommée durable.Mes pièces ne sont pas encore achevées, mais je me propose d'en publier plusieurs prochainement.Cependant le travail du chiffre est si long, que je ne pourrais dire quand d'autres pièces seront publiées.Le prochain volume portera le nom de Shakespeare.Quelques œuvres, déjà publiées, et dont je suis l'auteur, portent son nom ; aussi l'ai-je préféré à beaucoup d'autres que je considère pourtant d'un égal mérite.Comme j'ai fait paraître un certain nombre de pièces dans son théâtre, je continuerai à le lui donner, car il agit tel l'esclave de ma volonté.Mon nom n'accompagne jamais aucune pièce.le secret demeure dans son coffret et ignoré de tous.sous cette grande écriture chiffrée qui est bien plus finement travaillée que l'or.« J'utilisai aussi le nom de Marlowe avant de prendre celui de Wm Shakespeare.Greene, Sjpenser, Peele, Shakespeare et Marlowe sont les noms qui jusqu ici m'ont servi de masque, et ils n'ont pas causé de surprise marquée puisque les titres portent leurs noms qui sont familiers aux lecteurs.(( Quiconque écrit pour le théâtre est méprisé.Ainsi nul ne s'étonne, quand paraît une pièce qui rapporte de l’or, d'v voir un nom quelconque, et c’est grâce à ce nom que l'auteur qui s'en couvre va éviter d'être soupçonné comme responsable de la pièce.(( Plusieurs comédies qui, en ce moment sont telles des étrangères inconnues, puisqu'elles n'ont pas de titre que ce qu’il faut aux comédiens pour se les rappeler, et que le nom de l’auteur y est déguisé, si tant est qu'aucun l'y découvre, seront dès le jour commode et propice, publiées par Shakespeare, c’est-à-dire sous son nom, qui a déjà couvert un grand nombre des meilleures pièces que nous avons pu écrire.Nous ne cessons d'en ajouter d'autres, écrivant de deux à six pièces de théâtre par an.« Cette œuvre sera la plus grande tie notre temps.La renommée va s'en étendre par delà Tes mers jusqu’aux pays les plus lointains, et quand sera prononcé le nom de Francis Bacon, celui du déchiffreur, joint au mien, devra recevoir un hommage égal.AVRIL 1947 77 « Tandis que de nombreux auteurs reçoivent tout de suite le prix de leurs travaux, j'attends le mien des hommes de l'avenir : la postérité me doit de réparer avec équité l’oubli actuel.Cette heure de la reconnaissance a-t-elle enfin sonné pour Francis Bacon ?Nous r'osons l'affirmer, car la découverte de cette stupéfiante confies?ion, quoiqu'elle reste inattaquable dans sa documentation historique et littéraire, demeure suspecte aux yeux d'un très grand nombre, quant à la valeur même du document cryptographique.Le résultat de ce long message chiffré, la traduction en couvre dix chapitres, n'est pas en contradiction avec l'opinion de certains critiques de langue anglaise comme Lord Palmerston, Lord Hougton, John Bright, Emerson, Dr Furness, Mark Twain, Lord Beaconsfield, Taco de Beer, Gladstone, etc., qui reconnaissaient déjà la main d'un Bacon dans l'œuvre shakespearienne.Le seul fait que le document chiffré présente un nom qui soit en concordance avec l'opinion de personnalités dont la compétence est universellement reconnue, mérite de retenir notre attention.L'important est de savoir qui a rédigé, puis chiffré ce document dans quarante ouvrages, par fragments de longueur variable.C’est ce problème que le général Cartier, ancien Chef du Service du Chiffre pendant la première grande guerre, cherche à résoudre dans le livre qu'il fit paraître en 1938.Avec toute l'objectivité de sa conscience professionnelle, l'auteur entend bien n'apporter à-son jugement qu'une valeur très restreinte, reposant uniquement sur son expérience en cryptographie.Quoiqu'il laisse aux érudits qualifiés le soin d'apprécier le document nouveau au point de vue de l'histoire littéraire, le général estime que le fait d'attribuer à Bacon la paternité des œuvres de Shakespeare est aussi vraisemblable que la relation des événements dont est tissée son autobiographie, et que les historiens de cette époque n’ont pas infirmés.Il serait intéressant de faire à ce sujet des recherches dans les archives des familles dont certains membres, hommes ou femmes, ont vécu dans l'entourage immédiat d'Elisabeth.C'est ce à quoi la Société Baconiana s'emploie depuis vingt ans* *.Etant donné ce qui est connu des mœurs d'Elisabeth, il est parfaitement possible qu'elle ait eu un ou plusieurs enfants ; il * Cartier (Général), Un problème de cryptographie et d’histoire.Paris, Mercure de France, 1938, p.60-187.* Cf.la collection des revues : Baconiana (Bacon Society Incorp., 30 Ridinphouse Street, London) et American Baconiana (The Bacon Society of America, 764 Woolworth Building, New York).78 LECTURES est également rationnel d'admettre que les indiscrétions ont pu être évitées en raison du danger certain qu'elles auraient fait courir à leurs auteurs.Tous les détails donnés par le document sur la rivalité entre Elisabeth et Marie Stuart, l'afTairc du complot d'Essex et la fin tragique des deux victimes semblent conformes à la réalité et peuvent être facilement contrôlés.Le séjour de Francis à la cour de Navarin, son aventure malheureuse avec Marguerite, la sœur du roi de France, expliqueraient un des premiers chefs-d'œuvre de Shakespeare Love a Labor Loot et certains de ses Sonneto ; et comme l'on comprend mieux alors la parution des grands drames sombres Macbeth, Hamlet, Lear, Othello, où l'humanité semble fatalement courbée sous la maîtrise et le triomphe du vice, quand l'on sait comment Bacon apprit la mort de son père (?), comment il put suivre de près le drame de Marie Stuart, comment il assista au procès et à l'exécution de son frère (?) Robert d'Essex, comment, enfin, il vit mourir de chagrin sa mère ( ?) Elisabeth après cette dernière tragédie.Rapidement4 le général Cartier reprend les principaux arguments d'Abel Lefranc, et les applique avec non moins d'habileté au cas de Bacon qui, après lecture du document, paraît aussi bien remplir toutes les conditions reconnues indispensables à l'attribution de l'œuvre shakespearienne.Quant à la valeur du document lui-même, deux questions se posent à l’esprit : quelle est l'identité du chiffreur et quelle est la compétence du décrypteur ?A la première question le général Cartier répond que, d'après les spécialistes de la critique littéraire, la plupart estiment que le texte de cette autobiographie est du style le plus pur de Bacon ; que Bacon s'est maintes fois servi, avant même qu'il fût chancelier, d'un mode de chiffre personnel dont il a décrit l'emploi dans les deux ouvrages précites.Il y a donc de très sérieuses présomptions pour qu'il soit le rédacteur et le chiffreur de ce document secret ; mais aucune preuve formelle vraiment concluante, comme le serait par exemple un manuscrit présentant toutes les caractéristiques de l'écriture bien connue de Bacon, n'a pu jusqu'ici confirmer l'exactitude de cette opinion.Sur la question de compétence du décrypteur, le général Cartier est formel.Ses rapports avec le colonel Fabyan et le personnel de son service lui permettent d'affirmer, « après vérification des minutes de ces déchiffrements, que les travaux de technique pure effectués par ces cryptologues dénotent chez leurs auteurs des aptitudes qu'il a rarement rencontrées dans sa longue 4 Op.cit., p.193-200.AVRIL 1947 79 carrière.» Nous avons nous-mêmes4 étudié les planches photographiques des manuscrits et nous pouvons certifier que rien ne permet de croire à une supercherie.Certains types bilitères sont parfois douteux, et il a fallu recourir à des interprétations qui peuvent être erronées ; en général, les erreurs de ce genre, si elles sont isolées et peu fréquentes, n’empêchent pas le déchifîreur de rétablir correctement les mots et les phrases du texte original.On a objecté l’invraisemblance qu’un fait historique d’une telle envergure ait pu rester 300 ans dans le secret le plus absolu ; on oublie que bien d’autres documents dorment sous la poussière des archives des grandes chancelleries, et qu’il faudrait des vies d’hommes pour reconstituer la clé des énigmes qu'ils renferment.Que n'a-t-on pas écrit sur le Manque de Fer ?Or, c'est par hasard qu’un cryptogramme, signé Louvois, fut découvert dans les papiers de famille du Maréchal de Catinat.Après des années de recherches, le commandant Bazeries vient d’en déchiffrer le texte, détruisant toutes les hypothèses qui, pendant des siècles, ont défrayé la chronique scandaleuse et excité une malsaine curiosité.Le Jlaoque de Fer n'avait été ni le surintendant Fouquet, ni un frère du roi, ni un amant de la reine, ni un prélat romain, niais simplement le Lieutenant-Général de Bulonde dont la rebellion, au siège de Coni, avait motivé ce châtiment exceptionnel de la part du Grand Roi.La grande histoire, l’histoire vraie attend encore que des chercheurs la découvrent.On objecte, enfin, que toutes ces discussions sur l'authenticité des œuvres de Shakespeare sont d’importance bien secondaire : Iiourquoi ne pas laisser à l’acteur de Stratford une paternité que a tradition lui a toujours reconnue, puisqu'on ne peut se mettre d'accord sur un autre nom ?Il est vrai que (juel que soit l'écrivain proposé, Shakespeare, Bacon ou Derby, l’œuvre reste toujours dans le domaine littéraire du génie anglais ; cependant cette manière de voir est un peu trop simpliste : elle ne satisfait ni notre amour de la vérité, ni notre besoin de justice qui nous pousse à rendre à César ce qui est à César.Amable LEMOINE, Docteur ès Lettres.4 L'auteur de cet article fut Chef du Service du Chiffre au Grand Quartier Général Aérien pendant la campagne de France 1939-1940.80 LECTURES Le Gide des nourritures terrestres' , .Avant le Gittade la Porte elroile (1909), aux tendances jansénistes, il y a le Gide des Nourritures terrestres (1897), et ce sont la deux Gide totalement opposés.Alors que la Porte étroite donne un sens sublime a la vie, — trop sublime même, et dangereux puisque 1 auteur, au nom de l'Evangile du Christ mal interprété, propose un renoncement impossible — les Nourritures terrestres apparaissent comme le chant de victoire d'un païen qui, dépas-sant et méprisant la réserve et la pudeur des vrais païens d'autrefois, célébré, dans un lyrisme débordant, la gloire de la terre et des sens.André Gide s'adresse à un jeune disciple, qu'il appelle Nathanaël, et il entonne devant lui l'hymne de la liberté totale, ( toutes les jouissances terrestres et sensuelles, variables a 1 infini, 1 hymne de la ferveur mondaine et du plaisir malsain*.«Satisfactions ! Je vous cherche.Vous êtes belles comme les aurores d'été.»3 «Nourritures 1 Je m'attends à vous, nourritures ! Satisfactions, je vous cherche ; Vous êtes belles comme les rires de l'été.Je sais que je n'ai pas un désir Qui n'ait déjà sa réponse apprêtée.Chacune de mes faims attend sa récompense.Nourritures 1 Je m'attends à vous, nourritures ! Par tout l'espace je vous cherche, Satisfactions de tous mes désirs.»4 , x Ces désirs, trop comprimes par une éducation protestante severe, Gide les laisse éclater lorsque, dans un voyage en Afrique, _T _ 1 * Gide (André), Les Nourritures terrestres.N.R.F.[1897J.(Réimpr.par Variétés, Montréal, oies luches, no 163, 5 avril 1945, p.22.Paris, Gallimard, Ed.de la 1944.) 208 p.19 cm.— Cf.Mauvais 5 Le chapitre 1er du livre IV m’apparaît comme le résumé fidèle de l’œuvre.3 Les Nourritures terrestres, p.39.4 Ibid., p.40.AVRIL 1947 81 il découvre la vie des sens.Un cri, un immense cri de liberté s'échappe de son cœur et il se met à haïr tout son passe, tout cq qui retient, tout ce qui est règle et tradition, tout ce qui emprisonne l'âme : «Je me reposais n'importe où.J’ai dormi dans les champs.J'ai dormi dans la plaine.J'ai vu l'aube frémir entre les grandes gerbes de blé ; et sur les hêtraies s'éveiller les corneilles.Au matin Je me lavais dans l'herbe et le soleil naissant séchait mes vêtements mouillés.— Qui dira si jamais la campagne fut plus belle que ce jour où je vis les riches moissons rentrer parmi les chants, et les bœufs attelés aux pesantes charrettes 1 «Il y eut un temps où ma joie devint si grande que je la voulus communiquer, enseigner a quelqu un ce qui le long de moi la faisait vivre.«Les soirs, je regardais dans d'inconnus villages les foyers, dispersés au jour, se reformer.Le pere rentrait, las du travail ; les enfants revenaient de l'ecole.La porte de la maison s entr ouvrait un instant sur un accueil de lumière, de chaleur et de rire, gt puis se refermait pour la nuit.Rien de toutes les choses vagabondes n'y pouvait plus rentrer, du vent grelottant du dehors.Familles 1 je vous hais I foyers clos ; portes refermées ; posses- ; sions jalouses du bonheur.Parfois, invisible de nuit, je suis reste penché vers une vitre, à longtemps regarder la coutume d une maison.Le père était là, près de la lampe ; la mère cousait ; la j place d'un aïeul restait vide ; un enfant, près du père, travaillait ; et mon cœur se gonfla du désir de l'emmener avec moi sur les routes.«Le lendemain je le revis, comme il sortait de l’école ; le surlendemain je lui parlai ; quatre jours après il quitta tout pour me suivre.Je lui ouvrais les yeux devant la splendeur de la plaine ; il comprit qu'elle était ouverte pour lui.J'enseignai donc son âme à devenir vagabonde, — joyeuse, enfin — puis a se detacher même de moi, à connaître sa solitude.»6 Livré à sa fantaisie, cet enfant, comme Gide, comme Nathanaël, ira goûter à toutes les jouissances terrestres.Il s'enivrera de la beauté de la terre et du parfum capiteux des sens.Se gardant bien de fixer son cœur à quoi que ce soit, il etanchera avidement sa soif à toutes les sources de la vie, sans se préoccuper jamais d'aucune morale.« Tous, toutes, tout, toujours 1 », vcila la devise qu'on pourrait lui donner.Toujours 1 Nécessité de vivre dans un état de « ferveur », dans une exaltation continuelle, dans une excitation toujours nouvelle.La vie, c'est le risque.La vie, c'est la violence et 1 amour du danger.4 Ibid., p.78-79.82 LECTURES - , dix-huit ans, quand j eus fini mes premières études, dit Menalque* *, 1 esprit las de travail, le cœur inoccupé, languissant de 1 etre, le corps exaspéré par la contrainte, je partis sur les routes, sans but, usant ma fièvre vagabonde.Je connus tout ce que vous savez : le printemps, l'odeur de la terre, la floraison des herbes dans les champs, les brumes du matin sur la rivière, et la vapeur du soir sur les prairies.Je traversai des villes et ne voulus m arrêter nulle part.Heureux, pensais-je, qui ne s'attache a rien sur la terre et promène une éternelle ferveur à travers les cons-m°hihtes.Je haïssais les foyers, les familles, tous lieux ou homme pense trouver un repos — et les affections continues, et les fidélités amoureuses, et les attachements aux idées.; )e disais que chaque nouveauté doit nous trouver toujours tout entiers disponibles.»7 * * * A y regarder de près, et en décantant ce livre de tout le poison qu il contient, on doit reconnaître que beaucoup de pages pourraient s intituler, comme l'ouvrage de Pierre Termier : A la gloire de la Terre l Gide est un admirable poète.Il chante la nature avec une voix toute fraîche, en se servant des richesses indiscutables du symbolisme.Rares ceux qui voient les arbres, les sources, les fleurs, les aubes avec des yeux aussi neufs que les SUr^S S' °S* !ui ^rouve plus sublime définition du poète : « Don du poète, tu es le don de perpétuelle rencontre ! ))* Et ce don, il le possède en plénitude, avec une puissance lyrique qui éclaté et se répand en strophes triomphantes : « Non ! tout ce que le ciel a d'étoiles, tout ce qu'il y a de perles dans la mer, de plumes blanches au bord des golfes, je ne les ai pas encore comptées.Ni tous les murmures des fouilles ; ni tous les sourires de I aurore ; ni tous les rires de l'été." Et maintenant encore que dirai-je ?— Parce que ma bouche se tait, pensez-vous que mon cœur repose ?O champs baignés d'azur ! O champs trempés de miel ! Les abeilles viendront, lourdes de cire.J'ai vu des ports obscurs où l'aube était cachée derrière le treillis des vergues et des voiles.Le départ furtif des barques, au matin, entre les coques des grands navires.On se courbait pour passer sous les câbles * Ménalque n'est qu'un aspect de l'âme de Gide.7 Les Nourritures terrestres, p.76-76.• Ibid., p.77.AVRIL 1947 83 tendus des amarres.La nuit j'ai vu partir des galions sans nombre, s'enfonçant dans la nuit, s’enfonçant vers le jour.))» On ne résiste pas au plaisir de chanter la ferme avec André Gide.A part quelques réflexions déplacées, tout le chapitre 2e du livre V est de l’authentique et simple poésie, dont je tire ces lignes d’anthologie : «Fermier 1 chante ta ferme.— Je veux m'v reposer un instant — et rêver, auprès de tes granges, à l’été que les parfums des foins me rappelleront.Prends tes clefs — une à une — ouvre-moi chaque porte.La première est celle des granges.Ah 1 que dans la chaleur des foins ne reposé-je près de la grange I.au lieu de, vagabond, à force de ferveur, vaincre 1 aridité du désert 1.J’écouterais les chants des moissonneurs, et je verrais, tranquille, rassuré, les moissons, provisions inestimables, rentrer sur les chariots accablés — comme d attendantes réponses aux questions de mes désirs.Je n'irais plus chercher de quoi les rassasier dans la plaine ; ici je les gorgerais à loisir.Certainement, Nathanaël, c’était, moi-même, moi, pas un autre, qui regardais ces mêmes herbes s agiter ces herbes maintenant, qui pour l’odeur des foins sont flétries, comme toutes les choses coupées — ces herbes vivre, être vertes et blondes, se balancer au vent du soir.— Ah 1 que ne revenir au temps ou, couchés au bord des pelouses.l'herbe profonde accueillait notre amour.— Le gibier circulait sous les feuilles ; chacune de ses sentes était une avenue ; et quand je me penchais et regardais de près la terre, de feuille en feuille, de fleur en fleur, je voyais une multitude d'insectes.» Je connaissais l'humidité du sol à l'éclat du vert et à la nature des fleurs ; tel pré se constellait de marguerites ; mais les pelouses que nous préférions et dont profitait notre amour étaient toutes blanchies d'ombelles, les unes légères, les autres, celles de la grande berce, opaques et considérablement élargies.\ ers le soir, elles semblaient, dans l'herbe devenue plus profonde, flotter, comme des méduses luisantes, libres, détachées, de leur tige, soulevées par la brume montante.La seconde porte est celle des greniers.Monceaux de grains, je vous louerai mes fermes sont closes 1 — Céréales : blés roux : richesse dans 1 attente, inestimable provision.— Que notre pain s'épuise 1 Greniers, ; ai votre clef Monceaux de grains, vous êtes là.Serez-vous tous manges avant que ma faim ne se lasse ?— Dans les champs les oiseaux du ciel, dans les greniers les rats — et tous les pauvres a nos tables.En reste-t-il jusqu'au bout de ma faim .'.— Urams, • Ibid., p.148.84 LECTURES je garde de vous une poignée ; je la sème en mon champ si fertile ; je la seme en la bonne saison ; un grain en produit cent, un autre mille.Grains ! ou ma faim abonde, grains ! vous aurez surabondé I Blés qui poussez d'abord comme une petite herbe verte, dites quel epi jaunissant portera votre tige courbée I — Chaume d’or, aigrettes et gerbes — poignée de grains que j'ai semés.La troisième porte est celle de la laiterie.La quatrième porte ouvre sur l'étable.La cinquième porte est celle du fruitier.La sixième porte est celle du pressoir.La septième porte ouvre sur la distillerie.La huitième porte est celle des remises : ., .Berlines ! toute fuite est possible ; traîneaux, pays glacé, ) attelle a vous mes désirs.— Nathanaël, nous irons" vers les choses : nous atteindrons successivement à tout.J'ai de l'or dans les fontes de ma selle ; dans mes coffres, des fourrures qui feraient presque aimer le froid.Roues, qui compterait vos tours dans la fuite.Calechês, maisons legeres, pour nos délices suspendues, que notre fantaisie vous enlève : charrues, que des bœufs sur nos champs vous promènent ! creusez la terre comme un boutoir : le soc inemployé dans le hangar se rouille, et tous ces instruments.Vous toutes, possibilités oisives de nos êtres, en souffrance, attendant — attendant que s'attelle à vous un désir, pour qui veut des plus belles contrées.Qu une poussière de neige nous suive, que soulèvera notre rapidité.Traîneaux 1 j'attelle à vous tous mes désirs.La dernière porte ouvrait sur la plaine.»10 * * * La preuve est donnée : André Gide est un grand poète.Il lui est naturel de parler en vers et en strophes, si naturel que les alexandrins — de beaux alexandrins — viennent se glisser involontairement dans sa prose11.On comprend alors l'enthousiasme que Gide a soulevé chez les jeunes.Que d adolescents se sont levés, à sa voix, pour rencontrer la nature et parcourir le monde 1 Depuis Alain Fournier {Le Grand Jleaulnea) jusqu'au scout de France Guy de Lari-gaudie, qu'ils sont nombreux ceux qui ont vu enfin la beauté de la creation, vrais pèlerins de l'univers 1 Ilelas ! Avec le bon grain, beaucoup aussi ont pris l'ivraie.« Gide exerça une emprise frémissante sur des jeunes gens fiévreux et égarés, assaillis de questions et de doutes.Il est l'initiateur de toute une partie de la littérature qui respire entre 1920 et 1940 »'*.10 11 » (1943J.Ibid., p.131-139.Voir par exemple les pages 40, 42, 43 et 148.Hædens (Kléber), Une histoire de la littérature Jrançaise.Paris, Seq (Réimpr.par Variétés (1945J.) 475 p.17.5 cm.; p.405.uana AVRIL 1947 85 La négation du mal moral, le scepticisme le plus absolu, sont, à côté de quelques passages d’une crudité choquante, les erreurs les plus néfastes des Nourritures terrestres.C'est blasphème que d’écrire : «Je m'attends à vous, nourritures î Ma faim ne se posera pas a mi-route ; Elle ne se taira que satisfaite ; Des morales n'en sauraient venir à bout Et de privations que je n’ai jamais pu nourrir que [ mon âme.Satisfactions î Je vous cherche.Vous êtes belles comme les aurores d'été.»1* Blasphème encore nue cette confidence désinvolte : «Je ne dus le salut de ma chair qu’à l'irrémédiable empoisonnement de mon âme — puis je ne compris plus du tout ce que j’avais voulu dire par là.Nathanaël, je ne crois plus au péché.»14 La « sincérité » devient ailleurs plus cynique : «Mon âme était l'auberge ouverte au carrefour ; ce qui voulait entrer, entrait.Je me suis fait ductile, à l’amiable, disponible par tous mes sens, attentif, écouteur, jusqu'à n’avoir plus une pensée personnelle, capteur de toute emotion en passage,^et de réaction si minime que je ne tenais plus rien pour mal plutôt que de protester devant rien.»1* Le nom de Dieu est traîné dans la boue : «Il y en a qui prouvent Dieu par l'amour que l'on sent pour lui.— Voilà pourquoi, Nathanaël, pour moi, j ai nomme Dieu tout ce que j'aime, et que j’ai voulu aimer.»14 «Tout est la forme de Dieu.»17 Qu’on me permette enfin de citer des lignes souverainement impies, non pas pour le plaisir de rééditer ces turpitudes, mais pour bien mettre en évidence les dangers auxquels s exposent lës imprudents qui choisissent sans discernement leurs maîtres : «Commandements de Dieu, vous avez endolori mon âme.Commandements de Dieu, serez-vous dix ou vingt ! Jusqu'où rétrécirez-vous vos limites ?Enseignerez-vous qu'il y a toujours plus de choses défendues .14 Les Nourritures terrestres, p.39.14 Ibid., p.48.14 Ibid., p.77-78.14 Ibid., p.46.,T Ibid., p.86.86 LECTURES - _ De nouveaux châtiments promis à la soif de tout ce que j'aurai trouvé beau sur la terre ?Commandements de Dieu, vous avez rendu malade mon âme, Vous avez entoure de murs les seules eaux pour me désaltérer.»1* Ce texte infâme livre la mesure du penseur.* * * Sous les apparences de la liberté et de la joie, le disciple de Gide est voué au naufrage dans un scepticisme total.De même c|ue le pèlerin du monde ne s'arrête jamais longtemps à la même etape, ainsi 1 intelligence, d'après Gide, ne doit se fixer à rien et haïr tout ce qui est règle, tout ce qui est choix, tout ce qui est définitif.D'où l'apostrophe : « Familles I Je vous hais ! » «La nécessité de l'option me fut toujours intolérable ; choisir m apparaissait non tant elire, que repousser ce que je n'élisais Das.Choisir, c'est renoncer pour toujours, pour jamais, à tout le reste.»1* Il ^a beaucoup de sophismes dans de pareilles affirmations, aussi vieilles que 1 orgueil et tous les péchés capitaux.Est-il vraiment libre celui qui ne se fixe jamais ?La vérité possédée ne donne-t-elle pas la vraie liberté ?« Veritas liberabit voa », disait le Divin Maître.Y a-t-il pire esclave que celui qui est « agité par tout vent de doctrine » ?C'est pourquoi nous trouvons fallacieuse cette réflexion d'André Maurois : Gide est un (( être divisé, et qui ne saurait sans périr renoncer à sa division »î0.C'est bien au contraire le salut qu'on trouve lorsqu'on choisit vraiment l'unique vérité 1 Choisir.Il jaul cboioir.Comme l'a sublimement montré Pascal, la vie elle-même, par le fait seul qu'elle est vécue, est un choix.Le logicien passionné a depuis longtemps répondu au scepticisme gouailleur des Nourritures terrestres.«C'est.assurément un grand mal que d'être dans le doute ; mais c'est au moins un devoir indispensable de chercher, quand on est dans ce doute ; et ainsi celui qui doute et qui ne cherche pas est tout ensemble et bien malheureux et bien injuste.Que s'il est avec cela tranquille et satisfait, et qu'il en fasse profession, et enfin qu'il en fasse vanité, et que ce soit de cet état même qu'il fasse le sujet de sa joie et de sa vanité, je n'ai point de termes pour qualifier une si extravagante créature.»21 u Ibid., p.141.1# Ibid., p.73-74.•° Maurois (André), Etudes littéraires, t.I.New York, Ed.de la Maison française, 1941.246 p.19 cm., p.89.21 Pascal, Pensées.Ed.Brunschwig.Section III.AVRIL 1947 87 Le mot est lâché : « extravagant ».C’est celui helas ! qui convient à tant de pages des Nourritures terrestres / II est extravagant celui qui par principe ne s’attache jamais a rien, ; il est extravagant celui qui par peur de ressembler aux autres, s'enfonce dans un individualisme forcené ; il est extravagant celui qui, pour fuir son âme, jette ses sens dans une activité desesperee, oubliant que le silence, et surtout le silence du cœur, est, d apres le joli mot de Madame Swetchine, « la patrie des forts » ; il est extravagant celui qui soutient qu'il faut toujours vivre dans une « ferveur dangereuse », parce que la plupart du temps cette « ferveur » sera vide et menteuse.Et c’est pourquoi, Martin du Gard affirme que les pourritures terrestres est « un livre qui brûle les mains ».D ailleurs, Gide ne s’est pas pris au sérieux puisqu il s est marie^ 1 annee même de son ouvrage.D’autres, des centaines de jeunes Français, ont eu le tort d’écouter sa voix : « Gide sait bien que son disciple gardera Les Nourritures terrestres à portée de la main et qu il prepare pour l’appareillage des escadres d enfants gidiens.Bientôt, la destruction de toute règle devient elle-même, une regie.La ferveur, l'inquiétude, la fuite, l'état de disponibilité, l’acte gratuit, le refus de tout choix sentimental ou raisonné, prennent le poids difficilement supportable de mots d’ordre intransigeants.Aucun écrivain, en effet, ne pèse aussi lourdement qu Andre Gide sur ses disciples et ne leur emprisonne plus sûrement l’esprit.Tous les gidiens se ressemblent et ce sont, en général, des garçons falots qui n’ont pas très bien compris leur maître et se donnent naïvement les manières de l’indépendance et de l’audace.Il leur suffit presque toujours de caresser les jeunes Arabes, de se rompre Pâme à des tourments vrais ou faux et de se pâmer dans les vergers de l'Afrique du Nord, pour se çroire enivres des sources cachées de l’existence.Le maître est, dans une certaine mesure, responsable de ses disciples.»21 « Jette mon livre », dit André Gide au dernier paragraphe, (( dis-toi bien que ce n’est la qu une des mille postures possibles en face de la vie.Cherche la tienne.»11 Oui, nous jetterons ce livre, sachant bien que sa (( posture » est insoutenable.La nôtre, il y a longtemps que nous l’avons trouvée : c'est celle de disciple du Christ, dans l’Eglise de Rome ; c’est celle que nous suivrons toujours, même si elle ressemble a la « posture » de millions d'êtres depuis vingt siècles, — surtout si elle lui ressemble, puisque nous sommes alors en compagnie de tant de héros et de saints.Paul GA Y, ptre, c.s.sp.88 11 Hædens (Kléber), Op.cit., p.406.*3 Les Nourritures terrestres, p.207.lectures DOCUMENTS La littérature sensuelle et mystico-sensuelle (Instruction (( Inter mala )) de la S.Congrégation du Saint-Office) Sous la rubrique « documents », nous publierons à l'avenir des textes officieb ou particulièrement remarquables sur des sujets connexes au but que nous poursuivons.Nous commençons avec le présent numéro en reproduisant, d’après la version Jrançatse des Actes de S.S.Pie AI, la célèbre instruction sur la littérature sensuelle et mystico-sensuelle que la Suprême Congrégation du Saint-Office a adressée aux archevêques et évêques du monde le 5 mai 1927.Cette instruction a une importance d’autant plus grande que S.S.Pie XI lui-même était à ce montent préjet du Saint-Office.* La Rédaction.Parmi les maux les plus funestes qui, de nos jours, corrompent totalement la morale chrétienne fet portent un immense préjudice aux âmes rachetées par le précieux Sang de Jésus-Christ, il faut stigmatiser surtout ce genre de littérature qui porte à la sensualité, aux passions mauvaises et à une espèce de mysticisme lascif.Il s’agit principalement de romans, de nouvelles, de drames, de comédies dont notre époque est incroyablement prolifique et qui se répandent partout chaque jour davantage.Si ces genres littéraires, pour lesquels beaucoup de lecteurs, et spécialement les jeunes gens, ont tant d attrait, se maintenaient dans les bonnes limites de la pudeur et de l’honnêteté, non seulement ils pourraient être une récréation inoffensive, mais ils pourraient servir aussi à la formation morale des lecteurs.Malheureusement, on ne peut assez déplorer, comme on vient de le dire, le très grave dommage qui découle pour les âmes, de cet en- 1 Pie XI (S.S.) Actes de S.S.Pie XI, t.IV, (année 1927 et 1928).Paris, Maison de la Bonne Presse [1932].237 p.20.5 cm.Parmi les maux [.] p.189-196.vahissement des livres, dont la fascination frivole n'a d'égale que l’immoralité.En effet, nombreux sont les écrivains qui peignent en couleurs vives l’obscénité, et, méprisant toute règle et toute retenue, font des récits pornographiques, tantôt à mots couverts, tantôt crûment et cyniquement ; ils décrivent, avec les plus subtils détails, les corruptions les plus dégradantes, et les revêtent de touç les charmes et de toutes les beautés du style, au point de ne rien laisser intact du domaine moral.On voit dès lors combien tout cela devient pernicieux, surtout pour les jeunes gens, chez qui l'ardeur de l’âge rend la continence plus difficile.Ces ouvrages, souvent peu importants, et qui circulent entre toutes les mains avec une étonnante rapidité, semant fréquemment jusque dans les familles chrétiennes des ruines lamentables, sont vendus à bon marché dans les librairies, dans les rues et sur les places des villes, et dans les bibliothèques de gares.Et qui ne sait que de pareils livres surexcitent l'imagination, déchaînent les passions honteuses et entraînent le cœur dans un cloaque de turpitudes ?Pire que ces- auteurs de romans, il AVRIL 1947 89 est des écrivains, détail abominable, qui ne craignent pas de faire passer 1 aliment d'une sensualité morbicfe sous le couvert des choses sacrées en combinant l’amour impudique avec une espèce de piété envers Dieu et avec un religieux mysticisme absolument faux : comine si la foi pouvait s'accorder avec cette défaillance, ou, ce qui est pis, avec cette négation de la morale, et comme si la vertu de religion pouvait aller de pair avec une vie corrompue.C'est pourtant un principe intangible, qu'on ne peut arriver à la vie éternelle, même en croyant fermement les vérités révélées, si l'on n'observe en même temps les commandements de Dieu et qu'on ne mérite, en aucune manière, le nom de chrétien si, tout en professant la foi de Jésus-Christ, on n'en suit pas les exemples : « La foi sans les œuvres est morte2 », et le Sauveur nous avertit : «.Ce n'est pas celui qui dit : Seigneur, Sei- Sneur, qui entrera dans le royaume es cieux ; mais celui qui fera la volonté de mon Père, qui est dans les cieux, c'est celui-là qui entrera dans le royaume des cieux »* *.Et qu'on n'objecte pas que beaucoup de ces ouvrages doivent être véritablement loués pour la valeur et la beauté du style, pour leurs enseignements psychologiques, conformes aux découvertes modernes, pour leur prétendue réprobation de ces honteuses voluptés charnelles, du fait qu’elles sont exprimées dans leur brutale et écœurante réalité, ou qu'on les montre accompagnées de tortures de conscience, ou qu'il en résulte évidemment que ces plaisirs mauvais finissent le plus souvent dans l’affliction et le remords.Car, si grande est la fragilité de la nature corrompue, si grande sa propension à la luxure, que ni l'élégance du style, ni les notions scientifiques de médecine ou de philosophie — en admettant qu'on les trouve dans ces livres, — ni l'intention de l’écrivain, quelle qu'elle soit, ne pourront jamais empêcher que les lecteurs, fascinés par la volupté d'écrits immondes, n'aient peu à peu l'esprit perverti et * Jac.II, 26.* Matth., VII, 21.le cœur dépravé, et, laissant libre cours à leurs instincts mauvais, n?tombent en toute espèce de fautes, et fatigués d'une vie si honteuse, n’en viennent souvent jusqu'au suicide.Au reste, il n’est pas étonnant que le monde, qui se recherche lui-même jusqu'au mépris de Dieu, trouve sa complaisance dans de telles productions et les répande à plaisir ; mais ce qui est souverainement douloureux, c'est que des auteurs, qui se vantent d'être chrétiens consacrent leur talent à une littérature aussi funeste.Il est absolument impossible d'être en contradiction avec la morale de l’Evangile et de se dire en même temps disciple de notre béni sauveur Jésus, qui ordonne à chacun de crucifier sa chair avec ses vices et ses convoitises.« Si auelqu'un veut venir à ma suite — dit-— qu'il se renonce, prenne sa croix et me suive4.» Plusieurs auteurs en sont arrivés à ce degré d’audace et d'impudence, qu’ils divulguent dans leurs livres ces vices mêmes que saint Paul allait jusqu’à interdire aux chrétiens de nommer : « Que la fornication et toute impureté .ne soient même pas nommées parmi vous, comme il sied à des saints Que ces auteurs sachent une bonne fois qu'on ne peut servir deux maîtres, Dieu et le plaisir, la religion et l'impureté.« Qui n’est pas avec moi — dit le Seigneur Jésus — est contre moi #•.Or, très certainement, ne sont pas avec Jésus-Christ des écrivains qui, par leurs descriptions infâmes, ruinent les bonnes mœurs, vrais fondements de la société civile et domestique.Aussi, en considération du débordement de cette littérature lascive, 3ui, chaque année davantage, va inon-ant presque tous les pays, la Sacrée et Suprême Congrégation du Saint-Office, préposée à la garde de la foi et des mœurs, en vertu de l'autorité apostolique et au nom de Notre Saint-Pere Pie XI, Pape par la Providence divine, prescrit a tous les Ordinaires de lieu de s'employer, dans toute la 4 Matth., XVI, 24.8 Eph., V, 3.• Matth., XII, 30.90 LECTURES mesure de leurs forces, à remédier à un mal si grand et si actuel.De fait, il leur appartient, à eux que l'Esprit-Saint a placé pour régir rEglise de Dieu, de veiller avec une diligente attention sur tout ce qui s'imprime et se publie dans leurs diocèses respectifs.Tout le monde sait, évidemment, que le nombre des livres, répandus partout aujourd'hui, est si grand qu'il est impossible au Saint-Siège de les examiner tous.C'est pourquoi Pie X de sainte mémoire, dans son Motu proprio Sacrorum Antistitum, déclare : « Employez toutes vos forces, en faisant même usage de la condamnation solennelle, pour que les livres pernicieux qui circulent dans votre diocèse soient retirés des mains des fidèles.Bien que, en effet, le Siège apostolique s'emploie autant que possible à enlever de la circulation des ouvrage:,, toutefois, ils se multiplient tellement qu'il serait à peine possible de les recenser.Et de là vient que parfois il faut recourir à de plus sérieux remèdes lorsque de longs retards ont laissé le mal s'aggraver.» En outre, la plupart de ces livres et opuscules, quelque nuisibles qu'ils soient, ne peuvent être frappés d'une spéciale censure de cette Suprême Congrégation.C'est pourquoi les Ordinaires, aux termes du canon 1397, Sar.4 du Code de droit canonique, oivent s’appliquer directement ou par l’intermediaire des Conseils de vigilance prescrits par le même Pontife dans sa Lettre Encyclique « Pascendi Dominici gregis », à remplir soigneusement et avec zèle ce très grave devoir de leur charge, et ils ne doivent pas manquer non plus de dénoncer opportunément, dans leurs bulletins diocésains, ces livres comme condamnés et extrêmement nuisibles.De plus, qui ignore que l’Eglise, par une loi générale, a déjà statué que les mauvais livres, outrageant expres- sément et de parti pris l'intégrité des mœurs, doivent être tenus pour prohibés, comme s'ils étaient compris dans l'Index des livres défendus ?Il s’ensuit qu'ils se rendent coupables de péché mortel ceux qui, sans la permission nécessaire, lisent un livre évidemment immoral, quand bien même il ne serait pas nommément condamné par l’autorité ecclésiastique.Et parce qu on voit des chrétiens avoir des idées fausses et funestes sur ce sujet si important, les Ordinaires de lieu, dans leurs avis pastoraux, veilleront à ce que les curés et leurs auxiliaires (fonsi-dèrent spécialement cette matière et en instruisent opportunément les fidèles en instruisent opportunément les fidèles.En outre, que les Ordinaires n’omettent pas de déclarer, selon les nécessités de leurs diocèses respectifs, quels livres, nommément, sont de droit prohibés.Et, s’ils peuvent estimer qu'un décret spécial ait l'avantage de protéger les fidèles de telle mauvaise lecture plus efficacement et plus vite, qu'ils n'hésitent pas d'user de leur aroit, comme le Saint-Siège a coutume de le faire, en matière importante, selon les prescriptions du canon 1395, par.1 du Code de droit canonique : « Le droit et le devoir de prohiber les livres, pour un juste motif, n'appartiennent pas seulement à la supreme autorité ecclésiastique pour toute l'Eglise, mais aux Conciles particuliers et aux Ordinaires de lieu à l'égard de leurs sujets ».Enfin, cette Suprême Congrégation ordonne que les archevêques, évêques et autres Ordinaires de heu, à l'occasion de la Relation diocésaine, rendront compte au Saint-Office de ce qu’ils auront décrété et exécuté en ce qui concerne la répression des mauvais livres.R.card.Merry Del Val, secrétaire.Du palais du Saint-Office, 3 mai 1927.AVRIL 1947 91 FAITS ET COMMENTAIRES Intervention de la "censure”' Un incident qui aurait pu rester anodin, si on eût été plus diplomate, produira probablement chez nous d’heureux résultats : l'interdiction d'un film par la Censure de notre province.En effet, au moment où l'on commence une campagne pour l'assainissement du cinéma, il semble providentiel qu'un événement semblable vienne nous faire ouvrir les yeux et réveiller l’opinion publique On a démontré, d’ailleurs on l’a reconnu, que la province de Québec avait le droit d'agir ainsi.On ne l'a peut-être pas assez fait voir : c'était son devoir.Quels que soient les inconvénients qui se présentent et les petits ennuis que cela puisse lui attirer, le gardien du bien commun doit interdire dans le territoire dont il est responsable tout film mauvais ou tout film trop suggestif.Rien de plus facile à démontrer et à comprendre I Le gouvernement doit empêcher les causes d’immoralité publique.Or le mauvais film est une des pires causes d'immoralité publique.I — Il jaul empêcher leo caused d’immoralité publique Peut-être doutera-t-on de cette assertion : le gouvernement doit empêcher les causes d'immoralité.Il semblera peut-être à certains que cette tâche relève uniquement de l’autorité religieuse et que le gouvernement s’est magnifiquement acquitté de tout son devoir, lorsqu'il a multiplié les biens matériels, amélioré l’agriculture, les autres industries, le commerce et la finance ; qu'il a doté la société dont il a la responsabilité de magnifiques chemins, qu’il a fait construire des ponts, des édifices somptueux, etc.Voilà bien une des erreurs les plus néfastes de notre siècle pétri de morale païenne et matérialiste, imbu de « néo-paganisme matérialiste )), selon l'expression employée par S.S.Pie XII, le 24 dernier, dans un discours radiodiffusé, à l'occasion de la clôture du Congrès eucharistique de la Havane.1 Nous devons la publication de ce texte, déjà paru dans la revue de l’Institut Pie XI : Nos Cours (yol.VIII, no 19, 1er mars 1947, ç.19-20), à la bienveillante autorisation de l’auteur lui-même, M.J.-B.Desrosiers, p.s.s., directeur de l'Institut Pie XI.Ces lignes sont toujours actuelles, en raison des principes immuables qu'elles rappellent.92 LECTURES a) Sand la moralité publique, pad de bien commun temporel Le rôle de l’Etat c'est de procurer le bien commun temporel.Or le bien commun temporel a comme élément principal, la vertu.« Le bien naturel de la société, dit Saint Thomas, est identique en son espèce au bien naturel des individus » (De Reg.Pr., liv.I, ch.XV).En d'autres termes : le bien commun, fin de la société civile, reste du bien humain.Or, quelle est la nature du bien humain ?— « Le bien naturel d'un homme, continue le même saint Docteur, consiste principalement, au point de vue temporel, dans la vertu qui modère lusagc des biens temporels et secondairement dans ces biens ».Les biens terrestres sont un élément très important du bien commun temporel : ils en sont l'élément matériel.Aussi l’Etat doit-il y voir sérieusement.Mais plus nécessaire à une société humaine, sont les biens moraux.Aux animaux l'abondance des biens matériels suffit : ils sont guidés dans l'usage de ces biens par l’instinct.L'homme, étant composé d'un corps et d'une âme, a pour le guider dans l'usage des biens terrestres, comme dans ses relations sociales et tous ses actes, la raison.Suit-il cette règle, il est bon et ses actes sont bons.Les habitudes d'intelligence et de volonté, qui résultent de tels actes et aident à les produire, sont des vertus.Mais s'il ne se conforme pas aux dictées de la saine raison, s'il se laisse guider par les sens, il est mauvais individu et mauvais citoven.Or une société composée de mauvais citoyens peut-elle être bonne ?Peut-elle atteindre sa fin, le bien commun temporel ?— Evidemment non 1 Ainsi, qui ne le comprend, l'Etat doit, pour remplir sa mission, qui est la sauvegarde du bien commun, favoriser la pratique de la vertu et éloigner les causes d'immoralité publique.Ce serait trop facile de le faire voir, sans la vertu qui dirige les hommes dans l'usage des biens terrestres, comme dans leurs relations sociales, la société tombe dans un chaos indescriptible.Bientôt les richesses s'accumulent aux mains de quelques-uns.Ce sont les vols commis sous le couvert des Statuts légaux ou en contravention avec les lois civiles.Les injustices et les crimes de toutes sortes des citoyens les uns contre les autres, b) Sand la moralité publique, la jamille de trouve compromide Surtout si on laisse se généraliser dans une société, la luxure qui est un des vices les plus répugnants, bientôt la famille se trouve tarie.Bientôt, en effet, les époux ne veulent plus se soumettre aux lois du divin Créateur et restreignent les naissances.Bientôt il leur semble légitime de violer la fidélité qu’ils se sont promise.Que dis-je 1 bientôt c'est l'amour libre, c’est le divorce, c’est la mort de la famille.AVRIL 1947 93 Dès lors, que devient la société qui a laissé s'implanter chez elle de telles mœurs ?— C'est simple 1 frappée dans sa source la plus féconde, bientôt elle s'anémie.Elle est vite dépassée en nombre par les nations voisines et n'a plus la même force pour se défendre contre ses ennemis du dehors.Subit-elle une saignée un peu considérable, par une guerre ou une autre épreuve, elle est obligée de faire appel à la main-d'œuvre étrangère et de demander qu on lui permette de réduire à une espèce d'esclavage des centaines de milliers de prisonniers politiques.Voilà pour éloigner toutes juoi l'Etat doit veiller sur la moralité publique, et les causes qui pourraient lui porter atteinte.II — Le mauvais film, cauoe d’immoralité publique Or une des pires causes d'immoralité publique c'est le mauvais film.Il met sous les yeux des images vécues et les présente avec tous les artifices voulus pour frapper l'imagination.a) Images vécue a Tout d’abord, il met sous les yeux des images vécues.Ces images devraient toujours être honnêtes.Souvent elles le sont.Mais pas toujours.Trop souvent, ce sont des intrigues d'amour plus ou moins licites.Parfois ce sont des scènes que même les gens sans pudeur n’oseraient se permettre en public.Or l’image est beaucoup plus efficace que la parole.Les idées ne pénètrent-elles pas par les sens ?Pour faire comprendre une idée abstraite on est obligé de la concrétiser.Les meilleurs orateurs, comme les meilleurs écrivains, sont ordinairement ceux qui ont le mieux saisi l'art d'illustrer leur pensée par des exemples frappants et des faits pris sur le vif.Pour mieux faire saisir aux enfants les vérités de la religion, ne leur met-on pas entre les mains des catéchismes en images ?Pour faire comprendre aux étudiants la physique, la chimie et les autres sciences ne recourt-on pas aux figures et aux graphiques ?Au cinéma, non seulement on a sous les yeux des images.Ces images soqt vivantes.Ce sont des personnes : des femmes, des jeunes gens, des jeunes filles qui parlent, qui agissent ; et depuis quelques années, oa les entend parler.Dès lors, cette expression est bien plus efficace que la photographie, la peinture et la sculpture.On se croirait avec les personnes qui agissent sur l'écran.On se passionne pour leur cause ; on vit avec elles.On les admire et on les aime.Leur image reste vive dans l’imagination.On accepte leurs idées.Voilà pourquoi, sans le vouloir et sans le savoir, on subit leur influence et on vient à se former la conscience selon ce qu'on a vu au cinéma.94 LECTURES b) Prêoentéco avec art Ce qui augmente l'efficacité du cinéma, c'est qu'ordinaire-ment les images y sont présentées avec art.On devrait plutôt dire qu'elles le sont avec toutes sortes d'artifices.Les décors sont ordinairement magnifiques et saisissants.Les personnages sont choisis pour leurs qualités physiques et ils sont entraînés par une longue préparation.On multiplie les coups de théâtre et les scènes saisissantes.On fait rire, on fait pleurer ; on recourt aux moyens les plus aptes pour frapper l'imagination.Il y a toute une technique du film.Plus elle est parfaite, plus le film est efficace pour le bien comme aussi, hélas ! pour le mal.Dès lors, qu'on ne soit pas surpris de voir interdire par la censure un film dont la technique est parfaite mais la moralité douteuse.Et qu'on ne gémisse pas sur le manque de goût artistique de ceux qui osent condamner un film magnifique au point de vue technique, mais dont la cause est peu recommandai)!.1.Plus un film immoral est parfait au point de vue technique, plus il est dangereux.Toute société civile a le droit et le devoir de repousser une autre nation qui envahit son territoire et viole ses biens les plus sacrés.Or nous considérons que ce que nous avons de.plus cher c'est l'intégrité de nos mœurs et notre moralité familiale.Aussi croyons-nous que notre gouvernement est dans son droit et accomplit son devoir lorsqu'il interdit chez nous un film très artistique, mais où tous les personnages, sauf un, n'ont en vue que la satisfaction de leurs passions ou de leurs intincts.Qu'on ne l'oublie pas 1 c'est par leur fidélité aux lois sacrées de la famille que les 60,000 Français restés au Canada en 1760 sont aujourd'hui 6,000,000 : 3,000,000 ici au Canada et 3,000,000 aux Etats-Unis.J.-B.DESROSIERS, p.s.s.Il faut rompre tout pacte avec Cimauité ; il faut que tout soit bon, pour que tout ne devienne pas mauvais ; que le fond soit entièrement pur, pour que la forme à son tour soit pure entièrement.Le style est comme ces ornements magnifiques qui n’ont jamais leur vraie beauté et toute leur splendeur,, à moins d être portés par un pontife ou par un roi.Quand la pensée n’est pas digne, elle se débarrasse d’une noble forme, qui la gêne et qui ferait ressortir son abaissement, elle prend le manteau vulgaire et l’allure des rues ; elle s y fait, et bientôt elle ne sait plus revêtir l’insigne illustre de sa primitive majesté.Louis Veuillot AVRIL 1947 95 ON ANNONCE DU DEKOBRA Dès février dernier, on annonçait dans une librairie de Montréal l’arrivée prochaine et la mise en vente des ouvrages suivants de Maurice Dekobra : Fusillé à l'aube Hamydal, le philosophe Lune de miel à Shanghaï Madame Joli-Supplice La Madone à Hollywood La Madone des slee pings Mon cœur au ralenti L,e sphinx a parlé Or, tous ces ouvrages sont mauvais, excepté Fusillé à l'aube qui est dangereux et la Madone à Hollywood qui appelle des réserves.Sont-ce là des échantillons de la culture que l’on rêve pour nous ?UN CONCOURS DE ROMANS POPULAIRES Dans son allocution (lu 28 mai dernier, à l'occasion de la bénédiction de l'immeuble Fides, Son Eminence le cardinal Ville-neuve disait : « Nous avons vu, dans le dernier rapport annuel de Fides, que l’œuvre se propose de lancer bientôt une collection de tracts sur les questions d'apologétique.Nous applaudissons de tout cœur à un tel projet et nous ajoutons que, dans ce domaine des armes offensives, dans cet arsenal de publications plus faciles, souples et aisément adaptables, nous souhaiterions voir surgir une collection et même des collections de petits romans vifs, bien écrits, honnêtes, adaptés aux divers goûts et aux différents âges ; [.].» (Le Problème des T^eclures, Montréal, Fides, 1946.27 p.18.5 cm.p.18-19.) Le souhait de Son Éminence au sujet de petits romans alertes et honnêtes commence à se réaliser.Pour aider à son exécution, Fides lançait, le 15 janvier dernier, un concours de romans populaires auquel le public a répondu avec empressement.C'est là une de ces initiatives dont on peut espérer beaucoup pour l'é-vincement graduel de la camelote sentimentale qui encombre toujours davantage les kiosques et les restaurants.96 LECTURES NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES Volumes GÉNÉRALITÉS Decaux (Jacques).Orient et Occident ée rencontreront-i/j jamais ?Paris.Susse [1945], 181 p.19 cm.008 Jacques Bainville a écrit : « Les contemporains ne possèdent plus qu’à un faible degré la faculté de s'étonner et d'admirer qui est pourtant en rapport étroit avec la faculté de comprendre.» Cette pensée m'est venue à l’esprit à la lecture de Jacques Decaux.Le grand différend qui sépare l'Orient et l'Occident se ramène au problème de la civilisation.Les Occidentaux ont trop restreint le sens de ce problème, pour le rapetisser à la seule notion de Progrès.Pour la Chine millénaire, il a conservé !e principal de sa substance humaine ; et quelle source d'étonnement et d'admiration pour qui se penche vers ce passé chinois plein d'un humanisme serein et touchant aux rives du mysticisme ! La Chine tire sa civilisation de 1 epoque de Confucius et, sur une période de plusieurs siècles, toute une forme de vie faite de justice et de bienveillance, embellie par la poésie et la musique, suscite une multitude de disciples et honore le monde oriental.On comprend que ce.dernier reste fermé à nos tentatives d'invasion spirituelle.Pourrons-nous jamais nous rencontrer ?Oui, assure l'auteur, 3uand l'Occident reviendra vraiment au christianisme, car la octrine de Confucius rencontre sur plusieurs points celle du Christ, qui, dans sa transcendance, assume la richesse humaine de toutes les civilisations.Dans un style alerte, sans emphase, le problème est posé, étudié et résolu à notre plus grande satisfaction.R.Legault WoODHOUSE (A.S.P.).Letter*) in Canada, 1945.Reprinted from « The University of Toronto Quarterly », vol.15, nos 3 et 4, avril et juillet 1946.P.269-429.24 cm.015(71)“1945" C'est là le dixième rapport annuel extrait de The University oj Toronto Quarterly sur les lettres canadiennes.Chacun de ces AVRIL 1947 97 rapports nous présente une vue d'ensemble de la production littéraire au Canada au cours de l'année qu'indique le titre.Il s'agit d’un travail d'importance, à la fois bibliographique et critique, indispensable aux bibliothécaires et à tous ceux qui veulent être vraiment au courant de la production littéraire canadienne.Si l'on songe par ailleurs à la compétence des principaux responsables de cette publication : MM.A.S.P.Woodhouse, E.K.Brown, J.R.MacGillivray, W.E.Collin, Watson KirkconneU, sans oublier Madame Hewitt « and ber helpers and successors in lhe Editorial Office oj the University Press », on ne peut hésiter à reconnaître dans ces recueils une somme exceptionnellement précieuse qui facilitera la composition d'une histoire littéraire canadienne aussi complète que possible.Letters in Canada, 1945 présente toutes les qualités des publications des années précédentes.On y trouve une partie consacrée aux lettres canadiennes-anglaises, une autre consacrée aux lettres canadiennes-françaises et enfin quelques pages sur la production néo-canadienne.Il est tout naturel que je dise quelques mots de la section réservée aux lettres canadiennes-françaises.M.W.E.Collin en est encore le rédacteur.Le tableau qu'il présente de nos lettres en 1945 est, comme de coutume, objectif, nuance, sympathique.L'ouvrage de Gabrielle Roy, Bonheur d’occasion, est celui qui retient davantage M.Collin et qu'il apprécie évidemment le plus.Ce n'est pas qu'il fasse des distinctions inopportunes, bien au contraire : toutes ses analyses reflètent la bienveillance de l’humaniste en quête de toutes les parcelles authentiques du beau littéraire.En dépit des tâches et des devoirs multiples qui incombent à tous les ouvriers de cette louable entreprise, parmi lesquels j’ai eu le plaisir de connaître Miss Francess G.Halpennv, espérons que ce dixième anniversaire n'en marquera point le terme, comme le laisse craindre une allusion au début de cette dernière réimpression.T.Bertrand «a PHILOSOPHIE Saint-Laurent (R.de).x L'Optimisme.Equilibre mental et gage de succès.[Avignon] Edouard Aubanel [1946].207 p.19 cm.(Collection de Culture humaine) $1.35 ($1.45 par la poste).131 La citation su’vante délimite nettement le cadre de l'ouvrage : « Ce livre n'est dont pas un traité de Dhilosophie, mais un simple directoire qui applique les données de la psychologie à la conduite de la vie quotidienne.Il n'y faut chercher ni profondeur de pensee 98 lectures — ni subtilité d'analyse, mais seulement des conseils avisés et clairs » (p.73).L auteur nous donne au cours de ses réflexions une définition fort juste de 1 optimisme : « L'optimisme sérieux est un juste milieu, un sommet, comme toute vertu, entre le pessimisme sombre et 1 optimisme béat.)) Al.de Saint-Laurent, pour finir, touche la corde chrétienne : son 1 oc et dernier chapitre, Catholicisme et optimisme, va cueillir sur les lèvres de saint Paul la confirmation de la thèse qu'il présente dans ce « manuel de psychologie appliquée )) (p.193) : « Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur ; je vous le répète, réjouissez-vous )) (Phil.IV, 4).Ces pages s averent fort a propos à une époque où tous, tant que nous sommes, nous éprouvons les contre-coups du bouleversement universel et de l'inquiétude générale.R.C.RELIGION Matthieu (Saint).Evangile selon saint Jlallbieu.Tr.par Orner Englebert.Intr par le P.J.Huby, s.j.Paris, Albin Michel [cl946].71 p.17.5 cm.{Pages catholiques).226.2 Marc (Saint).* Evangile selon saint Al arc.Tr.par Orner Englebert.Intr parle P.J.Huby, s.j.Paris, Albin Michel [cl946].61p.17.5cm.{Pages catholiques).226.3 Luc (Saint).Evangile selon saint Luc.Tr.par Orner Englebert.Intr.par n ' J* si- Paris» Albin Michel [cl946].80 p.17.5 cm.{Pages catholiques).226.4 Jean (Saint).Evangile selon saint Jean.Tr.par Orner Englebert.Intr.par d ‘ J* Hù^v/ s.j.Paris, Albin Michel [cl946].63 p.17.5 cm.{Pages catholiques).226.5 Je n'ai ni la compétence ni les moyens d'apprécier la valeur de cette traduction — comme telle — des Saints Evangiles.Signalons simplement qu'elle se lit fort bien.Il faut souligner les remarquables introductions du P.J.Huby, s.j., si claires, si concises et si complètes.Les notes, indispensables, sont judicieuses et peu nombreuses.La présentation est soignée, le format commode.Souhaitons une large diffusion à cette œuvre de vulgarisation d'une belle venue.André Janoël AVRIL 1947 99 Petit (Abbé Joseph).Pour devenir chrétien.La préparation des adultes au Baptême et à la vie chrétienne.3e édition.Paris, Procure générale du Clergé [1936].71 p.14 cm.*238.1 Ce petit livre, dont le sous-titre précise bien la portée, contient l'essentiel de la doctrine chrétienne.On y parle de l'existence de Dieu, des tins dernières, du péché, de Jésus-Christ, de la Trinité, de l'Incarnation, de la Rédemption, de l'Eglise et des sacrements.Il nous entretient, pour finir, de (( la loi de charité », dont l'exposé renferme un bref commentaire des commandements de Dieu et de l'Eglise ainsi que les conditions d'une vie chrétienne fervente.Un tel ouvrage est un splendide instrument de rayonnement et de conquête, et se montrera d'autant plus efficace qu'il sera expliqué et commenté par un apôtre renseigné et convaincu.André Janoël Guibert (Joseph de), s.j.Leçons de théologie spirituelle.Tome I.Toulouse, Ed.de la Revue d'ascétique et de mystique et de l’Apostolat de la Prière, 1946.410 p.25.5 cm.(Bibliothèque de la Revue d'ascétique et de mystique, 2e série, fasc.11).248 Ces Leçons de théologie spirituelle viennent faciliter la tâche à tous les lecteurs soucieux d'organiser leur vie intérieure.Pour aborder l'ouvrage, il convient de posséder déjà quelque préparation ; mais la plus ordinaire et la plus commune suffit.Tous les prêtres, ainsi que les religieux‘et les religieuses qui auraient par état charge d'âmes puiseront dans ces leçons les informations claires, sûres, solides dont ils ont besoin tant pour leur propre gouverne que pour la direction et les conseils qu'on attend d'eux.Ici, rien de difficile, d'abstrait, de trop spéculatif, sans que soit omis, toutefois, aucun élément essentiel.Le livre contient trois parties dont la première est une introduction à l'étude de la Théologie spirituelle.Après en avoir fixé les buts avec exactitude, l'auteur expose la méthode et les sources de la Théologie spirituelle.Une recension méthodique des écrits spirituels depuis les Pères jusqu'aux contemporains constitue une mine fort riche d'informations sur les écoles diverses de spiritualité, classées à la fois selon le cours de leur succession historique et de leur filiation organique.Exposé où l'ordre resplendit maigre l'abondance et la diversité des documents.Chacune des principales œuvres de la spiritualité classique y trouve, justifiée et appréciée, sa juste place dans l'ensemble de la littérature spirituelle.Cette partie, à elle seule, se montre des plus utiles pour orienter avec discernement la lecture spirituelle et pour choisir de manière avisée et judicieuse les éléments plus nutritifs.100 LECTURES La deuxième partie précise la nature de la perfection chrétienne et éclaire les rapports de la perfection avec la charité, avec les autres vertus, avec les conseils évangéliques, avec l'union à Dieu et à Jésus-Christ, avec la croix, avec la conformité à la volonté divine.La troisième et dernière partie fait voir à l'œuvre les facteurs qui, dans un être humain, entrent en jeu dans la conquête de la perfection : caractère, scrupules, inspirations, dons du Saint-Esprit, tentations, interventions extraordinaires de Dieu et des anges, discernement des esprits, le monde, la direction spirituelle, l'amitié.Cette riche substance est traitée avec une maîtrise, une profondeur de science alliée à une simplicité de ton, une loyauté, une souplesse et une droiture d'esprit en face des points discutés qui manifestent, chez l'auteur, un homme à qui la pratique de ces choses était aussi familière que leur étude.Et malgré l’avertissement de la préface où il est dit que ces leçons « ne poursuivent pas un but immédiat d'édification et n’entendent pas constituer un ouvrage de lecture spirituelle mais désirent être un livre d'étude », la fervente charité du ton est déjà elle-même une incitation et, par là, l'ouvrage entraîne tout autant qu'il éclaire.A plus d’une âme de bonne volonté qui cherche sa voie à travers les frondaisons touffues des publications spirituelles contemporaines et des multiples écrits dévotieux qui nous sont offerts, où chaque auteur tente de promouvoir les formes de piété qui lui sont chères, rien ne sera plus utile et mieux venu que ces Leçons théologie spirituelle qui lui permettront de reconnaître, à la lumière de principes sûrs, à quelle famille spirituelle elle appartient, quel régime et quelles nourritures seront favorables à sa personnalité spirituelle.Car le principal caractère de ces leçons, c'est peut-être leur impartialité, leur ouverture, leur généreux et intelligent accueil à toutes les formes orthodoxes et approuvées d'ascèse, dès que celles-ci favorisent l’union vraie à Notre-Seigneur Jésus-Christ.Jacques TREMBLAY, s.j.Bernard (Saint).La Considération.Tr.du latin par Pierre Dalloz.Montréal, Valiquette.240 p.19.5 cm.$1.25 ($1.35 par la poste).248.1 (( La considération », c’est le travail de réflexion qui permet de découvrir la Vérité.Qu'on remarque bien : découvrir la vérité.Tandis que la contemplation s'empare de la vérité sans hésiter, la considération, au contraire, la cherche et la désire intensément.Ce n'est ni plus ni moins que l'examen de la conscience.Saint Bernard nous en donne lui-même le sujet, la méthode : « (.) toi d'abord, ce qui est au-dessous de toi, ce qui est autour de toi, ce qui est au-dessus de toi enfin.» AVRIL 1947 101 Il ne faut pas craindre saint Bernard.Sa prose si saintement Eetrie de substance biblique peut paraître sévère au premier abord.e silence intérieur permet de déguster toute la saveur qu'elle recèle, pour l'enrichissement de notre vie spirituelle.Jacques Nolet Marmion (Dom Colomba).Le CbrUl dana
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