Montréal musical, 1 novembre 1912, jeudi 7 novembre 1912
e Année No.25 LE NUMERO 10c Abonnements : I an $4.— 6 mois $2.ovembre 1912 j^^^i^^.^^^H ^ Abonnements : I an $4.— 6 mois $2.^ ^uontréal Qmsical ^^^¦¦^M^^^ ^£ ^^^^^^^^^ "Montréal qui Chante" ^^^^^^^^^^^^^ Revue Musicale, Artistique, Théâtrale et Littéraire, Hebdomadaire.Propriétaire : M.E.SENECAL, TEL.EST 697 Rédaction et Administration : A.ROBI et P.CHRISTE.TEL.EST 1185 ÇT 5831 rr PARAIT TOUS LES JEUDIS.MELLE REAL DU THEATRE FRANÇAIS [Montréal] SOMMAIRE La tristesse d'un Eventail Chansons Canadiennes La Chanson de F Oubli Page du Rire Deux Sonates Simplifiées Les Chansons Comiques de "Desrosiers" La Semaine Théâtrale Nouvelles inédites Graziella [Roman] LIRE DANS CE NUMERO.DEUX SONATES, de L, de Beethoven ¦ GRAZIELLA, Roman, de Lamartine E.SENECAL COSTUMIER PERRUQUES, ARMES, ARTICLES DE = -GRIMAGE 126 RUE ST-DENIS T TEL.EST 697 MONTREAL La Tristesse d'un Eventail Je pleure un peu sur ta poitrine.Ecoute, ô charmante qui m'as ! J'habitais dans une vitrine.Passage des Panoramas.J'étais blanc.Tous mes autres frères Dépliaient un décor tremblant Sur leurs dix-huit lames légères.Moi.je n'avais rien.J'étais blanc.Et j'attendais.— "Qui sait, disais-je.Co qu'on mettra sur moi demain?Une aurore ?Un effet de neige ?Un marquis baisant une main ?" Va-t-il m'échoir uu clair de lune ?M'honorera-t-on d'un Wat tenu ?Aurai-je la personne brune Qui veut monter dans le bateau ?" Aurai-je le souffleur de bulles.Ou bien le batteur d'entrechats ?La guirlande de libellules, Ou la ligne de petits chats ?'•'Sur mes branches aériennes Verra-t-on s'effeuiller des fleurs Madeleine-Lemairiennes, Ou des amours viser des coeurs ?Ecrit sur l'Evantail d'autographes de Madame Marcel Ballot." Serai-je Louis Quinze, ou Seize ?Aurai-je un duel de Pierrots ?Déployerai-je un stceple-chase, Ou quelque course de taureaux ?"Une nostalgique hirondelle Qui veut voir fleurir le cédrat, Tout en me traversant, va-t-elle Affirmer qu'elle reviendra ?" Bucolique, aûrai-je la ferme Et le mouton ?et verra-t-on, Lorsque brusquement je me ferme, La ferme entrer dans le mouton ?" Ou, quand la campagne plissée Rapprochera ses arbrisseaux, Verra-t-on la cruche cassée Réunir ses 'petits morceaux ?"Ah! pour un évantail qui bouge, Miroiter, c'est l'essentiel ! Mettez-moi du jaune, du rouge: J'ai la forme d'un arc-cn-ciel ! "Afin qu'en scintillant je batte, Que ne suis-je aussi pailleté Que le maillot d'un acrobate Ou qu'un étang de nuit d'été ! "Que ne suis-je !." — Mais on me touche.On me couvre de fins réseaux.Quoi ! ce sont des pattes de mouche?J'attendais des ailes d'oiseaux! 'Poule ma fragile armature En a craqué de douleur.Ay ! Faut-il que la littérature (rate tout, même un éventail! Sur ma palette qui s'échancre Quoi ! pas le moindre vermillon ?Ali! ces gens-là mettraient de l'encre Sur les ailes d'un papillon! Et moi qui rêvais, aux lumières, De faire gaîment voltiger Des carquois, des roses trémières, Du bleu tendre et de l'or léger, Tout couvert de noms de "Chers Maîtres", Au lieu d'éblouissants émaux, Triste comme un homme de lettres, Je n'agiterai que des mots ! Edmond ROSTAND."Montreal Musical" devient Hebdomadaire 4 Parmi les innovations que nous avions projetées celle à laquelle ont tendu tous nos efforts était de rendre Montréal-Musical hebdomadaire.Malgré ce surcroît de travail, et après un mois préparation, nous sommw anr.'é5 « Puis il y a nos concours qui forcément solidifieront le lien de sympathie qui existe entre nos lecteurs et nous.Si nous récapitulons ce que nous avons fair jusqu'à ce jour, ce n'est pas, chers lecteurs, vous ce résultat et à partir d'aujourd'hui Montréal-^-^'i-n doutez pas une seconde certainement, ce Musical paraîtra tous les jeudis.Parlons un peu de ce que nous avons fait pour nndrc Montréal-Musical plus attrayant.D'abord, au lieu de douze pages, il paraîtra désormais sur seize.Ensuite, nous avons soigné d'une façon toute particulière la parte musicale, en donnant des nouveautés, ou bien alors dos morceaux de grands maîtres en les simplifiant afin de les mettre à la portée de ,tous,, même des débutants.Enfin, en plus de la chronique théâtrale, à laquelle nos lecteurs peuvent se fier entièrement attendu qu'elle sera toujours sincère, nous avons ajouté plusieurs attractions littéraires, comme notre "page du rire"; notre "page littéraire" qui contient des nouvelles inédites, et un roman d'une valeur incontestable et.incontestée d'ailleurs.n'est- pas pour nous glorifier d'une chose qui n?demande.sôln^rro^T**-^^ ;i f f ji i I BOUS tous lo* l'ii|)|Hirts ; qu'est-il besoin d'ajouter à cela ?yuant à Mme BellaOuelet, elle avail quitté momentanément les grands premiers rôles |n>ur un emploi de femme de chambre, mais elle n'a rien perdu au changement d'emploi, car elle B fait de Constance Bonaoieux un )>ersonnago qui lui a valu un succès enviable et qui ne vient pas toujours aux grandes premières.Mme Maloue n'a pas le tempérament d'une Milady à oui la nonchalance était absolument inconnue.Kilo a donné au rôle de I^ady de Winter une placidité qui lui seyait très peu.Mais on somme.Us Trois Mousquetaires ont obtenu un succès qui assurerait d'ores el déjà une reprise fructueuse.Celle semaine, on nous donne Le Maître de Forges.Les personnes qui désirent entendre de nouveau cette pièce superlx», devront réserver leurs sieges de très bonne heure, car le bruit du succès remporté lundi s'est vite répandu et les billets s'enlèvent très rapidement.Les principaux rôles sont confiés à MM.Yal-hubort.Ilamel, l'etitjean, Edmond Daoust, Ville-rai et Coutlée, et ù Mines Bella Ouellette, Verteuil.Maloue, Nozière et Tremblay.M.Yalhul>ort et Mme Bella Ouellette, les héros de la pièce, obtiennent cette semaine dans leur rôle respectif.jH'ut-être le plus gros succès de leur carrière.Toute la piece repose sur ces deux rôles de Claire de Boaulieu et du Maître des Forges, et les deux artistes se montrent tie force à soutenir l'intérêt que suscite chacune de leurs apparitions en scène.Mme Maloue est tout-à-fait bien dans Melle Moulinet devenue duchesse de Bligny.Elle a bien saisi le caractère de son |>ersonnage et lui donne toute l'ampleur désirable.De fait, toute la troupe travaille consciencieusement et chacun contribue au succès que remporte Le Maître de Forges, une pièce pleine d'intérêt avec ses situations diverses.La semaine prochaine, on donnera au Natio-noscope une grande Revue dont on dit beaucoup de bien.Toute la troupe est à la distribution.J.Amédée R/OY.NOUVELLE LA PETITE EGLISE Celte année là.je passais l'été dans une toute petite ville d'eau des vosges.La villégiature en elle-même n'offrait aucun charme.Mais les environs !! Oh ! «s environs !! ! Cette campagne française qui fait si bien comprendre aux 'étrangers pourquoi les français ne sortent pas de chez eux.Mes journées se passaient soit «\ écrire, soit à jeter des croquis sur un carnet à dessin, soit encore et surtout à de longues promenades à pied.Oh ! la douceur du farniente par les belle journées d'été ! ! l'ne après-midi, que parti sans but précis, je marchais à l'aventure, je vis un petit sentier qui.grimpait le long d'une colline.Je m'y engageais et pendant plus d'une heure j" montais, je montais.Les arbres touffus formaient comme un dôme d'énieraudes et h?R quelques rayons de soleil qui, deci delà, perçaient à travers les feuilles, semblaient être de l'or sertissant les précieuses pierres vertes.F.ufin.au bout d'une heure j'arrivais sur un petit plateau: et là le s|>eotacle le plus délicieusement émouvant s'offrit à mes yeux: l'ne pauvre petite église, assurément abandonnée depuis de- années, presque eu ruine.Des fleurs grimpantes autour du porche, sonnaient les notes claires sur le gris des pierres.EL elles étaient là en telle abondance, qu'elles donnaient l'impression d'un reproche de la nature, aux fidèles oublieux.Pauvres pierres abandonnées, à l'appel do votre coeur airain, vous faisiez pourtant accourir les paysans des environs, et les prières murmurées à l'intérieur de votre corps inerte montaient vers le créateur aussi bien que celles qui s'élevaient i"» s iklus riches cathédrales.Mieux.jn'iit-oir.: même, car ceux qui allaient chez vous, venaient implorer la bonté de celui qui dépense les biens de oo monde, et non comme dans les églises de riches, le remercier de ses bienfaits.Tout à coup, sous le porche île la petite église, je vis une bizarre apparition, l'n vieux à grande harl»e blanche me regardait farouchement.Puis, lentement, d'un geste un peu contraint, il souleva son feutre usé en un lurge salut.Il tourna lo «los et lentement rentra dans l'ombre.Au bout d'un moment, à mon tour, je redescendais lo sentier, nie promettant de revenir le jour -ui-ant.avec ma palette et une toile, afin de peindre la petite Eglise.I e lendemain, dès le grand matin, par un soleil radieux, j'étais installé sur un pliant, mon chevilet devant moi, et je peignais.Mon tableau achevé, je le regardais avec mélancolie.Il v manquait quelque chose.Mais quoi?Quoi ?Eh, parbleu ! il y manquait le chef-d'o.'uvre de la création.11 y manquait une femme.Je me remis au travail.Je la voyais blonde, de c* blond clair des filles» lorraines, cheveux dénoués, portant une gerbe de fleurs dans les bras, qu'elle allait offrir au seigneur.Et telle que nie la représentait mon imagination, telle je la peignis.Soudain.un sanglot me fait retourner.Derrière moi.le vieux de la veille, tête découverte, regardait mon tableau avec avidité, et de grosses larmes roulaient lentement de ses yeux, allant se perdre dans sa barlie de neige.Surpris, je lui demandais avec douceur: "Qu'y a-t-il donc, mon brave?— Oh ! Monsieur.Monsieur, vous venez brusquement de réveiller mes souvenirs, ceux qui ont brisé ma vie, qui ont fait de moi, le paria, que je suis! — Comment ?— Cette jeune fille.là.sur votre toil* — Eh ! quoi pauvre homme, insistais-je, avez vous une fiile qui n'est plus, et mon pinceau, par hazard, aurait-il reproduit ses traits.— Oh ! non.non.L'histoire, peut-être banale, est plus cruelle encore._v ?v — Aussi bien.-.Enfin voici.lo n'ai pas " ton join's été le pauvre déguenillé que vous "voyez.J'avais votre âge, et je traversais la vie, " avec le sourire, de ceux qui n'ayant aucun amour " malheureux au coeur, peuvent ne pas s'inquiéter " du lendemain.".l'étais riche, je n'ol>éissais donc qu'aux ca-" prices de ma fantaisie." l'n jour, parcourant la région, futigué des " plaisirs de Paris, j'avais découvert, tout comme "vous, cette petite Eglise.Dessinant un peu, j'a-" vais tiré de ma poche mon oallepin.et à gramL " traits noirs je fixais la petite Eglise sur le blanc " du papier.".l'en étais au début de mon esquisse quand " dans le silence monta une exquise voix de jeune " fille.Ce chant me troubla au delà do ce que "je peux exprimer.Je cherchais d'où il pouvait " bien provenir, quand je vis, sortant de ce bouquet "d'arbre, une blonde et jolie enfant de 17 à 18 cela dura deux ans.avec épouvante, que Elle me trompait pres-notre liaison.Et elle " ans, cheveux dénoués et portant en ses bras une "gerbe de fleurs.vous comprenez maintenant?" Bref; je ne veux pas vous trainer l'histoire "eu longueur.Elle m'a suivi à Paris, je lui fis " donner des leçons de chant, elle devint une ac-" trice connue., " Elle était douce, bonne, affectueuse avec moi, "et je rendais à cet ange tout son amour avec " usure."Hélas!.hélas!:." Un soir, je m'aperçus " l'ange était un démon." que depuis le début de " n'avait môme pas d'excuse d'en aimer un autre." Non.Monsieur, elle me trompait jnmr une robe, " pour un bijou.Oh ! l'affreuse, l'abominable dou-" leur." Alors pour la garder, pour l'avoir à moi, à " moi seul, je dépensai ma fortune sans compter, "ne pensant qu'à une chose: prévenir ses moin-" drcs désirs."A ce jeu là, la chandelle brûle vite, un matin, " trop tôt venu, je me réveillai ruiné, complète-" ment.— "Je le lui dis.lui demandant crédit d'un peu "de temps, voulant par mon travail, trouver, de " l'argent, pour elle, encore pour elle.Elle pro-"mit.Et le soir elle ne rentra pas.Oh! "cette nuit, où chaque voiture qui passait faisait "battre mon coeur.-, c'est elle.?Non."Enfin je me laisser aller, de déchéance en " déchéance, j'en étais arrivé à .mendier pour "avoir le morceau de pain de chaque jour."Une nuit, devant la porto d'un restaurant à " la modo, je vis s'arrêter une voiture luxueuse-" mont attelée, et dans cette voiture, près d'un " monsieur, qui la tenait dans ses bras je la vis."elle.elle !.Alors que voulez-vous, j'ai "perdu la tête, j'ai vu rouge, j'ai pris mon cor teau et j'ai frappé, j'ai frappé, j'ai frappé." On m'a arrêté, la cour d'assise, 1'' " ment : " Alors dégoûté de tout, voulant vivre avec mon souvenir, je vins me réfugier ici.vivant de la charité publique.Voilà."Que pensez-vous de mon histoire?— Navrante.— "Alors, dit-il en tendant, la main, si elle vous a intéressé ne m'oubliez pas." L'histoire était-elle vraie, ou bien inventée de toutes pièces?J'ai donné un louis.Armand ROBI. CHAPITRE PREMISE A dix-huit ans.nia famille nie confia aux soins d'une de nies parentes que des affaires appelaient en Toscane, où elle allait accompagnée de son mari.C'était une occasion de me faire voyager et de m'arracher à cette oisiveté dangereuse de la maison paternelle et.des villes de province, où les premières passions de l'âme se corrompent faute d'activité.Je partis avec l'enthousiasme d'un enfant qui va voir se lever le rideau des plus splendides scènes de la nature et de la vie.Les Alpes, dont, je voyais de loin, depuis mon enfance, briller les neiges éternelles, à l'extrémité de l'horizon, du haut de la colline de Milly; la mer, dont les voyageurs et les poète avaient jeté dans mon esprit tant d'éclatantes images; le ciel italien, dont j'avais, pour ainsi dire, aspiré déjà la chaleur et la sérénité dans les pages de Corinne et dans les vers de Goethe: Connais-tu cette terre où tes myrtes fleurissent?les monuments encore debout de cette antiquité romaine, dont mes études toutes fraîches avaient rempli ma pensée; la liberté enfin; la distance qui jette un prestige sur les choses éloignées; les aventures, ces accidents certains des longs vovages, que l'imagination jeune prévoit combine à plaisir et savoure d'avance; le changement de langue, de visages, de moeurs, qui semble initier l'intelligence à un monde nouveau, tout cela fascinait mon esprit.Je vécus dans un état constant d'ivresse pendant les longs jours d'attente qui précédèrent le départ.Ce délire, renouvelé chaque jour par les magnificences de la nature en Savoie, en Suisse, sur le lac de Genève.6ur les glaciers du Simplon, au lac de Côme, à Milan et à Florence, ne retomba qu'à mon retour.Les affaires qui avaient conduit ana compagne de voyage à Livourne se prolongeant indéfiniment, on parla de me ramener en France sans avoir vu Rome et Nanles.C'était m'arracher mon rêve au moment où j'allais le saisir.Je me révoltai intérieurement contre une pareille idée.J'écri-is à mon père pour lui demander l'autorisation ontinuer seul mon voyage en Italie, et, sans .re la réponse, que je n'espérais
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