Revue du Québec industriel /, 1 janvier 1938, Hiver
Revue du Les Laurentides NORTHERN ELECTRIC COMPANY LIMITED Québec Industriel Vol.III Numéro des Laurentides No 4 NUMÉRO D’HIVER Une rivière pittoresque dans les Laurentides.Les cours d’eau si nombreux de cette belle région de montagnes sont une source d’énergie pour un grand nombre d’industries de cette province.MR V' .-'iy S?6® f \ :* rv * .7 -354.SW»' ¦-#***.A Publiée par la Compagnie Northern Electric Limitée Québec MONTRÉAL Sherbrooke I Photo C.P.R.*%>**%¦ jjfewtvr Rfe/S * J y&k/c aâSL* ¦ > *1 Un vieux pont couvert, comme on en voit encore plusieurs dans les montagnes du Nord.On est naturellement porté à considérer les Laurentides comme une région de tourisme, de villégiature et de vacances — une contrée de montagnes, de vallées verdoyantes, de lacs limpides et de sinueux cours d’eau — un pays pittoresque où, l’hiver comme l’été, la Nature étale toutes ses splendeurs et où.dans un décor incomparable, on peut pratiquer tous les sports de la vie au grand air: pêche, chasse, excursions en canot, ski, etc.Avant-propos Dans ce numéro consacré aux Laurentides, la Revue du Québec Industriel présente plus qu’une description de cette belle région de notre province et des avantages qu’elle offre au point de vue touristique.Par le texte et par l’image, nous avons voulu faire un peu l’his- toire du Nord, passer en revue ses ressources multiples et signaler son influence sur le développement économique et industriel de la province.J’espère que cette étude sur les Laurentides sera favorablement accueillie et je profite de l’occasion pour souhaiter à tous nos lecteurs une nouvelle année heureuse et prospère.* % Président.Droits réservés 1939 Photo .C.P.R.\ ?sshHe* ÿ-jç-rrj: 5Jîî»a' .1 ; (I • CSTl a f & • ^ K* : Tft> I - toSsls* £K«Ç 1 2^2£*S Colon en train de faire de la terre neuve dans les Laurentides.ntides • • (^’EST au curé Labelle, l’apô-J tre du Nord, que nous devons le défrichement et le peuplement du Nord, de ce Nord immense et redoutable qu’on appela longtemps du nom de son fondateur: la “Région Labelle”.Son énergie et sa foi dans l’œuvre de la colonisation étaient telles que rien ne put l’ébranler, ni les résistances politiques, ni les obstacles de toutes sortes qu’on dressa sur sa route.Nos ancêtres français, occupés ailleurs, semblent avoir ignoré complètement ce pays et ce n’est que cent ans après la conquête que des établissements durables et des colonies imposantes furent fondés simultanément, non seulement au nord de Montréal, mais aussi dans l’Outaouais supérieur, dans la région du lac Saint-Jean, la Gaspésie, les Cantons de l’Est, le Manitoba, la Saskatchewan et l’Alberta.Nous nous en tiendrons cependant à l’histoire du “Petit-Nord”.Par le “Petit-Nord” on entend, comme vous savez, la magnifique région agricole, forestière, industrielle et touristique ¦légion fie colonisation et fie tourisme qui s’étend de Montréal à Mont-Laurier, tandis que le “Grand-Nord”, c’est cette partie du Labrador, appartenant à la province de Québec, qui va jusqu’à Blanc-Sablon.Les deux sont reliés par la chaîne granitique des Laurentides, les unes longeant le fleuve jusqu’au Labrador terreneu-vien, les autres s’éloignant graduellement du fleuve en arrière de Montréal.Reformées de nouveau à une trentaine de milles de Montréal, les Laurentides composent ainsi les cantons du Nord, vaste domaine de colonisation et de tourisme que les nôtres ont commencé à occuper et à exploiter sérieusement aux environs de 1875.C’est de ce Nord que nous vint le salut au moment où un grand vent d’émigration se mit à souffler sur toute la province et que des familles entières, des villages entiers, s’en furent s’installer aux Etats-Unis dans l’espoir d’y vivre une vie plus facile.Avant le colon vint le bûcheron et c’est par l’industrie forestière que se fit la pénétration du Nord.Avant la colonisation agricole commence, peu après 1800, ce que le géographe Raoul Blanchard appelle la “colonisation du bois de sciage”.Des bûcherons et des scieurs allèrent abattre le bois et couper les troncs destinés aux scieries, en montant par les rivières: la rivière du Nord, la Rouge, la Ijfièvre et la Gatineau.A la suite dçer premiers bûcherons vinrent les grands industriels, les compagnies de bois, qui y installèrent d’immenses chantiers.“Leur exploitation”, dit Blanchard dans son récent ouvrage sur les Laurentides, “a été cruelle, car ces compagnies ont dévasté la forêt.On pourrait appliquer à certaines d’entre elles l’image attribuée à Attila: là où elles étaient passées avec leurs coupes et leurs faux, l’herbe ne repoussait plus.Heureusement, il n’est guère de plaies végétales qui ne puissent à la longue se Le nouvel établissement de pisciculture à St-Faustin.dans les Laurentides.Photo C.P.R.¦U 4 NUMÉRO DES LAURENT IDES H ËEFr-saf7 -rA- V7V.V .ir « cicatriser sous le climat des Lauren-tides.D’autre part, grâce aux chantiers, une civilisation agricole pouvait progresser derrière les bûcherons, occupant les espaces éclaircis, profitant surtout des salaires de coupe.” Dès 1854, l’honorable Augustin Norbert Morin fonde le village de Sainte - Adèle.Le gouvernement d’Ottawa s’en mêle aussitôt, organise un service de colonisation et ouvre l’immense pays qui deviendra la “région de Labelle”.Deux autres sociétés sont fondées en 1879 et en 1884, les sociétés de colonisation de Montréal et d’Ottawa, par le curé Labelle.Les villages se multiplient et les colons se lancent si rapidement à la conquête du Nord qu’en 1883 on en trouve déjà à Nominingue et à Saint-Gérard de Montarville, puis en 1885 au Rapide-de-l’Orignal, nom que porta tout d’abord Mont -Laurier.En haut : Des myriades de lacs servent aux tins de ce mode de transport moderne.En haut et à gauche: Le gibier est abondant et varié dans les forêts laurentiennes, aussi la région est - elle justement considérée comme le paradis des chasseurs.mouvement de retour à la terre, ce fut Mgr Labelle qu’on désigna toujours de son vivant, malgré les honneurs civils et ecclésiastiques qui lui furent conférés, du nom de “curé Labelle”.En s’aidant de divers ouvrages et plus particulièrement des textes de ses deux plus grands historiens, Arthur Buies, le célèbre écrivain qui fut pendant ses dernières années son collaborateur et son ami, et l’abbé Elie J.Auclair, dont la vie du curé Labelle, publiée en 1930, fait aujourd’hui autorité, nous esquisserons ici la biographie de l’apôtre du Nord.Né à Sainte-Rose de Laval, le 24 novembre 1833, le curé Labelle, baptisé Antoine, mourut à Québec le 4 janvier 1891, à l’âge de 57 ans.Ce fut peut-être, écrit Buies, l’homme le plus étonnant qu’on ait vu au Canada.Après avoir fait ses études secondaires à Sainte-Thérèse, il fut ordonné prêtre à Sainte-Rose.Avant d’être curé de Saint-Jérôme (de 1868 à 1891), il fut tour à tour vicaire au Sault-au-Récollet, à Saint-Jacques-le-Mineur et curé à Saint-Antoine-Albé ainsi qu’à Saint-Bernard de Lacolle.Son intelligence et son indomptable énergie, il les mit toute sa vie au service de la colonisation des cantons du nord de Montréal.Il voyait même assez grand et assez loin pour étendre son œuvre de colonisation à tout le pays.En mai 1888, Honoré Mercier en fit son sous-ministre de l’Agriculture et de la Colonisation et, l’année Dix ans plus tard, vingt-quatre familles étaient établies à Nominingue.Des missions importantes s’ouvrent le long des rivières du Lièvre et Kiamika.En 1898 il y a au Rapide-de-l’Orignal 525 habi- tants, une église, une école, des magasins, des boutiques et trois moulins.La colonisation progresse également à Ferme-Neuve.L’animateur de cette reconquête du sol, l’âme de cet irrésistible Photos C.P.R. HE VUE DU QUEBEC INDUSTRIEL 5 r suivante, le pape Léon XIII le créait protonotaire apostolique, lui conférant ainsi le titre de monseigneur.Il mourut subitement à Québec, en janvier 1891, à l’âge de 57 ans.Si le rôle du curé Labelle fut très au gouvernement, le priant de respecter les droits de la municipalité.Ce chemin de fer fut bientôt après vendu au Pacifique Canadien.Le curé Labelle s’étant juré de “mettre des colons à la place de toutes les épi- nettes” et de “faire surgir des villes en pleine forêt”, c’est ce qui explique qu’on le voie toute sa vie s’occuper de la question des chemins de fer.La nouvelle compagnie ferroviaire, connue sous le nom de “Montréal Occidental” devait construire des voies ferrées à travers les comtés d’Argenteuil Ottawa et Pontiac, jusqu’au Témiscamingue.En 1893, le réseau de Saint-Jérôme à La-Chute- aux-Iroquois est terminé.De là, le chemin de fer devait se prolonger jusqu’à Nominingue.Et c’est en 1909 que le premier convoi arriva en gare de Mont-Laurier, alors appelé le Rapide-de-l’Orignal.Le Nord de Montréal comprend aujourd’hui vingt-cinq municipalités qui sont à peu près toutes devenues des centres de villégiature importants et que visitent, l’été ou l’hiver, des milliers et des milliers de chasseurs, de pêcheurs et de skieurs.Saint-Jérôme est encore le centre industriel grand, essentiel même, dans l’œuvre de la colonisation du Nord, il n’aurait jamais pu mener celle-ci à bien sans le concours des gouvernements et des compagnies de chemin de fer.Si le gouvernement du Québec fit du curé Labelle un sous-ministre de l’Agriculture, le gouvernement d’Ottawa l’aida de mille manières et les plus hauts dignitaires du Pacifique Canadien s’associèrent à son œuvre.Le 16 novembre 1875, la compagnie de chemin de fer du Nord passa un contrat avec le gouvernement provincial par lequel celui-ci s’engageait à terminer la construction des tronçons ferroviaires Montréal-Ottawa, Montréal-Québec et Montréal-Saint-Jérôme.Un an plus tard, le 9 octobre 1876, la ville de Saint-Jérôme voyait arriver chez elle le premier convoi de Montréal.Le réseau ainsi construit était long de trente-cinq milles.Ce fut le premier grand succès du curé Labelle.Cela fait, le curé Labelle n’eut plus qu’un rêve, qu’une ambition: que “son” chemin de fer se prolongeât de Saint-Jérôme à Labelle (alors La-Chute-aux-Iroquois), soit une distance de soixante-dix milles.En 1882, le gouvernement de Québec était propriétaire du chemin de fer qui desservait la région.On discuta âprement à cette époque la question de la vente de ce chemin de fer, le “Québec, Montréal, Ottawa et Occidental”, à un consortium de financiers canadiens.Le conseil de Saint-Jérôme adressa une supplique En haut: Le dimanche, durant la saison d’hiver, on prépare à Ste-Agathe les nombreux “trains de neige” qui doivent ramener à Montréal les skieurs qui ont passé la fin de semaine dans le Nord.Au centre: Une érablière dans les Laurentides.4 droite: Comparaison entre un sport d'hiver qui if ut autrefois en vogue et un autre plus moderne qui passionne aujourd’hui la jeunesse de tous les pays.\U.lui I - \—1 1 1 | S 1 > n I* » K 1 / M - ] ^ ] /"'A' j U •sm A ,ü Safe*.If ifa Photos C.P.R. G NUMÉRO DES LAURENTIDE8 de cette région ; c’en est aussi la capitale.Quand le curé Labelle en devint le curé, Saint-Jérôme existait déjà depuis 1832, mais ses progrès jusqu’à lui avaient été lents.A sa mort, la ville comptait déjà près de trois mille habitants et elle en a aujourd’hui une bonne dizaine de mille, peut-être plus.De ses nombreuses industries, les principales sont des moulins de pulpe et de papier, des fabriques de chaussures, filatures, fonderies, scieries et fabriques de portes et châssis.En suivant le réseau du Pacifique Canadien vient ensuite, dans l’ordre chronologique et d’importance, la paroisse de Sainte-Adèle qui, ainsi que nous l’avons déjà dit, fut fondée en 1852.Son nom lui vient de madame Adèle Raymond, épouse de l’honorable Augustin-Norbert Morin, son fondateur.De Sainte-Adèle nous passons à Sainte - Agathe - des - Monts, bâtie autour du grand lac des Sables, une municipalité des plus florissantes qui est certainement, à tous points de vue, le plus bel endroit de la région montagneuse de Sainte-Adèle.Cette paroisse fut d’ailleurs fondée en même temps que Sainte-Adèle.On y pratique l’industrie du bois, ainsi que la grande culture, la culture maraîchère et l’industrie laitière.On pourrait citer encore, avant d’arriver à Nominingue et à Mont-Laurier, Ivry, Saint-Faustin, Saint-Jovite, La Conception, Labelle et l’Annonciation.La paroisse de Nominingue, sur le parcours du Pacifique Canadien, est le centre de villégiature le plus achalandé entre Sainte-Agathe et Mont-Laurier.Bâti à flanc de montagne, sur les rives du lac du même nom, le village de Nominingue fut fondé en 1884, du vivant du curé Labelle.En iroquois, le nom signifie “peinture rouge”.On trouve en effet dans les environs une craie rouge dont se tatouaient les sauvages et qu’on utilise encore parfois pour badigeonner les bâtiments de la ferme.Les seuls villages à signaler entre Nominingue et Mont-Laurier sont Lac - Saguay, Guénette, Lac - aux -Ecorces et Val-Barrette.La ville de Mont-Laurier, autrefois Rapide-de-l’Orignal, est le chef-lieu du comté de Labelle et le point de terminus de la voie ferrée.On y trouve, en plus de quelques fabriques, un évêché, un collège classique et commercial et plusieurs autres maisons d’enseignement.C’est une ville depuis 1915.Inutile d’ajouter qu’elle tient son nom de Sir Wilfrid Laurier, ancien premier ministre du Canada.Pays de collines et de montagnes boisées, de lacs et de rivières pittoresques, les Laurentides devaient naturellement séduire les amateurs de la belle nature.Relief, climat, faune des bois et des eaux, tout cela le curé Labelle et ses propagandistes l’on décrit avec ferveur.Et ce fut alors le début d’une invasion touristique sans cesse plus considérable, favorisée d’abord par le chemin de fer, puis par l’automobile.Déjà, vers la fin du siècle dernier, des Montréalais que ne rebutent pas les fondrières des routes passent l’été à Saint-Jérôme, à Saint-Gabriel de Brandon et en d’autres endroits du Nord.C’est presque la Grande Aventure! Mais ces sportsmen sont dénote un esprit progressif qui n’a pas été suffisamment mis en lumière.Il ne faut pas oublier non plus de mentionner l’intelligente propagande en faveur de la préservation du gibier; car sans ses lacs poissonneux, le Nord perdrait une de ses plus importantes clientèles.De Montréal à Mont-Laurier, la région la plus fréquentée dans les Laurentides, on trouve en abondance des lacs très intéressants pour le pêcheur.Aux environs de Sainte-Adèle, de Sainte-Marguerite, de Val-Morin, de Sainte-Agathe, de Saint- S&i l'imÉliJ Une construction moderne—l’Hôtel de la Pointe Bleue, au lac Masson, Ste-Margue-rite.C’est une entreprise du richissime financier belge, le Baron Louis Empain.Photo C.P.R.bien récompensés de leur initiative: ils font des pêches miraculeuses, ils savourent tout l’agrément de ce pays charmeur.Il ne faut pas s’étonner que le chemin de fer ait tout de suite entraîné le long de la rivière du Nord des milliers de citadins enthousiastes.C’est alors que quelques fervents du ski ou de la raquette découvrirent cette petite Suisse aux portes de Montréal.Mais la grande vogue du Nord ne commença qu’après la guerre.En même temps que le gouvernement provincial améliorait considérablement les routes, le chemin de fer se préoccupait d’encourager le tourisme d’hiver autant que celui d’été.Plusieurs raisons expliquent la croissance rapide de l’industrie touristique dans le Nord.A l’établissement du chemin de fer et à la “prolétarisation” de l’automobile, il faut ajouter l’appui qu’un grand nombre de municipalités ont apporté aux particuliers désireux de s’y établir ou d’y construire des hôtels.Cela Jovite, de Saint-Gabriel-de-Brandon, de belles nappes d’eau de toutes dimensions et de toutes profondeurs contiennent de belles réserves de , truites grises, de truites rouges, d’achigans et d’autres espèces.Quant à la chasse, elle se fait surtout dans les grandes forêts d’en-haut: perdrix, chevreuil, orignal, etc.Depuis une dizaine d’années, le tourisme hivernal a pris une ampleur considérable.Chaque fin de semaine, une moyenne de six mille skieurs envahissent les villages du comté de Terrebonne, jusqu’à Sainte-Agathe, où la précipitation de la neige est la plus abondante.¦ Le tourisme dans les Laurentides au nord de Montréal n’a certes pas encore atteint son maximum d’intensité.Plusieurs grands hôtels et centres sportifs ont été récemment érigés ou seront construits au lac Masson, au lac Tremblant et ailleurs.L’on prévoit que dorénavant le tourisme deviendra la principale source de revenus du Nord.: Notre tr v * ' A.‘‘XL, %-^f1 •«*»¦> Me-*** ^gST 3 C « Z Û e i 3 1» 2 5 _ .9 *C ^ » U 05 O, w r h ¦ *; ¦ £ t « C O' w 05 O u C3 QO -3 3 _ v * _ u ¦S $ 3 3 Ï'SS.S S g 2 uo/jmk/rjdA 'r°*7ï~$- \ i^i ) fooV IMPRIMÉ PAR LA PRESSE
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