La musique, 1 janvier 1922, janvier
4e Année — No 37 Janvier 1922 La Musique Revue mensuelle Le Piano Pratte Fred.PELLETIER Musique et Musiciens à Québec : mmm sommaire: Joseph Vézina.N.LeVASSEUR Musique d’église : La musique liturgique.CHANOINE MATHIAS Variations sur un air connu, C.H.LEFEBVRE, S.J.La Vie musicale à Paris J.DE VALDOR Camille Saint-Saëns .J.DE VALDOR Botrel à Québec.J.-N.T.Louis Graveure.G.D.Echos et Nouvelles.— Concerts.Variétés.$2.00 par année Abonnement Parait le 15 de chaque mois LA MUSIQUE Revue mensuelle Publiée sous la direction de Orner Létourneau et Hector Faber Secrétaire de la rédaction: Jos F.de Belleval COLLABORATEURS : M.Jean Aubois M.J.-Arthur Bernier R.P.Louis Bonvin, s.j.M.Octave Bourdon R.P.J.Béricot, s.m.m.Mademoiselle Victoria Cartier M.Gustave Comte M.Auguste Descarries M.Henri Gagnon M.l’abbé Placide Gagnon.M.J.-A.Gilbert Madame Maria Lagacé-Girard R.P.C.-H.Lefebvre, s.j.M.Arthur Letondal M.N.LeVasseur M.l’abbé Olivier Maurault, p.s.s M.Xavier Mercier M.le docteur J.-G.Paradis M.le chanoine J.-R.Pelletier M.Fréd.Pelletier M.Alfred Poulin S.M.de S.M.Mr E.Stiévenard M.Robert Talbot M.Edm.-J.Trudel M.Joseph de Valdor Administration : 20, Côte de la Montagne, Québec Téléphone 6349 Adresser toute correspondance à l’administration.ABONNEMENTS : Un an .$2.00 (Canada, Etats-Unis et Union Postale) L’abonnement part de janvier et est payable d’avance.Les numéros parus sont envoyés aussitôt inscription.La collection des années 1919 à 1921 se vend $1.50 (par la poste, $1.60) chacune.Prière de faire remise par mandat-poste ou chèque payable au pair à Québec.Musique en feuilles Instruments de nv sique Assortiment des plus complet BEAUDRY FRERES EMR.263, rue St-Jean Tél.833 Photographie d'art Photographie commerciale.VIENT DE PARAITRE: Recueil d’Exercices sur la Théorie Musicale (complète) de S.M.de S.M.Format 7 x 10, 64 pages.Ce nouvel ouvrage complète la série des devoirs théoriques faisant suite au 1er Recueil d’ex, quiest celui du « Précis» du môme auteur.U comprend 200 questions de révision théorique et 30 exercices préparés sur la mesure, la tonalité, les intervalles, les armements, etc., etc.Prix : $0.40.S’adresser chez les principaux libraires et nmr chauds de musique de Québec et de Montrénl A .» » » » » ‘ » * A*^*^************^************* JHatsott Jib* Archambault La maison ARCHAMBAULT, sise au centre de la métropole, est l’endroit tout indiqué pour vos achats de musique vocale et instrumentale.Vous y trouverez un choix complet des (ouvres des maîtres classiques et des compositeurs modernes.Cette maison fait en outre un commerce considérable de pianos et de phonographes les plus recherchés des artistes et des amateurs de musique.C’est également dans cette maison qu’est établi le comptoir de musique religieuse du BUREAU D’ÉDITION de la SCOHLA CANTORUM de Montréal, rendez-vous habi tuel des organistes et des maîtres de chapelle.312 a 316-Ést, rue jj>te~(Ea%rine (JHimiréaL ¦Stplép^an* Test 3299 fl 18-12 orYrYYVwrvrtTTVYTvwrYVTvn rvvTvvrvrrrwvwvrvrrwvYrrYYWt AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA^AAAAAAAAAAAAAAAÀAAAAAAA 1861-1922 61ème anniversaire de la MAISON A.-J.BOUCHER 28-Est, rue Notre-Dame, MONTRÉAL.Chants religieux et profanes, pour fêtes et distributions de prix.Spécialité pour Maisons d’éducation, Conservatoires et Académies du Canada.îCt's (Dettes (dasabant SONT CÉLÈBRES i ______= # " fl Au delà de 900 ont été construites par la MAISON CASAVANT FRÈRES, Liée dont 65 à quatre claviers, 197 à trois claviers, 538 à deux claviers, etc.V Y Y # CASAVANT FRÈRLS, Liée FACTEURS D’ORGUES SAINT-HYACINTHE, Qué.^ QUEBEC FRUIT & FISH EXCHANGE ltée IMPORTATION — EXPORTATION Vente en gros : Fruits, Légumes, Poissons frais, gelé, salé, fumé, Huîtres, Tabac, Amandes, etc, i Fabrique de Limonades gazeuses jUgfBSm MM*: 116, rue Dalhousie Québec. 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Hermann Court^eene 1 i.-^lberl «au6i m daufrm 8c üIourdjEsne Pianos — Orgues — Violons — Musique en Feuilles — Victor-Victrolas Disques “Victor” — Musique Classique et Populaire — Musique Religieuse Editions Européenûes et Américaines 252, rue 142, rue ^t-Jean QUEBEC.T»!.4626 T*x-, 4345 Lavigueur & Hutchison ' ! r , SEULS REPRÉSENTANTS DES ( CÉLÈBRES PIANOS HEINTZMAN & CO, (LE FAVORI DES ARTISTES: Distributeurs des Grafonolas COLUMBIA et des merveilleux BRUNSWICK, reproduisant à la perfection tous les disques de n’importe quelle marque CONDITIONS DE PAIEMENT LES PLUS FACILES 81, RUE ST-JEAN Succursale : 54, rue St-Joseph LA MUSIQUE Janvier 1922 4*me année — No 37 amm IS 1922 Amis lecteurs et abonnés, passés, présents et futurs, LA MUSIQUE vous offre à tous l’expression cordiale et réitérée de ses voeux de bonne année.Aux abonnés passés, elle souhaite de redevenir présents ; aux lecteurs futurs elle étend le même généreux souhait, espérant en voir au plus tôt la réalisation.Quant aux abonnés présents, elle leur désire le privilège de l’immortalité et voudrait les inscrire en bloc au catalogue de l’abonnement perpétuel à LA MUSIQUE, assurée qu’elle est de pratiquer ainsi, pour elle-même et pour eux aussi, la charité bien ordonnée.* * * A maintes reprises, nous avons attiré l'attention sur le caractère sérieux de notre Revue.Avec le cours des années, les articles qu elle fournit aux musiciens, loin de perdre en utilité, voire même en actualité, ne font que gagner, par les notions précieuses qu’on y trouve.Sans doute, les informations de pur instantané ont leur piquant et peuvent plaire davantage, mais c’est un mérite éphémère et bientôt périmé qui ne comporte aucun profit durable, F.t rose, elle a vécu ce que vivent les roses.LA MUSIQUE a d’autres visées sans négliger d’ailleurs ce point intéressant qu’elle entend soigner.* * * C’est un peu dans tous les domaines du vaste royaume des sons que notre revue tient à pousser son investigation.Plus particulièrement dans les questions de pédagogie musicale où le champ à explorer, à défricher du moins, s’étend quasi à perte de vue.L'enseignement du solfège et du chant, tel qu’il devrait se faire (et non tel qu’il se fait, — ou qu’il ne se fait même pas encore—), est un point vital et malheureusement en proie à la routine ou à la négligence, faute de méthode efficace Nos couvents et certains collèges ont, en ce point, fait de réels efforts et, disons-le bien haut, obtenu les plus consolants résultats.Il y a là, pour l’avenir, une réconfortante perspective.Que tous les établissements similaires emboitent le pas, et dans très peu d’années la face du monde musical canadien serait transformée pour le mieux.* * * C’est dans cette direction que LA MUSIQUE a jusqu’ici tenté de s’orienter, et qu’elle veut continuer par la publication de travaux destinés à guider ceux qui s’occupent de formation musicale et veulent s’acquitter dignement de ces fonctions.Rien ne stimule plus énergiquement les facultés en éveil déjà que la lecture d'une revue musicale.Nos directeurs et directrices de chant et de musique instrumentale devraient, si ce n’est déjà fait, expérimenter ce levier puissant et l’utiliser en provoquant des abonnements collectifs, et en veillant à faire lire par le plus grand nombre possible les travaux publiés dans notre revue sous les diverses rubriques : Chant, piano, violon, solfège, orgue, etc.Graduellement le goût se forme, la science s’acquiert, le sérieux se répand: c’est dans tout un pays comme le nôtre, neuf encore et susceptible de monter, une rénovation des plus désirables et des plus faciles à réaliser. 9 LA MUSIQUE Sa création et son histoire E tous les instruments de musique, le piano est le plus répandu.Il le doit non seulement aux artistes illustres entre tous qui ont écrit pour lui une littérature si riche et si abondante, mais à la faculté qu’il possède de mettre à la portée de tous les œuvres lyriques et symphoniques qu'on ne pourrait connaître autrement, et à bien d’autres causes encore.Aussi est-il l’instrument le plus en honneur dans notre pays comme dans tous les autres et sa facture occupe-t-elle une place fort importante dans l’industrie.C’est surtout depuis une vingtaine d’années que cette industrie a pris de l’essor et elle est aujourd’hui si florissante que d’après une statistique parue dans un journal de Montréal, la production a été de 27,800 pianos au Canada en 1920.Cependant l’industrie du piano, comme bien d’autres, a eu des débuts modestes.Ce sont les frères Pratte, de Montréal, qui, les premiers, entreprirent sérieusement la facture du piano droit dans notre province.Avant eux, un M.Hood avait fabriqué quelques pianos carrés, et il y avait eu quelques essais, restés infructueux, de pianos droits.Quand MM.Pratte commencèrent leur fabrication, il n’y avait qu'en Ontario qu’existât cette industrie.De tous les pianos fabriqués dans le Québec, le piano Pratte est donc le plus ancien et l'on n’a qu’à lire les éloges qui lui ont été décernés pour convenir que nous avons raison d’en être fiers.Comme le disait si justement le regretté .1.-1).Dussault, organiste à Notre-Dame de Montréal : “N’eussions-nous que les noms de Pratte et de Casavant, que ce serait plus que suffisant pour illustrer notre pays dans le domaine artistique universel.” fit la merveilleuse collection d’autographes que possède la Maison Pratte vient à l’appui de cette affirmation.Ces lettres sont signées par des artistes do réputation mondiale et par des facteurs européens de renom.Citons par exemple cette appréciation de M.Herburger, propriétaire de la célèbre manufacture de mécaniques de pianos Herburger-Sehwander, de Paris.A l’occasion de l’arrivée et de l'exposition d’un piano Pratte dans les salles mêmes «le M.Herburger, celui-ci écrivait à un artiste canadien étudiant à Paris (1897) la lettre suivante : Pendant, les quelques jours que le pinnn Pratte est resté dans notre Maison, lors de son arrivée de Montréal, je l’ai nioiitié à quelqües-uns des principaux fabricants de de pianos de Paris.Ils ont été tout simplement émerveillés, non seulement des sons magnifiques de l’instrument et du toucher agréable et fin qu’ils constataient, mais encore de la construction soignée au plus bout point à laquelle ils ne s’attendaient guère.I.'ntt d’entre eux.qui était membre du jury à l’exposition de 1889, n’en revenait pas qu’il existât au Canada une fabrique de pianos produisant des instruments d’une Ielle valeur.Le fondateur de la Maison l’ratte est feu L.-E.-N.Pratte, homhte très distingué, doué d’une indomptable énergie, d’un tempérament artistique remarquable et d’un sens tiffins des affaires.Etabli à Montréal vers 187Û, il avait ouvert à l'ancien numéro 1 (170 de la rue Notre-Dame, occupé aujourd’hui pai la Librairie Notre-Dame, n quelques portes de LA MUSIQUE 3 A M.ANTONIO PRATT K, rr.Auteur et fondateur du piano Pratte l’église du même nom, un magasin de musique de trois étages ; le rez-de-chaussée servait de salle de vente, le premier étage, de salle d’exposition des instruments de grand choix et de salle de concert, et le second, d’atelier de réparation.C’est là que fut plus tard fabriqué le premier piano Pratte.La famille Pratte venait de Prin-ceville, comté d’Arthabaska.L.E.N.Pratte et son frère Antonio, qui est aujourd’hui à la tête de la Maison, naquirent a Princeville ; leur père était M.François-Xavier Pratte, notaire.L.E.N.Pratte commença seul le commerce des pianos et.par un travail acharné et continuel, il lui donna bientôt une importance qui | 110 fit qu’augmenter tous les jours.tdou frère Antonio vint bientôt le rejoindre et son goût prononcé pour la musique, son talent pour la nié-colique en firent un auxiliaire pré-ieux.L.E.N Pratte avait une ambition : celle de fabriquer un piano dans lequel seraient réunies les qualités artistiques et de solidité introuvables jusque-là dans un seul instrument.Dépositaire des instruments les plus réputés, il en admirait les belles qualités de résonance, mais déplorait leur peu de résistance à notre climat si dur pour les pianos, américains ou européens, dontles parties en bois sont exposées, ici, à des influence» climatériques qu’on ne rencontre pas ailleurs.Pour atteindre son but, avec l’aide de son frère Antonio, il travailla pendant huit années sans ménager ni son temps ni son argent ; à plusieurs reprises, il fit des voyages aux Etats-Unis, en Angleterre, en France, en Allemagne pour réunir les matériaux et les observations dont il avait besoin.C’est Antonio Pratte qui réalisa l'exécution de cet idéal.M.Pratte est non seulement un musicien, il PH.-ANTONIO PRATTE, JR.Un (les directeurs de la Maison Pratte 4 LA MUSIQUE est un mécanicien hors ligne et un chercheur.Il avait étudié la musique avec Charles Panneton, puis avec Dominique Ducharme.Après avoir passé quelque temps dans l’atelier de son frère, il alla à Bowmanville pour étudier la mécanique et la facture dans une fabrique de pianos.Il était accompagné de son frère Evariste qui étudia l’accord des pianos, et s occupa de la vente pendant plus de vingt ans._ A Aew à ork, où l’influence de son treie lui avait tait ouvrir les portes des ateliers les plus renommés dès 1885, son caractère et son talent lui gagnèrent la confiance des maîtres en facture, ce qui lui permit d’étudier les plans et devis du piano et d apprendre la science délicate de la fabrication.Dès son retour à Montréal, il se mit au travail avec une ardeur qu’entretenaient les conseils de plusieurs musiciens de Montréal et de l'étranger.C’est le soir du 24 décembre 1889 que le piano Pratte fut terminé et descendu de l’atelier à la salle des ventes.Soir mémorable entre tous, puisqu il voyait naître une nouvelle industrie et que l’art canadien faisait un progrès énorme ! La nouvelle fit sensation.Tout ce que Montréal comptait de musiciens de carrière ou amateurs voulut voir le nouvel instrument et témoigna de son admiration par des lettres les plus élogieuses.La presse entière y fit écho.Malgré ce résultat, M.Antonio Pratte ne voulut passe reposer.Fier de son premier succès, mais conscient qu il n’avait pas encore réalisé la perfection absolue, il se replongea dans ses expériences.Voulant doter son piano de perfectionnements inconnus dans les autres instruments il s’attacha à donner la plus extrême précision aux plus petits détails, la moindre erreur de construction pouvant coi promettre l’avenir.Le succès couronna ses efforts I 10 avril 1894, un brevet lui fut accordé pour une amélioration des tinée à produire, dans les piano’ droits, une sonorité plus pure, |,iils chantante et entièrement dégagée de fausses harmoniques et de dissonances.Puis vint une longue série d’améliorations dans la construction de la table d’harmonie, de son cadre métallique, mécanisme des touches des étouffoirs, etc.; pour lesquelles’ il obtint des brevets en 1897, i9qo 1903, 1906 et en 1909, si bien que son piano se trouva être une création.Comme on le voit, les diverses améliorations du piano Pratte ne sont pas, comme c’est généralement le cas, le résultat de découvertes accidentelles, mais d’expériences poursuivies systématiquement durant plusieurs années.Avant d’etre utilisée, chaque partie du piano est éprouvée au moyen d'instruments d’une grande précision.La tension de chaque corde est déterminée au moyen d’un ingénieux appareil inventé par M.Antonio Pratte.Les vibrations sont notées par un instrument qui enrégistre jusqu’à 7 000 vibrations à la seconde.La construction et la dilatation du feutre et du bois sont notées avec I aide d’un micromètre gradué aux deux-millième de pouce.La plaque métallique qui soutient les cordes est éprouvée à 75,000 livres de tension au pouce carré, et la charpente de bois, à 10,000 livres de tension an pouce carré, au moyen d’un appareil spécial.Chaque partie de l’instrument est calculée mathématiquement pour remplir sa fonction propre.Les ch if fi ¦es suivants sont intéressants.Dans le mécanisme seul d’un piano Pratte, de la touche au mai- LA MUSIQUE 5 teftux, il entre 9,174 morceaux repartis comme suit : 2,059 morceaux Je bois, 3,346 de métal, 3,823 de drap feutre et cuir et 159 d'ivoire.On compta 1,525 mortaises et 6,793 trous.Les cordes sont au nombre de 229 avec une tension totale de 39,600 livres, soit près de 20 tonnes.La corde la plus basse donne 28 vibrations à la seconde et la plus haute 4,136.Nous arrêterons ici ces détails techniques qui démontrent que la science entre pour une grande part dans la facture du piano et que c’est à la perfection îles détails que l’ensemble doit sa valeur artistique.Nous avons déjà dit que, dès sa naissance, le piano Pratte s’était signalé à l’attention des artistes et des facteurs d'Europe.En 1897, de nombreux pianos Pratte occupaient déjà une place d’honneur dans les salons et les studios les plus renommés de Paris et de Londres, M.Pratte n’avait pas en effet craint de soumettre son instrument à la critique en l’envoyant à l’Exposition Internationale tenue à Paris à cette époque.M.Briqueville, rapporteur du jury de la 17ème classe de musique en fit l’éloge, et le piano Pratte remporta une médaille de mérite.Voici ce qu’en dit à cette époque le Monde Musical : '•e Canada a fait un assez large en vei de pianos, parmi lesquels le meilleur est certainement le piano Pratte de Montréal.Ces pianos Pratte sont recommandables au double point de vue de la qualité et delà solidité, et avec une telle facture, la clientèle etinadienne peut se montrer entièrement satisfaite.Du reste, les pianos Pratte ont reçu l’approbation la plus flatteuse des maîtres tels qui Guilmant, Gigout, Bourgault-buccnidray et de pianistes réputés tels que •St.imb, Laclmume, Lamourenx, etc.L’instrument exposé était le mo-delo droit dit Modèle de Concert.Ce grand succès rejaillissait sur tout le pays et nos musiciens s’e11 enorgueillirent à bon droit.M.Pratte travaillait alors à une nouvelle création.Le piano mécanique n’existait pas encore au Canada et les Etat-Unis n’en comptaient qu’une seule fabrique : celle de la compagnie Aeolian.Peu après le succès remporté à Paris, M.Antonio Pratte fabriquait le premier piano mécanique au Canada.En 1908, il produisait un piano de format plus petit, connu depuis sous le nom de Modèle d’Artiste.Tout en travaillant à ces deux instruments, M.Pratte menait de pair la construction, commencée en 1896, d’un autre instrument qui ne se fabriquait pas encore dans notre province : le piano à queue.Ce n’est qu’en 1912 que, ainsi qu’il avait pour ainsi dire créé la facture du piano ordinaire dans notre province, M.Pratte fut le premier facteur de pianos à queue chez nous.Il est même le seul qui en fabrique aujourd’hui.En effet, on voit chez certains marchands des pianos à queue qui portent une étiquette à leur nom, mais la vérité est que ces marchands achètent leurs instruments et ne les fabriquent pas ; ils obtiennent des véritables fabricants que leur nom soit coulé dans le cadre de métal qui porte ainsi leur marque de fabrique.On sait d’ailleurs que cela se pratique aussi pour le piano droit.L inauguration du premier piano à queue Pratte fut faite par Mademoiselle Victoria Cartier dans un concert donné au Ritz-Carlton devant les plus hautes personnalités musicales de notre ville.MM.Claver et Samuel Casavant, les distingués facteurs d’orgue, avaient tenu à y assister, pour donner à leur confrère en facture artistique le témoigna ge de leur haute appréciation.Ce fut un succès complet.Pour répondre à la demande de 6 LA MUSIQUE nombreux amis de son oeuvre, M.Pratte créa le phonographe qui porte son nom et obtint un brevet pour une précieuse amélioration.Dans ce travail, il fut beaucoup aidé par M.le docteur Ph.-Antonio Pratte, sou beau-fils, qui, après des études solides au Séminaire de Nicolet et de Sherbrooke et à l’Université Laval, s’adonna à l’étude de la facture instrumentale.M.Ph.-Antonio Pratte, qui est un des directeurs de la maison, possède à son crédit plusieurs améliorations remarquables dont quelques-unes sont encore inconnues du public, et pour lesquelles il a pris des brevets.La prochaine production de la Maison Pratte sera un nouveau piano à queue, format miniature, que les Anglais appellent Baby Grand, et que les Français ont baptisé du nom peu élégant de Crapaud.Telle est, brièvement esquissée, l’histoire de la fabrication des pianos Pratte, et nous avons le droit de nous féliciter qu’il jaillisse sur notre province quelque chose du succès toujours croissant que lui ont attiré ses fondateurs.Mais ce n’est pas seulement par un concert d’éloges que nous méri- terons de pouvoir nous enorgueilli,-du progrès de cette industrie d’art C’est l’action pratique qui sera, de notre part, la preuve que nous comprenons tout le crédit qui en revient à notre race.Qu’on se rappelle que cette action nous a été indiquée dès la première heure et que les motifs en sont clairement donnés par les centaines de témoignages d’artistes de tous les pays qui louent les instruments de la Maison Pratte.Ne devons-nous pas écouter ces voix autorisées quand elles nous affirment sans équivoque possible les mérites des instruments Pratte ?Il serait beaucoup trop long pour le cadre de cette revue de nommer tous ceux qui ont félicité les MM.Pratte de l’excellence de leurs pianos, mais nous pouvons bien rappeler quïls comprennent des artistes de chez-nous comme des Etats-Unis, de France, d’Angleterre, de Belgique et d'Allemagne.Y a-t-il beaucoup de facteurs de pianos au Canada qui pourraient en montrer autant ?Fred.PELLETIER. LA MUSIQUE t Musique et Musiciens à Québec Souvenirs d'un amateur -.PAR - N.Le VASSEUR Collige fragmenta ne pereant ! L'un des traits caractéristiques de la race celto-latine, la nôtre, est son instinct de l’art en toute œuvre que ce soit.Sous ce rapport le talent se rencontre à tous les coins de rue.On nuit peintre, sculpteur, musicien, dramaturge, écrivain.L'une des neuf muses nous berce à la naissance et que l'on soit ouvrier ou scribe de tout titre, plus d’un y met de l’art, et parfois atteint de hautes altitudes.Cela s’accomplit ça et là sans l’école officielle, mais à l’aide d’un professorat instruit, averti, renseigné et consciencieux, dans plusieurs cas du moins.Et preuve incontestable de ces assertions, je citerai l’un des nôtres, Joseph Vézina.Je fis sa connaissance au Séminaire de Québec, lorsqu’un jour, rue St-Valier, vers le Palais, je le rencontrai à demi disparu dans les contours d’une contrebasse en cuivre.Il s’arrêta pour me dire qu’il allait rejoindre un corps de musique qui donnait une sérénade sur un patinoir en plein air, sur la glace de la petite rivière St-Charles, dans le havre du Palais.Il me parla avec tant d’enthousiasme de la musique et du rôle de son instrument, (que j’en oubliai les 15° degrés de froid qu’il faisait ce jour-là.Xous en étions au mois de janvier Ithil.Il avait quitté le séminaire.le le rencontrai plus tard en 1868 comme instrumentiste dans le corps de musique du 9e bataillon.Voltigeurs, au premier camp de ce bataillon.sous la Confédération, à la Rivière-Quelle.Il était tombé de lui-même dans sa longue carrière dechef demusique, qu’il poursuit encore aujourd’hui (1922) avec autant d’activité et de succès qu’au début.Joseph Vézina naquit à Québec le 9 juin 1849, du mariage de François Vézina, ancien entrepreneur maître-peintre, qui fut chef de musique de la Société Saint-Jean-Baptiste après Charles Sauvageau, et de Marie Petitclerc dit Brousseau, de Saint-Augustin.Cette dernière était sœur de Pierre Petitclerc qui mourut au Labrador où il était professeur de français dans une famille anglaise.On conserve encore de lui une comédie du terroir intitulée Une partie de.campagne.Joseph Vézina commença ses études à l’école des Frères de la Doctrine Chrétienne, puis entra au séminaire de Québec.A l’âge de 17 ans, c’est-à-dire eu 1866, il fit un voyage en Europe à bord d’un voilier.Ce fut un voyage plutôt d’expérien-cc que d’agrément : il fut quatre mois absent.A son retour, il entra à l’Ecole Militaire commandée par le Major Buller du 60e Carabiniers et obtint ses diplômes de cadet.En 1867, il joignit le corps de musique du 9e Voltigeurs de Québec, dont le chef était Henri Thibault et le commandant du bataillon le lieutenant-colonel D.C.Thompson.En 1869, il fut nommé chef de musique du même régiment sous le commandement du lieutenan-tco-lonel Eugène Panet, qui a été pendant bien des années coroner de la ville de Québec, et qui à sa mort 8 LA MUSIQUE était sous-ministre do la Milice.Joseph Vézina épousa en 1872 Mlle Monique Tardif, fille aînée de M.J.-M.Tardif, marchand de bois.De ce mariage naquirent quatre fils, Arthur, Edgar, Raoul et Jules, et quatre filles dont trois survivent : Léontine, au jourd’hui Madame J.-A.Bisson et Mlle?Alice et Ernestine.Comme chef de musique, Vézina s’était acquis la connaissance de tous les instruments de musique, bois et cuivres, jusqu’au piano, cet instru- ment indispensable à tout musicien quelle que soit sa spécialité.Il e,î connaissait l’étendue, le caractère et les ressources, mais il se familiarisa tout particulièrement avec les instruments de cuivre et parmi ces instruments, il en avait un favori le baryton, dont il jouaitavec maîtrise.Ce qui explique pourquoi on l’entendait comme baryton soliste dans des concerts, etdans les programmes que j’ai conservés, je le vois figurer comme tel et même je l’entendis JilSf JA*.HI — > mm % .'ipi JOSEPH exécuter un solo de baryton à un concert donné par Célestin Lavi-gueur le 14 janvier 1875, à la salle Jacques-Cartier, disparue aujourd'hui après démolition de l’endroit qu’elle occupait rues St-Josepb, de la Couronne et St-François.A cette époque, deux corps de musique furent organisés à Beauport et Montmorency, sous la direction de Joseph Vézina.Ces deux corps VEZINA de musique figurèrent le 29 septembre 1876, à la cérémonie de la bénédiction d’un carillon de trois cloches à I église paroissiale de Beauport, église alors remarquable par son architecture, œuvre defeu François-Xavier Berlinguet, ingénieur civil et architecte a Québec.Cette église fut malheussment incendiée en février 1912.Le corps de musique de Beauport LA MUSIQUE 9 fit ensuite ses débuts à Québec sous Indirection de Vézina dans un concert que Célestin Lavigueur donna à la Salle de musique le 80 décembre 1876.J.Vezina débuta dans la composition dès 1870.Il écrivit une valse qu'il intitula Les Roses d'or et dédia all Lieutenant-Colonel Strange, alors commandant de l’Artillerie Royale Canadienne, en garnison à la citadelle de Québec.Les éditeurs en furent A.etJ.Vézina, marchands de Musique, rueSt-Jean, à Québec.Québec fut un jour le théâtre d’un grand concours de oorpsde musique, le 18 juillet 1877.Feu Théofred Hamel, ancien marchand à commission à Québec, mais qui, nonobstant son négoce, avait avant tout, comme tousles membres de la famille Hamel, le goût inné des arts, en avait con u et propagé l’idée au point d’y intéresser vivement tout le public québécois.Les juges choisis furent Robert Morgan, marchand de musique et ancien membre d’un corps de musique anglais en garnison à Québec, N.LeVasseur, alors organiste à l’église Saint-Roch de Québec, membre-fondateur et secrétaire du Septuor Haydn, directeur de la Société Sainte-Cécile, Alfed Paré, membre-fondateur et bibliothécaire de Septuor Haydn et Ernest Lavi-gne, cornettiste et compositeur.Il y avait des prix d'excellence inscrits au programme, et parmi les généreux donateurs de ces prix figu- raient les Hon.Isidore Thibaudeau et Joseph Sheliyn, celui-ci député de Québec-Est et celui-là ancien député du comté de Québec.Le concours eut lieuà la salle Jacques-Cartier.Les corps de musique avaient été classés en trois divisions suivant le nombre et la naturedes instruments.Tous se composaient d’amateurs et de volontaires.Dans la première division figurait le corps de musique de Beau-port qui obtint une mention honorable.Dans la deuxième division, le corps de musique du 9e voltigeurs remporta le premier prix.Dans la troisième division, le corps de musique de Montmorency eut le même succès.Ces trois corps de musiqueétaient dirigés par Joseph Vézina.Citons le fait à son crédit.Enseigner les rudiments de la musique, puis la manipulation d’un instrument de musique à autant de gens, bien doués, il est vrai, mais dépourvus pour un grand nombre de toutes connaissance musicales, et leur faire faire atteindre un degré remarquable d’efficacité individuellement et comme ensemble, n’est pas un labeur ordinaire, il fallait un directeur de patience et d’énergie comme Vézina pour arriver à pareil résultat.(à suivre) N.LcVASSEUR. 10 LA MUSIQUE MUSIQUE D'EGLISE Nous commençons avec le présent numéro la reproduction de quelques-unes des plus remarquables conférences données au congrès de Tourcoing en 1919.Celle du chanoine Mathias, dont nous publions le début, est remarquable par Vélévation des idées, la splendeur du style et sa grande portée pratique Nos lecteurs nous sauront gré de cette communication.La musique liturgique et l’enseignement supérieur I LUS de quinze ans nous séparent de la promulgation du nouveau code juridique de la musique liturgique.Cinq années pleines I de sang, de ruines et de crimes inimaginables ont passé sur la tombe du grand réformateur de cette musique pour justifier son œuvre, pour sceller ses lois par un formidable : Quae sursum mint quaerite, quae sursum sunt sapite, non quae super terram.De grands efforts ont été faits dans l’accomplissement de sa volonté, de beaux succès ont été obtenus dans la réalisation de ses idées.Trois obstacles à la restauration musicale Mais nous déplorons toujours la triple barrière qui s’éiève grande, presque insurmontable entre le but à atteindre et le travail fourni jusqu’à l’heure présente ; c’est l'indifférence, le découragement, la désunion.C’est d’abord Vindifférence de la grande masse des fidèles pour tout ce qui touche à la musique liturgique, indifférence qui, chez une certaine catégorie d’intellectuels, frise souvent le dégoût, le mépris, le dédain.C’est ensuite le découragement de ceux qui auraient mission de cultiver, de propager, de porter à sa perfection la musique liturgique.Dans un moment d’inspiration et de saint enthousiasme tel que le produit l’assistance à un Congrès, à un cours ou une conférence, ou encore la lecture d’un article ou d’un livre traitant de la musique sacrée, ils font, pendant un certain temps, des efforts inouïs, et voyant leur peine et leur labeur couronnés d’insuccès, ils abandonnent le champ du travail pour ne plus jamais y retourner.Ils plaident la cause des indifférents et ils augmentent leur nombre.C’est enfin la désunion de ceux qui, avec les meilleures dispositions, avec un zèle, un esprit de sacrifice et une patience à toute épreuve, travaillent à la réalisation du grand idéal de Pie X.Une différence de vue et de conception, quelque- fois une différence de succès, le plus souventune série de malentendus les a désunis.C’est la fameuse «désharmonie des artistes» qui, plus que tout le reste, décourage les uns, scandalise les autres, en multipliant ainsi le nombre et des découragés et des indifférents.Voilà trois grandes barrières qui, comme d'immenses glaciers, se mettent entre l’ardeur de nos aspirations et la sublimité lumineuse de l’objet de nos désirs.Par quelle voie viendra la lumière Il faudrait précisément toute la puissance des splendeurs du soleil de notre musique liturgique pour faire fondre ces monceaux de glace et frayer à tous le chemin vers les sommets éternels de la beauté liturgique.11 faudrait la lumière foudroyante de la vérité une et indivisible de cet art liturgique et musical, pour ramener à l’unité les désunis.Vérité spéculative pour imposer aux intelligences l’unité du but ; vérité pratique pour imposer aux volontés l’unité du chemin, l’unité des moyens.Lex et rerit a*.Il faudrait toute la chaleur de la bonté divine, épanchée dans les formes innombrables de cet art, pour inspirer du courage aux pusillanimes, pour donner de la verve aux faibles et pour assurer à tous la persévérance.Il faudrait enfin tout l’éclat de la beauté naturelle et surnaturelle de cet art, pour subjuguer, captiver, ravir les indifférent, pour imposer le silence aux moqueurs et remplir de confusion les rieurs.Mais cette vérité et cette bonté et cette beauté ne font-elles pas précisément le contenu du code juridique de Pie X ?Ce document ne présente-t-il pas le firmament de la vérité, de la bonté et de la beauté inhérente à la musique liturgique?Pourquoi alors ces glaciers continuent-ils à subsister ? LA MUSIQUE 11 Sans doute, parce que le passage entre ce fir-nrmient et ces glaciers n’est pas encore pleinement ouvert.Des routines invétérées comme d épais nuages couvrent encore le soleil et remuent d'envoyer ses rayons jusqu’à cesglaciers pour les faire fondre.Le contenu du Motu pro- fio n’a pas encore trouvé toute la largeur du chemin qui conduit de la vérité, de la bonté et de la beauté d'en-haut dans les intelligences, les volontés et les cœurs d’iri-baa.Comment faire disparaître ces “glaciers” Ce chemin large, ce passage lumineux, c’est le Magiaterium ordiiiarium de l’Eglise, comprenant : (a) L’enseignement religieux primaire dans le catéchisme et le prône du dimanche.(b) L’enseignement religieux secondaire dans le cours de religion des collèges, des conservatoires, des cercles d’études et dans les conférences populaires.(c) L’enseignement religieux supérieur dans les séminaires et dans les facultés de théologie ainsi qu’aux instituts, cours et conférences publiques, rattachés à ces deux établissements.Voilà la triple voie par laquelle toute vérité, bonté et beauté d’ordre surnaturel doit descendre du Chef de l’Eglise dans les membres de son corps mystique pour y trouver le plein épanouissement de son efficacité.Or, la musique liturgique dans l’esprit du Mo-hi proprio a bien trouvé la voie de l’enseignement primaire ; dans des cours de solfègeson enseigne aux enfants et, par les enfants, au peuple les parties du répertoire liturgique accessible à la grande masse des fidèles.L’enseignement secondaire, à son tour, a ouvert son cadre à la réforme de la musique liturgique en transmettant aux élèves, avec une connaissance plus approfondie de la liturgie, l’em-semble des formes d’expression liturgique, tant grégeriennesque Palestriniennes, celles des Bach, des Beethoven, des Liszt, les formes vocales et les formes instrumentales.Il n’y a que l’enseignement supérieur qui, en bien des endroits, se refuse à se mettre dans le service de la grande réforme liturgico-musicale, l’enseignement supérieur qui seul serait capable d’atteindre au maximum de vérité, de bonté et de beauté inhérente à l’art liturgique et de transmettre ce maximum, d’abord aux organes du Chef de l’Eglise, à la hiérarchie, et par eux à l’en- semble des membres de son corps mystique, avant tout à ces fidèles instruits qui tendent la main aux clercs pour accomplir avec eux le grand Opv» Dti.Insuffisance de l’enseignement supérieur actuel Que l’on ne s’y méprenne point en m’objectant que dans tous les séminaires, la musique liturgique est enseignée, et que les séminaristes aimant la musique trouvent dans les bibliothèques etles salles de lecture tout ce qu’il faut pour développer leur talent.L’enseignement dont il s’agit n’est, en règle générale, que la reprise de l’enseignement secondaire, voire même primaire, négligé ou omis en son temps C’est un travail de théologie musicale avant tout et non point un tr avail de technique pratique théologique.Quant aux études privées et facultatives de ce genre d’amateurs, c’est plutôt un mal qu’un bien, C’est plutôt un crime qu’un acte de vertu que de leur permettre d’errer dans l’incertain, de perdre leur temps au séminaire et d’augmenter plus tard comme prêtres le nombre de ces dillettantis qui renforcent les ban ières énumérées tout à l’heure au lieu de les détruire.Et quand même ce danger n’existerait pas, ce ne serait après tout jamais l’enseignement officiel et vivant de l’Eglise, qui seul répond à la mission de Notre-Seigneur : Eunles docele omnes genie*.docetUee eos servare qnoeuomque mandait i-ohU et qui seul possède les garanties surnaturelles : Ecce ego eobiscum sum usque ad conmimmatio-nen soeculi.Ce n’est point là 1 idée du grand réformateur de la liturgie qui dit à la fin de son code juridique (VIII N° 27) : « Dans les leçons ordinaires de liturgie, de morale, de droit canonique, qui seront données aux étudiants en théologie, qu’on n’omette pas de toucher aux points qui se rapportent plus particulièrement aux principes et aux lois de la musique sacrée, afin que les jeunes clercs ne sortent point du séminaire dépourvus de toutes ces notions nécessaires à la parfaite culture ecclésiastique.» Ces leçons ordinaires de liturgie, de morale, de droit canonique, c’est tout cequ’il y a de plus officiel dans l’enseignement supérieur de la théologie.(à suivre) F.-X.Mathias. 12 LA MUSIQUE Variations sur un air connu =3° “Genus irritabile vatum” disait déjà le poète latin Horace, et ce thème est rebattu.On le transpose de la littérature dans la musique.Elle y devient la fameuse “désharmonie des artistes’’ dont parle le chanoine Mathias dans le superbe travail que reproduit notre revue, et c’est une variation du thème d’Horace.Entre artistes, comme entre poètes, la polémique a vite pris de l’effervescence, pour passer à l’animosité et parfois atteindre l’écriture au vitriol.La violence excessive est un signe de faiblesse : la véritable force sait se contenir.¦ * * * “Le malheur de l’humanité, — suivant le mot de Vacquerie, — ce n’est pas d’être aveugle, c’est d’être borgne !’’ La genèse de ce funeste esprit de parti, vous la trouvez dans le manque de perspective, conséquence de cette infirmité.Le partr-pris, s’il est obstiné, — malheureusement il l’est trop souvent, — met des oeillères aux plus belles intelligences et les rend incapables de vues larges et de spacieux panoramas.De là, sur le terrain des faits et de l’action, la plus déconcertante intransigeance.*** Notre article sur les éditions grégoriennes ne pouvait plaire à tous : là n’était pas son but.L’objectif en était de mettre à l’aise les gens désireux de s’adonner immédiatement à l’étude du grégorien en utilisant les éditions rhytmiques.Cet article était, comme tous ceux que j’ai fournis sur la musique d’église, signé de mon nom ; je m’y suis gardé de toute allusion personnelle fâcheuse ou étiangère au débat, ayant sous les yeux la direction bien sage de l’Eglise au cours des discussions : «In certis, unitas ; en dubiis, libertas ; in omnibus, charitas.> (1) Je puis me rendre le témoignage de n’en avoir pas dévié sciemment, et c’est dans cet esprit que je continue aujourd’hui.il) Unité sur les points certains; dans le doute, liberté ; toujours et partout, charité.Toute une série d’articles a paru dans un quotidien de cette ville.L’auteur, (ou les auteurs, car il y a plusieurs noms de plume) s’il s’était oonformé à cette direction, se fut épargné plusieurs traits qui se retournent contre lui, ou qui n’atteignent pas leur but Etait-ce irritation ?Genus irritabile vatum ?Que venait faire à la question des éditions grégoriennes : 1° que j’aie, sur d’autres terrains, fait usage de pseudonymes-2° que je demeure sur telle rue ; 3° que nia prose soit de qualité inférieure ?Autant de chicanes puériles desquelles il faut se garder.* * * L’Edition Vaticane officielle telle que sortie des presses du Vatican est imposée, à l’exclusion de toute édition préexistante ; Pustet, Malines, Reims et Cambrai, Québec Bouchy, etc.Elle adopte la notation traditionnelle, restaurée d’après les manuscrits, se contente de donner la ligne mélodique, et sans aucune indication dynamique ou ihyt-mique extérieure à la notation neumatii|ue.Dans la préface sont données ries explications sur la manière de lire et d’interpréter le chant grégorien restauré.Ces explications sont-elles suffisantes et suffisamment claires s Oui, répondent hautement les tenants de la Vaticane “pure et simple”.* * * Pourtant dans une édition récente, en clé de so1 sur portée de cinq lignes et publiée sous la direction de Dom David, l’Elisée de Poin Pothier, je lis, dans une feuille-prospectus, les observations suivantes: 2° Adjonction de quelques signes, pour les morne vocis.3° Le chant des hymnes.sera facilité par des signes spéciaux et très clairs.6o Notions claires et substantielles pour l’exécution du chant grégorien.Dom David, en son apostolat grégorien, à l’armée, aux Congrès, un peu partout, semble avoir reconnu l’utilité de précisions et de données claires, pour l’exécution même de la Vaticane pure et simple, afin d'aider les bonnes volontés et d'utiliser tous les concours.C’est le sens pratique même ! LA MUSIQUE 13 C'est le même sens pratique qui préside à l’adoption des éditions avec signes rhytrni-(jues que d’aucuns voudraient ostraciser, au nom cle l’art et de l’obéissance à l’Eglise.Sur ce double terrain, il semble pourtant que la liberté subsiste.Les éditions rhytmiques sont l’édition Vatioane même avec adjonctions de signes destinés à aider l'exécution et l’interprétation des mélodies grégoriennes.Que cette interprétation ne plaise pas à tous, rien de nouveau dans le monde de la musique.Quelle œuvre de grand maître, Bach, Beethoven, Franck, etc., échappe à ce phénomène quotidien de chefs d’orchestre donnant avec une édition identique, ornée par l’auteur même désignés d’expiession, des interprétations personnelles absolument variées, intéressantes justement par leurs divergences 1 Les éditions rhytmiques, école de Dom Mocquereau, ont reçu de précieuses adhésions.Je n’en citerai qu’une, celle du Chanoine Mathias, un musicien de premier ordre: “La méthode de Dom Moquereau est celle qui répond le mieux et aux prescriptions de l’Eglise, et à l’esprit de la liturgie, et à la piété des fidèles, et à l’art et à l histoire”.C’est un abri suffisamment autorisé que celui-là.Si nous passons à la pratique, l’initiative du Cardinal de Paris rendant obligatoires en son diocèse les éditions rhytmiques rassurera les consciences en matière de soumission véritable.Quoi de plus ?Que sert d’ergoter 1 Prenez l’édition que vous préférez avec ou sans signes et.chantez ! C.-H.LEFEBVRE, S.J.LOUIS GRAVEURS * Louis Graveure, de son vrai nom W ilfrid Douthitt, est né en Belgique.Bien dans sa jeunesse ne laissait prévoir- qu'il serait le célèbre bar yton de concert que nous connaissons.Dès sorr enfance, il montra de grandes aptitudes pour le dessin.Ses parents 1 envoyèrent à ’’école des arts ou il développa son talent et aujourd'hui Graveure est un sculpteur remarquable.Durant ses études.Graveure chantait souvent pour ses camarades ; or, un soir, un musicien l’entendit et, frappé delà beauté de sa voix, il lui conseilla d'étudier le chant.Mallieusenrent, le jeune homme tre rencontra que des déboires et pottr comble une attaque de pneumonie le laissa sans voix.Il s'embarqua alors pour l’Afrique < ù, grace aux bons soins et à la vie au grand air il recouvra la voix, mais une voix plus belle que jamais.Louis Gra veure débuta à New \ ork durant la saison de 1915-1916.La presse américaine fut unanime à reconnaître en lui l’un des meilleurs barytons de concert.Depuis Graveure n’a connu que le succès.Il chantera à F Auditorium dimanche soir, le 5 fév riev prochain. 14 LA MUSIQUE La Vie musicale à Paris E chroniqueur théâtral et musical trouvera ! toujours une consolation dans les amusements variés, c’est donc un soulagement ______| d’entendre de l’opérette après avoir participé à de nombreux concerts conventionnels.Les œuvres légères sont des rara avis de nos jours ; personne ne réussit d'écrire une partition intéressante, c'est le déclin général.Heureusement pour les amateurs de ce genre d’amusement, les opérettes d'antan trouvent encore un appui assez généreux.Le Théâtre de la Gaieté fait revivre la belle époque du vingtième siècle.Après la reprise heureuse de Boccace, avec la charmante cantatrice Marthe Chénal, nous entendîmes Les Brigands de Offenbach.Malgré la musique un peu démodée personne ne se plaindra pas de cette joyeuse opérette qui est en même temps amusante et gaie (une qualité nécessaire à notre esprit évolutionné par la guerre).Les interprètes contribuent également aux recettes croissantes-M.Paul de Saunières a inauguré une série des concerts spirituels qui eurent lieu à l’église de la Sorbonne et obtinrent un succès bien mérité; Mentionnons une belle exécution et interprétation des Béatitudes de Franck avec des éléments choisis pour l’occasion.* * * Le violoniste russe M.Toscha Seidel débuta à Paris avec le même succès que lors de son apparition dans le Carnegie Hall de New-York.J’ai entendu maintes fois le jeune musicien et à chaque concert il m’impressionna comme un violoniste de valeur.Son jeu trouva chez nous la même admiration acquise dans le nouveau continent.* # * Enregistrons avec un vif regret la disparition prématurée d’un de nos meilleurs interprètes lyriques, M.Cerdan, le bien connu baryton de la Salle Garnier.Les habitués de l’Opéra m'oublieront pas les belles créations du chanteur enlevé cruellement à l’âge de 42 ans.* * * Poursuivant son programme de nouveautés, l’Opéra-Comique vient de nous présenter Dans l'ombre de la Cathédrale mise en musique par Georges Hüe, d’après un drame d’un nouvelliste espagnol, Blasco Ibanez.MM.Maurice Léna et Henry Ferrare sont les librettistes de cette nouvelle oeuvre et d’eux je ne m’occuperai pas longuement pour la simple raison que l’histoire de ce drame est bien confuse.Que dire de la musique ?.Elle est intéressante, mais je doute qu’elle survive longtemps.Le livret a des exigences que M.Hue n’a pas réussi à accomplir.A cette occasion nous entendîmes encore une nouveauté, ce fut un ballet du compositeur américain M.Blair Fairchild.La musique, agréable aux oreilles pour un quartd’heure.n’est pas prétentieuse mais elle servira bien comme un rideau de soulagement.Dame Libellule, c’est le titre de cette pantomime-ballet, est, il me semble, la première oeuvre américaine présentée sur la scène de la Salle Favart, et cela suffira pour flatter nos amis d’outre-mer Certains musiciens américains cherchent à acquérir une réputation chez nous quand ils ont failli de l’obtenir dans leur pays.M.Albert Spalding est un violoniste assez consciencieux et muni d’une belle qualité : la technique, mais il sera difficile de trouver chez lui d’autres qualités.Un autre compatriote de M.Spalding vient de jouer à Paris, mais cette fois ce fut un pianiste assez excellent.M.Harold Henry, touten venant se perfectionner dans son art, nous a déployé des des qualités méritoires qui lui vaudraient une belle carrière dans son pays natal.Mlle Jenny Dufau, ancienne chanteuse légère de l’Opéra de Chicago, donna un récit I de mélodies qui lui a valu des applaudissements prolongés.* * * L’Opéra vient de reprendre L'Heure li»)ia
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