La musique, 1 janvier 1920, mars
2e Année — No 15 Mars 1920 La Musique mmm mmm mmm ilKI Pour les Cordes .Jean AUBOIS Paul Letondal (1831-1894) Blanche GAGNON Musique et Musiciens à Québec.Souvenirs d’un amateur .N.LeVASSEUR Musique d’église .C.-H.LEFEBVRE, S.J.Notes grégoriennes.Gounod et la musique sacrée.— Ch.I —Michel BRENET Le Quatuor Flonzaley .Octave BOURDON Lettre de Montréal .Fred.PELLETIER Echos et Nouvelles.— Concerts.Variétés.Abonnement : $1.00 par année Le numéro, lO sous Parait le 15 de chaque mois LA MUSIQUE Revue mensuelle Publiée sous la direction de Orner Létourneau et Hector Faber COLLABORATEURS : M.Jean Aubois M.J.-Arthur Bernier R.P.Louis Bonvin, s.j.M.Octave Bourdon Mademoiselle Victoria Cartier M.l’abbé Joseph Desmet M.Louis-Joseph Doucet R.P.Emile Fontaine, s.j.Mademoiselle Blanche Gagnon M.Henri Gagnon M.J.-A.Gilbert Madame Maria Lagacé-Girard R.P.C.-H.Lefebvre, s.j.M.Arthur Letondal M.N.LeVasseur M.l’abbé Olivier Maurault, p.s.s.M.Xavier Mercier M.le docteur J.-G.Paradis M.le chanoine J.-R.Pelletier M.Fréd.Pelletier S.M.de S.M.M.E.Stiévenard M.Edm.-J.Trudel Administration : 20, Côte de la Montagne, Québec Téléphone 6349 Adresser toute correspondance à l’administration.ABONNEMENTS : Canada, un an.$1.00 Etranger, un an.1.50 L’abonnement part de janvier et est paynhle d’avance.Les numéros parus sont envoyés aussitôt inscription.La collection de l’année 1919 se vend $1.2 S (par la poste, $1.35) Prière de faire remise par mandat-poste ou chèque payable au pair à Québec.LA MUSIQUE est en vente chez les marchands de musique et dans les principaux dépôts de journaux.La Banque Provinciale du Canada Capital et réserve.$ 3,000.000 Actif au-delà de.35,000.00 Plus haut intérêt alloué sur les dépôts à l’épargne Succursale Basse-Ville : J.-Alph.Fugère Boul.-Langelier : J.-A.Dubois ^încarttcurB THicpitcica ittarcctit 8c Jjtls ^arcljanbs be çHMculdes 288, rue J&i-^loseplj, - (fêuéiu'C.Ülélcpljonc 2453 0AAAAàAAAAAAAAAAAAAfti1 vint s’établir à Montréal, il fut l’initiateur d’un enseigne- 89 44 LA MUSIQUE ruent technique et méthodique grâce auquel le niveau des études musicales fut singulièrement relevé, et le répertoire, — jusque-là sans importance et par trop restreint, — renouvelé et enrichi des meilleur es méthodes et îles œuvres classiques des grands maîtres.Il forma de nombreux élèves, parmi lesquels on retrouve toute une phalange des premiers artistes Canadiens-Français qui se distinguèrent dans la musique : Moïse Saucier, Dominique Ducharme, Charles Panneton, Mazurette, Gustave Gagnon, Calixa Lavallée, J.-A.Fowler, etc.M.L e t o n d a I était très estimé com me p ro f e s-seur.Il proportionnait les études au degré d’avancement de ses élèves, développait leur mécanisme par des exercices raisonnés, et les poussait au travail sans exciter leur vanité.A la,science musicale, il joignait le sens de l’interprétât i o n.11 su r vei 11 a i t aussi jusqu’au moindre détail : si bien qu'on ne pouvait faire de fautes de doigté sans qu’il s'en aperçût! Une exécution maladroite, une légère altération dans la sonorité, peuvent résulter d'un doigté défectueux.Une élève, voulant juger par elle-même de l’étonnante acuité d’oreille de son professeur, se vit arrêter court charpie fois qu’elle avait changé le doigté dans le but de faire une expérience intéressante.Si nous n’avions à nous borner aux choses concernant exclusive ment la musique, nous en aurions bien d’autres à raconter de cet aveugle qui eut une réputation quasi légendaire.Avant la création, à Montréal, d’une œuvre analogue à celle de l’Institution des Jeunes Aveugles de Paris, dont Paul Leton-dal incarnait la merveilleuse formation, on n’avait jamais vu d’aveugle instruit au Canada.Il faut ajouter que M.Letondal un observateur perspicace ; qu'il avait beaucoup d’intuition, un esprit original et toujours en éveil, une verve intarissable, un caractère joyeux et expansif.Il parlait bien en public, dissertait facilement, et, aimait la discussion.Esprit cultivé, il se tenait au courant des nouvelles mondiales et prenait part au mouvement littéraire du pays.Il lit partie de la direction de la Hr rue Canndimnr à ses debuts.Il s’intéressa.à la fondation de l’Union Catholique de Montréal.dont il fut l’un des membres les plus assidus et les plus dévoués.M.Letondal fut aussi l'un des fou dateurs de l’Académie de Musique de Québec et s’en occupa d’une manière intelligente et active.Il va sans dire (pi il fut associé à la fonda tion de l'Institution des Jeunes Aveu gles de Nazareth (en 1 SG 1 ) et fu l’un des profess urs les plus renom était PAUL LKTONUAL LA MUSIQUE 45 niés de cette maison.La sympathique cantatrice aveugle, Eugénie Tessier, reçut de lui ses premières leçons.Il avait un don spécial pour développer et cultiver les voix.Lui-même avait été un chanteur agréable dans sa jeunesse, comme il avait été aussi un bon violoncelliste.Mais ce fut surtout dans son rôle de professeur qu’il excella et qu’il fut généralement connu.A l'époque où nous eûmes l’avantage de le voir dans l’intimité et d’apprécier ses qualités person- nelles et - professionnelles, il avait depuis longtemps cessé de figurer dans les concerts.Paul Letondal mourut au mois de juillet 1894.Homme de devoir, professeur émérite, artiste consciencieux, sa vie, simple et modeste, avait été surtout consacrée au labeur d’un enseignement fécond qui lui survit dans ses continuateurs.Blanche GAGNON VARIETES Une anecdote sur Gounod Tout jeune, Gounod manifestait le goût de la musique.Ses parents s’inquiétèrent de cette vocation artistique et s’en plaignirent au proviseur du collège, M.Poirson, qui les rassura.— Lui, monsieur?Jamais, dit-il.Il Sera professeur.11 a la bosse du latin et du grec.Et M.Poirson fit appeler le lendemain le le petit Charles dans son cabinet.— On t’a encore surpris à griffonner sur (lu papier des notes de musique?— Oui, je veux être musicien.— Toi?Allons donc I ce n’est, pas un état.D’ailleurs, voyons, (pie sais-tu faire ?.Tiens, voilà du papier, une plume.Compose-moi un air nouveau sur les paroles de «Joseph» : A peine au sortir de l’enfance.; nous allons bien voir, dit M.Poirson triomphant.C’était l’heure de la récréation.Avant que la ofoehe de l’étude eût sonné.Gounod revenait avec sa page toute noire.Déjà 1 fît le pr< viseur.Eh bien ! chante.Gounod chanta.Il se mit an piano.11 fit pleurer le pauvre M.Poirson, qui se leva, l'embrassa et s’écria : «Ah! ma foi, ils diront ce qu’t/s voudront, fais de la musique.» Qu md Gouno I, premier grand prix de Rome, fit exécuter sa première œuvre à Saint-Eustache, au retour, il trouva ce billet, écrit de la main du vieux proviseur : « Bravo, cher homme que j’ai connu enfant ! » M Poirson était allé, sans rien dire, écouter à l'ombre d’un pilier la musique de celui qu’il avait appelé le « petit Charles.» Il faut reconnaître que, depuis, le «petit Charles» avait grandi considérablement ! Lecocqinconnu Les partitions de Charles Lecocq ont complètement éclipsé ses autres œuvres, les premières notamment : motets, la Chapelle au Courent, pour voix de femmes, mélodies, les Miettes musicales, morceaux de piano, l'Arbre de Xoil, féerie en trois parties pour chant et piano, les Fantoccini, ballet pour piano, un Anrian'e nuptial, un Ave Maria, une sonate pour violon et piano, une réduction pour piano du Castor et, Pollux de Rameau.Il est piquant de rappeler que pour se venger de l’indifférence des éditeurs àson égard, Lecocq avait fait adresser de l’étranger, sous le pseudonyme de Sterne, le manuscrit des Miettes musicales à l’un d'entre eux, Daubels.Celui-ci le lut, s’en épi it, et le a, après avoir demandé conseil à Lecocq lui-même, qui ne lui avoua que beaucoup plus tard la vérité.5 46 LA MUSIQUE Musique et Musiciens à Québec Souvenirs d'un amateur - PAR - H.LeVASSEUR ( mite ) Mercredi, 24 juin 1857, soirée de la Société Saint-Jean-Baptiste.Bien de particulier à mentionner au point de vue musical ; des amateurs chantèrent des chansons du terroir.Il y eut force discours par Thélesphore Fournier, président adjoint de la Société, Pierre-Gabriel Huot, Philippe-J.Jolicœur, vice-président de la section Notre-Dame, Marc-Aurèle Plamondon et Zéphirin Leblanc.Le programme informait le public qu’aucun morceau ne serait répété.Recommandation superflue avec aussi peu de musique et autant de discours.Durant la quinzaine qui suivit, S.Thalberg, le célèbre pianiste et compositeur, faisait son apparition à la Salle de Musique avec des artistes dont voici les noms : Signorita Teresa Parodi, Signora Amalia Patti-Strakosch, Signor Nicola et Herr Mollenhauer, sous la direction de Max.Strakosch.Tout Allemands et Italiens que fussent les artiste's, le programme du concert était rédigé et imprimé en anglais.Thalberg donna deux concerts, le premier, samedi, 21 juin, et le deuxième, qui était annoncé pour lundi, 29 juin, fut remis au jeudi suivant, 1er juillet.En somme, pour la composition des programmes de ces deux concerts, on mit à contribution le répertoire du temps, celui de l’école romantique, des œuvres de Bellini.Donizetti et Rossini ; on y introduisit les œuvres de quelques auteurs allemands, mais pas une seule de l’école Collige fragmenta ne pereant I française.Il est vrai qu’alors, on ne les connaissait pas suffisamment.Au premier concert, Thalberg, ce puissant pianiste-virtuose de l’époque, exécuta trois grandes fantaisies de sa composition, sur Masaniello, 111 Moïse en Egypte et VElisir d’Amove, de Donizetti, et en plus un Andante et une sérénade sur Don Pasquale, du même auteur.Le 1er juillet, au deuxième concert, Thalberg donnait encore trois fantaisies de sa composition, sur Don Juan, de Mozart, La Somnambule, Ijucrezia Borgia, et des variations, écrites aussi par lui, sur Last Rose of Summer.Max Strakosch, Fini presario ou le cornac de Thalberg, avait fait imprimer une brochure qui contenait la biographie de l’artiste, une méthode de piano, tous les morceaux de chant choisis pour les concerts de Thalberg, texte allemand et traduction anglaise, etc.Cette brochure se vendait 25 sous.Pour la première fois, le prix des billets était indiqué en dollars et en cents au lieu de louis, ehelins et deniers, suivant le système britannique.Les billets étaient annoncés comme suit: sièges réservés, $1.50, admission générale, $1.00, et les portes de la salle s’ouvraient à Th.15.Thalberg n’utilisait qu’un piano de la fabrique Chickering, de Boston, excellent piano du reste, d’une brillante sonorité, bien assise, surtout dans les deux derniers octaves.(1) Masaniello, contraction de Thomas Aniello, pécheur napolitain, né en 1623 à Smalfl et assassiné en 1647 au cours do troubles politiques. LA MUSIQUE 47 Durant son séjour à Québec, Thal-berg se rendit chez Dessane pour y passer une soirée.Ma famille étant intimement liée d’amitié avec la famille Dessane, rien de surprenant si, ce soir-là, je m’y trouvais avec mon père.En scrutant toute la paperasse musicale de Dessane, copies, compo-tions, arrangements, j'entendis Thal-berg exprimer sa profonde surprise à Dessane de voir un musicien de sa valeur être venu s’enfouir dans une ville comme Québec.—- Vous devriez être à Boston ou à New-York, lui dit-il.* * * _ De juillet à décembre 1857, accalmie complète dans les entreprises de concerts à Québec.Le 10 décembre, on annonça tout à coup un concert pour samedi, le 12 du même mois, un concert pour les pauvres de la ville, toujours à la Salle de Musique, l'unique grand théâtre de Québec, tel qu’on en peut voir les ruines aujourd’hui.Quels en étaient les organisateurs ?Le programme resta muet à ce sujet ; seulement il est à supposer, d'après la part qu’ils y prirent, qu’Antoine Dessane et Célestin Lavi-gueur étaient à la tête du mouvement.Le programme était excellent, mais, comme à l’ordinaire, ce furent surtout les œuvres de Bellini, Donizetti et Rossini qui le constituèrent, avec un peu de Weber et de Meyerbeer.En citant les noms des figurants, je, vais ressusciter le souvenir de bien des défunts aujourd'hui, personnages que je revois encore tout vivants, que j’entends rire et causer.dans mon imagination.Les organisateurs avaient le concours de la musique de 17o régiment, qui exécuta l’ouverture de Freysehutz, une fantaisie sur le Barbier |[?L'Imprimerie Modèle, 20, C6te de la Montagne.mi ________________________________________—^ôl[c===noT— I [cm OE=z> lie loi ->] |
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