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Titre :
La revue trimestrielle canadienne
Revue universitaire qui a le mandat de stimuler et de diffuser la recherche scientifique et la recherche sociale réalisées à l'École polytechnique de Montréal et à l'Université de Montréal. [...]

La Revue trimestrielle canadienne est fondée en 1915 par un jeune professeur de l'Université Laval à Montréal et de l'École des hautes études commerciales, Édouard Montpetit, et les professeurs de l'École polytechnique Arthur Surveyer et Augustin Frigon. Ils en seront les principaux animateurs, durant quelques décennies. Le sulpicien Olivier Maurault se joindra à eux en sa qualité de recteur de l'Université de Montréal.

Publiée par l'Association des anciens élèves de l'École Polytechnique, la revue remplit le vide laissé par Le Bulletin de l'École Polytechnique et La Revue économique canadienne. Elle vise à stimuler l'étude des sciences appliquées et des sciences sociales, en premier lieu le génie civil et l'économie, ainsi qu'à informer et à servir les ingénieurs francophones. La technologie, l'économie politique, la médecine, la philosophie, la psychologie, l'enseignement et l'humanisme trouveront une place dans ses pages au cours des années.

Parce qu'elle est un des principaux organes de diffusion de la recherche francophone, la Revue trimestrielle canadienne est une ressource importante pour la connaissance de l'histoire des sciences au Québec. On y trouve par exemple une présentation rédigée par le frère Marie-Victorin du lancement de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences (mars 1924), ainsi que de nombreux articles témoignant du développement des recherches sur le génie civil, l'électricité et l'électronique, dont des articles sur la télévision à partir de 1933.

Le spectre de la diffusion de la recherche y est très large. On y traite fréquemment d'hygiène sociale dans les années 1920 et 1930, et de façon constante de l'enseignement général et professionnel. La psychanalyse y est abordée dans une série d'articles d'Antonio Barbeau publiés en 1930 et 1931. On peut aussi lire en 1938 un retour du géologue Gérard Gardner sur la question complexe de la frontière du Labrador.

La Revue trimestrielle canadienne permet de connaître davantage la vie de l'École polytechnique jusqu'en 1954, dernière année où la revue est publiée. L'Association des anciens élèves y donnera suite avec L'Ingénieur, une revue résolument tournée vers le génie.

Source :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1982, vol. 5, p. 139-141.

Éditeurs :
  • Montréal :Association des anciens élèves de l'Ecole polytechnique de l'Université de Montréal,1915-1954,
  • Montréal :Association des diplômés de polytechnique
Contenu spécifique :
Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
quatre fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Bulletin de l'Ecole polytechnique de Montréal
  • Successeur :
  • Ingénieur
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Références

La revue trimestrielle canadienne, 1935, Collections de BAnQ.

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ie année Art de l’ingénieur—Economie politique et sociale—Mathématiques Législation—Histoire—Statistique—Architecture—Sciences Hygiène—Industrie—Forêts—Finances—Transports.SOMMAIRE Pages 113— I.L’Université, École de Haut Savoir.Cardinal VILLENEUVE 138— II.Nos Disciplines classiques.Mgr Camille ROY 156— III.Climat de Culture.Edouard montpetit 174— IV.Trois Années de Travail à l’Université de Montréal.Henri PRAT 187— V.L’Élévation de Température des Câbles.Henri gaudefroy 202— VI.L’Expérimentation sur des Modèles réduits, en Hydraulique.Raymond BOUCHER 210— VII.Gina Lombroso-Ferrero.Madeleine barré 214—VIII.Revue des Livres.222— IX.Vie de l’École et de l’Association.ASSOCIATION DES ANCIENS ÉLÈVES ÉCOLE POLYTECHNIQUE MONTRÉAL COMITE DE DIRECTION Président: M.l’abbé Olivier Maubault, p.s.s., Recteur de l’Université de Montréal.Membres: MM.Aurélien Boyer, Principal de l’Ecole Polytechnique.Augustin Frigon, Directeur de l’Ecole Polytechnique.Ivan-E.Vallée, Sous-Ministre, Département des Travaux Publics de la Province de Québec.Victor Doré, Président de la Commission des Écoles Catholiques de Montréal.Léon-Mercier Gouin, Avocat.Théo-J.Lafrenière, Professeur à l’Ecole Polytechnique.Olivier Lefebvre, Ingénieur en chef, Commission des Eaux courantes.Edouard Montpetit, Professeur à l’Université de Montréal.Antonio Perrault, Professeur à l’Université de Montréal.Arthur Survëyer, Ingénieur Conseil.L.Brunotto, Bibliothécaire de l’École Polytechnique.Armand Circé, Professeur à l’Ecole Polytechnique, Secrétaire de l’Association des Anciens Elèves.COMITÉ D’ADMINISTRATION ET DE RÉDACTION Président: Arthur Surveyer Membres: MM.Édouard Montpetit, Augustin Frigon, Olivier Maurault, Théo-J.Lafrenière, Antonio Perrault, Olivier Lefebvre., Léon-Mercier Gouin.Rédacteur en chef: Édouard Montpetit.Secrétaire de la rédaction: Léon-Mercier Gouin.Secrétaire Général: Augustin Frigon.Trésorier: Aurélien Boyer.PRIX DE L’ABONNEMENT ANNUEL Le Canada et les États-Unis $3.00 — Le numéro .75 cents Tous les autres pays $4.00 — Le numéro $1.00 La Revue Trimestrielle Canadienne parait quatre fois l’an: en mars, Juin, septembre décembre.La Revue est accessible à la collaboration de tous les publicistes, spécialistes et hommes de profession; mais la Direction n’entend pas par l'insertion des articles assumer la responsabilité des idées émises.Tous les articles insérés donnent droit à une indemnité calculée par page de texte imprimée ou de graphiques.Les manuscrits ne seront pas rendus.La reproduction des articles publiés par la Revue est autorisée, à la condition de citer la source d’où ces articles proviennent et de faire tenir un exemplaire à la Revue.Il sera rendu compte de tout ouvrage dont il aura été envoyé un exemplaire à la Rédaction.Adresser toute communication pour les abonnements, publicité, collaboration etc.directement &: La Revue Trimestrielle Canadienne LAncaster 9208.1430, rue Saint-Denis.MONTREAL tassa-ii-i .rï'ïi' REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE TOUT LE MONDE A BESOIN D'ARGENT Il y a des dépenses prévues: instruction, assurances, vacances, souscriptions, cadeaux.Mais il y a aussi des dépenses imprévues: maladie, accidents, revers, voyages, occasions diverses.Xe vous laissez pas prendre au dépourvu.Quoi que vous ayez, dépensez moins.Xe dissippez pas vos ressources.Le superflu d'aujourd’hui sera peut-être le nécessaire de demain.Mettez de l’argent de côté régulièrement.Ouvrez un compte d’épargne à la BANQUE CANADIENNE NATIONALE Le chèque de voyageur et la lettre de crédit circulaire feront connaître votre identité partout où vous irez, sans vous assujettir à des démarches oiseuses.U BANQUE PROVINCIALE DU CANADA Actif, plus de *120,000,000 553 BUREAUX AU CANADA VOYAGEZ-VOUS?J5 Si vous voyagez, achetez v de vovageur et votre let ti- de crédit ucrtii'snle la plu rapproché Il est impossible, de nos jours, d'apporter sur soi des sommes considérable.-sans s'exposer aux aléas de la porte du vol ou de toute autre éventualité. A H WÊSÊÊÊtB8È3tiËÊBBtÊA n REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE L’UNIVERSITE de MONTREAL Comprend l es facultés et écoles suivantes : FACULTES THEOLOGIE * DROIT MEDECINE * PHILOSOPHIE - LETTRES SCIENCES CHIRURGIE DENTAIRE —A ECCLES PHARMACIE ^ SCIENCES SOCIALES POLYTECHNIQUE ' INSTITUT AGRICOLE D’OKA ECOLE DES HAUTES ÉTUDES COMMERCIALES OPTOMÉTRIE ' MÉDECINE VÉTÉRINAIRE HYGIENE SOCIALE APPLIQUÉE TOURISME T Pour tous renseignements, s’adresser au Secrétariat général 1265, rue St*Denis Montréal REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE III Ecole des Hautes Etudes Commerciales Affiliée à l’Université de Montréal Préparant aux Situations Supérieures du Commerce, de l’Industrie et de la Finance.Bibliothèque Economique.Musée Commercial et Industriel.Décerne les diplômes de Bachelier en sciences commerciales, Licencié en sciences commerciales, de Docteur en sciences commerciales, et Licencié en sciences comptables.Ce dernier diplôme donne droit d’admission dans l’Association des comptables agréés de la province de Québec (C.A.), l’Institut des comptables et auditeurs de la province de Québec (L.I.C.) et la Corporation des comptables publics de la province de Québec (C.P.A.) BOURSES DU GOUVERNEMENT Cours spéciaux réservés aux avocats, aux notaires et aux ingénieurs.COURS LIBRES DU SOIR : comptabilité théorique et pratique, opérations de banque, opérations d'assurance, correspondance anglaise et française, mathématiques financières, économie politique, droit civil, droit commercial, langues étrangères: italien, espagnol, allemand.Cours spéciaux, préparatoires à la Licence en sciences comptables.COURS PAR CORRESPONDANCE : comptabilité, français et anglais commercial, économie politique, droit civil, droit commercial, algèbre, etc.Pour tous renseignements, brochures, prospectus, inscriptions, etc., s’adresser au directeur: Coin avenue Viger et rue St-Hubert, MONTREAL 17 hi: v r i : trimestrielle canadienne ECOLE POLYTECHNIQUE DE MONTRÉA L i'oxnf;i; ex is7i TRAVAUX PUBLICS - INDUSTRIE Toutes les Branches du Génie PRINCIPAUX COURS:— Mathématiques Chimie Dessin Electricité Minéralogie Arpentage Mines Machines Thermiques Constructions Civiles Génie Sanitaire Hygiène Physique Descriptive Mécanique Hydraulique Géologie ( ïéodésie Métallurgie Travaux Publics Chemins de fer Chimie Industrielle Economie Industrielle Laboratoires de Recherches et d’Essais, 1430 rue Saint-Denis, Montréal.TÉLÉPHONES:— Administration:— LAncaster 9207 Laboratoire Provincial des Mines: — LAncaster 7880 PROSPECTUS SUR DEMANDE VOYEZ I.A LISTE l)E NOS ANNONCEURS A LA CAGE X Revue Trimestrielle Canadienne MONTRÉAL 5KARS 1935 L’UNIVERSITÉ, ÉCOLE DE HAUT SAVOIR ET SOURCE DE DIRECTIVES SOCIALES Excellences, Révérendissimes, Monsieur le Président, Messieurs, Je ne viens pus résoudre vos problèmes.Ils ne sont ni de ma juridiction ni de ma compétence.C’est peut-être l’occasion de signaler que l’Archevêque de Québec, fût-il cardinal authentique et même primat par politesse, n'a rie puissance épiscopale que dans les limites de son Église diocésaine; qu'à Montréal, il n'a le droit que de respirer les parfums très doux que lui présentent les souffles de l’affection et du souvenir et d'y apporter les brises fraternelles qui tournoient sur les hauteurs du Cap Diamant.Ces parfums.Messieurs, de vos hommages et de votre accueil, je les savoure, à la vérité, avec délices, enclin à garder même sous la pesante grâce de ma mitre et malgré les soucis de l'autorité un front serein et une âme très humaine.Et c'est pour vous transmettre les sympathies dévouées de Québec où, j’aime à le déclarer, je me sens enraciné autant dans les cœurs que dans les devoirs, que je suis au milieu de vous, répondant à l'invitation de M.le Président du Cercle Universitaire et au désir plein de respect et d’une affection qui me remplit de confusion de S.E.Révérendissime Monseigneur le Chancelier de l’Université de Montréal.Un journal a publié que je viendrais ici lancer un tirage.Je n’en 1 ( onférenee prononcée au ( VrcC l’niversitaire de Montréal, le 13 janvier 1934. 114 R K V t : K TR IM Kslli I K LL K CA.VA DI K X \ 1 ; ai l'ion su, .Mcssiours.ot je pense que vous vous chargez vous-mênie8 scories sur des points caducs et squameux, nous ne l'avons pas soumis assez au nettoyage de la critique positive’?Notre tt un issu ktumaxtk à sauver Et aujourd'hui, notre jeunesse étudiante, et même celle qui n'étudie pas, est jetée au milieu de thèses morales, scientifiques et sociales les plus diverses, non seulement qui finissent par I envelopper, mais qui la sollicitent chaque jour et à tout instant, par la presse, le cinéma, la radio.Nos vieilles convictions, ou plutôt nos doctrines traditionnelles, possédées d'une façon surtout passive et toute sentimentale, tel un patrimoine dont l'héritier ne sait ni ht valeur ni les sources, sont bien exposées a 1 inconsidération, sinon au mépris.Savons-nous prévenir chez nos fils les points d interrogation ?Pouvons-nous résoudre le doute qui les gagne ?Sommes-nous en état de répondre an moins à leurs questions?Qui chez nous fournira une étude documentée et pertinente des thèses néfastes 1 /,.roh ih lu /ill i lii'ii/ili 11 ilu u ¦' I tuii/Tr ih s u u i ri'rxi tin nilluilif/uis.I tcmierc session de l'Académie Canadienne Saint-Thomas d'Aquin, Id-iU, et ‘ Hevue de P Université d'Ottawa ', janvier ITM, 1er volume.BB SB HH I ¦ 11 .E v.mm I.[XI VKHSITK 12:; de l'eugénisme?Qui serait en état de démontrer péremptoirement l’erreur radicale de l'économie socialiste ?¦! ai lu divers exposés de quelques-uns des chefs intellectuels de cette école; il ne semble pas que beaucoup d'entre les nôtres se soient encore souciés de les réfuter.Sont-ils nombreux les juristes qui conçoivent nettement les raisons philos .' ' .s du droit et les peuvent détailler?Plusieurs peuvent-ils vraiment, par l'introspection de leur conscience psychologique, analyser leur pensée et la distinguer de leurs impressions et de leurs connaissances sensibles ?prouver rationnellement la spiritualité de l'âme par le langage abstrait de l'homme et le jeu de la liberté ?Si nous n’avons pas fait, d’une façon nette, le bilan des aci/iic-te et c»/-v«é/.'4 intellectuels reçus des générations qui nous ont précédés, si nous livrons à nos élèves d'aujourd'hui une valeur scientifique confuse et sans éclat, ne risquons-nous pas de les voir gaspiller et perdre même le peu que le passé nous a transmis ! Pensons-y, .Messieurs.Je parle en ce moment de doctrine religieuse, je parle aussi de doctrine philosophique, du spiritualisme, des thèses fondamentales de la science classique, des théories essentielles tie l’économie politique, de l’ordre social, de l'organisation de la famille et de la patrie, du droit international, voire de l'objectivité de la connaissance et du devoir moral.Kxkmplk ni la seii-xei: catiioliqck kx Franck i )n me dira qu’ailleurs il n'en a pas été mieux.Je le concède en partie.Mais je vous signale un fait patent.11 y a trente ans, en France, le matérialisme était en vedette.Les savants se piquaient d’incroyance.Les Livres Saints étaient révisés, les dogmes chrétiens moqués.On détruisait la religion au nom de la philosophie, de l'histoire, de la critique, de l'anthropologie, de l’ethnologie primitive, de la pi.’* ’ ¦, de la cosmogonie.Or, il faut 1 admettre, la science cat holique française avait baissé.I ,e dernier siècle en avait été un de luttes, de reconstructions hâtives, de science livresque.Ft le scientisme négateur et triomphant trônait dans les chaires de France, pour empoisonner aussi par le livre et le journal le reste de religion que la Révolution n’avait pu tuer dans les cœurs.Mais les Instituts catholiques, dont la fondation remonte à cinquante ans à peine, commencèrent à donner leurs fruits.La science catholique renaquit, la vraie science, forte, solide, dégagée, alerte.File a formé de fermes docteurs, elle a produit des ouvrages, elle a mis sur 0494 388612 revue trimestrielle i anaiukn x i : 124 pied dc.< périodiques, elle a édité des collections et des dictionnaires, elle a exhumé des documents.Ce sont des pléiades d’abord, c’est toute une armée depuis, d’authentiques universitaires qui ont paru dans les hautes écoles catholiques de France.Et ils ont fait taire ht clameur.Jésuites, Bénédictins, Dominicains, Sulpiciens, clergé séculier, pour les sciences ecclésiastiques; un Mari tain pour la philosophie, un Gilson pour son histoire, un Bénard pour le droit, un Pierre 'fermier pour la géologie, un Branly pour la physique et tant d’autres, chez les laïques, font qu’atijourd’hui, en France, les catholiques ont des autorités et des compétences qui imposent le respect même aux professionnels de la science profane.1! y a encore des incroyants et des négateurs; il n’en est plus, de ceux qui sont respectables, qui osent narguer l’Eglise.Le siècle de Renan est passé.Le péril intellectuel chez nous Quant à nous, généralement, nous avons pu nous appuyer sur les maîtres catholiques d'outre-mer, parce que l’attaque a été rare, peu pressante, mal armée.Mais en face d’une levée générale de boucliers, qu'aurions-nous pu faire?Nous eussions subi beaucoup de mal.Nous en avons subi beaucoup que nous ne soupçonnons pas assez.,Je mentionnais, tout à l’heure, les torrents de systèmes nouveaux qui nous inondent et nous noient.Je n'exagère point, Messieurs.Pour l'instant, omettant les erreurs d’ordre religieux qui sapent visière levée nos croyances les plus fondées, je veux indiquer, par exemple, en philosophie rationnelle, le matérialisme, le pragmatisme, le phénoménisme, qui composent un scepticisme saturé et capiteux: en pédagogie, le naturalisme; en mathématique et physique, le relativisme d’Einstein, les thèses évolutionnistes, les propriétés radiesthésiques; en biologie, l'évolutionnisme fatal; en psychologie, le déterminisme: en chimie, les hypothèses électroniques; en économie sociale, les formes nouvelles du marxisme; en politique, les systèmes fascistes; en théorie de paix mondiale, les alliances des nations et les impérialismes truqués.Certes, tout cela n’est pas fausseté, mais l’alliage est si chargé de minerai qu'on peut bien facilement s'y tromper.Vous-mêmes, je le crains, vous en êtes troublés.Vous devez en être troublés.Le tourbillon des nouveautés scientistes est si rapide I, UNIVERSITE 12.' ot si mêlé, quo si vous n'avez point saisi les principes formels et les raisons suffisantes de la foi et de la science chrétienne, je crains que, malgré vos attitudes ou votre silence, le scepticisme ne vous ronge sourdement l’esprit et ne mine votre vie morale; que de peur de tout trahir, vous n’osiez parler, ou que de peur de tout perdre, vous n'osiez penser.Voilà, pourtant, Messieurs, une attitude mentale dangereuse, lamentable, bien près de l’écroulement, comme une maison à la façade brillante peut-être, mais dont les pièces d’assises sont rongées par le temps.Il faut donc refaire par vous-mêmes, j'entends au moins par les nôtres à l’esprit vigoureux, de manière que l’évidence s'en diffuse dans notre atmosphère sociale pour la régénérer, l'examen des fondements de nos adhésions religieuses et rationnelles; il nous faut un esprit universitaire clans tous les domaines, il nous faut le haut savoir, j’entends plus que l’érudition, plus que la culture de mémoire et en largeur, plus que la faconde et le psittacisme; il nous faut, Messieurs, des constructions universitaires dont les sommets, appuyés sur des flancs de roc solide,— l'image m’est suggérée par la topographie des immeubles universitaires et de Québec et de Montréal, — dont les sommets soient aussi définitivement inébranlables qu’encerclés de vastes horizons.II DIRECTIVES SOCIALES L’Université est une école de pensée, ai-je voulu démontrer.L’Université est encore le cerveau d’une nation.Pour la deuxième fois, vous me permettrez de relire ce que j'ai déjà enseigné sur le sujet:1 “I/Univeivité est le cerveau d’une nation.J'ai osé l’appeler une cornue vivante dans laquelle s’élaborent les doctrines, les systèmes et les orientations d’un peuple.La physionomie morale d'un groupement au milieu de l'humanité, et sa personnalité ethnique, ce qui constituera sa puissance précisément humaine, puissance toujours victorieuse et incorruptible, viendra de la qualité de son esprit, du caractère de sa culture spirituelle, partant de son haut enseignement.Telle est la norme.' Depuis le treizième siècle, le siècle en Europe de la doctrine, comme l'avait été dans le monde ancien celui de Socrate et de ses 1 Cf.Revue Trimestrielle Vnvemtaire, déc.I92S; Revue VUniversité d'Ot- tawa, janv.l’.i:!l. 120 REYt'E TRIMESTRIELLE CANADIENNE disciples, 1rs grandes universités d’outre-océan ont servi de baromètre à la civilisation.A l'avance on a pu y lire les pronostics sûrs des variations et des tempêtes sociales, selon la pureté de leur pensée, elles ont été pour l'humanité des bouillons de culture de ! ordre politique ou de la révolution.( 'cei a tenu, en définitive, à la philosophie qu’elles ont cultivée."Ajoutons que les sociétés modernes, malgré tant d'orages qui ont abattu les donjons et les dynasties, n'ont pu s affranchir encore au total des institutions publiques et de la conception morale de la chrétienté, tant les universités d'antan, par ht doctrine qtt elles ont dispensée, axaient marqué à leur empreinte la pensée commune et façonné inaltérablement les générations et les sociétés pétries de leur enseignement, lies liassions mauvaises rendirent celles-ci iu-sensées et cruelle-, mais leur sens moral se maintint ou se réveilla à la vivacité de- lumières du passé."Autre constatation.Les déviations de l'esprit européen ont t rottvé dans le- universités leur principe, je veux dire dans la phiio-o-pliie de ces institutions, le jour où les docteurs rompirent avec les évidences qui en avaient inspiré la création, ht si la civilisation médiévale doit totalement s'affaisser, comme il est à craindre, dans le bolchevisme et la révolution modiale, c'est que les principes régulateurs de la raison humaine auront d'abord été submergés par .envahissement du positivisme stérile et du scepticisme dissolvant de la pensée moderne." Vous le voyez.Messieurs, il nous faut des l'uivi r-ités, non pour en faire des laboratoires de vaines spéculations, de riches musées où Loti pui.—collectionner, en des rayons a etiquettes, des systèmes momifiés.Nos universités catholiques canadiennes-françaises doivent diriger notre pensée publique, sous peine d être submergées.< lu attend d'elle- des directives de vie, de vie personnelle pour ceux qui les fréquentent, de vie sociale pour 1 ensemble de notre peuple, ("est de ces directives sociales que je veux maintenant m'occuper pour marquer les principaux domaines sur lesquels il y a lieu de les tracer, et quelles en seront les lignes majeures.Directives du sens relioieex Il y aura, en premier lieu, Messieurs, les directives du sens religieux.Le sujet e-t à l'enquête, en divers milieux, de connaître l'état de- idées ou préoccupations religieuses de nos professionnels. L r.VIVKRSITK 127 Il y mirait crise chez plusieurs, moins encore des moeurs que tie la foi.J'en suis inquiet, Messieurs, beaucoup plus qu'étonné.Il n’en saurait être autrement, puisqu'on religion comme en toits les domaines, nous chargeons volontiers, comme on a dit, quoiqu'un de penser pour tout le monde.Nous n'avons même pas le souci de l'écouter nous en parler.Puisque* je suis on frais de constatations effarantes, chers Messieurs, ce n'est point d’ignorer une théologie élémentaire que je vous reproche, c'est d'ignorer le catéchisme, c'est de ne pouvoir au moins en traits rapides bâtir l'apologétique de votre foi, de n'avoir point jamais cherché ce que veut dire le mystère du Christ avec ses deux natures dans une personne unique, de ne pas soupçonner l'économie sociale de la Rédempt ion, d’avoir sur la grâce, les sacrements, l'Eucharistie, des notions si verbales et si embrouillées que vous ne pourriez peut-être pas en parler deux instants à des étrangers à notre foi, et (pie, par suite, vous ayez peur qu on n’aborde le sujet devant vous.Messieurs, voyez-vous l’attitude humiliée que cela donne à des croyants, et le péril cpte le respect humain finisse par tuer non seulement la pratique chrétienne, mais la foi elle-même.J'ai fait allusion à de l'ignorance en matière de dogme, il y en a non moins dans les questions de morale, de devoirs d'état, de morale professionnelle.Voilà pourquoi on fait le bien sans en être sûr, et cette incertitude incline à faire le mal par entraînement .Messieurs, nos universités devront relever le niveau de leur enseignement religieux.Toutes les Facultés en devraient être imprégnées, au nom de l’honneur catholique, au nom d'une logique élémentaire.Avons-nous des universités catholiques pour que les étudiants en sortent juristes et physiciens, de la même sorte qu'il en sortirait d'ailleurs, oui ou non?Voilà la première directive qui doit jaillir do notre enseignement universitaire, le sens intellectuel chrétien.Le regretté cardinal Rouleau, mon éminontissime prédécesseur, a dessiné en une page (pie je me plais à rappeler de nouveau le tableau véritable d’une Université catholique, dans tout l’ensemble de ses organes divers; tous les mots en sont à scruter; “La gloire suprême d'une université c; ’ " * et son plus solide rempart contre toute aberration doctrinale, c’est d'ajouter au faisceau des lumières naturelles la splendeur des rayons qui viennent d’En Haut ; de poursuivre ses recherches à la clarté de ce double foyer et de pénétrer son enseignement des principes de la divine Révélation.7307 12S R K V U K TRIMESTRIE LL E CA X A D1K X NK Alors, la théologie sacrée, tant par la noblesse incomparable que par l’absolue certitude de son objet, domine toutes les connaissances.Elle associe l'homme dès ici-bas à la science éternelle de Dieu lui-même, dont elle est la radieuse participation.Elle dirige de haut toutes les sciences de la terre dans le champ particulier de leurs investigations et les fait bénéficier de sa suréminente splendeur.En retour des clartés qu’elle leur communique, elle reçoit les hommages que ces sciences humaines lui rendent, comme des servantes à leur reine.L’esprit ravi contemple la noble hiérarchie des connaissances humaines qui s’élèvent de degré en degré en se prêtant un mutuel appui.Sciences physiques et mathématiques, sciences métaphysiques, morales et théologiques, toutes montent dans un croissant resplendissement, des choses visibles au Dieu invisible, de l’être précaire des créatures à l’être éternellement subsistant du Créateur, de la faiblesse de l’être en puissance à la majesté de l’adorable et indivisible Trinité”.1 Directives philosophiques Une deuxième directive, Messieurs, qu’il incombe à nos Universités de faire rayonner dans notre société, c’est l’esprit philosophique, qui nous manque peut-être déplorablement.Ce n’est point, au reste, d’ailleurs que nous pourrons l’emprunter; nous le tiendrons de la tradition universitaire médiévale; c’est à prolonger jusqu'à leur terme les lignes normales de notre organisation d’enseignement secondaire.Celui-ci n'est pas sans lacunes, il est susceptible de redressements et de perfections, il est du moins établi sur de bonnes bases.Ayons le bon sens de ne point l’ébranler.Des aventures de cette sorte seraient trop funestes et coûteuses à notre race.Mais il y a lieu d’en examiner les lézardes et de rajeunir certains vétustes détails.La justice m’oblige à reconnaître qu’on y voit, et je le proclame hautement, n’étant pas de ceux qui distillent et savourent la critique amère.Pour ce qui concerne l'enseignement philosophique spécialement, il se prépare pour bientôt des renouvellements restaurateurs.( 'e n'est pas en vain que depuis si longtemps, mais surtout en ces proches années, nos prêtres professeurs ont fréquenté par centaines les grands centres intellectuels du monde.Voilà, pourtant, messieurs.On s’est appliqué peut-être trop exclusivement à ne cultiver la philosophie chrétienne qu’en fonction ' Discours au déjeuner universitaire, Québec, s dec.19'dii. L’UNI VERSITÉ 129 des services qu’elle peut rendre à la théologie, à ne l’enseigner profondément qu’aux ecclésiastiques.Je ne veux pas revenir sur une thèse que j’ai liv rée déjà à la presse, à savoir que et pourquoi par philosophie chrétienne j’entends avant tout, quoique sans exclusivisme irraisonné, le thomisme.Or, il faut comprendre que le thomisme ne se présente point, on l’a dit, comme une philosophie de séminaire, mais comme la philosophie naturelle de l’esprit humain.L’heure est venue pour cette doctrine d’Aristote et du Docteur Angélique de se répandre dans tous les ordres de la pensée et de l’activité rationnelle.11 y aurait incalculable profit, il y a nécessité de la faire imprégner les milieux laïques, de la diffuser au sein des Facultés que d’aucuns voudraient appeler profanes.Voilà qui invite nos politiques et nos juristes, nos chimistes et nos écrivains, nos médecins et nos financiers à être thomistes.Belle gageure.Pourquoi pas?Voilà qui invite, en tout cas, nos professeurs de théologie et de philosophie à ne pas être insoucieux des progrès de la science profane et des problèmes sociaux (pii se posent en notre pays."I/on pourra discuter sur l'étymologie formelle ou l’origine historique du mot uniri'r*:té.Il reste acquis que Fl niversité est de nos jours l'ensemble des chaires de haut enseignement, et l'Universitaire celui qui, au-dessus des données vulgaires et d’une culture moyenne dans les sciences et dans les arts, en possède les principes majeurs, ("est du moins dans ce sens que je veux l’entendre.Or c’est la philosophie qui relie les diverses chaires sur un terrain commun et qui fournit à toute science sa racine et sa sève.Lu d’autres mots, c’est la philosophie qui donne au penseur de l'envergure et de la transcendance.C’est elle qui fait l’universaliste et le haut-penseur dans la manière de considérer tous les problèmes de la vérité.Idle crée l’esprit universitaire, qui permet de juger universellement de la vérité, qui forme le spécialiste fécond, qui subjugue enfin les élites et retient par elles les sociétés dans la captivité salutaire de la foi”.1 Directives pour les sciences naturelles Dans l’ordre des sciences naturelles, en particulier, la philosophie maintiendra au-dessus de tout le principe fondamental de la fina- 1 Le rôle ih lu Philoii>;r i >J-t» < l'oewre île* Vniirmté* catholique*. UKVUK HUMKSTRIKKLK ( AXADIKXN1 : 130 lité, comme le lit n formel de toute expérience et le ti! condm '• ur de la pensée scientifique.Ainsi s'opposera-t-elle, dans m s i.Vt les de sciences, au scientisme, oublieux des évidences supé qu'il s'appelle matérialisme pur ou positivisme,évolutionnNm* av u-gle, criticisme germanique, science à la Bçrthelot.Ni la griserie du rêve ni le plaisir morbide de la négation n'autorisent à pris iamer i'inexistence dis causis premières, dont l'esprit continue u': voir faim et soif.Dirkctiv es DANS i/ORIi VXISATIOX DE TOUT XOTHE EX - E II !X EMjÉXT 11 va de soi, nos Universités déteindront, par leurs dir< ti .¦ -, sur l'organisation de tout notre enseignement.Elles le maintiendront religieux et français, sans l'empêcher par là d'être ni canadien ni actuel, à la page, comme on dit.< 'e qui précède le dénciitre assez.( Via revient à signifier qu’elles lui donneront une physionomie propre.N'y aurait-il pas à regretter que notre école primaire, par exemple, en manquât ?Ne serait-ce point là déjà le principe de •ertaines teintes incolores dans nos diverses productions de 1' rit ?de l’absence chez la plupart d'un tempérament vigoureux, ca.nable rie nous créer une vio sociale, une littérature, un art, une armature économique de quelque consistance?la cause (pie trop des mures, placés aux postes stratégiques, y soient des hommes-fantonn -.sans caractère défini, sans épine dorsale et sans reins, bien incapables, en tout cas, de représenter devant leurs collègues d'origine ou de croyance étrangère, le type d’humanité supérieure qu'on devrait attendre d'une éducation catholique et française, en possession des principes surnaturels de la vertu et de la noblesse des meilleures traditions ancestrales?N'v aurait-il pas péril pour l'avenir d notre catholicisme autant que pour notre identité raciale à élever ainsi dans nos écoles un peuple sans ressorts, dont l'état d'âme est celui du parent pauvre et du serviteur incapable aussi bien de choi-ir, avec quelque discernement, parmi les apports de l’étranger, accueillant avec une funeste inconscience, modes, mieurs, théâtres, idées, tout ce qui passe à sa portée; en train de perdre chez lui la direction de sa propre vie sociale, par l’acceptation résignée ou délibérée de folies sportives, de fréquentations sociales, d’associations intellectuelles, où il lui plaît assez d'agréer le rôle de caudataire et de s- : vile imitateur. i.imv: U'ITj.1M1 Vous entendez, messieurs, quelles directives le haut savoir de cl:ez lions devrait projeter dans l'éducation populaire, à plus forte raison dans l'éducation moyenne.riVKS DAN'S l’ORDRK ÉCOXOMICO-SOCIAL .le jiussi* au domaine économico-social.Ne faudrait-il pa- ciii< :n croyait faire un bon philosophe avec un élève en lui faisant encaisser un bon manuel.On ne voulait pas que chez lui la forme vînt affaiblir le fond.Les classes de philosophie-sciences furent à cette époque le triomphe de la mémoire sur 1 intelligence.D'autre part, les sciences étaient tellement parquées, elles aussi, dans les deux dernières années du cours d étude, qu il leur était interdit de venir troubler prématurément le pur humanisme des adolescents.Pas de sciences au cours de lettres.Et 1 exclusivisme frappait les mathématiques elles-mêmes.Lt de même qu'il n'y avait aucune épreuve qui eût couleur de littérature a l'examen du baccalauréat en Physique, il n'y avait non plus aucune épreuve qui eût mine austère de science au baccalauréat, en Rhétorique.La cloison était étanche.Kt ce fut une de nos longues erreurs, tenace comme toutes les routines pédagogiques.Je dois à la vérité de déclarer que ces cloisons étanches ne se dressaient pas avec la même rigidité dans toutes nos maisons d’enseignement classique, ("est ainsi que 1 enseignement des mathématiques, proscrit au cours de lettres, dans certaines maisons, y occupait dans d’autres maisons une place variable et parfois fort honorable.Et c'est ainsi encore que la dissertation philosophique, peu ou point pratiquée dans certains collèges, y jouissait ailleurs d’une tolérance, relativement libérale.D’ailleurs, 1 absence de sanction, soit au premier examen du baccalauréat, en Rhétorique, pour les mathématiques, soit au deuxième examen, REVEE TRIMESTRIELLE CANADIENNE i 4 , de la XXXYIIIèmo leçon?11 faudra des images, de belles images, des cartes, des reliefs, si possible, et ¦— au moins pour ceux qui sont sur place — l’étude du terrain.Pour régénérer l’enseignement agricole, on proposa naguère au Conseil de l'Instruction publique d’installer dans les écoles rurales fies armoires où, dans fies bocaux, des grains achèveraient fie mourir.Palsemblcu! quand, aux portes de l’école, passe Le sourire paisible et rassurant îles bits.Idéaliste impénitent dans un monde qui se croit pratique, je ne puis me tenir fie rappeler un paragraphe de la préface que .lean Brunhes écrivit pour son cours élémentaire de géographie: “J,a géographie est dans l'enseignement élémentaire la discipline rpii doit former par excellence les jeunes enfants a ce mode attentif de la vision qu’on appelle Yobserration.lout est a admirer, tout est du moins digne fie remarque flans ce fine la géographie nous invite a regarder: les mouvements pressés fie l’eau courante, comme la marche rapide ries nuages: le maintien élégant et presque solennel d’une ombellifère, toute droite flans la prairie: 11 lancement d’un pin, l’agitation bruissante d’un peuplier secoué par le vent, la nonchalance souple d’une branche de frêne, la tenue rigide d’une -impie épine: la discipline et le travail des abeilles fl une ruche: le battement des ailes ou le vol plané d’un oiseau”. climat DK cri/rnu: i:>9 Pour la seconde fois, je rencontre le poète: S’asseoir tous deux au bord d’un flot qui passe, Le voir passer; Tous deux, s’il rjlissc un nuage eu l’espace, Le voir glisser Alliance pou recommandable du poète au géographe?Ce n’est pas mon avis.On n’enseigne bien les choses (pie si on en a saisi la poésie, qui est leur philosophie.Si peu que l’on sache de la géographie, et des sciences naturelles, quand on part en voyage dans la province, ou dans le pays, on met son petit bagage de connaissances à côté de soi, comme un nécessaire, et le voyage en est transformé.Si la configuration du sol, son comportement géologique ne revient pas à notre ignorance, on se reporte au décor, aux maisons, aux hommes.Car il y a les hommes.La géographie humaine peuple le sol des manifestations de la vie économique et sociale: habitants, industries, transports.On dit de certains hommes qu’ils sont îles animateurs: la géographie humaine est une merveilleuse animatrice.On apprend par elle, sous mille traits, le sens d’une civilisation: ses valeurs, ses faiblesses, voire ses décadences.A distinguer le milieu immédiat, on se discipline l’esprit en vue de l’intelligence des horizons plus lointains.Ainsi naît la philosophie politique, la meilleure et la plus pratique: celle qui est fondée sur la réalité et non sur l’enjeu électoral.Le hasard d’une réunion m’a valu de découvrir, il y a peu de temps, Mgr Ross, avec qui je suis joyeusement d’accord.Sa pensée se cache où il y a peu de chance qu’on la cherche: dans les Règlements du Comité catholique du Conseil de VInstruction publique (jolie cascade ), à l’appendice R-suite.Mes propos, je les y trouve confirmés sous deux titres dont l’union m’enchante: le langage et la géographie, ce qui signifie que Mgr Ross prépare à l’expression par la réalité.Point très important, sur lequel je reviendrai.Voici d’abord les ‘‘exercices de pensée et de langage”: il- porteront sur les choses de l’église, de la maison paternelle, de l’école; sur les scènes de la vie ordinaire, les accidents géographiques de la localité, le jour, la nuit, les quatre saisons, l’orientation; sur la vie familiale, la vie intérieure, la vie sociale.Tout y est prétexte à, leçon: les maisons, le mobilier, “les portraits, des frères et des sœurs” (quelles retouches à proposer, le plus souvent ), les champs H 1G0 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE et les jardins, les métiers et les instruments, les bêtes; — les gares, les ports, les routes; — les jeux, la lumière, le firmament; — les sentiments, les souvenirs, les joies, les chagrins; — l’église, les fêtes religieuses; —- le drapeau, les traditions, la patrie.Avec ce commentaire, que je détache d un texte dont 1 on.-em-ble est imprégné de noblesse et d’ardeur: “Pour atteindre ce double résultat (l'idée et son expression juste), l’instituteur ou l’institutrice doit se convaincre «pie le par coeur doit faire place au tra\ail d’idées; que l’enseignement livresque, qui demande un moindre déploiement d’intelligence chez le maître et chez 1 («lève, doit disparaître pour laisser libre champ à la culture active des puissances intellectuelles d’observation, de jugement et de réflexion; qu’au lieu de la passivité qui reçoit sans réaction les pensées et les expressions des autres, il faut susciter l’activité intérieure qui développe la personnalité et lui donne du caractère”.La géographie ensuite, dont l’enseignement, au moins en première année, “se confond avec les exercices de langage .L obst r vation que le programme met partout a la base de 1 enseignement rationnel” se portera sur les faits journaliers pour les proposer à la méditation de l’enfant.Ils valent mieux (pie le manuel, dont les définitions semblent planer sur un monde inexistant.Si l'on n a pas “d’accidents géographiques sous les yeux”, on en provoquent, ou on utilisera l’aventure: une pluie, une mare d’eau feront les rivières, les lacs, les îles et les côtes.Du milieu immédiat, on passera à la province, puis au pays, puis au monde extérieur.Le beau voyage ! On s’étonne du patriotisme des Français: fondé sur 1 environnement”, il s’éveille, il s’attache aux choses et aux traditions.Il obéit à la logique, sans doute, mais aussi au sentiment.Il tam alimenter nos résistances et les fortifier d’un élan raisonné.Que la terre soit notre premier livre, pour y suivre le travail du peuple, lui donner un sens.File a subi une première empreinte qu’il faut reconnaître et expliquer, \oila bien la difficulté a laquelle se heurtent l’insuffisance de notre culture et notre manque d’imagination.Quum magni fueris Intacta, Jracla doce-.La t rance a lais.-e sur le chantier de colonisation que fut pour elle le Canada des œuvres où son esprit se reflète encore; comme, morcelée, Home révèle sa plénitude dans les ruines que le poète dresse dans le temps.Nous CLIMAT DE CULTURE 1G1 ne ferons rien que d’hybride tant que nous n’aurons pas adapté résolument l’héritage français à notre domaine canadien; tant que nous n’aurons pas compris ce qu’est la civilisation française et que nous ne l’aurons pas pliée à nos exigences.En 1912, la “Délégation Champlain” est venue au Canada.•J’allai la rencontrer à Houses’ Point.Dans le train, les délégués se partagèrent la corvée des discours et il fut convenu que René Bazin, romancier très répandu, apporterait, dès le premier contact, le salut de la France au Canada français.Son allocution — la sentimentalité mise à part, sempiternel obligato des réceptions de ce genre — jaillit, toute faite, de la fenêtre du wagon d’où l’auteur avait regardé et réfléchi comme nous devrions regarder et réfléchir à notre tour: “Canadiens français, j’ai deviné à plus d’un signe et longtemps "d’avance, hier, que nous approchions de votre pays.Dès le sud “du lac Champlain, j’ai commencé d’observer (pie les labours étaient "bien soignés.Les mottes s’alignaient bien droit, sans faire un “coude, tout le long des guérets.A peine la neige avait fondu que “déjà de grands amis de la terre, de fins laboureurs, ouvraient les “sillons pour la semence.Et j’ai pensé: “C’est comme chez nous.” "Un peu plus loin j'ai vu des haies, des palissades, plus multi-• 'pliées qu’en pays de New-York.L’espace était immense, mais il "était clos, et j’ai songé: “Ce sont bien sûr nos gens, qui aiment à “être chez eux.” “Fin même temps, le caractère des paysages, par la culture ¦qui fait une physionomie plus souple et plus vivante au sol, le "caractère des paysages changeait.Quelques-uns de nous disaient: "Ne trouvez-vous pas que cela ressemble à la région des Vosges, "du côté de Retournemcr et de Longemer” ?D’autres répondaient, “montrant du doigt la ligne des collines: "Ne jurerait-on pas les "premières dentelures de la plaine de Pau?N’est-ce pas une aussi "claire lumière ?” Qui avait raison ?Tout le monde.Nous étions “unanimes à retrouver la France.“Dans un chemin, j’ai vu beaucoup d’enfants.Ils ont levé "les yeux, et ils riaient à la vie nouvelle.Et j’ai dit: “Nombreux “mutins, bien allants, ce sont leurs fils.“J’ai aperçu, enveloppé d’ormeaux, un clocher fin, tout blanc, "d’où partait l’angelus du soir, et j'ai dit: "Puisque mon Dieu est “là présent, les Canadiens sont tout autour.” "Et, en effet, dès (pie le train se fut arrêté, nous vîmes une “grande foule qui nous attendait, et des visages si heureux, et tout - 102 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE “à fait de la parenté.On se disait: “Ah! les braves pens, les pens •‘de chez nous.” Le bruit des acclamations renaissait comme la “houle.“Alors, chacun de nous a senti les larmes lui monter aux yeux, “celles qui sont toutes nobles, celles qui effacent peut-être les fautes “du passé.“Et j’ai résolu de saluer ce soir les Canadiens français, (pii ont "fait pleurer les Français de France.” Ainsi, d'un paysape, d’un bourp, d’un clocher, d’un sillon, surpissent des imapes qui se transforment en idées forces, des plus humbles aux plus fières, et s’ordonnent vers un idéal; l’aprieulture et la “petite ferme”, pestes renouvelés au rythme des anciens; l’art, langage plus éclatant que celui (pii passe sur nos lèvres parce qu’il s’exprime au grand jour dans la perpétuité de la forme; la prière (pii, depuis le passé, nous porte jusqu’à Dieu.La refrancisation — sans cédille—est au prix de ces constantes découvertes.Fn vain changera-t-on les enseignes: si l’on n’a pas changé les esprits et les cœurs, on n’aura rien fait.Befranciser, c’est renaître à la civilisation française et en retrouver les traits profonds: c’est parler, bâtir, vivre, manger à la canadienne, c’est-à-dire à la française.11 ne s’agit pas de copier (pii (pie ce soit, mais de nous refaire la tête, le goût et l’estomac, pourvu, comme le craint Olivar Asselin, qu’il “ne soit pas trop tard”.F h oui ! même l’estomac, (pii se délabre au poids des sorbets de frigidaire et des sandwichs congelés, des légumes à l’eau et de l’ineffable parodie des French Pastries.J.a civilisation française est universelle, écrit l’Allemand Curtius, “en ce sens qu’elle embrasse à la fois les formes les plus diverses de l’existence humaine.File continue en cela l’idéal de culture antique.File en a l’envergure, (pii s’étend des normes matérielles aux normes spirituelles, de la technique à la morale.On peut dire qu’en France la civilisation commence avec l’art culinaire.La gastronomie en fait partie.La mode aussi.La politesse également.Bref toutes- les manifestations de la vie empruntent un rayon à son auréole.Et ces manifestations ne sont pas seulement le privilège des classes cultivées, elles sont accessibles à tous, chacun peut y prendre part, fût-ce de la façon la plus modeste”.La cuisine même “est de l’art ’, comme me le disait une hôtesse de Kolleboise à propos de cette merveille qu’elle venait de nous offrir: un buisson d’éperlans.C’est le sens heureux où l’hôtellerie, chez nous, s’engage; quoique, parmi plus de propreté, on y trouve CLIMAT DE CULTURE 1G3 encore une innombrable soupe aux pois, souvent mal faite, des pâtes blêmes comme des déchets, servies sous d’inénarrables portraits de famille, et ces décors où des tètes de chevreuils multiplient jusqu’à l’affolement leur yeux de verre.Heureusement, l’instinct résiste.Tout seul, le plus souvent, â oué à la double atteinte du chauvinisme, d’une part, et de l’amcri-canismc d’autre part.Rétréci, raccorni par celui-là, affaibli, étouffé par celui-ci.Car, comme le vocabulaire, l’instinct ou, si l’on veut, l’attitude, s’appauvrit à mesure (pie l’on s’éloigne de la source française.J.a “Romanic” révèle ainsi, dans le monde, des ondes de plus en plus amollies à mesure qu’clles s’éloignent du centre.La critique sans mesure, parfois haineuse, de ce qui est français, — j’entends: profondément français —• a détruit la vie en nous et nous a repliée sur des réserves de plus en plus insuffisantes.L’américanisme se charge du reste.Il entre, non pas comme un voleur, mais comme un gangster, l’arme au poing, des quantités d’armes: produits standardisés, magazines, journaux, radio, cinéma, sans compter les idées, les mœurs, et les impondérables.Nous pouvons lui résister, même l’utiliser; mais à la condition de nous être fait d’abord une conscience française, et du coffre LE CIVISME On dit (pie nous sommes des individualistes, préoccupés avant tout de nos intérêts propres, et très peu des intérêts communs.C’est la vérité.Je ne blâme pas que nous soyons des individualistes, comme les Anglais qui ont le culte de l’énergie individuelle.Je déplore seulement notre manque de sens social et d’esprit public.Nous avons cependant un goût prononcé pour la politique, m’objectera-t-on: il n’est pas de période plus enfiévrée que celle où s’agite une compagne électorale.Vous courons les réunions dont nous goûtons parfois jusqu’aux excès, —nous ouvrons la radio aux querelles des candidats.En dehors de ces moments surexcités, nous suivons les discussions des chambres avec une sorte de satisfaction curieuse; et nous gardons une singulière admiration aux représentants que nous nous sommes donnés.Mon Dieu! ces mouvements manifestent tout de même un certain sentiment de la chose publique; mais combien court, le plus souvent, et borné à des faits d’un jour ou à des luttes dont 1G4 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE dépend surtout !e sort d’un parti.Bref, nous sommes des électoraux, si j’ose dire, et non pas des politiques.Quand il s’agit d’une poussée d’opinion; d’un appui à donner à une œuvre, à une initiative; voire de la simple surveillance de nos intérêts nationaux ou autres; de la sauvegarde de nos vraies traditions, je veux dire de nos traditions vivantes, et non pas encastrées dans le passé comme dans du béton armé; ou encore, quand il s’agit d’idées, tout uniment, — nous n’y sommes plus.Quelques gens agitent le grelot dans l’impressionnant silence de l’apathie générale, quand ce n’est pas au milieu d’une hostilité qui met à se manifester une rare ingéniosité.Serait-il possible de corriger un si déplorable défaut ou, en d’autres termes, de former des citoyens, conscients de leur rôle, mieux au courant de leurs devoirs, plus ardents pour le bien de tous ?Cela revient à se demander si l’on peut enseigner la civilité ou, comme on dit aujourd’hui, le civisme.Je le crois.Il y a, à vrai dire, deux méthodes.J.a première utiliserait renseignement pour inculquer le devoir social, pour en nourrir la volonté, en éclairer l’esprit.Brunctièrc disait naguère; “En vain changerez-vous les lois, si vous n’avez pas changé les cœurs, vous n’avez rien fait”.Combien il avait raison! Les lois, dans le domaine moral, risquent de demeurer lettre morte; les principes qu’elles posent, les attitudes qu’clles commandent, les devoirs qu’elles dictent, ne seront acceptés vraiment que si les volontés sont entraînées et les intelligences préparées.Il en est ainsi de l’enseignement qui néglige le caractère et les sources d’action.Dirigé vers la patrie, son passé, son avenir, sa constitution, ses forces vives, il serait transformé.C’est la thèse que j’ai tenté de soutenir devant le Congrès des Universités de l’Empire, en 1021.On m’avait confié le sujet suivant : “Les Universités et l’enseignement des sciences politiques et du civisme”.Je plaidai la valeur sociale de la formation générale donnée dans nos collèges classiques.Je ne dis pas, remarquez-le bien, que la fonction sociale soit assurée par la seule culture générale, et nécessairement; je dis qu'elle peut en naître naturellement si l’on veut bien s’en donner la peine.Si je viens de mentionner les collèges classiques, c’est que, dans cette occasion, c’est d’eux que je devais m’occuper: mais ces principes pédagogiques trouvent aussi bien leur application dans l’enseignement primaire, et même dans l’enseignement universitaire. CLIMAT DE CULTURE 165 Tout peut servir à aviver l’esprit civique, le sens social, pourvu qu’on s’y arrête: un thème ou une version bien choisis, une leçon d’histoire ou de géographie, une leçon de sciences naturelles ou de sciences physiques ou chimiques peuvent éveiller la compréhension ries intérêts nationaux.Est-ce suffisant?Cette méthode pédagogique est d’une application assez difficile, parce qu’elle exige une collaboration constante de la part des professeurs d’une institution.De plus, je crois qu’elle doit être complétée par la méthode directe: l’inscription au programme du civisme ou du droit public, ou d’un cours sur les institutions du pays.Quand je parle de programme, c’est une manière de dire qui ne signifie pas beaucoup, en soi: tous les programmes sont faciles à faire, et tous sont facilement parfaits.Il s’agit de bien autre chose: enseigner le civisme, c’est-à-dire, le devoir social.I ne introduction d’ordre philosophique, mais fondée sur des exemples tirés de la réalité — et il en est des centaines—, portera sur la société, sur sa composition et les raisons que nous avons de lui apporter notre collaboration Puis, des études sur le gouvernement central, les gouvernements des provinces, l’administration, la municipalité, la commission scolaire, la paroisse et, enfin, la famille.( 'e sont les “cercles concentriques” qui entourent l’individu, suivant le mot d’un auteur américain.Et qu’est-ce, en définitive, sinon exposer le rouage de nos institutions?Et surtout, pas de sécheresse: de la vie, du réel.Le monde est là, tout à côté: il s’agite autour de l'école.On n’a qu’à ouvrir la fenêtre pour en percevoir la palpitation, et c’est la vie qui est la meilleure leçon puisqu’elle est le souffle même de la nation, de la société, de la grande et de la petite, de la lointaine et de l’immédiate.J’ai parcouru des manuels de civisme, tristes comme la mort, secs et comme pressés de leur substance.Ils me rappelaient les manuels d’histoire criblés de dates, de batailles et de combinaisons politiques, ou les traités de géographie où s’alignent les fleuves, les montagnes, les lacs et les villes, et les interminables listes des produits locaux, comme on les appelle.Autant apprendre les noms des rues et des ruelles de Montréal.Le civisme, c’est une autre affaire.C’est la raison profonde et actuelle de la civilité; c’est le déterminant; la source de la volonté altruiste; le secret de l’humanité.Tout doit servir à le faire naître.Quelle leçon le professeur, s’il sait s’y prendre, ne tirera-t-il pas REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE IGG d’une phrase comme celle-ci : “En 1608, Champlain fonda Québec”; ou de cette autre: “Le gouverneur général du Canada ouvrira les séances du Parlement avec l’habituel cérémonial”.La paroisse nous a gardés; la famille est notre cellule sociale; l’école est notre premier guide; l’impôt est nécessaire; nous vivons d’un capital intellectuel accumulé par des générations; — que sais-je encore?Pour arriver à l’expression de ce civisme, il faut du travail, de 1 imagination, beaucoup d’observation et des connaissances précises.La vie nationale, la société, la famille, la paroisse, l’école offrent leurs champs d’observation: il reste à se préparer l'esprit à les définir et a les raconter de façon a en faire jaillir une leçon qui soit un élément d’action.L observation est toujours possible, nous dit-on, mais les livres manquent.Ce n’est pas tout à fait vrai.Il existe des traités de civisme très suggestifs, et fort bien illustrés, qui permettent de recourir a 1 image et de pousser jusqu’à l’art.Il est des œuvres précieuses, remplies d une vive lumière: celles de Léon Gérin, puis de Paoul Blanchard, d Emile Miller, d’Edmond de Xcvers, d’Errol Bouchette, de M.l’abbe Groulx, de _M.l’abbé La Palme, du révérend frère Marie-Victoria et d’autres.Evidemment, il faut les chercher, les trouver même, et les lire le crayon a la main, et les méditer, et les vivre.Ce n’est pas toujours possible, je le reconnais, pour le professeur ou l’instituteur rivé à son absorbante besogne de chaque jour.Il faudrait un ouvrage sur le civisme ainsi conçu, écrit en français, fait d’aperçus, d’exemples, de propositions, de couleur et de vie.Que n’y met-on quelqu’un, comme a d’autres traités qui nous manquent; et sans lesquels l’enseignement languira toujours?Dès lors, on pourra préparer la leçon de civisme; elle ne sera plus reléguée dans le cours de géographie sous le titre: gouvernement du pays.Elle passera dans les hommes et, tout en gardant notre personnalité — ce qui nous sera nécessaire tant que nous prétendrons rester français — nous aurons du moins acquis le sens de la société et accepté nos responsabilités de citoyens.III.L’HISTOIRE Je me suis inquiété de savoir si l’on enseignait le civisme.On m’a répondu: depuis toujours, par la philosophie sociale et la géographie.Ce n’est pas une mauvaise formule, puisque c’est la for- CLIMAT DE CULTURE 1G7 mule, au fond, de ce qu’on appelle la géographie humaine: la terre et l’action de l’homme vivant en société sur la terre.Je redoute, ici encore, la géographie tout court.J’ai dans l’esprit la boutade d’un autre pédagogue: “Combien les élèves ont-ils de manuels de géographie ?—- Trois, et plus ils en ont, moins ils la savent”.Je crains la sécheresse d’énoncés comme ceux-ci: “Les membres du Conseil législatif doivent remplir les mêmes conditions cme les sénateurs; et les députés à l'Assemblée législative, les mêmes que les membres des Communes”.Ou encore: “Les comtés sont les grandes divisions territoriales.Chaque comté est une confédération de villages, paroisses et cantons (pas mal, bonne amorce).Les maires de ces municipalités forment le conseil municipal du comté, le président de ce conseil prend le nom de préfet ou de maire de comté”.Voilà, en concentré, tous les éléments d’une leçon sur le rôle—nouveau et.intéressant—du Conseil de comté, à la condition (jue l’on ne se borne pas à faire réciter cette définition informe.Autant en emporte le vent, et je ne me demande pas où cela conduit, parce que je sais où nous en sommes.J’invoque, encore ici, le témoignage de Mgr Ross sur l’enseignement, en géographie, des “faits de l’ordre politique”.Voici le texte du programme: “Ici encore l’enfant peut voir dans son entourage les faits fondamentaux de l’organisation politique, civile, judiciaire et religieuse du pays.L’enfant parle français, il entend parler une autre langue: voilà qui lui donnera la notion des deux principales races qui habitent le pays.De même pour la religion.Les assemblées populaires et les scènes électorales lui permettront de réfléchir sur le système scolaire, municipal, gouvernemental auquel le pays est soumis.La vue des officiers de police ou de justice, le récit des procès, condamnations, etc., fournissent, les moyens intuitifs de faire connaître nos diverses organisations.Si on mêle l'histoire du Canada à ces constatations, on établira un lien dans l’esprit des enfants, et on leur fera connaître l’âme du pays en même temps que son armature.Par là aussi on introduira l’élève dans l’étude de la géographie humaine, beaucoup plus intéressante, plus utile et plus éducative que la géographie physique dans laquelle on est porté à renfermer toute l’étude fie la géographie”.Je retiens ces mots: en y mêlant l’histoire du Canada; ce qui revient à recommander que l’enseignement de l’histoire porto aussi bien sur l’évolution des institutions du Canada français (pie sur les faits d’intérêt politique ou militaire.De la philosophie sociale 1GS REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE toujours, mais, cette fois, clans le passé.Peu importe, après tout, pourvu qu’on en fasse, sous une forme ou sous un autre.L’histoire du Canada, ramassée dans un manuel, est difficile à apprendre et à retenir.Elle est peut-être une des choses (pie l'on oublie le plus vite.>i l’on y revient plus tard, elle intéresse, mais on a peine encore a en saisir le détail.( "est qu'elle est comme construite sur le sable.1 entends: sur des faits d’ordre, le plus souvent, administratif, et qui n’ont guère plus de consistance qu’une date.( hronologie désespérante.Et c’est sans doute pour cela qu’on l’ignore, généralement.Il y aurait lieu de la simplifier et de l'amplifier tout à la fois, afin d’en tirer des idées generales, propres à notre conduite.On la simplifiera en la ramenant à des synthèses.On conseille d’apprendre aux enfants l’histoire sous la forme de tableaux attrayants, propices au jeu de l’imagination.Pourquoi pas aussi aux grands enfants que nous demeurons tous ?Supprimer des dates, laisser tomber des faits d’intérêt secondaire, pour s’en tenir aux grands mouvements.X’cst-cc pas eux qui sont les vrais éléments de la culture ! Eux qui subsistent, comme des levains, quand tout le reste a disparu?—- Les découvertes, la colonisation, les résistances, les organismes, voilà tout l’Ancien Régime.Qui posséderait la A aissance d’une Race de l’abbé Lionel Groulx en saurait assez pour vivre avec intensité la vie canadienne.On amplifiera l’histoire en donnant de la couleur à ces tableaux de civilisation.Peindre à grands traits, mais peindre, utiliser les détails comme un coup de pouce, pour accentuer la chaleur et le ton.Bien charger sa palette.Jacques Cartier revient parmi nous, cette année: dire ses origines, ses attaches, ses services, le dresser sur son navire, à la recherche des “étoiles nouvelles”, le suivre, dès son arrivée, dans ses gestes de catholique et de f rançais, qui éclairent encore notre voie.Le Jacejurs Cartier de Léon ( îérin, par exemple, — une simple brochure, mais quelle toile! .Juxtaposer les pâtes par d’habiles et nécessaires comparaisons, qui nous habituent à rechercher en dehors de nos cadres des harmonies ou des dissonances: les procédés de colonisation de la France et de l’Angleterre; le resserrement des premières fondations anglaises et l’expansion de 1 Empire français en Amérique; l’exercice spontané du parlementarisme chez nos voisins et nos hésitations à prendre en mains la conduite de nos affaires; nos réactions aux tendances impérialistes CLIMAT DK CULTURE 109 de Londres; les conceptions différentes de l’unité nationale; la valeur ou les dangers des civilisations que nous coudoyons.Pour amplifier l’histoire jusqu’à en faire une discipline, il faut surtout lui restituer les institutions.Je n’en ai pas aux batailles ni aux visées de la politique, mais j’estime qu’il faut, à la suite de Léon Gérin et de quelques autres, chercher les raisons profondes de notre survivance où elles se trouvent : dans la famille, la paroisse, l’association, l’école; •— et dans la loi.Quelle pitié que les monographies de Gérin (Comment le Domaine plein a assuré le Maintien de la Dace) soient enfouies dans la Science sociale de Paris, depuis la fin du siècle dernier.Publiées demain, telles qu’elles furent écrites, elles illumineraient nos origines et nos résistances: L’Emigrant percheron; Au Foyer de VHabitant; Le Dane/ et la Paroisse; La Concurrence étrangère et l'Evolution industrielle; et les deux dernières —¦ les plus remarquables, au gré de M.Orner Iléroux: La loi naturelle du Développement de l’Instruction populaire.Cela est pétri avec de la chair.Nos manuels mentionnent avec timidité quelques efforts de colonisation vers Mont-Laurier, la Gaspésie, le Saguenay, ou l’Abitibi.Dans l’œuvre de Gérin, on vit cette colonisation, on en reconnaît l’innervation; on prend contact avec une force vive.Sur un sujet pareil, avec Gérin, Raoul Blanchard et I.ouis Ilémon, de bonnes cartes, des photographies aériennes, quelle leçon! Et précieuse, et pratique comme une règle de vie.Paul Valéry semble regretter que l’homme s’excite ‘‘de souvenirs de souvenirs”, et que l’‘'histoire alimente l’histoire”.Les hommes politiques, incapables de bâtir sur l’avenir, qui “n’existe pas”, se détermineraient sur le passé: l’échafaud de I.ouis XVI serait celui de Charles 1er, et l’Empire de Xapoléon, celui de Rome.Il serait, certes, malheureux que les hommes fussent satisfaits — comme c’est trop souvent le cas parmi nous — de l’ombre d’un souvenir dont le propre est de se défigurer; mais il est bon quand même que l’histoire alimente non pas l’histoire, mais l’avenir.Je m’accorde cependant à Paul Valéry quand il réclame que l’historien découvre dans l’histoire les “constantes”, ce que M.André Lebey appelle, de son côté, la “conscience humaine”."Accroissement de netteté, accroissement de puissance”, dit encore Valéry.A cette condition seule, le souvenir se fait vigoureux. 170 REVUE TRIMESTRIELLE CA.VADIEXXE IV.L’ÉCONOMIE POLITIQUE Somme toute, la méthode d’enseignement — ou d’utilisation des sciences — que je tente d’exposer se ramène à l’observation des réalités économiques et sociales.On peut donc faire des études économiques et sociales tout le long du programme.Même en mathématiques, en raisonnant, par exemple, sur le calcul des intérêts qui, en soi, na rien d’affolant; ou encore, comme le voudrait M.le chanoine Emile Chartier, en établissant de préférence la hauteur des tours de 1 Eglise Notre-Dame plutôt que la hauteur d’une tour quelconque dressée dans le désert de l’abstraction.En comptabilité, l’application à la vie courante est tout indiquée.Mais les choses elles-mêmes, qui sont dans la classe ou que l’on regarde dans la rue, expriment de mille façons la vie économique et sociale: la chaire ou le maître prend place et les pupitres îles élèves étaient naguère dans la foret : la montre de IVpieier du coin est un rendezvous d alimentation.( 'est ce que la Commission des Ecoles catholiques de Montréal a compris: cet enseignement diffusé des choses ou fies événements se fera dès l’an prochain, en attendant que le ( onseil île 1 Instruction publique porte l’économie politique au programme officiel.EUc y est déjà, a la vérité, et il suffira peut-être de rappeler qu elle y est.C est la géographie — Scicnlia parens — qui en est encore chargée: maîtresse Jacqueline de l’enseignement, elle est de tous les metiers, tour a tour physique, politique, économique, humaine.• )n lui confie les produits de la ferme, le bois de commerce, les industries régionales, l’arrivée et le départ des bateaux et des trains, les routes, les téléphones et les télégraphes, les postes, point de rencontre des échanges.Lourde tâche, surtout quand elle s’ajoute aux autres, et qui risque d’etre escamotée sous les plus fastidieuses énumérations.A mon sens, l’économie politique doit être installée dans l’Ecole, non pas à une place d’honneur, si on la juge indigne de cette attention, mais parmi les utilités, les impérieuses utilités.Je ne sais pas pourquoi nous nous sommes gavés de “clichés funestes , selon le mot d’Asselin.A nous entendre, notre race serait incapable de solidarité et manquerait de sens pratique.Propos fantaisistes, propagés par des Américains, et acceptés par nous comme tant de propos américains, sans réflexion et faute de mieux.Les Américains ont mesuré le sens pratique à de vastes entreprises CLIMAT DE CULTURE 17 L mécanisées, dont on commence, aux Etats-Unis même, à douter.I.e Français aussi est un ‘‘réalisateur”, et un merveilleux réalisateur.Son amour du métier, son esprit d’économie et son souci des proportions ont tout de même bâti la France.Chez nous, ses procédés d’exploitation du sol, longuement observés, —- et perfectibles, ici comme en France -—nous ont préservés: nous avons conservé, sur cette terre américaine, la “ferme” vers laquelle les Etats-Unis reviennent aujourd'hui.Serait-il si difficile d’on faire autant dans le domaine de l’industrie?En commençant par refaire le goût, puis les habitudes, que n’accomplirions-nous pas avec un marché assuré de près de cinq millions de consommateurs, à tjui se joindrait une clientèle anglaise, voire américaine?Je sais des “spécialités” qui ont déjà fait la preuve de ce que j’avance.Elles ont réussi par ce qu’elles ont offert d’original et de sérieux.Si elles sont peu nombreuses, c’est que notre vie économique, notre économie nationale, n’existe pas, ou si peu.Elle va au petit bonheur.Elle n’est pas dirigée selon des idées générales.Quelques organismes, je le veux bien, s’y intéressent de temps à autre, mais elle ne bénéficie pas d’une pensée commune, bit elle s’étiole, lamentablement; alors que, de l’aveu de tous les étrangers qui nous observent et dans tous les livres que l’on écrit sur nous, elle apparaît comme l’arme indispensable à notre survivance.11 est peut-être plus grave encore que nous ayons négligé les conséquences sociales d’une économie mégalomane, à laquelle nous nous sommes livrés corps et biens, et que nous attendions une inutile révolution pour nous en dégager.Nous nous plaignons enfin de certaines concurrences qui, par parenthèse, ne sont pas toutes israélites.Elles nous font constater nos faiblesses et nos reculs.Pour les vaincre ou les contenir, on conseille “d’acheter chez les nôtres”.Rien de plus légitime: tout le monde doit vivre, et nous d’abord, j’imagine.Disons même que c’est un devoir.Mais prenons garde qu’en nous transportant ainsi dans les sphères de la sentimentalité, nous nous adressons plus au cœur qu’à l’esprit.Nous savons ce que vaut le sentiment devant les passions; que vaudra-t-il devant l’intérêt si l’intelligence ne le guide pas ?Au devoir correspond le droit: le droit du consommateur à ce que nous avons accoutumé d’appeler le “service”; et le “ser vice” présuppose la connaissance qui conduit à l’organisation, et même à l’éducation de la clientèle.Par quelque chemin que l’on prenne, que l’on veuille aviver ¦ = » 172 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE notre sens des affaires, affermir notre économie ou secouer la concurrence, on en revient au même point : savoir.Lt nous attendons du temps qu’il nous guérisse, par une insouciance qui na d’excuse que son aveuglement.Sitôt qu’un enfant est malade, on réunit autour de lui la kyrielle des spécialistes qui le palpent, l’auscultent, le pénètrent de rayons, et, leur tâche achevée, prescrivent un régime avec des médicaments.L’anxiété des parents trouve cela tout naturel: il faut refaire les forces du malade et l’engager solidement dans la vie.Si une épidémie s’abat sur une ecole, on voit de même accourir à la rescousse les préposés à l'hygiène publique, qui s’ingénient à combattre le mal, gardent les axenues, établissent des barrages, pour garantir la population.Mais s’il s’agit de redresser une situation économique, qui se délabre avec une inquiétante rapidité: plus personne, plus de remèdes, plus de science; quand il faudrait, par une action positive sur nous-mêmes, reconstituer nos forces.L’Economie politique n’est pas une panacée, tour le monde en convient: du moins est-elle un de ces toniques dont on dit qu’ils ne font pas de mal.Xous en avons besoin pour mouvoir nos volontés afin que, parlant le même langage et remuant les mêmes idées, nous tombions d’accord sur la défense de notre dignité.La diffusion intense de la Science économique et sociale, surtout sous ses formes les plus simples, sous ses aspects les plus familiers, refuserons-nous ce moyen de renouveler nos énergies ?CONCLUSION de propose donc de rajeunir de vieilles disciplines et d’en instituer de nouvelles.Cela se fait depuis longtemps, me dira-t-on.U se peut bien; quoique, si cela se faisait beaucoup, cela se verrait un peu plus.1 n pictre de mes amis a eu la rare fortune d’organiser de neuf une classe de philosophie.Aux leçons exigées par le baccalauréat, il a pris sur lui d’ajouter, chaque semaine, une heure de français, une heure d histoire de l’art, une heure de science sociale, une heure d histoire comparée.Dans une outre ancienne il a versé du vin nouveau, laissant au temps de prolonger la cuvée.Plus heureux que moi, il a f.ait ce que je me suis contenté de dire.Il attend.— Et quelle porte il ouvre sur la rhétorique supérieure où l’élève, mûri de .science, retiendrait le culte de l’expression. CLIMAT DK CULTURE 173 Pour mener à bien ce programme, des réformes “parapédago-giques” seraient sans doute à souhaiter: Des manuels, où leurs auteurs ont mis toute leur bonne volonté, mais qui gagneraient à être moins “nourrices sèches” et à s’égayer au contact d’un art plus affiné.Des bibliothèques, où le maître, de qui on exige beaucoup, puiserait le surcroît que tout enseignement requiert; Des pédagogues formés dans des Ecoles normales mieux averties, ou munies des facilités qu’elles réclament à bon droit; Un Bureau central résolu à découvrir chez les franc-tireurs qui l’assaillent la vision nette des intérêts nationaux; Enfin, — mais j’aborde ce dernier point avec respect un Conseil de l’Instruction publique revêtu de pouvoirs plus étendus et qui s’occuperait davantage de pédagogie.— 11 est d’usage, lorsqu’on a plaidé devant un tribunal, de “citer des autorités”.Je n’en ai pas.Si pourtant: une, et qui en vaut bien d’autres.Je n’ai fait qu’interroger du regard, de la pensée ou de la parole plus de vingt-cinq générations d’étudiants — livre ouvert sur l’avenir.Edouard Moxtpktit TROIS ANNÉES DE TRAVAIL À L’UNVERSITÉ DE MONTRÉAL ¦ Il est toujours difficile de résumer en quelques mots la grande somme d'expériences et de souvenirs que le temps accumule peu à peu pendant un séjour de trois années.La tâche est particulièrement ingrate lorsqu’un tel séjour s’est déroulé dans un milieu aussi accueillant que celui de la province de Québec; car la brièveté nécessaire du rappel ne permet pas d’exprimer avec tous les détails souhaitables les sentiments de gratitude qui doivent alors primer tous les autres.Que tous mes amis de Montréal veuillent bien me pardonner de ne pas les citer nominalement en ces quelques lignes.Qu'il me suffise de leur dire à tous que, sans leur appui fidèle, sans leur activité dévouée et inlassable, sans l’ardeur avec laquelle ils m’ont répondu en toutes circonstances, mon séjour ici aurait été inutile et vain.Si mon action a été d’une utilité quelconque pour l’Université et pour le pays, c’est grâce à eux que ce résultat a pu être atteint.Sans eux toute initiative aurait été stérile; sans eux et aussi sans l’intérêt actif et continu que montre le public éclairé de Montréal pour tout ce qui touche la culture scientifique.Pour employer le vocabulaire des chimistes nous dirons que tous les éléments d’une réaction étaient réunis.Je n’ai joué en la circonstance que le rôle restreint et limité d’un catalyseur; d’un catalyseur, il est vrai, particulièrement favorisé, puisque je crois bien avoir à l’usage, gagné en efficacité, être maintenant plus fort, mieux armé pour servir l’intérêt général; et je dois cette amélioration à mon séjour parmi vous.Le plus intéressant pour nous tous va être de consacrer ces quelques instants à une revue d’ensemble, non seulement de mon expérience personnelle, mais de tout le fonctionnement de notre Université au cours des trois dernières années.Tout à l’heure le Dr Baril évoquait la progression réalisée par elle depuis vingt ans.1 Los pages qui vont suivre reconstituent les grandes lignes d’une causerie qui m'a été demandée à ('improviste au cours d'une réunion des Anciens élèves de la Faculté des Sciences, le 12 décembre 1D34.J'ai voulu réunir à nouveau les idées qui s'étaient alors imposées à mon esprit, pour que ces pages soient à la fois une sorte de bilan de l'expérience réalisée au cours de ces trois années et un adieu peu avant mon départ, sans que ce terme d’adieu implique d’ailleurs autre chose qu’une séparation temporaire dont il nous est actuellement impossible de prévoir la durée. 175 TROIS ANNÉES DE TRAVAIL A LUNIVERSITÉ Mon champ d’observation personnel ne représente qu'une petite fraction de cette durée, mais ce court laps de temps ne rend que plus saisissante la constatation des progrès accomplis.Nous allons, si vous le voulez bien, dresser sommairement leur bilan.I — LE BILAN DES PROGRÈS.Dans cette seule période de trois ans ont été créés une série d'organismes qui, tous, répondaient à un besoin, qui, tous, sont destinés à jouer un rôle essentiel dans la réalisation de notre grande œuvre : 1° J’ai vu se fonder les Congrès de l'Association canadienne-françaisc pour l'avancement des sciences.J'ai même eu l'honneur de faire partie des premières discussions, des entretiens préparant la mise sur pied de cette grande idée.Vous en connaissez l’essor remarquable, le succès des deux premières assises tenues à Montréal et à Québec, les projets audacieux et grandioses qui veulent faire de ces congrès l'affirmation de la vitalité du peuple canadien-français.Demain à Ottawa, après demain en Acadie, à Winnipeg, en Nouvelle-Angleterre; peut-être, — qui sait, — jusqu'en Louisiane, ces Congrès serviront de lien entre le foyer intellectuel du Québec et tous ceux qui, au loin, dispersés sur cet immense continent, se sentent attirés vers la culture française, soit par leur origine, soit simplement par leurs sympathies intellectuelles, nullement exclusives d’ailleurs d'une compréhension profonde des autres cultures.Au point de vue interne également, les Congrès de l’ACFAS jouent et joueront un rôle de premier ordre, en multipliant les contacts entre les équipes laborieuses de nos deux Universités: Laval et Montréal, en constituant un lieu d'échanges et de discussion d’idées, en concourant à la réalisation du climat intellectuel, élément primordial dont nous aurons à reparler.2° S’adressant aux débutants, les Cercles des Jeunes Naturalistes, autre création à porter à l’actif de ces trois années, ont pris un essor non moins remarquable et non moins heureux.J’ai assisté au développement de cet admirable système d’éducation et d'instruction scientifique de la jeunesse.Deux ans à peine après la création des Cercles, cent mille visiteurs parcouraient la triomphale exposition réalisée par eux l'an dernier au Mont Saint-Louis.Peut-on imaginer les conséquences possibles de cette initiative pour la formation intellectuelle de nos futurs élèves, pour la préparation 17(3 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE de leur esprit d’observation, pour l'éveil de leur curiosité scientifique, pour les travaux ultérieurs de l’Université?Ayant collaboré avec joie, pour une très modeste part, à ce mouvement d’enthousiasme, ayant pu en mesurer la portée, j’ai formé un dessein (pie je réaliserai dès (pie les moyens m’en seront accordés.Et, quelque jour, vous verrez sans doute se développer dans la vieille France un système de cercles semblable à celui qui a été conçu et exécuté par des hommes du Canada, progrès dont vous pourrez être justement fiers.8° Parmi les réalisations récentes prend place aussi la naissance de l'Association des diplômés de VI mvcrsité.\oici une preuve de l’influence bienfaisante que peut avoir une crise, — fût-elle sévère comme celle que nous traversons, — sur la formation d’une Université.L’histoire montre que plus une foi est persécutée plus elle devient grande et forte et que seule la facilité est funeste aux créations humaines.La crise financière de l’Université aura les mêmes conséquences qu’une persécution, conséquences utiles en dernière analyse si nous savons montrer les réactions appropriées.Sans cette crise jamais vous n’auriez songé à lancer un tel appel à vos camarades dispersés, à ces six mille diplômés de l’Université de Montréal qui constituent aujourd’hui une grande part de l’élite de la province dans tous les domaines.\ ous auriez laissé inemployée et indifférente cette énorme force, qui peut jouer un rôle irremplaçable dans le développement futur de l’institution.Car ces 6000 hommes n’apportent pas seulement leur nombre, leurs moyens personnels.Médecins, hommes de loi, hommes politiques, ecclésiastiques, industriels, commerçants, professeurs, tous ont une sphère d’action appréciable s’étendant à leur famille, leurs amis, leurs auditeurs.Tous peuvent et doivent prendre la défense de l’Université dont ils ont reçu leurs diplômes et leur prestige.Par eux vous pouvez atteindre les masses et déterminer le grand mouvement d’opinion qui seul sauvera votre œuvre en danger.Il faut cpie l’on comprenne des choses comme celle-ci: Construire des hôpitaux et des prisons, c’est bien, ce sont là choses utiles, mais utiles matériellement, pour la vie végétative, inerte, pourrait-on dire, du pays.Edifier une Université c’est voir beaucoup plus loin, c’est t raverscr les siècles, c’est assurer la conquête de la position morale rpii seule décide de l’avenir d’un peuple.Les hôpitaux préservent le nombre, mais le nombre n’est rien s'il porte sur des hommes ignorants, sans défense, proie toute désignée pour les voisins mieux 177 TROIS ANNÉES DE TRAVAIL A L*UNIVERSITÉ armés intellectuellement.L’objectif principal ries chefs du peuple doit être partout de maintenir au premier plan les formes fondamentales de la supériorité humaine.Un Européen membre d’une minorité souvent persécutée, — était-ce un Israélite ou un Tchèque, — disait un jour: “Nous autres nous nous faisons tuer pour la survivance de nos Universités” et c’est absolument vrai.Il y a là une question beaucoup plus importante qu’un débat de frontière; beaucoup plus importante par ses conséquences dans l'histoire future du pays que ne l’est une annexion.Il s’agit pour tous du droit de devenir des hommes sans se renier soi-même.Si l'on cède sur ce point on ne mérite que d’être un esclave à jamais justement méprisé par ses maîtres.10 Un autre pas dans le domaine de la conquête intellectuelle est marqué par la création récente des reunions hebdomadaires du département de chimie, ("est là une initiative des jeunes maîtres oui forment, dans ce service, une équipe nombreuse et remarquablement active.Leur beau programme actuel est de discuter, semaine après semaine, toutes les branches de l’activité économique représentées sur le territoire canadien.Elèves et professeurs, réunis dans les mêmes discussions, envisagent ainsi les moyens de former des hommes compétents dans tous les domaines.Ensemble ils se préparent à jouer leur rôle dans la conquête ou la reconquête du patrimoine canadien.Auprès de toutes ces créations récentes qui démontrent, malgré la crise, la vitalité de notre Université, quelle est la portée exacte des initiatives que j’ai prises, dans le but de développer et de rendre plus efficace le service qui m’a été confié?5° Il convenait en premier lieu de songer à la préparation des futurs élèves destinés à nos Facultés des Sciences, de Médecine, de Pharmacie.Pour cela la création la plus urgente était celle d’un enseignement pédagogique, complémentaire de celui de la licence et destiné aux jeunes professeurs de Sciences Naturelles de nos collèges.Cet enseignement, créé il y a trois ans, n'a cessé de se développer et a déjà fourni des résultats appréciables dont les répercussions s’élargiront salis cesse.L’enseignement de la Licence a été développé parallèlement et le nombre des étudiants qui en bénéficient s’est notablement accru.0° En second lieu, un problème angoissant était le manque de contacts permanents entre la Faculté des Sciences et le public intellectuel de Montréal.Moins (pie jamais un établissement scien- 17S REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE tifique moderne peut se renfermer dans une tour d’ivoire.S'il est ignoré c'est la mort inévitable, et- la faillite de la tâche qu il avait pour mission de mener à bien.Les conferences publiques de biologie générale répondaient dans mon esprit à cette préoccupation.Lorsque je les ai inaugurées à l’automne 1932 je ne pensais pas qu elles étaient appelées à un développement aussi rapide.Leur succès continu, l’attention sympathique et fidèle du nombreux publie qui les suit chaque semaine montre qu’elles répondaient bien a un besoin latent et que leur création arrivait au bon moment.Elles ont joué leur rôle dans la campagne d’opinion menée en faveur de l’Université.En outre, poursuivies grâce au concours désintéressé de nombreux collègues de la Faculté des Sciences et de la Faculté de Médecine, elles attestent l'esprit de collaboration amicale apporté par tous les départements des deux Facultés dans l'accomplissement de l’œuvre commune.7° En troisième lieu je me suis préoccupé de placer notre éminent ami M.Chagnon, l'un de nos meilleurs spécialistes, dans des conditions telles qu'il puisse donner toute sa mesure et faire profiter nos entomologistes de sa longue et admirable expérience.A cette préoccupation répond la création de l'enseignement special d'entomologie, que j'ai imaginé pour rassembler, en plus de nos étudiants, les collectionneurs, les naturalistes érudits et aussi les jeunes gens destinés aux carrières techniques de l'entomologie appliquée.Cette création, jointe à la mise en œuvre et a la publication des matériaux cntomologiques si riches accumulés par M.Chagnon, est actuellement en plein développement.Elle constitue une nouvelle addition à la Faculté des Sciences, addition d’autant plus nécessaire qu'elle ne fait double emploi avec aucun enseignement de même type dans la province.II —LES PERSPECTIVES D’AVENIR.Ces quelques réalisations nouvelles, jointes à des améliorations de divers ordres qui portent sur le développement de 1 enseignement au P.C.X.et à la Licence, sur l’accroissement du matériel d’enseignement et de recherches, sur l’enrichissement de la bibliothèque, avaient toutes leur signification et leur place marquée dans le développement de l'Université.Lue fois bien établies, comme elles le sont maintenant, elles continueront à fonctionner, à s'accroître comme des organismes vivants.Elles-mêmes serviront de TROIS ANNEES DE TRAVAIL A L UNIVERSITE 179 base à des créations ultérieures, et ainsi concourront à construire et à consolider notre édifice.La croissance de celui-ci, en ce qui concerne la Faculté des Sciences, est extraordinairement rapide depuis trois années.On peut dire que la simple statistique de nos étudiants est l'un des symptômes les plus encourageants qui puissent être relevés dans les annales d’une Université.1 Dans un article paru l’an dernier nous avons décrit la rapide progression du nombre des élèves de Licence à la Faculté.Depuis lors les courbes établies n’ont fait que poursuivre leur marche ascendante et cette année le P.C.N.aussi s’est rapidement relevé.Auprès des élèves régulièrement inscrits, dont le nombre s’accroît sans cesse, il convient de noter l’appoint précieux et grandissant des auditeurs libres de toutes catégories.Leur masse apporte à la Faculté, à défaut d’un appui financier, un milieu favorable, en dernière analyse, aux progrès du recrutement régulier.Le nombre n'est, bien entendu, qu’un des éléments du problème et l’on m’a souvent interrogé, tant en France qu’au Canada, sur la qualité et les aptitudes de ces élèves.Après une expérience portant sur quatre années scolaires, j’ai le droit de fournir une réponse catégorique: dans son ensemble, la qualité de nos élèves de Montréal au point de vue des aptitudes intellectuelles et de l’application au travail est exactement comparable à celle des étudiants français, et ceci d’une façon si frappante qu’on peut très facilement oublier ici qu’on ne professe pas dans une université de France.Las réactions et les attitudes mentales des élèves sont analogues, même dans de très petits détails.L’état de préparation au moment de l’entrée à la Faculté est, il est vrai, différent en raison de l'inégalité des programmes scientifiques français et canadiens dans l’enseignement secondaire.Mais la bonne volonté et l’ardeur au travail sont telles que nos étudiants parviennent à regagner une partie de l’écart au cours de leurs années de Faculté.Vous imaginez difficilement le plaisir qu’éprouve un ancien étudiant de la Sorbonne en lisant votre Quartier Latin ou en assistant il vos parades d'étudiants.I! y retrouve reconstituée dans le nouveau Monde l’atmosphère de nos vieilles universités millénaires d’Europe, et ceci est une partie non pas insignifiante comme cer- 1 Co résultat est d’autant plus remarquable qu’il a été obtenu dans les circonstances difficiles que tout le monde connaît, notre institution végétant depuis trois ans sous la menace d'un effondrement total, de la fermeture ou du démembrement. ISO REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE tains pourraient le croire, mais essentielle de la vitalité de notre institution.Le point central du problème, la clé de voûte de l'édifice est en effet avant tout la réalisation du climat intellectuel, sans lequel une université ne peut exister.Une université n’est pus une agglomération d'élèves dociles et ternes, dépourvus d'initiative, imprégnés d’une soumission aveugle et de la peur des responsabilités.Une université ne peut être construite qu'avec des hommes à tempérament jeune, actif et courageux, à l'imagination féconde, fréquemment turbulents, mais toujours généreusement dévoués au bien public.U faut bien les employer en bloc, tirer parti de leurs qualités, et faire en sorte d’utiliser même leurs défauts.Le rôle des jeunes est de batailler, comme celui d’ailleurs de leurs aînés et chefs est de les rappeler paternellement aux limites de l’ordre et de la discipline.A toute machine il faut des freins et un volant, mais, surtout et avant tout, un moteur.Frère Marie-Yictorin rappelait que, dans les périodes calmes, tous les postes de commandement passent, par la force des choses, entre les mains de vieillards, mais que, lorsque la situation devient grave et que tout paraît perdu, on se décide enfin à faire appel à la jeunesse.Alors, invariablement, c’est la jeunesse qui sauve la situation.Ceci est presque une notion banale, établie par l'histoire de toutes les guerres, des révolutions, de tous les grands bouleversements humains.Mais est-il nécessaire d’attendre que tout soit perdu pour appeler la jeunesse à la rescousse?N'y aurait-il pas intérêt à l’appeler avant le désastre complet ?Frère Marie-Yictorin, en tout cas, a répondu par son exemple; dans son domaine, il a su établir l’esprit de franche camaraderie.— n’excluant nullement le véritable respect, — qui associe élèves et maîtres dans une atmosphère de recherches, de discussions passionnées, de curiosité scientifique toujours insatisfaite.Le résultat, le voici: dans le monde entier aujourd’hui on connaît l’Université de Montréal parce que, dans le monde entier, on reçoit et on estime les travaux du Frère Marie-Yictorin et de son école.Yoilà la haute tour intellectuelle (pii doit être aperçue au loin, tour qui doit être symbolisée mais ne saurait être remplacée par celle de nos nouveaux bâtiments.Supposez (piatre, cinq ou six départements parvenant à la même renommée que celui du Frère Marie-Yictorin et l’avenir sera assuré définitivement, notre Université prenant place désormais parmi les grandes universités d’Amérique. TROIS ANNÉES DE TRAVAIL A l’uN'IVERSITÉ 181 Tel doit être notre premier objectif à tous: constituer un foyer de vie intellectuelle et de production scientifique forçant l’attention des universitaires du monde entier.Ceux-ci accorderont leurs suffrages sans compter, sovez-en certains, à commencer par vos voisins canadicns-anglais.Je compte beaucoup d’amis parmi eux, n’étant pas de ces Français xénophobes et anglophobes dont la race exécrable tend heureusement à disparaître.Depuis plus d'un siècle la France et l’Angleterre sont devenues deux compagnes à peu près inséparables (pii, malgré quelques querelles passagères, se retrouvent toujours côte à côte, très étroitement unies dans tous les moments difficiles.Se comprenant de mieux en mieux elles peuvent maintenant admirer et estimer réciproquement leurs qualités.Pour ma part j’estime par-dessus tout la conception noble et impartiale du ‘‘fair play” qui caractérise l’éducation sportive des Anglo-Saxons.Du jour où des Anglais acquièrent la notion d’une supériorité, il n’y a pas de considération de race ou de parti qui les empêchera de la reconnaître et de la proclamer.Frère Marie-Victoria a été élu président de la Section V de la Société Royale, composée presque uniquement de membres de langue anglaise.C’est un exemple vivant sous les veux de tous les jeunes de notre Université.A eux de savoir conquérir l’estime par leurs qualités, leur travail, leur initiative, et, avec eux, le peuple canadien-français parviendra à occuper la place qui lui revient dans le monde.Qu’ils songent à leurs grands ancêtres, les pionniers téméraires, batailleurs et rudes, qui sont partis jadis à la conquête des immenses forêts inconnues et des plaines du Nouveau-Monde.Ce n’est pas en limitant son horizon aux seuls enseignements absorbés, en copiant, en se conformant servilement, qu’on peut opérer une conquête, mais en sortant des sentiers battus, en recherchant, en innovant sans cesse.Souvenez-vous que la création d'une université est une conquête plus vaste et peut-être plus méritoire encore que ne l’était la fondation d'une ville nouvelle il y a quatre cents ans.Quel sera l’avenir?Les quelques regards que nous avons jetés sur les trois années passées nous permettent de l’envisager avec confiance.Le point de départ n’était pas très élevé, sans doute, comme l’a rappelé Frère Mario-Victorin.Mais ce qui importe surtout ce n’est pas le point de départ, c'est la vitesse de progression.Or, comme celle-ci est très satisfaisante, il ne s’agit pas maintenant de réduire les objectifs, de prendre des solutions de repli, de 1S2 REVUE trimestrielle canadienne régression et do déchéance.1 ai entendu fréquemment lepétcr une phrase absurde, déplorable, d'autant plus néfaste qu un examen superficiel n’en démasque pas toujours immédiatement l’erreur: “( "est un luxe inutile que trois universités dans une petite province de 3 millions d’habitants”.Phrase inventée sans doute par un esprit timoré et que tout homme de cœur devrait citer seulement avec un absolu mépris.Passons sur l’exemple édifiant d’autres “petits pays” comme la Suisse où l'on voit, à quelques kilomètres de distance, en deux minuscules cantons, deux belles et grandes Universités, celles de Lausanne et de Genève, qui ont conquis un renom mérité en Lurope.Mais il y a plus: la proposition inciiminéo est fausse et ne peut conduire qu’à des conclusions désastreuses, au sacrifice maladroit d'un magnifique avenir.Il ne faut pas considérer ici trois Universités dans une “petite province”, mais deux Universités de langue française dans un continent de cent soixante millions d'habitants.La sphère d'action de 1 l niversité de Montréal et de l'Université Laval dépasse infiniment les limites de la province de Québec.Elle doit rayonner largement dans le Nouveau Monde, atteindre les groupes de langue française du ( anada et des Etats-Unis, le fidèle et touchant peuple noir d'Haïti, dont récemment M.Yiatte évoquait si joliment les belles réussites en poésie française.Plus loin encore, elle doit s’adresser a tous ceux qui, parmi les populations de langue anglaise, espagnole, portugaise, depuis le ( anada jusqu’à l’Argentine, connaissent aussi la langue française, 1 aiment, s'intéressent à ce qui est français.Ces amis lointains sont innombrables, qui répondraient volontiers à un appel s'ils avaient la certitude de trouver ici une université de première grandeur.Le beau succès remporté par l'équipe de jeunes professeurs français qui viennent de fonder la Faculté des lettres de Sao Paulo est une heureuse indication dans ce sens.Songez à la puissance que met à votre portée le voisinage d une masse humaine de centaines de millions dûmes.Songez que \ous êtes, dans le Nouveau-Monde, les représentants du peuple dont sont sortis Pascal et Pasteur, et que cela vous confère une incomparable noblesse et une inégalable puissance de rayonnement.Lorsque la réputation de notre Université atteindra le niveau \oulu pour ses diverses Facultés: Lettres, Médecine, etc.beaucoup d'étudiants américains qui ne peuvent affronter les frais d un voyage en Europe se dirigeront certainement vers ce nouveau centre américain de langue française, dont l’existence intéressera.Et si chacun TROIS ANNEES DE TRAVAIL A L UNIVERSITE s'en retourne chez lui satisfait de l'atmosphère scientifique rencontrée, emporte l’impression d’y avoir acquis quelque chose, enrichi sa personnalité, d'autres imiteront son exemple, sans cesse plus nombreux.Alors peut-être trouverez-vous trop petits les téméraires bâtiments de la montagne, et verra-t-on s’élever une série de nouvelles constructions, réparties parmi les arbres du parc en un harmonieux ensemble de “campus”.Heureusement le terrain de l'Université nouvelle est assez vaste pour laisser ouvertes toutes les possibilités.Après mon séjour parmi vous je maintiens le projet que je proposais à votre ambition il y a trois ans: créer à Montréal une Université digne de la deuxième ville de langue française du monde, c’est-à-dire une Université venant immédiatement, pour le mérite, la renommée et l’importance, après celle de Paris.CONCLUSION Voilà les quelques remarques cpie voulait vous faire, avant de vous quitter, le “professeur à titre étranger”.En passant permettez-moi de protester très amicalement contre ce “titre étranger”, qui m’a été décerné, sans doute dans l’intention de me faire plaisir mais (pii a, dans ce cas, totalement manqué son but.Au titre d’étranger 1 est généralement attachée une nuance fâcheuse, nuance si généralement ressentie qu’en France nous évitons de l’appliquer à un interlocuteur lorsqu'il connaît bien les finesses de notre langue.Ainsi nous disons de préférence: “vous êtes Anglais, Allemand, Suisse, etc.” et non: “vous êtes étranger”.Réciproquement, étant de passage à Rome ou à Oxford, je serais déjà heurté par une telle désignation, car j'ai l'impression d'être là sur une terre sœur, liée à mon pays par des siècles de culture commune et appartenant à ma patrie européenne; de la comprendre, de ne pas être étranger à sa grandeur, à son âme et à sa beauté.Au-dessus de nos territoires, échiquier temporaire des convoitises grossières et des calculs politiques, plane en effet la grande figure de notre patrie à tous, de la civilisation d’Occident, bien commun de l'Europe et de l'Amérique d’aujourd'hui.A plus forte raison le terme d'étranger est-il impropre appliqué à un Français au Canada ou à un Canadien en France.En est-il un seul parmi vous qui, venant à Paris, se soit vraiment I 1 Traduisez “alien" en américain. 184 R F.VU K TRIMESTRIELLE CANADIENNE senti à l’étranger?N’a-t-il pas eu plutôt l’impression, semblable à celle d’un Français de province, de faire une visite à une métropole de son pays?Pour ma part, dans la province de Québec, je n’ai jamais éprouvé l’impression d’être dépaysé.Cela fut vrai dès mon premier contact et demeure vrai après trois ans d’expérience.Je pense d’ailleurs ne pas avoir agi ici en étranger, n'ayant jamais voulu considérer la tâche (pii m’avait été confiée comme un travail limité hors duquel on ne pourrait plus rien exiger de moi.J'ai pris à cœur notre besogne, partageant vos joies et vos découragements, votre pessimisme et votre optimisme, ce dernier devant avoir, bien entendu, le dernier mot.Le développement de l’Université de Montréal a été et restera désormais pour moi une question personnelle.J’associerai toujours son souvenir à celui des amis très chers (pii m’ont entouré ici de leurs attentions délicates et d'une chaude sympathie qui a été, en certains moments d’épreuve, mon seul secours.Maintenant la tâche à laquelle j’ai consacré pendant trois ans le meilleur de mes forces va incomber à notre ami à tous, notre vaillant et généreux Georges Préfontaine.11 possède l’enthousiasme, la passion scientifique, toutes les qualités d’un maître, d’un chercheur et d’un chef.Son renom s’étend déjà au delà des frontières et il sera une des forces et des éléments de prestige de l’Université de demain.C'est grâce à lui, à notre entraide amicale de tous les instants que mon séjour ici a pu vous être utile.Préfontaine connaît les étapes de la construction de notre service et mes projets d’avenir.Ce que je n’ai pas eu le temps d’exécuter encore, il le réalisera progressivement.Un de mes plus grands regrets en quittant le Canada est d'interrompre temporairement cette collaboration confiante et fidèle, de séparer ainsi deux compagnons de travail liés par l’amitié depuis bientôt dix ans.Et maintenant nous arrivons à la fin de ces quelques pages, trop sommaires pour exprimer convenablement le bilan de ees trois années.Pourquoi suis-je obligé de vous quitter?Beaucoup ici me blâment, considérant mon départ comme un abandon au cours de la lutte menée pour l’existence de l’Université.Je dois donc, pour justifier ma décision, expliquer les raisons qui l'ont déterminée.En venant au Canada il y a trois ans, j’avais formé le projet de m’y installer pour un certain nombre d'années, peut-être même de réaliser ce qu’a réussi, par exemple, notre ami monsieur Ulahaut, Canadien depuis trente années et dont tous les enfants sont nés au Canada. TROIS ANNEES DE TRAVAIL A L UNIVERSITE 185 Mais l’homme propose et Dieu dispose.Nous sommes aujourd’hui au second anniversaire du moment terrible où j’ai vu s’effondrer, en une nuit, tous mes rêves d’installation durable sur la terre canadienne.Dans une pauvre demeure, auprès du parc LaFontaine, s'est joué un drame dont le souvenir ne peut plus me quitter.La neige tombait, comme aujourd’hui, et dans son berceau mourait le petit être qui représentait alors mon plus cher espoir.Mon premier enfant, mon fils unique, mon petit Noël, à qui nous avions donné ce nom si joli parce qu’il était né l'année précédente au moment de la fête des plus grandes espérances humaines.Et, assommé par le coup terrible qui m’atteignait en plein bonheur,je me trouvais inerte aux pieds d’une petite poupée de cire, enfouie dans un monceau de merveilleuses fleurs blanches, témoignage des amitiés fidèles qui m’entouraient ici.Empreint d’une majesté extraordinaire pour un tout petit enfant, son visage semblait dormir, dans le cercueil tout blanc.Dans la neige, qui supprimait tous les bruits, qui faisait de la ville un décor irréel, d’une splendeur éloignée de la terre, nous l’avons porté sur la montagne, en face de la vaste plaine ouverte au vent du nord, dans le grand cimetière de la Côte-des-Neiges.Maintenant Dieu a bien voulu compenser, dans la mesure des choses possibles sur terre, la terrible épreuve qui m’avait été envoyée.Un second enfant est né, une petite Canadienne qui établira un nouveau lien, très doux et très cher, entre votre pays et moi.Nous n’avons pas cru possible d’exposer une seconde vie d'enfant dans les conditions mêmes qui, une première fois, avaient été fatales; nous l’avons emmenée en France où nous devons la rejoindre maintenant.Voilà pourquoi je dois abréger mon séjour parmi vous et, tous, vous connaissez assez les sentiments d'un père et d’une mère pour comprendre le débat où s’engageait notre responsabilité.Depuis les instants terribles qui se déroulent toujours devant nos yeux, nous ne pouvons plus voir tomber la neige, à l’approche de l’hiver, sans avoir le cœur serré; nous voudrions pouvoir fuir cette mort blanche et froide tombant implacablement, sous laquelle s’est éteinte la petite flamme qui était alors toute notre vie.Ainsi vont toutes les choses liées à la faiblesse humaine.Mais ne craignez pas que mon départ soit capable de me séparer réellement de vous.Il est impossible de passer trois années en un pays si proche par le cœur, d’y trouver les amis si chers et si nombreux qui ont tout fait pour rendre charmant mon séjour au Canada, sans 186 RK VL"K TRIMESTRIELLE CANADIENNE qu'il s'établisse des liens innombrables que le temps même ne peut plus rompre.Une fois rentré dans le vieux pays, au nom si doux à votre souvenir, ma pensée s'envolera souvent vers les rives du Saint-Laurent, vers le peuple fidèle et vaillant dont j'ai partagé, pour trois ans et pour toujours les luttes et les espoirs.Et cela me montrera que ce départ ne doit pas être défi nitif et (pie désormais un peu de mon cœur et de ma patrie se trouve au Canada où je reviendrai tôt ou tard.Ma lutte pour l’Université de Montréal, portion de votre lutte à tous, ne fait que commencer.En Europe comme en Amérique, je m’efforcerai de la mener d'une façon efficace et vigoureuse, pour construire avec vous le grand centre de rayonnement de la pensée française dont je rêvais il y a cinq ans, bien avant de connaître votre terre et les possibilités de votre peuple.Ces circonstances plus fortes que notre volonté nous séparent aujourd'hui, mais songez que je laisse parmi vous un gage précieux entre tous, témoin du lien douloureux qui m'attachera à jamais à la terre canadienne: au cœur du Mont-Royal, dans le cimetière de la Côte-des-Xeiges, la tombe blanche de mon petit enfant.Henri Prat L’ÉLÉVATION DE TEMPÉRATURE DES CÂBLES DES LIGNES DE TRANSMISSION DANS LE VENT, ET SA RELATION AVEC L’ENLEVEMENT DE LA GLACE' Il y a plusieurs moyens de résoudre le problème posé par la présence de la glace sur les câbles d’une ligne de transmission.Les conséquences de la présence de la glace sont évidentes: Dépenses considérables occasionnées par le bris des fils et des tours et les interruptions de service.La méthode la plus employée aujourd’hui consiste à laisser la glace se former sur les câbles et à l’enlever avant qu'il ne s’en forme trop.On enlève la charge de la ligne momentanément et on court-circuite la ligne.Le courant de court-circuit chauffe les fils suffisamment pour faire fondre la glace.Ceci est praticable si l’on a deux circuits en parallèle, toute la charge étant portée par un seul circuit pendant que l'autre est nettoyé.Celui qui porte toute la charge est évidemment surchargé et le courant peut être assez grand pour le nettoyer aussi.Le travail se fait alors sur les deux circuits en même temps, l’un par court-circuit, l’autre par surcharge.Une autre méthode a pour but d’empêcher la glace de se former.Mlle consiste à faire circuler dans la ligne un courant de très faible facteur de puissance, en installant des condensateurs synchrones en parallèle avec la charge au point de distribution ou en d'autres points de la ligne.Ce courant, ajouté à celui de la charge, devra être assez grand pour maintenir les câbles à une température de 33 ou 34 degrés Fahrenheit et circulera durant toutela duréede la tempête de verglas.L'avantage important de cette méthode est que la charge n'est pas enlevée de la ligne.Evidemment, le pourcentage de régulation ne sera pas le même qu’auparavant.Il va dépendre des intensités relatives dos courants de la charge et des condensateurs synchrones.Dans les conditions idéales, c'est-à-dire, si la tempête se produit à une température telle que le courant des condensateurs synchrones est juste suffisant pour neutraliser le courant réactif (reactive current) de la charge, le facteur de puissance sera remonté à la valeur unité, et le pourcentage de régulation sera grandement amélioré.Il arrivera même que le facteur de puissance passera, par 1 Résultats de recherches faites par l'auteur en coopération avec M.K.H.Lipi >itt au Mass.Inst, of Technology, en 1934.Causerie donnée au Cercle l niver-sitaire, devant l’Association des Anciens Élèves de l'Ecole Polytechnique, le ¦27 février 1935. 18S REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE exemple, de .8 “lagging” à .0 ou .S “leading", si le courant des condensateurs est assez grand.Dans ce cas, le pourcentage de régulation ne sera guère ou pas du tout amélioré.Le plus grand avantage de cette méthode est l'élimination de tout danger de bris des fils ou des tours, ce qui est un item économique important.11 s'agit de savoir si ces avantages justifient l'installation et les dépenses d’entretien des condensateurs synchrones.Ce procédé a été très peu étudié.Et avant de savoir lequel des deux procédés énoncés plus haut est le plus économique, il faut déterminer le courant nécessaire pour maintenir les cables à 33° F., dans les conditions atmosphériques les plus diverses.C’est sur ce point que la recherche a porté.Les statistiques du bureau météorologique des États-Unis montrent que le verglas ne se forme pas à une température inférieure à (i° Cent, au-dessous de zéro.1 a: but de la recherche est donc de déterminer l’énergie qu'il faut envoyer dans la ligne pour produire une élévation de température de 6° ou 7° Cent, dans l'air tranquille et aussi dans le vent.Cette énergie dépend en premier lieu des dimensions des câbles et varie, comme je l'ai dit tantôt, avec les conditions atmosphériques.Des expériences ont déjà été faites, en suspendant 100 pieds de câble à l'extérieur et en prenant des mesures de l'élévation de température, de vitesse de vent et d’énergie nécessaire pour produire cette élévation de température.Les résultats n'étaient guère concluants, la principale source d’erreurs provenant de la grande difficulté à mesurer avec précision la vitesse du vent qui peut varier beaucoup sur une longueur de 100 pieds.Néanmoins, une formule approximative fut établie par MM.Schurig& Frick.La voici, telle qu'elle apparaît dans la revue “General Electric Review”, Mars 1930, page 141.f 8.18 R I- 10“4 0 = - /' s! ni mis m;\ ri TH I M I THI ! LU < A \ \ 1)1 I \ \ I i l\V * ! \ • ¦ 1 Xi311** 1 \VW** *i vP^j l’i'.Utl I I.a pilot (!n i 1111 Un il ici.l’oui' ol.t cuir île lu résultats, - luiiii'iiciir appréeialile du rfilile.I.’arraujte-lc placer Cri pici|~ de câlilc dan- le tunnel.•I maintenue perpendiculaire à la direction tall t* dans la cri ioll (I l il fallait opérer ail'te (il < 'et ii m niii ipwi,niifniTui, l: ; n« ¦nliifTWiri- 1 ii .wawiiwte "•~~.—1 * &• l'mriti.1 Jl \
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