La revue trimestrielle canadienne, 1 janvier 1934, Décembre
iOème année No 80 Montreal Décembre 1934 if in i ; ¦v'noNA/,E Revue Trimestrielle Canadienne Art de l’ingénieur—Economie politique et sociale—Mathématiques Législation—Histoire—Statistique—Architecture —Sciences Hygiène—Industrie—Forêts—Finances—Transports.SOMMAIRE Pages 341— I.Quelques considérations sur l’enseignement et l’éducation.Eslof patenaude 348— h.Le premier Parlement canadien de 1657.Gustave lanctot 359— III.L’Evolution du commerce du charbon anthracite dans la province de Québec.pierre-Paul vinet 371 _ IV.Dirigée ou Réglementée.Arthur SAINT-PIERRE 376— V.Les Réactions dans les systèmes solides métalliques.André HONE 392— VI.L’Habitat rural.Benoît brouillette 400— VII.Les Transformations de la langue et des institutions juridiques.Léon GÉRIN 413-—VIII.Notre Bilan-Vie.L-a.BAUDOUIN 444 — IX.Revue des Livres.450— X.Vie de l’École et de l’Association.ASSOCIATION DES ANCIENS ÉLÈVES ÉCOLE POLYTECHNIQUE MONTRÉAL COMITE DE DIRECTION Président: M.l’abbé Olivier Maurault, p.s.s., Recteur- de l’Universitc de Montréal.Membres: MM.Aurélien Royer, Principal de l’Ecole Polytechnique.Augustin Frigon, Directeur de l’École Polytechnique.Ivan-E.Vallée, Sous-Ministre, Département des Travaux Publics de la Province de Québec.Victor Doré, Président de la Commission des Écoles Catholiques de Montréal.Léon-Mercier Gouin, Avocat.Théo-J.Lafrenière, Professeur à l’École Polytechnique.Olivier Lefebvre, Ingénieur en chef, Commission des Eaux courantes.Edouard Montfetit, Professeur à l’Université de Montréal.Antonio Perrault, Professeur à l’Université de Montréal.Arthur Surveyer, Ingénieur Conseil.L.Brunotto, Bibliothécaire de l'École Polytechnique.Armand Circé, Professeur à l’École Polytechnique, Secrétaire de l’Association des Anciens Elèves.COMITÉ D’ADMINISTRATION ET DE RÉDACTION President: Arthur Surveyer Membres: MM.Édouard Montfetit, Augustin Frigon, Olivier Maurault, Théo-J.Lafrenière, Antonio Perrault, Olivier Lefebvre., Léon-Mercier Gouin.Rédacteur en chef: Édouard Montfetit.Secrétaire de la rédaction: Léon-Mercier Gouin.Secrétaire Général: Augustin Frigon.Trésorier: Aurélien Boyer.PRIX DE L’ABONNEMENT ANNUEL Le Canada et les États-Unis $3.00 — Le numéro .75 cents Tous les autres pays $4.00 — Le numéro $1.00 La Revue Trimestrielle Canadienne parait quatre fois l’an: en mars, juin, septembre décembre.La Revue est accessible à la collaboration de tous les publicistes, spécialistes et hommes de profession; mais la Direction n’entend pas par l’insertion des articles assumer la responsabilité des idées émises.Tous les articles insérés donnent droit à une indemnité calculée par page de texte imprimée ou de graphiques.Les manuscrits ne seront pas rendus.La reproduction des articles publiés par la Revue est autorisée, à la condition de citer la source d’où ces articles proviennent et de faire tenir un exemplaire à la Revue.Il sera rendu compte de tout ouvrage dont il aura été envoyé un exemplaire à la Rédaction.Adresser toute communication pour les abonnements, publicité, collaboration etc.directement à: La Revue Trimestrielle Canadienne 1430, rue Saint-Denis.LAncaster 9208.MONTREAL REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE 1 TOUT LE MONDE A BESOIN D'ARGENT Il y a des dépenses prévues: instruction, assurances, vacances, souscriptions, cadeaux.Mais il y a aussi des dépenses imprévues: maladie, accidents, revers, voyages, occasions diverses.Xe vous laissez pas prendre au dépourvu.Quoi (pie vous ayez, dépensez moins.X'e dissippez pas vos ressources.Le superflu d'aujourd’hui sera peut-être le nécessaire de demain.Mettez de l’argent de côté régulièrement.Ouvrez un compte d’épargne à la BANQUE CANADIENNE NATIONALE Actif, plus de 8120,000,000 55.1 BUREAUX AU CANADA RENDEZ-LUI VISITE Pour une question cle droit, vous consultez un avocat, pour la médecine ou la chirurgie, vous consultez un médecin ou un chirurgien.Dans le domaine de la construction, vous vous adressez à un k constructeur de carrière.Lorsqu’il s’agit de la manipulation de ] l’argent, du placement de votre argent, pourquoi ne pas vous tourner vers un spécialiste qui vous fournira, au meilleur de sa connaissance, mais toujours impartialement.les renseignements que vous recherchez?Comptez sur la discrétion, sur la franchise.4a courtoisie du gérant de notre banque.Rendez visite au gérant de notre succursale la plus rapprochée si vous n’êtes pas déià au nombre de nos clients.LA BANQUE PROVINCIALE DU CANADA S.J.B.ROLLAND, Président.Chs-A.ROY, Gérant Général. II REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE L’UNIVERSITE de MONTREAL Comprend les facultés et écoles suivantes : FACULTES THEOLOGIE * DROIT MÉDECINE ' PHILOSOPHIE ' LETTRES SCIENCES CHIRURGIE DENTAIRE CCCLES PHARMACIE - SCIENCES SOCIALES POLYTECHNIQUE - INSTITUT AGRICOLE D'OKA ECOLE DES HAUTES ÉTUDES COMMERCIALES OPTOMÉTRIE - MÉDECINE VÉTÉRINAIRE HYGIÈNE SOCIALE APPLIQUÉE TOURISME | .?Pour tous renseignements, s'adresser au Secrétariat général 1265, rue St-Denis Montréal REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE III Ecole des Hautes Etudes Commerciales Affiliée a l’Université de Montréal Préparant aux Situations Supérieures du Commerce, de l'Industrie et de la Finance.Bibliothèque Economique.Musée Commercial et Industriel.Décerne les diplômes de Bachelier en sciences commerciales, Licencié en sciences commerciales, de Docteur en sciences commerciales, et Licencié en sciences comptables.Ce dernier diplôme donne droit d’admission dans l’Association des comptables agréés de la province de Québec (C.A.).l’Institut des comptables et auditeurs de la province de Québec (L.I.C.) et la Corporation des comptables publics de la province de Québec (C.P.A.) BOURSES DU GOUVERNEMENT Cours spéciaux réservés aux avocats, aux notaires et aux ingénieurs.COURS LIBRES DU SOIR : comptabilité théorique et pratique, opérations de banque, opérations d’assurance, correspondance anglaise et française, mathématiques financières, économie politique, droit civil, droit commercial, langues étrangères: italien, espagnol, allemand.Cours spéciaux, préparatoires à la Licence en sciences comptables.COURS PAR CORRESPONDANCE : comptabilité, français et anglais commercial, économie politique, droit civil, droit commercial, algèbre, etc.Pour tous renseignements, brochures, prospectus, inscriptions, etc., s’adresser au directeur: Coin avenue Viger et rue St-Hubert, MONTREAL IV REVÜE TRIMESTRIELLE CANADIENNE ECOLE POLYTECHNIQUE I) E M O N T R É A L FONDÉE EN 1S7.Î TRAVAUX PUBLICS - INDUSTRIE Toutes les Branches du Génie PRINCIPAUX COURS: Mathématiques Chimie Dessin Electricité Minéralogie Arpentage Mines Machines Thermiques Constructions Civiles Génie Sanitaire Hygiène Physique Descriptive Mécanique Hydraulique Géologie Géodésie Métallurgie Travaux Publics Chemins de fer Chimie Industrielle Economie Industrielle Laboratoires de Recherches et d’Essais, 1430 rue Saint-Denis, Montréal.TÉLÉPHONES:— Administration:— LAncaster 9207 Laboratoire Provincial des Mines:— LAncaster 7SS0 P RO S P PC T US S U R DEMANDE VOYI.Z LA LIS IL !)L NOS AWONOLl RS A LA PACiL XI Revue Trimestrielle Canadienne Art de l'ingénieur—Economie politique et sociale —Mathématiques Législation—Histoire—Statistique—Architecture—Sciences Hygiène—Industrie—Forêts—Finances—Transports.Volume XX Mars—Juin—Septembre—Décembre 1934 ASSOCIATION DES ANCIENS ÉLÈVES ÉCOLE POLYTECHNIQUE MONTRÉAL TABLE DES MATIERES VOLUME XX Architecture.L'Idéal et l’Ascèse de l'Art chrétien, par Frère Paul Bellot, o.s.n.1 L'Avenir de l’architecture religieuse, canadienne, par Emile Venue 109 Art de l’ingénieur.L’Évolution de la construction des ponts, par Jacques Itabut.07 La Télévision (suite), par Jean-Charles Bernier et Fernand Leblanc.04 Recherches sur la paille comprimée, par Louis Bourgoin et Laurier Belleville.131 Les Tarots, fléau des constructions maritimes, par Georges Préfontaine 244 Etude des facteurs qui ont déterminé la localisation de l'industrie à Montréal, par Gérald Martin.297 L'Evolution du commerce du charbon anthracite dans la province de Québec, par Pierre-Paul Vinet .359 Les Réactions dans les systèmes solides métalliques, par André Hone.370 Économie politique et sociale.Le Plan Roosevelt, par Arthur ,Surveyor.12 Fn pays neuf: l’Ouest canadien, par Rodolphe Laplante.95 La Famille canadicnne-franraise par Leon Gérin.113 L'Avenir de la Jeunesse libérale ou non, par Paul Gouin.14s L'École d’Hvgiène sociale appliquée de l'Université de Montréal, par le Dr J.-A.Baudouin.190 La Paroisse canadienne-française sur la rive nord du lac Saint-Pierre.par Léon Gérin.225 La Réserve québécoise, par Georges Langlois.203 Étude des facteurs qui ont déterminé la localisation de l'industrie à Montréal, par Gérald Martin.297 Le premier Parlement canadien de 1057, par Gustave Lanctôt.34N L’Evolution du commerce du charbon anthracite dans la province de Québec, par Pierre-Paul Vinet.359 Dirigée ou Réglementée, par Arthur Saint-Pierre.371 L'Habitat rural, par Benoît Brouillette.392 Les Transformations de la langue et des institutions juridiques, par Léon Gérin.400 Notre Iiilan-vie.par le Dr J.-A.Baudouin.113 Enseignement.Dix ans après, par Frère Marie-Victorin, f.k.c.20 Les Instituts de géographie en France, par Benoît Brouillette.73 La tour de la faim: l'Université de Montréal, par Georges Rousseau.ISO Quelques considérations sur l'enseignement et l’éducation, par Esiof Patcnaude.311 IV TABLE DES MATIÈRES Géographie.Los Instituts de géographie en France, par Benoit Brouillette.73 L'IIabitat rural, par Benoît Brouillette.392 Histoire.L'Évolution de la construction des ponts, par Jacques Ilabut.37 La Réserve québécoise, par Georges Langlois.2(53 Le premier Parlement canadien, par Gustave Lanctôt.34S Les Transformations de la langue et institutions juridiques, par Léon Gérin.400 Mathématiques.Ktudc analytique des projections, par Jules Poivert .52 Médecine.Aspects chimiques du génie de Schumann, par Jean Saucier.283 L'École d'IIygiène sociale appliquée, par J.-A.Baudouin.196 .Votre Bilan-vie, par J.-A.Baudouin.413 Sciences.Dix ans après, par Frère Mûrie-Victoria.r.E.c.26 La Télévision, par Jean-Charles Bernier et Fernand Leblanc.04 Les Instituts de géographie en France, par Benoît Brouillette.73 Recherches sur la paille comprimée, par Louis Bourgoin et Laurier Belleville.131 lx's Tarots, fléau des constructions maritimes, par Georges Préfontaine 244 Les Réactions dans les systèmes solides métalliques, par André Ilone 376 Revue des Livres.Pages.100, 212, 336 et 444 Vie de l'École et de l’Association.Pages .103, 222 et 450 Revue Trimestrielle Canadienne MONTRÉAL ‘DECEMBRE 1934 QUELQUES CONSIDÉRATIONS SUR L’ENSEIGNEMENT ET L’ÉDUCATION (') Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, Laissez-moi vous assurer tout de suite que je n’apporte ici aucune prétention.Ce qui nie ramène dans ce milieu si distingué, ce n’est pas tant l’ambition de projeter de nouvelles lumières dans des esprits déjà éclairés que le charme d’une conversât ion en famille, à ce foyer de vie universitaire.L’enseignement et l’éducation sont les premières préoccupations de vos esprits.Et vous m’avez demandé si je ne viendrais pas en causer avec vous et vous communiquer quelques-unes des considérations que me suggèrent, à leur propos, mes études, mes réflexions et ma modeste expérience.Nullement spécialiste en cette matière, j’ai éprouvé de l’hésitation.Si je me suis rendu à votre désir c’est que l’enseignement et la formation de notre jeunesse sont des questions qui m’ont toujours intéressé, comme vous tous, très vivement.Quels que soient nos labeurs, nous nous retrouvons, dans le plan universitaire, éclairés par les principes généraux qui rattachent toutes les sciences et tous les arts, animés aussi par le même idéal de progrès dans la vérité, le beau et le bien.C’est donc dans cette communauté de vue et d’ambition que vous trouverez la raison de mon acceptation, de mon désir d’être utile et de servir la cause si importante de l’éducation.Nous tâcherons, si vous le voulez bien, d’apercevoir clairement la nature et l’importance de l'enseignement éducateur.Nous jetterons un rapide coup d’reil sur son évolution à travers les âges et sur les fruits qu’il a portés.Puis, après une brève analyse de l’état ; Conférence faite devant les membres du Cercle l'hiwrsituirc le 27 octobre 10M I. REVUK TRIMESTRIELLE ( A.\ AD1E.NNE :!I2 présent .lu monde ci plus particulièrement de noire situation, non tirerons les conclusions qui paraissent s'imposer.X.vitre ni: i.’k\si:iK 16.57 349 leurs par une banqueroute aussi complète que celle des coopératives agricoles de l’Ouest.De plus, nos ancêtres ont même devancé le système soviétique en élisant, sous les instructions de Maisonneuve, leurs officiers de milice à Montréal en 1664.Ils ont également précédé les Américains, qui s’imaginent avoir inventé le système de l’élection des juges par le _ 'c: car, en 1665, les citoyens de Mont- réal élisaient au scrutin cinq juges de police, et les citoyens de Québec, en 1673, nommaient trois éehevins avec attributions judiciaires.Avec un peu moins de réclame que nos contemporains, nos ancêtres étaient, certes, sur le plan de leur petite colonie, d’audacieux précurseurs qui ont eu de remarquables initiatives.11 est vrai que ces innovations ont dû disparaître devant la volonté royale, mais le mérite leur reste quand même d’avoir inauguré, il y a trois siècles, des institutions (pii passent de nos jours pour des nouveautés extraordinaires.Aujourd’hui, je voudrais simplement leur restituer un autre titre de gloire: celui d’avoir fondé le premier parlement canadien en 1657.Remarquez bien la date, 1657, soit cent trente-cinq ans avant le premier parlement du ( 'anada britannique, qui est de 1792.La date en est tellement renversante que de savants professeurs ont cru que ce millénaire représentait une erreur typographique.Mais non, c’est bien exact, 1657.Evidemment, il ne s’agit pas ici d’un parlement à l’anglaise avec tous ses rouages modernes, mais l’institution de 1657, malgré son nom de conseil, possède réellement l’essence même du régime parlementaire, c’est-à-dire l’élection, par le peuple, de députés qui votent les lois et règlent la finance du pays.Et c’est exactement ce que fut le conseil de Québec de 1657, un parlement au petit pied, le premier en terre canadienne.Cette création, extraordinaire dans une colonie française, ne sortit pas tout d’une pièce d’une législation spéciale.On y parvint par degré et par évolution, exactement comme dans le cas du Parlement anglais.Il nous faut, pour comprendre et situer ce conseil-parlement, retracer brièvement le début et l’évolution de cette institution.Replaçons-nous, d’abord, dans le cadre de la période.Nous sommes au milieu du dix-septième siècle, en 1645.La Nouvelle-France n’existe, en fait, que depuis douze ans avec le retour de Champlain.Elle se compose de trois petites places: Québec et ses environs avec 400 âmes, Montréal avec peut-être 60 personnes et les Trois-Rivières avec, au plus, 100 habitants.La population 23 I!K V t' K TRIM ESTIt i ELLK < A\ A 1)1 L.\.\ 1 totale clc la colonic doit se chiffrer entre 500 à GOO habitants.Depuis IG2/, le pays appartient à la Compagnie de la X'ouvelle-France, en toute propriété, sous condition de le peupler et d’en solder toute !;i dépensé publique, hile fait a son gré la concession des terres et détient le monopole des fourrures et du commerce dans le pays.Le .'cul fonctionnaire royal est le gouverneur que le roi choisit parmi trois personnes désignées par les Cent-Associés: il commande les troupe.', négocié avec les Indiens, entend les procès en dernier ressort avec appel au conseil du roi; finalement, il règle, par des ordonnances, la police du pays d’accord avec la compagnie.Voilà la situation politique.financièrement, la compagnie est ruinée depuis 1632 à la suite de la capture de s-s flottes, en 2S et en 29, par les Anglais.Elle a dû passer la main à des compagnies particulières qui, en échange du monopole de la traite, remplissent toutes les obligations financières de la compagnie mère.A la suite de fortes pertes, la seconde compa-unic part iculiere refusa de renouveler son cont rat et les Cent-Associés durent, en 1641, reprendre l’exploitation de leurs privilèges.Or, il aiii\a que, pendant trois ans de suite, ils réalisèrent d'importants bénéfices.< est alors, en 1044, que Pierre LeCardettr de Repentigny et Xoèl Juchercau des ( hâtelets eurent une première idée de génie: celle de fonder pour la t faite des fourrures une compagnie canadienne 'pii prendrait la place de la compagnie française, et une seconde idée, l’Iu- moderne, celle de la fonder avec le capital d’autrui en vertu de 1 axiome: les affaires, c’est l’argent des autres.Faisant miroiter devant les veux éblouis de leurs concitoyens la perspective de gros profits, les deux promoteurs n’eurent aucune difficulté à trouver des associés.Combinaison ingénieuse, ils invitèrent à les joindre tous les habitants chefs de famille, ce (pii leur permit, excellente trouvaille au point de vue des autorités, de s’attribuer le nom de Communauté des Habitants de la Xoun Ile-France.Ils devenaient ainsi les représentants de la colonie, parlant au nom de tout le pays.fait excessivement curieux, surtout dans une petite colonie où la pénurie de fortune et la médiocrité de la noblesse auraient dû niveler les rangs devant la similitude de l’existence et la nécessité 'le l’interdépendance, la nouvelle société mettait à la base de son organisation non seulement l’inégalité des classes, mais aussi celle des profits.Ainsi la Compagnie ou communauté des habitants se divisait en trois classes: les principaux citoyens formant la première; IJ.PREMIER PARLEMENT CANADIEN DE 1657 351 les médiocres, la seconde; et ‘‘le commun du reste des habitants” la troisième.Les profits de la traite devaient se partager en parts égales aux membres d’une même classe, mais en portions inégales entre les différentes classes.L’assignation des habitants aux différentes classes, ainsi que la proportion de profit de chaque classe, devait être fixée par le gouverneur, le supérieur des Jésuites et quelques citoyens mandés en consultation; tous les quatre ans, on pouvait réassigner les citoyens à la classe convenant à leur situation du moment.J ans affaires de la Communauté étaient entre les mains de directeurs élus par les habitants.Ht voici que les citoyens de Québec avaient inventé, il y a trois siècles, un système de gouvernement coopératif.Je dis bien gouvernement, car, en se substituant à la Compagnie de la Nouvelle-France, c’est réellement une partie de l’administration du pays que prenait en main la nouvelle organisai ion.Avant d’aller plus loin, il convient peut-être d’inscrire dans l’histoire les noms des personnages qui furent les promoteurs de la Communauté des Habitants, en notant qu’ils sont tous de Québec.Ce sont, avec les titres qu’ils recevront bientôt, Pierre Le (lardeur de Repcntigny, amiral de la flotte, Noël Juchcrcau, sieur des Châtelets, commis général, François de Chavigny, Jacques Le Neuf de la Potherie, Michel Le Neuf du Hérisson, qui appartiennent à la noblesse, Jean Paul Godefroy, Jean Bourdon et Robert Giffard, qu’on peut ranger dans la bourgeoisie, et Mathurin Gagnon, Guillaume Couillard et Jean Guyon, qui comptent parmi les terriens du tiers état.Le projet de ces promoteurs était audacieux.Tout leur capital liquide, avec celui des habitants du pays, aurait pu facilement tenir dans un bas de laine de petite dimension.Mais là n’était pas la plus grande difficulté, puisqu’ils comptaient sur l’argent des autres: la difficulté était de faire accepter le projet par la cour, où la Compagnie de lu Nouvelle-France exerçait, surtout par Jean île Lauzon, intendant pour la Colonie, une très forte influence.Mais Le Gardeur de Repcntigny qui fut délégué en France pour exposer le projet était un habile homme: mieux que tout autre, il savait manier les mots, jouer avec les chiffres et capter l’imagination de l’auditeur.11 fit des merveilles, mais surtout il possédait des alliés précieux et puissants qui n’étaient rien moins que les pères jésuites.Ce sont eux qui ont fait réussir la combinaison.Ils l’ont, d’ailleurs, admis en toutes lettres.Si vous ouvrez le .fourni iles Jésuite*, vous y trouverez cette phrase lumineuse: “Au mois RKVt'K TRIMKSTRIKLLK CAXADIEXXK 3.52 (l’août arrivèrent einci vaisseaux, dont Mons.de Repentigny était l’amiral.La nouvelle principale qu’ils apportèrent fut que Messieurs de la Compagnie Générale avaient cédé la traite aux Habitants, moyennant certaines conditions portées par leurs conventions, qui sont dans nos archives;” et le Journal ajoute: “Cela s’est fait oriente regina ci nobis impellentibus”.“Cela s’est fait grâce à l’action de la reine et sous notre impulsion”.Comme résultat de ces démarches, un accord fut conclu entre la Compagnie de la Nouvelle-France et la Communauté des Habitants, qui fut ratifié par un arrêt du roi du 6 mars 1645.Laissant à la Compagnie son titre de propriété avec droit de choisir le gouverneur, de nommer les juges et de distribuer les terres, le traité transportait à la Communauté le monopole des fourrures et du commerce.Sous condition de payer annuellement mille castors assortis à l’ancienne compagnie et de solder toutes les dépenses de la colonie, elle obtenait le privilège de faire seule, à l’exclusion de tout autre, et do réglementer à son gré la traite des fourrures et l’importation des marchandises d’Europe, avec liberté de fixer et de gérer le budget de l’administration.C'était un excellent début: la suite le dépassa.De Repontignv emprunta, en France, des sommes imposantes pour lancer l’entreprise et revint au pays avec cinq vaisseaux aux cales bondées de marchandises.Il s’v trouva à temps pour rencontrer 60 canots luirons chargés à couler de 20,000 livres de belles fourrures.La Compagnie des Habitants rafla le tout, ce qui lui procura une vente en France de 200,000 francs, l’équivalent de §200,000 d’aujourd’hui avec probablement un profit net de §60,000.Ce fut un éblouissement: jamais tant d’argent n’avait circulé dans le pays.Mais au lieu de commencer le remboursement du capital emprunté, on distribua des profits.Furent-ils partagés entre les trois classes selon le plan original, on l’ignore; du moins, on sait (pie les uns reçurent beaucoup plus (pie les autres, et les protestations furent violentes.L’année suivante, la traite fut encore plus fructueuse.Tout à fait à l’américaine, les membres du comité se votèrent de magnifiques allocations, mais Maisonneuve, qui représentait Montréal dans le bureau de direction, refusa de signer la résolution, et les gratifications restèrent sur la table.Cette fois, les protestations allèrent jusqu’à Paris.Pour remédier aux extravagances, le roi, mettant de côté le bureau des directeurs, créa en 1647 un conseil de régie composé du gouverneur général, du supérieur des Jésuites et du gouverneur de Montréal, U: PREMIER I'AHLE.MEXT CAN ADI EX DE 1657 353 avec pouvoir de réglementer le commerce et la police du pays.A ce conseil de Québec, trois syndics élus au scrutin par les habitants de Québec, des Trois-Rivières et de Montréal, avaient droit de séance, mais sans droit de vote, afin de représenter les intérêts de leurs commettants.C’était un premier pas important: l’entrée au conseil des représentants du peuple lui-même, quoique dans la modeste condition de simple porte-parole.Jusque-là, seule la communauté pouvait, par ses commis, faire le commerce des fourrures.Par le nouvel arrêt, le roi accordait la liberté de la traite à tous les colons, mais à la condition obligatoire d’apporter aux magasins de la communauté les peaux achetées des Sauvages et d’accepter en retour le prix fixé par le conseil, ("était, en somme, le cartel de la fourrure, recrutant ses membres par tout le pays, faisant seul les achats et la vente en France et distribuant les profits aux membres actifs de la Communauté.Composé de Montmagny, de Maisonneuve et du P.Jérôme Calcinant, le Conseil de Québec de 1047 était une innovation énorme; car il transférait de France en Canada le siège d’une partie essentielle de l’administration: la finance et le commerce.Eliminés par l’arrêt de 1647, les anciens directeurs ne se tinrent pas pour battus.Ils envoyèrent en délégation auprès de la cour Juchereau et d’Ailleboust, qui réussirent, sans doute grâce encore au nobis impcllcnlibus des Jésuites, à faire édicter un nouvel arrêt, en date du 5 mars 1648.A l’avenir, décrète cet arrêt, le conseil se composera du gouverneur général, de l’ancien gouverneur, s’il reste au pays, du supérieur des Jésuites et de deux conseillers élus par les conseillers permanents, en présence des trois syndics de la colonie.Pour la première année, le roi nomma lui-même les conseillers, Chavignv, Godefroy et Gifïard.Et voici une seconde étape: l’administration, déjà transférée de Paris à Québec, se trouve maintenant, en partie, entre les mains du peuple en la personne des deux habitants du pays, choisis par les conseillers permanents.Sur ces entrefaites, d’Ailleboust étant nommé gouverneur, l’ancien bureau de direction se trouve du coup à reprendre le pouvoir.Cependant, l’influence qui domine le conseil est celle des Jésuites, comme le fait voir une décision des conseillers, en date du 29 octobre 1650, qui décrète ceci: ‘'Quiconque est chargé des affaires de la Communauté aura ordre de ne rien faire dans la poursuite et détermination des affaires, dans l’emprunt des deniers et quoique ce soit d’importance, sinon par l’advis, ordre et direction du R.Père Iliérosme Lalemant”. UK vri TRIM KSTR1 K U.K I ' A X A DI K \ X I- 154 Comme le père Lalemant quitta Québec, le 2 novembre, cette résolution semble avoir eu pour but de l’autoriser à diriger les affaires de la Communauté en France.Au conseil, le nouveau supérieur, le père Ragueneau prit sa place.Dans une sphère où il semble déplacé, il se révéla plus remuant qu’expérimenté, s’attirant du Père Poneet, son confrère, le dur reproche que voici: “Le P.Ragueneau se mêle trop des affaires du gouvernement dont il n’a aucune notion”.Kn tout cas, les affaires de la Communauté ne maintinrent pas longtemps leur prospérité du début.De plus, la liberté du commerce engendra une.concurrence effrénée qui ruinait les plus faibles et affaiblissait les plus forts.Puis survinrent, dès 1650, les invasions des Iroquois.Après avoir dispersé les Murons, ces ennemis acharnés inaugurent une guérilla incessante contre la colonie.( "est une guerre purement économique, dont on a eu tort de f.aire remonter le blâme jusqu’à Champlain, guerre économique et défensive, diraient les nationalistes d’aujourd’hui, dont le but est d’éliminer les Français en train de ruiner le rôle d’intermédiaires que tiennent les Iroquois entre les Européens du littoral et les Indiens de l’intérieur.Les résultats en furent désastreux: les Indiens de l'Ouest n’osèrent plus descendre l’Ottawa avec leurs fourrures.Il ne resta plus que la traite, infiniment moins importante, par voie des Trois-Rivières et du Saguenay.Les revenus baissèrent rapidement, pendant que les dépenses augmentaient par suite de l’état de guerre.Dès 1653, la Communauté cessa de payer à la Compagnie de la Xouvellc-France sa.redevance de 1000 peaux de castor et, en 1655, elle obtint du roi un moratoire fie cinq ans pour ses dettes.Cette fois, la Compagnie de la Xouvelle-France décide d’intervenir auprès du roi.Déclarant qu’il importe de mettre réellement la traite, non entre les mains des directeurs, mais de la communauté elle-même, elle obtient du roi l’arrêt de mars 1657.C’est le plus important de tous, car il établit en Canada un conseil qui est en fait un parlement au petit pied avec tics représentants élus par le peuple.Etape définitive, c’est le gouvernement représentatif qui pénètre dans la colonie.Par cet arrêt de 1657, le conseil se compose du gouverneur, nommé par le roi, d’un directeur de traite, nommé par la Compagnie de la Xouvelle-France et, voici la grande nouveauté, de quatre conseillers, deux pour Québec, un pour Montréal et un pour les Trois-Rivières, lesquels conseillers sont élus à la pluralité des voix, LK PREMIER PARLEMENT CANADIEN DE J 057 355 avec liberté de suffrage, par les habitants de ces trois et seuls bourgs du pays.Véritables députés, ce s conseillers sont élus pour deux ans au scrutin ouvert, chaque électeur étant libre de proposer le candidat qui lui plaît.Cette représentation est remarquablement satisfaisante, puisqu’il y a un député par 400 habitants.Les attributions de ce parlement qui, tout rudimentaire qu’il est, applique le principe du gouvernement représentatif, étaient considérables.Relevaient de lui toutes les matières concernant la traite, — organisation et règlementation, toutes les questions d’impôt et de taxe, toutes les dépenses ordinaires et extraordinaires, excepté les charges fixées par les règlements précédents qui devenaient pour ainsi dire statutaires.Kn somme, nous avons bien là l’essentiel d’un parlement et du gouvernement représentatif: des députés élus par le peuple qui administrent le pays.A ce moment, c’est ce qui rend cette création absolument unique et remarquable, la Nouvelle-France ne forme qu’une petite colonie dont la population m'atteint pas 2,000 âmes, et dont Québec, la capitale, compte à peine 500 habitants, lit cette colonie appartient à une métropole, la France, qui ne possède aucun système de représentation populaire, mais qui vit, au contraire, Sous le régime d’une monarchie absolue.A l’époque où Louis XIV, en costume de chasse, défendait à la cour du Parlement de Paris de discuter toutes questions politiques, les simples colons du ( 'anadu élisaient des députés qui réglementaient toute l’administration financière et commerciale du pays.( ’’est une des surprises les plus curieuses, non seulement de l’histoire du Canada, mais même de l’histoire de France.Comme les registres du Conseil de Québec ont été détruits dans l'incendie du palais de l’intendant en 1713, il nous est malheureusement impossible de connaître en détail son fonctionnement et la procédure qu'on y suivait.Nous savons, cependant, que le conseil se réunissait le matin à neuf heures, et que le gouverneur le présidait, assisté d’un secrétaire; deux membres constituaient le quorum et, au cas d’égalité des voix, le gouverneur décidait par son vote.Au point de vue des honneurs, les membres du conseil avaient, comme nos députés, préséance dans les réunions publiques; même dans les cérémonies religieuses, ils venaient immédiatement après le clergé.Les conseillers-députés ne recevaient aucun traitement, mais le secrétaire touchait 300 livres par an, plus 30 livres pour son bureau: et le loyer de la salle coûtait .50 livres par an, ce qui peut représenter $50 d’aujourd’hui. K K V ( ’ K TH IM ESTRI ELI.K ( AX ADI E XXI 356 Les décisions du conseil prenaient le nom d’arrêts, d’ordonnances ou de règlements.Ils étaient signés parfois par tous les conseillers, quelquefois par le gouverneur et le secrétaire dans le cas d’ordonnances, et par le secrétaire seul dans le cas des arrêts.Quant aux fonct ions du conseil, elles couvraient un champ considérable: en premier lieu, il réglementait tout le domaine de la traite; il décidait où et quand, par qui et comment devait se faire l’échange des fourrures; il pouvait rendre la traite libre à tous les haletants ou concéder à forfait des monopoles de traite régionale, comme à I adôussae; il fixait meme je prix d’achat des fourrures, prix qui était obligatoire.Ainsi un arrêt du 5 juillet 1G59 décrète que le prix du castor sera réduit à la moitié du prix de l’année précédente.Le conseil pouvait encore édicter des règlements, en définitive, de véritables lois, qui frappaient les délinquants d’amende, de confiscation, d’emprisonnement ou même de bannissement.Un arrêt du 7 octobre 164S déclare que toutes personnes de quelque qualité qu’elles soient, ayant diverti ou détourné du castor, payeront une amende de 30 livres par castor, outre le prix courant desdits castors, et seront privées de leur charge pendant cinq ans.Quant à ceux qui feront la contrebande des fourrures, ils seront bannis du pays "comme voleurs publics’’, et leurs biens seront confisqués, dont la moitié ira au dénonciateur et l’autre moitié restera à la disposition du conseil.De plus, comme au début, la Communauté avait le monopole du commerce avec la France, le conseil était encore libre de le réglementer.Ainsi les navires ne pouvaient faire le voyage entre le France et le Canada qu’avec sa permission et sous ses conditions.Par exemple, le conseil permet à François Perron, marchand de la Rochelle, de faire venir un navire à Québec avec des marchandises, mais il devra se soumettre à la visite de son navire, à cause des fourrures; de plus, il devra passer de France au Canada un homme de travail par tonneau de capacité de son navire, au coût de trente livres par homme.Quant aux marchandises qui arrivent de France, le conseil on fixe aussi le prix: un arrêt du 13 septembre 1654 décrète, sous peine d’amende, non seulement que l’eau-de-vie ne pourra se vendre à plus haut prix que quarante sols le pot, mais aussi qu’on ne pourra vendre le vin à plus de sept sous le pot au-dessus de son prix d’achat.Ainsi on fixait, non seulement le prix de vente, mais même le taux du profit.Allant encore plus loin, suivant l’exemple du roi, le Conseil LE PREMIER PARLEMENT CANADIEN DE 1657 357 de Québec pouvait encore fixer la valeur de la monnaie dans le pays.En 1661, pour empêcher la sortie du numéraire, le conseil fait de l’inflation monétaire et décrète que les quarts d’écu vaudront, non plus vingt, mais vingt-quatre sols, et que les autres pièces d’or et d’argent augmenteront dans la même proportion.Quant au budget de la colonie, toute la dépense publique relevait du conseil: traitements des gouverneurs, des juges et des fonctionnaires, allocations au clergé régulier et séculier, maintien des hôpitaux, assistance publique, entretien des forts, solde des troupes, présents aux Iroquois et autres dépenses ordinaires et extraordinaires.Ce budget, qui variait légèrement d’une année a l’autre, oscillait entre un minimum de 40,000 livres, environ 540,000 d’aujourd’hui, et un maximum de 60,000 livres, environ 560,000 de notre monnaie, t'e budget est celui de l’administration publique: il ne comprend pas les dépenses particulières de la Communauté pour l’exploitation de son monopole de traite.Une attribution des plus étonnantes du conseil était son pouvoir d’établir et de percevoir des impôts.De fait, sur lui retombe la responsabilité d’avoir introduit en Canada ce monstre qui s’appelle la taxe.C’est en 1652, pour faire face à la baisse des affaires, qu’il frappa d’un droit fie 50% la traite des fourrures, droit fini s’appelait le droit de la moitié des castors.Sur toute quantité de castors apportée aux magasins, la moitié seulement était payée, l’autre moitié restait à la communauté par droit d’impôt.C’était évidemment une charge exorbitante.Dès l’année suivante, sur reclamations des syndics, le droit fut réduit au quart des castors, droit qui subsista jusqu’au dix-huitième siècle.En plus, on imposa celui du dixième des orignaux, c’est-à-dire que l’administration prélevait une peau sur dix.( ’es droits devenant insuffisants, le conseil établit, en 1660, une nouvelle contribution, celle du \0'"c sur les boissons et le tabac.Et voilà quels furent les premiers impôts du pays, introduits par la Communauté même de ses habitants ou plutôt par le conseil qui la représentait.Dans la sphère de l’administration civile, le conseil accordait des allocations aux missionnaires, au clergé séculier, aux communautés religieuses; il subventionnait aussi les hôpitaux et s’occupait de l’hospitalisation des invalides; il encourageait l’émigration en obligeant les navires île commerce d’amener au pays un colon par tonneau de capacité, en fixant le prix du passage, et en établissant ces “engagés” chez des colons qui remboursaient à même leurs gages le coût du transport. 358 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Un point extrêmement curieux du régime, c’est que le conseil exerçait, à l'occasion, le pouvoir exécutif, les conseillers veillant, chacun dans sa ville d’élection, à l’exécution des règlements du conseil.Attribution encore plus surprenante, le conseil rendait également ries décisions judiciaires.Il existe un arrêt du 15 mars 1649, excessivement curieux et typique par la remarquable réunion de pouvoirs qu’il renferme: il déclare d’abord quels sont les articles de contrebande et fait défense d’en importer sans un permis du conseil; de plus, il interdit à ceux qui ne sont pas “habitants” de faire venir des marchandises de France et les oblige de n’en acheter que des “habitants” ; enfin les délinquants seront punis, remarquez-le bien, non pas par une peine fixe et déterminée, mais “ainsi que le Conseil advisera bon estre,” c’est-à-dire que le conseil se réserve de les punir comme il lui plaira.C’est le pouvoir arbitraire ou l’absolutisme sans restriction.De fait, en 1660, le conseil condamne, pour contrebande du castor, le capitaine d’un navire à 7,000 livres d’amende et le propriétaire et le charpentier du navire à 300 et à 200 livres respectivement, avec confiscation du castor et 100 livres de dommages intérêts.Ainsi donc, les membres du conseil de Québec, par une combinaison des plus curieuses, réunissaient en leur personne les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire.Il importe d’ajouter qu’ils restaient, cependant, soumis à l’autorité prédominante du gouverneur, représentant du roi.Ce dernier possédait, comme les gouverneurs anglais sous la constitution de 1791, complète discrétion d’exécuter ou de suspendre les décisions du conseil, discrétion qu’il n’exerçait qu ’exceptionnellement.Et voilà ce que fut le conseil de Québec, une institution extraordinaire qui reconnaissait le principe du gouvernement représentatif et l’élection au suffrage masculin universel; pratiquant les éléments du système parlementaire, ses députés votaient les lois et réglaient la finance; allant plus loin, ils veillaient à l’exécution des lois et finalement jugeaient même de leur infraction: ils étaient, à la fois, députés, ministres et juges.Cette institution unique constitue, dans l’histoire coloniale de France et même dans l’histoire française tout court, un phénomène des plus curieux et des plus surprenants.En toute exactitude, elle mérite, malgré son organisation rudimentaire, le titre de premier parlement canadien.Gustave Lanctôt L’ÉVOLUTION DU COMMERCE DU CHARBON ANTHRACITE DANS LA PROVINCE DE QUÉBEC Monsieur le Président, Mes chers confrères, L’enquête sur le charbon anthracite, conduite par le Gouvernement Fédéral, et le procès retentissant qui s’en est suivi dans la province de Québec, voilà deux événements qui ont attiré l’attention du public sur un commerce qui a connu, dans les dernières années, pour les compagnies importatrices d’anthracite gallois et écossais tout particulièrement, un succès phénoménal.X’est-ce pas qu’il est illogique, au point de vue économique, de faire venir du charbon de quelque 2U0Ü milles quand, dans un pays voisin, sur le même continent, à 500 milles à peine, se trouvent de riches terrains pouvant fournir à notre pays entier de l'anthracite pour des centaines d’années à venir?Si les statistiques nous démontrent qu’en 1933, seulement 283,799 tonnes d’anthracite sont venues de la Pennsylvanie et qu’au delà de 1,400,000 tonnes furent vendues par l’Angleterre à notre province, alors qu’en 1919 plus de 1,400,000 tonnes provenaient des Etats-Unis et absolument rien de l’Angleterre, il a fallu rpie de 1919 à aujourd’hui se produisît un revirement presque complet dans le sentiment populaire.Regardons la situation avant 1919.Nous voyons que la province de Québec est un ’‘client ÎOO’Q” pour l’anthracite américain et qu’il obtient facilement des États-Unis la quantité de combustible que demandent son climat et le nombre de ses habitants.En 1902, une grève générale s’était déclarée dans les mines américaines, semant le désordre dans l’expédition du charbon pendant un certain temps; mais cette grève étant survenue pendant l’été, alors que la demande, d’une population moindre, était beaucoup moins forte qu’aujourd’hui, les compagnies parvinrent à contenter tout le monde l’hiver suivant.Tout de même, ce fut la première alarme qui sonna pour l’avenir.Pendant la guerre, il ne fut pas toujours facile d’obtenir à 1 Conférence faite devant l’Association des Anciens Élèves de l’Ecole Polytechnique, au Cercle Universitaire, le 22 octobre 1934. ri K V V K T RI KSTRI ELLE C X A D11 ¦: X X ! i 360 demande les chars ordonnes, niais vu les conditions difficiles qui existaient partout, la situation fut plutôt satisfaisante.Ln 1919, tout semble normal: la province de Québec achète tout son combustible solide domestique des États-Unis c’est-à-dire 1,378,460 tonnes d’anthracite.1920 voit encore le commerce québecquois aux Américains.Pourtant, quelques grèves viennent jeter le trouble dans les mines.Idles sont vite et mal réglées et laissent entrevoir tout le mécontentement qui existe entre les mineurs et leurs employeurs.Nous prétendons que si ces différends entre patrons et employés avaient été a ce moment réglés d’une manière plus équitable, pour les uns et pour les autres, les opérateurs de la Pennsylvanie ne se trouveraient pas aujourd’hui dans l’obligation de faire face à la competition des operateurs et importateurs fie charbon anglais cjui leur fait perdre, depuis quelques années, S0de leur commerce: les grèves (pii sont survenues par la suite n’auraient probablement pas eu lieu ou, du moins, elles n’auraient pas été aussi générales et les marchands de notre province n’auraient pas été obligés de chercher ailleurs pour trouver un fournisseur indispensable à leur commerce.Malheureusement, les arrangements faits en 1920 ne calmèrent que momentanément les esprits.1,544,456 tonnes d’anthracite américain entrèrent dans la province de Québec pendant l’année de 1920, et il ne vint absolument rien de 1 Angleterre On ne parle même pas ch1 ce pays comme fournisseur probable d’anthracite pour notre Dominion et la province de Québec en particulier.L’année 1921 peut se comparer à l’accalmie avant la tempête.Lien d’anormal n apparaît a la surface des relations (pii existent entre mineurs et operateurs, mais un travail sourd est en voie de préparer du mécontentement: ajustement de salaires et le nombre d’heures de travail par semaine sont toujours les thèmes des programmes! 1921 amène dans notre province 1,311,712 tonnes d’anthracite américain.L’année suivante apporte avec elle h' résultat du mécontentement qui existe dans les mines; c’est le point tournant dans l’évolution du commerce du charbon anthracite dans la province de Québec.Dans la région minière de la Pennsylvanie, les unions ouvrières ont mis leur organisation de révolte à point; elles se sentent fortes et veulent qu’on fasse droit à leurs réclamations.Elles sont con- l’évolution du commerce du charbon anthracite 361 duites par un de ces chefs dont la voix et l’apparence en imposent : JOHN L.LEWIS.Cet homme fut un véritable roi pendant quelques années sur les mineurs; on l’a surnommé: “King Lewis t he First”.Le 21 mars 1922, John L.Lewis, président des “United Mine Workers of America”, après de longues discussions futiles et vaines, où il se vante avec arrogance de son emprise sur les mineurs, ordonne la grève pour le premier avril.On aurait cru que les différends se seraient réglés avant cette date, mais les esprits étaient trop montés; et, de plus, les mineurs avaient l’assurance (pie les employés de chemins de fer se joindraient à eux.Du 21 mars au premier avril, la situation s’agrava et la grève commença telle qu'annoncée.600,000 mineurs, tant dans les mines d’anthracite (pie dans les mines de charbon mou, ainsi (pic les employés de chemins de fer, quittèrent le travail pour n’y revenir que le 11 septembre après 163 jours do grève.Que se passait-il pendant ce temps dans notre province ?Les marchands eurent vite fait de vendre en avril et en mai le charbon qu’ils avaient en réserve.En juin, voyant que la grève semblait vouloir continuer, ils achetèrent de quelques petites mines indépendantes, dont les employés n’étaient pas en grève, le charbon qu’on voulût bien leur vendre, afin de remplir le mieux possible les commandes les plus pressées.C’était l’habitude, à cette époque, d’emmagasiner le charbon l’été.Malheureusement, cet anthracite était de qualité inférieure et les clients s’en aperçurent quand vint l’hiver.Les beaux jours passaient et pratiquement rien ne se faisait dans la distribution du charbon et les nouvelles qui arrivaient de New-York prouvaient l’échec d’une conférence après l’autre.( "était loin d’être encourageant pour l’hiver qui s’annonçait, ("est alors qu’un certain nombre de financiers et hommes d’affaires entrèrent en contact avec les représentants des compagnies anglaises qui, elles, n’attendaient (pie cette situation pour venir vendre leur anthracite sur notre marché, leurs mines étant alors en position de vendre un surplus possible de leur production.Ces mêmes agents avaient fait envoyer à New-York, dans une semaine seulement, 125,000 tonnes de leur charbon.Des arrangements furent faits et notre province vit arriver les premiers chargements d’anthracite anglais dans notre pays.152,517 tonnes prirent place sur nos quais, durant les derniers mois de la saison de la navigation. REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE 362 La vente de ce charbon anglais, sur notre marché rencontra d’énormes difficultés; seul le besoin décida les gens à en acheter.C’était tout d’abord un charbon nouveau qui n’avait aucunement l’aspect de l’anthracite américain.Il était plutôt friable et son mauvais classement en grosseur lui donnait une piètre apparence.De plus, on prétendait qu’il faisait du gaz et dégageait une odeur de soufre.Mais il était plus pur que l’anthracite américain qui se vendait à ce moment et avait l’avantage de faire moins de cendres.Les gens qui en achetèrent furent plutôt satisfaits et payèrent ce combustible un prix raisonnable, étant donné les circonstances difficiles du moment.Naturellement, une certaine demande se créa.La grève se termina le 11 septembre.Les mines s’efforcèrent de satisfaire les clients qui avaient attendu tout l’été, mais ce ne fut que vers le mois de novembre que véritablement les expéditions purent suffire à la demande.Le Wall Street Journal écrivait à ce sujet: “A third strike would put us out”.L’avenir prouva la vérité de cette prophétie.Les statistiques montrent que 789,4-17 tonnes d’anthracite américain seulement entrèrent chez nous en 1922, contre 152,517 tonnes de charbon anglais.Dès les mois de janvier, février et mars, le commerce de l’anthracite américain reprit sa place dans notre province, avec le résultat que l’année 1923, qui vit quelques grèves de peu d’importance, amena chez nous 1,611,351 tonnes de Pennsylvanie; ce fut l’année record.Par contre, les importateurs d’anthracite anglais, une fois au pays, tinrent à leur nouveau marché et, en dépit de l’opposition des compagnies américaines, parvinrent à vendre 205,058 tonnes de charbon domestique.Cet anthracite était de plus en plus apprécié et l’effet moral de la grève de l’année précédente sur l’opinion publique aida sa vente.En 1924, le marché québecquois d’anthracite est encore fidèle aux mines américaines quoique le chiffre de ses achats ait considérablement diminué.Malgré l’opposition aggressive des mines de Pennsylvanie, 229,142 tonnes d’anthracite anglais sont déchargées sur nos quais.Des États-Unis, on fait venir 1,090,571 tonnes, c’est-à-dire 500,000 tonnes de moins que l’année précédente.Le buckwheat welsh commence à faire son apparition.Des plombiers font des essais satisfaisants et quelques systèmes de “souffleur et gril nooooo lt»OCX •l«u (pociooo Boojxkj Ucpoo Aoopoo tcopoo -0.PROVINCE TIEQUEDêC IMPORTATION PU CHAKPOH ANTHRACITE D£L ANGLETERRE ET DES ETATS- U N 13 13!»-1834- 1913 mo !>ll iw \9£9 ISM- !9tS 1931 t»35 13M- W» 1919 1950 1551 ETATS A! MIS ANGLETERRE PPK&tlG ZJ cxjohr* Jy>4- 1 " "¦ " ___*s*tk - L’ÉVOLUTION DC COMMERCE DU CHARBON ANTHRACITE 363 364 RE VC K TRIMESTRIELLE CANADIENNE fixe” sont installés.Peu habitués au buckwheat welsh, les gens ont tout d’abord des ennuis assez sérieux, en particulier des explosions, mais son prix remarquablement bas le fait rapidement adopter par les consommateurs canadiens.Aux États-Unis, des troubles de plus en plus graves éclatent ici et là, durant l’année 1924.Les mineurs, gonflés par leurs succès de 1922, exigent de nouvelles conditions, en particulier l’augmentation des salaires.Des demandes de plus en plus pressantes sont présentées aux opérateurs qui finalement les refusent carrément! C’est alors que le feu prend aux poudres le 1er septembre, et c’est encore à John L.Lewis que revient l’honneur d’avoir allumé la mèche.Il ne pouvait plus mal choisir son temps de grève, car septembre est le mois où les expéditions devaient se faire sur une grande échelle.La situation devint tragique, les conférences qui se tenaient à tout moment, sans résultat, jetaient dans le public américain et canadien le cloute le plus pénible sur l’issue de cette situation.Les marchands québecquois, alarmés, commandèrent le charbon anglais sans marchander, sachant bien que le public paierait volontiers n’importe quel prix pour se procurer ce précieux combustible.Les mines anglaises, enchantées de la situation existante, se hâtèrent d’envoyer la plus grande quantité possible d’anthracite.Malheureusement, la saison de navigation était trop avancée et, seulement 478,233 tonnes parvinrent dans la province.C’est à ce moment qu’on vit le charbon sc vendre 818, 820,.825.la tonne.A cette époque, un certain nombre de clients, en particulier des communautés religieuses, ayant adopté le système de souffleur et gril fixe, vu le coût peu élevé du buckwheat, découvrirent, avec l’expérience et le temps, la vraie méthode de chauffage de ce combustible.La grève américaine dura jusqu’au 1S février 1926 — c’est-à dire 105 jours, t’e fut un désastre pour le commerce américain.D’après les estimés des ingénieurs, cette grève fit perdre un milliard de dollars, tant en salaires, profits et affaires en général.Malgré la grève, les Américains vendirent près de 900,000 tonnes d’antliracite dans notre province, dont la majeure partie fut livrée avant le premier septembre 1925 et le reste, d’une qualité bien inférieure, pendant la grève.Le consommateur de la province de Québec avait pu difficilement oublier la grève de 1922, mais celle de 1925-26 lui fit presque l’évolution du commerce du charron anthracite 365 complètement abandonner l’anthracite américain, à cause des difficultés nombreuses qu'elle suscita et des prix exorbitants qu’il fallut payer.Les chiffres qui suivent, à partir de 1927 en particulier, vont nous montrer l’effet (pie ces grèves, alliées aux avantages du buckwheat et d’un tarif protecteur, eurent sur le commerce de l’anthracite dans la province de Québec.Kn 1926, un mécontentement dans le pays de ( «ailes immobilise pendant un certain temps les mines anglaises, mais cette grève fut de courte durée, et, malgré les circonstances défavorables, 207,869 tonnes traversèrent l’Atlantique.Les mines américaines expédièrent 1,253,246 tonnes, mais le buckwheat étant do plus en plus en faveur chez les gros consommateurs, le public quebeequois demandait du charbon anglais.“Buy British (Binds ’ — "British floods for British Subjects” — "Buy Genuine Welsh Anthracite” furent les devises qui apparurent un peu partout dans la province.Une campagne d’annonces bien dirigée vint activer la vente du charbon anglais.Dans cette année de 1926, deux autres combustibles solides, des charbons venant de l'Allemagne et des Pays-Bas, grosseur buckwheat, apparurent sur le marché de la province, 83.475 tonnes en tout furent vendues sans trop de difficultés.Le change, à ce moment, favorisait l’importation de ces charbons.L’année 1927, alors que les choses sont rétablies en Angleterre, amène chez nous 350,951 tonnes d’anthracite anglais dont 25'c est du buckwheat, contre 952,837 tonnes d’américain.Un tonnage insignifiant de buckwheat allemand et de buckwheat des Pays-Bas est aussi débarqué, à peine 9,900 tonnes.Un 1928, 477,938 tonnes viennent du pays de < ailles et de l’Ecosse dont 37'est du buckwheat.Lès systèmes “souffleur et gril” sont reconnus et un peu partout ces installations permettent de remplacer l’anthracite américain.l.a Pennsylvanie fournit 902,155 tonnes: c’est encore, certes, un beau tonnage.A peine 1400 tonnes de buckwheat nous viennent des Pays-Bas.Par contre, la Russie, qui est en train d’exécuter un fameux plan quinquennal, expédie une cargaison de 6,204 tonnes.Ce charbon, dès son arrivée, est reconnu par les experts comme un anthracite pur.D’ailleurs, son analyse laisse voir un pourcentage de cendres en bas de ,5'f et une valeur calorifique de près de 14,600 b.t.u.par livre.Cet anthracite est brillant et peu cassant et se vend à des prix qui peuvent rencontrer n’importe quelle compéti- ft* n»)P!> Jr '2”jSpodi-.looo *£50000 __ *£25000— Zoo^uo rjS.ooo — l5o,ooo _ 17.5000- * OO.Ooo L TS.OooL ^Toooo ISpoo_ o.PROVINCE PE QUEBEC ^Vyirbop dr)IKrqci te HTjJxjrta lS34- i h I 3?to I3L7 I3Z& 1923 03 o C5 ¦ U.KS.S.E3 AUtnjayje.Ü3 fkudS3Z______1353 1334- pp.v.^clc.2/ ockôrf .AJ4.REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE l’évolution du commerce du charbon anthracite 367 tion.De plus, il vient de loin, d’un pays dont tous les événements sont entourés du mystère le plus profond.Cela suffit pour qu’il se vende tout seul.Partout on s’enquiert du charbon russe.Les importateurs de cet anthracite, décidés à l’introduire sur le marché canadien, font en sous-main un travail de vente gigantesque en favorisant le marchand qui veut vendre ce charbon.L’année 1929 laisse voir le danger de ce compétiteur aux importateurs de charbon anglais.Eux qui se croyaient assurés du monopole du marché québecquois se voient menacés dans leurs entreprises.De fait, l’U.R.S.S., suivant un plan bien établi, envoie ici 99,000 tonnes d’anthracite.Les Américains ont encore la grosse portion de 831,296 tonnes, mais l’Angleterre parvient à vendre 698,7S4 tonnes dont 49ri est du buckwheat.La Weaver Coal, qui importe le charbon russe, continue son travail et dans le moindre village du Québec on veut acheter le charbon russe.Une nouvelle campagne anticommuniste, à cause de ce commerce (pii favorise la Russie, s’organise à ce moment chez nous.En 1930, les Soviets ont toujours du succès.Bien organisés, à ce point de vue du moins, ils parviennent à envoyer pendant notre saison de navigation 252,187 tonnes d’anthracite.Leurs projets sont 500,000 tonnes pour 1931.Malheureusement pour eux, les compagnies anglaises et américaines font front commun et par leur influence, aidée du mouvement anticommuniste, forcent le gouvernement fédéral à mettre un embargo sur l’anthracite russe.La Canadian Import et les autres compagnies importatrices de charbon anglais font venir 903,928 tonnes, durant 1930, dont 55ri est du buckwheat.De leur côté, les mines américaines se ressentent de la compétition de la vente du buckwheat anglais.Les ventes de la grosseur "egg américain” diminuent terriblement et les envois ne sont que de 643,066 tonnes pour cette année.L’Allemagne expédie 11,480 tonnes de buckwheat dans notre province.L’embargo sur le charbon russe est arrivé à point pour les compagnies canadiennes important le charbon anglais; nous avons nous-même été témoin que des gens qui avaient laissé l’anthracite américain, pendant la grève, pour acheter le charbon gallois, lui préféraient ensuite l’anthracite russe.L’embargo, comme nous le savons, existe encore à l’heure actuelle. 3GS REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Les mines anglaises, débarrassées de ce compétiteur qui devenait sérieux, vendent toujours avec succès.En 1931, le Gouvernement, qui s’intéressait de plus en plus au commerce du charbon anthracite, après l’expérience du charbon "mystère” de la Russie, impose une taxe sur le charbon américain.Quarante cents par tonne de droits directs, plus 1 ' [ de la valeur du charbon en argent américain, plus le droit direct; ce qui veut dire un total d’environ 50 cents par tonne.Les Américains furent impuissants à changer la décision du Gouvernement Fédéral et virent, le prix de leur anthracite au gros, par char à Montréal, devenir le même que celui du charbon welsh sur quai, alors que depuis 1922, il y avait toujourseu do 50 cents à SI.50 par tonne de différence entre le prix des deux combustibles, à l’avantage de l’anthracite américain.% PKoviNCi: deQueeci Pour rendre la situation encore plus pénible au commerce de Pennsylvanie, la monnaie américaine est à prime -— et les compagnies, afin de garder une part de leur commerce, doivent accepter l'argent canadien au pair en paiement de leur compte.Le résultat de cette situation est facile à prévoir.Des États-I nis 506,513 tonnes seulement furent importées contre 798,097 tonnes de l’Angleterre; 57'; étant du buckwheat.L’Allemagne vend 00,702 tonnes d’anthracite buckwheat à notre province. l’évolution du commerce du charbon anthracite 3G9 L’année qui suivit vint consolider le commerce de l’anthracite anglais.Le Gouvernement Fédéral, ayant besoin d’argent, décide d’augmenter la taxe sur l’anthracite américain.Il augmente donc le droit direct à 50 cents et la taxe d’accise à 3%, ce qui veut dire 25 cents par tonne de plus.Donc 75 cents par tonne est le nouveau taux de la taxe imposée aux importateurs américains.Le coup se fit durement sentir.408,005 tonnes seulement purent se vendre dans notre province en 1932, tandis que 1,241,704 lonnes d’anthracite anglais passèrent par la province de Québec dont 55% à 00% était du buckwheat.Quelque 52,189 tonnes de buckwheat allemand trouvèrent toutefois des acheteurs.L’année dernière continua la marche vers le but ultime poursuivi par la Canadian Import, Ilartt & Adair et les autres compagnies.Ces importateurs réunis distribuèrent 1,447,859 tonnes dont 05% au moins étaient du buckwheat.Les mines de la Pennsylvanie n’entrèrent que 283,799 tonnes dans notre province.A cause de l’état du change, rien ne nous vint de l’Allemagne.Que réserve 1934?Les statistiques à date laissent entrevoir pour cette année une légère augmentation dans les importations de l’anthracite américain.En date du premier septembre, pour huit mois par conséquent, 247,285 tonnes sont entrées ici des États-Unis contre 283,799 pour les douze mois de 1933.Cette augmentation dans le tonnage, si elle arrive, proviendra du fait que le prix du charbon anglais n’a pas diminué après l’enquête dont nous connaissons les résultats.Pendant le même temps, 863,152 tonnes île charbon britannique sont entrées dans notre province, et une cargaison de 5,937 tonnes de buckwheat belge a trouvé acquéreur.Que réserve l’avenir?Doit-on dire que jamais le commerce de l’anthracite américain ne reprendra la place qu’il a occupée chez nous pendant de nombreuses années?Doit-on dire que le charbon russe ne reviendra jamais sur notre marché québecquois?En réponse à la première question, on doit faire la constatation suivante: dans notre province, il y a au moins 500,000 tonnes de buckwheat anglais que le charbon américain ne peut déplacer parce que le buckwheat américain fait de la cendre alors que le système souffleur et gril fixe demande un charbon qui fait un mâchefer semblable à celui (pie produit le buckwheat anglais.C’est un tonnage absolument perdu à moins que les opérateurs anglais ne viennent à n’être plus en position de fournir cette grosseur, et ceci 370 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE est peu probable.Quant au marché des grosseurs domestiques, le charbon américain a droit de prétendre à une augmentation dans son tonnage, car il est aujourd’hui très bien préparé et possède, grâce au nettoyage qu’on lui fait subir, un pouvoir calorifique élevé.Si le tarif actuel imposé à l’anthracite de Pennsylvanie était annulé dans les conditions du change actuel, alors que la livre anglaise est à la hausse, il y aurait certainement pour le public un gros avantage, au point de vue monétaire, à acheter le charbon américain.Avant le 29 septembre dernier, on aurait cru qu’une grève se déclarerait en Angleterre, mais les choses se sont arrangées avant cette date fixée pour cesser les opérations dans les mines, Une grève en Angleterre aiderait certainement le commerce de l’anthracite américain, les arrangements faits en 1925 entre mineurs et opérateurs aux États-Unis ayant donné des preuves de stabilité jusque aujourd’hui.En réponse à la deuxième question, quant à l’embargo sur le charbon russe, le Gouvernement peut y répondre et le geste du Premier Ministre du Canada, à Genève, le mois dernier, lorsqu’il a voté en faveur de l’admission de la Russie à la Société des Nations, laisse douter que l’embargo puisse ne pas durer aussi longtemps qu’on le pense.En somme, on peut dire que la province de Québec et le Canada entier, dépendant de l’Angleterre et des États-Unis pour un combustible comme l’anthracite, ne surveilleront jamais trop ce commerce qui, chaque année, met au débit du bilan des affaires du pays des millions de dollars.Pierre-Paul Vinet, I.C.Professeur à l’École Polythechniqne DIRIGÉE OU RÉGLEMENTÉE 1 Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, Traitant des Salaires et des Prix et de la Journée de Travail au premier congrès de l’Acfas l’an dernier, j’ai tout naturellement rencontré sur ma route L’Économie dirigée.J’en ai profité pour dire brièvement toute l’aversion que m’inspirent ces deux mots, et l’idée de contrainte, de tyrannie, d’asservissement qu’à mon avis ils impliquent.Des amis, ayant lu mes deux modestes travaux, m’ont demandé d’exposer au moins les principaux motifs de mon hostilité à l’égard d’un système qui paraît rencontrer tant de faveur dans les milieux les plus divers, et parfois aussi les plus inattendus.J’ai promis de saisir la première occasion qui se présenterait de satisfaire à leur désir.Le présent Congrès m’ayant offert cette occasion je me suis empressé d’en profiter, sans réfléchir suffisamment sur les dangers de l’aventure où je m’engageais.Quand je songe maintenant avec quelle légèreté j’ai accepté de traiter en quelques minutes un sujet si vaste, et qui offre tant de difficultés, je me dis que je dois être beaucoup plus jeune que mon baptistaire.et mon apparence physique ne l’indiquent! Mais puisque l’imprudence est commise, il ne me reste plus qu’à remplir de mon mieux une tâche impossible.* * * Ce qui répugne d’abord dans l’Économie dirigée, c’est apparemment que l'on peut s’en faire la conception que l’on veut.Chacun se croit en droit de s’approprier la formule, d’en étiqueter ses théories sociales particulières, de faire prendre, sous cette étiquette, à l’organisation économique, la forme idéale qu’il a rêvée.Ce n’est peut-être pas la faute de l’Économie dirigée, mais c’est au moins son malheur d’apparaître à tant de bons esprits malléable et pétrissable à volonté.Personnellement je lui trouve une signification très nette, très précise et.très inquiétante.Mais des hommes dont le talent et la science m’inspirent une réelle estime et parfois même une vive admiration; des hommes à l’école de qui je suis habitué de me rendre, qui sont pour moi des maîtres respectés, ces hommes sont d’un avis 1 Rapport présenté au deuxième Congrès de l’Association Canadienne-française pour l'avancement des Sciences (Acfas) (Québec 7-S-9 octobre, 1934.) 372 UEVL'E TRIMESTRIELLE ( AXA DIEXXK tout différent.Pour eux le sens de l'expression “Économie dirigée’’ reste flottant et il est donc loisible à quiconque d’essayer d’en faire triompher l'interprétation qu’il croit la meilleure.C est ainsi que monsieur Eugène Duthoit, tirant l’une des conclusions de la Semaine Sociale de Lille (1932) déclarait: “Sous le nom d'Economie dirigée une conception s’affirme qui, mal comprise, aboutirait au socialisme d État, mais qui, s'inspirant des enseignements pontificaux, disciplinerait la liberté sans la détruire” (conclusion Xo H, page 494 du Compte rendu officiel de la Semaine Sociale de Lille).Malgré la grande autorité que cette proposition tire de la source d ou elle émane, j ose prétendre que l'Économie dirigée, logiquement appliquée, non seulement conduit au Socialisme d’État mais se confond avec lui.Mais la n est pas la question pour le moment.L eminent président des Semaines Sociales de France reconnaît que l'Économie dirigée se prête à des interprétations et à des applications dangereuses; prenons-en note et passons.Déjà dans sa déclaration d’ouverture monsieur Duthoit avait remarqué que “1 appel à l’Économie dirigée restait vague, sur bien des lèvres” (Compte rendu, p.02;.De son côté, un autre professeur à cette même Semaine Sociale de Lille, monsieur J.Danel, dans un cours tout à fait remarquable, sur les crises du passé et la crise présente, dit de l'Économie dirigée qu’elle est “une expression inconsistante et mal définie” (Ibid p.98).On peut se faire une idée de la confusion qu’elle provoque dans les familles intellectuelles les plus unies en considérant (pie monsieur Eugène L Heureux lui a consacré, dans VAction Catholique, une série d articles enthousiastes, alors que le regretté Thomas Poulin, peu de temps avant sa mort, la condamnait en termes très explicites: “Le fascisme, écrivait-il, est un régime (pie nous n’aimons pas.Nous n’avons jamais été plus ei faveur de l’Economie dirigée que du fascisme."L Économie dirigée est d ailleurs un mot nouveau pour cacher une très vieille chose, la Dictature” (L'Action Catholique 28 mai 1934).( es exemples qu’il serait facile de multiplier justifient, me semble-t-il, ma première critique de l'Économie dirigée.Les nombreuses interpretations (pi on en a données en font une de ces formules amorphes, dont le vocabulaire de l’Économie Sociale est déjà trop encombré. DIRIGÉE OU RÉGLEMENTÉE 373 sjc sj< s{s Mais voici qui est beaucoup plus grave: malgré les efforts faits pour l’humaniser, pour lui donner une apparence respectable, pour la christianiser même, l’Économie dirigée garde quelque chose de louche, de rébarbatif, de faux et de troublant.Je vois très bien les bons bourgeois s’affoler à son approche comme à l’apparition du drapeau rouge et chercher un endroit sûr pour y cacher leurs valeurs.Et c’est peut-être pourquoi, tout en déployant beaucoup de talent et de science à nous faire voir que l’Économie dirigée et l’organisation professionnelle c’est, au fond, la même chose, le Père Danset, de 1.1 dion Populaire, finit tout rie même par nous avouer en passant qu’il préfère, à l'expression nouvelle, les mots capitalisme réformiste ou capitalisme social.(Ibid p.441).Quoi qu’il en soit, une analyse sommaire de l’Économie dirigée nous suffira pour découvrir, sous l’apparente malléabilité qu’on lui suppose ou qu’on lui attribue, sa véritable substance socialiste, rigide et inaltérable.Dans cette formule le mot économie, isolé comme il l'est de tout autre mot qui pourrait en modifier ou en restreindre la portée, ne peut signifier qu'une chose: l’ensemble des activités économiques d'un pays.Il ne s'agit pas de tel rouage de l’organisation financière, de telle branche de l'industrie ou du commerce, c’est toute la vie matérielle de la nation qu’il met en cause.Je ne crois pas qu’il s’élève sur ce point le moindre doute ou la moindre contestation.Mais alors vous voyez tout de suite la conséquence.Puisqu'il s'agit et ne peut s’agir que de Y Economie dans le sens compréhensif que je viens de dire, et puisqu'il s’agit d’économie dirigée, l’importance de la chose à diriger va commander, dominer le choix de l'agent dirigeant.Il n’est pas, il ne peut pas être question de mettre un pareil pouvoir entre les mains d'un individu, ou d’un groupement privé, quel qu’il soit.Seul l’État est à la taille d’une telle mission, possède l’autorité et les moyens d’action pour la remplir.Je ne dis pas pour la bien remplir, car c’est ce à quoi il n’arrivera jamais.Lors donc que l’on parle d'économie dirigée, il faut sous-entendre par l'Etal, à moins de donner aux mots dont on se sert un sens conventionnel, (jui n’est pas habituellement, ni logiquement leur.Quelle est, maintenant, dans la formule que nous analysons, la signification précise du participe ‘*dirigée” ?Le verbe en a plusieurs, nous le savons.Il faut donc chercher, et il doit être possible mrnmmmummmmiÊBm °‘1 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE clc trouver celle qui nous intéresse; non pas celle que, peut-être nous préférerions y découvrir, ou que nous voudrions v mettre, mais celle que l’expression recèle et qui s’y révèle comme naturellement.Il n'y a pas de doute que, dans notre formule, le sens du participe “dirigée” est déterminé par le substantif qu’il accompagne.Il ne s’agit pas d’une direction quelconque, mais de la direction de VEconomie, c’est-à-dire, nous l’avons vu, des activités économiques, matérielles du pays.Dr dans le domaine des activités économiques, dans le monde des affaires: finance, industrie, commerce, la direction comporte toujours uni1 double idée de possession et de responsabilité.Les directeurs d’une entreprise la possèdent en totalité ou en partie, ou du moins, tiennent leur autorité, le droit de la diriger, de ses propriétaires, et ils sont responsables de son succès ou de sa faillite.Je n ignore pas évidemment qu’a la faveur de lois défectueuses i t d une jurisprudence peut-etre trop complaisante, nombre de lanceurs d’affaires, plus habiles que scrupuleux, assument dans des entreprises où ils n’ont rien risqué une direction à laquelle ils n’ont aucun droit et réusissent assez facilement à s’évader des responsabilités que, normalement, ils auraient dû encourir.Mais le principe fondamental de toute notre organisation économique n’en reste pas moins ce que je viens de dire, la direction s’accompagne toujours d’une idée de propriété et de responsabilité.Pour qu’il y ait donc économie dirigée, il faudra, d’abord, de deux choses l’une! Ou bien que l’État socialise l’économie nationale, s’empare, avec ou sans indemnité, des moyens de production, de distribution et d’échange et administre, dirige le tout à la place des anciens directeurs dépossédés.Ou bien que, tout en laissant nominalement subsister la propriété privée des entreprises, l’État, abusant de sa puissance, enlève à leurs directeurs réguliers toute leur autorité et les place sous la tutelle de ses fonctionnaires, par qui il dirigera à sa fantaisie toute la vie économique de la nation.Il faudra ensuite, et cette seconde nécessité découle de la première, qu’il, l’État, assume la responsabilité du bon fonctionnement des multiples rouages dont il aura pris le contrôle; qu’il trouve du travail pour tout le monde, qu’il pourvoie aux besoins de tout le monde, qu’il devienne le régulateur suprême de la vie matérielle de ses sujets, à la fois leur unique patron, leur seul et DIRIGÉE OU RÉGLEMENTÉE 37.', universel fournisseur, leur médecin et leur avocat, et (débordant le cadre économique pour s’installer également en maître, sur un plan supérieur) leur éducateur jaloux et leur tyrannique pontife, (’’est de toutes ces possibilités que la formule “Économie dirigée” est grosse, et c’est pourquoi, non seulement elle conduit au socialisme d’État, mais, je le répète, se confond avec lui.* * * Sans doute bon nombre de partisans de la formule nouvelle ont vu le danger et, pour y parer, proposent de réserver à une vaste organisation professionnelle, corporative, les attributions qu'un véritable régime d’Économie dirigée confierait à l’État.Et, pour le dire en passant, je ne vois pas très bien ce que l’idée d’organisation professionnelle, à laquelle je reste fidèle, pourrait gagner de prestige au rapprochement qu’on lui impose avec l’Économie dirigée.Mais c’est là une autre question, qu’un peu de prudence et de sagesse m’interdirait de soulever et que je n’ai pas, heureusement, à examiner aujourd’hui.Ce que j’ai voulu «lire, c’est qu’en dépit de tout le talent dépensé en toute sincérité pour établir le contraire, l’Économie dirigée c’est la mainmise de l’État sur la vie économique d’un pays, c’est le dépouillement ouvertement accompli ou hypocritement dissimulé de tous ceux qui possèdent, c’est l’asservissement de tout le monde à une poignée de fonctionnaires, c’est le triomphe suprême de la bureaucratie et l’apothéose du rond-de-cuir.1 Et de cela je ne veux pas, de cela personne parmi nous ne veut.Qu’on ne m’accuse pas pour autant de libéralisme économique.Je reconnais à l’État le droit, il a, j’en suis certain, le devoir de faire régner dans toute la mesure du possible la justice dans la vie sociale, de défendre dans le conflit des intérêts particuliers, le bien commun.Interventioniste j’ai toujours été et interventioniste je reste.J’admets donc, sans la moindre hésitation, l’économie réglementée, mais l’économie dirigée, non! Arthur S a i nt-Pierr e Professeur à l'Ecole des Sciences Sociales de i Université de Montréal, iMuréat de VAcadémie, des Sciences morales et politiques de France.1 On ine permettra sans doute do parler aussi irrévérencieusement d’une corporation dont je fuis partie! LES RÉACTIONS DANS LES SYSTÈMES SOLIDES MÉTALLIQUES (2ième partie) Dans la première partie de cette communication^), la nature des réactions dans les systèmes métalliques a été décrite et il a été montré que le mécanisme de ces réactions, mécanisme qu’il serait tort utile de connaître, pourrait être déterminé par l’étude des vitesses de ces réactions.Ce n’est pas la vitesse même de réaction qu’il importe de connaître mais bien sa variation suivant la température et la composition soit donc les coefficients thermiques et ceux de composition *)utre la température et la composition, il y a de nombreuses variables qui peuvent affecter une vitesse de réaction dans un solide, telles tiue pression, système cristallin, efforts internes, etc.Cependant dans cette étude, on ne tiendra compte que des coefficients ci-haut nommés parce qu’ils sont les plus intéressants à cause de leur importance et de leur facilité de mesure.Toutes les autres variables seront gardées constantes dans la mesure du possible pour ne s’occuper que des deux variables: température et composition.Il existe diverses méthodes pour étudier une vitesse de réac-uon, entre autres la microscopie, l’analyse par rayons X, la dila-toinétrie, l’analyse des propriétés mécaniques et électriques.lui dernière méthode est la plus simple parce qu’elle se prête le mieux aux mesures rapides et continues.La microscopie et l’analyse des propriétés mécaniques ne permettent de suivre une transformation (pie par des trempes successives d’éprouvettes de l’alliage étudié; ce sont la des méthodes a éviter parce qu’elles donnent lieu à des causes d erreur incontrôlables.J,a dilatométrie exige une instrumentation fort delicate et compliquée pour des mesures convenables exigées par la présente étude.L’analyse par rayons X pour-îait donner des mesures continues mais le temps d’exposition pour obtenir des lignes d’interférences qui soient déchiffrables est trop long pour qu on puisse étudier certaines réactions qui se produisent avec grande rapidité ou (pii se produisent a température ambiante.L analyse des résultats obtenus par l’étude des propriétés électriques est loin d’être facile et sûre parce qu’il faut connaître la relation entre la mesure de la propriété électrique en question et la quantité de transformation.Dans le cas présent, la résistance électrique est la propriété qui a été prise comme base de mesure.Il est très facile par les méthodes courantes de suivre le change- LES RÉACTIONS DANS LES SYSTÈMES SOLIDES •)/ I ment de résistance d'un long fil fait de l’alliage étudié.Pendant quo les réactions s’accomplissent et que la quantité de transformation augmente la résistance électrique change continuellement.La résistance électrique étant une certaine fonction de la quantité de transformation, il faut connaître cette fonction pour mesurer cette quantité de transformation.En d’autres termes la résistance électrique est reliée à la quantité de transformation par la fonction “F” comme suit: où R pst la résistance électrique à un moment donné, n le nombre d’atomes qui réagissent, t le temps.Fi jure I 400 Diagramme d’équilibre du système Argent-Aluminium.Les pourcentages on poids d'argent sont portas en abeisses.Les alliages étudiés couvrent l’espace 5% \ \0% d’argent.La phase o est une solution solide i\ assemblage cubique t\ face centrée tandis que la phase y e»t une solution solide secondaire ;\ assemblage hexagonal compaet.La ligne .1 U R est le lieu de l’équilibre: 37S REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Détermination de la fonction “F” Sui\ra une 1 F.Uiaqe hétérogène 0+7 Grossissement 1000.Alliage no.30 chauffé ôôO°C précipité attaqué par l’acide fiuorhydriquc est •urine typique des ligures puis recuit \ 30-1 °C pendant distribué géométriquement et de idinan>tratcn.1000 minutes, présente une 1019 09 LES RÉACTIONS DANS LES SYSTÈMES SOLIDES 379 téristique des figures de Widmandstatcn.Il a été démontré par Mehl et Barretf ?) que les régions où se forme le précipité sont le lieu des plans (III) soit les plans octogonaux du cube.La réaction étudiée est colle de la décomposition de la phase à en la phase y et la ligne .1 B C est le lieu de l’équilibre.Au commencement du processus de décomposition alors que la solution solide est encore entière la concentration en atomes d’argent est la même à chaque point du système ( !¦ ig.3a).Lorsque les réactions d’équilibre se sont complétées, les phases finales ont des concentrations différentes en atomes d’argent (fig.3b).Il a ooooooaoc •oco900*ooo 311000001 * r »o « - 90 0* : • - • • i - *000(00*0 030040000000*0010 .( ' » - • ' • O O 0 .OOP^00-00009000000 Fig.3 Fig.4 Figure 3 Representation d’un plan cristallographique (III) de la solution solide S.o Atomes d'alutniniurn o Atomes d urgent A l'origine d- - processus de précipitation.:t .les atome:- d'urgent sont diss.'-minés uniform.'-ment et la concentration moyenne e-t la même à chaque point Lorsque les réactions d'équilibre >c .i»t '•¦impiétés, le la concentration de la nouvelle phase est indiquée par les sommets (J et A sur la ligne de concentration finale Cf.Figure 4 H présentation d’un plan cristallographique (III) de la solution solide 5.o Atomes d'aluminium o Atomes d’argent Quelques atomes d’argent ont diffusé dans une région où les conditions sont favorables à la formation de la nouvelle phase y riche en argent.Au moment même (a) de l’absorption de ces quelques atomes, une onde de gradient de concentration est produite; celle-ci est indiquée par le Point I».L’n peu plus tard cette onde s’est propagée comme indiqué dans la partie (b). 380 revue trimestrielle canadiexxe donc fallu que des atomes d’argent diffusent dans des directions bien fixes pour former le précipité riche en argent, ("est cette diffusion des atomes d’argent qu’il faut étudier en détail pour déterminer la résistance électrique de ce système en transformation.Etudions ce qui se passe sur un des petits parallélogrammes élémentaires que l’on observe sur la micrographie de la figure 2, Dès le commencement de la décomposition la diffusion ne peut av oir lieu parce qu il n’y a pas de gradient 1 de concentration puisque la concentration est uniforme.Cependant il se forme, lorsque le système est amené à l'état d instabilité (par refroidissement), des régions propices à la formation de la nouvelle phase.Ces régions dont les traces sont observées sur la micrographie de la figure 2 sont prêtes à absorber les atomes d’argent a mesure que ceux-ci se présentent aux limites.Dès l’origine du processus de précipitation quelques atomes sont absorbés pour former la nouvelle phase riche en argent.Immédiatement un gradient de concentration est réalisé et se propage dans les régions avoisinantes, avec une certaine vitesse.La propagation de ce gradient peut être identifiée à la propagation d’une onde: l-’ondc du gradient de concentration.Détermination de la nature de l’onde du gradient de concentration.Supposons que quelques atomes ont diffusé dans une des regions décrites plus haut.La distribution de la concentration est maintenant comme dans la fig.J,a.Le gradient émis au point P par 1 absorption de quelques atomes d’argent pour la formation de la nouvelle phase se propage dans les régions environnantes.Nous étudierons maintenant le mode de propagation de cette onde.Afin de faciliter les développements des hypothèses nous supposerons en tout premier lieu que les atomes d’argent sont un gaz dont les positions moyennes spatiales sont celles du réseau basal d’aluminium.Avec les conditions de sursaturation telles que présentes, cette hypothèse est bien fondée parce que l’entropie de cette solution sursaturée est très basse par rapport à la solution solide en équilibre.On peut donc appliquer à ce système les notions fondamentales de la théorie cinétique des gaz.Cette onde du gradient de concentration se propage simulta- , b ' gradient d une fonction est le taux maximum de changement de cette fonction par rapport aux coordonnées.Ce terme est surtout employé pour les fonctions de densité, pression, champ électrostatique, etc. LES RÉACTIONS DANS LES SYSTÈMES SOLIDES 381 nément dans deux systèmes et clans des directions opposées.Le nombre de positions dans le réseau cristallin reste le même.Par conséquent lorsque l’argent diffuse dans une direction, l’aluminium diffuse dans la direction opposée et lorsque une onde se propage dans le système “gazeux” d’argent une onde de direction opposée s’engage dans le système “gazeux” aluminium.Cependant nous n’avons à nous occuper que d’un seul système: l’argent.A un moment donné, après la naissance de l’onde du gradient, la distribution des atomes sera comme indiquée dans la figure 4 b.Pour un temps t et un point (x,y,z,) la concentration c est une fonction de ce point et temps: r = I' (J, ¦?, II, -•) Pour l’élaboration des hypothèses il paraîtra évident que l’on n’aura à s’occuper (pie des variables / et x.En considérant un espace élémentaire de largeur dx le taux du changement de concentration est égal à la différence entre les nombres d’atomes qui entrent dans cet espace et qui en sortent.On peut donc écrire: oc d (c r) .a = —— ./v.c " — ôt ô x T où c = Concentration v = vitesse d’une petite bande d’épaisseur dx m = masse /.• et a = constantes T = température absolue e — base naturelle logarithmique En multipliant par la densité (c x d œ m): om ôt 5 ( m v) • 5 x K.r - -T •O) En effet d’après la loi de Maxwell Boltzmann sur la distribution des vitesses dans un gaz, le nombre de collisions des atomes d’argent sur les faces du volume élémentaire est proportionnel à a f 3S2 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Considérons de nouveau la petite bande d'épaisseur dx.Cette bande est sujette à des forces différentes de part et d’autre.Par conséquent d’après les lois d’équilibre dynamique le taux de changement de son énergie cinétique est proportionnel à la force; soit donc: oc .a S (mv) .dx.A .he ~ — = - ô.r T b t ou .-1 est une aire élémentaire.11 s’ensuit donc om .a 5 (mv) • J\r - ~ = - bl T b t (2) En différenciant (1) par rapport à t et (2) par rapport à x et en comparant : ô -in _ ^ „ _ 2a b - m bt2 T bx - (3) qui est l’expression d’une onde se propageant à une vitesse Par conséquent le taux de changement de la concentration H des petits parallélogrammes est proportionnel au temps; soit: d = _ a dt “ ' ° T Relation entre la résistance et la concentration Considérons le diagramme de la fig.5 qui représente le changement de résistance d’un métal .1 avec addition d’un autre métal 13 formant une solution solide primaire.1 Si la concentration de 13 est changée quelque peu, d’un point .1/ par exemple, la résistance électrique est proportionnelle à la valeur de la tangente T à Q.< )n peut donc écrire.dE œ du 1 Un" solution solide est dite primaire lorsque la forme du réseau cristallisé de la solution solide est la même que celle du dissolvant. RESISTANCE LES REACTION'S DANS LES SYSTÈMES SOLIDES 383 En cliff ('rentrant par rapport au temps en gardant la température constante Cependant on a démontré que le changement de concentration est proportionnel au temps comme suit: d B d t Donc on peut écrire : d E d t CONCENTRATION du METAL SOLUTE S ¦ k .e ~ - j a = k .e- T (4) F mure J Représentation de ta résistance électrique d’une solution solide primaire en jonction de la concentration du soluté. 384 RK VUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE En sc rapportant à une échelle logarithmique naturelle: "(tt)-"* ou encore d In a T (ô) (6) L’équation 4 indique que le taux de changement de la résistance électrique est proportionnel à l’inverse de la fonction exponentielle Z 65 °C Figure G Representation du changement île résistance de l’alliage Xo.Jfi Abcisses: temps en minutes.Ordonnées: E„ = voltage initial E = voltage ou temps! LES REACTION'S DAN'S LES S VS T EM ES SOLIDES 385 do la température absolue.D’après l’équation 6, en établissant le diagramme de coordonnées suivantes: 1 et T on devrait trouver une ligne ayant une pente a.Cependant il faut bien se rappeler que ces conclusions sont valables seulement pour le commencement de la réaction parce que la valeur - - change continuellement.^ ^ 22 0°C 10 20 JO 40 50 60 70 ao »o TIME IN MINUTES Figure 7 Representation du changement de résistance de l’alliage No.30 Abciasca: temps en minutes Ordonnées: Eq — voltage initial E - voltage nu temps t 3S6 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Nature du chiffre a Dans la formule de Maxwell Boltzmann sur la distribution de l’énergie dans un système gazeux le chiffre a une valeur bien déterminée, soit: c a = — R Dans le système c g s, c = calories par molécule-gramme R = constante des gaz = 1.9S calories par degré centigrade de température absolue par molécule-gramme.Z2C°C.iO 20 30 4< TIME IN r Figure S Représentation du changement de résistance de l’alliage No.20 Abcisses: temps en minutes Ordonnées: K0 ; voltage initial E = voltage au temps t LES RÉACTIONS DANS LES SYSTÈMES SOLIDES .387 5C4’ C 2É>5*C I I I -j eb 7o ao .•DD AOC.•*>.5000 En utilisant clans la formule 5 les logarithmes à base décimales 2.3 log log J.a valeur de la pente est donc 2.3 R et comme R = 1.9S on obtient pour la valeur de la pente: C _ C 2.3x1.98 ~ 4.98 Fi (jure 0 Représentation du changement de résistance de l’alliage No.12 Abcisses: temps en minutes Ordonnées: Eq - voltage initial E - voltage au temps t 388 REVUE TRIMESTRIELLE ( AXABIEN'.VL Dans la distribution de l’énergie dans un gaz, “G” est l'énergie d’activation.Dans le cas présent c’est l’énergie qui doit posséder une atome avant de pouvoir passer d’une position à une autre.Dans les systèmes gazeux la fraction des molécules qui possèdent cette énergie est donnée par la formule de Maxwell Boltzmann, .V - c ou N' est le nombre de molécules d’un nombre total -V qui ont une énergie plus grande que C à la température absolue T.io 30 0 6-50 rôc «CO 9 00 'OXJ O 20 30 40 30 60 70 ÔO 9*6 "" TIME IN MINUTES Figure 10 Représentation clu changement de résistance de l'alliage Xo.5 Ahrisses: temps en minutes Ordonnées: E0 - voltage initial E — voltage au temps t LES REACTION'S DAN'S LES SYSTÈMES SOLIDES 389 Résultats expérimentaux (5) i n long fil do l’alliage étudié a été chauffé jusqu’à homogénéisation complète en la phase ô (fig.1) puis refroidi subitement à des températures déterminées.La résistance électrique a été mesurée par la différence de potentiel produite aux extrémités du îil par un courant connu.Quatre températures différentes ont été choisies ainsi que cinq alliages différents soit donc: Températures en degrés centigrades: 33!, 304, 265, 220.Alliages: .Yo.de l’alliagi 40 311 20 12 5 Les courbes différentielles la transformation 7(imposition en ' < de poids d’argent 38.00 28.45 19.85 11.18 4.78 :¦ la résistance électrique durant sont indiquées dans les graphiques des figures 6, 7, 8, 9, 10, Le temps est porté en abeisses; en ordonnées sont portées les valeurs Ko E) où Ko est le voltage initial et E le voltage à un moment donné, le courant étant constant.On remarque que toutes les courbes s’élèvent en ligne droite dès l’origine.En procédant comme la théorie le demande (équation 5), soit donc en établissant les points donnés par les valeurs du logarithme de la valeur des pentes, on obtient pour chaque composition le graphique de la fig.11.Les points peuvent être facilement raccordés par une ligne droite.La valeur de la pente de cette ligne droite est — a.En transformant en calories cette valeur on trouve les valeurs suivantes pour C Alliages Xo.40 30 20 12 5 < alories par 22,000 22,600 25,600 15,700 9,300 moléculegramme Ces valeurs représentent l’énergie d’activation de la réaction l'es valeurs sont dans l’ordre de grandeur des énergies d’activation des réactions dans les systèmes liquides.Outre l’intérêt de ces valeurs, il semble que la théorie émise plus haut est bien vérifiée.Le mécanisme de la.réaction est donc proposé comme suit: les 390 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE J___________1_________, ^ g ooi ~ ° F inure 11 Abciases: Inverse?de la température absolue ca Logarithme lécimal de la pente à i'origine*des courbes des figures 7.S, 9, : ¦irOC ICC I,K> RK ACTIONS DAN'S LES SYSTÈMES SOLIDES 391 atomes d’argent sont absorbés dans des régions dont les conditions sont favorables à la formation de la nouvelle phase, les atomes d’argent étant amenés à ees régions par diffusion jusqu’à ce que l’équilibre s’établisse.Cette théorie vérifie entièrement une théorie émise par Mehl et Barrett (4) qui ont étudié le mode de formation des figures de Widmandstatten par microscopie et par rayons X.< ’on*closions Après avoir rappelé la nature des réactions dans les systèmes solides métalliques, nous avons analysé un mécanisme de réaction dans le système argent-aluminium par l’étude des vitesses de cette réaction.Nous avons à l’heure qu’il est, une connaissance très peu étendue de ces réactions, connaissance basée sur des hypothèses difficilement vérifiées par des résultats expérimentaux.Il est donc impossible de pouvoir comparer la théorie ci-haut émise à d’autres mécanismes proposés par d’autres études.Il est à espérer que des recherches plus approfondies et plus généralisées se feront de ce côté car il est d’importance capitale de connaître le mécanisme de ces réactions pour l’avancement.île la métallurgie et de l’industrie en général.André Hone Ingénieur Civil et Docteur es Sciences RÊFÉKEXCKS ./ Revue Trimestrielle Canadien tu, Xo 70, 1033.pages 30S-107.1 Zeitschrift fur Metallkundc, vol.23.1031.pages 202-201.) Philosophie Magazine, vol.0, 1028, page 2SO.Transactions A.I.M.M.K.1030.J Thèse de doctorat es sciences.(1arnegie Institute of 'Technology, Pittsburgh, Pa.1034. L’HABITAT RURAL Quel intérêt la géographie humaine présente-t-elle pour nous?Nous nous intéressons à cette science d’observation parce qu’elle nous rapproche de la nature, parce qu’elle cherche à expliquer les relations de l'Homme avec son milieu, parce qu’elle répond aux questions que se posent,sous une forme ou sous une autre, même les plus humbles pour peu qu’ils réfléchissent.Les modes de vie, la façon dont l’homme se tire d'affaire en face de la nature, constituent le premier objet de nos recherches.Savoir comment se nouent les liens qui unissent l’homme au sol, soit au sol qu’il cultive, soit au sous-sol qu’il exploite, soit aux produits du sol qu’il transforme ou transporte, tel est le but que nous nous proposons d’atteindre en étudiant les modes de vie.Dans un pays foncièrement agricole comme le nôtre, la vie à la campagne retient d’abord notre attention, .l’estime que pour la bien comprendre, pour mieux voir la marque du cultivateur sur le sol, il faut connaître son type d’habitat.Car l’habitat rural n’est pas une chose choisie au hasard; le site de la maison du cultivateur qu’il soit sur la terre qu'il cultive ou dans un village voisin, le mode de tenure de sa terre, les groupements sociaux ou économiques de maisons à la campagne sont des faits qui nous éclaireront sur la vie même du paysan, sur son état, sur ses besoins, et qui nous feront mieux comprendre le mode de vie rural.En un mot une meilleure connaissance des cultivateurs dans leur vie matérielle ne saurait qu’être profitable à tous.Depuis quelques années l’attention du public canadien se porte de plus en plus vers les sujets géographiques.Cet intérêt, suscité principalement par un maître comme Jean Brunhes, risque de rester sans fruits si aucune application pratique des méthodes de géographie humaine n’est tentée par les nôtres.L’occasion s’offre à nous do participer à une enquête en passe de devenir mondiale sur l’habitat rural, occasion de faire connaître le type d’habitat à la campagne qui prévaut dans la province de Québec et dans le reste du Canada.Depuis 1026 l’Union géographique internationale, qui a son siège à Paris, étudie spécialement ce problème.Voici comment le Comité de Pi nion chargé d’enquêter sur le sujet pose la question: “Rechercher l’origine et les causes fie l'agglomération ou de la dispersion des habitations rurales: influence des conditions naturelles, influence des traditions ethniques, influence des régimes de pro- L HABITAT RURAL 393 priété et de culture (communautés agraires, modes de colonisation, etc)”.Le site de l’habitat rural et sa forme agglomérée ou dispersée ne dépend pas seulement de causes proprement géographiques (conditions du sol, du climat, de l’approvisionnement en eau); la variété des conditions sociales, démographiques, agricoles, voire même juridiques, est telle que l’explication risque d’être puérile ou incomplète si elle ne tient pas compte des faits historiques autant que de ceux qui se passent de nos jours.Nous voyons donc que ce problème est vaste, qu’il fait appel à une variété d’études géographiques d’abord, mais aussi sociales et historiques.En face d'un ensemble aussi complexe de phénomènes à étudier, il faut procéder méthodiquement, ne pas essayer de tout voir à la fois, ni de tout expliquer en même temps ni par les mêmes moyens.Examinons d’abord un questionnaire qui a été préparé par le représentant de la France, M.Albert Demangeon.1 I.DÉFINITIONS 1) Définir ce qu’on appelle l’habitat rural.Doit-on appeler ainsi tous les établissements humains en dehors des villes?Doit-on réserver cette expression uniquement à ceux des établissements ruraux qui abritent une exploitation agricole?Ou bien faut-il l’étendre à tous les établissements ruraux, même à ceux qui abritent des ouvriers d’industrie?2) Définir ce qu’on appelle agglomération ou concentration.Y a-t-il plusieurs variétés ou modalités de l’agglomération, distinctes par leurs formes extérieures et par l’arrangement des maisons à l’intérieur de l’agglomération?3) Définir ce qu’on appelle dispersion.Y a-t-il plusieurs variétés de dispersion?Le hameau est-il une forme d’agglomération ou de dispersion ?Une grosse ferme isolée, occupant plusieurs centaines d’ouvriers ou de colons, estelle une forme d’habitat dispersé?IL OllciXE DES TYPES D’IIABITAT 1) Quelle est l’influence des conditions naturelles?n) L’influence du relief?Plaines et montagnes créent-elles les conditions favorables à tel ou tel habitat?* Cf.Annales de (n-ogmphic, 15 juillet 1920, p.2S9 et suivantes. 391 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE b) L’influence de la nature de la surface du sol?Terrains secs ou terrains marécageux et inondables ?Terrains forestiers ou terrains découverts ?c) L’influence des ressources en eau ?La présence ou la rareté ou l’absence de l’eau ont-elles pour effet de créer telles ou telles conditions d’habitat ?2) Quelle est l’influence des conditions sociales?u) Peut-on dire que, à l’origine des établissements humains, tel ou tel mode d’habitat s’imposait, plutôt (pie tel autre?b) Peut-on parler d’influences ethniques?Tel mode d’habitat est-il particulier à teile race ?c) Le besoin de sécurité, les nécessités de la défense ont-elles imposé tel mode d’habitat plutôt (pic tel autre?d) Peut-on voir une relation entre les modes d’habitat et les régimes agraires?(îrandcs propriétés ou grandes exploitations favorisent-elles l’habitat concentré ou l’habitat dispersé?e) La densité de la population influe-t-elle sur le mode d’habitat ?3) Quelle est l’influence de l’économie agricole?a) Tel stade de civilisation agricole conduit-il les hommes à tel habitat plutôt qu’à tel autre?Y a-t-il une différence selon que l’agriculture est nomade ou sédentaire?extensive ou intensive?b) Y a-t-il des degrés d’organisation agricole, (déplacement continuel des champs, redistribution périodique des champs, assolement triennal, assolement sans loi fixe) qui conduisent à tel habitat plutôt qu’à tel autre?c) L’orientation de la production agricole peut-elle conduire à tel ou tel habitat?Céréales?Herbages?Arbres fruitiers?( 'uitures maraîchères?d) Dans les différents types d’habitat rural, quelle est la position et la distance des champs cultivés par rapport à la maison du cultivateur?III.J-A REPARTITION oEocrapiiiqul DES TYPES D’HABITATS 1) Celte répartition a-t-elle toujours été la même dans un pays donné ?L’histoire ne nous montre-t-elle pas, dans certains pays, des exemples d’inversion de types d’habitat?2) N’y a-t-il pas dans l’histoire de la colonisation agricole des l’habitat rural 395 différents pays des périodes marquées par la fondation d’habitats concentrés et d’autres périodes marquées par la fondation d’habitats dispersés?3) Peut-on savoir quels étaient les modes d’habitat durant les temps pré-historiques ?4) Dans les pays neufs qui se colonisent et se peuplent actuellement, quelle est la forme de l’habitat rural?IV.L'HABITAT RURAL ET LES AUTRES FAITS DE UROGRAPHIE HUMAINE 1) V a-t-il des rapports entre certains types d’habitat et certains types de maison?2) Y a-t-il une influence de l’habitat sur l’économie rurale?sur la manière de cultiver?sur le choix des récoltes?3) Y a-t-il une influence de l’habitat sur l’organisation sociale, sur les relations des hommes entre eux, sur les mœurs et les idées, sur la civilisation rurale?M.A.Demangeon ajoute que son questionnaire, modeste résumé de ses propres méditations, n’a nullement l’ambition d’embrasser tout le problème; il souhaite qu’il soit le point de départ commun des efforts que tout le monde fera pour coordonner les recherches et éclairer les problèmes de l’habitat rural.Comment pouvons-nous mettre ce questionnaire en œuvre dans notre milieu canadien?Il faut d’abord le simplifier; car l’habitat aggloméré n’existe pratiquement pas dans les campagnes canadiennes du moins dans le sens européen du terme.Voyons d’abord les définitions.Nous avons un besoin pressant de savoir ce qu’est l’habitat rural au Canada.Un l’ignore dans les services officiels des statistiques.11 suffit qu’une ville ou qu’un village soit incorporé légalement pour qu’il devienne une agglomération urbaine.( 'haque province légifère librement à ce sujet.Donc manque d’uniformité: “les lois de la Saskatchewan 1 permettent à 50 personnes, résidant effectivement sur un territoire n’excédant pas 640 acres, de réclamer leur incorporation comme village, tandis que la loi d’Ontario exige que les villages sollicitant leur incorporation aient une population d’au moins 750 âmes, dans une superficie n’excédant pas 500 acres”.On devra donc consulter la législation Annuaire du Canada 1930, p.121. 39G REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE cie chaque province.D’ailleurs n’y a-t-il pas des villages même incorporés qui sont habités par des cultivateurs en majorité?et que dire des populations de pêcheurs, des ouvriers de l’industrie rurale: laiteries, fromageries, usines de mise en conserve, etc., que dire aussi des chasseurs, guides en forêt, bûcherons, etc.?Il conviendrait de préciser le degré de nomadisme de ces derniers.Le type actuel de l’habitat dépend d’une triple influence: celle des conditions naturelles, celle des conditions sociales et celle de l’économie agricole.Nous pénétrons dans le vif du sujet, et nous avons en main les éléments d’une monographie; car on ne peut répondre à la deuxième partie du questionnaire que si on observe un groupe d’habitations, une région naturelle déterminée.Y a-t-il une montagne dans le voisinage, comment se groupent les habitations autour des collines montérégiennes ?quel rôle joue l’exposition au midi?Comment les cultivateurs mettent-ils à profit les terrasses du fleuve Saint-Laurent et leurs escarpements?Les dépôts glaciaires, dont toute la plaine du Saint-Laurent est recouverte, exercent-ils une influence sur la localisation de l’habitat selon qu’ils sont argileux ou sablonneux?Que dire des dangers d'inondation ou d’éboulemcnts?A-t-on colonisé des sols qui devraient rester forestiers en s’imaginant que “parce qu’ils produisaient de beaux arbres, ils devaient produire de beaux fruits” (H.P.Fontanel) ?Nous pourrions citer des exemples de régions où la reforestation se pratique sur des terres autrefois colonisées.Le problème de l’alimentation en eau se pose dans le sud de l’Alberta où les cultures irriguées sont seules praticables; mais pour l’alimentation de la ferme, des hommes et des animaux, n’y a-t-il pas ailleurs des cas où la recherche d’eau potable prédomine dans le choix de tel ou tel site?L’influence des conditions sociales ne semble pas étrangère aux groupements ruraux.X’v a-t-il pas un noyau social autour duquel les habitations s’agglomèrent de préférence (église ou école) ou un noyau économique (gare ou moulin) ?On peut même voir au Canada îles différences d’habitat selon la production: grandes cultures, élevage, cultures fruitières ou maraîchères.L’histoire, si courte soit-elle, de notre peuplement agricole nous présente des types différents d’habitat.Qui d’entre nous reliera les œuvres de nos historiens ou fera des recherches dans nos archives en se préoccupant surtout du type d’habitat depuis les premiers établissements?Il y a de belles monographies historiques à faire ou refaire, nous montrant par exemple comment Talon fondait ses bourgs, comment L HABITAT RUKAL 397 le régime seigneurial a influencé le t ype d’habitat et, plus récemment, comment l’établissement du cadastre, fait au cordeau, se préoccupe plus ou moins des conditions naturelles et sociales.Voulons-nous que cette enquête donne des résultats dans notre pays?Mettons-nous à l’œuvre.Que ceux qui connaissent bien une région, si petite soit-elle, répondent au questionnaire.Nous faisons appel à tous ceux que le problème de la terre intéresse.Les professeurs de collège ou d’écoles qui ont quelques loisirs durant l’été peuvent mener à bien cette enquête dans la région où ils passent leurs vacances, i.es agronomes dont la documentation est très précieuse trouveront dans cette enquête ample matière pour les journaux et les revues consacrés aux sujets agricoles.Tous ceux enfin qui ont des loisirs et qui veulent les occuper utilement en s’exerçant à l’observation nous rendraient grand service en s'intéressant à cette enquête, en nous faisant des suggestions ou en préparant eux-mêmes des monographies régionales.Nous ferions bien, certes, avant de nous mettre à l’œuvre, de lire attentivement les deux articles que l’animateur de cette enquête, M.Demangeon, a publiés dans les Annales de Géographie du 15 janvier et du 15 mars 1927.Nous y trouverons une explication et une mise en application du questionnaire par rapport à l’ensemble des établissements ruraux.Au Canada, pays de colonisation récente et actuelle, c’est le type de dispersion qui domine.Pour l’étudier, il fait avoir sous les yeux les cartes à grande échelle de notre pays.Ces dernières sont de trois sortes: celles que publie le Ministère de la Défense Nationale (cartes d’état-major); elles couvrent une bonne partie de la péninsule ontarienne, les environs de Montréal et de Québec et les Cantons de l’Est (voir le plan d’assemblage qui sert de catalogue): les cartes du Service topographique du Ministère de l’Intérieur, très nombreuses et couvrant les parties colonisées de la prairie, une partie des Rocheuses, les régions minières de l’Ontario septentrional et du Québec et quelques feuilles dans les Maritimes (voir catalogues et rapports annuels du service topographique); enfin les cartes géographiques Standard publiées par le service des renseignements sur les ressources naturelles (,National Development Humai) du ministère de l’Intérieur; ces dernières sont à l’échelle du 500,000 ème et du 250,000ème (7.89 et 3.95 milles au pouce) et nous renseigneront sur les comtés, les townships et la localisation des villages ruraux.On trouvera le plan d’assemblage et la liste des feuilles R K V U K TRI M EST RI K LL K ( ' A X AUI EX X E 398 parues dans le catalogue du service que dirigeait F.Lynch.-Malheureusement ce service fédéral vient d’être supprimé.De nombreuses autres cartes guideront celui qui enquêtera sur l’habitat rural, cartes du cadastre, cartes de la répartition des sols dans l’Ouest, même les cartes géologiques dont on peut se procurer la liste au Service géologique du -Ministère des mines d’Ottawa.Nous connaissons deux catalogues de ces dernières, l’un dressé par \Y.F.Ferrier (1845-1917), l’autre par P.1.Moran (1917-1930).Le trait le plus original, celui qui nous frappe d’abord en examinant ces cartes, c’est la dispersion des propriétés rurales, c’est aussi les formes géométriques des cantons (townships).Dans ces cadres artificiels, tracés par les arpenteurs au moment où le pays se peuplait, parfois même avant, les germes se sont dissimulées par intérêt pratique autant que par souci d’indépendance.Les fermiers veulent habiter la terre qu’ils cultivent.Cependant ne voyons-nous pas se dessiner des agglomérations, les unes se fondent sur le simple rapprochement topographique: les rives d’un lac ou d’une même vallée; les autres s’appuient sur la communauté d’une institution sociale, l’église ou l’école; d’autres sur la communauté d’une institution économique, moulin, crémerie coopérative, gare de chemin de fer, usine agricole, etc.Ce qu’il faut donc pour mener à bien cette enquête, pour établir la carte des types d’habitat rural, ce sont des études régionales, des monographies qui nous feront d’abord préciser la terminologie du sujet, ensuite mieux voir l’empreinte de l’homme sur la nature, enfin toucher à des problèmes d’ordre économique et social dont nous aurions tort do nous désintéresser.Que l’on réponde au questionnaire indiqué plus haut L’auteur se met volontiers à la disposition de ceux qui désirent entreprendre des monographies pour les orienter dans le choix des matériaux à mettre en œuvre.Que les réponses cpie nous recevrons soient publiées dans cette revue ou en volume, toutes serviront à faire connaître l’habitat rural canadien, à montrer qu’au Canada il ne manque pas de chercheurs dans le domaine géographique.Benoît Brouillette, Professeur à l’École îles liantes Eludes Commerciales L HABITAT RURAL 390 bibliographie Outre les articles indiqués plus haut, on fera bien de consulter avant de se mettre à l’œuvre quelques ouvrages de fond en géographie humaine: Principes île géoyraphii humaine, par 1’, Vidal et la Blnehe.Lu géographii humaine, par Jean Brunhes, 4e éd.en 1034, Paris Human Geography vt, The pioneer Fringe, pur 1.Bowman, Xew York.T ht Pioneer Settlement, par 2(i auteurs.Société Américaine de Géographie, X.-Y.Principaux travaux sur l’habitat rural: L'habitat rural en Belgium, par M.A.Lefebvre, \ aillant-Carmanne, Liège.En type île peuplement dispersé en Slovaquie, par Pierre Deffontaines, l'iiion Géographique Internationale, Paris.IL habitat rural eu Egypte, par Jean Lozaeh et Georges Hug, Soc.Royale de Géographie d'Egypte.Le Caire.The social .1 reas of Otsego County, par I).Sanderson et \V.Thompson, Cornell University, Ithaca.Farm and Village Housing, The President’s Conference on Housing and Home < Rvnership.Washington.Essai sur l’habitat rural du Sahel Tunisien, pur Jean Despois, Ann.de Géographie 1931, p.250-271.L'habitat rural au Maroc, par le Dr Pons.Rev.de Géog.Marocaine, 1931.j).09-102.Les villages rond du Ho le:, par L.Josserand, Rev.Géogr.des Pvréuées et du • 4 S.-O.1931, p.5-21./{apport du Congrès International de Géoyraphn di Paris en 1931, vol.III, A.Colin, Paris, 1034.A ceux qui étudieront les régions riveraines du Saint-Laurent en lias de Québec, nous conseillons île lire les Etudes Canadiennes de M.Raoul Blanchard, publiées dans la Rev.de Géogr.Alpine de Grenoble: I.La Presqu'île de Gasfjc, 1030, p.5-112: II.J.e rebord Sud de l’estuaire du Saint-Laurent, 1931, p.5-143: 1 IL Le rebord Xord de l’estuaire et du golfe du Saint-Laurent.1032.p.407-503.IV.Le Saguenay et le lac Saint-Jean, 1933, p.5-175.Y.Esquisse de Géographie urbaine, Québec.193-1, fuse.2. LES TRANSFORMATIONS DE LA LANGUE ET DES INSTITUTIONS JURIDIQUES A PROPOS DTX RKCILXT 01'VU AGP: CAXADIKX Inscrit au barreau de notre province, encore jeune mais déjà calé en science juridique, Mc Louis-Joseph de la Durantaye vient de faire paraître un gros traité de la faillite, à l’usage des praticiens et des commerçants.Le souvenir gardé par son auteur de nos replions anciennes dans un bureau de traduction de la capitale m a valu l’envoi gracieux de cet in-octavo de plus de six cents pages, d’attrayante ordonnance et typographie, et riche en indications utiles comme en aperçus éclairants.J.es lecteurs de la Revue 7 n-nmtricllc Canadienne me sauront gré, je pense, de leur mettre suivies veux un peu fie ce qui m’est resté d une rapide incursion dans cette abondante documentation.De prime abord, il me faut avouer que la littérature du code et du palais n’a jamais eu pour moi un souverain attrait.Malgré tout, je fréquentai assidûment les cours de la Faculté de droit de Montréal sous l’œil bénévole de professeurs diserts et savants comme l’étaient Pierre-J .-D.Chauveau, Louis-Adolphe Jet té, Charles Chamillv de Lorimier, Joseph-Adolphe Ouimet, Horace Archambault.Mais a l’expiration des trois années, et muni de tous les diplômes exigés par l’Université et le Barreau, je m’échappai par la tangente, me jugeant indigne encore de me constituer le défenseur de la veuve, de l’orphelin.ou de menus plaideurs in forum paupens.Au reste, la perspective de voir s’écouler une notable partie de mes jours dans un obscur bureau de la rue Saint-Gabriel ou de la rue Saint-A incent d’alors, — les choses ont bien change depuis cinquante ans, — ne me souriait que médiocrement.Apres quel-nucs mois passés à Paris en vue de grossir mon instruction, je fus heureux de revenir au pays et d’y prendre la clef des champs, où j’entrevoyais une existence plus conforme à mes aptitudes et a mes goûts.Sans compter que, pour une nature sensible, et même pour tout autre qu’un praticien éprouvé, la Faillite n’est pas un sujet séduisant.11 s’en dégage, sinon une suspicion de tromperie, du moins 1 Traite de la faillili en la j o c< di Québec, par Louis-Joseph de là Durant jive, 1 '.Ci t : chez 1 auteur à Mont réal, 1107.imwublc A hired, place d Armes. LK' TK AXSJ OIÎ.UATIOXS DK I,A LAXGUK •101 une odeur de décombres, comme une émanation de ruines fumantes.< 'e ne fut donc pas sans une certaine crainte (pie j’abordai l’examen du livre de "mon savant confrère”, avec ses termes rares ou spéciaux, ses textes de loi, ses renvois à des recueils de jurisprudence, à de multiples décisions de nos tribunaux.Or il me faut reconnaître maintenant que mes craintes étaient puériles: la lecture et l’analyse de cette couvre consciencieuse m’ont procuré maint quart d’heure d’utile et agréable occupation.Le livre de Me de la Durantaye, tout en étant d’un réel secours à l’homme d’affaires, aux gens de loi, sera, j’en suis persuadé, pour les esprits voués aux études, une source de haute inspiration.Nous allons l’examiner brièvement au point de vue de la langue, de la méthode et du fond.Quiconque le fera sans parti pris de dénigrement, se convaincra, je pense, de l’ampleur du vocabulaire de l’auteur et de la correction générale de sa grammaire.Son style va droit au but; il rappelle par sa précision et sa clarté celui de quelque juriste de notre ancienne mère patrie1.C’est à peine si en cours de lecture un terme, une locution pourrait tirer l’œil d’un puriste à l’humeur acariâtre.Notons en passant Bref, un archaïsme, et Couvcrneur en son conseil, un néologisme.:k * ' * Traduction du mot anglais icril, bref est l’équivalent canadien de mandat de comparution, d’assignation, de citation à partie devant le tribunal compétent.C’est l’acte judiciaire qui en début d’instance est signifié de la part du demandeur au défendeur, par ordre du souverain et ministère d’huissier.Pris dans ce sens, bref est un archaïsme qui, par voie détournée, nous est venu de la France médiévale et s’est acclimaté chez nous il y a tout près d’un siècle.Quant à l’insertion de l’adjectif possessif son dans la formule (iouverneur en conseil, c’est une variante d’introduction toute récente dans nos Statuts et dont la légitimité, l’opportunité même, semble fort contestable.Certes, il serait absurde de reprocher à l’auteur de cet excellent Tmiti de la faillite l’hospitalité qu’il accorda ainsi à un archaïsme eanadianisé par long usage et à une nouveauté revêtue de la haute sanction de nos chambres législatives.Aussi bien, je n’y songe nullement.Si j’en parle ici, c’est parce que le moment me semble favorable pour mettre en lumière certains aspects curieux de l’évolution du style judiciaire tant d’un côté (pie de l’autre de •102 K E V T I : TU IMESTRIEI,I.K ( AN A DI EN N K l’Atlantique, en fonction des changements survenus clans tordre politique et social.En effet, malgré la concision, je dirais presque l’élégance monosyllabique du mot Bref et de son timbre nettement français, il n’est pas très facile au pied levé de retrouver son pedigree, c'est-à-dire de le rattacher à des vocables similaires de 1 Ancienne franco Dans les dictionnaires de la langue française parus ces deux ou trois siècles derniers, et même dans les recueils spéciaux, le substan- I if Bref n’apparaît guère dans le sens qu’on lui attribue couramment de nos jours en la province de Québec.Dans son grand Dictionnaire de la langui française (1S65-1S72 Littré, se fondant apparemment sur l’autorité du Dictionnaire d< Trévoux (1704), continuation de celui de Furetière (16S4-1690J, donne bien cette quatrième définition du mot Bref: “Terme d’ancienne législation.Lettres de bref, lettres de chancellerie qu on obtenait pour intenter une action .Bien de plus.Alêmc silence ou laconisme, même imprécision, dans les ouvrages spéciaux français qui traitent de la matière.Le vaste Répertoire Vniversel et Raisonné de Jurisprudence civile, criminelle, canonique et bénéficiait.publié par AI.Guyot, à Paris, en 1776, se borne à définir Bref “Une lettre (pie le pape adresse à un souverain ou à des magistrats dans quelque affaire.Le Bref est ainsi appelé à cause de sa brièveté.II ne contient ni préface ni préambule’ .Lauret, dans son Stih Universel de toutes les cours et juridictions du Royaume, Paris, 1715, ne mentionne même pas Bref.La fameuse Ordonnance de Louis XIV Uit>7, sur ht procédure, dit Code Louis, parle bien des “Ajournements et citations en toutes matières et en toutes juridictions”, comme aussi de sommations, mais nulle part il n’y est question de Bref.A cette étape de mes recherches, j’aurais volontiers considéré Bref comme un terme de chancellerie ecclésiastique plutôt que d ancienne1 législation française.Au reste, ne fut-il pas un temps ou l’autorité religieuse et l’autorité civile en France se rattachaient l’une à l’autre par des liens fort étroits .’ En tout état de cause, il me semblait bien à ci1 moment que l’emploi de ce substantif hybride n’avait jamais tenu beaucoup de place dans la procédure juridique de la France médiévale.De nouvelles recherches ne tardèrent pas à corriger cette hâtive conclusion.AI.Félix Leclerc, l’aimable ci savant bibliothécaire de Saint -Sulpicc, mettait à ma disposition son intime connaissance des LES TRANSFORMATION S DE LA I.ANIil'K trésors que recèle la vénérable institution confiée à ses soins, connaissance doublée de la précieuse expérience acquise dans l’étude et l’exercice de sa profession d’avocat.Grâce à lui, je pus prendre contact avec les poudreux ouvrages des anciens juristes anglo-normands, angevins ou français; avec les in-folio d’Henri Basnage, les in-quarto de François Ragueau, le massif bouquin de Littleton.Ces trois auteurs me transportèrent dans le haut moyen âge, à l’époque reculée où foisonnaient les brefs de toutes sortes dans l’administration de la justice locale et seigneuriale, avec le sens précis fpie nous attachons encore aujourd’hui à ce mot dans notre province de Québec.Au cours de scs Commentaires sur les Coutume* du pu;/* et duché de Normandie, Rouen 1678 et 1681, Henri Basnage écrit; “Ce terme de Bref signifie l’ancienne Formule dont on se servoit en toutes sortes d’actions, et les Anglois s’en servoient comme nous”.De son côté, François Ragueau, professeur en droit à l’université de Bourges, et auteur d’un Indice de* droits royaux et seigneuriaux, paru en 1585, s’exprime ainsi dans son Glossaire du droit français; “Les Briefs, ou Brefs, au styl du pals de Normandie, sont les Commissions, Mandemens et Ordonnances du Roy ou .luge, qui sont adressés aux juges ou sergens de l’épée, pour former les demandes, clameurs et querelles qu’on veut intenter et qui ne se doivent terminer par bataille.pour faire la voue au possesseur et lui bailler l’assignation.” Ft Ragueau relève la mention de Bref jusque dans un arrêt de l’an 1280.En 1481, devançant Ragueau d’un siècle et Basnage de deux, paraît le grand ouvrage de Littleton sur les Tenures seigneuriales.L’édition de 1779, précédée d’une savante Préface de M.Houart, avocat de Dieppe, a pour titre: Anciennes Lois des François conservées dans les coutumes anglaises”, où l’on fait voir que les coutumes et les usages suivis en Normandie sont les mêmes qui étoient en vigueur dans toute la France sous les deux premières races de nos rois”.L’éditeur de Littleton, se réclamant de l’érudit Du Cange établit, à l’encontre de Montesquieu, “la conformité entre ies anciennes préceptions et les Brefs ou Lettres royaux des dix et onzième siècles.” Or, puisque, de date fort ancienne, Bref a tenu une large place dans la langue et la procédure des justices coutumières et seigneuriales de la France, on éprouve quelque surprise d’en perdre la trace tant dans la métropole que dans sa colonie, dès que la monar- REVUE TRIMESTRIELLE ( AXA DIEXXI 404 chic se constitue en puissance et en étendue.Dès avant la Renaissance, Bref a disparu des actes judiciaires ou administratifs de l’Ancienne France comme rie la Nouvelle.Nous l’avons vu, la grande Ordonnance de Louis XIV sur la procédure ne semble pas connaître ce terme et nos propres recueils: Edits et Ordonnances, Jugements du Conseil Souverain, etc.n’en parlent pas davantage.Mais le trait le plus curieux dans l’odyssée de ce vocable ancien, c’est, à la suite d’une éclipse qui s'est prolongée durant tout le régime français et trois quarts de siècle du régime anglais, sa réapparition entre 1840 et 1850 dans la langue et les publications juridiques de chez nous.Encore au moment de l’union des provinces du Haut et du Bas-Canada, il n’est partout question dans les documents officiels que de writs.En 1841 pour la première fois, on voit apparaître le mot Bref, ainsi qu’une formule de bref.En 1843, tandis (pie writ ou ordre de capias s’affiche de nouveau dans les textes officiels, le terme bref >l’assignation figure dans un jugement (pie reproduit la Revue de législation et de jurisprudence, dirigée par trois juristes canadiens: Louis-O.LeTourneux, S.Lelièvre, F.-Réal Angers.En 1S4G, c’est toujours ivrit ou process qu’on lit dans la version française de nos lois.Au cours de toute cette période décennale, Bref subit des variations de fortune, en fonction, semble-t-il, des succès remportés, des revers essuyés par nos chefs dans leur lutte pour la conquête de la liberté politique.Vers 1850, on peut dire (pie la victoire est complète, et c’est alors que Bref s’installe dans notre langue juridique de manière définitive.En résumé, Bref, comme son nom l’indique, est d’origine hybride et très ancienne, mi-ecclésiastique mi-féodale.Tant que l’Eglise et la Féodalité dominèrent la vie sociale et coutumière de la nation française, Bref y fut d’usage général et constant.Son emploi se restreignit au fur et à mesure de l’expansion du pouvoir central, des empiétements de l’fit at, aux dépens, d’une part, des institutions de la vie locale, de l’autonomie des provinces, et, d’autre part, de la puissance ecclésiastique et de la souveraineté papale.On se rend compte que, dans le rayonnement de la cour du Roi-Soleil, entouré de ses prélats gallicans et de ses ministres, agents zélés de la centralisation administrative, on n’ait pas fait montre de beaucoup de zèle pour la défense des usages locaux, du vocabulaire des justices seigneuriales ou des formules empruntées à la curie romaine.Et si, à la suite d’un oubli prolongé durant tout le régime eolo- LES TRANSFORMATIONS DE LA LANGUE 40.") niai français et les débuts de l’occupation anglaise, cet archaïsme frappé au coin du droit médiéval prit place de nouveau dans le glossaire de notre palais, ce fut par l'intermédiaire d’hommes de loi canadiens, nourris de la lecture des œuvres des juristes du haut moyen âge où le mot comme la chose était d’usage quotidien.A la bibliothèque de Saint-Sulpice, de vieux grimoires de lois françaises ne portent-ils pas la suscription de Louis-Hippolyte La Fontaine?Ft le bel exemplaire de Littleton que M.Leclerc m’a mis entre les mains n’a-t-il pas appartenu successivement au juge Yallières de Saint-Réal et à cet ancêtre du barreau de Montréal, Côme-Séraphin Cherrier?A la vérité, à cause de ses origines lointaines et si dignes do respect, je ne puis me défendre d’un goût prononcé pour cet ancien vocable du palais, Bref.Serait-il à propos de le faire disparaître de notre glossaire juridique, en supposant que ce soit chose possible?Le terme n’est plus courant en France dans le sens où nous l’employons.Et après?Beaucoup plus critiquable me paraît la locution Gouverneur ni von conseil, pour rendre l’anglais Governor in Council.L’insertion de l’adjectif possessif son est ici une superfétation que le texte anglais ne justifie nullement.Bien plus, on peut y voir une sorte d’hérésie d’ordre constitutionnel, presque une trahison dont nous devrions être les derniers à nous faire les complices.Tout au moins, c’est à notre époque un anachronisme patent.Il est vrai que l'expression Le Roi/ Riant en son Conseil se rencontre fréquemment dans les archives de l’Anciennc France.Mais si l’ancienneté peut justifier l’emploi d’un simple terme rie pratique courante, Bref, par exemple, il n’en est pas ainsi, — il en est même tout autrement, — lorsqu’il s’agit d’une locution caractérisant un régime politique défini et sujet à changement.Dans l’espèce, personne ne voudra soutenir que la formule usitée par les sujets d’une monarchie absolue, comme l’était celle de Louis XIV ou de Louis XV, puisse convenir à un pays de gouvernement parlementaire et de suffrage universel comme le nôtre.A moins d’avoir tout oublié de l’histoire politique de l’Angleterre et do la nôtre, on n’ignore pas que depuis quelque deux siècles et demi le conseil exécutif du gouvernement anglais n’est pas particulièrement l’organe du roi, mais qu’il émane des trois pouvoirs associé.-: la couronne et des deux chambres législatives.On n’ignore pas davantage que dans notre pays du Canada nos pères ont fait une 406 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE lutte acharnée en vue de faire reconnaître en principe et en pratique la suprématie du suffrage populaire.S’il y a un peu moins d’un siècle, Sydenham pouvait impunément désigner ses ministres “My Officers”, et Metcalfe faire échec aux désirs de “'Mon conseil”,* 1 un gouverneur qui de nos jours le prendrait d’aussi haut avec les membres du cabinet, s’exposerait pour le moins à la risée de maint libre et indépendant électeur.C’est sans doute par suite d’une simple inadvertance que, dans nos Statuts, le Gouverneur continue de se prélasser en son conseil, ce conseil qui n’est plus à proprement parler le sien.Hâtons-nous de reconnaître que la plupart des questions de vocabulaire et de diction qui se soulèvent, au cours de ce Traité de Me de la Durantaye sur la Faillite y sont résolues de manière pratique et heureuse.Son livre est un répertoire bilingue de vocables d’excellente inspiration: précieux appoint dans la lutte pour la conservation de notre langue juridique française, sournoisement menacée, sinon d’absorption, du moins de corruption dans le milieu social mixte de l’Amérique anglaise.* * * Nettement français par le vocabulaire et la syntaxe, ce Traité l’est aussi par sa logique et son mode d’exposition.Des deux opérations par lesquelles l’esprit, prend contact avec la réalité extérieure, vue concrète et morcelée, en vogue de manière générale dans la vue courante, et surtout en milieu anglais; et d’autre part, élaboration abstraite de l’esprit, chère à l’esprit généralisateur et classificateur du Français, c’est cette dernière que notre auteur préfère et applique en toute occasion.Il lui arrive comme à son congénère Marcel de la Bigne ", de médire un tantinet de l’analyse,dont le rôle,en effet, paraît avoir été exagéré par les disciples de Durkheim.Après cela, ne nous étonnons pas si notre auteur, licencié en philosophie et diplômé de la Faculté de droit, s’élève contre les abus de l’esprit d’analyse imputables aux auteurs ou commentateurs de notre loi de faillite, décalque de la loi anglaise de 1914.Dès la préface de son livre, l’auteur signale le désordre des dispositions de notre loi de faillite et les insuffisances méthodologi- 1 A.Gérin-Lajoie.Hist, de l’établissement du gouvernement responsable.p.108, 177.’ 1 La crise do sens commun dans les sciences sociales.Paris, Recueil Sircv 1934, p.317 et suiv. LES TRANSFORMATIONS DE LA LANGUE 407 ques de ses commentateurs.Peut-être ne s’exprime-t-il pas avec suffisamment de netteté lorsqu’il reproche à ces auteurs “de s’être abandonnés aux manières relâchées et décevantes de l’analyse”.Ce n’est pas tant, semble-t-il, par un excès que par une insuffisance d’analyse que pèchent ces rédacteurs; et le catactère superficiel de leur analyse a pour complément naturel une synthèse flottante, le fâcheux désordre des conclusions et du classement.A cette méthode toute de caprice, de laisser-aller et de surface, l’auteur oppose la sienne, qui en est à tous égards le contre-pied, et dès lors leur est infiniment supérieure.Essentiellement elle se caractérise, dans la recherche, par le maintien d’un juste équilibre entre l’analyse et la synthèse, et, dans l’exposition, par un large recours à la déduction et au classement.Au départ, Me de la Durantaye explique qu’il a commencé par dégager “un plan logique, réaliste, applicable à cette procédure d’exécution collective qu’est la faillite”.Pour faire suite à cette heureuse définition de son sujet, l’auteur en opère la subdivision de manière tout aussi objective et méthodique: 1° la déclaration de faillite; 2° ses effets (dessaisissement, cessation des poursuites, révocation des actes préjudiciables à la masse) ; 3 ° mesures relatives au personnel, aux dettes, à la liquidation de l’actif; 4° solution de la faillite (concordat, décharge, état d’union) 5° répression des délits; et G0 frais et dépens.Il ne saurait être question de passer ici en revue la matière de ce livre bien fait sur un sujet malheureusement de grande actualité à notre époque de fléchissement des affaires.D’autant plus qu’en me prononçant sur le fond de la question je courrais grand risque d’excéder ma compétence en matière proprement juridique.Aussi bien, je me bornerai à signaler les deux chapitres préliminaires, h* premier de Notions historiques, le deuxième de Notions générales, qui tombent dans le cadre de mes études sociales et méthodologiques.Ni l'un ni l’autre ne manque d’intérêt même pour ceux qui ne se vouent pas exclusivement à l’étude du code et à la pratique de la loi.* * * Cet aperçu historique, dans sa brièveté, — il comprend moins de trente pages, — nous permet de dégager les influences sociales qui, d’âge en âge et d’un pays à l’autre, ont déterminé l’apparition de la faillite comme institution sociale reconnue.Ces influences sont isolément, et surtout en combinaison, l’agglomération des REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE 4 OS habitants, la complexité sociale croissante et particulièrement le développement du commerce.En première page, MedelaDurantaye le constate, tandis que la saisie privée est une idée proprement germanique, c’est-à-dire de peuples à organisation encore simpliste et à prédominance de la vie rurale, isolée, la faillite, ou saisie collective, la prise de possession de tous les biens du débiteur par ses créanciers syndiqués, est une idée romaine.Or Rome, — à l’origine, il est vrai, plus agricole que commerçante,—a fini par rompre l’étroite enceinte de la Cité, pour subjuguer l’Italie et asservir une bonne partie du monde.Elle n’a pu alors se garder de la complexité sociale et des envahissements du commerce.Aussi bien, est-ce chez elle, sous l’égide de son droit prétorien, que l’on relève les premiers linéaments de l’institution de la faillite.La France, à l’époque des invasions germaniques, présente des conditions tout autres: chez ces peuplades du nord, de type rural et particulariste, aux mœurs rudes et d’humeur guerrière, les rapports entre créanciers et débiteurs se règlent d’après une coutume qui est bien le contre-pied de l’institution de la faillite telle qu’elle se pratique de nos jours.Ecoutons ce qu’en écrit Me de la Duran-laye; “A la notion de l’exécution collective du droit romain s’est substitué le droit par lequel, sans le concours d’officiers de justice, le poursuivant met la main sur l’individu ou sur les biens, pour s’assurer une garantie: le débiteur purge sa dette en servant son créancier.Jusque pendant la féodalité, la procédure de liquidation commune fera défaut, l’envoi en possession romain continuera de rester à l’écart du droit de poursuite”.Cette Gaule romanisée, qui est tombée sous l’emprise de l’envahisseur franc, devra attendre l’ère de fermentation sociale du treizième siècle, et le changement des idées qui s’ensuivra, pour renoncer à reconnaître le droit du créancier premier saisissant de se faire justice à lui-même, et pour y substituer le concours des créanciers dans les cas de déconfiture, ou même de simple insolvabilité.Cette concomitance entre le commerce et l’institution de la faillite est constante.Elle se manifeste dans les villes commerçantes de l’Italie au début de la Renaissance; à Gênes, par exemple, dont on disait : Genuensis ergo mercator, mais aussi à Florence, à Naples, etc."De cette époque, écrit M.de la Durantaye, date la procédure de la faillite: la désignation normale des syndics par les créanciers sous la confirmation du tribunal; l’inventaire, la vérification des LES TRANSFORMATIONS DE LA LANGUE 409 dettes; la distribution des sommes; le dessaisissement, l’exigibilité des dettes à terme; la période suspecte préparatoire.Les Italiens ont même fait sortir de la faillite la théorie du concordat”.Même concomitance entre les progrès du commerce et la réglementation de la faillite dans la France du dix-septième siècle.Lyon, sur le Ithône, centre industriel et bancaire dès les règnes de Louis XII et de François 1er, a été le ‘‘chaînon d’attache” entre la finance italienne et la finance française, comme le constate Mode la Durantaye.“La faillite y était déjà pratiquée depuis longtemps lorsque les négociants de cette ville firent adopter le règlement de la place des changes, qui porte la date du 2 juin 1667.("est le premier texte français ayant trait à la faillite, c’est-à-dire le premier qui envisage autre chose que le côté de la répression.Le principe de l’égalité des créanciers est pour une fois posé.Et l'expédient de la période suspecte s’introduit en France”.Observez que ce règlement de Lyon (1667) ne précède que de six ans la fameuse Ordonnance de 1673, première codification générale du commerce français.L’Angleterre, à cause d’un concours de circonstances qui ont favorisé chez elle un développement plus hâtif du commerce, du capital et des entreprises maritimes, s’est appliquée plus tôt et plus énergiquement que la France à l’organisation de la faillite.Le livre de Me de la Durantaye nous permet de suivre les diverses phases de cette évolution, d’abord sous le régime de la common law de l’Angleterre encore purement agricole des premiers temps, qui prévoyait l’exécution individuelle sur les biens, mais non pas la contrainte exercée .sur la personne du débiteur; puis sous l’empire de la loi marchande, en fin de treizième siècle, qui autorise pour la première fois l’emprisonnement du débiteur (1285).De ce procédé de la contrainte par corps, on fera un emploi de plus en plus étendu jusqu’au seizième siècle, si bien que, dans les dernièrse années du règne d’Henri VII (1504), “le créancier, en toute espèce, pouvait s’emparer de la personne du débiteur comme voie d’exécution”.Mais, dès la fin du règne suivant, celui d’IIenri VIII (1542), “le conseil favorise peu à peu les accommodements entre le débiteur et ses créanciers”.Toutefois, même cette loi de 1542 vise surtout à réprime)' la banqueroute; c’est de 1571 que date la première loi pour Vorganisation de la Jaillite en Angleterre.Il s’écoulera encore cent trente-cinq ans avant que le législa- 410 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE teur anglais consacre le principe de la décharge (1706).En 1813, il autorise l’organisation de la déconfiture, ou insolvency: en 1825, la déclaration volontaire de faillite; en 1849, l'organisation des concordats avant et.après la faillite; en 1861, l'extension de la bankruptcy aux non-commerçants et l’abolition de ^insolvency.En 1869, le contrôle de l’autorité publique disparaît momentanément; et le recours à l’emprisonnement pour dettes subit des restrictions.Les abus entraînés par la loi de 1S69 déterminent la réforme de la loi de faillite en 1883.Enfin, s’opère la codification de la loi de faillite en 1914, qui sera suivie de sa modification en 1926.C’est cette codification de la loi anglaise de 1914 qui a servi de base à la loi canadienne en 1919.Me de la Durantaye consacre les six dernières pages de son aperçu historique à indiquer les modalités successives de nos lois de faillite, d’abord au cours des années qui ont précédé la Confédération: dans les Provinces maritimes, dans le Haut et le Bas-Canada (1791-1840); puis, dans les Canadas-l'nis (1840-1867); enfin, sous le régime du pacte fédéral: lois de faillite de 1S69 et de 1875, sans oublier la législation émanant des provinces.* * * Le deuxième chapitre de l'introduction de ce traité de la faillite est consacré à l’énoncé des Notions générales.Me de la Durantaye ne s’y montre pas moins méthodique et éclairant que dans le premier.Il commence par signaler les caractères de la loi de faillite, ses défauts de forme et ses qualités de fond, qu’il examine successivement au point de vue de la langue, du plan et du fond.Comme celui de la loi anglaise, le style de la nôtre est “diffus et inaccessible aux profanes”.C’est au point qu’après quinze ans, ‘‘le droit de la faillite est resté un mystère impénétrable aux praticiens ordinaires”.Le plan de la loi de faillite, notre auteur le condamne sans réserve.“Pour la postulation, écrit-il, le procureur qui en est chargé éprouve cette irritation continuelle d’avoir à en dégager les phases et les formes.Il lui faut aller à chaque occasion en plusieurs endroits différents.Il y a là un véritable labyrinthe où l’on trébuche sans cesse dans toutes sortes de pièges, où celui qui réussit à grouper rigoureusement les matières de chaque objet d’étude dans un encadrement peut se targuer déjà d’être passé maître”.D’autre part, le fond, les principes, AL de la Durantaye les LES TRANSFORMATIONS DE LA LANGUE 411 juge excellents.“Par contre la loi canadienne de la faillite dispose équitablement des changements que l’état de faillite doit opérer dans les relations contractuelles.Elle n’est ni trop dure pour porter au débiteur un coup dont il ne se relèvera plus; ni trop indulgente pour favoriser les fraudes et les détournements.Elle pourvoit ainsi à deux intérêts bien distincts: celui des créanciers qui désirent sauver du naufrage les plus grosses épaves; celui des débiteurs dont les forces agissantes ne doivent pas demeurer trop longtemps sous séquestre”.Dans cette loi de la faillite se trouvent incorporées la plupart des réformes prônées depuis le milieu du dix-neuvième siècle.Comme à l’origine, la faillite est permise aux non-commerçants.Les faits déterminatifs de la faillite ne se limitent pas à la cessation des paiements: il suffit de l’insolvabilité duement constatée.Le privilège de la cession des biens, suivant la tradition canadienne, est sauvegardé.J.a faillite après décès permet la concentration du gage lorsque les biens de la succession ne suffisent pas au règlement des dettes.Les concordats préventifs de la loi anglaise sont écartés.Le dessaisissement n’est pas reporté au fait de la faillite, mais seulement à la déclaration de faillite.En même temps que le failli est tenu de donner son assistance à la masse, celle-ci répond envers lui de la dette alimentaire.Les engagements contractés par le syndic sont des dettes de la masse.Les créanciers de la masse, par opposition aux créanciers de la faillite, ont droit d’être remboursés en première ligne sur les deniers de la faillite pour les frais de la masse comme pour les dettes de la masse.Et l’hypothèque judiciaire se trouve anéantie par l’enregistrement de la déclaration de faillite.La faillite ne prend de caractère infamant que si elle est une banqueroute frauduleuse: les fraudes seules, et non pas les fautes du débiteur, sont un obstacle à la solution honorable par concordat ou par décharge.Dans les douze dernières pages de l’Introduction, l’auteur examine la loi canadienne de la faillite, ainsi nettement caractérisée, d’abord au point de vue de sa rétroactivité, puis dans ses rapports avec notre droit constitutionnel, dans le domaine fédéral et dans le domaine provincial, ainsi que dans ses combinaisons avec le droit international privé et le droit civil.Or, nous n’en sommes encore qu’aux préliminaires de cette 112 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE mise en œuvre consciencieuse d’un vaste sujet.Dans les cinq cent soixante pages suivantes qui forment le corps du volume, l'auteur, après nous avoir renseigné suffisamment sur l’organisation judiciaire de la province de Québec, la composition des tribunaux, ses ressorts et divisions, ses auxiliaires, greffiers, séquestres officiels, sténographes, shérifs, huissiers, etc.; sur la compétence des diverses juridictions; la procédure civile, les actes, les délais, les nullités et les remèdes, l’instruction, les jugements, les appels, les voies d’exécution, aborde successivement, et en autant de titres, les six grandes divisions de la matière indiquées dans la préface et signalées spé-cédemment.Chaque phase du sujet est méthodiquement expliquée et s’appuie sur un riche fonds de documentation et de jurisprudence.Les formules dont il propose l’emploi sont reproduites à leur place en cours d’exposition.Les textes français et anglais de la loi de faillite, des règlements généraux, des dispositions abrogées et des tarifs en vigueur suivent en annexe et remplissent deux cents pages double colonne.En conclusion, ce n’est pas trop dire que Ale de la Durantaye a rendu un réel service à ses confrères de la docte faculté, et subsidiairement au grand publie, en mettant de l’ordre, beaucoup d’ordre dans un fouillis législatif troublant; en projetant la lumière de son esprit méthodique et pénétrant dans le clair-obscur de notre législation canadienne, sur un sujet de très grande importance.Il a droit de la part de scs compatriotes à un large tribut de félicitations et de reconnaissance.Léon Gérin Docteur ès Sciences sociales de l’Cnircrsitc rie Montréal $0 -¦'y** ^*5 ÉL Af 7 J i NOTRE BILAN-VIE (Suite) e.Nuptialité.Le nombre des naissances et, par conséquent, en partie, notre augmentation naturelle, dépendant du nombre des mariages, il nous reste à connaître l’état de la province de Québec au point de vue de la nuptialité.Pour le savoir on calcule le nombre des mariages par mille de population.On comprendra facilement que le résultat de ce calcul n’établit pas la situation d’une façon exacte puisqu’il inclut toute la population alors qu’il devrait se limiter au seul groupe de l’âge susceptible de se marier.11 se trouve ainsi, et c’est notre cas, qu'une population qui comprend une proportion assez élevée d’enfants voit son taux de nuptialité indûment baissé.Quoi qu’il en soit,force nous est de reporter le nombre des mariages au chiffre de la population puisque c’est le seul moyen de comparaison dont nous disposions.Le taux de nuptialité des provinces nous est donné par le tableau suivant: TABLEAU 10 Taux de nuptialité - Déco (le 1922- 1931 Xombre moyen Provinces Taux des mariages 1.Ontario 1 .i 24,633 2.Alberta 7.5 4,837 3.Manitoba *7 O i .O 4,7Ü0 j Xouveau-Brunswick 7.3 2,S9S 5.Colombie Canadienne 7.1 4,378 0.Québec 0.8 17,942 7.Saskatchewan 6.6 5,568 S.Nouvelle-Ecosse 0.2 3,189 9.lle-du-Prince-Edouard .1.4 470 Canada .7.2 6S,665 Quatre provinces donnent un taux de nuptialité supérieur à celui de l’ensemble du pays; dans les cinq autres provinces il lui est inférieur.La province de Québec se trouve dans le second groupe.L’étude de la nuptialité, au cours de la dernière décade, présente un intérêt particulier.Elle démontre les relations étroites qui existent entre le nombre des mariages et l’état économique de la population.C’est ainsi que les grandes prospérités que la nation 414 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE a connues, particulièrement au cours des années 1928 et 1929, ont fait monter les taux de nuptialité.Ceux-ci,au contraire,se sont généralement abaissés depuis, surtout en 1931.On se rappelle aussi la corrélation qui existe entre le taux de la natalité et celui de l’augmentation naturelle de la population.On ne saurait en dire autant de la nuptialité.Ainsi, la province d’Ontario, qui a un taux de nuptialité élevé, a une natalité assez faible.La province de Québec, au contraire, qui tient facilement le premier rang par son taux de natalité, n’occupe que le sixième rang sur le tableau de la nuptialité.Le nombre des mariages n’est donc pas la seule considération à faire pour assurer le nombre des naissances.Ici, les mariages ne comptent qu’en autant qu’ils sont féconds.On pourrait compléter ces renseignements par le nombre moyen de personnes que comptent les familles dans les différentes provinces.Mais cette publication n’a pas encore été faite pour le rencensement de 1931.2.Mouvement particulier de la population des principaux groupes ethniques.Les différentes nationalités qui forment la population du Canada peuvent se ramener aux trois groupes ethniques suivants: logroupe de langue anglaise (Anglais, Ecossais, Irlandais, Américains); le groupe de langue française (Canadiens-français, Acadiens, Français, Belges); le groupe des autres nationalités.Les recensements décennaux depuis 1901 divisent comme suit ces trois groupes ethniques: TABLEAU 17 Canada Repartitions clés groupes ethniques 1911 1921 1931 Nombre % Nombre C?/O Nombre % Anglo Canadiens 3,893,453 54.0 4,866,298 55.5 5,381,071 51.8 Franco Canadiens 2,054,182 28.5 2,452,233 28.0 2,955,575 2S.5 Autres nationalités 1,231,375 17.1 1,457,322 10,1 2,040,140 19.7 Non classifiés 27,633 0.4 12,096 0.1 Total 7,206,643 100.0 8,787,949 100.0 10,376,786 100.0 B NOTRE BILAN-VIE 41.5 Les Anglo-Canadiens gardent de plus en plus difficilement la majorité sur tous les autres groupes ethniques.Au cours des deux dernières décades, leurs taux d’augmentation ont été respectivement de 25% et de 10.5%.Il n’est pas étonnant, dans ces circonstances, que leur proportion tende à baisser dans le pays.Les Franco Canadiens gardent leurs positions, ils dépassent légèrement le quart de la population totale du pays.Au cours des deux dernières décades, leurs taux d’augmentations ont été respectivement de 19.3% et de 20.6%, soit des taux inférieurs à la proportion qu'ils tiennent dans le pays.Le groupe des autres nationalités monte vers la proportion du cinquième de la population totale du pays.Au cours des deux dernières décades, leurs taux d’augmentation ont été respectivement de 18.3% et de 40.0%.Cette dernière proportion est bien supérieure à celle que tient ce groupe dans la population totale du pays (19.7%).Ce groupe s’est donc augmenté grâce à l’immigration dont il a bénéficié.Il est intéressant de connaître la répartition de ces trois groupes ethniques dans les diverses provinces.Elle est donnée par le tableau suivant : TABLEAU 1S Distribution par provinces des groupes ethniques.Année 1931.I.Groupe anglo-canadien Provinces Nombre C/ /O 1.Ontario 2,539,771 47.2 2.Colombie Canadienne 489,923 9.1 3.Saskatchewan 437,836 8.2 4.Québec.432,726 8.1 5.Nouvelle-Ecosse 391,878 7.3 6.Alberta 389,238 7 2 7.Manitoba 368,010 6.8 8.Nouveau-Brunswick 255,567 4.7 9.Ile-du-Prince-Edouard 73,758 1.4 Autres territoires 2,364 0 004 Total 5,381,071 100.0 1 — Groupe Anglo-Canadien.Comme au recensement de 1921, près de la moitié du groupe anglo-canadien habite la province d'Ontario.Le reste se distribue dans les autres provinces en proportions plutôt réduites. 416 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE 2 — Groupe Franco-Canadien.Si la province d'Ontario est un château fort pour les Anglo-Canadiens, la province de Québec l’est également pour le groupe eanadien-français.Plus des trois quarts des Canadiens de langue française se trouvent dans cette province; le reste habite surtout Ontario et le Nouveau-Brunswick.3 — Groupe des autres nationalités.Ce groupe habite surtout les provinces d’Ontario et de Saskatchewan.L’Alberta et le Manitoba en réclament aussi des proportions assez appréciables.Puis viennent la Colombie-Canadienne et Québec.Les provinces maritimes n’en retiennent que très peu.Comment se répartit la population de chaque province entre les trois groupes ethniques ?Voilà ce que nous allons maintenant examiner.TABLK.M' 19 1 — Province d'Ontario Groupes 1901 1911 1921 1931 X ombres /i X ombres /o Xombrcs r* X ombres r- Anglo-Canadiens 1,731,844 79 4 1,927,099 76.3 2,282.01.5 77.9 2,539.771 74 .0 Autres nationalités 2S5.S61 13 3 1.5.3 403.164 13 6 584,870 17 .0 Franco-Canadiens 158,671 7.3 202,442 8.4 248,493 8.5 307,042 9, ,0 Total 2,176,376 100.0 2.523,204 100.00 2,933,6.52 100.00 3,431,683 100 .0 Le groupe anglo-canadien comprend les trois quarts de la population totale de la province.Au cours de ces trois décades, son augmentation s'est faite aux taux respectifs suivants: 11.3% — 18.4%-11.2%.Durant la dernière décade, ce groupe n'a fourni que 52% de l’augmentation totale de la population de la province, alors qu'il en constitue 74.0% Le groupe des autres nationalités augmente sensiblement.Aujourd’hui il n’est pas loin de représenter le cinquième de la population totale de la province.Au cours des trois décades étudiées, son augmentation s’est faite aux taux respectifs suivants: 37.8%— 2.4% — 45.0%.Durant la dernière décade, ce groupe a fourni 36.5% de l'augmentation totale de la population de la province.On voit combien ces taux (45.0% et 36.5%) dépassent la proportion NOTRE BILAN-VIE 417 flu groupe clans la population totale de la province, soit 17.0%.Il s’est donc fait, en Ontario, durant la dernière décade, une forte immigration faite d'éléments étrangers.Le groupe franco-canadien monte vers le dixième de la population totale de la province.Depuis 30 ans, ce groupe a fourni à chaque décade les taux respectifs suivants d'augmentation: 27.6% — 22.8% et 23.6%.Durant la dernière décade, ce groupe a fourni 11.5% de l’augmentation totale de la population de la province, soit une proportion légèrement supérieure à la sienne qui est 0.0%.TABLEAU 120 2 — Province, de Québec Groupe* moi mil 1021 1931 Nombre* % Nombres Nombres ' [ Nombres % Franco-Canadiens 1,322,11 5 80 .3 1,605,339 80 2 1.889,090 SO.1 2,274,383 79.1 Anglo-Canadiens 290,109 17 7 316,003 15 .8 357,295 15 1 432,726 15.1 Autres nationalités 34.650 2 U 81,370 4 .0 114,814 4.8 167,146 5.S Total 1.640,940 100 0 11,002,712 100 (1 2.361,199 100.0 2,874.255 100.0 Le groupe canadien-français se maintient virtuellement aux quatre cinquièmes de la population totale de la province.Au cours de ces trois décades, son augmentation s'est faite aux taux respectifs suivants: 21.4% — 17.6% et 15.1%.On constate ainsi que durant les vingt premières années do la période étudiée, ces taux ont égalé ceux de l’augmentation de la population totale de la province.Au contraire, au cours de la dernière décade, le taux d'augmentation du groupe franco-canadien, (15.1 %) est inférieur à celui de toute la province (21.7%).De plus, ce groupe qui représente 80% de la population n'a fourni durant le même décade que 75% de l’augmentation totale de la province.Ces déficits expliquent que le groupe a fléchi légèrement, passant de 80.1% à 79.1% de la population entière de la province.Le groupe anglo-canadien garde ses positions à 15% de la population totale de la province.Au cours des trois dernières décades, ses taux d’augmentation ont été respectivement les suivants: S.9% — 13.0% et 21.1% de plus, au cours de la dernière décade, ce groupe a fourni 14.7% de l'augmentation totale de la population totale de la province.On comprend ainsi qu’il soit capable de se maintenir au même niveau. 41S REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Le groupe des autres nationalités monte graduellement.Depuis 30 ans, il a fourni à chaque décade les taux suivants d'augmentation: 134.8% —41.2% et 45.6%.On le voit, ces taux dépassent notablement ceux de la province, de même que ceux de l’importance relative de ce groupe dans la population entière de la province.C’est la preuve qu’il continue de recevoir des recrues du dehors.Cette immigration lui a permis de passer au cours de la dernière décade de 4.S% à 5.8% de la population entière de la province.TABLEAU 21 Province de la Saskatchewan 1911 1921 1931 Groupes Sombres % Sombres % Sombres rt .0 Anglo-Canadiens 251,010 51.0 400,416 53.0 437,836 47.5 Autres nationalités 218,171 44.3 314,942 41.5 428,791 lu Franeo-Cnnndinns 23,251 4.7 42,152 5 5 55,158 6 h Total 492,-132 100 0 757,510 100 0 921,785 100.0 Le groupe anglo-canadien a perdu la majorité absolue qu'il détenait sur tous les autres groupes ethniques de la province.Au cours de ces deux décades, ses taux d’augmentation ont été respectivement les suivants: 59.5% et 9.3%.De plus on constate que ce groupe, qui représentait 53.0% de la population de la province n’a fourni que 22.8% de l’augmentation totale de la province au cours de la dernière décade.Le groupe des autres nationalités accuse une légère tendance à augmenter son importance dans la province.Il n’est pas loin, actuellement, d’égaler le groupe des Anglo-Canadiens.Au cours des 20 dernières années, il a fourni les taux suivants d’augmentation par décade: 44.2% et 30.2%.De plus, ce groupe qui représentait 41.5% de la population de la province a fourni 69.3% de l’augmentation totale de la province, au cours de la dernière décade.A ce compte, il ne manquera pas de devenir le groupe prépondérant de la province.Le groupe franco-canadien continue son ascension.Au cours des deux dernières décades, ses taux d’augmentation ont été respectivement les suivants: 81.5% et 31.0%.De plus, au cours de la dernière décade, ce groupe de 5.5% de la population a fourni 7.9% de la population totale de la province.C’est ce qui l’a fait monter à la proportion de 6% qu’il occupe actuellement. NOTRE BILAN-VIE 419 TABLEAU 22 Province de l’Alberta 1011 1921 1931 Groupe* .V ombres Nombres % Nombres % Anjrlo-Canadiens 192.G98 51.5 351.820 59.6 389,238 53.2 Autres nationalités 162,140 43 2 205.721 35 1 301,264 41 2 Franco-Canadiens 19,825 5.3 30,913 5.3 41,103 5.6 Total 374,663 100.0 588,454 100.0 731.605 100 0 Le groupe anglo-canadien a baissé niais il garde encore la majorité sur tous les autres groupes ethniques de la province.Au cours des deux dernières décades ses taux d’augmentation ont été respectivement les suivants S3% et 11.6%.De plus, ce groupe, qui représentait 59.6% de la population de la province en 1921, n'a fourni au cours de la dernière décade que 26.2% de l’augmentation totale de la population.Ce fait explique que sa proportion ait descendu de 59.6% à 53.2%.Le groupe des autres nationalités a pratiquement repris, au cours de la dernière décade, les positions qu’il avait perdues au cours de la décade précédente.Depuis vingt ans ce groupe a fourni, par décades les proportions suivantes d’augmentation: 26.S% et 46.5%.De plus, au cours de la dernière décade, ce groupe, qui ne représentait que le tiers de la population de la province, a fourni les deux tiers de l’augmentation totale de la population de la province.Son importance s’est ainsi accrue de 35.1% à 41,2% de la population de la province.Le groupe franco-canadien monte lentement.Au cours des deux dernières décades ses taux d’augmentation ont été respectivement les suivants: 56.0% et 33.0%.De plus, au cours de la dernière décade, il a fourni 7.1% de l’augmentation totale de la population de la province.TABLEAU 23 Province dd Manitoba 1901 1911 1921 1931 Groupes Nombres % Nombres % Nombres % Nombres % An^lo-Canadiens 164.239 64 5 266,415 58.3 350.992 57.6 368,010 52.6 Autres nationalités 73,690 29.1 15S.155 34.7 21S.4S8 35.7 278,767 39.8 Franco-Canadiens 16,021 6.4 30,944 7 0 40,638 6 7 53,362 7.6 Total 253,950 100.0 455,514 100.0 610,118 100.0 700,139 100.0 L’importance du groupe anglo-canadien baisse graduellement.Cependant, ce groupe garde encore la majorité sur tous les autres groupes ethniques.Depuis 30 ans, ce groupe a donné à chaque m 420 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE décade les taux suivants d’augmentation: 62.2%, 31.8% et 4.8%.De plus, au cours de la dernière décade, il n’a fourni que 18.9e,' de l’augmentation totale de la population de la province.C’est, pourquoi sa proportion s’est abaissée de 57.6% à 52.0'de la population totale de la province.T.e groupe des autres nationalités monte graduellement.Au cours des trois dernières décades il a donné les taux respectifs suivants d’augmentation: 115.OC, 38.1' et 27.0', .De plus, ce groupe de 35.7% de la population de la province a fourni, au cours de la dernière décade, 67.OC de l’augmentation totale de la population de la province.Aussi, son importance s’est-elle haussée à 39.8%.de la population totale de la province en 1931.T.e groupe canadien-français augmente lentement.Au cours des trois dernières décades, il a fourni les taux respectifs suivants d’augmentation: 93.2%, 31.3% et 31.4%.De plus, ce groupe, qui ne représentait en 1921 que 0.7' , de la population totale de la province, a fourni 14.1%.de l’augmentation totale de la population de la province au cours des dix dernières années.Aussi, grâce à ces efforts magnifiques, il a pu constituer, en 1931, 7.6% de la population totale de la province.TAIU.KAT 21 Colombie Canadienne 1001 1911 1921 1931 Cfroupr* X ombre s % X ombre* 5s.Beauee 370 O s 25.(Québec.12,0s | i 1 St-llyacintlie .200 0 s 20.Soiilan'ges IsO ,8 •j 00.Bagot 118 O i • >7 — i .1 .aprairie 072 0 0 (il.Nieolet.100 0 ?i Montctilm.000 0 1) 02.1.'Islet 00 0 5 20.Terrebonne .l.ssR 4 9 Moid niagny 101 0 5 :;o.1 le JésIU 700 1 “ (il.Katnouraska .92 0 4 51.Wolfe 7S0 1 0 (i5.Yainaska 00 0 • ) Rotlville 002 I 4 00.Bellechasse .01 0 * t 55.St-Mauriee 8.01 s 1 5 1 Iberville 871 1 0 1 ’rovinee b 2,720 15.i XOTKK BILAN-VIE ( 2”) ///.Distribution ch la population des autres nationalités par cou l< • r r .1 n néi //y.;/ Comtes X omhrr i ( f 'omit s Xoinbrc ( .; 1 \j iprairi ¦ 2,07-1 1!) Verchères 101 0.s 2 Kagumiay.3.S4S 17 0 30.M 'gatitic 257 0 7 3.Témiseaminguc ., .3,1 SI 15 5 SlielTord 203 0 7 ! II" d- Munir,'al .132,110 13 • > 3s.(laspé.2s5 0.0 5.Huntingdon .1,010 S • ) 39.FroMcnae 134 0 5 (i.Beauliarnnis.1.711 0 '.i Himouski 102 0 5 — Pontiac .1.3J0 0 2 11.Champlain., .¦S.j.') 0.1 s.Papineau.1,142 1 9 Charlevoix .103 0 t (t.1 ) -ux-Montagnes 500 1 0 1 .'** vis 135 0.4 10.Missisquoi .010 3 • > Richelieu 90 0.t 11.Chambly s27 3 1 Rnuvillc • U II.! IJ.Bonaventure .•S07 ¦ i 0 St - ! lyaeinthe .99 0.1 13.T rrobonno .035 • > ! } ~ H-rthii r 51 1 1.Hull.1.170 J Iberville 2 s 0.3 15.Montcalm 302 o •) Montmagny.02 0.3 Pi.bac s Ont-Jean 1,000 J 0 Montmorency.51 0 3 17.Ile Jésus 307 1 9 Portneuf 97 0.3 1'.babcllc .370 1 s 52.Arthabaska .02 0.2 Sherbrooke .700 1 X Kamoura-ka 55 0.2 JO.Brome 213 1 7 Mat ane 0.2 Compton .300 1 7 Boulanges .20 0.2 ou Saint-Jean .270 1 • i Témiseimata.121 0.2 2.5 Argcntnuil.1 1 Wolfc .30 0 2 Chicoutimi 77 5 1 •1 5s.Bagot.17 0.1 Yamaska .239 1 1 Beauce 74 0.1 jti.I,’ Vssmnption.159 1 •) Beilecliasse .• >.- 0.! Quel 2,092 1 •> 1 lorehesti r.40 0 1 JS.Stanstead 292 1 T b’Islet .29 0 1 S iint-Maurice 711 1 i l.otbinière.13 0 1 30.Joli Ile 299 1 0 Maskinongé.27 0.1 31.Châteatiguay.127 0 9 N'icolet .>)•) 0.1 32.Drummond.225 U y 00.Napiemlle.5 0.00 Richmond.202 0 S Vaudreuil 102 1) X Province 107.140 5.s I.Croupe franco-canadien.Sur les 6(5 groupes de comtés portés sur le tableau, les Canadiens français forment la presque totalité fie la population, soit 90 pour cent et plus dans 43.Ils dépassent la proportion moyenne de la province (79.1' ,') dans 49.Ils forment les trois quarts et plus de la population dans 53.Ils détiennent la majorité absolue dans (43.Dans Huntingdon iis forment le groupe ethnique le plus important.Ils ne sont dépassés par le groupe anglo-canadien que dans les seuls comtés de Brome et de Pontiac.il.Croupe anglo-canadien.Ce groupe constitue la majorité dans deux comtés.Dans 15 comtés sa proportion dépasse celle qu'il donne dans l’ensemble de la province, soit 15.1' ,.Partout ailleurs, son importance numérique est faible Ba concentration ¦126 RK VU K TRIMESTRIELLE CANADIENNE se fait dans les cantons de l’Est, clans la région de Montréal, dans la péninsule de Gaspé et dans l’ouest de la province.3.Groupe des autres nationalités.Si on excepte les comtés de Laprairie, de Saguenay, de Térniscamingue et de File de Montréal, ce groupe ne forme qu’une bien minime proportion de la population.Distributions de la population qui peuvent influencer sur la mortalité Age La mortalité variant considérablement aux différents âges de la vie, il convient de répartir la population en groupes d’âge.Plusieurs classifications peuvent être faites.En autant que la distribution de nos décès nous le permet, nous adopterons la division proposée comme suit: "La population est classifiée selon certaines périodes d’âge plus ou moins reconnues.Généralement parlant, par exemple, les années au-dessous do cinq ans sont considérées comme celle de l’enfance: les années de 5 à 14 ans comme celles tie l’âge scolaire: lies années de 15 a 24 ans comme celles de 1 ap prentissage dans les métiers ou autres moyens de préparation aux luttes de la vie; les années de 25 à 44 ans comme celles de la force de l’âge; les années de 45 à 64 ans comme celles de l’âge mûr; et les années de 65 et au-dessus, comme celles de la vieillesse.” Quelques-unes de ces divisions sont modifiées dans nos tableaux afin de les rendre conformes à la répartition des décès qui figurent dans les rapports statistiques de la province.La distribution de la population par périodes d’âge est la suivante d’après le recensement de 1931.(\oir tableau 29].Les taux spécifiques de mortalité sont loin d’être repartis également dans les différents groupes d’âge.Ils sont beaucoup plus élevés chez les enfants de la première année de même que chez les vieillards.Le tableau démontre que la province qui donne les proportions les plus élevées de ces deux groupes d’âge est celle du Nouveau-Brunswick.Les provinces d’Alberta, dt*i ta .1 5, 1 50 2.0 03,210 S.5 100.5SS 22 .1) 130,240 19.0 20S.573 2 s l 130,570 17 7 11,135 1 s 731,487 Colombie canadienne.9,519 1 .4 42,400 0.1 11S.972 17 •- 1 18.143 17 1 200,052 20 s 170,800 25 5 20.807 2.0 002,753 Canada .202 .or, S 1 .9 871,747 S.4 2,202,800 21.L.1,950.770 18.9 2,820,070 27.3 1,960,OIS 10 0 344,097 3.3 10.373,015 r V -1 NOTRE BILAN-VIE K K VI.’ K TIUMKST1UKLLK ( ' A.\ A 1)1 K\N K 1 28 les provinces suivantes: Ile du Prince-Edouard, Nouvelle-Ecosse.\Touveau-Brunsviek et Ontario.Le groupe d’âge qui donne les taux de mortalité les plus bas est celui de 5 à 1 ! ans.Les provinces les mieux partagées à ce point de vue sont les suivantes: < tntario, Colombie Canadienne, Alberta et Manitoba.Enfin, si on suit la marche du phénomène au cours des trente dernières années dans les diverses provinces on constate les différences suivantes: Les proportions des enfants de la première année sont en baisse dans toutes les provinces excepté celle de l’Alberta, (.’’est là la conséquence de la diminution de la natalité que nous avons déjà relevée.Les proportions des enfants de un à quatre ans et de ô à lt ans diminuent dans toutes les provinces.Le groupe de population de 1.5 à 2! ans est en diminution dans les provinces de Elle du Prince-Edouard, de la Nouvelle-Ecosse, du Nouveau-Brunswick et d’Ontario, il se maintient dans les autres provinces de Québojjf! du Manitoba, de la Saskatehwôn, de l’Alberta et de la Colombie canadienne.Le groupe de 2.5 à 14 ans augmente dans la province de Québec, diminue dans les provinces du Manitoba, de la Saskatchewan, de l’Alberta et de la Colombie canadienne; dans les autres provinces, il se maintient.Le groupe de -1.5 à (i9 ans est en augmentation dans toutes les provinces.Il en est de même du groupe de 70 ans et plus, excepté dans la province (h* Québec où il se maintient.Comme on le voit, la population du pays a une tendance à vieillir.C’est là une constatation assez générale puisqu'on la fait dans la plupart des pays.Elle résulte, d’une part, de la diminution de la natalité et, d’autre part, ch- la lutte de plus en plus efficace poursuivie contre la mortalité infantile.On peut compléter ces renseignements en partageant la population en trois groupes d’âges: de 0 à 14 ans, de 1.5 à 44 ans et de 4.5 et plus.C’est ce que nous donne le tableau suivant: von»: bilan-vu-: 129 TABUl.U' 30 1.Repartition des prorinee* suivant 1rs proportions dr leur population lions lr groupe d’âgt s dt O à I 4 ans.Annie 1931.I’rorinccK 1.Québec 2.Xouvcau-Hrunswick 3.S ' \\ ' !: 1.A11 x-rtn 5.XouvcIle-Keos-w 0.llc-du-Prince-Kdoitard 7.Manitoba.s.( Jntiirin .( 'nliii11iii" canadienne ( 'an ADA Pour cent 3*i.H .’ 35 ' -1 .33.1 .32 li .32.1 .31.3 27 !i 2-1 7 31 5 //.Repartition des provinces suivant 1rs proportions di leur population dans le groupe d'âges de là à 44 ans.Année 1931.Pmrinn r Pour mit 1.Manitoba 17 7 • » Alberta.-17 1 .'i.( ’olombic canadienne.lii b 1.( intarin 4(1.s Snskatclicwan 411.0 ().I Curbed 45.7 t .Xmivclle-Keosse 12 >1 s.XotiV'-ti!-Brunswick 12.3 '.t.lle-du-BrinCc-Kdouard 40 Il Canada -Kl.2 II.Répartition des proi ne.es suivant 1rs proportions de dion dans h groupe d’âges de 4-i uns et plus.Anna R florin ccs Pour crut 1 2S.4 • > Ili'-du-l’rincc-Kqauard 27.0 ( Intario , 25.3 t.Nouvf Uc-Ecossn 24 s Xoiiv-'.iu •Brunswick 22 f».Manitoba 21 0 - Alb-rta 10.5 s.(.Ill'brr 1 s.7 9.Saskatchewan ls (1 < AXAIIA 99 Ij’Ile du Prince-Edouard a une proportion élevée de gens âgés et.une proportion faible du groupe de 15 à 45 ans par suite de l’émigration continuelle dont elle souffre.On peut en dire autant de la Nouvelle-Ecosse quoique à un taux moindre. 430 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Dans les provinces du Nouveau-Brunswick et de Québec, la population est plutôt jeune a cause de leur natalité elevée.La population de la province d’Ontario se trouve dans les groupes d’âge le plus avance a cause de sa faible natalité.La natalité élevée des provinces de la Saskatchewan et rie l’Alberta est à leur avantage puisqu’elle tend a maintenir leur population dans les groupes d’âge plus jeune.La faible natalité relevée dans les provinces du Manitoba et et la Colombie canadienne les met à part des deux autres provinces de l’ouest.Leur population est ainsi faite de gens plus âgés.Sexe Un second facteur qui exerce une influence sur la mortalité générale, c’est le sexe.En effet, les statistiques de la plupart des pays démontrent que les taux do mortalité du sexe masculin sont généralement plus élèves que ceux du sexe féminin.Il nous faut donc connaître la distribution masculine et féminine de la population dans les provinces.C’est ce renseignement que nous donne le tableau suivant.tabulai: 3i A ombre (lu «exe masculin pur mille du vexe féminin.Année 1931.Provinces 1.Québec.2.'*0 :>().-> (iôs 07,0 1310 170s 1 Mitario f)‘J0 7ô() 1 1 10 1300 17)00 Manitoba 370 770 77»0 s 22 Saskatchewan .|s.-» 304 10s toi Alberta .311 5S2 010 014 < 'olonibic canadienne.012 1020 1(1st 1 son 1317 Canada .tS2 .7.17 bsf) 1159 ( 'es chiffres démontrent (pie le pays s’urbanise à une allure rapide.Le Canada, de beaucoup plus rural en 1891, est devenu plus urbain que rural en 1931.l.a province de Québec, de moitié plus rurale en 1891, s’est, urbanisée régulièrement pour devenir plus urbaine que rurale en 1921 et la plus urbanisée des provinces en 1931.La province d’Ontario, d’un tiers plus rurale en 1891, est devenue déjà plus urbaine en 1911 et encore davantage en 1921 et en 1931.Au cours de la dernière décade, elle a été toutefois dépassée dans cette voie par la province de Québec.l.a Colombie Canadienne voit sa population se presser tantôt plus à la campagne, tantôt plus à la ville.Actuellement, cette province est plus urbaine que rurale.Les autres provinces restent encore plus rurales qu'urbaines mais à des taux divers et dans des proportions qui tendent généralement à diminuer.Cette analyse nous permet de partager les provinces en trois groupes: dans le premier prennent place les provinces plus urbaines que rurales, soit Québec, Ontario et Colombie Canadienne.Le second groupe pourrait comprendre les trois provinces de la Xouvelle-Kcosse, du Manitoba et de l’Alberta qui comptent plus de ôOO urbains par 1,000 ruraux. NOTRE BILAN-VIE 433 Knfin, le troisième groupe serait formé des trois autres provinces du Nouveau-Brunswick, de la Saskatchewan et de l’Ile du Prim e-Kdouard en grande partie encore rurales.Mais (jiiels sont les facteurs qui interviennent dans l'urbanisation de notre population et quelle est leur importance relative?L'urbnnisation peut résulter: 1.Soit de l'augmentation plus rapide dans les villes que dans les campagnes: 2.Soit de l’augmentation de la population dans les villes et de sa diminution dans les campagnes.L'importance de ces facteurs nous est révélée par le tableau suivant: TABLKAC :tt /.1 ai/ un niât in h proportionnelle ih ¦ populations arhaiiws.P ton un ISO 1-1 not 1901-1911 1911-1911 19-H-19.lt lle-du-I’rinee-Kdouard.( 4 9 n' i t O.S Xouvol le-Eeosse os n la.s 21 41 J .0 Xouvenu-Biunswick.ÔS 11 ‘J S S 27).0 J».0 Qllclll'c ai o 17 U :;i; s :;7 i i Intario .MI 42 0 2 S.7, JJ s Manitoba.71 u IM 41 :>(). • » Ontario .- •> 1 - J J .S .9 Manitoba 72 1 41 2 .r» 10.2 Saskatchewan :;09 7> 40 2 17 2 Uberla aai 7,1 4 24.0 < 'nloinbic « : 111 : t < 1 i • * n n • .ta a 113.0 40.0 S.1 CANADA .1 .s 17.1 12 7 s Ce tableau nous permet de faire les constatations suivantes: 1.Les populations urbaines augmentent constamment dans toutes les provinces.Les proportions d'augmentation sont plutôt faibles dans les provinces maritimes, élevées dans toutes les autres provinces.Au cours de la dernière décade, ce sont les deux provinces de la Colombie ( 'anadi’enne et de Québec qui ont donné les taux les plus forts. Ii K V l' E TRIM EST II 111 LL E G A X A DIE X XI : 434 2.Los populations rurales sont en augmentation constante dans les provinces de l'ouest quoique à des taux plus faibles au cours de la dernière décade.Dans les autres provinces les populations rurales n’augmentent que faiblement quand elles n'accusent pas des diminutions constantes comme dans 1 Ile-du-Prince-Edouard et la Nouvelle-Ecosse.Ces mouvements divers dos populations urbaine et rurale ont donné les distributions suivantes en 1031 dans les différentes provinces: TABLK.V 3.7 iU:partition prnportuninrth 7.033 3 100 100 0 O 10.Terrebonne .7».M 1 ; 5.702 2.130 100.03.4 36 0 11.Sherbrooke .7».s'2n 3,301 2.432 loo 58 3 41 7 12 Heuuharnob .7,.20n 2.212 3.081 100.il 7 18 3 13.Sliefïord 1.394 2,020 1.774 100.50 7 40.3 Il Rapineau i.nni 2.210 2.115 loo.51 1 48.0 17».Chambly n.s2t» 1,704 2.032 100.40.9 53 1 l*i Témi.vouata - Hiv.-du-Loup .3.074 3,53! 143 1110 90 0 4.0 17.Saint-Jean .3,000 1.S21 1.830 100.40 s 50.2 1 V.Beauce 3,07 s 2.77s 300 10(1 90 3 9 7 111.Saint-Hyacinthe .3,030 1.003 1.433 100.53.0 47.0 20.Arthabaska 2.047 1.700 1.17,1 100.61,0 30 II LM •!o iette .2, SO » 2.107 7s7 100.72 8 2 » J 22.Kimouski .2,753 2,50 s 245 100 91 1 8.9 JA.Richelieu 2.204 1.850 il 1 100.si n 10.0 J 1 I.\\-Minpt ion .2.070 00< i 1.110 100.31 7 08.3 'J') Missi.-ipioi 2.002 1.212 700 100.60.0 39.4 J li.Abitioi .1,070 1.170 7,09 100.70.0 30.0 J- Front» na*' 1.0)20 1.337, 287» 100.82 7» 17 5 L'S Argenteuil .1,408 020» 812 100.42 x 7» i .‘2 29.Vaudreuil .i .non si 1 582 100 58 2 4 1 x no.Nicolct 1.3S0 1.120 27,1 100 si s 18 2 ni.Napierville - bapr uric .1.0X7» 750, 320 100.60.8 30.2 32.MaskinonK** 1.207 50.x 7 SO 100.30.2 00 8 nn.( jasp/* I i't-< )ue-t .1,270 soi 388 100 00 s 30.2 ni.Kamouraska 1.117, 378 737 100 33.5 66 5 35.Laval 1.010 707 210 100.77» 7» 2 1 5 no.Dorchester Si 2 213 7,00 100 26.0 74 0 n?Iberville .700 400 321 100.50.5 40.5 ns Rouvillc .74 7, 713 32 100.00.0 4.0 nn Hellechasfe .7>H7 •>•>(, 37,8 100 39.0 01 0 •10 Brome.7,40 203 253 100 7,3 5 46.5 •U.Huntingdon .241 222 10 KHI.02.0 8.0 Totaux .100.017 218,779 250,238 KHI 46.7 7,3.3 NOTRE BILAN-VU- 11.A ugnicntation tic In population urbaine.Decade 1922-1931.N U.W K HI Q L’ E PRO PO RTIONN R LLE Comté h Xaturelli Total• Ernifjrat.Xaturellc Totale Kmi'j.J.Champlain - I.aviuletK 7,390 4,095 3,295 100.55.5 44.5 J.Mégantic .4,033 2,565 1,468 100.63.6 36.4 :î.1,/vis 3,707 2,624 1,083 100.71.0 29.0 i.Portncuf 2,777 2,481 296 100.89.5 10.5 5.Richmond .2,505 1,063 902 100.65.0 35.0 0.Charlevoix - Saguenay .2.542 2,535 7 100.99.7 0.3 7.Htanatead .2,226 1,734 492 100.78.0 22.0 v Labelle 1,637 1S2 1,455 100.11.0 89.0 9.Lotbinière 1,167 9S0 1S7 100.84.0 16.0 10.Bagot.SS4 124 760 100.14.0 86.0 11.Pontiac 776 532 244 100.68.6 31.4 12.Ver Itères 676 251 425 1(M).37.0 63.0 13.Üerthicr 666 409 257 101*.61.5 38.5 14.Montmoren.Montcalm 471 188 386 100.33.0 67.0 16.Chatcauguay 405 2is 247 100.47.0 53.0 17.Deux-Montagne- .362 150 212 100.4 1 5 1 °1 , / I c« Tôtaux 33,07s 21,294 11.7s 1 100.64.4 35.6 111.Diininiitiini di la papulation urbaim .Décade 1922-1931 NTMKRIQL’K PROPORTIONNELLE ( 'omté.i Em ii/rat.Auotn.nat.Dim.i pop.1 B'-nuharnoi.s 824 800 18 100.98.0 2.0 2.St-Hyacinthe 1.247 907 280 100.77.fi 22.4 3 Saint-Jean 1.277 1,047 230 100.82.0 1S.0 4.Mi -isquoi 1.400 1,421 7 5 100.95.0 5.0 5.It,r.lira.1,006 1,247 359 100.77.7 22 3 fi.Vorchères .i,oir> 1,248 367 100.77 3 22 s 7 Ibi-rvillc .1.020 912 087 100.58.0 42.0 S I > M n t a g n es 1,943 1.708 175 100.91.0 9.0 ‘J.Clmteauguay .1,973 1.323 050 100.67.0 33.0 10.Kouvillc.1.084 1,359 025 100.68.5 31 5 11.Sonliin«es 1.9 ss 1.004 924 IOO 53.5 46.5 12.Vatidrcuil 2.137 1,204 933 100.50.5 43.5 13.Stanstcad.2,301 1,041 060 100.71.3 2S.7 14 Bru: -0.2.349 855 1,491 100.36.4 63.6 1.') Ht ingdon 2,300 1,290 1.070 MK).54 8 45.2 lfj.Montcalm 2.409 2,099 310 100.87.0 13.0 17.N .; terville - luiprairic 2,410 2,351 59 1 ;0.97.5 2.5 JS.U:vj< 2.550 2,259 291 100.8 S 5 11.5 19.Compton .2 044 2,331 310 100.sS.O 12.0 20.L'As omption.2.0S 1 1,594 1.087 100, 59 5 40.5 21.Ri< j 10ml 3,223 2,500 717 100.78.0 22.0 22 lîa'rot 3.523 2,27s 1,245 100 •il 6 35 1 23.Va ; aska.3.690 2,591 1,099 100.70.2 29.s 24.Be-tnier 1,027 2,615 1.412 100.65 0 35.0 2").Artlmbaaka 1.000 3.430 036 100 s 4.5 15.5 20.Papineau.1170 2.527 1,043 100.60.6 39 4 27.W.ilfe 1.191 3.159 1.032 UN).7 •") •') 24 5 28.Ma i.inongé.1.393 2,882 1.51 1 100 ii5.7 44 3 29.Juliette 1.191 3,209 1.222 100.73.0 27 « • 30.Drummond 4.528 3.387 1,141 MM) 74 H 25.2 31.ShefTord 1 099 2,833 1.80») 100 00 1 39 0 2.M t 1.864 1.15S 700 MH).85.5 1 4 5 33.Terrebonne 5.050 3,912 l .138 100.77 4 22 0 34.lielleelias.se 5,203 1.809 394 MM).92.5 7 5 33.Montrnagny 5.201 3.724 1,540 MM).70.0 29.4 30.Nicolet.0,642 1,240 2 102 100.03 7 36.3 37 Autres territoires 2,238 954 1.284 100 12.5 57 ' — — — — Totaix 113.091 s 2.099 31,592 HH) 72 1 27 0 C’est ici que nous touchons : du < loi gi la : situation vraiment pénible dans laquelle gît notre agriculture, iùi HïVt, • migré tous les efforts louables tentés en faveur du retour à la tel ¦re, il appert que le mouvement n’a donné que de très pauvre ¦s résultats, limités à 18G1 unités qui s e sont établies dans le comté d’Abitibi et à SIm autres que l’on constate dans le comté de Québec, ( Ians 1 ’Ile de Montréal et flans le comté de Chambly .soit un total de 2.72b unités retournées à lu terre dans l’espaee de ces dix années.Partout ailleurs, notre population rurale accuse une émigration plus ou moins intense.Cette émigration a constitué près des trois 440 REVUE trimestrielle canadienne quarts (exactement 71.2%) de l'augmentation naturelle de la population de 112 comtés, donnant un total de 101.5S2 unités.L éntigra-1 ion s'est faite à un taux encore plus élevé dans les trente-six autres comtés puisqu’elle a compris toute l’augmentation naturelle de la population réalisée au cours do la decade et, on plus, une diminution effective de la population rurale.C’ette sortie en masse de la population des campagnes constatée dans ces trente-six comtes représente H.q,(i91 unités.De 1922 à 1931 nos campagnes ont donc souffert d’une émigration qui se chiffre au total de 212,547.Décidément notre agriculture se porte très mal.Si on ne s’empresse pas d’apporter un remède effectif à cette situation pénible, on ne peut qu’entrevoir les [lires conséquences pour la province tout entière.Comme nous devons étudier la mortalité dans les centres ui-bains et dans les centres ruraux, il nous reste à connaître la répartition de ces deux groupes de population dans nos comtes en 1931.t "est ce que nous apprend le tableau suivant : TABLK.U' lis Répartition dex comtés d’apre* la proportion urbaine ih leur population en 1931.ComteProportion urh.1 Ile de Montreal () JO.Missisquoi .|s s Jl.Vattilreuil 15 .1 JJ.Témiscainingue 13 b JM.Drummond .t:j • » Joliet te .Jô.Compton ; ;« * '2b.Lac St-.Jean - Rolx rv.d.:;•! {) JT Matane - M • apéilia.'»s •'» Pointé Proportion urh.•J s.Portneuf 37.0 •J'I.Iberville MÏ .b Houville 37.0 31.Lavai.30.5 \ erclicre- 80.b Mb.Boulanges 35.t 31.L’Assomption 35.2 ;>7).ltiinouski .bd .0 bb.Argenteuil 29.(1 -M l*:UXOt J! 1.2 Ms R reine .2s.s Mb.Térnisccmata-Kivière-du-Loup 28.3 10.Arthabaska Wnlfe 2S.lt 42.( IhfiteàUgunv 27.2 13.I.otbinière 20.(i 11.l.ab'elle 20.5 45.Napiervillc-Laprairie.20.3 m.Beftuco 27i.0 17.Yamaska .21.2 IS.( ’harlevnix - Saguenay 21.0 19.Xieolet J3.S 50.1 roi 11 enac 22.0 Montealm 22.0 52.Rerthier.Jl s 7, ; l’ontiae Jl 5 NOTRE H IL A N-VIE 411 .->4.Montmagny.19, 1 01.Kamourasku 9.2 55.Abitibi 19 O 02.Bdlcchassc .0.0 Maskinongé 08.Dorchester .4.8 57.Montmorency 18.2 04.L'Islet .4.0 58.Deux-Montagne- .17.5 05.Bonavcnture 0.0 59.Huntingdon 10.0 Iles de la Madeleine 60.Gasp6 est-ouest.10.0 Province .03.1 La revue de nos comtés démontre que 23 sont aux trois quarts urbains contre 19 en 1921, 25 sont aux deux tiers urbains contre 23 en 1921, 39 sont plus urbains que ruraux contre 32 en 1921, 56 sont au tiers urbains contre 46 en 1921.09 sont au quart urbains contre 56 en 1921, enfin 76 sont au cinquième urbains contre 72 en 1921.Il reste ainsi 14 comtés moins du cinquième urbains contre 18 en 1921.Ces différences démontrent de nouveau ù quelle allure la province de Québec s’est urbanisée au cours de la dernière décade.Résumons cette première partie du travail par les conclusions suivantes: 1.Le chiffre de la population de la province de Québec est des plus importants puisqu’il sert de base à la représentation fédérale de tout le pays.2.Au cours de la dernière décade, la population de la province de Québec s’est accrue au taux de 21.72 pour cent.Xotre province a ainsi fourni le taux d’augmentation le plus élevé de toutes les provinces du Canada.Cette augmentation a donné un total de 513,590 unités.3.Au point tic vue du chiffre de sa population, Québec occupe ainsi le second rang des provinces du Canada.Elle contient 27.71 pour cent de la population du pays.4.Le chiffre moyen de la population des comtés de la province est de 31,936.5.Au cours de la dernière décade, 75 comtés ont vu leur population augmenter à des taux variant de 0.9 à 76.8 pour cent.Dans les 15 autres comtés la population a diminué.Cette diminution a varié de 0.1 à 9.6 pour cent.6.Au point de vue de l’augmentation naturelle de la population, Québec vient en tête de toutes les provinces du Canada avec un taux de 18.S pour cent et un chiffre de 493,914 unités.7.Dans 38 comtés, le taux d’augmentation naturelle de la population est, supérieur au taux moyen de la province et dans 60 comtés il est supérieur à celui de l'ensemble du pays.La province de Québec rend ici un grand service au Canada puisque le meilleur citoyen d’un pays est bien celui qui y est né. M2 HEV fl-: TRIMESTRIELLE < AXADIEW'i: S.Au cours de la dernière décade, cinq provinces ont bénéficié d'une immigration plus ou moins élevée.Dans la province de Québec, toutefois, cette immigration ne représente que 3.8 pour cent, • soit 10,07(5 imitée) de l'augmentation totale constatée durant ces dix années.11 convient de signaler ce fait puisqu'il semble mettre un terme à l'émigration de sa population dont notre province a souffert depuis si longtemps.Les quatre autres provinces démontrent une émigration qui représente 1 13,001 unités.i).Le mouvement de la population sur le territoire de la province au cours de la dernière décade a donné une immigration de 211,052 unités qui se sont fixées dans 31 comtés.Tous les autres comtés montrent, à des degrés divers, une émigration de leur population.Cette émigration donne un grand total de 191.370 unités et c’est elle que l'on retrouve dans les 31 premiers comtés.10.Bien que notre taux de natalité fléchisse, il n’en est pas moins démontré que Québec tient toujours; la tête des provinces fournissant plus du tiers de toutes les naissances du pays.11.Les taux de natalité que donnent les comtés de la province sont fort variables.Virtuellement la moitié de nos comtés donnent un taux supérieur à celui de la province et 57 pour cent maintiennent leur taux au-dessus de 30.Le même calcul portant sur la décade précédente donne les taux correspondants suivants: 79 et S5 pour cent, ('es chiffres démontrent le terrain perdu depuis dix ans.12.Au point de vue de la nuptialité, la province de Québec tient le Génie rang.Son taux est inférieur à celui de l'ensemble du Canada.Xos mariages sont moins nombreux, i! est vrai, mais heureusement ils sont plus féconds.13.Ln 1931.la répartition des groupes ethniques est la suivante dans la province de Québec: Franco-canadiens 79',, anglo-canadiens 15',, autres nationalités 0%.Au cours de la dernière décade, le groupe franco-canadien voit sa propoition augmenter sur celle des autres groupes ethniques, dans toutes les provinces, sauf celle de Québec.Ici, il a rétrocédé légèrement par suite de l'augmentation plus rapide du groupe des autres nationalités.Le groupe anglo-canadien est en régression partout excepté dans la province de Québec où il maintient ses NOTRE BILAN-VIE 443 positions, Le groupe* «les autres nationalités est en augmentation partout.I !.Tous nos comtés, sauf trois, sont en majorité ou presque essentiellement canadiens-fiançais.15.La population du pays a une tendance à se trouver de plus en plus dans les groupes des âges les plus avancés.Ce fait résulte de la diminution et de la natalité et de* la mortalité infantile.On constate de plus que les provinces à natalité plus élevée sont aussi celles dont la population est plutôt jeune.10.Dans les vieilles provinces île l’est du pays, la prédominance numérique du sexe masculin sur le sexe féminin est très faible.Elle est plus élevée dans les provinces de l’ouest.17.Le pays s'urbanise à une allure régulière et assez rapide.Ce symptôme se manifeste surtout dans les deux provinces de Québec et d'Ontario.Ayant dépassé Ontario au cours de la dernière décade, Québec est devenue la plus urbanisée des provinces du Canada en 1931.Or.cette augmentation de la population des villes s’est faite aux dépens de la population des campagnes puisque la même période se solde par un déficit net de 212,ë 17 ruraux.En effet, pendant que dans 64 comtés les villes reçoivent des immigrants en grand nombre, dans 09 autres comtés, la population rurale émigre en masse vers les villes.En résumé, on peut affirmer que la progression numérique de la population de Québec est encore satisfaisante, la distribution de la population sur le territoire de la province ne l'est pas.•I.-A.BauixMn.Directeur de VEcole d'Hygiène Sociale Appliquée (Fin de la première partie) REVUE DES LIVRES LA CRISE EUROPÉENNE ET LA (îRAXDE GUERRE par Pierre Ronouvin.Un volume in-s, de 039 pages, l’rix: 00 francs Librairie Félix Alcan, lits, boulevard Saint-Germain, Paris-YI.Dans la magnifique collection d'histoire générale publiée sous la direction de Louis llalpbcn et Philippe Sagnac, voici le volume consacré à la ( Irandc Guerre.11 existe, dans tous les pays, un grand nombre d'ouvrages réservés au récit des opérations militaires.11 n'en existe guère, en France et en dehors de France, qui donne, d'après les documents les plus récents, tint rue tl'cnnf mbh de ces grand-événements.Quelles ont été les réactions mutuelles et incessantes de la lutte diplomatique et de la bataille?— Quelle a été la part de la "guerre économique", celle du blocus et de l’arme sous-marine?—Dans quelle mesure la politique intérieure, dans chaque État, a-t-elle subi l'influence des succès et des échecs militaires, ou a-t-elle contribué à hâter le dén uement?— Pour le comprendre, il faut étudier de front tous les aspects d'une lutte immense.C'est cette synthèse que donne le présent volume.Remontant jusqu'au début du XXe siècle, il expose, avec toute l'ampleur nécessaire, les signes avant-coureurs et les origines du conflit, comme il explique la défaite des Puissances Centrales; il indique les répercussions lointaines de la guerre en Extrême-Orient, en Afrique, en Amérique latine.“Guerre totale", dit-on souvent: on saisira mieux, en lisant ce livre, la force et la vérité d'une pareille formule.Oeuvre de vigoureuse synthèse, c’est en même temps une elmte rriiiqm.( 'ertes, chaque jour, en ce domaine, apporte de nouveaux documents, de nouveaux témoignages.Mais, dès maintenant, si l'on fait état de toutes les sources d'information françaises et étrangères, il est possible d'élucider bien des questions qui paraissent obscures, de modifier bien des opinions qui ont pour elles la force d’une tradition.Ce livre, dû à la plume d'un de nos maîtres les plus autorisés, est le résultat de recherches poursuivies depuis plus de dix ans.Sans abdiquer son droit d’apprécier les faits et les hommes, 1 auteur a surtout cherché à les comprendre.Historien français, il a essayé' de garder dans ses jugements à l’égard des autres peuples toute la sérénité dont l’histoire est capable lorsqu'il s'agit d'événements si proches.Son o livre — la première en son genre — s'impose à l'attention de tous, des étrangers comme des Français.LE PROBLÈME DE L'ÉDl'CATIOX.par Raoul Plus, S.J.Un volume in-So couronne de 12S pages, n francs; franco ô francs n().Editions Spes, 17, rue ¦Soufllot, Paris, ne.Le livre du P.Plus fait suite aux commentaires avertis que le R.P.nous a donnés naguère dans “Face au Mariage " et dans “La chasteté du Mariage' .IÉditions Spes).L'o uvre de procréation se continuant par l'a livre de l'éducation, et trois sociétés, en fait, revendiquant le droit d'instruire et d'élever les enfants, il importe de bien délimiter le rôle respectif de la Famille, de l'Église, et de l'Etat, dans cette o uvre primordiale.“Le Problème de l'Education nous oflre un résumé substantiel îles leçons du P.Plus sur l'Encyclique de S.S.Pie XI “Repre-sentunti in terra", du ‘29 décembre 1929, provoquée pur la situation de l'Ecole IIKVUE DES LIVRE: 445 en Italie.Le H.P.a su rétablir le problème sur le plan universel (les principes, et apporter la solution vivante, éclairée, nourrie pages, prix: ôO sous.Depuis plus de vingt ans.le Père Lévi Côté est prédicateur.Sa voix apostolique s’est tait entendre en d’innombrables endroits du Canada, des htats-Unis et même de l’Europe, en des circonstances et à des auditoires très varies.Maintenant il veut continuer cet apostolat de la parole par le livre.“De la Chaire au Micro" fournira à se- auditeurs l'occasion de méditer à loisir la substance de scs causeries radiophoniques de mil neuf cent trente-quatre.Il v en a neuf.Trois sont consacrées à la “Loi nouvelle précitée sur la montagne '.trois autres à la "Résurrection du .Sauveur" qui établit le caractère divin de cette Loi.Les dernières traitent de la rapide propagation du christianisme, de l’apostolat laïque et de l'usage des richesses.Causerie- brèves, intéiessantrs, entraînantes.On y retrouve la maniéré féconde du Père Côté qui excelle à rapprocher l’éternelle doctrine de l’Evangile ,le- conditions particulière.- à la société moderne.Il commente la parole divine avec clarté et élégance: il en tire des conclusions pratiques avec un à-propos, une justesse et une assurance qui attestent une longue experience de- aines et une intelljeenee profonde des problèmes sociaux.A A.COURS DE CHIMIE INDUSTRIELLE.Fascicule No 1.K.u:x.Origine- Composition -Correction - Utilisation.Analyse.ôl,S pages.Par Louis Bourgoin, I.C.Publication de l'École Polytechnique de Montréal.Canada.RDI.Prix.La parution de ce fascicule complète la première série du Cours de Chimie industrielle enseigné à l’École Polytechnique de Montréal, lequel comprend les trois matières fondamentales de la chimie i c utile aux ingénieurs: Eaux - Combustibles - Lubrifiants.L’ouvrage est divisé en trois parties.Dans la première, l’auteur expose nos connaissances sur la nature et l’origine de l’eau, avec un chapitre spécial sur cotte nouvelle forme d’eau, I’kau loukdk.dont l’étude est a son debut.I out ce qu on '.•lit sur l(‘s (»au\ superficielles, souterraines, inctcorkjucs est resume avec precision.Les caractères physiques et chimiques de la glace, de l’eau, de la vapeur, sont décrits avec les données les plus récentes des constantes admises.La deuxième partie traite de 1 I tilisation de 1 eau.sans insister sur les domaines de l’hvdrauliquc ou du génie sanitaire, ces matières faisant 1 objet de coin-,- spéciaux.Par contre on y trouve, avec tous les details utiles, tout ce qui a trait aux eaux pour l'alimentation des générateurs a vapeur: explication du mécanisme des incrustations, méthodes de traitement pour améliorer les eaux et désin-eruster les chaudières.Cette partie est très au point et apporte des éléments sûrs pour choisir un système d’épuration dans un cas determine.On ne trouve pas Cependant de solutions toute- faite-, mais la discussion et les modes d'action 1542 HKVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE •148 îles produits ce qui permet à l'ingénieur ou à l'industriel de juger les solutions proposées au traitement des eaux L'utilisation des eaux pour les différentes industries réclame des caractères un peu spéciaux; les principaux cas sont ici exposés avec suffisamment de détails pour être compris.Le traitement des eaux résiduaires industrielles est un peu plus préconisé que celui des eaux urbaines qui appartient encore au génie sanitaire.Enfin la troisième partie est réservée à l'examen et à l’analyse de l’eau.La question est traitée très complètement, aussi bien du point de vue physique, que chimique, microbiologique et bactériologique.Les méthodes décrites sont des méthodes éprouvées tant en Europe qu'aux Ktats-t'nis et au Canada.On trouve même pour la première fois traduites en français les méthodes reconnues et usitées par la Société américaine d'hygiène publique.Le chimiste ou le bactériologiste peut donc tirer profit de la connaissance comparée des méthodes d'analyse et l'ingénieur, l’industriel ou le curieux peuvent mieux comprendre les difficultés des examens d’eaux et apprendre les éléments d'une interprétation scientifique et pratique des analyses dont les chiffres parfois ne sont accessibles qu’à la compréhension des spécialistes.Il n'est pas inutile de souligner que M.Bourgoin considère, avec juste raison d'ailleurs, que l'analyse d'eau est une discipline excellente pour le chimiste qui étudie au laboratoire.C’est une technique très d.ffieilc qui a l'avantage de nous apprendre à peu près tous les dosages précis de la chimie inorganique, un peu de reux de la chimie biologique et organique et tout ce qui est utile pour l'analyse bactériologique industrielle, point sur lequel les ingénieurs, généralement, ne sont pas très ferres.Par manque do temps, les élèves ne peuvent être initiés à tous les points île ces analyses, mais nous savons que ce qui regarde l’hydrotimêtrie, par exemple, est enseigné d’une façon pratique aux élèves ingénieurs de l'École Polytechnique de Montréal.Rédigé d'une manière claire, en une langue qui n'a rien de prétentieux mais qui dit bien ce qu'il taut dire pour être compris, le livre est imprimé avec élégance et les caractères employés ne lui donnent pas l'allure rébarbative d’un livre difficile à lire et à consulter.On pourrait, par exemple, regretter le manque d'illustration (2 planches seulement), nous croyons savoir qu'il y a là une question de prix, et on nous dit, d'autre part, (pie les cours de chimie industrielle comportent un assez grand nombre de projections à l'écran, qui apportent le complément indispensable à la parole ou à la lecture des fascicules imprimés.11 faut féliciter l’Ecole Polytechnique de persévérer dans la publication des cours de ses professeurs; l'élève sorti de l'Ecole possède au moins des documents vécus, qui ont une valeur autrement grande que les notes du meilleur cours qui vont dans l'armoire aux oublis.De plus, le public peut se rendre compte de la nature de l'enseignement qui se donne au pays, avec des livres faits pour nous.S'il veut s’en donner la peine, il pourra aussi constater que P Ecole Pol\ technique tient le rang qui lui est assigné dans l'enseignement supérieur des sciences appliquées.fi faut féliciter hauteur des trois fascicules, leur parution dénote une certaine persévérance et nous permet d'espérer la suite.C.b K K VUE DES LIVRE 149 RAPPORTS DI' Vile CONGRÈS DK L'ASSOCIATION PERMANENTE DES CONGRES DK LA ROCTH.MUNICH HO 1.Publié par le secrétariat général à I.Avenue dléna, Paris.Collection de 92 mémoires, constituant une mise au point à date sur la technique actuelle de la route.Les collaborateurs se recrutent parmi les ingénieurs les plus réputés de tous les pays.Les très nombreuses questions traitées sont classées sous les rubriques principales suivantes: construction, entretien, circulation, exploitation et administration.THE POKTRV DF MATHEMATICS, par D.E.Smith.In 12o.92 pages.Publié par “Scripta Mathematiea”, rues Amsterdam et IStiième, New-York.193-1.MANUEL D'ANALYSE < 'IlIMIQUE QUALITATIVE ET QUANTITATIVE, par Henri Mathieu.In n>, 72 ! pages, Prix, cartonné toile: 70 francs.Chez Masson
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