La revue trimestrielle canadienne, 1 janvier 1931, Septembre
IjSme année fm No 67 ~r.:>r* MONTRÉAL Septembre 193! Revue Trimestrielle Canadienne Art de l’ingénieur—Economie politique et sociale—Mathématiques Législation—Histoire—Statistique—Architecture —Sciences Hygiène—Industrie—Forêts—Finances—Transports.SOMMAIRE Pages 221— I.Ecosse et France.Edmond vermeil 242— II.Les Vedettes de notre Musique.Dr J.-Eugène lapierre 259— III.Recherche des premiers Éléments d’une Géométrie naturelle.Jules poivert 268— IV.Ou’adviendra-t-il de l’Ouest Canadien?.Rodolphe laplante 276— V.Canadian Citizenship.Edouard montpetit 288— VI.Les Écoles de Plein Air.G.Van der braciit 297— VII.L’École d’Hygiène Sociale Appliquée.Dr Jos.Baudouin 313—VIII.L’Institut Scientifique Franco-Canadien.324— IX.Revue des Livres.332— X.Vie de l'École et de l'Association.ASSOCIATION DES ANCIENS ÉLÈVES ÉCOLE POLYTECHNIQUE MONTRÉAL COMITÉ DE DIRECTION: Président: Mgr J.-Vincent Piette, Recteur de l’Université de Montréal.Membres: MM.Aurélien Boyeh, Principal de l’Ecole Polytechnique.Augustin Frigon, Directeur de l’École Polytechnique.Arthur Amos, Chef du service hydraulique de la Province de Quebec.Victor Doré, Professeur à l’École des Hautes Études Commerciales.Alfred Fyen, Professeur à l’École Polytechnique.Léon-Mercier Gouin, Avocat.Théo-J.Lafrenière, Professeur à l’École Polytechnique.Olivier Lefebvre, Ingénieur en chef, Commission des Eaux courantes.Olivier Maurault, p.s.s.Curé de Notre-Dame.Edouard Montpetit, Professeur à l’Universit: de Montréal.Antonio Perrault, Professeur à l’Université de Montréal.Arthur Surveyer, Ingénieur Conseil.L.Brunotto, Bibliothécaire de l’École Polytechnique.Armand Circé, Professeur à l’École Polytechnique.Secrétaire de l’Association des Anciens Élèves.COMITÉ D’ADMINISTRATION ET DE RÉDACTION : President: Arthur Surveyer Membres: MM.Édouard Montpetit, Arthur Amos, Augustin Frigon, Olivier Maurault, Théo-J.Lafrenière, Antonio Perrault, Olivier Lefebvre, Léon-Mercier Gouin.Rédacteur en chef: Édouard Montpetit.Secrétaire de la rédaction: Léon-Mercier Gouin.Secrétaire Général: Augustin Frigon.Trésorier: Aurélien Boyer.PRIX DE L’ABONNEMENT ANNUEL Le Canada et les États-Unis $3.00 — Le numéro .75 cents Tous les autres pays $4.00 — Le numéro $1.00 La Revue Trimestrielle Canadienne parait quatre fois l’an: en mars, juin, septembre décembre.La Revue est accessible à la collaboration de tous les publicistes, spécialistes et hommes de profession; mais la Direction n’entend pas par l’insertion des articles assumer la responsabilité des idées émises.Tous les articles insérés donnent droit à une indemnité calculée par page de texte imprimée ou de graphiques.Les manuscrits ne seront pas rendus.La reproduction des articles publiés par la Revue est autorisée, à la condition de citer la source d’où ces articles proviennent et de faire tenir un exemplaire à la Revue.Il sera rendu compte de tout ouvrage dont il aura été envoyé un exemplaire à la Rédaction.Adresser toute communication pour les abonnements, publicité, collaboration etc.directement à: La Revue Trimestrielle Canadienne LAncastcr 9208.1430, rue Saint-Denis, Montreal REVUE THIMESTRIEELL CANADIENNE 1 ECOLE POLYTECHNIQUE DE MONTRÉAL FONDÉE EN 1873 TRAVAUX PUBLICS - INDUSTRIE Toutes les Branches du Génie PRINCIPAUX COURS:— Mathématiques Chimie Dessin Electricité Minéralogie Arpentage Mines Machines Thermiques Constructions Civiles Génie Sanitaire Hygiène Physique Descriptive Mécanique Hydraulique Géologie Géodésie Métallurgie Travaux Publics Chemins de fer Chimie Industrielle Economie Industrielle Laboratoires de Recherches et d’Essais, 1430 rue Saint-Denis, Montréal.TÉLÉPHONES:— Administration:— LAncaster 9207 Laboratoire Provincial des Mines:—- LAncaster 7880 PROSPECTUS SUR DEMANDE Il RÜYX7K TRIMESTRIELLE CANADIENNE Ecole de Pharmacie Université de Montréal L'Ecole do Pharmacie donne l’enseignement de toutes les sciences pharmaceutiques et qualifie en tout point l’étudiant pour la licence ainsi que pour les grades de bachelier et de docteur en pharmacie.Son programme comprend la matière médicale, la toxicologie, la botanique, la pharmacie théorique et pratique, la physique, la chimie minérale, organique et biologique, théorique et pratique; travaux de laboratoire: analyse, essais, titrages, identifications, etc.A.J.LAURENCE, Directeur.FACULTE DE CHIRURGIE DENTAIRE université de Montréal (Canada) Membre de l’Association nationale des Facultés dentaires américaines Cette Faculté est la seule en Amérique donnant l’enseignement dentaire en langue française.On y reçoit en4ème année des diplômés étrangers, désireux d’obtenir le doctorat en chirurgie dentaire (D.D.S.) L’Université vient de consacrer une somme de trois cent mille dollars pour une nouvelle installation de l’enseignement dentaire en rapport avec le progrès de la dentisterie moderne.Pour prospectus et informations, écrire au Doyen, Le Dr EUDORE DUBEAU 380, rue ST-HUBERT, Montréal, Can.Pour vous tenir au courant du mouvement scientifique Lisez les articles documentés de "LA SCIENCE MODERNE” Revue Mensuelle illustrée paraissant en France, en Belgique, en Suisse et au Canada.ABONNEMENT: $3.50 Université de Montréal L’hôpital de l’Ecole Vétérinaire est ouvert tous les jours de 8 h.du matin à 4 h.de l’après-midi.CLINIQUE GRATUITE Tous les mardis et vendredis, de 8 h.à 12 h.du matin, (entrée $0.25).Sous la direction du professeur F.T.DAUBIGNY, M.V.Chez DEOM FRÈRE 1247 St-Denis, Montréal Entrée générale 75, RUELLE PROVIDENCE ou aux bureaux de la Revue 365, ST,HUBERT, - - MONTRÉAL Téléphones / Hôpital Est 4005.\ Ecole Est 7129 .-VUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE III Ecole des Hautes Etudes Commerciales Affiliée à l'Université de Montréal Préparant aux Situations Supérieures du Commerce, de l'Industrie et de la Finance.Bibliothèque Economique.Musée Commercial et Industriel.Décerne les diplômes de Bachelier en sciences commerciales, Licencié en sciences commerciales, de Docteur en sciences commerciales, et Licencié en sciences comptables.Ce dernier diplôme donne droit d’admission dans l’Association des comptables agréés de la province de Québec (C.A.), l’Institut des comptables et auditeurs de la province de Québec (L.I.C.) et la Corporation des comptables publics de la province de Québec (C.P.A.) BOURSES DU GOUVERNEMENT Cours spéciaux réservés aux avocats, aux notaires et aux ingénieurs.COURS LIBRES DU SOIR : comptabilité théorique et pratique, opérations de banque, opérations d’assurance, correspondance anglaise et française, mathématiques financières, économie politique, droit civil, droit commercial, langues étrangères: italien, espagnol, allemand.Cours spéciaux, préparatoires à la Licence en sciences comptables.COURS PAR CORRESPONDANCE : comptabilité, français et anglais commercial, économie politique, droit civil, droit commercial, algèbre, etc.Pour tous renseignements, brochures, prospectus, inscriptions, etc., s’adresser au directeur: Coin avenue Viger et rue St-Hubert, MONTREAL IV REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE A.C.J.C.Grande Campagne de Souscription en faveur de L’Association Catholique de la Jeunesse Canadienne-Française Sous le distingué patronage de Son Excellence Monseigneur GEORGES GAUTHIER Un immeuble dans chaque région Créer une chaîne de maisons où notre jeunesse se réunirait, voilà le but de l’A.C.J.C.SOUSCRIPTION NATIONALE Objectif: $100,000.00 Du 15 septembre au 3 octobre, souscriptions particulières.La semaine se terminant le 10 octobre sera la semaine nationale de la Fédération des Oeuvres de Jeunesse, où tous les efforts seront déployés pour atteindre son but.LE 10 OCTOBRE, TAG DAY Nous réclamons votre appui. Revue Trimestrielle Canadienne MONTRÉAL SEPTEMBRE J931 ÉCOSSE ET FRANCE- Me trouvant au Canada pour la première fois dans mon existence, il me semble cependant que j’y suis comme chez moi et qu’une atmosphère toute familière m’y enveloppe de sa douceur.Ce ne sont pas seulement les traces que la France et sa civilisation ont laissées ici qui me frappent partout où je porte mes regards dans cet admirable pays.Ce sont encore des souvenirs d’enfance qui me reviennent en mémoire, tout ce que j’ai appris à l’école primaire, dans un petit village du Midi de la France situé à trente, kilomètres environ au Nord d’Aigues-Mortes, et de la bouche d’un excellent instituteur, sur l'histoire du Canada.Que de fois j’ai passé devant le château de Montcalm, situé à quelque distance de là, près du bourg de Vau vert, château que je n’ai jamais regardé sans une profonde mélancolie, tout d’abord parce qu’il est solitaire et quelque peu abandonné, ensuite parce que sa vue me rappelait un grand effort, suivi de graves déceptions! Combien profondes et durables sont ces premières impressions d’enfance! On nous enseignait si bien l’histoire de France, dans la petite école de campagne que je ne revois jamais sans émotion! SOUVENIRS D’ÉCOSSE Ce n'est pas du Canada que je dois aujourd’hui vous parler, mais de l’Écosse et de ses rapports avec la France.La branche canadienne de l’Association Franco-Écossaise a été récemment 1 Texte d’une conférence donnée le 30 mars 1931 au Cercle Universitaire de Montréal, sous les auspices de l’Association Franco-Ecossaisse du Canada. REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE organisée dans la ville où nous sommes.M.Petit-Dutaillis et M.Desclos, dont vous connaissez l’activité si féconde à l’Office National des Universités et Écoles françaises à Paris et qui, vous le savez aussi par le voyage que M.Desclos a récemment fait au Canada, ont voulu largement contribuer à cette organisation, m’ont souvent parlé de cette opportune fondation.Je sais, par les organisateurs eux-mêmes, les fins que poursuit cette branche nouvelle: favoriser des relations cordiales entre Canadiens d’origine française et Canadiens d’origine écossaise, en particulier dans le domaine intellectuel; établir de nouvelles liaisons entre la province de Québec et l'Écosse elle-même; accroître l’intérêt (pie la France porte, bien naturellement, aux affaires du Canada; enfin essayer d’attirer l’attention des milieux canadiens de langue anglaise sur la culture française.Comment no féliciterais-je pas AF.Charles Henri A Tarin et ses collaborateurs si actifs de l’œuvre magnifique qu’ils viennent d’entreprendre avec tant d’ardeur?Et comment ne considérerais-je pas (pie c’est pour moi un insigne honneur (pie de prendre la parole aujourd’hui parmi vous et d’apporter, si modeste soit-elle, ma pierre à votre édifice?Laissez-moi, messieurs, vous remercier de m’avoir appelé parmi vous.Cette émouvante journée restera à jamais gravée dans mon souvenir.J’invoquais tout à l’heure, en parlant du Canada, des souvenirs personnels et c’étaient des souvenirs d’enfance.A propos de l’Écosse je puis encore, Dieu merci, parler de ce que mes yeux ont vu et de ce (pie mes oreilles ont entendu.Je puis puiser dans ma mémoire et y retrouver des impressions multiples, toutes fraîches et toutes vivantes encore.Quand on a été un enfant grand liseur de livres, on a trouvé sur son chemin sir Walter Scott, “Ivanhoé” et “Quentin Durward”.On n’oublie pas cela et, ne sût-on plus rien de ce (pie contiennent ces romans, on aurait toujours, comme fiché dans le cerveau, l’incomparable souvenir de l’émotion ressentie et du ravissement éprouvé.Mais ce n'est pas de cela qu’il s’agit aujourd’hui! J’ai fait en Écosse deux tournées de conférences.La première, en 1925, m’a amené à Edimbourg et à Glasgow, à la suite d’un voyage que je venais d’accomplir au travers des Universités anglaises de Bristol, Birmingham, Liverpool, Manchester, Leeds, Sheffield et Newcastle.La seconde, l’année suivante, m’a permis de revoir Glasgow et Edimbourg et d’aller ensuite à Dundee et à Aberdeen.C’était en octobre, donc un peu trop tôt dans l’année ÉCOSSE ET FRANCE 22:i scolaire, et la charmante Université de 8t.Andrew n’a pu me recevoir.Mes voyages ont été trop courts pour (pic je puisse voir les montagnes et les lacs d Écosse.C est une lacune, je le sens, et je ne sais quand elle pourra être comblée.Mais ce (pie j’ai pu voir était déjà si beau! Quand on quitte Londres le soir et qu’on se réveille le matin, dans le train qui a roulé toute la nuit, on aperçoit a\cc saisissement la nier toute proche.Le convoi lilc à toute allure sur la falaise et l’on regarde, à droite les vagues scintillantes ou mystérieuses, à gauche un riche pays aux couleurs somptueuses et graves.Puis, c’est Berwick, la ville historique entre toutes.Enfin, on arrive à Edimbourg.Et comment ne courrait-on pas, de suite, à peine arrivé à l’hôtel ou chez ses amis, à la citadelle pour la voir se dresser, si fière, si représentative de l’esprit écossais, au milieu de la cité et pour contempler l’admirable paysage qu on découvre de la-haut, paysage où la mer, la rivière, la campagne et la ville se mêlent si merveilleusement, paysage si ample de dimensions et ou passent tant de courants.Dans la ville elle-même, les maisons semblent avoir la même carrure, le même caractère hautain.Rien (pii ne soit solidement campé et orgueilleusement établi.Cette ville d Edimbourg, je l’ai arpentée ainsi deux fois, le carnet d esquisses a la main, dessinant partout avec hâte et avec fièvre, souvent chassé de mes positions par l’âpre vent ou, ce qui est plus grave encore, par les gamins écossais cjui s’amassaient en foule autour de moi pour regarder mes modestes essais.Glasgow, ville plus triste, aux immenses et noirs chantiers, plus proche des villes anglaises que je venais de voir au milieu des fumées industrielles, mais ville bien attachante aussi, avec son cimetière impressionnant, sa cathédrale, son musée, 1 animation de ses rues.Et que de charme dans la campagne écossaise! Comment vous décrire le délicieux petit cottage aux environs de Dundee, où j’ai été reçu par une charmante amie de la France, dans une très vieille demeure admirablement restaurée! Comment vous parler dignement d’Aberdeen, de la ville où toutes les maisons sont en pierre de taille bleuâtre, cité trapue et cossue, avec ses splendides environs! Mes hôtes, un exquis couple écossais, portant le nom d une grande famille du pays, m’ont conduit par une magnifique après-midi de dimanche du côté du lialmoral, et la promenade s’est terminée par un thé pris dans les bois et un goûter de pique-nique.Mais il faut (pie je m’arrête.Je passerais toute 1 heure a 224 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE évoquer devant vous ces visions, tant elles hantent encore mon esprit, tant il me semble que je reviens tout droit d’Éeosse pour vous raconter mon voyage.Et, si le paysage vous y enveloppe de sa solide et calme grandeur comme de son lointain et permanent mystère, la cordialité des habitants vous y saisit tout entier.J’ai été deux fois reçu à Edimbourg dans la même famille, dans une belle demeure de Greenhill Terrace, chez un savant bien connu, qui portait un nom bien écossais, travaillait du matin au soir malgré ses 75 ans bien sonnés, avait une femme charmante qui me racontait, dans un anglais merveilleusement net, des histoires amusantes et plusieurs filles, qui toutes travaillaient avec ardeur dans le domaine intellectuel.L'une avait écrit un livre sur je ne sais plus (piel philosophe français; l’autre avait publié un gros volume sur Bismarck.La conversation marchait bon train.Dans cette maison, on adorait la vieille musique écossaise et ce sont mes hôtes qui me conduisirent un soir à un concert où la grande cantatrice, Mrs.Kennedy, nous donna une admirable série d’airs écossais, notés par elle sur [dace dans les îles lointaines et mystérieuses, mis en musique avec accompagnement de piano, chantés en gaélique, mais heureusement accompagnés d’une traduction en anglais moderne.C’est l’une des filles de la maison qui me montra toutes les curiosités historiques d’Edimbourg.Et avec quel feu, quelle fidélité dans le souvenir, de quel ton elle évoquait l’époque où la France et l’Écosse se trouvèrent si près l’une de l’autre! En réalité, le Français qui se rend d’Angleterre en Écosse fait une singulière expérience.Certes, j’aime l’Angleterre et je m’y sens bien.Peut-être est-ce parce que, protestant d’origine et élevé, dans le petit village du Midi dont je vous parlais tout à l’heure, à la fois dans l’Église réformée et l’Église méthodiste qu’y avaient fondées les Anglais au début du XIXe siècle, la religion anglaise m’est familière et me permet d’entrevoir ce qui se passe au fond d’âmes (pii ne se livrent pas toujours volontiers.Mais, dans nos conversations avec les Anglais, si cordiales et charmantes qu’elles puissent être, nous trouvons parfois, nous Français, comme une limite infranchissable.Nous aimons parler; nous sommes prêts à nous ouvrir, à faire nos confidences, à causer de tous les sujets.L’Anglais, plus réservé que nous, par là plus aristocratique sans doute, se ferme et ne nous suit pas sur tous les terrains où nous voudrions l’emmener.Je ne sais si je me trompe; mais je n’ai pas eu en Ecosse la même impression.L’Écossais se livre plus aisément; il est plus I I ÉCOSSE ET FRANCE 225 passionné, plus communicatif.Il aime la conversation sur de multiples sujets.J’ai éprouvé cette sensation de voisinage intellectuel et sentimental, avec une très vive intensité, dans la famille d’Edimbourg dont je vous parlais tout à l’heure; chez un théologien de grande valeur avec lequel je me suis senti, dès le premier abord, en communion d’idées; chez un peintre de talent qui m’a invité à sa table et avec lequel j’ai pu parler d’art tout à mon aise; avec tant d’autres personnes, même entrevues rapidement.Et il ne me semble pas (pie cette impression ait pu être fausse.Elle a été d’ailleurs tout récemment confirmée par une lettre que m’écrivait, en février, un ami qui connaît bien l'Écosse.“Les rapprochements que l’on peut établir entre l’Écosse et la France au point de vue de l’esprit et du caractère, me disait-il, ressortent plutôt par contraste avec les formes de l’esprit et du caractère anglais.A ce point de vue, il est évident que les Écossais sont beaucoup plus proches de nous.On pourrait citer un grand nombre de traits qui, réunis, formeraient un tableau assez frappant.On peut constater, par exemple, (pie le peuple écossais possède, par rapport aux Anglais, une plus grande ardeur au travail, un sens pratique plus développé, un esprit d’économie plus prévoyante, une conception plus simple et plus démocratique des classes sociales et de l’existence en général.A cela on pourrait ajouter une certaine vivacité intellectuelle, un goût de la clarté et de la logirpie, un respect et un goût des choses de l’esprit- qu’on rencontre moins en Angleterre et qui, là encore, nous apparentent aux Écossais.” Ce sont là formules très heureuses, aussi discrètes que justes, et que je fais miennes parce qu’elles n’impliquent, naturellement, pas la moindre nuance d’hostilité à l’égard de l’Angleterre ou du caractère de ses habitants.C’est une question de nuances, de manière d’être.Si Français et Écossais se retrouvent spontanément sur les terrains qui leur sont communs, avec leurs qualités et aussi avec leurs défauts, cela n’implique nullement à mon esprit qu’ils soient intrinsèquement supérieurs aux Anglais.C’est simplement affaire de goût, de traditions et d’affinités psychologiques.RELATIONS POLITIQUES Mais il y a aussi une affinité d’ordre historique et il est impossible de ne pas la rappeler.Car elle commande toutes les relations entre les deux pays. 226 revue trimestrielle canadienne Je n’oublierai jamais la promenade que me fit faire en automobile, par une après-midi de dimanche automnal, un professeur d’histoire de l’Université de Newcastle au mur romain, au fameux limes qui autrefois marqua les limites de la conquête romaine.Je vois encore le grand paysage triste et mélancolique, la route qu’on franchit aisément pour aller d’une côte à l’autre, les restes des camps romains.Comment ne pas évoquer l’existence primitive de la fière Écosse beyond the wall “Ce n’était pas, écrit un historien.une frontière commode! Il y avait, chez ces peuples du Nord, une vigueur farouche et une indomptable persévérance que trois siècles de luttes contre les légions romaines ne purent épuiser.” Quand l’Empire romain s’effondre, le pays écossais peut se dire qu’il est resté indemne.C’est la pleine victoire de la civilisation celtique.Mais, si la civilisation romaine n’a pas mordu sur l’Écosse, c’est le christianisme qui, un jour, la rattachera à l'Europe.Après l’extraordinaire odyssée de ce moine qui avait nom Colomba, la question se posa pour l'Écossc: restera-t-elle a 1 écart du continent ou vivra-t-elle de sa vie ?Elle vivra de sa vie.Elle adoptera le christianisme, mais son Église restera longtemps différente de l’Église latine et elle maintiendra, farouchement, son caractère monastique.Puis viendront les temps de la féodalité.Il faudra bien céder du terrain, en céder à l’organisation féodale elle-même, à l’organisation de l'Église latine, à la langue anglaise enfin.Toutefois l’esprit écossais survit à tant de concessions.( ’est pourquoi, à l’époque la plus brillante du moyen âge, au XlIIe siècle, alors que Duns Scot élabore sa grandiose théologie, les étudiants écossais s’en vont déjà à Londres et surtout à Paris.L’Écosse est restée elle-même; mais elle prend contact avec les forces du continent et s’en nourrit.Quand vient, à la fin du NI Ile et au commencement du NI Ve siècle, le temps de la grande épreuve, quand il faut que l’Ecosse se mesure avec l’Angleterre, nous retrouvons en elle la même fière indépendance, le même esprit de résistance.C’est le temps où de communes difficultés commencent à unir la France et l’Écossc, où Robert Bruce, après d’extraordinaires exploits, parvient à la royauté d’Écosse en 1328, où son œuvre prodigieuse est un instant compromise, mais se maintient jusqu’aux Stuarts.Cette fois, vers la fin du XlVe siècle, les destinées de la France et celles de l’Écosse sont étroitement liées.Et les relations intellectuelles entre les deux pays sont aussi étroites que leurs relations politiques. ÉCOSSE ET FRANCE 227 Au XYe siècle, les deux nations ont à résoudre le même problème, à briser la féodalité pour réaliser l'unité nationale, à s’affirmer contre l’ennemi commun.Et l’on voit apparaître, à cette époque de troubles et d’épreuves sans nom, la singulière figure de ce Jacques IV d’Écosse (pii, cultivé, parlant cinq langues, ouvert amx souilles de l’ère moderne (pii approche, veut faire de l'Ecosse une puissance européenne, se laisse entraîner dans une guerre fatale contie l’Angleterre, mais cela dans la pensée de prononcer une attaque de flanc (pii dégagerait la France engagée dans une lutte mortelle avec Henri VIII d’Angleterre.A aucun prix Jacques IV ne consent à la neutralité.Il n’est pas l’homme d’Etat (pii, prudemment, calcule.Il est dominé par sa générosité.Il vient de construire une flotte.Et, pour sauver la France, il l’utilisera, en même temps (pie des forces de terre, contre les Anglais alliés au Pape.Et ce sera le désastre de Flodden, la mort de Jacques IV lui-même, l’affaiblissement général de l’Ecosse, a la veille de la Réforme, lerrible épreuve pour la France que cette longue guerre de Cent ans (pii a duré de 1356 à 1461 et dont les effets se prolongent encore jusqu’aux approches de la Réforme puisque l’aide écossaise et le désastre de Flodden sont de 1513.Nous ne reviendrons pas ici sur l’histoire de la Réforme en France, sur les causes de son échec, sur les conséquences que cet échec a eues pour l’histoire de notre pays.( e qu’il y a de clair, c’est que la France a évité ce qui a miné l’Allemagne, à savoir le triomphe des vassaux et de leurs prétentions à la souveraineté territoriale, puis, l’alliance entre territorialisme et protestantisme, donc le morcellement à la fois politique et confessionnel.Que la France catholique et une ait à son tour aidé l’Ecosse au temps où celle-ci, évoluant lentement du catholicisme qui la séparait de 1 Angleterre vers une forme de protestantisme (pii allait, nécessairement, préparer son union finale avec la nation anglaise, quoi de plus naturel! Vers 1542 le conflit, en Écosse, apparaît avec une netteté déjà saisissante.C’est, d’une part, une Église qui a maintenu ses positions, qui est encore riche, mais dont la négligence et la corruption de ses dirigeants compromettent les destinées.En face d elle, une population plutôt irréligieuse, hostile au cléricalisme, prête a rejeter les enseignements de l’Eglise traditionnelle et qui regarde vers cet Henri VIII d’Angleterre en rupture de ban avec Rome.Dès lors, et pour de nouvelles raisons, la France et l’Ecosse catholiques ont partie liée contre l’Angleterre en voie de protostantisa- 22S REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE tion.Pour l’Écosse, l’indépendance et l’amitié françaises ne font désormais plus qu’un.Mais l’Angleterre est là qui, par la force, obligera l’Écosse à choisir entre elle et la France.Époque tragique (pie celle où Marie de Lorraine est régente d’Écosse et où l’on décide (pie la petite reine d’Écosse, la future Marie Stuart, épousera le Dauphin français.Or, jamais les destinées de l’Écosse et celles de la France n’ont été plus étroitement liées.Mais, en 1558, le deuxième acte du drame commence, quand Élisabeth devient reine d’Angleterre.Une fois de plus, en Écosse, Français et Écossais se battent contre les Anglais.Et l'on sait la fin de la tragédie, le troisième acte et l’exécution de Marie Stuart (1587).L’Écosse avait aidé la France pendant la guerre de Cent ans (XVe siècle); puis la France l’avait à son tour aidée au XVIe siècle.Cette période d’entr’aide était close.La Réforme va triompher en Écosse et, dès la fin du XVIe siècle jusque vers le début du XVIle, ce sera la lutte, en Écosse, entre vieille Église et protestantisme, l’alternance entre indépendance relative et union avec l'Angleterre.Dans les premières années du XVIIIe siècle, l’union entre Écosse et Angleterre sera un fait accompli et l’on sait ce qu’elle a coûté à l’Écosse, car cette union n’était pas, ne pouvait pas être celle de partenaires égaux.Je ne reviens pas sur une histoire bien trop connue, dominée par des noms tels que Cromwell et Guillaume d’Orange.Mais ne croyons pas que, dans cette période à la fois si troublée et si grande de son histoire, l’Écosse, entraînée vers le protestantisme et l’Angleterre, n’ait rien reçu de la France.De la France elle a reçu, après l’aide catholique, le calvinisme.Car le calvinisme et les principes démocratiques qu’il renfermait étaient chose bien française et croit-on que rien de notre esprit démocratique n’a passé dans le presbytérianisme écossais?France catholique et Écosse catholique avaient eu partie liée.France protestante et Écosse protestante auront aussi partie liée.Seulement, cette fois, le protestantisme entraînait l’Écosse vers l’Angleterre.Mais qu’importe si, suivant une voie à tout le moins naturelle, l’Écosse importait et gardait avec elle ce précieux élément d’esprit français: le principe démocratique.Et n’oublions pas non plus qu’à partir de 1685 la révocation de l’Édit de Nantes a envoyé en Écosse nombre de protestants français.Pense-t-on qu’ils n’ont été pour rien dans la renaissance économique de l’Écosse au X\ IIle siècle ?Après cette triple action religieuse, politique et économique ÉCOSSE ET FRANCE 229 on comprend pourquoi T Écosse a été si profondément secouée par la Révolution française.Elle était, avant cet événement, dans une situation politique intenable.Les iniquités tociales n’y manquaient pas.La décadence était partout.C’est en 1793 qu’un jeune avocat, nommé Thomas Muir, est condamné à 14 ans de déportation pour avoir fait circuler des ouvrages séditieux.Mais il y avait, dans le pays, sous la croûte conservatrice, une fermentation redoutable.Depuis longtemps, on critiquait le régime et l’administration.On voulait des réformes.On en avait assez d’un système électoral et municipal tout à fait scandaleux et corrompu.C’est la Révolution française qui secoue l’Écosse tout entière, qui jette comme un rayon de lumière sur les iniquités politiques monstrueuses qu’on avait acceptées jusqu’alors, qui en révèle les dimensions extraordinaires.La Révolution française, sans doute parce que son esprit trouvait ici des affinités profondes, alluma en Écosse une vie nouvelle.Le peuple avait été préparé par le protestantisme, dont le régime ecclésiastique était démocratique.Les classes cultivées, mûries par la lecture de Ilume et d’Adam Smith, étaient prêtes à saluer la Révolution.C’est le moment où Douglas Stuart revient de Paris, plein d’enthousiasme.C’est en 1792 qu’on fonda à Edimbourg la Société des Amis du Peuple.La Terreur et scs conséquences, puis les guerres révolutionnaires et napoléoniennes ont évidemment arrêté cet élan.Mais la réforme politique de l’Écosse n’en était pas moins commencée.Et elle se poursuivra au début du XIXe siècle, au moment où la révolution industrielle vient doubler la Révolution politique et fait l’Écosse moderne, celle que nous avons connue à la veille de la guerre et qui se rappelait si bien le passé, cette Écosse qui est entrée, avec l’Angleterre, dans la grande guerre et (pii s’est retrouvée, cette fois aux côtés des Anglais et aux côtés des Français, dans la lutte contre l’Allemagne.ÉCHANGES INTELLECTUELS XVIe—XVille SIÈCLES A cette prodigieuse interaction politique (pii a si étroitement lié les deux nations se joint un échange d’influences littéraires et intellectuelles (pii a rempli des siècles et dont il serait, vain de vouloir, dans le cadre restreint où se meut cette causerie, rappeler les grandes phases.Il faut lire, par exemple, le livre de Francisque Michel, “Les Écossais en France et les Français en Écosse”, qui a 230 revue trimestrielle canadienne paru à Londres en 1802, pour se rendre compte de l’ampleur et de l’intérêt de ces relations.Elles sont de toute nature.Il est vrai (pie le livre de Francisque Michel ne va, avec ses 2 volumes, que jusqu’au XVI Ile siècle.Mais combien suggestif, le récit de ces innombrables échanges qui ont précédé ceux, plus importants pour nous, du XIXesiècle.Au lieu de vous les résumer, laissez-moi vous citer quelques pages du volume II, qui concernent le XVIIle siècle.•‘A cette époque, écrit-il (p.ISO et s.), les maîtres de cette nation (l’Ecosse) étaient en grande faveur chez nous, surtout pour les lettres et la philosophie.Un médecin français qui, au milieu du XYIc siècle, avait voyagé dans leur pays, leur rend ce témoignage, en même temps qu’il mentionne deux théologiens qui avaient jeté de l’éclat dans le nôtre.“Les Écossais qui se mettent à étudier, dit Etienne Ferlin, deviennent volontiers bons philosophes et bons artions, et en ay congncu autrefois à Paris deux docteurs en théologie, deux des plus sçavans qu’on n’eust seen voir.Et principalement en philosophie, qui tenoyent les livres d’Aristote sur le doigt, et s'appelait l’un nostre maistre Simon Saneson demeurant au collège de Sorbonne, et l’autre monsieur Crauston qui avait esté recteur: et lesquels deux sont pour le jourd’huy evesques en Ecosse, et en grand crédit et honneur, et augmentent et amplifient le royaulme de leur honneur et vertu.’ Un autre écrivain d’une date postérieure, Sir Thomas Urqu-hart, venant de vanter un professeur écossais de Saumur qui parlait couramment grec et latin: “Cependant le plus grand nombre de cette nation ne s’étant jamais autant attaché à la propriété des mots qu’à la connaissance des choses, il en est résulté (pie, pour un maître de langues, il y avait, parmi eux, environ quarante professeurs de philosophie.Ce n’est pas tout: la gloire de la nation écossaise se répandit tellement dans toute l’étendue de la France et s’v établit si solidement, sous l’empire de l’idée qu’ont les Français de la supériorité des Ecossais sur toutes les autres nations en matière de disputes philosophiques, que naguère encore un seigneur, un gentilhomme, ou tout autre dans ce pays, désireux de faire apprendre à son fils les principes de la philosophie, ne l’aurait confié à personne autre qu’un maître écossais.Et s’il arrivait, comme ce fut souvent le cas, qu’un aspirant à une place dans une université française, après avoir été soumis, dans ses jeunes années, à une discipline différente, se présentât en concurrence avec un autre dont l’origine découlât de source écossaise, le premier était rejeté et 1 autre profère: ÉCOSSE ET FRANCE 231 l’éducation de la jeunesse dans tous les genres de littérature, sous des maîtres écossais, étant alors tenue, dans toute la Trance, connue supérieure à l'instruction fondée sur 1 enseignement des autres étrangers.” Voici ce que dit encore sir William Hamilton: “Durant les XVie et XVIIe siècles, il était rare de trouver sur le continent une université sans professeur écossais; on disait, en eflet, communément (pie l'on rencontrait partout un colporteur et un professeur de cette nation.La France, néanmoins, fut longtemps la grande pépinière des talents de l’Écosie, et il en fut ainsi même après la séparation politique et religieuse des deux pays, à la suite de l’établissement de la réforme et de l’avènement du monarque écossais à la couronne d’Angleterre.Un fait peut donner une idée du nom-lire d’étrangers ainsi employés en Fiance: l’illustre cardinal du Perron trouva, dit-on, à lui seul, place dans les écoles de cette nation pour un plus grand nombre d’Écossais lettrés (pie n en avaient toutes les écoles et les universités d'Écosse réunies.” Que d’exemples je pourrais encore vous citer, en particulier celui de Buchanan, qui a si longtemps séjourné en France vers le milieu du XVIe siècle, ou celui de Balfour, vers la fin de ce même siècle.L’université de Poitiers attira spécialement les Écossais.On sait le rôle qu’y a joué Blackwood.Mais, tandis que les Écossais affluent dans nos universités, de nombreux Français, de leur côté, se rendent en Écosse.En 1G00.au début même du XVIIe siècle, c’est le duc de Rohan qui y va, accompagné d’une suite de gentilshommes (pii firent visite à la reine.Au XVIIIe siècle, c’est la même chose.“Pendant le cours des troubles suscités par les efforts du dernier prétendant de la famille des Stuart, dit Tr.Michell, la civilisation et les arts qui en sont le fruit ne laissaient pas que de faire des progrès en Écosse, et, comme autrefois, ce pays avait recours au nôtre.Quand en 1754 le duc d’Hamilton fonda 1 Académie cl’Edimbourg, il prit modèle sur celle de Paris; et si les membres du clergé écossais ne venaient plus faire leurs études à l’Université de cette ville, les savants de l’Écossc s’y rendaient pour consulter nos érudits.” (p.452) C’est encore l’histoire de Quintin Crawford, né a Kilwinning, dans le comté d’Ayr, en 1743.Il avait amassé de grandes richesses et était revenu en Europe, après de longs voyages, en 1780.Il se fixa à Paris pour y jouir de sa fortune, y partageant son temps entre le culte des arts et celui des lettres.Il avait un hôtel d'un prix 232 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE inestimable, recevait, chez lui les gens les plus illustres et admirait Paris “jouissant avec transport, dit Fr.Michel du bonheur d’habiter cette ville où se rassemblent à la fois tous les plaisirs et tous les gens île connaissance”.C’est lui qui a témoigné à Louis XVI et à Marie-Antoinette, au milieu de leurs malheurs et au péril de sa propre vie, le plus respectueux dévouement.Il quitta Paris pendant la tourmente, mais y revient en 1SG2 et y reprend son ancien genre de vie.LE XIXe SIÈCLE Que d’Écossais ont donc, du XYIe au XYIIIe siècle, en l’espace de plus de 300 ans, rendu hommage à la France en y vivant en y déployant leurs talents d’éducateurs et de savants! En revanche, la France qui les appelle leur témoigne le plus grand honneur.Quelle preuve plus évidente voudrait-on de cette affinité intellectuelle qui a même survécu aux liaisons d’ordre politique ou religieux ?Mais il est temps que nous arrivions au XIXe siècle.Cette fois, ce sont deux grands maîtres de la littérature écossaise, un romancier et un poète, sir Walter Scott et Robert Burns, qui se trouvent rattachés par d’indissolubles liens au mouvement de la littérature et des idées dans notre pays.Avant Scott, il y avait eu, proche de la France révolutionnaire, un Robert Burns.Burns, qui était si pittoresque dans le comique, si près de la réalité ordinaire quand il le voulait, allait, quanti il exprimait de nobles sentiments, jusqu’à la poésie fière, aux traits énergiques, à l’ardeur passionnée la plus condensée.Il savait être éloquent, surtout quand il s’agissait de réalité sociale ou d’idées humanitaires.Il voulait la liberté, l’égalité parmi les peuples, l’union des hommes.Et c’est pour cela qu’il figure parmi les poètes de Grande-Bretagne qui, à côté des poètes allemands, ont acclamé la Révolution française.Déjà Cowper, avant Burns, avait donné l’exemple.Ylais il avait enfermé son rêve dans le cadre d’une dure et austère théologie.Quand éclata la Révolution française, ce fut, en Angleterre, un incroyable concert d’enthousiasme.Certains poètes anglais, Wordsworth en particulier, avaient une telle foi que la Terreur elle-même ne l’ébranla pas.Il a fallu Xapoléon pour les décourager.Comment Burns n’eût-il pas suivi le mouvement?“Sa nature irrégulière, écrit Angellier (II, 200), impatiente WW?mmm ÉCOSSE ET FRANCE 233 de toute clis( iplino; la forme démocratique de l'Église écossaise; les vagues traditions d’indépendance nationale; les souvenirs récents des derniers efforts tentés pour la reconquérir; une habitude précocement prise de ne juger les hommes qu’en les dépouillant de leurs titres et de leur rang, tout cela faisait un mélange un peu confus qui le disposait à saluer la Liberté sous quelque forme qu’elle prît.” On ne saurait mieux marquer la parenté entre le démocratisme français et celui d’Écosse.Il avait célébré Robert Bruce, écrivant le discours que ce dernier prononça devant les soldats.Il avait célébré aussi la révolte américaine.Mais, avec la Révolution française, il est sur un terrain plus solide.Or il n’est jias séduit aussi vite que les autres.Chose curieuse et fait original, Burns n’est attiré par la Révolution française que quand elle devient violente et tragique, quand elle devient un drame, un conflit de passions, une réalité concrète.Aussi a-t-il l’air, quand il en parle, d’un révolutionnaire engagé dans la lutte.Ce n’est plus la méditation enthousiaste ou l’ode philosophique.Ce n’est plus Wordsworth et Coleridge.Burns n’aime guère les rêves et les idées vagues.Et cela est bien écossais, bien français aussi.Burns rend l’accent de la populace.11 prend même le ton de la vulgarité énergique, du cynisme goguenard, comme dans la chanson ironique qu'il improvisa en apprenant la défection du général Dumourier.Je combattrai la France avec vous, Dumourier, Je combattrai la France avec vous, Dumourier, Je combattrai la France avec vous, Je courrai ma chance avec vous, Sur mon âme, je danserai une danse avec vous, Dumourier.Allons donc combattre, Dumourier, Allons donc combattre, Dumourier, Allons donc combattre, Jusqu’à ce que l’étincelle de la Liberté soit éteinte, Alors nous serons maudits, sans doute, Dumourier! En outre, Burns est le poète d’une tendance qui est bien française aussi, l’égalitarisme.L’Égalité a été, dit encore Angellier, “une de ses inspirations les plus précoces, les plus durables et les plus violentes”.La vie de nos pères, courageuse, mais infortunée, la misère triomphant du travail et de la probité, avaient éveillé dans - - ¦ - ¦ - ¦ 234 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE son cœur un sentiment de révolte qui y a toujours fermenté.11 y a chez lui une sorte de colère contre les inégalités, la haine des distinctions sociales absurdes, de la fausse répartition des biens et des honneurs.C’est pour cela qu’il proteste si violemment contre cette aristocratie du XVIIle siècle, surtout contre l’aristocratie moyenne, débauchée, ignorante, livrée au vice, alourdissant l’épaisse débauche dont les deux premiers George avaient donné l’exemple.Les anciens droits seigneuriaux étaient restés entiers.Bref, c’était cet état de choses dont nous avons déjà parlé à propos de la Révolution française et de son action en Écosse.Burns a tracé le tableau saisissant de la cruauté des intendants, de l’indifférence ’' " des maîtres.11 arrache les voiles de toute cette société corrompue du XYIIIe siècles.Il flétrit les débauches des hommes, les médisances des femmes, les nuits passées au jeu, passion des dames d’alors.On dirait une des cruelles peintures de Hogarth.Et Burns, avec cette rigueur et cette droiture de tempérament qui distinguent l’Écossais, va droit jusqu’au bout de sa pensée.11 s’élève contre l’exploitation de l’homme par l’homme.Là encore, ce sont les événements de la Révolution française qui ont aidé les éléments de sa pensée sociale à se condenser et à se clarifier.Au soufHe des grands principes qui flottaient dans l’air, ce qu’il y avait de trop personnel et de trop agressif dans les vues de Burns s’était épuré.Il se fait de l’égalité des hommes une idée plus élevée et plus large.Et c’est alors qu’il écrit sa “Marseillaise” de l’Égalité: Malgré tout cela, malgré tout cela, Leur dignité et tout cela, Le rêve du bon sens, la fierté de la vertu Sont de plus hauts rangs que tout cela.Bon sens et fière vertu : qualités écossaises et françaises On a tout dit sur l’influence immense que Sir W.Scott a exercée sur la littérature française.Cette influence dépasse d’ailleurs le cadre en somme assez étroit de notre romantisme et gagne les régions littéraires encore toutes proches de nous.“Le grand écrivain, dit encore Fr.Michel en terminant son livre (p.4S8), n’a pas seulement réveillé, en créant “Quentin Durward”, le souvenir de ces vaillants Écossais dont la fidélité formait un rempart impénétrable autour de nos rois, il a encore donné naissance à un genre consacré surtout à la peinture des passions et des intérêts qui 8716 ÉCOSSE ET FRANCE 235 s’agitent clans ce monde élevé, et c’est en cherchant à marcher sur ses traces que les auteurs de la “Chronique de Charles IX" et de “Cinq-Mars” ont atteint cette perfection qui fera toujours dire d’eux qu’ils procèdent de l’Écosse et plus encore de la France”.On ne saurait mieux dire.Et c’est vrai que presque tout le roman historique français procède, au XIXe siècle, de Scott.Et on peut d’ailleurs ajouter que l’influence de Scott, dépassant les frontières du roman proprement dit, s’est étendue du drame à l’histoire, etc., donc à toute notre littérature.On a consacré des volumes (L.Maigron) à cet important sujet.Dégageons-en les grandes lignes.On a été jusqu’à comparer l’influence de Scott sur le roman français à celle (pie Shakespeare a exercée sur notre théâtre.C’est peut-être un peu exagéré.Ce qui est vrai, c’est (pie Scott, et pour cause, a eu plus d’imitateurs que Shakespeare.Mais son action n’a pas été, ne pouvait pas être aussi profonde ni aussi vigoureuse (pie celle du grand dramaturge anglais.11 ne faudrait pas trop insister sur la comparaison entre les nouvelles imitées de Scott et les draines issus de l’influence de Shakespeare.Il n’en est pas moins vrai cpie l’influence de YV.Scott en France est un de ces phénomènes (pii dominent toute l’histoire de la littérature comparée.La presse contemporaine en a été très frappée et l’on y trouve aisément les traces de cet étonnement.Chose curieuse, cette presse semble parfois redouter l’influence de Scott.Elle s’étonne de ne pas trouver, parmi ses imitateurs, plus de grands noms.Elle accuse les autres d’imiter Scott trop commodément.En 1827, un critique affirme tout de même que cette influence équivaut à une vraie révolution et (pie “ce diable à quatre.est venu troubler les loisirs paresseux des romanciers modernes”.Il a, dit-il encore, “rendu les lecteurs difficiles”.C’était un bel éloge.On peut suivre, de 1S25 à 1850, les traces de cette influence et les avis des critiques plus ou moins alarmés.C’est vrai, en somme, (pie les contemporains n’y voyaient goutte.Ils n’étaient frappés que par les mauvais imitateurs.“Sur les pas de W.Scott, écrivait un critique du Globe en 1830, se sont élancés une foule de jeunes et aventureux écrivains, avides d’exploiter à leur tour une histoire jusque-là peu connue.” Oui, mais que penser alors, à lire ces jugements du temps, de la liste magnifique des imitateurs (pii sont Hugo, Vigny, Balzac, Dumas, 236 REVUE TRIMKSTniFT.U: CAXADIEXXE Mérimée, Stendhal, Georges Sand et Barbey d’Aurevilly?Faut-il a V.Seott une plus fière et noble escorte rie grands esprits ?Hugo aurait-il écrit son “Ilan d’Islande” sans la lecture de V» • Scott et ne lui emprunte-t-il pas ici l’idée, centrale chez Scott, de confier aux personnages eux-mêmes le soin de déployer leur caractère devant nos yeux?Écoutant V.Hugo lire son roman de jeunesse, A.de \ igny s’écriait: “Je crois entendre du W.Scott!” Il en est de même de “Bug Jargal”.Quant à “Notre-Dame de Paris”, Monselet disait: “Cette brillante Notre-Dame de Paris, œuvre de jeunesse, écrite sous l’influence de Walter et égale aux meilleurs romans du grand Écossais”.Mais le plus grand, le plus authentique imitateur de Scott en France, c’est Alfred de Vigny, surtout dans “Cinq-Mars”.Pourquoi?Parce cpi’il ne copie pas servilement le modèle, mais fait pour la France ce que Scott avait fait pour l’Écosse.Il fixe un moment capital de notre histoire en traits inoubliables.Il conserve sa pleine liberté, et c’est la condition même de l’imitation, qui est avant tout fécondation d’un génie par un autre.Si Scott subordonne nettement l’histoire à la fiction, Alfred de Vigny fait exactement le contraire.Et il est singulièrement plus indépendant que Hugo.Balzac, lui, connaissait à fond Scott et il l’admirait infiniment plus (pie Byron.“Auprès de lui, disait-il, Byron n’est rien, ou presque rien.Scott grandira et Byron tombera”.Jugement curieux et symptomatique.Balzac sent par où Scott dépasse le romantisme et gagne d’autres genres ou d’autres régions littéraires.Balzac a admirablement compris la psychologie de Scott, la manière dont il campe ses personnages, décrivant exactement le milieu, les circonstances de leur action.Comment ne remercierait-il pas son étoile de lui avoir donné, comme rivaux, Molière et Scott”.Peut-on citer plus singulier éloge?Quant à Dumas, les romans de Scott lui ont apporté une vraie révélation.Tant de fidélité aux mœurs et au costume, tant de vigueur dans la peinture des caractères, tant de vie dans le dialogue, tant de réalisme extérieur et psychologique a la fois le frappent.Ce sont là qualités qu’un Français aime avant tout.Il faut, dit-il, imiter Scott, tout comme Raphaël a imité le Pérugin.Il faut traiter comme cela les passions humaines, dans leur cadre historique, qui leur sert comme d’appui.Toutefois, Mérimée est, après A.de Vigny, le meilleur imitateur de Scott.Il l’est, parce qu’il imite sans imiter, évite, en parfait artiste (pi il est, la prolixité de Scott en même temps (pic, ÉCOSSE ET FRANCE 237 comme Vigny, il demeure fidèle à l'histoire.Chose curieuse, 1 influence de Scott voisine avec une autre influence bien différente, avec celle de Voltaire.[Mérimée combine le pittoresque de l’un et la cruelle ironie de l’autre.Ce qu’il prend à Scott, c'est son talent dramatique.Et c’est à ce titre (pie “Colomba” est, avec “Cinq-Mars”, le plus beau témoignage de l’influence de Scott en France.Et n’oublions pas, enfin, que G.Sand lisait du Scott pour se consoler, quand elle était désespérée.“Les romans de Scott, dit-elle, m’inspirent le courage, m’inculquent l’honneur, me soulèvent au-dessus de moi-même.Que de fois j’ai désiré être le jeune montagnard s’engageant, avec franchise et bravoure, dans une vie d’aventures”.Et citons, pour finir, ce mot par lequel Barbey d’Aurevilly définit Scott: “Le grand Accepté de l’opinion”! En rappelant, tout à l’heure, à propos des échanges intellectuels si nombreux qui avaient eu lieu entre France et Écosse, du XYIe au XVIIle siècle, j’insistais tout exprès, et aussi parce que les faits m’y contraignaient, sur le rôle des professeurs de philosophie écossaise en France.Ceci nous conduit à l’aspect le plus précis et le plus intéressant sans doute de notre sujet, à l’influence extraordinaire (pie la philosophie écossaise a exercée sur la philo Sophie française aux XIXe et XXe siècles.Cette influence a été souvent étudiée, en particulier par Émile Boutroux, dans une conférence prononcée à Edimbourg le 13 juillet 1S97 et parue depuis dans les Études d’IIistoire de la philosophie moderne.Dans son second volume, vers la fin, Fr.Michel insiste sur l’influence de la philosophie écossaise en France au XYIIIe siècle.Boutroux la rappelle.“Un examen minutieux des idées en France au XYIIIe siècle y ferait une large part, dit-il, au commerce avec l’Écosse”.Ce n’étaient encore là que des influences isolées.Mais quelque chose du ferment Écossais est certainement entré dans la pensée de ce siècle si noblement révolutionnaire.C’est au début du XIXe siècle que la philosophie écossaise a été vivement l’hôte de la nôtre.Et dès lors sa pénétration sera profonde.La France en avait besoin.A la suite de Condillac, nos idéologues avaient cherché la cause des phénomènes psychologiques dans les conditions physiologiques de la vie mentale.Us n’y voyaient qu’une branche de l'histoire naturelle.J.a métaphysique n’était pour eux qu’objet de mépris.Mais contre cette tendance, qui a d’ailleurs toujours subsisté dans notre philosophie, une réac- 238 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE ti°n se produisit.Destrett de Tracy, Degérando, Maine de Biian, Ampère, Laromiguière élargissaient le champ d’observation pour la vie de l’esprit.On s’apercevait (pie, de Condillac, on ne pouvait dégager aucune morale.On assistait à une explosion de matérialisme pratique contre laquelle Chateaubriand et Mme de Staël avaient protesté, soit par l’apologie du christianisme, soit P31' celle de l’enthousiasme et du sentiment.Une philosophie nouvelle se préparait.On voulait tirer de l’expérience tout ce qui s y trouve, c est-a-dire aller jusqu’à l’expérience spirituelle.Or, a la même époque, les Écossais poursuivaient le même but.Ils repoussaient la philosophie de Condillac, comme un mélange complexe de fausses observations et d’hypothèses.Ils repoussaient aussi l’idéalisme allemand, trop a priori.Ce qu’ils voulaient, entre le faux empirisme et le faux idéalisme, c’était l’observation p;u la conscience, avec le souci des vérités morales à atteindre.Il y avait la, sûrement, une conséquence de l’esprit protestant et libre, qui venait rejoindre en France, certaines tendances du même genre.Hutcheson, Shaftesbury, Reid, Beattie, Oswald, Ferguson, Uugald Stewart avaient accompli une oeuvre admirable à laquelle nous ne pouvions pas demeurer indifférents.( est ainsi que, de 1800 a 1820 environ, le mouvement s’est préparé.A Genève, c’est Prévost qui traduit les Écossais, de 1797 a 1808 et présente, en 1813, la philosophie écossaise comme héri-tièie de Bacon! En France même, c’est Royer-Collard (pii, après avoir grandi dans des milieux jansénistes et connu Port-Royal, s’occupe de morale et de religion, lit Reid et l’enseigne à la Sorbonne a partir de 1811.Son admiration pour les écoles d’Edimbourg et de Glasgow, il la communique à ses auditeurs.Avec elles, il veut 1 observation par la conscience, cette analyse psychologique qui va aux faits de la conscience et cherche ici le roc.Puisque l'âme met du sien dans la perception, c’est que son énergie propre est source de connaissance.Joufïroy continue l’œuvre de Royer-Collard.Il a le sentiment d’une libération.Il voit s’ouvrir une ère de recherches nouvelles, Père d’une méthode féconde pour la philosophie.Victor Cousin continuera cet effort.Malgré son penchant pour la philosophie allemande, il reste fidèle à la méthode écossaise, à la méthode d’observation de la conscience.De 1819 à 1820, il fait à la Sorbonne, sur la philosophie écossaise, un cours de douze leçons.Il signale la parenté profonde de notre génie avec celui de l’Écosse.Il aime la clarté, la méthode des Écossais, le respect qu’ils ont du lüBUiimi ÉCOSSE ET FRANCE 239 sens commun, c’est-à-dire du bon sens.Les Écossais voient l’analogie entre les sciences physiques et les sciences morales.Quant, avec Magendi, Broussais et tant d’autres, une nouvelle vague de matérialisme déferle sur la h rance, c est encore la philosophie écossaise qui vient nous aider à la contrebattre.C’est en 182U que JoufTrov publie sa traduction de Dugald Stewart (Esquisse de philosophie morale).La conscience, pense-t-il, est un admiiablc instrument d’observation.Elle peut découvrir les vérités incontestables.Une psychologie est donc possible comme science et comme base de la métaphysique.Jouffroy passe de Dugald Stewart à Reid, qu’il traduit complètement de 1S28 a 1830.Il célèbre ces Écossais qui rendent la philosophie à elle-même, à la libre observation des phénomènes de l’esprit humain, qui font d’elle une vraie science.Il ne leur reproche qu’une chose, comme C ousin l’avait déjà fait: d’être trop timides et circonspects en métaphysique et de ne pas poser le problème de la valeur absolue des principes de la raison.Et l’on aperçoit ici, au travers de ces merveilleux échanges, la différence entre l ame écossaise et 1 amc française.La première est religieuse; elle a sa foi morale et c’est pour cela qu’en philosophie elle est tranquille et peut se permettre un certain scepticisme.L’âme française cherche, dans la philosophie, un succédané de la religion et a, de ce fait, besoin d’une métaphysique sûre, croyante.Cette pénétration des idées écossaises s’est poursuivie en France jusque vers 1S50.( harles de Remusat, dans ses Essais de Philosophie” (1829-1847) estime (pie si Descartes a véritablement inventé la méthode philosophique des modernes, en plaçant le principe de la science dans le Moi (pii pense, Reid a commencé l’œuvre qu’il fallait bâtir sur ces prémisses.Ce n’est pas un mince éloge.Seulement, Charles de Rémusat reproche, lui aussi, aux Écossais leur timidité métaphysique.L’influence écossaise se prolonge encore par Hamilton, traduit en 1840 et commente par Ravaisson dans un article de la Itcouv des Deux .1/ondes (pii fit alors grand bruit.•‘L’Écosse, disait Ravaisson, a franchi le cercle fatal.Elle a compris (pie le sujet et l’objet, l’homme (pii pense et sa réalité extérieure, ne se comprennent (pie dans leur intime corrélation, dans leur opposition.Le Moi est substance et cause, en même temps cjue volonté, tendance et amour.La connaissance est quelque chose d’actif”.l'aut-il aller plus loin?Faut-il mentionner Renouvier, Vache- 240 REVEE TRIMESTRIELLE ('AXA DI EWE rot, Auguste Comte?Faut-il montrer que l’homme qui a écrit “Les données immédiates de la Conscience”, que Bergson est, lui aussi, un disciple des Écossais, qu’il a renouvelé la métaphysique en la basant sur l’observation de la conscience?11 suffit d’évoquer ce nom, l’immense influence que cette philosophie a exercée sur la France avant et depuis la guerre pour mesurer l’ampleur du mouvement et la part immense que l'Écosse a eue dans la formation des meilleurs philosophes français du XIXe et du XXe siècles.Mais il y a plus et mieux.Quand, vers 1810, on a voulu réformer et réorganiser notre enseignement secondaire, et, dans cet enseignement, celui de la philosophie, c’est encore aux Écossais qu’on s’adresse.On suit ici les principes de Reid et de Royer Collard.On apprend aux élèves la méthode baconienne, mais appliquée aux réalités de l’esprit.On prend l’homme, l’homme psychologique et moral, comme sujet d’étude.On rappelle que Reid vient de Descartes et qu’en allant aux Écossais la pensée française ne fait que remonter à la plus pure de ses sources, à celle que Paul Valéry, dans ‘’Variété II”, a si admirablement commentée.Et c’est pour cela qu’on installe, à la base de notre classe de philosophie la psychologie, la morale et la métaphysique.Notez que, de là, l’influence écossaise a passé à l’École Normale Supérieure, à cette incomparable pépinière de la France intellectuelle et politique.Dans le projet des études pour l’École Normale, qui a été suivi de 1832 à 1852, Laromiguière ménage une place d’honneur à la philosophie écossaise.Il y introduit la psychologie d’observation.Dès lors, la philosophie écossaise devient en France la philosophie officielle, celle qui va former les jeunes générations, entrer dans la substance de notre enseignement, apprendre à nos élèves à ne pas se payer de mots, à fuir aussi bien l’épais matérialisme que le vague idéalisme, à se fier au sens commun.“Ainsi, écrit Boutroux, se réalisa en partie le vœu qu’avait formé Charles de Rémusat, de voir la philosophie écossaise pénétrer dans la société et y répandre son esprit de liberté et de respect, de critique et de bon sens, d’observation sincère, d’aversion pour les systèmes et d’attachement inviolable aux croyances instinctives de l’humanité.” Est-il plus bel éloge qu’on puisse faire de l’Écosse, do sa pensée, de ce qu’elle nous doit et de ce que nous lui devons ?Les ÉCOSSE ET FRANCE 2-11 Écossais ont pris à l’esprit cartésien ce qui pouvait s’allier avec leurs tendances morales et religieuses.Ils nous ont rendu la substance cartésienne renouvelée, chargée d une psychologie neuve et, de ee fait, ils nous ont fécondés après nous avoir emprunté ce que nous avions de meilleur, le souci de la pensée claire, de la méthode et du bon sens.Ils ont fait mieux encore.Ils ont pénétré de leur substance cet enseignement secondaire, dont la classe de philosophie est le couronnement et l'aspect le plus original, cet enseignement secondaire qui est la vraie gloire de la France moderne, le moyen admirable que sa bourgeoisie, base de la République, a trouvé de se donner une tête, une tête claire, généreuse et solide.Préparée par des relations politiques qui ont lié étroitement les deux nations l'une à l’autre, par des influences intellectuelles et littéraires d’une immense portée, l'alliance entre l'esprit écossais et l’esprit français a été la substance même de l'esprit de nos jeunes générations.Et si, sur la terre de !• rance et de Belgique, dans la guerre terrible dont nous avons été les témoins, le sang canadien, le sang écossais et le sang français se sont mêlés, c’est que les esprits s’étaient déjà retrouvés et qu’à nouveau ils s’unissaient pour que ne pérît pas la civilisation commune qui les avait nourris tie sa moelle.Edmond Vermeil.Professeur à la Faculté des Lettres de V Université de Strasbourg. LES VEDETTES DE NOTRE MUSIQUE» l) Les artistes préposés aux fêtes populaires ou aux divertissements des princes de la Grèce et de la Rome antiques recevaient pour leurs services des cachets qui ont lieu de nous étonner pour l’époque, -— étonnement consécutif, n’est-ce pas, aux prémisses irréfutables cpie nous avons tout inventé! Joueurs de lyre ou de cythare, aèdes, poètes, tragédiens et comédiens trouvaient sans peine alors des protecteurs munificents dont Mécène est resté le prototj’pe.l ue revue de musique publiée en Europe révélait récemment que Jules César, par exemple, donna cinq cent mille sesterces à Laberius qu’il admirait.L’Athénien Polus, habile comédien, touchait un talent tous les deux jours, soit, en notre monnaie, plusieurs centaines de dollars! Et le spirituel chroniqueur d’ajouter en commentaires: “Aujourd’hui, beaucoup d’artistes ont du talent.et ne le touchent pas.’’ Chez nous, plus qu’ailleurs, beaucoup d’artistes ont eu du talent et ne Font pas touché; beaucoup de Canadiens ont eu du talent pour la musique et n’y ont pas touché.Il y eut à cela bien des causes qui tendent à disparaître: la suspicion dans laquelle les artistes ont toujours été tenus, le discrédit versé par l’opinion sur les carrières artistiques et la profession musicale.Ceci faillit nous coûter une gloire nationale, même une gloire universelle de l’art: l’Albani.Cette suspicion fit longtemps rester dans la pénombre des musiciens nés, et fit s’arrêter à mi-chemin de leur évolution des natures artistiques comme celles d’un Alexis Contant, que nous ne connaissons pas assez.Le talent musical, en effet, est ici un patrimoine, une tendance ancestrale que nous essaierons tout à l’heure d’expliquer à l’aide des données de l’hérédité psychologique.Très curieuse, cette antinomie entre le talent originel de nos gens pour la musique et le discrédit de la profession.Incapables, pourtant, d’opter contre un art (pii, à une époque donnée de notre histoire, a constitué avec la religion l’unique source de joie, on a toujours fait chez nous, bon an mal an, beaucoup de musique, en tout cas assez pour entretenir le talent, mais sans trop l’exalter, enfin juste assez pour faire des malheureux! ( >) Conférence prononcée le 11 avril dernier au Cercle Universitaire sous la présidence de M.Augustin Frigon, de l'Ecole Polytechnique, avec le concours de l’Orphéon de Montréal et de quelques personnalités du Conservatoire. LES VE DETTES DE NOTRE MUSIQUE 243 Minville, dans sa récente enquête sur l’enseignement secondaire, a caractérisé notre façon de vouloir par le terme très juste de “volonté éparse”.H est temps, grandement temps, que nous commencions à nous en apercevoir: dans le domaine de l’orientation pédagogique de la vocation individuelle, comme dans tous les autres domaines, il faut que nous nous débarrassions, une fois pour toutes, de ce travers qui nous aveulit, le travers de l’indécision vagabonde.Nous avons eu des chansons dès notre naissance; la France nous en a légué un copieux héritage.L’une de nos romances les plus estimées est nostalgique, comme beaucoup de romances, mais la nature de cette nostalgie est peut-être plus symptomatique qu’elle ne semble.“J’aime à revoir ma Normandie”! Mo pardonnerez-vous, Mesdames, Messieurs, de vous confesser (pie cette romance m’a toujours trouvé sceptique ?J’ai toujours cru qu’aimer à revoir sa Normandie implique qu’il faut la quitter très souvent, peut-être pour des raisons qui devraient nous défendre de telles effusions sentimentales.Aimer à revoir son pays, c’est très bien, quand on l’a quitté pour des causes suffisantes comme par exemple pour fonder et coloniser le Canada.Mais alors, il faut achever cette fondation, et cela implique qu'il faut y demeurer dans sa nouvelle Normandie.Quand on vient la revoir, cette Normandie, c’est en tout cas d’un tel intérêt pour tout le monde (pic le journal à informations s’empresse de publier les photos de ces patriotes migrateurs.Le monsieur et ses frères et sœurs, natifs de St-Sauveur des Monts ou de St-Cyprien de Dorchester, reviennent des Etats, et apparaissent dans le journal dans une attitude que l’humoriste trouve savoureuse, attitude caractéristique de Normands, qui aiment peut-être à revoir leur Normandie, mais en général, pas assez pour y rester! Il y a depuis quelques décades, dans l'histoire de notre évolution ethnique, donc il va sans dire artistique, comme un mauvais génie — “d’autres disent normand” — qui nous arrache à nos couvres, à nos institutions naissantes, à nos livres inachevés et nous empêche de leur donner ce cachet de perfection qu’on trouve ailleurs.Nous semblons anxieux de marcher toujours, sans repos, pourvu (pie ce soit en vagabonds! Les trois huitièmes de nos gens sont aux États-Unis et la plupart de nos grands artistes ont vécu et travaillé ailleurs (pie chez nous.Ils ne trouvaient pas ici le milieu nécessaire?—Très bien! Nous ne leur faisons pas grief d’être 244 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE allés s’outiller ailleurs, mais bien d’avoir vécu ailleurs tout leur été pour ne nous revenir qu’à leur automne.Quand il n’y a pas d’ambiance, il n’y a qu’une chose à faire: en créer une.Il suffit pour cela d’un peu de discipline, de méthode, d’esprit de sacrifice, en un mot de sens social et national.Mais voilà! Le même travers qui prive aujourd’hui notre race d’un million et demi de ses fils, a privé la musique de presque toutes ses vedettes.Les vedettes de notre musique! Jx* titre a dû paraître courageux à plus d’un, mais c’est une illusion.En dépit de tout ce qui a été dit, Albani n’est pas une exception.Nous sommes présentement placés au sujet de la question musicale en ce pays, dans la même occurrence psychologique que les contemporains de Carneau, avant qu’il écrivit son histoire, ou encore, que l’opinion publique d’il y a vingt ans, avant que l’abbé Camille Roy publiât son Histoire de la Littérature Canadienne.Ceux qui vivaient chez nous avant I860 n’ont-ils pas cru que nous n’avions pas d’histoire, et que nous n’avions, comme peuple, qu’à abdiquer sans phrases.?L’audace d’un Carneau a pu d’abord faire sourire, elle n’en a pas moins galvanisé tout un peuple et fait surgir le patriotisme canadien-français.Nous sommes trop exigeants; nous versons dans le travers que signalait jadis Emile Faguet : il faut avoir deux fois raison pour obtenir créance! Peuple enfant, nous sommes, plus que nous ne croyons, des maniaques — oh! bien intéressants, je vous l’accorde, — des maniaques du superlatif.“S’il était nécessaire, écrit l’Abbé Camille Roy, pour que nous puissions nous glorifier d’avoir une littérature, que nous comptions parmi nos poètes un Ronsard ou un Lamartine, parmi nos historiens un Thierry, parmi nos philosophes un Pascal.peu de peuples se pourraient vanter d’avoir de convenables débuts littéraires.L’Art lui-même peut être plus ou moins parfait.mais s’il existe, ce n’est pas à nous qu’il convient de l’ignorer ou de le dédaigner.Plutôt que fie tout supprimer d’un trait d’humeur ou d’un trait d’esprit, sachons reconnaître, continue-t-il, avouer et apprécier les causes qui l’ont empêché d’apparaître plus vite et de mieux s’exprimer.” Ce texte, Mesdames et Messieurs, pourrait être aussi bien à la première page de notre histoire musicale qu’au début d’un manuel fie littérature canadienne.Mais pour la musique, chez nous, il y a plus encore.Les Canadiens français n'ont excellé dans aucune branche de l’art comme en musique, et cet art là a donné à notre patrie des artistes qui ont porté son nom plus loin LES VEDETTES DE NOTRE MUSIQUE 245 à l’étranger que toutes les autres sphères de l’activité intellectuelle.Citez un livre écrit chez nous, qui soit aussi répandu en Belgique, en France et aux États-Unis que la Théorie Musicale de Sœur Marie de St-Matthieu, qui vient d’atteindre un tirage de soixante mille exemplaires.Pareillement, la méthode de piano de Mme Morin-Labrecque — cette musicienne (pie Couture n’a jamais critiquée, ce qui est un hommage — la méthode de piano de Mme Morin-Labrecque est répandue aux États-Unis, en Espagne, chez les religieuses de Chine, en Belgique, en France, et même en Australie.Le maître Dethiers du Conservatoire de Boston, à qui une maman française demandait une bonne méthode de piano pour sa fillette, répondit — ne sachant pas qu’un Canadien français l’écoutait dans la pièce voisine: “Ecrivez à Montréal, chez Archambault, et demandez la méthode d’Albertine Morin-Labrecque”.Voilà pour les théoriciens; quant à nos grands artistes ils sont assez marquants pour que l’étranger les réclame comme siens: il y a cette encyclopédie américaine qui veut nous prendre Albani et ce public parisien qui ne veut pas croire Plamondon canadien.Nous les avons d’ailleurs bien oubliés eux-mêmes, à cause de leurs pérégrinations, et puis, ils ne sont pas tous revenus, “pleins d’usage et raison, vivre entre leurs parents le reste de leur âge”.La douceur angevine, qui avec la “mouvance” normande, constitue les deux traits caractéristiques de l’esprit canadien, a été la plupart du temps victime de cette dernière.Il reste qu’un Desèvc fut désigné comme le nouveau Paganini par Y Europe artiste, tant son archet avait subjugué le critique réputé de ce périodique.Desèvc alla s’établir à Boston, Paris du Nouveau-Monde, et durant dix-neuf ans, fut Konzcrt Meister, violon solo, de la célèbre Symphonie.Ce qui est plus triste encore, c’est qu’il professa longtemps au Conservatoire de Boston, de même que Martel, et que d’autres, à une époque où nous pensions n’avoir pas ce qu’il faut pour lancer un conservatoire.Eva Gauthier a parcouru le monde, après avoir pu donner la mesure de ses aptitudes grâce à la protection de sir Wilfrid Laurier.—F.-N.Mercier, de Québec, fut pensionnaire de l’Opéra Comique de Paris en 1899, — Bosario Bourdon a joué devant des têtes couronnées et aujourd’hui dirige l’Orchestre Symphonique Victor.Béatrice La palme, née à Belœil joua à Paris avec un art consommé le rôle de Musette dans la Bohème, et aussi plusieurs autres rôles* — Guillaume Couture, Paul Dufault, Victoria Cartier, C’alixa 246 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Lavallée.mais une conférence ne doit pas être une énumération! Nous en avons nommé dix, il y en a plus de trente qui mériteraient l’hommage d’un volume entier pour qu’on pût donner à ceux qui leur survivent et qui désespèrent, une véritable idée de ce qu’ont été chez nous les représentants de l’art musical.Ces trente dont nous parlons ce sont les heureux qui purent donner la mesure de leur talent, parce qu’ils commencèrent jeunes et apprirent leur solfège à l’heure dite.Combien d’autres, à part ceux qui se sont fixés ici, avec toute la préparation nécessaire au professorat, combien d’autres, dis-je, n’ont pu se livrer à leur art que sur le tard, mais avec tout de même le courage de suivre quand même leur vocation.Le dictionnaire des Sœurs Ste-Anne rapporte le nom de plus de cent vingt-cinq musiciens eanadiens-français de marque, depuis la naissance d’Albani (1852) et combien n’apparaissent pas dans ce répertoire, pour ne s’être pas rendus à l’appel de presse qui constitua le seul moyen d’enquête de cette publication courageuse.Parmi tous ces musiciens, beaucoup ont écrit des compositions qui en valent bien d’autres, publiées à l’étranger; mais de par l’absence d’atelier de gravure, toutes ces compositions sont restées ignorées, et trop souvent se sont perdues.M.le chanoine Chartier, dans une causerie donnée à l’Union Musicale de Sherbrooke, sur la vie de l’esprit français au Canada, disait: “Quand même nous aurions eu des écrivains, sous le régime français, ils n’auraient pas trouvé d’imprimerie pour divulguer leurs œuvres”.Qui sait si ce n’est point là la cause qui s’est opposée jusqu’ici à ce que nous ayons une musique canadienne ?Nous l’avons souvent soupçonné, en entendant le Je viens à toi.de Pruneau, le/e Vous Salue, Marie de Tremblay, la Gigue de Champagne, Le Lied de Tremblay, le Cor Jesu de Letondal, le Chez-Xous de Morin-Labrecque.Est-ce que l’O Canada, de Calixa Lavallée, ne fait pas aussi bonne figure dans le recueil des hymnes nationaux que les neuf dixièmes de ces airs?Quand nous pourrons imprimer nos œuvres nous-mêmes, nous aurons notre école de musique bien à nous, et c’est avec un immense bonheur que nous annonçons l'ouverture à Montréal d’un tel atelier qui, dans quelques semaines, commencera à mettre ce beau programme à exécution.Des experts européens sont déjà liés par contrat à venir en prendre la direction.Ce sera une autre lacune de comblée, celle peut-être qui a le plus concouru jusqu’ici à nous masquer l’importance de la question musicale au Canada.Essayons maintenant, dans une brève esquisse historique, de „.- .LES VEDETTES DE NOTRE MUSIQUE 2-17 relever l’évolution musicale au Canada, et d’en déterminer les phases.Les vedettes y apparaîtront à leur heure, sans vous imposer une chronologie indigeste.Les documents sont rares, sans doute, mais nous croyons avoir été heureux dans nos recherches.Le premier musicien canadien est, selon toute vraisemblance, Louis Jolliet.né à Québec en 1645; c’est aussi le premier qui s’embarqua pour aller compléter des études en Europe.Il en revint assez bon claveciniste et savant hydrographe.La “mouvance” normande avait une fois de plus le pas sur la douceur angevine! Il s’agit bien, en effet, du découvreur du Mississipi que nous retrouverons tout à l’heure, après son retour du Golfe du Mexique, à la tribune de l’orgue de la cathédrale de Québec.Les relations des Jésuites nous confirment tous ces détails, dans un style où la naïveté des citations et la saveur des narrations constituent pour l’intelligence un enchantement continu.Si notre premier musicien de marque est Jolliet, notre premier compositeur est un compositeur de plain-chant: Amador Martin, fils d’Abraham Martin qui a donné son nom aux plaines célèbres de la région de Québec.Il reste de lui dans le répertoire du diocèse de Québec une prose pour l'office de la sainte Famille.Nos annales musicales s’ouvrent par un mariage, le 27 novembre 1645.Voici le texte: “Le 27 novembre, mariage de la fille de M.C'ouillard avec le fils de Jean Guyon; le père Vimont assista aux noces; il y eut deux violons pour In première fois”.Le 24 décembre 1645, “Le premier coup de la messe de minuit sonne à onze heures; le second un peu avant la dnmye et pour lors on commença à chanter deux airs: Venez mon Dieu et Chantons Noé.M.de la Ferté faisoit la basse, St-Martin jouait le violon; il y avait encore une fluste d’Allemagne qui ne se trouva ]>as d’accord quand se vint à l'église'.” Mais au mois de février 1647, il y eut autre chose au magasin de la Compagnie des Cent Associés, il y eût un bal! —“Le 27 de février, il y eût un ballet au magasin, c’était le mercredi gras (sic) — pas un de nos pères ny de nos frères n’y assistai!) ny aussi les filles de l’Hôpital et des Ursulines, sauf la petite Marsolais”.— Cette petite Marsolais, ne vous semble-t-il pas, fit preuve d’un assez bon courage en la circonstance! La messe de minuit 164S: “On chanta les troisièmes psalmes des nocturnes en musique: en élévation, musique avec viole, et pendant les communions qui se firent par un autre prêtre”. 21S REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Le 25 décembre 1657: "Le Père Supérieur dit la messe de minuit qui fut chantée en musique qui ne valut rien".La critique musicale était donc alors moins clémente qu’aujourd’hui ?.Le Jour des Pois 1660."les soldats qui donnaient le pain bénit firent retentir les tambours et flûtes, et vinrent de la sorte à la fin de la messe, ce qui choqua puissamment Mgr l’Evêque.” Los relations ne se gênent pas pour donner la critique même sur les voix des bons Pères: le 27 mars 1760, à propos du Samedi Saint, on peut lire: “Le Père Sablon n’est point propre pour chanter seul un Exult et!” C’est en 1661 qu’il est pour la première fois fait mention d’un orgue à Québec.A l’occasion des Quarantc-Heures de cette année-là, il y eut motets en musique et goûter au réfectoire“tous les trois jours.” A la messe de minuit de la même année, l’habitude semble implantée de récompenser les chantres au réfectoire mais cela entraînait bien quelques inconvénients.Lisons plutôt ensemble: “les psalmes furent chantées en musique.Il y eut un désordre pour les boissons des chantres, ou enfants de notre séminaire; je leur fis donner, outre leur biaire, un pot de vin de la veuille, et le jour les marguillers aussy leur en donnèrent sans que nous le sçussions.Cela enruma(sic) Amador, qui ne put plus ensuite chanter les fêtes V’ Le 15 septembre 1663, date importante dans l’histoire de notre musique; deux vaisseaux du roy arrivent à Québec.Parmi les passagers: Mgr de Laval, M.de Mésv et dans la cale, un orgue si compliqué qu’on ne s’en servit bien que l’année suivante.‘‘C’était un bel instrument.En ecclésiastique du pays en étudia le mécanisme, et réussit à fabriquer lui-même, d’après ce modèle, quelques orgues qui furent placées dans les églises de la colonie.La date mérite qu’on s’y arrête, Mesdames, Messieurs, c’est celle des débuts de notre facture d’orgues nationales.C’est à la même époque, une vingtaine de mois plus tard, qu’arrive à Québec, avec le régiment de Carignan Sallières, un jeune trompette du nom de Jean Casa van, l’ancêtre de ceux qui ont porté le renom de notre musique jusqu’aux quatre coins du monde.Le soleil ne se couche pas sur les possessions anglaises.non plus que sur les orgues canadiennes signées: Casavant.Sachons user d’un orgueil de bon aloi.Le chauvinisme chez nous est moins à craindre que la tiédeur patriotique.Ces inventions des Casavant ont été partout copiées, même en France.Ils s’en soucient peu, nous déclarait M.( 'laver Casavant, pourvu qu’on veuille bien écrire et reconnaître qu’on doit les perfectionne- ËMÎMSBBEEaSSESEZl LES VEDETTES DE NOTRE MUSIQUE 249 monts utilisés à la facture canadienne.Au chapitre des réalisations de premier plan, c’est notre devoir d'apprécier ce que représente pour notre école nationale de musique l’œuvre des Casavant.Montréal a plus d’orgues considérables (pie la ville de Paris, dans une proportion du double.Comme la population de Montréal est trois fois moindre, cela donne un mobilier instrumental liturgique six fois plus considérable.Xotre province elle-même est tellement riche en beaux instruments que — nous pouvons le dire, sans crainte de nous tromper — nous sommes le pays le mieux partagé du monde en fait d’orgues de "gros calibre”.Et c’est, là un signe de vocation musicale.11 ne viendrait à l’idée de personne en Europe Qu’un Stradivarius pût naître chez un peuple qui n’eût pas une haute culture musicale.Pareillement, le seul fait que nous ayons produit les plus remarquables facteurs d’orgues peut-être de notre époque est une preuve incontestable (pie nous avons, comme peuple, tout ce qu’il faut pour faire quelque chose de grand au point de vue musique.Le gouvernement du Canada l’a compris durant la guerre en exemptant de la conscription le personnel technique de la fabrique de St-Hyacinthe; ils étaient plus utiles à la patrie à bâtir leurs instruments merveilleux qu’à la défendre sur les champs de bataille!1 Continuons notre revue du XYIIe siècle et de ce (pie les Relations des Jésuites nous révèlent.Dès cette époque reculée du Conseil Souverain, le clergé s’occupe déjà chez nous d’aider les musiciens a parfaire leurs études: François du Moussart Auvergnat, âgé de dix-neuf ans, un des tambours du régiment de Carignan fut confié aux Jésuites par le capitaine de la Tour “à raison de ce qu’il était excellent musicien, mais avec le dessein de lui faire la charité de le faire étudier”.Lorsque le chevalier de Tracy arriva à Québec en juin 1065, c’est Louis Jolliet qui vraisemblablement touche l’orgue.Xous avons déjà vu plus haut qu’il était revenu de France claveciniste.Or, le style de l’école d’orgue française de cette époque est précisément le style du clavecin.11 n’est pas étonnant qu’on l’ait utilisé à la cathédrale.Avec le régiment de Carignan, s’implantaient au pays pour de bon un bon nombre de musiciens habiles, faisant partie des fanfares des vingt-quatre compagnies.Ces sol- 1 Quelle preuve parallèle de la valeur sociale de l’art dans l’organisation de la vie humaine moderne! Et ce fut ainsi de tout temps; nous avons essayé d’établir dans une conférence antérieure publiée ici même (Revue Trimestrielle Canadienne, juin 1924: “Le Rôle social de la Musique”). 250 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE dats on le sait, s’établirent sur des terres et développèrent ici le goût de la musique militaire.( e sera jusqu’à nos jours une des branches de la musique où les Canadiens excelleront; notre province a toujours compté et compte encore des fanfares remarquables qui, bien souvent ont décroché des premiers prix dans les concours en honneur chez les Américains.La fanfare de l.avigne et celle des Grenadiers Guard,sont les deux exemples les plus connus, mais trop peu souvent rappelés.Après la fondation du collège des .Jésuites, “les jeunes gens du ( 'anada, écrit Talon, se dévouent et se jettent dans les écoles pour les sciences et les arts”.Il serait bien singulier que la musique n eut été parmi ces arts.Mais la lutte commence avec les nations iroquoises et jusqu’au traité de paix de 17(JO, les arts de la paix pourront difficilement être cultivés.Meme alors, après l’entrée du X\ Ile siècle, ce sera la grande lutte avec les colonies anglaises de la Nouvelle Angleterre et nos annales ne portent guère de traces de préoccupations artistiques tant que durent les hostilités.Nous arrivons ainsi au régime anglais.Durant cent ans, nos pores doivent opter pour l’ignorance, plutôt que d’abandonner leur langue et leur foi.Que restait-il à ce petit peuple de Français issus du grand siècle, issus d’une époque qui a marqué sa trace ineffaçable dans l’histoire de l’esprit humain ?Les sources de la poésie, fermées sans retour; les réservoirs de la science, hors de portée! Il lui restait une chose, à ce petit peuple, en dehors de l’espoir religieux que lui gardait son clocher; il lui restait une source de joie qu’aucune force ne pouvait lui enlever, il était fils d’une race où la chanson même est née, il savait chanter.S’il y a chez nous plus de talents musicaux que partout ailleurs, sans école de musique, ce talent vient donc d’une hérédité, dont nous venons d’entrevoir l’origine.L’abbé Groulx a écrit de façon très juste que “nous sommes tous fils, petits-fils ou arrière-petits-fils d’illettrés.” ("est pour cela que nous sommes fils, petits-fils ou arrière-petits-fils de musiciens.Non pas que la musique ne soit pas un art intellectuel, mais parce que c’est la seule poésie des humbles, parce que c’est le seul art de charité.Aussi, chacun chez nous a dans ses souvenirs d’enfant le souvenir d’une mère qui le berçait en chantant, non pas comme chante une nourrice, mais comme chante une chanteuse, dont le talent avait jadis dû être très réel.Notre musique ._ 'aire — la vraie — est édifiante au même titre.Le violoneux de nos campagnes a dans certains cas une 84 LES VEDETTES DE .VOTRE MUSIQUE 2ôl dextérité qui attire l’attention des spécialistes.M.Camille Couture, notre collègue du Conservatoire, nous citait récemment un cas insoupçonné de dextérité rythmique et d’aplomb mélodique chez un violoneux de sa petite patrie.Rien d’étonnant à ces phénomènes! Le chant individuel avait besoin comme toute musique, de trouver une formule sociale et le même principe qui développe et fait surgir dans nos grandes cités modernes le grand orchestre symphonique avait provoqué chez nos ancêtres, pour qu’on s’amusât forme à la veillée, l’institution rudimentaire mais nullement ridicule du violoneux sans professeur qui charmait la “compagnie”.De plus, nos ancêtres, en braves paysans, avaient leurs danses villageoises comme tous les pays où il y a de braves paysans (pie la terre nourrit et qu’elle rassasie de ses quiétudes.Il y avait aussi l’église, port d’attache suprême (pie la tempête ne détruisit pas.Tout ce qui se passait dans cette eglise était traité avec un infini respect.L’instinct ethnique, si l’on peut dire, poussait à envisager comme teinté de salut tout ce qui s’v trouvait et cela même au point de vue temporel.Le sacristain était un personnage et le chantre donc! Lne notabilité.Comme on l’écoutait entonner le Patron omnipotenlem du Credo de Dumont! Comme on écoutait avec admiration monsieur le curé chanter sa Preface, ou encore le Pater noster au nom de toute sa paroisse, de tout ce peuple qui avait tant besoin qu’il le chantât avec conviction.La messe était le seul spectacle de ces populations et la musique fait partie intégrante de cette messe.Mais nous osons dire (pie même sans l’église et son chantre, même sans le violoneux qu’on retrouve ailleurs dans le monde, nos mères auraient chanté.Dans l’état d’isolement intellectuel où notre peuple se trouvait, il devait être particulièrement vrai que la musique est la poésie des humbles.L’enfant canadien naissait donc dans une suffisante ambiance; sa mère normande ou poitevine avait la voix suffisamment juste pour former son oreille; le violoneux était assez admiré; le chantre de l’église assez respecté pour qu’il tentât de les imiter.Il y eut sans doute dans cette culture en vase clos, des voix remarquables a surgir.Xos annales régionales citent des cas innombrables de voix naturelles; mais tant (pie la situation politique s’y opposa, ces talents restèrent en friche.Les quatre premières décades du régime anglais ne contiennent rien de bien marquant, pour notre étude.Vers 1S00, un littérateur et musicien, paraît: Joseph Quesnel.Il aimait à composer il» HCl Btm |„, in««MÉalÉBBiS On 9 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE des chansons qu’il donnait aux gazettes du temps, et il sortait rarement sans son violon.Qucsnel ne se bornait point à la chanson, il composa bel et bien des symphonies pour grand orchestre, des quatuors, et il va sans dire, des motets.Je ne dirai pas cpie nous les avons à la main.Après avoir cherché plus de dix mois et sans succès, les œuvres d’un Couture (pie nous avons tous connu, vous ne m’en voudrez pas de n’avoir pas entrepris de retrouver les symphonies de Quesnel! De la musique de Chambre au ( ’anada vers 1S00! cela serait bien probant à vous offrir comme preuve du t alent originel de nos gens pour la musique; mais nous ne voulons pas solliciter les textes et nous demandons instamment aux nombreux archivistes qui constituent les amis de St-Sulpice de nous aider davantage, nous les profanes musiciens, à retrouver nos symphonies et nos quatuors et àempêcherqu’à l’avenir ils ne se perdent.Quelque dix ans plus tard c’est la guerre avec les États-Unis et les couplets railleurs naissent de tous côtés à l’adresse des Américains.Aux jours glorieux de Salaberry, on donna à Québec, devinez.Le Barbier de Séville! Le valeureux capitaine avait vu la pièce en France, et c’est par complaisance qu’il avait accepté d’assister à la représentation; mais il paraît qu’il fut grandement étonné de l’habileté des acteurs et tout à coup, emporté par l’enthousiasme en entendant un nommé Ménard, il s’écria comme s’il eût donné un commandement de bataille: “Courage Figaro, on fait pas mieux à Paris!” Il paraît (pie l’assistance électrisée par l’intervention bien française du capitaine, se leva aussi et cria: “Courage Figaro, on ne fait pas mieux à Paris!” Et il est probable qu’on retint plusieurs semaines, plusieurs années ce compliment.Ménard lui-même dut passer pour une étoile d’opéra et les progrès possibles (pie son talent comportait durent être compromis.Nous sommes ainsi, dès que nous avons fourni un effort qui nous a campés dans un peu de panache dramatique; dès que nous avons pu ravir au bâclé et au convenu de notre vie mesquine quelques jolies phrases, quelques vers harmonieux ou quelque accent sincère, la fatalité, (plutôt que l’amabilité du critique bénévole) la fatalité veut qu’un compliment trop absolu ou de maladroits superlatifs viennent pour toujours étouffer dans la vanité les plus belles espérances.Je m’aperçois, qu’emporté par un travers de moraliste, je tire de notre premier Figaro une conclusion tout autre (pie celles que m’imposent les fins de mon travail.Quelle que soit la valeur de MMnS35SS3^E3EâiÂiâfiiië LES VEDETTES DE NOTRE MUSIQUE 2.53 ccs essais, nous sommes heureux de trouver en 1815 qu’il y a chez nous au moins un Figaro qui ne fait pas trop triste figure.Il ne faut pas oublier que nous sommes à l’époque où l’éducation sous l’initiative de notre clergé prend son essor de par la fondation des collèges classiques.Montréal a celui des Sulpiciens dès 1773; en 1S05, c’est Xicolct, 1815 St-Ilyacinthe, 1824 8te-Thérèse, 1825 Chambly, 1S27 Ste-Anne de la Pocatièrc, 1832 l’Assomption.Les Dames de la Congrégation, les Ursulines, les Hospitalières ont des écoles répandues dans toute la province, et dans ces écoles, l’on peut de bonne heure apprendre la musique.11 y a un professeur attitré qui enseigne le solfège, le violon ou le piano.C’est souvent l’organiste de la cathédrale ou d’une des principales églises qui enseigne au séminaire.Or, au séminaire, l’on a beaucoup d’autres choses à soigner et nous avons bien peur que tout notre enseignement musical se soit depuis cinq ou six générations résumé à entretenir juste assez le talent musical chez nos gens pour en faire le reste de leurs jours de regrettés transfuges de la vocation musicale.Nous croyons pouvoir dire (pie six ou sept sur dix de nos compatriotes sont des musiciens qui s’ignorent et regrettent inconsciemment chaque fois qu’ils vont au concert de n’avoir pas poussé plus loin leurs études musicales.Que sur cette énorme proportion, il y ait de véritables talents (pii aient été ravis à notre gloire comme race, c’est clair et évident.L’enseignement de la musique dans les couvents s’est développé au point de donner lieu parfois à de véritables conservatoires comme celui de l’Institut Pédagogique, celui des Sœurs Jésus-Marie et celui des Sœurs Ste-Anne.Les professionnels y sont invités à constituer le jury en lin d’année.Ces jurys fonctionnant un peu partout en fin d’année ont fini par faire naître des institutions assez étonnantes pour les étrangers (pii nous visitent: des conservatoires de mois de juin, inexistant le reste de l’année! Très curieuse cette forme de nos écoles de musique, parfois sans siège social, constituées uniquement par des jurys qui se réunissent une fois par an et attribuent des ' parchemins de valeur diverse suivant un programme répandu dans tous les studios.On peut appeler cette époque: l’époque des “Conservatoires itinérants".Encore un méfait du démon normand.Alais il paraît que nos compatriotes de langue anglaise ont trouvé la formule excellente puisque la plus répandue de ce genre d’institution est le “Dominion College of Music’’.Qui sait si la formule n’est pas londonnienne! 254 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE En 1860, à la suite du réveil que nous avons déjà signalé, la musique prend chez nous son essor.La phase domestique est terminée, nos musiciens passent sur la scène internationale.Albani est alors âgée de huit ans.Son père de descendance bretonne et musicien avait tout ce qu’il faut pour mener à bien son éducation.A quatre ans, Albani avait déjà une voix remarquable, et en 1881, à 9 ans, elle sait tous les classiques et est hors concours au couvent du Sacré-Cœur.Elle veut se faire religieuse, un moment, et ce fut une religieuse qui l’en dissuada.Un échec l’attendait quand elle voulut partir pour Paris: personne ne voulut concourir à lui fournir les moyens de traverser l’océan.On craignait qu’une âme aussi pure fût ainsi exposée à trop de périls.I.e père découragé alla s’établir à Albany, où devait se manifester à merveille une différence psychologique que nous avons déjà signalée à plusieurs reprises.Tout Albany prit fait et cause et se groupa, évêque en tête, autour de ce jeune talent.Quand il naît aux Etats-Unis quelque artiste de valeur, quand il s’y fonde quelque institution, l’Américain s’en prévaut, il en parle à tout venant, il ne doute pas que ce produit du pays soit excellent, il s’enthousiasme et bientôt, il n’y a rien au-dessus ‘'Best in the world”.Dois-je avouer ici que je n’ai jamais trouvé ridicule ce supposé travers de nos voisins, à cause de la poutre que nous avons dans l’œil, de déclarer, inférieur, a priori, tout ce que nous produisons.Le jeune artiste américain, qui sent naître en lui et se développer la vocation d’artiste, est sûr de.trouver à l’heure voulue l’ambiance propice à l’éclosion de son talent.Chez nous, ce sont trop souvent censeurs et sceptiques qu’il faut entendre, chacun prenant, suivant une formule heureuse, son esprit de contradiction pour de l’esprit critique.Laissons Albani partir pour Paris et pour Rome avec l’argent des Américains.Laissons-la se perfectionner, débuter à Messines et nous la retrouverons, vers J900, en pleine possession de son (aient.Avant de continuer la relation de cette glorieuse carrière, citons quelques-uns des succès marquants de nos autres vedettes, sur les scènes étrangères.La tâche est délicate et il faut forcément se limiter à quelques individus.Nous répétons que nous serions plus à l’aise pour rendre justice à tous dans les cadres d’un volume que dans celui d’une brève synthèse.Nous avons entendu dire à Paris même par le maître Charles Tournemire —qui d’habitude n’est pas très prodigue de compliments, — nous lui avons entendu dire de Conrad Bernier, LI':, VE DETTES DE NOTRE MUSIQUE g.).) qui alors exécutait une pièce au grand orgue de St-Eustache où il remplaçait son maître Bonnet: “Ce jeune Bernier est déjà un maître”.Il est.temps, Mesdames et Messieurs, qu’entre professionnels de la musique on ne cache pas les succès des autres par envie et prise d’ombrage.— Saint-Saëns faisait un jour passer un examen de dictée harmonique à Mme Berthe Boy de Québec, un des représentants les plus talentueux de notre musique qui fit une tournée transcontinentale avec Kubelik.Saint-Saëns jeta la main sur le clavier au hasard.Résultante, vous le comprendrez: un accord en paquet où les dissonances hurlent.Et Mme Roy, le dos tourné à l’instrument énumère au maître, sans en manquer une seule, toutes les notes frappées.Saint-Saëns prétendit qu’il rencontrait pour la première fois pareil phénomène.—• Couture fit exécuter à Paris par l’orchestre Colonne un Quatuor-Fugue, une Rêverie, une grande Marche pour orchestre (pie nous sommes seuls à ne pas connaître.J’avais rêvé, Mesdames et .Messieurs, de vous faire entendre ces oeuvres par un orchestre qui était tout trouvé, voire engagé; mais à part Jean le Précurseur et Attala, les œuvres de Couture sont perdues ou égarées.Même le “Memorare”, un chef-d’œuvre qui fit admettre Couture à la Société Nationale de France, reste introuvable pour tous ceux qui le recherchent.César Frank jouait communément une Grande Fugue pour orgue de Couture sur le grand orgue de Ste-Clotildc à Paris.Charles Magnan donne présentement dans la Quinzaine Musicale une étude sur nos compatriotes conn us à Paris ou ailleurs comme compositeurs et que nous ignorons.C’est une véritable révélation! Nous abandonnons à d’autres de produire nos artistes et leurs œuvres.Combien de compositions originales ont du succès ailleurs et que nous n’avons jamais entendues?C’est à croire que nous sommes un peuple pour les autres.I.e pianiste Dansereau a été l’accompagnateur du célèbre Jean de Reské.— Clément a chanté ici une œuvre d’Alexis Contant et nous croyons (pie ce n’est pas simplement par politesse.Contant avait une écriture en avance sur son siècle et son fameux chant Sur un crucifix est empoignant comme le testament de \ euillot.La mélodie La querelle du même avec l’audacieux accompagnement a été chanté à Paris, cette fois par Mme Filin Litvinne, la grande interprète de Wagner.Nous connaissons mieux Alexis Contant, grâce à l’honorable Athanase David qui a eu le sens éclairé de faire éditer, aux frais du gouvernement, une douzaine de ses composi- S=2-—- 2.16 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE tions les plus marquantes.Sachons espérer que nous posséderons un jour toutes les œuvres.André Messager au pupitre de l’Opéra-Comique de Paris, comptait, disait-il lui-même, sur Béatrice Lapalmc pour rallier tous les fuyards dans certaines scènes difficiles: il l’appelait son chien de garde.L n des plus beaux concerts donnés à Paris par une personnalité canadienne est sans conteste celui du 24 juin J 80S donné par Victoria Cartier pour l’érection d’un monument Cartier à St-Malo.J out le Paris élégant était à l’Institut des jeunes aveugles où se donnait le concert d’œuvres pianistiques et organistiqucs.Bour-gault du Coudray, le violoncelliste Dclsart, le maître Gigoux qui accepta d’être la partenaire de notre compatriote dans l’exécution d'un arrangement pour piano et orgue du Rouet d’Otnphale.Le chef d’orchestre Lamouroux avait une haute idée du talent de Mlle Cartier.Des programmes de l’époque nous révèlent son engagement pour des concertos à exécuter avec le célèbre orchestre.^ °us dirais-je encore, .Mesdames, Messieurs, l’estime qu’a vouee Bonnet à Amédée Tremblay à cause de son talent d’organiste; l’admiration de Dupré pour un Laliberté; les succès d un Plamondon ou d’un Mercier qui sont en tout comparables à ceux des bons virtuoses et des grands artistes de France?Nous nous tairons à dessein sur les vivants comme les Gravel, les Jobin, les Cornellier, les Girard, les I.ionel Daunais, les Morin, les Descarries, les Magnan et tous les professeurs de l’Académie de Québec ou du Conservatoire.Devenons a l’humble fille des campagnes canadiennes qui, par son talent, son travail, son intelligence et sa dignité devint la compagne des reines et la parure enviée de la couronne britannique.Flic égale en gloire la plus célèbre cantatrice de tous les temps, Adélina Patti.Quand elle quitte Malte, toute la flotte anglaise manœuvre et fait la haie chaque côté de son navire.Paris la couvre de fleurs; la salle Ventadour qui n’était plus en faveur, devient trop petite pour recevoir les auditeurs délirant d’enthousiasme.Après Paris, c’est la Bussie; elle chante pour le mariage du grand-duc; on jette des diamants à la cantatrice.Nous le répétons, cette “humble fille des campagnes canadiennes”, pour reprendre l’expression d’un écrivain de chez nous, “devint de par la grâce de son génie la reine du chant et les rois et les grands de la terre n’ont pas hésité à en faire leur amie.Pour commencer par une republique, le général de MacMahon la reçut à l’Elysée; le LES VEDETTES DE NOTRE MUSIQUE roi Kalukua des îlos Sandwich, lui présenta le bouquet qu’il venait lui-même de recevoir de la ville de New-York.L’empereur Guillaume la rencontra souvent et fut toujours plein de délicatesse pour elle.Sur ce point, Alexandre II, empereur de Russie, ne lui céda en rien, pas plus d’ailleurs que François-Joseph et Yictor-Emmanuel.Quand aux reines, celle du Danemark, la reine des Belges, la reine d’Italie, l’impératrice douairière d’Allemagne, toutes la reçurent avec empressement et voulurent jouir de sa voix et de sa sympathique présence.Mais entre toutes les souveraines qui honoraient Aime Albani, il en est une, la plus puissante d’alors (pii voulait en faire presque sa confidente, la reine Yictoria.C’est en 1874 que la cantatrice fut présentée à la souveraine, et à partir de ce moment ce fut entre elles une amitié durable; d’une part, générosité et délicatesse, de l’autre, reconnaissance et respect.“J’imagine, dit l’abbé O.Maurault dans son beau livre — Marges d’Histoires,(') j’imagine (pie Patti, Xeillson dont on parle encore, ont été elles aussi présentées à des têtes couronnées, mais je ne sache pas qu’aucune d’elles soit entrée dans l’intimité d’une impératrice.Albani fut maintes et maintes fois appelée auprès de la reine.Celle-ci aimait vraiment la musique, et toute la musique, bien qu’elle eût un faible pour Gounod.La cantatrice paraissait à Windsor et à Buckingham, non seulement pour de petits concerts privés, mais encore, à plus forte raison, dans les “state concerts”; ces concerts où l’on applaudit point, chose assez gênante pour les artistes, cpii ont besoin d’être en communion avec leur auditoire.Dans une de ces occasions, lors du voyage de l’empereur d’Allemagne en 1891, Albani chanta devant une trentaine de personnages royaux et leur suite, “audience extraordinairement choisie,” dit-elle.Cette amitié de la reine était si bien connue que le même empereur, deux ans plus tard, souhaitant bon voyage à Albani, la chargea de “give my love to Grand-mamma if you see her before 1 do”.Cette singulière faveur de notre prima donna n’était point gratuite qu’on le croie bien; mais son talent de chanteuse est en général mieux connu que ses relations sociales avec la noblesse de tous les pays.Quant aux critiques voici le ton sur lequel ils célébraient à tour de rôle le talent de notre compatriote.Du correspondant du Xew-Yor'» Herald à Paris — “.le succès d’Albani aux Italiens est un de ces événements qui malheureusement deviennent de plus en plus rares à l’Opéra.Pour un de ces triom-( ¦) La citation précédente est tirée du même ouvrage. REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE 2.‘)8 phes, combien de centaines ou plutôt de milliers de fiascos n’avons-nous pas à enregistrer! Cette fois c’était pour Albani la grande épreuve qui allait fixer définitivement sa position exacte.De fait, cette épreuve lui a donné tout le prestige requis et l’a de suite placée à la tête de sa profession.“A l’exception d’Adélina Patti que l’on ne doit pas classer parmi les prima donna en autant qu’elle est un phénomène musical à proprement parler, Albani est reconnue par les Parisiens pour la première en Europe aujourd’hui.Or, on sait que lorsque les Parisiens ont jugé, il n’y a plus d’appel et M.Oye peut maintenant exiger pour les services d’Albani le prix qu’il lui plaira.L’enthousiasme qu’elle soulève est extraordinaire et rappelle les plus beaux-jours des Italiens.Les résultats pécuniaires sont correspondants.Le premier soir qu’Albani a paru, on perçut 81000.00, le lendemain ce fut $2600.et le jour suivant on arriva à 83200, le maximum! Les loges se prennent rapidement pour les derniers cinquante soirs de la saison et AI.EscuÜier essaye maintenant de porter de dix-huit à quarante le nombre des représentations qui restent à donner.Je ne crois pas qu’il réussisse car Gye a trop d’expérience pour ignorer qu’en retirant Albani jufete à l’apogée de son triomphe, il lui assure un plus bel engagement quand elle voudra revenir à Paris, d’autant plus que AT.Escudier devrait être content vu que cette artiste distinguée a relevé les finances des Italiens et que lorsque son engagement actuel expirera, elle lui aura permis de couvrir les grandes pertes qu’il a subies au commencement de la saison.” Il faut concéder à notre race, Alesdames et ATessieurs un talent musical au-dessus de la moyenne.Pour nous, après avoir ét udié à fond la question, nous avons une foi inébranlable dans l’avenir de la musique canadienne.Les traits d’esprit et les sourires n’empêcheront jamais les Albani, les Casavant, les Plamondon, les Martel, toutes nos vedettes et toute notre histoire de nous promettre, pour demain, une école nationale de musique, à mettre en parallèle avec celles des autres pays, et même susceptible de se classer au premier rang sur la scène internationale.Il ne faut pour y arriver qu’une condition: travailler pour la nation, au lieu de travailler toujours et uniquement pour les intérêts mesquins des individus.Nous aurions sur ce sujet bien fies pages à écrire! J.-Eugène Lapierre, Dr AI.directeur du Conservatoire National de Musique. RECHERCHE DES PREMIERS ÉLÉMENTS D’UNE GÉOMÉTRIE NATURELLE.J’ai public autrefois, dans le Bulletin de l'Ecole Polytechnique, un article intitulé "Réflexions sur la géométrie euclidienne”, dans lequel je m’efforçais de montrer qu’il est possible d’établir rigoureusement la plupart des postulats énoncés par l'.uclide, à condition de bouleverser, de fond en comble, l’ordre savant de la géométrie classique.C’est ce thème que je reprends aujourd’hui en le purgeant des imperfections qu’un léger recul de quinze à vingt années m’a permis d’y découvrir.Chose étrange et qui provoquera toujours chez les géomètres un étonnement mêlé de regrets: Luclide a bâti toute la science géométrique sur une définition énigmatique: “la ligne droite est celle qui est également située entre ses points”.Cette définition est complétée par quelques postulats fort judicieusement choisis: 1° On peut toujours tracer une droite entre deux points donnés.v .2° Deux droites ne peuvent enclore un espace, c’est-à-dire que, par deux points donnés, on ne peut faire passer qu un seule droite.3° Une droite comprise entre deux points quelconques peut toujours être prolongée suivant sa direction.•Je laisserai de côté le célèbre postulat relatif aux parallèles, (et dont la négation a donné naissance aux géométries non-euclidiennes), ce postulat ne jouant aucun rôle dans l’établissement des premières propositions géométriques.Pourquoi le grand géomètre “qui mit dans son œuvre cet enchaînement si admiré des amateurs de la rigueur géométrique” n'a-t-il pasédifiésurdes bases mieux assurées ?Aurait-il jugé que certaines images nous sont trop familières pour avoir besoin d être précisées?Il est plus probable qu’il a reculé devant des développements qui eussent, infailliblement, brisé les cadres de son ouvrage.Si, en effet, les principes fondamentaux de la science géométrique ne peuvent être établis qu’à l’aide d une investigation de l’espace à trois dimensions, il faut, ou bien présenter ces principes comme choses connues de tous, ou bien commencer la géométrie par l’étude de l’espace le plus complexe. 260 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE En admettant donc que le géomètre grec ait sacrifié à une raison d’ordre, n’est-il pas intéressant de rechercher l’ordre naturel qu’il eût dû adopter pour remplacer ses hypothèses par de véritables propositions?Mais la présente étude ne vise pas, simplement, à une expérience plus ou moins curieuse.On sait que de l’adoption ou du rejet des divers postulats peuvent résulter des systèmes géométriques contradictoires.Or, s’il est de la plus haute importance de ne conférer le titre de postulat qu’à des vérités sévèrement contrôlées, toute tentative de démonstration de ces vérités est aussi utile que légitime.Nous poursuivrons cette étude jusqu’à l’établissement d’une proposition capitale longtemps considérée comme un axiome: “La ligne droite est le plus court chemin d’un point à un autre”.1.Nous admettrons les hypothèses suivantes: 1° L’espace géométrique est homogène, continu, illimité.2° La trajectoire d’un point en mouvement est toujours continue.3° Un solide peut, sans se déformer, se déplacer dans l’espace géométrique, se mouvoir librement autour d’un point fixe ou tourner autour de deux points fixes auxquels il est invariablement lié.4° Un solide mesurable est nécessairement enfermé dans une enveloppe continue, (surface), qui l’isole de l’espace environnant.2.Définitions.—Deux points A et B, distincts l’un de l’autre, suggèrent l’idée d’un intervalle ou d’une distance qui les sépare.Pour franchir cette distance on trace entre A et B une ligne continue que l’on suppose rigide et indéformable et (pie l’on nomme un segment.Ce segment peut être parcouru soit en allant de A vers B, soit en allant de B vers A.Dans le premier cas, A est l'origine, B l’extrémité, et le segment s’énonce AB.Dans le second cas, c’est B qui est l’origine, A l’extrémité, et le segment s’énonce BA.remarque.—Il est important de ne pas confondre le segment AB et le segment BA, quoique ces deux segments soient constitués par la même ligne.L’inobservation de cette remarque pourrait mettre en défaut tous nos raisonnements.3.Egalité des distances.—Étant donné deux groupes de GÉOMÉTRIE NATURELLE 261 points: A et B d’une part; A ' et 15 ' d’autre part, on dit que les distances AB et A 'B ' sont égales lorsque tout segment tracé de A en B peut être tracé de A ’ en B On vérifie l’égalité de deux distances à l’aide d’une seule opération en se référant au théorème suivant, qui est le premier de la géométrie naturelle: Théorème I.—Si un segment tracé de A en B peut être tracé de A ' en B ', tout segment tracé de A en B pourra être tracé de A ' en B Soit, en effet, S, S,, S2,.des segments tracés de A en B.Si l’un d’eux, S, peut être tracé de A ' en B ', on pourra le transporter de AB en A 'B Il suffit, dès lors, de supposer qu’on transporte en même temps tous les autres segments pour que la proposition devienne évidente.L’égalité des distances se vérifie, pratiquement, par l’emploi du compas, qui joue le rôle de segment indéformable.remarque.—Ce qui précède donne lieu à une observation bien curieiSe: il est impossible d’admettre, sans démonstration, l’égalité des distances AB et BA.En effet, il n’est nullement évident qu’un segment AB, dont l’origine est A et l’extrémité B, puisse être retourné de telle sorte que son origine vienne se placer en B et son extrémité en A.Cette propriété sera ultérieurement établie.4.Comparaison des distances inégales.—On dit que la distance AB est plus grande que A 'B ' lorsqu’il est impassible d’aller de A en B sans rencontrer un point M de l’espace tel que AA'I = A 'B '.Inversement on dit que AB est plus petit que A 'B ' lorsqu’il est possible d’aller de A en B sans rencontrer un point M tel que A AI = A'B'.Pour comparer deux distances il est nécessaire de recourir à un lieu géométrique, la surface sphérique, dont nous établirons les propriétés en nous appuyant sur la notion des segments réduits.5.Segments réduits.— Cn segment AB est réduit à la distance AB = d, lorsqu’il ne contient aucun point, autre que son extrémité B, à la distance d de l’origine A.On peut toujours tracer un segment réduit entre A et B.Soit, en effet, un segment quelconque AB, rencontrant des points intermédiaires AI, X,., tels que AM = AN = .= AB — d.En parcourant le segment de A vers B, on rencontrera nécessairement l’un de ces points, (M, par exemple), avant tous 262 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE les autres.Il suffira, dès lors, de ne conserver que la partie A.M du segment et de la faire passer entre les points A et B.0.La surface sphérique—Théorème II.Le lieu géométrique des points situés a la distance d d’un point fixe O est une surface fermée régulière.Soit AI un point de l’espace tel que OAI=(/.Concevons un segment réduit OAI qui se déplace autour de son origine fixe O: son extrémité AI décrira une ligne continue AIA11.dont tous les points appartiendront au lieu géométrique.Dans son mouvement autour de O, (auquel nous la supposerons invariablement liée), la ligne MAI,.engendrera une surface dont tous les points appartiendront au lieu géométrique.Il est clair qu’une telle surface enveloppe complètement le point O, c’est-à-dire qu’elle est fermée.Supposons que nous déplacions la surface précédente autour du point fixe O: ses différentes parties devront glisser les unes sur les autres en coïncidant point par point, sans quoi un segment réduit tel que OAI pourrait rencontrer le lieu géométrique en plusieurs points distincts, (conséquence absurde).Il resuite de ce même raisonnement qu’aucun point étranger a la surface ne peut appartenir au lieu géométrique.Ce lieu comprend donc une surface fermée, unique et régulière appelée surface sphérique.Le point O en est le centre et OAl=c/ le rouan.Le solide limité par cette surface est la sphère.7.Rôle (le la surface sphérique dans la comparaison des distances.—Mchtivemeni à la sphère de centre O et de rayon OAI, les points de l’espace se partagent en trois groupes.1 Les points extérieurs: il est impossible d’aller du centre O a l’un quelconque E de ces points sans rencontrer l’un des points AI de l’enveloppe.On a donc, par définition, OE>OAI.2J Les points intérieurs: il est possible d’aller du centre O à l’un quelconque I de ces points sans rencontrer l’enveloppe.On a donc 01 '.En faisant passer la partie OS de O en M et la partie O'S ' de ()' en M ' on le réduirait de la longueur SS'.Corollaire—fie chemin le plus court entre deux points 0 et () ' doit passer par tous les points de la droite 00 ', car s’il doit passer par le point M, milieu de 00' il doit aussi passer par les points M, et M ' „ milieux de OM et O'M,., etc.Donc la ligne droite est le plus court chemin d’un point à un autre.Jules FOI VERT, Professeur fl'Architecture à l’Ecole des Peaux-Arts de Montré/1, QU’ADVIENDRA-T-IL DE L’OUEST CANADIEN La crise économique mondiale à laquelle notre pays, si riche qu’il soil, n’a pas échappé, a été particulièrement sévère à l’Ouest canadien.D’où la mise à l’affiche de cette portion de notre territoire.Des voix de l’Ouest se sont fait entendre — entre autres celle particulièrement autorisée de M.Raymond Denis, président des associations catholiques franco-canadiennes de la Saskatchewan.Concurremment à ce témoignage, S.K.Mgr Rodrigue Villeneuve avait sollicité de l’Est sympathie et encouragement.Par l’Ouest nous entendons généralement les provinces centrales dites du Manitoba, de la Saskatchewan et de l’Alberta.La Colombie, séparée du plateau central par les Rocheuses ne semble plus être partie intégrante du territoire canadien: population plus britannique qu’ailleurs, particularisme économique accentuant le caractère spécial de ce territoire qui n’est, rattaché au reste du Canada que par une frontière conventionnelle, par une allégeance au pacte fédératif sous lequel nous vivons, et au sud par le tarif.LES DÉBUTS DE L’OUEST Le Manitoba fait partie de la Confédération canadienne depuis 1870.L’Alberta et la Saskatchewan s’y joignirent en 1905.Dès le début on s’adonna à la culture intensive du grain; mais ce n’est toutefois que vers 1905, et surtout en 1908, que le Canada s’ouvrit des marchés extérieurs lui assurant des débouchés pour les céréales qu’il produisait en quantité incessamment croissante'.L’immensité du territoire mis à la disposition des nouveaux venus et à coût minime, l’absence de marchés rapprochés pour écouler d’autres produits périssables, la fertilité du sol, l’écoulement et le transport faciles incitèrent la population des plaines centrales à s’adonner à une culture unique: celle du grain.Les transcontinentaux sillonnèrent bientôt la prairie.Les embranchements eurent comme conséquence de faciliter l’expansion de l’agriculture, mais surtout unilatéralement.La guerre de 1914 survient.Il faut nourrir l’Europe.L’Ouest qui n’avait guère plus de 50,000 âmes en 1870 en compte mainte- QU’ADVIENDRA-T-IL DE L’OUEST CANADIEN 269 nant un million et demi.Cette masse de producteurs de grain, surtout de blé, se spécialise dans la mise en valeur de terres aptes à produire surtout de ces céréales.L’industrie laitière est embryonnaire, mais pourquoi s’essaierait-elle à côté de celle du Québec et de l’Ontario ?Le grain paie mieux et exige moins de labeur.Pourquoi la loi du moindre effort n’aurait-elle pas joué en l’occurrence?Pourquoi blâmer outre mesure les fermiers de l’Ouest de l’imprudence commise?LA GUERRE ET L’APRÈS-GUERRE On sait les fluctuations du cours des grains de 1914 à 1920, l’affaissement survenu alors, la naissance de l’industrie laitière surtout au Manitoba, avec succès particulier chez les populations françaises de la montagne de Pembina et des rives de la Riviere Rouge.Mais le grain surtout retenait la volonté du terrien de l’Ouest, ses bras et sa sollicitude.En juillet 1928, le blé No 1 du Manitoba cotait 81.35 livraison d’Edmonton.La récolte était énorme.Elle dépassait la moyenne.Cette production monstre conîcidait avec une récolte également abondante en Argentine devenue depuis quelques années un rude concurrent pour nous sur le marché anglais.L’effondrement suivit en peu de semaines.Les cartels cooperatifs mirent tout en œuvre pour enrayer la débâcle.C e fut un remède avec effet.partiel.La loi de l’offre et de la demande joua avec sa logique et sa normalité impitoyable.Novembre 1929.Crise boursière.Les blés touchent des bas inconnus depuis plusieurs années.On voulut vendre.Impossible à cause de la descente des prix.On se proposait de vendre sur la prochaine ascension partielle des cours et chaque offre de \indrt faisait pression sur les prix qui fléchissaient de nouveau.On entend souvent des gens condamner les cultivateurs de l’Ouest de leur “refus de vendre”, de leurs “exigences”.Si les cultivateurs de l’Ouest avaient vendu toute leur récolte en 1929, et ce subitement, c’est dès lors que le blé aurait touché 50c le minot.On parle de stabilité économique, du profit, du prix de vente, mais on ne s’offusque pas en certains quartiers de la perturbation survenue dans notre économie nationale par cette fluctuation des cours du blé.Il n’aurait pas fallu, à croire certains pontifes, que 270 revue trimestrielle canadienne l’on tente des efforts, non pas vers le maintien des prix, mais vers une stabilisation.C’était là exigences de “radicaux” de l’Ouest.Ceux qui ont quelque peu pratique l’Ouest, vécu près du terrien, du citadin de Saskatoon, d’Edmonton ou de W innipeg ont entendu raconter par des cultivateurs d’hier à leur retraite ou par des travailleurs d’aujourd’hui, les abus des marchands de grain — avant la naissance du “Pool” — leurs offres dérisoires pour le grain acheté en septembre, octobre ou novembre.Les mois passaient et un beau matin celui qui avait peiné et sué constatait que le fruit de son labeur payé une chanson avait atteint des hauteurs inespérées.Mais pourquoi n’avait-il pas attendu pour livrer son grain?Il avait besoin de quelque argent.Il aurait parfois vendu seulement une partie de sa récolte afin de bénéficier de prix éventuellement plus élevés mais l’acheteur privé, “ratoureux”, et âpre au gain, refusait d’acheter sur cette base, c’était l’éternel: il nous faut tout ou rien.Ils avaient tout, et le fermier.à peu près rien.C’était l’âge d’or du marchand de grain privé.Ce n’est pas mon intention de me constituer ici le défenseur du fermier de l’Ouest.Mais notons, une fois de plus, que l’Est et l’Ouest se comprennent trop peu.C’est le fait de la distance, je le sais, mais le fait n’en est pas moins déplorable.( onvenons qu en beaucoup d’endroits le fermier achetait le lait, les oeufs, la viande pour sa propre consommation.Ajoutons cependant que cela n existait pas partout comme on l’a dit.Tous non plus ne passaient pas l’hiver à Victoria ou à Tampa après des travaux hâtivement exécutés.Tenons compte aussi du nombre de célibataires vivant dans la plaine, de la difficulté qu’ils ont éprouvée pendant longtemps à trouver femme, de la pénible tâche qui était leur lot quand ils avaient à traire quelques vaches, à soigner quelques bestiaux, en plus de la besogne pressante et pénible du nettoyage de la brousse.Que d’aucuns se soient crus riches, habitués qu’ils étaient de vivre dans des localités où seules les roches “poussaient”, c’est possible.Que d’autres aient dilapidé leurs revenus en auto, voyages exorbitants, c’est certain.Mais tenons compte que nous étions dans un pays neuf, que cette population non encore fondue s'ennuie” quoi qu’on dise, à cause de l’absence d’attaches de ces gens a la terre qui les fait vivre.Je parle surtout de ceux qui ne sont là que depuis quinze ou vingt ans.C’est le cas de “nos gens” et des immigrés.Tout cela se replace à mesure que les jeunes prennent la direc- 271 QL’’AD VIENDRA-T-IL DE LOUEST CANADIEN' tion dos affaires, qu’ils abandonnent les liens trop intimes qui les reliaient au pays infiniment doux du Québec, ou au pays de la noble Ukraine, comme de l’altière Allemagne.t Bref, on s’ennuie.On fait de l’argent.On le dépense.Xe sont-ce pas les conditions de vie (pie les agents de colonisation en Europe ont promises?Alors?Pourquoi s’étonner?Les crises viendront?Ils ne le savent pas.Ils n’y ont jamais pensé.Et pourtant cette crise est venue et combien dure' < En 1929, sécheresse en Saskatchewan, grosse récolte en Alberta avec gel local.Dans l’ensemble, beau résultat.Le Manitoba ou la culture mixte avance à pas de géants —• sécheresse, gel.et abondance.Comme ensemble, beau résultat.1930 —-Récolte monstre.Rien en Saskatchewan, centrale et sud.Sécheresse locale au '.Manitoba, mais en somme beau rendement.Prix avilis.Et en Saskatchewan, cette année la récolté sera de nouveau manquée.Au moment où nous rédigeons ces lignes on nous dit que le vent a soufflé de nouveau et que le grain en beaucoup d’endroits ne lèvera même pas.o Sont-ce ces cultivateurs (pii peuvent faire de la culture mixte .Ils n’auraient pas assez de grain pour nourrir cent poules.Combien ont dû, par absence de fourrage, vendre leur bétail à perte.Nous publions ci-dessous un tableau préparé spécialement pour les fins de notre article: SUPERFICIE ET RENDEMENT TOTAL ET A L’ACRE DU BLÉ DANS LES PROVINCES DES PRAIRIES Année 1908 -30 Rendement moyen Acres minots, par acre Minots 1908 5,624,000 1909 6,878,000 1910 7,867,423 1911 9,990,461 1912 10,011,000 1913 10,036,000 16.3 91,853,000 21.4 147,4S2,000 14.0 110,166,704 21.6 215,814,000 20.4 204,280,000 20.9 209,262,000 272 revue trimestrielle canadienne 1914 9,335,400 15.1 140,958,000 1915 13,867,715 26.0 360,187,000 1916 14,362,809 16.9 242,314,000 1917 13,619,410 15.6 211,953,100 1918 16,125,451 10.2 164,436,100 1919 17,750,167 9.3 165,544,300 1920 16,841,174 13.9 234,138,300 1921 22,181,329 12.6 280,098,000 1922 21,223,448 17.7 375,194,000 1923 20,879,558 21.7 452,260,000 1924 21,066,221 11.2 235,694,000 1925 19,759,648 18.6 367,058,000 1926 21,805,314 17.5 380,765,000 1927 21,425,656 21.2 454,559,300 1928 23,158,505 23.5 544,598,000 1929 24,297,116 11.6 281,664,000 1930 23,960,000 15 6 374,500,000 Nous pouvons établir grâce à ce ont souventes fois aidé dans l’Ouest.tableau que les circonstances En 1915, la superficie ensemencée augmenta d’un tiers environ mais il arriva que cette augmentation de la production n eut pas pour effet de faire baisser les prix à cause de la production européenne diminuée.Et cependant mettons en relief les chiffres de la production du blé en 1915.C’est un sommet qui n’avait jamais été atteint encore, et qui ne sera quelque peu dépassé qu’en 1922 avec une augmentation d’un peu plus de 15 millions de minots.Le rendement moyen de 26 boisseaux l’acre n’avait jamais été atteint tdu moins selon la statistique reconnue) et ne l’a pas été depuis, 5 a-t-il lieu de s’étonner de l’engouement que la culture du ble a pris dans l’Ouest en quelques décades ! Nos chiffres ne nous ont donné jusqu’ici qu’une idée incomplète de 1 ensemble des prairies.Pourtant des différences notables s’avèrent entre les trois provinces du centre_ canadien.Sur 23 récoltes le Manitoba n'a eu que 4 récoltes d’un rendement moyen supérieur à 20 minots à l’acre, la Saskatchewan 7, et l’Alberta tient fièrement la palme avec 12 récoltes à rendement dépassant 20 minots.L’Alberta fut la seule province qui ait jamais atteint un rendement moyen de 31.1 minots a l’acre.( e fut en 1915.Que conclure?Que l’Alberta est plus fertile?11 faudrait pour QU* A D VI EN DH A-T-IL DE L'OUEST CANADIEN 273 servir d’une base de comparaison équitable que les terres productrices de blé eussent toutes le même âge.Le Manitoba avait déjà 2,957,000 acres de blé dès 1908.La Saskatchewan en avait 2,396,000, et l’Alberta que 271,000.Ln 1930, le Manitoba ne comptait plus que 2,470,000 acres en blé, la Saskatchewan atteignait 14,326,000 âcres et l’Alberta, 7,164,000 âcres.11 faut donc conclure (pie le Manitoba est devenu pays de culture mixte.D’autres statistiques le prouveraient péremptoirement.Les terres du Manitoba ne donnent plus le rendement d’il y a quelques années.La Saskatchewan est plus jeune productrice mais son sol friable, — (pie le vent poudroie, empêche que l’“herbe y verdoie”, que le blé y germe, croisse et rende, pour peu que l’été soit sec.C’est le cas cette année comme ce fut le cas depuis quelques années.Est-ce une province dont l’avenir agricole est voué à l’échec?Est-ce que la moyenne du rendement de la moisson en 1929 et 1930, — ll.l et 13.7 — n’est pas sensiblement relevé par l’appoint des terres nouvellement défrichées?Il nous est impossible de l’établir n’ayant pas tous les chiffres requis pour tenter cette démonstration.D’autre part, le Manitoba dont le rendement est moindre que celui de la Saskatchewan et de l’Alberta n’a jamais vu sa production moyenne descendre en-dessous de 10 minots à l’âcre.L’Alberta vit la sienne tomber à 6 en 1918, et à 8 en 1919.11 est vrai que la chose ne s’est jamais répétée.La Saskatchewan n’eut qu une récolte d’une moyenne en bas de 10 minots, ce fut 1919 au rendement moyen de 8.5.Quelques analystes verront dans ces chiffres la confirmation de leur théorie: la culture mixte est le salut.Si les terres vieillissent, les possédants subissent la même loi — Ils apprennent, s’ils sont progressifs, la leçon que leur enseigne la grande nourricière.Elle a besoin d’être travaillée et fumée et.de se reposer.On commence à le comprendre au Manitoba.On y viendra ailleurs.Le recensement décennal nous apprendra quel est le nombre de tracteurs en opération dans l’Ouest, à quel degré la mécanisation a atteint.Mais d’ici à ce que nous connaissions ces chiffres, nous ne pouvons que dire que les cultivateurs ont abusé quasi partout de cette invention, qu’ils y ont recouru de façon abusive, qu’elle a 274 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE augmenté leurs frais généraux sans égard aux avantages à retirer.C’est ainsi qu’un représentant du “Wheat Pool” de l’Alberta, M.Louis Normandeau, cultivateur d’expérience, a souvent affirmé au soussigné qu’un fermier qui n’avait pas au moins 320 acres (p?section) ne devrait pas posséder de tracteur.Autrement le temps qu’il épargne n’a pas pour résultante l’abaissement proportionné du coût de revient.Un vieil habitant traduisait ainsi sa pensée: “Les tracteurs mangent de la gazoline et nous sommes des producteurs de blé et d’avoine”.On comprend sans plus.Le tableau que nous avons publié ci-dessus montre bien que la production canadienne fut en 1930 au niveau de 1925.Naturellement nous ne contrôlons pas le marché mondial.La Russie compétitrice était à prévoir.L’Argentine moins.Le fait brutal demeure que notre produit est déprécié même en une année comme 1930 qui fut tout simplement normale.La récolte de 1931 sera faible.Qu’arrivera-t-il l’année où nous aurons une énorme récolte coïncidant avec une autre qui ne le serait pas moins dans l’univers?Les remèdes?— La culture mixte?On sait, ou on devrait savoir qu’elle n’est pas praticable dans toutes les parties du territoire, à cause de la nature du sol, à cause de l’absence relative d’eau.En d'autres endroits, les marchés sont trop éloignés et les frais de transport absorbent tout le revenu.Cependant il y a des milliers de cultivateurs qui devront renoncer aux bénéfices faciles qu’ils ont connus, et se décider à produire au moins pour la consommation familiale: œufs et viande, lait, beurre et légumes.Qu’on ne s’étonne pas trop de l’engouement des fermiers de l’Ouest pour la culture unique: les circonstances y ont contribué.C’est le fait du pays neuf.Le Manitoba a connu cet engouement.La stabilisation est venue, comme nous le disions plus haut.Il y a des remèdes que nous pouvons essayer et d’autres sur lesquels nous n’avons aucun contrôle.Parmi ceux que nous pouvons essayer, il y a la culture plus générale et la restriction des frais d’opération.Nos gouvernants peuvent compléter cet effort des individus en maintenant l’immigration à un bas niveau, en tentant de nous ouvrir des marchés, en recourant à nos agents commerciaux à l’étranger pour faire connaître notre blé et ses sous-produits aux habitants de la Nigérie et des autres colonies africaines et pays asiatiques.Travail long et pénible, s’il est nécessaire.Il faudra assurément, pour que Asiatiques et Africains achc- QU’aDVIEN'DRA-T-IL DE l'ouest CANADIEN' tent de nous, que leur pouvoir d’achat soit élevé.Processus lent mais inévitable.De gré ou de force il faudra y venir cependant.Le monde économique souffre, non pas tant de surproduction que d’une mauvaise répartition des richesses.Comment empêcher qu’une crise comme celle que nous traversons ne se reproduise?Nous ne connaissons pas d’autres remèdes que ceux plus haut énumérés.Les consommateurs augmentent pourtant par bonds incessants dans les villes.Mais quel pouvoir d’achat ont-ils?Le perfectionnement ultra-rapide de la technique, de la machine permet de contracter incessamment le volume de la main-d’œuvre et celle-ci chôme et n’achcte que peu ou pas.Tout cela se replacera, comme l’excédent des tisseTands au temps de l’apparition de la navette ou du jacquard.Oui, mais à quel prix ?L’Ouest est riche, très riche.Xe l’a-t-on pas cependant développé trop rapidement?L’Ouest se remettra de la crise mais l’Est aura souffert un peu à cause des exigences légitimes ou non des prairies.On a payé des sommes fantastiques pour ouvrir l’Ouest.C’était nécessaire?Oui certes mais si tôt?Et dans une telle proportion?On croit en certains milieux qu’il suffit de produire pour que la prospérité règne.On a vu que nous pouvons mourir de faim sur nos monceaux de blé.Il faut que nous vendions pour pouvoir acheter.On avait oublié la loi des échanges et (pie nous sommes régis plus que jamais par la loi de l’interdépendance des nations.L’Ouest renaîtra à la prospérité, mais pour atteindre cette fin il faudra que tous: gouvernants, fédéraux et provinciaux, ainsi que les fermiers apprennent que les vertus d’ordre et de modération dans les besoins sont toujours de mise et qu’elles devraient entrer en ligne de compte dans les éléments (déjà nommés) du renouveau économique de ce jeune territoire.Sinon.un cataclysme économique attend gouvernements, municipalités, industrie, commerce, banques, ayant des intérêts dans l’Ouest.Réflexion et action saine, irréflexion ou crise accentuée: vers lequel de ces deux pôles s’orienteront gouvernants et dirigeants?Nous le saurons d’ici cinq ans.Rodolphe Laplante Licencié en Sciences Sociales, Economiques et Politiques Diplômé en Journalisme, Publiciste à la Banque Provinciale du Canada. CANADIAN CITIZENSHIP I appreciate, gentlemen, the kind invitation which has been extended to me, on the occasion of this ‘‘All-Canada” week, to speak on Canadian Citizenship before the members of the Rotary Club of Montreal.We are all kept very busy with our daily activities; and life has no peace for the wicked of business and industry.Wc seldom stop to look and listen.All we can give to the immortal dead of the Great War is exactly two minutes of our effervescent time.And yet, the whistle which blows for this all too brief remembrance of our sorrows is the same which marks the end of a busy day.And out daily worries go on until another year has passed, bringing another little moment for older memories.How precious for human beings of our standardized type would be the rule which governs our religious congregations, where meditation is considered as necessary as occupation.A few minutes are given every day to eternal problems in their connection with our earthly life; and each year an entire week is devoted to what is wisely called a “retreat”, in which reflection is directly applied to personal improvement and to better knowledge of the Divine ways.There is so much good in these practices that we seem to have borrowed from them.We have been urged to observe lay “days” and “weeks” which are consecrated to the performance of important duties, or to what are considered so.We have known “fish days”, “clean-up weeks”, “Canadian Authors weeks”, and here we are facing an “All Canada week”.In my opinion, such rallies are not entirely deprived of civic interest, but, lacking spontaneity, being imposed in some way from without, they must be about something which already exists: they can hardly determine public opinion if public opinion has not been prepared to understand what they are about.It is my privilege to-day to speak before an audience which is quite familiar with Canadian problems.I propose to study briefly some aspects of Canadian citizenship as they appear to a Canadian of French origin.What do my fellow-countrymen think of the past and the future of our Dominion?You may compare our point of view with your own, or with others.From the diversity CANADIAN CITIZENSHIP of opinions, clearly expressed and with suitable moderation, may be formed some day a common opinion, a unanimous will.Canada, of course, is a young country, still in the up-building.In the eighteenth century and even in the first part of the nineteenth, there was no unity whatsoever binding this country except the fact that it was under British allegiance.There was no unity of territory.Many separate British colonies were spread over our country, distinct, and even distant from one another.Moreover, the policy of Great Britain was to the effect of dividing the country into several political units: I’rince Edward Island, for instance, Cape Breton and New-Brunswick where detached from Xova-Scotia; in 1791, I'pper and Lower Canada were separated, while, in the West, two colonies, independent of one another, Vancouver Island and British Columbia were aloof, while the rest of the country was an open and practically unknown land, the property of "the Company of Adventurers of English Traders into Hudson Bay’ .Still, the granting of representative government to these colonies by Great Britain accentuated these divisions, for the new States had a political life of their own, their own interests, their customs duties and, necessarily, a limited vision.Add to this that there were no transportation facilities: to travel West was quite an experience, facilitated later on by the borrowing of American means of transportation: it took ten days for a letter to reach Toronto from Halifax.The first process of political unity began only during the nineteenth century.Upper and Lower Canada were re-united, Vancouver Island and British Columbia formed into one colony; while the idea of a larger concentration, expressed as soon as 1789 by Chief Justice William Smith, mostly realized in 1822, strongly endorsed by Lord Durham as “a source of strength to Great Britain” and as the safeguard of the British Empire, adopted as a principle by United Canada and Xova-Scotia, preached, here and there, by several personalities, yet retarded in its realization by circumstances of all kinds, diversity of interests, fears of every sort as to the maintenance of political rights and traditions, came abruptly into existence in 1867 by the adoption of the British Xorth America Act, which organized our present Dominion as a political entity formed by the union of four provinces and comprising what we now call Eastern C anada. 27S REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Without insisting upon other reasons which suggested the framing of a Canadian Confederation, may I quote from the speech which the Governal-general of United Canada read at the opening of the session of 1865, as summing up the problem which faced our population : “With the public men of British North America it now rests to decide whether the vast tract of country which they inhabit shall be consolidated into a State, combining within its area all the elements of national greatness, providing for the security of its component parts and countributing to the strength and stability of the Empire; or whether the several provinces of which it is constituted shall remain in their present fragmentary and isolated condition, comparatively powerless for mutual aid, and incapable of undertaking their proper share of Imperial responsibility.^ Sir John-A.MacDonald had in mind "all these elements of national greatness” and, immediately after the Confederation Act had been put into force, he ventured to negociate with the Hudson Bay Company the addition to the new Dominion of the vast area which that Company possessed.So the Northern 1 erri-tories were brought within our limits and the Province of Manitoba was created.'1 hen British Columbia and Prince Edward Island enterecl into our Confederation.In 1880, the political unity of Canada was made complete by an Imperial ()rder-in-C ouncil annexing to our Country all British possessions in North America.Newfoundland and also certain areas which had been granted to the United States by several treaties were left necessarily aside.In 1912, the boundaries of some Provinces were extended northward and the present North-West Territories delimited.Trom that time, Canada took on the geographical aspect which is familiar to us all.So political unity has been realized.A very large country indeed: 3,797,000 square miles, larger than the United States, quite as large as Europe, where Switzerland could be duplicated 234 times and where, as a Canadian lady once rather rudely said to a Frenchman: France could be drowned in one lake.* * * The territory had to be exploited.I,ntil ( onfederation, the land had been tilled and economic life had been organized to some extent.But distances and, possibly, political quarrels and diffi- CANADIAN CITIZENSHIP 279 culties had retarded economic expansion.Mill the period which extends from 1840 to 1867 is characterized by the economic development of Eastern Canada and the growth of interior navigation, and also by the constant arrival of immigrants from Europe.‘ But, to fully exploit Canada, the country had to be linked up by railways.Political reasons first determined the lathers of Confederation on the construction of railways: Central ana a had to be linked with Eastern Canada by means of anAll-C anadian route, and with Western Canada, for this was an imperative necessity put forward by British Columbia as conditioning het entry into Confederation.The Intercolonial and the ( anadian Pacific Railway were built.Then the verse of the Psalms,from which the word •'Dominion” is said to have been taken, became true- Et dominabitur a mari usque ad ware el a Jhimine usque ad terminas or his terrarum; he shall have dominion also from sea to sea ()uite an experience, for all important railway lines at firs ran from East to West while the geological lines or courses of Canada run naturally from North to South.\\ hen giving lectures on civics I have often had placed on the screen two maps of Canada first, the map of geological Canada showing, between two ranges of Mountains, the Laurontian Plateau and the Western prairie al following the old glacier route to the South; and then, the nia political Canada, without any mountains, lakes or Plain- d^‘d by geometrical frontiers, appearing like a sort of draught-! o., built up by the will of men against the arrangements of nature In the middle of the country stands a barrier two thousand in .long, made of stones and hills, which we have not yet ovei tap completely: stretches of the Laurontian Plateau.1 he Projected highway, which is to link at last Port Arthur to W mnipcg, strongly appeals to all Canadians as a national accomplishment which w ill definitely unite our Provinces and make our country a real enti y in the modern sense., Our railways have fully developed since the days of ISSo, transcontinental lines have been stretched and important networks have been constructed running in the East and in th - > oven running to the South.Then appeared the economic consequences of such transportation facilities, namely the formation of a national market open to onr national products.Uns .s anoth r of our achievements and I may say: a splendid one.I can only characterize it in a few words while I would like to insist upon 280 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE because it really gave to the world an example of creative energy.Agriculture has developed along new lines: wheat in the West, mixed farming in the Hast, forests have been exploited gradually in all parts of the Country, and the Pulp and Paper industry, with tremendous capital, has taken the lead.Our mineral wealth, for lack of surveying, was practically unknown in recent years: now it has proven to be one of our greatest assets.In the industrial field, plants of all kinds have been erected mostly in Eastern Canada at the beginning, now in the midst of the Prairie Provinces also.Economic equipment has been organized for the conveyance of wheat and for the furnishing of water-power to industry.1 he territory itself has been enlarged in some ways by repeated surveys: Canada’s resources are better known, the land is more fully discovered by aviators who succeeded the path finders or trail makers of older days.University work and Scientific research ha%-e come to the rescue.Finance has grown stronger and stronger, fifty years of persevering activities have made C anada what she is and she still is young.She stands now amongst the largest commercial nations of the world, ranking fifth by her external trade, preceded only by the United States, the United Kingdom, Germany and France.Amidst the world distributors, she has taken the first place for wheat, pulp and nickel.Thus, amongst the great markets of the world, the ( anadian market really exists.Canada is an agricultural and an industrial country.Of course, she must rely on foreign markets for many commodities, but her production power is strong enough to sustain her and to give her sufficient means of buying elsewhere what she needs.To a political Dominion has been added an economic Dominion.Not definitely, I must say.Something has yet to be accomplished in this domain to keep together the Maritimes, Central Canada and Western Canada.Here and there the machinery we have set up creaks and groans at times.But these are, in my opinion, the results of those natural disabilities, those geographical difficulties which politically we have overcome and which economically we are gradually overcoming.* * * There still remains something to be done to bring to a happy end the wonderful adventure in which we are engaged, the adventure of the up-building of a Nation. CANADIAN' CITIZENSHIP 2S1 We must all be working strongly towards the last phase of unity to be achieved by us: I mean national unity, which perhaps we need most.We must all do our bit to promote a better under standing and to give to our Dominion a specific All-Canadian character.Now, this All-Canadian character — like the country, and the railroads, of which we are so proud, —has to be based on our mutual traditions, has to be built up against natural difficulties, which are so diverse, and difficulties of race outlook, and creed, and especially those deep-rooted prejudices which seperate groups of people and keep them more distant from one another than any barrier of land and sea.I presume everyone agrees on the necessity of a better understanding between the racial elements which compose our nation.But, how will they get to know one another?There are two ways of understanding the characteristic features of a nation, or ethnical group of whatever extent.One way is the following.One may live amongst a people, mingle with their daily life and experiences, engage in the various little things that make up their everyday life, follow their traditions and habits, with the idea of understanding them fully, of "penetrating them”, as we say in French.Many students in social psychology have done so, and so also many individuals, without anv idea of publishing their findings, have lived for years in French Canadian villages, for instance, and, here and there, have expressed their opinion as to the people they have been in a position to know thoroughly.I have quoted elsewhere such testimonies from Sir Andrew MacPhail, for instance.May I mention the very sympathetic utterances of the former President of the l nited States, Mr.Taft, who for years has been spending his vacation at Murray BaySpeaking of Murray Bay reminds me of a great poet who happened to live there for years, W.-H.Blake.He loved French-C anadian folks, he appreciated their sense of humour, their uprightness and good-hearted nature, their “bonhomie” as we say very prettily.When he died, he was taken, I was told, to eternal rest in the little cemetery of Murray Bay, facing the waters of the Saint-Lawrence and the blue smooth summits of the Appalaches, — he was taken to eternal rest on the shoulders of French-Canadians peasants, brothers of that Maria Chapdelaine, Louis Hcmon’s masterpiece, which W.H.Blake had translated with a sort of veneration.Many books have been published by writers who have pursued inquiries 2S2 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE on the spot and for months, even for years.May I mention, in the French Literature of the 19th and 20th centuries such books as de Tocqueville’s, Boutmy’s and Siegfried’s on the l nited States, written after long stays on the North American Continent.I might recall, as far as French-Canada is concern, such works as: The Clash, The Heart of Gaepé, Spinning wheels and Homespun, The Spell of French Canada, and many others?Excellent books which must be read and which will result in a better knowledge of our element.But such a way of knowing a people through personal contact is not an easy one, it is not, as we say, “'given to all”.It would mean long travels and stays in the Province of Quebec, for instance, to which, of course, we do not object, but which would be impossible, to the bulk of our population.Moreover, I think that such a process is a very long one and, undertaken in an unintelligent way, a dangerous one.A few years ago, I have read an article published in a French newspaper by a French philosopher by the name of Julien Benda, on the subject of better understanding between the Germans and the French.Some one had said previously: Germany should be invited to France, they should travel everywhere so as to judge by themselves of the customs and traditions of the people.Then, they would know better and their judgment, based on daily occurrences and familiar doings, would improve, for, as W.-II.Blake says of Louis I lemon, they would have ‘‘learned the ways of the people at first hand”.Julien Benda, in the aforesaid article, answered that argument.He doubted strongly whether it was a good one, for, in his opinion, the detail of everyday life was for a stranger a very difficult thing to catch with in its full significance, it was even repulsive in some respects, I mean: easily shocking to far-different national habits.He added, if I remember well, that groups of people were precisely separated from one another by such occurrences, by such current habits which appeared so different, even so opposed.There is something in this.How many, many examples I could give you as proofs of this.We, French Canadians, have often been put in a position to realize how some foreign writers, — English, American or even French, — react when they happen to spend a few days in our Province, considering that they have been long enough in our MM* ' .— CANADIAN CITIZENSHIP 2S3 midst to write an article, or even a book, where French Canada is described under the most extraordinary colors, if not in a poor and absolutely unacquainted spirit.Speaking of the difficulties which arose in Canada under Craig’s administration and later on, professor A.-L.Burt says: “Now and then the tension was somewhat relaxed, but on the whole the situation grew steadily worse.Each year that passed added to the tale of bitterness.Both sides became more desperate and resorted to more violent language.The latter was more marked on the side of the French, who commonly said more than they meant, while the English meant more than they said,— a difference of temperament”.A “difference of temperament”: there lies the difficulty.It is, as in the case of building railways, a natural difficulty.It is not insuperable.We have gone through the Rocky Mountains, we have harnessed million of horse-power, we have bridged chasm after chasm, we certainly will in time get rid of temperament.But, if I may say, “it’s a long way” to temperament.Let us march on, lest we forget.Let us set out on the delightful and easier adventure of understanding others without wishing to understand their “temperament” which, after all, is their own affair.But if such an adventure is to be a long run towards a distant and very valuable end, let us consider meanwhile how, following Julien Benda, people may best understand one another without resorting to a study of mere details while they can study and appreciate a far larger element which is the type of civilization a people represents.If you have been in Paris, you certainly went to a theater.There are several of them: first, those which are intended for strangers, almost American in character; second, those which are patronized by Frenchmen.I suppose you went into one of the latter; you certainly were annoyed, not to say more, by the string of employees awaiting your arrival: your ticket was checked, sometimes twice; a gentleman was there to sell you a program; then came the “ouvreuse” to show you where to sit, and possibly, during the show, you were offered a few “chocolats, bonbons acidulés, pastilles de mentheBack to your hotel, you possibly grumbled at such trifling inconveniences: merely a question of temperament! But did you look on the stage?Did you listen to the play?There 2S4 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE passed for a few hours before your eyes a living exposition of a type of civilization not your own.And civilization is the very thing to consider when one wishes to understand French Canada as well as English Canada, that is to say, finally, Canada as a whole.Time does not permit me to lay stress on this argument, which I have often repeated before Canadian audiences; but I would like to make a few statements on this point, which, in my opinion, is most important if we are to understand one another broadly, and start building a nation of an ‘‘All-Canadian” character.First, I strongly believe that both English Canada and French Canada should retain their characteristics.They may, here and there — and this has often taken place — exert certain influences on one another, but a Canadian citizen should grant them fully the liberty of being themselves.Political Canada has been built that way: a Confederation of nine Provinces with their own natural resources, their own geographical environment, their own ways of developing themselves freely for the ultimate benefit of the country as a whole.The British Commonwealth of Nations is built in the same way with the most varied elements, now shining, as jewels of different size and beauty, on the British Crown.And I know you all realize how the strength of our Dominion adds to the solidity and durability of the Empire.Here, unity comes out of variety and this is the right formula.Here I have the opinion of J.-L.McDougall who published, in 1927, an essay entitled: “Nationalism and Unity in Canada”.He writes: “Unity is achieved when the sentiments of loyalty which formerly gathered around the component parts are transferred to the larger unit, and a sense of social solidarity leads to the willing suppression of private interests to the common good.But when the new body fails to bind the component parts to it by links of mutual interest and affection, when it fails to create that sense of solidarity by giving full expression to their genius, it can exist only by force, — and by force it is finally dissolved.” So, according to this writer, the sense of solidarity will be created in our country by first giving full expression to the genius of its component parts.He who has carefully studied the evolution of our political history, both internal and external, will admit that such a principle has been successively enforced in Canada from the time of the first British Empire up to the present day.It has added C A NADI A N C IT IZ K.VSH IP 285 to the strength of our Dominion, under the invigorating impetus of freedom.Each component part, by developing freely, contributes to the greatness of the whole entity.It is understood that each part is different to some extent, and because of such difference solidarity is not questioned, neither unity.Then the traveler who comes from, say Vancouver or St.John, to the Province of Quebec is not the least astonished to find her different in many ways; he does not enter our borders with a heavy baggage of prejudices such as: “These people are fifty years behind the times”.Well, it depends on what train they are.It may be a slow one, but I wonder if it is the wrong one.They are true to the land, good workers, happy people; they maintain public order and they are, in every aspect of life, truly and profoundly Canadians.They say so, and they are so.Then the traveler from Vancouver, aware of these facts, may be slowly conquerred by what has been called “the charm of French Canada”.And the French Canadian traveling East or West will also find things different, from which he might borrow, he will feel at home everywhere, even in Toronto, because, although different, he will be welcomed everywhere as a good and thorough Canadian.Now I come to the second and last statement I wish to make, as being also one on which all of us should agree.This genius of ours, whether French or English, or, to put it another way, these traditions of ours, fully developed and adapted to the necessary progress of the whole, are the basic elements of the All-Canadian character which we must give to our Dominion.We have been striving to build a country of our own in both the political and economic fields, now we are facing the final problem of building a country bearing a distinct national character.Nowadays, the process of standardization is rapidly influencing all the nations of the world.From tools to civic commandments, everything is standardized.Types have been reduced to a few in number; even social activities have been submitted to some common rule; every night we are told by someone, through the radio, the correct time after some standardized watch.No longer, I am afraid, will everybody have “a little movement of his own.” Of course, gentlemen, no one is opposed to progress and no one is against comfort.Furthermore, no one could run up against so terrific a current nor master the waves which publicity brings to bear on our daily lives.Hut our forefathers who paddled their own canoe, were not stopped by swift waters of any kind: they 2SG REVEE TRIMESTRIELLE CANADIENNE took to tho bank of the river their canrc, which they put on their shoulders to pass the rapids and engage in new discoveries.What we need in Canada is a little more “portaging” at times.It makes one sweat, but it does one good.In our young and so beautiful country, one often meets with thumbling water.In the middle of torrents lie formidable rocks dividing, splitting into spray the blue energy.Foaming waters are also kept running along determined lines owing to the resistance of unappalled deep-banks.1 hese rocks and banks, mastering waters, giving to our rivers a definite character with which we are all familiar, are acting just as the traditions of our two civilizations may act towards the impulse of material progress.They will keep the progress running along determined lines of our own.It is desirable, and, in my opinion, it is possible in this country, to keep pace with modern progress and still to retain a character of our own.And this will be done if we are true to our traditions and if we strengthen our collective personality by mutual understanding and respect.I would like to insist on this point; I will only give a few examples to show what I mean.I think McGill University has done a great work, and one of national value, when she has started studying our French-Canadian architecture of the past, which has already led some architects to modernize an old type of house which is truly Canadian.I applaud the repeated endeavors of the C ana-dian Pacific Railway to popularize our folklore songs which, since the beginnings of this colony, have accompanied our labours and sustained our national spirit.As long as we keep on singing together Alouette, gentille Alouette, we will feel less strange to one another and more Canadian.I have made allusion previously to certain movements in our Country tending towards separation.Citizens of Canada, we are told, would consider it an advantage for some provinces of ours to part from the Dominion and start a new political life of their own.Whatever will be the result of such aspirations, I only wish to-day to draw your serious attention to the fact that French-Canadians, on account of their long cherished traditions and their sense of national responsibility, have declared themselves unanimously opposed to any rupture of our federal system, to any diminution of our laboriously achieved Dominion.Furthermore, this is the stand they have always taken.I have cited elsewhere the opinion of such men as sir Robert Rorden, sir Robert Falconer, professor C’.-L.Burt, on the part played by •"-Ill .1.'.CANADIAN CITIZENSHIP 287 French Canada, not only in 1775 or in 1812, as is often mentioned, hut in everyday life1, throughout Canadian history, in preserving by their sole existence, traditions and habits, this colony to the British Crown.So our two civilizations follow the same trend.They have been kept side by side by British legislation; they have developed, they must develop fully and freely ; they have co-operated in the formation of our distinct Dominion; united in the “Spirit of the communion'' as Burke says, moved by imponderables which make for national strength, they will keep this country true to its ideals, a free yet integral member of the British Commonwealth of Nations.May I ask you, gentlemen, to think this over, so as to determine your future attitude.The task before us is a great one: we shall in the end build up an All-Canadian point of view, a thing which is a whole entity, although containing elements of diverse origins.The important thing is that those persons who most strongly represent the separate elements, especially in public life, should be broad-minded enough to see to it that nothing they truly represent is lost, and that Canada of the future may be truly great because she is able to make use of every element in her past which is worth preserving.Edouard Montpetit. LES ÉCOLES DE PLEIN AIR Procurer aux enfants dos grandes cités les bienfaits physiques et moraux du séjour en plein air, telle est l’idée qui hante en ce moment le cerveau de nos médecins et de nos pédagogues d’avant -garde.Pensée généreuse et séduisante, idée féconde à en juger par les quelques mille écoles de plein air répandues dans les deux mondes.Le mouvement en faveur de l’école en plein air a surtout pris de l’extension après l'a guerre de 1914-18: mais ses origines remontent à plus haut.C’est en 1890 que la première école de ce genre fut fondée a Saint-Ouen, en France.Cn peu plus tard, en 1904, l’Allemagne vit naître sa première école cn plein air; elle était due à l’initiative de la municipalité de Charlottenburg.La même année, le cercle d’instituteurs anversois “Diestervveg” créa, avec l’appui financier de quelques généreux donateurs et le concours dévoué des membres du cercle, la première école de plein air de Belgique.Cette école a été érigée dans une des plus belles parties de notre plaine campinoise.File accueille les enfants faibles, débiles et indigents des écoles d’Anvers.Cette institution a servi de modèle à plusieurs grandes villes de Belgique et de l’étranger.Jusqu’à la dernière guerre les écoles de plein air s’étaient multipliées suivant un rythme assez lent.Mais les ravages occasionne s par les privations que la grande tourmente avait imposées aux populations, tant bourgeoises qu’ouvrières, ne pouvaient manquer d’impressionner vivement ceux (pii savent que l’avenir du pays se confond avec celui de la race.Les germes infectieux avaient atteint, selon une loi inexorable) les organismes de moindre résistance; nos enfants et nos adolescents étaient sérieusement menacés.Le nombre de tuberculeux, de prétuberculeux, de rachitiques et ganglionnaires avait grandi dans des proportions effrayantes.Grâce à l’inspection médicale scolaire, organisée ou réorganisée dans beaucoup de pays, les cas francs ou douteux furent rapidement dépistés.Le seul moyen propre à remédier rapidement a une situation aussi inquiétante était le séjour en plein air, a la campagne, à LES ÉCOLES DE PLEIN AIR 280 la mer, clans les montagnes ou à la lisière de la forêt, avec un régime alimentaire approprié.Les institutions ainsi créées étaient généralement dénommées: écoles en plein air, préventorium scolaire, classe aérée, école au soleil, classe de plein air, aérium, solarium.Ces appellations laissaient percer un brin de l’enthousiasme qui anima les organisateurs.M certains de ces organismes sont de création officielle, nombreux sont les établissements belges et étrangers qui sont dus à 1 initiative privée, aux œuvres.M’est-ce pas une des plus belles manifestations de cette volonté de vivre chez les peuples éprouvés par la longue tourmente que de voir leurs efforts de relèvement économique, physique et moral se confondre un moment avec le souci de la santé de leurs enfants?Mais ce n’était pas tout d’ouvrir des écoles, même si celles-ci étaient gratuites.Il restait à convaincre les parents de la nécessité de s’imposer le sacrifice d’une absence du foyer plus ou moins longue de leurs enfants.Une propagande intense auprès de la population laborieuse pouvait seule avoir raison de la résistance des mamans.A cet égard, le rôle joué par les médecins pour acclimater chez les masses l’idée du séjour à l’école de plein air, a été hautement apprécié par tous ceux que préoccupe la si importante question de l’hygiène sociale.D’autre part, l’attitude encourageante .des directeurs d’écoles et la confiance qu’inspirent les infirmières scolaires ont été pour beaucoup dans la décision des parents pauvres, souvent peu instruits, peu enclins à se séparer de leurs enfants, même lorsque cette séparation est la condition de la guérison.-Mais toutes les résistances devaient se briser contre la volonté tenace île tant d’apôtres dignes de foi.Je dis bien: des “apôtres”, car à l’origine des écoles en plein air nous ne trouvons qu’une poignée d’hommes de bonne volonté n’ayant pour guide que les conseils que leur inspirait leur noble idéal.En France, dès 1906, les promoteurs des écoles en plein air se constituaient en fédération médico-pédagogique sous le titre de “Comité national des écoles de plein air et colonies permanentes”.Des organismes similaires furent créés en d’autres pays.Ils exercèrent une propagande incessante et active par des conférences, par le cinéma, par la presse, par les expositions et par les congrès.("est le comité français (pii, en 1922, organisa avec succès le premier congrès international des écoles de plein air.A ce congrès REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE 290 prirent part cinq gouvernements, huit nations, quatre-vingt cinq délégués, deux cent cinquante congressistes, médecins et pedagogues.Dix-sept rapports, vingt communications et dix-neuf vœux attestent l’heureuse activité de cette réunion de spécialistes.('haque pays y apporta le fruit des expériences réalisées avec les enfants malades et débiles.Ces résultats furent surprenants.il n’y a dès lors rien d’étonnant à ce que le congrès de 1922 ait adopté le vœu de voir les bienfaits de l’école en plein air s’étendre à tous les enfants, débiles ou non.( e vœu fut le point de depart d’une réforme de l’école urbaine ; outre les promenades et les excursions scolaires organisées pour tous, on créa la colonie du jour pour les enfants qui, sans être classés parmi les débiles, sont cependant menacés de le devenir.es enfants regagnent leurs foyers le soit-après avoir pass» tou*» une journée à la campagne ou en forêt.Ce fut un premier pas dans la voie de l’extension et de la généralisation de l’école en plein air.Mais que de chemin parcouru dans tous les pays depuis 1922! Pour s’en rendre compte, il suffit de feuilleter l’intéressante brochure intitulée: “Die Freiluftschulbewegung.Versuch einer Darstcllung irhes gegenwartigen internationalen Standes” composée par le directeur Karl Triebold, vice-president du Comité international des écoles en plein air.1 J.es nombreux rapports que contient ce volume constituent un exposé remarquable de ce qui a été fait dans ce domaine en plusieurs pays d’Kurope et d’Amérique.Les chiffres prouvent éloquemment combien ont été heureux les résultats obtenus au moyen des différentes cures.le n’en cite comme preuve que ces quelques données empruntées au rapport présenté par le Docteur Amcrico Alola de Aiontévideo, président du Comité international des écoles en plein air.2 Résultats obtenus pendant les années 1929 et 1930.2522 élèves ont passé par les écoles de plein air pendant ces deux années dont 02 de pères et mères tuberculeux, 95 de pères tuberculeux et 70 de mères tuberculeuses, ce qui fait un total de 227, représentant 9 p.c.d’élèves descendant de pères ou de mères tuberculeux ou dont les parents sont atteints tous les deux.J.a méthode appliquée est celle du Docteur Rollier (Suisse)./ Berlin 1931 Vcrlagsbuchhandlung von Richard Schoctz, Wilhefmslrasse 10.2 Cfr.“Die Freiluftschulbewegung” von Dircktor Karl Triebold. LES ÉCOLES DE PLEIN' AIR DONNÉES ANTHROPOMÉTRIQUES DE SORTIE Augmentation de poids SS,38 p.e.année 1929 année 1930 total p.100 Stationnaires 18S 10.5 293 11,01 Augmentât ionfde 1000 gr.218 224 442 17,50 “ 1000 à 2000 gr.410 249 09.5 27,5.5 “ 2000 à 3000 gr.282 197 479 18,99 “ 3000 à 4000 gr.170 124 300 11,87 “ 4000 à .5000 gr.96 .52 148 5,S0 “ .5000 il 0000 gr.59 32 91 3,00 0000 à 7000 gr.23 14 37 1,46 “ 7000 à S000 gr.1.5 0 21 0,83 plus de 8000 gr.13 3 10 0,03 Total 1.510 1000 2.522 B.Augmentation de la taille année 1929 année 1930 total p.100 Stationnaires 314 258 .572 22,68 Augmentation de 1 rent.418 118 536 21,25 " delà2cent.172 239 411 16,29 “ de 2 à 3 cent.22.5 150 3 t 0 14,Sü de 3 à 4 cent.104 100 204 10,46 “ de 4 à 5 cent.97 74 171 6,78 ‘ de 5 à 0 cent.84 40 130 5,15 “ de plus de 0 42 21 03 2,49 Total 1510 1000 2522 "7,31 P-c.C.Augmentation du périmètre thoracique.année 1929 année 1930 total p.100 Stationnaires 404 343 747 29,61 Augmentation (le 1 cent.518 100 678 20,SS | “ de 1 à 2 cent.260 229 489 19,3S j 70,3S “ de 2 à 3 cent.129 137 200 10,54 ; p.e “ de 3 à 4 cent.109 72 INI 7,17 i “ de 4 à 5 cent.05 40 111 4,40 ; de 5 â 0 cent.31 19 .50 1,98 j Total 1510 1000 2522 Eclaires par la lecture du document Triebold, les congressistes étaient, on ni' peut mieux, prepares a aborder les questions poitoes à l’ordre du jour au Congrès de Pâques dernier._ La première section s’était donné pour mission d’étudier les différents types d’écoles en plein air: internats, externats, classes 2 202 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE temporaires, plaines de jeux; leur emplacement et leur aménagement, le programme et les méthodes d’enseignement ainsi que la préparation du personnel.Les écoles en plein air sont généralement groupées en deux catégories: les externats et les internats.Les externats sont presque toujours saisonniers; les internats, au contraire, sont permanents.Ce sont avant tout des établissements sanitaires de prévention et de récupération.Afin que les élèves ne subissent de retard dans les études, on y donne, pendant deux à trois heures par jour et de préférence dans la matinée, un enseignement primaire simplifié.Le personnel enseignant est formé dans des cours normaux spéciaux: il comprend généralement: un directeur ou une directrice, un médecin externe, un ou plusieurs instituteurs ou institutrices, une ou plusieurs infirmières et le personnel de service.Ce sont les médecins inspecteurs des écoles ou des dispensaires, ou tout autre praticien, qui désignent les enfants pour être envoyés à l’école de plein air.Le séjour dans ces colonies est gratuit pour les enfants de parents indigents.Ainsi l’Oeuvre nationale de l’Enfance, placée sous ]e haut patronage de L.L.M.-M.le Roi et la Reine îles Edges, et présidée par l’ancien premier ministre Henri Jaspar, recueille gratuitement les enfants âgés de six à quatorze ans et qui appartiennent à des families ayant peu de ressources.Cette oeuvre est largement subventionnée par les pouvoirs publics.Les conditions d admission sont les mêmes pour les écoles dépendant des municipalités, des provinces ou des comités privés.En Allemagne les écoles de plein air et les écoles forestières (Waldschulen) ont pris un développement considérable.On y dislingue des établissements pour enfants de faible constitution, des écoles pour les adolescents dont la débilité est un obstacle a l’apprentissage d’un métier, des écoles de plein air pour les élèves des établissements d’instruction moyenne, des écoles pour enfants malades et enfin des écoles de plein air pour les enfants sains.Les quelque 300 écoles françaises présentent toutes les nuances décrites ci-dessus et s’adaptent merveilleusement à toutes les nécessités.Les méthodes et les procédés d’enseignement sont des plus .llTHim LES ÉCOLES DE PLEIN AIR 293 modernes dans les écoles de plein air.Ils s’appuyent sur l’observation du milieu ambiant et la pratique du travail manuel y est conçue dans le sens d’une thérapeutique de l’occupation.Les règles de l'hygiène, la pratique de la sieste, des douches, des exercices physiques y sont rigoureusement observées.C’est le médecin qui, en accord avec la direction et le personnel enseignant, établit l’horaire général afin d’assurer une alternance rationnelle des exercices et du repos.11 régit1 en outre les repas et en détermine le nombre et la quantité.("est encore le médecin qui prescrit, ordonne, règle et suspend l’insolation.Assisté par le personnel infirmier, il établit les fiches individuelles, sanitaires
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