Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
La revue trimestrielle canadienne
Revue universitaire qui a le mandat de stimuler et de diffuser la recherche scientifique et la recherche sociale réalisées à l'École polytechnique de Montréal et à l'Université de Montréal. [...]

La Revue trimestrielle canadienne est fondée en 1915 par un jeune professeur de l'Université Laval à Montréal et de l'École des hautes études commerciales, Édouard Montpetit, et les professeurs de l'École polytechnique Arthur Surveyer et Augustin Frigon. Ils en seront les principaux animateurs, durant quelques décennies. Le sulpicien Olivier Maurault se joindra à eux en sa qualité de recteur de l'Université de Montréal.

Publiée par l'Association des anciens élèves de l'École Polytechnique, la revue remplit le vide laissé par Le Bulletin de l'École Polytechnique et La Revue économique canadienne. Elle vise à stimuler l'étude des sciences appliquées et des sciences sociales, en premier lieu le génie civil et l'économie, ainsi qu'à informer et à servir les ingénieurs francophones. La technologie, l'économie politique, la médecine, la philosophie, la psychologie, l'enseignement et l'humanisme trouveront une place dans ses pages au cours des années.

Parce qu'elle est un des principaux organes de diffusion de la recherche francophone, la Revue trimestrielle canadienne est une ressource importante pour la connaissance de l'histoire des sciences au Québec. On y trouve par exemple une présentation rédigée par le frère Marie-Victorin du lancement de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences (mars 1924), ainsi que de nombreux articles témoignant du développement des recherches sur le génie civil, l'électricité et l'électronique, dont des articles sur la télévision à partir de 1933.

Le spectre de la diffusion de la recherche y est très large. On y traite fréquemment d'hygiène sociale dans les années 1920 et 1930, et de façon constante de l'enseignement général et professionnel. La psychanalyse y est abordée dans une série d'articles d'Antonio Barbeau publiés en 1930 et 1931. On peut aussi lire en 1938 un retour du géologue Gérard Gardner sur la question complexe de la frontière du Labrador.

La Revue trimestrielle canadienne permet de connaître davantage la vie de l'École polytechnique jusqu'en 1954, dernière année où la revue est publiée. L'Association des anciens élèves y donnera suite avec L'Ingénieur, une revue résolument tournée vers le génie.

Source :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1982, vol. 5, p. 139-141.

Éditeurs :
  • Montréal :Association des anciens élèves de l'Ecole polytechnique de l'Université de Montréal,1915-1954,
  • Montréal :Association des diplômés de polytechnique
Contenu spécifique :
Mai
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
quatre fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Bulletin de l'Ecole polytechnique de Montréal
  • Successeur :
  • Ingénieur
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (4)

Références

La revue trimestrielle canadienne, 1917, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
Mention incorrecte : Mois * ' ’ $' ¦ ¦MM ~ai COMITE DE DIRECTION: Président : Mgr G.DAUTH, Vice-recteur de l’Université Laval de Montréal.Membres : MM Ernest MARCEAU, Principal de l’Ecole Polytechnique.Aurélien BOYER, Membre de la Corporation de l’Ecole Polytechnique.A.FYEN, Directeur de l’Ecole Polytechnique.Edouard MONTPETIT, Professeur à l’Université Laval.Arthur AMOS, Chef du service hydraulique de la Province de Québec.Euclide MALÛ, Ingénieur civil.Arthur SURVEYER, Ingénieur conseil.Conrad MANSEAU, Professeur à l’Université Laval.Augustin ERIGON, Professeur à l’Ecole Polytechnique.COMITÉ D’ADMINISTRATION ET DE RÉDACTION: Président : Arthur SURVEYER.Membres : MM.Ernest MARCEAU, Edouard MONTPETIT, Arthur AMOS Euclide MALO, Conrad MANSEAU, Augustin FRIGON Rédacteur en chef : Edouard MONTPETIT.LE PRIX DE L’ABONNEMENT EST FIXE A 2.00 DOLLARS POUR LE CANADA, ET À 3.00 DOLLARS POUR TOUS LES AUTRES PAYS.LE NUMERO 50 CENTS.La Revue Trimestrielle Canadienne paraît quatre fois l’an: en mai, août, novembre et février.La Revue est accessible à la collaboration de tous les publicistes, spécialistes et hommes de profession.La Direction n’entend pas par l’insertion des articles assumer la responsabilité des idées émises.Tous les articles insérés donnent droit à une indemnité calculée par page de texte imprimé ou de graphiques.Les manuscrits ne seront pas rendus.La reproduction des articles publiés par la Revue est autorisée, à la condition de citer la source d’où ces articles proviennent.Il sera rendu compte de tout ouvrage dont il aura été envogé un exemplaire à la Rédaction.Pour les abonnements, publicité, collaboration et autres renseignements, s’adresser au: Secrétaire-Général : Arthur SURVEYER, 274, Côte Beaver Hall, Montréal. REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE r- La plus importante Librairie et Papeterie Française au Canada Vous invite avenir visiter ses rayons de: Littératures canadienne et françai e; .Livres et articles religieux ; Articles de fantaisie, d’art, de jeux; Fournitures de classes et de dessins ; Fournitures et articles de bureaux ; Papiers peints et vitraux, tapisseries, rideaux 42, rue Notre-Dame Ouest, = - MONTRÉAL (FONDÉE EN 1885) ZS3E3L WM ite 'ii> pgtipp feiaai il s»7iwww«i£i Librairie GRANGER FRERES Limitée Libraires, Papetiers, Importateurs A ii REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE LES FORCES HYDRAULIQUES - DE LA — PROVINCE DE QUÉBEC Pour aménager une chute d’eau dans la Province de Québec, on doit obtenir le permis nécessaire du Gouvernement Provincial en s’adressant à l’Honorable Ministre des Terres et Forêts.Une force hydraulique de moins de deux cents chevaux peut, dans certaines circonstances, être achetée sans réserve.'Mais en général, toutes les forces hydrauliques de plus de deux cents H.P.ne sont octroyées que sous forme de bai! emphytéotique, dont les conditions sont approximativement les suivantes: lo.—'Durée du bail, de vingt-cinq à quatre-vingt-dix-neuf ans, selon l’importance de la chute et le montant du capital requis pour la mise en oeuvre.2o.—Le locataire doit payer un loyer annuel pour l’emplacement concédé, et ce loyer reste le même durant tout le terme du bail.3o.—Le locataire doit encore payer, en supplément, une redevance annuelle variant selon la situation géographique de l’emplacement, de dix à trente-cinq sous par H.P.utilisé.Cette redevance est payable seulement à partir du moment que la force est produite.4o.—La redevance de l’article 3 est sujette à révision tous les vingt et un ans, à compter de la signature du contrat.5o.—Le Département accorde un délai de deux ans pour commencer les travaux, et deux autres années pour la production de la force, c’est-à-dire, de l’aménagement complet.60.—Le locataire est sous l’obligation de faire un dépôt soit en argent, soit en autres effets, en garantie de l’exécution du contrat.Si les conditions n’étaient pas remplies, ce dépôt pourrait être confisqué; mais dans le cas contraire, il peut être remboursé après un certain temps.7o.—Enfin, le locataire doit soumettre au Département, les plans de ses ouvrages, usines, etc., avant leur installation; et par la suite, quand l’usine fonctionne, il doit tenir le Département informé de la quantité de forces qu’il produit.* revue trimestrielle canadienne L’Hon.N.GARNEAU, Président.Directeur Gérant, et Secrétaire.j LA Compagnie de Pulpe de Chicoutimi CHICOUTIMI CANADA Adresse télégraphique : “Saguenay-Chicoutimi” Codes : A.B.C., A.I, et A.B.C., 5ième édition BUREAU A QUÉBEC: BATISSE BANQUE D’HOCHELAGA I REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE ?! LE NOTAIRE FARIBAULT Successeur de Leclerc & Faribault J Edifice Versailles, No 90, rue S.-JACQUES, } Tel.Main 678 MONTREAL I Tél.Main 7739.Cables “FÀBSURVEY” ! EDOUARD FABRE" SURVEYER Avocat-Conseil de la Chambre de Commerce, ! de l’étude de i SURVEYER, OGDEN & COONAN, j Avocats et Commissaires, EDIFICE DOMINION EXPRESS, J 145, rue S.-Jacques, MONTREAL.| ! HURTUBISE & HURTUBISE t INGENIEURS CIVILS ARPENTEURS-GEOMETRES EDIFICE BANQUE NATIONALE j 99 rue S.-Jacques.| Bureau: Main 7618—Résidence: S.-Louis 2143 t • ' ! ARTHUR SURVEYER & CIE } INGENIEURS-CONSEILS Projets, Plans, Devis, Estimations.Rapports techniques et financiers.274 COTE BEAVER HALL J Tel.Uptown 3808.MONTREAL Chambre 708, édifice Southam.J0S.H.DESLAURIERS i INGENIEUR-CIVIL.— ARPENTEUR ?GEOMETRE ?128, RUE BLEURY Tél.Main 982.MONTREAL.| j | F.C.LABERGE ! INGENIEUR | 30, rue Saint-Jacques l t Tél.S.-Louis 3925.S.A.BAULNE ! INGENIEUR CIVIL { Profeseuç à l’Ecole Polytechnique i 1294, rue S.-HUBERT, MONTREAL j A i S *1d^hwentioü1 ! ?i ?i ?i ?! En tous pays.Demandez le GUIDE DE I L’INVENTEUR qui sera envoyé gratis.I MARiON & MARION ( 364 rue liniversité, Montréal.A — f J Téléphone Main 6629.J.B.D.LEGARÉ | Courtier en immeuble j et promoteur.| 11, rue Saint-Jacques, MONTREAL t Arthur VINCENT J Ingénieur, Architecte et Arpenteur 76, rue St-Gabriel - - - Montréal i Téléphone MAIN 1168 j i Téléphone Bell Est 2660.NORBERT FARIBAULT, Propriétaire LIBRAIRIE ST-LOUIS j Papeteries, Fournitures de Bureaux, Livres, 1 Revues, Romans, Journaux, Jouets, Articles ! Religieux et de Fantaisie, Impressions et Reliure.{ 288 RUE S T15-CATHERINE EST J (Près S.-Denis).MONTREAL Perron, Taschereau, Rinfret, Vallée & Genest PROCUREURS ET AVOCATS j 11, PLACE D’ARMES Edifice de la Banque de Québec i REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE V LA MPI Le Breuvage par Excellence La bière Frontenac est une bière pure, tonique, rafraîchissante, la meilleure de toutes les bières domestiques ou importées, le breuvage de table par excellence.Riche en éléments nutritifs, mais ne contenant qu’une faible proportion d’alcool, c’est une aide précieuse à la cause de la tempérance.Si vous pouviez visiter la Brasserie Frontenac avec son installation grandiose et cet ensemble unique de machines, d'appareils, d'équipement scientifiques, modernes; suivre à travers toutes ses phases la fabrication de la bière depuis l'arrivée du malt dans la gigantesque cuve-matière jusqu'à Vembouteillage, vous ne voudriez plus boire d'autre Bière que la délicieuse Bière Frontenac.Spéciale” Etiquette Bleue “Standard” Etiquette Rouge “ Trianon” Etiquette Brune LA BRASSERIE FRONTENAC, Limitée, MONTREAL .0 VI REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE LA BANQUE NATIONALE SIÈGE SOCIAL : QUÉBEC.Capital autorisé: Cinq millions de piastres Capital payé: Deux millions de piastres Réserves: Deux millions de piastres Ces COFFRETS D’EPARGNES sont mis à la disposition du public pour favoriser la pratique de l’économie dans toutes les classes de la société.Nous invitons les cultivateurs et les ouvriers à nous confier un premier dépôt D’UN DOLLAR; ce dépôt leur donnera droit à un coffret qui restera leur propriété jusqu’à ce qu’ils le rendent en bon état à la Banque; celle-ci alors leur remboursera leur dépôt, plus un intérêt, qui sera compté au taux courant le plus élevé.Voici un excellent moyen de mettre quelque chose de côté pour les vieux jours ou encore pour l’avenir des enfants.Nous serons heureux de fournir tous les renseignements voulus concernant ce NOUVEAU SYSTEME D’EPARGNE.RAPIDITÉ D’ACCUMULATION D'ÉPARGNES MENSUELLES PLACÉES A 3 p.c.INTÉRÊT COMPOSÉ En supposant qu’un client dépose en bar.que $5.00 tous les mois, à compter de la naissance d’un de ses enfants, cette épargne périodique rapportera, en VINGT ET UN ANS, la jolie somme de $1,751.91, capital et intérêts.Le tableau suivant montre bien la progression rapide de divers montants confiés à notre département d’épargnes: $5.00 $10.00 $15.00 $20.00 $25.00 $30.00 Ans PAR MOIS 1 S 00.«3 S 121.92 $ 182.91 S 243.91 $ 304.87 S 305.83 2 123.73 247.51 371.51 493.17 618.93 742.70 3 188.41 370.89 505.48 754.03 942.49 1130.97 4 255.05 510.19 705.48 1020.73 1275.83 1530.97 5 328.72 047.53 971.53 1295.48 1019.25 1943.00 0 394.41 789.00 1183.S0 1578.52 1973.05 2307.01 7 407.30 934.70 1402.49 1870.13 2387.55 2804.99 8 542.37 1084.92 1027.79 2170.50 2713.00 3255.59 9 019.70 1239.01 1859.89 2480.07 3099.94 3719.80 10 099.38 1398.98.2099.01 2798.94 3498.49 4198.05 11 781.47 1503.17 2345.38 3127 42 3909.09 4090.77 12 800.04 1732.33 2590.19 3405.84 4332.12 5198.37 13 953.17 1900.00 2800.00 3814.48 4707.92 5721.31 14 1042.93 2080.13 3130.03 4173.07 5210.88 0200.00 15 1135.38 2271.09 3407.55 4543.71 5079.41 0815.10 10 1280.01 2401 04 3008.40 4924.93 0155.93 7380.91 17 1328.78 2057.95 3988.01 5317.07 0046.85 7970.00 18 1429.87 2800.19 4291.46 5722.29 7152.00 8582.91 19 1534.03 3008.55 4004.08 0139.15 7073.65 9208.15 20 1641.35 3283.21 4920.15 6568.01 8210.45 9852.29 21 1751.91 3504.35 5257.95 7011.05 8703.40 10515.90 MANDATS D’ARGENT DE LA BANQUE NATIONALE Nos succursales sont autorisées à émettre des Mandats payables dans tout le Canada, sauf le Yukon, aux taux suivants: .$ 5.00 ou moins de 5.00 à $10.00.de 10.00 30.00.de 30.00 à 50.00.3 sous .0 “ .10 " .15 '* \\r Beaucoup de nos clients et le public en général ignorent l'existence de ce service chez nous, le même que celui des Postes et des Messageries (Express) ; il est plus prompt et tout aussi sûr.Nos Mandats sont payables dans tous les bureaux de banques du Canada, sur présentation et sans commission.Nous vous invitons à profiter de ces remarquables avantages.L- Revue Trimestrielle Canadienne MAI 1917 AVERTISSEMENT Fondée en 1915, neuf mois après la déclaration de la guerre, la Revue Trimestrielle Canadienne atteint sa troisième année.Sans s’arrêter aux intérêts matériels immédiats, ses collaborateurs ont uni leurs efforts pour orienter vers les grandes questions actuelles les esprits qui se préoccupent avant tout du bien public et du salut de la race.Des vérités, qui s'étaient traduites ailleurs par des œuvres fécondes et durables, leur paraissaient ingorées ou trop négligées parmi nous.Pour assurer une action immédiate et unanime, ils tentèrent de dégager certaines idées sur lesquelles l’accord pouvait se faire.Des difficultés nombreuses les ont empêchés de réaliser de très près leur programme; mais ils ont essayé, dans la mesure du possible, de faire connaître nos ressources et d’en provoquer Vexploitation rationnelle; d’indiquer quelques moyens de conserver et d’utiliers les forces vives de la nation, en prêchant la préservation de la race et en préconisant la diffusion de Venseignement professionnel; de sauvegarder l’intérêt général bien X tendu, en défendent les principes reconnus d’une saine administration, fondement de toute économie nationale.La guerre a révélé l’importance de l’organisation méthodique uivie.Devant cette confirmation brutale, l’opinion s’est éveillée.¦Jn a compris que rien ne doit être oublié, que rien ne doit être laissé au hasard; et, si Von repousse une discipline de fer où l’initiative libre risquerait de sombrer,du moins reconnait-on hautement l’incontestable bienfait d’une action économique et sociale éclairée.Pour nous Canadiens-français, l’avenir est à ce prix.Aussi, continuerons-nous d’insister sur la nécessité pressante des études de sociologie et d’économie politique qui nous offriront un moyen sêir de traverser, sans trop de dom- 2 AVERTISSEMENT mages, les heures qui nous attendent, et de perpétuer notre survivance par une volonté éclairée et effective qui nous garantira le succès.La plupart de ceux qui nous ont encouragés dès le début nous sont restés fidèles.Des appréciations désintéressées nous sont venues d’Europe et du Canada, et nous ont apporté le réconfortant appui de l’amitié.A tous, nous exprimons notre vive reconnaissance.La tâche cependant, est loin d’être achevée.Nous faisons appel à ceux que l’œuvre intéresse.Une contribution minime de la part d’un plus grand nombre nous permettrait de poursuivre des efforts où l’on ne voudra voir que le seul souci de travailler, si modestement que ce soit, pour que luisent sur notre race et notre pays des lendemains meilleurs.La Redaction. SCIENCE GERMANIQUE Il n’est pas utile, on peut même dire qu’il est mauvais d’essayer de rabaisser les mérites de ses ennemis; encore faut-il tâcher de les juger tels qu’ils sont.Or certainement les Français et beaucoup d’autres nations, dans leur admiration facile pour les procédés germaniques, pour la “science germanique,” ont contribué à donner aux Allemands la vanité naïve qui, en partie, les a menés où ils sont, et où nous sommes malheureusement avec eux.Pour ce qui est particulièrement de leur science, on l’avait surfaite étrangement; on acceptait très facilement comme vérité ce qu’ils affirmaient eux-mêmes; et en matière d’économie politique, un domaine qui nous est familier et où nous avons une voix modeste au chapitre, depuis 25 ans environ nous essayons, malheureusement sans réussir, de réagir contre le succès que rencontrait l’économie politique germaine.Cette soi-disant science teutonne, dans les différents domaines, en chimie comme en acoustique, en électricité comme en économie politique, avait un caractère particulier que nous voudrions essayer de mettre bien en lumière: elle cherchait à être essentiellement réaliste, c’est-ù-dire pratique, à ne point s’élever aux idées générales, d’autant plus que l’idée générale n’est guère accessible à l’Allemand; elle visait à être réellement réaliste, c’est-à-dire à ne point être en vérité de la science, mais de l’application surtout, de l’application aussi industrielle, aussi profitable que possible.Il semble que ce côté soit assez difficile à atteindre en science économique; mais les courtisans du pouvoir qui pour la plupart constituaient l’Etat-major de l’enseignement de l’économie politique en Allemagne, avaient inventé une soi-disant école, appelée l’Ecole historique, qui était tout aussi réaliste que les conceptions des socialistes allemands eux-mêmes.Pour les tenants de l’économie politique enseignée dans les universités, la vérité était la volonté du Souverain; les lois économiques n’existaient pas: ce qui sapait par la base la soi-disant science que l’on était chargé d’enseigner, en lui refusant le caractère scientifique, puisqu’on ne la reconnaissait pas comme basée sur des lois naturelles et immuables.Ceux qui cultivaient la science économique s’élevaient jusqu’aux fonctions de “coupeurs 4 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE de cheveux en quatre”, se livraient à des distinctions subtiles qui ne répondaient pas davantage que le reste aux idées générales, aux principes et aux vérités scientifiques.D’une façon plus large, on peut dire que ceux que M.Boutroux a qualifiés si à propos de “barbares savants”, n’étaient point des “savants barbares”; le savant, c’est celui qui sait tirer des conclusions ou même en hasarder, émettre des hypothèses, qui sans doute ne sont pas toujours géniales, mais qui répondent précisément à la conception des idées générales, encore une fois, manquent complètement à la mentalité germanique.Le barbare savant est un homme qui se livre à des observations multiples, minutieuses; mais sans essayer ou sans pouvoir les relier par le lien de la logique, en se perdant dans des considérations verbales.Ce que poursuivent ces chercheurs scientifiques dans le domaine varié des différentes sciences, ce sont des conclusions essentiellement pratiques, des procédés plus ou moins industriels, des applications d’espèces.Ils n’ouvrent pas de larges voies sur l’avenir; ils tracent soigneusement de petits chemins qui sont susceptibles de conduire au succès matériel.Ce n’est point à dire qu’ils aient en toute matière tort, et que leurs recherches de détail, leurs efforts réalistes, leur utilisation de la science pour les applications industrielles soient à négliger ou à mépriser.Nous insistions en commençant sur ce qu’il ne faut pas trop rabaisser les talents ou les mérites de ses ennemis; et, en l’espèce, de bons ouvriers praticiens peuvent, dans le domaine des applications, réaliser des méthodes et des pratiques susceptibles d’améliorer la vie matérielle du monde, en assurant à ceux qui les combinent une récompense matérielle et pécuniaire fort sortable.Il y a une juste mesure à tenir; et si l’on ne doit pas admettre les prétentions à la science véritable de la part des Teutons; si l’on doit mettre bien en lumière qu’ils n’ont point été de véritables découvreurs dans le domaine de la science, qu’ils n’ont même guère rien créé comme principe des applications pratiques; que les inventions véritables sur lesquelles vit notre société industrielle moderne sont ducs originairement à d’autres qu’à des Germains.Par contre, il faut bien se convaincre qu’ils ont su mieux que quiconque assurer l'alliance profitable de la science et de l’industrie, de la science pure et de la science appliquée; et que surtout ils ont été de remarquables metteurs au point, sachant prendre les inventions primitives pour les perfectionner et les rendre absolument pratiques, sachant rapidement absorber les idées d’autrui, les inventions des voisins, pour leur donner sinon une forme définitive, du moins pleinement satisfaisante à ce point de vue pratique qui est essentielle- SCIENCE GERMANIQUE 5 ment leur et que l’on ne peut point laisser de côté dans la vie quotidienne et matérielle.* * * Il est d’autant plus essentiel de remettre les choses au point, que non seulement il faut battre définitivement en brèche l’admiration aveugle qu’excitaient les Allemands chez les peuples qui sont obligés d’être aujourd’hui en guerre contre eux pour se défendre; mais encore que, par suite de la nature essentiellement vaniteuse du Germain, de son esprit d’absorption et d’envie; les Allemands ont prétendu volontiers, depuis bien des années, avoir tout découvert, tout inventé, en allant jusqu’à nationaliser les génies des autres pays, et à affirmer que c’était encore la science germanique que toutes les découvertes, toutes les inventions faites en dehors de l’Allemagne.Il y a là une manifestation particulière de cet esprit de conquête et d’absorption qui est caractéristique de l’Allemand: on fait siens, pour la plus grande gloire de l’Allemagne, tous ceux qui, à la surface du monde, ont eu quelque réputation, ont accompli quelque grande œuvre: on les déclare Germains de par la couleur de leurs cheveux, la forme de leur crâne, etc.C’est une politique d’annexion d’un genre spécial, dont l’Allemand est assez coutumier.Et quand on ne peut pas, sans trop d’invraisemblance, procéder à une annexion de ce genre, on fait comme l’illustre professeur Ostwald, inventeur des pastilles incendiaires qui ont contribué aux dévastations de Belgique.On publie un volume, d’ailleurs en Français, dans une collection française, sur l’histoire des sciences; et, avec une mauvaise foi bien caractéristique, on oublie à peu près tous les noms qui ne sont pas allemands.C’est suivant le même esprit que, pour attribuer à la chimie allemande le champ entier en science pure ou en science industrielle, le professeur Emile Fischer, le 11 janvier 1911, en la présence de l’Empereur, lisait un rapport à l’inauguration du Kaiser Wilhelm Gesellschaft zur Forderung der Wissenschaften.Il y oubliait les noms de tous les inventeurs et découvreurs étrangers dans ce vaste domaine, où, il s’en faut, comme on le verra tout à l’heure, que l’Allemagne ait été seule à faire œuvre d’importance; c’est à peine s’il citait Perkin, l’inventeur du mauve fourni par un colorant artificiel qui devait être la base de la puissante industrie des matières colorantes artificielles d’aujourd’hui.En dépit de leur vanité, sans doute les Allemands ont-ils quelque peu conscience d’une infériorité, qui a été caractérisée par un de ceux qui les connaît le mieux, et pour cause, l’Abbé Wetterlé, affirmant que, aussi bien en science que dans les autres branches de 6 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE ’activité humaine, les Germains ne sont en général que des exploiteurs; qu’ils ont rarement créé quelque chose de nouveau, mais qu’ils ont- su admirablement mettre à profit les inventions et les découvertes des autres.Et c’est évidemment pour ne point s’avouer cette infériorité, qu’ils négligent de reconnaître l’existence même des savants véritables qui leur ont préparé les voies, les inventeurs et découvreurs comme nous les appelons.Au surplus, cette mauvaise foi est quelque peu atténuée par une autre caractéristique de la science allemande et de ses chercheurs; caractéristiques que signalait assez récemment M.F.Henneguy, étudiant le rôle de l’Allemagne, tout particulièrement dans l’évolution des sciences biologiques.Il reconnaissait les services rendus par cette science allemande entendue dans un sens tout spécial à notre avis, mais il jugeait nécessaire d’y opposer ses méfaits.Il l’accusait d’avoir dépouillé nos savants même d’une grande partie de leur originalité, en les engageant à copier ce qui faisait le succès de la science essentiellement réaliste allemande, en leur faisant perdre leur initiative, en les soumettant à sa discipline.Cela rentre dans cette observation que nous faisions en commençant, de la malheureuse tendance que l’on a eue, dans tant de pays, en particulier en France, de se pâmer d’admiration devant la soi-disant science allemande, de copier ses méthodes terre à terre, de manifester un enthousiasme pour elle qui n’était aucunement mérité, sauf au point de vue essentiellement pratique.Si nous en avions le temps, ce serait l’occasion de montrer, en reprenant en partie les idées et les observations de M.F.Henneguy, quelle est la caractéristique de la science allemande, même quand elle prétend être de la science pure; son obscurité, sa confusion, sa lourdeur, son manque de vues générales qui la fait se noyer dans le détail.Cette obscurité, cette “incapacité de mettre en lumière les idées essentielles”, a été également caractérisée de main de maître par M.Emile Picard, dans son étude sur l’Histoire des sciences et les prétentions de la science allemande b M.Picard et M.Henneguy ont pu opposer la clarté lumineuse de savants comme Lagrange ou Claude Bernard, aux dissertations obscures, confuses et lourdes des scientifiques allemands de l’heure présente.Ils ont pu également montrer que l’on ne retrouvait plus guère, dans nos jeunes savants français modernes, cette clarté et cette précision d’exposition, influencés qu’ils avaient été de façon défavorable par les travaux allemands et l’admiration qu’on leur faisait facilement prendre pour eux.1 Parue d’abord dans la Revue des Deux Mondes et éditée ensuite en brochure. SCIENCE GERMANIQUE 7 Quant à l’injustice, à la partialité en faveur des savants ou soi-disant savants allemands, à l’habitude de masquer certains côtés de l’histoire, elle ne peut faire doute.Et c’est ce que M.Picard exprime de façon fort habile en rappelant que les encyclopédies, les résumés faits par les Allemands faussent assez fréquemment l’histoire des sciences, dans le but de glorifier la science allemande; il n’a pas l’air de considérer comme normal qu’ils soient faits avec impartialité.Et c’était bien l’idée que traduisait M.Haller, dans sa remarquable et célèbre Introduction aux rapports du Jury international de l’Exposition spéciale de l’Allemagne faite dans un but historique, un “caractère d’authenticité beaucoup moins marqué que dans l’exposition analogue des autres pays.” La mauvaise foi ou la partialité s’appuient au surplus le plus généralement sur l’envie.Ce que nous montrions comme ayant été fait à propos des matières colorantes, de ceux qui.avec Perkin, ont contribué à en jeter les bases, M.Picard de son côté l’a reconnu à propos d’une foule des chapitres dej’histoire des sciences, celle qu’on a faite de l’autre côté du Rhin, et pour la géométrie, et pour la géodésie, et pour la chimie, etc.* * * Si l’on nous permet d’employer un mot qui répond bien à la pensée générale que nous avons en vue, on peut dire que jamais les Allemands n’ont été de véritables découvreurs en matière de sciences pures; nous verrons même tout à l’heure que, dans les premières réalisations et applications, ce ne sont pas eux non plus qui ont été les inventeurs de génie jetant les bases d’une industrie et d’une fabrication, d’une transformation, d’une découverte; et tout réalistes qu’ils soient, mais parce qu'ils ne sont bons que pour le détail et le prefectionnement des idées des autres.Pour justifier cette opinion sans doute assez peu favorable, mais très juste, sur la puissante science allemande, il suffirait presque, comme nous l’avons fait quand il s’est agi de caractériser la mentalité germanique dans un petit volume paru récemment2 de se reporter à des jugements d’Allemands mêmes.C’est ainsi que le professeur Wilhelm Foerster, que citait malicieusement un de nos confrères il y a peu de temps, Professeur Foerster qui a été signataire du fameux Manifeste des quatre-vingt treize soi-disants intellectuels allemands, a écrit jadis: “La France, depuis deux siècles, marche à la tête de l’exploration scientifique du monde.” Le fait est que ce n’était point l’Allemagne qu’il pouvait placer à la tête de cette exploration; elle ne vient jamais pour ainsi dire qu’après 1 Voir Mentalité Teutonne.— Jugés par eux-mêmes ! Librairie Tenin, 1916. 8 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE les autres, pour ramasser les revenants-bons, les efforts le plus souvent désintéressés, trop désintéressés même des véritables savants des autres pays.Il suffirait de se reporter à un dictionnaire honnêtement fait de chimie et de sciences diverses, dictionnaire biographique et technologique tout à la fois, faisant l’histoire des grandes découvertes, des grandes inventions, du progrès scientifique,pour demeurer convaincu de ce que nous affirmons.Et ce n’est en somme que le résumé des observations possibles de la sorte que, avec son autorité habituelle, M.Emile Picard a fait dans l’étude à laquelle nous renvoyions tout à l’heure.On pourrait également se reporter à un remarquable morceau dû au physiologiste français René Quinton, tout aussi bien qu’au Rapport sur les produits et les procédés chimiques et pharmaceutiques, fait pourtant par une plume allemande, celle du professeur A.Hofmann, à l’occasion de l’Exposition internationale de 1S62.On pourrait également consulter une étude substantielle parue dans un journal technique, Y Engineering de Londres, sur la Science germanique, où, en quelques colonnes, on montre bien que ce n’est pas à la science ni aux savants allemands que l’on doit cette œuvre d’exploration que signalait le professeur Focrster, le “pioneering work” des domaines scientifiques, pour employer l’expression même de nos amis d’Angleterre.En quelques lignes pour ainsi dire, M.René Quinton tranchait la question avec une précision qui faisait la joie de M.Léon Daudet.Dans l’ensemble des principales sciences biologiques, chimie, anatomie comparée, paléontologie, zoologie, embryogénie, physiologie, microbiologie, pour toutes les connaissances et notions fondamentales sur lesquelles repose la conception même du monde vivant; il ne trouve que des origines françaises, et à coup sûr pas une origine allemande.Il nous cite Lavoisier fondant la chimie, Cuvier l’anatomie comparée et la paléontologie, Lamarck la philosophie même de la zoologie, que devait reprendre à un autre point de vue un Anglais, Darwin.Pour l’embryogénie, le grand découvreur, c’est Geoffroy Saint-Hilaire, pour l’histologie c’est Pichat, pour l’observation profonde des phénomènes physiologiques, Claude Bernard est le grand découvreur; de son côté Pasteur est le génie qui a ouvert toutes les portes conduisant à la bactériologie médicale, chirurgicale, industrielle, aux procédés de constatation et de lutte de presque toutes les maladies.Sans doute Virchow a été un grand observateur; Koch a fait les études les plus intéressantes sur la tuberculose, sans arriver à des résultats pratiques; mais quoi de comparable chez lui aux merveilleux travaux sur les fermentations grâce auxquels Pasteur a révolutionné aussi bien la médecine que la chirurgie, SCIENCE GERMANIQUE 9 la brasserie que la fabrication de l’alcool, l’industrie laitière que celle des savons, etc.?Sans doute, comme le disait M.Picard, les Allemands ont apporté des perfectionnements très savants aux méthodes de culture des germes, ce qui a permis de faire d’intéressantes découvertes; mais ce ne sont point là des idées, ce ne sont même pas des faits.Et en matière de phagocytose, c’est-à-dire du phénomène curieux qui fait que les germes envahissant notre organisme sont le plus souvent saisis par les minuscules “gendarmes” qui font la police sanitaire de cet organisme; même pour l’anaphylaxie, qui n’est pas autre chose que le contraire de l’immunité, la surexcitation de la susceptibilité d’un organisme à la suite d’une inoculation antérieure; ce ne sont que des noms de savants français, russes, belges que l’on trouve.Et s’il faut songer à Behring, quand il s’agit de l’application des doctrines pastoriennes, dans la lutte contre la diphtérie par exemple; il faut songer également au Dr japonais Kikajato, et encore bien davantage à un Français, Roux.On pourrait du reste se rappeler que, si les Allemands n’ont eu aucune part dans la découverte du germe de la tuberculose, de sa contagiosité, il faut penser en la matière au génial français qu’était Villemain.Même au point de vue des applications essentiellement pratiques de la lutte médicale contre la tuberculose, les Allemands n’ont guère à se flatter, puisque Koch est arrivé en la matière à un insuccès, retentissant sans doute, mais à un insuccès complet.Cela n’empêche que les Allemands, ainsi que le faisait remarquer M.Emile Picard, avec leur mauvaise foi patriotique (si les deux mots n’ont pas honte de s’associer) habituelle, s’abstiennent souvent de citer le nom immortel de Pasteur dans des cours de bactériologie, afin de faire gloire à Koch de tout ce qui a été découvert avant lui, sans lui.Koch appartient justement à la série des chercheurs patients, souvent habiles, sagaces à force de méthodes et d’expériences, qui caractérisent vraiment ce que l’on appelle la science germanique.Il a découvert des méthodes et des procédés techniques; tout comme dans le domaine des matières colorantes, ses compatriotes l’ont fait à la suite des véritables découvreurs dont nous dirons un mot tout à l’heure.Et pourtant ces recherches microbiologiques, bactériologiques répondaient essentiellement au tempérament des chercheurs allemands, nécessitaient une précision minutieuse qui correspondait bien à leurs qualités natives.Mais, en ce domaine comme dans les autres, ils devaient surtout suivre les voies tracées; parce qu’il leur manquait des idées générales et géniales, qui font que l'on pressent, que l’on devine, que l’on pose les bases, générales elles-mêmes, sur lesquelles s’élèvera l’édifice. 10 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE A ce propos, il faut se rappeler l’observation cruelle, mais juste, que faisait notre confrère de Y Engineering dans la courte étude à laquelle nous faisions allusion tout à l’heure: pour ce qui concerne la quantité des travaux, la science germanique est probablement au-dessus de celle de tout autre contrée; mais il en est tout différemment si l’on considère la qualité, et même la qualité moyenne, des travaux effectués.En chimie, si bizarre que cela puisse paraître quand on songe encore une fois au véritable talent des chimistes allemands, à leur puissance de travail acharnée, à leur entêtement aidé de leur méthode très stricte qui a fait leur fortune dans le domaine des matières colorantes et en bien d’autres domaines, qui leur a permis de constituer de puissantes industries, appuyées sur d’admirables laboratoires organisés et dotés comme nulle part ailleurs; il s’en faut que les Allemands aient eu la maîtrise à un moment quelconque pour ce qui est des découvertes en science pure, ou simplement des véritables découvertes de la première heure, des inventions et des trouvailles géniales.Nous ne sachons pas que Darwin, pas plus que Lamarck, ait été Allemand; et cependant, quels esprits géniaux ne furent-ils pas, tout en n’ignorant point, bien au contraire, les faits qui servaient à expliquer leurs vues générales.Il est vrai que les Allemands voudraient nous faire croire que Goethe a été le véritable précurseur en matière de transformisme.Nous ne voyons pas davantage que les Allemands aient aucun nom, c’est-à-dire aucune personnalité, aucun génie à opposer à l’œuvre de Cuvier; ce qui n’empêche pas ensuite les Allemands, chercheurs minutieux, de faire des observations importantes dans les sciences créées, sans les transformer du reste.Dans le domaine de la biologie, on peut attribuer à Mendel des vues géniales à propos de la transmission, c’est-à-dire de l’hérédité des caractères chez les métis.En tout cas, il ne faut pas oublier que Mendel n’était pas Allemand, mais- Autrichien.En matière de chimie proprement dite, les Allemands voudraient tout s’attribuer, rejeter dans l’ombre comme choses secondaires des découvertes admirables telles que celles de Lavoisier.Ils oublient que c’est Lavoisier qui a fait disparaître la théorie classique, enfantine du phlogistique; théorie qui arrêtait tous les progrès de la chimie; et que c’est lui qui a réellement créé la chimie moderne.Grâce à lui, il s’est produit une véritable révolution scientifique, suivant le mot de M.Picard.Ce n’étaient point des Allemands, mais des Anglais ou des Suédois, que Cavendish, Priestley, Scheele, qui avaient découvert l’hydrogène, l’oxygène, l’azote, le chlore; ils n’étaient pas Allemands davantage Gay-Lussac ou Dumas, pas plus que Chevreuil; il n’était SCIENCE GERMANIQUE 11 pas Allemand Dalton, nous donnant la théorie atomique, pas plus que l’Italien Avogrado, pas plus que Frankland, avec sa théorie de la Valance.L’admirable analyste que fut Jacques Berzélius était Suédois, et pourtant une partie de son œuvre fut aussi précise, aussi minutieuse qu’on pouvait la concevoir et l’exécuter dans un milieu allemand.Mais, comme on l’a dit, il fut philosophe en même temps qu’expérimentateur, c’est en cela qu’il se séparait des Allemands, c’est pour cela qu’il fut le créateur de la chimie organique.Il n’était pas Allemand non plus Humphrey Davy; et c’est pour cela qu’il ne se contenta point de découvrir certains produits comme le protoxyde d’azote, mais qu’il inventa une méthode féconde, celle de la décomposition des terres par le courant électrique pour isoler le potassium, le sodium, etc.Il avait le talent de l’application pratique, comme pour la lampe de sûreté qui porte son nom, en même temps que les larges vues générales.Gerhardt de son côté, d’origine alsacienne, se distinguait profondément du tempérament allemand, et il eut l’influence la plus féconde et la plus large sur la chimie organique.Et quand on oppose à tous ces noms Richter ou Wenzel, on constate qu’ils se contentent à peu près de développer les idées conquises par les autres.Certes ce serait une injustice profonde que d’oublier parmi les savants éminents soit Kekulé, soit Helmholtz, soit Clausius; toutefois on pourrait se rappeler que Helmholtz, tout comme Kant, n’était point un pur Allemand; on pourrait remarquer de même que ce nom de Kekulé accusait une origine tout autre que germanique.Au surplus, pour Clausius par exemple, sans entrer dans des discussions qui nécessitent des connaissances scientifiques un peu poussées, et bien que ce Clausius ait écrit un traité de la théorie mécanique de la chaleur; bien que Helmholtz et Clausius aient contribué à établir sur des bases solides la doctrine de la conservation de l’énergie; en fait ils avaient été précédés dans cotte voie, et de beaucoup à tous égards, par Thomson, par Rankine.Et dans tout le domaine de ce que l’on appelle la thermodynamique, les Allemands font assez pauvre figure à côté de Thomson et de Rankine, également de Willard Gibbs, de Joule et surtout de l’immortel Carnot; encore ne faudrait-il pas oublier les belles expériences, les savantes déductions des Rumford, des Davy, des Seguin, bien après lesquels, même au point de vue des dates, à plus forte raison de la valeur des observations et des conclusions théoriques, l’Allemand Robert Mayer ne vient que fort loin.C’était ce qui faisait dire au confrère d’Angleterre que nous avons déjà cité plusieurs fois, que, en toutes ce3 matières, les résultats des découvertes des Allemands n’ont été acquis que de façon parasite sur les penseurs des autres pays. 12 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Dans le domaine des mathématiques, nous rencontrons sans doute Leibnitz, auquel se rattache l’importante découverte du calcul infinitésimal ou différencie!; mais il faut songer que cette découverte fut faite presque au même moment par Newton, ce qui prouvait qu’elle résultait des travaux, des recherches antérieures.Gauss a fait faire de grands progrès à la géométrie infinitésimale.Mais l’on ne peut oublier Fermas, qui a été jugé par Lagrange comme le véritable inventeur en ces matières; il faut penser aux génies qu’étaient Descartes et le Hollandais Huyghens, qui avaient eu une inlluence considérable sur Leibnitz même.Nous aurions encore à rappeler d’autres Français comme ce Lagrange dont nous citions le nom, comme Fourier, sans parler de Cauchy, de Le Verrier, ou du Suisse Euler.Dans le domaine très voisin de l’astronomie théorique seraient Clairaut, d’Alembert, Laplace et bien d’autres.Nous ne prononcerons pas à nouveau le nom de Newton, mais nous pouvons évoquer Napier, Bernouilli.Même en astronomie, dans l’astronomie d’observation, les Allemands ont été étrangement dépassés; ou du moins ils ont eu de géniaux précurseurs qui leur ont facilité la voie, à commencer par Orcsme, par Copernic, Tycho-Brahé, Galilée.Ce n’est point sans doute pour diminuer l’illustre Allemand Kepler; mais combien d’autres gens pourraient être cités, comme Bradley, William Hers-chel, qui étaient vraiment Anglais, et beaucoup d’autres! Nous ne songeons pas à épuiser le sujet, mais est-ce que les mêmes observations ne pourraient point se faire dans le domaine de l’électricité, où pourtant les Allemands sont devenus, depuis 30 à 40 années, vraiment supérieurs comme constructeurs, industriels spécialistes, dans l’application pratique des découvertes de la science pure ou des inventions primordiales ?Les grands noms dans ce domaine sont Volta, Ampère, Faraday, Clerk-Maxwell; et si nous voulions anticiper sur ce que nous allons dire des applications vraiment pratiques en tant que découvertes, en tant que réalisations techniques et industrielles générales des principes posés par la science pure; les noms qui nous viendraient à la pensée seraient ceux de Gramme, d’Edison, de Swan, de Thomson.Et est-ce que dans un domaine voisin, appartenant en réalité aux mêmes manifestations scientifiques générales, nous n’aurions pas à rappeler au moins autant les Becquerel, les Curie, sans parler des Ramsay, des Rayleigh, etc.* * * Nous avons laissé entendre à plusieurs reprises que, même dans le domaine de l’application, non plus seulement dans les sciences pures, quand il s’agissait du moins des premières découvertes, des SCIENCE GERMANIQUE 13 premières combinaisons, des inventions véritables qui n’étaient pas que des mises au point; les Allemands et la science allemande s’accusent comme très inférieurs, sans parti-pris aucun; le parti-pris n’ayant rien à faire ici, puisque nous nous réservons, dans une autre étude, de montrer au contraire que les Allemands ont été remarquables dans la mise au point, dans la mise en pratique, dans les détails de l’apolication industrielle, autant qu’elle peut donner des résultats pécum ires intéressants, et qu’il s’agit de reprendre les idées des autres pour tirer le meilleur parti possible.Songeons par exemple à ce que nous nous sommes permis d’appeler ailleurs la “Machine des machines”.1 Pour cette machine à vapeur, qui nous fournit la force motrice, soit directement, soit sous forme de courant électrique, et qui par conséquent est venue libérer les bras des hommes, en rendant vraiment possibles et pratiques les autres découvertes industrielles géniales, les mécanismes et les autres machines; on ne peut vraiment pas dire que les Allemands aient eu une part bien notable.Pour s’en rendre compte, il n’est point nécessaire de faire une histoire détaillée de la machine à vapeur, puisque, aussi bien, ce que nous avons particulièrement en vue, ce sont les origines, les découvertes du début, les découvertes de principe, ce qu’il y a particulièrement de génial; non point ce qui constitue précisément le perfectionnement de détail.Le début en la matière se trouve dans les idées remarquables du Marquis de Worcester, un Anglais, employant la vapeur, il est vrai directement dans un cylindre pour élever de l’eau; il n’aperçoit peut-être pas tout ce que l’on pourra tirer de son invention.A coup sûr ce ne sont point les Allemands qui verront davantage l’avenir et le principe général en cette matière; puisque ce principe vrai est perçu pour la première fois par un Français, Papin, plaçant de l’eau dans le fond d’un cylindre, disposant un piston au-dessus de cette eau qu’il fait vaporiser, pour chasser le piston suivant un mouvement en sens inverse duquel il reviendra tout à l’heure par arrêt du feu, condensation de la vapeur, et action de la pression atmosphérique.Papin avait pressenti au reste la chaudière isolée, afin d’obtenir la continuité du mouvement; c’est là une des idées géniales qui étaient indispensables pour nous donner la force motrice moderne; et certes, c’est une idée que n’avaient point eue les Allemands.Combien au contraire génial et tout à la fois pratique était le modeste forgeron de Darmouth, Newcomen, ayant comme collaborateur ultérieur un ouvrier non moins modeste, Potter: on en arrive à la machine à vapeur véritable, à laquelle sans doute des perfectionnements nombreux pourront être apportés pour la rendre plus 1 Voir notre livre La machine et la main-d’œuvre humaine, Doin éditeur, Paris. 14 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE économique; perfectionnements qui, plus tard seront complétés dans certains détails par les Allemands.Mais cette machine à vapeur est bien l’organe essentiel de la révolution industrielle.Tant et si bien même que, grâce à un autre Anglais, Smeaton, on arrive à voir des machines de Newcomen installées un peu partout, et continuer même de travailler et de rendre des services jusqu’à la fin du XIXe siècle, sinon au commencement du XXe.Un autre homme de génie qui n’appartenait pas davantage au monde germanique, Watt, allait, par une prescience admirable, créer la machine à vapeur en prévoyant tous ses perfectionnements ultérieurs, qu’il aurait même réalisés si la métallurgie le lui avait permis.On peut presque dire que Watt, de par ses prévisions géniales, empêchait que dans le domaine de la machine à vapeur, au moins de la machine à piston et à mouvements alternatifs, aucune découverte de très grande importance pût se manifester qui fût vraiment originale.Même pour l’emploi de ce que l’on appelle la double détente, qui était le commencement du compoundage et des machines à double, à triple, à quadruple expansion (qui permettent maintenant de tirer si merveilleusement parti de la vapeur dans des machines à mouvements alternatifs perfectionnées) ; c’est lui qui avait enréalité mis Woolf sur la voie de ses deux cylindres où la vapeur venait travailler successivement.Qu’on nous pardonne ces explications un peu techniques; mais elles sont absolument indispensables pour montrer que si les Allemands, ce que nous ne discutons nullement, ont su abaisser la consommation du charbon dans les machines à vapeur, arriver à cet égard à des résultats pratiques de première valeur et de premier intérêt; ils n’ont point été géniaux, créateurs, découvreurs, dans ce domaine de la machine à vapeur.Aussi bien Arthur Woolf n’était point Allemand, pas plus que Hornblower, qui avait eu lui aussi le pressentiment confus des avantages de la double détente; il ne faut pas oublier que Papin, qui avait eu lui aussi des idées géniales de la première heure, bien avant même Woolf, ne représentait à aucun titre la science allemande.Il s’est fait dans le domaine des machines à vapeur une véritable révolution, une découverte de premier ordre: c’est celle de la turbine à vapeur, ou plutôt des deux types principaux de turbines à vapeur: machines, non plus à mouvements alternatifs, mais à mouvement circulaire continu, présentant des avantages pratiques qui résultent de leur conception théorique, assurent une simplicité, une diminution de consommation de vapeur et aussi de combustible, qui ont fait de la mise en service des turbines à vapeur un événement dans l’histoire des sciences pratiques.Certes il serait parfaitement faux SCIENCE GERMANIQUE 15 de supposer que c’est M.de Laval, un Danois, ou M.Parsons, qui ont inventé de toutes pièces, trouvé du premier coup, sans tâtonnements, les deux types de turbines à vapeur qui font aujourd’hui merveille et qui ont d’ailleurs subi des modifications ultérieures, mais qui supposent toujours l’utilisation des principes généraux trouvés par de Laval et Parsons.Il est bien rare qu’une invention se présentant sous la forme pratique n’ait pas des antécédents; qu’il n’y ait pas eu des inventeurs primitifs auxquels doivent beaucoup les inventeurs de la dernière heure, et du mécanisme, du procédé, de l’appareil réussissant enfin de façon pratique.C’est le cas tout particulièrement pour la turbine à vapeur; mais on aurait beau remonter très loin dans la nuit des temps, puisque les premières turbines à vapeur les plus élémentaires datent de Hyéron de Syracuse, on ne trouvait point, dans l’invention de cet admirable appareil, aucune contribution allemande.M.Parsons, en 1876, M.de Laval ont pu mener à bien leurs admirables moteurs sans aucune collaboration de même nationalité; et ce qui est assez curieux, c’est que les différents types de turbines à vapeur combinés depuis, turbine Ratau, turbine Curtiss, sont des inventions soit françaises, soit américaines; en la matière les Allemands se sont contentés d’appliquer, de perfectionner certains détails.Nous reconnaissons qu’ils ont été très ingénieux, comme toujours, dans ces perfectionnements; et notamment au point de vue de la combinaison de transmissions mécaniques permettant de réduire,pour les hélices d’un bateau par exemple, la rapidité de rotation énorme d’une turbine à vapeur.Aussi bien n’ont-ils pas été seuls dans la trouvaille de ces dispositifs de réduction de vitesse, comme on les nomme.Un type tout à fait audacieux de turbine à vapeur dont la simplicité constitue une véritable découverte (encore quelque peu discutée, il est vrai) est la turbine à vapeur Tesla; et M.Tesla, Hongrois d’origine, mais américain du Nord d’adoption, n’appartient en rien à la civilisation germanique.Puisque nous sommes sur ce chapitre de la force motrice et des moteurs divers; et comme aussi bien nous pouvons trouver dans tous les domaines la démonstration de ce que nous avons affirmé, non point par esprit d’hostilité (cependant légitime), mais par simple constatation d’un fait patent; nous pouvons examiner en quelques lignes ce qu’il en a été, de la part des Allemands, dans les grandes découvertes de la première heure qui ont permis la réalisation des moteurs tonnants, et même des moteurs à combustion, des moteurs à gaz et moteurs à pétrole.Moteurs qui, l’un et l’autre, ont pourtant pris dans la pratique un développement énorme en Allemagne; qui souvent ont été perfectionnés de la façon 16 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE la plus heureuse, la plus profitable au point de vue réaliste au point de vue industriel, par les techniciens et les chercheurs allemands.Il ne faudrait pas se laisser influencer par le fait que, en matière de moteurs tonnants par exemple, on parle couramment du cycle Otto, ou de Daimler dans l’app.ication du moteur tonnant à la mise en mouvement des automobiles.Il faut se rappeler que l’illustre français Lebon, inventeur du gaz d’éclairage, concurremment avec l’Anglais Murdoch (encore une invention géniale dans laquelle nous ne trouvons point de nom allemand), avait vu parfaitement en germe la réalisation possible du moteur tonnant, du moteur à gaz; il avait même à ce sujet pris un brevet qui ne laisse aucun doute.En tout cas il faut songer surtout que c’est à deux Français, Hugon, puis Lenoir, que l’on doit la réalisation pratique du moteur à gaz; ce qui n’empêche encore une fois que des perfectionnements ont été apportés à ce moteur notamment par Otto; que d’autre part les moteurs à gaz se sont multipliés de la façon la plus surprenante en Allemagne, vers la fin du XIXc siècle et au commencement du XXe, puisque l’Empire allemand était arrivé à en utiliser quelque 85,000.Toujours le domaine des applications réalistes, pratiques, industrielles, mais non point l’esprit scientifique profond et supérieur.Au surplus que l’on n’ignore pas que le cycle à quatre temps qui a été si fécond dans le fonctionnement des moteurs il gaz et des moteurs à explosions ou même à combustion, a été inventé par un Français, Beau de Ilochas, dont l’invention s’est accusée comme supérieure même à celle d’Otto.Pour ce qui est du moteur à pétrole proprement dit, autre forme du moteur tonnant, non seulement en la matière on s’engageait dans les voies indiquées par Lenoir et par d’autres Français; mais encore l’application de ce moteur à la conduite des bateaux, à la conduite des véhicules sur roues, n’est point due aucunement, sous sa forme de début, la forme la plus difficile à réaliser comme de juste, à Daimler ni à aucun autre Allemand.Il ne s’agit point là d’un amour-propre puéril auquel on pourrait nous reprocher de céder, après avoir reproché aux Allemands leur envie, leur prétention nationale; c’est la simple vérité, qu’il faut bien mettre en lumière, précisément à cause des tentatives d’absorption, de conquête scientifique, de germanisation malgré tout, qui sont au fond de toutes les prétentions germaniques.Dès 1862 Lenoir avait construit une voiture à quatre roues et un canot à hélice, où la force motrice était fournie par un moteur à pétrole; il s’est du reste engagé dans la voie des moteurs agricoles tonnants, qui devaient faire fortune tout particulièrement en Allemagne dans leurs applications.Nous ne parlerons pas des SCIENCE GERMANIQUE 17 autres inventeurs dont les créations en la matière ont été véritablement fécondes, et sur les traces desquels on n’a pu que s’engager ensuite; nous aurions à citer M.Forest et bien d’autres.Et quant aux applications à l’automobilisme, il suffirait de lire la vaste enquête faite aux Etats-Unis, ou plus exactement par les soins des Etats-Unis dans les différents pays, à propos des fameux brevets Selden, pour être convaincu que ce ne sont point non plus ici les Allemands qui ont été les inventeurs de génie.La route avait été indiquée déjà, au moins dans la voie du moteur à vapeur par Cugnot; Bolléc s’y était engagé sous une forme plus pratique; et si les moteurs Daimler ont fait fortune dans l’application à la conduite des voitures sur route, c’est que véritablement le constructeur allemand avait su apporter dans la mise au point des moteurs spécialisés de la sorte, des qualités de soin, de méthode, qui caractérisent l’industrie et l’invention germaniques dans le détail, et font précisément des Allemands d’admirables metteurs au point.C’est par là qu’ils ont brillé et qu’ils brillent encore; par exemple dans la réalisation pratique de ce remarquable moteur à combustion qui s’appelle le moteur Diesel; qui porte justement le nom de son créateur; mais qui n’est en réalité que le résultat d’expériences prolongées, de perfectionnements méthodiquement apportés sur les types déjà inventés d’autres moteurs à combustion nombreux.Ce qui n’empêche au surplus, bien au contraire, que la possession de ces moteurs à combustion si bien étudiés, particulièrement pour les fortes tailles et les grandes puissances, a donné aux Allemands, dans l’établissement de leurs grands sous-marins, une .avance considérable sur les autres pays; parce que le moteur à combustion avait été minutieusement étudié chez eux en vue d’applications bien déterminées.Il ne s’était agi de rien de génial, en dépit du fameux mot qui voudrait que le génie fût une longue patience; il s’était simplement agi d’essais de laboratoire et d’usine, de tâtonnements méthodiques, si les deux mots peuvent s’accoupler, de persévérantes recherches assurant des progrès graduels dans un mécanisme déjà connu.Pour ce qui est des moteurs à gaz pauvre, notamment utilisant ce qu’on appelait jadis les “gaz perdus” des hauts-fourneaux, c’est-à-dire un sous-produit du phénomène de combustion qui se passe dans ces hauts-fourneaux, en vue de la réduction des minerais et de la fabrication de la fonte; pas plus ici qu’ailleurs les Allemands n’ont été ce que nous avons appelé à plusieurs reprises des “découvreurs.” C’est en somme M.Delainarre Deboutteville, de Rouen, qui avait imaginé d’utiliser, pour former mélange explosif, par conséquent pour créer la force motrice, du mouvement circulaire à 18 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE l’aide d’un moteur à explosion, des gaz constituant des sous-produits non utilisés, des déchets de fabrication, des gaz pauvres, notamment des gaz de hauts-fourneaux.Et c’est son invention qui a été mise au point en Belgique particulièrement par les usines Cockerill.A lui on devait l’idée; à certains autres des perfectionnements graduels, qui ont fait de ces moteurs à gaz pauvre, notamment aux gaz des hauts-fourneaux, d’admirables instruments de production de force motrice économique.Et ici aussi nous reconnaissons que les Allemands, dans leur désir méthodique de tirer parti des idées des autres, d’abaisser le prix de production, de réaliser des progrès techniques et industriels de premier ordre, nous le reconnaissons sans hésitation, ont étudié de très près ces moteurs à gaz des hauts-fourneaux ou moteurs analogues, ils les ont amenés à un véritable état de perfection, sans que d’ailleurs ils aient été seuls dans cette besogne.Nous ne pouvons songer un seul instant à passer en revue toutes les inventions et toutes les grandes découvertes de la science appliquée; pas plus que nous n’avons passé en revue toutes les grandes trouvailles géniales des sciences pures.Mais nous pourrions prendre un peu au hasard ; et nous constaterions toujours que la part des Allemands est pour ainsi dire négligeable.Et même, ce qui est peut-être le plus extraordinaire, dans le domaine de l’industrie qui leur est chère, l’industrie de la guerre, qu’il s’agisse des bateaux sous-marins ou des fusils perfectionnés, des mitrailleuses ou des canons légers, des obus les mieux imaginés, des plaques de blindage les plus résistantes, des poudres sans fumée et à combustion lente ayant révolutionné cette industrie de la guerre, des fusils à magasin, etc.Nous ferons peut-être quelque jour la démonstration complète, aussi complète qu’on la peut réaliser dans un livre qui ne soit pas une encyclopédie.Du moins pouvons-nous, avant de terminer notre démonstration et pour la rendre plus probante encore, prendre quelques exemples caractéristiques, que nous n’envisagerons bien entendu que très sommairement.Dans le domaine des transports par chemin de fer, qui est à la fois domaine militaire et domaine civil, domaine où nous le reconnaissons, les Allemands ont su apporter des perfectionnements de détail, notamment au point de vue de l’utilisation pratique des chemins de fer pour la guerre et les transports militaires; la science allemande n’a vraiment aucune part dans les découvertes, dans l’œuvre géniale de ceux qui posent les bases de l’édifice admirable que complète le temps, que complètent aussi les chercheurs minutieux du détail.Qu’ont-ils par exemple à mettre en face de Trevithick, ou encore davantage de l’admirable Stephenson, concevant la SCIENCE GERMANIQUE 19 machine locomotive sous sa forme à peu près définitive et parfaite, comme Watt avait fait pour la machine à vapeur en général; comme Brunei le devait faire un peu plus tard pour le grand navire de commerce construit en métal.Stephenson imagine la coulisse et la détente; sans doute les Allemands sont-ils à même de créer des types de coulisse perfectionnés; mais ici encore ils reprennent l’idée géniale et la mettent plus ou moins au point en vue de petits bénéfices de détails.Il fallait du reste à la locomotive un organe admirable et précieux pour la production de la vapeur en très grande quantité: ce n’est pas un Allemand qui l’invente; c’est un Français, Seguin; de même que plus tard ce sera un Français, Serpollet, qui imaginera de toutes pièces pour ainsi dire, génialement lui aussi, le petit générateur à vaporisation instantanée que les Allemands sauront bien capter plus ou moins à leur profit, pour lui donner peut-être une forme un peu plus pratique, le mettre mieux au point, comme tout.Quand il s’agit d’avoir des machines à très grande vitesse, une première solution qui du reste a été abandonnée depuis, est imaginée par l’illustre Crampton; et Crampton n'est point Allemand! On a voulu arriver à donner aux locomotives une puissance de traction considérable, leur permettant soit de traîner des trains très lourds, soit de les remorquer à très forte vitesse: c’est un Français, notre collègue Mallet, qui a imaginé le compoundage, et celui-ci a envahi de façon bienfaisante la traction des trains dans tous les pays.Si nous parlions de navigation à vapeur, nous trouverions le nom du Marquis de JoufTroy, un Français, ou de l’Américain Fulton, ou encore d’Ericson, du Français Sauvage, pour l’invention de l’hélice; les voilà les inventions géniales, de même que toutes les trouvailles admirables que Brunei, moitié Français, moitié Anglais, de par l’émigration de son père, avait combinés pour arriver, dans la limite où la métallurgie lui permettait de réaliser ses idées, à créer l’immense navire métallique avec tous ses avantages, toutes ses particularités.Ce ne sont pas davantage les Allemands qui ont imaginé le bouclier dans le creusement des tunnels sous l’eau ou dans des milieux chargés d’eau: ici nous retrouverions le nom de Brunei en particulier, le père de celui dont nous parlions il y a un instant.C’est dans les milieux anglais, chez Halley, chez Rennie plus tard, qu’il faut trouver l’invention de la cloche à plongeur, chez Smeaton, Dean, Siebe, encore dans les milieux anglais, celle du scaphandre; toutes idées admirables qui devaient nous amener aux travaux à l’air comprimé dans les caissons.Nous reconnaissons que là aussi les Allemands ont su tirer parti de façon remarquable des idées des autres; mais c’étaient les idées d’autrui.Ce ne sont 20 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE pas eux davantage qui ont créé les premiers excavateurs à sec, ou les dragues à couloir, ou même les dragues primitives qui devaient faire merveille au canal de Suez plus tard, et dont les Allemands sauraient bien tirer parti, grâce à leurs admirables facultés d’adaptation.Nous voulons bien admettre sans discussion la gloire et le génie de Gutemberg, appartenant à l’Allemagne, mais non point à ce qui devait être l’Allemagne moderne, et apportant, dans la découverte de l’impression en caractères mobiles, un véritable génie; mais c’est un des rares noms que nous puissions trouver à ce titre dans le Panthéon allemand; et encore remonte-t-il bien loin.Il n’en est point de même pour le prétendu inventeur de la poudre, qui aurait été allemand d’origine: il est bien démontré que cette découverte, qui appartenait pourtant à l’avenir militaire autant qu’à l’avenir civil, n’est point due à un Allemand.Et dans le domaine des explosifs, nous nous garderions d’oublier la poudre noire.Ainsi que nous le laissions entendre tout à l’heure, la nitroglycérine n’est point due à un Allemand; ce n’est pas à un Allemand que l’on doit la dynamite rendant possible, par une invention de génie, l’utilisation pratique de cette nitroglycérine si puissante; de même c’est à des recherches françaises que l'on doit réellement les poudres sans fumée; et il ne faudrait pas s’imaginer que Schoenbein, qui a découvert le coton-poudre, le fulmi-cotton, base de beaucoup des poudres de guerre, fut un Allemand; il était de Bâle, et il s’était du reste engagé dans la voie indiquée par Pelouze et par Braconnot, deux Français.Nous pourrions continuer ainsi bien longuement.Et si en métallurgie nous trouvons le nom de Siemens, dont le plus grand mérite a été surtout une économie dans la production des gaz servant au chauffage et à la fabrication ultime de l’acier; nous verrions que les grandes choses en la matière ont été faites réellement par Cort, un Anglais, Bessemer, un autre Anglais, Thomas et Gilchrist, des Anglais, Martin un Français.C’est au génie français que l’on doit l’invention de l’aluminium comme celle du four électrique, qui nous a amenés à l’électrométallurgie; c’est un Américain, Harvey, qui a largement précédé Krupp dans l’application spéciale de la métallurgie à la fabrication des plaques de blindage, une industrie militaire pourtant.Ce ne sont pas des Allemands, mais bien des Américains et des Anglais, qui ont imaginé les aciers dits “rapides”, formés d’un alliage d’acier, et permettant d’augmenter dans des proportions invraisemblables le débit des machines-outils, la taille de tous les objets d’acier.Ce ne sont point les Allemands davantage qui ont imaginé les procédés nouveaux de durcissement des huiles auxquels le nom illustre de notre compatriote Sabatier est SCIENCE GERMANIQUE 21 associé; nous reconnaissons toutefois que ce sont les Allemands qui, les premiers, ont pratiqué industriellement et avec de gros bénéfices le découverte de M.Sabatier.Ce ne sont point des Allemands qui ont découvert le cinématographe, ni les petits appareils primitifs auxquels le nom illustre également de Marey est associé, de même que celui d’Edison ou d’autres américains.Si les Allemands ont admirablement perfectionné la sélection de la graine de betterave, par suite d’efforts méthodiques, patients, se prolongeant durant des années; si en 1747 l’Allemand Margraff avait eu des vues intéressantes assurément sur la possibilité d’extraire du sucre de la betterave; et si 25 ans plus tard l’Allemand Achard, d’ailleurs d’origine française, fit des expériences très curieuses sur ce même sujet, il ne faut pas oublier qu’en 1605 Olivier de Serre avait signalé la betterave comme pouvant fournir du sucre alimentaire, et que c’est en réalité en France, sous l’influence de Napoléon, grâce à Delessert et à d’autres, que la fabrication industrielle du sucre de betterave a été réalisée.Et il est nécessaire de se rappeler encore que d’admirables découvertes dans la fabrication de ce sucre de betterave ont été faites absolument en dehors des milieux allemands, quand on a imaginé le triple et le quadruple effet, invention de Prillieux, quand on a remplacé le rapage de la betterave par la fabrication des cossettes et la diffusion.Depuis lors, sans doute les Allemands ont constitué une industrie de la sucrerie de betterave qui est formidablement importante et productrice; certains d’entre eux comme Steffen ont imaginé des méthodes nouvelles pour l’échaudage des cossettes.Mais c’était toujours le même procédé., la même caractéristique; ils s’assimilent les inventions d’autrui, les perfectionnent au besoin, les mettent en application de façon remarquable et remarquablement méthodique; ce sont des chercheurs travaillant dans un tout petit domaine; ce ne sont point des génies inventifs.Nous pourrions continuer tout aussi bien par la filature et le tissage, où nous trouverions des noms anglais, des noms français, depuis Hargreaves jusqu’à Jacquard, depuis Arkwright jusqu’à Cartwright.Si l’on peut faire honneur aux Allemands de l’invention du changement des bouches à feu par la culasse, par contre toutes les autres inventions militaires modernes ne sont point d’origine allemande: aussi bien le canon de campagne à tir rapide où ils nous ont copiés assez maladroitement, que ces poudres et ces cuirassements dont nous parlions tout à l’heure; que le sous-marin qui est d’origine américaine et française.Ce qui n’a pas empêché les Allemands de le porter à la perfection actuelle.Il en est de même du ballon, dont ils n’ont point trouvé le principe, du ballon diri- 22 [ REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE geable, où ils se sont contentés de copier ce qui avait d’abord été conçu par le Général Meunier à l’époque de la Révolution, puis exécuté par les Français à la fin du XIXe siècle, et du dirigeable rigide, où M.Spiess les avait précédés.11 n’en est pas différemment pour le canon rayé, pour la mitrailleuse, ainsi que nous le disions plus haut, que nous avions essayée bien avant eux, mais qu’ils ont eu le talent de perfectionner et de généraliser dans ses emplois; il n’en est pas différemment non plus pour cette énorme industrie des matières colorantes, qu’ils ont établie chez eux sur des bases techniques, industrielles et financières absolument hors de pair, mais qui, au point de vue technique, a été uniquement basée sur la découverte du mauve par ce jeune Anglais de 18 ans qui devait devenir plus tard Sir William Henry Perkin, et sur la découverte de la fuchsine du Français Verguin.Ce ne sont point eux qui ont imaginé les procédés modernes et vraiment révolutionnaires de fabrication de la soude, pas plus que la fabrication du carbure de calcium ou l’extraction de ces nitrates de l’air dont ils devaient tirer si merveilleux parti au point de vue militaire.Et ce qu’il y a peut-être de plus curieux, c’est que dans cette application de l’économie politique que l’on appelle l’économie industrielle, où ils sont passés maîtres pour ce qui est de l’utilisation des méthodes et des vérités économiques, ils ont été bien longtemps sans les comprendre.La fameuse Hanse teutonique ne se servait et ne voulait point se servir de monnaie dans ses transactions avec l’étranger.Et quant à la non moins fameuse organisation de leurs usines, ils ont été précédés en la matière, et largement, par les Américains du Nord, dont ils ont suivi les traces, les enseignements et les découvertes, peut-on dire, avec l’ardeur qu’ils mettent toujours à se faire des imitateurs d’autrui, des metteurs au point sans idées originales; avec des capacités admirables dans ce travail spécial qui répond à leur tempérament, mais qui n’est vraiment plus de la science.Daniel Bellet, Professeur d l’Ecole libre des Sciences politiques de Paris, Lauréat de l’Institut. COTE ET NON COTE Me sera-t-il permis de donner quelques éclaircissements aux lecteurs de la Revue Trimestrielle Canadienne sur le sens et l’orthographe d’un mot qui, depuis le commencement de la guerre, se retrouve dans toutes les dépêches qui nous arrivent de France et d’ailleurs.Depuis l’automne de 1914, j’ai été mille fois tenté de faire la démarche à laquelle je me résous aujourd’hui.Mon hésitation avait pour cause la crainte de paraître me poser en pédagogue et puis, je me disais que le sujet n’avait peut-être pas assez d’importance pour motiver un articulet dans la Revue.En y réfléchissant mieux pourtant, j’en suis venu à la conclusion que, pour nous, Français du Canada, la fixation du sens et de l’orthographe d’un seul mot de notre vocabulaire a une importance réelle et voilà mon petit article.Le mot dont je veux parler est le mot cote que j’ai toujours vu écrit côte dans les journaux canadiens-français.Pour les traducteurs de dépêches, qui nous viennent par l’intermédiaire des agences anglaises et dans lesquelles la cote 467 par exemple est invariablement désignée par kill 467, le mot cote, qu’ils écrivent côte, représente un coteau, un mamelon, une colline, une élévation de terrain quelconque.C’est généralement ce qu’il signifie, parce qu’en guerre on cherche les hauteurs, soit pour attaquer, soit pour se défendre.Malgré cela ce n’est pas côte mais cote qu’il faut dire.Alors qu’est-ce que c’est donc qu’une cote ?Une cote désigne, sur toutes les cartes topographiques, la hauteur, l’élévation d’un point du pays, au-dessus ou au-dessous d’un plan déterminé, qui s’appelle plan de repère et lequel, s’il s’agit de la carte topographique de la France, est le plan qui coincide avec le niveau moyen de la mer en un endroit donné du littoral.Pour établir la carte topographique de France, on a, au moyen de relevés très précis et qui ont occupé des centaines d’ingénieurs depuis au moins un siècle, déterminé la position géographique de toutes les villes, bourgs, villages, cours d’eau, montagnes, etc.En même temps on déterminait, par une série de nivellements, l’élévation de chacune de ces villes, bourgs ou villages, et de divers points des cours d’eau, chemins de fer, routes au-dessus ou au-dessous du plan de repère. 24 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Certaines parties de la Flandre belge, par exemple, de vastes étendues de pays en Hollande sont à cote négative, c’est-à-dire que, sur la carte topographique, leurs élévations, leurs altitudes, sont représentées par un chiffre précédé du signe algébrique {-) et cela signifie que tel point, par exemple, marqué de la cote -4 est à 4 mètres au-dessous du niveau moyen de la mer.Ces cotes négatives ont-elles donné assez de mal et coûté assez d’argent à la Hollande ! Toutes les élévations ainsi établies ont été portées sur la carte topographique du pays et on les a réunies par des lignes, naturellement très contournées et qui paraissent capricieuses.On les appelle courbes de niveau.Chacune d’elles réunit les uns aux autres les points de même élévation au-dessus ou au-dessous du plan de repère.Elles donnent donc le relief exact du sol de la France.Elles représentent chacune la trace que laisserait un plan horizontal coupant, disons de mètre en mètre, la croûte terrestre.C’est de ces cartes topographiques à courbes de niveau qu’on se sert pour les opérations stratégiques et tactiques, il s’agit par exemple d’une position à prendre d’assaut.Le commandant, par une opération d’une extrême simplicité: une ouverture de compas sur sa carte et la lecture simultanée de deux cotes, se rend compte de l'effort qu’il va demander à ses troupes, soit, par exemple, de parcourir une distance de 500 mètres entre leur point de départ et la position à enlever et de s’élever en même temps, disons de la cote 400 où ils sont à la cote 425, soit 25 mètres.Ces renseignements, on le voit, ont une grande importance dans les décisions prises par les officiers.Ceux-ci connaissent leurs soldats, leur moral, l’état physique où les ont laissés les efforts déjà faits et ils peuvent se dire: “Ah ! mes Canadiens monteront bien jusque là, ils iraient même plus loin et plus haut, alors, va pour l’attaque !” Ou bien, “ces braves enfants s’y jetteraient de tout cœur si je la commandais, mais non, ce serait les faire décimer, peut-être pour aboutir à un échec.• Il ne faudrait pas croire pourtant que quand nos journaux impriment la Côte du Poivre, ou quand les Anglais écrivent Pepper Hill, ils font une faute, non, il s’agit ici non d’une altitude, mais d’un accident de terrain ainsi dénommé dans la contrée.Si j’ai pu, en ces quelques lignes, faire saisir le sens du mot cote, qu’en vain je cherche correctement orthographié dans nos journaux français et correctement traduit dans les journaux anglais, je n’aurai pas perdu mon temps.Ernest Marceau, Ingénieur, Principal de VEcole Polytechnique LA FALSIFICATION DES DENRÉES ALIMENTAIRES1 Le président de la Société Universelle de la Croix Blanche de Genève, M.Bolo, ayant à faire une conférence2 sur la répression des fraudes alimentaires, débutait ainsi: “J’aborde un sujet tellement “vaste que j’en suis effrayé, car pour parler de la fraude et être “complet, je devrais refaire pour ainsi dire l’histoire du monde.Il “est évident en effet que le dol sur toutes ses formes est apparu dès “les premières transactions commerciales.” Et remontant à la plus haute antiquité il retrouve jusque dans les vers de Virgile la justification de son avancé.Si je suis tenté de m’approprier ces paroles, je vous prie cependant de vous rassurer et de croire que je n’ai aucunement 1 intention d’épuiser le sujet qui fait l’objet de cette causerie.Désireux de réduire mon exposé à des proportions raisonnables, j indiquerai d abord les grandes lignes de cette question, me bornant ensuite à insister quelque peu sur les points dont la connaissance peut être le plus utile et qui méritent de retenir l’attention de cette Convention.Sauf les fraudeurs qui réalisent de jolis bénéfices dans 1 exercice de leur triste métier, tout le monde semble d’accord sur la nécessité de réprimer des abus comportant les inconvénients les plus graves.D’autre part, sauf les fraudeurs, les hygiénistes et les chimistes, peu de personnes savent bien en quoi consistent les fraudes et comment on peut les combattre.A ceux qui désirent se renseigner sur cette importante question sont destinés les aperçus généraux qui suivent.Une étude complète de notre sujet comporterait, a peu de choses près, sept chapitres principaux formant en quelque sorte la synthèse des notions acquises à l’heure présente.Ces chapitres seraient : 1.La définition et la notion des aliments purs.2.Une incursion dans le domaine de l’histoire recherchant dans le passé l’origine de la fraude alimentaire et montrant comment la chimie moderne est venue au secours de 1 industriel pour découvrir des procédés frauduleux de plus en plus difficiles a déceler.1 Nous publions avec plaisir ce rapport lu par le docteur G.-H.Baril, professeur à l’Université Laval, devant la Convention des services sanitaires de la Province de Québec, en 1916.2 A Lyon, en novembre 1910. 26 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE 3.La liste et la nature des falsifications les plus généralement en usage.4.Étude des maux que cause au sein d’une nation la pratique de la fraude; d’où découle l’importance de sa répression.5.La loi protège le public: comment et par quel organisme cette loi opère-t-elle ?6.Dans quelle mesure, étant donné notre loi fédérale actuelle, la décentralisation du travail d’inspection et d’analyse peut-elle assurer l’efficacité du service de répression des fraudes ?7.Etant donné notre organisation actuelle au Canada, y a-t-il possibilité de l’améliorer ?Comment ?La réponse à cette question pourra s’inspirer de ce qui se fait à l’étranger soit aux Etats-Unis ou en Angleterre, mais surtout en France où les lois paraissent particulièrement bien faites à ce sujet.Telles sont les grandes lignes de notre étude.Quelques-uns des chapitres pourraient à eux seuls fournir matière à d’intéressantes conférences.Abordons ceux qui comportent les renseignements les plus pratiques.I.DÉFINITION DES ALIMENTS PURS.Qu’est-ce d’abord qu’un aliment ?Si vous demandez une définition à la biologie, elle vous répondra sous la plume d’Armand Gauthier que “les aliments sont des matériaux solides, liquides ou gazeux, aptes, lorsqu’ils sont introduits dans l’économie, à réparer les pertes faites par les organes et à en assurer le fonctionnement.” Au terme de notre loi fédérale concernant la falsification des substances alimentaires—chapitre 153 des Statuts révisés du Canada, 1906—les substances alimentaires comprennent “tout article servant de nourriture ou de breuvage à l’homme ou aux animaux et toute substance destinée à être mêlée à la nourriture ou au breuvage de l’homme ou des animaux pour quelque fin que ce soit.” Cette définition ne nous indique guère ce que sont les aliments purs ou mieux ce qu’il faut entendre par aliments purs.Il ne saurait du reste, pour ceux-ci être question de définition bien générale, analogue par exemple, ù celle que la chimie donne “des corps purs”, à savoir, que “tout corps est pur lorsqu’il n’est pas un mélange”.C’est que, contrairement aux “corps purs” de la chimie, les aliments peuvent être des mélanges très complexes sans être impurs ou falsifiés.Leur composition dépend de leur origine, du procédé de fabrication, des conditions de conservation; on peut dire, je crois, que la pureté d’un aliment est quelque chose de relatif, ce que je vais essayer de démontrer. LA FALSIFICATION DES DENRÉES ALIMENTAIRES 27 Pour assurer la répression des fraudes, il faut, selon l’expression de M.Ruau, autrefois ministre de l’Agriculture en France, que “d’abord les producteurs et les commerçants de bonne foi s’entendent avec les techniciens pour formuler la définition de 1 aliment pur et dresser la liste des pratiques loyales et nécessaires à sa préparation, 2°.Que les hygiénistes s’occupent d’harmoniscr les droits des commerçants avec les exigences de l’hygiène ; 3°.Que les légistes donnent à l’œuvre accomplie la consécration d’une entente internationale.Ce dernier point s’explique facilement en raison même du fait qu’un pays ne consomme pas uniquement des produits domestiques mais que le commerce mondial est fait d’échanges internationaux.C’est ce qu’a compris la Société Universelle de la Croix Blanche de Genève qui convoqua en 1908 le premier Congrès international pour la répression des fraudes.Vous trouverez dans les ouvrages tiaitant de ces questions 1 une liste de définitions adoptées à ce Congrès de 1908, pour les vins de diverses natures, la bière, le cidre, le poivre; les alcools et spiritueux, les liqueurs, le beurre, le fromage, les œufs, le lait, les huiles comestibles, les farines, pains et pâtisseries.Vous trouverez peut-être étrange qu’on définisse le lait, les œufs, le pain : il semble que ce soit des articles très connus qui font beaucoup parler d’eux par ce temps de hausse du coût de la vie.\ ous allez bientôt comprendre l’importance des textes.Il reste à chaque pays de consigner dans ses lois ces définitions telles quelles ou de les compléter soit sous le rapport de la composition centésimale des aliments, soit sous le rapport des qualités particulières que confèrent un climat différent, un genre de production propre au pays producteur, une richesse ou une minéralisation particulière du sol de telle ou telle région lorsqu’il s’agit, par exemple, de produit provenant de la cultu-re—le vin de Champagne n’est pas celui de Bourgogne ou de Bordeaux; les vins de France ne sont pas ceux d’Espagne ou d Algérie.Illustrons d’ailleurs cette idée d’autres exemples: comparons la définition du lait telle que donnée par le Congrès de Genève et par notre loi fédérale.Congrès de Genève de 1908 Le lait est le produit intégral de la traite totale et ininterrompue d’une femelle bien portante, bien nourrie et non surmenée; il doit être recueilli proprement et Loi Canadienne.Le lait, à moins de spécifications contraires, est le produit frais, sain et intact, obtenu par la traite complète et ininterrompue dans des conditions sanitaires 1 Gérard et Bonn: Traité pratique d’Analyses des Denrées alimentaires. 28 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE convenables d’une ou plusieurs vaches saines, convenablement nourries et entretenues, à l’exclusion de celui obtenu pendant les quinze jours précédant et suivant la parturition.Il doit contenir au moins 3,25% de matières grasses et au moins 8,50% de matières solides autres que les matières grasses ou butyriques.J’attire votre attention sur le fait qu’au Canada l’extrait dégraissé (c’est-à-dire les matières solides autres que les matières grasses) est de 8,5%.En France cet extrait est de 9.En France, un lait titrant moins de 9 serait considéré comme mouillé, donc impur, alors qu’au Canada on tolère 8,5.Donc, la pureté du lait en tant que le mouillage est concerné, est une chose relative.Ces chiffres sont fixés à la suite d’analyses répétées qui ont démontré que la moyenne de nos troupeaux fournit un lait à extrait dégraissé plus faible que le lait des vaches de France.On trouverait d’autres moyennes pour les vaches Jersey ou de race hollandaise.S'agirait-il d’apprécier la pureté du vin d’importation?I! faudrait, pour se prononcer sur sa qualité, s’en rapporter aux moyennes de composition des vins de son pays d’origine.Veut-on un autre exemple?Il m’est fourni par le bulletin 335 du laboratoire du Revenu de l’Intérieur.A la page 24, il est dit, sous le titre “Acide sulfureux comme conservateur dans le jus de citron” ^‘Reconnaissant “la nécessité de la présence d’un antiseptique dans la conservation et “l’usage ordinaire du jus de citron, et le fait qu’un long usage en a “été fait sans qu’il ait été démontré d’effet nocif sur la santé, le “département du Revenu de l’Intérieur tolérera la présence d’acide “sulfureux dans le jus de citron, dans une proportion qui n’excôdera “pas une partie en poids de SO2 pour 2000 parties en poids de jus.“Dans les limites sus-désignées, il ne sera pas nécessaire de déclarer la “présence de cet antiseptique sur l’étiquette.” Donc, au sens de la loi, un tel jus de citron ne sera pas considéré impur ou falsifié et aucune poursuite nepourraêtre intentée de ce chef àcelui qui se conformera à cet arrêté.Pour le Canada, le Ministère du Revenu de l’Intérieur publie périodiquement des définitions “d’aliments purs”.Cette publication se fait soit sous forme de décret, soit sous forme d’amendement à loi de 1906, soit encore par le moyen de bulletins périodiques relatant les analyses effectuées au laboratoire du Revenu de l’Intérieur, au ne pas contenir de colostrum.La dénomination “de lait” tout court ne s’applique qu’au lait de vache. T LA FALSIFICATION DES DENREES ALIMENTAIRES 29 cours de l’inspection des denrées alimentaires par les officiers de ce département.1 Ces définitions ne sont formulées qu’après enquête approfondie sur la nature exacte et la composition moyenne de 1 a 1-ment tel que fabriqué et tel que vendu au Canada.En résumé de ce premier chapitre, nous considérerons comme “aliments purs” ou mieux comme “aliments non falsifiés”, ceux qui correspondront aux définitions édictées par le Ministère du Revenu de l’Intérieur; à défaut de telle définition, ceux qui sont conformes aux définitions adoptées par les Congrès internationaux de repression des fraudes.D’autre part, nous nous reporterons à la loi canadienne précitée et nous trouverons aux articles 3 et 4 une liste de “ce qui est réputé une substance alimentaire falsifiée”au terme de la loi.Je transcris ici ces articles pour l’intelligence des chapitres subséquents.# Art.3.—Les substances alimentaires sont réputées falsifiées au sens de la présente loi: .a) si quelque substance y a été mélangée de manière a en réduire ou affaiblir la qualité ou la force, ou à les altérer d’une manière nuisible; .b) si quelque substance inférieure ou de moindre valeui a e totalement ou partiellement substituée à 1 article; ^ c) si quelque principe important de l’article en a été entièrement ou partiellement enlevé; d) si l’article est une imitation ou s’il est vendu sous le nom d’un autre article; .e) si l’article, soit manufacturé soit non manufacturé, consiste, totalement ou partiellement, de quelque substance animale ou végétale malsaine, décomposée, putréfiée ou corrompue; /) si l’article contient quelque addition d’ingrédients vénéneux, ou quelque ingrédient qui le rende nuisible à la santé des personnes ou des animaux qui le consommeraient; g) si sa force ou sa pureté tombent au-dessous de celles de l’article type, ou s’il y a des éléments constituants en quantité dépassant les limites de la variabilité tolérée, établies par legouvei-nement en conseil, ainsi que ci-après prévu; h) s’il est coloré, ou enduit, ou poli, ou poudré de manière a en cacher le dommage, ou s’il est arrangé de manière à paraître meilleur ou de plus grande valeur qu’il ne l’est en réalité; i) dans le cas du lait ou du beurre, s’il provient d’un animal nourri avec des aliments malsains.53V., c.2G, art.1., fil V.c.2- , art.1.> On peut se procurer ces “Bulletins” en s’adressant au Ministère du Revenu de l’Intérieur, à Ottawa. 30 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Art.4.—Les articles qui suivent, vendus, offerts ou mis en vente, sont censés avoir été frelatés de façon à être nuisibles à la santé: a) Du lait dont on a extrait quelque partie constituante importante, ou qui a été étendu d’eau, ou qui provient d’un animal malade ou nourri avec des aliments malsains; b) Du vinaigre, s’il y a été ajouté quelque acide minéral ou s’il contient quelque sel soluble à base de cuivre ou de plomb, soit que cet acide minéral ou ce sel ait été ajouté pendant la fabrication ou après; c) Des liqueurs alcooliques ou fermentées, ou toutes autres liqueurs potables qui cont iennent quelqu’une des subst ances mentionnées dans la première annexe de la présente loi, ou quelque substance ultérieurement ajoutée à cette liste par le gouverneur en conseil.S.R., c.107, art.15, IG et 17; 53 V., c.26, art.G.Ces articles doivent en outre s’interpréter par les art.24, 25, 26.Art.24.—(Exceptions).Nonobstant toutes dispositions de la présente loi nulle substance alimentaire et nulle drogue ne peuvent être censées falsifiées dans les cas qui suivent: a) Si quelque matière ou ingrédient non nuisible à la santé a été ajouté à la substance alimentaire ou à la drogue parce que cette addition était nécessaire à sa production ou préparation comme article de commerce, en l’état convenable pour le transport ou pour la consommation, et non pour augmenter frauduleusement le volume, le poids ou la mesure de la substance alimentaire ou de la drogue ni pour en cacher la qualité inférieure, et si chaque colis, rouleau, paquet, ou vaisseau qui contient chacun de ces articles fabriqués, vendus ou mis en vente, porte une étiquette indiquant distinctivement que c’est un mélange, en caractères apparents qui font partie intégrante du corps de l’étiquette, et porte aussi le nom et l’adresse du fabricant.b) Si la substance alimentaire ou la drogue est un médicament dont le droit de propriété est garanti au propriétaire, ou si elle fait l’objet d’un brevet d’invention en vigueur, et si on la fournit dans l’état voulu par la description annexée au brevet; c) Si la substance alimentaire ou la drogue est inévitablement mélangée de quelque manière étrangère dans l’opération de sa récolte ou de sa préparation ; d) Si des articles alimentaires non nuisibles à la santé des consommateurs sont mélangés, et vendus ou mis en vente comme composés, et si chaque colis, rouleau, paquet ou vaisseau qui contient ces articles porte une étiquette indiquant distinctement que ce sont des mélanges en caractères apparents qui font partie intégrante du corps de l’étiquette, et porte aussi le nom et l’adresse du fabricant.53 V., c.26, art.1 ; 61 V., c.24, art.2 et 3. 'f i.LA FALSIFICATION DES DENRÉES ALIMENTAIRES 31 Art.25.—(Exemptions).Le gouverneur en conseil peut en tout temps déclarer que certains articles ou préparations sont exceptés, totalement ou partiellement, des dispositions de la présente loi, et il peut ajouter à la première annexe de la présente loi toute autre substance ou ingrédient, lorsqu'il juge cette addition nécessaire dans l’intérêt du public; un arrêté en conseil à cet effet est publié dans la Gazette du Canada et est exécutoire à l’expiration de trente jours après la date de cette publication.S.R., c.107, art.18; 53 V., c.26, art.7.Art.26.—Le gouverneur en conseil doit, de temps en temps, faire préparer et publier des listes des articles, mélangés ou composés, qui ont été exceptés des dispositions de la présente loi conformément à l'article qui précède, et il doit aussi, au besoin, établir un type de qualité pour toute substance alimentaire, drogue ou mélange, dont le type n’est établi par aucune pharmacopée ni aucun ouvrage faisant autorité ainsi qu’il a été dit ci-dessus, et déterminer les limites de la variabilité tolérée dans tout tel article; et les arrêtés en conseil rendus à ce sujet sont publics dans la Gazette du Canada et sont exécutoires à compter de trente jours après leur publication.53 V., c.26, art.8.IL ÉTUDE HISTORIQUE.Je laisse à ceux que la chose pourrait intéresser de remonter, dans l’histoire, aux origines de la fraude et de marquer, d’étape en étape, les progrès—si ce peut être du progrès—-réalisés par la chimie moderne pour mieux masquer les falsifications.J’aborde immédiatement la liste des procédés les plus employés.III.LISTE DES FALSIFICATIONS.Il ne s’agit pas ici de dresser une liste fantaisiste qui n’aurait existé que dans l’imagination de ceux qui dénoncent la fraude.Il s’agit de faire le relevé de faits admis par les auteurs du méfait ou découverts par les analystes chargés des expertises.On admettra même que je demeurerai bien en dessous de la réalité si l’on songe qu’il m’est impossible de relater en quelques instants ce qui fait l’objet de volumes considérables.Indépendamment des adultérations propres à une classe d’aliments, nous nous arrêterons un instant à deux façons de violer la loi: 1.par l’addition de matières colorantes étrangères ; 2.par l’usage des antiseptiques.1.Par l’addition des matières colorantes étrangères.Celles-ci peuvent être minérales ou organiques.Ces dernières à leur tour se 32 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE subdivisent en : a) produits de synthèse 1 (ex : tous les colorants d’aniline) et b) produits naturels, ordinairement végétaux, dont le bois de campêche est le type.Je me réserve de dire dans quelques instants ce qu’il faut penser de l’emploi de ces matières colorantes.2.Les antiseptiques.Que faut-il entendre par ce terme ?On désigne ainsi, d’après le Congrès International d’Hygiêne de Bruxelles (1905) ‘‘les corps qui, employés à petite dose, sont capables d’empêcher la fermentation des matières organiques.” Leur formule chimique est variée: ils ont des noms scientifiques qui n’ont d’intérêt que pour les chimistes et s’appellent le bêta-naphtol et le benzo-naphtol; l’acide benzoïque, l’acide salicylique, l’acide borique et le borax; l’acide sulfureux et les sulfites; l’adéhyde formique (ou formol ou formaldéhyde) ; les nitrates de sodium ou de potassium, l’eau oxygénée (peroxyde d’hydrogène).Qu il vous suffise de retenir qu’ils portent des noms de guerre: ces noms n’ont aucun rapport avec leur fonction chimique et il arrive que la même substance chimique est livrée au fraudeur sous plusieurs noms commerciaux différents.Qui vous dirait, par exemple, que conservateur préservatif Gourdon, Orysol, Malophyle, Oeno-stérilisateurs, Apertol, cachets pastilles Lux, fermenticide Gram, coopérateur ’, cachent un sulfite ou un bisulfite seul ou associé :\ de la crème de tartre ou de la gélatine, employé pour la conservation du vin, du cidre et des viandes.AI.McGill, analyste en chef du Canada, a également publié de ces antiseptiques une liste importante que ceux que la chose pourrait intéresser trouveront aux pages 19 et suivantes du Bulletin 126, Appendice (B), 27 septembre 1906.Je relève dans ce rapport plus de soixante marques de commerce différentes, leurs propriétaires s’étant efforcés de compliquer les mélanges afin de dépister les recherches des analystes.Outre ces additions de colorants et d’antiseptiques, il y a les falsifications propres à chaque aliment.Le vin est l’objet de toute une série de manipulations.Il existe sur le marché une matière colorante, le rouge bordeaux, qui permet une imitation de couleur que seul l’analyste peut déceler.On coupe le vin, on lui rend son titre alcoolique avec de 1 alcool inférieur fait avec des betteraves ou des pommes de terre, voire môme de l’alcool méthylique (esprit de bois).AI.Bolo, que je citais au début de cette étude, rappelait à ses 1 Ce sont des produits de nature plus ou moins complexe fabriqués à l’aide de principes plus simples.La synthèse est cette opération chimique qui consiste à refaire un corps composé A partir de ses éléments constituants. LA FALSIFICATION DES DENRÉES ALIMENTAIRES 33 auditeurs une brochure d’annonces, qui “sur la même couverture à “côté d’indications pratiques pour la coloration des vins de toutes “sortes, fait voisiner une incomparable mixture pour la coloration “des cheveux et de la barbe”.Ce qui provoquait cette amusante répartie:“C’est la même teinture pour la tête et pour le vin.” Et que dire de la bière et des spiritueux ?Un auteur dont le nom m’échappe n’a-t-il pas publié qu’un mélange de beurre, d’huile de ricin et d’acide nitrique mêlé à de l’alcool reproduit à s’y méprendre le bouquet des meilleurs cognacs ?Cependant, quelques gouttes d’un tel mélange, injecté dans les veines d’un chien de forte taille, le tuerait en quelques instants.N’avons-nous pas présent à la mémoire la mort soudaine, survenue à Montréal il y a deux ans, de cinq Russes qui ont succombé à la suite d’ingestion de boissons qu’on avait tout lieu de croire frelatées, bien que la preuve n’ait pas pu être faite.Les médecins qui s’occupent de la campagne antialcoolique savent à quoi s’en tenir sur ce chapitre de sophistications; le Journal de Diéthétique et de Baclériolhérapie a publié, en 1916, une série d’articles où est dressée la liste assez complète des falsifications possibles.D’entre tous les aliments gras, (lait, beurre, fromage, huile et graisse), le premier est celui qui nous intéresse le plus.Le mouillage l’écrémage et le remplacement des matières grasses du lait par des graisses étrangères joint à l’addition d’antiseptiques sont les fraudes les plus communes.L’addition d’huile de nature différente à l’huile d’olive constitue une adultération fréquente.Si j’aborde maintenant le groupe des aliments amylacés et des farineux, je constate que si le terme “farine” sans qualificatif, doit être réservé à la farine de blé, celle-ci n’en est pas moins l’objet de mélange où l’amidon de maïs, de riz, de pomme de terre figurent dans une certaine proportion.La farine vient-elle à vieillir et jaunir quelque peu?Aussitôt on la blanchit avec des composés oxygénés de l’azote; on y ajoute même certaines substances minérales, telles que le sulfate de chaux (plâtre) et l’alun.Nous.payons le pain très cher de ce temps-ci.D’aucuns prétendent que très souvent il ne pèse pas le poids.Quoi qu’il en soit, sait-on que sa valeur nutritive peut-être diminuée du fait de la présence d’une quantité d’eau “ajoutée en excès avant la panification” ?Dans les pâtisseries, on pourra retrouver la vaseline au lieu de beurre ou de graisse, certains colorants toxiques au lieu de ceux que la loi autorise.Les chocolats qui font les délices des gourmets et sont le complément quasi nécessaire des réunions sociales ne sont pas exempts de la fraude.Un des derniers rapports du laboratoire du Revenu de l’Intérieur n’a-t-il pas révélé la présence de paraffine 34 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE (produit toxique) dans des chocolats jouissant d’une réputation très enviable.Enfin, pour clore cette énumération, on colore les conserves de petits pois avec des sels de cuivre et, ce que n’est moins grave, on n’hésite pas quelquefois à mettre dans les boîtes de conserves de viandes des produits de qualité inférieure.“Quand on a des animaux de qualité inférieure, me disait une personne de la campagne, on les vend aux acheteurs ambulants pour faire des conserves.Et les gens de chez nous disent en riant: “Ça sera toujours assez bon pour les gens de Montréal.” IV.MAUX QUE CAUSE AU SEIN D’UNE NATION LA PRATIQUE DE LA FRAUDE.Me faudra-t-il insister longuement pour vous dépeindre les maux que cause au sein d’une nation la pratique de la fraude ?M.Bolo a fait de ces maux un tableau saisissant.Il a démontré que la fraude pouvait causer la ruine matérielle du commerçant, du fabii-cant ou du cultivateur honnête, et paralyser l’essor commercial de la nation; c’est l’aspect économique de la question.D’autre part, une tolérance habituelle de la fraude entraîne avec elle l’abaissement du niveau moral des individus.Il nous suffit de faire un rapprochement et de constater au sein de la population les effets de l’impunité dont jouissent les hommes publics prévaricateurs pour se convaincre des conséquences néfastes de la tolérance en matière de malhonnêteté.Il y a enfin l’atteinte portée aux lois de l’hygiène.En d’autres termes, la répression des fraudes présente non seulement “un intérêt hygiénique et économique”, mais “elle est aussi nécessaire pour la santé morale d’un peuple.” Je m’arrêterai à considérer uniquement la question d’hygiène.Quelles peuvent être pour l’organisme les conséquences de l’absorption d’aliments frelatés ?Y a-t-il des maladies attribuables aux fraudes alimentaires?Je répondrai: 1°.que tout dépend de la nature de la falsification, et 2°.que.si dans l’état actuel de nos connaissances scientifiques, il n’est pas toujours possible d’établir des relations rigoureuses de causes à effet entre les falsifisations et la morbidité, il n’en reste pas moins vrai que l’affaiblissement, physique, la cachexie en quelque sorte progressive de certaines parties de la population d’un pays est due à la consommation d’aliments inférieurs ou falsifiés.Je m’explique.Nous supposons le cas, d’ailleurs très fréquent, d’une mère de LA FALSIFICATION DES DENRÉES ALIMENTAIRES 35 famille qui pendant nombre d’années achète le lait du même laitier: elle a toutes les raisons de croire le lait pur et de bonne qualité; elle n’est pas riche et n’a pas les moyens de faire analyser le produit; du reste, elle n'a aucun soupçon contre son fournisseur.Par ailleurs, le mouillage, l’écrémage ou l’addition d’antiseptique ou de graisses étrangères sont si bien dissimulés que rien dans l’apparence du lait (sa couleur, son odeur, son goût ou sa conservation) ne permet de soupçonner la qualité inférieure de l’aliment.Et voici successivement tous les enfants d une famille qui, dans les premières années de leur existence boivent un lait d’une qualité inférieure à la normale.En raison de la modicité des revenus de la famille, d’autres aliments sont de même qualité.Les enfants ne reçoivent pas la ration alimentaire que la mère croit leur donner et qui serait nécessaire à leur fonctionnement vital, les enfants (et dans combien de familles le cas n’est-il pas identique ?) poussent chétifs, malingres.Qui osera prétendre, si plus tard la tuberculose éclate dans ces organismes débilités, chez ces êtres mal lancés dans la vie, que l’éclosion de la maladie n’a pas été tout au moins favorisée par une fraude alimentaire ?Qui voudra exonérer de blâme ceux qui s’en rendent coupables ?Mais précisons davantage.Il est des fraudes, dont on peut dire qu’elles sont nuisibles à la santé: de ce nombre se trouve l’addition aux denrées alimentaires des colorants suivant: a) d’origine minérale1 : les sels de cuivre, de plomb, de baryum, de mercure et d’arsenic.b) de nature organique: ces matières sont très nombreuses: elles produisent de véritables empoisonnements et les hygiénistes sont d’accord pour en prohiber l’emploi.Les quelques rares exceptions sont désignées nommément dans la définition de la substance alimentaire pure à la fabrication de laquelle elles servent.Quant aux antiseptiques, la question est controversée.Tout dépend de l’antiseptique employé et surtout de la dose, prétendront ceux qui s’en servent et ceux qui mettent leur science à la disposition de ceux qui s’en servent.Disposons d’abord de ce dernier argument invoqué en faveur de l’usage des antiseptiques.La réponse est très simple: le public n’a aucune quarantiequele fabricant n’emploieque de faibles doses.Pour ne citer qu’un exemple, au témoignage des médecins hygiénistes, il a été maintes fois constaté que les laitiers et les cultivateurs n’apportent aucun discernement dans la façon dont ils mêlent les antiseptiques au lait.D’autre part, il faut tenir compte de Vimperfection possible des méthodes d’analyse quantitative, c’est-à-dire, des méthodes chimiques de dosage de l’antiseptique.D’im- Leach, Food Inspection and Analysis. 36 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE menses travaux de recherches ont été faits sur cette question et nombre de points sont acquis.C’est ainsi que l’aldéhyde formique nuit à la digestibilité du lait”.L’acide borique et le borax finissent par causer des troubles digestifs.Tout le monde parait d’accord quand il s’agit de l’acide salicylique.Le peroxyde d’hydrogène groupe presque autant de partisans que d’adversaires.M.McGill, l’analyste en chef du Canada formulait ainsi sa façon d’envisager cette question: “Quand on nous présente une substance “nouvelle comme le borax, la formaldéhyde ou l’acide salicylique, “nous disons: demontrez-nous sans équivoque que cet article est in-“offensif et nous serons heureux d’en recommander l’usage.Nous “ne mettons pas en doute ses propriétés germicides: cela peut être “facilement démontré.Mais il y a des centaines de substances chi-“miques pouvant efficacement combattre la putréfaction et dont “nous ne pourrions cependant pas recommander l’usage dans les substances alimentaires.Il y a une analogie si indiscutable entre l'action des ferments en dehors du corps humain et l’action digestive “dans l’organisme même, que nous manquerions gravement a notre “devoir si nous n’insistions pas pour qu’on nous démontre d’une “façon certaine la parfaite inocuité pour la santé publique de toute “substance quelconque reconnue comme déterminant des fermentations dans les aliments.” 1 Quant au Comité Consultatif d’Hygiène de France, il est arrivé à la conclusion que “l’usage des antiseptiques pour la conservation des denrées alimentaires doit être absolument prohibé.” Les rapporteurs qui ont par leur travail de recherche amené l’expression de cette décision basaient leurs conclusions sur les faits suivants: 1.L'addition d'un antiseptique à l’aliment retarde le processus digestif, l’action antifermentescible s’exerçant tout aussi bien sur le ferment digestif que sur les autres.2.Quelques-uns des antiseptiques sont des drogues pouvant faire sentir leur action par des effets d’accumulation.3.L’antiseptique permet de masquer la qualité de certains ingrédients qui entrent dans la composition de l’aliment, par exemple dans les conserves où l’on serait tenté de faire passer des viandes avariées, ou faisandées et des légumes en voie de décomposition.Ce dernier argument mérite de retenir notre attention et nous devons nous demander s’il ne fournirait pas une explication plus que plausible aux nombreux cas d’empoisonnements alimentaires souvent très graves que l’on observe à la suite de l’ingestion de ces conserves.1 Rapport du Revenu de l’Intérieur pour les 9 mois expirant le 31 mars 1907.Partie Ille: Falsification des substances alimentaires, Appendice B, Bulletin 126. la falsification des denrées alimentaires 37 ( Quant aux autres falsifications, elles ont surtout pour effet, cl apporter à 1 organisme un aliment incomplet, insuffisant à ses aliments, celui que nous ne devons cesser de surveiller est le lait, surtout si nous voulons travailler d’une façon efficace à supprimer 1 une des causes qui contribuent le plus à élever le taux de la mortalité infantile au sein de notre population.V.COMMENT LE PUBLIC EST-IL PROTÉGÉ?Pour répondre à cette question, nous devons revenir à la loi concernant les falsifications des substances alimentaires, dont j’ai cité quelques articles au cours de cette étude.Cette loi pourvoit à l’organisation d’un système d’inspection par la nomination d analystes publics et d’inspecteurs de district, ce personnel étant sous la direction du Ministère du Revenu de l’Intérieur.Au 1er juillet 1912, ce service comprenait l’analyste en chef et six analystes publics (formant le personnel du laboratoire du Revenu de l’Intérieur), quatre analystes de district avec résidence à Halifax, Montréal, Ottawa, Victoria, C.A., seize inspecteurs et un membre du bureau chargé d’établir les types d’aliments purs.En tout 28 officiers.Disons immédiatement que le personnel de ce service a augmenté en nombre depuis cette date et qu’il accomplit un travail d’une véritable utilité publique.En outre de ce personnel la loi pourvoit à l’existence d’auxiliaires Les articles suivants les désignent: Art.10.Le gouverneur en conseil peut, sur proposition du conseil de toute cité, ville, comté ou township, ou autre municipalité, nommer pour cette municipalité des examinateurs de substances alimentaires, qui sont chargés d’examiner celles des substances alimentaires qui sont désignées par le gouverneur en conseil; mais cette nomination n est pas faite a moins ni avant que la personne ainsi proposée n ait subi un examen devant le conseil d’examinateurs ci-haut mentionné, et qu’elle n’ait obtenu de ce conseil un certificat attestant qu’elle a les capacités nécessaires pour faire cet examen et pour attester la nature et la pureté des substances alimentaires qu’elle est chargée d’examiner; et dans ce cas, son certificat d’analyse au sujet de ces substances a la même valeur et le même effet que ceux des analystes officiels nommés en vertu de la présente loi.53 V.C.26, art.2.voilà pour les analystes.Ces analystes doivent tous les trois mois faire rapport au Ministère des travaux qu’ils ont exécutés (art 19).v REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Art.13.—Le conseil de toute cité, ville, comté ou village peut nommer un ou plusieurs inspecteurs des substances alimentaires, drogues et engrais agricoles: et ces inspecteurs ont, pour les fins de la présente loi, tous les pouvoirs par le présent conférés aux préposés du Revenu de l’Intérieur; et tout inspecteur peut requérir tout analyste officiel d’analyser les échantillons de substances alimentaires, de drogues ou d’engrais agricoles qu’il a recueillis, pourvu que ces échantillons aient été obtenus conformémént aux prescriptions delà présente loi.Voilà pour les inspecteurs.J’attire votre attention d’une façon particulière sur cet article 15; nous y reviendrons.La loi pourvoit en outre à la saisie ou à la confiscation des articles reconnus frelatés.Elle édicte diverses peines pour contravention, etc.Dans la pratique, comment la chose se passe-t-elle ?Généralement ïes inspections se font en série.Le sous-ministre ou le chimiste en chef ordonne aux inspecteurs de prélever à travers le pays tel aliment.Ces aliments sont alors analysés par les analystes officiels: le rapport de ces derniers est transmis à l’analyste en chef qui les classifie, y ajoute au besoin un mot de commentaire et fait rapport au sous-ministre, ce rapport étant rendu public sous forme de bulletin.Généralement des procédures sont prises contre les vendeurs ou producteurs des aliments trouvés frelatés au cours de ces inspections.En dehors de ces inspections en série, il se prélève quelquefois des échantillons au hasard des circonstances; mais le gros du travail est fait d’après le mode opératoire ci-haut décrit.Un marchand de farine, grains, avoine, etc., me disait: “L’inspecteur du gouvernement passe chez moi à peu près trois fois l’an à époque relativement fixe.” Cette répression est-elle suffisante ?J’ai fait, à travers les bulletins publiés par le ministère du Revenu de l’Intérieur, un relevé statistique de cinq années afin de me rendre compte de la proportion dans laquelle la fraude se pratiquait au pays.En moyenne 7.5% des échantillons soumis aux analystes sont frelatés.Une année ce chiffre a atteint 11%.Nous n’avons là que le pourcentage des fraudes découvertes par l’analyse.Ce pourcentage correspond-il à la réalité?Je ne crois pas.Je pense au contraire que les falsifications sont plus nombreuses 1 et échappent à la surveillance; car cette inspection en série est en soi 1 J’avais terminé la rédaction définitive de mon travail lorsque m’est parvenu le Bulletin No 348 concernant le sirop d’érable.Le département a effectué au cours de l’année se terminant à la date du rapport (14 sept.1916) deux cent neuf (209) analyses de ce produit et en a trouvé 20% de frelaté.Plus récemment l’inspection des nourritures pour diabétiques a révélé que 60% de ces produits ne répondaient pas au type de qualité qu’ils doivent être. la falsification des denrées alimentaires 39 insuffisante il réprimer les abus.Ceci n’est pas un reproche que j adresse a ceux qui mettent actuellement la loi en force: ce n’est même pas une critique de la loi qui porte dans son texte même ce qu il faut pour en agir autrement, c’est-à-dire pour décentraliser le travail et exercer une surveillance plus étroite.Je vous réfère simplement aux articles 10 et 13 de la loi.Combien de villes au pays se prévalent-elles de ces articles pour aider l’analyste en chef dans son travail?A une enquête que j’ai faite à ce sujet, enquête à laquelle j’ai du reste reçu peu de réponses, j'ai appris que Montréal ne s’est pas encore prévalu des privilèges accordés par l’article 15 mais est en voie de s’organiser à cet effet.Lachine fait de l’excellent travail dans ce sens.Mais on me fera une objection qui a trait aux frais de la poursuite.Je cite la loi à ce sujet: Art.41, par.2.—Si, lors de l’analyse, il est découvert que cet article est falsifié au sens de la présente loi, la personne à l’instance de qui 1 analyse est faite peut poursuivre le vendeur de cet article, ou requérir ce fonctionnaire de le poursuivre, en déposant vingt-cinq dollars entre les mains du percepteur du Revenu de l’Intérieur, à titre de garantie des frais de poursuite; et quiconque poursuit ainsi a droit à la moitié de l’amende imposée à l’accusé, s’il est condamné.Art.47.—Ces frais de poursuite comprennent aussi pour l’avocat un honoraire raisonnable laissé à la discrétion du juge; et, dans le cas d un poursuivant privé, si l’action est renvoyée comme ayant été intentée sans cause raisonnable ni probable, les frais de la défense sont taxés contre le poursuivant.61 V., C.26, art.8.On conviendra que cette objection, qui a trait aux frais qu’encourraient les municipalités, a sa valeur, mais elle n’est pas sans solution: ou bien les villes affecteront à cette fin des crédits qui seront infiniment mieux employés qu’à faire des expropriations scandaleuses; ou bien on tendra à amener la loi de façon à enlever cet obstacle bien propre à décourager l’initiative privée.C’ette coopération des cités, villes, comtés ou villages est-elle désirable?Oui.Elle existe chez nos voisins qui se sont appliqués à multiplier les organismes chargés du service de répression des fraudes.Aux Etats-Unis existe d’abord la loi générale qui s’applique à toute la fédération américaine et chaque état possède en outre un “food and drugs act’’ destiné à compléter ou rendre plus sévère la loi générale.Les lois sont mises en vigueur par le département de 1 Agriculture et le département du Trésor.Les secrétaires de ces deux départements conjointement avec le secrétaire du Commerce et du Travail détiennent les pouvoirs nécessaires à cette fin.Le Secrétaire de l’Agriculture nomme un bureau de l’inspection 40 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE des aliments et médicaments.Quant i\ la direction scientifique elle est fournie par un “bureau de chimie” constitué par un certain nombre de chimistes résidant au département de l’Agriculture à Washington et les chimistes en chef des différents laboratoires d’Etat Ce bureau au cours de juillet 1912 comportait un personnel de 28.Puis viennent les officiers d’Etat chargés de prélever les échantillons, et les chimistes d’Etat qui collaborent au travail du “Bureau de chimie” ci-haut nommé.Enfin, chaque état possède son organisation propre.Au total il y a: E.-U.Canada Officiers supérieurs 1 (Le Ministre du Revenu Chimistes analystes pour aliments .329 12 de l’Intérieur) Analystes Municipaux pour aliments.84 0 Inspecteurs 10 (à date 21) 700 29 Ces chiffres se passent de commentaires.En juillet 1912, aucun chimiste municipal n’était préposé aux analyses de denrées alimentaires au Canada et seulement 12 chimistes faisaient le service par tout le pays.Il serait trop long d’entrer dans les détails des services mutuels que peuvent se rendre les officiers fédéraux et les officiers d’Etat: je suis également forcé de passer sous silence ce que fait l’Officiel français.1 1 La loi qui est en vigueur en France est la loi du 1er août 1005 ù laquelle s’ajoutent des amendements de temps à autre.Le sendee d’inspection et de prélèvement des échantillons pour analyse a été organisé par un décret du 31 juillet 1906.Voici les articles 1 et 2 de ce décret: Article premier.— Le service chargé de rechercher et de constater les infractions à la loi du 1er août 1905 est organisé par l’Etat, avec le concours éventuel des départements et des communes.Le fonctionnement de ce service est assuré, sous l'autorité du Ministre de la Justice, du Ministre de l’Agriculture, et du Ministre du Commerce, de l’Industrie et du Travail, dans les départements par les préfets, à.Paris et dans le ressort de la préfecture de police par le préfet de police.Article 2.— Les autorités qui ont qualité pour opérer des prélèvements sont: Les commissaires de police; Les commissaires de la police spéciale des chemins de fer et des ports; Les agents des contributions indirectes et des douanes agissant à l’occasion de l’exercice de leurs fonctions; Les inspecteurs des halles, foires, marchés et abattoirs; Les agents des octrois et les vétérinaires sanitaires peuvent être individuellement désignés par les préfets pour concourir à l’application de la loi du 1er août et commissionnés par eux à cet effet.Dans les cas où des agents spéciaux seraient institués par les départements ou les communes pour concourir à l’application de ladite loi, ccs agents devront être agréés et commissionnés par les préfets.Article 3.— Une commission permanente est instituée près les Ministères de l’Agriculture et du Commerce, de l’Industrie et du Travail pour l’examen des questions d’ordre scientifique que comporte l'application de la loi du 1er août 1905.Cette commission est obligatoirement consultée pour la détermination des LA FALSIFICATION DES DENRÉES ALIMENTAIRES 41 conditions matérielles des prélèvements, l’organisation des laboratoires et la fixation des méthodes d’analyse à imposer à ces établissements.En somme c’est la même organisation qu’aux Etats-Unis, mais avec des noms différents pour les titulaires des fonctions.Subséquemment la loi a été modifiée afin de permettre la collaboration des Syndicats au service de répression des fraudes.Comme il est facile de le constater à la simple lecture du texte de loi on multiplie les inspections et le nombre des analyses est également très considérable.• Concluons simplement en disant: 1°.que les conseils d’hygiène provinciaux et les bureaux d'hygiène municipaux devront avant longtemps offrir leur concours aux autorités fédérales pour assurer plus d’efficacité à la répression des fraudes, et 2°.que l’initiative privée pourra jouer elle aussi un rôle important.Sous quelle forme?J’en citerai deux exemples que j’emprunte à la conférence de M.Bolo et qui se passent en France.“La Chambre Syndicale des Pharmaciens du département de la Seine, “soucieuse, disait-elle, dans un but d’intérêt général d’assurer le maintien des “traditions d’honnêteté et de loyauté, qui doivent rester inséparables de l’exercice “de la profession, décida à.cette époque la création d’un Comité disciplinaire “chargé de provoquer la répression et la poursuite du délit de droit commun, “qualifié de tromperie sur la nature, la qualité et la quantité des marchandises “vendues.” “C’est le 28 mars 1893, que s’est tenue la première séance de ce comité “disciplinaire, dont la procédure prudente, mérite d’être signalée.“Lorsqu’une officine est suspecte, le Comité y fait exécuter une ordonnance “par une personne de confiance et inconnue du pharmacien.Le médicament ainsi “recueilli est analysé par un expert agréé par le Comité.“Si l’analyse est défavorable au pharmacien suspect, un avertissement est “donné au coupable par le Président “avec consignation au procès-verbal du "Comité disciplinaire.” “En cas de récidive du même pharmacien, moins do deux ans après la pre-“mière faute, l'avertissement est donné sous forme de blanc avec menace de “provoquer ultérieurement des poursuites.“Enfin, lorsqu’un pharmacien semble être un fraudeur impénitent, le Comité “engage des poursuites contre lui.“Il fait exécuter dans son officine une ordonnance et fait opérer un constat “par ministère d’huissier, au moment de la livraison.Si l’analyse d’une des “petites parties de l’ordonnance paraît déceler une falsification, une plainte est “déposée et une partie des médicaments est transmise au Parquet.“La Chambre Syndicale, dit le règlement, pourra se porter partie civile, en “raison du préjudice causé à la profession.” “Depuis sa fondation, le Comité a procédé à près de 1,500 analyses, représentant près de 500 interventions.“Une centaine ont donné lieu à l’avertissement, une cinquantaine au blâme “et plusieurs condamnations ont été obtenues.“Bien avant la loi de 1905, l’initiative privée avait donc suppléé à l’inertie “de l’Etat et fait, semblait-il, admettre les droits des Syndicats à la surveillance “des fraudeurs relevant de la corporation.” Il y eut en France de nombreux débats avant qu’il fût décidé que de tels syndicats pourraient se constituer partie civile dans de 42 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE telles poursuites.Aujourd’hui la chose est admise, et la Confédération Générale des Vignerons, autre association du même genre que la précédente, peut maintenant opérer non seulement en son nom personnel mais en collaboration avec l’Etat.Jugez plutôt: “Une note présentée le 23 octobre de l’nnnée dernière (1909) au deuxième “Congrès International pour la répression des fraudes, de Paris, par la Confédé-“ration Générale des Vignerons a montré quels résultats féconds pourraient être “obtenus par cette collaboration des Syndicats professionnels avec les services “officiels.“Vous savez tous en quoi consiste la Confédération Générale des Vignerons.” “Dans les quatre départements des Pyrénées-Orientales, de l’Aude, de l’Hé-“rault, et du Gard, qui donnent ensemble plus de 30 millions d’hectolitres de vin, “soit la moitié environ de la production française,344 communes vitticoles for-“mèrent en 1907 autant de groupements de producteurs de vin.Ces 344 sections “se groupèrent à leur tour en 5 grands syndicats régionaux, de Montpellier, de “Béziers, de Narbonne, de Carcassonne et de Perpignan, et les 70,000 adhérents “qui les composèrent s’unirent en un seul bloc qui fut la C.G.V., dont le siège “est à Narbonne.“Les ressources de cette association sont fournies par une cotisation uniforme “de 2 centimes et demi par hectolitre récolté par chacun de ses adhérents, et elles “sont employées intégralement à entretenir un corps d’inspecteurs privés chargés “de la surveillance des fraudes sur les vins.Ces inspecteurs sont au nombre de “12 et chacun d’eux rayonne dans une région déterminée de la France, selon les “indications spéciales du Syndicat dont il relève, mais sous la direction et le “contrôle général de la Confédération.“Remarquez, Messieurs, que les douze inspecteurs, lorsqu’ils ont reconnu “ou soupçonné une fraude, ont comme toute personne, le droit de demander aux “préfets le prélèvement d’échantillons.“Mais il y a plus.“Dans 24 départements, sept de ces inspecteurs sont commissionnés par les “préfets.“Les frais occasionnés par ce service de répression, s’élèvent à une centaine “de mille francs.“Vous attendez sûrement avec curiosité que je vous dise les conséquences “de la surveillance combinée de l’Etat et de la C.G.V.! Elles sont tout simple-“ment remarquables.“Voici en effet les sorties taxées en vins du Midi pendant la campagne de “1905-1906 et pendant la campagne de 1906-1907, c’est-à-dire avant la formation “de la C.G.V.et avant que la loi sur les fraudes de 1905 et celle de 1907 contre “le mouillage des vins, aient reçu leur complète application.“Pendant la première campagne, c’est-à-dire en 1905-1906, il est sorti des “chais du Midi 23,088,233 hectolitres; pendant la seconde, il en est sorti 20,610,510, “ce qui donne une moyenne annuelle de 21,849,000 hectolitres.“Dès 1907, année de la formation de la C.G.V., et époque à laquelle on peut “estimer que l’appareil répressif créé par le Parlement en 1905 et 1907 fonctionne “normalement, les chiffres changent brutalement.“Les sorties passent en 1907-1908 à 24,192,605 hectolitres, pour atteindre “26,476,678 hectolitres en 190S-1909.“C’est donc une moyenne annuelle de 25,334,640 hectolitres.Ces chiffres “ont une éloquence particulière. LA FALSIFICATION DES DENRÉES ALIMENTAIRES 43 “Ils signifient que le mouillage des vins étant sérieusement poursuivi, l’eau “que l’on vendait jadis sous le nom de vin a été remplacée par 3 millions et demi “d’hectolitres de vin.“Comme à ce moment-lit on cotait 10 à 12 francs l’hectolitre au plus, c’était “déjà 35 à 40 millions de francs arrachés aux fraudeurs par les quatre départe-“ments des Pyrénées-Orientales, de l’Aude, de l'Hérault et du Gard.“Aujourd’hui, avec une cote qui a triplé les prix, ce serait 100 à 150 millions “annuellement rendus au Midi, si longtemps spolié.” Je n’ai que quelques mots à ajouter.Lors de la dernière convention des services sanitaires de la province de Québec, je proposai l’adoption des vœux suivants: “Considérant l’importance au point de vue de la santé publique, d’assurer le maximum d’efficacité dans la répression des fraudes des denrées alimentaires, il est proposé que le Congrès des Services Sanitaires émette les vœux suivants: 1° Que le Conseil Supérieur et les Bureaux municipaux d’hygiène étudient les moyens à prendre pour aider à la mise en vigueur de la loi, Chap.133, S.R.Canada, 1906, et en particulier qu’ils se prévalent tie l’article 13 de la dite loi; 2° Qu’à l’exemple de ce qui se pratique aux Etats-Unis, on s’applique à établir une action coopérative entre le ministère du Revenu de l’Intérieur chargé de l’application de la loi fédérale, et le Conseil Supérieur d’Hygiène de la province.5° Que, par une campagne d’éducation appropriée, on amène les producteurs et les fabricants à se grouper en syndicats pour la répression des fraudes, à l’exemple de la Confédération Générale des Vignerons de France, ou du Syndicat des Pharmaciens de la Seine.” Nous avons vu les résultats qu’a produits en France, pour le plus grand bien des vignerons, l’initiative privée à laquelle il est fait allusion dans ce dernier vœu : ce bien a été particulièrement remarqué là où l’Etat a travaillé de concert avec les Syndicats.Pourquoi ne pas étudier les possibilités d’application de ces procédés à notre pays.Outre l’avantage d’améliorer un service d’utilité publique, il y aura celui de faire se développer une carrière nouvelle et de donner un nouvel essor à l’étude de la chimie et aux recherches scientifiques en ce pays.Puis-je formuler l’espoir que les Canadiens-Français ne soient pas les derniers à s’intéresser à ces travaux scientifiques: ils appartiennent à la race qui a fourni au monde les plus illustres savants et les chercheurs les plus féconds en découvertes bienfaisantes pour l’humanité.Docteur G.H.Baril.Professeur de chimie à l'Université Laval. LES BILLETS DE BANQUE I ÉMISSION L’article 91 de la Constitution de 1867 * 1 attribue au gouvernement fédéral le pouvoir exclusif de légiférer en matière de banque et de commerce de banque.La dernière loi organique sur les banques, sanctionnée le 6 juin 1913, est entrée en vigueur le 1er juillet de la même année.Quelques modifications, assez importantes dans leurs conséquences, y furent apportées depuis la guerre, d’abord en 1914, par la loi de finances votée au cours de la session qui suivit immédiatement l’ouverture des hostilités, puis, en 1915 et en 1916, par des lois spéciales.2 La loi de 1913 renouvelle les privilèges dont les banques canadiennes bénéficient depuis longtemps.Elle les autorise, notamment, à recevoir des dépôts, à consentir des prêts sous diverses formes, et à émettre des billets.Nous aurons l’occasion, en dégageant les garanties bancaires des billets de banque, d’indiquer d’un trait rapide la nature des opérations de dépôt et de prêt que nos banques peuvent faire; mais l’émission et la circulation des billets de banque seront l’objet principal de cette étude.L’article 61 de la loi sur les banques et le commerce de banque constitue en ces termes le privilège d’émission: “La banque peut émettre et réémettre ses billets payables au porteur et destinés à la circulation.” Voilà le principe, auquel la loi pose certaines exceptions et restrictions qui sont d’excellentes garanties.Les billets ainsi émis ont cours en Canada.Cependant, les banques peuvent également émettre des billets dans les colonies ou possessions britanniques autre que le Canada, si toutefois les lois de ces pays n’y mettent pas obstacle.3 Les coupures des billets circulant à l’étranger sont de une livre sterling ou de cinq dollars, et de multiples 'de ces sommes.Le billet de banque est essentiellement une promesse, une promesse de remboursement.C’est, dit M.Raphaël-Georges Lévy, un 1 Paragraphe 15.1 5 Georges V, ch.1; et 6-7 Georges V, ch.10.a Article 62 de la loi sur les banques (1913). LES BILLETS DE BANQUE 45 engagement souscrit par l’établissement émetteur de payer, à tout moment, au porteur de ce billet, la somme qui y est désignée.1 1 Affaires de banque, Cours professé à l’Ecole libre des Sciences politiques.— Voir également, du même auteur, les Mélanges financiers, quatrième partie.Rapprochons de cette définition la formule des billets émis par nos banques: “La Banque d’Hochelaga paiera au porteur, à demande, dix dollars”; ou encore: “The Bank of Montreal will pay to hearer on demand ten dollars.” Les termes de la formule peuvent varier; mais ils énoncent toujours une promesse formelle de remboursement.Voici la formule d’un billet de la Banque Nationale, portant la date du 2 janvier 1897 et le numéro 384089, série A: “Cette banque paiera au porteur dix piastres à demande,2 valeur reçue.” 2 Nous maintenons l’expression “à demande” quand les auteurs français emploient l’expression “à vue” parce que notre loi sur les lettres de change distingue la lettre à demande et la lettre à vue, la première ne donnant pas lieu, notamment, aux jours de grâce.D’ailleurs, M.Pierre Clerget, dans son Manuel d’Economie commerciale (p.55) donne du billet de banque la définition suivante où l’on trouvera l’expression “à toute demande”: “Le billet de banque est l’engagement écrit par lequel une banque promet de payer au porteur et à toute demande une certaine somme en monnaie métallique.” — Sur le billet de banque, voyez également A.De Foville, La Monnaie et A.Arnauné, La Monnaie, le Crédit et le Change.Cela se rapproche un peu plus de la formule ordinaire du billet à ordre, qui constitue également une promesse de paiement quand la lettre de change, au contraire, est un ordre que donne le créancier à son débiteur de payer une somme déterminée.Le billet représente une valeur fixe.Il est au porteur, c’est-à-dire, transmissible sans formalité, de la main à la main: c’est une monnaie de papier.Il est valide aussi longtemps qu’il circule et, en principe, ne porte pas intérêt.Les billets émis par nos différentes banques sont d’un type uniforme.Fabriqués au Canada par Y American Bank Note Company ou en Angleterre par la compagnie Waterlow and Sons limited (ceux de la Banque d’Hochelaga, par exemple, et de la Bank of British North America), ils n’offrent rien de particulièrement remarquable: on y reproduit des scènes de la vie agricole, les photographies des présidents et vice-présidents, l’architecture d’une importante succursale, ou, parfois, l’inévitable iroquois.Ils sont un peu chargés et fortement teintés.Ils coûtent deux sous ou deux sous yf pièce 1 et durent deux ans, en 1 D’après Howard (Money and Banking, p.447), les frais d’émission s’élèveraient à un quart de un pour cent de la circulation totale.moyenne; car beaucoup font retour à la banque au bout de quinze jours, déjà vieillis et maculés.Ils portent la date de l’émission, et sont généralement signés par le président et contresignés par un employé: le pouvoir de signer les billets étant délégué par les admi- 46 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE nistrateurs.Quoique non revêtus du “sceau de la corporation,” ils constituent, lorsqu’ils sont signés, un engagement auquel la banque ne peut plus se dérober: la promesse, ainsi attestée, vaut titre.1 Ils peuvent être signés au moyen d’une machine; néanmoins, ajoute l’article 74 de la loi de 1913, si toutes les signatures sont imprimées à la machine, l’une au moins des deux signatures, ainsi qu’un numéro d’ordre et un signe distinctif, doit être imprimé ou gravée après que la banque a reçu les billets du graveur ou de l’imprimeur, sous sa surveillance immédiate.Le conseil de la Trésorerie peut, par un règlement administratif, pourvoir à la désinfection des billets.Les mots “contrefait,” “modifié” ou “mauvais” doivent être inscrits2 sur tout billet contrefait ou frauduleux.Les billets maculés ou oblitérés doivent être retirés de la circulation.3 Les billets hors d’usage sont brûlés suivant un cérémonial rigoureux.Chaque jour, des employés spécialement préposés à cet effet mettent de côté les billets impropres à la circulation.Lorsqu’il s’en est accumulé un certain nombre, soit, par exemple, pour une valeur de $200,000, les billets sont perforés à sept ou huit endroits différents et ficelés par paquets de S,5,000.Un bordereau, initialé par l’inspecteur, atteste le nombre de billets contenu dans chaque liasse.Les billets sont jetés sur un feu ardent en présence de trois administrateurs et de l’inspecteur: un grillage est disposé de telle sorte qu’aucun billet n’échappe par la cheminée.Les portes du foyer sont ensuite solidement fermées et maintenues par quatre cadenas dont les trois administrateurs et l’inspecteur conservent les clefs.Le lendemain, ces mêmes personnes ouvrent les portes et constatent qu’il ne reste plus, de la fortune placée là la veille, qu’un peu de cendre grise.Un procès-verbal est dressé où il est fait mention qu’un nombre déterminé de billets, prélevés sur telle émission et dont les dénominations sont soigneusement indiquées, ont été brûlés devant les autorités convoquées.Il se constitue ainsi, par la suite des opérations similaires, une statistique exacte et précieuse, un véritable état de compte, qui renseigne les administrateurs sur la vie des émissions de la banque, les billets encore en circulation et le stock de réserve.Aux Etats-Unis, les billets subissent un traitement chimique.On en fait une pâte que les amateurs achètent pour en fabriquer des objets divers.On peut ainsi se payer, à bon compte, un vase ou une statuette qui représente, sous un aspect assez original, des millions désormais inutiles.La loi fédérale de 1913 édicte une série de pénalités à l’endroit 1 Article 73.3 Articles 72 et 75.2 Tout billet contrefait devrait plutôt être perforé. LES BILLETS DE BANQUE 47 des personnes qui émettent des billets sans être autorisées à le faire; détériorent, coupent, déchirent ou perforent quelque billet; remettent en circulation des billets non désinfectés; émettent des billets alors que la banque, incapable de rencontrer les obligations qu’elle a assumées, en est réduite à suspendre ses paiements, sauf autorisation du conseil de la Trésorerie ou du séquestre; font une émission frauduleuse ou acceptent sciemment des billets émis frauduleusement.1 2 Le Code pénal punit également les faussaires et les contrefacteurs, ceux qui détiennent de faux billets ou qui en font un traffic et même ceux qui fabriquent ou distribuent “quelque avis, placard, circulaire, affiche ou annonce qui a une ressemblance ou similitude avec quelque billet de banque, ou avec quelque obligation ou effet d’un gouvernement ou d’une banque.” - En temps normal, les billets de banque sont convertibles.Ce principe, base de tout système sérieux de circulation fiduciaire, est posé par l’article 71 en ces termes: “La banque doit toujours recevoir en paiement ses propres billets au pair, à ses succursales, agences ou bureaux, que ces billets y soient remboursables ou non.” Le billet de banque est, avons-nous dit, une promesse de remboursement: la banque exécute cette promesse en convertissant en monnaie métallique les billets qu’elle a émis.Pour assurer le remboursement au pair par tout le Canada, les banques doivent établir des bureaux à Montréal, Toronto, Halifax, Saint-Jean (Nouveau-Brunswick), Winnipeg, Victoria, Charlottetown, Regina et Calgary, et en tels autres endroits désignés par le conseil de la Trésorerie.Cependant, depuis la guerre, une mesure importante a été prise à propos de la convertibilité des billets de banque.L’article 4 de la loi de finances 1914,3 paragraphes 1 et 3, permet, en temps de guerre, au gouverneur en conseil d’autoriser par proclamation “les banques chartées à effectuer leurs paiements en billets de banque émis par ces banques au lieu de les effectuer en or ou en billets du Dominion,” la limite de l’émission totale que chaque banque est 1 Articles 136, 137, 138 et 140.2 Code pénal, article 551 ; voyez les articles 2, 471, 546, 550 et 569.—L’article 2 contient une définition du billet de banque: L’expression “billet de banque comprend tous les écrits négociables émis de la main ou de la part de toute personne, corporation ou compagnie qui fait des affaires de banque dans une partie quelconque du monde, ou émis sous l’autorité du parlement du Canada ou du gouverneur ou de quelque autre autorité à ce légalement autorisée dans quelqu’une des possessions de Sa Majesté ou sous l’autorité d’un prince, d’un état ou d’un gouvernement étranger et destiné à servir d’équivalent de l’argent, soit immédiatement au moment de leur émission soit à quelque moment qui le suit, et tous les billets de banque et les billets de banque postale.” — Définition singulièrement élastique et dépourvue de tout caractère scientifique, où sont confondus les billets du Dominion et les billets de banque.3 5 Georges V, ch.3, Statut fédéral de 1915 (Session spéciale). 48 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE autorisée à faire étant d’ailleurs expressément maintenue.Effectivement, une proclamation du 3 septembre 1914 accorda cette autorisation, dans le but évident de sauvegarder les réserves d’or accumulées dans les banques.Depuis lors, “une offre faite par une banque de ses billets en paiement de ses engagements est une offre suffisante et valide, et le paiement fait par une banque de quelqu’un de ses engagements avec ses billets est un paiement aussi suffisant et valide que s’il était fait en numéraire ou en billets du Dominion.” Doit-on en conclure, comme certains l’ont fait, que les billets de banque ont ainsi reçu cours légal?Pas du tout.Ils ont cours forcé pour ce qui est des paiements effectués par la banque qui les a émis.La banque n’est donc plus obligée de rembourser ses billets soit avec de l’or, soit avec des billets du Dominion.Elle peut imposer, à ses guichets, le cours de ses propres billets.Mais on ne peut pas conseiller de faire usage de billets de banque lorsque, en dehors de ce cas particulier, on désire faire des offres légales: il faut alors présenter au créancier de l’or ou des billets du Dominion.Nous pensons même que les banques ne peuvent exiger que l’on accepte en paiement leurs billets que dans le cours ordinaire de leurs affaires et que, si elles avaient à constituer des offres légales pour solder une dette n’ayant aucun rapport avec les transactions auxquelles donne lieu couramment le commerce de banque, elles devraient recourir à la monnaie légale, savoir aux monnaies d’or canadiennes ou américaines ou aux billets du Dominion.Quant aux billets émis par des banques canadiennes dans les colonies ou possessions anglaises autres que le Canada, ils sont remboursables au pair aux guichets de la succursale installée à l’étranger.Si cette succursale a fermé ses portes, ils sont remboursables au lieu où se fait régulièrement le remboursement des billets de la banque: ceux de une livre sterling aux taux de 84.86%, ceux de cinq dollars au taux que détermine le gouverneur en conseil.La somme des billets ainsi émis à l’étranger est portée au total de l’émission faite par la banque intéressée.Ces billets ne peuvent pas être réémis au Canada.D’ailleurs, le privilège d’émettre des billets ayant cours dans une autre colonie ou possession ne modifie en rien les prescriptions générales de la loi concernant les émissions faites au Canada.Ajoutons, pour compléter ces notes sur l’émission des billets de banque, qu’une institution d’émission ne peut pas gager ni hypothéquer ses billets et que ceux qui se prêtent à cette opération sont passibles d’amende et d’emprisonnement;1 que les billets des banques qui suspendent leurs paiements portent intérêt au taux 1 Articles 63 et 139. LES BILLETS DE BANQUE 49 de 5 p.100 jusqu’à la date fixée pour leur remboursement et que, si les administrateurs négligent de prendre des mesures pour opérer ce remboursement dans les deux mois de la suspension de paiements, le ministre des finances peut se substituer et rembourser les billets sur le “fonds de circulation”;1 que les billets d’une banque qui a vendu son actif à une autre tombent, par le fait même de la vente, dans le passif de l’établissement qui s’est porté acquéreur et sont retirés de la circulation.2 Les billets de banque sont généralement émis en coupures de cinq, dix, vingt, cinquante et cent dollars.Les banques n’émettent pas de billets de un, deux et quatre dollars (celui-ci disparaît peu à peu de notre circulation),3 dont l’Etat fédéral s’est réservé le monopole; mais seules elles émettent des billets de dix et de vingt dollars.Depuis le 1er juillet 1912, le gouvernement fédéral émet des billets de cinq dollars.Nous donnons plus loin la circulation moyenne et la circulation maxima des billets émis par les vingt-et-une banques canadiennes en 1916 et au 31 mars 1917, dernier jour de l’année budgétaire; voici, d’après la statistique officielle du ministère des finances, par périodes quinquennales depuis 1874 jusqu’à 1908 et par années depuis 1909 jusqu’à 1915, la valeur exprimée en dollars des billets de banque en circulation au Canada:4 BILLETS DE BANQUE EN CIRCULATION de 1874 à 1915 {moyennes annuelles) Périodes 8 Années S 1874-78 .22.073.300 1909 73.943,119 1879-83 .27.479.500 1910 82.120.303 1884-88 .31.377.000 1911 89.982.223 1889-93 .33.140.000 1912 100.140.541 1894-98 .33.130.678 1913 105.205.336 1899-03 .50.869.159 1914 104.000.185 1904-08 .,6S.724.110 1915 105.137.092 1 Article 65.2 Article 108.3 A la date du 10 mars 1917, les billets fédéraux de $4 en circulation ne représentaient plus qu'une valeur de $44,715 (Gazette du Canada, 10 mars 1917, p.3177).« Annuaire statistique du Canada, 1915, p.582. 50 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE II GARANTIES Le 31 mars 1917, la circulation des billets de banque atteignait la somme de §148,265,140.1 Qu’est-ce qui garantit cette émission ?Sur quoi repose-t-elle ?Quelle est la valeur réelle de cet amas considérable de monnaie de papier?Répondons tout de suite que le billet de banque canadien est merveilleusement garanti par la loi d’abord, puis — ce à quoi on ne s’arrête pas suffisamment et ce qui a bien son importance — par la situation financière de nos établissements d’émission et par la solidité de leurs opérations.Nous étudierons donc les garanties légales et les garanties bancaires qui assurent la circulation du billet de banque.La loi réglemente rigoureusement l’exercice du droit d’émission par une série de mesures qui ont pu paraître excessives et gênantes, mais qui ont eu pour résultat de prévenir les excès, toujours dangereux, de circulation fiduciaire et d’éviter les pertes provenant du non remboursement des billets et de leur dépréciation.Les banques n’ont pas la liberté d’émettre autant de billets qu’elles le désirent.L’article 61, paragraphe 3, pose une limite légale à l’émission: sauf exceptions, “le chiffre total des billets d’une banque ne doit dépasser l’ensemble du capital versé et intact de la banque.” Le capital global versé et intact des banques canadiennes était, au 31 mars 1917, de §111,612,855, chiffre qui marque le maximum d’émission autorisé par la loi.A cela, joignons une autre prescription du même article 61, paragraphe 1, qui, ainsi que nous le savons déjà, interdit à toute banque d’émettre ou de réémettre des billets au cours d’une suspension de paiements.Si, d’ailleurs, la banque rouvre ses portes et reprend ses affaires sans le consentement écrit du séquestre spécialement préposé à la surveillance de ses opérations, elle ne peut émettre de billets sans avoir préalablement obtenu l’autorisation du conseil de la Trésorerie.Enfin, l’article 135 punit sévèrement ceux qui émettent des billets en sus de la limite légale.— Voilà déjà trois garanties.Quelques banques ne dépassent pas la limite d’émission, le total de leurs billets en circulation n’atteignant pas le chiffre de leur capital versé et intact.Ainsi la Home Bank of Canada et la Weyburn Security Bank dont le capital respectif s’élève à §1,946,730 et §379,320 et dont la circulation n’atteint que §1,941,580 et $342,530.2 Cependant la circulation de la plupart des banques 1 Supplément de la Gazette du Canada du 28 avril 1917.J Supplément de la Gazette du Canada du 28 avril 1917. LES BILLETS DE BANQUE 51 excède le maximum fixé par la loi.Comment cela peut-il se faire?Toute circulation monétaire doit pour répondre aux besoins être extensible, suffisamment élastique.Il peut y avoir des périodes où la population serait singulièrement embarrassée par suite du manque de numéraire: ce sont les périodes où règne une plus grande activité économique, celles où, au Canada par exemple, s’opère le transport des récoltes.En principe, il serait donc mauvais de limiter avec une inflexible rigidité les émissions fiduciaires.Or, nos banques disposent de deux moyens, — qui sont encore des garanties puisqu’ils n’autorisent pas la liberté complète d’émission, — d’étendre le chiffre de leur circulation au delà de la somme que représente leur capital versé et intact: 1° elles peuvent pendant une certaine période faire une émission supplémentaire égale à 15 p.100 de leur capital versé et de leur réserve; 2° elles sont autorisées à déposer dans une caisse centrale de l’or ou des billets du Dominion pour garantir l’excès de leur circulation.“Au cours de la saison ordinaire où se fait le transport des récoltes, dit l’article 61, paragraphe 14, c’est-à-dire, du premier jour de septembre de chaque année, inclusivement, au dernier jour de février suivant, inclusivement, la banque peut en sus du chiffre qu’elle est ci-dessus autorisée à émettre pour la circulation, émettre des billets jusqu’à concurrence d’une somme n’excédant pas quinze pour cent du chiffre total de son capital versé et intact et de sa réserve tel que constaté dans l’état mensuel fourni par elle au ministre en conformité de la loi, pour le mois immédiatement antérieur à celui de l’émission extraordinaire.” La banque porte à la connaissance du ministre, par lettre recommandée, toute émission supplémentaire ainsi faite, et lui remet, dans un délai déterminé, un état indiquant pour chaque jour le chiffre de l’émission extraordinaire.La banque paye un intérêt qui est versé au Trésor sur cet excès de circulation au taux arrêté par le gouverneur en conseil et qui ne doit pas être plus élevé que 5 p.100.1 L’article 4 de la loi de finances de 1914 autorise l’exécutif à prolonger, du 1er mars au 31 août, la période où peut être faite une émission supplémentaire, par une proclamation dont la lettre devra être renouvelée chaque année.De fait les proclamations de 1914, 1915 et 19162 ont accordé aux banques le privilège susdit.Autrefois, la période d’émission extraordinaire s’étendait du 1er septembre au dernier jour de février, aujourd’hui elle couvre toute l’année.Le capital versé et la réserve des banques s’élevaient, au 31 mars 1917, à 1 Article 61, paragraphes 15, 16, 17 et 18.2 Voir les Statuts fédéraux. 52 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE §224,984,713, ce qui permettait une émission spéciale et additionnelle de 533,747,706.En second lieu, les banques peuvent déposer à une caisse centrale de l’or ou des billets du Dominion en garantie de la circulation excédant le chiffre de leur capital versé.Cette caisse s’appelle “réserve centrale or” (central gold reserve).A cette expression, qui prête à ambiguité à cause du mot “réserve” que l’on emploie ici dans un sens différent, nous préférons substituer l’appellation “caisse centrale.” Cette caisse centrale est constituée suivant les prescriptions du même article 61, où, comme on voit, on a mis à peu près de tout et quelque chose en plus.Cet article couvre quatre pages ! Si ceux qui font les lois pensaient un peu plus à ceux qui doivent les lire et les commenter ! La caisse centrale est administrée par quatre fiduciaires, dont trois sont nommés par l’Association des banquiers et un par le ministre des finances, et soumise à l’inspection faite deux fois au moins par année par les fonctionnaires du ministère.Les banques peuvent émettre des billets pour une somme égale à celle qui est déposée à leur actif à la caisse centrale.Si les billets ainsi émis sont, plus tard, retirés de la circulation, l’excédant du dépôt appartient à la banque et, sur sa demande, il lui en est fait remise.Si la banque devient insolvable, les dépôts qu’elle a opérés sont remis au liquidateur pour pourvoir au remboursement des billets.Chaque mois, les fiduciaires dressent un état des sommes portées au compte de chacune des banques: au 31 mars 1917, $35,200,000 étaient déposés à la caisse centrale, dont S12,310,000 en or et $22,890,000 en billets du Dominion.1 Les banques, si l’on s’en tient à la statistique arrêtée au mois de mars 1917, pourraient donc émettre, en sus de la limite légale, $33,747,706 d’une part et $35,200,000 d’autre part, soit une émission supplémentaire autorisée de §68,947,706.Comme le chiffre du capital versé est actuellement de $111.612,855, les banques pourraient disposer d’une circulation de $180,560,561.Or, l’émission totale n’atteint que $148,265,140.Pourquoi cela?Pourquoi cette différence de 32 millions et plus ?C’est que les banques ont surtout recours au second moyen d’augmenter leur circulation: le dépôt à la réserve centrale.Cependant, ce dépôt ne constitue-t-il pas un simple déplacement de valeurs?N’est-ce pas donner d’une main pour recevoir de l’autre?Immobiliser de l’or pour émettre des billets, somme pour somme?Sans doute.Mais il faut tenir compte du fait que, lorsque les banques font une émission supplémentaire en prenant pour base la proportion de 15 p.100 de 1 S i jplS m it J j la Gazette du Canada du 28 avril 1917.g LES BILLETS DE BANQUE 53 leur capital et de leur réserve additionnés, elles paient un intérêt.Elles ont plus vite fait de constituer un dépôt en garantie d’une émission qu’elles placent immédiatement et dont elles retirent un bénéfice.On peut constater la préférence marquée que les banques ont manifestement pour le second mode d’émission additionnelle en consultant le tableau suivant, établi d’après la statistique officielle,1 et où ont été intentionnellement rapprochés le capital versé, limite légale d’émission, les dépôts effectués il la caisse centrale et la circulation maxima relevée mois par mois.En 1916, toute émission en sus du maximum fixé par la loi a été couverte par les dépôts versés à la caisse centrale, sauf en décembre, sans que les banques aient jugé opportun de profiter de la disposition de l’article 61 autorisant une émission supplémentaire égale à 15 p.100 du capital et de la réserve, dont les chiffres totalisés ont été portés à la dernière colonne du tableau.CIRCULATION DES BILLETS DE BANQUE (1916) Limite légale Dépôts à la Circulation Capital et Mois d’émission caisse centrale maxima réserve S S s 8 Janvier .113.9S9.854 11.800.000 123.224.809 220.447.187 Février .114.210.719 10.400.000 115.301.997 220.074.052 Mars .112.815.581 12.010.000 119.037.046 225.838.514 Avril .112.823.898 14.410.000 123.457.733 225.940.831 Mai .112.832.705 14.810.000 121.932.399 225.855.698 Juin .112.840.435 17.710.000 124.850.445 225.809.368 Juillet .112.852.038 19.010.000 129.225.475 225.874.971 Août .113.018.937 20.800.000 129.824.200 226.041.870 Septembre.113.025.545 24.010.000 135.438.550 226.048.478 Octobre.113.030.S78 35.060.000 147.132.073 226.053.811 Novembre.113.305.244 43.300.000 156.971.008 220.598.202 Décembre.113.340.341 43.700.000 101.599.987 220.729.084 Nous avons groupé suivant la même méthode le3 chiffres de dernier état mensuel, publié en supplément dans la Gazette du Canada du 28 avril 1917.La situation est différente de ce qu’elle était durant les onze premiers mois de 1916, quelques banques ayant une circulation qui dépasse la somme de leur capital versé et de leur dépôt à la caisse centrale, d’autres n’ayant aucun dépôt à leur crédit et ayant tout de même une circulation plus élevée que leur 1 Une partie de ce tableau, dressé par le ministère des finances, est tirée du Monetary Times Annual, 1917.Nous avons complété les chiffres à l’aide des suppléments mensuels de la Gazette du.Canada. 54 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE capital versé.Ces dernières n’ont pas franchi la limite légale de l’émission supplémentaire non gagée par un dépôt, soit 15 p.100 du capital et de la réserve.CIRCULATION DES BILLETS DE BANQUE (31 mars 1917) Limite Dépôts à la Circulation Circulation Capital et Banques légale caisse centrale moyenne maxima réserve S S S $ S Montréal 16.000.000 6.500.000 22.099.293 22.124.041 32 .000.000 Nova Scotia.6.500.000 2.750.000 8.596.657 9.212.607 1S .500.000 B.North Amer.4.866.666 600.000 5.430.930 5.439.365 7 .883.999 Toronto 5.000.000 5.035.905 5.220.900 11 .000.000 Nationale 2.000.000 1.200 000 3.444.386 3.444.3S6 3 .900.000 Molsons 4.000.000 1.000.000 5.137.693 5.137.693 8 .800.000 Merchants 7.000.000 3.000.000 9.703.698 9.888.493 14 .000.000 Provinciale.1.000.000 1.130.978 1.245.853 1 .700.000 Union 5.000.000 3.200.000 8.221.832 8.221.832 8 .400.000 C.Bk of Comm.15.000.000 3.000.000 19.7S8.227 20.039.208 28 .500.000 Royal Bk 12.911.700 7.900.000 21.427.983 21.427.983 26 .383.400 Dominion 6.000.000 500.000 6.496.607 6.496.607 13 .000.000 Bk of Hamilton .3.000.000 1.000.000 4.019.556 4.019.556 6 .300.000 Standard 3.367.225 1.700.000 4.955.268 4.983.848 7 .734.450 Hochelaga 4.000.000 S00.000 4.538.297 4.538.297 7.700.000 Bk of Ottawa.4.000.000 500.000 4.549.770 4.551.400 8.750.000 Imperial 7.000.000 750.000 7.900.474 8.053.991 14.000.000 Home Bk 1.946.730 1.941.580 1.997.100 2.246.730 Sterling Bk.1.212.042 1.268.130 1.272.065 1.512.042 North.Crown.1.429.172 800.000 2.235.280 2.276.221 2.144.772 Weyburn Sec’y.379.320 342.530 359.290 529.320 Toutes ces dispositions ont pour but immédiat de limiter la circulation fiduciaire des banques et constituent de ce chef, des mesures de protection et de prudence.La loi fédérale a établi en outre des garanties spéciales en ce qui concerne le remboursement des billets: en créant, notamment, un “fonds de rachat” et en accordant un privilège sur l’actif de la banque, en cas de liquidation à tous les porteurs de billets.Lorsqu’une banque, ayant cessé ses paiements, est mise en liquidation, les billets émis par elle portent intérêt jusqu’à ce qu’un jour ait été fixé, après avis, pour leur remboursement.Pour que ce remboursement puisse se faire, le législateur a accumulé les prescriptions d’ordre législatif afin d’assurer jusqu’à la fin la convertibilité des billets.1 La crainte de voir fléchir la confiance du 1 Voyez les articles 61, paragraphe 11, 64, 65, 66, 67, 68, 69, 106, 119.C'est ainsi, par exemple, que le séquestre, nommé lorsqu’une banque suspend ses paiements, doit prendre aussitôt toutes les dispositions nécessaires pour que les billets émis soient remboursés. LES BILLETS DE BANQUE 55 public à l’égard de la circulation fiduciaire et le souci de conserver à cette monnaie un caractère d’absolue sécurité ont fait que les porteurs de billets ont été généreusement protégés, aux dépens parfois des déposants.Le “fonds de circulation” ou “fonds de rachat ” — on devrait dire plutôt “fonds de remboursement,” — repose sur le principe de la coopération.Réglementé par le conseil de la Trésorerie, il est administré sous l’autorité du ministre des finances.Chaque banque y contribue pour une somme égale à 5 p.100 de sa circulation moyenne annuelle, constatée à une époque déterminée, soit après le trentième jour du mois de juin de chaque année.Lorsqu’une nouvelle banque est constituée, le ministre des finances retient, sur le dépôt de 8250,000 qui lui est temporairement versé, une somme de S5,000 qui est portée au fonds de remboursement, au crédit de la banque intéressée, jusqu’à ce que la proportion de 5 p.100 sur la circulation de cette banque puisse être établie dans le cours de l’année.Les sommes qui forment ainsi le fonds de remboursement rapportent un intérêt de 3 p.100.A la suite d’une mise en liquidation, les administrateurs de la banque doivent voir au remboursement des billets émis et arrêter le jour où sera opéré ce remboursement.Si le ministre des finances a la certitude que toutes les dispositions ont été prises et que le remboursement s’effectuera régulièrement, il peut remettre à la banque les sommes portées à son crédit au “fonds de circulation.” Mais si les administrateurs n’agissent pas dans les deux mois qui suivent la mise en liquidation, le ministre des finances est autorisé à prélever sur le fonds le montant nécessaire au remboursement des billets, sans s’arrêter à la part qui fut versée par la banque actuellement en liquidation.Si, pour faire cette opération, le ministre est obligé de prélever sur le fonds une somme qui excède celle que la banque y avait versée, immédiatement toutes les autres banques viennent à la rescousse et sont appelées à combler proportionnellement l’excédent ainsi prélevé, sauf, dit l’article GG, que “chacune de ces autres banques ne peut être appelée à rembourser au fonds de circulation sa quote-part de cet excédent qu’en versements qui n’excèdent pas, en une seule et même année, un pour cent du chiffre moyen de ses billets en cours.” Plus tard, lorsque la banque mise en liquidation rembourse au ministre les sommes qu’il a avancées pour elle, les autres banques sont créditées du montant qu’elles ont dû verser afin de combler l’excédent.Il peut arriver enfin que tous les billets ne soient pas remboursés.Dès lors, la banque doit, avant de partager l’actif ou dans le cours des trois ans qui suivent la suspension de paiements, remettre au ministre des finances une “somme égale 56 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE à la différence entre le montant alors non rentré des billets émis et livrés à la circulation ainsi que tout intérêt qui a pu s’accumuler sur ces billets” et les sommes versées au fonds de remboursement et celles qui proviennent de la caisse centrale or.De ce fait, la banque est libérée.Le ministre emploie les sommes ainsi déposées entre ses mains à rembourser les billets de la banque “au fur et à mesure de leur présentation.” Quant au privilège accordé aux porteurs de billets il est institué par l’article 131 (paragraphe à) ainsi conçu: “En cas d’insolvabilité d’une banque les billets émis ou réémis par la banque et destinés à la circulation et alors en cours, de même que tout intérêt payé ou payable sur ces billets, ainsi que ci-dessus prescrit, doivent constituer la première charge sur l’actif de la banque.” Viennent ensuite les créances du gouvernement fédéral et celles des gouvernements provinciaux.Les déposants ne bénéficient pas d’un privilège particulier.La loi prescrit seulement que les amendes encourues par une banque ne doivent pas “constituer une charge sur son actif, avant que toutes ses autres dettes ne soient payées.” A cette longue liste de garanties légales, il conviendrait d’ajouter la double responsabilité à laquelle tout actionnaire d’une banque est soumis en cas d’insuffisance de l’actif1 et la chose n’est pas sans importance, le détail rigoureux des états mensuels remis au ministre des finances et publiés dans la Gazette du Canada.Les garanties bancaires que nous ne pouvons qu’indiquer en conclusion, sont d’un tout autre caractère et d’ordre purement financier.Plusieurs législations s’en préoccupent exclusivement.La meilleure garantie d’une émission ne réside-t-elle pas, somme toute, dans la solidité des opérations de l’établissement émetteur ?2 Quels sont les éléments qui nous permettent de juger de cette solidité?On peut répondre brièvement: l’encaisse métallique et le portefeuille.L’actif d’une banque est surtout composé: a) de l’encaisse; b) du portefeuillet-effets de commerce; c) du portefeuille titres.L’encaisse comprend l’or et autres espèces monnayées (encaisse métallique), les billets du Dominion et les billets émis par les autres banques.On y peut joindre les sommes versées au fonds de rem- 1 Article 125.2 Les tenants du “principe de banque” (banking -principle) accordent une grande importance à ces garanties bancaires; quand les théoriciens du “principe de circulation” (circulation principle) tendraient plutôt à assimiler la circulation fiduciaire d’une banque à la circulation métallique en demandant que “les billets ne soient émis que contre espèces.” — Voir Charles Conant, Monnaie et Banque traduit par R.-A.Lévy, tome II, p.174 et suiv.; et E.-D.Howard, Moncu and Banking, p.237.J TA LES BILLETS DE BANQUE 57 boursemcnt et à la caisse centrale.Le portefeuille-effets de commerce renferme l’ensemble des effets, lettres de change, billets escomptés par la banque, les avances sur titres (classés séparément dans les bilans), les prêts sur garantie subsidiaire.Ces prêts sont i\ demande, à court ou à long terme.On y peut ajouter les lettres de crédit.Enfin le portefeuille-titres est formé des actions et obligations que possède la banque: obligations d’Etat de chemins de fer, actions de compagnies.Or, comment apprécier ces diverses disponibilités?Ont-elles la même valeur?Sont-elles, au même degré, réalisables ?Il ne faut pas oublier, en effet, que la banque emprunte du public pour prêter au public.Elle emprunte en recevant des dépôts; elle spécule sur le crédit en émettant des billets.Un moment peut venir où elle devra rembourser les emprunts contractés.Les déposants et les porteurs de billets peuvent venir réclamer, à ses guichets, la somme de leur dépôts ou la valeur des billets.Que fera la banque ?Il est essentiel, comme on voit que ses ressources ne soient pas immobilisées et qu’elle puisse en disposer rapidement.L’encaisse est constitué de sommes certaines liquides, qui sont sous la main et dont on peut se servir immédiatement; mais le portefeuille présente des risques.C’est, il proprement parler, la partie crédit.Or il n’est pas toujours facile de doser ces risques.Comment savoir si le portefeuille-effets n’est pas bourré d’instruments sans valeur; et si le portefeuille-titres est composé d’obligations sérieuses et réalisables ?D’après M.Raphaël-Georges Lévy, les principaux éléments de l’actif sont: a) ou bien de la monnaie; b) ou bien des promesses de payer de la monnaie; c) ou bien des objets qui peuvent être transformés en monnaie.D’où il conviendra de se poser d’abord deux questions pour savoir: 1° Si ces éléments sont effectivement transformables en monnaie, si par exemple, la banque ne porte pas des effets qui sont souscrits par un insolvable; et 2 dans quel délai ces mêmes éléments peuvent être réalisés.Cela dépend du terme.Les prêts payables à demande équivalent à de l’argent sonnant et les prêts à court terme seront vite encaissés.Quant aux titres s’ils sont bons ou les pourra négocier sur le marché.1 On se rendra compte du degré de “liquidité” de l’actif en analysant les bilans de nos diverses banques.On y trouvera d’abord l’encaisse et les créances sur d’autres banques et sur les correspondants.C’est un premier total, qui représente le plus liquide de l’actif.Puis viennent les titres, rentes, obligations et actions, qui sont également totalisés.Ces titres, on peut les vendre; et ils 1 Cf.R.-Georgcs Lévy: Banques d’émission et Trésors publics. 58 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE constituent une seconde ressource liquide.Viennent enfin les escomptes, les prêts, les immeubles où l’on relèverait une bonne proportion de valeurs réalisables à courte échéance.Certaines banques séparent les immeubles du reste de l’actif et les totalisent à part.Depuis la guerre, les banques ont cherché à ne pas immobiliser leurs capitaux et à conserver le plus de fonds disponibles.Cette année même, un des actionnaires de la Banque de Montréal en faisait compliment aux administrateurs, au nom des intéressés.Il voyait, dans cette “liquidité,” ainsi recherchée avant tout, un sûr garant de succès en ces moments difficiles.De son côté, le Financial Times a dressé un tableau de l’actif des banques d’après l’état mensuel publié par la Gazette du Canada et arrêté au 30 décembre 1910.Il y distingue: a) 1 ’available reserve (réserve liquide), composée de l’encaisse et des prêts à demande sur l’étranger.Or, sur l'ensemble de l’actif, la proportion de cette réserve liquide était de 29.16 p.100; b) la supplementary reserve composée des prêts à demande (call) au Canada, et des titres; c) les loans' ou prêts divers.Ce tableau fut établi, on le voit sur le principe même de la liquidité des ressources.C’est donc à cause de la convertibilité des billets de leur remboursement toujours possible que certaines législations ont exigé que les banques conservent une encaisse égale au tiers ou au quart de l’émission.Or, au Canada l’encaisse atteignait S72.135.431 au 31 mars 1917, et l’émission était de S148.265.140 ! Mais comme les porteurs de billets ont un premier privilège sur l’actif des banques nous pouvons totaliser les ressources immédiatement disponibles et les rapprocher du chiffre des émissions: S Encaisse métallique.72.135.431 Billets du Dominion.137.401.577 Billets des autres banques.17.53S.747 Caisse centrale.35.200.000 Fonds de remboursement.6.868.528 Total.269.144.283 Emission.148.265.140 L’émission est donc plus que couverte par les disponibilités; et il reste un solde de 8121,879,143 il reporter aux autres ressources liquides qui assureront le remboursement des dépôts.On comprend qu’avec de telles garanties nos billets de banque aient été presque toujours remboursés.Sur les vingt-cinq banques qui, depuis 1867, ont été mises en liquidation, trois au plus n’ont LES BILLETS DE BANQUE 59 pas pu assurer la convertib ilité de leurs billets.1 Voici ce qu écrit, à ce sujet M.J.-F.Johnson: “The notes of the Canadian banks are everywhere acceptable at par, the people apparently not being at all concerned about their “goodness.” And their confidence in the note has been well justified, for nobody since 1890 has lost a dollar through the failure of a bank to redeem its notes."2 Le législateur s’est surtout 2 The Canadian Banking system, voir The Annals of the American Academy of Political and Social Science, novembre 1910, p.65.appliqué à garantir les émissions bancaires.C’est là en dernière analyse la caractéristique de notre système.Édouard Montpetit Professeur à l’École des Hautes Études Commerciales.1 Monetary Times Annual, 1917, p.47. LES BOISSONS FERMENTEES ET LA TEMPÉRANCE ( “La proposition radicale de M.E.Vaillant “(Député) qui supprimerait, la fabrication, la “circulation et la vente des liqueurs, apéritifs “et vins aromatisés atteint bien le but, mais je “dirai le dépasse et frappe inutilement des boisions dont la consommation en quantité raison-“nablc ne saurait être nuisible.Cela équivaudrait à supprimer, pour entraver l’alcoolisme, “toutes les boissons alcooliques, y compris les “vins, cidres et bières.Cela constitue vraiment “une exagération.” 1 On peut lire cette phrase clans le rapport documenté et sérieux que le Professeur G.Pouchet, rapporteur du Conseil Supérieur d’Hygiène Publique de France, a adressé en 1915, au ministre de 1 Intérieur en réponse à une consultation relative aux différentes propositions de lois destinées à combattre l’alcoolisme.C’est derrière cet avis autorisé que nous nous rangerons entièrement dans cet article, qui ne veut pas être toutefois un manifeste d’intempérance.La lutte contre l’alcoolisme que nous ne réprouvons nullement, a entraîné, en Amérique surtout, les prohibitionnistes à des exagérations regrettables et le désir très louable d’aboutir fait qu’ils négligent délibérément certains éclaircissements apportés par la science autant que par l’expérience, ce qui les porte à des affirmations souvent erronées.Couper la tête d'un individu pour le guérir d’un mal de dents, est un moyen radical, mais sans doute un peu trop violent.Vouloir entraver les ravages de l’alcoolisme en imposant à tous l’eau comme boisson, constitue un abus de pouvoir autant qu’une exagération.C ar il n’y a pas de raisons pour qu’on ne s’ingénie à chercher dans nos habitudes de civilisés tout ce qui peut nuire à nous et à nos descendants et réclamer que l’Etat nous protège contre un mal aujourd’hui, contre un autre demain.Maintenant l’alcool, demain le tabac, puis tant d’aliments qui peuvent nous rendre malades, contre l’influence pernicieuse des cinémas, des tramways, foyers d’infections.L’homme, qu’il se contente de vivre végétativement, c’est-à- 1 Rapport du Conseil Supérieur d’IIygiène Publique de France.Revu* Hygiène et de Police Sanitaire N.7.1915. LES ROTSSONS FERMENTÉES et la tempérance 61 dire sans travailler ou qu’il produise un travail quelconque, pera du poids, consomme de l’énergie.Il élimine par excrétion et transpiration.Ces pertes, il faut qu il les répare sous peine de s’affaiblir et d’aboutir à la mort.Les aliments et les boissons sont destinées à lui fournir l’appoint nécessaire pour son entretien.Le corps perd chaque jour environ 2.500 grs d’eau (99 onces environ).1 Les aliments suivant leur préparation et leur composition apportent une quantité d’eau qui est insuffisante pour combler cette élimination.Il faut demander aux boissons d introduire dans l’économie de 900 à 1.500 grs (33 à 54 onces) d eau.2 D où l’usage des boissons.On les divise en: eaux, boissons aromatiques, boissons alcooliques.L’eau, quand elle est pure, ce qui devient de plus en plus dou* toux clans les villes où on en a le plus besoin, est une boisson indispensable, mais ce n’est pas un aliment, seuls les sels minéraux qu’elle renferme, comme beaucoup d’autres boissons d’ailleurs qui contiennent de l’eau, sont d’un secours important pour notre développement et le maintien de notre équilibre vital.Malheureusement, la contamination microbienne fait que dans bon nombre d’endroits l’eau devient dangereuse, étant le véhicule de maladies épidémiques.Actuellement, nous savons que les bacté ries nous rendent malades surtout par les substances toxiques qu elles sécrètent, on se demande alors ce que deviennent ces poisons dans l’eau qui a contenu des germes après que ceux-ci ont été privés de vitalité par la stérilisation.On n’a certainement plus une eau pure quand elle a été habitée par des microbes.Avec le develop pement des agglomérations et les nombreuses souillures auxquelles les eaux sont exposées, la stérilisation est devenue nécessaire, mais on n’a pas encore l’expérience du temps pour savoir quel est l’effet sur notre organisme des modifications chimiques que subit l’eau traitée.Pour le chlore le plus généralement employé, il arrive souvent, même dans les installations bien surveillées, que l’eau est livrée au consommateur avec une odeur très perceptible.Bref, la bonne eau pure est de plus en plus rare, et l’usage de l’eau ne semble pas devoir empêcher complètement celui des autres boissons.Nous laisserons de côté les boissons aromatiques, tels que thé, café, kola, maté, camomille, tilleul, etc.Leur abus n est pas sans dangers, elles contiennent toutes des substances végétales ayant une action physiologique connue.Le thé et le café dont l’usage 1 E.Gley.Traité de Physiologie.3 E.Maurel.Traité de l’alimentation.Chantemesse et Mosny.Traité d'Hygiène: Hygiène alimentaire. 62 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE domestique est très répandu, causent quelquefois, par leur abus, des troubles qui sont décrits dans les traités de médecine et d’hy-giene.Beaucoup de gens se voient interdire ces boissons, au moins d une façon temporaire.On sait que le café, excitant nerveux par son alcaloïde, la caféine, est interdit aux nerveux et arthritiques, bien qu il possède quand il est absorbé chaud des propriétés digestives connues.Le thé a une action beaucoup moins marquée, mais suivant la façon dont on le prépare, la boisson peut renfermer beaucoup de tanin et accentuer la constipation chez les prédisposés.Les autres boissons aromatiques sont peu employées ou restent d’un usage temporaire.Nous arrivons donc aux boissons alcooliques, aux liquides contenant de l’alcool, de l’eau et, en dissolution, d’autres substances.On peut distinguer deux grands groupes, celui des boissons distillées et celui des boissons fermentées.Dans le premier groupe se classent les spiritueux qui sont d’une manière générale “les boissons dans la préparation desquelles intervient l’alcool obtenu par distillation” :1 (eaux-de-vie, liqueurs, vins aromatisés).Les boissons fermentées proprement dites, dans lesquelles “l’alcool résulte directement de la fermentation de leurs éléments sucrés et non d’une addition.” 1 Cette distinction est capitale, et elle est commode parce que tous les spiritueux sont dangereux en ce sens qu’ils engendrent l’alcoolisme.Ils sont dangereux, non pas tant par l’alcool qu’ils contiennent que par les essences qui constituent leur bouquet et les alcools impurs (alcools supérieurs) qui comme nous le verrons sont de véritables poisons.Nous allons nous attacher surtout aux boissons fermentées qui comprennent: les vins, les cidres, les bières, l’hydromel, le képhir, le koumys et quelques autres.Elles sont produites par la transformation de liquides sucrés sous l’influence de ferments ou levures; elles contiennent toujours de l’alcool et de l’acide carbonique, provenant de la décomposition du sucre originel.Ce sucre peut être emprunté aux fruits, vins, cidres; aux fleurs des plantes, par l’intermédiaire des abeilles, hydromel; aux graines, dont l’amidon a été transformé en sucre, bières; aux laits de quelques animaux, képhir et koumys.Toutes ces boissons sont intéressantes, elles ne doivent nullement être considérées comme nocives, elles sont en usage depuis des siècles et n’ont pas conduit les peuples qui les employent à la décadence.De plus elles proviennent d’industries que l’on peut appeler agricoles puisqu’elles utilisent des produits de la terre ou des liquides sécrétés par les animaux.1 G.Pouchet.Fabrication et vente des liqueurs, etc.Revue d’Hygiène et de Police Sanitaire N.7.1915. LES BOISSONS FERMENTÉES ET LA TEMPÉRANCE 63 Le képhir, produit de la fermentation lacto-alcoolique du lait de vache ou brebis, le koumys par la fermentation du lait de jument ou d’dnesse, demeurent pour ainsi dire dans l’arsenal thérapeutique, nous n’avons qu’à les mentionner.Au Canada, le vin n’est pas d’un usage très répandu, la plupart du temps, on ajoute pour le faire du sucre aux raisins.C e qu on vend sous le nom de cidre, provient bien rarement du jus fermente de la pomme, quant à l’hydromel, il est à peu près inconnu et demeure une boisson de l’antiquité.Nous ne rencontrons que la bière qui fasse l’objet d’une fabrication industrielle importante.Ce sont donc des bières que nous allons surtout nous occuper, des bières ordinaires d’abord, puis de cette catégorie spéciale qu on appelle souvent à tort “bière de tempérance.La bière est une boisson alcoolique obtenue par la fermentation d’infusion ou de coûtions d’orge germé ou malt, aromatisé avec du houblon.Au Canada, un décret du Conseil Exécutif en date du 8 février 1911 définit les “liqueurs de malt”.1 Bien que le mot liqueur signifie substance liquide, on aurait mieux fait semble-t-il de le réserver pour cette catégorie de spiii-tueux qui renferment du sucre.Nous ne discuterons pas plus avant ces définitions, bien qu’elles peuvent laisser croire que la bière est une variété d’Ale1 tandis que l’ale est une sorte spéciale de bière.On aurait pu séparer plus nettement les bières de fermentation hautes et basses.Remarquons toutefois qu’il y a dans ces défini- 1 1 La liqueur de malt est un breuvage produit par la fermentation alcoolique dans de l’eau potable, d’une infusion de malt d’orge et de houblon.2.L’ale ou bière, est un breuvage produit par la fermentation de surface, dans de l’eau potable, d’une infusion de malt d’orge et de houfalon^vec ou sans autres substances amidonnées et saccharmées.Elle contient dans (100) cent centimètres cubes (20° C) au moins deux grammes et soixante-quinze centièmes (2.7oJ d’alcool, soit l’équivalent ,en volume de six (6) p.100 d’esprit de preuve, au moins trois grammes et demi (3.5) d’extrait, et au moins onze centièmes (0.11) de gramme de cendres, surtout du phosphate de potassium.3 Le porter et le stout sont des variétés d’ale ou bière faites en partie avec du malt très torréfié.Sous tous les autres rapports, ces variétés sont conformes aux conditions exigées pour l’ale ou bière.f , ™ 4.La bière lager est une bière produite par la fermentation de fond, Lile contient dans cent (100) centièmes cubes (20° C.) au moms trois grammes et demi (3 5) de matières extractives et onze centièmes (0.11) de gramme do cendres, surtout du phosphate de potassium, au moins deux grammes et cinquante centit-mes (2.50) d’alcool, soit l’équivalent en volume, de quatre et quatre dixièmes pour CCn 5 La bière légère est une bière contenant dans cent (100) centimètres cubes (20° C) au moins deux grammes d’alcool, soit l’équivalent, au volume, de moins de quatre et quatre dixièmes (4.4) p.c.d’esprit de preuve.(Revenu de l’Intérieur.Bulletin N.283.Ale (Bière) Le Bulletin 283.Revenus de l’Intérieur porte en titre en effet ALE (BIERE) 64 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE tions des indications pratiques pour l’industriel et que les chiffres fixés comme minimum tombent véritablement dans le domaine des possibilités de fabrication régulière.La bière ou un liquide présentant beaucoup d’analogie avec ce que nous appelons ainsi maintenant, semble avoir été en usage dans l’antiquité.On dit que ce sont les Egyptiens qui ont introduit ce breuvage en Grèce et en Italie d’où il est passé en Gaule, ou les populations du nord lui donnèrent le nom de cerevisia.Le mot de bière est d’origine germanique, mais pendant longtemps on ne fabriqua en Germanie qu’un liquide avec des céréales non germées aromatisé avec des épices.La cerevisia étant au contraire faite avec de l’orge germée et du houblon.Ce n’est qu’après les travaux de Payen (1833), de Dubrunfaut (1847),de Pasteur (1876),que la fabrication de la bière est entrée dans une voir scientifique.Depuis 25 ans, les progrès réalisés dans la technique ont permis la fabrication méthodique de cette boisson en liant d’une façon des plus étroites la brasserie à la science chimique et biologique.Nous ne voulons pas nous étendre trop sur les très passionnantes questions que pose la fabrication de la bière, ce n’est pas le but de cet article.Il est cependant intéressant de souligner que cette industrie a su tirer parti des travaux scientifiques d’un bon nombre de savants et que les brasseurs ont le mérite d’avoir encouragé les études en faisant souvent appel aux hommes de science.On fabrique la bière en partant de l’orge germé ou malt.Cette germination de la graine d’orge est obtenue par les opérations du maltage qui fait subir au grain des transformations chimiques importantes en même temps qu’elle permet la production de substances particulières qu’on appelle diastases.1 II Ces transformations se font suivant les processus naturels de la germination, on arrête celle-ci au moment voulu par simple chauffage afin d’éviter que la graine n’atteigne son état de plante.Le malt réduit en farine est empâté avec de l’eau pour subir la première opération importante du brassage.Le mélange farine de malt et eau est porté pendant des temps variables à des tempé- I Diastases.D’une façon générale, on appelle diastase des sécrétions de la vie cellulaire (microbienne, animale ou végétale) ayant pour fonction de transformer principalement les matières alimentaires pour les rendre assimilables.Les diastases agissant en disloquant les molécules des corps (oxydation, hydratation, décomposition) Elles semblent avoir un rôle essentiel dans les phénomènes vitaux et leur caractéristique principale est d'agir en dose très faible sur des quantités considérables de matière.II en existe un très grand nombre.L’action des diastases est comparable aux actions catalytiques de contact, de présence.Les catalyseurs étant des corps (mousse de platine etc.) qui influencent une réaction, c’est-à-dire la rendent possible ou impossible sans apparaître dans les produits résultants. LES POISSONS FERMENTÉES ET LA TEMPÉRANCE 65 ratures déterminées, la masse est agitée mécaniquement d’une façon régulière dans des cuves dites cuves-matière.Pendant cette opération on voit, sous l’influence d’une diastase (amylase) l’amidon se transformer en sucre (maltose), en dextrine et en malto-dextrine; c’est la saccharification.Pendant le même temps, des matières azotées insolubles contenues dans le malt, encore sous l’influence de diastases deviennent solubles; enfin les sels minéraux de l’eau réagissent sur les sels minéraux du malt pour donner des combinaisons nouvelles.On obtient un liquide sucré, le moût, et un résidu, les drêchcs, celles-ci sont lavées avec de l’eau chaude pour les débarrasser des matières solubles qu’elles emprisonnent dans leur masse et on les emploie à la nourriture des animaux, car elles contiennent des matières que l’organisme saura transformer en aliments.Le moût est soumis à une ébullition prolongée et additionné de houblon.Le houblon, sous l’influence de la chaleur cède au moût des résines, du tanin et surtout son principe essentiel, la lupuline, huile volatile qui donne de l’arôme aux bières.Le moût houblonné, refroidi et aéré, est ensemencé avec de la levure1 de bière (mise en levain), les levures travaillent ou bien à basse température et se déposent au fond des cuves (fermentation basse) ou bien à température relativement haute et se concentrent au-dessus du liquide (fermentation haute).La fermentation a pour but principal de transformer une partie du sucre en alcool et en acide carbonique.Le liquide fermenté prend alors le nom de bière.Il se clarifie quand les levures ont cessé leur travail et après un séjour d’au moins six à huit semaines dans les cuves de garde, la bière est filtrée avant d’être livrée au consommateur soit en baril, soit en bouteille.Pour assurer une conservation plus longue, les bouteilles de bière sont pasteurisées, c’est-à-dire immergées pendant un certain temps dans de l’eau chaude pour faire perdre la vitalité aux cellules de levures qui auraient pu passer au travers des filtres.Composition et valeur alimentaire de la bière.Comme tous les produits qui sont engendrés par des organismes vivants (les levures) la bière est composée d’éléments nombreux.De plus, il n’est pas possible à l'industriel de maintenir rigoureusement fixe la quantité des substances que renferment les bières.1 Levure.Une levure est un organisme microscopique unicellulaire appartenant au règne végétal.C’est un champignon se reproduisant par bourgeonnement.Levure de bière: saccharomyces cerevisiae. 66 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Dans les mêmes conditions de la pratique, il faut tenir compte de ce que les matières premières ne sont pas toujours identiques, puisqu’elles varient avec les récoltes (orge et houblon), et le gros souci du brasseur est de tenir autant que possible semblable la composition de son produit en modifiant, dans une certaine mesure, sa pratique de brassage.Ceci est une des raisons principales qui obligent les brasseries sérieuses à faire analyser constamment toutes leurs matières premières, à suivre celles-ci au cours de la fabrication et à contrôler le produit final.La bière renferme donc dans des proportions variables les éléments suivants: de l’eau, de l’acide carbonique, de l’alcool, des acides acétique, lactique, malique, tanique, succinique, des dex-trines, du maltose, de la glycérine, des matières grasses, des matières azotées (albuminoïdes) des produits amers et des résines provenant du houblon, des matières minérales, principalement des phosphates alcalins.Beaucoup de ces éléments ne se trouvent qu’à l'état de traces, mais l’analyse chimique parvient parfaitement à les déceler.D’une façon plus condensée, voici le résultat d’analyse d’une bière “Frontenac” (Lager “Standard’ ): Densité à 15° C.10105 “ “ “ de l’alcool.0.99351 Alcool % en volume (Table Herner), 4.63; en poids, 3.71; de preuve, 8.13.Extrait sec % (en poids).5.1 Acidité fixe (en acide lactique) %.0.36 Cendres %.0.18 Matières albuminoïdes %.0.58 Phosphates (en acide phosphorique).0.050 Maltose %.1.87 Dextrines et gommes %.2.16 Acide carbonique %.0.3 On a ici le type d’une bonne bière ordinaire obtenue par fermentation basse, riche en matières extractives, en albuminoïdes, et ne contenant qu’un faible pourcentage d’alcool.Ces substances qui composent la bière, nous les retrouvons dans les aliments et c’est à celles-ci que ces derniers doivent leurs précieuses propriétés de fournir de l’énergie et de permettre notre croissance.Il n’y a donc aucune raison sérieuse pour qu’un liquide qui renferme de tels corps n’ait pas de valeur alimentaire.D’ailleurs la valeur alimentaire de la bière est admise par tous les physiologistes, et quand un médecin veut suralimenter un malade, c’est-à-dire le nourrir sans que celui-ci se fatigue de manger, lorsque le LES BOISSONS FERMENTÉES ET LA TEMPÉRANCE 67 malade ne tient plus au lait, c’est à la bière que l’on s’adresse.Nous ne voulons pas dire ici que la bière puisse remplacer le lait ni qu’on puisse élever les petits êtres à la bière.La boisson qui porte le nom de bière n’est pas un aliment complet, ce ne peut être qu’un aliment d’appoint qui rapidement, sous la forme liquide, peut apporter dans l'organisme en plus de son action stimulante (acide carbonique), une certaine quantité, non négligeable d’énergie.Et en fait, il est facile de faire pour la bière ce que l’on fait pour les aliments, on en détermine la composition en poids pour chaque substance; on sait d’autres part par des expériences très précieuses que chaque gramme de graisse par exemple en brûlant1 dans notre organisme fournit l’équivalent de 9.3 calories,2 un gramme d’albumine, 4.1 cal., un gramme d’hydrate de carbone (type sucre) 4.1 cal.Il suffit donc pour connaître en calories la valeur d’un aliment, de multiplier le nombre de grammes de chaque composant par le coefficient correspondant à la catégorie de substance, puis un simple total indique ce que vaut une quantité déterminée de l’aliment.Prenons par exemple un lait de composition moyenne, renfermant.3.6% de matières grasses, soit 36 grs au litre 4.5% de lactose (sucre) soit 45 grs au litre 3.3% d’albuminoïdes soit 33 grs au litre les sels qui ont leur importance, n’ont pas de valeur alimentaire, l’eau qui complète le litre non plus.En appliquant le calcul, on trouve que les graisses fournissent par litre 334.8 calories, les albuminoïdes et sucre 319.8 ce qui donne un total de 654.6 calories.3 Et ceci peut se faire pour n’importe quelle substance employée dans notre alimentation, c’est ainsi qu’on établit les régimes alimentaires pour l’individu sain ou malade, avant d’appliquer le même calcul à la bière, il convient d’examiner une question qui a soulevé bien des tempêtes.La bière contient des albumines, des hydrates de carbone, sucres, mais elle renferme de l’alcool.Or cet alcool a-t-il une valeur alimentaire ?Pendant longtemps, cette question a été laissée dans l’ombre, on connaissait un des effets fâcheux de l’alcool; l'ivresse.Et c’était 1 Brûlant: au sens chimique et physiologique, produisant de la combustion par décomposition en éléments simples.2 Calorie: Unité de chaleur.Quantité de chaleur qu’il faut fournir pour élever de un degré centigrade une quantité d’eau de 1000 grammes (1 Kilo).3 La ration alimentaire moyenne d’entretien de l’homme devant s’élever à 2-.500 colories par jour. 68 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE assez pour qu’on ne s'occupe pas davantage de lui.Mais frappé par ce fait que des boissons qui ont la même teneur en alcool n’ont pas du tout les mêmes effets, le problème a été abordé d’une manière plus scientifique.De suite on a pu distinguer que dans les boissons alcooliques, ce qui agit sur notre organisme n’est pas seulement l’alcool, mais aussi les essences qui forment le bouquet, les alcools dits supérieurs (au point de vue chimique) dont la toxicité est bien plus grande qu'on ne le supposait et que la plus grande partie du mal causé par les spiriteux, est imputable aux impuretés qui donnent le goût à l’alcool.Prenons cinq corps qui, au point de vue chimique, sont des alcools.Comparons les quantités qu’il faut injecter dans les veines d’un animal pour le faire succomber et nous avons le tableau suivant: 1 Formule Toxicité chimique 1.2.3.Alcool méthylique.C H 30 fl 7 25 15 ” éthylique.C2H5OH 7.75 11.7 10 ” propylique.C3II7OH 3.80 3.10 2 ” butylique.C4H9OH 1.80 1.45 1 ” amylique.C5H"OH 1.50 0.65 0.5 3.1.Desjardin-Beaumetz et Audigé—2.Lesieur.Joffroy et Serveaux.- Voyons maintenant la composition moyenne de quelques eaux-de-vie.2 EN MILLIGRAMMES PAH LITRE.Degré alcoolique Eau de vie blanche.45 Genièvre (gin).45 Whisky.50 Cognac.44.5 Kirsch3.50 Acides Aldé-volatils hydes Fur- furol Alcools 8U-Ethers périeurs 15 90 250 276 650 5 36 100 59 100 20 15 10 20 90 300 579 1.625 traces 180 1.250 1.040 480 On remarque que toutes renferment des quantités relativement grandes d’alcools supérieurs, d’aldéhydes, de furfurol qui sont véritablement les principes toxiques de ces liquides.Il en serait de même pour les liqueurs dont la toxicité n’est pas du tout superposable à la quantité d’alcool, compté en alcool pur (alcool éthylique) mais bien à leur teneur en essence.1 Bouchard et Roger.Nouveau Traité de pathologie générale.Tome II 1 Pouchet.loi citée.3 Contient 30 mil.d’acide cyanhydrique par litre. LES BOISSONS FERMENTÉES ET LA TEMPÉRANCE 69 On aura encore un renseignement précieux en reproduisant le tableau suivant dû à Daremverg.Celui-ci injecte à des lapins du vin ou des liqueurs, et donne, les résultats rapportés au poids de l’animal.Doses en centimètres cubes.mortelle.Eau de vie de vin à 38° d’alcool.5 Rhum à 38° d’alcool.5 Alcool éthylique à 38°.Vin rouge à 10° d’alcool.8 à 10 Vin blanc à 10° d’alcool.12 à 13 Alcool éthylique 10°.Bière à 5° d’alcool.27 à 28 Alcool éthylique à 5°.27,5 non mortelle.4 10 à 12 15 25 D'après ce tableau, comme le fait remarquer le savant pathologiste H.Roger, “la bière est la boisson la moins nocive, la seule dont la toxicité soit superposable à sa teneur en alcool”.De tout ceci se dégage nettement une chose, l’alcool éthylique n’est pas le seul responsable dans les ravages de l’alcoolisme.Et en effet, si on s’adresse à de l’alcool pur, ne contenant que de faibles traces d’acides volatils, d’éthers, d’alcools supérieurs, de l’alcool parfaitement rectifié, sans goût, on trouve que l’on doit donner cette justice à l’alcool, il se comporte dans notre organisme comme un aliment.C’est-à-dire, il brûle, au sens chimique du mot et donne naissance à de l’acide carbonique et à de l’eau ,cédant alors son énergie.Nous ne disons pas ceci pour faire plaisir aux ivrognes, et avant d’aller plus loin dans cette étude, disons de suite que la médaille aura son revers.Ce sont des auteurs américains qui ont résolu la question de savoir si l’alcool était un aliment.Par des expériences qu’aucun physiologiste n’a jusqu’ici critiquées, Atwater, Bénédict, Wiley1 et leurs collaborateurs, ont montré par des expériences entreprises non plus sur les animaux, mais sur l’homme que l’alcool introduit dans l’organisme se comportait tout comme un aliment ordinaire.Citons plutôt “Sachant que 1 gramme d’alcoo! éthylique dégage par combustion 6 cal.4, que 1 gramme de graissse dégage pratiquement 8.9 cal et que 1 gramme d’hydrate de carbone (fécule et sucre) dégage 4.1cal.ils ont remplacé dans la ration alimentaire 37 grammes de graisse et 45 grammes d’hydrate de carbone valant en- 1 Office of Experim.Station U.S.Dcp.Agriculture.No 44-03-69-109.Mem.Acad.Science.Washington 1902.—Annales de l’institut Pasteur.1902. 70 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE semble 514 calories, par 79.5 grammes d’alcool éthylique valant 512 calories.” “Il n’a pas été possible de constater, au cours des multiples essais, la moindre différence, tant dans les séries avec repos que dans les séries avec travail.” Et ces résultats un peu inattendus ont été enregistrés dans tous les traités de physiologie, de médecine, de pathologie et d'hygiène* 1; ils faisaient dire au savant Directeur de l’Institut Pasteur de Paris, Emile Duclaux “Voilà donc le changement de point de vue que je signalais en commençant;2 je ne dis pas le changement de doctrine, il n’y avait pas de doctrine.La science n’avait pas étudié cette question; elle s’y heurtait de divers côtés, et quand on réfléchissait au sujet de cet obstacle rencontré dans son chemin, on se disait que c’était vraiment fâcheux de le trouver toujours là, car la science se faisait autour de lui, et il commençait à gêner de belles perspectives.L’obstacle est tombé, et on a vu qu’il ne cachait rien d’imprévu.L’alcool était à sa place comme aliment, ainsi qu’on pouvait le deviner par ce qu’on savait de lui en microbiologie.” “Mais cela il fallait le dire, et c’est le mérite de M.Atwater et de ses collaborateurs de l’avoir dit.Ils nous ont montré que l'alcool ne changeait pas les qualités physiologiquement alibiles d’une ration normale, celle qui maintient les forces pendant l’état de santé.Il est donc un aliment au même titre que les aliments variés qu’il remplace.De plus, la substitution utile doit se faire non pas poids pour poids, mais par parties dégageant quand on les brûle, la même quantité de chaleur, et contenant la même quantité d’énergie.Sous ce point de vue, l’alcool est aux premiers rangs de la liste.” “Nous devons lui faire nos excuses pour la façon dont nous l’avons traité jusqu’ici.L’ivresse qu’il donne?Je sais bien que c’est le côté fâcheux.Un aliment placé à un aussi bon rang, et qui arrive aussi facilement dans les tissus, a les inconvénients de ses avantages.Usez, n’abusez pas .Et puis, il faut laisser les esprits s’habituer à la lumière de la vérité.” Nous voilà donc en possession d’un résultat important, l’alcool est un aliment et chaque gramme peut fournir G.4 calories.1 Les principaux.E.Gley.Traité élémentaire de physiologie.Gilbert-Thoinot: Traité de médecine: Intoxications.Bouchard et Roger.Traité de pathologie générale, Tome II.Chantemesse-Mosny: Traité d'Hygiene: Hygiène alimentaire.Et un grand nombre de revues.A.Gauthier.R.d'H et P.nen.No 4.1915, etc.i Annales de l’Institut Pasteur, 1903.— Annales de Brasserie et distillerie, 1903. LES BOISSONS FERMENTÉES ET LA TEMPÉRANCE 71 Mais, immédiatement se pose une autre question, l’alcool est-il un bon aliment, c’est-à-dire n’est-il pas dangereux d’en faire usage ?C’est peut-être la seule critique, ou la seule réserve qu’on puisse faire aux expériences d’Atwater: on n’a pas eu l’expérience du temps pour voir quelle pouvait être à la longue l’influence sur l’organisme d’un aliment aussi avantageux.Remarquons, d’autre part qu’il est question ici d’alcool éthylique.Et sans nous étendre sur cette intéressante question, disons que l’alcool fort, agit sur les tissus en les déshydratant, en enlevant l’eau de nos cellules qui ne peuvent pas vivre sans en contenir.L’alcool fort a donc cet inconvénient.Mais si on l’absorbe avec de l’eau ou des aliments, il se dilue et ne peut plus en aucune façon avoir son action déshydratante.Seulement l’alcool même dilué—à moins qu’il ne le soit énormément—agit sur le système ncrveux;lcs recherches deNicloux nous ont appris que l’alcool peut se fixer, s’il est fort, sur les centres nerveux supérieurs d’où il ne s’élimine alors que lentement, ne pouvant être brûlé, causant des dommages irréparables.Tout de même, les auteurs admettent que l’individu sain peut impunément absorber chaque jour 1 gramme d’alcool (compté en alcool pur) par kilo de son poids.1 Cette dose est maintenue par des auteurs qui ne peuvent être accusés de tendresse pour l’alcool; Gley dans son excellent Traité de physiologie écrit “On peut fixer à 1 gramme par kilo du poids du corps et par jour la quantité a peu près inoffensive (d’alcool), si elle est suffisamment diluée et chez la plupart des individus.Encore est-il nécessaire d’ajouter que jamais l’alcool n’est un aliment utile, puisque les hydrates de carbone et la graisse remplissent le même rôle sans aucun inconvénient et plus économiquement”.Ceci est entendu, mais ce n’est pas la question que nous nous étions proposé de résoudre, nous voulions savoir si on pouvait accorder une valeur alimentaire à l’alcool, nous sommes parfaitement renseignés.Nous nous résumerons en disant qu’au point de vuedel’hygiène et pour rester dans les limites scientifiques, l’alcool fort doit rester dans l’arsenal thérapeutique, afin de n’être manié que par des gens qui doivent être avertis; que les eaux-de-vie sont dangereuses par leurs impuretés (chimiques, mais qui constituent le bouquet) qu’il en est de même des liqueurs qu’on peut admettre cependant jusqu’à une teneur en alcool ne dépassant pas une certaine limite2; que les boissons fermentées, vins, bières et cidres dont la quantité d’alcool atteint rarement chez les vins plus de 1 23% d’alcool en volume on France, d’après des propositions de lois et l’avis de membres de l’académie de Médecine de Paris.2 Tous les auteurs cités. 72 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE 12% ne peuvent aucunement être dangereuses, leur teneur en alcool, surtout pour les bières, est bien loin de la limite fixée et l’état de dilution de cet alcool empêche toute action nocive.Il est toujours raisonnable de se tenir bien en dessous de la dose regardée comme inoffensive.1 gramme par kilo et par jour permettra pour un individu de 65 kilos (moyenne) 65 grammes d’alcool pur, environ deux onces, ou 4 onces de whisky titrant 50% (mais celui-ci n’est pas de l’alcool pur) cette dose nous semble encore excessive, si son ingestion est brutale et son titre élevé.Il faut bien se répéter, que l’alcool doit être très dilué, et qu’il vaut mieux se méfier, car on ne consomme jamais l’alcool éthylique, il n’a pas assez bon goût, Dans les boissons fermentées la bière surtout, la quantité d’alcool est bien dans la limite fixée puisque d’abord il est très dilué et un litre de bière telle que celle considérée plus haut et donnant à l'analyse 4.63 %d’alcool en volume, soit 3.71 en poids, renferme 37 grammes d’alcool compté comme absolu.Un adulte pesant 65 kilos, pourait donc consommer impunément deux litres de bière par jour.Environ deux bouteilles appelées quart plus une pinte.Cette consommation n’est pour ainsi dire atteinte au Canada que par de gros buveurs de bière, et ils sont rares.Maintenant, après cette longue digression, nous possédons tous les éléments qui nous permettent d’appliquer à la bière le même calcul qu’au lait et nous obtenons les résultats suivants.Pour l’échantillon dont nous avons donné l’analyse nous aurons : Alcool en poids par litre, 37 grammes donnant 37x6.4 = 236.8 cals.Extrait sec 51 grammes au litre, de cet extrait, il faut déduire le poids des cendres, 1.8 gr.et de l’acide lactique 3.6 soit 5.4 grs.il reste en extrait nutritif, les matières albuminoïdes ayant le même coefficient que les hydrates de carbone, 45.6 grs qui multipliés par 4.1 nous donnent 186.9 calories, en ajoutant aux 236.8 de l’alcool nous donnent pour un litre de bière 423.7 calories.On pourrait multiplier les exemples, la méthode est simple.Si nous avons pris le lait et la bière, encore une fois, nous ne voulons pas dire qu’il soit possible de remplacer l’un par l’autre.On remarque qu'il manque à la bière pour être un aliment complet au sens courant du mot, des graisses.N’empêche que la valeur alimentaire est réelle1 et c’est bien ce qu’on observe dans la pratique.Si on consomme de la bière, il faut éviter la suralimentation et partant l’embonpoint, en tenir compte dans notre ration, manger un peu moins que si on fait usage de l’eau ou autres boissons aromatiques ne contenant ni sucre ni alcool.La bière comme les autres boissons susceptibles de nous fournir de 1 La valeur alimentaire de la bière.Dr.G.Van de Velde.Annales de la Brasserie.No.16.1913.etc. LES BOISSONS FERMENTÉES ET LA.TEMPÉRANCE 73 l’énergie a cet avantage de ne contenir que des substances qui sont pour ainsi dire immédiatement assimilées, l’énergie qu’elle donne par son alcool et ses sucres peut se traduire très tôt en travail, seules les albuminoïdes demandent plus de temps pour être assimilées, encore que dans la bière elles sont, grâce à la fermentation, rendues solubles et ont subi un commencement de transformation que n’aura pas à faire notre organisme.Les graisses du lait demandent pour être utilisables de 4 àG heures; elles constituent des réserves précieuses en certains cas et la quantité de sels minéraux, 7 à 8 grammes est indispensable à la croissance des jeunes.Sans vouloir aborder le côté économique du problème des boissons fermentées, et sans non plus réclamer pour elles une autre place dans notre alimentation que comme boissons, il était intéressant de calculer au prix actuel des denrées ce que peuvent nous coûter une quantité déterminée d’énergie.Aliment Prix.Valeur des 1000.calories, Pain 10 0 la lb 7 fi Haricots 16 i la lb .,10é Pommes de terre 5 fi la lb .12 fi Lait H i la pt .14 é Beurre 49 fi la lb .14 fi Fromage 32 fi la lb .20 fi BIERE 12 fi les 20 oz .43 fi Oeufs 42 fi la douzaine.46 fi Viande 30 fi la lb (pour des aliments de valeur moyenne et de composition ordinaire) La place de la bière qui n’est qu’une boisson, n’est pas si mauvaise.En Europe elle occupe un rang bien meilleur.Son prix élevé au Canada tient surtout aux taxes fortes qui atteignent sa fabrication, et à sa consommation plutôt limitée.Mais ce n’est pas tout, la bière contient une proportion assez forte de gaz carbonique, et les effets de celui-ci sur la digestion sont connus.Il facilite la digestion en activant les sécrétions, c’est pour cette raison que la bière a été déclarée boisson hygiénique, n’en déplaise aux prohibitionnistes.Pour terminer ce chapitre, il convient de marquer que la bière, lorsqu’elle n’a pas subi la pasteurisation dans un but de plus longue conservation—bière en fût par exemple—contient, malgré les filtrat ons les plus soigneuses, des cellules de levure dont l’action n’est pas négligeable sur notre organisme, elle est assez obscure, mais n’en est pas moins réelle, la levure et la bière non pasteurisée, ou faiblement 74 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE chauffée, contiennent encore des diastases qui1 sont susceptibles d’agir à dose très petite et dont le résultat le plus connu, est d’avoir un effet laxatif, favorisant la purification du sang et de la lymphe.Consommation de la bière.Il est une opinion couramment répandue au Canada que c’est en Allemagne que l’on consomme le plus de bière, on a même été jusqu’à prétendre que c’était une des raisons qui avait rendu ce peuple assez barbare en notre siècle.Il est donc nécessaire, non pas d’argumenter pour montrer le peu de fondement de cette affirmation naïve, mais de donner par le tableau suivant un aperçu de la consommation par tête d’habitant.Tableau donnant en gallons la consommation par tête d’habitant pour les principaux pays.Pays Gallons par Barils pro- Nombre de tête.duits.brasseries.Al emagne 31.5 62.000.000 16.548 Etats-Unis .21.6 58.546.000 1.720 Angleterre 33.6 47.984.000 4.985 Autriche 12.2 19.255.000 1.357 Belgique 44.9 13.944.000 3.387 France 6.9 12.157.000 3.526 Russie 1.6 5.284.000 175 Danemark 21.1 2.170.000 362 Australie et Nouvelle- 10.3 2.000.000 Suisse 23.8 1.875.000 177 Pays-Bas 7.4 1.486.000 463 6.6 1.287.000 Norvège 4.5 355.000 43 Italie 0.3 324.000 98 Espagne 298.000 40 Suède 12.4 256.000 227 Luxembourg.12.7 215.000 12 Roumanie 0.3 130.000 12 Bulgarie 1.1 77.000 18 Serbie 0.8 73.000 10 Turquie 0.3 73.000 2 Soit pour le monde une moyenne de 4.4 pour une production de 231.476.000 barils dans 33.584 brasseries.1 Surtout une sucrase. LES BOISSONS FERMENTÉES ET LA TEMPÉRANCE 75 Nota: Ce tableau tiré de l’ouvrage de Wahl et Henius sur la “Brasserie” date de 1907.On trouve pour le Canada un chiffre un peu supérieur à celui accusé dans .’Annuaire Statistique du Canada.5.7.Dans ce dernier chiffre ne sont peut-être pas comptées les bières importées.De ce tableau, il ressort nettement que l’Allemagne ne vient qu’au troisième rang pour la consommation de la bière, après la Belgique et l'Angleterre.Il est intéressant de mettre sous les yeux du lecteur un autre tableau1 montrant la quantité d’alcool, compté en alcool absolu consommé par tête, dans les bières, vins, alcools.Quantité d’alcool absolu consommé par année et par individu.Bière.Vin.Alcools.Total.France 0.G9 7.9 4.32 13.81 Suisse 2.01 6.0 3.11.01 Belgique 5.49 0.34 4.76 10.59 Italie 0.04 9.50 0.68 10.22 Autriche-Hongrie.1.3 2.2 6.7 10.22 Danemark 3.1 0.1 7.9.34 Allemagne 4.34 0.6 4.4 9.23 .Angleterre 6.83 0.17 2.23 9.37 Hollande 1.72 0.20 4.45 6.37 0.17 2.86 6.07 Suède 1.1 0.04 3.25 4.39 Norvège 1.47 0.1 1.84 3.41 Canada 0.67 0.04 1.32 2.03 Nous ne commenterons pas cet instructif tableau, cela pourrait faire l’obiect d’une étude des plus importantes à tous les points de vue.La France occupe le haut de l’échelle quant à la consommation totale d’alcool, la plus grande partie étant due au vin; il apparaît cependant que depuis la victoire de la Marne, ce pays ait cessé d’être aux yeux du monde sur le chemin de la décadence.La consommation de la bière au Canada (Annuaire Statistique) a été par tête de : 5.99 gais en 1911 avec 121 6.59 6 C’est même parce qu’elle est capable d’aspirer, pour la rejeter dans l’atmosphère, une grande quantité d'eau, que la foret a servi assécher et i\ assainir les marécages fameux do la Sologne. 92 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE été, plus basse que dans les régions agricoles voisines; la forêt contribue donc à refroidir les couches d’air en contact avec elle et, par là même, amène les pluies à se produire.De cette sorte, nous pouvons dire que la forêt travaille à enrichir les sources,1 au moment même où on lui reproche, avec quelque raison du reste, de les appauvrir.Cette double action, au point de vue de l’alimentation des sources, que l’on prête aux massifs forestiers, ne se produit pas dans les espaces en culture,2 ainsi que nous nous sommes efforcé de le faire voir, en montrant que les précipitations atmosphériques sont beaucoup plus fréquentes et abondantes dans les régions forestières que dans les pays déboisés.Si active qu’elle soit, la transpiration des arbres composant un massif laisse cependant au sol une portion notable des eaux de pluie.Il s’est trouvé et il se trouve encore des auteurs3 4 pour soutenir le contraire.Suivant eux, la forêt assécherait plutôt qu’elle n’humi-difierait les sols, ceci est vrai de celle qui croît dans les terrains de plaine, mais ne l’est pas de celle qui couvre les pentes.En effet, toutes les observations, qui ont été faites, et dans les montagnes boisées et sur les monts dénudés, concluent à une intime relation entre la pérennité des sources et la présence des forêts.De ces observations se sont inspirés, dans tous les pays, les législateurs qui, soucieux avant tout du bien public, ont statué qu’à la source des rivières les massifs forestiers devront demeurer.Ce principe est nettement établi dans le projet de loi forestière que le Ministre de l’Agriculture, de l’Industrie et du Commerce soumettait récemment au président du Brésil sur ce point.1 D’autre part, toutes les ré- 1 La présence do la forêt, du fait que l’évaporation de son sol y est moins intense, augmente de 12.8% la proportion des eaux d’infiltration.D’autre part, s’il faut en croire Fautrat, Mathieu, etc., il tombe en forêt 23% en moyenne plus de pluie qu’en rase campagne.Cf.Pierre IîufTault, Bulletin tic la Société tie Géographie de Toulouse, 1910, p.414.2 M.J.W.Toumey, dans “The Relation of Forests to Stream Flow,” après avoir étudié avec soin et persévérance la question de la répartition des précipitations atmosphériques et de l’alimentation des rivières dans quatre bassins hydrographiques, d’à peu près même étendue, dont trois étaient boisés et le quatrième en culture, affirmait que les rivières de ces régions, prenant source dans les montagnes boisées, avaient, trois mois après la saison pluvieuse, un écoulement régulier et très suffisant (37% des eaux pluviales), alors que celles qui descendaient des versants défrichés, avaient, à même époque, un volume trois fois moindre, et se trouvaient à sec au mois de juin, c’est-à-dire trois mois après la saison des pluies.Cf.The Hydrology of San Bernardino Valley, California, Water ami Irrigation Paper No.lift, pp.24-25.3 Ch.Rabot, rendant compte du Congrès de Navigation réuni à Milan en 1905, écrivait le 15 septembre 1907 dans la Géographie: “il faut singulièrement en rabattre de cette influence de la forêt sur les cours d’eau et sur les sources.” 4 En effet, à la page 144 du Rclatorio do anno de 1911, pclo Dr Pedro de Toledo, on lit comme Ilème article, section 3, du dit projet: “Equilibrar o regimen des aguas correntes, quer sejam destinadas a irrigacaô das terras agricolas, quer a servir de vias de transporte, quer ao aproveitamento da enregia hydraulica.” INFLUENCE DES FORÊTS 93 serves forestières que nous avons au pays, ont été créées—la loi sur ce point est très explicite ‘—tout particulièrement pour assurer à nos rivières un débit régulier.C’est un fait reconnu, et qui n’échappe à aucun observateur tant soit peu sérieux, que la nature a ménagé, sur les parcours des rivières, des réservoirs, tels les lacs et les marécages,1 2 pour les empêcher d’amener trop subitement a la mer les eaux qu’elles reçoivent du ciel et pour les empêcher de se tarir même à l’époque des sécheresses.Si nul obstacle n’existait à l’écoulement de leurs eaux; si, chemin faisant, elles ne prenaient pas, dans les bassins lacustres, quelque repos, les rivières verraient bientôt leur lit à sec.Ce que sont les lacs et les marécages, ce que sont les glaciers pour les rivières, la forêt l’est pour les sources.Elle est cela, parce que sa couverture morte, constituée principalement de feuilles et d’aiguilles, et son tapis de mousse sont capables d’emmagasiner dans leur masse spongieuse une énorme quantité d’eau, ainsi que les chiffres suivants, empruntés au Handbuch der Forestpolilik3 du Dr.Max Endres, l’établissent.Buhler évalue à 18,000 litres la quantité d’eau que peuvent, par hectare, absorber les feuilles de hêtre jonchant le sol, et à 00,000 litres celle que les mousses, pour une égale superficie, peuvent retenir.D’autre part, Ebermayer affirme que pour saturer les feuilles de hetre, les aiguilles de pin et de sapin, couvrant le parquet de la forêt, ce n est pas tiop d’une tranche pluviale d’une hauteur respective de 2.36, 1.26 et 1.23 mm.De son côté, M.Henry,4 au cours de ses patientes recherches, a observé que la couverture morte peut absorber au moins 4 fois son poids d’eau.D’après lui, les aiguilles d épicéa, couvrant un hectare de forêt, retiendraient 105,825 kilogrammes d’eau.5 * Si maintenant l’on admet que l’évaporation et la transpiration concourent ensemble à renouveler la faculté d’absorption de la couverture morte, comme du tapis de mousse, et si l’on réfléchit que l’humus, acide ou neutre, résultant de la décomposition partielle0 ou complète7 des débris végétaux, qui s’accumulent sur le sol, possède lui-même à un très haut degré, la faculté de s imbiber 1 Article 1030.Lois concernant les Terres et Forêts et Règlements des Bois.Prov.de Québec., _ 0Q 2 La Suède, son peuple cl son industrie, par Gustav Sundbarg.I artie 1, p.-J- 3 Page 194.4 Les Sols forestiers, p.277._ 5 “Faculté d’imbibition de la couverture morte,” Revue des Eaux et Forêts 1904, pp.353 à 361.M.Pierre BufTault, au cours de l’article dont nous avons déjà lait mention, à la page 400, donne un résumé des expériences de M.Henry.5 Putréfaction.7 Eremacausis. 94 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE d’humidité,1 on conçoit facilement que le sol boisé soit plus en état que le sol dénudé de fournir aux sources, et régulièrement, d’abondantes quantités d’eau.L’alimentation des sources se trouve donc ainsi assurée, d’autant plus que le sol forestier, moins battu et moins tassé par les pluies, si intenses soient-elles, se laisse facilement pénétrer.L’infiltration des eaux pluviales jusqu’aux sources s’accomplit toutefois de lente façon; la petitesse des espaces lacunaires d’une part, l’affinité des particules terreuses pour l’eau d’autre part, contrariant toutes deux l’action de la gravité sur celle-ci.Dans les pays où les précipitations atmosphériques se font, pendant une grande partie de l’année, sous forme de neige, la forêt, surtout lorsqu’elle est constituée d’essences résineuses, en ralentissant la fonte, de toutes ses cimes étendues, en absorbant, grâce à son tapis de mousse et de feuilles mortes, une portion notable des eaux de fonte, qui pénétreront graduellement jusqu’aux nappes souterraines, préside incontestablement à l’alimentation régulière des sources, des ruisseaux et des rivières.De tout cela, il résulte, semble-t-il, qu’on ne saurait méconnaître, dans l’économie des eaux, 1 influence des massifs boisés.2 3 * * * * Cette vérité qui ressort très clairement, on l’a vu, de toutes les recherches expérimentales faites à l’étranger, est d’ailleurs mise en lumière par l’histoire et les relations de voyage.En Grèce, les ruisseaux qui prenaient leur source sous les bosquets sacrés, dans des monts aux appellations harmonieuses et aux lignes pures, n’ont pas d’autre vie que celle qui, dans des vers immortels, leur a été communiquée par les poètes.De ce pays, on pourrait dire qu’il n’a conservé que ce que l’homme se trouvait impuissant à lui faire perdre: l’azur de sa mer, et ses gracieux contours projetés contre un ciel toujours lumineux.8 1 D’après Schubler et Boussingault, l’humus forestier est une des substances les plus avides d’eau.Sa faculté d’imbibition est huit fois plus grande que celle des sables, de 2 à G fois supérieure à celle des calcaires, et de 2 à 5 fois celle des terres argileuses.Page 7.51 du Bulletin de la Société Commerciale ae Baris, livraison de décembre, 1907.2 Ainsi se constituent en forêt, pendant l’hiver, des réserves d’humidité dont bénéficieront pendant longtemps les cours d'eau.3 Chateaubriand écrit dans son Itinéraire de Paris à Jérusalem: “Nous pas- sâmes un torrent desséché: son lit était rempli de lauriers roses et de gatiliers (l’agnus castus), arbuste â feuille longue, pâle et menue, dont la fleur lilas, un peu cotonneuse, s’allonge en forme de quenouille.Je cite ces deux arbustes parce qu’on les retrouve dans toute la Grèce et qu’ils décorent presque seuls ces solitudes, jadis si riantes et si parées, aujourd’hui si nues et si tristes.A propos de torrent desséché, je dois dire aussi que je n’ai vu dans la patrie de 1’Missus, de l’Alphée et de l'Erymanthe, que trois fleuves dont l’urne ne fût pas tarie: le Pamisus, le Céphise et l’Eurotas.” _ _ .Les paysans grecs du temps de Chateaubriand diffèrent peu, il nous semble, de ceux dont Edmond About nous trace le portrait dans sa Grèce contemporaine, je veux dire que les uns et les autres n’avaient cure de leurs bois.Il paraîtrait INFLUENCE DES FORÊTS 95 Rome a vu ses nombreuses fontaines et ses aqueducs fameux se tarir, à mesure qu’avec sa puissance s’étendaient au loin ses cultures.Il semble bien aujourd’hui que la force ne lui ait été donnée que pour faire plus de ruines.“On ne saurait, écrivait Blanqui, se faire une idée exacte des gorges provençales, où il n’existe plus un bocage assez grand pour abriter un oiseau, où le voyageur ne rencontre, au sein de 1 été, que quelques rares touffes de lavande desséchées, où toutes les sources sont taries, et où règne un silence que trouble à peine le bourdonnement des insectes.” Vous conviendrez que, pour vivre dans un pays tel que celui dont Blanqui vient de nous faire la peinture, ce n’est pas trop d’avoir des doubles muscles, à la lartaiin.^ Encore qu’elles ne puissent, sous plusieurs rapports, être comparées à celles dont il vient d’être question, les constatations que je fis, au cours d’un voyage de reconnaissance dans cette partie c e la province arrosée par la rivière des Bostonnais, tributaire du bain -Maurice, trouveraient peut-être ici leur place, n’étant pas, je crois, sans quelque enseignement.1 .C’était au mois de juillet 1907.Un violent incendie avait, au printemps, sur une longueur de quelque six milles et Risques aux faîtes, dévasté la forêt qui garnissait le val de la Bostonnais, ne laissant iritacts, ici et là, que quelques peuplements de résineux, qui s’étaient développés dans les dépressions à sol très mouilleux.Enveloppant ces taches de verdure, une immense foret de troncs calcinés aux branches noircies, écourtées et rigides, se dressait sur un sol que le roc granitique crevait un peu partout, où de nombreux chablis gisaient épars, et que recouvrait une mince couche de cendres.Paysage d’une aussi désespérante mélancolie que les cotes du Morbihan, où s’alignent, informes et rigides, des menhirs nombreux.La plupart des ruisseaux, qui autrefois bruissaient sans trêve sous la forêt verdoyante s’étaient tus, et au fond de quelques lacs, dont un d’une superficie de 2 hectares, les eaux stagnaient.Dans une région voisine que l'incendie n’avaient pas ravagée, sa Grèce?que nuire à l’Etat, c’est ne nuire à personne.Les paysans n ont pwp ^ brebis !” i Cf.Rapport du Ministre des Terres et Forêts de Québec, 1907, appendice 21. 96 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE les ruisselets continuaient de couler sous la protection des cimes vertes, et les lacs les plus petits d’épandre leurs eaux par dessus leurs barrages naturels.Si l’on veut bien noter que les deux régions auxquelles se sont limitées mes observations étaient absolument semblables, sous le rapport de la topographie, comme de la nature minéralogique du sol et des conditions climatériques, et qu’elles ne différaient l’une de l’autre qu’au point de vue de la richesse forestière, on ne peut s’empêcher de voir que la présence de la forêt assure aux cours d’eau leur existence et leur activité.1 Le pâturage et l’agriculture, lorsqu’ils chassent, pour ainsi parler, la forêt des monts, finissent—on l’a constaté souventes fois— par avoir au point de vue du régime des eaux courantes une influence aussi désastreuse que celle de la destruction par l’incendie d’un massif hoisé.2 Elle est dans toutes les mémoires l’histoire tout à fait réjouissante, racontée par Elisée Reclus,3 de certain ruisseau d’Espagne qui autrefois vivait dans un coin de la province d’Aragon et dont la mort, à la suite d’un déboisement intense, oblige les paysans établis sur ses bords, à remplacer dans la fabrication du mortier l’eau par le vin, leur préparant ainsi un sort autrement plus doux et plus supportable que celui qui échut au malheureux duc de Clarence.Dans la Colombie, d’après Becquerel,4 le village de Dubaté, situé à proximité de deux lacs qui étaient autrefois réunis l’un à l’autre, a vu graduellement s’évaporer leurs eaux et a pu, petit à petit, étendre ses cultures jusqu’en leur fond.Que si nous voulions énumérer tous les bassins lacustres qui, après s’être naturellement desséchés, sont, grâce à l’industrie de l’homme, devenus des champs producteurs de céréales nous n’en finirions pas, et le faisant, nous risquerions fort de verser dans ce que l’on a appelé la griserie du savant Rabelaisien, du savant qui ne veut omettre aucune des citations qu’il a en tête.Si les sources, les ruisseaux et les lacs ne se sont pas toujours taris à la suite de la disparition d’importants massifs boisés, toujours, du moins, leur débit s’est trouvé diminué et leur niveau abaissé 1 11 est intéressant de noter que les anciens reconnaissaient aux forêts une influence sur l’existence des cours d’eau.Pline l’Ancien dit quelque part: “Le mont Olympe, le mont Ossa, le Parnasse, l'Apennin et les Alpes sont partout couverts de forêts et ont partout fontaines et rivières.” 2 Cf.Rapport du Ministre des Terres cl Forêts, 1908, appendice 20.Les Feux de forêts, par M.Gustave Piché, ingénieur forestier.3 Cité par Pierre Buffault, inspecteur des Eaux et Forêts, dans un travail intitulé “L’action des forêts sur les inondations." Bulletin de la Société de Géographie de Toulouse, 1910, p.420.4 Cité par Jules Vallée, dans ses études sur les inondations. INFLUENCE DES FORÊTS 97 Nous n’en voulons donner que quelques exemples, qui ne sont pas parmi les moins faits, croyons-nous, pour plaire et convaincre.La forêt de Versailles, aux troncs séculaires, hauts et forts, peuplée de déesses et de dieux, comme un antique bois sacré, est, certains dimanches, merveilleusement belle de toutes les “grandes eaux” qui de ses multiples fontaines, si gracieuses et si variées de contours, jaillissent en gerbes frémissantes.Au temps où les rois y vivaient, entourés de la plus spirituelle comme de la plus belle cour d’Europe, Versailles avait ses fontaines si abondamment et si régulièrement pourvues d’eau qu’elles pouvaient, pendant un jour entier, jouer sans trêve.Ce spectacle féérique que l’œil ne peut se lasser de contempler, les fontaines de Versailles ne le donnent plus de nos jours que pendant une heure, les dimanches d’été, et pour qu’elles le puissent donner, il faut qu’on ait laissé, une journée entière, se remplir leurs vastes réservoirs d’alimentation.1 b) LA FORÊT ET LES COURS D’EAU La Loire n’a pas pu, comme les châteaux,2 ces restes d’un passé brillant qui se dressent sur ses bords, résister à ce qu’on est convenu d’appeler le progrès de la civilisation.Navigable autrefois jusqu’à Orléans, elle ne l’est plus en amont de Saumur.3 C’est une rivière déchue de sa splendeur, et sa déchéance semble avoir eu comme point de départ celle de la monarchie.Les seigneurs et les grandes dames, quand ils s’y promenaient en galiotes, miraient dans ses eaux paisibles, claires et profondes, leurs perruques poudrées.Après avoir saisi au passage ces images toutes gracieuses et d’un contour infiniment délicat, la Loire devait plus tard, dans ses ondes troublées par les bateaux à fond mobile et les corps des aristocrates qu’elle roulait, reproduire un instant le profil sans élégance d’un Carrier.C’était à cette époque où l’on ne se croyait véritablement républicain que dans la mesure où l’on détruisait ce qui tenait, depuis des siècles, au sol de France.On pense bien que la forêt qui, sur les vastes domaines de la noblesse, s’était développée en liberté, et dont l’existence rappelait aux républicains les plus “sincères” les chasses royales,4 ne pouvait être respectée en ces jours où l’on ne respectait rien.Elle fut, s’il faut en croire 1 Cf.“First treatise on the decrease of water," traduction par G.Weitzel, d’un travail fait par M.Gustave Wex, hydraulieien préposé aux travaux d’amélioration du Danube, à Vienne, p.30.2 “Après trois siècles de ruines, il en reste assez aujourd’hui,” écrit Gabriel Ilanotaux, “pour fatiguer Vadmiration." "La France en 1614.” 3 Cf.Pierre BufTault, loc.cit.* Cf.Leroy-Beaulieu, loc.cit., p.125. 98 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE certains auteurs,1 le théâtre de déprédations aussi nombreuses qu’inexcusables.Pour ainsi parler, on libéra la Loire, comme on le fit d’ailleurs pour plusieurs autres rivières, du joug des forêts qui pesait à ses sources.En la libérant, on fit moins qu’améliorer sa condition, puisqu’elle est maintenant une rivière où les terres et les débris minéralogiques de toutes sortes, amenés par ses grandes eaux, forment des masses extrêmement mobiles2 et qui rendent la navigation difficile, même en aval de Nantes.Dans l’Europe centrale, cinq importantes rivières, le Rhin, l’Elbe, l’Oder, la Vistule et le Danube, ont vu, à la suite de la déforestation partielle des monts d’où elles sourdent, s’abaisser leur niveau, et leur volume diminuer à tel point que des travaux de creusage et d’écluse sont devenus nécessaires pour y rendre la navigation possible pendant toute l’année.3 Sur les cartes militaires russes,4 5 au début du XIXème siècle, la rivière Tiligoul était représentée par une ligne bleue, continue depuis les environs de Balta jusqu’à la Mer Noire.Elle était alors tenue pour importante, étant d’ailleurs capable d’activer les quelque 50 moulins de toutes sortes qu’on avait élevé sur ses bords.Elle n’apparaît plus sur les atlas6 que comme un mince filet s’épanouissant, à quelque distance de la mer, en un minuscule lac qui n’a point de décharge.La Tiligoul est aujourd’hui une rivière paresseuse qui vient mourir contre un isthme, qu’elle a elle-même construit avec les terres de toutes sortes que ses eaux ruisselantes enlevaient aux pentes dénudées, et sur lequel passe la route de Nicolaiev à Odessa.Ajoutons que les moulins, si actifs alors qu’elle était toute énergie, tombent en ruines, maintenant qu’elle coule mollement.On ne compte plus, dans le bassin de la Méditerranée, depuis l’Asie Mineure jusqu’en Espagne, ° les rivières qui, cessant partiellement ou totalement d’être flottables et navigables, parce que la forêt n’était plus là pour leur assurer un approvisionnement suffisant et régulier des eaux pluviales, ne participent en aucune façon au développement matériel des pays qu’elles traversent.1 Rcf.G.IIufTcl, Economie forestière, p.232, vol.I.2 Cf.A.-E.Puvis, De l’emploi des eaux en agriculture, pp.201-202.3 Leur lit cependant s’est exhaussé constamment de tous les détritus minéralogiques que les eaux y apportaient et y déposaient.Cf.Gustave Wex, “First Treatise on the decrease of water," pp.25-26.3 “La question des forêts en Russie,” Revue des Eaux et Forêts, 1884, p.233.5 Rcf.Atlas de Niox et Darsy.6 L’Ebre, dit Rosher, navigable sous Vespasien d’après Pline l’Ancien, depuis Varia, ne l’était plus au temps des Maures que sur une étendue de 85 milles et au commencement du XVIIême siècle que jusqu’à Tortose.Cf.“Economie rurale," par Rosher. INFLUENCE DES FORÊTS 99 Ici même, dans la province de Québec, plusieurs rivières, comme le Saint-Maurice,.la Chaudière,.le Saint-François * 1 et la Rivière-du-Sud, pour ne mentionner que celles dont je connais assez bien l’allure, ne doivent de conserver leur importance, Tune au point de vue de la navigation, toutes au point de vue du flottage des bois,2 qu’aux dragages répétés qu’on y a faits, et aux écluses nombreuses dont on a coupé leur cours, et cela depuis que l’agriculture et le pâturage ont pris, sur les pentes et les sommets, la place qu’aurait dû garder la forêt.Encore faut-il dire que, malgré ces travaux de creusage et de barrage, toujours fort coûteux, la navigation ne cesse pas d’être intermittente sur le Saint Maurice entre les Grandes-Piles et La Tuque, et sur les autres rivières, les billes qui viennent de la forêt continuent de s’attarder, au cours du flottage,3 très nombreuses, jusqu’à l’époque des crues Ce serait, croyons nous, se faire une idée incomplète de l’utilité des forêts que de ne les considérer que comme de précieuses réserves de matière ligneuse.Comme telles, elles restent sans doute un important facteur do la prospér té d’un pays, mais c’est surtout par leur influence régularisatrice sur le régime des cours d’eau qu’elles ont véritablement une valeur économique inappréciable.En effet, un pays déboisé peut toujours, par l’importation, se procurer les produits forestiers dont il a besoin, mais il reste incapable, s’il ne prend soin de restaurer ses forêts, de raviver ses sources desséchées et d’assurer à ses rivières un débit uniforme et soutenu.Avila Bédard .Rapport du Ministre des Terres cl Forêts, 1907, appendice 21.Rapport du Ministre des Terres et Forêts, 1908, appendice 22.1 Bulletin de la Société Géographique de Québec, 1912, pp.43-48.2 Notons que le flottage qui, à juste titre du reste, est considéré comme un mode de transport très économique des produits forestiers, cesse de l’être, dès qu’il rencontre trop d’obstacles et subit trop de retards.3 M.George Cahoun, vice-président et gérant général de la “Laurentide Paper Co., Limited,” déclarait en substance, le 21 février 1912, devant la Commission des Eaux courantes: “Que l’année précédente, 2,000,000 de billes que cette compagnie avait fait couper, pour alimenter ses usines, s’étaient attardées dans les rivières, et que ce retard représentait pour elle une perte d’environ $19,000.00 en intérêts seulement; qu’incontestablement beaucoup de ces billes seraient irrémédiablement perdues par suite d’un séjour trop prolongé dans l’eau; que de plus, pour maintenir l’activité des usines, on avait été obligé d’acheter près de 12,000 cordes de bois à pulpe qui, livrées par chemin de fer, étaient d’un prix beaucoup plus élevé que les bois de flot.” Cf.Premier Rapport de la Commission du Régime des Eaux Courantes de Québec, Annexe C, pp.96-97. ABUS DU TERME “INGENIEUR” Quelques précisions Un article modéré autant que documenté a paru dans le Soleil du 28 octobre et Y Evénement du 7 novembrel916.Cetarticle a reçu dans le Soleil du 14 novembre une étrange réponse.L’Association des Anciens Elèves de l’Ecole Polytechnique, section de Québec, respectueuse des droits de la langue française autant que jalouse de la considération qui doit entourer la profession de l’ingénieur, croit de son devoir de relever maintes erreurs contenues dans cette réponse.“Le domaine de l’ingénieur ne saurait convenir à d’autres personnes que celles désignées par le terme “ingénieur.’ Dans Larousse nous trouvons: “Ingénieur” l’homme qui dirige des constructions, invente des machines, des instruments, etc., et fournit les plans et dessins nécessaires à leur exécution.Ingénieur mécanicien: Celui qui s’occupe d’inventer, de dessiner et de faire exécuter des machines ou appareils.Ce terme ne saurait donc comprendre les personnes préposées à la marche, au contrôle et à l'entretien des machines à vapeur et de leurs chaudières, des locomotives, des appareils de levage; personnes désignées en France par le terme “mécanicien”.En effet, personne, dans l’association des ingénieurs stationnaires (en bon français, “mécaniciens de machines fixes”), n’exerce et ne saurait exercer la profession de construire des machines à vapeur, des chaudières, des turbines, et d’en donner les plans.Nous n’en voulons d’autre preuve que les textes de lois qui les concernent.^ _ “Les mots ‘ingénieurs stationnaires’ désignent les ingénieurs préposés à une installation de force motrice,” dit l’article 38GGg de la loi de Québec, sanctionnée le 19 février 1914.Il eût été plus précis de dire: “Les personnes préposées au contrôle et à l’entretien d’une installation de force motrice,” dont nous retrouvons l’équivalent aux règlements concernant les examens.Les lois similaires édictées par la Colombie-Anglaise, le Manitoba, l’Alberta, la Saskatchewan, et implicitement la loi ontarienne qui a pour titre depuis le 1er mai 1914: “The stationary and hoisting engineers’ act,” ne donnent pas d autres attributions aux personnes ABUS DU TERME “INGÉNIEUR” 101 concernées.“Engineer,” disent ces lois, means any person having charge of, or operating a steam boiler or steam engine connected therewith.Consultons maintenant ceux qui, deans notre province sont appelés à appliquer cette loi, ceux qui l’ont proposée et en ont rédigé le texte.M.Louis Guyon, inspecteur en chef des établissements industriels et des édifices publics, considère cette loi comme “une réforme destinée à hausser la valeur des hommes qui se destinent à prendre charge des appareils de chauffage ou de pouvoir mécanique” (de force motrice).(Rapport de 191G, Ministère des Travaux Publics, P.Q., page 63.) “Fournir aux industriels des hommes susceptibles de réaliser des économies dans le chauffage et l’entretien des installations de la force motrice; voilà ce que le gouvernement a voulu faire en créant le nouveau bureau des examinateurs des ingénieurs stat onnaires.’ (Rapport de 1915, Ministère des Travaux Publics, P.Q., p.81.) Rien dans notre pays, n’est plus éloigné de la formation de l’ingénieur tout court que celle des mécaniciens de machines fixes.Pour ces derniers les connaissances élémentaires acquises à l’école primaire: savoir lire, écrire, calculer, constituent l’instruction préalable suffisante; un certain apprentissage complète cette instruction.Jusqu'à la loi de 1914, souvent un simple examen oral, plutôt anodin, ouvrait large la porte aux diplômés.Aussi le niveau de capacité laissait à désirer.“Il existe beaucoup de mécontentement quant à la compétence des mécaniciens,” écrit l’inspecteur P.-J.Jobin, dans son rapport de 1913, Ministère des Travaux Publics, p.85.“La nouvelle loi et les nouveaux règlements.” écrit-il encore en 1914, “auront sans doute pour effet de forcer nos machinistes actuels à acquérir de la compétence dans 'eurs fonctions, cela à leur propre avantage comme à celui de leurs patrons.” ‘ Même dans l’hypothèse d’une bonne volonté parfaite chez les intéressés, l’on ne pouvait attendre d’un simple règlement la vertu de changer du jour au lendemain un antique état de choses.” Or, il y eut des récalcitrants, “certains ingénieurs (mécaniciens) munis de diplômes obtenus d’une façon irrégulière et pas du tout en rapport avec leurs connaissances, et les états de service requis par le département, se joignirent aux obstructionnistes,” (Louis Guyon, rapport 1915, Ministère des Travaux Publics, p.167).Et pour cause.“Bon nombre d’ingénieurs (mécaniciens), possesseurs de diplômes émis par les autorités municipales, durent être baissés d’un ou deux degrés selon le cas, soit pour manque d’instruction, soit pour manque d’expérience pratique” (G.Valiquct et R.Marchand, examinateurs, rapport de 1916, Ministère des Travaux Publics, p.139). 102 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE “Aussi, l'on procède eu douceur.Il était à craindre que l’application brusque de la loi ne jette un peu de désarroi parmi les ingénieurs (mécaniciens) dont un grand nombre, vieillis sous le harnais, ne se trouvaient guère préparés pour cette épreuve redoutable à leurs yeux; mais vos examinateurs, anciens ingénieurs (mécaniciens) eux-mêmes, surent tempérer autant que possible les exigences de nos questionnaires, en accordant de bonnes notes pour les longs services et les bonnes recommandations.” (L.Guyon, rapport de 1915, Ministère des Travaux Publics, p.80.) Voici d’ailleurs la clef du succès.“Quant aux jeunes ingénieurs (mécaniciens) qui manquent d’instruction et qui ne peuvent obtenir le diplôme qu’ils désirent au premier examen; les portes de l’Ecole technique leur sont ouvertes et, après un an de travail, je suis convaincu qu’ils nous reviendront suffisamment instruits pour monter en grade dans leur profession.” (L.Guyon, rapport de 1916, Ministère des Travaux Publics, p.80.) Une année de cours du soir à l’Ecole technique, soit 30 à 40 leçons, c’est bon marché, même pour un titre “d’ingénieur stationnaire” (mécanicien de machine fixe).Tirons l’échelle en disant que pour avoir droit au titre d'ingénieur tout court, et pouvoir en exercer la profession dans la Province de Québec, il faut obtenir un diplôme soit de l’Ecole Polytechnique de Montréal, soit de la Société Canadienne des ingénieurs civils.Le premier demande six à huit années de collège couronnées de quatre années d’université; le second s’obtient après examens précédés de cinq années d’étude, dans le bureau d’un membre de la Société, ou de deux années d’étude, seulement, si le candidat est arpenteur provincial, ou s’il a un diplôme de gradué des sciences appliquées d’un collège ou d'une université du Canada, accordé après un cours de pas moins de trois années.(Statuts refondus de la Province de Québec, chap.Vlème, Section I, des ingénieurs, civils, article 5121.) Il n’v a pas de loi fédérale relative aux mécaniciens de machines fixes, parce que ce su et est du ressort des gouvernements provinciaux.Le Ministère de la Marine a bien des règlements concernant 1 examen des mécaniciens et l’inspection des vapeurs; règlements sanctionnés le 23 décembre 1904 et amendés en 1914.Or, il s’agit de toute autre chose que des “ingénieurs stationnaires,” puisque ces règlements sont destinés aux mécaniciens de la marine, dont les deux classes supérieures peuvent même servir dans le Royaume-Uni et les possessions britanniques.Gens peu prétentieux d’ailleurs puisque appelés ‘ engineers” dans le texte anglais des règlements, ils demeurent des “mécaniciens ’ dans le texte français. ABUS DU TERME “INGENIEUR” 103 .Cependant, outre que les examens sont beaucoup plus sévères pour les mécaniciens de marine, on exige, des aspirants aux deux classes supérieures, un stage de 36 ou 48 mois (page 10), comme apprentis ou compagnons dans la confection et la réparation des machines à vapeur afin qu’ils deviennent ajusteurs-mécaniciens.Bien que possédant une connaissance plus étendue de la construction que celle acquise par leurs confrères des machines fixes, aucun d’eux ne se réclame du titre d’ingénieur “ni de la profession.” Et c’est simplement rationnel.Malgré le talent, l’habileté de nombreux ajusteurs-mécaniciens, conçoit-on un atelier bien organisé de construction de machine à vapeur, de chaudières, celui de la Locomotive Works de Montréal, par exemple, sans au moins un homme capable de faire les plans de ces machines, d’en calculer les proportions et les parties; en vue d’un rendement donné; d’en essayer les matériaux, de faire les développements (géométrie descriptive), les raccords souvent difficiles qui se présentent, c’est-à-dire sans un ingénieur-mécanicien.Or, avant de prendre ce titre, d’atteindre à la hauteur de la profession, cet homme a dû acquérir, entre autres choses, des connaissances profondes de la physique et de la mécanique, et parcourir le vaste champ des mathématiques, même supérieures.L’énumération précédente fera comprendre aux plus récalcitrants qu’il ne suffit pas d’être ingénieux pour se déclarer ingénieur, comme on le pense assez communément.Non, si l’on est ingénieux, merci à la Providence; mais il faut autre chose que l’ingéniosité naturelle pour se classer dans la profession d’ingénieur.Si les facultés des sciences de nos universités, outillées à grands frais, donnaient tout simplement une formation que le premier venu peut déclarer posséder de son cru, il ne resterait qu’à les abolir.‘ En France, a-t-on écrit, n’importe qui peut se déclarer ingénieur.” Ceci est absolument faux.La fabrication “sans licence” d’ingénieur a moins de chance de réussir là-bas qu’ici, le sens inné des proportions qu’ont les Français a vite fait justice de la présomption et de l’ignorance, et ceux qui osent se réclamer de ce titre, sans y avoir droit, reçoivent la piètre considération qu’ils méritent.Nous n’en voulons pour preuve que ces quelques lignes de l’Encyclopédie du XIXième siècle, (édit.1877), à propos du titre d’ingénieur civil: “En France, il y a une vingtaine d’années, le titre d’ingénieur civil n’était pas entouré de garanties suffisantes, de sorte qu’en l’absence d’un enseignement organisé, ce titre pouvait être usurpé par des personnes d’une instruction douteuse.Aujourd’hui, il n’en est plus ainsi.” Dans le “Grand Dictionnaire Universel du XIXième siècle” 104 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE de Larousse, au mot ingénieur, nous lisons: “On distingue en France deux grandes classes d’ingénieurs: les ingénieurs civils employés par les particuliers et par les villes et qui sortent pour la plupart de l’Ecole Centrale, et les ingénieurs de l’Etat, chargés des services publics et qui se divisent en sept grandes classes: Ponts et chaussées; Mines; Eaux et forêts; Géographes; Hydrographes; Militaires; Marine La Société des ingénieurs civils de France rassemble des personnalités ayant fait leur marque dans les sciences.Nous croyons que la distance qui sépare un métier d’une profession est mieux réalisée là-bas qu’ici.Même si ingénieur stationnaire était français, on trouverait absurde de rapprocher cette spécialité de celles de l’ingénieur de ’Ecole des Ponts et Chaussées ou de l’Ecole Centrale.Le manœuvre, qui ne sait pas réparer sa machine, se dit machiniste, et n’ose pas même s’appeler mécanicien.Au reste, ce n’est ni en Angleterre, ni aux Etats Unis, ni en Ontario, mais en France ou en Belgique, qu’il convient'd’aller chercher, pour désigner les métiers ou les professions, les termes d gnes d’entrer dans la langue de notre Province.Or, en France, on n’emploie pas d’autre terme que celui de ‘ mécanicien” pour désigner les personnes préposée-! au contrôle ou à la manœuvre des locomotives, des machines à vapeur placées à demeure, ou pour désigner les titulaires des plus hautes charges analogues de la marine.On n’oserait pas y confondre les “ingénieurs de construction navale” qui ont tous, ou presque tous, passé par l’Ecole Polytechnique de France, et qui font les plans des navires de l’Etat, plans qui comprennent naturellement les calculs, dessins, etc., pour la construction des machines de ces navires, avec les “mécaniciens de la flotte” qui sortent de l’Ecole des Arts et Métiers, ou de l’Ecole des Mécaniciens de la flotte, et qui sont préposés à la marche ou contrôle, et à l’entretien des machines, etc., calculées par et construites sous la direction des premiers.Les ingénieurs des constructions navales sont des ingénieurs, les autres sont des mécaniciens.Chaque corps a un personnel distinct, des fonctions séparées, et une hiérarchie qui lui est propre.Nos ingénieurs ne songent pas plus à s’intituler mécaniciens tout court, qu’un mécanicien songera à faire précéder son titre du mot ingénieur.Chaque corps a sa responsabilité qui lui est propre, et ses membres ne songent pas à vouloir se faire passer pour ce qu’ils ne sont pas, estimant que leur carrière est suffi animent honorable et que leurs responsabilités sont suffisamment lourdes. ABUS DU TERME “INGÉNIEUR” 105 A ces responsabilités les mécaniciens ajoutent en plus les risques de navigation et de combat, et dans ces conditions trouvent leur carrière pour le moins, aussi remplie d’honneurs que celle de leurs camarades, les ingénieurs de constructions navales L'appellation d’“ingénieur stationnaire-’ pèche d’abord par une fausse parenté avec l'anglais, dont on l’a tirée littéralement.En effet, “stationary engine” ne se traduit pas par machine stationnaire, mais par machine fixe ou machine placée à demeure.(Décret français du 30 avril 1880.) Les mécaniciens qui ont l’ambition louable d’avancer les intérêts de leur métier, de hausser toujours le niveau de leurs connaissances devraient être les premiers à protester contre l’application à leur personne de l’adjectif français stationnaire: qui reste au même poini, n avance ni ne recule.Les auteurs d’ouvrages français destinés aux contrôleurs des machines à vapeur intitulent leurs livres: “Guide du chauffeur,” “Cours aux élèves mécaniciens de Brest,” “Guide du capitaine et du mécanicien,” “Catéchisme des chauffeurs et conducteurs de machines,” “Manuel du chauffeur-mécanicien,” et une associat’on correspondante des mécaniciens de France porte simplement le nom de “Synd cat général des Chauffeurs-Mécaniciens.” A la page 46 de son livre: ‘‘La langue française au Canada,” M.Louvigny de Montigny condamne cette appellation d’“ingé-nieur stationnaire”; il propose qu’on lui substitue “mécanicien de machine fixe.” Ce titre, bien français, est d’ailleurs très digne des services rendus à ’industrie par un groupe intéressant de personnes dont il convient de marquer les louables efforts.Ce titre n’empêcherait même pas le mécanicien de machine fixe de rêver qu’il est “l’âme de l’industrie,’ à condit on que cette âme soit assez large pour comprendre d’autres éléments que nous croyons plus importants: la science des savants, ses applications, par l’ingénieur, à l’industrie et le capital.Que les mécaniciens de machines fixes continuent à viser à plus de science, nous y applaudissons de tout cœur, comme nous l’avons fait devant l’acte du gouvernement octroyant 82,500 à l’association des mécaniciens de la Marine pour l’institution de cours de perfectionnement.Est-il nécessaire d’ajouter que les expressions ingénieur en chef, ingénieur-mécanicien, désignent de toutes autres personnes que les mécaniciens de machines fixes, ou de la Marine.Il suffirait d’énumérer les attributions de l’ingénieur en chef des travaux publics à 106 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Ottawa, de l’ingénieur en chef d’un chemin de fer quelconque pour établir une distinction évidente e condamner un tel abus des mots.De même il suffit de visiter les usines d’une compagnie de machine, ies de quelque importance pour découvrir que l’ingénieur-mécanicien qui dirige la partie technique du travail et l’homme qui contrôle les machines motrices, occupent des fonctions très différentes, requérant des aptitudes fort néga es.En terminant, nous ferons remarquer à ceux qui propagent des expressions aussi impropres que celles d’ingênieu • de rouleau, de locomobile, de calorifères, et qui feront peut-être éclore demain celles d’ingénieur de charrue, de batteuse agricole, que la langue française a des règles qu’il faut respecter, et un vocabulaire assez riche pour qu’on y trouve les expressions propres.Association des Anciens Elèves de l’Ecol Polytechnique.Section de Québec. REVUE DES LIVRES LA GUERRE ET LA VIE DE DEMAIN, conférences faites à l’Alliance d’hygiène sociale de Paris, 1 vol.chez Alcan.Prix: 3 fr.50.On se préoccupe avec raison des problèmes nouveaux que pose la guerre actuelle.Des vérités, ignorées jusqu’ici ou négligées de parti pris, apparaissent et s’imposent à l’attention de ceux qui désirent le bien du peuple.Partout, on croit qu’il est nécessaire de préparer l’après-guerre, d’organiser les forces, de répartir les tâches.Le devoir de l’heure se trace ainsi, au sein même des événements que nous traversons; et la nécessité d’une action positive, d’un caractère surtout économique et social, ne fait plus de doute.Or, peu de livres sont publiés chez nous sur ces questions.En France, au contraire, l’opinion est sans cesse éveillée par ceux qui croient devoir la guider vers les réalisations fécondes.Nous avons déjà signalé, ici même, les livres de MM.Victor Cambon, Daniel Bellct, Georges Blondel, Henri Hauser.Nous parlerons de l’ouvrage, si vibrant de patriotisme, de M.Herriot, Agir.Voici, pour le moment, un livre précieux: La guerre et la vie de demain, où ont été réunies des conférences faites en 1914-15 et en 1915-16 sur les sujets les plus actuels.Le premier volume est paru, avec ce sous-titre: Enfance et jeunesse.Des hommes éminents y traitent de la vie de demain, de la santé de la race, du rôle de la femme, de l’hygiène scolaire, de l’enseignement.Deux autres volumes paraîtront ultérieurement qui seront consacrés aux risques de la guerre et à leur réparation.Ed.M.The Engineer's Year-Book for 1917 par M.H.R.Kempe, Mem.Institut britannique des I.C.en collaboration avec un groupe de spécialistes.Publié par Crosby Lockwood & Son, 7 Stationers’ Hall Court, Ludgate Hill, London, E.C.2,000 pages avec 1700 illustrations, 7” x 5” x 2%”, relié en cuir souple, Prix 20 S net.L’Engineer’s Year-Book est un aide mémoire publié à Londres depuis 1894 par M.H.R.Kempe, membre de l'Institut britannique des ingénieurs civils, en collaboration avec un groupe de spécialistes éminents.Le but de cet aide mémoire est de fournir aux ingénieurs 108 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE un livre de référence pratique et compréhensif, où chaque branche du Génie est traitée avec autorité et qui, renouvelé chaque année, permet aux hommes de profession de se tenir au courant de la pratique du jour.Les diverses sections de l’édition de 1017 ont donc été soumises à une revue attentive; certaines parties ont été augmentées de compléments importants, ou ont été transformées en tenant compte des progrès réalisés dans le domaine de ces parties.Il est en résulté, comparativement à l’édition précédente, une augmentation de 200 pages.Parmi les nouvelles sections les plus marquantes signalons le chapitre de “L’Aménagement des chutes d’eau” (Section XXIII), par le spécialiste canadien bien connu, M.Arthur Surveyor, membre de la Société Canadienne des ingénieurs civils; également celui sur “Les Voies navigables” (Section XXVI) par le Dr.Brysson Cunningham membre de l’Institut des ingénieurs civils.Ces chapitres sont d’une importance capitale, en ce qui concerne la production économique de l’énergie, et la diminution du prix d’établissements de nos moyens de transport.La question de la navigation intérieure, qui a été très négligée, par le passé, dans ce pays, devra certainement retenir l’attention après la guerre, tandis que le chapitre sur D'Aménagement des chutes d’eau’” sera particulièrement utile aux ingénieurs des colonies et de l’étranger.La section (No.XXXI) sur “Le Gaz et les usines à Gaz” a été entièrement refaite par M.Alwvne Meade, membre de l’Institut des ingénieurs civils; une sous-section très concise sur “Le système métrique et le commerce international” par M.A.H.Allen devrait être d’une grande valeur et d’un grand intérêt puisque ce sujet, si souvent discuté dans les cercles scientifiques et commerciaux, est l'un de ceux qui reviendront nécessairement sur le tapis à la fin de la guerre.(Communiqué par les propriétaires MM.F.C.& W.II.Smith). REVUE DES PÉRIODIQUES L’Art du Témoin Expert (Engineering News, livraison du 22 février 1917.) Un ingénieur inconnu, qui d’après l’éditeur de l’Engineering News, possède une grande expérience des Cours et des Tribunaux d’arbitrage, vient de publier dans cette revue un article sur 1 Art du Témoin Expert” où il énumèreles qualités que doit avoir l’ingénieur expert.Tout ingénieur peut, au cours de sa carrière, être appelé à rendre témoignage devant un tribunal; il doit donc, dans son témoignage viser au rendement maximum, comme il le fait dans l’établissement d’un projet ou dans la surveillance d’une construction.L’auteur appelle rendement du témoin expert son habilité à exposer les faits ou les opinions, sur lesquels reposent ses conclusions, d’une façon claire, précise et complète.Cette faculté varie beaucoup, même chez des ingénieurs d’une compétence technique égale.Ceci provient, souvent, du fait que le témoin oublie qu il ne s’adresse pas à des ingénieurs, mais à des hommes qu’il devrait considérer comme ignorants des choses techniques et dont le processus mental est tout différent du sien.L’expert souffre encore de ce désavantage qu’il ne lui est pas toujours loisible d exprimer ses opinions suivant un ordre logique, mais qu’il est forcé de donner sa déposition en réponse à une série de questions posées souvent dans un ordre contraire à l’enchaînement logique des idées ou des faits.L’ingénieur, pour être un bon témoin, doit avoir une connaissance très étendue du sujet sur lequel on lui demande son opinion.Il doit être capable de faire la distinction entre les principes d’ordre général et les faits spécifiques.Celui dont le travail a été concentré sur une seule branche de la profession possède plus rarement ces qualités que celui dont la pratique a été peut-être plus superficielle, mais a couvert un plus vaste champ.Ce dernier aura eu l’occasion d’envisager chaque question sous plusieurs faces, et rien ne donne plus de confiance au témoin, qui se piète pour le contre interrogatoire, que la sensation de connaître son sujet à fond et mieux que les avocats qui vont l’interroger peuvent le connaître. no REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE L’expert doit répondre aux questions qu’on lui pose d’une manière directe, complète et sans ambiguïté.En contre interrogatoire, un oui ou un non peut suffire dans certains cas; certaines questions, au côntraire, demandent des explications.En général, il est préférable de répondre par oui ou non, lorsqu’on le peut, car le témoin qui motive inutilement ses réponses, s’expose à créer une mauvaise impression ou à voir son témoignage en partie mis de côté.Quelquefois, un avocat pose au témoin expert des questions insidieuses et il n’est pas rare que le témoin, agacé, ne rende au premier la monnaie de sa pièce.L’avocat, pourtant, en vertu des règles de la preuve, a la faculté de malmener un témoin honnête, mais manquant d’expérience.C’est alors le droit de l’ingénieur d’employer pour se défendre contre les tentatives d’intimidation, contre les insinuations, tous les moyens honnêtes, quels qu’ils soient.Les juges paraissent préférer le témoin qui se défend lui-même à celui qui réclame sans cesse la protection du tribunal.Si le témoin juge qu’en répondant par oui ou non, il lui est impossible de donner une réponse consciencieuse, c’est son devoir de le dire.Si pourtant le juge est d’opinion contraire et qu’il lui ordonne de répondre par oui ou non, l’expert peut le faire sans inconvénient puisqu il a déjà déclaré qu’il lui était nécessaire de motiver sa réponse.Il doit ensuite se reposer entièrement sur l’avocat de son client pour lui fournir 1 occasion de donner les explications qu’il juge nécessaires.Un témoin expérimenté sait que, en fin de compte, l’avocat de 1 une ou de l’autre partie, l’amènera à préciser ses réponses, et il s y prépare avant de faire une affirmation quelconque.Souvent, un témoin est appelé à donner son opinion sur des évaluations de quantités mesurables, mais que, grâce à son expérience et à ses connaissances spéciales, il est en mesure d’apprécier de façon assez précise sans avoir fait lui-même de mesurages.L’avocat de la partie adverse s’efforcera, alors, de lui faire admettre que son évaluation n’est qu’une conjecture.En général, il faut se garder de donner dans le piège et faire, dans sa réponse, la distinction entre une conjecture, une estimation et un mesurage et faire clairement comprendre que, par l’emploi des procédés théoriques aidés de l’expérience, on arrive très sûrement à la vérité.On peut, en mathématiques, définir le mot conjecture: une opinion, un jugement, à la base duquel on met, en l’absence de toute observation ou de tout mesurage, comme valeur probable d’une quantité qu’on n’a pas mesurée, la moyenne des deux valeurs extrêmes possibles de cette quantité. REVUE DES PÉRIODIQUES 111 Une estimation est une appréciation de la valeur la plus probable d’une quantité lorsqu’on connaît quelques-uns des facteurs qui peuvent renseigner sur la position que cette quantité occupe entre la valeur de ses deux extrêmes possibles.Ainsi, par exemple, supposons qu’il s’agisse d’apprécier la distance entre deux points situés à l’intérieur d’un cercle de deux pieds de diamètre: les points peuvent être à une distance maximum de deux pieds, et ils peuvent être juxtaposés.Si leur position est complètement inconnue, la meilleure conjecture sur leur position respective est de dire qu’ils sont séparés d’un pied.S’il nous a été donné de voir la position de ces points dans le cercle sans toutefois mesurer la distance qui les sépare, il sera facile, en comparant leur distance apparente avec le diamètre du cercle, de faire une estimation qui se rapprochera sensiblement de la vérité.L’estimation est toujours basée sur une échelle de comparaison, tandis qu’une conjecture ne l’est jamais Beaucoup d’ingénieurs se refusent, à moins d’y être forcés par le tribunal, à faire des calculs séance tenante.Si l’expert a à sa disposition tous les renseignements, et que le calcul puisse se faire rapidement, il ne faut pas refuser de le faire; il vaut mieux demander plus tard la permission de se corriger, si l’on découvre en vérifiant qu’on a fait une erreur.Certains experts ont pour habitude de détruire ou de laisser chez eux tous les détails des calculs qui ont servi de base à leurs opinions ou à leurs évaluations.Cette méthode peut servir à abréger le contre interrogatoire, mais elle n’est pas loyale envers le tribunal, qui a souvent intérêt à connaître la façon dont les conclusions ont été dégagées.La valeur d’une opinion dépend beaucoup de la base sur laquelle elle repose.Une opinion qui découle logiquement de faits établis, ou qui repose sur un calcul mathématique bien défini a plus de mérite qu’une simple hypothèse.C’est l’habitude des avocats, en contre-interrogatoire, d essayer de démontrer que le témoin est inconséquent et que son témoignage contredit celui qu’il a donné dans d’autres causes.L’avocat évite, généralement, de donner au témoin l’occasion d’expliquer la différence entre les deux cas.La plupart du temps il n’y a pas du tout d’inconséquence ni de contradiction entre les témoignages de 1 expert et celui-ci doit se fier à l’avocat de son client pour lui fournir 1 occasion de faire ressortir les différences qu’il y a entre les deux cas.Peut-être est-il inutile de dire que rien n’est plus utile au témoin expert que la clarté de pensée et l’art de s’exprimer d’une façon convaincante.Le témoin doit avoir de la perspicuité aussi bien que de la perspicacité.Il est probable que la clarté de langage est la plus importante des deux qualités. 112 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE L’expert, au cours de l’enquête, est souvent appelé à aviser les avocats et à aider au contre-interrogatoire des experts de l’autre partie.Ici, particulièrement, quelques connaissances des règles de la preuve sont utiles.Il est très important, surtout, lorsque l’avocat n’est pas familier avec les questions techniques, que les questions rédigées par l’expert, au cours du contre-interrogatoire, aillent droit au point; souvent, une légère modification dans la tournure de la phrase suffit à rendre une question technique ambiguë et même absurde.Hycks.Le système métrique Dans le Royaume-Uni, le système métrique, tranquillement, fait des adeptes.Le plus puissant organe de l’industrie minière dans ce pays, The Mining Journal, de Londres, qui autrefois combattait la transformation du système anglais de mesure en système décimal, dans son numéro du 10 mars, intitule son article éditorial : WANTED — A METRIC SYSTEM.Ce seul titre montre bien le chemin qu’a fait l’idée.Les principales raisons avancées en faveur du changement sont: (a) L’énorme avan age d’avoir une base commune pour l’énumération des poids, des volumes, etc.(b) L'Angleterre, les Etats-Unis, la Russie et le Japon sont les seules nations importantes qui n'ont pas adopté le système métrique.(c) La désorganisation ac uelle du commerce et de l’industrie offre une occasion unique de substituer un système à l’autre avec un minimum d’inconvénients.(d) La nécessité et le désavantage, soit pour le vendeur, soit pour l’acheteur de produits manufacturés exportés, d’avoir à faire des calculs de transformation d'unités d'un système en des unités d’un autre système.(e) Le fait que des unités de même nom ont, en Angleterre et aux Etats-Unis, des valeurs différentes.L’auteur de l’article toutefois, ne propose qu un compromis.Les unités anglaises le yard, le pound, et le pint garderaient leurs noms, mais auraient la longueur du mètre, le poids du demi-kilo et le volume du demi-litre.A.-O.D. REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Vil OLD CHUM H VWINJIFÿlKEGUT SffiOKlKC O c?TOBACCO | Tit» Kui XmtçEMk r**! tHOtCgWvQMM* l - Tabac à Fumer vous faites plus que doubler cette satisfaction, car non-seulement son arôme est enchanteur, mais son goût est délicieux et incomparable.Le Tabac OLD CHUM est en usage depuis près d’un demi siècle.OLD CHUM ; ] NTOprywtcüT I smorçitfG o 0) TOBACCO s Si : >*** iUfrvCmn* « Ct wo* i 10c.le paquet partout.« Vlll HE VUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE fîolyt?rf|mqur DE MONTREAL L’Ecole Polytchnique comprend: A.Ecole de Préparation.—Une ou deux années d’études.Les Bacheliers ès-Scicnces et ès-Arts y sont admis sans examens.B.Division des Ingénieurs.—Ingénieurs Civils : quatre années d’études.Ingénieurs spécialistes: une année complémentaire.C.Division des Architectes.—Quatrè années d’études.Ecole des Arts Décoratifs et Industriels Sous le contrôle et la direction de l'Ecole Polytechnique.Certificat de capacité après 3 années d’études.Atelier des Arts Décoratifs et Industriels Sous le contrôle de l’Ecole Polytechnique.L’atelier des Arts Décoratifs cl Industriels est composé uniquement des élèves ayant reçu le certificat de capacité de l’Ecole des Arts Décoratifs et Industriels et travaillant sous la direction du Professeur de celte Ecole et sous le contrôle de l’Ecole Polytechnique.Entreprise de décoration d’intérieurs—Ameublements—Ten tures—Tapisseries et Peintures décoratives—Projets Applications moderneset originales—Fresques, etc. REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE BANQUE D’HOCHELAGA FONDEE EN 1874 CAPITAL AUTORISE.$10,000,000 CAPITAL VERSE ET RESERVE.7,700,000 TOTAL DE L’ACTIF: au-delà de .44,000,000 DIRECTEURS : M.J.A.Vaillancourt.Président l’hon.F.L.Béiquo.Vice-Président MM.A.Turcotte, E.II.Lemay, Thon.J.M.Wilson, A.A.Larocque, A.W.Donner, OFFICIERS ; Beaudry Leman, Gérant Général, Yvon Lamarre, Inspecteur.J.C.Thivierge, Contrôleur.F G.Leduc, Gérant du Bureau de Montréal.Siège Social : 112 RUE SAINT-JACQUES, = • MONTREAL 185 Succursales et Agences en Canada SUCCURSALES DANS LE DISTRICT DE MONTREAL : liUREAU PRINCIPAL.95 rue S.-Jacqucs.Amhersl.539 Ontario Est.r.1030 rue S.-Jacques.Ajljvin.2214 rue Ontario Est.r M S • 272 rue S.-Catherine Est.Cote Saint-I mil.1053 Ave.de l'Eglise.DcLannudiirc.737 Mont-Royal Est.UeLorimier.1126 Mont-Royal Est.Emnrd.73 Boulevard Monk.îjf,,.711 rue S.-Catherine Est.Hochelaga.1G71 rue s.-Catherine Est.Mont-Royat 1184 rue S.-Denis Notre-Dame de Grâces.289 Boulevard Décarie.I apineau .2267 Ave.Papineau.Pointe S.-Charles.31G rue Centre.Bacncl .Coin Rachel et Cadieux.Rosemont.17.52 Ave, Masson.S"”™'3 .Coin S.-Denis et Roy.S-Edouard.2490 rue S.-Hubert.S.-Henri .1835 Notre-Dame Ouest.Quartier Laurier.1800 Boulevard S.-Laurent S.-Vlateur.191 ruc s.-Viateur.r «««î nC • .Boulevard S.-Laurent.Longuo-I ointe.4023 rue Notre-Dame Est.Maisonneuve.ruc Ontario.Outremont.1131 Ave.Laurier Ouest.}frdu.n.125 Ave.Church.\ lauvilic.67 ruc Notre-Dame.'1,,cray.3323 rue S -Hubert.• Cartiervillc, Côte des Neiges, Lachinc, Pointe aux Trembles, Pointe Ciafre, S.-Geneviève, S.-Laurent, Tétraultville.La Banque émet des Lettres de Crédit Circulaires, et Mandats pour Voyageurs, payables dans toutes les parties du monde; ouvre des Crédits Commerciaux, achète des traites sur les pays etrangers; vend des chèques et fait des Paiements Télégraphiques sur les principales villes du monde.MANUFACTURIERS DE Harnais, Selles, Malles, Sacs de Voyage, Sacoches, Portes-Monnaie, Articles en Cuir, Etc., Etc.TRADE HARR —=5?BLOC BALMORALS*^- Rue Notre Dame Ouest.Montreal.^ X REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE J Commandes, Est 1618 TéL \ Bureau, Est 1361 1 Particulier, Est 2761 Joseph Fortier Limitée FABRICANT—PAPETIER MONTREAL DAIRY COMPANY LIMITED Livres de comptabilité formules en fonds et sur commande.Fourniture pour chancellerie Atelier de Typographie, Réglure et Reliure, Gaufrage, Relief et Camée.290 AVENUE PAPINEAU Encoignure Notre-Dame et St-Pierre MONTREAL MONTKEAU Tel.Bell Main 444.Tel.Bell Main 445 Alfred St.Cyr.Geo.Gonthier.Albert P.Frigon ST-CYR, GONTHIER & FRIGON BANQUIERS & ADMINISTRATEURS 103, RUE SAINT-FRANCOIS-XAVIER Montréal, Téléphones : Main: 519 et 2701.Canada.Adresse télégraphique : “Cygofri” THE HUGHES OWENS Co„ Limited The best and largest assortment of Surveying and Mathematical instruments in Canada.Manufacturers of Tel.Bell Est 3644 BLUE AND BLACK T.LESSARD & FILS, Limitée PRINT PAPER INGENIEURS MECANICIENS PLOMBERIE SANITAIRE Branches : Installations d’appareils pour le Gaz, la Montreal, Toronto, Ottawa, Vapeur et l’Eau Chaude Winnipeg.191, rue Craig Est, Montréal REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE XI a Aux lecteurs de la Revue DEPOSANTS DE La Banque d'Epargne de la Cité et du District de Montréal Nos sincères remerciements pour la confiance dont ils nous ont honorés et de l’encouragement qu’ils nous ont donné dans nos efforts pour le développement de l’épargne.A.CEUX QUI N’ONT PAS DE COMPTE D’ÉPARGNE Pères et Mères de famille, protégez votre foyer.Jeunes gens, assurez votre avenir.Jeunes filles, assurez votre bien-être.qO iff£ En ouvrant aujourd'hui un compte à La ~ .d'Epargne de la Cité et du District de Montréal au Bureau Principal où à l’une de ses quatorze succursales t\ Montréal.Prenez l’habitude de l’épargne si essentielle au bien-être des familles et vous aurez contribué à la prospérité de notre ville et de notre pays.Cette Banque, en vertu d'une loi spéciale, donne toute la protection possible à ses déposants.A.P.LESPERANCE, Gérant Général 15 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE PROVINCE DE QUÉBEC (CANADA) Ministère de la Colonisation, des Mines et des Pêcheries CHASSE ET PECHE A province de Québec est 1 Eldorado de tous les amateurs de la pèche et de la chasse.Elle possède en effet les plus grandes richesses ichtyologiques et cynégétiques du monde entier, l’on pourrait dire.11 faut jeter un coup d’oeil sur les chiffres qui suivent pour se faire une idée de l’immensité de son territoire encore en disponibilité.Ainsi, sa superficie totale est de 445,000,000 d’acres approximativement.Or, si l’on déduit 25,000,000 d’acres concédés soit pour la culture ou autrement, il reste une balance de 420,000,000 d’acres, dont 25% ou 105,000,000 d’étendue sont recouverts par les eaux des lacs, fleuves et rivières, et 315,000,000 sont boisés._ ’ Des steamers conduisent aux plus belles rivières à saumon du Saguenay et de la Baie des Chaleurs, en même temps que des trains de chemins de fer mènent chaque jour aux lacs et aux rivières des régions du Lac S.-Jean, du S.-Maurice, du Nord de Montréal, d’Ottawa et des Cantons de l’Est._ Le Département de la Colonisation, des Mines et des Pêcheries, qui régit tout ce qui relève de la chassç et de la pêche dans la province de Québec, émet des baux et des permis de chasse et de pêche à des taux avantageux pour les étrangers.On est prié de communiquer avec le Ministère de la Colonisation, des Mines et des Pêcheries si l’on désire des renseignments plus précis.BUREAU DES MINES GISEMENTS MINERAUX.—La Province de Québec possède des gisements d’AMIANTE, de CUIVRE, de FER CHROME, de MINERAIS DE FER, de GRAPHITE, de MICA, de PHOSPHATE, de MOLYBDENITE, d’OR, etc.LOI DES MINES.—La loi des Mines de la Province offre une sécurité absolue au découvreur de dépôts minéraux qui s’y conforme.Les dispositions de cette loi sont faciles à comprendre et à suivre.Un certificat de mineur, que l'on peut se procurer au Bureau des Mines au coût de $10.00, permet au porteur de piqueter et de se réserver 200 acres de terrains miniers, n’importe ou dans la province, sur les terres dont les droits de mines sont disponibles.LABORATOIRE PROVINCIAL.— Le laboratoire d’analyses de la vincc est à l’Ecole Polytechnique, 228, rue S.-DENIS, MONTREAL.On peut y faire faire des analyses de minerais à des taux très réduits.Pour tous renseignements concernant les Richesses minières de la Province, s'adresser à L’HONORABLE HONORÉ MERCIER, Ministre de la Colonisation, des Mines et des Pêcheries.QUÉBEC. HEVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE XIII Canadian Inspection and Testing Laboratories LIMITED Bureau-Chef et Laboratoires Principaux: - - MONTREAL Succursales et Laboratoires à TORONTO, WINNIPEG, VANCOUVER et EDMONTON Laboratoire de Chimie: Analyses des Métaux, Alliages, Minérai, Ciment, Matériaux, Huiles, Peintures, Charbon, Coke, Eau, etc.Laboratoire de Physique: Essais de tension, de compression et de flexion des matières suivantes: fer, acier, cuivre, pierre, brique, bois, etc.Laboratoire d’Essai des Ciments: Outillage complet permettant tous les essais.Inspection aux Usines: Pour Ponts, Bâtisses, Voitures de chemin de fer et Outillage Général, Pompes, Tuyauteries de Fonte et d’Acier riveté, Machines.Bureau: E.5556 Tel.Rés.E.229."Le Photographe connu*1 249 S.-Catherine E.Près Sanguinet Montréal Tel.Est 2434 T.DUSSAULT BOTTIER FASHIONABLE / 281, Ste-Cathcrine Est, Montréal ARSENEAULT & PLAMONDON INGEN1EURS=C0NSTRUCTEURS TO RTJ10 ST-JACQUES TOI.MAIN r:tr.MONTREAL XIV REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE CANADA.MINISTERE DES MINES Hon.ES.L.PATENAUDE.Ministre.r.g.McConnell, sous-ministre.PUBLICATIONS RÉCENTES DIVISION DES MINES CO.L’industrie du nickel particulièrement dans la région ,de Sudbury, Ontario, A.P.Coleman, Pli.D.207.Recherches sur les tourbières et l’industrie de la tourbe au Canada.-1911-1912.A.A.Anuep.292.Ressources du Canada en pétrole et en gaz naturel.Volume I.P.G.Clapp.310.Recherches sur le Cobalt et ses alliages, faites à l’Université Queens, de Kingston, Ontario, pour la Division des Mines du Ministère des Mines.Deuxième partie: “Propriétés physiques du cobalt métallique.” II.T.Kalmus.324.Produits et sous-produits de la houille.E.Stansfield et F.E.Carter.320.Les dépôts salifères du Canada et l’industrie du sel.L.H.Cole.415.Rapport annuel de la production minérale du Canada durant l’année civile 1914.J.McLeish.COM MISSION GEOLOG IQUE Mémoire 22.Rapport préliminaire sur la serpentine et les roches connexes de la partie méridionale de Québec.J.A.Dresser.35.Reconnaissance le long du chemin de fer Transcontinental National dans le sud de Québec.John A.Dresser.39.Région de la carte du lac Kewagama.M.E.Wilson.59.Bassins houillers et ressources en charbon du Canada.D.B.Dowling.04.Rapport préliminaire sur les dépôts d’argile et de schistes de la province de Québec.J.Keele.72.Les puits artésiens de Montréal.C.L.Cummings.81.Gisements de pétrole et de gaz dans Ontario et Québec.W.Malcolm.On peut se procurer les publications ci-dessus en s’adressant au Chef de la Division de Publication et de Traduction, Ministère des Mines, Ottawa, Ont, ! .' ' ' - Z “* C A N A I) A .MINISTÈRE DES MINES Hon.ES.L.PATENAUDE, ministre.r.g.McConnell, sous-mini«tre, 324.320.415.PUBLICATIONS RÉCENTES DIVISION DES MINES L’industrie clu nickel particulièrement dans la région de Sudbury, Ontario.A.P.Coleman, Ph.D.Recherches sur les tourbières et l’industrie de la tourbe au Canada, 1911-1912.A.A.Anrep.Ressources du Canada en pétrole et en gaz naturel.Volume I.F.G.Clapp.Recherches sur le Cobalt et ses alliages, faites à l’Université Queens, de Kingston, Ontario, pour la Division des Mines du Ministère des Mines.Deuxième partie: “Propriétés physiques du cobalt métallique.” H.T.Kalmus.Produits et sous-produits de la houille.E.Stansfield et F.E.Carter.Les dépôts salifères du Canada et l’industrie du sel.L, H.Cole.' Rapport annuel de la production minérale du Canada durant l’année civile 1914.>J.McLeish.COMMISSION GEOLOGIQUE Mémoire 22.Rapport préliminaire sur la serpentine et les roches connexes do la partie méridionale de Québec.J.A.Dresser.“ 35.Reconnaissance le long du chemin de fer Transconti- nental National dans le sud de Québec.John A.Dresser.“ 39.Région de la carte du lac Kewagama.M.E.Wilson.“ 59.Bassins houillère et ressources en charbon du Canada.D.B.Dowling.“ 04.Rapport préliminaire sur les dépôts d’argile et de schistes de la province de Québec.J.Keele.“ 72.Les puits artésiens de Montréal.C.L.Cummings.“ 81.Gisements de pétrole et de gaz dans Ontario et Québec.W.Malcolm.On peut se procurer les publications ci-dessus en s’adressant au Chef de la Division de Publication et de Traduction, Ministère des Mines, Ottawa, Ont.,; v * & A •> V* A - L “TV./.-.O ¦ ÿj-i 'i V.tiM ^ _.i L’IMPRIMERIE POPULAIRE, LIMITÉE, 43, • ,if 7.*/ ’3® •" ¦ .v - .ssii WrPSIli fiiiSISt RR •• SI» ISSü S** Sÿps : •.fl* i mSÊmSÉ Sx -r «SS mW ' S ;££ tesS«SÎSis'5SîS II pfti S iSSfe S'.;.®' ¦ RM ÉS|§S&|j|g
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.