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Titre :
La revue trimestrielle canadienne
Revue universitaire qui a le mandat de stimuler et de diffuser la recherche scientifique et la recherche sociale réalisées à l'École polytechnique de Montréal et à l'Université de Montréal. [...]

La Revue trimestrielle canadienne est fondée en 1915 par un jeune professeur de l'Université Laval à Montréal et de l'École des hautes études commerciales, Édouard Montpetit, et les professeurs de l'École polytechnique Arthur Surveyer et Augustin Frigon. Ils en seront les principaux animateurs, durant quelques décennies. Le sulpicien Olivier Maurault se joindra à eux en sa qualité de recteur de l'Université de Montréal.

Publiée par l'Association des anciens élèves de l'École Polytechnique, la revue remplit le vide laissé par Le Bulletin de l'École Polytechnique et La Revue économique canadienne. Elle vise à stimuler l'étude des sciences appliquées et des sciences sociales, en premier lieu le génie civil et l'économie, ainsi qu'à informer et à servir les ingénieurs francophones. La technologie, l'économie politique, la médecine, la philosophie, la psychologie, l'enseignement et l'humanisme trouveront une place dans ses pages au cours des années.

Parce qu'elle est un des principaux organes de diffusion de la recherche francophone, la Revue trimestrielle canadienne est une ressource importante pour la connaissance de l'histoire des sciences au Québec. On y trouve par exemple une présentation rédigée par le frère Marie-Victorin du lancement de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences (mars 1924), ainsi que de nombreux articles témoignant du développement des recherches sur le génie civil, l'électricité et l'électronique, dont des articles sur la télévision à partir de 1933.

Le spectre de la diffusion de la recherche y est très large. On y traite fréquemment d'hygiène sociale dans les années 1920 et 1930, et de façon constante de l'enseignement général et professionnel. La psychanalyse y est abordée dans une série d'articles d'Antonio Barbeau publiés en 1930 et 1931. On peut aussi lire en 1938 un retour du géologue Gérard Gardner sur la question complexe de la frontière du Labrador.

La Revue trimestrielle canadienne permet de connaître davantage la vie de l'École polytechnique jusqu'en 1954, dernière année où la revue est publiée. L'Association des anciens élèves y donnera suite avec L'Ingénieur, une revue résolument tournée vers le génie.

Source :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1982, vol. 5, p. 139-141.

Éditeurs :
  • Montréal :Association des anciens élèves de l'Ecole polytechnique de l'Université de Montréal,1915-1954,
  • Montréal :Association des diplômés de polytechnique
Contenu spécifique :
Mai
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
quatre fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Bulletin de l'Ecole polytechnique de Montréal
  • Successeur :
  • Ingénieur
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Références

La revue trimestrielle canadienne, 1916, Collections de BAnQ.

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ne année.'IL—No 1.Mai 1916 Revue Trim Art de l’Ingénieur—Économie politique et sociale — Mathématiques Législation — Histoire—Statistique—Architecture — Sciences Hygiène — Industrie — Forêts — Finances — Transports «Si \ «M 1— I.3— IL 22— III.30— IV.48— V.58- VI.85- VIL 98—VIII.101- IX.104- X.SOMMAIRE Editorial.LA REDACTION.L’industrie de la guerre et ies munitions.DANIEL bellf.t.L’évolution des systèmes de mutualité.VICTOR MORIN.Les bois du Canada.c.G.piciie.Les orgues — leur construction.ciiarles ciiapais.L’établissement du gouvernement responsable au Canada.HENRIGERIN-LAJOIIJ.Le mouvement scientifique.:.G.T.D'EU.Revue des livres.Revue des périodiques.Vie de l’École et de l’Association — ASSOCIATION DBS ANCIENS ÉLÈVES ÉCOLE POLYTECHNIQUE MONTRÉAL m COMITÉ DE DIRECTION: Président: Algr G.DAUTH, Vicc-rseteur de l’Université Laval de Montréal.Membres: MM.Ernest MARCEAU, Principal de l’Ecole Polytechnique.Aurélien BOYER, Membre de la Corporation de l’Ecole Polytechnique.A.FYEN, Directeur de l’Ecole Polytechnique.Edouard MONTPETIT, Professeur à l’Université Laval.Arthur AMOS, Chef du service hydraulique de la Province de Québec.Euclide MALO, Ingénieur civil.Arthur SURVEYER, Ingénieur conseil.Conrad MANSEAU, Professeur à l’Université Laval.Augustin FRIGON, Professeur à l’Ecole Polytechnique.COMITÉ D’ADMINISTRATION ET DE RÉDACTION: Président : Arthur SURVEYER.Membres : MM.Ernest MARCEAU, Edouard MONTPETIT, Arthur AMOS Euclide MALO, Conrad MANSEAU, Augustin FRIGON Rédacteur en chef: Edouard MONTPETIT.LE I'RIX DE L’ABONNEMENT EST FIXE A 2.00 DOLLARS POUR LE CANADA, ET A 3.00 DOLLARS POUR TOUS LES AUTRES PAYS.LE NUMERO 50 CENTS.La Revue Trimestrielle Canadienne paraît quatre fois Tan: en mai, août, novembre et février.La Revue est accessible à la collaboration de tous les publicistes, spécialistes et hommes de profession.La Direction n’entend pas par l’insertion des articles assumer la responsabilité des idées émises.Tous les articles insérés donnent droit à une indemnité calculée par page de texte imprimé ou de graphiques.Les manuscrits ne seront pas rendus.La reproduction des articles publiés par la Revue est autorisée, à la condition de citer la source d’où ces articles proviennent.Il sera rendu compte de tout ouvrage dont il aura été envoyé un exemplaire à la Rédaction.Pour les abonnements, publicité, collaboration et autres renseignements, s’adresser au: Secrétaire-Général: Augustin FRIGON, 56, Côte Beaver Hall, Montréal. REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE 1 ÉmBlt sFO.W.l, to,V*KÏ.j iras?ŒEISp ¦BRBI8HM xSÿtiH La plus importante Librairie et Papeterie Française au Canada (FONDÉE EN !885i Vous invite avenir visiter ses rayons de: Littératures canadienne et française ; Livres et articles religieux ; Articles de fantaisie, d’art, de jeux; Fournitures de classes et de dessins ; Fournitures et articles de bureaux; Papiers peints et vitraux, tapisseries, rideaux.Librairie GRANGER FRERES Limitée ! Libraires, Papetiers, Importateurs : 42, rue Notre-Dame Ouest, = - MONTRÉAL ! 11 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE LES FORCES HYDRAULIQUES - DE LA — PROVINCE DE QUÉBEC Pour aménager une cl unie d’eau dans la Province de Québec, on doit obtenir le permis nécessaire du Gouvernement Provincial en s’adressant à l'Honorable Ministre des Terres et Forêts.Une force hydraulique de moins de deux cents chevaux peut, dans certaines circonstances, être achetée sans réserve.Mais en général, toutes les forces hydrauliques de plus de deux cents H.P.ne sont octroyées que sous forme de bail emphytéotique, dont les conditions sont approximativement les suivantes: lo.—Durée du bail, de vingt-cinq à quatre-vingt-dix-neuf ans, selon l’importance de la chute et le montant du capital requis pour la mise en oeuvre.2o.—Le locataire doit payer un loyer annuel pour remplacement concédé, et Ce loyer reste le même durant tout le terme du bail.3o.—Le locataire doit encore payer, en supplément, une redevance annuelle variant selon la situation géographique de l’emplacement, de dix à trente-cinq sous par II.P.utilisé.Cette redevance est payable seulement à partir du moment (pie la force est produite.•lo.—La redevance de l'article 3 est sujette à révision tous les vingt et un ans, à compter de la signature du contrat.5o.—Le Département accorde un délai de deux ans pour commencer les travaux, et deux autres années pour la production de la force, c’est-à-dire, de l’aménagement complet.Go.—Le locataire est sous l’obligation de faire un dépôt soit en argent, soit en autres effets, en garantie de l’exécution du contrat.Si les conditions n’étaient pas remplies, ce dépôt pourrait être confisqué; mais dans le cas contraire, il peut être remboursé après un certain temps.7o.—Enfin, le locataire doit soumettre au Département, les plans de ses ouvrages, usines, etc., avant leur installation; et par la suite, quand l’usine fonctionne, il doit tenir le Département infor-[ nié de la quantité de forces qu’il produit. EF.VIT.Till MESTTU ELLE CANADIENNE lii L’Hon.N.GARNEAU, Président.J.E.DUBUC, Directeur Gérant, et Secrétaire.I.A Compagnie de Pulpe de Chicoutimi j » CHICOUTIMI j CANADA .Adresse télégraphique : “Saguenay-Chicoutimi” » Codes : A.B.C., A.I., et A B C., 5ième éd'tion BUREAU A QUÉBEC : BATISSE BANQUE D'HOCHELAGA iv BEVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE 1 | LE NOTAIRE FARIBAULT Successeur de Leclerc & Faribault J Edifice Versailles, No 90, rue S.-JACQUES, j Tel.Main 678 MONTREAL 1 Tel.Main 7739.Cables "FABSURVEY" • EDOUARD FABRE-SURViVER j Avocat-Conseil de la Chambre de Commerce, 1 de l'étude de ?SURVEYER, OGDEN & COONAN, Avocats et Commissaires, EDIFICE DOMINION EXPRESS.145, rue S.-Jacques, MONTREAL.J ! HURTUB1SE & HURTUBISE INGENIEURS CIVILS ARPENTEURS-GEOMETRES ÉDIFICE BANQUE NATIONALE ?99 rue S.-Jacques.) Bureau : Main 7618—Résidence: S.-Louis 2143 ?.OUIMET & LESAGE j INGENIEURS CIVILS ET ARPENTEURS ?GEOMETRES 76, rue Saint-Gabriel \ MONTREAL ! ARTHUR SURVEYER & CIE INGENIEURS-CONSEILS Projets, Plans, Devis, Estimations.Rapports techniques et financiers.274 COTE BEAVER HALL j Tel.Uptown 3808.MONTREAL DESLAURIERS & FOREST j INGENIEURS-CONSEILS Arpentages et Travaux Municipaux f 128, RUE BLEURY [ Tel.Main 982.MONTREAL, j | F.C.LABFRÜE ! INGENIEUR — J 30, rue Saint-Jacques 1 Tel.S.-Louis 3925.S.A.BAULNE INGENIEUR CIVIL Profeseur à l'Ecole Polytechnique 1294, rue S.-HUBERT, MONTREAL } j j ¦ fi\ ri ?h ri McConville, Gill & Painchaud J INGENIEURS-CONSEILS ?ET ARPENTEURS Tél.Main 5541.Chambres 821-822 j Montréal.Edifice Power ?! Il OBTENUES PROÜPTEMêNTi ! En tous pays.Demandez le GUIDE DK I D’INVENTEUR qui sera envoyé gratis.MARION & MARION _ ) 364 rue Université, Montréal.| Téléphone Main 6629.J.B.D.LEGARÉ 1 | Courtier en immeuble j et promoteur.j 11, rue Saint-Jacques, MONTREAL J.ARTHUR VINCENT.7.S.-Alexandr», Lon- ' Bucuil.Tél.Bell 109, HONORE GIROUARD, ' 631 S.-Hubert.Montréal.Tel.Est 3723.J VINCENT &.GIROUARD; Ingénieurs, Arpenteurs, Architectes, ?Solliciteurs de Brevets d’invention.1 Tél.Main 1168 » Succursale à S.-Hyacinthe ?15.RUE S.-JACQUES, MONTREAL » l i i i t t i t i i l t Revue Trimestrielle Canadienne MAI 1916 ÉDITORIAL La Revue Trimestrielle Canadienne entre, avec cette livraison, dans la deuxième année de sa publication.C’est un succès.Nous le devons au généreux appui de la Corporation et de VAssociation des anciens Elèves de l’Ecole Polytechnique, aux dévouements infatigables qui nous ont aidés dans notre lâche, à la collaboration intelligente et empressée de nombreux amis, écrivains, lecteurs, annonceurs.Notre but était de répandre dans le public la connaissance et le goût des sciences polytechniques, économiques et sociales, de faire apprécier nos ressources naturelles, d’expliquer, sans arrière-pensée de politique, les problèmes actuels et d’y intéresser les esprits.Nous voulions faire o uvre utile et sérieuse.Grace aux contributions de chacun de.nos spécialistes, trop souvent ignorés et méconnus, nous pensions pouvoir constituer un ensemble suffisamment imposant et divers, où l’homme d'action curieux de s'instruire viendrait puiser.La table analytique de notre premier volume montre jusqu’à quel point, étant donné les moyens dont nous disposions, nous avons pu réaliser nos ambitions.Nous espérons nous rapprocher davantage de notre objet et le poursuivre encore plus méthodiquement dans l’avenir.Les bienveillantes indications que nous avons reçues de nos lecteurs nous ont permis d’orienter nos efforts avec plus de précision.Il nous semble que nous répondrons au désir du plus grand nombre en publiant, outre des études d’ordre plutôt pratique, des articles d’intérêt général, touchant surtout à notre économie nationale.La guerre européenne a profondément troublé la situation économique tics peuples, belligérants et neutres, et modifié du même coup les 2 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE conceptions des sociologues et des hommes d’Etat.Il sera important de dégager les répercussions de ce gigantesque conflit sur la richesse commune et d’indiquer les points où nos forces ont résisté et subi victorieusement l’épreuve.L’autorité législative donne, d’année en année, une solution à certains problèmes d’ordre économique, social ou autre.Il conviendra d'expliquer les raisons qui ont provoqué l'intervention des pouvoirs, de commenter les textes, d’en prévoir les conditions d application.Sans prétendre à remplacer le législateur, il pourra même paraître avantageux de suggérer des réformes et de précéder la loi, en faisant valoir les enseignements et les résultats de l'expérience, source du droit.Enfin, il n’est pas de question qui n’ait son expression théorique, qui ne se rattache à l'énoncé de quelque principe fondamental, ou à quelque fait historique qui prend, de ce chef, la valeur d une throne.Soit par négligence ou par apathie, soit par une répulsion injustifiée pour l'aridité prétendue de pareils sujets, nous sommes trop peu portés sur l’étude des doctrines économiques, dont dépendent nos destinées.Il sera donc nécessaire de vulgariser la science économique, d’en montrer l’intérêt et la valeur d’action.Depuis six mois, notre Revue a suscité un véritable mouvement de sympathie.A tous ceux qui nous ont encouragés, nous roulons adresser nos très chaleureux remerciements. L’INDUSTRIE DE LÀ GUERRE ET LES MUNITIONS Qu’on nous pardonne d’employer cette expression de Vindustrie de la guerre, qui rappelle volontiers une conception allemande, la fameuse “industrie nationale de la Prusse”.Mais il est bien vrai que si, comme l’a dit M.de Molinari, l’industrie de la guerre est-devenue une industrie qui ne paye plus en elle-même, à cause du respect du droit des gens de la part des nations vraiment civilisées; il n’en est pas moins vrai, et ici encore nous pourrions reprendre l'autorité et un mot de notre cher et regretté Maître de Molinari, que l’industrie de la guerre est vraiment une industrie productrice de sécurité; donc productrice tout court, puisque la sécurité est-un des premiers besoins auxquels doive satisfaire l’homme, celui qui est vraiment la raison d’être des sociétés organisées.Il y a une autre raison pour considérer que la guerre moderne est véritablement une industrie: c’est que l’on y retrouve, quand elle est savamment pratiquée, les véritables caractéristiques que nous avons essayé d’indiquer ici, à un point de vue particulier, de l’industrie moderne à grande production, de l’industrie pratiquée économiquement, c’est-à-dire suivant l’application des lois économiques de concentration, de grande productivité, d’outillage énorme, de débit très élevé, d’amortissement rapide des capitaux fixes, de consommation énorme des capitaux circulants.Pour ce qui est du débit, de la productivité (négative, il est vrai, puisqu'il s’agit de destruction), de l’intensité de travail du matériel moderne de guerre, quelques chiffres suffiront à les faire comprendre ou à les rappeler.Ces indications, pour sommaires es seront, n’en sont pas moins nécessaires pour expliquer la consommation formidable de capital circulant, c’est-à-dire de munitions, qui se présente comme une des caractéristiques les plus nettes de la guerre moderne; nous pourrions ajouter, une des caractéristiques les plus surprenantes pour beaucoup de gens.Car, parmi les surprises très nombreuses que la terrible guerre voulue par l’Allemagne a causées même chez des spécialistes, à plus forte raison chez le vulgaire, ce qui a peut-être le plus étonné et par conséquent le plus pris de court ces spécialistes, c’est la débauche de munitions qui s’est imposée aux armées d’aujourd'hui.Cette débauche avait été prévue, comme beaucoup de choses, par les Allemands, dans leur longue préparation de la guerre; c’est la pratique de cette dilapidation de munitions qui a 6 4 REVUE trimestrielle canadienne fait leur succès temporaire du début de la campagne en France, qui leur a permis de s’installer sur une partie du territoire français, en complétant l’avantage formidable que leur avait donné la violation, de longue main résolue et préparée; de toutes les signatures, de tous les engagements, l’envahissement de la Belgique leur permettant de se jeter sur une partie de la frontière française que de parti-pris l’on avait moins voulu défendre, en la considérant comme suffisamment protégée par un engagement international.Logiquement, en se plaçant au point de vue des principes économiques, des lois d’économie industrielle qui gouvernent toutes les manifestations industrielles des sociétés modernes, on aurait pu et l’on aurait dû considérer qu’il était illogique de fabriquer des canons, des fusils, des mitrailleuses, des instruments de guerre de toutes sortes, susceptibles de débiter, c’est-à-dire de lancer avec une rapidité vertigineuse des centaines de projectiles dans un temps très court, si l’on ne prévoyait pas, en même temps, la réalisation de façon continue de ce débit, des bouches à feu entendues au sens le plus large, comme une des conditions normales de l’emploi de ce matériel.Il faut songer, en effet, que, pour le canon de campagne, mettons le canon de 75 français, le meilleur canon de campagne aujourd’hui connu, son fonctionnement automatique, la rapidité de sa remise en batterie sans avoir à rectifier la ligne de tir, l'expulsion de la douille, de la cartouche, et le reste, tout cela a été combine dans le but d’obtenir un débit intensif.Avant la réalisation des canons automatiques, ou, plus exactement, à tir rapide, pour ne point les confondre avec les petits canons, les petites bouches à feu ne pouvaient tirer par minute plus de 2 à 8 coups.Le canon automatique peut tirer sans interruption de 20 à 2.5 coups par minute, jusqu’au moment où il devient nécessaire de le laisser refroidir.On peut, du reste, dépasser largement ce chiffre, arriver facilement à 40, 45 coups à la minute; mais cela ne suppose plus que l’on rectifie de temps à autre le tir, qu’on le surveille, qu’on s’assure de son résultat: on tire au petit bonheur, et ce n’est plus alors un tir rationnel.Il est bien vrai qu’on ne s’était point imaginé (pie, pratiquement, il y aurait intérêt à continuer ce tir, même à 20 coups à la minute, pendant des heures et des heures; se figurait-on qu en un court instant on aurait pu complètement arrêter une attaque ennemie' et détruire les abris de cet ennemi, ou même 1 artillerie adverse.Il a fallu en rabattre beaucoup; à preuve ce tir presque ininterrompu de quelque 75 heures auquel toutes les pièces d artillerie françaises ont dû se livrer à la fin de septembre 1915, quand il s’est agi de refouler les troupes allemandes sur plusieurs kilo- l’industrie de la guerre et les munitions 5 mètres de front, en détruisant complètement leurs abris de première ligne, en annihilant une partie de leurs troupes, également de première ligne, en affolant les autres, en les rendant incapables de se défendre, par suite même de l’abondance effroyable des projectiles gros et petits tombés sur eux de façon ininterrompue pendant ces quelque trois journées.Cette abondance du débit est peut-être encore plus caractéristique pour le fusil de guerre, qu’on emploie, cependant, assez rarement pour un tir continu.Il en est autrement, il est vrai, pour une autre arme portative qui ressemble étrangement au fusil, qui en est vraiment dérivée: nous voulons parler de la mitrailleuse, et non pas seulement du fusil mitrailleur ou du fusil à répétition.Avec la mitrailleuse, on réalise véritablement la continuité du tir; comme on l’a dit justement, on lance des nappes de balles sans viser réellement, sans tirer sur un individu: il s'agit d’opposer un obstacle à peu près infranchissable à une colonne de soldats.Et il ne faut point oublier que, si les mitrailleuses des différents types employées par les armées en présence donnent à cet égard îles résultats terrifiants et tout fait effectifs, c’est que la mitrailleuse peut tirer à la minute 200, 300.400 coups et plus, souvent 000 coups même; les mitrailleuses Maxim, arrivent jusqu’à 800 coups.C’est de la concentration si jamais il en fut, et de la concentration industrielle, au sens où nous l’employions tout à l'heure.Qui dit concentration dit forcément débit intense.Aussi bien en serions-nous déjà aux débits énormes rien qu’avec le fusil de guerre ordinaire, quand l’homme peut tirer 20, 25 coups, en une minute, tout en visant de façon suffisamment approximative.Cette énormité du débit des bouches à feu est tout particulièrement importante en ce sens qu’elle suppose inévitablement que l’on soit à même de leur fournir les projectiles, c’est-à-dire l’explosif, à la fois explosif de lancement du projectile et explosif de rupture de celui-ci, en même temps que le corps métallique du projectile qui est l’élément vulnérant.Ces bouches à feu, ces canons, ces fusils, ces mitrailleuses ne sont pas autre chose que des appareil! moteurs, dont le piston est précisément le projectile; ici, il est vrai, le piston est lancé en dehors du cylindre, il ne revient pas sur lui-même comme dans les moteurs à vapeur, ou dans les moteurs pacifiques à explosion.Il s’agit d’imprimer à ce piston devenu instrument de destruction une puissance vive aussi considérable que possible, pour lui permettre d’accomplir sa besogne meurtrière à très longue distance, lors même qu’il ne se fragmente pas à l’arrivée sur le but humain ou matériel qu’il est destiné à atteindre et à détmire. 6 revue trimestrielle canadienne * * * Nous avons dit qu’il fallait répondre aux besoins de ce débit formidable des bouches à feu, c’est-à-dire leur fournir en quantité formidable les projectiles qu’elles réclament.C’est toujours la question du capital circulant, qui doit compléter, dans la production quelle qu’elle soit, le capital fixe si important que réclament les industries modernes perfectionnées.Le capital circulant présente ici cette particularité curieuse qu’il est consommé de façon autrement effective et complète que dans les productions pacifiques.Sans doute le capital circulant est toujours incorporé à un produit fabriqué et change d’aspect après sa transformation, son utilisation à la production.Mais ici, la consommation est une consommation destructive; et, sauf la possibilité fort aléatoire que l’on a, au lendemain d’une bataille, de recueillir le métal qui subsiste de ces projectiles, on peut dire que la destruction est vraiment complète.A plus forte raison en est-il ainsi des explosifs et des matières qui les constituent, ils s’en vont en gaz, mettons en fumée pour prendre un terme un peu inexact, surtout quand il s’agit de poudre dite sans fumée; ils rentrent sans doute dans l’immense réservoir de la nature; mais il est peu vraisemblable que l’on puisse ultérieurement les y recueillir à nouveau.C’est que le produit que l’on a en vue dans l’industrie de la guerre est d’une nature bien spéciale: il n’est pas matérialisé, tangible; le projectile que l’on veut bien considérer comme capital cir niant par rapport au < apital fixe, canon, fusil, mitrailleuse, bouches à feu, n’en est pas moins un instrument de la production guerrière; il n’en est pas un produit.Le véritable produit que l'on poursuit, c’est la destruction, la mise à mort, l’anéantissement des vies humaines, ou la destruction de bâtiments, le bouleversement de terrassements qui sont eux-mêmes souvent déjà l’anéantissement de travaux antérieurs.Nous ne voulons pas, ici, philosopher inutilement; mais au lecteur le caractère très spécial de l’industrie de la guerre, même quand elle semble se rapprocher le plus des industries productrices ordinaires, notamment par les énormes capitaux qu’elle nécessite comme dépenses de premier établissement, et par les capitaux peut-être plus énormes encore qu’elle réclame comme capitaux circulants, comme matières premières complétant l’outil ou la machine.Dans ces conditions, on comprend avec quelle pro-fision il faut fournir les munitions autant que les explosifs, les deux ne faisant guère qu’un dans les canons modernes et, à plus forte raison, dans les armes portatives.Cette profusion s’accuse de la façon la plus extraordinaire, la plus folle, pourrait-on dire, BHBOESaiTfSi l’industrie de la guerre et les munitions 7 puisqu’il s’agit de destruction, par suite des conditions vraiment invraisemblables et, le plus ordinairement imprévues, dans lesquelles on multiplie les coups de canon, les coups de fusil, le lancement des projectiles dans les batailles modernes.Beaucoup de gens, même des techniciens de l’artillerie, estimaient que les combats de demain (ils parlaient avant la guerre actuelle) ne consommeraient pas proportionnellement beaucoup plus de projectiles que les guerres d’hier.Ils se rappelaient que la guerre contre les Boers, qui cependant avait révélé des nouveautés véritables, notamment au point de vue du défilement des troupes, de la coloration des uniformes, etc.n’avait guère consommé plus de 300,000 à 400,000 obus; et ils en tiraient la conclusion qu’un approvisionnement de quelque 700 coups par pièce pour l’artillerie de campagne serait suffisant si un conflit se produisait.Il s’agit bien entendu de l’approvisionnement constitué avant la guerre, les ateliers devant se mettre à travailler activement dès le début de la campagne; pour maintenir toujours cet approvisionnement intact, ou tout au moins permettre de répondre à des besoins exceptionnels.Cependant certains des généraux français, qui par d’autres côtés, s’étaint fait de graves illusions en considérant que les fortifications, les coupoles cuirassées étaient toujours susceptibles de donner de très bons résultats, avaient trouvé ridiculement faible cet approvisionnement de 700 coups par pièce; et tel autre officier supérieur de l’armée française avait évalué qu’il fallait compter sur un approvisionnement d’au moins 2000 coups par pièce.On avait au surplus l’enseignement qui nous était donné par les Allemands: ils avaient décidé de porter leur approvisionnement au chiffre de 3000 coups par canon; c’était du reste, simplement le chiffre qu’ils publiaient; et comme ils avaient coutume de préparer la guerre sous main, en masquant la plus grande partie de leurs projets, il est très probable que les réalités auxquelles ils étaient parvenus dans la constitution de leurs approvisionnements de munitions devaient de beaucoup dépasser ce chiffre de 3000.C’est ce qui devait leur permettre, au début de la campagne, quand ils violèrent la neutralité belge et leur engagement solennel, de déverser de véritables pluies de projectiles sur les fortifications et sur les troupes belges, d’atteindre dans les mêmes conditions les premières formations que nous pouvions expédier en hâte sur la frontière ou sur le territoire de la Belgique.La profusion du tir de l’artillerie s’est imposée d’autant plus que l’on en est arrivé à la guerre de tranchées, et que, pour détruire les fils barbelés constituant une série de chausse-trapes à 30 centimètres du sol, si l’on veut se contenter de l’artillerie et ne point I I n I 1 .8 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE exposer les hommes au danger terrible d’aller couper ces fils sous l’œil même de l’ennemi, il faut absolument une pluie d’obus labourant le sol, renversant les piquets où sont attachés les fils barbelés, coupant ces fils en une série de morceaux qui ne seront plus susceptibles d’arrêter le passage des troupes.On a constaté également que, dans cette même guerre de tranchées, les troupes allemandes en particulier savaient se constituer non pas seulement des tranchées bétonnées offrant une résistance exceptionnelle au bouleversement du sol et des abris, des parapets, mais encore des chambres profondes recouvertes de rondins ou de rails de chemins de fer, eux-mêmes abrités par un épais matelas de terre; et il faut 1 arrivée successive ou concomitante île projectiles innombrables pour défoncer les plafonds de ces abris, pour les bouleverser, pour décimer l'ennemi ou tout au moins pour lui infliger une dépression morale, qui est la condition nécessaire du succès.Qu’on n’oublie pas non plus que le canon de campagne léger lui-même, mettons le canon de 75, si nous envisageons le front français, a pour mission de faire devant les troupes ennemies qui veulent venir renforcer d’autres corps déjà attaqués, un véritable barrage les mettant hors d’état d’amener les renforts nécessaires; ce barrage a également pour but d’empêcher les troupes auxquelles on s’attaque fie reculer pour se mettre hors de la portée de cette attaque.Souvent aussi l'on a besoin de créer un barrage en avant des soldats ennemis (pii veulent s’attaquer à nos tranchées, à nos ouvrages propres.Et le barrage n’existe véritablement, du fait du canon du fait de la mitrailleuse, que si l’on peut arriver à un tir presque ininterrompu.Dans ces conditions, on comprend ce mot du Général de Castelnau, que la guerre moderne se fait surtout “à coup de munitions”.Sans doute le courage individuel de l'homme est un facteur de premier ordre; mais il faut que cet homme, en dehors de son arme blanche, qui peut rendre de réels services dans des circonstances exceptionnelles et pour un moment, soit lui-même un porteur de bouches à feu à grand débit; c’est sa raison d’être; il faut que le fusil ou même la mitrailleuse qu’il transporte de place en place soit aussi largement que possible alimentés de munitions.Encore une fois qu’on ne suppose pas qu’il s'agit là d’une constatation trop évidente pour qu’elle ait besoin d’être faite.Nous avons vu tout à l’heure combien certains artilleurs, la majorité même des officiers d’artillerie en dehors du milieu allemand, se faisaient d’illusions à cet égard.lût M.Paul Leroy-Beaulieu, tout en n’étant qu’un économiste, était parfaitement dans la vérité militaire, quand il insistait sur ce fait que certainement une bonne 9 ¦¦mm l'industrie de la guerre et les munitions partie de notre infériorité temporaire, les difficultés auxquelles nous nous étions heurtés, celles auxquelles pendant trop longtemps se sont heurtés certains de nos Alliés provenaient de ce que l’on n’avait point prévu la quantité de munitions qu’il fallait fournir sans compter à toutes les bouches à feu; de ce que l’on n’avait point constitué des approvisionnements par avance; et que l’on ne possédait pas, même après que la guerre était déclarée déjà depuis quelque temps, des usines de fabrication capables de répondre largement à tous ces besoins.Au reste, quand l’aveu a pu en être fait sans inconvénient, on a reconnu officiellement dans les rapports sur la victoire de la Marne et ses conséquences, que les armées françaises et anglaises auraient certainement pu repousser les troupes allemandes presque jusqu’à la frontière, débarrasser totalement le territoire envahi où elles se maintiennent encore, si l’artillerie et les bouches à feu en général avaient pu disposer des munitions nécessaires; même pendant la bataille de la Marne, les sacrifices humains si vaillamment consentis par le patriotisme français eussent été sans doute beaucoup plus faibles si les munitions avaient été plus abondantes.* * * Bien entendu, il ne faut pas songer à chiffrer cette abondance; la consommation des munitions dans les différentes armées n’a jamais été publiée, ne peut point être publiée.Mais on possède des exemples suffisamment éloquents pour que l'on s’y tienne; et pour que l'on soit convaincu des proportions extraordinaires, fantastiques peut-on dire, auxquelles on est arrivé dans cette consommation des munitions.On a pu affirmer à peu près officiellement que l'artillerie allemande est souvent arrivée à tirer en une heure, comme pour certaines attaques sur le front russe, quelque 200,000 coups de canon; et qu’on n’oublie pas qu'il s'agit aussi bien des obus à gros diamètre, atteignant jusqu’à 30 centimètres, que des petits obus du canon de campagne de 77 milimètres, obus qui représentent pourtant une fabrication longue et compliquée, une consommation déjà fort importante unitaircmcnt de métal et d’explosifs divers.L’Etat-Major allemand affirme que lors de l’attaque de Lille par ses troupes, attaque qui n’a duré que très peu de temps, puisque la ville n’était pas défendue, qu’il ne s’y trouvait guère que quelques territoriaux et quelques pièces d’artillerie, les canons allemands auraient lancé sur la ville 4000 obus.Bien entendu on n’en est pas toujours (il serait impossible d’y suffire) aux 200,000 coups en une heure, dont nous parlions il y a un instant; mais n’est-il pas déjà terriblement éloquent de cons- 10 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE tâter, d’après les documents publiés par le Gouvernement anglais, que, pendant les 15 jours de bataille qui se sont poursuivis autour de Neuve Capelle, l’artillerie britannique aurait usé de 300,000 à 400,000 obus?Ce serait donc en 15 jours seulement, autant de projectiles qu’on en a dépensé pendant toute la guerre coutre les Boers, qui a duré à peu près 2 ans J^.Au bois d’Ailly, qui est devenu célèbre dans les fastes militaires depuis l’admirable défense des troupes françaises, sur un front de 350 mètres seulement, l’artillerie allemande aurait lancé environ 20,000 obus, obus du canon de campagne, obus de 105, de 150, de 210 millimètres de calibre.Dans cette même région de l’Est de la France, dans une partie de la forêt d’Apremont, entre le 5 et le 8 avril 1915, plus de 200,000 obus ont été lancés à peu près uniquement par les canons de campagne.En un autre point, près de Souain, l’artillerie française a envoyé en quelques jours au moins 100,000 obus sur les ouvrages ennemis.Au fameux fort de Troyon, en dehors des gaz asphyxiants interdits par les conventions internationales, en cinq journées, l'artillerie germanique a lancé sur le fort, ses fortifications et sa garnison, des milliers d’obus de 150, de 204, de 280 et même de 305 millimètres de diamètre, représentant un poids de métal et d’explosifs formidable, qui répond bien à cette consommation fantastique de capital circulant auquel nous faisions allusion tout à l’heure.Encore une fois, il ne s’agit pas, et pour cause, de chiffrer de façon exacte la consommation de munitions, de projectiles, d’explosifs que l’on fait dans une guerre moderne, et en particulier dans cette terrible guerre 1914-1915, qui s’appellera sans doute également guerre de 1916, et qui est le prototype terrible de la guerre véritablement moderne, scientifique.Mais on peut s’en faire une idée quand on songe à ce qui doit s’en fabriquer dans toutes les usines que l’on a militarisées, transformées, accommodées à leur usage nouveau, dans les pays alliés, en particulier en Grande-Bretagne et en France, et qu’on y ajoute les quantités énormes fournies par les Etats-Unis.Il ne faut pas oublier que, sans trop de difficultés, on peut transformer une usine mécanique, notamment une usine de fabrication de voitures automobiles, en usine de production de munitions, du moins autant qu’il s’agit de la fabrication du corps des projectiles.La fabrication de l’obus nécessite toujours le tournage, le découpage, l’alésage, c’est-à-dire la taille intérieure, l’évidement d’un morceau de métal de diamètre convenable, ainsi que la mise en place de l’organe d’inflammation et de détonation de l’explosif contenu dans ce vide intérieur.Or, pour effectuer ces opérations, il est relativement facile de trans- S l’industrie de la guerre et les munitions 11 former de façon convenable les tours, les machines à découper, à aléser, à forer qui, sous des formes diverses plus ou moins simples, travaillent les pièces de la plupart des mécanismes que nous utilisons; on peut en faire de même pour les petits pilons, marteaux pneumatiques, hydrauliques, électriques, machines à emboutir, à modeler le métal à froid ou à chaud, qui sont utilisées dans tant de fabrications pacifiques.Et c’est précisément pour cela que les Etats-Unis, qui possédaient une industrie mécanique, métallurgique, de construction mécanique, de fabrication d’automobiles, tout à fait remarquables, et où les machines tenaient une place de premier ordre, notamment le fameux tour dit américain, ont pu s’engager a fournir, dans un délai relativement court, une quantité formidable de munitions et surtout d’obus de tout calibre.Le fait est que, dès le mois de mai dernier, on estimait, détail bien caractéristique, que les commandes de munitions de guerre faites par les Alliés aux Etats-Unis devaient représenter à peu près deux milliards de francs; pour son compte une seule compagnie, l’United Cartridge Company, s’était vu commander 000 millions de cartouches de fusil; une autre avait reçu ordre de fabriquer ô millions de shrapnells, c’est-à-dire d’obus de canons de campagne chargés intérieurement de balles.On estimait d’autre part, d’après les statistiques officielles, qui doivent laisser échapper beaucoup de ces munitions en les confondant sous des indications génériques, que, depuis le commencement de la guerre jusqu’au mois de mai, les Etats-Unis devaient avoir exporté sur les pays belligérants pour un milliard de francs de munitions.A cette même époque, on estimait que les Alliés avaient dû acheter aux Etats-Unis pour 15 millions d’explosifs.Si nous en croyons un de nos confrères, M.Archibald Smith, les obus non chargés, qui seraient compris dans la statistique du commerce d’exportation américaine sous la rubrique “objets manufacturés de fer et d’acier”, figureraient déjà pour 57 millions durant les 9 premiers mois de guerre.Une statistique à ce sujet a été tentée par le journal Evening Pont de New-York.D’après lui, l’exportation américaine de matériel do guerre, en mai 1915, par exemple, accuserait par rapport à mai 1914 une augmentation de bien près de 3 millions de dollars, autrement dit 15 millions de francs, pour les cartouches, de 4,870,000 dollars pour les explosifs, de plus de 500,000 dollars pour la poudre à canon, et le reste à l’avenant.Notre confrère estime que, dans l’ensemble de tout le matériel de guerre, la période de septembre 1914 à mai 1915 accuserait une augmentation de 140 millions Yi de dollars par rapport à la période corcspondante de 1913-1914. 12 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Ce qui montre bien l’importance extraordinaire que la fabrication des munitions, des explosifs (et aussi du matériel de guerre plus généralement) a prise dans l’industrie des Etats-Unis, ce sont des renseignements très curieux que donnait récemment le cor-repondant de The Economist de Londres, au sujet des nouvelles entreprises, nouvelles usines, nouvelles fabriques, qui se sont créées depuis le commencement de la guerre, et parmi lesquelles il estime qu il y en a fort peu qui se soient fondées ou développées pour autre chose que la fabrication tics munitions de guerre mêmes.Il paraît que 100 nouvelles Sociétés ont été formées entre Juillet et Octobre 1015, chacune d'entre elles ayant un capital d’établissement de plus de 100,000 dollars II y en a du reste pour lesquelles le capital d etablissement est véritablement formidable: ce qui servirait encore à confirmer la remarque que nous faisions, que les industries de la guerre, directement ou indirectement, réclament des capitaux énormes, l’immobilisation de sommes formidables.Rien que pour la fameuse Compagnie d'explosifs Du Pont, il a fallu faire appel a 240 millions de dollars pour la développer au point de vue financier; il en a fallu 100 millions pour les aciéries Midvale, qui, précisément comme la Bethlehem Steel Co., s’occupent tout particulièrement de la fourniture du matériel d'artillerie et de l’acier nécessaire à la fabrication des projectiles.Dans l’ensemble, on a consacré 401 millions^ de dollars à la création, ou au développement sur des bases plus larges, de ces sociétés nouvelles dans le courant de l’année 1915, la plupart se trouvant dans les Etats de l'Est.En dehors de la Compagnie Du Pont et des Aciéries Midvale.43 Sociétés pour cette industrie se sont formées durant la période que nous considérons, avec une capitalisation de près de 54 millions de dollars; aussi bien la Société des munitions Maxim, avec 10 millions, que la Société American l'ire Arms, au même capital.Ce que nous avons appelé tout à l’heure une débauche de munitions entraine forcément une consommation formidable de matières premières; matières premières destinées à disparaître, une fois transformées, dans le court espace de temps que représentent le départ d'un coup de fusil ou d'un coup de canon, l’arrivée du projectile ou son explosion, sa rupture en mille morceaux comme conséquence de 1 éclatement de la charge d'explosif.La préparation des explosifs mêmes nécessite la mise à contribution de substances variées en quantités très considérables également; non pas que chaque coup de canon, ou chaque obus réclame par lui-même un poids extraordinairement élevé de cet explosif, mais, :1 cause du nombre des coups tirés. l’industrie de la guerre et LES MUNITIONS 13 Rien que la fabrication du projectile surtout quand il s’agit d’un obus, même de petit calibre, entraîne une complication de traitements, de préparations, dont on ne se fait généralement pas idée.Pour les obus du type explosif ou du type shrapnell, il faut, employer tie l’acier, mais de l’acier au manganèse, donnant au corps de l’obus des qualités spéciales; souvent, du reste, l’acier employé sera de l’acier chromé, c’est-à-dire un alliage d’acier et de chromo assurant aux projectiles de rupture leurs qualités particulières.Parfois même on emploiera des alliages de nickel, des aciers additionnés d’une petite quantité de nickel.Ces aciers, quels qu ils soient, se présentent sous la forme de barres ou de rondins d acier, comme on dit quelquefois, fournis par les usines métallurgiques.Empressons-nous de noter, car cela est bien caractéristique au point de vue auquel nous nous plaçons, que la transformation de ce rondin d’acier en tronçons de bonne longueur qui deviendront eux-mêmes des obus pour le canon de 75, nécessite un travail considérable: pour fabriquer le shrapnell de quelque 8 à 9 kilos, qui n’est pourtant qu'un projectile assez modeste, il ne faut pas moins de 40 heures de travail, ce qui corres.’ à 5 journées de travail, chaque ouvrier travaillant S heures, ce qui est à peu près la réalité des choses.Si l’on songe donc à tel combat, dans lequel on aura dépensé 200,000 .le ces sharpnells, on constate que, rien que pour ces projectiles, il aura fallu un million de journées de travail d’ouvrier, sans parler des autres bouches à feu de toute sorte! C ’est la ce qui explique bien la mobilisation industrielle que l’on a jugé nécessaire de faire en Angleterre; et la transformation de presque toutes les usines mécaniques de France en usines susceptibles de travailler 1 aciei pour en faire des projectiles de canon.La fabrication des petits obus de 75, de 77 millimètres se fait surtout à l’aide d’une série de machines-outils, les gros projectiles se faisant plutôt à 1 aide de presses.Rien que le débitage des barres d’acier en tronçons de 30 centimètres de longueur nécessite l’emploi soit des scies a métaux, soit des outils, des tours à saigner qui ne procèdent pas eux par sciage proprement élit, mais par enlèvement du métal sur la banc tournant devant l’outil qui creuse le sillon.Ce sont là déjà des opérations minutieuses, quoique rapides, car chaque tronçon obtenu doit être exactement de la longueur voulue pour subir ultérieurement les opérations (pii h1 transforment en un obus du calibre, c’est-à-dire du diamètre et de la longueur exactement voulue.En outre, avant de livrer les barres rondes d’acier, qui ont à peu près 82 millimètres de diamètre en moyenne, aux machines à saigner ou à scier, il est absolument indispensable de vérifier par des épreuves la qualité de cet acier.Il est essentiel qu il ait une certaine 94 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE résistance, une certaine proportion de carbone en même temps que d autre métal allié, que la niasse du rondin soit bien homogène, ne présente pas de pailles, de vices intérieurs.Ainsi que nous le laissions entendre tout à l’heure, le simple sectionnement de ces barres procède bien des caractéristiques de l’industrie moderne: grand débit, fabrication en série, de façon ininterrompue, de pièces exactement identiques les unes aux autres.Aussi bien le fameux tour américain à révolver réalise, mieux que tout autre mécanisme peut-être, la continuité des opérations, la simplification, la réduction des manipulations de la matière première en cours de fabrication, grace a ce fait que la partie tournante, le revolver de ce tour.peut venir mettre au travail des pièces actives de forme diverse, susceptibles de jouer un rôle varié elles-mêmes; il donne le moyen de pratiquer sur la barre d'acier brut, le rondin, presque toutes les opérations nécessaires à la fabrication de l’obus, le perçage, le forage, 1 alésage intérieur, le tournage extérieur, suivi du sectionnement qui va saigner, c’est-à-dire isoler le tronçon ainsi traité; ce tronçon se présentant alors, à la fin des opérations successives, sous la forme sinon cl’un obus fini, du moins d’une ébauche qui ne nécessitera plus qit un finissage rapide, en même temps que ries vérifications, bien entendu.Un tour travaillant de cette sorte, si on lui fournit trois équipes d’ouvriers, de façon à ce que le travail puisse être ininterrompu durant les 24 heures, grâce à des équipes unitaires de 8 heures, pourra fabriquer, toutes les 40 minutes, un de ces obus ébauché.Le temps nécessaire est sensiblement plus élevé quand on divise les opérations entre une machine à tronçonner il abord, puis des machines à percer, qui se livrent à des opérations successives, mais qui nécessitent un déplacement de ce tronçon on cours de fabrication.Le forage intérieur est toujours terminé par un tour de précision qui amène le creux intérieur exactement à la profondeur voulue.Mais, de toute manière, il faut donner une forme ogivale à la partie supérieure de cet obus, qui se présentait sous la forme d'un cylindre, de par son origine même, puisqu il a été taillé dans un rondin d’acier cylindrique.Il est vrai que pour cela on peut recourir à une presse, à une sorte de marteau le plus souvent à commande hydraulique, qui permet de traiter 120 de ces obus à l'heure; chacun d’eux devant être au surplus chauffé a bonne température dans un four spécial où l’on met simultanément une série d’une vingtaine de ces obus; cette élévation de température est absolument nécessaire pour donner à 1 acier la malléabilité nécessaire pour que le métal puisse prendre, sans se briser, lu forme ogivale de la matrice dans laquelle il sera comprimé par le marteau.Par la même opération on menage à la L’INDUSTRIE DE LA GUERRE ET LES MUNITIONS 15 partie supérieure de l’obus une ouverture dans laquelle on logera la fusée, par laquelle on introduira l’explosif.La presse a beau façonner ainsi 120 pièces à l’heure, comme nous le disions; il n’en est pas moins vrai qu’il faut un outillage et un personnel énormes pour pouvoir comme dans certaines usines installées spécialement dans ce but, arriver à fabriquer complètement un millier de shrap-nells à l’heure.Le métal ayant reçu la forme ogivale, il faut lui donner plus de dureté, et on va le chauffer à nouveau dans un four spécial pour le tremper ensuite de manière à élever sa résistance; et à faire que l’explosif détonant dans sa cavité intérieure projette violemment les parois en les rompant, en raison même de cette résistance.Il ne faut pas que l’obus se déchire ou s’épanouisse; il est essentiel qu’il se fragmente en morceaux qui deviennent autant de projectiles redoutables, complétant l’œuvre des balles de shrapnells, s’il s’agit d’un shrapnell, ou agissant par eux-mêmes s'il s’agit d un obus non chargé de balles.Ce qui n’empêche pas, du reste, qu’il faut encore recuire l’obus après sa trempe, pour qu’il devienne moins cassant: nouvelle opération qui nécessite du temps, des manipulations, un personnel, un outillage, ce recuit se faisant dans des fours donnant une température nettement déterminée.La complication de la fabrication et sa lenteur relative (cette lenteur correspondant en fait a une rapidité vertigineuse, si Ion tient compte de tout) s’accentuent encore du fait qu il faut minutieusement surveiller les qualités obtenues par la trempe, par le recuit, constater exactement quelle est la dureté du métal des parois de l’obus; sans doute, ces vérifications, assurées par des appareils mathématiquement combinés et construits de façon admirable, peuvent se faire très vite sur une série d'obus; mais il faut toujours songer aux milliers et aux milliers de projectiles que la moindre usine doit livrer dans sa journée.Si mécanique, automatique et par conséquent sûr que soit le fonctionnement des outils, des tours que l’on a employés pour travailler le tronçon primitif d’acier à l’intérieur et à l’extérieur, il est essentiel que l’on se défie des erreurs ou des inégalités possibles; il faut que cet obus soit exactement calibré, que les parois soient partout de la menu épaisseur, que son centre de gravité soit exactement dans son axe, pour que, lancé par la bouche à feu, il suive exactement la trajectoire qu’on veut lui imposer.On ne doit pas oublier non plus qu’une partie essentielle de cet obus c’est la fusée qui se fixe dans le trou supérieur de l’ogive de l’obus à l’aide d’un filetage; cette fusée comporte une série de pièces délicates, tournées, taillées, évidées, puis un dispositif d amorçage 16 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE très complexe lui-même avec ses ressorts, ses percuteurs.Tout cela ne peut se faire qu’avec beaucoup de soin, parce que la fabrication doit être exacte, précise; et la mise à contribution de machines perfectionnées n’empêche pas que chaque petit organe réclame un travail relativement long et très compliqué.11 faut savoir, de même, que souvent, la partie ogivale de l’obus est formée d’une portion métallique rapportée, obtenue elle-même par tournage ou par emboutissage; elle doit être munie d’un pas de vis servant à la fixer sur l’obus, une fois que celui-ci a été rempli de l'explosif et des balles, si c’est un shrapncll; et ce pas de vis, comme le filetage intérieur des parois demeurées verticales de l’obus, nécessite un travail au tour long et minutieux.Quand l’ogive est obtenue par I ogivage à chaud sous la presse, il est absolument indispensable qu’un tournage ultérieur vienne régulariser cette ogive, de même qu’un finissage est indispensable pour toute la surface extérieure du projectile, à cause de la symétrie parfaite qu’il doit présenter.Il ne faut pas oublier non plus qu’on essaye, l’étanchéité du cylindre métallique, en lui faisant subir une pression énorme: il est en effet essentiel que des éclatements prématurés ne se produisent pas.11 faut songer également à la nécessité où l’on est, avec des projectiles lancés par des bouches à feu rayées, de munir la partie arrière de I obus d une ceinture, en cuivre le plus généralement, qui ne peut être mise en place que dans un logement, dans un évidement taillé dans le metal du culot de l’obus; là aussi la machine intervient comme de juste; de même que c’est elle qui place dans cet évidement, qui y coince la ceinture en cuivre, en la tournant ensuite extérieurement.Le pins souvent, chacune de ces opérations ne réclame que quelques minutes; mais, à cause même de la série, des manipulations et travaux successifs que doit subir le tronçon d'acier primitif pour devenir obus, on arrive néanmoins à un temps total de fabrication assez respectable, trop prolongé certainement si l’on songe aux désirs des artilleurs.Xotons que l’existence de cette ceinture de cuivre destinée à recevoir les rayures, les empreintes cpù obligent l’obus à tourner sur lui-même dans l’intérieur du canon et surtout dans son déplacement a travers l’atmosphère, montrent que, pour répondre à la débauche de munitions, il ni* faut pas seulement de I acier: il faut encore du cuivre, et cela en quantité d’autant plus considérable (pie ce n’est pas seulement la ceinture, mais, normalement aussi, la fusée qui demande cette matière première.Les Allemands l’ont, il est vrai, remplacée généralement dans leurs obus par l’aluminum, parce que le cuivre leur manquait quelque peu; mais la présence de ce métal léger a l’extrémité antérieure de l’obus entraine certainement des défauts d’équilibre, et le recours à l’aluminum n’est qu’un pis-aller, l'industrie de la guerre et les munitions 17 Nous devons dire qu’une simplification importante s’est faite dans la fabrication des obus de petit diamètre, en substituant, dans bien des pays, l’emboutissage à la taille au tour et au forage intérieur, pour l’obtention de la forme extérieure générale et surtout de l’évidement intérieur de l’obus de campagne.Il suffira de chauffer à bonne couleur le lopin comme on dit, le tronçon d’acier; on le placera ensuite sous le pilon d’une presse spéciale à emboutir que l’on munit d’un poinçon de forme convenable; et sous l'influence de la pression, ce pilon, pénétrant à l'intérieur du tronçon maintenu extérieurement par une sorte de moule, donnera en une seule opération de travail à chaud, de pétrissage pour ainsi dire, la cavité convenable.Il faut du reste toujours tourner le cylindre métallique obtenu et le livrer à toute une série d’opérations .’ nées pour obtenir l’exact équilibre, la forme non moins exacte de l’obus et la sûreté de son déplacement dans l’air, à la suite du tir.Bien entendu, les gros obus se consomment avec moins d’intensité que les petits, on n’a pas besoin de les multiplier de la même façon; leur action est une action toute concentrée, si l’on nous passe le mot très industriel et par conséquent de circonstance ici; mais la fabrication de ces gros obus est longue et lente; il faut, non seulement fondre l’acier formant la matière première en un énorme lingot, mais le soumettre ensuite à un forgeage qui lui donnera de l’homogénéité; parfois la masse ainsi obtenue sera étirée suivant un procédé curieux servant à la fabrication des corps creux que nous pouvons appeler pacifiques; mais, plus souvent aussi, l’énorme lingot d’acier forgé et reforgé sera alésé, creusé, tourné intérieurement et extérieurement sur un tour spécial d énormes proportions et le temps de ces opérations successives sera beaucoup plus long que quand il s'agit d'un petit obus de 7ô millimètres de diamètre.La fabrication de la fusée est plus longue également que pour les petits obus, à cause de sa masse même.Il faut du reste toujours ajuster à la pointe de l'ogive d’un gros obus, surtout ’ ’ s’agit d’un projectile rie marine destiné à traverser des cuirassements, une masse d’acier doux formant une sorte de “coiffe” qui soutient la pointe de l’obus au moment du choc contre le blindage.La fabrication de la balle du fusil ou de la balle rie la mitrailleuse est autrement simple que celle de l’obus; cette balle peut être coulée; elle est constituée d’un métal, ou tout au moins recouverte d'une chemise métallique qui pouvant prendre l’empreinte des rayures du fusil, n’oblige point à disposer une bande de cuivre a l’extérieur de cette balle.Kilo sera souvent en laiton massif, comme eVst le cas de la balle française; elle pourra être également en plomb 0131 15 18 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE additionné d antimoine; avec chemise de laiton ou d'un autre métal.En tout cas, comme nous le disions, sa fabrication est simple, rapide; mais ici, ce n’est plus par milliers, dizaines de milliers ou même centaines de milliers qu’il faut compter les projectiles; c’est par millions, surtout si l’on tient compte du tir des mitrailleuses, qui, avec leur débit formidable, arrivent dans un espace de temps extraordinairement court à consommer des approvisionnements de projectiles, qu’on peut vraiment qualifier d’invraisemblables.Bien entendu, le projectile est toujours complété par la garasse, le logement métallique dans lequel on met l’explosif destiné a assurer la propulsion de ce que nous appelions tout à l’heure le piston vulnérant, à lancer, par déflagration de la poudre et formation brusque de gaz.le projectile hors de la bouche à feu et à bonne distance, dans la bonne direction.A la vérité, la préparation de ces gargousses n’est pas extrêmement compliquée.C’est toujours par des emboutissages successifs qu’on les obtient, en déprimant de plus en plus profondément une feuille de métal se présentant d’abord à plat.Nous sommes ici véritablement en face d une fabrication industrielle, car cette production par emboutissage des gargousses ressemble étrangement à la fabrication des boîtes métalliques, qui se fait maintenant à un prix extraordinaire de bon marché, parce qu’elle s'exécute à peu près entièrement à l’aide d’une machine unique faisant toutes les opérations successives nécessaires à la transformation d’une feuille plate en un récipient creux de forme variable.En outre de 1 explosif, ou plutôt des poudres diverses (pii servent a la fabrication des munitions et qui ont nécessité un développement extraordinaire de l’industrie chimique, il faut, pour subvenir aux besoins de la guerre, fabriquer pour les shrapnolls les balles spéciales auxquelles nous avons fait allusion, et (pii sont logées en nombre déterminé, suivant un dispositif minutieusement étudié, dans la cavité intérieure des obus destinés à éclater en l’air, en répandant une véritable pluie mortelle, suivant un cône également étudié avec le plus grand soin par les artilleurs.C’es balles de shrapnclls sont souvent formées d’un alliage de plomb et d’antimoine, tout comme les balles de bien des fusils de guerre; mais on peut également les faire en fonte.Et, en tout cas, leur fabrication ne nécessite pas la précision, c’est-à-dire l’outillage que nous avons vus nécessaires dans la production des munitions, de l’obus principalement.Les efforts de 1 industrie mise nu service de l’industrie spéciale de la guerre ont dû être à peu près aussi considérables pour la fabri- l’industrie de la guerre et les munitions 10 cation des explosifs, des poudres destinées à lancer ou à faire éclater le projectile que pour la fabrication même du corps creux que constitue l’obus.Nous n’avons pas à rappeler que ces explosifs sont des matières solides qui peuvent brusquement, sous telle ou telle influence, sous telle ou telle “surexcitation”, produire des gaz, se décomposer brusquement, de manière à occuper, brusquement aussi, un volume très grand, beaucoup plus grand que celui qu’elles occupaient d’abord; comme conséquence les substances explosives ont tendance à projeter les objets matériels qui font obstacle à l'expansion des gaz (pii résultent de leur explosion.En principe, l'action dont il s’agit s’exercera aussi bien sur les parois de la bouche à feu, que sur le culot de l’obus se trouvant dans l’âme de la pièce et faisant obstacle à cette expansion des gaz.C’est précisément la science de la balistique et de l’artilleur que de diversifier les poudres, les explosifs, en réservant à la propulsion de l’obus des poudres qui ne soient pas susceptibles d’exercer sur les parois du canon des effets brisants, trop violents et se gardant les produits à effet brisant pour l'intérieur île l’obus, et pour le moment où son éclatement devra être provoqué.Dans cette fabrication des explosifs et des poudres de guerre, poudres de propulsion et poudres d’éclatement, nous ne trouvons pas la machinisation aussi avancée ni aussi importante que pour la fabrication ries projectiles mêmes.Mais nous sommes en présence de deux phénomènes curieux.D’une part, il faut absolument y employer des explosifs qui, comme la dynamite et ses dérivés, ont joué et jouent un rôle précieux dans l’industrie pacifique du creusement des canaux, des chenaux, des tunnels, des ports, de l’établissement des voies ferrées; d’autre part on fait une consommation énorme, correspondant à la consommation des munition' envisagée dans son ensemble, de produits chimiques divers qui sont eux-mêmes le résultat d’industries extrêmement pacifiques, tel, par exemple, le toluol extrait des groudrons provenant de la distillation de la houille pour la fabrication du gaz; telle la glycérine, résultat de l’industrie îles savons, etc.Nous n’avons pas besoin de rappeler que toutes les explosions sont productrices de gaz cherchant à occuper le plus rie place possible, à chasser les obstacles qui s’opposent à leur expansion, à jouer le rôle d’agents moteurs.C’est en somme une combustion, mais se produisant, dans des conditions particulières; c’est la combinaison d’un corps combustible avec l’oxygène, produisant des gaz.Comme le disait du reste si bien il y a quelques mois M.Charles Nordmann, on peut réaliser une variété extrême d’explosifs; on utilise le plus généralement l’azote et ses composés qui apporteront 20 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE F oxygène nécessaire à cette combustion explosive sous la forme de l’acide nitrique des nitrates; on peut utiliser également le chlore dans le même but, et l'on se sert d’autre part de combinaisons de carbone et d’hydrogène.Le tout est de savoir comme nous le laissions entendre, employer, suivant h' cas, un explosif qui ne dégagera pas tout d’un coup, trop brusquement, toute son énergie en faisant éclater la bouche à feu, ou au contraire un explosif de ce genre, (pii produira l’effet voulu, au moment voulu, à l’intérieur de l’obus.Au surplus, les mêmes explosifs exploseront de façon diff-rente suivant la manière dont on provoquera leur explosion.Et c’est là précisément que les efforts industriels, scientifiques, techniques se sont exercés et se poursuivent avec une intensité extraordinaire, pour répondre aux besoins de munitions de la guerre moderne.Il faut le coton-poudre, c’est-à-dire la poudre sans fumée, dont la véritable découverte sous sa forme spéciale a été faite par le chimiste français Vieille; coton-poudre qui résulte d’un traitement compliqué du coton.Sans doute, ce coton n’est que de la cellulose, mais de la cellulose particulièrement pure et.quand on veut employer une autre cellulose à la fabrication des munitions, comme l’a montré si bien l’illustre chimiste anglais Kamsay, on voit la puissance balistique diminuer; en tout cas, la régularité de l’explosif, de la poudre, disparaît le plus souvent, et l’on ne peut plus compter sur cette précision si indispensable en matière d’artillerie.Souvent le coton-poudre, le fulmi-coton, est additionné de nitro-glyeérine.Il faut d’ailleurs, pour la préparation de ces poudres propulsives, non seulement de l’alcool et de l’éther, mais encore de l’acide nitrique et, enfin, de l’acide sulfurique servant à traiter le coton pour le transformer en une sorte de collodion.On voit toutes les industries qui ont été mises à contribution, rien que pour la préparation de ces poudres propulsives, industrie chimique, agriculture, etc.Pour ce qui est de l’acide nitrique, il s’est produit une sorte de captation des progrès industriels généraux au profit de l’industrie de la guerre, quand on a commencé à employer l’azote de l’air pour se procurer l’acide nitrique qui provenait jadis partout du traitement des nitrates du Chili.Nous avons tout à l’heure fait allusion à l’industrie de la distillation de la houille, l’industrie des usines à gaz ou des usines à coke fournissant d’une part le phénol, qui, traité par l’acide nitrique, donnera l’acide pi-crique, cet acide picrique étant la base essentielle de la fameuse mélinite française dont on charge nos obus.C’est aussi cette industrie du gaz, la distillation de la houille, qui fournit le toluol, lequel, traité par l’acide nitrique, donne le trinitrotoluol, employé couramment par les Allemands au chargement de leurs obus, et qui paraît donner de bien moins bons résultats que la mélinite. L’iNDUSTRIE DE la GUERRE ET LES MUNITIONS 21 Si notre lecteur a eu la patience de nous suivre, il nous a peut-être trouvé long; et cependant, dans cette débauche de munitions à laquelle on se livre, nous avons oublié les projectiles à main, les grenades qui font merveille, c’est-à-dire qui détruisent tant d’existences; et aussi les bombes, les torpilles aériennes; les unes et les autres peuvent être chargées de cette vulgaire poudre noire que I on a crue un instant appelée à ne plus être employée, ou encore de certains explosifs qui, normalement, sont utilisés dans l’exploitation des mines ou des carrières.Rien que l’on ne puisse guère, en la matière, encore moins que pour les projectiles des canons, se livrer à aucun relevé statistique digne de foi, de vraisemblance, on peut pressentir, d’après les quelques chiffres que nous avons donnés plus haut, à quel débordement on finit se livrer, de tranchée à tranchée, dans l’emploi des projectiles à main ou des projectiles lancés à très faible distance.On comprend, dans ces conditions, quelle activité doivent présenter toutes les industries, toutes les usines se livrant à la fabrication des projectiles les plus divers, représentant chacun des efforts techniques et industriels que l’on ne saurait trop déplorer de voir consacrés à pareille œuvre.Daniel Bellet, Professeur à l'Ecole des Sciences politiques et à l’Ecole des Hautes Etudes Commerciales de Paris. L’ÉVOLUTION DES SYSTÈMES DE MUTUALITÉ L’importance de la mutualité comme facteur économique s’est imposée de façon magistrale au cours de la dernière décade.Les enquêtes sensationnelles faites aux Etats-Unis et au Canada sur les systèmes et les opérations des diverses compagnies et sociétés d’assurance-vie autorisées par l’Etat, ont provoqué le plus grand intérêt chez les économistes, et elles ont donné lieu à des modifications importantes dans les systèmes, défectueux sous plusieurs rapports, d’un grand nombre de ces associations.L’une des principales conséquences de ces enquêtes fut la présentation, dans les législatures de plusieurs Etats, de projets de loi obligeant les sociétés de secours mutuel qui promettent de payer une somme déterminée au décès de leurs membres, d’imposer une contribution suffisante et basée sur des calculs scientifiques qui les mette en mesure de remplir en tout temps leurs engagements.La législation modèle proposée aux sociétés de ce genre porte le nom de “Mobile Bill”, en mémoire de son endroit d’origine, et fut adoptée le 28 septembre 1910 dans une réunion conjointe des commissaires d’assurance des divers Etats de la république voisine et des représentants des sociétés fraternelles, tenue à Mobile, capitale de l’Alabama.Il était grand temps en effet, de mettre un peu d’ordre dans les systèmes “va comme je te pousse” qui avaient jusqu’ici servi de base à un grand nombre de sociétés, si l’on voulait éviter le cataclysme financier qui ne pouvait manquer de se produire un jour ou l’autre au détriment du prolétaire, celui de tous les éléments de la société qui a le plus besoin d’être protégé.Le magistrat, l’industriel, le commerçant, aussi bien que l’ouvrier, tous ceux en un mot dont l’activité intellectuelle ou physique est la condition nécessaire de la subsistance de la famille, ont le devoir de se mettre à l’abri des mille et un accidents qui peuvent empêcher cette activité de s’exercer, soit temporairement comme dans la maladie, soit finalement par la mort.Mais, tandis que les premiers peuvent, à raison de leurs études, de leur expérience des affaires et de leurs ressources pécuniaires, faire un choix judicieux du genre de protection qui leur convient le mieux, il n’en est pas ainsi de l’ouvrier, incapable de faire par lui-même la comparaison scientifique des divers systèmes, et qui l’évolution des systèmes de mutualité 23 doit, en outre, tenir compte de la modicité de son budget, de la facilite dans le versement des contributions et des diverses formes ciue prendra pour lui l'adversité, maladie, chômage, vieillesse ou décès.De là naquit chez lui l’idée du “secours mutuel”.A l'origine, cette idée ne fut pas complexe; l’histoire des associations “fraternelles” dans tous les pays nous en fournit la preuve.Soit qu’il s’agisse des Eranoi de la Grèce, des Collegia de Rome, des Gremios d’Espagne, des Selbst-Hülfe d’Allemagne, des Ghildcs Scandinaves ou saxons, des Friendly Societies d’Angleterre, ou des Corporations de Métiers en France, nous ne trouvons d’abord que des groupements restreints de personnes de même condition sociale, ayant les mêmes croyances et les mêmes intérêts, réunies ensemble pour l’exercice du culte, pour la défense de leurs droits, pour se réjouir d’événements heureux ou se consoler dans l’adversité, pourvoir aux funérailles des membres décédés; pins tard accorder des secours pécuniaires en cas de maladie, vieillesse ou chômage forcé, et finalement, pour subvenir aux besoins immédiats de la famille dont le chef affilié disparaît.Dans la plupart des pays européens, mais surtout en France, ces associations ont conservé le caractère “familial” de leur origine, tant par le nombre restreint de leurs adhérents respectifs que par l’homogénéité des éléments qui les composent, et par le champ de leur activité.Aussi le terrain était-il tout préparé à recevoir favorablement les théories attrayantes de fraternité sociale proposées par Fourier au lendemain de la révolution française, mais l’égoïsme naturel de l’homme n’a pas tardé à démontrer l’inanité des phalanstères.Aussi le fouriérisme est-il destiné à rester longtemps à l’état d’utopie, tandis que, dans la mutualité bien comprise, l’intérêt personnel marchant de concert avec l’assistance fraternelle, les sociétés de secours mutuel progressent à pas de géant.Au premier Congrès International de la Mutualité, tenu à Paris en 1900, on comptait en France un effectif de 2,400,000 mutualistes répartis dans 14,500 sociétés diverses, avec un avoir de 300,000,000 de francs (y compris l’épargne de la mutualité scolaire), soit une moyenne de 1G5 membres par société, et de 125 francs ou 25 dollars d’actif par tête.La plupart de ces sociétés sont purement locales, et ne comptent que de 25 à 50 membres chacune; leur activité s’étend à toutes les sphères de l’assistance fraternelle, depuis la mutualité scolaire, les sociétés co-opératives de consommation et l’assurance contre le chômage involontaire, jusqu’aux secours en cas de maladie, pensions de retraite et assurances en cas de décès. 24 KB VUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Leur fonctionnement, est soumis aux dispositions de la loi organique du 1er avril 1898, et elles sont classées en “sociétés simplement autorisées”, en “sociétés approuvées” ou en “sociétés reconnues d’utilité publique”, selon qu’elles remplissent plus ou moins complètement les conditions de cette loi.Mais c’est en Angleterre et aux Etats-Unis surtout que les sociétés de secours mutuel ont pris le développement le plus considérable, et qu’elles constituent un des éléments les plus importants de l’assiette économique de la famille.Aussi, est-ce de celles-là que nous nous occuperons principalement.Laissant de côté les Guilds du moyen-âge et les Burial Clubs, dont l’examen n’offrirait qu’un intérêt archéologique, nous trouvons que, dès la suppression de ces associations surannées, qui a eu lieu au commencement du XVIIe siècle, se fondèrent les premières Friendly Societies cpii établirent des souscriptions volontaires pour venir en aide à leurs membres, tout en maintenant certaines traditions de leurs devancières, telles que les fêtes religieuses annuelles et les funérailles pompeuses des sociétaires.L’esprit de caste existait cependant encore chez quelques-unes d’entre elles, et c’est ainsi que la société de Lintot, fondée à Londres en 1708, par un réfugié huguenot, n’admettait que des membres de son église, et que la charge de secrétaire en fut détenue par un membre portant le nom île Lévesque aussi longtemps qu’il a pu s’en trouver.La plupart ouvrirent cependant leurs portes aux personnes de toutes conditions, et ne tardèrent pas à acquérir une puissance formidable, comme Y Ancient Order nj Foresters et la Manchester Unity of Odd Fellows, cpii comptent chacune plus de 600,000 membres.En 1793, le parlement anglais ; ' a, sur l’initiative de Sir George Rose, une loi qui consacrait officiellement l’existence de ces sociétés et (pii pourvoyait à leur encouragement ; des modifications suggérées par l’expérience furent apportées à cette loi en 1819, 1829, 1850, et finalement, une commission royale, formée sous la présidence de Sir Stafford Northcote, fit une étude élaborée de toutes ces questions, entre 1870 et 1874, et condensa le résultat de ses travaux dans l’Acte de 1875 qui divisait les Friendly Societies en 13 catégories, et les définissait comme suit: “Societies established to provide by voluntary subscriptions “of the members thereof, with or without the aid of donations, “for the relief or maintenance of the members, their husbands, “wives, children, fathers, mothers, brothers or sisters, nephews “or nieces, or wards being orphans, during sickness or infirmity, “whether bodily or mental, in old age or in widowhood, or for the > 89 l'évolution des systèmes de mutualité 9.T “relief or maintenance of the orphan children of members during “minority: for insuring money to be paid on the birth of a member’s “children, or on the death of a member, or for the funeral expenses “of the husband, wife or children of a member, or of the widow “of a deceased member, or as respects persons of a jewish persuasion for the payment of a sum of money during the period of “confined mourning; for the relief or maintenance of the members “when on travel, in search of employment, or when in distressed “circumstances, or in case of shipwreck or loss or damage of, or to “boats or nets; for the endowment of members or nominees of “members at any age; for the insurance against fire to any amount, “not exceeding fifteen pounds, of the tools or implements of the “trade or calling of the members”; les contrats étaient limités à 50 livres pour les annuités, et à 200 livres pour l’assurance.Celle île ces catégories qui est la plus répandue, tant en Angleterre qu’en Amérique, renferme les sociétés désignées sous le nom de Affiliated Societies, parce que les divers groupes qui en font partie sont “affiliés” les uns aux autres sous la régie d’un corps central composé des délégués des divers corps locaux élus d’après le système représentatif anglais.Ces groupes locaux sont désignés sous le nom de Lodges, Courts, Tents, Circles ou Councils; ils perçoivent les contributions des membres et les transmettent au bureau central qui distribue les secours.Ils sont “affiliés” les uns aux autres par intérêt commun, et leurs membres se reconnaissent entre eux par des mots de passe et des signes secrets qui ne leur donnent, à vrai dire, que l’illusion d’être membres d'une “société secrète”, puisqu’en pratique, ils invitent même les journalistes à assister à leurs assemblées pour en publier des comptes rendus.On attribue la formation des sociétés de ce genre aux légendes populaires du brigand-gentilhomme Robin Hood, qui forçait les puissants à réparer leurs torts envers les petits et les faibles, pour disparaître ensuite avec ses merry-men dans la forêt de Sherwood, dès que la justice se lançait à leur poursuite.Le secret de leur retraite et celui de l’identité des membres de la bande était si bien gardé qu’ils pouvaient exercer leurs déprédations et leurs représailles sans crainte de délation; le peuple les regardait comme ses protecteurs naturels contre les exactions des grands.Les contributions pécuniaires des membres de ces associations n’ayant pas à l’origine été établies sur des bases scientifiques, mais plutôt pour répondre aux besoins du moment, il va de soi que les systèmes financiers des vieilles sociétés étaient extrêmement défectueux, et qu’ils ont dû subir de profondes modifications qui 2(3 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE leur ont été suggérées par l’expérience; aussi, n’est-ce qu'après de nombreux tâtonnements qu’ils ont pu se perfectionner.On se contentait d’abord de passer le chapeau parmi les camarades chaque fois que le besoin s’en faisait sentir, comme dans le cas de maladie, chômage, décès, incendie ou autre accident qui mettait la famille dans la détresse, et le produit de cette collecte lui aidait à traverser les mauvais jours.Bientôt cependant on trouva de graves inconvénients à ce système, qui créait une charge trop lourde à supporter lorsque le sort amenait une répétition trop fréquente d’appels, et il se produisait parfois, dans le résultat des diverses collectes, des inégalités qui constituaient de véritables injustices pour les membres.On décida donc l’égalité des contributions.En même temps, le nombre des membres de la société prenant des proportions importantes, on décida de restreindre à une somme fixe, répartie entre tous les sociétaires, le chiffre des secours à verser; puis d’échelonner les cotisations à dates périodiques, afin d’en rendre le paiement plus facile, le surplus des sommes requises pour le secours restant entre les mains d’un trésorier pour les besoins futurs.Enfin, on établit, sur le système des moyennes et des probabilités basées sur l’expérience du passé, une échelle de contributions périodiques d’un chiffre suffisant pour rencontrer en tout temps les obligations contractées par la société envers ses membres.Tant que l’effectif des sociétaires augmenta, il en fut ainsi des fonds accumulés, mais lorsqu'il devint stationnaire, et surtout lorsqu’il se mit à décliner, la prospérité apparente des associations subit la même dépression, et plusieurs sociétés, incapables de rencontrer leurs obligations, durent suspendre leurs opérations.Le remède à appliquer se composait, en autant du moins qu’il s’agissait de l’assurance en cas de décès, de deux éléments principaux: la sélection médicale des membres participants à ces bénéfices, et le calcul scientifique des contributions à payer, en se basant sur les moyennes de la durée probable de la vie.Des experts établirent mathématiquement le calcul des probabilités basé sur l’expérience de la mortalité, et fixèrent le chiffre des contributions nécessaires au paiement des bénéfices promis par les sociétés.Ces contributions doivent être mises à part des revenus de toute autre source, n’être jamais détournées de l’objet pour lequel elles ont été versées.Cette règle doit être observée pour les engagements de toute sorte que prennent les sociétés.Quant aux compagnies d’assurance sur la vie, il est pourvu à la mise en disponibilité des fonds nécessaires au paiement de l’assu- l’évolution des systèmes de mutualité 27 rance par le calcul des “réserves” que l’autorité administrative de l'État surveille avec un soin jaloux.Pour permettre de contrôler l’intégrité de leurs fonds et la légitimité de leurs opérations, les sociétés anglaises sont tenues de faire au gouvernement un rapport annuel, attesté sous serment par leurs officiers, et, tous les cinq ans, elles doivent soumettre au Board of Trade & Plantations (Commission permanente et auxiliaire du ministère du Commerce anglais) le bilan de leurs sociétés financières, contenant, en plus de leur actif et passif actuels, l’évaluation des recettes futures (pie leur apportera la rentrée des contributions en regard des obligations à rencontrer envers leurs membres.Le certificat de solvabilité qui leur est alors délivré par le Board of Trade permet au publie d’accorder pleine confiance aux sociétés à qui il est décerné.Les puissantes sociétés anglaises ont naturellement implanté des succursales aux colonies, et aux Etats-Unis, mais, en raison des difficultés de communication avec un bureau central établi au delà des mers, et de diverses questions d’administration interne ceux-ci ont finalement proclamé leur indépendance en mutualité, comme ils l’avaient fait sur le terrain politique un siècle auparavant.Ce mouvement remonte au plus à 50 ans, mais les nombreuses sociétés mutuelles établies vers cette époque et pendant plusieurs années par la suite, tant aux Etats-Unis qu’au Canada, ont malheureusement été fondées “au petit bonheur”.Leurs fondateurs étant des gens de grand cœur plutôt que des mathématiciens, ont commis la faute de promettre à leurs membres plus de bénéfices que leurs revenus ne permettaient d’en donner.Aussi avons-nous assisté depuis quelques années à des rajustements de contributions qui ont créé des commotions profondes chez la plupart des intéressés.Les membres de ces sociétés qui ont payé, pendant 10, 20 ou 30 ans, des contributions insuffisantes, doivent rétablir l’équilibre en versant maintenant, non seulement les arrérages qu’ils auraient dû payer, mais en outre l’intérêt que ces sommes auraient rapporté à la société, s’ils veulent que celle-ci soit en mesure de remplir en tout temps ses obligations envers eux.Une certaine injustice résulte pourtant, envers les sociétaires actuels, du fait que les membres décédés, qui n’avaient versé, comme eux, que des contributions insuffisantes, ont pu transmettre à leurs familles les bénéfices autrefois garantis, sans avoir à supporter leur part du rajustement; parions, cependant, que les mutualistes survivants qui sont ainsi “maltraités” hésiteraient à changer leur sort pour celui de leurs confrères “privilégiés”. 28 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Ce genre de sociétés a pris un essor phénoménal aux Etats-Unis et au Canada.On peut en juger par le fait que les 85 sociétés fédérées sous le nom de National Fraternal Congress uf America comptaient, au 1er janvier 1915, plus de cinq millions cl demi de membres participant aux bénéfices sociaux seulement, soit une moyenne de 65,000 membres bénéficiaires par société, (l’une d’elles, “The Modem Woodmen of America”, comptant à elle seule 923,136 membres bénéficiaires), avec une encaisse de $105,652,132.42 et la somme énorme de 81,096,935,582.30 payée en secours de toutes sortes depuis la date de leurs fondations respectives, dont la plus ancienne remonte à 1807.Remarquons en outre que cette federation étant purement volontaire, elle ne comprend qu’une partie des sociétés en question; aux Etats-Unis seulement, on compte, en dehors de ce Congrès, 103 sociétés avec un effectif de 2.772,000 membres.Au Canada, les sociétés de secours mutuel, vieilles tout au plus de quelque 60 ans, ont subi l’évolution des divers systèmes que nous avons rapidement esquissés ci-dessus.Fondées à 1 origine, en cercles restreints, parmi les corporations de métiers comme en France, elles ont peu à peu étendu leurs sphères d action et modifié leurs systèmes suivant les données des sociétés anglaises et américaines, au point de devenir aujourd’hui de véritables sociétés d’assistance universelle, offrant à tous indistinctement les bénéfices de l'assuranee-vie, les secours en cas de maladie, en cas d’invalidité accidentelle ou sénile, l’assistance fraternelle, tant en argent qu’en aide morale, le tout réglé mathématiquement par des experts.Nous avons un exe typique de cette évolution dans la Société des Artisans Canadiens-Français, établie en 1854 parmi les charpentiers et menuisiers canadiens-français de Montréal, et qui languit dans le cercle restreint d’une fraternité intime jusqu’en 1877; un élément plus progressif en ouvrit alors les portes à tous les artisans canadiens-français et, aujourd’hui, toutes les classes de la société peuvent en faire partie.Le système financier en vigueur à l’origine de cette société consistait en une contribution de 81.00 versée par chaque membre au décès d’un confrère; le produit de la collecte faite à l’occasion du premier décès survenu en 1880.rapporta aux héritiers la somme de $47.00.Lorsqu on entrevit que, le jour où le nombre des membres dépassant 1000.le produit des contributions deviendrait anormal, il fut décidé de limiter le montant des bénéfices payables au décès à la somme de $1,000.00, et de prélever cette somme par une coti- 46 l'évolution des systèmes de mutualité 29 sation répartie sur tous les membres; ce chiffre ayant été atteint en 1888, la première cotisation fut de 85 cts par membre.Le système des appels de cotisation au moment de chaque décès présentant des difficultés de plus en plus grandes à mesure que le nombre des membres augmentait, il fut établi en 1902, une moyenne, et chaque membre fut appelé à payer une contribution mensuelle qui n’était alors qu’approximative.Kn 1904, un expert fut appelé û soumettre aux membres un projet de rajustement des taux de contribution basé sur des calculs scientifiques; ce projet fut adopté en 1907, et, après divers tâtonnements, une échelle définitive de contributions fut mise en vigueur en 1912.La société compte aujourd'hui 41,842 sociétaires, avec une encaisse de 83,152,947.79 (au 31 décembre 1915), l’évaluation de son budget se fait comme dans les compagnies régulières d’assurance sur la vie, et permet aux membres de compter avec certitude sur le paiement intégral des bénéfices promis.En 1907, le gouvernement du Canada fit une enquête sur la situation et les opérations des compagnies d’assurance sur la vie; cette enquête s’étendit aux sociétés fraternelles soumises à son contrôle, mais, comme la plupart relèvent des législatures provinciales, il n’v en eut que quatre dont le système et les opérations passèrent au crible de la commission d’enquête.La plupart des sociétés de secours mutuel échappent donc à l’inspection et au contrôle du gouvernement canadien, parce qu’elles relèvent des autorités provinciales et, comme ce contrôle ne peut s’exercer avec autant d'efficacité ni d’uniformité par les gouvernements locaux, il serait désirable qu’aux Etats-Unis, aussi bien qu’au Canada, toutes les compagnies et sociétés d’assurance sur la vie, d’assurance en cas de maladie ou contre la vieillesse, fussent soumises à un contrôle effectif et uniforme pour tous les administrés d’un même pays.Il s’agit, en effet, d’une question d’intérêt primordial pour la nation, car l’assurance sur la vie a pris de si grands développements dans le dernier quart de siècle, qu’il incombe à nos législateurs d’asseoir d’une manière absolument sûre cette base de l’avenir écono-m que du pays.Et comme c’est plutôt le peuple qui met à profit cette forme facile de protection que lui offrent les sociétés de secours mutuel en même temps que les mutiples avantages de l’aide fraternelle, c’est lui surtout que l’Etat doit protéger par un contrôle efficace du système et des opérations de ces sociétés.Victor Morin-.De la Société royale. LES BOIS DU CANADA XOS RICHESSES FORESTIÈRES Jusqu’à ces dernières années, le public était resté sous l’impression que les forêts canadiennes étaient inépuisables, et cela, malgré tous les ravages causés par les incendies et les exploitations mal conduites.Cette opinion était basée sur un préjugé, remontant aux premiers colons du pays, et (prêtaient venus fortifier certains rapports faits par des personnages de haute réputation, qui déclaraient avoir constaté que la forêt couvrait encore des étendues immenses, une zone de plusieurs centaines de milles de largeur, et s’étendant, pour ainsi dire, de l’Atlantique au pied des Montagnes Rocheuses.Heureusement, on est revenu de ces idées erronées qui avaient pour base des observations faites au cours de voyages en canot, et nous savons aujourd’hui que nous sommes beaucoup moins riches en bois que nous ne le pensions, car les forêts pouvant donner des produits commerciaux (bois de sciage, pulpe, etc) ne couvrent qu’une superficie évaluée à quelques 414 millions d’acres.On calcule que la province de Québec en renferme 130 millions, Ontario 70.la Colombie Anglaise 100, les provinces du Manitoba, de la Saskatchewan et de l’Alberta, autant à elles trois, tandis que la part du Nouveau Brunswick n’est que de 0 millions, et celle de la Nouvelle-Ecosse de 5 millions seulement.D’après l'Annuaire du Canada 1 la valeur approximative des produits forestiers exploités en 1012, s’élevait à ?182.000,000; (le Québec y contribuant pour environ 30%) ce qui donnerait la troisième place à l’industrie forestière, après les produits manufacturés, $1,165,975,000 et l'agriculture, $603,349,000; les produits miniers occupant la quatrième place avec $122,004,000.2 L’industrie forestière occupe environ 70,000 personnes sans compter celles qui travaillent dans les manufactures de pulpe, de papier, etc., et autres établissements où le bois constitue la matière première.Dans notre province, au moins 22,000 ouvriers travaillent, chaque hiver, à la coupe du bois et on compte au-delà de 2,100 établissements où le bois est travaillé pour être débité en planches, madriers, i Annuaire du Canada, 1913, page ISO - Idem, pages 127 à 230. LES BOIS CANADIENS 31 bois de charpente, ou transformé en pulpe, papier, alcool méthyli-que.etc., etc.La province de Québec est donc particulièrement intéressée à la conservation de ses forêts, à leur amélioration pailles méthodes culturales scientifiques, et au perfectionnement des modes d exploitation, de fabrication et d’utilisation de ses produits forestiers.Ses forêts lui donnent chaque année un revenu de plus de $1,750,000, soit à peu près 20% du total de ses recettes, aussi le gouvernement de la province s’est-il hâté d’établir un service forestier, de fonder une école forestière où se fait le recrutement de ses agents, et même d’organiser une pépinière importante, à Berthier-ville, pour le reboisement des terrains dénudés.Ses efforts dans cette voie ont été appréciés récemment comme suit par l’honorable Monsieur Sifton, président île la Commission de Conservation: ‘‘Le mémoire qui vient d’être présenté nous montre les progrès “remarquables, accomplis dans l’administration forestière de la “Province de Québec.Il prouve que les Canadiens-Français ont “ries idées très pratiques, et, bien qu’il y ait eu beaucoup plus de “discussions, à ce sujet, dans les autres provinces, la province de “Québec a certainement fait mieux, dans le domaine pratique, que "toutes les autres, excepté peut-être, la Colombie-Anglaise.”1 Ainsi que vous pourrez en voir le détail dans le Bulletin No 2 du Service forestier, nos forêts peuvent se répartir en cinq groupes: Forêts privées.0,000,000 d’acres Forêts affermées.44,500,000 “ Réserves cantonales.267,000 “ Lots en location.1,133,000 “ Forêts non affermées.78,000,000 “ Total.120.000,000 “ .le ne m’occuperai pas des forêts privées, qui servent particulièrement à alimenter les industries locales et fournissent un appoint assez considérable dans les exportations de bois de pulpe et de bois de sciage; ni des réserves cantonales destinées uniquement à assurer l’approvisionnement en bois de chauffage des habitants dans un rayon de 20 milles à la ronde; encore moins des bois des lots non encore patentés, vu la condition transitoire de ces terres, appelées à retomber soit dans la première catégorie lorsque le colon obtient ses lettres-patentes soit dans la concession forestière, lorsque le détenteur du billet de location néglige d’accomplir les conditions de i Voir rapport annuel de la Commission de Conservation du Canada de 1915. 32 HE VUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE son centrât.Je ne veux m’occuper ici que des forêts affermées et de celles encore libres de toutes servitudes qui couvrent un ensemble d’environ 122,000,000 d’acres.On nous demande souvent si la coupe effectuée dans les forêts affermées est trop forte et toujours nous répondons non.En effet, on pourrait, sans danger pour l’avenir de la forêt, majorer de 50% la coupe actuelle.Seulement les concessionnaires de terrains forestiers ne peuvent pas augmenter rapidement leur production parce que les concessions faites, de proche en proche, pour fins de colonisation, ont fait peu à peu reculer la forêt depuis la rive du Saint-Laurent, jusqu'aux bassins supérieurs de ses divers tributaires; trop souvent aussi le feu est venu accentuer ce recul, surtout à proximité des nouveaux établissements et dans les régions traversées par les chemins de fer; de sorte que nos exploitants sont obligés, aujourd’hui de s’éloigner toujours davantage de leur base de travail, à la recherche des peuplements, forcément moins riches et moins variés qui sont situés dans des régions éloignées et d’une altitude assez élevée; si bien, que les frais d’exploitation du bois ont augmenté d’environ Gôr, en moins de 10 ans.Même, dans certaines régions, comme au Lac Victoria, par exemple, les frais de transport au marché sont si élevés que l’exploitation ne donne aucun profit.Comme on l’a dit en anglais: “The value of a thing is as much money as it will brine/’, et une pièce de bois qui ne peut rembourser, avec un léger profit, ses frais d’abatage, de tronçonnage et de transport de la forêt jusqu’à l’usine, devrait être être laissée sur pied.Lue assez grande partie de notre territoire forestier se trouve ainsi située que son exploitation n’est plus profitable.Cependant, le développement, graduel de notre réseau de voies ferrées intervient heureusement pour aider l’exploitant forestier; ainsi la construction de Tranconstinental a permis de mettre en coupe les forêts situées dans le haut St-Mauriee, dans le haut cours de la Lièvre et de la Gatineau, ainsi que celles de la région de l’Abbittibi.Ajoutons que si les établissements agricoles suivent d’assez près les exploitations forestières, celles-ci prendront nécessairement un développement considérable.Mais, pour cela, il faut du temps.Il ne sera possible d’établir des exploitations agricoles que dans la mesure où la valeur des bois ouvrables s’élèvera.Nous n’avons donc pas à craindre de voir nos ressources forestières s’épuiser; mais une forte partie, la plus grande, de notre réserve, est encore soit trop éloignée du marché, ou bien, manque des voies de communication nécessaires pour pouvoir livrer le produit sur les marchés à des prix acceptables.Néanmoins, nous pourrions, actuellement exporter, chaque année, au moins 500,000,000 LES BOIS CANADIENS 33 p.m.p.1 et co chiffre devrait aller grandissant.Ceci est fort heureux, car, de l'aveu fie tous les forestiers, il n’y a plus qu’un petit nombre de pays en état d’exporter du bois, à savoir: la Russie, la Suède, le Canada et dans une certaine mesure, les États-Unis; tous les autres sont forcés de dépenser des sommes considérables pour se procurer des bois qui leur font défaut.Cette* rareté des bois va toujours en s’accentuant, et nous avons vu récemment la Norvège acheter en Finlande du bois pour fabriquer de la pulpe.Nos voisins, les États-Unis, ne sont plus en mesure de faire une exportation aussi considérable qu’autrefois et, dans la Nouvelle-Angleterre, on est souvent forcé de recourir au Canada pour combler le déficit en bois qui s’accroît d’année en année.Voici, d’après monsieur Madelin (Congrès forestier International 1913) les quantités de bois importées annuellement, par la France, la Crande-Bretagnc et la Belgique: France.2,486,960 mètres cubes2 3 Grande Bretagne .13,100,000 “ “ Belgique.2,171,370 “ “ et ces importations augmenteront d’année en année.11 est donc de notre intérêt de nous mettre en mesure de fournir des bois aux pays d’Europe auxquels ils font défaut et qui en seront encore beaucoup plus dépourvus après la guerre actuelle et ses dévastations.Les mercuriales du Canada nous signalent une augmentation graduelle dans le prix des bois.Ainsi, une enquête faite par le Ministère du Commerce et du Travail, a révélé que le prix de gros des bois a augmenté d’environ 60% de 1890 à 1910 et de 20% depuis cette dernière date.:l On ne peut guère espérer un abaissement des prix actuels, ces prix étant déterminés par le salaire des ouvriers, par le coût de leur alimentation, celui de l'outillage, etc., etc., toutes choses qui tendent à s’accroître de plus en plus.Nous en sommes donc réduits à pratiquer une stricte économie dans l’emploi des bois et dans leur exploitation.Déjà nous avons réussi à faire, dans cette voie, des progrès considérables: jusqu’à ces dernières années, il se perdait énormément de bois endommagés par le feu ou renversé par le 1 F.B.M., foot banni measure, c’est-à-dire une pièce de bois de 1 pied de longueur et 12 pouces de largeur, sur un pouce d’épaisseur, c’est l’unité de mesure anglaise pour les bois.On traduit, chez nous, très servilement F.B.M.par P.M.P.pieds mesure de planche.2 Le mètre cube équivaut à 440 p.m.p.environ.3 Wholesale pries fur Canada 1890 à 1909, 1910, 1914. 34 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE vent.En outre, on abattait les arbres de façon à ce que les souches eussent de trois à cinq pieds de hauteur, et l'on ne s’occupait guère du bois utilisable que pouvaient renfermer les têtes, ou houppiers.Grâce à une réglementation sévère et à une surveillance incessante, nous sommes parvenus à faire couper les arbres plus près du sol et à faire recueillir le bois marchand des houppiers.Par des réductions graduées dans les droits régaliens frappant les bois brûlés et les petits bois, nous avons amené les exploitants à entrer dans la voie des réformes, au point que 20% du volume des bois coupés l’an dernier sur les Terres de la Couronne provenaient ou d’arbres tués par le feu ou de houppiers.Grâce à cette meilleure utilisation, le parterre des coupes reste moins embarrassé, la reproduction peut se faire d’une façon plus efficace et les dangers de propagation des incendies sont considérablement diminués.Néanmoins, il reste encore beaucoup de choses à améliorer et nous espérons arriver graduellement à triompher des obstacles que les réformes rencontrent toujours.Une question très diffküe à résoudre est celle de l’exploitation des bois francs, qui ne peuvent être flottés jusqu'aux usines, à cause de leur densité.Aujourd’hui on est forcé rie les laisser sur pied (4 il en résulte un double dommage: en premier lieu ils peuvent envahir les vides créés par l'exploitation et se reproduire au détriment des essences d’élite; et ainsi, accaparer une certaine fraction du capital forestier qu'ils rendent improductive.Nous comptons bien faire diverses expériences, en collaboration avec les exploitants, pour trouver le moyen le plus pratique de les faire flotter; mais le stimulant véritable serait la création d’une plus grande demande de ces bois francs, dont la coupe totale s’élève à peine à 10% du chiffre des exploitations de 1914.Nous comptons également sur la coopération des ingénieurs et des architectes pour augmenter la demande de ces bois qui peuvent être employés à une multitude d’usages.Ainsi, le bouleau peut servir à la fabrication des bobines et donne un pavage très résistant ; le tremble est fort recherché pour la pulpe fabriquée avec la soude caustique (soda pulp), pour la fabrication des allumettes, des voitures communes, etc.; l’érable et le merisier sont trop bien connus pour qu’il soit nécessaire d’en faire l’éloge, mais nous devons avouer que les essais qu’on en a faits jusqu'ici dans la construction et la menuiserie sont réellement timides et il n’est pas étonnant que les concessionnaires forestiers n’aient pas poussé l’exploitation de ces essences, qui demeurent sur pied, perdant chaque année de leur valeur.Il y a là, un vaste champ ouvert à l’initiative des ingénieurs et des architectes.Si nous suivons maintenant le bois depuis sa sortie de la forêt jusqu’à sa mise en œuvre, nous constatons qu'à chaque étape, il LES BOIS CANADIENS 35 subit une diminution de volume.Ainsi, au cours du flottage, les portes dues aux bois canards, les destructions résultant des embâcles, (jams) varient entre 3 et 10%, suivant la durée de cette opération.A la scierie, le déchet occasionné par le débitage n’est jamais inférieur à 25%, et peut même aller jusqu’à 50%.Si bien que, d’après une étude récente, à peine 320 pieds (F.B.M.) sont livrés à la consommation pour chaque 1000 pieds coupés en forêt.1 II convient donc d’exécuter ces diverses opérations avec le plus grand soin, et, pour ne nous occuper que des scieries, signalons la nécessité d’avoir un outillage moderne, des scies ayant une voie ne dépassant pas de pouce.La scie à ruban devrait être employée de préférence à la scie circulaire, parce qu’elle donne un sciage plus régulier et un rendement plus élevé d’au moins 5%.Il y aurait aussi moyen de tirer profit de la sciure pour en faire îles briquettes, pour la production du gaz pauvre, la fabrication de l’acide oxalique ou des explosifs; les rognures qui ne peuvent servir pour faire des lattes, du bardeau ou îles moulures seraient susceptibles d’entrer dans la fabrication de la pulpe chimique, de la laine de bois, du gaz pauvre, etc.Inutile de dire, que dans toutes les parties de l’industrie forestière, le travail intellectuel intervient pour une part presque aussi grande que le travail physique, tant pour déterminer le prix de revient des objets que le bénéfice de l’entreprise.UTILISATION OU BOIS Nous arrivons maintenant à la partie qui vous intéresse le plus particulièrement, c’est-à-dire, à l’emploi du bois par le consommateur.Avant de faire le choix des matériaux à employer dans une construction quelconque, il est évidemment nécessaire de se bien renseigner sur les propriétés des bois qu’on trouve sur le marché, afin de choisir ceux dont on a réellement besoin.Sans cela, on s'expose à encourir de grandes dépenses inutiles, soit en exigeant, pour les bois de charpente, une résistance beaucoup trop grande et, par là même, en employant des bois de qualité supérieure, quand des bois inférieurs auraient suffi, soit en demandant inutilement des pièces de dimensions uniformes, soit, enfin en acceptant des bois non amenés au même degré de siccité.C’est aussi une grave erreur que de ne pas prendre les mesures nécessaires pour assurer la conservation des bois qu’on met en oeuvre, ch* recommander par 1 Voir bulletin Xo 100 Special Agent Series, Bureau of Commerce, 1916. 30 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE snobisme, l’emploi des bois étrangers et de s’autoriser de la prétendue combustibilité du bois pour le remplacer par d’autres matériaux.Comme on le voit, la question est assez compliquée, et nous allons l’étudier un peu en détail: 1—Emploi d’un coefficient de sûreté trop élevé.Pour déterminer un coefficient de sûreté convenable, il faut bien connaître la résistance de chaque essence.Jusqu’ici, on a dépensé beaucoup d’argent pour étudier les matériaux de construction, comme le fer, l’acier, mais ce n’est que tout récemment que l'on a songé à s'occuper des bois.Ainsi, c’est vers 188!) que commença leur étude aux Etats-Unis, et le laboratoire d’essais des bois établi à Montréal, ne date que de l’année dernière.Je vous engage fort à visiter cette installation, qui est très bien outillée et dont le directeur M.Butes est un ingénieur d'expérience, autrefois attaché au laboratoire du Service Forestier des États-Unis à Madison, Wisconsin.Ce laboratoire a pour objet1 l’étude des propriétés mécaniques des bois et la détermination de leur résistance aux différents efforts de compression, de tension, fie cisaillement, de flexion, etc.Déjà, on a fait une étude du Douglas fir, et l'on va aborder celle de l'épi-nette.On étudiera également les propriétés physiques des bois, leur densité, leur résonnance, leur aptitude à résister aux influences du retrait et leur facilité à se laisser dessécher artificiellement.On a également installé une petite usine pour étudier la fabrication de la pulpe et du papier avec différentes essences forestières.Les résultats obtenus au laboratoire de Madison démontrent que l'on peut employer pour ces fins la plupart des bois, ce qui est d’heureux augure.On s’occupera encore des problèmes do la distillation des bois, de la préservation des bois au moyen d'antiseptiques, ainsi que la recherche de leurs propriétés chimiques, pour déterminer quelles substances on peut en extraire, huiles essentielles, tanin, etc.(’et établissement est, on le voit, d’un grand intérêt pour les ingénieurs qui devaient se tenir au courant des études, qu’on y poursuit.Jusqu’ici les indications sur lesquelles nous pouvions nous guider pour l’utilisation de nos bois provenaient de sources américaines et le plus souvent de données européennes.Comme résultat, nous avons adopté dans l’emploi de nos bois, des coefficients de sûreté trop élevés, en effet, les bois croissant dans le Nord ont une résistance plus grande (pie ceux des pays méridionaux, bien entendu pour une i Voir la circulaire numéro S du Service Forestier Fédéral. LES BOIS CANADIENS même essence.Il est donc évident que, dans nos constructions, nous pouvons employer des pièces moins volumineuses que celles qu’on exige dans les constructions européennes.2 —Utilisation spécifique du bois.Ce qu’on pourrait appeler l’utilisation spécifique du bois est son emploi pour les fins particulières auxquelles il convient le mieux, et pour lesquelles il peut rendre le maximum de services pour un prix de revient minimum.Prenons par exemple, le pin blanc, qui servait autrefois à toutes fins, et que l’on n’emploie plus aujourd’hui que pour les ouvrages soignés.Aux États-Unis, on a vu jadis des cultivateurs clôturer leurs champs avec des perches île noyer noir.Ces deux bois se vendent aujourd’hui de $80.00 à $130.00 les milles pieds (F.P.M.).A St-Donat de Montcalm, nous avons constaté que l'on brûlait de magnifiques billes d’érables piqués qui eussent fait la joie d’un ébéniste.Il n'y a pas longtemps encore, quelqu’un des environs de Sorel s’informait de ce qu’il pourrait faire d’un lot de grumes d’orme; il ne pouvait se résoudre à en faire du bois de chauffage, mais il n’v avait aucun autre moyen d’en disposer sur place.Naturellement nous devons faire la part des circonstances, et, malgré la meilleure volonté du monde, on ne peut pas toujours tirer parti d’un trois comme on le voudrait, néanmoins il est certain que, dans nombre de cas, on a été négligent, on n’a pas suffisamment cherché à tirer profit du matériel ligneux dont on disposait.Le plus coupable, ici est encore le consommateur qui ne se donne pas la peine de faire un choix judicieux entre les diverses essences qu’il peut employer.Il y a, ici, une réforme à faire et pour y arriver, il faut vulgariser autant que possible la connaissance des propriétés industrielles de nos essences forestières.Dans ce but, nous avons préparé, avec l’autorisation de l’honorable M.Allard, ministre des terres et forêts, des collections des principaux bois canadiens comprenant chacune 24 échantillons, qui seront adressées aux principales maisons d'éducation, avec un livret donnant, pour chaque bois, un aperçu sommaire de sa distribution géographique, de son abondance relative, de ses qualités particulières et des principaux usages auxquels il convient.Nous espérons ainsi pouvoir propager les notions indispensables pour faire un usage judicieux et économique de cette matière première.Nous voulons aller plus loin; c’est notre ambition d’étudier plus en détail chacune île nos essences forestières, afin de publier ensuite les renseignements ainsi obtenus sous forme de bulletins, de circulaires ou de communiqués aux jour- 38 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE naux.Naturellement, pour obtenir un bon résultat, il nous faudra le concours des ingénieurs, des architectes et tous ceux qui font du bois un emploi courant; nous leur demandons de nous faire connaître les résultats de leur expérience sur l’usage qu’on peut faire de telle esssence pour certaines fins déterminées.Nous avons déjà commencé notre enquête auprès des compagnies de chemins de fer pour connaître les bois qui conviennent le mieux comme traverses, pour les viaducs, ponceaux, etc., nous avons fait de même auprès des compagnies de téléphones, télégraphes, en ce qui concerne la durée des poteaux de diverses essences, et nous continuerons ce travail jusqu’à ce que nous soyons suffisamment documentés.Déjà, nous sommes en mesure de publier une statistique assez complète du mouvement annuel des bois dans notre province.Cette statistique préparée de concert avec le service forestier fédéral, donne un total de 1,698,167,582 p.m.p.(F.B.M.) de bois abattus chez nous durant l’année 1914, dont 759,664,238 p.m.p.soit 44% sur terrains privés, et 938,493,344 p.m.p.sur concessions forestières.La valeur de ces produits est évaluée à 818,562,331 pour les bois destinés au sciage, et 87,676,836 pour les autres produits comme les bois employés à la fabrication du papier, des lattes, des bardeaux, des traverses de chemins de fer, des piquets, des poteaux, des bobines, courbes pour navires, etc., ce qui donne un grand total de 826,239,167.1 En attendant que nos tableaux soient complets, nous donnons ici une première liste qui permettra de se guider pour le choix de telle ou telle essence, suivant l’usage qu’on veut en faire.Usages des bois.Construction générale, Bois de charpente.Bois mous principalement—autrefois charpente de chêne pour grands édifices: Westminster, Bâtisse Masson, Montréal.PORTES, CHASSIS—(produits ouvrés, bois de menuiserie) sapin, Douglas fir, pin blanc, les plus recherchés pour les parties accessoires;—sapin, épinette, etc.PLANCHERS—Chêne, érable, merisier, épinette, etc.BOISERIES—Les mêmes, plus le frêne et certains bois étrangers: acajou, teak, bois de rose, quelques-uns sont employés dans la marqueterie, etc.CAISSES D’EMBALLAGE—Pin blanc, épinette, Hard, pruche, érable, merisier, tilleul, hêtre, orme, chêne, sapin.1 Ces renseignements sont publiés dans l’annuaire statistique de 191.5, pp.468 à 478. LES BOIS CANADIENS 30 MEUBLES—Chêne, érable, merisier, cotonnier, hêtre, orme, tilleul, acajou, noyer noir, etc.WAGONS DE CHEMIN DE FER—Chêne, Douglas fir, cotonnier, frêne proche épi net te.VÉHICULES—Carya, chêne, frêne, érable, Hard, orme, pin, merisier.ARTICLES EN BOIS “WOODENWARE”—Érable, hêtre, merisier, tilleul, tulipier, érable, frêne, pin, orme.INSTRUMENTS ARATOIRES—Érable, chêne, frêne, carya, pin blanc, tilleul, orme, hêtre, merisier.MANCHES D’OUTILS—Noyer, carya, frêne, érable, hêtre, chêne, merisier, orme, pommier, pour objets de luxe: buis, acajou, ébène, bois de rose, etc.INSTRUMENTS DE MUSIQUE—Érable, épinette, chêne, orme, merisier, tilleul, pin blanc, acajou, noyer noir, hetre, frene.RÉSERVOIRS-SILOS—Pin blanc, Douglas fir, épinette, mélèze, chêne, cèdre.BÂTEAUX—Douglas fir, pin blanc, frêne, épinette, cèdre.CERCUEILS—Pin blanc, chêne, cèdre, tilleul.RÉFRIGÉRATEURS DOMESTIQUES—Chêne, frêne, orme, pin blanc, pruche, érable, épinette, tilleul, tulipier, merisier.LAINE DE BOIS ou EXCELSIOR—Tulipier, pin, tilleul, saule, érable, épinette.ALLUMETTES - CURE-DENTS—Pin blanc, tilleul, érable, merisier, tremble.BUANDERIES—(Selles, machines à laver, etc.)-Érable, hêtre, Hard, tilleul, cèdre, pin blanc, épinette, orme.PAVAGE—Mélèze, Douglas fir, bouleau.VALISES—Tilleul, pin, pruche, orme, érable, tulipier, épinette.MACHINES—Chêne, pin rouge, orme, frêne, merisier, érable.CORDONNERIE—Érable, merisier, tilleul, hêtre.MOULURES—Tilleul, chêne, pin, tulipier, merisier, hêtre, érable.BOBINES—Érable, bouleau, hêtre, tilleul, carya, orme, frêne.CAISSES, BOITES POUR CIGARES—Cedrella, tulipier, tilleul, orme, cèdre.MACHINES A COUDRE—Chêne, tulipier, noyer noir, châtaignier.POMPES - TUYAUX—Douglas fir, pin blanc, érable, frêne, carya, mélèze, sapin.AUTOMOBILES—Frêne, carya, tulipier, merisier, érable, orme, chêne.POULIES—Chêne, érable, merisier, hêtre, tilleul, frêne.CRAYONS ET PORTE-PLUMES—Cèdre rouge, pin. 40 REVEE TRIMESTRIELLE CANADIENNE INSTRUMENTS SCIENTIFIQUES—Érable, tilleul, hêtre, merisier.JOUETS—Tilleul, érable, hêtre, merisier, pin blanc orme chêne frêne.ARTICLES SPORTIFS—Carva, orme, érable, frêne, chêne, merisier, pin.Avant de faire un choix entre diverses essences désignées comme pouvant servir au même usage, il faudra tenir compte: lo—Des efforts auxquels les pièces devront être soumises, ainsi, pour une pièce de charpente, on a besoin d'un bois fort et durable, comme le chêne, le mélèze, le pin rouge, Fépinette, etc.2o—De la durée de l’emploi qu’on en veut faire.S’il s’agit, par exemple, des coffres pour construction en béton, des bois communs suffisent.3o—Des prix du marché: certaines essences de qualité supérieure sont tellement abondantes en certains lieux que le constructeur est justifiable de les employer, si elles ne coûtent pas plus cher qu’un bois moins précieux et ainsi de suite.Il est donc de la plus grande importance de savoir quels bois on peut se procurer sur les lieux où l’on veut construire, de connaître la qualité des bois qu’on peut s'y procurer.S'il n’y a que des bois de deuxième et de troisième pousse, par exemple, on peut craindre cpie les pièces fournies n’aient trop d’aubier ou ne soient trop noueuses, par conséquent, de trop faible résistance pour l’usage qu’on en veut faire.En préparant un devis ou cahier des charges, il faut donc détailler toutes les conditions auxquelles devront satisfaire les bois indiqués.On ne doit pas employer de termes généraux: ainsi, si l’on demande du pin de bonne qualité, le terme est trop vague, et l’entrepreneur pourra livrer du pin rouge au lieu du pin blanc, ou bien du bois sain, mais renfermant beaucoup d’aubier et de nœuds, au lieu d'un bois de qualité supérieure.Il faut exiger du bois neuf ou.au moins, ne pas accepter des bois provenant de trop vieilles constructions.On doit également s’objecter fortement à l’emploi de bois provenant d’arbres morts sur pied à la suite d’un incendie ou autrement, car ces bois ont leurs fibres plus cassantes et ne conviennent nullement pour la charpente.En un mot, on devra s'inquiéter de la provenance des bois fournis.Le mode de classification des Dois qu'on trouve sur place nécessite une attention spéciale: sauf aux glandes usines, le bois est généralement vendu sans être classé au lot, les pièces de rebut, étant seules mises de côté.Le plus sage moyen de se protéger, c’est d’examiner soi-même les bois avant qu ils ne soient employés, ou bien de les faire examiner par un expert, sur le témoignage duquel on pourra s'appuyer au besoin. LES UOtS ( AXADIKXS 41 3—Emploi de bois de dimensions variées.Depuis cinq ans, il se fait une campagne active aux Êtats-I nis pour amener les techniciens du batiment à accepter la fourniture de bois de longueurs impaires.Actuellement, les bois sont vendus on longueurs paires seulement, c’est-à-dire G, S, 10, 12, 14 et IG pieds, ce qui entraîne forcément un déchet assez grand lors du sciage.Il est évident qu'il n'y a aucune raison pour cet ostracisme des longueurs impaires et il faudrait faire disparaître cette anomalie.Xous avons aussi remarqué que certains devis réclamaient que les bois eussent tous une largeur uniforme; je comprends qu’il y a des cas particuliers ou cela est nécessaire, mais, hors de là, pourquoi ne demander que des pièces de tant de pouces de largeur, quand on pourrait acheter à meilleur compte en acceptant des largeurs variées.Quelques-uns refusent d’accepter du bois de moins de G pouces de largeur, ce qui est encore une erreur au point de vue de l’exploitation économique de la forêt: on entrave ainsi les efforts que font les ingénieurs forestiers pour obliger les exploitants à tirer profit des houppiers au lieu de les seconder, de les aider à rendre l’exploitation de nos forêts plus complète.4—Degré de siccité des bois.—Durée des bois mis en œuvre.L'on s étonne souvent de voir combien longtemps durent- certaines constructions en bois.Ainsi, ce n'est que tout récemment qu'on dût renouveler, et pour partie seulement la charpente en bois de l’antique abbaye de Westminster: dans toutes les cathédrales françaises, il y a des pièces de bois qui sont en place depuis plusieurs centaines d’années; nous avons également à Montréal, plusieurs vieilles constructions dont les bois sont encore très sains.Il est donc certain que le bois, mis en œuvre peut durer très longtemps, mais pour cela il faut n’êtrc pas trop pressé et prendre toutes les précautions voulues.Deux conditions sont essentielles: le bois doit être sain et bien sec.Si le bois est vert, c’est-à-dire contient beaucoup d’eau, il sera exposé à se décomposer en peu de temps.Monsieur Thornton,1 disait, lors d’une réunion de l’Institut des architectes de ! Illinois “que les bois verts placés dans une construction y créaient autant de dommages qu’une pomme verte dans l’estomac du gamin qui l’a croquée”.On ne doit donc jamais employer, dans la cons- 1 American Lumberman, p.335, Jan.29, 1910, 42 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE traction d’un édifice, que des bois absolument secs.Il y a deux méthodes de dessication: lo.—La méthode naturelle par empilement sur chantier durant un temps suffisant: il faut de 6 à 12 mois pour que le bois fraîchement débité devienne assez sec pour l’emploi; et 2o.—la méthode artificielle: la dessication est faite dans une '/ étuve chauffée à la vapeur.Ce procédé est très rapide (trois jours suffisent généralement) et donne d’excellents résultats, mais il faut que les opérations soient bien conduites, autrement, il produit des bois fendillés ou tordus.Toute scierie moderne a maintenant son séchoir et fournit des produits satisfaisants sous ce rapport.Il arrive assez souvent que les ouvriers négligent de mettre à l’abri les bois apportés à pied d’œuvre, et ceux-ci, exposés aux intempéries, reprennent ainsi une partie de l’eau perdue par le séchage, de sorte que les dangers signalés plus haut sont encore à craindre.Il faudra donc exiger de l’entrepreneur que les bois destinés à l’intérieur du bâtiment soient bien secs et conservés sous abri jusqu’au moment de l’emploi.Pour la même raison, on doit faire poser la toiture de l’édifice le plus tôt possible.Quelles mesures convient-il de prendre pour s’assurer que les bois livrés seront bien de la qualité désirée et qu’ils ont chance de durer un temps raisonnable?Tout d’abord, pour se protéger contre le fournisseur, qui peut avoir une tendance à livrer un produit inférieur, il faudrait qu’il y eut une classification bien faite des qualités particulières de chaque essence.I! existe bien quelques règles formulées ici et là, mais nous n’avons rien qui puisse se comparer avec le système établi par les producteurs de pin jaune du sud des Etats-Unis.Cette puissante association a fait adopter par tous ses membres une série de règles pour définir chaque produit selon sa qualité et sa catégorie; dans chaque scierie, il y a un ou plusieurs employés spécialement chargés de la classification des produits; en outre, l’association emploie 12 inspecteurs qui visitent une fois par mois, chaque usine, afin de s’assurer que les règlements sont fidèlement observés.Si un acheteur se plaint de n’avoir pas été convenablement servi, l’un des inspecteurs de l’association ouvre • immédiatement une enquête sur le cas en question; cette enquête, absolument impartiale donne toujours d’excellents résultats.Malgré ces précautions, il est arrivé que des vendeurs peu scrupuleux ont livré une certaine sorte de pin jaune, au lieu d’une autre plus estimée qu’on leur avait demandée.Aussi les acheteurs ont-ils exigé l’incorporation aux règlements de dispositions nouvelles qui les protègent aujourd’hui contre les fournisseurs malhonnêtes.L’inspecteur de VAssociated Mutual Fire Insurance Company, Mr Hoxie, dans un mémoire fort remarqué, publié il y a trois ans, sur LES BOIS CANADIENS 43 les dommages occasionnés par le champignon des maisons (Mentlius Lacrymana ou Dry Rot), a suggéré Vapposition, sur toute pièce de bois livré au commerce, de certains caractères capables de faire connaître le nom du vendeur, la nature de l’essence et la qualité des pièces.La même proposition a été faite récemment (janvier 1916) par l’Institut des Architectes de l’État de l’Illinois et il est à souhaiter qu’on adopte bientôt cette pratique.Dans notre pays, nos bois fabriqués ne sont soumis à aucun contrôle officiel et le consommateur est dans une grande mesure, à la merci du fournisseur.Une telle législation devrait émaner du Parlement Fédéral, s’appliquer, par conséquent, au Canada tout entier et porter également sur les bois destinés à l’exportation.Aux États-Unis, les grandes associations des producteurs de bois de pin jaune, de pin blanc et de pruehe, d’érable et de merisier ont commencé la publication de règlements très bien faits pour la classification de ces diverses essences.De plus, elles fournissent gratuitement de jolies brochures attrayantes, bien illustrées, pour faire connaître leurs produits, indiquer les usages auxquels ils sont propres, les soins à donner aux planchers, aux boiseries, aux meubles pour leur conserver un bel éclat.Voilà d’excellente réclame et qui ne peut manquer de vulgariser l’emploi des bois en question.Souhaitons que nos commerçants entrent bientôt dans cette voie pour leur plus grand bénéfice et celui du public.Dans notre pays, il n’y a guère que le gouvernement qui se soit, jusqu’ici préoccupé de renseigner ainsi le consommateur.5—Moyens de préservation des bois.Nous avons vu tout à l’heure que le bois peut se conserver indéfiniment, nous savons également qu’il existe, sur la côte américaine de l’Océan Pacifique, des arbres géants (des sequoias) âgés de plusieurs milliers d’années.Naturellement tous les bois n’ont pas la même durabilité; ainsi le sapin baumier est moins durable que l’épinette, celle-ci moins que le cèdre, etc.Examinons brièvement les causes qui peuvent provoquer l’altération du bois mis en œuvre, avant de voir les mesures préventives à employer pour accroître la vie utile de la matière ligneuse.Certains bois ont, de par leur nature, une prédisposition à pourrir sous l’influence de l’oxygène; certaines substances chimiques, comme les sulfates ferreux et l’ammoniaque, transforment rapidement le bois en une sorte de tourbe très tendre, sans résistance.Les bois lourds, résineux ou fortement colorés, sont généralement imputrescibles à cause des substances antiseptiques qu’ils renferment et qui s’opposent à l’action destructive des insectes ou des champignons; ceux qui en sont déprouvus, comme les bois blancs 44 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE ou légers, no durent guère.Dans la durabilité des bois les influences du milieu, jouent un rôle considérable.Ainsi, le bois placé dans un endroit sec, se conserve indéfiniment, car l’humidité est pour ainsi dire la cause déterminante de la pourriture et des autres maladies eryptogamiques.Dans ces conditions, les seuls ennemis du bois sont certains insectes qui peuvent se combattre assez facilement (vrillettes pour les meubles, lymexylon pour les bois empilés).Les bois placés sous l’eau sont également très durables, l’air étant indispensable aux agents destructeurs.Dans l’eau salée, le bois se conserve mieux que dans l’eau douce, si bien que l’on y immerge une pièce qui a commencé à pourrir, sa décomposition s’arrête immédiatement et la pourriture cesse d’étendre ces ravages aussitôt que le bois est immergé; seulement, il faut alors craindre l’action néfaste du taret, sorte de mollusque qui infecte les mers, à partir du 4ôème parallèle jusqu’à l’Équateur, dans les deux hémisphères.Plus l’eau est chaude et plus il est abondant.Il s’attaque aux pilotis, aux coques des navires, qui sont troués en moins de deux ans, à la façon d’une éponge, et par suite perdent toute résistance.Pour les pilotis, il faut les crésoter et revêtir de plaque's métalliques les fonds et les bordages des coques de bois.Le chêne, le hêtre, le mélèze se conservent indéfiniment sous l’eau.L’aune, l’épinette, le pin et le noyer s’y conservent très bien: à preuve les bois repêchés, il y a trois ans dans la Baie de Quinté.Le bouleau, le peuplier, le saule et le tilleul, au contraire, durent peu sous l’eau.Lorsque les bois sont soumis à des alternances de sécheresse et d’humidité, ils sont plus exposés à se décomposer, aussi, voyons-nous les bois employés dans la partie inférieure des quais, des écluses, des déversoirs, durer relativement peu longtemps.Les bois enterrés dans un sol meuble, pouvant se réchauffer vite, comme le sable, sont vite attaqués par la pourriture, tandis que ceux qui sont enfouis dans une terre argileuse, compacte, dans laquelle l’air ne pénètre pas.durent longtemps.Les bois complètement enfouis, comme les conduites d’eau en sapin, en pin, peuvent se conserver durant de nombreuses décades.Les bois partiellement enfouis, ou reposant sur le sol, comme les poteaux, des lignes télégraphiques, les piquets de clôture, les traverses de chemins de fer, les trottoirs, deviennent r: ’ ’ nient la proie des champignons, la zone attaquée se trouvant toujours près du sol.Dans les endroits où l’air circule difficilement, comme les Caves, les celliers, les écuries, les entrepôts, les mines, il y a toujours lieu de s’inquiéter de la durée du bois, attendu que l’humidité y est toujours grande.Le champignon des maisons, le Mendias lacrymaux, est alors une des principales sources de dangers et son action destructive est vite manifestée.51 LES BOIS CANADIENS 45 Les bois les plus durables sont: le genévrier, le cyprès (taxo-
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